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mardi 28 octobre 2025

Par effraction dans le système spéciste

En cette période où les épizooties frappent de tous côtés les troupeaux de bêtes sitôt abattues pour enrayer l'épizootie (dermatose nodulaire bovine, fièvre catarrhale ovine, et la terrible peste aviaire H5N1 qui décime les élevages de canards, oies et faisans), mais où ne sont à plaindre que les éleveurs (snif) et les consommateurs (pourrons-nous acheter du foie gras pour Noël ? resnif), où sont seuls accusés, les oiseaux migrateurs, porteurs de tous les maux car libres et sauvages, j'ai lu cette semaine cet ouvrage de Réjane Sénac qui vient de paraître : la chercheuse y recense les avancées de la cause animale, son histoire, ses précurseur-es, ses stratégies, ses activistes, tous tentant de mettre l'animal dans la politique. 

Put animals into politics 

Les défenseurs des animaux, antispécistes, végétariens et végétaliens, font effraction dans le système politique et économique carniste, et rendent visible la question animale.

Dans son premier chapitre qui n'en comporte que deux, l'autrice décrit les chocs politiques qu'elle et quelques-un-es de ses interviewé-es ont éprouvé comme une effraction dans leurs certitudes (le lapin Pompon, copain de l'autrice, servi en civet par une grand-mère qui ne fera pas plus de commentaire, respectant l'omerta de la viande), les remarques et objections toutes plus stupides (le cri de la carotte) et dépolitisantes les unes que les autres que les végéta*iens et véganes entendent à longueur de repas de famille ou amical, affirmant qu' "une croyance, tant qu'elle est hégémonique, n'a pas besoin d'être logique ou argumentée", que le carnisme est une croyance, donc un obscurantisme, vu qu'on ne ramasse pas de végéta*iens ni de véganes effondrés par pleines ambulances dans nos rues, Réjane Sénac affirme qu'il faut de la force et de la durabilité pour résister quotidiennement à l'injonction matérielle et symbolique à se conformer au banquet spéciste. Il faut aussi surmonter le conflit de loyauté des végéta*iens à l'espèce humaine ! Laquelle d'entre nous n'a jamais entendu qu'au constat des malheurs qui plombent l'humanité tellement à plaindre, malheurs où elle s'applique à se fourrer elle-même d'ailleurs, franchement se préoccuper d'animaux, quelle fausse route ! Oubliant que l'empathie doit toujours aller à l'être le plus faible et le plus désarmé, ce que sont les bêtes face à nos fusils, nos couteaux et nos usines de désassemblage ! L'autrice établit aussi des parallèles entre les différentes oppressions : racisme et sexisme, colonialisme et extractivisme. La matrice de toutes les oppressions est le spécisme. 

Et vous, quel(s) choc(s) politique (s) avez-vous vécu(s) pour que vous preniez conscience de l'holocauste animal nécessaire pour (n)vos banquets carnistes ? Pour faire entrer les animaux dans (n)vos considérations morales ? 

Le deuxième chapitre fait l'état des lieux sur les avancées de la cause animale et de sa mise à l'agenda politique. En examinant les différentes stratégies des militants et de leurs associations, spécialisées ou non, mais désormais toutes très professionnalisées : du welfarisme réformiste au radicalisme abolitionniste, du lobbying et plaidoyer auprès des décideurs politiques, aux mains dans les bouses des refuges et des sanctuaires, allant des réformistes libérales aux tenantes de l'exposition par videos des souffrances indicibles des animaux considérés comme des ressources dans les tunnels et les cages des élevages, les transports, la tuerie industrielle des abattoirs -quitte à y entrer par effraction-, les cirques carcéraux, les pratiques de chasse et de divertissement, l'expérimentation sur les animaux, les militants animalistes et antispécistes exposent la boîte noire insérée entre l'élevage prétendu bucolique, et le steak dans l'assiette, ou la découverte médicale sur le cancer pour ne citer que ces deux-là. Chacune expose sa vision du combat à mener, ses stratégies, et les motivations qui les font avancer.

Les activistes et leurs fondations, associations, sont toutes là, Réjane Sénac les a rencontrées, y compris les associations environnementalistes qui prennent en considération l'animal, et prônent une " cosmopolitesse " envers tous les vivants sensibles, sentients. On y trouve aussi toutes les références bibliographiques qu'elle a consultées. Un vrai état des lieux, des méthodes et arguments : si vous aussi avez éprouvé ce choc politique qui vous a fait prendre conscience que votre adhésion au 'banquet spéciste' n'allait plus de soi sans questionnements, ce livre est fait pour vous. Et pour toutes celles et ceux qui s'intéressent à la cause animale, bien entendu. C'est une mine à recommander, aussi bien aux activistes débutants qu'aux chevronnés.

Réjane Sénac est directrice de recherche du CNRS au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po.

Spécisme : préjugé favorable à l'espèce humaine, et défavorable aux autres animaux. Renvoi à l'essence, donc essentialisme. Le spécisme est un système politique et économique. 

" Il n'y a pas de propre de l'homme. " ELIZABETH de FONTENAY 

vendredi 3 octobre 2025

LIBUJAR *

 Mesdames,

Si vous voulez quitter Jules :

- Barrez-vous avec votre valise, vos papiers, vos enfants, votre jument, votre chien et vos chats, votre hamster et vos poissons rouges, sans en dire un mot, sans prévenir, sans délai annoncé, genre 'je passe les fêtes de Noël avec toi et après je recommence une nouvelle vie avec un nouvel amoureux et bye'.

Cela l'énerve, le met dans un état de stress insupportable puisque vous êtes le pilier de sa maison, sa domestique qui le tient propre, et même souvent, sa seule source de revenus.

Il va forcément avoir la tentation de vous retenir par tous moyens : 

- en vous séquestrant,

- en s'attaquant à vos bêtes, à vos enfants, 

- et à la fin, en vous assassinant, surtout si, depuis des années, c'est vous qui faites bouillir la marmite, subvenez aux besoins de tout le monde, et tenez à bout de bras l'économie du foyer. Il ne vous facilitera pas la vie ni la fuite. 

Mon intention n'est évidemment pas de faire porter la responsabilité du crime sur la victime présumée, mais il n'est pas interdit d'être mariée, méfiante et fine mouche. C'est une question de sécurité. Ils sont élevés en propriétaires, en ayant-droit, ils le tiennent pour acquis.

Et n'oubliez pas, n'importe quelle activiste de la cause animale fait bien plus peur aux malfaisants qu'une militante féministe, aussi, présentez-vous au besoin en militante de la cause animale. En l'étant bien entendu : les féministes accomplies comme les activistes sérieuses de la cause animale sont de redoutables dialecticiennes. Je parle d'expérience : ils en verdiront de trouille.

Billet écrit de ma bibliothèque municipale, que je remercie de me donner asile pour cause de panne de connexion à domicile.

* Mon titre en anagramme se réfère à un célèbre procès en cours pour féminicide présumé.

mercredi 31 août 2022

Cause animale, Luttes sociales

  

" Je veux ici plaider la cause d'une classe particulière de travailleurs et de salariés, classe nombreuse, car ses membres se comptent par millions ; classe misérable, car pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim, ils sont assujettis au travail le plus dur, à la chaîne et sous le fouet ; classe qui a d'autant plus besoin de protection qu'elle est incapable de se défendre elle-même, n'ayant pas assez d'esprit pour se mettre en grève et ayant trop bonne âme pour faire une révolution ; je veux parler des animaux. "

Charles Gide - 1886

Charles Gide, 1847-1932, professeur d'économie, théoricien de la coopération, végétarien. 

J'ai lu cette semaine cette anthologie de textes d'auteurs et de militants de la cause animale. Ils / elles étaient anarchistes, libertaires, féministes, néo-malthusiennes, suffragistes, antivivisectionnistes, socialistes défendant la cause ouvrière. Elles / ils connurent le bagne, l'exil, et tous firent le lien entre oppression des humains et celle multimillénaire des animaux, leurs frères en oppression. Dénonçant la chasse, les courses espagnoles (corridas), témoignant des abattoirs, et faisant leur révolution personnelle en renonçant à manger de la chair animale. Je vous ai sélectionné quelques-unes de leurs phrases parmi les plus percutantes, mais l'ouvrage est à lire pour ne plus nous laisser dire à nous, végéta*iens, que nous serions des illuminés, des djihadistes, des terroristes extrémistes ; nous venons de loin, nous avons une filiation multimillénaire, et pas des moindres. Depuis que l'humanité s'est dressée sur ses pattes de derrière, tuer pour manger n'est jamais allé de soi. Il y eut aussi bien des cueilleurs que des cannibales. Nous sommes les descendants de ces cueilleurs végétariens, de la tradition pythagoréenne antique, ainsi que d'un courant libertaire socialiste et féministe. " Les végétariens sont une utopie active, l'honneur de l'humanité " dit la philosophe Elizabeth de Fontenay.  

" Parce que je ne suis 'qu'une' femme, parce que tu n'es 'qu'un' chien, parce qu'à des degrés différents sur l'échelle sociale des êtres, nous représentons des espèces inférieures au sexe masculin -si pétri de perfections !- le sentiment de notre mutuelle minorité a créé en nous plus de solidarité encore, un compréhension davantage parfaite. " Séverine (Caroline Rémy), 1855-1929, anarchiste, féministe, pionnière du journalisme, co-créatrice de La Fronde journal féministe, antispéciste.  

" Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il le souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes... Et plus l'homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. " Louise Michel, 1830-1905, anarchiste, féministe, institutrice, communarde condamnée au bagne de 1873 à 1880.  

" Matador, bourreau, tueur de bêtes, assassin d'amour, assemblage d'os, de muscles et de sang qu'on revêt de broderies d'argent et d'or ! Je ne te parlerai pas de sensibilité, de cruauté, de l'univers, des rapports des êtres entre eux, des droits de l'homme et de ceux de l'animal, du principe de ton existence et de la sienne. Tu ne sais rien de tout cela ; ton métier est de détruire pour vivre. " La corrida de toros en Espagne - Jours d'exil. Ernest Coeurderoy, 1825-1862 - Médecin, révolutionnaire socialiste de 1848, libertaire, condamné à l'exil, il séjourne dans plusieurs villes européennes, il écrit Jours d'exil, un long poème en prose ; refusant toute amnistie, il finit ses jours à Genève, où il se suicide à 37 ans. 

" Tout concourt, tout conspire à faire de l'animal une chair taillable et torturable à merci : ... la curiosité scientifique et l'égoïsme à le transformer dans les laboratoires en chair à scalpel et en réactif, lorsqu'il s'agit d'expérimenter les poisons qui convulsent et qui tuent. "  Marie Huot, 1846-1930, journaliste, féministe représentante du courant néo-malthusien, anarchiste et antivivisectionniste, elle est contre l'utilisation des animaux à des fins médicales ou ludiques. 

" Si nous devions réaliser le bonheur de tous ceux qui portent figure humaine et destiner à la mort tous nos semblables qui portent museau et ne diffèrent de nous que par un angle facial moins ouvert, nous n'aurions certainement pas réalisé notre idéal. Pour ma part, j'embrasse aussi les animaux dans mon affection de solidarité socialiste. " Elisée Reclus, 1830-1905, géographe, libertaire, communard, exilé pour soutien à la Révolution de 1848, confronté dans son exil à l'esclavage en Louisiane. Il devient végétarien et prône une "grande confédération des égaux".

" Les chiens qui ne savent rien, comprennent tout ce que nous disons... Et nous qui savons tout, nous ne sommes pas encore parvenus en dépit de tant d'expériences, de tant de travaux, à comprendre ce qu'ils disent. Et ils sont polyglottes. Sans les avoir jamais appris, ils parlent le français, l'anglais, l'allemand, l'arabe, le cafre... tous les argots et tous les patois... "  Octave Mirbeau, 1848-1917. Journaliste puis romancier, immortel auteur de l'implacable Journal d'une femme de chambre, critique sociale féroce, les animaux traversent toute son oeuvre littéraire. Sympathisant anarchiste, il perçoit une communauté de destin entre tous les êtres.   

" Le régime végétalien est séduisant, éthique, esthétique, même socialement incontestablement libérateur par ses conséquences, car il permet à l'individu de vivre en Robinson à l'écart de la vie des civilisés ou soutenir la lutte avec le capitalisme plus longtemps. " Sophie Zaïkowska, 1874-1939, anarchiste et féministe, fondatrice avec Georges Butaud de deux foyers végétaliens à Paris puis à Nice. Ils partagent avec Louis Rimbault, autre libertaire, la conviction que le végétalisme " c'est la révolution immédiate contre tous les parasitismes, sans effusion de sang, sans haine, sans violence, sans dictature, sans maîtres, sans faux espoirs et sans désillusions. ". Conférenciers, elle et lui parlent de socialisme, proposent des repas végétaliens aux sans abris, militent contre la chasse et pour la libération des animaux de la domination des humains. " Le végétalien ne reconnaît pas à l'homme le droit de dominer, d'abuser de sa force sur des êtres sensibles. " 

Vous découvrirez également des écrits de Léon Tolstoï 1828-1910, le grand romancier russe né entre deux révolutions, élevé en aristocrate dans une campagne où règne le servage, chasseur repenti et ayant connu les horreurs de la guerre. A partir de 54 ans, il place la morale au centre de ses actes, il lie les meurtres des animaux aux guerres humaines, devient végétalien. Puis enfin, de l'écrivain britannique Henry Salt 1851-1939, cofondateur du Parti Travailliste et fondateur de la Humanitarian League en 1891, articulant les luttes sociales et celles en faveur des animaux. 

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains et à consulter régulièrement. 

dimanche 6 mars 2022

Le mépris des bêtes : un lexique de la ségrégation animale

J'ai lu ce petit ouvrage écrit par Marie-Claude Marsolier, biologiste, ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, chercheuse au CEA. Elle publie aussi sur la linguistique. 


" Le dictionnaire est une création idéologique. Il reflète la société et l'idéologie dominante. En tant qu'autorité indiscutable, en tant qu'outil culturel, le dictionnaire joue un rôle de fixation et de conservation, non seulement de la langue mais aussi des mentalités et de l'idéologie. Toute révolution devrait s'accompagner d'une réforme du dictionnaire, comme le disait Hugo. " 

Marina Yaguello, Les mots et les femmes.

"  Nous avons tué le loup avec des mots "

" La misothérie de notre langage légitime l'oppression des non-humains ". 

Dinde, chienne, truie, bécasse, pie (bavarde), buse (stupide), oie (blanche, niaise), ces vocables présentent l'avantage d'être méprisants à la fois pour les animaux et pour les femmes ; à la misothérie, mot créé par Marie-Claude Marsolier à partir de deux racines grecques (miso : haine) et ther (bête), zoôn incluant tous les êtres animés, l'humanité est dedans vu que l'humanité fait partie du règne animal, désolée pour l'ego de certain-es, sur le modèle de misogyne (gynè : femme, haine des femmes) il faut donc rajouter la misogynie. Mais aussi, butor (un peu désuet, homme grossier), chacal, pieuvre, requin, crabe (panier de), corbeau (écrit des lettres sans signature), autruche (politique peureuse de), porc (balance ton), âne (qu'on ne présente plus), dindon (de la farce), loup (voir le loup, l'homme est un loup pour l'homme). Pigeon et mouton, qui ont même donné "mougeon" être hybride, sorte de chimère cumulant le crédule et le grégaire, la créativité humaine est sans limites. Fourmiller, fourmilière : ils sont nuisibles et pullulent, il faut donc les "réguler", verbe très prisé des chasseurs pour justifier leurs tueries insatiables. Et en ces temps de retour de guerre froide, un twitto me souffle "vipère lubrique", "crapaud venimeux", " rat visqueux", "chien courant de l'impérialisme yankee"... utilisés par les marxistes et maoïstes des seventies pour désigner l'ennemi de classe. Comme on le voit notre lexique est pétri de haine des bêtes. 

Les animaux (du latin anima, âme) et bêtes (de bestia, brute) désignent selon la taxonomie humaine un tout indifférencié incluant aussi bien les mammifères, poissons, insectes et arthropodes, lesquels n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Ce sont des termes purement négatifs, au sens de "non-humains" qui ne renvoient jamais à des individus, mais qui sont destinés à séparer les humains des autres animaux. Le mépris des bêtes est inscrit dans nos classifications à base de fautes de logique. Platon déjà dans La République, et Montaigne dans ses essais, relevaient cette misothérie et sa fonction spéciste (préjugé raciste mais appliqué aux autres espèces) qui consiste en réalité à séparer radicalement les humains des non-humains, alors que nous faisons tous partie du même règne animal.

Marie-Claude Marsolier écrit que "animal" ou "bête" renvoie à un statut social, à un statut d'individus sans droit moral, sur lesquels les humains ont tout pouvoir, individus que nous avons réduits à notre merci, sur lesquels nous avons sans discussion droit de vie et de mort. Individus à" réguler" car décidément ils "pullulent", à "euthanasier", mettre à mort rituellement ou "artistiquement" dans les corridas, exploiter jusqu'au trognon dans les courses de chevaux pour envoyer impitoyablement les perdants à l'abattoir, enchaîner en mode forçats au Salon de l'agriculture, encager, enfermer dans des lieux concentrationnaires, transporter dans des conditions sordides, et finalement mettre à mort dans des abattoirs. 

Le mot abattoir est apparu en 1806, en même temps que la réorganisation napoléonienne qui expulse des villes les "tueries" et "écorcheries", anciens noms plus explicites des lieux d'abattage des bêtes. Abattre précise Marie-Claude Marsolier, " met en avant l'effort puissant, massif d'une activité qui s'exerce sur un ensemble, une masse indéterminée (des arbres, des bêtes, de la besogne -des clients, pour les prostituées dont on dit qu'elles vont à l'abattage quand elles reçoivent 30 clients par jour), sans aucune place pour la notion d'individu au sein de la masse mise à mort ". Après, on ne parle plus que de tonnages sortant des abattoirs (terrestres, ou flottants pour la pêche) d'où mes difficultés pour retrouver dans les tableaux d'Agreste Bretagne par exemple, le nombre d'individus tués pour notre insatiable consommation de viande. Il va de soi qu'une tonne de carcasses de bœufs, de dindes et de poulets ne contient pas le même nombre d'individus. Il me faut donc fouiller dans des masses de chiffres et parfois faire des divisions à partir du poids d'après les données que je connais, un bœuf fait 800 kg et un poulet deux kilos, pour trouver leur nombre. Tout cela est bien entendu voulu, pour cacher l'étendue du massacre. 

À tout cela s'ajoutent l'euphémisation et le déni des pratiques de boucherie par ce que Marie-Claude Marsolier appelle "la disjonction lexicale" : en anglais par exemple, l'animal n'a pas le même nom que la viande correspondante. Pig, swine devient pork sur leur table ; cow, ox, calf (veau), devient beef et veal dans les assiettes ; sheep devient mutton, et deer devient venison. En français, la disjonction lexicale s'opère non pas sur l'animal mais sur la désignation des morceaux de viande qui n'ont aucun rapport et donc effacent la bête. Sélection non exhaustive : filet, faux-filet, rond de gîte, gîte à la noix, bavette d'aloyau, macreuse, merlan, poire, etc. 

La consommation de viande s'entoure également d'idées fausses sans arrêt répétées qui finissent par former un corpus de contre-vérités sur ce qu'est une bonne alimentation. Il faut bien, vu qu'on ne ramasse toujours pas les végétariens ni les véganes par pleines ambulances, comateux effondré-es dans les rues, au grand dam des carnistes qui nous font avaler leurs bobards avant de nous enfourner, enfants sans défenses que nous sommes, et sans avoir même la possibilité de dire non, du cadavre d'animal dans la bouche ! Ainsi du discours sur les féculents toujours opposés aux nobles, car viriles protéines animales, taxonomie (classement) occultant aussi des fautes de logique. Les "féculents" sont une classe d'aliments d'origines très différentes (riz, maïs, céréales et leurs dérivés), pommes de terre (solanacées comme les tomates), blé noir (polygonacée), légumineuses (graines dans des cosses), châtaignes et toutes les noix. Ils sont abondants en amidon et glucides complexes mais aussi en protéines (gluten, protéine du blé) tous les pois, haricots, notamment le haricot mungo (soja) qu'on donne aux herbivores et aux oiseaux pour faire du muscle. S'ils font du muscle aux bêtes, pourquoi n'en feraient-ils pas aussi aux humains qui font partie du règne animal ? Le tour de passe est complet. Les graines sont quasi éternelles, on en a fait germer qui ont été trouvées dans les pyramides d'Egypte, dans la panse d'animaux congelés dans le permafrost : elles sont des protéines, ces briques de la vie encapsulées sous une coque bouclier, avec pour la durée du voyage dans le temps, des graisses et des glucides nourriciers. Indestructibles. Eternelles. " Je suis orge, je ne péris point ", dit la déesse Isis. 

Ce livre est un bijou de lexique spéciste et de sa mauvaise foi, de fautes de logique, destiné à opposer radicalement les animaux humains et non-humains, à nous faire accepter toutes les violences que nous infligeons aux bêtes. Un lexique du mépris, de la cruauté, justifiant l'implacable exploitation que nous leur faisons subir. D'ailleurs, l'animal n'a jamais le statut de victime précise l'autrice : ce qui donne les titres dans la presse relayant les incendies d'élevages, ou les accidents routiers où périssent aussi les bêtes " 40 000 poussins brûlés vifs dans un bâtiment d'élevage dont les pompiers ont mis 4 heures pour venir à bout : aucune victime n'est à déplorer " SIC. Les victimes sont toujours les animaux humains. Ce que moi je relaie par la phrase corrigée, et renvoyée à l'émetteur : " Incendie dans un tunnel à poulets : on déplore 40 000 victimes brûlées vives". 

Il est temps de prendre conscience, que notre regard évolue pour que cessent ces violences contre les autres terriens, nos frères et sœurs en animalité ayant des droits moraux, ils sont dignes de notre considération. Pour cela, il faut revoir notre champ lexical de fond en comble. C'est ce que proposent après analyse cet ouvrage de 170 pages et son dernier chapitre, Pour une évolution de notre langage.

En bonus, je mets le lien vers l'inénarrable publicité que la RATP avait commise en 2012 contre l'incivilité dans son métro parisien : deux avantages, continuer à diffamer les bêtes, et éviter de nommer le problème, l'incivilité en majorité masculine, les porcs, phacochères et ânes reprenant du service à leur place. Le spécisme et la misothérie ne font jamais relâche. 

mercredi 19 janvier 2022

Le monstre est parmi nous - Pandémies et autres fléaux du capitalisme

 The monster at our door - The global threat of avian flu - 2006 par Mike Davis 

The monster enters, nouvelle édition 2021, enrichie d'une préface écrite en avril 2021 en plein confinement aux Etats-Unis et partout ailleurs, préface dédiée bien sûr au SARS-Cov2.


Mike Davis est historien de l'urbanisme. J'ai eu l'occasion de citer sur ce blog un de ses textes (en fin de billet) sur le bidonville global ; son oeuvre décrit des villes mortes (Dead Cities), des villes de quartz (City of quartz / Los Angeles) et "le stade Dubaï de capitalisme" dans un style inimitable, maniant la métaphore avec intelligence et érudition. Ses ouvrages se lisent comme des romans. Mike Davis est marxiste. Le marxisme propose encore une critique acceptable du stade global du capitalisme que nous vivons actuellement. Dans Le monstre est parmi nous, Mike Davis annonce que la prochaine pandémie de grippe, le monstre c'est l'influenza -flu- du même type que celle de 1918-1920 dont le nombre de victimes, toujours non parfaitement dénombrées, a été évalué entre 14 millions à 100 millions de morts. En cas de "monstre" comparable (le SARS-COV2 est une promenade de santé à côté de la grippe HxNy) présentant la même virulence, vu que la population mondiale a sextuplé (X 6) en un siècle, on obtiendrait un nombre de morts entre 325 millions à 1 milliard pour les projections les plus pessimistes. Sachant que les taudis du début du XXème siècle, comme le manque d'hygiène dans les tranchées de la Grande Guerre, sont avantageusement remplacés et surmultipliés par les bidonvilles où s'entassent actuellement pratiquement 2 milliards d'humains. Humains déracinés, paysans sans terres, ruinés par l'agro-industrie intensive intégrée, paysans éleveurs extensifs, par exemple thaïlandais, clochardisés, dont "les filles peuplent désormais les bordels de Bangkok". Tandis que la grippe aviaire court dans les élevages d'Asie et dans le Sud-Ouest de la France, que nos désespérées "nuits des longs couteaux" (abattages massifs d'animaux) n'éradiquent plus, qu'elle flambe de plus belle ailleurs, sachant que la grippe porcine est dans les élevages des Côtes d'Armor, inspirée par l'ouvrage, voici la recette de la prochaine grippe, comme il y a un siècle.

MANUEL D'APOCALYPSE EN 11 ETAPES 

Poursuivre le peuplement humain incontinent, envahissant les espaces sauvages, à base de déforestation, de destruction de la biodiversité, de braconnage pour vendre de la viande de brousse (Afrique) et sur les wet markets (marchés humides vendant toutes sortes de bêtes vivantes en Asie) aux classes moyennes ;

Pour avoir de la viande à tous les repas, élever une mégafaune d'animaux entassés et serrés par dizaines de milliers dans des hangars ou des bâtiments à étages, avec la mortelle combinaison porcs / poulets concentrés sur des régions entières, animaux au système immunitaire déficient, affaibli par leurs conditions de vie, aggravé par l'uniformité des races cultivées / élevées ; 

S'aveugler sur la capacité de nuisance des capitalistes avides et corrupteurs qui ne croient qu'à la rentabilité immédiate, en jetant des millions de paysans familiaux et extensifs dans des mégalopoles et les bidonvilles du tiers-monde ; 

Pratiquer le tourisme de masse, les transhumances massives, les voyages en avion, lors des "fêtes traditionnelles" (Nouvel an Chinois, pèlerinages, tourisme...), et le vagabondage sexuel ;

Externaliser dans des pays à faible coût de main d'oeuvre la production industrielle de masques, respirateurs, seringues, aiguilles, de médicaments, de vaccins dont la fabrication est jugée peu rentable ; pour la prochaine, on ressortira les sacs poubelles en guise de surblouse pour les soignants. S'il en reste, ils seront les premiers à mourir en soignant leurs patients. 

Privilégier la recherche de molécules pour les maladies cardio-vasculaires, le diabète et les cancers, les troubles de l'érection des hommes (l'inénarrable Viagra et son marché de riches), et hystériser la menace bioterroriste ; l'assassin bioterroriste à notre porte, c'est la grippe notamment d'origine aviaire H5N1 et ses grandes capacités recombinantes ; virus à ARN se cherchant en permanence des hôtes pour se perpétuer, il cherche en permanence la clé d'entrée de nos cellules, en mode essai erreur, il va finir par la trouver ; 

Pratiquer l'austérité financière à l'hôpital et vis à vis du système de santé en vidant les stocks stratégiques pour faire des économies, de la gestion à flux tendus ; fermer des services de recherche et d'excellence ; privilégier les intérêts économiques aux questions de santé publique dont l'actuelle pandémie a démontré que sans services de santé agiles, il n'y a plus d'activité économique ;

Continuer l'égoïste politique vaccinale et de vente de médicaments (Tamiflu) "America and Europe first, Africa last" : nous sommes, en matière de pandémies, interdépendants ; entasser des pauvres dans des bidonvilles surpeuplés avec une seule toilette pour 2000 habitants ;

Continuer à saturer l'air de polluants (fumées, substances chimiques…) ; évidemment, ne rien faire pour combattre la crise climatique ni l'effondrement de la biodiversité. La diversité des espèces nous protège des virus, en leur opposant des systèmes immunitaires différents et robustes. Or nous privilégions uniformément la "culture de la betterave", pour paraphraser Claude Lévi-Strauss.  

Cacher ou minimiser une épidémie, mentir à l'OMS pour des raisons économiques et de prestige, menacer les lanceurs d'alerte comme en 2019 en Chine, et avant, en Thaïlande, lors d'une épidémie de IHAP Influenza Aviaire Hautement Pathogène où des gens, des enfants, sont morts en même temps que de millions d'oiseaux étaient enterrés vivants ou éliminés par le gaz ; 

Continuer la concentration de la production de nourriture, notamment de viande, aux mains de quelques industriels tout-puissants, souvent corrompus et opaques.  

La voilà la recette du désastre. Le pire n'est pas forcément sûr, Mike Davis rapporte en toute équité que la grippe espagnole (appelée ainsi parce que ce sont des journaux espagnols libres qui l'ont annoncée les premiers) serait selon un épidémiologiste un accident unique dans l'histoire humaine. On peut espérer. Mais il est tout de même prudent de prendre des précautions. Il est incontestable que le rythme des épidémies s'accélère. Les deux SRAS (2003 et 2019) ne sont peut-être que des émissaires. Tenons compte de l'avertissement. La lecture de cet ouvrage est informative et salutaire.

" Le SRAS comme le VIH est un dérivé effroyable du commerce international d'animaux vivants, commerce le plus souvent illégal et étroitement corrélé à l'exploitation forestière et la déforestation. " Mike Davis

lundi 28 septembre 2020

Carnage : Pour en finir avec l'anthropocentrisme

Egorgés, abattus au fusil après une course épuisante, piégés, étranglés dans des collets, braconnés, trafiqués, enlevés à leurs parents et transportés enfants hors de leur biotope (la folie des guépards en Arabie saoudite), butés par des gendarmes ou des officiers de louveterie parce qu'ils ont tenté d'échapper à l'abattoir, ou parce qu'ils "prolifèrent", peu importe qu'ils soient "protégés" par deux conventions internationales (loups) ; esclavagisés dans des zoos et des cirques, battus avec des pioches et des pinces, éviscérés vivants, étouffés, remontés des fonds abyssaux, organes éclatés par la différence de pression, nassés, empoisonnés au cyanure, retournés sur le dos et égorgés dans des pièges à l'abattoir, noyés dans leur sang giclant jusqu'au plafond et sur les murs, mal étourdis électrodes dans l'œil quand ils sont des porcs, ébouillantés et dépecés vivants à la scie pour les vaches, porcs, volailles, chassés pour leur ailerons puis rejetés vivants à la baille pour les requins, expérimentés dans les laboratoires pharmaceutiques (chiens, rats, souris, macaques), encagés dans des cirques, incarcérés donc rendus fous dans des zoos, accablés de charges aussi lourdes qu'eux qu'ils portent jusqu'à épuisement, assassinés dans des chasses-loisirs par des gros tas américains s'exhibant ensuite sur leurs cadavres ; envoyés à la mort dans nos incessantes guerres stupides, envoyés en troupeaux sur des champs de mines pour les faire exploser en explosant eux-mêmes (moutons sur les plages du Débarquement), traversant des champs de bataille avec le courrier accroché au cou (pigeons), porcs vivants utilisés comme matériel de crash test dans l'industrie automobile ou utilisés comme matériel d'expérimentation militaire ; modifiés génétiquement pour produire toujours plus de muscle ou de lait, confinés dans des élevages où règne une telle promiscuité qu'ils en deviennent fous, tripotés par des touristes, ces plaies invasives, dépouillés de leur fourrures et peaux pour en faire des manteaux et des sacs, jamais en paix, et avant tout calomniés par l'espèce humaine, rejetés dans une altérité radicale, pour mieux les exploiter dans toutes sortes d'industries lucratives et puissantes ; butés sur les bords des routes parce que les quadrillages de nos voies routières, ferrées et maritimes de leurs territoires les font prendre tous les risques pour se rencontrer, s'accoupler ou simplement se nourrir ; étouffés avec des sacs plastiques en mer et sur terre, la gueule arrachée par un piège bourré d'engins explosifs comme les éléphants en Inde... 


La première moitié du livre tente un recensement du malheur infligé aux animaux par l'espèce humaine. C'est accablant. Tant et si bien d'ailleurs que le vivant est en train de s'effondrer autour de nous, dans l'apathie repue générale. Le spécisme -action de considérer qu'une espèce est plus importante qu'une autre et que les autres espèces sont des moyens pour les fins humaines- continue ses ravages : pas une journée ne se passe sans que nous en soyons témoins ! Ainsi ce matin, sur France info, chronique de l'histoire édifiante d'un "rat mignon, oubliez le vilain rat en bas de chez vous" SIC qui a été médaillé pour avoir détecté des mines au cambodge. Sous-texte pour les mal-comprenant : quand ils nous rendent des services, les animaux sont utiles et l'espèce humaine les tolère et peut même les trouver "mignons" ! Evidemment, ça ne tient pas une minute, allez voir la photo, c'est un rat, de l'espèce rat, et si vous trouvez les rats moches, surtout comparés à la magnifaïque, bellissime, hors-concours espèce humaine, en face de la bête, vous allez monter sur une chaise ou vous évanouir. A l'instar de sa cruauté, la mauvais foi humaine n'a pas de fond. 

La deuxième partie du livre se demande s'il y a des justifications à un tel massacre d'être vivants : "l'espèce humaine tue consciemment volontairement chaque minute dans le monde, plus de 2 millions d'animaux". Ils sont généralement décomptés en tonnages, les abattoirs affichant rarement le nombre d'individus (sentients, éprouvants des émotions, détenant un savoir qu'ils transmettent à leur jeunes, mères maternelles) ; c'est notamment le cas des pêcheurs qui ne savent, ne comptent pas individuellement leurs prises, ils raisonnent systématiquement en "stocks", "ressources" et "tonnages", cela aboutit à  vider les océans et les mers sans états d'âmes en utilisant des technologies de guerre (sonars, radars détecteurs de bans, grenades, harpons..). Car c'est bien d'une guerre dont on parle. Une guerre d'extermination. 

" Une plainte continue monte des fermes, des laboratoires, des arènes, des cuisines, des abattoirs, des niches, des cages ou des bois, de toutes les parcelles de la Terre. Le cri des bêtes nous assourdit. Leur sang nous inonde. Ceux à qui on laisse la vie sauve ne connaissent pas un sort plus enviable. Captifs ou dressés, ils offriront toujours une image de vaincus dans un monde entièrement gouverné par des rapports de force d'autant plus admirables qu'inutiles, arbitraires et gratuits. " *

Pour Jean-Marc Gancille, le réformisme, le welfarisme (agrandissement des cages, libre-parcours, cameras dans les abattoirs pour surveiller les "bonnes pratiques d'abattage" SIC, les abattages à la ferme sensés supprimer les transports sur de longues distances, la défense de petits pêcheurs artisanaux contre les chalutiers industriels, en démontrant, chiffres à l'appui, que la Méditerranée a été vidée par des pêcheurs à bateaux de moins de 12 mètres..., toutes ces bonnes intentions ne font que masquer que, finalement, c'est toujours à la mort de l'animal qu'on aboutit. Pour RIEN. Nous n'avons aucun besoin de viande ni de poisson pour nous nourrir : les végétariens et véganes actuels, ou venant du fond de l'histoire, car ce mouvement de libération animale existe depuis que les humains arpentent la planète, en sont la preuve vivante et en bonne santé sous nos yeux, le contester fait montre d'une obstination dans la mauvaise foi. Le réformisme ne fait que, au final, justifier le système, le cautionner, le faire durer. Ce que font les désespérants écologistes actuels, type EELV, avec leurs oxymores "développement durable, viande éthique, pêche artisanale, gestion de la ressource"... : le malheur et l'arnaque se perpétuent. La façon dont l'humanité traite les animaux, notamment dans l'industrie de l'élevage, par caprice de riches, est un naufrage moral. 

Les animaux sont, comme nous, l'aboutissement d'une longue évolution, comme nous le résultat d'une longue adaptation parsemée d'écueils surmontés, d'apprentissages et de transmission de ces apprentissages. Mieux même, nous sommes tous interdépendants : l'humanité ne survivra pas au dépeuplement et à l'acidification des océans, à des températures moyennes de 45° C à l'ombre, à l'expansion des déserts, à l'effondrement de la diversité des insectes, arthropodes, et vers de terre (la majorité de la biomasse de la planète alors que l'humanité n'en représente que 0,01 % !) qui aèrent, cultivent et rendent nos sols féconds, à l'effondrement des mammifères terrestres par nos élevages et cultures agricoles pour nourrir surtout des animaux, qui concurrencent la place des espèces sauvages : l'auteur préconise l'arrêt total et immédiat de l'élevage, de reconnaître un statut juridique aux animaux, la végétalisation totale de l'alimentation humaine, la fermeture des zoos, l'arrêt définitif de la chasse et de la pêche, le ré-ensauvagement de 50 % des terres et océans de la planète, où les espèces sauvages exerceraient leurs droits à l'autodétermination sans que nous y intervenions et y mettions notre grain de sel ; vu la façon à la gribouille dont nous nous y prenons, dont nous nous y sommes pris jusqu'à maintenant, nos gros sabots de suprémacistes piétinant la porcelaine de l'équilibre fragile de notre biotope, cela me paraît de bon sens. Rien ne peut être pire que la perpétuelle et désastreuse intervention humaine. Nous n'avons de toutes façons plus le choix : nous sommes au pied du mur, acculés. Où nous changerons RADICALEMENT nos comportements de tueurs anthropocentristes ou nous périssons. L'humanité ne survivra pas à la déforestation, à l'avancée des déserts, à des températures de 58° C dues à l'effet de piégeage du carbone dont l'élevage est un puissant pourvoyeur, à la pollution qui suit toutes ses colonisations des territoires des autres, à la surpopulation sur une planète désolée où les autres terriens ne seront que quelques espèces élevées à grand frais environnemental pour nos mythiques protéines animales. Les milliards de poulets que nous torturons et confinons dans des tunnels sont déjà les plus nombreux habitants de la planète. Nous vivons sur la planète du poulet d'élevage. Nous ne survivrons pas dans un désert déforesté, brûlé, à l'air irrespirable, à la montée des eaux, à la cueillette sur des tas d'ordures, comme c'est déjà le cas pour la partie la plus défavorisée de l'humanité. Nous allons devoir tourner le dos au mauvais chemin où l'humanité s'est engagée lors de la "révolution" du Néolithique selon Yuval Harari, en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Ca va être dur, notre déni freinant nos prises de conscience, il va nous falloir être la Terre qui se défend contre la prédation humaine. Courage les défenseurs des animaux, soyons radicaux. 

CARNAGE : nom masculin, action de tuer un grand nombre d'animaux ou d'humains.

" Par la faute de l'anthropocentrisme, nous sommes devenus ce primate nu gonflé d'orgueil, qui s'est auto-persuadé d'être une légende épique. " Paul Watson, pour la préface. 

Charles Patterson, universitaire, historien, s'interrogeant sur les torts terribles que nous infligeons aux animaux, écrit en 2002 Un éternel Treblinka. Isaac Bashevis Singer, écrivain juif d'expression Yiddish, Nobel de littérature, ayant vu sa famille engloutie dans la Shoah écrira : "pour ces créatures (animales), tous les humains sont des nazis". 

" On sait que la grande majorité de ceux qui, descendant des trains, se retrouvaient sur les rampes des camps d'extermination ne parlaient pas allemand, ne comprenaient rien à ces mots qui ne leur étaient pas adressés comme une parole humaine, mais qui s'abattaient sur eux dans la rage et les hurlements. Or, subir une langue qui n'est pas faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, le paroxysme de l'intelligibilité meurtrière, n'est-ce pas précisément le sort que connaissent tant et tant d'animaux ? " Elizabeth de Fontenay, philosophe, Le silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité, 1998, chez Fayard.

* Citation de Armand Farrachi Les ennemis de la terre

mercredi 1 juillet 2020

Les damnés : des ouvriers en abattoir.

Le 30 juin, France 2 diffusait des témoignages d'ouvriers et d'ouvrières d'abattoirs dans le documentaire qui donne le titre de mon article. Une femme, 30 ans de "carrière" dans un abattoir de poulets entiers (sans découpe) et, d'après mon décompte, 7 hommes, dont un anonyme encapuché. Parmi les hommes, Joseph Ponthus qui a quitté l'abattoir de bovins où il travaillait pour une carrière d'écrivain, et Mauricio Garcia Pereira, lanceur d'alerte de l'abattoir de Limoges qui a écrit ses mémoires chroniquées sur mon blog (lien ci-dessous), diagnostiqué souffrant à vie d'un grave PTSD, syndrome de stress post-traumatique, qui fait que les images de veaux à terme mourant en gigotant dans la matrice de leurs mères abattues continuent à le hanter. Veaux immédiatement jetés à la poubelle : il faut entendre ses sanglots quand il dit, en agitant son mobile, qu'il a tout effacé de son témoignage, mais que les images sont toujours dans sa tête, et qu'il sait par d'ex-collègues que jusqu'à 20 veaux non nés continuent à mourir à l'abattoir de Limoges chaque jour, que la pratique qu'il a dénoncée a toujours cours parce qu'aucune loi n'interdit l'abattage de vaches gestantes.

" Le mot qui définirait bien l'abattoir, c'est la folie : blouses blanches, murs blancs, néons blafards ".

" Vous m'avez physiquement, mais mentalement, vous ne m'avez pas ", témoigne la seule femme qui raconte ainsi la dissociation mentale qu'elle est obligée de s'imposer pour "tenir" toute la journée malgré la souffrance psychique et physique. Cela rappelle le témoignage des prostituées et des victimes de viol qui se dissocient en attendant que cela passe, ou en attente de mourir.

L'abattoir, dinosaure de l'industrie de masse, appliquant un taylorisme effréné : travail en miettes, cadences infernales. 

Parmi les témoins, un ex salarié de la DSV, Direction des Services Vétérinaires des préfectures, devenue depuis DDPP avec des attributions plus larges : Direction départementale de la Protection des Populations, sous le mandat présidentiel Sarkozy ; notez le glissement sémantique, on passe des services vétérinaires à la protection des populations. Les animaux ont disparu ! Aucune importance de toutes façons, d'après le témoin qui a quitté la fonction, car ses rapports sur l'état désastreux d'animaux arrivant à l'abattoir, vaches avec un œil crevé entre autres, déplaisaient en haut lieu. Il décrit les pratiques dérogatoires des abattages halal et casher auxquelles il a assisté, où les bovins sont piégés, attachés, dans une machine qui les immobilise puis les retourne sur le dos, une sangle venant parfois tendre le cou, puis l'ouvrier qui enfonce son coutelas dedans, les 12 litres de sang artériel giclant à 6, 7 mètres de haut, l'animal agonisant durant parfois 15 minutes, jusqu'à la noyade.

" Les vaches, je les vois pleurer dans le piège ".

Le matador, pistolet à tige perforante qui leur transperce le crâne (étourdissement avant saignée, rendu obligatoire par la loi Gilardoni de 1964) " rouge pour les bœufs, vert pour les vaches, bleu pour les veaux" qui les fait immédiatement s'effondrer dans le box " un outil qui n'a jamais été amélioré depuis le début " et " dont aucune étude ne prouve que l'animal ne sent rien des opérations suivantes ", à savoir découpe des sabots, le dépouillement du cuir / peau puis la découpe des membres, le tout effectué à la scie en quelques minutes, cadence infernale oblige. Rien ne prouve donc que la bête soit morte.
Le fonctionnaire témoigne de l'inefficacité des DDPP préfectures, des signalements impossibles, de la complicité des autorités sanitaires avec l'industrie.

Aucun salarié d'abattoir ne rentre dans cet endroit par vocation. Mauricio Garcia Pereira dormait dans sa voiture avant d'être embauché pour un premier court contrat d'intérim, car c'est l'entrée obligatoire dans la "carrière", " 8 intérimaires sur 10 ne reprennent pas leur poste après la pause de 10 H ou ne reviennent pas le lendemain ".

Classisme :

" On les fait rentrer en les persuadant qu'ils sont des idiots ". " c'est plus facile de se dire que les gens qui font ça sont des brutes épaisses, des sans cerveaux ".
" L'abattoir écrase les gens, s'ils sortent, c'est sans qualification, les promotions sont impossibles, il n'y a pas de porte de sortie ", témoigne toujours le vétérinaire fonctionnaire préfectoral. De fait, tous disent qu'ils y sont entrés au SMIC en intérim pour quelques semaines, et que 15 ans, 19 ans ou 30 ans après, ils y sont toujours et... au SMIC !

" L'abattoir, c'est la guerre. On sait que ça existe, mais on préfère fermer les yeux ".

La banalité du mal - Hannah Arendt 

" La segmentation, la compartimentation des tâches permet à l'ouvrier de s'insérer dans un système d'extermination ".

Filmés dans un sous-bois, cadre bucolique, avec deux fois des hurlements d'animaux en train de mourir, les témoignages sont proprement insoutenables, tous relatent une expérience inhumaine. Je ne garantis pas au mot près les citations prises à la volée, mais j'aurai du mal à le regarder une deuxième fois. Je suis allée me coucher en état de dépression et de stress moi aussi, et ça dure. Je ne vais sûrement pas me plaindre, ces ouvriers sans choix ni perspectives sont plus en droit de le faire que moi. En prenant ces notes, je pensais en faire un fil sur Twitter : finalement, j'y renonce au profit de mon blog. Sur Twitter sévissent toutes sortes de relativistes culturel-les pratiquant un racisme mou, qu'illes pensent être une générosité "inclusive", une compréhension des "cultures différentes des nôtres" prétendant là à un relativisme historique. Nous ne serions pas tous au même stade de l'histoire, et serions des citoyens différents devant la loi. Tant que ce sont des bêtes ou des femmes qui en font les frais, what the fuck ?

Deux des témoins se plaignent de la virilité de l'abattoir : tu subis, tu morfles, mais tu tiens debout, t'es un homme, pas un pédé, pas une mauviette. C'est le refrain que la hiérarchie leur assène au début, puis qui continue en perpétuel bruit de fond. Je ne fais pas partie des féministes qui considèrent que les luttes féministes sont secondaires à celles des ouvriers, je laisse ça à celles qui ont le cœur large et qui se considèrent éternelles secondes, club dont je ne fais pas partie. Je ne défends pas non plus la virilité, cette vache sacrée tellement prisée, même des femmes. Mais j'ai bien entendu les sanglots de Mauricio Garcia Pereira, et je me dis que les mecs paient cher, très cher, le maintien de leur position fantasmée de guerriers valeureux, dominant le monde et tout ce qui y vit.

Que les viandards qui trouvent "naturel" et indiscutable leur droit de manger de la viande aillent tous passer une semaine à tous les postes d'un abattoir. Un de ces jours, tôt ou tard, le sang de ces 80 milliards d'animaux massacrés par année pour que 5 à 6 milliards d'humains sur 8 y trouvent un plaisir de table égoïste, devenu un droit que ne justifie aucune nécessité, nous retombera dessus. Le coronavirus, originaire d'un marché aux animaux sauvages pour la consommation et le caprice de nouveaux riches n'était qu'un préambule.

Liens :
Le replay d'Infrarouge sur le site de France 2, lien disponible jusqu'au 30 août 2020, date après laquelle il se corrompra.
Le site de production du documentaire.
L'article du Monde sur les damnés des abattoirs : quand le travail rend fou.
Ma vie toute crue : mon billet sur le livre souvenirs de Mauricio Garcia Pereira
Steak Machine de Geoffrey Le Guilcher, journaliste infiltré à l'abattoir Kermené de Collinée.

dimanche 15 mars 2020

La revanche du pangolin

Mon titre pourrait aussi bien être la revanche de la chauve-souris, mais le pangolin est plus emblématique et plus populaire, donc va pour le pangolin, représentant dans cette crise de tous les animaux sauvages qui finissent dans les charniers de l'humanité. Le pangolin est un petit mammifère africain braconné jusqu'à l'extinction par croyance obscurantiste, et pour le caprice humain. Il est représentatif du sort que nous faisons aux animaux et des malheurs à répétition qui en découlent. Sa viande et ses écailles étaient vendues parmi celles d'autres animaux sauvages sur le wet market de Wuhan, épicentre de l'épidémie de coronavirus qui balaie actuellement la planète.
Les coups de semonce se succèdent et l'humanité n'entend pas. Le sort et la santé de l'humanité et des animaux sauvages comme d'élevage sont liés, comme le spécifie ci-dessous l'affiche de l'OiE dont le nom s'épelait en français, mais qui est devenue l'Organisation Mondiale de la Santé Animale  -dans l'optique de l'élevage, naturellement. C'est, comme aurait dit De Gaulle "un machin" international rigoureusement inconnu du grand public, abondé par nos impôts sans doute.


Il y a 21 ans, soit une éternité, il y eut la crise de la vache dite "folle" : c'était la vache qui était devenue folle, pas l'industrie de l'élevage qui a fait de bovins herbivores des granivores (maïs, soja, toutes graines légumineuses hyper protéinées), puis graduellement, des carnivores, par le nourrissement par des farines animales, résidus d'abattoirs dont les abatteurs ne savaient trop que faire, mais du coup bourrées de protéines animales, le top du top en matière de protéines, nous serine-t-on encore. Sauf que rendues cannibales, les vaches développèrent un prion qui détruit le cerveau. Ou comment se défausser de sa propre folie sur l'animal le plus exploité, le plus maltraité, le plus asservi par l'humanité pour ses besoins, pour ses caprices, depuis le Néolithique. Mesure prophylactique, pendant des mois, des élevages d'animaux sains (j'insiste, l'immense majorité étaient sains) voyaient arriver un escadron de gendarmerie en costume de cosmonaute, généralement survolé par un hélicoptère, installant un cordon sanitaire autour de la ferme ou même du village, qui chargeaient des camions de troupeaux de 80 à 120 vaches, ou moins, et les emmenaient vers l'abattoir réquisitionné et dédié, ou dans des centres d'équarrissages où elles étaient abattues puis jetées, brûlées sur des bûchers ! Rigoureusement SIC. Je me souviens un soir d'un journal télévisé de France 2 filmant un éleveur, un mec dans les 40 ans, qui venait de voir partir ses 80 montbéliardes saines, dont la voix s'est étranglée et qui s'est mis à sangloter à l'entrée de son champ. Impossible de ne pas sangloter avec lui : je suis restée trois semaines sans regarder les JT, tellement c'était terrible. Premier coup de semonce pour moi. Il faut dire qu'à l'époque j'allais travailler en CDD dans la zone industrielle Nord du Mans, en suivant sur l'autoroute A11 des cochons qui allaient faire des rillettes chez SOCOPA, à Connéré, entre le Mans et La Ferté Bernard. Il n'était pas rare d'ailleurs de voir des remorques garées sur la bande d'arrêt d'urgence, chargées de porcs, appuyées sur le bec d'attelage, chargement en pente à 45° de dénivellement entre le haut et le bas ; j'ai même appelé la gendarmerie plusieurs fois en arrivant au bureau, doublant par un autre appel au transporteur ou à l'industriel, quand je réussissais à lire leur nom sur la remorque, en les menaçant d'un signalement à une grosse méchante association de protection animale, généralement la FBB, L214 n'existant pas à l'époque ! Grosse avoinée au standard, suivie par la connection avec le directeur himself, à qui je faisais comprendre que ça pouvait vraiment barder pour son matricule. Puis un matin, levée à 5H, partie à 6H30, arrivée à 7H15 devant la barrière de péage de la Gravelle, barrage de camions/traquenard organisé par Interbev, il a fallu faire demi tour, je vous la fait courte, j'ai mis (on a tous mis) 7H pour faire un trajet de normalement 1H30 : c'est ce jour-là que je suis devenue végétarienne. Ces gens maltraitent tout le monde : animaux et humains. Aucun égard pour personne. Si leurs intérêts corporatistes de viandards sont menacés, ils usent de violence.

Il y eut l'épidémie de SRAS en 2003 qui paralysa toute l'Asie et l'Amérique du Nord, avions cloués au sol, virus provenant vraisemblablement d'une chauve-souris : environ 400 morts et l'économie paralysée pendant 8 mois pour un coût de 30 milliards de dollars. Il faudrait aussi parler du SIDA dont le virus a fait des millions de morts dans les années 80 et 90, qui provient sans doute d'un singe africain qui a été en contact avec un braconnier de viande de brousse.
Ces infections arrivent d'animaux pour deux raisons : par le braconnage pour la consommation généralement illégale de viande d'animaux sauvages (c'était le cas à Wuhan pour le COVID_19), et la prolifération humaine, envahissant les territoires des animaux sauvages qui sont porteurs de leurs propres maladies et virus. Il faut rappeler que l'élevage a permis l'avènement des épizooties par ses concentrations d'animaux pour exploiter leur lait et leur viande, puis des épidémies, les virus et bactéries trouvant à leur goût les rapprochements entre espèces, ce qui leur permet de s'adapter et de muter.

Nous leur offrons littéralement un boulevard par nos comportements : invasion / COLONISATION sans frein des espaces des autres, consommation avide de viande, puis transports aériens, routiers, marchés couverts ou de plein air, ces animaux étant revendus partout.
L'anagramme de PETA Coronavirus / carnivorous est tout à fait pertinent même s'il permet juste un jeu de mots en anglais, contrairement à ce qu'ont prétendu les carnistes invétérés, disant qu'il s'agissait d'une théorie complotiste. Diversion, déni.

Depuis la vache dite folle, hormis l'épisode du SRAS en 2003, et celui du H1N1 en 2009, ce sont surtout les animaux qui ont payé le prix fort de notre inconséquence : notamment lors de la peste aviaire de 2016-2017, où des millions de canards et d'oies élevés pour leur foie, ont été abattus en Europe pour éviter la contamination des élevages sains ( la psychose était telle qu'au Conservatoire de la Bintinais à Rennes, ils avaient grillagé les parcs à poules et oies sur le dessus, pour éviter que les oiseaux sauvages s'y posent !) ; là encore, ce n'était pas notre faute, les oiseaux sauvages migrateurs furent accusés d'être vecteurs de la maladie Bird flu, eux dont les espaces de repos et de nourrissage sont bétonnés par l'invasive espèce humaine, les fragilisant lors de leurs longs voyages entre deux continents. Puis, récemment, fin 2019, l'épizootie de peste porcine africaine (African Swine Flu), provenant elle de sangliers sauvages infectés, qui rôde toujours en Europe, a provoqué l'abattage de millions de porcs dans des conditions souvent sordides en Asie (Chine et Vietnam notamment) provoquant une crise du porc, viande prisée des chinois de la classe moyenne, durant les fêtes de commémoration des 70 ans de la Révolution communiste. Du coup, les éleveurs bretons, toujours entre deux baisses des cours, reprennent des couleurs, le malheur des uns (surtout des animaux) fait le bonheur des autres. En route pour la prochaine crise de surproduction. Qui sera réglée par une autre épizootie : car bien entendu, personne ne le dira, mais toutes ces épizooties induisant des abattages massifs d'animaux sains sous prétexte d'enrayer la maladie servent un propos économique : assainir le marché, tuer les petits éleveurs, les petits producteurs qui ne se plient pas aux règles de l'élevage industriel hors-sol, ses investissements, ses bâtiments, son univers concentrationnaire, son air irrespirable, ses entassement d'animaux avec des bonshommes au milieu. C'est ce qu'ils veulent, des animaux incarcérés, élevés loin des regards des consommateurs (malheur aux lanceurs d'alerte qui sont criminalisés dans le même temps en inventant un néologisme "l'agribashing", et la cellule de gendarmerie dédiée : DEMETER), rationalisés à mort, à hyper productivité en éliminant toustes celles et ceux qui veulent faire de l'artisanat. Hors de l'industrie, point de salut, c'est le mantra de la FNSEA, vraie ministre de l'agriculture de notre pays depuis 60 ans.

Pendant que j'écris ce billet, la France (l'Europe même !) est confinée, à l'arrêt : plus d'écoles, plus de bars, plus de restaurants ouverts, les élections municipales 2020 se déroulent dans la psychose, les salariés sont priés de télétravailler, sans aucune préparation, alors même que ce mode de travail devrait depuis longtemps être la norme pour toustes celles/ceux à qui c'est possible, rien que pour éviter la pollution des voitures entassées sur les routes, les rocades et les périphériques. L'économie va le payer très cher, mais c'est le prix pour que notre système de santé résiste et fasse face à un éventuel afflux de malades en détresse, et pour continuer à soigner les autres pathologies. Les sectateurs du libéralisme du toujours trop cher quand il s'agit de services publics sont déjà en train de tourner casaque et à demander le soutien de l'état. La santé est une richesse ai-je entendu un médecin dire hier, elle induit la productivité, la créativité, une économie florissante, au contraire de la maladie qui coûte cher, en soins d'abord, puis en pertes économiques qui chiffrent en milliards. Cette crise due au COVID_19 va nous coûter très cher, d'autant plus cher que rien n'a été anticipé, que les économies drastiques des dernières années font que les lits et les fournitures manquent : masques, gel hydro-alcoolique, même les matières premières pour les fabriquer. Rappelons que les pharmaciens sont AUSSI des préparateurs de médicaments, ils se sont laissés réduire au statut de distributeurs tributaires des industriels et des grossistes.

Tirons-en les conséquences : il va nous falloir changer nos rapports aux animaux ; il est temps d'arrêter les massacres, les charniers de bêtes dans un premier temps, de remettre en ordre nos façons de nous nourrir, en deuxième lieu ; car voir des gens qui se nourrissent principalement de charcuterie, de hamburgers de bœuf, de viande à tous les repas, se ruer sur les pâtes premier prix et le riz anticipant une pénurie, c'est quand même énorme quand on est végétarienne depuis plus de 20 ans ! Que cela leur serve de leçon, qu'ils s'y tiennent quand la crise sera passée. Cette alerte planétaire est une avertissement sans frais, après d'autres, moins sévères. Nous devons arrêter ces charniers, il faut stopper l'holocauste d'animaux d'élevages, il faut stopper l'envahissement des espaces sauvages et leur braconnage, leur chasse même, par l'espèce humaine. Nous sommes tous interdépendants, humains, animaux, nous foulons tous la même Terre, la même planète, certains depuis plus longtemps que nous, elle ne nous appartient pas plus à nous qu'aux autres. Les territoires des animaux sauvages doivent être déclarés inviolables, tels des états souverains. Nous devons végétaliser notre alimentation. L'élevage doit être progressivement abandonné, mais en conservant ces merveilleuses espèces qui nous ont accompagnés depuis le Néolithique, nous le leur devons pour services rendus, par pure gratitude. Sinon la prochaine pandémie nous pend au nez, plus grave encore peut-être. A 8 milliards, certains penseront que de toutes façons on est peinards, qu'on ne peut pas disparaître d'un coup, mais c'est une pensée de comptables, c'est faire l'impasse sur le malheur individuel. Je ne pense pas comme ça. Il est temps de tout changer.

Et même si le sujet de ce billet ce sont les animaux, à qui il est dédié, le changement passe aussi par :
Relocaliser notre production, y compris les matières premières, par ne pas faire que de l'assemblage ;
Arrêter la gestion à l'économie des services publics et de la santé ; indemniser le chômage dont les salariés ne sont pas responsables ;
Arrêter d'entasser les gens dans des villes en vidant les campagnes alentour ; développer le télétravail ;
Arrêter l'économie casino, adopter une autre façon de compter les PIB en y intégrant les externalités positives et négatives ;
Ralentir et stopper toutes les activités toxiques et destructrices de l'environnement, dont fait partie l'élevage industriel.

Actualisation 16/3/20
Lien : Robin des Bois 
Suivez le pangolin, vous comprendrez le monde !
Reuters - Wuhan Outbreak : genetics of the new virus
Maladie infectieuses, des animaux aux humains : communiqué de presse du Parti animaliste.

vendredi 20 juillet 2018

Craignez-les !

Du 25 au 29 juillet se dérouleront, comme tous les ans, les "fêtes" de Bayonne. Après les fêtes de San Fermin à Pampelune, en Navarre espagnole, presque à chaque fois entachées d'agressions sexuelles, voire de viols. Le jugement clément de 5 violeurs de la Meute à la San Fermin 2016 (La Manada en espagnol, ainsi qu'ils s'étaient nommés) a suscité des manifestations dans toute l'Espagne au mois d'avril dernier.
Lâchers de bouvillons et de vachettes affolées dans les rues, que les hommes défient en courant parmi elles et affrontent au besoin pour montrer qu'ils sont les plus forts : toutes ces fêtes se terminent par des "spectacles" de corridas, pour qu'on sache urbi et orbi que l'homme terrasse la bête. C'est pathétique. Pour l'instant, silence du côté des féministes, qui ne dénoncent que les affaires d'agressions sexuelles de ces rassemblements masculins, la dénonciation de la violence étant laissée aux associations anti-corrida et de protection animales actives des deux côtés des Pyrénées. On se demande bien pourquoi : ces faits sont le fait d'hommes -et de jeunes garçons qu'on dépouille de leur empathie pour leur apprendre la cruauté vis à vis de jeunes veaux, pratiques connues sous le nom de novilladas et de becerradas. Il faut que ça saigne, il faut qu'on les craigne ! Et il n'y a pas que dans le Sud de la France : déterrage de blaireaux et de renardeaux, comme ci-dessous dans une autre région française, les renards et blaireaux étant déclarés "nuisibles" par le Top Model de la Création pour justifier le massacre, pendant que la biodiversité disparaît. Pour que nul n'en ignore, ils publient leurs exploits et s'affichent avec leurs trophées comme tout serial killer qui se respecte, enfin, selon la légende dont regorge la littérature policière.
Ces fêtes où les femmes sont spectatrices plus qu'actrices, sont truffées et imprégnées d'exploits masculins (beuveries et incivilités en majorité) : elles sont évidemment des manifestations de virilité. Les femmes qui se croient bienvenues (c'est le discours officiel) sont évidemment juste tolérées dans ces espaces, où il peut à tout moment leur être signifié par une main au cul, une bite à l'air, voire plus, une agression sexuelle ou un viol, que la rue appartient aux mecs, que le bain dans le sang animal est leur occasion à eux. Lacrymogènes, incendies de voiture et agressions sexuelles, les incidents de la "fête des bleus" sur les Champs Elysées, qui ont été dévoilés plusieurs jours après, et bien à contre cœur par une presse unanime dans le consensus sur la grande fête footballistique, relèvent des mêmes pratiques : les filles, vous êtes tolérées dans un rituel masculin, ne venez pas vous plaindre après, si vous aviez une jupe trop courte, ou une jupe d'ailleurs, si vous aviez un coup dans le nez, ou même si vous traversiez la place au mauvais moment !

Je crois illusoire de vouloir revendiquer en tant que femme, une participation apaisée à ces joutes masculines. Elles sont par définition des compétitions entre hommes, compétitions entre hommes et bêtes, et dans ce dernier cas, il y a des morts, et ces morts, ce sont les bêtes. Quand je lis la revendication de fêtes de San Fermin sans violences de la part des féministes, je constate qu'il n'y a que les ONG de protection animale pour rappeler que la revendication de non violence doit aussi inclure les animaux, victimes qu'aucune autre voix ne défend !

Corps de femmes consommables dans la prostitution et le viol, corps de bêtes pièces bouchères envoyées à l'équarrissage pour les jeux masculins, violence et torture aux animaux, violence aux femmes dans la prostitution et le viol : San Fermin, fête patriarcale de la mort, banquet masculin empoisonné. Je ne vois pas comment on peut croire que ces lieux seraient des lieux de sécurité pour les femmes et tout ce qui n'est pas EUX, comme EUX. Je ne vois pas comment on peut tolérer des effusions de sang et de violence sans frein sur des bovins et demander la sécurité pour soi. Il est temps de voir le continuum de la violence masculine. Et assez de formules d'ancillaires que les femmes s'échangent en elles : "vous savez bien comment sont les garçons", "boys are boys" qui essentialisent les hommes et noient le poisson ; si nous sommes plus calmes, ils peuvent l'être aussi, c'est une question de volonté et d'éducation. Il est temps d'être et de rester ferme sur les principes.

Il est temps de sortir de la sidération et de la résignation devant les mauvaises actions des hommes ; le déni ne mène nulle part, pas plus que la revendication d'avoir une part apaisée en tant que femme  dans ces lieux où se jouent des guerres rituelles et symboliques. La torture et la mise en pièces d'un animal -y compris devant des enfants- ne sont pas des actes sociaux anodins. La mort d'un animal dans l'arène ou dans les espaces dits sauvages par des chasseurs témoignent qu'ils font régner la terreur. Et c'est bien le message envoyé. Nous sommes entre nous, nous sommes cruels et méchants : animaux, femmes, garçons doux ou garçons gays, vous n'êtes pas les bienvenus dans nos lieux d'entresoi viril, où nous confisquons par ailleurs les espaces publics et médiatiques, les espaces de nature à notre seul profit. Vous pouvez en être les victimes collatérales. Celles et ceux qui s'y aventurent prennent leurs risques. Toutes vos marches blanches sans slogans ni inscriptions, tous vos polluants lâchers de ballons n'y pourront jamais rien.

La seule réponse possible est le refus obstiné de ces méfaits virils, se mettre en travers de ces exactions contre des animaux qui ne font plus le poids, la réponse est le renvoi dans les poubelles de l'HIStoire de ces traditions viriles d'un autre âge. Les femmes y ont déjà gagné leur place. En face des chasseurs, les défenseurs des animaux sont en majorité des refusantes et des défenseuses. C'est en ces lieux-là que les femmes ont toute leur place à prendre.

" Les pratiques de la virilité sont incompatibles avec le maintien de la vie sur la planète ".
Kate Millett - La politique du mâle.

vendredi 5 mai 2017

Une galerie d'images sexistes au sein du mouvement pro-animaux

Attention : images de violence envers les femmes

"Les images qui suivent, collectées depuis des sources de nouvelles et de sites d'activistes, chronique l'exploitation systématique des femmes pour des campagnes anti-spécistes. Bien que des personnes de tous genres soient actives dans le mouvement* (et que des non humains de tous sexes sont exploités), ce sont les femmes qui sont utilisées de façon disproportionnée comme moyen de protestation contre la violence infligée aux corps des animaux non humains. Il y a deux raisons à ce cliché. D'abord, dans une société misogyne, le public est déjà habitué aux images de femmes en souffrance. Deuxièmement, le mouvement de défense des animaux a une longue histoire de sexisme institutionnel. Des preuves scientifiques montrent que cette approche n'est pas efficace. Au contraire, elles repoussent le public, nous aliènent de potentiels alliés venant d'autres mouvements pour plus de justice sociale, et aggravent les niveaux épidémiques de violence contre les femmes et filles à travers le globe."
Corey Lee Wrenn - PhD - Vegan Feminist Network

* Les femmes sont largement majoritaires dans le mouvement pour la cause animale

J'ai sélectionné 15 images : Peta -People for Ethical Treatment of Animals- qu'on ne présente plus, est largement représentée, son sexisme est légendaire.


Peta (People for Ethical Treatment of Animals) : une campagne contre le cuir


AACT Tasmanie : campagne contre les tests sur les animaux


Une campagne allemande contre la fourrure


Une campagne allemande contre le marquage (branding)



Peta : deux campagnes Go Vegan ! La seconde destinée aux hommes à pannes.


Peta : Les hommes préfèrent les blondes sans fourrure !


Campagne Ne laissez pas votre chien dans la voiture


Peta : Campagne contre les carrioles tirées en ville par des chevaux : "la vérité nue". Franchement on ne voit pas le rapport.


Peta (qui n'en loupe jamais une !) Campagne de stérilisation de chats "Trop de chattes peuvent être une mauvaise chose".


Fishlove : Une campagne contre la surpêche qui rate son coup ! Mais qui les conseille ?


Sortez la peau nue, ne portez pas de fourrure : Peta encore !


Peta Allemagne : Campagne contre le foie gras. Notez que j'en ai vu une adaptation française chez Welfarm-PMAF.


Peta : campagne anti-fourrure : les bordures de fourrure sont inélégantes. D'un goût exquis, visant les femmes, éternellement.

Pour voir la liste complète, suivre le lien vers le billet de Corey Lee Wren : Vegan Feminist Network - Gallery of sexist imagery. Publié sur mon blog avec son aimable autorisation.

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Toutes ces affiches pourraient aisément être déclinées au masculin, avec même des nus au besoin, et sans en changer le message. Mais apparemment une femme c'est toujours plus porteur, même (surtout) dans des situations scabreuses. J'ai cherché des images de campagnes françaises, mais on ne tombe que sur les habituels clichés sexistes de l'élevage. A propos d'élevage, justement, il y a actuellement une campagne européenne menée par plusieurs associations contre la castration à vif des porcelets mâles dans l'Union Européenne, pratiquée sur la quasi totalité du cheptel pour des raisons de mauvais goût de la viande perçu par 10 % des consommateurs, hommes généralement. En bonus, et pour faire contrepoids, (c'était difficile de mettre une femme de toutes façons !) je vous offre une affiche allemande, photo envoyée il y a quelques années par Euterpe, et qui me sert régulièrement à interpeller Stéphane Le Fol, actuel Ministre de l'Agriculture, et Phil Hogan, commissaire européen à l'agriculture, sur la souffrance des porcelets engendrée par cette pratique barbare. Mon message est le suivant : Vous tenez à vos bijoux de familles ? Eux aussi ! Accompagné de l'affiche que je trouve parfaite.


lundi 20 mars 2017

Les animaux ne sont pas comestibles

C'est l'itinéraire d'un omnivore, devenu végétarien, puis végétalien, puis végane (définitions ci-dessous), au hasard des épreuves infligées par la vie : un chien et un mouton offerts dans l'enfance déclenchent une première prise de conscience non suivie d'effet, normal quand on est un enfant impuissant face à l'injustice, car ce sont les adultes qui imposent leur loi. Le chien su(rv)ivra, mais le mouton finira en conserves lors d'une migration de la famille de l'auteur vers la ville, la pauvreté servant d'argument pour le meurtre du copain animal mouton, pas celui du chien. Il faut du temps et de l'indépendance d'esprit pour se forger une conscience dans une société qui pratique à telles doses les incohérences spécistes et l'annihilation de toute empathie depuis la plus tendre enfance pour faire passer ses messages et traditions carnistes. Les épreuves personnelles (deuil, chômage, maladie,...) peuvent faire évoluer vers une alimentation non-violente. C'est le cas de pas mal de végétariens et végétaliens que je connais. Les traitements hospitaliers inhumains infligés en fin de vie au père de Martin Page contribueront aussi à cette conscientisation. De végétarien se nourrissant d'œufs et amateur de fromages, il glisse vers le végétalisme strict, en donnant un blouson de cuir, adoré pendant des années, parce qu'il ne supporte plus de le porter. Puis vient l'étape de l'engagement politique en véganisme, mouvement pacifique de libération des animaux, êtres sentients et nés libres comme nous, non destinés à finir à la boucherie pour les animaux dits d'élevage ou de rapport, non destinés à être torturés dans les laboratoires des sous-sols des hôpitaux parisiens ou d'ailleurs, et non destinés à être enfermés et dressés pour le caprice des humains dans des delphinariums et dans des cirques.


LES DÉFINITIONS DE MARTIN PAGE

Végétarisme : "Pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale (petit rappel : les poissons sont des animaux, si on mange du poisson on est donc un omnivore)."

Végétalisme : "Régime alimentaire qui exclut les produits animaux et issus des animaux. C'est la version alimentaire et dépolitisée du véganisme."

Véganisme : "Mouvement politique en faveur des animaux et opposé à la suprématie humaine. Il consiste à ne consommer aucun produit ou service issus des animaux ou de leur exploitation, et à militer publiquement pour que les animaux soient considérés comme des individus."

Spécisme : "Considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, et le traitement discriminatoire qui en découle, notamment à l'encontre des animaux d'élevage, destinés à l'expérimentation ou considérés comme nuisibles." Par extension, il  renvoie aussi à une considération morale discriminant les espèces : les animaux de compagnie et les animaux en voie de disparition voient leur intérêt davantage pris en compte.

Vademecum de la / du parfait.e militant.e, à potasser et à avoir sur soi, ce livre est aussi une somme de ressources : mon choix forcément partial.

Conseils en alimentation, très pragmatiques, où trouver ses protéines (partout), son calcium, toutes les vitamines et nutriments nécessaires à une bonne alimentation et une bonne santé sans exploitation des animaux, comment lire les étiquettes. C'est là où serait ma critique : on tombe un peu dans la technique technologique, ce défaut typiquement masculin. Mais ses recettes et celles de sa femme artiste valent certainement le détour. Les différents sites Internet et réseaux sociaux de Martin Page sont à la fin du livre. C'est très didactique et passionnant.

Politique : le végétalisme, et donc le véganisme, sont souvent  présentés comme élitistes, ou comme une nourriture de bobos. Alors qu'il est au contraire tout à fait économique : un kilo de lentilles (même bio) est moins cher qu'un kilo de poisson ou de viande. En revanche, le capitalisme carniste fait que les les plus pauvres vivent dans des déserts alimentaires, des quartiers "défavorisés" où il n'y que Mc Do et la chaîne de supermarché à rayon fruits et légumes étiques, importés et fanés pour aller faire des courses, ou aller manger. Les centres-villes ont des marchés approvisionnés en produits frais, de saison, et locaux qui devraient être accessibles à toustes. " Il est plus simple pour pas mal de gens modestes d'aller vers de la viande de mauvaise qualité , parce que tout (l'industrie, la pub, la désinformation nutritionnelle) pousse les pauvres en direction d'une alimentation médiocre ".

Argumentatif : comment répondre (ou ne pas répondre !) aux "cris de la carotte" et autre "Hitler était végétarien" (faux, bien sûr), ces diversions (il y en a d'autres) des carnistes sans arguments : le massacre animal est massif, donc la réalité est douloureuse, faisons diversion, prenons la tangente. Staline, Pol Pot, Napoléon étaient omnivores, il ne viendrait à l'idée de personne de l'utiliser comme argument contre l'omnivorisme parce que le carnisme est l'idéologie dominante et incontestée. Les féministes luttant contre l'idéologie patriarcale sont aussi confrontées aux diversions (reconnaître qu'on subit une oppression massive est douloureux), accusées de ne pas aimer les hommes, alors qu'elles combattent un système. "Tu n'aimes pas les hommes, tu n'aimes pas la viande". Euh, non, les hommes je m'en fous un peu, c'est l'inéquité qui me fout la gerbe, et la viande, j'ai juste dit que je n'en mange pas, et que " ne pas manger les animaux est une libération."

Féminisme et Convergence des luttes : " C'est [la philosophe] Margaret Cavendish qui fut une des premières à répliquer à la théorie des animaux-machines de Descartes... On peut aussi citer, plus tard, Frances Power Cobbe et nombre de suffragettes, ainsi que Louise Michel, Rosa Luxembourg, Sophie Zaïkowska, Angela Davis. Evidemment, comme dans tout mouvement, les hommes sont arrivés et ont pris beaucoup de place. Ils ont minoré l'apport des femmes. Qui sait qu'avant Peter Singer, il y a eu Brigid Brophy (The rights of animals) et Ruth Harrison (Animal machines) ? ".  Je rajouterais Mary Shelley pour le végétarisme et son héros compassionnel et végétarien le Monstre de Frankenstein.

" Il est aussi regrettable d'entendre sans cesse parler de Singer comme du père de la cause animale. Un combat politique n'a pas besoin de père (toujours cette même vision patriarcale). C'est oublier que l'essentiel des textes et des actions ont été produits précédemment par des femmes dont on a minoré l'importance ".

" Les opprimés ont un privilège épistémologique "- Nancy Hartsock, féministe matérialiste, auteure de The féminist standpoint.

Faites gaffe les hommes et animalistes qui maîtrisez mal certaines notions, et qui faites des rapprochements dangereux, comme j'en vois de temps en temps passer. C'est délicat. Voici ce qu'écrit Martin Page à ce sujet : " si je parle clairement de la guerre faite aux animaux par l'espèce humaine, j'évite de comparer l'oppression des animaux à celles subies par les esclaves, par les femmes, par les Juifs et les Tziganes. [...] Quand Isaac  Bashevis Singer compare le génocide animal à celui des Juifs, et quand il écrit "ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l'homme le faisait à l'animal" et "pour les animaux, c'est un éternel Treblinka", il est légitime car il a perdu une partie de sa famille dans les camps de la mort. Ça lui appartient, c'est lié à son histoire ". 

" Je trouve problématique d'entendre des hommes blancs peu engagés contre le racisme comparer l'esclavage des animaux à celui des Africains. Je trouve problématique quand des hommes utilisent l'image du viol pour parler de la manière dont les vaches sont inséminées. Mais quand la militante végane Dallas Rising le fait, je l'écoute. Elle a été victime d'un viol. "

Et à propos de végéphobie : attention aussi à l'emploi à tort et à travers du suffixe phobie : " les véganes ne sont pas opprimés : ce sont les animaux qui le sont ".



Voilà mon résumé, partiel et partial forcément, j'y ai mis ce qui m'a le plus touchée, selon mes préoccupations et convictions. Mais ce livre n'est pas que de la philosophie, il est un vademecum pour les omnis qui veulent évoluer, pour les végétariens et les végétaliens non encore sortis du placard, comme pour les plus avertis des militants. Un investissement utile, un livre à garder et à consulter quand on en a besoin.

Tu ne mangeras plus jamais mes lasagnes, alors ? Demande la mère de l'auteur dont les lasagnes au bœuf avec une louchée de crème, couvertes d'une couche de gruyère fondu, constituaient les repas des dimanches en famille. Mais bien sûr que si qu'on va continuer la tradition familiale, d'ailleurs on a complètement transposé ta recette, elle est devenue végétalienne et elle est tout aussi délicieuse, répond Martin Page. Comme Jonathan Safran Foer qui décide dans Faut-il manger les animaux que désormais on continuera à fêter traditionnellement Thanksgiving avec du tofu, du seitan, et des légumes, mais qu'il n'y aura plus jamais de dinde sur la table.

Les citations du livre de Martin Page sont en caractères gras et rouges.
Les illustrations sont de Laurence Chéné.
Désolée pour les liens en anglais, mais les notices Wikipedia en français des philosophes anglaises sont soit quasi vides, soit ne mentionnent pas le véganisme d'Angela Davis, ni les féministes "for animal rights" américaines.