Affichage des articles dont le libellé est Domination. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Domination. Afficher tous les articles

mercredi 23 juillet 2025

Hybristophilie

 Hybristophilie * ou Scélérophilie 

Définition : syndrome d'attirance (sexuelle) envers une personne ayant commis des actes de violence. Autrement appelé syndrome de la rédemption, ou syndrome Bonnie and Clyde. Les femmes seraient attirées par les mauvais garçons et les hommes odieux. Ce que moi, faute de référence et de mot à ma disposition, j'appelais (ayant repéré cette attitude de certaines femmes à 'aider' puis s'allier aux pires criminels), jusqu'à maintenant le 'syndrome de l'assistante sociale'. J'en ai entendu parler la semaine passée lorsque l'ex-compagne de Cédric Jubilar a parlé au Parisien et livré qu'elle a reçu la confidence que ce dernier a bien tué sa femme, ainsi que le modus operandi, témoignage sans doute affabulatoire. Une psychiatre sur un plateau de télévision explicitait la notion. 

Cela succédait à l'information que Nordhal Lelandais avait été jugé en catimini en correctionnelle pour violences sur sa nouvelle compagne, mise enceinte au parloir et ayant fait de l'assassin sériel 'un heureux papa'. L'information m'a scotchée. L'enfant est à peine né que 'l'heureux papa' se livre à des violences sur sa femme, au parloir, devant l'enfant, circonstance aggravante. Ce genre de nouvelle, hélas assez courante, laisse pantoise. Pourquoi des femmes, souvent violentées, violées, battues par le mâle de l'espèce humaine, n'ont-elles rien de plus pressé à faire que de se précipiter dans la carrière de visiteuses de prison, et de se mettre en ménage, d'épouser des tueurs sériels comme Lelandais ou Guy Georges (insaisissable tueur de l'Est Parisien aux sept victimes femmes des années 90), marié il y a des années en prison avec sa visiteuse ? Ou Charles Sobhraj, 81 ans, tueur sériel des années 70, sorti de sa prison de Katmandou en 2022, qui a passé la bague au doigt à la fille de son avocat népalais, fille de 44 ans sa cadette ?

Pourquoi, quelles explications historiques ou protohistoriques peut-on donner qui conduiraient à une tel comportement d'oblation, ou au contraire de toute-puissance 'je vais le changer' ? Pourquoi un tel masochisme chez les femmes ? 

Les femmes, éternelles vaincues de l'histoire, fait avéré que pas mal d'entre nous ont du mal à reconnaître, préférant montrer des femmes puissantes ou prétendues telles, ce que nous peinons à constater au vu des faits d'actualité et des comportements délictueux et criminels des hommes contre les femmes. 

Les femmes ont été échangées comme des bêtes de somme pour faire société (Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, anthropologues) ; les femmes ont été les premières lettres de crédit avant l'invention de la monnaie (David Graeber), livrées à d'autres hommes, d'autres villages ou tribus, séparées à tout jamais de leur milieu familial (Nicole-Claude Mathieu), échangées contre services, même encore à naître ; les femmes ont été razziées, enlevées, traitées en butin de guerre (voir les traces sur les tableaux et sculptures dans tous nos musées) ; il a fallu survivre à l'oppression, et aux crimes commis contre nous. Il a fallu adhérer à l'oppresseur, courber l'échine, se faire douce et obéissante pour quémander un peu de pitié, un peu de répit, deux ou trois jours, mois ou années, de survie supplémentaire ; il nous a fallu mendier notre vie et accepter les enfants qu'on nous a mis de force dans le ventre par le viol ou le mariage forcé. Et ce n'est pas fini : les femmes de République Démocratique du Congo (RDC) subissent aujourd'hui les raids de factions armées, héritage des génocideurs du Rwanda. Les Gazaouies accouchent sous les bombes et dans les gravats, dix sept mois après le début des hostilités et des bombardements en représailles du 7 octobre 2023, victimes des guerres des hommes. Les filles de Chibok enlevées en 2014, puis asservies durant des années, forcées à la reproduction par la secte islamiste Boko Haram ; les femmes Afghanes contemporaines, privées d'école et d'université, forcées d'épouser leurs vainqueurs (mot qui ne prend aucun féminin, au passage), les moudjahidin barbus hirsutes de l'islam sunnite radical des Talibans, privées de liberté d'aller et venir, et de se choisir un destin. 

Quelle psyché se fabrique-t-on avec une telle histoire, avec une telle persistance dans les offenses et crimes que nous avons subis et subissons encore tous les jours ? A part adhérer à l'oppresseur, voire même prévenir ses désirs, je ne vois pas. Certaines femmes ont refusé de se soumettre, elles l'ont en général payé de leur vie : Jeanne d'Arc par exemple, traitée en sorcière et brûlée vive, pour que chacune sache ce qu'il en coûte de se révolter contre le sort commun. Elizabeth Première, elle, était reine, et elle savait ce que les maris peuvent faire à leurs épouses, puisqu'elle était fille d'Henri VIII et d'Ann Boleyn décapitée à la hache pour prétendue infidélité. Elle s'est donc bien gardée de prendre un mari et de faire 'poulinière',  malgré les nombreuses 'propositions d'étalons' qui lui furent faites, et elle a eu raison. Mais pour une souveraine qui tient tête, combien durent plier ? 

Nous avons donc dû nous fabriquer une adhésion aux diktats de l'oppresseur. Une reddition totale : c'était cela ou mourir. Notre histoire des rapports de sexe est une histoire violente (Jennifer Tamas, Au NON des femmes). A mon avis, courant sur plusieurs millénaires, cela laisse des traces indélébiles dans la psyché, qui aboutissent même à une castration métaphysique et psychique des femmes (Mary Daly), à un masochisme durable. Sans compter une adhésion pleine et entière à l'injonction du vainqueur, à force de se l'entendre répéter : la mission SACREE des femmes, à laquelle pas mal adhèrent encore aujourd'hui, en sacrifiant toute autre forme de créativité et de destin, produire les générations futures et répliquer les gamètes de l'oppresseur et sa 'culture' hostile et guerrière de chenapan violent, ayant-droit frustré incapable de résister à ses 'pulsions' ainsi que disent les psys molosses du patriarcat. En renouvelant ses troupes. Avec comme conséquence mortelle, en plus du lourd tribut payé par les femmes sur leur vie et leur santé : la surpopulation mondiale qui pourrait bien finir par un backfire, un effet thanatogène qui nous remettrait à notre place ; la nature qui a horreur du déséquilibre pourrait bien remettre de l'harmonie dans son ordre en corrigeant notre espèce. 

En résultat de ce qui précède, nous avons donc des femmes, visiteuses de prison qui s'amourachent de criminels violents, de féminicideurs, de haineux des femmes, de héros noirs et délétères, l'ayant prouvé par leurs actes. Je l'explique de cette façon, n'en trouvant pas d'autre, même si ce n'est pas politiquement correct. 

L'humeur quotidienne des femmes devrait être la colère, mais forfaiture ultime, la société la tolère très mal chez nous. 

J'ai entendu cette semaine une femme dire sur France Inter que "les femmes devraient s'autoriser la colère" : on en est là, c'est inouï. Les hommes foutent le feu, mettent des pays, des îles, des quartiers à sac, brûlent des écoles et des bibliothèques, c'est à peine si la société s'indigne. Pauvres bouchons : ils sont brimés et opprimés, entend-on dire les paroissien-nes qui fleurissent les sacristies et autels patriarcaux. Toutes sortes d'explications psychologisantes sont invoquées à leur rescousse et pour leur défense. Les femmes qui, elles, sont les plus mâle-traitées par la société, qui subissent des actes violents et dégradants que les hommes leur imposent en permanence, devraient peut-être s'autoriser la colère ? Pas possible ? Et encore il y a du progrès dans une telle phrase, parce que la colère des femmes est un quasi tabou ! Pour ma part, je suis en colère, et je me fiche bien qu'elle soit autorisée ou non par la société. Elle me sauve la vie tous les jours. Et j'espère ne pas être la seule.

Je n'ai jamais éprouvé ce besoin de voler au secours de la forteresse assiégée, les hommes, comme les autres femmes de leur entourage, proche ou lointain. Je n'ai aucun syndrome de l'assistante sociale. Ils se mettent dans les ennuis ? Ils n'ont que ce qu'ils méritent si cela leur retombe dessus. Non, ce qui sied bien aux femmes, y compris dans pas mal d'associations féministes, c'est la plainte de la survivante qu'on y entend et valorise, jamais la colère. Je sais de quoi je parle. J'ai milité quatre ans dans une telle association. Il ne fallait jamais l'ouvrir, jamais dire un mot plus haut que l'autre, ne jamais désigner les pièges dans lesquels elles étaient tombées, et surtout ne jamais mettre en garde les suivantes ou les victimes, tout proches de retomber dans la même ornière. Trop douloureux à entendre. J'étais surveillée en permanence par l'œil de Moscou, soupçonnée de possibles dérapages. Pas touche aux mecs, on en a eu à la maison, on s'est fourvoyées, on s'est gâché la vie avec eux (il y avait des cas dramatiques), mais pas question de le dire. J'ai porté ce malaise pendant quatre ans en étant sollicitée pour toutes sortes de courbettes aux financeurs dont la plupart ne me plaisaient pas, et me suis juré de ne jamais y retourner. Agir en free-lance est plus dans mes compétences et goûts, et c'est efficace aussi. Bien que je comprends que l'action collective est indispensable. 

Je termine ce billet par cette citation, parole que je trouve désaliénante et libératrice du regretté David Graeber qui nous a quittées précocement (je l'adorais, il nous reste ses livres, lisez-le !), à la fin de Dette, 5000 ans d'histoire : nous serions en dette de la vie à nos ancêtres et prédécesseurs en cette vallée de larmes où les êtres humains sont odieux entre eux, où les hommes ont domestiqué et asservi les femmes, et nous aurions obligation de leur fournir des descendants en remerciement ! Etant donné qu'on ne m'a pas demandé si je voulais 'ce beau cadeau de la vie', et même si, chanceuse, j'ai eu des parents décents que je remercie pour cela, ne comptez pas sur moi pour rembourser quoi que ce soit. Je n'ai contracté aucune dette envers qui que ce soit. 

" Puisque nul n'a le droit de nous dire ce que nous valons, nul n'a le droit de nous dire ce que nous DEVONS. "

David Graeber. 

Une infographie vaut mieux que mille mots 



Traduction : Les hommes réagissent souvent aux mots des femmes -parlés et écrits- comme s'ils étaient des actes de violence ; les hommes réagissent aux mots des femmes avec violence. Aussi nous baissons la voix. Les femmes murmurent. Les femmes présentent des excuses. Les femmes se taisent. Les femmes minimisent ce que nous savons. Les femmes se rétractent. Les femmes retirent. La plupart des femmes ont expérimenté suffisamment de domination des hommes -contrôle, violence, insultes, mépris- que plus aucune menace ne leur semble vaine. Andrea Dworkin.

~~~~~~000~~~~~~

* Il semble qu'il y ait le pendant de l'hybristophilie féminine chez les hommes, l'enclitophilie, attirance des hommes pour les femmes criminelles. Qui me paraît être une rareté, ou correspondant à la manie de notre époque passionnée d'égalité, de trouver des équivalences ou des symétries dans les comportements des femmes et des hommes. Outre que les hommes ne sont pas construits socialement comme nous, et que le panel de femmes en prison est tout de même très limité, j'ai du mal à voir une quelconque symétrie, et je suis en peine de citer un seul cas. 

lundi 24 juillet 2023

La femme met bas, l'homme se bat. La femme procrée, l'homme crée. Des outils et des corps.

 Dans la torpeur estivale, les radios de service public continuent à nous abreuver d'études de chercheurs (une spécialité de France Info et France Inter) et ce 22 juillet, ce fut sur la chasse. Les femmes chassent-elles ? Le marronnier fleurit en été, comme s'il fallait encore que les femmes chassent, et comme s'il fallait nous attribuer un petit lot de consolation. Absentes des chasses au XIXè et au XXème siècle, désormais les affirmations inverses abondent, avec le même excès et les mêmes caricatures, mais à l'envers. 



En gros, voici l'exposé : des chercheuses et chercheurs ont étudié des tribus contemporaines, après les anthropologues Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, Nicole-Claude Mathieu et Paola Tabet, excusez du peu, selon les mêmes méthodes en immersion, des fois que les précédents auraient loupé un truc aussi important que la chasse, et elles se sont aperçues, ô miracle, que oui, les femmes chassent ! Alléluia. Sonnez hautbois, résonnez musettes ! J'étais scotchée à mon poste, la tartine en l'air, le café refroidissant, attendant la suite que j'ai presque pu dire avec la journaliste. Les femmes chassent, de petits animaux en posant des filets et en utilisant des bâtons. Les arcs, flèches, javelots, sont, eux, réservés aux hommes ! 

Tout ça pour ça. Mais l'honneur est sauf, les femmes d'il y a 6000 ans, que leurs descendantes le sachent, ne se contentaient pas de rester au foyer à faire bouillir la marmite, elles chas-saient-elles-zaussi. 
La question est une défausse : le sujet ici n'est pas la chasse, mais bien la possession d'outils et d'armes. Et pour les femmes c'est tintin, pas d'outils, pas d'armes, tabou. Avoir accès aux outils, c'est gagner en productivité, et posséder une arme, c'est pouvoir se défendre. Pour une catégorie sociale, les femmes, taillables et corvéables à merci, impensable, voyons. Les gains de productivité c'est bon pour les hommes qui peuvent ensuite se détendre en palabrant sous le séquoia -ou le chêne, ou le baobab, vu que c'est anthropologique et que ça traverse l'histoire humaine, et absolument toutes les sociétés, choisissez l'arbre le plus abondant dans votre canton, ça marche aussi. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui, les femmes même en emploi (posté type masculin) se coltinent les tâches des basses zones de l'économie, peu mécanisées, soulevant des vieux, des enfants, et se cassant le dos. Quant à se défendre, no way. Elles sont battues comme plâtre, maltraitées chez elles par Le prince Cogneur, ou attaquées dans la rue, personne ne leur conseillera (même pas les féministes, un comble) de prendre des cours de self-défense ou même d'avoir un moyen de défense sur elles. De peur d'être traitées d'agressives ? Parce qu'une femme qui se défend est agressive, même une qui porte sur elle un spray anti-agression, ainsi fonctionne la société. Elles doivent faire dévolution de leur sauvegarde au camp d'en face. Pour le pire souvent. On en est encore là, c'est dire si le tabou est ancré et persistant. 

Aussi, je me permets deux conseils de lecture pour égayer votre été, même les journalistes de France Info peuvent en profiter si elles passent par ici : L'anatomie politique de Nicole-Claude Mathieu, 1937- 2014, anthropologue française de la lignée des féministes Monique Wittig écrivaine, Christine Delphy sociologue..., les matérialistes d'expression francophone, anti-naturalistes, qui travaillent dans la perspective des rapports sociaux de sexe et qui soutiennent que les catégories "femmes" et "hommes" sont construites socialement en fonction d'un rapport social de pouvoir. En faveur des hommes et en défaveur des femmes, dois-je préciser ?

Et l'irremplaçable ouvrage de Paola Tabet, anthropologue italienne (1935) professeure d'université à Sienne puis en Calabre qui travaille, elle aussi, sur les rapports sociaux de sexe. 



Pour résumer rapidement l'action comme on dit au cinéma, il y a d'abord Claude Lévi-Strauss qui dit que les sociétés humaines se sont constituées sur l'échange des femmes ; le tabou de l'inceste en découle, pas pour des raisons biologiques, mais pour des raisons sociales. On n'use pas du bien qu'on a cédé ou aliéné, on ne le reprend pas (oui, je parle bien des femmes et des filles). Françoise Héritier, étudiante chez Lévi-Strauss, aboutit dans ses recherches à la "valence différentielle des sexes", euphémisme pour dire qu'un homme et une femme ne se valent pas socialement. L'une fait les corvées, approvisionne en nourriture, va chercher de l'eau au puits, reproduit l'espèce, et... mange après tout le monde, surtout après les hommes et ses propres fils ; les hommes chassent, se battent et font de la politique. D'où, sans doute, la dysmorphie de notre espèce, nous avons été mal nourries et notre squelette l'a enregistré. Arrive Nicole-Claude Mathieu, anthropologue elle aussi, mais féministe, lesbienne, matérialiste (notion marxiste de la lutte des classes) et antinaturaliste. Qui elle, décrit dans une perspective féministe, que l'anatomie est politique et que cela fait système, a été voulu, construit socialement, ce qu'elle décrit dans des articles savants publiés dans les deux tomes de l'anatomie politique. Puis, Paola Tabet étudie des tribus premières de chasseurs et pêcheurs et aboutit à la conclusion que les femmes sont systématiquement privées d'outils, et d'armes -c'est quasiment la même chose, le premier outil ayant été une arme : une pierre taillée, puis le progrès technique aidant, un propulseur (bâton sur lequel est fixée la pierre taillée qui devient un javelot et permet de tuer à distance un animal, ce que ne permettait pas la pierre taillée). Et que cela a des conséquences sur leur position dans la société et sur leur statut. Privées d'outils, elles sont exclues des gains de productivité, privées d'armes, elles ne peuvent pas se défendre. Que cela est voulu, fait système, que les femmes sont contraintes ainsi à la reproduction.

Bien, me diront certaines, on n'en est plus là ! Ah ? Moi je vois que le statut des femmes qui n'a jamais été brillant, régresse, qu'elles font toujours les travaux pénibles à mains nues, qu'elles soulèvent des charges (enfants, vieillards, malades, cruches d'eau, et les sacs de courses du supermarché...), en étant mal payées, ou bénévolement dans la domesticité des hommes, qu'elles n'arrivent toujours pas à se défendre, pire, qu'elles doivent faire dévolution de leur sécurité aux hommes de leur entourage, qu'elles en meurent, et qu'elles connaissent surtout la pauvreté, surchargées d'enfants, souvent abandonnées par les géniteurs. Et qu'elles se prennent en plus des engueulades quand leurs gars se comportent mal. Où sont les pères ? Palabrant au bistrot, ou sous le séquoia (voir plus haut). 

Certaines me renverront les sociétés matriarcales ou semi-matriarcales comme argument ; à quoi je réponds que le matriarcat dominant les hommes, figure inversée du patriarcat, n'a jamais existé, qu'en tous cas il n'en reste aucune trace. Le Pays Basque et la Bretagne ont revendiqué au XXe siècle des semi-matriarcats anciens : méfiance, il s'agit davantage d'une opération marketing, cette revendication leur permettant de renforcer une identité forte, de se démarquer des concurrentes. " Un passé inventé ne donnera pas aux femmes un futur ", cité par Nicole-Claude Mathieu. 

D'autres me rétorqueront que des outils, elles en ont à la maison. Croyez-vous ? La définition de l'outil est  aussi dépendante de qui l'utilise. Un balai n'est pas un outil, une balayeuse à moteur thermique, oui ; une houe n'est pas un outil, une petite main de femme peut la guider, la charrue, elle, en est un, monopolisé par les hommes ; le bâton à fouir utilisé par les femmes pour trouver des larves ou des racines, n'est pas un outil, le javelot propulseur, oui ; un lave-linge et une machine à écrire sont des outils, qui permettent des gains de productivité, mais les hommes répugnent à s'en servir donc ils sont dégradés, ce sont les femmes qui les utilisent ; la linotype d'imprimerie était elle un outil, et les hommes ont longtemps refusé que des femmes s'en servent. L'ordinateur sous Unix est un outil, il n'y a guère que les ingénieurs (mâles) qui l'utilisent. Et les forceps, outil ? Les sages-femmes n'ont toujours pas le droit de les utiliser. 

Ethnographie de terrain chez les Bambaras locaux sous forme d'une anecdote que j'ai racontée mille fois, mais dont je ne me lasse pas : à chaque printemps quand je passe au bon moment dans ma ferme-conservatoire, et que c'est repiquage et semis, les quelques horticultrices sont à genou sur la terre, travaillent à mains nues ou au plantoir manuel tandis que les mecs, eux pétaradent sur des tracteurs ! J'en ai même entendu un, une fois dans la cour, prêtant son tracteur à une collègue lui recommander : "tu n'oublieras pas de desserrer le frein à main, hein ? "

Je comprends que certaines préféreront lire Virginie Despentes et ses coups de gueule, ou Mona Chollet et ses solutions magiques de sorcières. La lecture des ouvrages féministes des sociologues et des anthropologues du deuxième féminisme est douloureuse. Elles décrivent impitoyablement un statut social dégradé volontairement par ceux qui nous sont le plus proches, maris, amants, fils et pères. C'est vrai également que ces féministes savantes des années 70 se revendiquaient lesbiennes, heureuses de ne pas avoir à frayer avec l'adversaire de classe, et qu'on reconnaît ainsi leur plume impertinente. Monique Wittig a d'ailleurs écrit que les lesbiennes n'étaient pas des femmes, c'est à dire qu'elles pouvaient répudier cette contrainte à l'hétérosexualité et à la maternité, ces institutions politiques, et que c'était une chance. Et c'en est incontestablement une, au sens où cela diminue la pression de l'éternel confit de loyauté qui plombe les femmes hétérosexuelles engagées dans des relations affectives avec les hommes. 

Pour terminer, puisque, en testant quelques-unes de ces phrases sur Twitter, j'ai été contrée par une lectrice qui m'a rétorqué qu'il y a eu des femmes inventrices de machines AUSSI ; évidemment, je ne conteste pas, et ce n'est pas un argument invalidant. Une Louise Labé ou une Hildegarde de Bingen ont percé aux âges où les femmes étaient maintenues dans l'analphabétisme et l'ignorance, des femmes ingénieures ont fait leur trou aux moments où les femmes étaient vouées, condamnées sans recours au mariage et à la reproduction, des exploratrices ont voyagé et parcouru le monde alors que cela était prohibé pour indécence et promiscuité avec les hommes. Mais ce sont des oiseaux rares qui n'invalident pas la thèse développée ici, thèse qui est la limitation des femmes au foyer et à la harassante production/élevage d'enfants sans possibilité de s'en abstraire. Domestiquées, vouées à la ferme, comme écrivait Andrea Dworkin.  

QUELQUES CITATIONS : 

" Les sociétés humaines se sont constituées sur l'échange des femmes, et cet échange est à l'origine du tabou de l'inceste. Il nous faut alors considérer que la défaite historique des femmes serait un pré-requis à l'émergence de la culture ". Mathieu - Anatomie Politique

" La 'non-violence' des femmes, par exemple, peut être reliée à l'interdiction matérielle et objective qui leur est faite de posséder et d'exercer les moyens de défense, et notamment de défense contre les hommes. " Mathieu - Anatomie politique. 

" De tous les dominés, les femmes sont les seules à avoir un contact physique et mental permanent et prescrit avec l'oppresseur, au travail, dans la rue, maintenant à l'école, dans la famille et les liens amicaux, et enfin au lit... ou dans les caves et les portes cochères. C'est pourquoi, même des féministes qui ont longuement décrit et dénoncé la 'condition' opprimée des femmes hésitent encore à aller à l'essentiel : la connaissance intime des stratagèmes et stratégies de l'ennemi, sans laquelle tout général d'armée sait qu'il ne gagnera pas. 'Moi, je connais des hommes bien', disent-elles. " Mathieu - Anatomie politique. 

" Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique, qui leur est refusé. " 

" Le pouvoir des hommes sur les femmes est assuré par le monopole des armes-outils. " Ces deux dernières citations de Tabet, Des outils et des corps. 

mercredi 15 juin 2022

Les analogies hasardeuses de Cécile Duflot sur France Inter

Mardi 31 mai, Cécile Duflot, ancienne femme politique écologiste chez Les Verts, désormais Présidente d'Oxfam France, et chroniqueuse une fois par semaine à France Inter, en toute subjectivité, consacre sa chronique au documentaire de Mélanie Diams, "Salam" lancé au Festival de Cannes, et fait le parallèle entre deux destins malheureux de chanteuses en abordant le sujet par le petit commun dénominateur du voile et de la religion. Diams, devenue mère de famille envoilée, et Jeanine Deckers alias Sœur Sourire, chanteuse des années soixante, ex religieuse choisissant elle, de se dévoiler. Et ça fait une différence de taille.

Le podcast est à retrouver en cliquant sur ce lien. 

Cécile Duflot se livre à différents amalgames qui invalident sa démonstration, dont elle semble pourtant contente. 

La comparaison entre les destins des deux artistes est hasardeuse. Les époques sont diamétralement différentes : les années yéyés cherchaient la libération du vieux carcan patriarcal, de la vieille société gaulliste, Simone de Beauvoir avait publié le deuxième sexe, elles voyaient éclore des mouvements contestataires, dont le féminisme du MLF n'est pas le moindre. A contrario, les années 2000 - 2010 et suivantes sont des années de backlash patriarcal, de sérieuse remise au pas puisque chaque mouvement libérateur est suivi de digestion, puis de récupération de ses idées libératrices pour le plus grand bien du système, à son profit, quitte à inventer une nouvelle réalité, bien entendu.

La comparaison entre une religieuse contemplative dominicaine hors du siècle (un ordre cloitré), donc une femme qui porte le dress code professionnel de sa congrégation, et une fille normalement plus émancipée car née un demi-siècle plus tard, désormais mère de famille dans le siècle qui décide de s'envoiler n'est pas pertinente ; rappelons qu'une religieuse est une femme consacrée qui s'est retirée de la société pour passer sa vie dans l'abstinence et la dévotion. Cela ne concerne qu'une minorité de femmes qu'on ne voit pas, qui ne font aucun prosélytisme dans l'espace public. Pas grand chose à voir donc avec une mère de famille qui fait ses courses, emmène ses enfants à l'école, va au travail, exerce un métier parfois public, et qui est donc entièrement à la vue de la société. Il n'est pas mal aussi de rappeler, j'y tiens, que les religieuses se mettent les pieds sous la table après leur journée de boulot, que personne ne leur dit le soir en rentrant "qu'est-ce qu'on mange ?" leur "époux" étant, les veinardes, tout ce qu'il y a de plus virtuel. 

Les choix faits par les deux, Deckers et Diams, ne sont pas symétriques : une religieuse après son entrée en notoriété, Jeanine Deckers, jette son voile par dessus les moulins pour faire une autre carrière, finit dans la misère, spoliée par sa maison de disque, se met en couple avec une femme ce qui révèle que son choix de la clôture dans un couvent de femmes était sans doute inconsciemment un choix de lesbienne. Mélanie Diams, dépressive éprouvant un douloureux vide existentiel, arrête volontairement sa carrière de rappeuse au sommet, pour devenir mère de famille convertie et voilée, mais dans le siècle, dans une théocratie, les Emirats Arabes Unis, théocratie peuplée de milliardaires. A priori, je ne discute pas, tant qu'elle ne fait pas de prosélytisme en France. Rappelons qu'elle a arrêté sa carrière pour se consacrer à sa famille, ce qui lui procure paix et stabilité. On est contentes pour elle. Chacun ses choix. 

En revanche, je leur vois des points communs autrement plus parlants que le voile : maltraitance dans l'enfance, et à l'âge adulte, dépression et affrontement difficile avec le star système et la scène médiatique anthropophage, surtout pour les femmes, notamment celles qui ont été affaiblies par les maltraitances patriarcales, et quête spirituelle insatiable donc frustrante, pour les deux. Jeanine Deckers souffrait d'être en conflit avec sa mère, femme d'artisan au foyer normopathe, avec les hommes dirigeants de sa maison de production qui ont profité de sa candeur, avec son ordre religieux patriarcal maltraitant qui était contre toute forme d'émancipation et d'autodétermination ; Mélanie Diams s'est plainte dans ses textes des violences conjugales dont elle fut victime par un précédent mari. Elle est manifestement aussi en conflit avec son père. Le port du voile n'est donc, n'en déplaise à Cécile Duflot, que leur petit commun dénominateur. Il est accessoire et inopérant. Ce qu'elles ont bien en commun en revanche, c'est le mal-être infligé par des institutions patriarcales faisant système. La fuite qu'elles ont tenté, définitive par le suicide pour l'une, l'enfermement dans le mariage et le retrait de la vie artistique pour l'autre... Jeanine Deckers n'a plus, elle, la possibilité de revenir répondre, ni de donner de ses nouvelles à ses fans à travers un film. 

J'ai fait moins d'études et occupé des postes moins importants que Cécile Duflot, aussi je suis étonnée par sa naïveté et par les approximations de sa démonstration ; à moins que ce ne soit de la roublardise de mettre ainsi en symétrie deux carrières de femmes qui n'auraient en commun que leur voilement et la stigmatisation qu'elles en auraient subi. La preuve une fois de plus que des gens influents issus de la gauche écologiste sont les idiots utiles de l'islam politique. Qu'un seul travail auquel se consacrer corps et âme ne leur suffit pas. Et France Inter qui ouvre grand ses micros, sans mise au point ou contradictrice pour contrebalancer ce qui n'est que la promotion du choix individuel versus les combats et victoires collectives, du libéralisme du tout se vaut du moment que je l'aurais choisi. Vendant à l'encan les droits chèrement acquis des femmes à leur libération de toutes formes d'oppressions patriarcales. 

Pendant ce temps : un rapport du Service Central du Renseignement Territorial (SCRT, ex RG) recense les entorses à la laïcité et à la loi de 2004 en recrudescence nette dans les écoles, collèges et lycées. Des adolescent-es testent de différentes façons la capacité de résistance de l'école en se présentant, garçons et filles ensemble, dans des tenues "culturelles" ou "ethniques" kamis, sarouels, et autres tuniques enveloppant le corps, qui sont tout sauf actuelles et occidentales. Les occurrences, qui correspondent aux seuls signalements faits par l'institution, dont on sait qu'elle n'est pas très ferme sur les principes, selon le très en vigueur "pas de vague", seraient sous-évaluées.  Il y a une façon simple de contrer les ardeurs prosélytes téléguidées par les imams ou les familles sectaires, c'est l'uniforme. Comme à Londres ou dans les pays du Commonwealth où on peut voir couramment le matin et le soir sur le chemin de l'école, des écolières et écoliers en vêtements bicolores veste à blason, jupe, pantalon. Sans aller jusqu'au blason, on peut transposer en veste marine, bordeaux ou vert sapin, sur chemise ou polo blanc et pantalon ou jupe de flanelle indifférents pour les deux sexes. On efface ainsi les différences de classes sociales et on met un coup d'arrêt, au moins pendant quelques heures, aux velléités des fashion victims et des conformistes sectaires. 

Lien vers l'interview de Mélanie menée de façon très complaisante pour mon goût par Augustin Trapenard pour Brut à l'occasion de la présentation à Cannes de son documentaire. Mélanie y est très touchante. 

On perdrait moins de temps à faire des dépressions et à se mettre martel en tête si on admettait que la vie n'a absolument aucun sens. Mais c'est difficile pour les humains de renoncer à la finalité, et au projet qui fait sens. Malgré les désastres et malheurs subis, la maladie dépressive, le vide existentiel, il convient encore d'inviter de nouveau convives au banquet. Etonnant. 

vendredi 14 mai 2021

Syndrome de Stockholm

Quelle quinzaine abominable avons-nous vécue ! Après le féminicide de Chahinez, brûlée vive à Mérignac par son ex mari dont elle divorçait, un récidiviste déjà condamné et remis en liberté sans que la justice ait prévenu personne malgré les plaintes déposées et les témoins des violences, surgissement d'un meurtre violent et moyenâgeux qu'on ne pense jamais possible chez nous, une administrative accueil Police Stéphanie Montfermé égorgée par un terroriste islamiste dans l'entrée du commissariat de Rambouillet, des frustrés enragés s'acharnent sur une banale intervention de police sur un point de deal de cocaïne, un policier, Eric Masson, est tué, enfin, une fusillade dans les Cévennes par un survivaliste, chasseur, collectionneur d'armes qui règle ses différends patron-salarié au fusil ! J'apprends que l'homme en question (en fuite au moment où j'écris) est marié et a une fille ! 

Je sais que les medias, les pouvoirs publics et la police / gendarmerie ne font jamais le lien entre ces meurtres et assassinats, la compartimentation des manifestations de la terreur masculine arrange tout le monde, mais il me semble pourtant que tout cela ressort de l'incapacité des hommes, et seulement eux, à régler leurs différends, leur frustration, autrement qu'au couteau ou au fusil, voire à l'arme lourde. Il y a trois fois plus de risque de mort violente chez les possesseurs d'armes, ai-je lu dans un roman policier d'Olivier Norek, comme il est ancien capitaine de la PJ de Seine Saint Denis, je pense que sa documentation est bonne. Le dernier assassin présumé, Valentin Marcone était chasseur : il se faisait donc la main sur des animaux innocents, activité très bien tolérée par la société. Le lien qui va de de la violence faite aux animaux à celle infligée aux humains, n'est toujours pas reconnu. C'est que des bêtes, refrain habituel. 

Au même moment où le meurtre de Chahinez arrive dans l'actualité, il se trouve qu'une nouvelle locataire envoyée par une association prend possession du logement de l'étage au-dessus, dans mon immeuble : le studio est loué par une association qui, avais-je compris, y met à l'abri des femmes mineures ou jeunes adultes (jusqu'à présent on n'a eu que des femmes) de la précarité sociale et économique, de l'itinérance ou de la violence. Sauf que dans ce dernier cas, au bruit émis, les meubles volent, les admonestations et les engueulades d'un mec qui accompagne Madame tous les soirs pleuvent, les sanglots de Madame qui le poursuit dans l'escalier et l'agonit d'injures en chemise dès qu'il dégare son scoot du rez de chaussée ; l'évolution vestimentaire de Madame est allée de la mini-jupe très mini à la tenue longue et au voile sur la tête (sauf quand elle poursuit Valentin en chemise dans la rue) : tenue islamique, mais pop, fashionista, robe travaillée avec empiècements colorés, et mousselines sur la tête et les épaules, snickers dernière mode, chic et chères aux pieds. Son mec est banalement le mec en scooter garé devant la porte (jurisprudence masculine) casque et snicker aussi, mais plus communs. Bref, tout ça fait que secouée par l'assassinat atroce de Chahinez, je suis intervenue, et auprès de l'association et auprès des gêneurs. L'association m'a assurée que la bénéficiaire c'est la dame, et que leur règlement interdit d'y recevoir pour la nuit. J'ai insisté sur le parasitisme masculin forcené des espaces des femmes, notamment quand elles sont menacées : tête de l'employée, elle me regardait avec méfiance comme si j'avais la rage ou la gale, mondieu, mais elle dit du mal des mâles, celle-ci ! Je l'entendais penser. Quand au couple, elle, rimmel coulant et me tenant par le bras s'est excusée tout du long, pendant que son Valentin menaçant, avançait sur moi et m'a traitée de raciste en me montrant la peau de son bras. Ils s'engueulent en farsi ou en ourdou (ce n'est pas de l'arabe, j'en mettrais ma main à couper !) mais parlent un excellent français. Raciste ? Je ne me démonte jamais ; d'habitude c'est plutôt "grosse pute",  aussi j'ai de l'entraînement ! Je réponds comme à chaque fois sur le même ton "sexiste, misogyne, haineux des femmes". Ca marche plutôt bien. Je peux même développer "les mecs nous haïssent depuis le début des temps jusqu'à la fin des temps,c'est documenté". Et je suis remontée chez moi. Envoi d'un mail à l'asso, qui ne m'a pas répondu, sinistre sale habitude de "la ville où il fait teeellement bon vivre !". Les coups d'éclats continuent, mais il vaut mieux qu'ils s'engueulent ailleurs que sur mon palier, les amoureux. L'aaaamourr, cette grande affaire humaine entre les sexes. Si c'était son frère, je ne pense pas qu'elle courrait derrière en chemise et en hurlant quand il se casse après lui avoir remonté les bretelles : il lui parle d'un ton impérieux c'est la seule chose que je comprends, ensuite elle remonte tous les étages en sanglotant. 

Ce qui dépasse mon entendement, c'est cette incapacité des femmes et filles à vivre en auto-détermination même quand leur relation avec un homme est toxique. Notez que les précédentes bénéficiaires du même studio étaient, elles, cornaquées par leur smartphone tendu devant elles à un point invraisemblable. "Les femmes sont automobiles" ironisait Nicole-Claude Mathieu, anthropologue à propos du traitement des femmes chez les peuples premiers qu'elle étudiait : elles se meuvent seules à condition qu'il y ait quelqu'un au volant ! Il vaut tout de même mieux être seule que mal accompagnée non ? On dirait que non. Ils "leur chient dans les bottes" (je cite Nicolas Mathieu dans Leurs enfants après eux, si si) à toutes les étapes de leur vie mais bon, elles en veulent quand même, quitte à les produire elles-mêmes ! Je vais tenter une explication : 

Les femmes ont de tous temps été : niées, tuées avant d'être nées (fœticide) ou juste nées (infanticide) jamais désirées, en tous cas deuxième choix, traitée en butin, razziées (les razzias sont de retour au Nigeria perpétrées par Boko Haram, voir leurs enlèvements collectifs de collégiennes), enlevées, mariées précocement ou de force, voilées, invisibilisées, violées, violentées, battues par un mari tout puissant, incestuées par les mâles de la famille, maintenues dans la faiblesse économique et sociale à dessein pour leur fournir un cheptel de prostituées, domestiquées depuis des millénaires pour leur service sexuel, reproductif et domestique. Esclavagisées en somme, captivité et colonisation psychologique génétique des femmes. Ca laisse des traces durables dans la psyché, ça s'inscrit dans le cerveau reptilien et sans doute même dans la mémoire des gènes et franchit les générations. A tel point qu'elles ont développé des stratégies de survie : l'amour, faire cause commune avec l'agresseur, être amoureuse de lui, stratégie masochiste pour SURVIVRE ! En espérant diminuer les coups, leur produire des garçons leur choix du roi, pour avoir à peu près la paix, cet autre syndrome de Stockholm, celui des mères pour les fils qu'elles ont engendrés qui les préserverait des hommes qu'elles n'ont pas engendrés. Combien de fois avez-vous entendu une femme bafouée dans le conjugo venir vous expliquer qu'elle n'a pas tiré le trop mauvais numéro finalement, qu'elle n'a pas été si malheureuse après tout, toujours comptant en creux ses maigres gains. Finalement, il ne m'a pas tuée, Et si ça se trouve, il a empêché les autres hommes de me tuer, j'ai de la chance. La stratégie multimillénaire des femmes pour survivre. L'amour. 

A force de temps, on développe un solide et incurable syndrome de Stockholm. Le syndrome de Stockholm se développe d'autant plus et durablement quand le rapt, l'empêchement de circuler, la captivité, durent longtemps. Tous les otages, quand ils ne sont pas tués ni trop blessés, finissent par adhérer à la cause de leurs agresseurs. La dernière libérée en date du 8 octobre 2020, Sophie Pétronin, 75 ans, malade, séquestrée 4 ans au Mali, a réapparu voilée, défendant quasiment ses ravisseurs, convertie à l'Islam, prête à repartir "aider les pauvres". Bon, comme elle était catho avant, il n'y a avait qu'un petit pas à franchir, et elle était entraînée à pardonner. La deuxième composante de ce syndrome, c'est que c'est le séquestreur qui vous abrite -c'est ce qu'il prétend-, garantit votre sécurité, pas la police ni la justice, ni les associations, présentés par lui comme menaçants. Et vous le croyez. Chez les femmes et les enfants maltraités dans le foyer familial, c'est frappant, cela les incite à refuser toute aide venant de l'extérieur. 

Il est évident qu'avec une histoire multimillénaire pareille c'est difficile de se penser autonome, assurant soi-même sa sauvegarde. Et pourtant, quand on sait que les meurtres de femmes se produisent majoritairement dans leur foyer, il vaudrait mieux être son propre défenseur, ne jamais en confier la dévolution à un homme, fût-il le compagnon, le mari, l'amant, et être solidaires entre femmes. Elles ont peur des chiens, peur de se faire vacciner à l'Astra Zeneca, mais PAS de laisser le volant à Valentin, alors que 85 % des accidents graves de la route, ce sont les mecs qui en sont responsables. Violence routière et violence routinière. Il faut apprendre à se méfier des hommes et les tenir EUX pour responsables de leurs propres violences.

Il est temps d'apprendre l'autonomie et l'auto-détermination aux femmes, arrêter la propagande hétéro-patriarcale, l'hétéronormativité du conjugo et de la maternité comme alpha et omega d'une vie réussie. Qu'on arrête de nous casser les oreilles avec les papas et les mamans, les papys et les mamies, les tontons et les taties, vocabulaire régressif ! Le COVID nous en a remis une couche. Il faut apprendre aux garçons dès le berceau que les femmes ne leur doivent RIEN, qu'elles n'ont pas été crées pour eux. Il n'y a pas de droit au sexe, ni à l'enfant d'ailleurs dans les droits humains, ils ne sont pas des ayant-droit, qu'ils se démerdent seuls ou qu'ils restent chez leurs mères si elle veut d'eux, ce qui ne leur est pas garanti. Et il faut en finir avec la romance qui leur fournit de la chair à canon, pour évacuer leur trop plein de frustrations et leur soif de domination. Leur apprendre aussi à résister à la frustration au lieu de d'accourir au moindre bobo à leur rescousse comme le font les femmes de leur entourage, éternelles béquilles, infirmières, assistantes sociales et secrétaires comptables, trésorières, visiteuses de prison, en finir avec cette féminité patriarcale qui les rend solidaires de leurs hommes alors que c'est la solidarité entre femmes qui leur serait profitable. Eux ne pratiquent que cette solidarité entre pairs de même sexe. L'autonomie c'est pour tout le monde : pour les hommes comme pour les femmes. Et l'autonomie c'est le contraire des niaiseries de Prince et Princesse Charmante. L'autonomie c'est faire mentir l'idée que "avoir son propre point de vue c'est haïr les hommes, mais que tuer et violer des femmes, ce ne serait pas haïr les femmes", idée fausse destinée à perpétuer la colonisation psychique génétique des femmes. L'autodétermination, c'est se choisir un chemin aussi bien hors du troupeau, et défendre sa position face aux injonctions, aux anathèmes, en promouvant les avantages qu'elle vous a apportés. Il n'y a pas de fatalité à marcher trois pas derrière un homme. Ni à lui laisser le volant. 

Pour approfondir le sujet du syndrome de Stockholm et des stratégies de survie des femmes, allez lire " Aimer pour  survivre : l'emprise et la colonisation psychique des femmes " excellent article de Martin Dufresne chez Tradfem qui a inspiré ce billet. 

Actualisation 15/5/21 : Finalement le fugitif du Gard s'est rendu "hagard" aux gendarmes en "s'excusant" après une sorte de battue aux sangliers appliquée à un humain, qui a duré 3 jours et demi ; ça permet à la Gendarmerie de mettre en avant ses compétences, le patriarcat c'est quand même bien foutu. Deux personnes ne sont pas rentrées le soir après être allées au travail le matin mais bon, les victimes, ce n'est pas le propos. Je me doute qu'on va lui trouver plein d'excuses à ce garçon. Le Président de la Fédération de Chasse du Gard a fermement démenti que Valentin Marcone ait été d'une manière ou d'une autre un chasseur, c'était un "tireur sportif", nuance. Le club des sanglants, victime collatérale, obligé de défendre sa réputation -qui n'est pourtant plus à faire ! 

Une jeune femme de 17 ans a été poignardée à mort à Ivry sur Seine hier vendredi par un mec ado de 14 ans pour avoir voulu s'intermédier entre un harceleur sur les réseaux sociaux et sa petite sœur ; il semble que s'interposer et vouloir arranger les choses ne soit finalement pas une bonne idée face à ces  enragés couteau entre les dents. L'affaire ne sera pas considérée comme féminicide puisque le féminicide c'est quand c'est Roméo qui tue. 

mercredi 11 septembre 2019

La malédiction d'être fille - Dominique Sigaud

Edité par Albin Michel, l'ouvrage est sorti la semaine dernière dans toutes les bonnes librairies.


Journaliste, écrivaine, grand reporter, Dominique Sigaud s'attaque ici, après avoir enquêté sur la planète entière, dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les pays riches de l'hémisphère Nord, sur le sort que l'espèce humaine réserve à ses filles à naître ou nées. " Les violences faites aux filles sont des désastres individuels et collectifs. Pour que nous y mettions fin, encore devons-nous les désigner."

Foeticide
Filiacide
Inceste
Mutilation sexuelle
Mariage d'enfants
Viol
Traite
Esclavage domestique
Esclavage sexuel
Prostitution
Meurtre dit "d'honneur"

c'est à quoi on expose une fille en la mettant au monde. En tous cas, celles qui échappent au foeticide. Mères obligées de tuer les filles qu'on leur colle dans le ventre (les patriarcaux ne se salissent jamais les mains) quand elles n'ont pas les moyens de faire l'échographie qui les délivrera par IVG du fardeau des filles qui ne valent rien (Inde, Chine), mais qui coûtent une dot lorsqu'elles se marient. Par quelle aberration historique l'humanité a-t-elle décidé que les filles valaient moins que les gars ? Elles servent de bonniches à leurs pères et frères, sont vendues dans le mariage à des adultes qui les exploiteront jusqu'au trognon, les asserviront dans des conditions parfois proches de l'esclavage à leur domesticité, dans les maternités multiples, les achèteront pour leur plaisir de pédophiles (tourisme sexuel, mariages saisonniers ou "de plaisir" des pays du Golfe, l'Islam le permet dans certaines théocraties / nécrocraties salafistes), les vendront à vil prix pour rembourser une dette, créer des alliances, ou solder un différend. C'est " un ordre symbolique dans lequel la femme n'est rien, l'homme est tout, la fille n'est rien, le garçon est tout ". Déjà, dans la Rome antique on constate la disparition forcée des cadettes, " le pater familias qui a droit de vie et de mort sur ses enfants, ne conserve en général que la fille aînée. La mention de deux filles dans une maison romaine est exceptionnelle ", écrit Dominique Sigaud.

L'autrice détaille, dans son livre, chiffres et statistiques à l'appui, tous les malheurs listés ci-dessus, et les régions du monde -aucune n'est épargnée- où ils se produisent en réduisant quasi à néant les potentialités des filles, asservies qu'elles sont au service de la reproduction masculine et de leurs "besoins" sexuels, leur vie dans une perpétuelle insécurité en cas de manquement à leurs lois de fer, au gré des crises économiques ou des guerres qu'ils se livrent perpétuellement, utilisées comme butin, putains, dans des bordels à soldats pour remotiver les troupes (souvenons nous des lycéennes de Chibok, mais elles ne sont pas les seules, elles ont juste été plus médiatisées), éventuellement même par les peace keepers qui arrivent ensuite pour réparer les dommages des conflits, sans jamais que les filles et femmes soient, d'ailleurs, associées aux processus de paix. Elles peuvent rentrer chez elles meurtries, avec le fruit des viols qu'elles ont subis, sans soins ou suivis psychologiques ni médicaux la plupart du temps. Il en résulte un problème de santé planétaire pour elles et leurs enfants. La crise climatique déjà là dans les pays pauvres, mais qui gagnera chez nous aussi n'en doutons pas, impacte déjà les filles, toujours de corvée d'eau, de bois et de nourriture, elles sont, seront en première ligne.

" Attaquer les filles est un invariant des communautés humaines "

Dans ses quatre derniers chapitres, Dominique Sigaud esquisse une géographie des violences : les cas de la France (où l'inceste est invisible, invisibilisé même, puisqu'il n'a pas d'existence dans notre droit, le pater familias y ressemble trop à son pendant romain, sans doute) pays d'agressions sexuelles en nombre non détectées -2 enfants par classe en moyenne seraient violenté-es ou incesté-es dans notre pays ; les Etats-Unis, pays occidental violent, ont le douteux privilège d'être classés à côté des pays ultra-violents Inde et Afghanistan pour les violences faites aux filles ; l'Inde, qu'on ne présente plus, est avec la Chine le pays du foeticide, il leur manque pour la dernière génération 18 millions de filles ! Ce seront encore elles qui trinqueront quand les hommes les attaqueront pour assouvir leurs "pulsions" sexuelles. Enfin, l'Egypte, avec ses 95 % de femmes excisées, même si elle est le berceau de l'excision (une femme de pharaon trouvée coupée dans une tombe en fournit une preuve historique), il faut bien dire que c'est une honte. Les filles et femmes qui se sont aventurées Place Tahrir au Caire lors du mouvement anti Moubarak payaient en attouchements, ou même viols collectifs, leur "effronterie". L'espace public appartient aux mâles absolument partout, les femmes qui s'y aventurent sont forcément des putes.

L'ouvrage, bien que passionnant et indispensable, écrit crûment, est douloureux à lire. Dominique Sigaud dénonce (à raison) et déplore le foeticide. Au vu du malheur de naître fille décrit tout du long du livre, je me demande si finalement ce n'est pas le moindre de leurs malheurs. Evidemment, les agents patriarcaux ne pensent pas ainsi, ils font dans l'utilitaire, ils se "désencombrent" d'un fardeau puisqu'ils l'appréhendent ainsi, mais après tout, si notre espèce est assez stupide pour privilégier les garçons et donc pour se suicider, qu'elle le fasse. Je n'y vois aucun inconvénient pour ma part. Je ne partage pas ce travers de l'espèce humaine, produit d'une incessante propagande, qui, tout en constatant que la cuisine est mauvaise, consiste à convier quand même, à marche forcée pour les femmes, de plus en plus d'invités à ses banquets empoisonnés. Je ne comprends pas plus l'absence des féministes sur ces questions de prévention et de mise en garde contre cet asservissement, mais passons.

Cet acharnement à vider les filles, dès le plus jeune âge, de leurs potentialités, de leur avenir, de leurs talents, de leur sécurité, pour mieux les remplir de bites et d'enfants, sans qu'elles aient voix au chapitre, au contraire en les silençant, afin de produire de façon industrielle des mâles qui n'auront de cesse, quand ils quittent leurs mères, que de se trouver une autre domestique à parasiter, est évidemment mortel. Laisser le pouvoir aux mâles, rien de pire ne pouvait arriver à notre espèce proliférante sans prédateurs, hormis ceux qui nous produisons ; même les animaux ne sont pas aussi stupides. Quand il n'y a plus assez de ressources, de nourriture, ils ne se reproduisent certainement pas, eux. Au contraire, quand il y a de la nourriture en abondance, ils en profitent pour faire deux nichées, ils ont ce discernement qui nous manque terriblement.

Il ne manque pourtant pas de couteaux, de chaudrons bouillants, de tisons brûlants, dans les cuisines où elles sont cantonnées, les filles et les femmes. Il faut vraiment avoir été annihilée dans toute l'histoire, pour ne pas même avoir le réflexe de sa propre sauvegarde, de sa propre sécurité, pour ne pas se révolter. Pourtant, une telle castration des filles, de leurs potentialités, dit assez la terreur que nous leur inspirons : meilleures à l'école, dans les entreprises, moins violentes et casse-cou, plus pacifiques et aptes au compromis, solidaires, aidantes, créatives et talentueuses, malgré les différentes déclarations des molosses du patriarcat, les psychanalystes, qui tiennent que la "pulsion de mort" est également partagée entre mâles et femelles dans l'espèce humaine, car ils tiennent à leur fond de commerce, une telle castration / négation du potentiel filles donc, ne peut que nous amener à reconnaître que les hommes ne veulent aucun progrès pour l'espèce. Leur pouvoir absolu, délétère, toxique, maintenu par leurs lois d'airain, par la contrainte et la force brute, sur les corps d'abord puis sur les esprits, nous conduit à une impasse mortelle. La Nature qu'ils ont tant violée et haïe elle aussi, où ils ont d'ailleurs commodément renvoyé les femmes, ces êtres de nature, sans l'usage de la Raison prétendent-ils, va leur rendre la monnaie de leur pièce et soigner leur hybris. Ils auront réussi cet exploit à force de contraintes sur les corps et la Nature : rendre la Terre inhabitable. 10 milliards d'humains à l'horizon 2050, plus le chaos climatique sans doute, mais leur priorité demeure : marions les filles dès 9 ans si possible (même des françaises, envoyées passer des vacances dans le pays d'origine, livrées par des parents naïfs à une grand-mère ou une tante exciseuse, ou mariées de force, soyons vigilantes), c'est effectivement leur priorité. Quelle stupidité abyssale.

La lecture de ce livre est indispensable à tous les personnels d'éducation, de police, de justice, aux ONG humanitaires, aux politiques qui prétendent vouloir changer les choses et les lois et remédier aux injustices, aux avocat-es, aux services académiques, aux professeurs d'éducation sexuelle, à toutes celles et ceux qui font les lois, rendent la justice ou militent pour qu'elle soit rendue. Et au grand public concerné par ce sujet. Restons vigilantes : défendons les filles. 

Les citations du livre sont en caractères gras et rouge.

vendredi 30 novembre 2018

Vous vous appeliez Maria Schneider, Jean Seberg, Romy Schneider, Marie-France Pisier...

Elles sont toutes victimes de l'industrie vampire du cinéma, dévoreuse insatiable de chair fraîche.
Préparées au sacrifice sur l'autel du cinéma par une enfance malheureuse avec des parents maltraitants (Maria Schneider, Romy Schneider -juste une homonymie, elles ne sont pas parentes...), recrutées par défaut, elles ne sont généralement pas un premier choix du metteur en scène, elles sont recrutées quelque fois sur un malentendu, parce que l'actrice pressentie à refusé, et comme elles cherchent une porte d'entrée, qu'elles ont le pied mis à l'étrier par un parent insistant (dans le cas de Maria Schneider, c'est son père Daniel Gélin qui fait office), elles sont contentes d'être "choisies" et de fait, sont toutes prédisposées à faire chair à canon, d'autant plus si elles sont très jeunes quand elles rentrent dans la carrière (19 ans pour Maria Schneider quand elle tourne "Tango", film sexe, sans réels dialogues, énorme succès en salle en 1973).  Autant dire qu'elles sont désarmées devant les Bertolucci ou Antonioni, déjà metteurs en scène reconnus et recuits.

La reconversion est quasi impossible : une fois qu'elles ont dilapidé l'argent de leur premier et pharamineux cachet, goûté à toutes les fêtes, s'être détérioré la santé dans toutes sortes d'addictions (à l'héroïne pour Maria Schneider), au sexe, à l'alcool, après une ou plusieurs tentatives de suicide (Seberg, Romy Schneider : réussies, Bardot...) ou qu'elles prennent un peu d'âge, soit elles disparaissent des écrans, ou n'apparaissent plus qu'épisodiquement, remplacées par de plus jeunes et plus tendres, soit elles quittent l'industrie en claquant la porte : Brigitte Bardot, qui est bien la seule à avoir réussi, et avec brio en plus, son repositionnement dans un métier totalement différent. Bardot qui sera une des seules, hors la famille, à donner des coups de mains à Maria Schneider quand elle n'a plus un rond, même pour se payer un toit ; c'est Bardot qui lui paie son loyer. Sororité, solidarité, empathie entre anciennes ayant subi la férule masculine. Je sais que Bardot ne validerait pas mes propos : elle n'est "pas féministe, car elle aime trop les hommes" étant une des ses maximes, totalement hors sujet. Autant son obstination et son combat envers les animaux sont nobles et forcent le respect, autant elle dit des stupidités et tient des propos discutables quand elle sort de son sujet de prédilection où on aimerait qu'elle se cantonne. On ne peut pas être compétent en tout. Je pense toutefois que son (sale) caractère et son impétuosité sont les armes qui lui ont permis de réussir sa sortie et son rebond.

Tu t'appelais Maria Schneider, récit écrit par sa cousine germaine journaliste, Vanessa Schneider, à la deuxième personne du singulier "tu", raconte aussi l'histoire d'une famille d'après la "libération sexuelle" de 1968, -libération qui a surtout profité aux hommes- les addictions à l'héroïne, et au sexe, le maoïsme du père de Vanessa Schneider, les rêves et expériences, parfois délétères, d'autres plus joyeuses, tentées par les enfants de 68, ainsi que leurs désillusions.

" Maria ne prononce pas le mot de misogynie. Maria ne fait pas de politique. Maria constate : "Pour les hommes c'est plus facile, ils sont considérés comme des saltimbanques, des marginaux. Quand tu vois des destins comme celui de Romy ou d'autres, tu te poses des questions." Pause, deuxième cigarette : "Des rôles, j'en refuse beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de rôles de femmes dignes. On fait toujours exister une femme par rapport à un homme, par rapport à un couple." Elle ajoute, fataliste : Comme partout, ce sont les hommes qui ont le pouvoir au cinéma." [...] Les producteurs sont des hommes, les techniciens sont des hommes, les metteurs en scène pour la plupart sont des hommes, la presse, ce sont des hommes, les agents ce sont des hommes qui te donnent les scripts, qui t'orientent, qui te conseillent. Ils ont tous des sujets pour les 
hommes. ".



Maria Schneider est morte en 2011 à 58 ans ; sa filmographie compte tout de même 50 films.

Bernardo Bertolucci vient de décéder à 77 ans le 26 novembre 2018, couvert d'honneurs et de prix. Sur le plateau de Tango, il n'adressait jamais la parole à Maria Schneider, il réglait les scènes du film en concertation avec Marlon Brando qui se piquait aussi de mise en scène. Le tournage du Dernier tango à Paris relance la carrière de Brando considéré en 1973 comme acteur sur le déclin. Il avait 48 ans, Maria Schneider 19.
Trauma Tango : la crique du livre par Libération.

Personnellement, hormis la mise en scène hors décors de studio, je n'aime pas A bout de souffle (Godard - 1960) à cause des répliques cavalières, machistes et violentes de Belmondo à Jean Seberg, et de l'éternelle ode aux mauvais garçons qu'est ce film. Il fera toutefois de Jean Seberg une "égérie" de la Nouvelle Vague. Jean Seberg est morte à 41 ans en 1979, retrouvée inanimée dans le coffre d'une voiture, la police conclura à un suicide.

Il serait temps aussi que l'industrie du cinéma qui prétend employer des artistes (et alors, les artistes seraient au-dessus des lois et du Code de Travail ?) adopte la rationalisation des méthodes de recrutement dont tous les services de ressources humaines se sont dotés ; il est totalement archaïque et inadmissible de recevoir une actrice ou un acteur en robe de chambre dans une chambre d'hôtel, fût-elle une suite ! Il est inadmissible de la faire se déshabiller en entretien d'embauche. Une actrice joue la comédie, qu'elle a en général apprise dans une école de théâtre, c'est un métier, et à ce titre, les compétences des actrices devraient être appréciées et évaluées comme celles de n'importe quel autre salarié.

mardi 10 juillet 2018

Se défendre ou ne pas se défendre quand on est une femme ? Le tabou des armes

" Nous avons vu que dans les sociétés de chasseurs-collecteurs, le monopole de l'arme a une importance décisive dans les rapports entre hommes et femmes ; c'est en effet dans la technologie qui crée les armes et dans les armes mêmes que se produisent les progrès les plus importants, ceux qui marquent la distance entre outils masculins et féminins, puisque les armes sont en même temps des outils de production privilégiés. Mais l'aspect qui prévaut est celui du contrôle de la force ; d'où le rigoureux interdit imposé aux femmes quant à l'emploi des armes : le jeu se joue entre qui a les armes et qui ne les a pas. Le pouvoir des hommes sur les femmes est assuré par le monopole des armes-outils. "  Paola Tabet, anthropologue - La construction sociale de l'inégalité des sexes.

L'anthropologie et l'ethnographie qui étudient les tribus premières des sociétés humaines relèvent une constante et nous enseignent que les outils et les armes sont taboues pour les femmes : elles vont à la chasse avec les hommes, mais elles se contentent de taper avec des bâtons sur le sol, pour effrayer ou rabattre les animaux, elles peuvent aboyer (SIC) aussi pour les mêmes raisons, mais elles n'utilisent pas d'armes, qui restent un monopole masculin, même dans nos sociétés modernes. " Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique qui leur est refusé " insiste Paola Tabet.

Du coup, ce tabou venu du fond des temps reste ancré et vivace dans les comportements d'aujourd'hui. Exemples, crescendo :

- les filles harcelées, quand elles font un jogging se contentent généralement, comme je l'ai constaté la semaine dernière, d'un tweet ou d'un post sur les medias sociaux pour dire aux mecs qu'ils sont "relous" alors qu'elles ont eu peur, et que c'était destiné à ça, faire peur. Je me suis personnellement équipée d'un spray au poivre que je balade partout avec moi depuis qu'il y a quelques années j'étais victime d'agresseurs sexuels qui exhibaient leur bite quand je marchais sur les quais de la Vilaine : il y avait un mauvais passage à l'écluse du Moulin du Comte. J'ai décidé d'arrêter de me plaindre : "mais où tu va comme ça aussi pour voir des gens pareils ?" : une de ma famille. "Je vais où je veux puisque mes impôts sont aussi bons que ceux des mecs et qu'on ne m'a jamais refusé mon chèque au motif que c'était de l'argent de bonne femme" fut ma sèche réponse. Comme s'il y avait des quartiers réservés aux agresseurs sexuels ! Après quelques essais infructueux, j'ai aussi arrêté d'appeler la Cavalerie qui a tant d'autres chats à fouetter : braquages de banques, trucidages divers de mecs entre eux, et bien sûr, violences sur enfants et conjointes, où ils ne brillent pas non plus par leur motivation à soustraire les victimes à leurs bourreaux. Donc, mon cas étant apparemment dérisoire, je me suis équipée et je fais face, dans l'adversité. PARCE QUE C'EST MAL VU. Sur les réseaux sociaux, où quand une se plaint et que je lui suggère un spray, silence de mort. On entend très bien les silences de mort et la désapprobation sur les réseaux sociaux. Pas de partage, rien, alors que les statistiques de Twitter vous montrent que vous avez de l'audience. Et puis dans les dîners en ville, c'est mal vu aussi : un jour, dans mon restaurant d'entreprise, une consultante (de l'APEC, je balance, il y a prescription, et puis ça me fait plaisir) raconte que rentrant chez elle, en plein jour, dans une rue de Paris, un mec tousse, elle se tourne vers la caisse auprès de laquelle elle passe, et voit... un type en train de se palucher, l'engin sorti du short. Ça m'est arrivé aussi ce genre d'histoire. A Tours pour moi. Je lui demande ce qu'elle a fait ? Réponse : Bin, qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu fais ce que tu veux, mais moi, j'ai un spray au poivre toujours sur moi, je le sors prestement, et j'enfume le type par le haut de la vitre qu'il a forcément baissée pour qu'on l'entende tousser ! Je lui donne un motif de tousser, mais vraiment ! Je vous le donne en mille : c'est moi qui suis passée pour l'agressive, la sauvage, qui veut la mort du Prince Charmant, ce sale type.

Et pourtant ça marche ! Je ne m'en suis jamais servie, mais il fait reculer les agresseurs potentiels, quand ils le voient, ils reconsidèrent le (sale) coup. Et il rend assertive, sûre de soi. Je marche avec, je circule en voiture avec, et je descends ma poubelle avec. J'ai déjà été agressée plusieurs fois dans mon sous-sol par des mecs alcoolisés agressifs. Et puis ça sert aussi à "se dégager de son agresseur" comme dans cette affaire récente de viols en récidive à Brest.

- L'affaire Jacqueline Sauvage, vous vous souvenez ? Battue comme plâtre, maltraitée pendant 43 ans par le Prince Cogneur, Père abuseur, un jour elle règle son compte par trois coups de fusil dans le dos de son agresseur et celui de ses enfants, puisqu'elle est chasseuse*, bonne tireuse, et qu'il y a un fusil à la maison. Jamais je n'ai pu m'ôter de l'idée que si elle avait utilisé des médicaments ou un poison, ces armes par destination tellement féminines, ces armes des faibles, qu'elle aurait été moins lourdement condamnée : 10 ans ! Sortie de prison par la grâce présidentielle, et surtout par l'activisme féministe, Jacqueline Sauvage ne m'est pas sympathique, mais franchement, ne pas reconnaître la légitime défense à une femme battue, torturée avec ses enfants, pendant 43 ans, c'est refuser aux femmes le droit de se défendre. Plus récemment, le jugement de l'affaire Tobie, où de la même manière une femme abat d'un coup de carabine son conjoint maltraitant, retrouvé tout desséché trois ans plus tard dans l'appartement dont elle ne payait plus le loyer : 12 ans d'emprisonnement, plus que les réquisitions du Procureur, pas de reconnaissance de la légitime défense non plus. Et je parle bien de légitime défense, pas d'auto-défense, comme j'ai entendu me répondre un soi-disant pro-féministe, sur Twitter, pro-féministe, mais pas débarrassé lui non plus des injonctions patriarcales ni des tabous qui frappent les femmes.

Pour une femme, c'est bien porté d'aller à l'équarrissage. Le fusil ? Pas féminin pour deux sous (2 % de chasseuses* reconnues par les associations de chasse, on est en plein dans l'injonction aux femmes décrite par Paola Tabet ci-dessus) : pas glamour, pas plus que le spray au poivre. La féminité c'est l'impuissance : échasses sur quoi marcher, jupes étroites et courtes, gros sacs avec contenu en vrac en bandoulière, l'oreille collée à leur téléphone portable déchargé, elles préviennent les agresseurs qu'elles ont appelé leur petit ami (le preux chevalier des contes de leur enfance) qui va venir à leur secours. Bouh, ils ont peur ! Pas moyen de courir, pas question de brandir une arme. Alors vous pensez, quand une montre qu'elle a du répondant, ou en tous cas, peut en avoir, c'est forcément une virago hommasse avec du poil aux pattes. Qui veut la mort des mecs agresseurs (OUI) et qui va finir seule entourée de 15 chats mités (NON).

Pendant que la société enseigne aux filles l'impuissance, sachez quand même que tout est fait pour dépouiller les garçons de leur empathie : une juge vient de retoquer une association de protection animale niçoise qui poursuivait la ville de Tarascon pour l'autorisation d'une novillada et d'une bercerrada les 7 et 8 juillet. Novillada ? Bercerrada ? Il s'agit d'apprendre à de jeunes garçons apprentis bouchers/toreros à torturer, puis tuer à l'arme blanche, de jeunes veaux de maximum deux ans. Oui, vous avez bien lu. Il y a deux standards admis par la justice : pas touche aux couilles des mecs, et aux femmes, la férule patriarcale. Impitoyablement. Jusqu'à la mort.

Mesdames vous avez le droit de vous défendre, au moins de montrer qu'on ne peut pas vous emmerder impunément, en tous cas. Vous avez aussi le droit et le devoir de défendre les autres en cas d'attaque. Y compris un mec, si le cas se présente. L'attitude de la biche effarée dans les phares de voiture, c'est bien dans les romans à l'eau de rose, mais dans la vraie vie, c'est contre-productif. Les agresseurs sont des lâches. Dans 95 % des cas, s'ils rencontrent une résistance, ils détaleront sans demander leur reste. Evidemment, soyez prudentes : il faut impérativement avoir une possibilité de fuite. J'avais traduit un billet il y a quelques temps sur comment réagir en cas de harcèlement : il reste totalement valable. La terreur doit changer de camp. Ou au moins, il s'agit de rétablir un équilibre.

* Je n'aime pas les chasseurs, ni les chasseuses, ni la chasse. Mais ce n'est pas le sujet. On peut apprendre à se défendre sans tuer, et sans se faire la main d'abord sur des animaux. Nous ne sommes plus au Néolithique.

vendredi 11 septembre 2015

Les religions contre les femmes : une petite synthèse

En ces temps de retour de l'obscurantisme, de backlash sur les droits des femmes, de "théologie du viol" à propos de Daech, ce qui en dit long sur l'ADN de ces systèmes de "pensée" que sont les religions, je publie cette semaine, avec leur accord, un billet de Osez le Féminisme 63 sur les positions canoniques des religions sur les femmes, à base de citations, écrit par un militant pro-féministe.


" En écho aux multiples fatwas aussi ridicules que barbares, comme celle de l'imam de Brest qui nous rappelle en hurlant de colère, face à la "négligence" des conjoints envers leurs femmes, que ce sont les hommes qui ont autorité sur les femmes par la volonté divine ou encore celle d'un imam saoudien qui a carrément décrété qu'un mari pouvait manger sa femme en cas de nécessité extrême, on peut constater que le fait religieux est encore et toujours majeur et récurrent dans l'oppression des femmes... Dernièrement, nous avons eu aussi droit à une conférence au Polydôme de l'antisémite misogyne et homophobe, du mouvement des frères musulmans, Hani Ramadan, le 28 mars dernier.  Sans oublier les atrocités des mouvements intégristes du DAESH en Syrie et de Boko Haram au Nigéria, il y a de quoi faire pour parler de ce sujet !
Il est donc essentiel de montrer en quoi les religions, sans exception, fondent et servent le patriarcat en lui donnant une légitimité millénaire qui empreint nos consciences jusqu'à maintenant. C'est donc l'objet de ce "pamphlet".
Chers lecteur-trice-s, le "feu sacré" n'habite pas vraiment le cœur des militant-e-s féministes. Tant il est vrai que tous les monothéistes polygames ou les polythéistes monogames affichent une profonde aversion pour les femmes, réduites à leur seule "fonction" respectable par tous les prédicateurs de toute obédiences : la procréation !
De tout temps, aucune religion n'a accepté que les femmes occupent un rang égal à celui du mâle... ou du "bien" d'ailleurs... On est en droit de se demander qui interprète et sélectionne les textes consacrés à ces sujets !
Comme le sujet est vaste, une petite synthèse s'imposait. J'ai souhaité, ainsi, mettre en perspective les principaux points communs et les différences qui existent sur la place qui est donnée aux femmes dans les dogmes religieux les plus influents. Nous aborderons donc ces points pour les 3 religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam) ainsi que l'Hindouisme et le Bouddhisme.

Puisqu'ils sont les plus nombreux et les plus importants, passons aux points communs :

1 ) Le premier point qui m'a sauté aux yeux : c'est le total et profond mépris des femmes que toutes les religions partagent sauf pour leur rôle procréatif.
Deux exemples pour illustrer mon propos :
- le mépris qui s'exprime pleinement et de manière limpide dans l'ordre hiérarchique :
Dans le Nouveau Testament : "Dieu est le chef du Christ, le Christ est le chef des hommes et l'homme est le chef de la femme".
Dans le Coran : "les maris sont supérieurs à leurs femmes parce que les hommes emploient leurs biens à les doter. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises".
Dans la Torah : "Sois béni notre seigneur, qui ne m'a pas fait femme", une des prières que tout bon juif doit prononcer chaque matin. Autre citation emblématique : "Tu te sentiras attirée par ton mari mais il dominera sur toi".
Dans l'Hindouisme, une femme ne vaut pas grand chose, les infanticides féminins sont encore pléthoriques, et une veuve encore moins. En effet, la tradition barbare et cruelle du "Sati" est encore présente pour "régler" leur sort... C'est le bûcher qui attend ces femmes suite au décès de leur mari. Ce qui signifie clairement l'inutilité de l'épouse aux yeux de cette religion...Cette pratique a fait l'objet de "faits divers" en 1987 et encore en 2002 à Bhopal en Inde...
Dans le Bouddhisme, le corps des hommes est sain et vigoureux là où celui des femmes n'est que : "la cité abjecte du corps, avec ses trous excrémant les éléments, qui est appelée par les stupides, un objet de désir". Ces propos ont été repris par le Dalaï Lama dans ses écrits. Désolé pour ceux et celles qui voyaient dans cette religion "exotique", une certaine ouverture d'esprit sur l'émancipation des femmes, il n'en est rien. A noter que l'on peut y comprendre que les hommes émettent des flatulences ou des étrons avec des confettis bleus ou roses au choix...

- Ce mépris porte également sur les facultés intellectuelles notamment dans le Nouveau testament et le Coran :
Dans le Nouveau Testament : "que les femmes se taisent pendant les assemblées comme le veut la loi. Si elles veulent une explication sur les décisions prises, qu'elles demandent à leurs maris chez elle car il n'est pas concevable à une femme de parler en assemblée".
Dans le Coran : "Dieu a donné des qualités à ceux là (comprenez les hommes), au dessus de celles-ci" (comprenez les femmes). Autre fait marquant, la règle qui veut, lorsqu’a lieu un litige, que l'avis d'un homme compte pour celui de deux femmes lors de la recherche de témoins.

2) Le deuxième point qui m'a interpellé, c'est qu'il est clairement dit, dans les textes, que les femmes sont les "possessions" des hommes dont ils disposent à leur guise, elles sont au mieux des servantes, rien d'autre ! Là encore, le Christianisme et le Coran se rejoignent.
Dans le Nouveau Testament : "Femmes, soyez entièrement dévouées pour vos maris comme il convient à des personnes unies au 
seigneur ".
Dans le Coran: "les femmes sont votre champs, cultivez le de la manière que vous l'entendez, ayant fait auparavant quelque acte de piété". La métaphore "agricole" n'est qu'une allégorie de l'objectification des femmes et du contrôle de leur fécondité (parallèle avec la fertilité des sols agricoles) pour asseoir la domination masculine.

3 ) Le troisième point que je souhaite aborder, c'est la sempiternelle démarche de culpabilisation des femmes dans le but d'asseoir, là encore, la domination masculine en déresponsabilisant les hommes. Ce fait permet de légitimer de nombreuses violences et des crimes à l'encontre des femmes.
Les trois religions monothéistes se distinguent nettement sur ce point.
Dans le Nouveau Testament, c'est le fameux péché originel qui va mettre la vie des femmes sous le joug d'une culpabilité permanente : "Ce n'est pas Adam qui se laissa séduire mais la femme qui, séduite (en croquant la pomme tendue par le serpent), a désobéi".
Dans le Coran : "Si vos femmes commettent l'action infâme (comprenez l'adultère), appelez quatre témoins. Si les témoignages se rejoignent, enfermez les dans les maisons en attendant que la mort les visite ou que Dieu leur trouve un moyen de salut ". On voit là clairement une justification des "crimes d'honneur" perpétré contre les femmes soupçonnées (à tort ou à raison) d'avoir pratiqué l'adultère avec une barbarie infâme (lapidations, pendaisons en public...) et toujours d'actualité au 21ème siècle !
Dans la Torah : ayant fauté par le péché originel (bien pratique 
celui là !), le seigneur dit ensuite à la femme: "je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants".
La seule planche de salut pour vous, Mesdames, consiste à tomber enceinte. Miraculeusement, vous serez absoutes de tous vos péchés comme il est énoncé dans la Bible: "Néanmoins, elle sera sauvée par la maternité".
A noter, les femmes sont mentionnées d'autant plus longtemps, notamment dans la Torah, qu'elles se montrent fertiles surtout en enfantant des mâles...

4) Le quatrième point que j'ai pu noter au cours de mes lectures : c'est la peur (et les représailles !) qu'inspire le comportement, forcément pervers, des femmes en dehors de leur capacité procréative (quoique !). Là encore, on notera que les textes permettent des interprétations légitimant de nombreuses violences faites aux femmes.
Dans le Nouveau Testament, la pudeur vestimentaire est de 
mise :"Votre parure ne sera pas extérieure : ondulations des cheveux, bijoux d'or, élégance des toilettes ; elle sera toute intérieure : une âme douce et paisible en son secret. Voila ce qui est précieux au regard de Dieu." Ainsi que des injonctions corporelles : "toute femme qui prie, sous l'inspiration de Dieu, sans voile, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée". Comme quoi, la religion chrétienne n'a rien à envier à l'Islam pour se "voiler" la face. 
Dans le Coran justement, la machisme musulman s'exprime davantage par la violence physique :"vous réprimanderez celles dont vous avez à craindre l'inobéissance ; vous les reléguerez dans les lits à part, vous les battrez; mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez plus querelle. Dieu est élevé et grand est son pardon". On voit là une légitimisation des violences conjugales très clairement.
Dans le Bouddhisme, cette misogynie à l'égard du comportement des femmes, en dehors de tout maternage, est plus qu'explicite : " Il faut se méfier des femmes, leur recommande-t-il (comprenez Bouddha). Pour une qui est sage, il en est plus de mille qui sont folles et méchantes. La femme est plus secrète que le chemin où, dans l'eau, passe le poisson. Elle est féroce comme le brigand et rusée comme lui. Il est rare qu'elle dise la vérité : pour elle, la vérité est pareille au mensonge, le mensonge pareil à la vérité. Souvent j'ai conseillé aux disciples d'éviter les femmes."
Dans la Torah, les femmes qui se permettent de sortir de leur rôle maternant s'exposent à des condamnations fermes et sans détours : la séduction étant vue comme "perfide et compagne du mensonge". D'ailleurs, la perversité féminine éclate aussi dans la seule fonction reproductrice que lui reconnaît la Genèse, preuve que la nocivité intrinsèque de la femme s'insinue même dans ce qui devrait la 
grandir :"Loth, neveu d'Abraham, a deux filles célibataires. Soucieuses de procréer, elles enivrent leur père et, par l'inceste, parviennent à leurs fins".

5) Le cinquième et dernier point que j'ai relevé, c'est tout simplement l'absence totale de réciprocité en ce qui concerne le comportement des hommes à l'égard des femmes dans tous les dogmes, comme c'est bizarre !!?? L'exemple le plus fort est sans doute la possibilité pour les hommes de pratiquer librement et sans représailles divine la polygamie dans certains dogmes (Judaïsme, Islam, Hindouisme,...) et l'adultère dans toutes les religions où il sera, au pire, "omis".
En effet, nulle part, il est mentionné un interdit net et sans détour, une contrainte sociale inévitable, une injonction corporelle obligatoire ou vestimentaire pour les hommes concernant leur rapport aux femmes. Certain-e-s me diront qu'il y en a pourtant ? Par exemple, les papillotes pour les juifs (mèches de cheveux qui tombent au niveau des tempes) ou la barbe pour les musulmans. Effectivement, de nombreux hommes s'en parent mais ce n'est en rien une obligation selon les interprétations en vigueur des textes (faites par... des hommes bizarrement) à l'heure actuelle et ne concernent nullement leur relations avec les femmes. Après tout, l'homme a été crée à l'image de Dieu... ou ne serait ce pas l'inverse...

Après avoir examiné les points communs, voyons les différences qui s'expriment, à l'endroit des femmes, dans les textes religieux.

En fait, ces différences n'existent que dans les degrés d'aliénation, de violence voire de barbarie, que les hommes peuvent perpétrer sur les femmes en totale et "divine" impunité. Aucun dogme n'est favorable aux femmes !

Dans le Nouveau Testament, la femme "idéale" n'est qu'une servante de l'homme, dévouée corps et âme à son mari, pudique, discrète, si possible au couvent, chaste et ne servant qu'à procréer en étant voilée et préalablement mariée bien entendu ! Bref, le paradis sur terre !

Dans le Coran, la femme "idéale" n'est qu'une spectatrice et domestique de l'homme. Elle peut être échangée ou rejetée à tout moment comme un simple objet de consommation courante... L'homme dispose de son corps comme il l'entend, y compris par la contrainte, au moyen des violences les plus infâmes, sans aucune condamnation divine à craindre, ni autre forme de procès. Le "voile islamique" (et ses déclinaisons telle que la Burka) est une injonction qui constitue, finalement, plus une protection des hommes contre leur propre barbarie ainsi qu'une assignation au silence pour la moitié féminine de la population le portant qu'autre chose... Ne pouvant se contrôler, les hommes passent pour des bêtes affamées de sexe et de pouvoir sur elles...
Belle virilité patriarcale, n'est il pas ?

Dans la Torah, la femme "idéale" n'existe pas. Elle est responsable de tous les péchés de part sa nature intrinsèquement perverse. Seule une maternité vécue dans la douleur, et encore, peut lui amener une planche de salut en enfantant surtout des mâles. Bonté divine, quand tu nous tiens !

Dans l'Hindouisme, la femme n'existe que pour la survie de l'espèce, bien menacée en Inde, faut il le rappeler avec une population dépassant 1,3 milliard d'habitant-e-s. Sa survie dépend entièrement de l'existence de son mari auquel elle doit apporter une assistance de tous les instants toute sa vie durant. Le décès de son conjoint signe ensuite son arrêt de mort, et par là même, son inutilité.
Quelle spiritualité !

Dans le Bouddhisme, la femme n'a rien d'idéale puisqu'elle est foncièrement impure (d'on ne sait où ni pourquoi ?), méchante, folle, malhonnête et féroce ! Rien que ça ! Elle est donc à éviter comme la peste. L'état de femme est à ce prix là pour Bouddha ! Quel exotisme pour nous autres occidentaux !

En conclusion, on peut observer que l'ensemble des dogmes religieux sont, tous, intrinsèquement misogynes, de manière coercitive, et légitimisent à des degrés divers des violences voire de la barbarie inqualifiables à l'encontre des femmes en déresponsabilisant complètement les hommes. L'état de maternité est le seul qui est valorisé, dans certaines conditions, pour elles. Ce fait n'est pas anodin et nous rappelle qu'un des principaux moteurs du patriarcat réside dans le fait de ne pas perdre le contrôle de la fécondité des femmes par les hommes. C'est donc la peur de perdre le contrôle de ce "pouvoir féminin" de porter un enfant, et par la même la descendance des hommes, qui motive avant tout l'interprétation des textes "sacrés" par les autorités religieuses presqu'exclusivement masculines en place encore à l'heure actuelle.

A noter que l'impact de ces dogmes, dans nos vies quotidiennes, est encore prégnant malgré la laïcité et la séparation de l'Eglise et de l'Etat, depuis plus d'un siècle, en France. Il se manifeste, comme un héritage, dans nos consciences collectives et individuelles. "

Paul, OLF63
Osez le féminisme 63
Illustration de Luz, dessin paru dans Charlie Hebdo.