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lundi 19 octobre 2026

Calmez-vous, les mecs !

Ce billet, dans le contexte de ce mois d'octobre incendiaire, rapporte ma moisson de verbatim dans les médias à propos des différentes incivilités masculines, des plus graves aux plus bénignes, dissimulées sous un vocabulaire choisi pour noyer le problème. 

L'impensé de la violence masculine

Emeutiers, jeunes (épicène le plus usité, allant de 11 ans -ils embrassent tôt la carrière- à 45 ans, les femmes, elles, ne sont jamais jeunes), individus, personnes, mineurs, gamins, Vandales, et une trouvaille que je n'avais pas jusqu'à présent, 'mauvais plaisants' qui fait une percée, une timide apparition, dans l'affaire des frigos piratés des hypermarchés, tous fournis par Danfoss, le leader danois de la réfrigération connectée ! Ce qui est surtout connecté, hors les frigos de Danfoss, ce sont les d.ckheads* malfaisants. J'y inclus le hacker en chambre de 15 ans, désœuvré, qui occupe sa vacuité ontologique en tentant un mauvais coup, attendant soit une livraison de pizza, soit l'appel "A table !" de sa mère. Mais motus. Silencio. Pavé sur la langue.

Un universalisme de bon aloi sert à masquer les pratiques délinquantes et criminelles masculines sans que rien de réellement genré n'affleure. Le masculin en français prend le neutre, inexistant dans notre langue. Cela permet un flou artistique. Les femmes qui n'ont pas accès à l'universel, sont toujours renvoyées au particulier, d'où l'effet de stupeur quand une se fait remarquer dans les industries où ils réussissent. Il y a une expression que je ne supporte plus : " la société est de plus en plus violente". Ah ? Les deux sexes sont amalgamés dans le même opprobre comme si les femmes cassaient autant que les hommes, n'étaient pas plus calmes. Si les femmes se comportaient comme les hommes se comportent depuis toujours, il est certain que notre espèce aurait disparu depuis longtemps, ne laissant que des mauvais souvenirs. Elle perdure malgré tout, et sans doute pour le pire, grâce aux femmes qui restaurent, réparent, visitent les prisons, remplissent et portent les paquets SIC, réhabilitent, nettoient les écuries d'Augias, soignent, en un mot tiennent les murs. 

" Dans le féminin, il y a cette capacité depuis toujours de tenir l'impensable à bout de bras. Avec le temps, cette passivité est devenue une signature que tout le monde a prise pour un accord. " 

In Le déni écrit par Hélène Perlant.  

Mais qu'une femme, par ailleurs mère de famille de trois enfants, 'tueuse à gages' (je vous laisse trois minutes pour bien ingérer le concept, id est : Une. Mère. De. Famille. De. Trois. Enfants. Tueuse. A. Gages. Ca y est, vous l'avez, vous le visualisez bien ?) soit impliquée dans une tuerie, et là ma radio du matin ébaubie, souligne, surligne en fluo, la nouvelle. Il n'y a que chez les femmes que la situation devient inhabituelle quand surgit la violence. En creux, et sans jamais dire le problème, chez les hommes, ce sont leurs pratiques violentes et délinquantes qui sont l'habitude, tellement usuelle, que cela ne vaut pas le coup de le mentionner. 

" Une personne, c'est personne " disait un de mes clients (homme) croyant sans doute faire un bon mot en jouant sur l'ambiguïté du substantif. Ah ah ah. De fait, c'est effectivement le cas. Persona, en latin, désigne le masque de théâtre utilisé dans l'antiquité grecque, puis romaine par les acteurs pour jouer leur rôle. Si vous avez vu Les Perses d'Eschyle, les acteurs sont tous masqués. Et c'est sans doute de 'persona' que vient le mot personnage dans une oeuvre de fiction (théâtre, littérature, cinéma) pour désigner les protagonistes représentés par les actrices et acteurs. Le sens masque a vieilli et dérivé pour désigner une personne, un être humain -uniquement, les animaux qui ne sont personne pour le coup, n'ont pas droit au statut, confirmant l'ambivalence de la notion. Aussi, question, les hommes sont-ils des personnes ? 

Une nouveauté technique a surgi cette semaine, montrée en vidéo sur les réseaux sociaux : une agression sexuelle perpétrée par un robot à Cologne en Allemagne. Une machine humanoïde d'un mètre vingt au milieu de passants, est allée palper les fesses de femmes en pleine rue, agressant une jeune femme de seize ans ; elle mimait aussi très bien devant un homme, un acte sexuel. La vidéo est obscène. Des femmes crient ou hurlent. Le robot a été saisi et désactivé par la police, montrant ce qu'il est en réalité; une pauvre machine inerte faite de pièces de métal. Cette machine était actionnée par deux garçons mineurs de 14 ans (!) qui avaient l'air d'avoir 40 ans selon ce que j'ai vu. Les ados mineurs de 15 ans ont tous l'air d'avoir 30 ou 40 ans, massifs, râblés, ou mesurant un mètre quatre vingt dix et pesant 95 kilos, tant qu'on a l'impression d'être face à une mutation de notre espèce. Sans doute la conséquence de nourriture trop grasse et riche, ultra-transformée, chez les habituels KFC, McDo ou French Poulet qu'ils fréquentent assidûment ?  

Le 'progrès' qui nous a tant asservi-es, leur a toujours été matière à détournements pour leurs oeuvres délétères, l'expression d'une masculinité hors limites, sans surmoi. La pornographie dont la définition est, rappelons-le, la domination des femmes par les hommes, a été au cours de l'histoire toujours amplifiée, magnifiée par les inventions, par ordre d'apparition : de l'imprimerie, de la carte postale, puis par le cinéma, ensuite par la vidéo (grand public, puis gonzo), et maintenant par les machines. L'IA qui permet la création de représentations générées automatiquement, ou par des robots actionnés par eux. L'IA va démultiplier un pouvoir de nuisance inarrêtable en détournant par exemple une simple photo représentant une fillette, un garçonnet ou une femme, les transformant en objet pornographique. 

La revanche de la masculinité

Clairement ces derniers temps, on assiste au retour de la masculinité à travers ses pires représentants, tous d.ckheads* patentés. Qu'il s'agisse du semi-gâteux Trump, ses déclarations et prises de décision erratiques que des 'experts' s'échinent à tenter de rationaliser ou au moins à expliquer de façon rationnelle, en pure perte selon moi. Le type n'est pas fait pour le poste, il est totalement incompétent, bloqué à l'âge mental de quatorze ans, sempiternel homme d'affaires mis en défaut (faillite) plusieurs fois, jamais capable de faire face à la frustration, toujours en train de mettre au point des 'deals' ratés, aboutissant à l'échec, et sans doute approché par le FSB (services d'intelligence russes) dans les années 80, quand les oligarques du pays l'ont sauvé de la faillite. C'est en tous cas ce que disent pas mal de spécialistes de la Russie.

Le vieillissant moujik Poutine, enferré dans une guerre qu'il a lamentablement perdue face à un pays patriote, à la population trois fois inférieure à celle de la Russie, qui se défend comme un lion, qui a consacré toute son énergie vitale et son génie à développer de petits engins de guerre redoutables qui frappent une nation lourdement armée de milliers d'ogives nucléaires semeuses de destruction totale. Cela a abouti au détournement de l'énergie et du génie d'un peuple pour sa seule défense. 

Le tout-puissant et inarrêtable Xi Jin-Ping, empereur de Chine, qui étend inexorablement son influence partout, notamment en Afrique, pour le pire des pillages extractivistes à venir, tant il faut maintenir coûte que coûte le goût du fétichisme de la Marchandise chez son peuple plombé par un totalitarisme dystopien, voué au silence et à la consommation. La petite Taïwan en face, sur son massif volcanique éteint, y est perçue, par la modernité et la vitalité de sa jeune démocratie, comme contagieuse par sa géante voisine. Ces gens haïssent les peuples et leur volonté d'émancipation. 

Le leader turc Erdogan en poste depuis 2014, élu et réélu par un peuple rural et conservateur majoritaire, qui n'arrête pas de défaire les acquis des femmes et des homosexuels, toujours les plus faciles à attaquer par les indestructibles patriarcaux, cette plaie qui affligera l'humanité jusqu'à sa fin finale. Suit une cohorte de vassaux, tyranneaux, tels Netanyahu, en train, depuis trois mandats, de détruire durablement la démocratie israélienne. Le totalitarisme d'extrême-droite et d'extrême-gauche progresse partout, selon un dangereux mouvement de balancier qui fait alterner le libéralisme démocratique et la pire tentation totalitaire portée par des mâles virilistes à la masculinité dévoyée et toxique. Du même acabit, on trouve Narendra Modi, l'indien, les Bolsonaro au Brésil, Milei en Argentine, Kast au Chili...

Et si c'étaient les filles et les femmes qui étaient les modèles à imiter ?

Les sociétés du monde souffrent depuis toujours d'un déséquilibre entre le féminin (impuissant) et le masculin (tout-puissant). Cette difformité humaine, une grande jambe masculine et une petite jambe féminine, nous conduit à notre perte en tant qu'espèce. Nous n'avons pas beaucoup de temps de reste pour réagir. Sans une réforme profonde de nos organisations sociales, je crains le pire qui est aller vers la destruction. L'égalité dans le sens que les filles devraient être élevées comme les garçons -dont je ne conteste pas qu'elle a développé l'assertivité des filles de façon spectaculaire, vu que, talents débridés, elles réussissent partout mieux que les garçons- doit être réexaminée côté masculin. Maintenant que nous avons prouvé que nous faisons tout aussi bien qu'eux, et même mieux qu'eux : et si les garçons étaient élevés comme des filles ? Les filles font généralement preuve de sérieux, de calme, de talent, du sens des responsabilités et d'empathie, toutes qualités moins brillantes sans doute que celles des garçons -en tous cas, la société valorise mieux les leurs. Mais il est temps d'inverser le paradigme et que ce soient les filles qui servent de modèles aux garçons. Tenir les murs aussi longtemps, seules, sans la reconnaissance sociale, cela finit par épuiser. Tout en portant les paquets et en faisant mule en même temps, la coupe est pleine. 

Ci-dessus, je voulais mettre une image de d.ckead* (le point est à remplacer par un i, équivalent de c.nnard en bon français) mais je risque la censure de Blogger, filiale de Google, toute puissante entreprise états-unienne. Je me demande si leur nouvelle politique réglementaire à laquelle je dois adhérer, et qui m'est annoncée pour le 16 décembre prochain par un pop up rose insistant en tête de tous mes écrans depuis huit jours, n'y est pas pour quelque chose. Je suis peut-être parano, mais bientôt, au pays du free speech (tu parles !) on ne pourra plus publier de dessins ni de substantifs rigolant des travers des hommes. Tandis que les expressions misogynes évidemment continueront à ne gêner personne ! Dont acte, je préfère prendre les devants en utilisant des subterfuges.

PS Je suis tentée de dédier ce billet à mes propriétaires indécrottables patriarcales, ennemies de classe, faibles avec les forts, qui m'ont criminalisée par courrier parce que j'osais, ver de terre que je suis, me plaindre du boucan tout l'été, pendant quatre mois sous mes fenêtres, de leurs chouchous adorés, en l'espèce des 'gamins' mâles ayant-droit (On a le droit ! m'ont-ils asséné plusieurs fois) âgés entre neuf et douze ans maximum, car mes mails de plainte étaient caractérisés "par un sexisme intolérable" SIC. Je suis sexiste donc, et je peux endurer. Une femme sexiste, il fallait oser. Elles y repenseront quand ils viendront, les petits chéris, leur faire dans les bottes. Ce qui est assuré. Il n'y a qu'à attendre. Au minimum, déjà, la société de la surveillance qui se met en place partout -et elle se renforcera avec l'IA- est due à leurs mauvais comportements de délinquants. 

samedi 7 février 2026

Egos (masculins) boursouflés

 César      Tsar                Fürher       Jefe         

                   El Commandante / Lider Maximo 

                   Pol Pot    (Potential Political) 

Guide Suprême    Frère Guide    

                 Lumière Des Croyants    

    Souverain Pontife            Père de la Nation

Gloire des Carpathes      Grand Timonier      

   Duce   

              Conducator / Danube de la Pensée

      El Caudillo        Celui Qui Eclaire (Ho Chi Minh) 

Homme d'Acier (Staline) ou 

                   Petit Père Des Peuples 

Devant le festival d'égos boursouflés auquel nous assistons en ce moment, inversement proportionnel à leur légendaire incompétence, j'ai eu l'idée de ce billet, entièrement écrit sans l'aide de l'IA !

Vous avez reconnu quelques-uns des titres que s'octroient les hommes (il n'y a que des hommes !) 'révolutionnaires' qui atteignent les sommets du pouvoir. Conquis au bout du fusil, avec pas mal de mensonges, et qui s'y maintiennent à la schlague. Ils ne se prennent pas pour de la petite bière, notez, vu les titres dont ils s'affublent. Généralement ces noms sont accompagnés d'un 'dress code' : treillis militaire, robe à broderies et autres colifichets, grolles de marque ou au contraire improbables, veste d'ouvrier à col, et bien sûr, d'une coiffure qui, croient-ils, les pose. Béret révolutionnaire, casquette militaire kaki, voire base-ball cap rouge disruptif ; la mitre, le turban noir ou blanc, indiquent la qualité de religieux plénipotentiaire, ainsi que la barbe virile, en version broussailles (avec les restes du dîner dedans ?), ou au contraire, taillée impeccablement façon mâle urbain chic et tendance. 

Un bel exemple de transition de barbe et de dress code nous a été donné l'année dernière par Abou Mohammad Al Jolani, ex-terroriste à barbe et cheveux à la sauvage sous turban, sandales laissant voir les doigts de pied, devenu après la mue, Ahmed Al Charaa, dirigeant de ce qu'il reste de Syrie. Après une courte période vestimentaire kaki nettement révolutionnaire castriste, il apparaît désormais en costume occidental, cheveux peignés et barbe taillée, ce qui semble lui donner, en tous cas pour les occidentaux bêtas type Macron qui lui a serré la pogne à l'Elysée, une onction respectable de social-démocrate. Ce mec a un passé de terroriste, violeur, tueur, égorgeur, assassin à la kalachnikov, esclavagiste de femmes, mais hop, à la faveur d'un tour chez le coiffeur, d'un bon barbier, et d'un tailleur acceptable, les épisodes Al Qaïda / Al Nosra / Daech sont oubliés. Au motif qu'il a renversé le sanglant Bachar El Assad, l'amnésie est garantie. Plus niais, c'est le coma dépassé. Chez les hommes, l'habit fait le moine. 

Leurs coupes de cheveux sont à l'avenant : un naufrage industriel. J'en avais fait un billet à lire ici.

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Il n'y a pas de jour où on n'est pas réveillée par la radio avec les contre-exploits masculins : guerres, massacres de masse guerriers ou civils, 'forcenés' pères de famille, occupant 95 % de l'activité des gendarmes du GIGN ou les policiers du RAID, tueries sérielles, de masse, scolaires au couteau, viols, braquages retentissants, cambriolages, refus d'obtempérer mortels, guerres des points de deal, barbecues dans des coffres de voiture, et tutti quanti. La liste est interminable. Le tout accompagné d'un silence assourdissant à propos des protagonistes qu'il n'est jamais possible de nommer. Attention, je ne dis pas que les femmes ne peuvent pas être aussi nuisibles et viles que les hommes, je dis juste que statistiquement elles sont minoritaires, dans le bas du classement de la délinquance, qu'elles ont sans doute un triple surmoi qui les bride, quand les hommes n'en ont aucun, ou qu'elles n'osent pas, ou sont trop occupées à faire face au quotidien, et qu'elles sont bien trop polies et trop vertueuses. Quand on voit comment la société les récompense de leur calme et de leur vertu, franchement, c'est à vous dégoûter à jamais d'être vertueuse.

Aussi, étant donné que je fais un four à chaque fois que j'évoque le sujet, une bonne nouvelle tout de même pour les tenantes de l'universalisme de la criminalité humaine, il y a un pays où le nombre de femmes en prison a augmenté de 435 % en cinq ans. Si. C'est l'Emirat d'Afghanistan ! A tel point que dans un pays où les femmes sont interdites de métiers et de carrière, pour mieux se consacrer à la reproduction, les barbus ont dû réviser leur position : ils recrutent (bien obligés) des femmes gardiennes de prison vu que chez les émirs on ne mélange pas les hommes et les femmes, car, selon eux, cela donne des idées de fornication ! Usiner des garçons d'accord, mais à condition d'avoir un propriétaire qui vous ligote serrée dans les liens sacrés du mariage !

" Les femmes, des usines à hommes " 

(un des articles de la Charte du Hamas) 

Prise d'un espoir insensé en lisant l'information dans un hebdomadaire, je me suis dit : enfin ! Elles attaquent sûrement les Jean-Michel locaux qu'elles ont à la maison à coups de poêle à frire, de rouleau à pâtisserie, où d'huile bouillante, voire en leur servant un bouillon de onze heures, et les envoient ad patres ? Non ! Même pas. Pourtant elles auraient des tas de raisons et d'excuses, sans doute. En fait, le pouvoir mâle à Kaboul, sous le nom de Ministère du Vice et de la Vertu (le ridicule ne tue pas) toujours en train, comme tous les curés, de regarder sous les jupes des filles, mais moins dans les slips des mecs, les envoie en tôle pour mendicité, prostitution, relations extra-conjugales ou fuite du domicile conjugal, tous crimes qui ont l'avantage d'exonérer les époux, et de criminaliser les femmes honnies. J'en passe certainement. 

Libéraux babas qui trouvez que les islamistes -rigoristes- d'ici, qui tentent toutes les failles de nos démocraties douces pour infiltrer nos écoles, universités, clubs de sport, franc-maçonnerie, en instrumentalisant des femmes et fillettes voilées comme chevaux de Troie sous le nom de soft power (qui se méfierait des femmes ? voir plus haut) sont inoffensifs, vous ne viendrez pas nous dire, en cas de malheur vite arrivé, qu'on ne vous a pas prévenus que ce mouvement est totalitaire. Les Iraniennes qui vivent sous sa poigne d'acier, et meurent tous les jours de défier le régime sanglant des Mollahs, peuvent en témoigner. Comme les Afghanes, persécutées, elles, en tant que femmes. 

A propos de ce qu'il se passe dans les slips des hommes, il semble que prenne de l'épaisseur, selon le Premier Ministre polonais, la thèse que je soutiens depuis quelques mois sur mes réseaux sociaux, à savoir que Donald Trump, toujours en train de faire son gentil face au cannibale Poutine, a sur le dos un kompromat dudit cannibale, ex espion du KGB puis FSB, qui fichait tout le monde, le montrant en pleins ébats sexuels au milieu d'oligarques à Moscou dans les années 90, qu'il l'a fait savoir au Président MAGA, et qu'il se les repasse les soirs où il n'y a rien à la télé russe. Mais ce sont des affaires d'hommes entre eux, je ne vais pas m'en mêler ! D'autant que les experts par ici poussent des cris indignés à cette seule évocation. La Firme, toujours solidaire de ses membres. 

samedi 14 juin 2025

Procès Mazan, une résistance à dire le viol - En bons pères de famille


 
Ce petit ouvrage est à trouver dans les bonnes librairies, chez Payot et Rivages éditeurs. Cela m'a paru intéressant d'en faire un nouvel article pour être tout à fait complète sur l'affaire des viols de Mazan.

A travers la recension du champ lexical (ou verbatim) utilisé par les protagonistes du procès de Mazan (accusé, co-accusés, avocats, juges, experts, psychiatres...), cet ouvrage indispensable fait la démonstration que notre société est incapable de dire le viol.

" Après tout, personne n'est mort ! "  Le maire de Mazan.

Atténuations, euphémismes, oxymores et paradoxes déréalisants, détournements du sens des mots, déresponsabilisation, inversions, finissent par créer une réalité alternative. On change le sens des mots pour changer le réel. 

La fonction genrée du silence (des femmes) et des proclamations tonitruantes (des hommes) ; la performativité de l'aveu chez les accusés, ils reconnaissent le crime mais nient l'intention ; plus l'éternel et oiseux débat sur le consentement, comme si "la violence, la contrainte, la menace ou la surprise" précisant la notion de viol dans l'article 222-23 du Code pénal ne suffisaient pas à qualifier le non consentement ! ' Or, le viol n'est rien d'autre que ce qu'a décidé l'agresseur ' clame un avocat. L'objectification des femmes qui apparemment, pour pas mal d'accusés, appartiennent au mari et pater familias, les explications victimisantes des psychiatres, décidément 'molosses du patriarcat', ces pauvres bouchons d'accusés éternellement victimes de leurs enfances martyrisées, de leur 'misère sexuelle' et de leurs 'pulsions' ! 

Les filles et les femmes sont les plus maltraitées par la famille patriarcale, elles devraient donc, si ce postulat est exact, fournir la masse des agressions sexuelles, or ce n'est pas le cas. Il faut donc reconnaître qu'une victime de maltraitance dans l'enfance ne devient pas forcément agresseure ensuite, mais que ce sont les hommes qui transgressent massivement. Aussi, merci Madame de le dire aussi nettement : notre société est incapable de nommer le problème, la violence des hommes, et sans nommer clairement et collectivement un problème, on ne peut pas y porter remède.

Mathilde Levesque, l'autrice, qui a, elle aussi, assisté au procès de Mazan en observatrice, est agrégée de français, docteure en littérature française, professeure de français, et c'est l'objet annoncé de ses travaux au début de ce petit ouvrage percutant au format poche à 8 €uros qui m'a intriguée et décidée à l'acheter : en l'espèce 'usages et enjeux de la parole en milieu contraint'. 

A lire d'urgence.

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A la même occasion, je me suis laissée tenter par l'ouvrage du Monsieur Enquêtes judiciaires qu'on voit sur BFMTV, Laurent Valdiguié qui a fouillé les archives de police et de justice sur les vies de Dominique Pelicot avant les viols sur sa femme endormie sous soumission chimique, pendant 10 ans, et arrêté seulement en 2020. Or, sa carrière criminelle aurait commencé beaucoup plus tôt dans les années 1990 alors qu'il était agent immobilier en région parisienne. L'enquête, très exhaustive, est sérieuse et troublante. Le service 'cold case' du Parquet de Nanterre travaille sur ces dossiers restés irrésolus. 

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Et enfin, pour terminer cette chronique sur mes dernières passionnantes lectures, je recommande chaleureusement ce petit ouvrage de 2023 par Rose Lamy.


'En bon père de famille' est une expression juridique évoquant la prudence et un comportement sage. Jouir d'un bien 'en bon père de famille', sans faire de dégâts, ou, en matière financière, les actions de 'bons pères de famille' qui évoquent un portefeuille de valeurs stables, sans risques. Partant de cette expression qui a la peau dure, Rose Lamy, qui a appris tardivement que son père maltraitait sa mère, examine à la loupe féministe ce concept de 'bon père de famille'. Que cache-t-il, à la lumière de ce qu'on lit dans les journaux et médias, des statistiques de police et gendarmerie qui nous rappellent impitoyablement qu'une femme meurt tous les deux jours et demi en France de violences conjugales, qu'il y a quarante cinq interventions de police par heure pour venir en aide aux femmes battues, et que les violences conjugales sont en train de devenir la première cause d'intervention du GIGN auprès de 'forcenés' armés menaçant de tuer tout le monde parce que Madame les quitte, le 'forcené' étant une diversion commode pour ne pas nommer le problème ?

91 % des violences sexuelles et conjugales sont commises par un homme connu de la victime. L'endroit le plus dangereux pour une femme n'est pas l'extérieur, mais sa cuisine, son propre domicile ! Cependant, différentes stratégies et mythes sont mis en place par la société pour épargner le 'bon père de famille', notamment des diversions commodes pour conserver en l'état ce système criminel gardien de l'ordre établi : la théorie des monstres, le mythe de la joggeuse qui a fait 'une mauvaise rencontre' (typiquement Alexia Fouillot, épouse de Jonathann Daval, époux criminel qui a roulé son monde en sanglotant devant les cameras), le trop d'amour et la frustration de ne pas être au centre (Bertrand Cantat), la figure de l'étranger forcément moins civilisé que nous, ou plus frustre, mal dégrossi, donc violeur. 

Le commun dénominateur à tous ces actes violents et criminels n'est ni l'ethnie, ni le quartier ou la classe sociale de provenance, c'est bel et bien le sexe (masculin), mais c'est très mal porté de le dire. Ceci précisé, je ne suis pas d'accord avec la thèse du fémonationalisme (féminisme nationaliste ; par pitié, arrêtons d'inventer des mots et des concepts, servons-nous de ceux qui existent !) développée dans l'ouvrage. Les femmes sont opprimées partout, les hommes sont les oppresseurs, et cela fait système. C'est un fait anthropologique. Alors on peut toujours tenter de 'séparer l'homme de l'artiste', faire des micro-trottoir où les voisins du violeur tueur tombent des nues 'il était tellement serviable, un peu renfermé peut-être, mais animant le club de foot tous les week-ends', (Dino Scala, père de famille et violeur sériel bien planqué dans le mariage), il reste une persistance rétinienne indéniable, le bon père de famille à la bobine du violent dangereux.

Une autre critique aussi : les féministes (dont je suis pourtant) me laissent toujours sur ma faim. Analyse impeccable de l'oppression, arguments pesés au trébuchet, statistiques fouillées, conclusions implacables. Mais on fait quoi après avoir fait le constat que vivre avec les hommes est dangereux ? Apparemment, on appelle toujours la Cavalerie, qui ne vient pas, ou trop tard, en continuant à faire dévolution de sa sécurité au Prince Cogneur. Interdiction de boycotter ou de se défendre, cet autre tabou anthropologique. Ils détiennent en plus le monopole des outils et des armes, sinon, c'est le bordel.
A lire, surtout si vous n'êtes pas une habituée d'Andrea Dworkin, de Katharine MacKinnon, de Ti Grace Atkinson, ou de Kate Millett. Celles qui les lisent recevront juste une piqure de rappel.

Bonnes lectures !

mardi 6 mai 2025

Présentation d'ensemble et sans fard du tableau : il est moche !

 Depuis le viol, le massacre et le meurtre début avril de Monique par un 'nindividu semi-clochardisé, défavorablement connu des services de police ' avec un casier judiciaire épais comme le Bottin, selon les policiers qui l'ont coincé dans les deux jours avec son ADN, meurtre évoqué dans mon précédent article, l'actualité a été remplie d'annonces de méfaits masculins à Nantes, à Grande Combe dans le Gard, deux tueries ; à Drancy où un délit de fuite a dégénéré, et l'enlèvement crapuleux du père d'un entrepreneur de cryptomonnaies aux fins de chantage, en plein Paris, faisant la BRB -Brigade de Répression du Banditisme- intervenir dans l'Essonne et arrêter quatre 'personnes' SIC ! Et je m'arrête là, car c'est toutes les cinq minutes. L'actualité est très occupée par leurs petits et grands méfaits. A Rennes sans arrêt, à Fougères un blessé au couteau, au Canada, c'est une voiture dans la foule, des blessés et des meurtres mimétiques, les hommes étant à couteau tirés et ayant manifestement un pet au casque, plus un comportement de frustrés congénitaux.  

Trait commun à tous ces actes délictueux, ils sont tous commis par des hommes. Autre trait commun, le traitement journalistique de ces 'faits divers' : la non désignation du sexe des auteurs, nommés sous les vocables de l'inusable 'jeunes', d'  'individus', et 'personnes', tout vaut mieux que de désigner le superbe Top Model de la Création comme le coupable récurrent et compulsif. 

La tuerie du lycée privé catholique à Nantes : unE morte, trois blessés. Un des élèves de seconde (16 ans) de l'établissement tue de 57 coups de couteau, une jeune fille du lycée : en bon anglais, c'est un overkill, en bon français, un anéantissement. Mais ce ne sera pas classé en féminicide. Mise en place d'une cellule psychologique, psys molosses du patriarcat qui vont dire que c'est sans pourquoi, marches blanches. Le pauvre bouchon était un taiseux, il ne parlait à personne et regardait tout le monde de travers. Surtout les filles. Le coup de folie est quasiment officiel, encore un dingue. Comme c'est commode. 

Grande-Combe dans le Gard : un malien musulman succombe dans la mosquée sous les 57 coups de couteau d'un 'nindividu bosnien' (tiens, on disait plutôt Bosniaque il y a quelques années, non ?) animé par la haine de la religion musulmane. Ce qui va donner prétexte aux anathèmes habituels à base de procès en 'islamophobie' (tiens, avant on disait racisme ?) des extrêmes-gauches tellement prévisibles, acte terroriste d'abord présumé, puis le Parquet déclasse l'assassinat de ce pauvre musulman pieux en 'acte en contexte isolé' (admirez les efforts lexicaux, c'est impressionnant). Le terrorisme, c'est sous drapeau, s'il en manque, ce n'est plus du terrorisme, le terrorisme masculin, pourtant plaie courante, n'est pas répertorié par la justice. Le néologisme 'islamophobie' n'est qu'une diversion pour ne pas nommer le mâle. Toutes ces tueries ont un commun dénominateur qui est le sexe masculin, pas l'ethnie, ni la religion. Ils se tuent entre eux, sous tous prétextes. Ils tuent des femmes et des enfants. Ils tuent des animaux. Et tout est bon pour faire diversion, notamment la manipulation du vocabulaire. Comme ça sert les buts des obscurantistes et de leurs idiots utiles de gauche qui tentent de nous imposer leur code juridique de la charia, ça tombe on ne peut mieux. Ils instrumentalisent la victime sans vergogne. Les réseaux sociaux résonnent d'anathèmes contre l'extrême-droite ou la République laïque qui persécuterait les femmes voilées : toutes celles qui montrent une opposition à ce stigmate des seules femmes sont bien sûr d'extrême-droite pour ces gardes rouges et autres commissaires du peuple. 

Drancy :  un parmi 'léjeunes' surpris et interpelé en plein rodeo urbain commet un délit de fuite, tandis que les autres 'zindividus' (désolée, j'utilise le vocabulaire des médias ventriloques) attaquent les policiers qui tentent d'arrêter le viril cirque du rodéo. Un policier fait usage de son arme pour se défendre, et blesse un des délinquants mâles. Tout cela empaqueté par la presse dans un verbatim consensuel, ne surtout pas nommer le problème. Le ministre déraille sur 'la violence de la société', (tout le monde mis dans le même sac ?) et promet une fois de plus de sévir. Entendez-moi bien, je n'aime pas trop la police non plus, rien qu'à voir la façon dont ils m'ont reçue deux fois en quelques dizaines d'années à Rennes, mais ces accusations permanentes de volonté de tuer des mecs qui font n'importe quoi, dont le comportement met la vie des gens en danger, m'insupportent. Les mecs prennent leurs risques, personne ne les oblige à se comporter comme des imbéciles. Il est temps de dire qu'ils cherchent des crosses en permanence. 

Les attaques de prisons et les menaces au personnel pénitentiaire jusque chez eux, l'incendie de leurs voitures, par un mystérieux groupe d'hommes trafiquants de drogue, la DZ mafia, originaire des quartiers nord de Marseille, défendant désormais leurs territoires et 'points de deal' partout en France, et qui se seraient énervés par les promesses du ministre des prisons de faire des quartiers isolés pour ces bandits dans les prisons françaises d'où ils mènent leur business : ces quartiers les ruineraient et leur feraient perdre le contrôle du commerce. Tout est prétexte à menaces, y compris à l'état régalien.   

Paris, ces derniers jours : l'auto-neutralisation de cette désastreuse caste sociale est en cours. Ils vont s'entretuer pour quelques plaques. Une 'nouvelle délinquance' apparaît avec les cryptomonnaies qui sont déjà en soi un parasitisme sur des ressources spéculatives non existantes puisqu'elles sont dématérialisées, parasitisme qui va faire florès car on est une espèce avide ; déjà des commerçants et des villes les acceptent comme moyen de paiement. Il faut vivre avec son temps : l'alibi de tous les renoncements. Tiens, ça me fait penser à Jack Lang officialisant le graffiti urbain et l'élevant au rang d'art, parce qu'il est impossible de lutter contre les barbouillis des garçons sur les murs. 

Oublié le fait que battre monnaie était le privilège des états souverains (pour payer leurs guerres à l'origine, et les soldats qui la font, le ver était dans le fruit ;((, mais désormais n'importe quel connard qui se pense puissant peut lancer la sienne. Musk ou Trump par exemple. Et comme c'est une monnaie qui circule à la vitesse de l'éclair et qu'elle ne nécessite qu'un code informatique personnel pour l'acheter, l'échanger et l'accumuler, il n'est pas difficile d'imaginer que des mâles désœuvrés vont tenter des coups, de préférence violents et hors-normes puisque comme disent les flics, les regrettés gangsters du grand banditisme à code d'honneur, la norme ancienne (aha ah, ils ont regardé trop de films de Melville !), ont laissé la place à des mecs sans foi ni loi, sans code de bonne conduite, mais à kalachnikov et dress code noir, masque plus cagoule, comme ceux qui terrorisent les rennaises en plein dimanche après-midi pendant que le ministre de l'intérieur et la maire se battent à l'unisson les flancs d'impuissance. C'est vraiment pas de chance ! Après toutes ces pissotières de plastique en forme de fruit pour leur permettre de la sortir en public alors que c'est interdit par le code civil, après tout ces terrains de foot moches concédés pour tenter de calmer la rage masculine (et sur lesquels il n'y a JAMAIS personne !) ils reviennent lui faire dans les bottes. Mais quelle ingratitude noire !

Pour les clueless, les naïves et les niais, j'ai trouvé une citation qui explique. Oui, je travaille, moi. Dans le Deutéronome, de Moïse :

" Depuis le jour où Dieu créa l'homme sur la terre, d'un bout du monde à l'autre est-il arrivé quelque chose d'aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? " 

Oh, la belle créature, tellement au-dessus de vulgum pecus ! Clairement, ils ne se prennent pas pour de la petite bière. Rajoutez-y le silence immuable des femmes (très souvent parmi les victimes, pourtant) et leur légendaire pavé sur la langue, vous avez une vue d'ensemble du tableau. Et il est moche. 

Il est temps de leur apprendre la frustration et comment la canaliser ; il est temps qu'il se fassent leurs courses, à manger et qu'ils s'entretiennent tout seuls ; il est temps de leur faire comprendre qu'ils ne sont pas les ayant-droit qu'ils pensent être, que personne n'est à leur service. Il est temps que la chaîne des femmes qui assurent leur entretien de mères en filles, de sœurs en épouses se brise, ce qui rendra service à toute la société. Il est temps de les responsabiliser enfin. Pendant qu'ils se prendront en charge eux-mêmes, ils auront moins de temps à consacrer à leurs mauvaises actions ; moins de loisirs, moins de tentation de nuire à la société. Laquelle passe son temps à les glorifier eux et leurs méfaits, et surtout à les recenser sans jamais dénoncer le coût social de leur inconduite. Et puis, il y a plein de choses intéressantes et épanouissantes à faire dans une vie de femme hors de l'enclos familial. Faire famille en gâchant ses diplômes et ses talents est vu et revu. L'imagination au pouvoir. Faire fructifier votre capital culturel par exemple, puisque les femmes qui sont excellentes partout, et surtout à l'école, ont la chance d'en avoir un. 

samedi 23 mars 2024

Ce très commode universalisme lexical qui nous fait endosser les crimes masculins

 Cela a commencé par un xweet (soyons aussi créative que le mirifique repreneur de la plate forme X) de France Info rapportant que "les peines planchers à l'encontre des délinquants récidivistes n'ont eu qu'un 'faible effet dissuasif ', selon une étude " (ah, les études de France Info !) relayée par La Croix. Auquel j'ai répondu : "Et vous savez que les quelques 3200 femmes incarcérées sur 73 000 sous écrous pour 60 000 places disponibles, elles, ne récidivent jamais ? La récidive est masculine, mais on lit et entend sans arrêt 'la prison est l'école de la récidive'. Car les hommes, fournissant largement la population carcérale, fait passé sous silence universel, récidivent. 

Depuis environ 125 ans de déconstruction et d'épistémologie féministe (anthropologique, sociologique, psychologique, mythologique, juridique...), soit six ou sept générations bien tassées, la parité en prison n'est toujours pas atteinte dans les prisons françaises et mondiales, les femmes y étant scandaleusement sous-représentées. Pire, même, on n'en parle JAMAIS. Une abonnée m'a aussitôt répondu que depuis 1992, année de la mise en place de stages de récupération de points de permis de conduire, un professionnel de la sécurité routière lui avait précisé qu'il n'y voyait qu'une à six femmes sur vingt participants, sans évolution non plus depuis 30 ans. Il y a encore des stages où il n'y a aucune femme ! Le refus d'obtempérer du délinquant routier n'est décidément pas notre genre. 

Alors Mesdames, on joue petit bras ? On renâcle à délinquer ? On refuse le braquage de banque ? On se contente de filmer les émeutes des "jeunes" par la fenêtre de son immeuble à Aubervilliers, Dijon ou La Courneuve ? On obtempère docilement quand la police ou la gendarmerie vous demandent de vous arrêter et de vous garer ? On ne sort toujours pas une lame quand un mec vous parle mal ? On ne trucide pas Jules quand il vous quitte ? Même la baffe lestement envoyée à un lourdaud insistant qu'on voyait dans les films des années 40 et 50 n'a plus cours : désormais c'est la paralysie de tous les membres lorsqu'on se prend une main au cul ou que les insultes fusent ? Je suis moi, dans ce cas, pour le cumul des mandales. 

Et pourtant, il y aurait matière à redire et à riposter. Cantonnées dans les basses zones de l'économie sur douze ou treize métiers du soin, sans machines ni outils comme ceux des hommes pour gagner en productivité, mal payées, un bon braquage de banque bien organisé devrait aider à "finir les fins de mois" SIC comme écrit la presse ventriloque. La misère sociale, la répression et l'absence de perspectives qui sont toujours invoquées pour justifier les passages à l'acte des émeutiers (émeutière n'a pas de féminin !) ne seraient la plaie que des seuls hommes ? Mais qui est la plus maltraitée par la société patriarcale des familles, des tribus et des entre-soi étouffants banlieusards et des quartiers ? Injonctions vestimentaires, demande de papiers pour rentrer dans son logement, comme Yvette au Blosne à Rennes, discrimination à l'embauche, au salaire, à la promotion professionnelle, abandon de la femme et des enfants par les géniteurs, moi je n'appelle pourtant pas ça la félicité domestique ! Et les mecs, ils vous parlent bien ? La misogynie tisse littéralement le langage et les comportements publics comme privés. Et Jules qui se tire quand il en a assez de mômes braillards et ingouvernables, vous abandonnant dans le pétrin, il ne mérite toujours pas de représailles peut-être ? Non, je demande. Parce qu'il y a tout de même matière. Et des baffes se perdent. 

On en a tout de même une, relevant le niveau, qui s'est énervée ces derniers jours : c'est alors traitement double standard dans la presse nationale et régionale. La Dépêche du Midi le 17 mars titre : "une femme" (ah tiens ? On n'écrit plus le pudique 'un individu', une 'personne' appliqué aux hommes ? Pour les femmes, on y va franc du collier, on nomme ?), "Une femme donc, déchaînée (vous lisez ou entendez 'déchaîné' à propos de la violence masculine vous ? c'est vrai qu'eux ne sont pas 'enchaînés' comme nous, aussi on devrait lire 'désenchaînée' s'ils écrivaient en français correct et factuel) s'en prend à une dizaine de chasseurs avec une matraque et un lacrymo (quel héroïsme, cette femme contre 10 chasseurs, tous mâles, forcément) et en envoie deux à l'hôpital ! En roulant dessus avec sa voiture. Une héroïne. Notez que dans la suite de l'article, la femme en question s'est spontanément présentée ensuite à la gendarmerie, ce que les hommes, eux, ne font jamais. Mais ça m'a fait la journée et même la semaine, j'ai bien aimé, malgré le traitement inéquitable de la Dépêche du Midi. Là où les mâles délinquent, c'est présenté comme fatalité, la totalité de l'espèce renvoyée à la violence de la société, mais qu'une femme manifeste de façon un peu visible sa contrariété d'être emmerdée par des chasseurs lors d'une balade en forêt, c'est stigmatisation par les patriarcaux mutiques sur la violence masculine, mais gardiens de l'ordre sur le troupeau des femelles. Et il n'y aurait pas de quoi s'énerver ? 

Ainsi disparaît sous un universalisme de bon aloi le grand calme des femmes, contrastant avec les constantes incartades, incivilités, et les crimes masculins, les femmes toujours passées sous silence, invisibles, indétectables par leurs radars, toujours vues en creux, comme contrepoint inaudible. Mais imaginez qu'un jour nous commencions à monter en puissance dans la délinquance, puisque le féminisme est aussi un plaidoyer pour la parité, que ne va-t-on pas entendre ? Des cris, que dis-je, des hurlements d'indignation, une logorrhée d'anathèmes : j'imagine les plateaux télé avec toutologues, psychologues, médecins, psychanalystes (molosses du patriarcat, invariablement muets sur la violence masculine), experts en sécurité en train de se battre les flancs pour tenter d'expliquer la mutation. J'ai hâte de voir ça. 

Ce billet est un pamphlet ironique. Evidemment que je suis universaliste tout en gardant un œil critique sur les impasses du système. Toutefois, je ne suis pas de ces féministes réformistes pensant que si les femmes sont capables de nettoyer un évier, elles sont capables aussi bien de riveter une aile d'avion (ce à quoi j'adhère), donc qu'elles peuvent et doivent gagner la parité partout, y compris dans les activités délétères et inamendables pratiquées historiquement par les hommes : corridas, chasse, pêche, combats de coqs, guerres et autres joutes stupides où ils s'illustrent régulièrement pour l'ébahissement puis la résignation des foules. 

Passer sous silence à ce point notre calme tout en déplorant les méfaits et les crimes commis par les hommes me semble contre productif, car je ne vois pas comment lutter contre un fléau -coûteux socialement- sans jamais le nommer. Mais jetez-moi des pierres pour manquement à l'universalisme aveuglant auquel les femmes ont tellement peur de s'attaquer, ça me va aussi. Même si celles qui le font actuellement, dont je ne fais pas partie, les décoloniales, différentialistes culturelles et autres woke, errant dans des impasses théoriques, incapables de voir la totalité de l'oppression, fragmentent nos luttes, voire les cannibalisent,  et sont la meilleure caution au statu quo ante. 

Image : une contemporaine Diane vengeresse. 

lundi 11 avril 2022

Mystique de la guerre - Les hommes enfantent des monstres

" Les hommes jouent et le jeu suprême, c'est la guerre  ". Pierre Bourdieu

Même si j'ai quelques lectrices habituées qui, elles (eux), connaissent mes idiosyncrasies lexicales et savent que lorsque j'écris homme il s'agit bien sûr d'andros pas d'anthropos, je reprécise pour les lectrices de passage car j'en ai aussi, envoyées par Google et surtout par des agrégateurs de contenus que je remercie au passage. Les hommes : andros donc.

Quand nous voyons depuis le début de la guerre en Ukraine, sur nos écrans, la destruction dont ils se rendent coupables, des grandes villes rendues à l'état de gravats, villes totalement détruites, dont pas un immeuble ne tient debout après le retrait des troupes et supplétifs russes, sans parler des morts, on est secouées par ce pouvoir de destruction qu'ont les hommes, cette rage et cette efficacité qu'ils mettent à détruire. 

Les femmes enfantent les hommes, les hommes enfantent des monstres. 

Sans doute traumatisés par la puissance des grandes déesses primitives qui donnaient et entretenaient la vie sur Terre, après les avoir abattues et remplacées par des cultes sanglants et des sacrifices humains puis animaux, les hommes ont adopté le langage d'initiés des anciens grands prêtres afin de tenir les non initiés dans le mystère, l'ignorance et l'effroi de leur toute-puissance. Aussi emploient-ils un vocabulaire empreint de religiosité ; à l'origine, la science nucléaire des applications militaires est remplie de mystique religieuse. Ainsi le nom de code du premier essai nucléaire d'Alamogordo (Nouveau Mexique) le 16 juillet 1945 était-il Trinity d'après la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, les "forces mâles de la Création" ; quand les hommes engendrent, ils le font entre eux, sans passer par les femmes. Déjà Jupiter tirait ses enfants de sa cuisse ou de sa tête, jamais de son ventre, organe de la reproduction, trop femelle certainement.  D'ailleurs pour continuer dans l'hybris et se prenant pour Dieu, Oppenheimer voyant les exploits de son "bébé" (c'est ainsi que les scientifiques appelaient la bombe atomique) prononce les mots de la Bhagavad Gita, écrit fondamental de l''hindouisme : " Je suis devenu la mort, le destructeur des mondes ". Vertige de toute-puissance. Dans le même ordre d'idées, la bombe H ou bombe thermonucléaire sera appelée le "bébé de Teller" du nom de son père, l'américano-hongrois Edward Teller. 

Dans la mystique religieuse masculine, les mâles ne produisent que des mâles. Le bébé d'Oppenheimer et celui de Teller sont donc des garçons. Après les premiers tests, les généraux télégraphient en langage codé au secrétaire à la Défense US que "les bébés sont nés de façon satisfaisante" et que ce sont de "gros garçons". La première bombe à hydrogène en 1952 s'appelle Mike : "c'est un garçon" est le langage codé par lequel on transmet que l'essai est couronné de succès. Les deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima le 6 août 1945 et trois jours plus tard, le 9 août 1945 sur Nagasaki, s'appellent respectivement "Little Boy" et "Fat man". L'histoire entière du projet de la bombe semble imprégnée de l'imagerie que le stupéfiant pouvoir technologique des hommes confond le pouvoir de création avec le pouvoir de destruction de la Nature.

De plus, il semble que dans l'imaginaire de la guerre, seul le pouvoir compte, que la vie n'a aucune valeur. Les scientifiques du nucléaire se référant aux tueries provoquées par la bombe parlent de "dommages collatéraux" pour désigner les morts du camp adverse. L'expression a fait une belle carrière depuis, notamment lors de la guerre du Golfe de 1990-1991 dont le nombre de morts n'est toujours pas exactement connu. Les "frappes chirurgicales" suggèrent qu'il n'y a que des installations militaires sous les bombes, pas des gens ; les ennemis chacun à leur endroit du monde s'envoyant des roquettes (rockets en anglais, fusées) depuis leurs centres de commandement semblent se livrer à un jeu vidéo. Les bombes "sales" suggèrent qu'il y en aurait de propres. Les acronymes des Etasuniens évoquent des copains, PAL en anglais (Permissive Action Link, un système de sécurité nucléaire) ou de sympathiques héros de Disney, tel le système balistique antimissile BAMBI (BAllistic Missile Boost Intercept). On peut d'ailleurs se poser la question de leur degré de maturité d'adulte quand on évoque ce champ lexical de garçonnets. 

Le désarmement est vécu comme une émasculation. Je ne vais pas vous montrer de dessins, allez voir vous-mêmes et ouvrez bien les yeux : des roquettes aux lanceurs, propulseurs, canons, chars de combat de toutes sortes, tous ressemblent furieusement à des bites soutenues par deux couilles. Force de pénétration, vitesse, tailles des cratères, missiles des sous-marins nucléaires attachés au bâtiment par un filin de plusieurs kilomètres, l'imagerie phallique et séminale imprègne tout. Lors des essais nucléaires menés à Mururoa entre 1960 et 1996, à la fin (les premiers tirs avaient lieu en plein air), les français logeaient leurs têtes nucléaires dans des trous du volcan (l'atoll est un chapeau de corail sur un immense volcan éteint) puis les rebouchaient avec du ciment à prise rapide avant d'appuyer sur le bouton. Ils leur donnaient aussi paraît-il des noms de femmes, mais après recherche, je n'ai rien trouvé. Quand l'Inde réussit son premier essai nucléaire lui permettant d'entrer dans le club des nations qui avaient la bombe, les journalistes titrèrent que "l'Inde a(vait) perdu sa virginité nucléaire". 

Avec une telle perversité de langage et le champ lexical qui l'illustre, il est évident que ce ne sont pas les vies humaines ni la sécurité des populations qui les occupent au premier chef, mais bel et bien le pouvoir, l'exploit militaire, l'arsenal d'armes qui leur permet de jouer à la guerre, leur occupation favorite. C'est sans doute la raison de l'indignation des consultants et experts qui commentent sur les plateaux de télévision la guerre de Poutine (agresseur) contre l'Ukraine (agressée), guerre sale, guerre du XXème siècle, guerre où sont engagées des milices supplétives syriennes, tchétchènes et un groupe privé, le désormais célèbre Groupe Wagner que notre ministre des Affaires Etrangères n'a pas de mots assez forts pour stigmatiser. En effet, ces gens frustes n'ont que faire des Conventions de Genève et des "lois de la guerre". La guerre, c'est sale, malgré leurs tentatives de la rendre sexy, ce sont des tripes à l'air, du sang, et des corps en décomposition dans des body bags, quand on en a en stock ! Et leurs guerres se font aussi sur le corps des femmes. 

 " Les témoignages s'accumulent que le viol est utilisé comme arme de guerre en Ukraine ".

 Source LCI - 8 avril 2022.

Parce que tout cela à un moment ou un autre se retourne contre les femmes, ils nous ont commodément sous la main chez eux, ou devant les roues de leurs chars, à portée de leurs canons, de leurs kalachnikovs. Ils n'aiment pas les femmes ni la vie tout en la multipliant fanatiquement, ça marche ensemble, elle devient ainsi dispensable, expandable comme disent les anglophones. Ils comptent sur nous, après des accords de paix où il n'y aura qu'EUX, où ils s'entendront entre EUX, pour retourner dans nos gynécées produire de nouveaux soldats pour leurs prochaines guerres. Par la contrainte s'il le faut. 

Le texte de ce billet a largement été inspiré par The War Against Women de Marilyn French paru en 1992, non traduit en français, notamment son sous-chapitre War against women as revealed in military language. 

Fuck war and fuck warmongers ! 


dimanche 6 mars 2022

Le mépris des bêtes : un lexique de la ségrégation animale

J'ai lu ce petit ouvrage écrit par Marie-Claude Marsolier, biologiste, ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, chercheuse au CEA. Elle publie aussi sur la linguistique. 


" Le dictionnaire est une création idéologique. Il reflète la société et l'idéologie dominante. En tant qu'autorité indiscutable, en tant qu'outil culturel, le dictionnaire joue un rôle de fixation et de conservation, non seulement de la langue mais aussi des mentalités et de l'idéologie. Toute révolution devrait s'accompagner d'une réforme du dictionnaire, comme le disait Hugo. " 

Marina Yaguello, Les mots et les femmes.

"  Nous avons tué le loup avec des mots "

" La misothérie de notre langage légitime l'oppression des non-humains ". 

Dinde, chienne, truie, bécasse, pie (bavarde), buse (stupide), oie (blanche, niaise), ces vocables présentent l'avantage d'être méprisants à la fois pour les animaux et pour les femmes ; à la misothérie, mot créé par Marie-Claude Marsolier à partir de deux racines grecques (miso : haine) et ther (bête), zoôn incluant tous les êtres animés, l'humanité est dedans vu que l'humanité fait partie du règne animal, désolée pour l'ego de certain-es, sur le modèle de misogyne (gynè : femme, haine des femmes) il faut donc rajouter la misogynie. Mais aussi, butor (un peu désuet, homme grossier), chacal, pieuvre, requin, crabe (panier de), corbeau (écrit des lettres sans signature), autruche (politique peureuse de), porc (balance ton), âne (qu'on ne présente plus), dindon (de la farce), loup (voir le loup, l'homme est un loup pour l'homme). Pigeon et mouton, qui ont même donné "mougeon" être hybride, sorte de chimère cumulant le crédule et le grégaire, la créativité humaine est sans limites. Fourmiller, fourmilière : ils sont nuisibles et pullulent, il faut donc les "réguler", verbe très prisé des chasseurs pour justifier leurs tueries insatiables. Et en ces temps de retour de guerre froide, un twitto me souffle "vipère lubrique", "crapaud venimeux", " rat visqueux", "chien courant de l'impérialisme yankee"... utilisés par les marxistes et maoïstes des seventies pour désigner l'ennemi de classe. Comme on le voit notre lexique est pétri de haine des bêtes. 

Les animaux (du latin anima, âme) et bêtes (de bestia, brute) désignent selon la taxonomie humaine un tout indifférencié incluant aussi bien les mammifères, poissons, insectes et arthropodes, lesquels n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Ce sont des termes purement négatifs, au sens de "non-humains" qui ne renvoient jamais à des individus, mais qui sont destinés à séparer les humains des autres animaux. Le mépris des bêtes est inscrit dans nos classifications à base de fautes de logique. Platon déjà dans La République, et Montaigne dans ses essais, relevaient cette misothérie et sa fonction spéciste (préjugé raciste mais appliqué aux autres espèces) qui consiste en réalité à séparer radicalement les humains des non-humains, alors que nous faisons tous partie du même règne animal.

Marie-Claude Marsolier écrit que "animal" ou "bête" renvoie à un statut social, à un statut d'individus sans droit moral, sur lesquels les humains ont tout pouvoir, individus que nous avons réduits à notre merci, sur lesquels nous avons sans discussion droit de vie et de mort. Individus à" réguler" car décidément ils "pullulent", à "euthanasier", mettre à mort rituellement ou "artistiquement" dans les corridas, exploiter jusqu'au trognon dans les courses de chevaux pour envoyer impitoyablement les perdants à l'abattoir, enchaîner en mode forçats au Salon de l'agriculture, encager, enfermer dans des lieux concentrationnaires, transporter dans des conditions sordides, et finalement mettre à mort dans des abattoirs. 

Le mot abattoir est apparu en 1806, en même temps que la réorganisation napoléonienne qui expulse des villes les "tueries" et "écorcheries", anciens noms plus explicites des lieux d'abattage des bêtes. Abattre précise Marie-Claude Marsolier, " met en avant l'effort puissant, massif d'une activité qui s'exerce sur un ensemble, une masse indéterminée (des arbres, des bêtes, de la besogne -des clients, pour les prostituées dont on dit qu'elles vont à l'abattage quand elles reçoivent 30 clients par jour), sans aucune place pour la notion d'individu au sein de la masse mise à mort ". Après, on ne parle plus que de tonnages sortant des abattoirs (terrestres, ou flottants pour la pêche) d'où mes difficultés pour retrouver dans les tableaux d'Agreste Bretagne par exemple, le nombre d'individus tués pour notre insatiable consommation de viande. Il va de soi qu'une tonne de carcasses de bœufs, de dindes et de poulets ne contient pas le même nombre d'individus. Il me faut donc fouiller dans des masses de chiffres et parfois faire des divisions à partir du poids d'après les données que je connais, un bœuf fait 800 kg et un poulet deux kilos, pour trouver leur nombre. Tout cela est bien entendu voulu, pour cacher l'étendue du massacre. 

À tout cela s'ajoutent l'euphémisation et le déni des pratiques de boucherie par ce que Marie-Claude Marsolier appelle "la disjonction lexicale" : en anglais par exemple, l'animal n'a pas le même nom que la viande correspondante. Pig, swine devient pork sur leur table ; cow, ox, calf (veau), devient beef et veal dans les assiettes ; sheep devient mutton, et deer devient venison. En français, la disjonction lexicale s'opère non pas sur l'animal mais sur la désignation des morceaux de viande qui n'ont aucun rapport et donc effacent la bête. Sélection non exhaustive : filet, faux-filet, rond de gîte, gîte à la noix, bavette d'aloyau, macreuse, merlan, poire, etc. 

La consommation de viande s'entoure également d'idées fausses sans arrêt répétées qui finissent par former un corpus de contre-vérités sur ce qu'est une bonne alimentation. Il faut bien, vu qu'on ne ramasse toujours pas les végétariens ni les véganes par pleines ambulances, comateux effondré-es dans les rues, au grand dam des carnistes qui nous font avaler leurs bobards avant de nous enfourner, enfants sans défenses que nous sommes, et sans avoir même la possibilité de dire non, du cadavre d'animal dans la bouche ! Ainsi du discours sur les féculents toujours opposés aux nobles, car viriles protéines animales, taxonomie (classement) occultant aussi des fautes de logique. Les "féculents" sont une classe d'aliments d'origines très différentes (riz, maïs, céréales et leurs dérivés), pommes de terre (solanacées comme les tomates), blé noir (polygonacée), légumineuses (graines dans des cosses), châtaignes et toutes les noix. Ils sont abondants en amidon et glucides complexes mais aussi en protéines (gluten, protéine du blé) tous les pois, haricots, notamment le haricot mungo (soja) qu'on donne aux herbivores et aux oiseaux pour faire du muscle. S'ils font du muscle aux bêtes, pourquoi n'en feraient-ils pas aussi aux humains qui font partie du règne animal ? Le tour de passe est complet. Les graines sont quasi éternelles, on en a fait germer qui ont été trouvées dans les pyramides d'Egypte, dans la panse d'animaux congelés dans le permafrost : elles sont des protéines, ces briques de la vie encapsulées sous une coque bouclier, avec pour la durée du voyage dans le temps, des graisses et des glucides nourriciers. Indestructibles. Eternelles. " Je suis orge, je ne péris point ", dit la déesse Isis. 

Ce livre est un bijou de lexique spéciste et de sa mauvaise foi, de fautes de logique, destiné à opposer radicalement les animaux humains et non-humains, à nous faire accepter toutes les violences que nous infligeons aux bêtes. Un lexique du mépris, de la cruauté, justifiant l'implacable exploitation que nous leur faisons subir. D'ailleurs, l'animal n'a jamais le statut de victime précise l'autrice : ce qui donne les titres dans la presse relayant les incendies d'élevages, ou les accidents routiers où périssent aussi les bêtes " 40 000 poussins brûlés vifs dans un bâtiment d'élevage dont les pompiers ont mis 4 heures pour venir à bout : aucune victime n'est à déplorer " SIC. Les victimes sont toujours les animaux humains. Ce que moi je relaie par la phrase corrigée, et renvoyée à l'émetteur : " Incendie dans un tunnel à poulets : on déplore 40 000 victimes brûlées vives". 

Il est temps de prendre conscience, que notre regard évolue pour que cessent ces violences contre les autres terriens, nos frères et sœurs en animalité ayant des droits moraux, ils sont dignes de notre considération. Pour cela, il faut revoir notre champ lexical de fond en comble. C'est ce que proposent après analyse cet ouvrage de 170 pages et son dernier chapitre, Pour une évolution de notre langage.

En bonus, je mets le lien vers l'inénarrable publicité que la RATP avait commise en 2012 contre l'incivilité dans son métro parisien : deux avantages, continuer à diffamer les bêtes, et éviter de nommer le problème, l'incivilité en majorité masculine, les porcs, phacochères et ânes reprenant du service à leur place. Le spécisme et la misothérie ne font jamais relâche. 

vendredi 17 mai 2019

Narrations masculines : l'homme sacrificiel

Pour compléter mon précédent billet sur l'impensé de la violence masculine, il est utile de revenir sur le narratif masculin : vocabulaire employé, expressions qui minimisent, euphémisent la violence et les incivilités masculines, voire qui les nient totalement. Les hommes qui commettent des crimes sont désignés communément par les gendarmes sous le vocable "individus", "personnes" (une personne, c'est personne ?) La société utilise "violence ou meurtre conjugal" permettant d'occulter que c'est en majorité les hommes qui frappent et tuent. Le meurtre des femmes n'est pas nommé pour ce qu'il est : tuer une femme parce qu'elle est une femme. Le mot reste à inventer, féminicide n'épuise pas le sujet et il est un spin off d'homicide. Dans une espèce comme la nôtre, au langage performatif, c'est-à dire qui crée du réel, ce qui n'est pas nommé n'existe pas.

Innommé, mal nommer, faire diversion...

Mal nommer ou nommer faux comme écrit Mary Daly.
La semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a utilisé l'expression "viol des peuples" pour stigmatiser les actions de l'Europe, qu'il accuse de déficit démocratique, Europe qui a tendance à ne pas prendre les suffrages populaires pour ce qu'ils sont, l'expression de la volonté des peuples qui la composent. D'où l'expression "viol des peuples" ! Il s'est fait prendre à partie par Caroline de Haas qui lui reprochait de s'approprier le mot viol en en faussant le sens et en le galvaudant. Pour une fois, je pense comme elle.

Ils s'approprient notre vocabulaire, celui que nous inventons, puis le gauchissent légèrement pour le conformer à leurs besoins : "plafond de verre" est par exemple de plus en plus utilisé par les hommes politiques et les journalistes ventriloques pour parler de l'impossibilité du Rassemblement National à percer dans les élections nationales. Il désignait jusqu'à présent l'impossibilité pour les femmes à grimper dans les hiérarchies mâles des entreprises et des partis politiques. L'expression "entre-soi" que je ne n'avais entendue que dans la bouche des féministes et immédiatement accolée à "masculin", est de façon surprenante intégrée dans le vocabulaire des hommes politiques qui ne dénoncent pas tellement le leur, d'entre-soi, puisqu'il le substantifient sans le qualifier. Il le détournent à d'autres propos.

Les politiques sont  à l'affût de nouvelles idées et de nouveaux concepts ; les blogueuses et twittas sont une mine inépuisable susceptibles de les leur fournir. Le parti La République en Marche en est très friand : depuis 10 ans que je blogue et tweete, je m'aperçois que certains mots que j'ai inventé -je ne vais pas dire popularisés, je ne suis pas assez connue ni partagée pour "populariser", d'autres en revanche plus libérales et faisant consensus y arrivent mieux, elles passent sur les plateaux télé, elles font carrière dans les medias pure players, ou bien écrivent et publient des livres, et même deviennent ministre ; n'étant pas libérale, je ne peux pas être populaire mais en revanche, je peux être prescriptrice, influenceuse, pour parler le jargon du marketing ; il leur suffit de surfer sur les medias sociaux pour y trouver des idées (les idées valent de l'or en politique !), même les idées radicales sont considérées, il suffit ensuite d'adopter une expression, de la gauchir, éventuellement la tronquer, de la détourner vers un autre but, et le tour est joué. Vous entendez ou lisez un jour une expression, un slogan, vous paraissant familier, et vous vous dites que vous avez certainement contribué à les forger, et même qu'on vous l'a carrément piqué. J'invente pour mon propre usage, je n'ai jamais eu l'intention d'entrer dans le dictionnaire, mon intention est juste de subvertir le langage

La diversion : les animaux fournissent un réservoir inépuisable de métaphores pour qualifier toutes sortes de mauvaises actions humaines et, dans le contexte de ce billet, masculines : "loup solitaire" tellement usé que même certains le dénoncent comme trompeur, non pas pour réhabiliter le loup, mais pour dire que le concept est forcément tronqué, l'espèce humaine, à l'instar du loup d'ailleurs, est sociale donc, le mec qui fait terroriste tout seul dans son coin ne peut pas exister. Le "balance ton porc" préalable au mouvement #MeToo, mais vite remplacé heureusement, avait la complaisance de détourner les crimes des mecs vers une espèce totalement inoffensive qui n'a fort opportunément pas les moyens de protester ni se défendre : en l'espèce le "gros cochon" qui sert à faire jambon coquillettes pour les repas des enfants ; c'est tellement commode qu'on ne peut s'empêcher de penser que ce n'est certainement pas fortuit. Et puis "le porc" ménage les mecs, ce réflexe libfem. Ne nous fâchons pas avec eux. Comme le démontrait si bien la campagne ridicule de Valérie Pécresse Présidente de la Région Ile de France pour dénoncer le harcèlement sexuel dans le métro, qui remplaçait opportunément l'agresseur mâle humain, par un ours, un requin, et le... loup qu'on ne présente plus. C'est tellement usuel de voir des loups, des ours et des requins prendre le métro aussi. Bref, diversions encore et toujours, pour ne pas avoir à nommer l'exemplaire qu'on a à la maison et qui peut sous un prétexte ou un autre se transformer en Mr Hyde. C'est dur d'affronter que se fourvoyer fait partie des risques qu'on prend en se trouvant un Prince Charmant.

Le patriarcat est décidément très bien foutu : il passe sous silence, minimise, euphémise, pornifie, détourne le sens, vitriole le vocabulaire, donne le change.

Antidote à l'impensé de la violence masculine épidémique : l'homme sacrificiel

Nous avons eu droit toute cette semaine, à la suite d'une prise d'otages au Bénin, à la narration édifiante de deux hommes "braves, altruistes, engagés", dont on a vanté "la force de caractère, l'abnégation, la dureté à la souffrance", toutes expressions, et certainement d'autres qui m'ont échappé, relevées dans les médias. Nous avons eu des reportages édifiants sur l'élite de l'armée française sur le service public audiovisuel, mais aussi sur les médias privés, des journaux entièrement consacrés à des prises d'armes, des messes d'enterrement, et des cérémonies aux Invalides en présence du Président de la République. En 2018, on avait eu le sacrifice d'Arnaud Beltrame, valeureux et chevaleresque gendarme faisant image inversée à un affreux terroriste preneur d'otages lui aussi : il s'était proposé en échange et en était mort. Mon propos n'est évidemment pas de diminuer les actions de militaires de métier dont la fonction est d'aller chercher des otages dans des zones de guerre, et de tenter de les ramener sains et saufs en prenant tous les risques, car le monde est dangereux. Le monde est surtout dangereux à cause des hommes et de leur encombrante virilité, mais il est tout de même intéressant de souligner que les grandioses contre-narrations édifiantes masculines sont très efficaces pour occulter ce qu'ils sont et font le plus couramment. Dans les récits épiques le héros positif a besoin de son négatif, le méchant, pour prévaloir et vaincre, sans cela pas de récit. Ainsi fonctionnent les narrations viriles : grandiosité, chevaleresque, don de soi, l'homme sacrificiel, peu répandu, mais mythe indispensable à la geste masculine. Même les femmes adhèrent à ces mythologies.

La terreur change de camp ?

C'est en tous cas le thème de la couverture de Valeurs actuelles de cette semaine, numéro spécial flipettes. Détournement patriarcal par l'image (Rosie the riveter est une icône féministe US, pas une terroriste) et par le son, voyez vous-mêmes les titres et sous-titres. Merci Valeurs Actuelles d'apporter de l'eau à mon moulin avec un tel à-propos. Je vous promets qu'on ne s'est pas concertées.
La preuve que la violence est réservée aux mecs : imaginez-vous une couverture de Valeurs actuelles dénonçant les méfaits masculins à l'endroit des femmes, proposition inversée de celle-ci ?
Ils invoquent l'Inquisition qui arrêta, tortura, jugea et condamna au bûcher, à la noyade ou à la pendaison des centaines de milliers de femmes innocentes durant trois siècles dans toute l'Europe. Tuées parce que femmes : les bûchers de l'Inquisition obscurantiste concernèrent 80 % de femmes condamnées à mort pour sorcellerie.
La formule "enquête sur une inquisition" est une typique inversion patriarcale, une inversion de l'HIStoire, où se seraient eux les victimes et les féministes qui sèmeraient la terreur. Qui croit à cette fable sinon ceux, celles, qui ont intérêt à perpétuer ce système mensonger et nécrophile ?


samedi 10 février 2018

Changer les mots pour changer le monde


Le ROI des CONS ? Non, le ROI des COUILLONS !

Que celles qui ne se "trouvent pas genrées quand elles écrivent", et donc refusent le titre d'écrivaine ; celles qui ne voient jamais le mâle quand le masculin l'emporte conventionnellement car les règles de grammaire sont des conventions, rien de plus ; celles qui trouvent bien d'être englobées dans les droits de l'homme universel désignant l'espèce entière, passez votre chemin. Que vous le vouliez ou non, le langage humain est performatif, c'est à dire qu'il fabrique du réel. Selon le Bible, Le Verbe crée le monde en parlant.
De plus, les différentes turpitudes auxquelles se livre régulièrement l'espèce humaine (notamment sa moitié mâle vis à vis des femmes -on pourrait d'ailleurs faire le même exercice vis à vis des animaux-) sont souvent édulcorées afin de minimiser le tort infligé. On nous embrouille gravement. Quelques exemples.

Employer se "faire" violer impliquant la participation active de la victime du viol,
aller "voir" des prostituées : tiens donc, rien que voir ?
tomber enceinte (juste après être "tombée" amoureuse d'ailleurs, doublement de la chute),
pédophile au lieu de pédocriminel,
parler de bébé (né) quand il ne s'agit que d'un embryon, comme font les antichoix qui se nomment d'ailleurs pro-vie, appellation contestable : tout cela n'est pas innocent. Il s'agit de minimiser l'acte, et de culpabiliser la victime.

Il n'y a qu'une entrée qui me laisse dubitative car elle ne changera pas la réalité en changeant de mot : Florence Montreynaud propose d'abandonner concilier pour le remplacer par articuler (vie de famille et emploi). Ce dernier serait moins psychologique et aurait un sens plus politique. Si la réalité, qui est que les femmes mariées et mère de famille prennent en charge tout le quotidien pendant que les hommes se mettent les pieds sous la table, ce n'est pas en changeant de mot que la vie des femmes mères changera. Ou les mecs s'y collent, ou dans le cas contraire on ne concilie ni n'articule rien. Le mariage et la maternité ne sont pas des destins mais des choix. Si c'est infaisable, ce n'est pas prudent de le faire et, tout bien considéré, personne ne vous y oblige. Ou bien prévoyez dans votre contrat de mariage : partage strict des tâches familiales et ménagères, et chacun son tour d'avoir une promotion de carrière ou une mutation.

Ce petit livre de Florence Montreynaud est de façon bienvenue édité par Le Robert, éditeur de dictionnaires, dans une nouvelle collection Temps de Parole. Une double page par entrée (mot ou expression), sa définition, ses racines étymologiques, ses histoire et origine, et, enfin, par quelle expression plus exacte et moins sexiste le remplacer avec l'argumentation qui va bien.
C'est très convaincant. Les mots façonnent le monde et la réalité ; employons des mots précis, déconstruisons les mythologies sexistes et misogynes. On y gagnera en clarté, il est temps d'appeler les choses par leur nom, sans stratégies d'évitement. 

Ce petit livre de 160 pages paraît le 15 février : à offrir et à s'offrir pour 12,90 €, à transporter partout avec soi, à avoir au bureau et dans son sac, et à consulter sans modération.

Changeons les mots pour changer le monde. 

Florence Montreynaud est historienne, linguiste et féministe.

mardi 16 janvier 2018

Quelques définitions du Wickedary de Mary Daly


Wickedaire : dictionnaire de sorcières dont les définitions remettent les choses en place, entreprise salutaire connaissant les habitudes patriarcales de fausser le langage et les définitions.

Verbicide n : Forme de biocide. Le meurtre systématique des mots ; la réduction de mots vivants à la condition de simples bruits se faisant écho à travers le monde creux des hommes creux.

Logocide n : Le meurtre sytématique du Logos (la Raison) en Patriarcat, l'Etat de la Mort dormante.

État de Peur : Etat créé, maintenu et légitimé par un incessant terrorisme phallocratique.
Commentaire bitocratique : "Comme l'amour sied à l'homme, la peur sied à la femme. Comme à l'esclave. Non seulement la peur lui sied, mais aussi le tremblement." Saint Jérôme.

Verbigération n : Répétition continuelle de phrases stéréotypées ; une forme de verbicide ; l'incessant, déprimant babillement de la médiasphère.

La société des miroirs : 1- Le Patriarcat, la maison des miroirs, le monde des renversements ;
2 - société dans laquelle les femmes servent de miroirs grossissants, réfléchissant les hommes deux fois leur taille normale ;
3 - société manufacturée par les phallocrates qui projettent leurs propres déficiences sur tous les Autres, dans une tentative de les faire réfléchir leur propre soi inadéquat.

Utilisation, phallique : la caractéristique phallique pratique de maltraiter les autres -les femmes, les mots, et toute la nature ; l'incessant abus des femmes et des animaux "utilisés" pour un tel abus/excès d'usage.
Commentaire phallocratique : " Nous enverrons des femmes dans l'espace, et nous en userons de la même manière que nous en usons sur terre -pour les mêmes objectifs." James Lovell, astronaute US

Vampirisme : composante essentielle du Mystère de l'Homme.
a - L'épuisement de l'énergie des femmes par les maris, les pères, les figures paternelles, sous le déguisement de l'amour.
b - L'épuisement des ressources de la Terre par les technocrates tels les magnats du pétrole, de l'exploitation minière, de la capture d'animaux...

Onctueux fossoyeurs : Les huileux entrepreneurs de la société nécropolitaine. Exemple : les pétromonarchies, les hiérarchies religieuses.

Gaspilleurs : ceux qui sèment ruines et dévastation. Destructeurs, dévastateurs. Les célèbres et célébrés conquérants, missionnaires et héros de la civilisation.
Par exemple Jules César qui se vantait : "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu".
Commentaire féministe : "Le mâle... a fait du monde un tas de merde". Valerie Solanas.

"Nous ne voulons personne de ces "pays de merde" - Donald Trump

Yahvé & Fils : Mythique paradigme pour n'importe quelle corporation phallocratique ; pour n'importe quelle entreprise familiale paternaliste à organigramme entièrement masculin.

Pierre, Paul, Jacques : des gens pris au hasard, le commun de l'humanité : TOUT LE MONDE, CHACUN ; les trois personnes de la Trinité papocratique ; le commun populaire ; RIEN, PERSONNE.

Mary Daly 1928-2010, est une féministe radicale américaine, théologienne, philosophe et professeure d'université. Auteure de Gyn/Ecology, son œuvre majeure.Définitions que je trouve -et traduis, elles sont basées sur des jeux de mots en anglais, donc certaines sont carrément intraduisibles !- dans l'Intergalactic Wickedary of the English Language, paru en 1987 aux Etats-Unis.

samedi 23 avril 2016

Testicules et magistère de la parole

TESTICULES
(Lat. Testes) Gonade mâle des animaux : ils appartiennent à l'appareil reproducteur masculin selon Wikipedia
Les testicules fournissent leurs racines aux mots suivants :

Test
Tester
Attester
Détester
Contester
Protester
Testament
Intestat
Témoin
Témoigner
Témoignage

et en anglais

Testimony
Testimonial
Usages & application :
Les papes catholiques romains auraient été testés pour montrer qu'ils les "avaient bien pendantes", des fois qu'une femme aurait tenté de leur prendre la place sur le trône de Pierre. Une légende médiévale insistante prétend que ce serait déjà arrivé, aussi durent-ils redoubler de prudence. Si le mâle nouvellement élu passait le test, il était pape pour le restant de ses jours. Les cardinaux examinateurs de la virilité pendante de l'impétrant attestaient qu'icelui portait bien les attributs mâles exigés pour la fonction : des couilles. Ils portaient témoignage de la virilité du Pape.

Toute personne mâle meurt en ayant au préalable rédigé un testament : autrement le notaire dit qu'il meurt intestat et là, misère, c'est flou, il va falloir chercher les bénéficiaires ; les femmes n'ayant pas accès à la propriété, ni à l'héritage de leurs pères (paires ?) ou maris, et étant donc cantonnées à la pauvreté à vie, elles n'ont pas l'utilité de faire un testament, ce qui se justifie car elles n'ont pas de testicules.

De façon générale et dans toutes les cultures, les femmes sont contestées dans l'exercice du pouvoir, ce hochet viril, voire détestées si elles réussissent par quelque stratagème (sûrement de sorcellerie) à s'en emparer. La plupart du temps, si les femmes revendiquent quelque pouvoir que ce soit, même sur leurs propres destin et vie, elles subissent les protestations formelles et solennelles des mâles qui ne supportent pas cette contestation forcément illégitime des femmes.

Les femmes ne pouvant pas organiquement attester, elles ne peuvent pas non plus être témoins -d'ailleurs il ne vous a pas échappé que le mot n'a pas en français de féminin, même quand dans les sociétés "évoluées" elles sont appelées (tolérées ?) à la barre d'un tribunal pour témoigner. Notez d'autre part que dans beaucoup de sociétés, les témoignages de femmes doivent être attestés par au moins deux ou trois mâles dûment pourvus de testicules. "Bien fol qui s'y fie" disait François 1er, qui s'exprimait à titre de possesseur de roubignolles.

Bien qu'en anglais, cette autre langue latine, témoin se dise witness (de wit, intelligence, connaissance), le verbe devient testify, (ou bear witness). Un témoignage se dit testimony ou testimonial.

Et voilà comment les patriarcaux ont silencé les femmes. Nous vivons dans des sociétés où les femmes doivent se taire, où les femmes sont condamnées au silence, où leur parole ne porte pas.

L'exactitude racinaire de tous ces mots m'a été confirmée (OUF !) après que je l'aie testée, par la linguiste distinguée qui me suit sur Twitter et qui me fait les gros yeux sous forme de tweets protestataires sur mon habitude de féminiser (de façon incorrecte selon elle) la langue française, et qui me reproche mes entorses à l'usage et mes "malformations" féminisantes. Je reconnais qu'elle voit passer des "girlcott" à la place de "Boycott", qui doivent lui tordre les boyaux ! Evidemment que je sais que Boycott est le nom d'un Irlandais qui a été ostracisé par ses fermiers et que ça n'a rien à voir avec gars, même en anglais. Mais partant du principe que je ne reconnais à aucun patriarcal le droit de me réduire au silence, que la langue (idioma en latin) appartient à la locutrice que je suis, et que tant que mes interlocuteurices me comprennent, je considère avoir tous les droits d'usage :)) Car la grammaire et la langue sont des conventions sociales qu'on peut et doit contester.

jeudi 6 novembre 2014

La querelle du féminin

Quand je vais à ma pharmacie de quartier acheter mes OTC (médicaments de confort, en français, je suis en bonne santé, merci Grande Déesse Cosmique), je vois en majorité des employéES, des jeunes femmes en blouse blanche. Pour distinguer les "pharmaCIENS", l'académie française dixit, moi je dis pharmacienne, des préparatRICES en pharmacies, chacune porte un badge sur le revers de la blouse, en substance : pharmacien pour les pharmaciennes et préparatrice pour les... préparatrices.

Selon les momies calcifiées de l'Académie Française, dont on peut trouver un article croustillant rappelant les règles d'usage par elle préconisées ici, et relayées par le Figaro ici, la pharmacienne est la femelle du pharmacien, comme la bouchère est la femelle du boucher, l'éléphante, celle de l'éléphant et l'ânesse, celle de l'âne. Pharmacienne selon l'Académie : petite main non diplômée qui tient la caisse, fait les comptes en fin de journée, tient la porte et dit au revoir à la dame, de préférence de façon oblate, bénévole et gratuite dans le mariage avec son pharmacien de mari qui, lui, a le diplôme donc la connaissance, et fait ses préparations galéniques sur la paillasse de son labo au fond de l'officine. Tout cela est bel et bon, mais fais remarquer Euterpe qui n'a rien perdu de son mordant en arrivant sur Twitter :
Oui ? Au fait ? Galénique ? Paillasse ? De la même manière qu'il n'y a plus guère de pharmacien-nes qui font de préparations galéniques, onguents, sirops et autres comprimés dans l'arrière-boutique, que les médicaments sont préparés industriellement et livrés tout (sur)emballés par 7, 14 voire 28 (même si vous n'avez besoin que de 6), la profession a connu une autre évolution majeure : 85 % des pharmaciens officinaux sont des femmes depuis très longtemps. Pour la simple et même raison que les instits et profs, les magistrats sont des femmes en majorité : on peut travailler de chez soi. Les proffes corrigent leurs copies à la maison, les magistrates rédigent leurs attendus et jugements en emportant les codes civil et pénal chez elles après leurs audiences au tribunal, et les officines de pharmacie ont toujours un logement de fonction attenant qui permet de vivre sur place, donc d'élever des enfants en gagnant sa vie ! Mais c'est passé loin des oreilles de l'Académie congelée au temps de Richelieu et qui n'a pas vu le monde évoluer. Donc Euterpe a raison, si la femme du pharmacien est pharmacienne par alliance, comme la bouchère, 85 % des pharmaciens de ce pays le sont par alliance, puisque c'est Madame qui est titulaire du diplôme. La preuve par l'absurde.

Quand j'étais petite au point de me pisser encore dessus, il y a donc un bon moment, nous fréquentions avec ma mère l'unique pharmacie de la ville tenue par un couple, commerce quasiment service public qui nous a vendu nos anti-vomitifs, sirops contre la toux et cachets d'aspirine prescrits par le médecin de famille. Monsieur, toujours en costume trois-pièces bleu marine, avec lustrage de bon aloi aux bons endroits, très chic, faisait la conversation derrière le comptoir, pendant qu'elle, la pharmacienne du pharmacien selon l'Académie donc, en blouse blanche et stylos Bic dans sa poche de poitrine, lunettes en sautoir, s'employait en cherchant les médicaments sur les étagères, remplissait les sacs et encaissait les paiements sur sa caisse enregistreuse. Toujours fraîche, aimable et souriante, toujours un mot gentil pour sa pratique.

Longtemps après, au moins 20 ans plus tard, un dimanche de repas de famille, je ne sais plus comment le sujet est arrivé sur le tapis : peut-être une cessation d'activité, une mise à la retraite ou la disparition de l'un des deux, nous avons reparlé d'eux, style nostalgique, madeleine de Proust. Et ma mère a fini par nous dire que le pharmacien diplômé c'était elle, et que lui n'était que son préparateur. Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Sur le moment, j'en suis restée baba, comme deux ronds de flanc. Cette capacité à polariser la lumière, à prétendre être ce qu'on n'est pas, c'est leur génie : le patriarcat est une imposture, une escroquerie historique.

Lien supplémentaire vers une interview de l'Express d'un auteur que je ne connais pas, Alain Borer, ratiocinant sur la disparition du français, cette parano de francophone crispé et sexiste : nous menaceraient des fléaux tels que le globish -à mon avis, c'est plus sûrement l'anglais, langue internationale, qui est menacé par le globish-, "le neutre généralisé", la "perte du "e" muet qui fonde une co-présence ontologique" (si !) et autres perles. Bref, c'est Dien Bien Phu, et la cavalerie, si elle vient, arrivera trop tard.