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samedi 25 juin 2022

Suppression de l'arrêt Roe versus Wade - Ils l'ont fait !

Le cintre fait son grand retour ! On ne l'aurait pas cru possible. 

D'un trait de plume, la Cour suprême des Etats-Unis vient d'annuler le droit des citoyennes états-uniennes, éternelles sous citoyennes, mineures, interdites du gouvernement d'elles-mêmes et de leur corps, en les arrimant à la sacro-sainte reproduction, en autorisant un retour de 50 ans en arrière. Ce seront les différents états qui décideront s'ils permettent ou non le recours à l'IVG. Rappelons quand même que la Cour suprême états-unienne est le pouvoir judiciaire, le troisième pouvoir surveillant les deux autres, exécutif et législatif, troisième pilier des trois pouvoirs absolument séparés qui caractérisent le système démocratique, et c'est avec ce statut qu'elle vient d'attaquer les droits constitutionnels des citoyennes états-uniennes en annulant la jurisprudence, la garantie fédérale, l'arrêt Roe vs Wade qui instaurait un traitement fédéral unique des femmes pour les cinquante états.  

Clairement, il s'agit d'une mine, et ce ne sera sans doute pas la seule, laissée par le président Trump, agresseur de femmes et misogyne, populiste nationaliste, fomenteur de coup d'état, mâle frustré à psychologie de môme de neuf ans d'âge mental, viriliste, la plaie de l'époque. En outre, les trois juges nommés par Trump sont jeunes, environ cinquante ans, le mandat de la Cour suprême étant à vie, les américaines vont les avoir sur le dos pour une génération ou plus. C'est aussi un mauvais signal envoyé à tous les états du monde, notamment aux théocraties, haineuses de la liberté des femmes. Cela se passe la même semaine où cette même cour a décidé le droit de port d'arme dissimulée pour tous les citoyens y compris ceux de New-York, où cela était jusqu'à présent interdit. Deux semaines après la tuerie d'Uvalde où un mâle ayant-droit frustré, s'est rué, lourdement armé, dans une école où il a tué dix-neuf enfants et deux enseignantes après s'être fait la main sur sa grand-mère. Les patriarcaux repus de carnages, arrogants, obsolètes, rongeant des os dans leurs cavernes obscures. Trop plein ? Qu'à cela ne tienne, ils tuent : un bon carnage, une bonne guerre, un bon génocide, ça fait de la place. Tuer des êtres humains nés et ne demandant qu'à vivre en vaquant à leurs occupations, eux ont le droit, ils entretiennent ainsi la terreur, et même s'ils ne l'ont pas, la société est très tolérante à leurs mauvaises actions. Les femmes, éternellement esclavagisées et réduites à leur fonction reproductive depuis le Néolithique, ne sont tolérables que mères. La Mère définitivement annexée par son fruit, opposée à la femme et son désir incontrôlable de liberté et d'autonomie. 

Françoise d'Eaubonne écrivait en 1974 dans Le féminisme ou la mort : " Tant que subsistera le pouvoir mâle, il va de soi que rien ne peut changer sur ce plan, et que l'origine même des conditions de vie n'a aucune raison d'être réexaminée. La morale est condamnée en ces mains millénaires à conserver comme pulsions primordiales l'agressivité, l'instinct de destruction et de violence, l'empreinte laissée par force sur la chair et la nature. "

Il n'y a malheureusement rien à changer à cette phrase cinquante ans après. Quel backlash ! Juste au moment où Némésis (déesse antique de la vengeance et de la rétribution) frappe leur hybris d'hommes arrogants ayant ruiné le biotope Terre, la ruine se manifestant avec des températures invivables, des orages de gros grêlons semant la destruction sur les récoltes, avec des tornades et des ouragans, avec des inondations et des coulées de boues accentuées par l'artificialisation des sols due à l'incontinence humaine et ses besoins en béton et bitume, en champs de maïs pour nourrir des animaux, et ces misfits inadaptés veulent nous forcer à nous reproduire ? Plus andouilles bitocentrées, et au plus mauvais timing, c'est impossible à trouver. Les bêtes sont moins connes qu'eux, que nous. J'ai bien envie de mettre dans le lot tous les fanatiques de la reproduction, prosélytes de la natalité, que leurs problèmes de stérilité rendent dingues au point d'aller louer des ventres dans des pays sous-développés, profitant de législations défavorables aux femmes. Il n'en manque pas.

C'est vrai que ce serait dommage de rater la prochaine fournée des Poutine, Loukachenko, Kadyrov (le trio de crapules obscènes du moment), Erdogan, Ahmadinejad, Bolsonaro, Trump, Bush père et fils, Duterte, Kim Jong-Un, les dirigeants mâles de l'Emirat Islamique d'Afghanistan en train de renvoyer leur pays à l'âge de pierre après le retrait piteux du phare des Lumières, vecteur de démocratie (hin hin) chez les bouseux réputés incapables de la conquérir eux-mêmes, ainsi que la longue litanie des tyrans africains et asiatiques morts ou encore en exercice. Autant d'absolutisme perdu, ce serait un vrai gâchis.

Nous avons, pour l'instant, la chance d'être européennes, mais je me demande tout de même s'il ne serait pas prudent, en France, de graver dans le marbre de la constitution (quoique apparemment aux USA ça n'ait pas si bien marché) le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes et de leur corps, vu les attaques auxquelles nos droits sont soumis. L'Europe devient l'endroit le plus favorable aux droits des femmes. Mais je me demande s'il ne serait pas prudent également d'insister et de remettre sur la table au niveau européen la clause de l'Européenne la plus favorisée sur laquelle la juriste féministe Gisèle Halimi avait travaillé de son vivant, clause rassemblant les dispositions les plus favorables aux femmes de l'ensemble des pays de l'Union européenne, et proposant une législation les généralisant aux 27 pays de l'Union. Les cas de Malte et de la Pologne sont emblématiques du combat qui reste à mener pour éviter le retour du cintre ! Plus que jamais le combat continue. Tous les fondamentalismes sont les ennemis de l'autonomie des femmes, qu'ils soient chrétiens ou islamistes. Nous ne devons tolérer aucune compromission avec ces systèmes délétères. 



Toutes les 9 minutes dans le monde une femme meurt d'un avortement fait dans des conditions déplorables puisqu'une femme qui ne veut pas d'enfant pour d'excellentes raisons qu'on n'a pas à discuter, tentera tout pour mettre fin à sa grossesse. Le droit à l'avortement est donc une question de santé publique en plus d'une question de droits des femmes à disposer de leur corps. Ce seront une fois de plus les femmes les plus défavorisées économiquement qui seront pénalisées : aux Etats-Unis, il est probable que seulement la moitié des états garderont dans leur législation le droit d'avorter, ce qui obligera les femmes des autres états à aller se faire avorter hors de chez elle, introduisant de fait une différence entre les citoyennes états-uniennes. Rappelons aussi que les Etats-Unis ont le taux de grossesses de teenagers le plus élevé des pays riches. Ca va faire un carnage sur les potentialités des femmes.  

#MyBodyMyChoice #NoUterusNoOpinion

mercredi 23 octobre 2019

Quelle quinzaine !

D'abord, elle a commencé avec la réception dans ma boîte mail d'une livraison des Glorieuses Newsletter avec le titre " Les femmes blanches sont complices du système patriarcal et il faut que ça cesse " (évidemment, je ne mets pas le rétrolien, ça me ferait mal) ; abonnée, sans doute dans un moment d'égarement, quand elles ont lancé leur newsletter, soit je lisais en fonction du titre, soit c'était direct corbeille à papier, plus souvent cette dernière option, les sujets libéraux rebattus bien qu'invitant à "la révolution féministe" me donnant des envies de bailler. Comme j'ai réellement lu, moi, quelques féministes révolutionnaires (Eaubonne, Wittig, Delphy, dans sa première période, Rochefort, MJ Bonnet..., les historiques matérialistes avec une solide formation marxiste), vous pensez si j'adore les nouvelles féministes qui n'ont rien lu, ou qui réinventent les concepts que d'autres ont admirablement décrits, mais en les édulcorant et en les rendant moins offensifs pour les gars qu'elles ont à la maison. C'est moi la complice ? Un exemple, un seul : "charge mentale" ! Qu'est-ce ? Si j'ai bien compris, les femmes mariées et mères doivent toujours s'occuper de tout, le père se foutant, comme il y a 60 ans, les pieds sous la table, en rentrant après avoir dit la fameuse et indestructible phrase de leur père "Qu'est-ce qu'on mange ?" Delphy dans L'ennemi Principal écrit, en ricanant à peine, "double journée pour un demi-salaire". Je rajoute (parce que j'ai mauvais fond) "et une demi-retraite". C'est autrement plus parlant, non ? Sauf que, trop frontal, ça froisse : balancez ça dans une conversation le dimanche devant la famille (hétérosexuelle forcément) attablée, et on vous regarde noir. Pareil avec les copines de boulot. Ca ne rend pas populaire du tout. La première qui dit la vérité sera ostracisée.

Mais je m'égare : donc, je suis une "féministe bourgeoise blanche" (désolée pour ma couleur de peau mais je n'ai pas choisi, ceci dit, je ne remercie pas ma mère et mon père de m'avoir fait naître dans un monde pareil franchement), forcément collabo du patriarcat, parce que blanche ! Comme j'ai twitté mon indignation, avec des arguments : je n'ai pas besoin de nounou noire ou arabe, (elles sont forcément noires ou arabes dans le monde des féministes réformistes), puisque je suis nullipare -mais ça peut aussi m'être reproché, motif, "sale égoïste", par exemple, je l'ai eu dans mes notifications ; je n'ai pas de femme de ménage, je nettoie moi-même, en évitant de salir tellement ça m'insupporte. En pure perte : ça m'est revenu en boomerang. Je suis une bourge blanche, accessoirement féministe, ce qui est aggravant. C'est l'extrême gauche qui le dit, donc ça doit être vrai. Je me suis désabonnée immédiatement des Glorieuses, de leurs courriers, de leur compte Twitter et de celui de leur rédactrice, Rebecca Amsellem.

Dix jours plus tard, je commence à voir apparaître sur Twitter des posts indignés sur une réunion du Conseil régional de Bourgogne-Franche Comté ; je décide d'ignorer. Marre de ces tweets inflammatoires très petite classe de cancres bloqués auprès du radiateur. Sauf que, malheur, la vieille télé attrape l'inflammation très contagieuse apparemment, huit jours plus tard. Une "maman voilée" (oui, c'est l'appellation contemporaine dédiée ; moi, j'ai dit mon père et ma mère depuis l'âge de 5 ans, mais aujourd'hui on a un papa, une maman, un tonton jusqu'à la tombe, c'est à dire environ 90 balais, que voulez-vous l'époque est régressive). Comme ça commence à monter en puissance, les rédactions prennent feu (franchement les incendies de la forêt amazonienne ont fait moins couler de salive), mes abonnées, mes abonnements, tout le monde s'y met. Genre bêlant quand même. Résumé : une femme, accompagnatrice scolaire, en tenue salafiste, est apostrophée par un conseiller du RN qui tente de faire croire qu'il mène le combat féministe et laïque en dénonçant une tenue contraire à l'esprit du lieu. Ou comment instrumentaliser le féminisme côté RN, et servir objectivement le jeu de l'extrême-droite côté "maman". Je décide de soutenir quelques blogueuses et influent-es qui défendent les principes de la loi de 1905 et qui produisent de bonnes analyses politiques : Christine Le Doaré, Françoise Laborde, Céline Pina, Mohamed Sifaoui, Waleed Al Husseini, dont j'ai chroniqué ici le premier livre. Je me contente de partager des liens. Devinez ? Je perds des abonné-es à chaque salve de trois ou quatre posts, et pire, un twittos qui a 11k abonné-es, dont moi, et 11k abonnements, ce qui, je vous promets ne permet plus de voir quoi que ce soit, commence à m'envoyer des réfutations, prouvant ainsi que ces gens scrutent ce qui se publie sur le sujet et plutôt deux fois qu'une. Des végéta*iennes réformistes aussi se désabonnent : le sujet du voile, comme celui des abattages rituels, sont pour elles tétanisants, inabordables, parce qu'il seraient néocolonialistes, vu ce que "ces gens" ont subi, sujets tabou, trop clivants pour les différentialistes culturel-les. Qu'illes soient nés en France depuis deux ou trois générations, inutile de le leur rappeler, la faute coloniale ne s'efface pas, on dirait. Ce qui prouve qu'il y a bien un enjeu politique. L'extrême-gauche qui a oublié que la religion est l'opium du peuple, s'est fourvoyée dans la défense de l'obscurantisme, et tente de mélanger les notions de musulmans et d'islam politique à dessein. Illes sont prêts à vendre nos frêles acquis féministes collectifs au nom de choix individuels de servitude volontaire : mon choix, mon droit, mon voile. Nos lois imprécises et truffées de mesures dérogatoires ne pourront pas résister longtemps à l'activisme politique de ces extrémistes de droite : en effet, le rassemblement national et les tenants d'un Islam rigoriste sont à ranger dans le même camp, ils veulent que les femmes retournent aux lieux qui leur sont destinés selon eux de toute éternité : la cuisine et le gynécée. La défense des "Mamans voilées" ne laisse aucun doute : la vocation des femmes c'est de faire maman, dans les chemins balisés par l'hétérosexualité, il ne peut pas y avoir d'alternative. Il n'y a pas de "papa à kippa" à l'école hors les murs, les "papas" font carrière, eux, et se mettent les pieds sous la table en rentrant. Super. Back to the sixties !

N'en déplaise à toutes les réformistes, les libérales, les décoloniales, les intersectionnelles, les #HeForShe, celles qui n'y arriveront pas sans les mecs, celles qui revendiquent une forme d'asservissement et veulent l'imposer en tant que choix individuel sans en assumer les conséquences, celles qui veulent tout tout tout, les féministes universalistes qui ont mené le combat à partir de 1968 contestaient l'hétérosexualité imposée, la sacro-sainte maternité, elles défilaient avec les gays et les lesbiennes, elles contestaient l'ordre patriarcal, elles étaient révolutionnaires. Nous assistons à un ressac d'ampleur, ressac qui utilise en les détournant les slogans féministes, c'est grave. Celles et ceux qui refusent de le voir au nom de je ne sais quelle générosité et solidarité avec les "gueux" se comportent en idiots utiles de cette idéologie patriarcale liberticide.

Le différentialisme culturel, qu'il concerne le voile ou toutes les mesures dérogatoires aux lois de la République (la corrida et les abattages rituels en font partie), est une imposture, un mensonge et un racisme. Il postule que tout les humains ne seraient pas arrivés au même moment de l'histoire, il est donc condescendant ; les gens qui revendiquent des croyances ou des "traditions" médiévales ou préhistoriques utilisent tous des voitures, des avions, des tablettes, des ordinateurs ou des téléphones portables, et bien sûr, les medias sociaux dont ils savent user pour promouvoir leurs idées. Ce sont des activistes politiques, c'est leur faire injure que les prendre pour des arriérés.

Liens :

Pour lire une bonne analyse des arrière-pensées des prétendues féministes qui défendent les "mamans voilées" et le différentialisme culturel, c'est chez Révolution féministe : Féminismes adjectivés, touche pas à mon patriarcat, très complet.

Secularism is a women's issue : agrégateur d'articles sur la laïcité (sécularisme en anglais) et les droits des femmes.

L'offensive Islamiste par Céline Pina.

lundi 23 septembre 2019

Location de ventres - Réponse à Marc-Olivier Fogiel et à son livre "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?"

Avec l'accord du CoRP, je publie sur mon blog leur lettre de réponse à Marc-Olivier Fogiel, homme puissant des médias, et à son livre "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?". Marc-Olivier Fogiel et son mari ont deux filles obtenues par GPA (gestation pour autrui) aux Etats-Unis. Son livre est à la fois une opération de justification et une opération de lobbying en faveur de la location de ventres par généralement des gays, et quelques hétérosexuels stériles, pour porter leur descendance. Nous ne sommes pas trop de deux blogueuses pour contrer cette marchandisation des corps, l'achat d'enfants, et l'accès au corps des femmes par les hommes, fussent-ils gays, alors que les féministes étaient leur compagnonnes de route dans leurs combats des années 70 pour la reconnaissance de leurs droits d'éros minoritaires, ainsi que les nommait Françoise d'Eaubonne, co-fondatrice du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire).
La lettre est signée par la Docteure Nicole Athéa, gynécologue et endocrinologue, ancienne interne et chef de clinique assistante des Hôpitaux de Paris.

" Monsieur Fogiel, la lecture attentive de votre ouvrage m'a donné matière à réfléchir sur mon expérience de vie de femme, de mère et de gynécologue qui, durant une pratique de plus de 40 ans a rencontré quotidiennement des femmes enceintes et qui a assuré la prise en charge de nombreux couples stériles. Si j'ai un regard critique sur votre livre, je précise qu'il ne repose pas sur ce que vous êtes, mais sur un certain nombre de positions que vous défendez dans votre ouvrage "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?" et que je voudrais discuter ici.

1) Le tsunami en Thaïlande : Vous débutez votre livre par une référence à cette catastrophe à laquelle vous avez assisté. Au milieu de ce drame humain, ce que vous voyez, c'est que des mères en train de se noyer étaient contraintes de lâcher leur enfant et vous en concluez que "l'instinct maternel n'est pas tout puissant et qu'il n'est pas toujours aussi fort que l'instinct de survie". Et c'est immédiatement après ce commentaire que vous envisagez d'en passer par une mère porteuse pour avoir un enfant : les mères, ces femmes qui lâchent les enfants... Est-ce de ce fait qu'elles ne vont plus être nommées mères ? Car il n'y aura plus de mères dans votre livre ; il y aura des femmes avec des fonctions morcelées, pour qu'elles soient peut-être le moins mères possible. Je ne tiens pas à faire ici une apologie unilatérale des mères, qui pourrait être comprise comme le refus d'une fonction parentale concernant les homosexuels, ce qui n'est en rien mon propos et contre quoi je m'élève. Mais je ne peux manquer de répondre à un déni affirmé des mères dans votre livre. Car il y aura surtout des pères, (en dehors de quelques couples hétérosexuels qui demandent une GPA que vous évoquez) dans votre livre. Si je pense qu'un couple d'hommes peut élever un enfant aussi bien et aussi mal que tout le monde, je pense aussi que les mères ne peuvent être effacées. On ne saurait oublier que les pères ont largement démontré de tout temps que l'enfant n'était pas le centre de leurs préoccupations pour une majorité d'entre eux ; le nombre de pères abandonnant leur famille, ne payant pas de pension alimentaire, ne revoyant plus leurs enfants sont encore légions aujourd'hui et ils n'ont pas besoin d'un tsunami pour ce faire. Vous constatez tout de même que les mères thaïlandaises qui ont vécu ce drame terrible vivaient ensuite une culpabilité atroce : mais cette leçon-là, vous ne l'avez pas retenue ; dans votre conception idyllique d'une GPA, vous semblez croire qu'aucune des mères qui ont porté un enfant 9 mois et qui l'ont mis au monde ne porte une culpabilité d'avoir abandonné un enfant. Je peux penser que certaines mères porteuses se sentent coupables d'avoir vendu celui qu'elles peuvent considérer comme leur enfant, comme les mères qui accouchent sous X se sentent très souvent coupables d'avoir abandonné leur enfant, j'en ai rencontré. 

2) La conception et la gestation sont séparées ; c'est aussi ce qui vous autorise à penser que la femme qui porte un enfant n'est pas la mère ; mais dans votre histoire qui est la mère ? Ce n'est pas la femme qui a donné un ovule. Ce n'est pas le père biologique : même si vous décrivez comme père maternant ; vous ne délirez pas, vous ne vous considérez pas comme une mère ; alors, qui est la mère ? Il me semble essentiel de reconnaître cette femme comme la mère : une mère peut abandonner secondairement un enfant, comme le font les mères qui accouchent sous X, mais elles sont néanmoins désignées comme mères. Il est essentiel que soit reconnu son rôle et le rôle de chacun. L'abandon de cet enfant va permettre à une autre personne de devenir parent adoptif, père ou mère. Mais cela n'empêche pas de reconnaître que la mère, que chacun s'emploie à gommer dans la GPA, n'est pas une femme porteuse mais bien une mère porteuse parce qu'elle est porteuse d'enfant. Etre dans le déni de mère ne me paraît pas compatible avec la transparence dont vous voulez nous convaincre.

3) La biologisation de la reproduction : "j'ai toujours voulu être père, donner la vie, ne pas interrompre la chaîne des générations, transmettre des valeurs, un nom, continuer à exister...". La reproduction génétique est essentielle pour Mr Fogiel ; les exigences qu'il a de la "qualité" de l'ovule féminin le démontre également ; s'il commence par exprimer quelques scrupules vis à vis du choix de la donneuse d'ovule, réalisant bien par là la nature eugénique de ce projet, il balaie vite ces interrogations, qui de façon paradoxale, deviennent alors une légitimation de son choix. Il va même en rajouter sur les exigences faites à la donneuse d'ovule : "nous voulions privilégier les traits relevant de l'intelligence, de la réussite scolaire et sociale, nous voulions être fiers du patrimoine génétique que nous allions transmettre à nos enfants". C'est dire à quel point Mr Fogiel doit être fier de lui-même, de son patrimoine biologique, que l'on espère à la hauteur de celui de la donneuse d'ovule. La nature narcissique de son projet conceptif apparaît ainsi en toute clarté. Auparavant, les exigences des parents étaient plus modestes et plus réalistes : ils souhaitaient des enfants en bonne santé ; aujourd'hui les exigences des parents deviennent exorbitantes et les enfants en porteront le poids. Quant aux qualités qu'il pense ainsi transmettre par ce choix, elles seront loin d'être celles qu'il escompte et qu'il est prêt à payer près de 10 000 dollars pour les obtenir. La formation d'un embryon comporte de nombreux remaniements qui conduisent à ce que le patrimoine génétique d'un enfant soit bien différent de celui de ses parents, et les qualités acquises ne sont pas génétiquement transmises. Une sociologue canadienne, L Vandelac, disait à ce propos "you are not a xerox and baby is not just a copy". La biologisation de la reproduction, entendue comme la volonté de transmission de son patrimoine génétique, est le facteur majeur qui conduit aux PMA comme à la GPA aujourd'hui. Lutter contre cette représentation erronée de la génétique dans la reproduction est un facteur majeur pour lutter contre ces pratiques. Et des caractères transmissibles qui ne passent pas par les chromosomes ont été démontrés entre une mère "même porteuse" et non liée génétiquement à l'enfant porté, ce qui signifie qu'on ne peut pas séparer de façon radicale la transmission qui se fait par l'ovule et celle qui se fait par la gestation : l'enfant se verra transmis des caractères des deux origines, même si ce n'est pas à parts égales, ni sur les mêmes fonctions. 

4) Il existerait des GPA éthiques et des GPA non éthiques...

Continuer la lecture en cliquant sur ce rétrolien (se caler environ au niveau du logo Facebook du CoRP, side bar à droite). Arguments de MOF réfutés un à un, le tout très argumenté.

" La militance gay qui défend aujourd'hui, à travers la GPA, des valeurs familiaristes et parentales les plus étroites et les plus conservatrices a bien changé depuis les années 70, époque où les positions anti-famille et la liberté sexuelle était revendiquées ".


La lettre interrompue - Johannes Wermeer - Vers 1665. 

mardi 28 mai 2019

Pour une sororité stimulante

Ci-dessous un fil Twitter d'Euterpe à dérouler, montrant comment le voile infiltre les cours de langues des immigré-es que l'Allemagne reçoit et intègre en leur apprenant l'allemand et leur style de vie, entre autres. Euterpe donne des cours d'allemand à des syriennes (majoritairement) venues en Allemagne pour fuir la guerre et la destruction dans leur pays, et leurs conséquences économiques. Puisque l'Allemagne est généreuse, qu'elle a une faible natalité, des besoins en main d'oeuvre, refugees welcome !

Ce thread (cliquer sur la date en bas pour dérouler) donne à réfléchir sur le genre d'accueil qu'on réserve à ces femmes déracinées qui ont fui la guerre en laissant tout derrière elle, encore heureux si elles sont venues avec leur famille. Il faut rappeler qu'on ne quitte pas le pays où on est né-e par caprice, il y faut une urgence et une détresse absolues. Elles sont musulmanes du moyen-Orient, donc voilées pour la plupart, pas d'objection à ça. Ces cours d'intégration contiennent l'enseignement de l'allemand, mais aussi les us et coutumes, les lois qui s'appliquent, tout ce qu'il faut connaître pour s'installer durablement et vivre en Allemagne comme des allemands avec tous les avantages d'être allemand-e (et les inconvénients aussi, une forme de solitude urbaine et individuelle qui existe moins dans les pays du Moyen-Orient, sans doute). Leur présenter des professeures d'allemand première langue voilées ou portant le foulard, est-ce bien un signe qu'on veut qu'elles s'intègrent ? Il est présupposé qu'elles sont musulmanes (alors qu'en Europe on voit le retour à la pratique religieuse des deuxièmes et troisièmes générations d'immigré-es, issues de parents qui l'avaient abandonnée, rappelons que bien que la plupart du temps tus, l'athéisme et le sécularisme font des progrès dans les pays arabes) et que donc, elles s'attendent à ce qu'on "respecte" leurs croyances et leur vêture. Mais en est-on sûres ? Qu'elles soient habillées selon ce qu'on leur prescrit dans leur pays d'origine et arrivent ainsi en Europe, c'est certainement normal, mais qui nous dit qu'elles ne verraient pas comme une opportunité de se libérer de ces prescriptions justement parce qu'elles vivront désormais en Europe ? Qu'elles pourraient changer leur destin si elles le souhaitent en profitant des acquis des occidentales ? Qu'elles en rêvent sans se le permettre, et n'attendraient qu'une occasion, un exemple, une stimulation de notre part pour jeter leurs voiles et l'oppression par dessus les moulins ?

Pourquoi sommes-nous si frileux à défendre notre propre culture faite d'égalité femmes / hommes, au moins dans les textes, à tenir fermement à nos principes, et à les défendre ? Par quelle perversion devrions-nous nier ce que nous sommes, nous les pays hôtes, à avoir honte des combats menés et gagnés par des légions de femmes et d'hommes dans l'histoire et même l'herstoire ?

Par dénigrement de nous-mêmes, par timidité, pire, par condescendance ? Le relativisme, ou différentialisme culturel, est pour moi une condescendance, avec le sous-texte suivant des protestations de tolérance : elles ne sont pas arrivées au même stade de développement culturel et social que le nôtre, faisons avec et attendons. Ces pauvres sous-développées, on ne va quand même pas les contraindre ! De plus, le différentialisme culturel fait l'impasse sur les mouvements de révolte des femmes iraniennes qui, prenant tous les risques, se dévoilent les mercredis dans les rues de Téhéran, sous les mots-clés #WhiteWednesdays ou #MyCameraMyWeapon, #MyStealthyFreedom, #NousSommesLeursVoix. Et de celui des saoudiennes qui courent en mixité dans un pays d'une bigoterie effroyable. De celui des afghanes qui font du vélo à Kaboul. Toutes se battent contre les injonctions patriarcales et religieuses. Qu'on ne contraigne pas, c'est évident, mais on peut inciter, stimuler, être solidaires de leur émancipation et de leur autonomisation. C'est cela pour moi la sororité : une solidarité stimulante. Refuser les complexes, être fière de nos acquis, être ferme sur nos principes, revendiquer nos valeurs de démocratie, d'égalité entre tous et entre femmes et hommes, filles et garçons, à l'école, dans la rue, sur nos lieux de travail. J'imagine qu'on leur donne des cours d'éducation sociale et civique, puisque notre vie en société impose qu'on respecte certains principes. Pour certaines d'entre elles, cela peut être un empowerment (empouvoirement) bienvenu. Je me tiens donc aux côtés d'Euterpe dans son indignation : qu'on leur propose des professeures d'allemand première langue voilées n'est pas la meilleure façon d'y parvenir. Arriver en Europe et se retrouver en face d'une femme voilée, j'imagine que cela peut même leur faire un certain choc. D'autant que toutes les syriennes et autres nationalités ne sont pas voilées, n'oublions pas que ces pays étaient dans les années 70 dirigés par le Parti Baas, donc un parti socialiste, avant les perversions qu'il a subies à cause de dirigeants corrompus devenus dictateurs. Il faut sortir de la torpeur et de la sidération vis à vis de l'activisme politique islamiste qui instrumentalise les femmes, et ne pas oublier ce qu'écrit Salman Rushdie :



" Une des choses qui est un prisme classique des fanatiques religieux, c'est que pendant qu'ils nient leurs droits à leurs peuple, ils proclament que ce sont leurs droits à eux qui sont niés. Pendant qu'ils persécutent leur peuples, ils se prétendent persécutés. Pendant qu'ils se comportent colossalement de façon offensante, ils se proclament la partie offensée. C'est le monde à l'envers."

Evidemment que dans le processus d'autonomisation de ces femmes, leurs hommes ont tout à perdre, -comme chez nous-, d'où les résistances parfois féroces, mais il s'agit de montrer de qui nous sommes solidaires ; les femmes elles, ont tout à gagner, si l'on s'en réfère à nos principes démocratiques et d'égalité. Donc, soyons solidaires sans concessions de ces femmes, soyons sororales !

Liens 
Le forum des ex-musulmans sur Twitter (en anglais) 

dimanche 3 mars 2019

Tristes grossesses - L'affaire des époux Bac (1953-1956)

Moins spectaculaire, voire totalement oubliée, moins connue en tous cas que le procès de Bobigny qui cristallisa en 1972 l'opinion publique sur le drame des avortements clandestins et déboucha, après un acquittement général, sur la loi Veil de dépénalisation de l'avortement, l'affaire des époux Bac a pourtant fait prendre conscience elle, du drame des femmes accablées de grossesses dans un pays, la France de l'après-guerre, furieusement nataliste au prétexte de remplacer la saignée des deux guerres mondiales. Les mecs font la guerre, aux femmes de pondre pour remplacer la chair à canon et à usines au prix de leur santé et bien-être. L'affaire fit qu'après dix ans de combats, (le Parti Communiste fit hélas une contre campagne) la loi Neuwirth fut promulguée.



Non seulement la loi de 1920 punissait l'avortement, les avorteurs, avortées, médecins et soignants, de peines de prison et de fortes amendes, mais en plus, elle prohibait toute publicité des moyens de contraception, ne laissant aux couples que les méthodes irrationnelles permises par l'Eglise : Ogino, températures, retrait ou abstinence. Les médecins gynécologues se contentent hypocritement de dire "platoniquement" à leurs patientes malades ou faibles "pas de grossesses, ce ne serait pas prudent". Comment ? Mais ce n'est pas mon problème Madame. Ou à peu près, dans une société hypocrite déresponsabilisant largement les hommes. Les avortements clandestins font rage, (une grossesse sur deux, selon des estimations de l'époque), les femmes meurent ou sont gravement estropiées, l'hypocrisie est générale.

C'est dans ce contexte que se produit un "fait divers" : Danielle, la quatrième nouvelle-née en 5 ans du couple Ginette et Claude Bac meurt en 1953 de négligence, d'absence de soins, et des conséquences d'une grave dénutrition. Il y aura enquête des services sociaux, procès, deux procès : un premier où le couple sera lourdement condamné à 7 ans de détention, puis un deuxième, où la peine sera réduite à deux ans, les époux Bac sortant libres, la peine ayant été accomplie en préventive.

Deux historiennes, Danièle Voldman et Annette Wieviorka mènent l'enquête historique sur les époux Bac, rencontrent les derniers témoins, dont leur jeune avocate à l'époque (89 ans aujourd'hui), elle a le même âge que ses clients, 24 ans, sollicitent les archives de Versailles, de la prison de Haguenau, les archives départementales de Rennes et Angers, avec de nombreux moments de découragement et d'arrêt qu'elles relatent dans leur dernier chapitre : l'histoire non moins passionnante de leur enquête.

Elles montrent le rôle des époux Weill-Hallé, tous deux gynécologues, notamment de Madame Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, qui après une rencontre lors d'un congrès de gynécologie aux Etats-Unis avec Margaret Sanger, fondatrice de The Planned Parenthood, rentre en France, décidée à utiliser cette affaire Bac pour promouvoir, contre les diktats conservateurs de l'époque, la Maternité Heureuse, qui deviendra  ensuite le Planning Familial, lequel garde encore aujourd'hui dans son nom la genèse de son ancêtre US. Les voies du Seigneur étant décidément insondables, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé était catholique pratiquante, mère de famille heureuse : elle quittera le mouvement pour le Planning familial lors du combat pour l'avortement. Malgré cela, merci Madame. Vous méritez bien votre rue dans le 13ème arrondissement de Paris.

Enquête passionnante sur une histoire peu connue qui aboutit à la loi Neuwirth de 1967, à lire pour comprendre d'où viennent les femmes et le temps qu'a pris leur émancipation des diktats patriarcaux ; pour celles qui aujourd'hui rejettent la pilule, ce moyen de contraception qui fit basculer le destin des femmes : pour la première fois dans l'histoire, elles renversent la malédiction et prennent la maîtrise de leur corps et de leur fécondité. C'est la révolution du XXème siècle.

Lien vers le site de l'éditeur : Tristes grossesses - Edition du Seuil.

samedi 26 mai 2018

La longue marche des femmes

"Nous sommes les Artemisias des temps modernes : nous frappons !"
Asia Argento, une des plaignantes contre Harvey Weinstein.

Il aura fallu les témoignages de 80 femmes pour faire tomber Harvey Weinstein, alors que l'industrie savait, connaissait ses pratiques. Et encore, il  n'est pas tombé : il a juste perdu de sa superbe et dû vendre à perte sa société de production et son catalogue de films sans que l'on sache ce qui a provoqué en premier sa chute, où le déclin de sa société, ou les plaintes pour agressions sexuelles et viols. Conseillé dans son système de défense par l'ex-avocat américain de Dominique Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, il a choisi de plaider non coupable dans le dossier d'accusation de viol et agression sexuelle de deux plaignantes qui l'oppose au procureur de l'Etat de New-York. Cela nous rappelle bien des souvenirs. D'ici qu'il soit relaxé au pénal et condamné au civil, comme dans le cas de DSK, il n'y a pas loin. Mais 80 femmes, tout de même, c'est forte partie.

Même si l'industrie cinématographique revendique une sorte d'extra-territorialité (mais pourquoi, au fait ?), ce serait pas mal de se souvenir qu'une chambre d'hôtel, fût-elle dans une suite de 200 m2, n'est pas un lieu où on discute de contrats et de business. Pour cela il y a des bureaux, des salles de réunions, les grands hôtels proposent les deux à la location, comme les centres d'affaires. C'est vrai pour toutes les professions. Personnellement, j'ai toujours refusé de discuter affaires ou contrats ailleurs que dans un bureau, à une exception près : un bon déjeuner à une table de restaurant, sans boire autre chose que de l'eau en bouteille peut éventuellement aider à faire connaissance et à débroussailler le terrain d'entente. Mais c'est un peu gâcher : j'ai du mal à avaler trois bouchées et profiter pleinement du repas.


Il aura fallu le discrédit de l'Eglise Catholique Irlandaise à travers de multiples scandales de pédophilie (exportés même à Boston), des mass graves (charniers) contenant des cadavres de bébés morts-nés, ou morts d'absence de soins, dans des orphelinats tenus par des religieuses, et les fameuses laundries (buanderies) où des femmes enceintes sans être mariées ayant "fauté", étaient enfermées et exploitées dans de durs travaux non salariés, telles que rapportées par le film de Peter Mullan The Magdalene Sisters en 2002, pour que l'Irlande sollicitée par referendum abroge enfin, par un vote massif, l'affreux 8ème amendement de sa Constitution traitant les femmes en mineures, en les dépossédant de leur droit à disposer d'elles-mêmes et de leur corps.L'Irlande va désormais pouvoir se doter d'une loi sur l'avortement et cesser d'exporter au grand dam de l'Europe qui râlait mais n'en pouvait mais, ses avortements à l'étranger, notamment vers la Grande-Bretagne.
Rassurons les partisans du non au droit à choisir des femmes : ils/elles pourront continuer à avoir autant d'enfants qu'ils le voudront, jusqu'à la ménopause, en se ruinant la ceinture abdominale, et accessoirement le budget familial et les ressources de la planète. Mais en cessant de nous imposer LEUR CHOIX. On les attend maintenant sur le front des réfugiés, de leurs bébés nés qui meurent en Méditerranée, et contre toutes les guerres, puisqu'ils sont "pour la vie", sous-entendant que nous serions symétriquement "pour la mort". C'est le moment de le prouver.

A moins que ? Mais non, je plaisante : ils ne sont pas plus "pro-vie" que je ne suis la Fée Clochette ! On s'en serait aperçu-es depuis longtemps. Leur agenda, c'est d'asservir les femmes à la reproduction, aux "besoins" sexuels et reproductifs des mâles, de nous encombrer de progéniture à ne savoir où la mettre, pendant que les hommes gardent fermement le gouvernail. Les femmes très occupées au gynécée, les hommes palabrant au Parlement, les vaches sont bien gardées ? Personnellement, cette division des tâches en deux équipes, je trouve que ça suffit. Je vois où ça nous mène : à la destruction de la vie sur terre.

samedi 17 mars 2018

Intersectionnalité ? Ou convergence / divergence ? Conférence de Marie-Jo Bonnet, féministe historique

J'ai assisté à la conférence donnée le 16 mars par Marie-Jo Bonnet dans le cadre des manifestations du 8 mars 2018 à la Maison Internationale de Rennes. Titre de la conférence -il y a une erreur dans la date, le 16 était un vendredi : "Convergences et divergences des luttes intersectionnelles : l'exemple de l'homosexualité". Cela m'intéressait au plus haut point d'entendre une féministe historique, co-fondatrice du MLF, militante lesbienne, dire son point de vue sur l'intersectionnalité, dernière mutation du féminisme - "des féminismes", diraient certaines. Voici mon résumé de la conférence.

Définition de l'intersectionnalité : "Intersection des courbes (mathématiques) et tendances prenant en compte plusieurs critères et interactions dans l'expression des discriminations et des inégalités sociales selon le genre, l'ethnie, le handicap, l'orientation sexuelle... combinant différents effets de façon positive ou négative.". Le féminisme intersectionnel est au départ basé sur une notion juridique nord-américaine théorisée par le Black Feminism issu du mouvement des Civil Rights dans les années 70 (Elsa Dorlin, anthropologue du féminisme africain-américain), constatant que les femmes noires étaient déboutées de leurs plaintes pour discriminations sexistes au motif que la jurisprudence ne constatait pas ces cas lors de précédents jugements -majoritairement issus de plaintes pour discriminations sexistes de femmes blanches. Il fait le constat que les discriminations sont multicritères, qu'il y a pluralité de discriminations de classe, race et sexe, qu'elles se croisent, s'additionnent et peuvent ou non se renforcer. Il y a invisibilité des discriminations et elles peuvent être relatives à un groupe donné.

Herstoire du Mouvement des femmes, du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire)

Cofondé au début des années 70 par des féministes militantes à la suite de Mai 68 : Monique Wittig, Marie-Jo Bonnet ( MJB), Christine Delphy, lesbiennes militantes, Françoise d'Eaubonne, hétérosexuelle homophile, et d'autres, le féminisme du MLF se veut universel : c'est "le Nous des femmes" explique MJB. Proprement révolutionnaire, c'est la première fois dans l'histoire que les femmes libèrent leur parole en disant "nous", de fait, séparateur des hommes. D'ailleurs, les hommes (hormis les gays avec le FHAR qui sera de toutes les manifestations derrière les femmes et leurs banderoles, car dit MJB, " il y avait du commun ", les gays étaient aussi silenciés), la plupart de leurs réunions à la Mutualité à Paris ne seront pas couvertes par l'ORTF de l'époque, les journalistes et les cameramen étaient refoulés de la salle, car de sexe mâle. La prise de conscience suivra, et l'ORTF formera et nommera des femmes dans ces deux métiers masculins pour pouvoir rendre compte du Mouvement des femmes et de leur prises de parole publique, hors lieux clos comme par exemple les prisons. Les années 70 et le mouvement féministe portent une contre-culture avec le "menstruel" féministe Le torchon brûle, Tout!, le journal des homos, et leurs slogans communs : A bas la virilité fasciste, à bas la dictature du phallus !
Monique Wittig, féministe et lesbienne radicale aura une phrase considérée comme malheureuse en 1980, rejoignant ainsi la pensée de Simone de Beauvoir sur le genre, en substance, les femmes sont des hommes comme les autres : "les lesbiennes ne sont pas des femmes" qui doit se lire comme les femmes hétérosexuelles vivent sous le joug du phallus, soumises aux hommes, les lesbiennes, elles, s'excluent de ce genre, car elles n'aiment pas les hommes, elles s'aiment entre elles.

A partir de 1981, c'est la fin de la communauté (classe sociale) des femmes, retour aux rapports sociaux de sexe, le mot femme disparaît au profit de "genre", les gays veulent se féminiser alors que les féministes n'en peuvent plus et rejettent radicalement ce concept de "féminité" considéré comme aliénant, les lesbiennes disparaissent, littéralement occultées, lors des années SIDA. Les hommes gays meurent massivement de l'épidémie, ce qui va provoquer un activisme gay, et les subventions vont aller aux associations gays de lutte contre le SIDA. Les lesbiennes se séparent des gays pour aller vers les femmes hétéros.

Années 2000-2010, le combat pour le PACS et le "mariage pour tous" : ces combats aboutissent selon MJB à une "normalisation des gays" ; pour MJB, l'homosexualité est une chance, c'est être non "main stream", à contre-courant, bénéficier d'un "stand point" (point de vue) hors norme. Le Mariage pour tous a été vendu à l'opinion comme une conquête de l'égalité, alors qu'il ne s'agit pas d'égalité au sens "droits de la personne, droits humains", mais de fait, d'une égalité entre couples hétéros et homos, les discriminations individuelles demeurent. Je pense qu'on peut dire la même chose de la PMA car les femmes célibataires en sont exclues. Quand à la location d'utérus, euphémisée sous l'acronyme de GPA* (tour de passe passe, le A suggérant l'altruisme), elle n'est ni plus ni moins qu'un droit revendiqué des hommes gays à l'accès au corps des femmes qu'ils n'aiment pas charnellement, pour porter leur descendance en effaçant la mère. Leur normalisation (et leur indéniable passage dans le camp du phallus) est achevée.

On assiste, dit MJB, à une " dissolution du féminisme dans les genres, la pratique sexuelle est au cœur de l'identité (homosexualité, trans-sexualisme), et le communautarisme est au centre de la solidarité, plus rien ne se transforme par la prise de conscience. Tout se fige dans un face à face destructeur  qui ouvre le règne des genres et du communautarisme sexuel. Fin de l'idée révolutionnaire, fin de la contre-culture. A force de couper la réalité en morceaux, on perd le sujet ".

Et puis, Année 2017 : retour du collectif, les femmes en tant que groupe social s'expriment à nouveau, la parole se libère comme en 1970-1971 avec le Mouvement mondial #MeToo ; elles n'en peuvent plus collectivement des violences, du silence et de l'omerta. Elles parlent, elles dénoncent et balancent leurs agresseurs. " MeToo, le nouveau cycle de la parole ; c'est le sujet qui parle, tout à coup c'est la libération, on parle de ce qui est refoulé dans l'inconscient."

Espérons que le mouvement #Metoo relance la parole collective des femmes. Mais " il faut être ferme sur les principes " conclut MJB.

En conclusion : Je vais tenter moi aussi, pourquoi pas, ma petite revendication intersectionnelle, puisque je fais partie d'un groupuscule dont on ne parle jamais, qu'on n'entend pas, et qui a le bon goût de raser les murs. Il s'agit des femmes célibataires sans enfant, et le comble, nous ne sommes même pas lesbiennes, donc vraiment aucune excuse ! Il va de soi que nous sommes aussi discriminées sur ce statut, en plus du reste : réputées égoïstes, n'ayant que soi à prendre en charge, imposées sur le célibat par le fisc, taxées dans les hôtels pour chambre à lit à une place, et en permanence emmerdées par les invitations de rigueur en couple. Au point de songer à louer un beau grand chien classieux à la SPA et arriver enfin à deux en smoking aux réceptions ! Tabac assuré. En entretien de recrutement, il n'est pas rare de s'entendre demander "mais pourquoi vous n'avez pas d'enfant ?", question parfaitement illégale ; tentez juste d'aller vous plaindre à l'Inspection du Travail ou même au CIDF, c'est l'expérience extrême, on vous y reçoit avec condescendance ou même mépris : les gars du bâtiment passent en premier à l'inspection du travail, et les femmes battues et/ou mères isolées sont les priorités du CIDF (enfin, j'espère, parce qu'à chaque fois que j'ai eu affaire à elles, j'ai été frappée par leur inertie !). Mais non, nous tenons bon, nous faisons et refaisons tous les jours nos choix, en rappelant aux autres qu'un choix, c'est dire non à toutes les autres possibilités, même (surtout) quand on choisit le mariage et la maternité ; nous travaillons notre assertivité et notre autonomie pour laquelle nous ne sommes prêtes à rien lâcher, nous portons nos noms fièrement et répondons à qui nous demande notre "nom de jeune fille" : j'espère que vous avez demandé la même chose au mec qui est passé avant moi, parce que le double standard ça commence à bien faire !", et sommes et restons surtout de fières féministes universalistes, répétant les slogans MLF des seventies "Un mâle, des maux" et "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette" ! Que ferait un poisson d'une bicyclette, grande déesse ?

Mon MLF Albin-Michel Editeur :



MJB est à droite de la photo au premier plan.

"Viol de nuit", "Terre des hommes", "Un mâle, des maux" : slogans du MLF. Très radicaux comparés aux #HeForShe d'aujourd'hui !

Marie-Jo Bonnet, historienne de l'art et des femmes artistes, prépare actuellement une exposition "Les femmes et l'art" avec le Musée des Beaux-Arts de Rennes. Exposition prévue pour 2019. A suivre donc.

*GPA : Gestation Pour Autrui
Les citations de MJB sont en caractères gras et rouge.

mardi 23 janvier 2018

Nouvelle offensive contre l'IVG et les droits des femmes


Niki de Saint Phalle - ABORTION - Freedom of choice - 2001 - Lithographie, autocollants.

Les ennemis de la liberté de choix des femmes sont de nouveau en train d'attaquer nos droits. Au Parlement polonais, dominé par une majorité ultra-conservatrice, on discute de  nouvelles restrictions du droit à l'IVG, les anti-choix manifestent en France le même jour que la Women's March 2018.

En 2001, il y a 17 ans, l'artiste Niki de Saint Phalle posait via l’œuvre ci-dessus la question de la surpopulation, montrait que les prétendus pro-life tuent des obstétriciens pratiquant des interruptions de grossesse tout en prétendant défendre la vie, et qu'une partie du monde ne mange pas à sa faim. Les prolife acceptent aussi parfaitement la guerre, et la mort ou les atteintes à la santé des femmes quand elles sont obligées d'avoir recours à l'avortement clandestin. Cela ne leur pose aucun problème déontologique.
Tout cela n'a rien à voir avec la défense de la vie, mais tout à voir avec la contrainte faite aux femmes d'être à la disposition des hommes pour reproduire leurs gamètes, les laisser faire carrière sans la concurrence des femmes, et au final, fournir une abondante chair à canon pour leurs guerres incessantes. Piètre défense de la vie, adhésion sans faille aux vieilles antiennes patriarcales.
Donc, rappelons à ces éleveurs du Néolithique, préférant la quantité industrielle à la qualité, que la loi autorisant l'IVG n'empêche personne de faire des portées de 12 s'illes souhaitent encombrer la planète de leurs descendants -certainement parce qu'illes se trouvent intéressants et beaux. Pas plus qu'une loi sur la fin de vie n'empêche les "pro-vie" de boire le calice jusqu'à la lie en profitant de leur cancer jusqu'au bout ! La liberté individuelle et le droit des femmes à disposer de leur corps et de faire leurs choix sans passer par l'autorisation d'un curé, d'un père, d'un psy, même pour les mineures, est inscrit dans la loi. Ils nous emmerdent avec leur acharnement.

Nous sommes 7,6 milliards sur la planète, l'humanité n'est pas en voie de disparition. On est davantage à la merci d'une "bonne guerre" pour éliminer le trop plein, vu les enragés agités du bocal incompétents, limite psychopathes, que les électeurs portent au pouvoir. Il y a plein de gens qui fuient leurs pays en guerre, et qui cherchent refuge en Europe, je n'ai jamais entendu des "pro-vie" défendre leur droit à un accueil décent.

Tant que j'y suis, je ne supporte plus non plus l'amalgame qui est fait entre ces obsédés de la natalité et nous, féministes, au sujet de la GPA (gestation pour autrui). Je perds mes abonnés gays sur Twitter quand je twitte mon opposition à cette technique d'élevage et d'exploitation / marchandisation du corps des femmes qui me révulse. Faut-il rappeler aux gays que les féministes les ont toujours soutenus lors des combats qu'ils ont menés pour la reconnaissance de leurs droits, y compris le mariage (cette institution patriarcale dont je n'ai pas voulu pour moi) et la PMA pour les lesbiennes (PMA dont je n'aurais pas voulu non plus) parce que dans ce cas, il s'agit d'égalité. Pourquoi accorder la PMA uniquement aux hétérosexuelles en couple, et pas aux lesbiennes dans la même situation ? Ceci précisé, la stérilité n'est pas une tare. Il n'y a pas de droit à l'enfant, ce n'est pas un droit humain. C'est parfaitement déplaisant cette sensation d'être assimilée aux pires curés obscurantistes tellement haineux des femmes qu'ils les veulent asservies à la reproduction, ce soupçon d'être passée côté sabre et goupillon. Mais je ne me fais aucune illusion, la GPA est parfaitement compatible avec le néolibéralisme, comme la prostitution. Elle rentre dans l'économie informelle qui fait des êtres humains des entrepreneurs d'eux mêmes, quitte à vendre leur corps en cas de mauvaise passe économique, le fait que les mauvaises passes économiques ce sont les femmes qui les prennent plein pot ne sera pas évoqué. Choix sur catalogue, stimulation ovarienne, prise d'hormones, implantation d'embryon, étroite surveillance pendant 9 mois et même plus, aucune liberté de mouvement, abandon par contrat de l'enfant que vous avez porté, je pose la question en les regardant bien dans les yeux, QUEL HOMME FERAIT CELA POUR UNE FEMME ?

 Les gays qui n'aiment pas charnellement les femmes, trouveraient quand même normal d'accéder à leur ventre en payant 9 mois de grossesse étroitement surveillée entravant la liberté de mouvement et de circuler d'une femme, pour se procurer une descendance ? La technique est disponible et appliquée avec succès dans d'autres pays, je suis pessimiste, elle sera légalisée. Elle rentrera par la porte dérobée de la nationalité, par la mise devant le fait accompli : comment refuser à un enfant né à l'étranger de l'achat d'un ventre, la nationalité française ? Vous conviendrez avec moi que faire payer à un enfant l'irresponsabilité de ses parents est injuste.

L'adoption semble la solution pour les couples stériles, ce que sont les couples d'hommes gays. Seulement, il n'y a plus d'enfants à adopter en Europe : on ne peut pas le regretter, c'est un progrès humain que les femmes ne soient plus obligées d'abandonner leurs enfants dans des orphelinats. Il y a des enfants adoptables dans le monde tiers, toutefois, prudence aussi de ne pas tomber dans le piège du riche néocolonial, décrit par le Storify à suivre sur ce lien. Un enfant, un être humain, ne sont pas des marchandises aliénables par contrat commercial.

Le changement climatique est un défi sans précédent que nous allons devoir affronter avec les désordres et les conflits qu'il préfigure, d'ailleurs il est déjà là ; la biodiversité disparaît, la terre et ses ressources sont menacées par la surpopulation humaine, MAIS le sujet c'est les techniques de procréation au service des mecs. On en reste sidérée. Depuis les éleveurs nomades du Néolithique, ils n'ont pas progressé d'un centimètre : leurs "besoins", leurs gamètes, les femmes à leur service. Au final leur irresponsabilité auront raison de nous en tant qu'espèce après qu'ils auront fait le vide autour de nous. Comptez sur moi pour garder l’œil sec. On dirait bien que les hommes sont des trous noirs au sens astro-physique du terme : ils absorbent tout mais ne rendent RIEN. Il est temps de prendre le pouvoir.


Niki de Saint Phalle - Artiste, plasticienne, sculptrice, féministe française - 1930-2002
Ici, très chamanique, avec un de ses serpents "arbres de vie" en acrylique. On peut en voir un monumental dans la cour du musée des Beaux-Arts d'Angers.Je vous le conseille, il est bourré de bonnes vibrations :)

mercredi 8 mars 2017

#8mars Journée Internationale des Droits des Femmes

International Women's Day



C'est notre 8 mai 1945 à nous, notre journée d'armistice, sans traité de paix, comme il se doit, contre les femmes la guerre reprend dès le lendemain ! Discriminations, doubles-standards, plafonds de verre, double bind, contrainte à la sexualité et à la reproduction, harcèlement, insultes dans la rue, terrorisme machiste histoire de nous rappeler qui détient le pouvoir et n'a pas l'intention de le lâcher, surtout sur les sujets qui nous concernent au premier chef. Bien entendu les patriarcaux et leurs agent.es s'arrangent pour en mal prononcer l'intitulé et les intentions : attendez vous à des "journée de la fame" prononcés par des journalistes et présentateurs atteints de psittacisme, et qu'en plus, elle va tourner à l'avantage des confiseurs, des fleuristes, et des fabricants de soutifs. Donc, préparez bien vos oreilles et buvez des verveines histoire de calmer votre rythme cardiaque.

Le 8 mars est une journée de militantisme quoique, pour ce qui me concerne, le militantisme dure toute l'année. En attendant, voici le programme de la journée, les actions partout en France : cliquez sur les liens vers le site d'Osez le Féminisme



Si vous bossez et n'arrivez pas à vous libérer, vous pouvez peut-être mettre à profit cette journée pour obtenir un rendez-vous de votre patron pour lui demander une promotion ou une augmentation de salaire en lui mettant sous le nez des graphiques, tableaux et arguments montrant que vous faites tous les jours progresser -selon votre poste : la gestion, le chiffre d'affaires, la qualité de l'accueil ou industrielle, la propreté, des recrutements de qualité, la communication, la productivité,... de son entreprise. Qui sait ? L'effet 8 mars peut jouer en votre faveur. Si vous n'obtenez rien, promettez-vous de revenir à la charge. La cooptation masculine est la source inépuisable de l'incompétence au pouvoir dans les entreprises ! Vous ne pouvez définitivement pas laisser faire.

 Devenez le PDG que vous parents ont toujours voulu vous voir épouser ! Source Twitter

Imaginez la "Journée du Noir " dans le même style que la Journée de la 
fâme ?

J'ai trouvé sur Twitter cette capture d'écran d'un compte Facebook -introuvable- puisque je ne suis décidément pas dans les papiers de Zuckerberg, qui par ailleurs se garde l'exclusivité des publications de ses abonné.es.  


Vous pouvez aussi y aller de vos pochoirs, tags, bandeaux adhésifs contre le harcèlement de rues ou le sexisme des affiches publicitaires.

Bon #8 mars militant :))

Actualisation 8 mars 14H30 
Ne ratez pas dans Charlie Hebdo de ce mercredi n° 1285 la double page centrale : Féministes, immigrées et laïques : la triple peine.
Betty Lachgar : marocaine, psychologue, fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles MALI.
Diaryatou Bah : Franco-guinéenne, animatrice au Centre social de Montreuil.
Fatima Benomar : Fondatrice des efFRONTTées, groupe féministe progressiste, laïque, antiraciste, antilibéral. Ex-militante d'Osez le féminisme qu'elle a trouvé "sans culture de la désobéissance civile et de l'éducation populaire".
Soudeh Rad, iranienne en France, éditorialiste de sites internet en persan. Assistante administrative en entreprise.

Actualisation 8 mars 18H30




PS : Mon billet est optimisé sur Chrome (espacements, centrages images et texte). Je m'aperçois qu'il n'a pas le même aspect en fonction du navigateur -Mozilla notamment, qui est en berne chez moi, depuis hier soir.

vendredi 3 mars 2017

Revue d'actualité

Ressac - Backlash

Le Texas, qu'on ne présente plus, -il avait déjà tenté d'imposer en 2016 une inhumation pour tous les fœtus avortés-, récidive avec une proposition de loi autorisant le médecin (article en anglais) à se réserver le choix de révéler à la femme enceinte qui le consulte, l'état de santé du foetus qu'elle porte. La future mère serait ainsi incapable de faire le choix informé de mener ou non sa grossesse à terme. Le médecin pourrait être autorisé à trahir son serment, à mentir au moins par omission, à tromper sa patiente, de quoi entamer sérieusement la confiance en son praticien. Ne parlons pas de l'éternel état de mineure, irresponsable, où ces législateurs pensent pouvoir tenir les femmes. A moins qu'il n'y ait des arrières-pensées : les contraindre à procréer, les éloigner durablement du marché de l'emploi où elles sont perçues comme des concurrentes des hommes, et bien sûr, les maintenir dans la faiblesse économique, ce qui alimente un pool de désespérées qui n'auront que la prostitution comme dernier expédient de survie. Ces méthodes d'arraisonnement des femmes sont ancestrales comme le patriarcat.

Trump, les libéraux et l'inutilité économique des femmes

Dans la droite ligne de ce qui se passe au Texas, la virilité toxique ayant repris le pouvoir en la personne de Trump aux USA, des décrets contre les pauvres, donc les femmes, sont signés en rafale : désengagement financier aux agences d'aides nationales et internationales dont les femmes sont principales récipiendaires à cause de leur pauvreté endémique, suppressions d'emplois dans la fonction publique, relances de chantiers liés directement ou indirectement à l'extractivisme, constructions de pipe-lines..., à forte concentration d'emplois masculins : généralement sur ces chantiers, comme lors d'événements à majorité masculine, sessions parlementaires, tournois sportifs.., on observe un afflux de prostituées. L'article, excellent, est à lire en français en suivant ce lien.

Les conjointes d'artisans, toujours pas de couverture sociale.

J'avais rendez-vous cette semaine avec mon assureure pour un point matrimoine. Après avoir évacué le sujet, nous avons parlé boutique commerciale : elle rencontre dans ses activités des artisans-commerçants et donc les conjointes (généralement, ce sont des femmes à 98 %) pour leur vendre des assurances. Elle m'a raconté comment elle marne pour tenter de faire comprendre à Monsieur, et même à Madame, qu'il vaut mieux mettre à l'abri sa conjointe avec une couverture sociale et une assurance en cas d'accident de la vie : divorce, décès, accident, Robert qui part avec la caisse (c'était ma contribution, j'ai vu faire), etc... Toutes les joyeusetés du mariage et de la séparation en somme. Et bien, figurez-vous qu'elle trouve encore des femmes sans couverture sociale en propre alors qu'elles travaillent avec leur mari : secrétariat, comptabilité, tenue d'agenda, travail réel, non fictif mais NON REMUNERE et non déclaré. Elles sont toujours ayant droit du mari. J'ai, moi, déjà rencontré des cas où Robert fait croire à sa femme qu'il la déclare, alors que non. Mais impossible de parler de divorce ou séparation selon mon assureure, c'est la meilleure façon de perdre un client et de faire fuir un prospect. Beau savoir qu'un couple sur deux divorce, rien n'y fait. L'hystérie de l'amourrrrr toujourrrrrs continue ses ravages. Je vais faire œuvre de salubrité publique : Mesdames, si vous passez par ici, exigez un salaire et une couverture sociale, un contrat de séparation de biens, une assurance décès ou invalidité : ils ne tuent pas l'amour, c'est même une preuve d'amour. Faire un testament ne fait pas mourir, là c'est pareil. S'il refuse, barrez-vous ! Vite. Loin. Avant qu'il ne soit trop tard. A la loterie, vous avez tiré un gros pignouf.

Vous avez combien de parts ? 

Me demande une de mes caisses qui vient se servir sur mon compte parce qu'elle a les clés du coffre. Comme le technolecte fiscal ne m'est pas familier, je demande un décodeur : une part, c'est quand vous êtes nokids (nullipare, en obstétrical), célibataire sans personne à charge, me déchiffre-t-on. J'ai effectivement une part, ça me suffit, je ne mange pas la laine sur le dos de la planète moi, je ne balance pas de jouets cassés ni d'électro-ménager dans les rivières, moi ! J'essaie d'être le plus décarbonée possible, si vous préférez. Et bien voilà, me répond mon interlocuteur, vous avez plus d'impôts et de CSG à payer ! Quel monde étrange : on est 7 milliards 300 millions vivant sur la bête, très mal pour plus de la moitié du monde ; ici, pas de place en crèche, ni en maternelle, pas de place dans les universités, chômage incompressible avec plus 140 000 primo-demandeurs arrivant sur le "marché" de l'emploi tous les ans à cause de la natalité française "dynamique" SIC, pas de place en maison de retraite, plus de place dans les cimetières, mais la fiscalité incite à la natalité ? On est vraiment mal barrées.

lundi 29 février 2016

Thérèse Clerc "Le voyage a été si beau !"

Née en 1927, Thérèse Clerc s'est éteinte à 88 ans le 16 février 2016. Féministe "canal historique" du deuxième féminisme, celui du MLAC -Mouvement pour la Libération de l'Avortement et de la Contraception-, celui des années 70, de "mon corps m'appartient".


Elle a plus de 40 ans et 4 enfants (elle se morfond d'ailleurs épouvantablement dans le conjugo, l'ai-je entendue un jour témoigner) quand elle découvre le mouvement et devient... lesbienne. Comme quoi, le conjugo et la maternité mènent à tout à condition d'en sortir ! Thérèse Clerc n'était pas ce qu'on appelle polie, avec un vocabulaire châtié : elle disait "les bonnes femmes" tout en étant solidaires d'elles. Je l'ai entendue un soir dans un coin de télé perdre patience quand un mec lui a dit qu'il n'y avait pas de grandes femmes dans l'histoire ni dans la littérature, elle a semblé perdre pied puis la moutarde lui montant au nez : "oui, moi j'aimerais bien savoir tout de même qui a inventé la gomme a effacer les femmes de l'histoire" ! Ou comment clouer le bec aux importuns. Clairement, elle n'était plus dans l'air du temps, celui des "féminismeS" au pluriel, donc un combat forcément divisé : "inclusif" (?), "intersectionnel", "islamique" (sans rire), "catholique" (sans rire bis), celui du relativisme culturel, celui de #HeForShe, Lui pour elle (au secours les mecs, on n'y arrivera pas sans vous !), celui où les femmes mettent leur point d'honneur à "concilier", Thérèse Clerc vient du féminisme de combat, utopique, subversif, où tout était ouvert et possible, où avoir un utérus était juste une potentialité, on n'était pas obligées de s'en servir. Celui du néo-malthusianisme aussi (à ne pas confondre avec le malthusianisme) celui du planning familial et de l'arrêt de l'épuisement du potentiel des femmes dans la maternité. Une époque récente, les années 60-70, mais une époque révolue. Hélas.

Symptôme : alors que tous les grands médias traditionnels, de Libération au Monde en passant par l'Humanité et le Nouvel Obs, se sont fendus d'un article hommage, je n'ai rien trouvé dans les Nouvelles News ! Osez le féminisme s'est contenté du minimum syndical : un tweet. Et encore, je me demande si ce n'est pas parce qu'elles on vu passer les miens terriblement endeuillés. Avant la loi Weil, Thérèse de Montreuil , militante féministe, pratiquait des avortement clandestins dans un immeuble de la ville, et comme la cause n'avançait pas "on est devenue grossières comme des porte-faix", témoigne-t-elle ! Bref, plus vraiment le féminisme si poli d'aujourd'hui.

Avançant en âge, et après avoir créé la Maison des Femmes de Montreuil, cette combattante est allée porter la voix des "vieilles", ces femmes dont la société ne veut plus, ne voit plus, parce qu'elles ne sentent plus assez bon les hormones, cet âge dont elle disait qu'il est celui de la grande liberté. " La société ne s'occupe plus de nous, mais nous, on s'occupe de la société ! " Elle a fondé les Maisons des Babayagas sur le modèle des béguinages, puis l'Unisavie, une université populaire dédiée au vieillissement et à la transmission des savoirs. On la voit témoigner dans le film de Sébastien Lifshitz (2012) "Les invisibles" où elle parle de son expérience de lesbienne. Cette femme était solaire, au plein sens du terme. Et comme ce qu'elle disait fait tellement de bien à entendre, voici un fichier audio d'une interview par France Info, pour réécouter sa voix et son bel optimisme. Dans les dernières minutes, elle parle même d'écologie !



" Je n'aime et je ne veux transmettre que la subversion " - Thérèse Clerc



Lien supplémentaire : Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs -Editions des Femmes

vendredi 31 juillet 2015

Mary Richardson : Slasher Mary, Mary la Balafreuse



Le 11 mars 1914, la suffragiste anglo-canadienne Mary Richardson attaque au hachoir la toile La Vénus à son miroir, tableau peint par Velasquez au milieu du XVIIème siècle espagnol, exposé à la National Gallery à Londres, pourtant déjà à l'époque protégé par une épaisse plaque de verre.

Amaigries, épuisées par des séjours en prison et des grèves de la faim à répétition, où elles sont douloureusement gavées par des geôliers sans pitié, les activistes suffragistes anglaises n'obtiennent rien, sauf les quolibets et la répression des patriarcaux sûrs d'eux et de leur pouvoir, refusant d'intégrer les femmes dans ce qu'ils appellent pourtant une "démocratie". En 1910, une répression brutale s'est abattue sur les suffragistes, deux femmes seront tuées et deux cent arrêtées. Quelques jours avant les coups de hachoirs, Emmeline Pankhurst, une autre proéminente suffragiste est arrêtée et incarcérée à Londres. Forcément, il y a de quoi se radicaliser.

Pourquoi je vous parle de ça cent ans après ? Parce que dans le numéro 1199 du du 15 juillet 2015 de Charlie Hebdo, Philippe Lançon, toujours en rééducation pour sa blessure au visage, livre son billet où, entre autres choses, il raconte être allé voir quelques jours avant l'ouverture au public, l'exposition Velasquez au Grand Palais avec sa chirurgienne. La Vénus au miroir, "rare nu de la peinture espagnole" figure dans l'exposition. Une restauratrice lui raconte l'acte de Mary Richardson en examinant la restauration du tableau à la lampe. Et Philippe Lançon de commenter le geste de Richardson : "C'était un acte politique contre une société dominée par les hommes, les discours des hommes. Et (rajoute-t-il) c'était un acte puritain". Ce qui m'a fait sursauter.

Vénus à son miroir AVANT : 





Vénus à son miroir APRES avoir tâté du hachoir de Mary Rchardson :


Puritain ? Les femmes c'est bien bon à poil, le cul à l'air, sur les tableaux dans les musées, c'est moins bien dans les assemblées masculines, les académies, et dans les isoloirs des bureaux de vote, a dû se penser Mary Richardson en fomentant son acte iconoclaste. Mais imaginez qu'elle ait décidé de lacérer au hachoir un Christ en croix  -c'est quand même bien le diable si on ne trouve pas un Christ à poil, supplicié, le divin service trois-pièces dissimulé sous un pagne à la National Gallery ? Imaginons maintenant qu'elle ait pensé à viser au hachoir les saintes couilles du Christ. Mais pensez un peu à ce qu'auraient dit les mâles au pouvoir ? Regardez, elles veulent nous émasculer, ces harpies -en anglais évidemment- si on leur donne le droit de vote, ça nous mène directement au statut d’eunuque sans couilles, pire même, sans la divine verge ensemenceuse ! Un pur cauchemar masculin. Je n'étais pas dans la tête de Mary Richardson et je suis bien hardie en vous livrant ses hypothétiques pensées, mais il faut tout de même reconnaître qu'on a tout le temps tort, même 100 ans après, ce sont toujours les hommes qui racontent l'histoire et en font le commentaire. Alors disons que c'est une tentative de donner un point de vue de femme, activiste aussi.

Il faudra attendre la fin de la meurtrière guerre 14-18 dont les hommes sont rentrés exsangues (les femmes seules ayant tenu les pays en guerre), 1918 exactement, pour que le suffrage "universel" soit étendu aux femmes anglaises de plus de 30 ans (21 ans pour les hommes !), puis encore 10 ans, 1928, pour que les femmes puissent voter à partir de 21 ans en Grande-Bretagne ! Il a fallu deux lois pour que les anglaises accèdent enfin à leurs droits civiques ! Emmeline Pankhurst mourra malheureusement en 1928, deux semaines avant de voir ça ! Mary Richardson s'engagera étonnamment dans la British Union of Facists pendant 2 ans avant de la quitter, déçue par leur insincérité envers la défense des droits des femmes. Elle meurt en 1961. Les femmes françaises, elles, devront encore faire une guerre (39-45) engagées à égalité numérique avec les hommes dans la Résistance, pour se voir accorder le droit de vote par décret, sans passer devant un Parlement peuplé de radicaux-socialistes, résolument hostiles au vote des femmes. Le militantisme féministe est une longue route raboteuse, semée de cahots.

vendredi 15 mai 2015

Margot Wallström applique le féminisme


Photo : Kristian Pohl - Gouvernement de Suède

Margot Wallström est l'actuelle ministre des affaires étrangères du gouvernement social démocrate de Suède. Après avoir été Commissaire européenne deux fois, notamment à l'environnement de 1999 à 2004 (Commission Prodi), et vice-présidente de la Commission Barroso, puis de 2010 à 2014, la première représentante spéciale auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, reportant sur la violence sexuelle dans les conflits. Lors de la formation en 2014 de la coalition gouvernementale au pouvoir en Suède, Margot Wallström promettait une "politique étrangère féministe". Elle a tenu parole : critiquant les manquements aux droits des femmes en Arabie Saoudite, théocratie monarchiste, (où rappelons-le, elles ne peuvent sortir que sous la surveillance d'un gardien mâle, n'ont pas le droit de conduire, entre autres droits humains bafoués...), Margot Wallström vient de révoquer un contrat d'exportation d'armes à destination de l'Arabie Saoudite, pour ces motifs. Du coup les saoudiens ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Suède, les businessmen suédois ne décolèrent pas, leurs visas ont été révoqués, et pour faire bonne mesure, les saoudiens ont annulé le discours de Wallström devant la Ligue Arabe, et même un échange de quatre singes amazoniens du Zoo de Suède avec le leur. Bref, ils ne sont pas contents du tout. Les "hommes d'affaires" suédois non plus. Quoi, annuler de juteux contrats d'armement pour des histoires de bonnes femmes ?

Ce n'est pas François Hollande qui ferait pareil : au nom de la "realpolitik" et de l'emploi, il signe des contrats avec l'Inde, le Qatar et l'Egypte qui "se goinfrent des avions de papy Dassault, et préparent leurs petites guerres dans leur coin", comme écrit Charlie Hebdo dans son N° 1190. Et qui bafouent eux aussi allègrement les droits humains, et bien sûr, les droits des femmes. Après nous le déluge, le business avant tout, l'argent n'a pas d'odeur, les hommes n'ont aucune vista, ou ils estiment ne pas avoir les moyens d'en avoir une. Je penche pour la première proposition.

Margot Wallström a été, rappelez-vous, observatrice de la situation des femmes dans les conflits auprès des Nations Unies, et elle a constaté que la situation des femmes et des filles est largement ignorée dans la résolution de ces conflits, que les aides étrangères ne prennent jamais en compte leur besoins parce que les femmes participent rarement aux négociations de paix. Dix ans après la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui parlait de la nécessité d'inclure les femmes dans les processus de paix, 97 % des peacekeepers sont toujours des hommes. Avec des conséquences dramatiques, comme le rappelait l'excellent documentaire de France 3 rediffusé par LCPan "Putains de guerre" : les bordels à soldats du temps de guerre sont remplacés par des bordels pour Casques Bleus, que l'ONU tolère pour des raisons de différentialisme culturel (les casques bleus viennent de tous les pays adhérents aux Nations Unies), ce racisme mou qui ne dit pas son nom. La situation et la sécurité des femmes sont rarement appréhendées comme issues-clés de sécurité globale, or une approche genrée de la résolution des conflits, et plus généralement de la situation des femmes et des filles, sont considérées comme pragmatiques et le fameux "clash des civilisations" n'est pas basé sur des différences politiques et ethniques, mais plutôt sur les croyances et pratiques en matière de genre. Les intérêts et droits humains des femmes doivent primer sur les intérêts de caste étroits des hommes, en d'autres termes, "les femmes doivent arracher le pouvoir aux hommes pour le rendre à l'humanité entière", c'est ainsi que s'exprimait François d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort. L'exemple de Margot Wallström est donc un exemple à suivre par les hommes et femmes politiques de tous les bords et de tous les gouvernements : le féminisme est surplombant, toutes les instances exécutives doivent fonctionner sous son étroite supervision. Dans tous les domaines : économie, environnement, gouvernance, éducation, résolution des conflits et maintien de la paix. Margot Wallström, issue d'une nouvelle classe de politiciennes, de femmes exécutives au pouvoir, affermies dans leurs convictions, ringardise la politique appliquée par les hommes depuis toujours et montre le chemin à suivre. Merci Madame la Ministre.

Mon billet a été inspiré par cet article du New-Yorker : Who's afraid of a feminist foreign policy ?
Le compte Twitter de Margot Wallström : @margotwallstrom 
Mali : pour une approche holistique de la paix, les femmes marchent : Pas de paix sans les femmes !

samedi 7 mars 2015

8 mars - Ecologie et féminisme par la Marche Mondiale des Femmes

Cette année pour le 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, il me paraît indispensable de relayer le billet de La Marche mondiale des Femmes 2015 Ecologie et féminisme. Compte tenu de ce qui s'est passé à Sivens en Tarn le 6 mars, où l'intérêt public a été confondu avec l'intérêt corporatiste d'une vingtaine de maïsiculteurs dans un projet de barrage démesuré, dossier truffé de conflits d'intérêts et d'entorses à la démocratie locale, où les droits des générations futures sont bafoués, où des baronnies locales PS et UMP, toutes à dominante masculine, se permettent de bétonner, vitrifier, des zones humides d'autant plus indispensables que la crise climatique menace la survie d'une partie de l'humanité dès la fin de ce siècle, il est temps que les féministes se mettent en travers de ces abus du pouvoir patriarcal en faisant valoir les intérêts des femmes, qui coïncident avec ceux de l'Humanité entière. Quand la crise climatique nous touchera (elle est déjà là), ce seront une fois de plus les femmes qui morfleront, c'est habituel. Voici leur texte :


Souveraineté alimentaire et justice climatique

La crise environnementale est aussi une crise systémique du modèle social de production du capitalisme patriarcal, postcolonial et néolibéral.

L'écologie politique, qui a débuté dans les années 70, a conduit à une prise de conscience environnementale globale. Cependant, le concept de "développement durable" se trouve dévoyé dans les années 90 par les néolibéraux pour légitimer la continuité d'une économie basée sur le libre-échange et sur le pouvoir des grandes entreprises transnationales. L'empreinte écologique a un visage capitaliste, masculin et colonialiste. 

Le modèle capitaliste est fondé sur l'exploitation et la marchandisation des ressources naturelles, à tel point qu'on entend aujourd'hui parler de "financiarisation du vivant" (molécules, semences, cours d'eau, zones humides, etc.). Lors des négociations sur l'environnement est mise en avant la notion d'économie verte comme solution. Considérant que les entreprises doivent contribuer à la préservation de l'environnement , elle se réduit à des mécanismes de marché attribuant à la nature un prix d'achat et de vente.

Le système capitaliste a transformé l'alimentation saine en un objet inaccessible à touTES. Dans les pays du Sud, entre 60 et 80 % de la production alimentaire est le fruit du travail des femmes. Paradoxalement, ce sont les femmes qui souffrent à 60 % de faim chronique. 

Ce sont aussi les femmes qui majoritairement se chargent du quotidien alimentaire au sein de leurs familles. Du fait des inégalités économiques et sociales, nombreuses sont celles qui ne peuvent accéder à une alimentation saine et de qualité. 

Pourquoi les féministes doivent-elles se préoccuper et agir sur cette question ?
Les analyses sur la division sexuelle du travail montrent que le travail masculin, assimilé à la production, est largement valorisé à tous les niveaux (matériel, symbolique...) pendant que le travail féminin est considéré comme subalterne. L'exploitation du corps des femmes, du travail et du temps des femmes en sont un des "symptômes".

Nous pouvons voir un parallèle entre l'exploitation de la nature et l'exploitation du temps des femmes : l'une comme les autres sont traitées comme des ressources inépuisables et flexibles, utilisées comme variable d'ajustement. Cette exploitation s'appuie sur la culture dominante patriarcale dans laquelle les représentations symboliques et matérielles de ce qui est masculin ou féminin sont hiérarchisées et binaires, à l'image de l'association homme/culture contre femme/nature.

En tant que féministes, nous dénonçons :

- Le modèle de l'industrie agroalimentaire qui privatise les ressources naturelles, les biens communs, les semences, qui se base sur la production en monoculture de vastes étendues de terres, l'utilisation d'engrais et de pesticides de synthèse, d'OGM et l'utilisation de machinerie lourde et industrielle. Ce modèle pollue nos sous-sols, réduit l'accès à l'eau potable et provoque des dommages sur la santé, en particulier celle des femmes.

- L'agronégoce et la privatisation des terres, de l'eau, des mers, de la biodiversité et des semences et les fausses solutions basées sur la surexploitation des ressources et du travail des femmes, sur la marchandisation et la financiarisation de la nature. Nous refusons ces privatisations qui s'accompagnent de spoliation de terres agricoles collectives dans des pays trop pauvres pour renoncer à les céder. Ces pratiques constituent la forme moderne du colonialisme et touchent en premier lieu les coopératives de femmes.

- Les grands projets destructeurs de l'environnement : aéroports, fermes-usines, barrages, stades, villages de vacances, centres commerciaux. Notre-Dame des Landes et le Testet ne sont que deux exemples.

Contre ce modèle capitaliste, patriarcal et néocolonial, nous affirmons :

- Le principe de souveraineté alimentaire qui place au cœur du modèle agricole les besoins des peuples, le respect de la terre, et qui questionne les inégalités sociales et économiques. Ce principe permet aux communautés et aux femmes de décider et d'organiser la distribution, l'échange et la consommation des aliments en quantité et en qualité, selon les besoins, en priorisant les liens sociaux solidaires, culturels, et la santé.

- La biodiversité, les semences et les sols sont des biens communs. Les ressources ne sont pas inépuisables et ne doivent pas constituer une source de profit pour les entreprises et les Etats. L'avenir n'est pas dans l'extraction de ces ressources, mais dans la recherche d'énergies renouvelables et dans le recyclage de matériaux déjà extraits.

Vers la COP 21

En décembre 2015, lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat, les gouvernements du monde se retrouveront à Paris pour essayer de trouver des solutions au réchauffement climatique de la planète (COP 21). Si le changement climatique est bien une évidence scientifique qui touche l'environnement de toute la planète (augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, augmentation de la température moyenne du globe, fonte des glaciers, destruction d'écosystèmes), ces conséquences sont aussi sociales, économiques et politiques, productrices d'inégalités.

Les pays et les populations pauvres sont de plus en plus vulnérables, aggravant les inégalités d'accès à la santé, à une alimentation saine, à l'eau. Les femmes sont les premières victimes des catastrophes compte tenu de la division sexuelle du travail, de la charge des enfants, des personnes âgées et de l'éducation différenciée.

Nous exigeons que nos gouvernements entendent les revendications des altermondialistes, féministes, chercheurs, chercheuses et associations. Nous demandons qu'ils rejettent les fausses solutions de l'économie verte comme la financiarisation de la nature, les droits à polluer, et qu'ils s'engagent dans des politiques de remplacement des énergies non renouvelables et de recherche d'alternatives économiques dans des industries non polluantes.

Notre alternative féministe

La Marche Mondiale des Femmes lutte pour de réels changements : dépasser la division sexuelle du travail, changer les mentalités et en finir avec l'exploitation. Nous proposons de suivre avec un regard critique et féministe le processus de la COP21.

Notre méthode consiste à fédérer les luttes menées par les femmes, des milieux ruraux et urbains pour leur donner un plus grand pouvoir politique. Nous proposons des actions d'éducation populaire, comme par exemple des formations sur la souveraineté alimentaire pour créer des alliances entre les femmes qui produisent, qui distribuent et qui préparent l'alimentaire.

Il n’y a pas de justice climatique et environnementale sans les femmes !

Liens :
Le texte de la Marche Mondiale des Femmes
Le programme de la Marche Mondiale des femmes (elle passe peut-être près de chez vous)
La déclaration de Laurent Fabius envers les femmes pour la COP21
Le blog du Collectif anti-barrrage de Sivens

Avec eux, "Les fermes deviennent des exploitations agricoles, les bocages deviennent des aéroports, les forêts deviennent des parcs ou des center parcs".