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dimanche 18 décembre 2016

De l'amour, du mariage et du servage - Ti Grace Atkinson

Servage - Définition Wikipedia :
" Succédant à l'esclavage, le servage, dans l'analyse marxiste, représente l'une des trois formes d'exploitation du travail avec l'esclavage précisément et le salariat. Au niveau général, l'exploitation désigne le fait qu'une personne travaille gratuitement pour une autre. Ce travail gratuit peut prendre des formes simples, comme dans l'esclavage, ou complexes. Au niveau du servage, le serf se voit contraint de travailler gratuitement sur les terres du seigneur et de lui donner en nature une partie de sa récolte. Pour indiquer ce travail gratuit on dit qu'il est soumis à la taille et à la corvée seigneuriale : entretien du château, des douves ou des bois."

" L'Histoire n'a connu aucune vraie révolution. Les nombreux incidents qu'on a appelés "révolutions" n'étaient à proprement parler que des révoltes. Ces prétendues révolutions n'ont jamais rien touché à l'oppression des femmes ".  Ti Grace Atkinson - Odyssée d'une amazone -Manifeste féministe radical.

Cette semaine, je vous propose un texte tiré de Odyssée d'une amazone, proposant carrément de détruire le mariage, ce contrat de travail issu du servage, le serf étant une personne (contrairement à l'esclave qui est un bien meuble, comme les animaux actuellement) attachée à un fief, à une terre, liée par un contrat et devant des "corvées" à son suzerain, sans rétribution, sans pouvoir changer sa condition, sans pouvoir quitter sa terre. La seule contrepartie est la protection du suzerain et un lopin pour se nourrir ainsi que sa famille. Ce statut social rappelle furieusement la condition des femmes dans le mariage, condition souvent évoquée sur ce blog, voir mes articles Christine Delphy. 


" Certaines femmes du Mouvement prétendent que le phénomène de l'amour, en particulier celui de "l'amour romantique" , est relativement récent. Mais avant d'entrer dans la polémique, je dois signaler l'importance même du problème de l'amour. Le trait peut-être le plus pernicieux de la classe des femmes est probablement que, devant la terrible évidence de leur situation, elles affirment obstinément que malgré tout, elles "aiment" leur Oppresseur. Or, quelques féministes soutiennent que les femmes, jusqu'à une date plus ou moins récente, résistaient à leur oppression et que le passage de la haine à l'amour est un phénomène relativement moderne.
Cette condition mentale, si désespérément recherchée par les femmes, ne me semble pas particulièrement mystérieuse. Apparemment "l'amour" est une réponse traditionnelle à l'oppression accablante. De plus, il fait partie du processus d'identification avec "l'Homme". Aimer c'est s'abandonner. C'est probablement pour l'opprimée la seule façon d'échapper à son oppression. Elle "flippe".
La prostitution est le type même de fausse alternative au mariage. Cette sinistre leçon de choses permet à l'Oppresseur de maintenir la femme moyenne enfermée dans la prison du mariage, subordonnée à son Oppresseur.
Le viol est une activité terroriste.
Les rôles, distincts de la fonction, sont l'expression des caractères de classe des institutions.
Ce que le Mouvement appelle les activités pour les "droits civils", par exemple la lutte contre la discrimination dans l'emploi, sont à n'en pas douter des aspects secondaires de l'oppression des femmes dans la mesure où ils reflètent les rôles attribués aux femmes au sein des principales institutions sexuelles. Combattre la discrimination dans l'emploi et en faire le pivot de la lutte contre l'oppression des femmes est plus ou moins analogue au cas des noirs qui combattaient pour la même cause dans les années 1850, croyant attaquer le cœur de leur oppression. Tactique suicide !
La religion est, semble-t-il, le type d'instrument officiel destiné à faciliter l'adaptation de la conscience des femmes à l'oppression. Il ne faut pas oublier qu'une théorie de l'oppression des femmes doit envisager tous les cas, toutes les structures et toutes les institutions de cette oppression.

Je voudrais proposer brièvement un programme* destiné à enrayer l'oppression des femmes. Manifestement, les femmes -le plus grand nombre de femmes- doivent avant tout se couper des institutions sexuelles et s'organiser pour créer un contre-pouvoir opposé à celui des hommes. Aussi, je vous en prie, pour votre bien et celui du Mouvement, ne vous mariez pas. Une fois les institutions majeures minées ainsi, il faut lutter pour trouver les moyens de passer de l'oppression à la liberté.
Les féministes (The Feminists) ont avancé un programme de dédommagements élaboré sur le modèle des programmes de l'Administration des Anciens Combattants. Ceci pourrait être fait par un Ordre de l'Exécutif. Ce programme, comme celui de l'Administration des Anciens Combattants, comprendrait trois catégories de bénéficiaires : femmes célibataires, femmes mariées et femmes ayant des personnes à charge. Ce serait un engagement national à une telle échelle que les dépenses se rapprocheraient vraisemblablement de celles que nous consacrons à la "défense" militaire. Il serait naïf de croire que n'importe quel gouvernement, et à plus forte raison le nôtre, est prêt à admettre la nécessité d'un tel engagement sans une énorme pression.
Quant à la tactique, je crois que la méthode la plus efficace consiste à isoler l'objectif et à l'attaquer sous tous les angles, jusqu'à la chute définitive. Prenons le cas du mariage. Il faudra développer une campagne d'éducation massive. Et ensuite faire un procès au mariage en s'inspirant du Treizième Amendement de la Constitution des États-Unis qui déclare l'illégalité de l'esclavage et du servage involontaires.
Notre gouvernement, comme tous ceux que je connais, peut prétendre que le mariage est une forme de servitude volontaire. Mais les femmes n'étant pas informées des termes du contrat et cette ignorance étant à l'origine de l'annulation de toute autre forme de contrat de travail, force est de déclarer nul le contrat de mariage.
Même les Nations Unies, peu favorables aux points de vue "radicaux" affirment que le servage ne va pas de soi dans la condition humaine. Ainsi, à moins de proclamer que les femmes ne sont pas humaines - idée qui n'est pas neuve- la servitude volontaire est une contradiction dans les termes. "
Ti Grace Atkinson
Odyssée d'une amazone
4 mars 1970 : Kingston, Rhode Island.

*De toutes mes lectures féministes, la théoricienne mais pragmatique Ti Grace Atkinson est la seule à ma connaissance à proposer un programme de lutte contre le patriarcat, toutes les autres sont dans l'analyse et la dissection du patriarcat et de ses conséquences. Ti Grace Atkinson est une féministe radicale qui dès le début affirme que l'oppression des femmes est liée à un affrontement de classe.

samedi 3 septembre 2016

Amazones : la résistance au patriarcat


Amazone se préparant pour la bataille - 1860 - Par Pierre-Eugène-Emile Hebert.

Après le billet précédent sur la contrainte des femmes à la reproduction par le patriarcat, contrainte qui a fait que notre espèce soit florissante en nombre au delà de toute espérance (en espérant que cela ne nous condamne pas à la destruction, le patriarcat préférant toujours à la qualité frugale, la production en quantité industrielle, cela lui fait de la réserve pour ses guerres), cette semaine, je vous propose un texte de Ty Grace Atkinson, féministe radicale, sur le mythe des Amazones, mythe qui doit bien traduire une réalité : les femmes auraient résisté avant d'être défaites et laminées par un système destructeur, parasite, vampire, et pour tout dire, inhumain. Le texte ci-dessous termine une conférence de mars 1970 donnée à l'Université de Rhode Island.

" J'en suis venue à connaître plus ou moins en détail la légende des Amazones lors de mes efforts pour trouver un précédent aux théories de Valerie Solanas. C'était à l'époque de son arrestation. L'argument le plus solide pour prouver la folie de Mademoiselle Solanas était que les femmes ne peuvent pas se séparer des hommes. Je me suis alors souvenue qu'un groupe de femmes avait déjà dans le passé formulé une sorte de nationalisme féminin. 
J'ai cherché à remonter le cours de cette histoire. Nombreuses étaient les variantes, nombreuses les localisations géographiques de ces groupes féminins, mais toutes avaient des éléments communs. 
Une des légendes les plus persistantes de toute la mythologie grecque est celle des Amazones. Un groupe de femmes vivait sans hommes en Phrygie. Ces femmes vivaient de l'agriculture et ne sortaient de leur pacifisme que pour défendre leur terre. Elles pratiquaient le culte de la déesse Athéna, déesse de la connaissance, de l'industrie et de la guerre. On disait qu'Athéna elle aussi avait été jadis une Amazone.
A la même époque, Thésée cherchait à réaliser l'unification nationale des cités de la Grèce continentale. Il avait déjà conquis tous les autres état, les ajoutant ainsi à son butin. Thésée et son peuple vénéraient le dieu Dionysos, dieu du vin et de l'intempérance.
Les Amazones étaient le dernier bastion opposé à la nation grecque. Thésée et ses guerriers envahirent la Phrygie et enlevèrent la reine Antiope. Les historiens racontent que pour soumettre et asservir Antiope, Thésée l'épousa de force. Tous les historiens concordent sur le fait que les Amazones considéraient le mariage, et non l'acte sexuel, comme la plus grande violation. 
Les Amazones firent leurs préparatifs de guerre contre les Grecs. Jusqu'alors, toutes leurs guerres avaient été défensives et faites sur leur territoire ; elles connaissaient mal l'art de la navigation, et arrivèrent en Grèce continentale affaiblies par le voyage. 
Les Amazones assiégèrent Athènes pendant des mois. Antiope, corrompue par l'esclavage, lutta aux côtés de son mari et de son fils. Accidentellement, une flèche tirée par les Amazones tua Antiope aux côtés de son époux. 
Les Amazones battirent en retraite. Mais les Grecs commémorèrent cette bataille dans la poésie, la sculpture, l'architecture, en somme dans toute leur culture. Certains historiens certifient la réalité historique des Amazones. Je ne peux me prononcer à ce sujet, mais il me semble raisonnable de penser que la légende traduit une résistance historique des femmes à l'oppression des hommes. Cette légende pourrait aussi trahir une sorte d'ambivalence ou culpabilité des hommes envers l'oppression qu'ils exercent sur les femmes. 
En tous cas, cette légende hante toutes les mémoires, et l'on peut dire qu'elle contient plus d'une leçon. " Ty Grace Atkinson

* Valerie Solanas rédigea The S.C.U.M. Manifesto, la déclaration féministe la plus importante qu'on ait écrite jusqu'à présent en langue anglaise. Solanas blessa avec une arme à feu l'artiste pop Andy Warhol et fut arrêtée au mois de juin 1968 pour cela. 

Dans Odyssée d'une amazone - Des femmes édition - Recueil des textes et discours féministes radicaux prononcés par Ty Grace Atkinson entre 1967 et 1972.

Les hommes ont tenté de récupérer en le corrompant le mythe des Amazones dans différents essais pour se l'approprier et le détruire : notamment avec les "amazones du Dahomey", ces femmes guerrières qui donnèrent du fil à retordre à Lyautey, colonisateur de l'Afrique pour le compte de la France (c'étaient plus des groupes armés féminins palliatifs du manque de recrues hommes, ce qui ne diminue pas leur courage évidemment), et le commando d' "amazones" de feu Mouammar Khadafi, ci-devant dictateur lybien, et agresseur sexuel notoire qui a mal fini. Ces deux cas n'ont rien a voir avec une quelconque résistance des femmes au pouvoir masculin.

jeudi 7 janvier 2016

Organisations criminelles

En ces tristes jours de commémorations d'attentats terroristes islamo-fascistes aux motivations géo-politico-religieuses, je vous propose des extraits d'un discours de Ty Grace Atkinson, féministe radicale, prononcé à l'Université Catholique de Washington DC, en 1971 : il semble que nous expérimentons aujourd'hui un backlash, un retour du religieux tout à fait alarmant, notamment en matière de liberté d'expression et de droits des femmes. Evidemment, l'Eglise présentée ici comme "la plus vaste organisation criminelle que le monde ait jamais connue" rappelle quelques-unes des organisations religieuses qui sévissent actuellement ; et même si les obédiences ne sont pas les mêmes, les obscurantismes profitent les uns aux autres, le succès et l'ascension de l'un peut donner des idées aux autres. Ils ont tous les mêmes intérêts, dominer les masses, contrôler les femmes, toutes deux forcément infantiles. Le retour du religieux, la connexion entre le pouvoir temporel des états et le pouvoir spirituel et religieux présente un grand danger, c'est, il me semble ce que rappelle ce texte. On peut d'ailleurs remplacer "Eglise" par pouvoir religieux, ou tout autre nom de secte qui a réussi ou est en train de réussir, le texte fonctionne aussi bien.


" L'Eglise catholique est la plus grande entreprise des Etats-Unis. Elle a des succursales dans presque tous les quartiers. Ses biens mobiliers et immobiliers sont plus importants que ceux de la Standard Oil, de l'AT&T, et de US Steel réunies. Et la liste de ses membres imposables n'est inférieure qu'à celle du Gouvernement des Etats-Unis.
La "collaboration" entre l'Eglise et les gouvernements (la force de l'Eglise s'accroît en proportion directe du caractère plus ou moins fasciste des gouvernements) a été reconnue mutuellement profitable, mais elle n'a pas fait l'objet d'une analyse détaillée. Dans les régimes les plus oppressifs, l'Eglise prospère-t-elle parce qu'elle vient au secours des pauvres ? Ou bien prospère-t-elle dans des pays comme l'Espagne, sous le régime de Batista, et dans les pays sud-américains en général, parce qu'elle profite des pauvres et les exploite, en accroissant ainsi sa capacité de déterminer la politique -extérieure ou intérieure- d'un pays donné ? Le pouvoir politique de l'Eglise dépend de sa force économique, donc de la pression qu'elle exerce. Le principe et les pratiques qui en découlent -à savoir la main-mise d'une minorité sur les biens et les richesses- facilitent considérablement l'interdépendance des dictatures et de l'Eglise. L'Eglise est une sorte de vautour pour les pauvres. L'Eglise dévore la chair des pauvres, qui ne s'y opposent pas, en échange de la promesse de vengeance dans une vie ultra-terrestre. [...]


L'Eglise ne survit que par l'oppression, elle ne peut survivre sans cette condition politique. Tous les groupes, à l'exception des femmes, peuvent alternativement entrer ou sortir des classes opprimées, tant qu'ils ne défient pas l'oppression elle-même. Mais c'est sur la classe des femmes que l'Eglise a besoin de garder un contrôle absolu.
Le contrôle exercé sur les femmes est essentiel pour diriger et manipuler la population. a) le contrôle de la population est nécessaire en cas de guerre importante. b) le contrôle de la population est nécessaire pour connaître le nombre de fidèles, surtout quand le taux de conversion diminue. c) le taux de population, ou surpopulation doit être maintenu et manipulé afin de garantir le chômage, qui maintient une rigide hiérarchie des classes économiques et permet de contrôler les salaires en utilisant la peur suscitée par le chômage.
Il est évident que la planification des naissances ou l'avortement, laissés à la discrétion de l'individu, menaceraient l'un des plus puissants leviers de l'Eglise. " [...]

Nous devons rester vigilantes : les droits des femmes et les droits des peuples sont fragiles, ils subissent des attaques incessantes, dès que nous croyons avoir gagné, ces organisations délétères et leurs agents en profitent pour faire des retours mortifères et liberticides.

En contribution aux victimes des attentats du 7 janvier 2015, ci-dessous la couverture de Charlie Hebdo n° 1224, spécial "1 an après", paru ce mercredi 6 janvier et disponible quelques temps en kiosques.


Le texte de Ti-Grace Atkinson est tiré de Odyssée d'une amazone aux Editions des femmes.
Un article sur Mère Thérésa, fausse sainte, vraie fanatique, béatifiée par le Vatican.
Les sanguinaires de Daesh et les femmes.