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jeudi 9 juillet 2026

Les femmes supportent, les femmes endurent.

 " De toutes façons, tu ne supportes rien, ni personne ! " 

Si j'avais touché 10 euros à chaque fois que j'ai entendu cette remarque, je serais à la tête d'un petit pactole. Je confirme : je ne supporte pas le quart du dixième de ce que les femmes supportent des hommes. Et même, je m'en félicite ! Les femmes ça subit, supporte et endure. C'est le prix à payer pour notre indignité, ce culot d'être des femmes dans un monde régi par les hommes. Remarquez qu'on n'a rien demandé, surtout pas à venir au monde, mais bien qu'ils aient tous les orifices pour se satisfaire entre eux, malheur de malheur, ils doivent (encore) passer par les femmes pour se fabriquer des mâles (le must) à leur image. Et cela, c'est im-par-don-na-ble. Donc, les femmes sont nées pour payer on ne sait quoi, endurer et supporter leurs injonctions, y compris paradoxales, et la violence des hommes, des fils qu'elles produisent elles-mêmes. 

Les femmes endurent la violence masculine, le harcèlement de rues et dans les transports, et les insultes dans l'espace public qu'ils suroccupent de droit divin (si j'en crois les employées sans colonne vertébrale de mon propriétaire), des agressions plus graves, et finalement des viols et des meurtres. Le féminicide, quand elles ont l'aplomb de vouloir quitter le Prince Charmant, car tout à une fin, même l'amour passion masochiste, Prince devenu maltraitant ou cogneur, ou juste éteignoir. L'herbe est peut-être plus verte ailleurs, qui sait ? Après avoir enduré les humiliations, les coups, elles peuvent recevoir la mort par l'amoureux, le mari, le 'compagnon' (mal) choisi, ou qui les a grugées en portant beau pour les piéger. Le Maître et Possesseur ne l'entend pas forcément de cette oreille, leur 'propriétaire' ne veut pas que son bien lui échappe. Mais malgré tout, l'injonction de s'en trouver un reste forte.  

Les femmes endurent les agressions numériques. Dès qu'une nouvelle technologie est disponible, ils s'en emparent et la vitriolent, détournant ses usages. Cartes postales, imprimerie, cinéma, vidéos, Internet, smartphone, e-phone à appareil photo intégré, tous ces 'progrès techniques' ont été détournés pour des usages pornographiques en leur temps. Maintenant, c'est au tour de l'IA qui leur permet de détourner de simples photos de classe de fillettes pour un usage pédopornographique, tout en plumant le biotope, les usages de l'énergie et de l'eau. Toutes ces 'avancées techniques' leur ont permis de trivialiser les filles et les femmes à chaque fois. 

Les femmes endurent les multi codes exigés par les banques, les impôts et administrations diverses, pour contrer une délinquance numérique inarrêtable. Chaque pare-feu, anti-virus, surcode trouvant immédiatement son contournement, sa parade, au point que payer une facture sur Internet est devenu un pensum. Et tout cela nous a été imposé sans concertation, pire sous la menace de passer pour ringarde, vieille, 'computer illiterate', les insultes  suprêmes. Pour au bout du compte nous faire arnaquer de nos données numériques, adresse postale, numéro de Sécurité Sociale, dossier médical et données bancaires par un service public à la sécurité aléatoire à trous ! Allo, l'administration fiscale qui a laissé fuiter mes données postales et bancaires ? Il est à remarquer que les nuisibles sont toujours des garçons, de plus en plus jeunes. Notez aussi comme la progression inexorable des caméras de surveillance de masse, présentée comme la panacée à la délinquance -sans préciser jamais qui sont les délinquants- est majoritairement destinée à contrer leurs méfaits, incivilités et crimes. Mais, ils se font plus souvent coincer par les mouchards de poche que sont leurs smartphones, le temps qu'ils comprennent qu'aller enterrer sa femme incognito dans les bois avec un smartphone est une mauvaise idée !

Les femmes endurent la Coupe du Monde de la FIFA (organisme au dirigeant corrompu jusqu'à la moelle, ce qui se dit peu), notamment quand M6, "chaîne de la ménagère", de l'acheteuse du foyer pourvoyeuse de soins et services pour pas un rond, leur inflige tous les soirs, pendant cinq semaines, tous les matchs en première partie de soirée. Encore heureuse quand elle n'a pas dû payer un écran home cinema à ses mari et garçons pour avoir la paix ! Mais M6 est bonne fille : il reste à Madame les après-midis, Un jour, un doc, bons plans, bonnes affaires, ces temples de la Marchandise et des bons de réduction, et les émissions de coaching pour savoir nettoyer, tenir son intérieur, et ne pas s'habiller avec un sac à patates pour 'rester désirable" par Jules ! 

Les femmes endurent les guerres déclarées et menées par les hommes, les bombardements de leurs maisons, de leurs hôpitaux et des écoles de leurs enfants, les viols de guerre, et la terreur virile. Elles accouchent même dans les gravats. "Rendez-vous compte, notre maison a été bombardée il y a un an et demi et ma femme va accoucher dans une semaine", ai-je entendu dire un Gazaoui à un journaliste de France Télévisions un soir. Là, j'avoue avoir un peu lévité à un mètre au-dessus du sol : Madame n'était même pas en vue, le mari lui, assumait d'avoir mis enceinte sa femme après un an et demi de guerre ! Pas de pause dans la natalité forcée, pas de trêve, jamais. Aucun autre animal ne fait cela : quand les circonstances ne sont pas favorables, ils ne se reproduisent pas. 

Les femmes endurent le mariage toujours obligatoire dans pas mal de sociétés. En Inde, par exemple, où elles doivent payer une dot (apporter un capital à la belle-famille) pour ensuite, double peine, servir de larbine à vie au mari et à toute la famille, belle-mère incluse. Si elles ont le malheur de déplaire à cette dernière, fanatique de son sultan de fils, créature-chimère généralement à corps de femme mais au cerveau phagocyté par la puissance occupante, elles sont brûlées vives dans 'leur' cuisine. Le mari s'en voit proposer une autre (les épouses sont interchangeables, le stock est inépuisable) contre une deuxième dot. Ce cas est cité par Arundhati Roy dans son dernier ouvrage. Les femmes, possiblement pires ennemies des femmes et de leur classe sociale !

Les femmes endurent le manque de solidarité des autres femmes, sœurs d'oppression, mais sans conscience de classe, voire même ennemies, tant elles adhèrent aux thèses de l'oppresseur et élèvent des garçons ayant-droit, tant leur propre sexe a été dévalorisé, abîmé, trivialisé par les hommes et les femmes de leur entourage social et familial. Elles peuvent même se retourner contre leurs intérêts et ceux de leurs filles, permettant ainsi aux hommes de garder les mains blanches, les femmes se chargeant des basses besognes, ces 'affaires de femmes' selon eux que sont les mariages forcés arrangés, le calcul des dots et l'excision. En conséquence, elles persuadent de leur indignité, de leur incapacité à elles, les garçons qu'elles élèvent en maîtres arrogants, inadaptés, qui seront ensuite une charge pour une autre ou d'autres femmes qui subiront leur mépris et les exactions, perpétuant ainsi le malheur d'être née femme. 

Je veux bien être sorore, mais à condition que la solidarité joue dans les deux sens. On a le droit de choisir l'esclavage, mais après on ne vient pas se plaindre de sa condition, et attendre des autres qui sont également en situation de survie en système hostile, de la compréhension et de la compassion. L'époque est plombée par un backlash sans précédent dont on ne voit pas la fin, un victimaire pleurard, après avoir fait tous les mauvais choix ; répétons-le : choisir, c'est discriminer, dire oui à quelque chose, un statut, un métier, un style de vie, en disant non à autre chose. Le slogan des magazines féminins 'je veux tout, tout tout, un beau mari, une belle carrière, de beaux enfants' est une fable, rien n'y est réaliste, rien n'y tient debout. Je sais, c'est dur à lire dans une époque de jouisseurs sans entraves (au détriment du biotope), mais la réalité est brutale et têtue. 

Quand c'est intenable, on prend la tangente, on pose sa démission sans préavis et sans ultimatum. On déserte. Il n'y a aucun mal à déserter dans une situation inextricable, dans une société de pervers manipulateurs imposant leur norme, au contraire, c'est avoir le sens de sa propre sauvegarde. C'est ce que je préconise et me suis appliqué : pas de collaboration, pas de services, pas de fourniture de troupes à l'ennemi, pas d'appels à la Cavalerie, pas de sébile tendue, pas d'appel à la 'solidarité' masculine, parce que sans eux on n'y arrivera jamais comme j'ai encore entendu récemment !* On se libère seule, ou avec l'aide de sa classe sociale. Même les papillons savent cela. Imaginez-vous un ouvrier en grève demandant l'aide de son patron pour terminer un conflit social dur ?

La guerre s'arrêtera quand ils seront seuls à la faire contre un camp qui aura déserté. Je ne dois rien à l'humanité, rien au camp d'en face, on ne m'a pas demandé mon avis avant de me mettre au monde. Je suis née par hasard dans un monde indifférent. Dont acte. Je suis libre et indépendante, sans comptes à rendre, ce qui n'est pas de l'égoïsme, juste l'affirmation d'un quant-à-soi, d'un 'être à soi', qui manque tant aux femmes ficelées dans des conflits de loyauté qui n'ont pas lieu d'être, puisqu'eux n'en éprouvent jamais. 

Je tiens ici à exprimer ma solidarité avec mes bibliothécaires de Maurepas Gros-Chêne qui vivent sous la menace de potentielles guerres de gangs à la kalachnikov, dans leur cul-de-sac de la Marbaudais, et qui doivent aussi tolérer sur les marches d'accès à leur bibliothèque les cinq ou six choufs qui surveillent l'endroit, et empêchent les abonnées de passer. Expérience personnelle. Même solidarité avec les vieilles dames des tours de Villejean Kennedy qui ont encaissé plusieurs fusillades en bas de chez elles, et qui s'entendent conseiller par la police qu'il vaut mieux qu'elles restent chez elles les dimanches après-midis ! (Source Ouest-France). Et enfin, courage aux enfants de maternelle et collège de Cleunay, face au Grand Bleu, qui subissent le même pensum, et à qui l'adjointe à la sécurité de la mairie a offert généreusement des voiles occultants sur leurs  grilles ! La solidarité envers les femmes est très tempérée, à Rennes, par une grande mansuétude envers les méfaits masculins. 

En conclusion, deux citations libératrices :

" Le féminisme est la reconnaissance que chaque être humain vit une vie séparée, dans un corps séparé, et meurt seul, c'est la plus simple idée révolutionnaire jamais conçue, et la plus méprisée. Le féminisme est la position radicale contre tous les double standards en droits et responsabilités, le féminisme est le soutien révolutionnaire sans faille à un seul standard de liberté humaine. " Andrea Dworkin

Et pour les femmes toujours détournées de leurs intérêts propres vers ceux des autres, toujours négligeant les leurs, femmes 'êtres aux autres', cette phrase de Montaigne dans les Essais : 

" La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi." 

* Andrea Bescond, féministe très réformiste et très libérale dans le ton de l'époque, est l'autrice de cette phrase que j'ai entendue sur une télé à propos de l'affaire Lyhanna : "j'espère que les hommes vont nous rejoindre, malgré la Coupe du Monde." SIC. Zut, c'est la Coupe du monde de la FIFA, l'excuse est même fournie dans le paquet ! 

mercredi 4 mars 2026

Protégez les filles ET éduquez les garçons

 Un abonné de mes skeets (Bluesky), sans doute agacé par mes posts sur les différents types de délinquance perpétrés par les hommes, de l'escroquerie numérique (l'avènement du numérique leur a surtout permis un saut technologique en matière de nuisance), en passant par le harcèlement, pour en finir par le viol et le meurtre, m'envoie cette photographie de panneau tenu par une militante, sans doute prise lors d'une manifestation contre les violences masculines faites aux filles et aux femmes. En me posant la question "Prévention ou répression ?" 


Cette photo, très réformiste libérale, autant que la remarque de mon abonné me heurtent. Le barrement de "Protège ta fille" m'horrifie. Je ne vois pas pourquoi les deux s'excluraient mutuellement, pourquoi l'un serait opposable à l'autre ? On ne pourrait pas faire les deux en même temps : éduquer les garçons et mettre en garde les filles, leur apprendre à se défendre ? Etrange et mortifère. Sauf à vouloir conserver le statu quo. Des femmes proies et des garçons razzieurs violents, à entretenir des associations débordées par des cas de femmes agressées à mettre à l'abri en encaissant les subventions de l'état patriarcal, en déplorant le 'manque de moyens', et le délaissement de la cause par la police et la justice. Le victimaire en somme, tellement prisé par notre société. 

N'étant pas totalement inconsciente, je sais bien que ce slogan veut surtout signifier que ce n'est pas aux femmes et filles que doit incomber la responsabilité totale de leur sauvegarde et que si elles n'y arrivent pas, ce serait entièrement de leur faute. Ce n'est pas la faute des femmes. Il ne s'agit pas d'exonérer les hommes de leurs mauvaises actions et de leurs crimes. Et la République doit y mettre son grain de sel, il s'agit de troubles graves à l'ordre public. Mais une fois qu'on a dit cela, on fait quoi ? On laisse faire ? Eduquer les garçons : cela fait un siècle qu'elles y sont ! Pour quel résultat ? C'est à se demander s'ils sont même éducables. D'autant qu'on expérimente en ce moment un backlash (ressac) masculiniste sans précédent. Au minimum, leur surmoi part très facilement au lavage. L'occasion fait toujours le larron, s'ils sont sûrs de ne pas être pris, ils n'hésitent pas trop longtemps, aussi 'éduqués' soient-ils. 

Ce slogan barré est contre-productif, voire carrément patriarcal, tellement l'idée de femmes assurant elles-mêmes leur propre sauvegarde est tabou. Les femmes doivent impérativement confier leur sécurité à l'ennemi intime, sinon elles sont vite accusées d'être "séparatistes". Tentez une pétition demandant des voitures réservées aux femmes à la RATP, et entendez, lisez les cris d'indignation sur un supposé 'apartheid', notion qui fait un retour en force à propos de tout, même chez les plus progressistes qui agitent le chiffon rouge, oubliant vite que si 'apartheid' il y a, ce sont surtout les hommes qui le pratiquent en s'arrangeant pour exclure les femmes des espaces qu'ils considèrent comme les leurs (partis politiques, espaces publics remplis de leurs cris, nuisances et déchets, transports...). Et boucle rétroactive négative : les femmes sont condamnées au victimaire. Alors ? 

Que faire ? écrivait Lénine.

Quand, la dernière fois, avez-vous demandé à une fillette de maternelle ou à la vôtre, si elle a 'un petit copain' ? C'est indiscutablement un dressage hétérosexuel patriarcal. Combien de fois l'avez-vous forcée à embrasser un homme (ou une femme), fût-il de la famille, alors qu'elle refusait ? Et combien de fois aussi avez-vous refusé de l'entendre quand elle se plaignait du comportement de garçons à son endroit, tant dans le milieu familial qu'à l'école ? Hérite-t-elle de tours de vaisselle supplémentaires ? L'obligez-vous à aider ses frères, même petits, tellement empotés -ou de mauvaise foi- dans leur entretien quotidien, que vous ne savez plus que faire ? A-t-elle le droit à sa chambre à elle, à l'abri des intrusions des hommes de la famille, et même des vôtres ? A-t-elle le droit au même temps de parole que ses frères ou cousins, si elle en a ? Peut-elle exposer son opinion, et est-elle considérée de même valeur que celle des garçons de son entourage ? Ou, au contraire, subit-elle en silence le diktat des garçons, sans discussion, leur parole à eux valorisée, la sienne dévalorisée, méprisée ? Lui permettez-vous de se défendre par simple justice, si elle est injustement agressée, ou au contraire lui enjoignez-vous de subir, les filles n'ayant pas le droit de se battre ? 

Vos garçons sont-ils responsabilisés au même titre que les filles de la famille et de l'entourage, et au même âge ? Participent-ils de manière égale à leur entretien -dans la mesure de leurs moyens et de leur âge- et à celui de leur lieu de vie ? Ont-ils le droit de parler haut et fort, de couper la parole aux femmes de la famille, et de leur imposer leurs vues et opinions sur la façon de se tenir en privé et en public ? Ont-ils des droits séparés, une reconnaissance, des attentions particulières, parce que garçons ? Existe-t-il un double standard entre frères et sœurs, cousins, cousines, sur les tâches à accomplir, les devoirs et comportements de chacun et chacune ? Ou tyrannisent-ils dès le plus jeune âge tout leur entourage, avec les excuses habituelles 'c'est un garçon, il doit s'affirmer' ? 

Ce ne sont que quelques pistes. Mais ce n'est pas en laissant les filles subir et ne pas défendre leurs prérogatives qui valent bien celles des garçons qu'elles y arriveront. Et Mesdames les filles, si vous passez par ici, puisque vous êtes mineures ce sont vos parents qui décident ce qui est bon pour vous, au moins jusqu'à vos 18 ans, mais vous avez le droit, en attendant, de vous forger une conscience politique, de vous insurger contre l'injustice, de faire du lobbying auprès de votre entourage, de noter tout ce que vous ne ferez plus quand vous aurez acquis votre autonomie. Il n'est jamais trop tôt pour commencer à décider par et pour soi-même, pour décider ce qui est bon pour vous, et qui peut être contraire à ce que la société du prêt-à-penser décide à votre place. Si on n'est pas contestataire et révolutionnaire à 16, 17 et 18 ans, avec toutes les outrances et exagérations du jeune âge, c'est fichu. Le grégarisme de la norme aura vaincu. Il ne vous restera qu'à vous ranger, en observant les diktats puissants dont on vous a nourries, à vous en trouver un par la porte ou par la fenêtre, et par dessus tout, à le garder ! Sinon, selon les normopathes, vous aurez 'raté votre vie' ! Il n'y a pas de vie ratée, il y a juste des gens qui font ce qu'ils peuvent, selon des circonstances qu'ils ne maîtrisent généralement pas, tout en gardant le respect d'eux-mêmes et en refusant l'injustice. Qui refusent d'être foulé-es aux pieds au nom de la norme sociale, et du sexe. 

Soyez vous-même. Ne laissez pas les salauds vous faire peur. *

*Je voulais mettre cette dernière phrase en anglais, sa langue originale, puisqu'elle a été dite par Dan Rather à Christine Ockrent (citée par elle) quand elle était jeune journaliste au Etats-Unis sous sa supervision. Mais le totalitaire Google / Blogger a décidé de traduire systématiquement en français tout ce que j'écris en anglais, que son logiciel est bourré de 'par défaut' indécochables tellement son 'aide en ligne' est truffée d'expressions en serbo-croate. Je mets cela sur le compte de la malfaisance totalitaire masculine, évidemment. 

lundi 30 juin 2025

Outils, armes. Qui les utilise ?

Cette semaine, je vais revenir sur un sujet anthropologique qui me tient à cœur, les outils et les armes, et sur qui a le monopole de leur utilisation.  

Il est plausible que le premier outil ait été une arme, une pierre taillée pour blesser et tuer de petits animaux, les dépecer et les manger. Le bâton à fouir (un morceau de bois, branche d'arbre) qui permet de fouiller la terre à la recherche de larves, de tubercules et de racines, est aussi un outil, moins offensif (de femmes surtout), destiné à la quête de nourriture. La pierre tranchante comporte pas mal de risques : il faut s'approcher de l'animal au risque de prendre un coup de griffes ou de dents. Pour pallier l'inconvénient, l'ingéniosité humaine a donc inventé le propulseur, grand bond technologique permettant de tuer la proie à distance. Le propulseur est un long morceau de bois ficelé à l'aide d'une liane sur une pierre taillée, qu'on projette à distance en acquérant de la dextérité. Il est à la fois arme et outil, car il permet des gains de productivité sous forme de meilleurs rendements de chasse.

Des féministes réformistes actuelles tentent de démontrer que les femmes chassaient aussi à la Préhistoire, ce que je ne conteste pas, puisqu'on trouve des tombes de chasseuses ; il y a toutefois une contrainte biologique qui autorise à penser que chasser en étant enceinte n'est pas l'idéal du confort. Et surtout, on n'en constate aucune survivance dans nos sociétés contemporaines où les femmes ne sont que 2 % à chasser (chiffres Fédération Nationale de Chasse), ni chez les tribus premières observées par les ethnologues, autant femmes qu'hommes -on sait que les hommes ont tendance à ne voir qu'eux-mêmes en observant les autres ! Les tâches furent donc séparées : aux femmes le bâton à fouir, outil manuel simple et bénin. Aux hommes, le javelot propulseur, outil-arme permettant de meilleurs gains de productivité : les proies rapportées étant plus grosses. Apparaîtront ensuite avec le progrès technique et l'agriculture, la houe, simple outil de métal courbe avec une poignée, puis la charrue. Le mauvais pli étant pris, la houe restera un outil de femme, la charrue, elle, sera masculine. Elle augmente d'ailleurs significativement les gains de productivité par rapport à la houe, car elle peut être attelée et motorisée. 

Il est possible de penser qu'on va assister à la fixation et à la rigidification d'un usage : les armes-outils vont être monopolisées par les hommes. Les sociétés humaines en expansion vont devoir adopter des modes de fédération et de gouvernement, (de la horde primitive, aux tribus, clans, puis aux chefferies, villes-états, et enfin aux états, en allant très vite), hiérarchisées, parce qu'autrement, c'est l'anarchie. Les femmes ont dû résister à leur dépouillement du pouvoir et à leur mise en seconde place. Il a fallu les mater, avec l'aide du monopole masculin des armes. Ce processus s'est consolidé au Néolithique, au moment de la domestication des animaux pour l'élevage, animaux qui ont résisté aussi, comme les femmes. Quand on garde l'usage des armes-outils, c'est plus facile de domestiquer celles et ceux que vous comptez exploiter pour assurer le succès de l'espèce. Il suffit d'édicter des tabous et de punir les transgressions. Les hommes vont acquérir dans ce processus le monopole de l'utilisation des armes-outils, puisque, rappelons-le, c'est initialement la même chose.  


Le genre des outils.

Mais, me direz-vous, que sont alors le lave-linge, le lave-vaisselle, l'aspirateur, le réfrigérateur, le fer à repasser, la machine à coudre, le PC de bureau et le smartphone, cette Machine ultime (pour l'instant), poison technologique ayant colonisé nos vies ? Et tous plébiscités par les femmes ?

Les machines électro-ménagères, lave-linge, lave-vaisselle... ne permettent-elles pas aussi les gains de productivité qui caractérisent l'outil ? Oui, bien sûr, mais c'est plus retors que cela. De fait, les femmes ont gagné du temps sur le ménage, la lessive, la cuisine et tous les travaux domestiques, mais elles font toujours 70 % des corvées ménagères ! Ces machines leur ont permis en outre d'aller gagner leur vie à l'extérieur, surtout dans les basses zones de l'économie où une douzaine de métiers (sur une centaine, le gros reste allant aux hommes) leur sont réservés et qu'elles suroccupent. Les métiers du soin généralement, que je ne méprise pas, mais qui sont mal payés, peu valorisés, et où les hommes ne vont pas. La notion de salaire d'appoint à la vie dure.

Caractéristique de la machine électro-ménagère : elle est équipée d'une sonnerie. Elle sonne son usagère. Mon four électrique me sonne quand il a terminé le travail que je lui ai programmé, du coup, je l'ai affublé du prénom de Jean-Raoul. Je crois savoir que les machines à laver le linge (je n'en ai pas) sonnent également la ménagère à la fin du cycle, histoire de lui rappeler qu'il faudrait la vider et sécher.

And last but not least, la nouvelle sonnette de domestique, le smartphone. Il est vraiment la machine ultime, le piège infernal de son utilisatrice. Elles se sont fait avoir sans s'en rendre compte. D'abord leurs enfants et petits-enfants le leur ont offert, 'tiens, Mamie, cadeau'. Certainement qu'il y avait arrière-pensée. Avec cela, on pourra la requérir pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école, ou lui demander de les garder quand on aura besoin. Il rend corvéable et sonnable à merci. Au nom du progrès technique, ce poison de nos sociétés qui risquent d'en crever. Mais what the fuck ? Tant qu'on a la sensation grisante de la 'liberté sans fil', de la connexion à la vitesse de la fibre et de la 5G, de pouvoir joindre tout le monde, et d'être jointe H24 comme disent les accros. L'enfer. La disponibilité sans fin, c'est le goulag. Si. Lisez Soljenitsyne. Donc, certains malins, les hommes et leurs entreprises très souvent, se sont mis à organiser leur injoignabilité : répondeurs, standards à choix multiples qui n'aboutissent nulle part, reconnaissance vocale absconse, envois de mails ne-pas-répondre, tout est bon pour faire écran, mais à l'envers. Tout poison finit par générer son anti-dote, sa réaction immunisante. 

" La représentation symbolique des machines est très liée à celui / celle qui les utilise. ", avais-je déjà noté lors d'une conférence à Nantes et que j'avais rapportée en 2016 sur cet article qui n'a pas pris une ride. 

L'outil masculin, lui, est essentiellement phallique et il fait du potin. Généralement, et au contraire des machines destinées aux seules femmes, les armes et les outils masculins ont une forme de b!te, ou ont une extension qui y ressemble, à un endroit ou un autre. Ils sont aussi assortis de sirènes (de recul, klaxons, déplacements rapides et prioritaires...) : Colette Guillaumin a écrit quelques pages mémorables sur le sujet, pages assez peu exploitées par les féministes actuelles, hélas. Sachez que la R et D -recherche et développement- permet à peu près tout, il suffit de lui donner les moyens : assourdir leurs outils à boucan est donc possible, mais ils seraient moins prisés par leurs utilisateurs et se vendraient moins bien ! SIC. Donc, ils font du potin. C'est même, à ce niveau, ontologique. Le boucan, c'est l'homme. Il leur permet certainement de combler une vacuité existentielle inhérente à leur nature, je ne vois pas d'autre explication rationnelle. 

Tout cela a des conséquences . Cette organisation sociale a plein d'inconvénients pour les femmes et la société. La première saute aux yeux : les femmes n'ont pas de goût ni d'attrait pour les outils et les (vraies) machines. Plus grave, comme elles n'y vont pas et qu'elles ne sont pas non plus dans les bureaux de conception (R et D, Recherche et Développement), elles n'influent pas sur leur design ni leurs modes d'usages. Les hommes techniciens sont en situation hégémonique, le phénomène s'auto-alimente. On est dans une boucle de rétroaction négative. Les algorithmes conçus par eux, avec leurs biais cognitifs, nous pénalisent. 

La seconde, très grave, c'est que les femmes ne se défendent pas. Le tabou des armes est puissant et ancien. Elles sont donc condamnées à accepter de faire dévolution de leur sécurité aux hommes, à leurs conditions à eux. Notre seul protecteur est l'ennemi intime. Au besoin en l'appelant sur un smartphone à la batterie déchargée, la boucle (rétroactive) est bouclée ! Rappelons que l'endroit le plus dangereux pour une femme est son domicile. Des affaires récentes nous le rappellent cruellement. 

Nicole-Claude Mathieu, anthropologue, autrice du classique L'anatomie politique, aimait à souligner que quand les femmes appellent le plombier, " c'est toujours un homme qui débarque dans leur salle de bain ". Ca marche aussi avec électricien, chauffagiste, et même l'installateur fibre (le mien est passé dans toutes les pièces de mon appartement, je lui ai ouvert mes placards afin qu'il voie où faire passer son câble, mais que vive la 'dématérialisation' !), ce sont toujours un ou deux hommes qui sonnent à la porte. Cela n'incite pas à se méfier. Nous sommes conditionnées et condamnées à leur ouvrir nos logements, bien obligées. Il serait temps de briser ce monopole masculin. Je pense que les machines seraient plus user friendly, plus à la main de l'utilisatrice, moins bourrées de gadgets inutiles, plus robustes, plus sobres à l'usage si les femmes les inventaient. Et, si elles doivent être truffées de biais, qu'ils soient au moins en faveur de nos intérêts. Par construction sociale, les femmes sont plus pragmatiques, moins joueuses que les hommes. 

" Laisser aux hommes le contrôle exclusif des instruments de violence cautionne la division entre protecteur et protégée, met les femmes en danger, et, ironiquement, alimente aussi bien l'idéologie militaire que l'idéologie masculiniste. " 

Sarah Ruddick - Activiste antimilitariste. 

"Avoir accès à la violence n'implique pas d'y céder." 

Caroline Granier - Autrice d'A armes égales, les femmes armées dans les romans policiers contemporains. 

samedi 28 décembre 2024

Ménopause - La théorie des grands-mères

 L'idée de ce billet est partie d'une annonce du Président de la République, reprise par la presse et par les associations féministes. 

La ménopause, arrêt de l'ovulation et disparition des règles selon le dictionnaire, est traitée comme une maladie, un inconvénient (que les hommes ne partagent pas) alors qu'objectivement c'est une délivrance. Travers typique du patriarcat éleveur : cette annonce sur la ménopause mal vécue par les femmes. De fait, les femmes âgées deviennent invisibles dans l'espace public et ailleurs. Valorisées auparavant dans le rôle de mères reproductrices de l'espèce, la ménopause arrête tout cela et rend le sujet tabou par excellence ! Pensez, vous devenez inutile à l'élevage et à la reproduction survalorisée par la société. Une femme n'a de valeur que parce qu'elle produit des enfants, c'est encore mieux quand elle produit au moins un garçon, les dégâts sociaux faits par ce sexe étant bien entendu largement passés sous silence ! Voici l'article en question : c'est le locataire de l'Elysée, qui d'ailleurs n'a lui-même pas d'enfant reconnu à quasiment cinquante ans (c'est sa seule qualité et originalité d'ailleurs), qui s'y colle : 'Emmanuel Macron souhaite que qu'une mission parlementaire se saisisse de la QUESTION de la ménopause'. La ménopause est une question. Ah ? Les hommes qui vieillissent aussi, ont eux, le destin des femelles des autres animaux : baisse continue de la fécondité et du désir sexuel, donc de la vitalité, mais possibilité dans leur cas d'avoir encore une descendance à condition expresse que la femme soit bien plus jeune. Haro donc sur la ménopause 'problème', puisqu'elle signale le début de la vieillesse dans une société de la performance, définitivement jeuniste, ménopause vécue aussi comme une injustice, par souci d'égalité avec les hommes.  

Il n'y aurait dans le règne animal auquel nous appartenons (ordre des primates, sous-ordre mammifères) que deux espèces dont la femelle serait dotée de la ménopause, cet arrêt définitif de la période de fécondité, les femmes et les orques, alors que, en dehors de ces deux espèces, les femelles peuvent continuer avec moins de productivité avec l'avance en âge, à produire des petits. Pourquoi ces deux-là, et surtout pourquoi les femmes de l'espèce humaine, se demandent les scientifiques qui hasardent des hypothèses. Les femelles de l'espèce humaine se différencient des autres en ceci qu'elles n'ont pas d'œstrus (Françoise Héritier), cette période de rut limitée dans le temps, hors de laquelle les femelles animales deviennent indisponibles et refusent le mâle, les femmes sont disponibles sexuellement, hors ovulation. Et elles font une ménopause. Bien sûr, il n'en a pas toujours été ainsi, il y a forcément eu une pression de l'évolution pour que cela se produise. 

Une thèse nous est présentée par le consensus scientifique sur le sujet : les grand-mères ! Ah la thèse des grands-mères, je l'adore. En gros, les femmes ménopauseraient pour se rendre disponible pour le rôle de grand-mère, sur-mère, aidante, éducatrice, notre espèce présentant aussi le défaut de la néoténie (nous naissons pas finis ou mal finis, sans tenir debout ni être capable d'échapper aux prédateurs et aux dangers de l'environnement), les femmes n'ayant que 9 mois de grossesse pour mener la chose à bien et à son terme. Si nous devions produire l'état d'un faon ou d'un chevreau tenant debout dans la demi-heure suivant sa naissance, il nous faudrait 24 mois de grossesse, qu'on terminerait grabataires, et le foetus serait tellement gros qu'il nous tuerait pendant la mise bas, pardon, l'accouchement. J'allais manquer à tous mes devoirs envers notre espèce tellement spécifique que les mots de vocabulaire que nous appliquons aux autres animaux en sont changés ! Sinon autrement, et ailleurs, on nous traite aussi bien et même pire que des femelles animales mais passons, ce n'est pas le sujet, mettons donc les formes : accouchement. 

Comme elle est commode au patriarcat cette thèse des grands-mères ; après le premier arrimage à la reproduction, à peine le temps de  souffler, voici le deuxième arrimage : jamais un moment à soi, vous êtes juste tirée des "joies" aha ah de la maternité, que voici que vos filles et garçons s'y adonnent aussi. Et les pauvres bouchons n'y arrivant pas seuls, vous seriez tout de même bien ingrate (une sale égoïste, oui !) de leur refuser le coup de main pour garder vos petits-enfants, par exemple à l'autre bout de la France, et pendant les vacances scolaires, leurs parents travaillant à leur carrière et n'ayant pas une minute à eux ! Evidemment, on ne vous le vend pas comme ça, brut de décoffrage avec des piquants partout, non, on met les formes (tout est dans les formes), on ébarbe, on vous l'emballe dans du papier de soie, avec des rubans et du bolduc : par exemple, "il faut tout un village pour élever un enfant", ou "les joies d'être grand-mère faisant des gâteaux et des confitures, avec la distance prise par l'expérience". Sans rire. J'ai assisté à des scènes pré-meurtres sur des parkings de musées où des grands-mères étaient tellement près de péter un plomb devant un môme insupportable, que je suis restée, histoire de voir évoluer la situation, prête à intervenir s'il le fallait pour empêcher le pire d'advenir. Le grand-père, quand il était là, planté comme un cierge, inutile, apathique. 

Moi j'ai une autre théorie à proposer sur cette affaire de ménopause : ni plus ni moins que celle de la survie des femmes, donc de l'espèce. Pendant des millénaires, la moyenne d'âge de l'espèce humaine est restée en dessous de 30 ans. La cause ? La mortalité pré, pendant et post-natale : les femmes ont payé de leur vie ce douteux 'privilège' de porter les enfants. Ce qui a fait baisser la moyenne de survie de toute l'espèce. Imprudente l'espèce, d'ailleurs : cela ne l'a jamais conduite à la tempérance, à la prudence ni à l'abstention, au contraire. Je veux bien admettre qu'au début c'est lié à l'ignorance du comment et du pourquoi, mais au bout d'un temps pas très long, les causes et les effets ont bien dû apparaître aux yeux même des moins bien dotés en qualités intellectuelles, les hommes, au hasard ! Les forcenés sur-sélectionnés par l'évolution (violeurs, razzieurs, maîtres et possesseurs qui sont toujours bien présents et nuisibles, nocifs, encore aujourd'hui, voir l'actualité récente) de la reproduction forcée (sans cela vous allez rater votre vie, mes pauvres filles !) ont produit un système de défense. L'évolution s'en est mêlée et a fait pression ; à un moment, la prime à la survie a été octroyée aux moins tardivement fécondes, la mortalité précoce, donc la moindre transmission de leurs gènes, a condamné les plus fécondes tardives à la disparition, puis à la fixation de la ménopause comme caractéristique reproductive de l'espèce. Un sauvetage, merci Mère Nature. Au moins, le temps que les femmes prennent conscience de leur asservissement et commencent à se défendre. Pour les orques, je n'ai pas de théorie, je n'en ai jamais rencontré. Il n'est pas impossible qu'elles aient, elles aussi, un mâle insupportablement agressif et dominateur ! 

Ma théorie n'est pas scientifique, je n'ai d'ailleurs pas de prétention à cela, je n'ai aucune formation scientifique. Ce qui ne m'empêche pas de penser. Et je pense que cette théorie des grands-mères est une incitation à une seconde carrière maternelle, puisque les hommes et leur société patriarcale nous préfèrent dans ces fonctions, que cela limite la concurrence que nous leur faisons ailleurs, et qu'ils détestent. D'où le constat suivant : quand je marche ou me promène dans des endroits en ville où d'autres femmes marchent aussi, je ne surprends -à mon corps défendant- que des conversations à propos de gardes d'enfants, de vacances scolaires qui les obligent à modifier leur routine ; quand je me retrouve en société ou en famille avec des femmes, elles ne parlent que de leurs petits-enfants (ou arrières !) et des obligations qu'elles leur doivent. Cela rend leur compagnie assez ennuyeuse d'ailleurs, n'ayant pour ma part, pas ces injonctions au-dessus de ma tête. Je préfère parler des livres que je lis, des films ou des expositions que je vois, lors de mon temps libre qui est aussi rempli que le leur, mais où je me ménage aussi des moments d'oisiveté totale, loin de l'agitation sociale contemporaine où il faudrait toujours faire quelque chose, avoir des milliers de projets en cours ou à venir. 

Aussi ma conclusion, Mesdames, ne marchez pas dans la combine tendue devant vos pas, ne gâchez pas le temps qu'il vous reste, ce temps de fin de pression qu'est la ménopause. Voyez vos petits-enfants évidemment tant que vous le voulez, mais imposez vos agendas et emplois du temps, cela les formera à l'assertivité par l'exemple. Il vous appartient de vivre aussi pour vous, égoïstement diront certain-es, et alors ? Les femmes n'auraient pas le droit à un moment d'être égoïstes, de penser d'abord à elles-mêmes, alors que la société leur a toujours enjoint d'être au service des autres, à commencer par leur famille, et ce, pire, en bénévolat, sans gagner un rond dans l'affaire, voire même en se fragilisant économiquement. Il me semble que la théorie des grands-mères sert ce dessein d'asservissement des femmes encore et toujours à la reproduction humaine et à la dévotion à rien d'autre qu'à leur famille. Et puis cette peur de l'inutilité ! On nous met au monde sans nous demander notre avis, et après il faut subir l'injonction d'être utile ! C'est quand même fou non ? 

dimanche 14 avril 2024

Le conflit de loyauté, ce boulet arrimé aux pieds des femmes

Conflit de loyauté : se dit des enfants qui sont pris dans le conflit entre deux parents, par exemple au cours d'une séparation. La société leur a prescrit d'aimer également leur père et leur mère, leurs frères et sœurs, leurs grands-parents, leur famille élargie. Quand surviennent une séparation, une agression, ils se retrouvent dans une situation psychique qui leur interdit de prendre parti pour l'un ou l'autre si on leur demande de choisir, ou de prendre le parti d'eux-mêmes si un parent devient agresseur. Ce qui caractérise un enfant c'est la relation de dépendance qu'il entretient avec son entourage : il en dépend pour sa nourriture, son abri, sa sécurité et son éducation. Il ne peut pas les assurer seul. Evidemment, la situation de dépendance est caractéristique de la très petite enfance, ou de l'enfance, elle ne devrait pas caractériser l'adulte normalement majeur et émancipé. 

Au contraire de l'enfant, un-e adulte majeur-e devrait relativiser les conflits entre ses parents, sa famille élargie, sa communauté, son groupe social, en adoptant une position critique conférée par une éducation, un apprentissage, les deux donnés typiquement par l'école qui est destinée à ça, en plus des savoirs de base ou académiques qu'on attend d'une personne adulte, émancipée, autonome. L'autonomie, c'est aussi penser par soi-même hors des croyances, légendes, et formatages familiaux. Or, les filles et femmes, souvent considérées comme mineures, vivent en hétéronomie en certains endroits, prennent leurs directives de tuteurs, incapables qu'elles seraient de se diriger elles-mêmes, de prendre leurs propres décisions en autonomie. Elles auraient besoin d'un tutorat ou d'un mentorat pour se diriger dans l'existence. Les femmes sont auto-mobiles écrivait Nicole-Claude Mathieu : elles se déplacent seules à condition qu'il y ait quelqu'un au volant ! Tout ceci aboutit à un manque de confiance en elles et à la sensation de devoir rendre des comptes, demander conseil ou à accepter les directives des autres, sans discussion. 

Aussi, quand survient une difficulté, les femmes entrent dans un conflit de loyauté avec la classe sociale adverse, les hommes de la famille : pères, frères, oncles, voire fils, dont elles restent affectivement dépendantes et auxquelles elles sont soumises. Toutes les femmes expérimentent ce conflit quand elles revendiquent pour elles-mêmes des droits ou des choix particuliers. La classe sociale femmes (selon l'analyse théorique matérialiste, marxiste, des rapports sociaux de sexes) a cette caractéristique qu'elle a la classe opprimante à la maison, qu'elle entretient des liens affectifs avec. L'oppresseur est dans son lit, dans la chambre ou le bureau d'à côté, pire même, elle l'a mis au monde elle-même ! Bien sûr, la situation est totalement schizophrène. Tétanisante aussi. Imaginez un ouvrier ayant à faire face à ce type de circonstances avec son patron : la lutte pour un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail deviendrait impossible. Ceci explique sans doute la stagnation des femmes dans les basses zones de l'économie, les postes mal payés, ou dédiés généralement en bénévolat au service des mâles de la maisonnée, conditions qui façonnent leur psyché. Leur situation de perpétuelles asservies présente toutes les caractéristiques de la normalité, au point qu'elles ne la perçoivent même plus. Les femmes " ont été convaincues qu'elles veulent ce qu'elles sont contraintes à faire et qu'elles participent au contrat social qui les exclut " écrit très justement Monique Wittig. On voit aussi s'accentuer de façon préoccupante, dans les quartiers abandonnés de la République, la pression des frères, des hommes en général, sur les filles, le contrôle de leur vêture et de leur comportement dans l'espace public, et vis à vis des garçons extérieurs au clan. 

En conséquence, on ne peut plus rien dire : le nombre de fois où je me suis fait renvoyer dans les cordes, en disant tout le mal que je pensais des insupportables comportements masculins, et où j'ai été rendue muette par obligation pour ne pas en rajouter devant certaines situations tragiques où les avaient conduites l'aveuglement de l'aaaamourrr, du mariage, renforçant leur aliénation, car si on ne peut plus rien dire, rien analyser, je ne vois pas comment cela pourrait s'arrêter, ou même changer ! C'est à tel point qu'après avoir fait l'expérience d'une association féministe, quand j'en suis partie au bout de quatre ans, je me suis juré de ne plus jamais y remettre un pied. Vive le free-lance. Au moins je peux l'ouvrir, tant pis si on me traite de misandre, d'anti-hommes, je n'en ai plus rien à faire. Je n'ai et n'ai jamais eu aucun conflit de loyauté avec quiconque : j'ai eu un père (décent, ce qui n'est pas le cas de tous, malgré ses défauts), des oncles ; j'ai des cousins, un frère, et alors ? Ils sont ma famille, et je suis une personne différente avec un vécu différent. J'ai eu des collègues de travail aussi, de très sympathiques même, ce qui ne m'a jamais empêchée de dire ce que je pense. 

Et dans le camp d'en face, comment ça se passe ? Très bien, merci pour eux. Ils vous laissent toujours leurs tours de vaisselle, ils trouvent normal d'avoir une larbine à la maison pour pas un rond. Ils arrivent même à dire du mal des "bonnes femmes", de leur belle-mère, à vous faire croire que le mariage c'est vous qui en auriez besoin, mais pas eux, alors que c'est l'inverse, nous on n'a pas besoin de ces boulets, mais eux ont besoin d'une bonne à la maison, mère, sœur, épouse, que leur linge soit propre, le ménage fait, les repas prêts, leurs enfants pris en charge; Ils ont aussi besoin de soutien émotionnel. Les féministes argentines disent sans plaisanter que sans leurs femmes, les argentins mâles crèveraient de faim. Adultes, ils ne souffrent d'aucun conflit de loyauté vis à vis de leurs mères ou sœurs. Ils ne voient même pas l'injustice et expriment leur misogynie sans pudeur ni honte. Dans ces conditions, si vous voulez reprendre votre liberté hors d'un système étouffant, il peut vous en cuire. Ces ayant-droit ne vous feront alors pas de cadeau, leur frustration s'exprimera dans le sang, Infanticide, féminicide, animalicide (ils se vengent sur les animaux de leurs compagnes, promettant l'escalade), voire meurtre des beaux-parents, de l'amant, ou même tuerie de masse (à partir de 2 mort-es), forcenés mobilisant le GIGN ou le RAID. Ils sont dan-ge-reux. Dans le silence, le mutisme, l'atonie de la société. Ah si, j'oubliais, marches blanches et cellules psychologiques, la société y est à son maximum : consensus mou, T-shirts blanc immaculé, pas un slogan. Ne pas nommer le problème. Jusqu'à la prochaine.

Il faut en finir avec tout cela. Cultiver l'autonomie des filles, l'autodétermination des femmes, arrêter de leur pourrir la tête avec l'obligation de s'en trouver un et de le garder contre vents et marées. Nous valons mieux que tous ces statuts inférieurs, que ces contraintes se transmettant, inamendables, de génération en génération.  Nous n'y pouvons rien, c'est ainsi, la vie nous éloigne, nous détache, chacun-e fait des expériences différentes de celles de la famille et de ses membres, expériences qui modifient notre façon de voir. Au contraire, c'est un enrichissement, un vent frais qui souffle, qui efface les miasmes familiaux, les traditions recuites, obsolètes, les croyances des vieux-pères. Sans renier notre histoire, le lieu d'où nous venons, nos liens et nos attachements, la liberté est possible. Avec une prise de conscience et de la volonté. Nous en sommes capables. Les filles sont bonnes à l'école, elles réussissent, elles font des carrières enviables, il n'y a aucune raison de faire des complexes. Cultivons, chérissons notre quant-à soi, notre domaine intime. Libérons-nous. Soyons fermes et défendons nos convictions sans avoir besoin de l'approbation des autres.