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samedi 28 décembre 2024

Ménopause - La théorie des grands-mères

 L'idée de ce billet est partie d'une annonce du Président de la République, reprise par la presse et par les associations féministes. 

La ménopause, arrêt de l'ovulation et disparition des règles selon le dictionnaire, est traitée comme une maladie, un inconvénient (que les hommes ne partagent pas) alors qu'objectivement c'est une délivrance. Travers typique du patriarcat éleveur : cette annonce sur la ménopause mal vécue par les femmes. De fait, les femmes âgées deviennent invisibles dans l'espace public et ailleurs. Valorisées auparavant dans le rôle de mères reproductrices de l'espèce, la ménopause arrête tout cela et rend le sujet tabou par excellence ! Pensez, vous devenez inutile à l'élevage et à la reproduction survalorisée par la société. Une femme n'a de valeur que parce qu'elle produit des enfants, c'est encore mieux quand elle produit au moins un garçon, les dégâts sociaux faits par ce sexe étant bien entendu largement passés sous silence ! Voici l'article en question : c'est le locataire de l'Elysée, qui d'ailleurs n'a lui-même pas d'enfant reconnu à quasiment cinquante ans (c'est sa seule qualité et originalité d'ailleurs), qui s'y colle : 'Emmanuel Macron souhaite que qu'une mission parlementaire se saisisse de la QUESTION de la ménopause'. La ménopause est une question. Ah ? Les hommes qui vieillissent aussi, ont eux, le destin des femelles des autres animaux : baisse continue de la fécondité et du désir sexuel, donc de la vitalité, mais possibilité dans leur cas d'avoir encore une descendance à condition expresse que la femme soit bien plus jeune. Haro donc sur la ménopause 'problème', puisqu'elle signale le début de la vieillesse dans une société de la performance, définitivement jeuniste, ménopause vécue aussi comme une injustice, par souci d'égalité avec les hommes.  

Il n'y aurait dans le règne animal auquel nous appartenons (ordre des primates, sous-ordre mammifères) que deux espèces dont la femelle serait dotée de la ménopause, cet arrêt définitif de la période de fécondité, les femmes et les orques, alors que, en dehors de ces deux espèces, les femelles peuvent continuer avec moins de productivité avec l'avance en âge, à produire des petits. Pourquoi ces deux-là, et surtout pourquoi les femmes de l'espèce humaine, se demandent les scientifiques qui hasardent des hypothèses. Les femelles de l'espèce humaine se différencient des autres en ceci qu'elles n'ont pas d'œstrus (Françoise Héritier), cette période de rut limitée dans le temps, hors de laquelle les femelles animales deviennent indisponibles et refusent le mâle, les femmes sont disponibles sexuellement, hors ovulation. Et elles font une ménopause. Bien sûr, il n'en a pas toujours été ainsi, il y a forcément eu une pression de l'évolution pour que cela se produise. 

Une thèse nous est présentée par le consensus scientifique sur le sujet : les grand-mères ! Ah la thèse des grands-mères, je l'adore. En gros, les femmes ménopauseraient pour se rendre disponible pour le rôle de grand-mère, sur-mère, aidante, éducatrice, notre espèce présentant aussi le défaut de la néoténie (nous naissons pas finis ou mal finis, sans tenir debout ni être capable d'échapper aux prédateurs et aux dangers de l'environnement), les femmes n'ayant que 9 mois de grossesse pour mener la chose à bien et à son terme. Si nous devions produire l'état d'un faon ou d'un chevreau tenant debout dans la demi-heure suivant sa naissance, il nous faudrait 24 mois de grossesse, qu'on terminerait grabataires, et le foetus serait tellement gros qu'il nous tuerait pendant la mise bas, pardon, l'accouchement. J'allais manquer à tous mes devoirs envers notre espèce tellement spécifique que les mots de vocabulaire que nous appliquons aux autres animaux en sont changés ! Sinon autrement, et ailleurs, on nous traite aussi bien et même pire que des femelles animales mais passons, ce n'est pas le sujet, mettons donc les formes : accouchement. 

Comme elle est commode au patriarcat cette thèse des grands-mères ; après le premier arrimage à la reproduction, à peine le temps de  souffler, voici le deuxième arrimage : jamais un moment à soi, vous êtes juste tirée des "joies" aha ah de la maternité, que voici que vos filles et garçons s'y adonnent aussi. Et les pauvres bouchons n'y arrivant pas seuls, vous seriez tout de même bien ingrate (une sale égoïste, oui !) de leur refuser le coup de main pour garder vos petits-enfants, par exemple à l'autre bout de la France, et pendant les vacances scolaires, leurs parents travaillant à leur carrière et n'ayant pas une minute à eux ! Evidemment, on ne vous le vend pas comme ça, brut de décoffrage avec des piquants partout, non, on met les formes (tout est dans les formes), on ébarbe, on vous l'emballe dans du papier de soie, avec des rubans et du bolduc : par exemple, "il faut tout un village pour élever un enfant", ou "les joies d'être grand-mère faisant des gâteaux et des confitures, avec la distance prise par l'expérience". Sans rire. J'ai assisté à des scènes pré-meurtres sur des parkings de musées où des grands-mères étaient tellement près de péter un plomb devant un môme insupportable, que je suis restée, histoire de voir évoluer la situation, prête à intervenir s'il le fallait pour empêcher le pire d'advenir. Le grand-père, quand il était là, planté comme un cierge, inutile, apathique. 

Moi j'ai une autre théorie à proposer sur cette affaire de ménopause : ni plus ni moins que celle de la survie des femmes, donc de l'espèce. Pendant des millénaires, la moyenne d'âge de l'espèce humaine est restée en dessous de 30 ans. La cause ? La mortalité pré, pendant et post-natale : les femmes ont payé de leur vie ce douteux 'privilège' de porter les enfants. Ce qui a fait baisser la moyenne de survie de toute l'espèce. Imprudente l'espèce, d'ailleurs : cela ne l'a jamais conduite à la tempérance, à la prudence ni à l'abstention, au contraire. Je veux bien admettre qu'au début c'est lié à l'ignorance du comment et du pourquoi, mais au bout d'un temps pas très long, les causes et les effets ont bien dû apparaître aux yeux même des moins bien dotés en qualités intellectuelles, les hommes, au hasard ! Les forcenés sur-sélectionnés par l'évolution (violeurs, razzieurs, maîtres et possesseurs qui sont toujours bien présents et nuisibles, nocifs, encore aujourd'hui, voir l'actualité récente) de la reproduction forcée (sans cela vous allez rater votre vie, mes pauvres filles !) ont produit un système de défense. L'évolution s'en est mêlée et a fait pression ; à un moment, la prime à la survie a été octroyée aux moins tardivement fécondes, la mortalité précoce, donc la moindre transmission de leurs gènes, a condamné les plus fécondes tardives à la disparition, puis à la fixation de la ménopause comme caractéristique reproductive de l'espèce. Un sauvetage, merci Mère Nature. Au moins, le temps que les femmes prennent conscience de leur asservissement et commencent à se défendre. Pour les orques, je n'ai pas de théorie, je n'en ai jamais rencontré. Il n'est pas impossible qu'elles aient, elles aussi, un mâle insupportablement agressif et dominateur ! 

Ma théorie n'est pas scientifique, je n'ai d'ailleurs pas de prétention à cela, je n'ai aucune formation scientifique. Ce qui ne m'empêche pas de penser. Et je pense que cette théorie des grands-mères est une incitation à une seconde carrière maternelle, puisque les hommes et leur société patriarcale nous préfèrent dans ces fonctions, que cela limite la concurrence que nous leur faisons ailleurs, et qu'ils détestent. D'où le constat suivant : quand je marche ou me promène dans des endroits en ville où d'autres femmes marchent aussi, je ne surprends -à mon corps défendant- que des conversations à propos de gardes d'enfants, de vacances scolaires qui les obligent à modifier leur routine ; quand je me retrouve en société ou en famille avec des femmes, elles ne parlent que de leurs petits-enfants (ou arrières !) et des obligations qu'elles leur doivent. Cela rend leur compagnie assez ennuyeuse d'ailleurs, n'ayant pour ma part, pas ces injonctions au-dessus de ma tête. Je préfère parler des livres que je lis, des films ou des expositions que je vois, lors de mon temps libre qui est aussi rempli que le leur, mais où je me ménage aussi des moments d'oisiveté totale, loin de l'agitation sociale contemporaine où il faudrait toujours faire quelque chose, avoir des milliers de projets en cours ou à venir. 

Aussi ma conclusion, Mesdames, ne marchez pas dans la combine tendue devant vos pas, ne gâchez pas le temps qu'il vous reste, ce temps de fin de pression qu'est la ménopause. Voyez vos petits-enfants évidemment tant que vous le voulez, mais imposez vos agendas et emplois du temps, cela les formera à l'assertivité par l'exemple. Il vous appartient de vivre aussi pour vous, égoïstement diront certain-es, et alors ? Les femmes n'auraient pas le droit à un moment d'être égoïstes, de penser d'abord à elles-mêmes, alors que la société leur a toujours enjoint d'être au service des autres, à commencer par leur famille, et ce, pire, en bénévolat, sans gagner un rond dans l'affaire, voire même en se fragilisant économiquement. Il me semble que la théorie des grands-mères sert ce dessein d'asservissement des femmes encore et toujours à la reproduction humaine et à la dévotion à rien d'autre qu'à leur famille. Et puis cette peur de l'inutilité ! On nous met au monde sans nous demander notre avis, et après il faut subir l'injonction d'être utile ! C'est quand même fou non ? 

mercredi 25 octobre 2023

Stéréotypes de genre increvables

Un matin sur Twitter trouvé ça, d'une association sud-américaine (je ne sais pas si le lien est visible aux non abonnées, le Vandale qui dirige Xwitter depuis un an, Vandale dont on se serait passées si seulement il n'avait pas vu le jour, faisant n'importe quoi au gré de ses caprices de mâle immature casseur de jouets) dénonçant les violences faites aux femmes, et ici plus précisément les mariages précoces, précédée du message en anglais : 'according to gender stereotypes, girls should : - Get married ; - Take care of the house and their husbands ; - Become mothers. These ideas normalize that a girls marries or enters a relationship with an adult man. Let's put an end to theses mandates'. (Ces idées normalisent qu'une fille épouse ou entre en relation avec un homme adulte. Mettons fin à ces réquisitions). L'affiche en illustration est plus radicale : A girl's role is not to get married (le rôle d'une fille n'est pas d'être mariée). Ce qui est parfait. Toutefois la radicalité de la première assertion est adoucie, édulcorée par #NOTBefore18 (pas avant 18 ans). Dommage. 


A quoi j'ai répondu dans la même langue : "Not only girls. According to patriarchy, all women SHOULD get married, take care of the house and their husbands, and do husbandry aka become mothers. Let's break this doom. Anatomy is not destiny." Rompons la malédiction. Anatomie n'est pas destin. Si la destination de la fille est le mariage et l'enfantement, l'âge n'est plus qu'une modalité dans la logique patriarcale. Un peu plus tôt, un peu plus tard, qu'est-ce qui empêche puisqu'il faudra de toutes façons y passer ? Le choix de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfant n'est pas une option, puisque toute alternative est prohibée, même dans la formulation. Et c'est cela qu'il faut contester me semble-t-il, si on est féministe. J'aurais rajouté que le destin d'une fille est d'abord d'aller à l'école, au collège, à l'université, pour avoir tous les outils pour se choisir en connaissance de cause et en autodétermination un destin personnel qui peut tout à fait être en dehors du mariage et de la maternité. 

On a l'impression que les féministes se battent sur des segments de lutte sans jamais voir la big picture, l'image globale, la Matrice. Je sais qu'il y a urgence sur les mariages précoces, mais elles suivent un agenda imposé par le patriarcat. Le mariage est imposé aux fillettes pour toutes sortes d'excuses : une bouche de moins à nourrir, c'est bon à prendre quand on est pauvre, et qu'un homme se propose de l'acheter pour... lui faire des enfants, (et accessoirement pour avoir une larbine gratuite à la maison). La pauvreté et l'oppression des femmes (on ne sait d'ailleurs laquelle précède l'autre) s'enchaînent dans une boucle sans fin. L'asservissement des filles dans le mariage est une boucle rétro-active négative qui entretient le sous-développement et la stagnation dans l'indigence. La pauvreté et le sous-développement prospèrent dans l'asservissement des filles et des femmes. Donc la lutte pour le développement ne peut réussir que par l'investissement sur les filles. Il faudrait donc arriver à dire que la maternité est de toutes façons un fardeau imposé aux femmes, qu'elle gâche toutes leurs autres potentialités, sinon, c'est emplâtre sur une jambe de bois. Le monde continue sa course fatale, dirigé par la médiocrité masculine puisque le pouvoir est leur chasse gardée, aux femmes étant dévolue la charge accablante de la maternité. C'est à ce point impoli de dire que le mariage et la maternité sont des pièges, des entraves, des boulets aux pieds et des menottes aux poignets ? Mais le féminisme c'est être impolie, c'est dire non, le féminisme est sacrilège puisqu'il dénonce les vaches sacrées patriarcales et refuse de s'y soumettre ! Réfléchissez : cette insistance à vouloir à tout prix nous marier et nous faire des enfants leur libère la place, eux se gardent la "maison des hommes" comme disent les Aborigènes, la politique. Avec les résultats catastrophiques que l'on sait. 

Pour les patriarcaux "de gauche", la lutte des classes sociales est prioritaire à la lutte des classes de sexe. Les exemples sont infinis et ça dure depuis les origines du socialisme. Un exemple fictionnel mais représentatif du réel, parmi tant. Je suis tombée un soir d'octobre sur Arte, qui jouait le film Un amour impossible (2018, par Catherine Corsini, metteuse en scène talentueuse, ça aide bien). Une femme des années 50 est séduite par un homme (odieux de bout en bout) qui lui fait un enfant sans vouloir endosser la paternité, qui finit par épouser une femme de sa classe. L'héroïne jouée par Virginie Efira (la seule à vieillir dans le film, les autres acteurs sont remplacés au fur et à mesure) sourit sans arrêt dans l'adversité. Elle n'arrête jamais de sourire, n'émet aucune plainte. Elle veut juste faire reconnaître sa fille par son géniteur, donc elle ne cesse pas les contacts, bien qu'épisodiques. Or, il apparaît que le père est incestueux et que c'est l'amant de passage qui l'apprend à la mère. Le film est tiré d'un roman à succès de Christine Angot, -que je ne lis plus-, il est d'ailleurs quasi autobiographique. J'ai tenu parce que je voulais savoir où tout cela menait, n'ayant pas lu le roman. La scène finale est une leçon politique de la fille à sa mère. La dernière actrice à jouer la fille, qui s'est fait la tête d'Angot de façon frappante, explique à sa mère que le problème est social, ils n'étaient pas de la même société, lui riche, de la gentry, elle pauvre et juive. Et ? RIEN. La classe de sexe est évacuée, invisibilisée, pour Angot l'oppression des femmes est la même que celle des ouvriers, l'amant occasionnel est un patron comme un autre. L'oppression spécifique des femmes est évacuée. Angot ne voit pas l'oppression des femmes, ou, autre explication, cela lui est tellement douloureux, le conflit de loyauté avec les hommes est tel, qu'elle préfère ne pas la voir. J'ai trouvé la leçon de la fin du film odieuse. 

Les fondations / fondamentaux des sociétés humaines, c'est la haine des femmes et de leur corps. C'est un phénomène anthropologique : il traverse toute l'histoire, toutes les sociétés, et toutes les géographies. Mais les femmes, à l'instar de Christine A. préfèrent ne pas la voir et se raconter une autre histoire pour le plus grand intérêt des hommes. Si nous étions libres, aurions-nous besoin d'amour (sentimental, passion), se demande Ti-Grace Atkinson ? Bonne question. Jamais désirées, sauf pour des raisons contraires à nos intérêts de classe, jamais les bienvenues, alors que la naissance d'un garçon est tellement désirable, jamais bien, ni assez convenables, toujours considérées comme bouches improductives à nourrir -le comble alors qu'elles font toutes les corvées-, toujours esclavagisées dans le travail domestique, sexuel et reproductif, maintenues dans les basses zones et basses besognes (utiles) de l'économie quand elles ont un emploi, tandis que les hommes parasitent aussi bien leurs mères, sœurs, filles et femmes, en "travaillant" à produire toutes sortes d'objets inutiles ou même nuisibles, toxiques. Je me demande s'il ne serait pas temps d'arrêter cette collaboration avec l'oppresseur. 

Que faire ? écrivait Lénine. What should we do ? 

Il y a tant de choses autres et passionnantes à faire ! Cultiver des géraniums, apprendre l'arabe, le mandarin ou le russe (vous en aurez pour un bout de temps, vu la difficulté de ces langues !), adopter un chien dans un refuge plein à craquer, lire tout Proust (à mon avis, c'est mieux que Christine A.) ou Vassili Grossman, faire de l'adduction d'eau dans le Tiers-Monde, un vrai boulot utile celui-là, administrer un site internet coopératif, militer pour l'environnement (il y a à faire, vu les Moujiks en face), et même tricoter ou faire du crochet, apprendre à jouer aux échecs ou au poker, franchement, la liste est infinie. Alors pourquoi s'emmerder à faire de la reproduction à l'identique ? 

"Avoir des enfants, qui à leur tour auraient des enfants, c'était rabâcher à l'infini la même ennuyeuse ritournelle."

Simone de Beauvoir. 

A huit milliards d'humains vivant sur la bête, dont les ressources ne sont pas infinies vu notre goinfrerie impénitente, il n'y a pas péril pour l'espèce, c'est même le contraire, nous sommes menacées de trop plein ! On a quelques années pour voir venir. Le temps que les hommes comprennent que ça ne PEUT PAS continuer comme ça. Et puis, s'ils n'en prennent pas conscience, à quoi bon continuer une aventure misérable pour la moitié de l'humanité ? Ce chaudron bouillant que nous avons réussi à fabriquer à force d'industrie et de croissance biblique imbécile, va devenir, est déjà de toutes façons de plus en plus invivable. Il est temps d'en prendre conscience.

lundi 30 mai 2022

La maternité symbolique - Etre mère autrement par Marie-Jo Bonnet

Chose promise, chose due, voici donc ma chronique à propos de ce deuxième ouvrage de Marie-Jo Bonnet (MJB). 


" La vie la plus belle est celle qu'on passe à se créer soi-même, non à procréer "
. Nathalie Clifford Barney.

" Nous pouvons résister à la pression sociale, enfanter d'autres rêves, investir un autre devenir de l'humanité. " Les militantes du MLF.

La revendication de la non-maternité est vieille comme le monde, il y a toujours eu des femmes qui en leur for intérieur ont refusé cette injonction en prenant la tangente, en devenant artistes ou religieuses choisissant la spiritualité, voire le mysticisme, ce qui leur permettait de se consacrer à une vie spirituelle, seule condition où c'était toléré. Certaines ont d'ailleurs produit et laissé une oeuvre considérable : MJB explore le destin de quelques-unes dans la première partie de l'ouvrage. Jeanne d'Arc, elle, autre mystique, refusante de ce rôle dévolu aux femmes, prit les armes, ces outils réservés aux hommes, on sait ce qu'il lui en coûta. En 1949 est publiée une oeuvre majeure qui va faire scandale en même temps qu'un succès de librairie : dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir refuse le rôle biologique de la maternité pour des raisons philosophiques, au motif que ce n'était pas une activité mais une fonction naturelle. Dans Les mémoires d'une jeune fille rangée, premier tome de ses mémoires, elle rêvait d' "être sa propre cause et sa propre fin". Simone de Beauvoir considère n'avoir pas à subir passivement son destin biologique. Même si on peut discuter cette position (les femmes qui ont des enfants font des choix, elles ne subissent pas forcément leur destin biologique, au moins en certains rares pays avancés socialement), je suis et reste personnellement beauvoirienne, marquée sans doute par la lecture jeune, de cette oeuvre, révolutionnaire au moment où elle fut publiée. 

Les femmes du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) des années 68 - 70, inventèrent le slogan révolutionnaire "Un enfant, si je veux, quand je veux". Ce qui fit écrire par Christine Delphy, elle aussi partie prenante du mouvement : " La radicalité du si je veux, était très tempérée par le quand je veux". Hélas. A force de happenings, de manifestations, elles obtiennent la contraception (aux forceps, les décrets d'application traîneront quatre ans, les hommes ne lâchant pas comme cela leur statut de propriétaires de la fécondité des femmes), et surtout l'avortement. Les seventies, années effervescentes, créatives, joyeuses et productives en matière de droit des femmes laissent la place aux années 80, et comme écrit Marie-Jo Bonnet (MJB), backlash, retour en arrière ! 

En 1982, se produit un évènement qui va considérablement modifier notre perception de la maternité. Les hommes vont se coller à ce qu'on peut appeler après coup le " forçage des corps " ! Deux médecins René Frydman, gynécologue obstétricien, et Jacques Testard, ancien chercheur de l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique, qui travaillait sur les vaches laitières -ça ne s'invente pas !, devenu biologiste) font naître Amandine, premier bébé éprouvette, le premier bébé "hors la mère" ou "bébé high tech". Sous un prétexte totalement altruiste et humaniste bien sûr, on n'est pas des brutes, on permet à des couples infertiles d'engendrer. Le pouvoir médical (biopouvoir) aux mains des hommes reprend le contrôle de la reproduction humaine. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler ici et ailleurs : les hommes adorent segmenter, analyser, disséquer les processus. J'ai eu tout le loisir durant ma carrière avec eux dans l'industrie, de le constater. Ils découpent, analysent et décrivent l'action en segments, au millimètre près, le gravent dans le marbre, en font un manuel de 600 pages avec plein de paragraphes et de sous-paragraphes, même des sous sous-paragraphes, juxtaposent ensuite les segments sur une chaîne de montage longue, et il n'y a plus qu'à lancer le truc en appuyant sur un bouton. Après pas mal d'affres et de ratages, de corrections, mais ils sont tenaces. Ils adorent tellement presser des boutons, et que des machines se mettent en branle pour en bout de chaîne, récupérer le bébé ou produit fini. Ils vous en font comme ça 5000 dans une journée chez PSA ou Renault. Après, vous m'avez comprise, il n'y a plus qu'à délocaliser dans un pays à bas coût, avec des règles et lois moins coercitives que les nôtres, et le tour est joué. Vous croyez que je plaisante ? Pas du tout. On est passées du bébé-éprouvette par banques de sperme, prélèvement et congélation d'ovocytes, tri et réimplantation d'embryons, traitement hormonal de cheval pour le succès de l'opération, le tout enrobé dans des sigles imbuvables, à la mère porteuse Ukrainienne (qui accouche sous les bombes, mais je m'égare). En mettant d'ailleurs tout sur le même plan : prélèvement de sperme et prélèvement d'ovocytes par exemple. Le deuxième est diablement plus invasif, et on peut se poser la question de savoir s'il y aurait autant de candidats hommes au don de sperme s'il fallait les charcuter pour le leur prendre ? 

Mais au fait, interroge très justement MJB, l'infertilité c'est quoi ? Elle a des causes psychologiques ignorées dans pas mal de cas, le premier organe sexuel des humains étant leur cerveau. On a toutes entendu l'anecdote de la dame qui ayant jeté les gants et bazardé toute sa layette d'occasion après deux ou trois ans d'essais infructueux, se retrouve enceinte une semaine plus tard. Moi, je l'ai entendue. Alors, les gens infertiles, posez-vous les bonnes questions si vous n'arrivez pas à concevoir ! Peut-être que votre cerveau vous envoie un message de bon sens, qui sait ? Et puis, est-ce un drame après tout ? Je sais, je suis très mal placée pour appréhender les souffrances (?) des couples qui n'arrivent pas à concevoir puisque je suis une refusante et que je n'ai jamais rêvé d'accomplissement par la maternité, mais franchement, je me demande si tout cela n'est pas un peu surjoué. Avec ces techniques de reproduction, posant par ailleurs de graves problèmes éthiques, on assiste à incontestable retour de l'injonction patriarcale à la maternité. Alors que le problème de la planète ce n'est pas l'infertilité, c'est la surpopulation et la consommation effrénée des ressources. 

" L'absence de critique féministe de ces pratiques médicales aliénantes pour la santé des femmes est-elle le symptôme d'une régression de la pensée féministe sur les rôles traditionnels des femmes ? " se demande MJB. Effectivement, la question vaut d'être posée. Le féminisme s'est mis à défendre les droits des mères, notamment au moment de la séparation du couple, mais sans jamais remettre en question cette injonction normative faite aux femmes de s'apparier et se reproduire. 

On a toutes et tous des mères (et des pères) symboliques : ce sont ces femmes qui nous révèlent à nous-mêmes, que nous côtoyons durant notre enfance, qui nous éveillent par une phrase ou un comportement qui nous marqueront et nous orienteront. Pour MJB, ce furent des artistes (Charlotte Calmis entre autres), des inspiratrices, des penseuses et des mystiques. Ses camarades de lutte aussi. Des enfants, il y en a partout, on peut s'occuper de ses neveux et nièces, des enfants du voisinage, leur donner à voir des comportements différents, à entendre des propos un peu plus subversifs que ceux qu'ils entendent dans leur famille normative, dont la portée révolutionnaire et créative est limitée. Ce ne sont pas les jeunes gays et lesbiennes qui me contrediront. Je suis partisane qu'on s'occupe d'abord de celles et ceux qui sont ici (même venant de loin, fuyant des pays inhospitaliers) et maintenant, avant d'inviter de nouveaux convives au banquet. 

MJB conclut son livre par une tentative de mettre en face de la norme reproductive des voies un peu plus féministes, surtout hors des sentiers rebattus. Mais je suis dubitative sur l'efficacité des sabbats de sorcières, des tentes rouges et autres maisons de la lune, toutes solutions intermédiaires proposées par MJB dans son livre. Je me demande si elles sont d'une réelle efficacité sur la crapulerie d'en face. Mais on sait qu'il faut conclure un essai et ne pas désespérer les lectrices. Personnellement, je préconiserais des solutions plus radicales. D'autant plus qu'ils n'ont pas plutôt quitté leurs mères et les femmes qui les ont mis au monde et élevés, qu'ils n'ont rien de plus pressé à faire que de nous envoyer leurs bombes sur la figure. Ils fabriquent la vie et font la guerre, nos maîtres et possesseurs. Ils prennent leurs décisions en se passant bien de notre avis.


La primitive maison des hommes décrite par les anthropologues : Conseil de sécurité au Kremlin le 21 février 2022 avec haut niveau de testostérone. Il y a une femme, bien seule, Valentina Matvienko, la présidente de la chambre haute de Russie. Photo Aleksey Nikolskyi / Sputnik AFP 

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Pour conclure mon billet forcément réducteur de cet ouvrage que je conseille de lire, même si les chapitres sur la psychanalyse, le mysticisme, et à la fin, sur l'incendie de Notre-Dame, ne m'ont pas tout à fait convaincue, il me paraît intéressant de proposer un résumé de l'action des 6000 dernières années pour celles et ceux qui auraient loupé des épisodes : au néolithique, sédentarisation des populations humaines, invention de l'agriculture et de l'élevage par domestication des animaux et, dans la foulée, des femmes de l'espèce humaine sur le même modèle, pour servir de domestiques rendant des services sexuels et reproductifs aux hommes, au besoin par la contrainte, le rapt et le viol, l'interdiction des armes, donc l'interdiction de se défendre. Pendant que les hommes s'affrontent, agrandissent leurs territoires, dominions et empires, asservissent les femmes des vaincus. L'apport de protéines plus le forçage à la reproduction provoquent un accroissement sans précédent de la population humaine, pourtant naturellement assez peu fertile. Tout cela s'est encore accru en allant piller des ressources, notamment minières, dans les pays tiers en éliminant ou asservissant des peuples commodément accusés de sauvagerie et renvoyés à l'altérité. Permettant l'essor de l'industrie et un niveau d'armement jamais atteints. Nous sommes désormais 8 milliards à nous regarder en chiens de faïence, la biodiversité animale et végétale s'effondrant autour de nous par destruction des habitats sous la pression humaine, notre biotope gravement dégradé, mais avec des besoins et un appétit comme l'espèce humaine n'en a jamais montrés. Il nous faut désormais les ressources de trois à sept planètes selon l'endroit où l'on vit pour soutenir notre train de vie. Pas touche à mes privilèges de classe moyenne, privilèges qu'il sera difficile de refuser aux anciens colonisés et spoliés, qui attendent eux aussi une retombée de la manne. L'accumulation et le fétichisme de la marchandise ne font pas relâche, disséminant dans la nature des tonnes de déchets, pour la plupart non dégradables. Les guerres continuent, par nationalisme ou pour garder un espace vital, ou juste pour que des hommes de pouvoir montrent qu'ils en ont et parce que les stocks d'armes c'est quand même fait pour servir, sinon à quoi bon ?  Actuellement, le tsar rouge nationaliste de l'Oural, bien enfermé dans son bunker et son univers parallèle, plonge ses voisins dans l'enfer et la destruction, et déclare la guerre alimentaire aux pays du Sud dans un chantage abominable sur le Nord qui l'a sanctionné pour agression et viol du droit international, en empêchant les porte-conteneurs de céréales de quitter le port d'Odessa, pendant qu'ici nous continuons à nourrir des millions d'animaux avec des céréales. Franchement, je me demande si c'est bien le moment de mettre au monde, au besoin par forçage, des enfants, dans ce chaudron du diable surpeuplé et proie de féroces testostéronés, qu'est devenue la Terre ? Le problème de la planète ce n'est pas l'infertilité, c'est la surpopulation. 

Marie-Jo Bonnet est historienne, spécialiste de l'art. Féministe universaliste et lesbienne ayant su très tôt qu'elle aimerait les femmes et n'aurait pas d'enfant. 

A lire pour échapper au tohu-bohu injonctif et productiviste ambiant. 

Les citations de l'autrice sont en caractères gras et rouges.

dimanche 15 mai 2022

Adieu les rebelles ! La normalisation des gays par le mariage

Cette quinzaine, j'ai lu deux ouvrages de Marie-Jo Bonnet. D'abord La Maternité symbolique, Etre mère autrement, publié fin 2020, et ensuite Adieu les rebelles, publié fin 2013, aussitôt après la promulgation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, une lecture en entraînant une autre. Décidément j'ai du retard dans mes lectures.  

Je vais donc chroniquer ces deux ouvrages de Marie-Jo Bonnet (MJB) dans le sens chronologique en deux articles afin que mes lectrices / lecteurs aient en tête la pensée de cette féministe, lesbienne militante des années 70, et historienne écrivant es qualités. 

" Le mariage considéré comme un progrès social : c'est un comble. "

Féministe du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) des années 70, MJB a toujours contesté le mariage petit-bourgeois, cette institution contractuelle patriarcale subordonnant les femmes aux hommes, institution dont le pédigrée et l'ADN sont fondamentalement inégalitaires dans la pratique sinon dans le droit. Personnellement, ayant refusé pour moi-même le mariage et la maternité pour ces raisons, je n'étais pas non plus à l'aise pendant ces débats de 2012. Mais le vent féministe ayant tourné néolibéral, la suspicion d'homophobie étant pendante, il était quasi impossible de ne pas soutenir ce projet des gays (surtout) et des lesbiennes, au nom de l'égalité ! Mais on peut réfuter cette position avec de bons arguments, c'est ce que fait Marie-Jo Bonnet dans ce court mais percutant ouvrage de 150 pages. 

Avant toute chose, il faut préciser que tous les combats des femmes et les gains qu'elles obtiennent profitent largement aux autres classes de la société. Mais ils sont aussi systématiquement digérés par la société patriarcale, récupérés, et se retournent contre nous, voient un retour à l'ordre ancien (backlash), ou échappent aux principales intéressées. On l'a constaté lors de la révolution sexuelle des années 60 qui ont vu les hommes largement en profiter en accumulant les aventures sexuelles et les partenaires, au besoin en taxant de prudes celles qui refusaient, et en continuant à ne pas assumer leurs responsabilités en cas de grossesses. On l'a vu aussi après la lutte féministe des années 70 pour le contrôle par les femmes de leur propre fécondité (jusqu'ici contrôlée étroitement par les hommes qui ont toujours du mal à s'abstraire du sujet) par l'obtention de lois sur la contraception et l'avortement qui déboucheront sur le retour de la maternité triomphante, voire obligatoire, par les techniques de la PMA ou fivete, en agitant le chiffon rouge de l'infertilité réelle ou supposée. Mais ce sujet sera traité plus largement, il le mérite, dans mon prochain article sur La maternité symbolique, qui développe largement ce point. Et enfin, désormais, la revendication du port du voile par des militantes de l'islam politique, reprenant sans vergogne les slogans du combat collectif du MLF : mon corps mon choix pour revendiquer un choix individuel aliénant, ce qui est le comble. 

Le mariage gay en trois étapes selon MJB : comment les gays (les lesbiennes, selon le principe intangible de l'universalisme au masculin de la langue française, ont été amalgamées aux gays et progressivement effacées, toute contestation semblant impossible) ont accédé à la normativité patriarcale et à la reconnaissance de leurs couples via le sacro-saint mariage. 

C'était dans le programme de François Hollande élu en 2012, seul président célibataire de la 5ème République ! Il n'est pas question ici de contester une loi qui a été votée par la représentation nationale et qui s'applique, qui accorde les mêmes droits aux couples homosexuels qu'aux couples hétérosexuels ; on peut juste analyser comme le fait MJB qu'après s'être battues pour l'égalité entre les hommes et les femmes, on est passées " insensiblement à une problématique d'égalité entre les sexualités, c'est-à-dire entre les homosexuels et les hétérosexuels ", concept d'égalité sexuelle " permettant finalement de placer les gays du côté des dominés et non plus des hommes appartenant à la catégorie sociale des dominants ". Ce faisant, personne ne s'est posé la question de l'égalité des célibataires avec les gens mariés, il y aurait tant à dire, mais les célibataires rasent les murs et, sans doute persuadés de leur indignité serinée à longueur de journée explicitement ou implicitement, ils / elles n'osent jamais revendiquer quoi que ce soit. D'ailleurs ils ont le PACS, statut contracté devant un fonctionnaire ou un notaire, que les gays jugeaient imparfait par rapport aux droits accordés par le mariage. 

Première étape : le MLF des années 70. Le Mouvement de Libération des Femmes dont les réunions et les manifestations étaient non mixtes acceptait cependant que des gays les accompagnent en fin de cortège et défilent avec elles. Ils sentaient que le mouvement était porteur d'un projet révolutionnaire et d'une libération qu'ils appelaient eux aussi de leurs vœux. Ce sont d'ailleurs des femmes, dont Françoise d'Eaubonne, qui ont créé le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire), puis ensuite les Gouines Rouges dont MJB a été une active militante. Les féministes hétéros ou lesbiennes et les gays étaient donc alliés contre le patriarcat en ces années-là. 

Deuxième étape, l'arrivée du SIDA au début des années 80 : les gays se mettent à mourir de cette infection contre laquelle la médecine n'a aucune parade. Les gays vivant en couple se retrouvent sans aucun droit quand leur compagnon concubin décède. La société va prendre conscience à ce moment-là que les gays paient le prix du sang : " l'histoire du PACS et du mariage pour tous s'est développée dans le contexte très particulier de l'épidémie de SIDA " écrit MJB. " C'est en s'organisant pour lutter contre l'épidémie de SIDA que les gays vont acquérir une visibilité, une force communautaire et un pouvoir d'achat sans équivalent avec celui des lesbiennes et des femmes en général ". Et ce désir de normativité ne souffrira aucune contestation ; nous sommes en plus dans les années 80, dans un ordre libéral mondialisé qui ringardise la lutte anticapitaliste. Les gays prides où défilent des hommes virils, musclés, avec un sens affirmé du spectacle et de la fête vont finir par gagner la sympathie publique et imposer les gays dans le paysage. 

Il va y avoir réaction : les rassemblements spectaculaires de la Manif Pour Tous, leur conservatisme où l'on voit "des papas et des mamans" selon l'insupportable lexique régressif de l'époque, promenant des enfants habillés de rose ou de bleu genrés dans des poussettes, vont servir de repoussoir avec leurs slogans binaires ; la loi finit par passer, les gays sont désormais des gens comme tout le monde, leur lutte pour la visibilité et leur désir de normativité va les conduire à l'invisibilité. Ils ont le droit de se marier, et bientôt suivra le droit d'avoir des enfants. On est loin de l'idéal révolutionnaire des féministes des années 70 qui se battaient contre toutes ces injonctions patriarcales aliénantes. L'ordre familial est de retour et ce, curieusement, par le biais des homosexuels ! Un vrai backlash.

La PMA pour toutes en 2021 : L'ouvrage de MJB a été publié en 2013, la loi dite de bioéthique n'existait donc pas, mais déjà la revendication de la PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes se faisait jour, selon la même revendication d'égalité ; puisque les femmes hétérosexuelles en couple avec un homme et les célibataires y avaient droit, pourquoi la refuser aux lesbiennes visiblement en couple ? Or, argumente MJB, la PMA n'est pas un droit, c'est une technique médicale contre l'infertilité remboursée par la sécurité sociale (comme si l'infertilité était d'ailleurs le problème de la planète, ajoute-t-elle, le problème de la planète c'est la surpopulation !). Et il y a une différence entre l'infertilité somatique (ou psychosomatique !) traitable médicalement, et l'infertilité sociale des lesbiennes due au fait que l'espèce humaine a besoin pour se reproduire d'un gamète mâle et d'un gamète femelle. On nage donc en pleine confusion des concepts et des définitions.

Toutes ces dispositions ouvrent la voie à la GPA (Gestation pour autrui), les couples d'hommes (majoritaires et à fort capital économique et social généralement) devraient revendiquer l'égalité avec les lesbiennes, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Or comme le souligne MJB, il y a une différence entre paternité et maternité (cette expérience organique de 9 mois), entre don de sperme et don d'ovules, entre insémination artificielle (après traitement hormonal de cheval) pour une femme en vue d'une grossesse pour elle-même, et location de ventre par un couple gay (ou hétérosexuel) pour obtenir un enfant. On n'en a certainement pas fini avec le brouillage des concepts, ni avec l'asservissement des femmes par les hommes dans la reproduction. Les hommes hétérosexuels l'exigeaient, sous couvert d'égalité les hommes homosexuels vont-ils l'exiger aussi ? Avant l'utérus artificiel, déjà expérimenté sur les animaux, permettant qu'advienne cet archaïque rêve patriarcal de se reproduire entre eux sans passer par les femmes. Prochaine étape, la maternité pour tous ? 

Bien sûr, nous savons que tous les gays et toutes les lesbiennes ne veulent pas du mariage, ni même vivre en couple en ayant des enfants. La logique libérale portée par un petit nombre de faux progressistes écrit MJB, n'a pas encore contaminé tout le monde. Mais le risque est grand que sous prétexte d'égalité, un petit nombre fasse " le jeu d'un néolibéralisme puissant, porté par le dieu argent qui n'en finit pas de déstructurer les vies, les consciences, l'économie, le lien social et l'avenir de la planète. " 

L'ouvrage de Marie-Jo Bonnet est indisponible, sans doute épuisé, chez l'éditeur ; on peut le trouver dans certaines bibliothèques, en tout cas chez Recyclivre et ses revendeurs, où j'ai trouvé le mien. Livre à lire de toute façon. 

Les citations tirées du livre sont en caractères gras et rouges. 

mardi 15 février 2022

Utilisateurs de la gestation pour autrui : souffrants ou égoïstes ?

Mercredi 9 février, France 2 télévision de service public, diffusait en première partie de soirée un téléfilm faisant la promotion de la GPA (gestation pour autrui) au scénario adapté du récit de Marc-Olivier Fogiel sur son parcours de couple ayant eu recours à cette technique aux USA pour avoir deux filles. Rappelons que cette pratique est illégale en France, qu'il est donc étrange qu'une chaîne de service public en fasse la promotion avec l'argent de notre redevance. J'avoue ne pas avoir regardé, ni le téléfilm, ni le débat qui suivait : à lire les critiques et les interviews, comme à chaque fois, cela donne un scénario bourré de pathos ; le débat devait être un alibi mettant face à face deux camps à jamais irréconciliables, procédé dont la télévision raffole. Je suis tout de même tombée sur quelques tweets et vidéos confirmant ce que je craignais. 

Sofia Essaïdi, actrice principale, dans cet article du Figaro parle d'amour (ah l'amour, comment aller contre ?) et surtout s'exprime dans cette phrase, titre d'article : "La gestation pour autrui, c'est une histoire de gens qui souffrent". De ne pas pouvoir enfanter, et ensuite du regard des autres, quand surmontant la réticence de la société, ils décident malgré tout de braver la loi. Peut-on rappeler à Sofia Essaïdi que la maternité, cette "affaire de femmes" a longtemps été un océan de souffrance pour les femmes ? En cinquante ans, on est passées de la maternité malédiction à la maternité à tout prix. De l'enfant malheur à l'enfant-roi, puis à l'enfant à tout prix. Allez juste jeter un œil sur le bouleversant film de Claude Chabrol sur la seule femme Marie-Louise Giraud, condamnée à mort et guillotinée en France en 1943 pour avoir pratiqué 27 avortements : les arguments des femmes qui ont recours à elle sont déchirants. Ma propre enfance a été bercée de témoignages de femmes du voisinage, et de mes aïeules se lâchant quand elles étaient entre elles sur leurs grossesses (pas souvent désirées) et leurs accouchements (la plupart du temps décrits comme des boucheries). J'aurais un souvenir de récit d'un parcours de roses, promis, j'en ferais état, mais je n'en ai pas. Rajoutons que la longue période de l'histoire où l'espérance de vie de l'humanité ne dépassait pas 25 ou 30 ans, était majoritairement due aux mortes lors de la grossesse et de l'accouchement. Les femmes mouraient en couche, les femmes souffraient, les femmes payaient de leur vie ce douteux privilège de donner la vie. Ne parlons même pas des comportements masculins irresponsables, semant à tout vent et n'endossant que rarement leur paternité ni même une quelconque responsabilité, les femmes portaient seules la charge et souvent l'opprobre de la société. Donc, désolée, je ne partage pas cette idée de souffrance, je préfère vivre au XXe et XXIe siècles dans un pays où la GPA désirable par quelques couples, en majorité hétérosexuels d'ailleurs, est interdite pour des raisons d'éthique. Et surtout, où les moyens de contraception sont accessibles, bon marché voire gratuits, et l'IVG légale. 

" Un enfant si je veux ", le slogan radical des militantes féministes des décennies 60 /70 luttant pour la contraception et l'avortement, hélas tempéré par sa subordonnée " quand je veux " se retourne contre nous : "mon corps, mon choix, mon droit" est désormais invoqué par les libéraux et libérales pour justifier les pires exploitations du corps des femmes dans la pornographie, la prostitution rebaptisée "travail du sexe", et dans la reproduction sous couvert d'altruisme et d'empowerment des femmes dans la GPA. Le patriarcat, jamais défait, toujours renaissant, toujours diviseur, après avoir été chassé par la porte revient par la fenêtre en détournant à ses fins -l'accès au corps des femmes et à leur fonction reproductive-, invoquant le libre choix individuel et le libéralisme, et détournant à son profit les slogans des féministes et de leurs acquis collectifs.  

Comment être contre l'altruisme ? Comment dire que oui, il y a des couples stériles physiquement (hétéros) et socialement (gays et lesbiennes) que je comprends que cela les met à l'épreuve, mais que ce n'est pas aux femmes d'aliéner leur corps pour leur servir de pansement sans passer pour une égoïste ? Au contraire n'est-ce pas eux les égoïstes, louant un corps de femme, achetant un enfant, qui aura toutes les peines à acquérir la nationalité française puisqu'acheté / né à l'étranger, ce que la loi française condamne. N'est-ce pas imposer son égotisme en mettant les autorités d'un pays devant le fait accompli en créant des précédents, en imposant leurs enfants et exigeant du législateur la reconnaissance de leur action illégale en le mettant en demeure de considérer l'intérêt de leur enfant, intérêt dont eux ont fait bon marché pour commencer ? 

Dans cette vidéo Youtube de C à vous sur la chaîne France 5, on voit Marc Olivier Fogiel (MOF) "raconter son combat pour la GPA" en face d'Anne-Elizabeth Lemoine : la télé invite la télé, et notion toujours floue pour les Français, on frôle le conflit d'intérêts puisque MOF est le puissant patron du groupe de télévision RMC /BFM TV et qu'Anne-Elizabeth Lemoine peut avoir de bonnes raisons de ne pas insulter son avenir face à un futur éventuel employeur. Je ne dis pas qu'elle le ferait, je dis seulement qu'elle se met dans une position délicate et qu'on peut poser la question. Outre cette première remarque, le verbatim de la vidéo est orienté don de soi, amour, générosité des femmes porteuses, quasi incompréhensible pour les féministes "qui n'ont jamais parlé avec elles", donc seraient incompétentes sur la question, et le slogan libéral est dit par MOF citant une femme porteuse sans doute étasunienne "ma plus grande liberté c'est de faire ce que je veux de mon corps". Aliéner sa liberté au moins pendant neuf mois, ce serait poser un acte de liberté suprême, discours habituel des libéraux, dès lors qu'il s'agit d'un choix individuel qui, du fait, ne serait pas critiquable. Tout cela baigne dans une émotion et une émotivité bourbeuse qu'on reprocherait ailleurs, par exemple à une défenseure des animaux sur le même genre de plateau, comme un travers de femmelette pleureuse, tout comme on lui reprocherait de projeter ses affects et sensations sur les autres. Evidemment, "l'insécurité des enfants non reconnus par l'état" -refus de nationalité- est totalement à charge contre notre vilaine société, certainement pas des parents qui bravent la loi votée par le collectif social, alors qu'ils imposent leurs choix individuels qu'on peut, dans un cadre normal, qualifier d'égoïstes, en mettant la société devant le fait accompli en rentrant avec un enfant "illégal" et en intentant ensuite des actions en justice. 

Alors oui, j'avoue, je n'ai jamais parlé avec une mère porteuse, ce qui me disqualifierait pour avoir une idée sensée et surtout des principes sur le sujet, à cause de mon ignorance profonde ? Si je rencontrais une mère porteuse je l'écouterais parler de son choix en espérant seulement qu'elle l'a fait en auto-détermination, sans pression sociale ni économique, ni due à son éducation. Je pourrais aussi croire à sa sincérité. Ce qui me m'empêcherait pas d'avoir et d'être ferme sur les principes selon ce que je sais du statut social des femmes : les femmes ont toujours été considérées comme devant des services domestiques, sexuels et reproductifs aux hommes et à la société ; les femmes constituent l'énorme masse des économiquement faibles partout dans le monde. Le risque est donc immense de céder à la tentation de gagner de l'argent -ce que je ne condamne pas non plus en soi- en aliénant une partie de leur temps et de leur corps, en le louant ou le vendant au plus offrant pour accéder à plus de confort personnel pour elles et surtout pour les leurs, l'expérience nous montrant que les femmes dépensent leur argent pour le confort des autres. Ceci en se faisant appliquer des techniques d'élevage au préalable expérimentées sur les corps des femelles animales (ce qui me révulse également !) surexploitées jusqu'au trognon par notre arrogante et capricieuse espèce. Le ver est dans le fruit, le modèle est délétère.

Donc, oui, rationnellement et j'insiste sur la démarche rationnelle : je défends que le corps humain est incessible, inaliénable, donc qu'on ne le vend ni ne le loue, en totalité dans l'esclavage, ni à la découpe, en pièces détachées, comme dans la prostitution commodément rebaptisée "travail du sexe", dans la pornographie, ou dans la fonction de mère porteuse. On ne vend ni n'achète pas non plus un enfant. Je soutiens aussi que la loi précède en force les choix individuels aliénants, car pour citer Lacordaire, "entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui affranchit. " Je défends aussi que les lois dont nous nous sommes dotés démocratiquement, voulues collectivement après une longue exigence et parfois de durs combats, sont d'essence supérieure à tous les choix fussent-ils individuels, fussent-ils affublés de la notion de "libre-choix". On sait les inversions, les détournements de notions dont se rendent régulièrement coupables les patriarcaux pour nous faire admettre leur agenda politique. Donc, prudence. Que des gens fassent du militantisme, je le comprends aussi, mais dans ce cas-là disons-le nettement, ces émissions ouvrent leurs micros à des militant-es qui ont un projet politique, faire admettre qu'une femme porte un enfant dont elle n'est pas légalement la mère parce que l'ovocyte fécondé vient d'autres qui veulent être parents à tout prix contre paiement et annexion de sa liberté pendant neuf mois, parce que par contrat on exigera qu'elle se soumette entièrement à des techniques invasives et hormonales avant et pendant sa grossesse pour qu'elle livre  son "produit", enfant auquel elle a renoncé, conformément au contrat qu'elle a signé. C'est cela la réalité de la gestation pour autrui. 

Lien pour aller plus loin : Un article publié en mars 2019 sur le livre Tristes grossesses, l'affaire des époux Bac qui fera prendre conscience à la France nataliste des années 50 du sort des femmes accablées de grossesses, prise de conscience qui débouchera sur la loi Neuwirth en 1967. 

vendredi 14 mai 2021

Syndrome de Stockholm

Quelle quinzaine abominable avons-nous vécue ! Après le féminicide de Chahinez, brûlée vive à Mérignac par son ex mari dont elle divorçait, un récidiviste déjà condamné et remis en liberté sans que la justice ait prévenu personne malgré les plaintes déposées et les témoins des violences, surgissement d'un meurtre violent et moyenâgeux qu'on ne pense jamais possible chez nous, une administrative accueil Police Stéphanie Montfermé égorgée par un terroriste islamiste dans l'entrée du commissariat de Rambouillet, des frustrés enragés s'acharnent sur une banale intervention de police sur un point de deal de cocaïne, un policier, Eric Masson, est tué, enfin, une fusillade dans les Cévennes par un survivaliste, chasseur, collectionneur d'armes qui règle ses différends patron-salarié au fusil ! J'apprends que l'homme en question (en fuite au moment où j'écris) est marié et a une fille ! 

Je sais que les medias, les pouvoirs publics et la police / gendarmerie ne font jamais le lien entre ces meurtres et assassinats, la compartimentation des manifestations de la terreur masculine arrange tout le monde, mais il me semble pourtant que tout cela ressort de l'incapacité des hommes, et seulement eux, à régler leurs différends, leur frustration, autrement qu'au couteau ou au fusil, voire à l'arme lourde. Il y a trois fois plus de risque de mort violente chez les possesseurs d'armes, ai-je lu dans un roman policier d'Olivier Norek, comme il est ancien capitaine de la PJ de Seine Saint Denis, je pense que sa documentation est bonne. Le dernier assassin présumé, Valentin Marcone était chasseur : il se faisait donc la main sur des animaux innocents, activité très bien tolérée par la société. Le lien qui va de de la violence faite aux animaux à celle infligée aux humains, n'est toujours pas reconnu. C'est que des bêtes, refrain habituel. 

Au même moment où le meurtre de Chahinez arrive dans l'actualité, il se trouve qu'une nouvelle locataire envoyée par une association prend possession du logement de l'étage au-dessus, dans mon immeuble : le studio est loué par une association qui, avais-je compris, y met à l'abri des femmes mineures ou jeunes adultes (jusqu'à présent on n'a eu que des femmes) de la précarité sociale et économique, de l'itinérance ou de la violence. Sauf que dans ce dernier cas, au bruit émis, les meubles volent, les admonestations et les engueulades d'un mec qui accompagne Madame tous les soirs pleuvent, les sanglots de Madame qui le poursuit dans l'escalier et l'agonit d'injures en chemise dès qu'il dégare son scoot du rez de chaussée ; l'évolution vestimentaire de Madame est allée de la mini-jupe très mini à la tenue longue et au voile sur la tête (sauf quand elle poursuit Valentin en chemise dans la rue) : tenue islamique, mais pop, fashionista, robe travaillée avec empiècements colorés, et mousselines sur la tête et les épaules, snickers dernière mode, chic et chères aux pieds. Son mec est banalement le mec en scooter garé devant la porte (jurisprudence masculine) casque et snicker aussi, mais plus communs. Bref, tout ça fait que secouée par l'assassinat atroce de Chahinez, je suis intervenue, et auprès de l'association et auprès des gêneurs. L'association m'a assurée que la bénéficiaire c'est la dame, et que leur règlement interdit d'y recevoir pour la nuit. J'ai insisté sur le parasitisme masculin forcené des espaces des femmes, notamment quand elles sont menacées : tête de l'employée, elle me regardait avec méfiance comme si j'avais la rage ou la gale, mondieu, mais elle dit du mal des mâles, celle-ci ! Je l'entendais penser. Quand au couple, elle, rimmel coulant et me tenant par le bras s'est excusée tout du long, pendant que son Valentin menaçant, avançait sur moi et m'a traitée de raciste en me montrant la peau de son bras. Ils s'engueulent en farsi ou en ourdou (ce n'est pas de l'arabe, j'en mettrais ma main à couper !) mais parlent un excellent français. Raciste ? Je ne me démonte jamais ; d'habitude c'est plutôt "grosse pute",  aussi j'ai de l'entraînement ! Je réponds comme à chaque fois sur le même ton "sexiste, misogyne, haineux des femmes". Ca marche plutôt bien. Je peux même développer "les mecs nous haïssent depuis le début des temps jusqu'à la fin des temps,c'est documenté". Et je suis remontée chez moi. Envoi d'un mail à l'asso, qui ne m'a pas répondu, sinistre sale habitude de "la ville où il fait teeellement bon vivre !". Les coups d'éclats continuent, mais il vaut mieux qu'ils s'engueulent ailleurs que sur mon palier, les amoureux. L'aaaamourr, cette grande affaire humaine entre les sexes. Si c'était son frère, je ne pense pas qu'elle courrait derrière en chemise et en hurlant quand il se casse après lui avoir remonté les bretelles : il lui parle d'un ton impérieux c'est la seule chose que je comprends, ensuite elle remonte tous les étages en sanglotant. 

Ce qui dépasse mon entendement, c'est cette incapacité des femmes et filles à vivre en auto-détermination même quand leur relation avec un homme est toxique. Notez que les précédentes bénéficiaires du même studio étaient, elles, cornaquées par leur smartphone tendu devant elles à un point invraisemblable. "Les femmes sont automobiles" ironisait Nicole-Claude Mathieu, anthropologue à propos du traitement des femmes chez les peuples premiers qu'elle étudiait : elles se meuvent seules à condition qu'il y ait quelqu'un au volant ! Il vaut tout de même mieux être seule que mal accompagnée non ? On dirait que non. Ils "leur chient dans les bottes" (je cite Nicolas Mathieu dans Leurs enfants après eux, si si) à toutes les étapes de leur vie mais bon, elles en veulent quand même, quitte à les produire elles-mêmes ! Je vais tenter une explication : 

Les femmes ont de tous temps été : niées, tuées avant d'être nées (fœticide) ou juste nées (infanticide) jamais désirées, en tous cas deuxième choix, traitée en butin, razziées (les razzias sont de retour au Nigeria perpétrées par Boko Haram, voir leurs enlèvements collectifs de collégiennes), enlevées, mariées précocement ou de force, voilées, invisibilisées, violées, violentées, battues par un mari tout puissant, incestuées par les mâles de la famille, maintenues dans la faiblesse économique et sociale à dessein pour leur fournir un cheptel de prostituées, domestiquées depuis des millénaires pour leur service sexuel, reproductif et domestique. Esclavagisées en somme, captivité et colonisation psychologique génétique des femmes. Ca laisse des traces durables dans la psyché, ça s'inscrit dans le cerveau reptilien et sans doute même dans la mémoire des gènes et franchit les générations. A tel point qu'elles ont développé des stratégies de survie : l'amour, faire cause commune avec l'agresseur, être amoureuse de lui, stratégie masochiste pour SURVIVRE ! En espérant diminuer les coups, leur produire des garçons leur choix du roi, pour avoir à peu près la paix, cet autre syndrome de Stockholm, celui des mères pour les fils qu'elles ont engendrés qui les préserverait des hommes qu'elles n'ont pas engendrés. Combien de fois avez-vous entendu une femme bafouée dans le conjugo venir vous expliquer qu'elle n'a pas tiré le trop mauvais numéro finalement, qu'elle n'a pas été si malheureuse après tout, toujours comptant en creux ses maigres gains. Finalement, il ne m'a pas tuée, Et si ça se trouve, il a empêché les autres hommes de me tuer, j'ai de la chance. La stratégie multimillénaire des femmes pour survivre. L'amour. 

A force de temps, on développe un solide et incurable syndrome de Stockholm. Le syndrome de Stockholm se développe d'autant plus et durablement quand le rapt, l'empêchement de circuler, la captivité, durent longtemps. Tous les otages, quand ils ne sont pas tués ni trop blessés, finissent par adhérer à la cause de leurs agresseurs. La dernière libérée en date du 8 octobre 2020, Sophie Pétronin, 75 ans, malade, séquestrée 4 ans au Mali, a réapparu voilée, défendant quasiment ses ravisseurs, convertie à l'Islam, prête à repartir "aider les pauvres". Bon, comme elle était catho avant, il n'y a avait qu'un petit pas à franchir, et elle était entraînée à pardonner. La deuxième composante de ce syndrome, c'est que c'est le séquestreur qui vous abrite -c'est ce qu'il prétend-, garantit votre sécurité, pas la police ni la justice, ni les associations, présentés par lui comme menaçants. Et vous le croyez. Chez les femmes et les enfants maltraités dans le foyer familial, c'est frappant, cela les incite à refuser toute aide venant de l'extérieur. 

Il est évident qu'avec une histoire multimillénaire pareille c'est difficile de se penser autonome, assurant soi-même sa sauvegarde. Et pourtant, quand on sait que les meurtres de femmes se produisent majoritairement dans leur foyer, il vaudrait mieux être son propre défenseur, ne jamais en confier la dévolution à un homme, fût-il le compagnon, le mari, l'amant, et être solidaires entre femmes. Elles ont peur des chiens, peur de se faire vacciner à l'Astra Zeneca, mais PAS de laisser le volant à Valentin, alors que 85 % des accidents graves de la route, ce sont les mecs qui en sont responsables. Violence routière et violence routinière. Il faut apprendre à se méfier des hommes et les tenir EUX pour responsables de leurs propres violences.

Il est temps d'apprendre l'autonomie et l'auto-détermination aux femmes, arrêter la propagande hétéro-patriarcale, l'hétéronormativité du conjugo et de la maternité comme alpha et omega d'une vie réussie. Qu'on arrête de nous casser les oreilles avec les papas et les mamans, les papys et les mamies, les tontons et les taties, vocabulaire régressif ! Le COVID nous en a remis une couche. Il faut apprendre aux garçons dès le berceau que les femmes ne leur doivent RIEN, qu'elles n'ont pas été crées pour eux. Il n'y a pas de droit au sexe, ni à l'enfant d'ailleurs dans les droits humains, ils ne sont pas des ayant-droit, qu'ils se démerdent seuls ou qu'ils restent chez leurs mères si elle veut d'eux, ce qui ne leur est pas garanti. Et il faut en finir avec la romance qui leur fournit de la chair à canon, pour évacuer leur trop plein de frustrations et leur soif de domination. Leur apprendre aussi à résister à la frustration au lieu de d'accourir au moindre bobo à leur rescousse comme le font les femmes de leur entourage, éternelles béquilles, infirmières, assistantes sociales et secrétaires comptables, trésorières, visiteuses de prison, en finir avec cette féminité patriarcale qui les rend solidaires de leurs hommes alors que c'est la solidarité entre femmes qui leur serait profitable. Eux ne pratiquent que cette solidarité entre pairs de même sexe. L'autonomie c'est pour tout le monde : pour les hommes comme pour les femmes. Et l'autonomie c'est le contraire des niaiseries de Prince et Princesse Charmante. L'autonomie c'est faire mentir l'idée que "avoir son propre point de vue c'est haïr les hommes, mais que tuer et violer des femmes, ce ne serait pas haïr les femmes", idée fausse destinée à perpétuer la colonisation psychique génétique des femmes. L'autodétermination, c'est se choisir un chemin aussi bien hors du troupeau, et défendre sa position face aux injonctions, aux anathèmes, en promouvant les avantages qu'elle vous a apportés. Il n'y a pas de fatalité à marcher trois pas derrière un homme. Ni à lui laisser le volant. 

Pour approfondir le sujet du syndrome de Stockholm et des stratégies de survie des femmes, allez lire " Aimer pour  survivre : l'emprise et la colonisation psychique des femmes " excellent article de Martin Dufresne chez Tradfem qui a inspiré ce billet. 

Actualisation 15/5/21 : Finalement le fugitif du Gard s'est rendu "hagard" aux gendarmes en "s'excusant" après une sorte de battue aux sangliers appliquée à un humain, qui a duré 3 jours et demi ; ça permet à la Gendarmerie de mettre en avant ses compétences, le patriarcat c'est quand même bien foutu. Deux personnes ne sont pas rentrées le soir après être allées au travail le matin mais bon, les victimes, ce n'est pas le propos. Je me doute qu'on va lui trouver plein d'excuses à ce garçon. Le Président de la Fédération de Chasse du Gard a fermement démenti que Valentin Marcone ait été d'une manière ou d'une autre un chasseur, c'était un "tireur sportif", nuance. Le club des sanglants, victime collatérale, obligé de défendre sa réputation -qui n'est pourtant plus à faire ! 

Une jeune femme de 17 ans a été poignardée à mort à Ivry sur Seine hier vendredi par un mec ado de 14 ans pour avoir voulu s'intermédier entre un harceleur sur les réseaux sociaux et sa petite sœur ; il semble que s'interposer et vouloir arranger les choses ne soit finalement pas une bonne idée face à ces  enragés couteau entre les dents. L'affaire ne sera pas considérée comme féminicide puisque le féminicide c'est quand c'est Roméo qui tue. 

samedi 27 mars 2021

Capharnaüm : je veux porter plainte contre mes parents pour m'avoir mis au monde.

Cette semaine, c'est un film qui m'a tapé dans l'œil  !


Scène de tribunal : Zain, garçon de 12 ans (c'est ce qu'il pense, il n'a jamais été enregistré à l'état civil, et il en paraît 10) sorti de prison, arrive menotté devant un juge, ses père et mère sont dans l'assistance. L'enfant s'adresse au juge : " je peux porter plainte contre mes parents pour m'avoir fait naître. La seule chose que j'ai entendu, c'est 'dégage d'ici, fils de pute' dit-il au juge. Je veux que les gens qui sont incapables d'élever des enfants n'en aient pas". 

Né dans un bidonville de Beyrouth, Zain survit au milieu d'une famille innombrable, entre ses frères et sœurs qui dorment serrés les uns aux autres sur des matelas étalés au sol la nuit, ses journées se passant à tenter d'acheter ou marchander de la nourriture contre de menus services aux commerçants dans les rues grouillantes et sales, entre les abris de tôle et de cartons ; le soir quand il rentre c'est pour tâter des torgnioles de son père qui le traite communément de "fils de pute" devant sa mère. Zain est un grand récalcitrant lucide à la langue bien pendue, il fait la gueule, ne sait pas sourire. Il ne connaît pas l'insouciance de l'enfance. Les choses se gâtent encore plus alors qu'il rentre un soir et qu'il voit sa sœur cadette de 11 ans maquillée, pomponnée, présentée à un mec de 40 ans. Pressentant ce qui va se passer, il engueule tout le monde, et tente de dissuader sa petite sœur de jouer le jeu des présentations. Finalement, la fillette s'en va, suppliée par Zain qui tente en vain de la retenir. Révolté contre ce dernier coup familial, il part de chez ses parents avec son baluchon dans un sac poubelle. La suite du film montre Zain survivant dans la rue, recueilli par Rahil, migrante éthiopienne sans papiers bientôt virée par son "référent" pour qui elle travaille chez des bourgeois beyrouthins, et qui a sa vie entre ses mains puisqu'elle n'a aucun papier et qu'il lui a confisqué son passeport. La dame a un bébé, Yonas, non sevré, qu'elle confie à Zain quand elle travaille. Jusqu'au jour où Rahil ne reparaît pas. Zain est en charge de bébé Yonas : le nourrir au biberon alors qu'il a toujours tété le lait de sa mère, et lui assurer des couches propres. Une épreuve évidemment. D'autant qu'un commerçant trafiquant de chair humaine lui propose de l'argent contre le bébé, Zain refuse. Il construit de ses mains avec des ustensiles récupérés un véhicule dans lequel transporter le bébé avec lui, et quand il doit s'éloigner pour chercher leur pitance, il attache Yonas par le pied au chariot. A bout de ressources, il finit par céder, la mort dans l'âme, Yonas au commerçant qui le lui demandait et rentre à la maison. Pour y apprendre que sa sœur est morte de sa grossesse à l'entrée de l'hôpital où on l'a refusée pour manque de papiers d'identité. Zain saisit alors un couteau et va tenter de tuer le "beau-frère" pédophile arrivant juste à le blesser, c'est la raison pour laquelle il est devant un juge et qu'il inverse le procès, c'est lui qui demande qu'on juge ses parents pour l'avoir fait naître. 

" Je ne veux pas que mes parents aient d'autres enfants ; la vie, c'est de la merde ". " T'as pas de cœur, t'es un monstre ", hurle-t-il à sa mère qui lui annonce dans sa prison qu'elle est de nouveau enceinte et qu'elle attend une nouvelle petite sœur pour Zain. Le rêve de Zain, c'est d'aller en Suède : " les enfants meurent de mort naturelle là-bas " dit-il dans un contre-sens qu'il ne perçoit pas. Noir, très pessimiste, cash, pas un gramme de guimauve, sans concession. Les seules bonnes nouvelles, c'est que Rahil réapparaîtra et qu'elle retrouvera son bébé Yonas. 

Film coup de poing, juste et poignant, on se demande durant tout le film quand la metteuse en scène va mollir, vu la charge livrée ici contre la sacro-sainte parentalité, sur le sort que les humains réservent à leur enfants, sans aucun compromis ni aucune mièvrerie. Zain accuse ses parents et ce monde de misère qui l'a si mal accueilli lui, le bébé Yonas et sa sœur, vendue par ses parents à un pédophile contre mariage précoce et prise en charge du fardeau. Car c'est ainsi que les humains traitent leur progéniture, comme un compte en banque, une marchandise aliénable au plus offrant. 

Formellement, le film tourné dans un bidonville de Beyrouth, est magnifiquement mis en scène ; Nadine Labaki sait faire bouger sa camera et nous offre des plans séquences virtuoses et de toute beauté. Elle mérite ses trois prix, dont le prestigieux Prix spécial du Jury de Cannes 2018. Merci à ARTE de l'avoir diffusé. On ne le retrouve pas en accès direct sur leur plateforme, mais sur des sites de cinéma en VOD. 

Depuis le tournage du film, la situation à Beyrouth s'est encore aggravée par la destruction du port, due à l'explosion de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium en août 2020. Si chez nous, il n'y a pas de situation couramment comparable, on peut tout de même penser que les quatre enfants de Magali Blandin, dont le père a tué la mère le 10 février 2021 de deux coups de batte de baseball, pourraient tenir le même discours que celui de Zain. Cette odieuse affaire de féminicide, qui a eu lieu en Ille et Vilaine, démontre une fois de plus que des pater familias pervers narcissiques violents tuent la mère de leurs enfants, et que ce n'est pas rare. Incestueux, violeurs, alors même que la société leur reproche d'être absents, je me demande si ce n'est pas mieux qu'ils ne soient pas là ! Mais le mieux est de ne pas les mettre au monde, Zain a raison, les faire naître juste parce qu'on a un appareil génital et qu'on ne sait rien faire d'autre est la pire des motivations. Foutez la paix aux enfants à naître les parents, ils vous le demandent, occupez-vous de ceux qui sont déjà là et que personne n'a accueillis dans la dignité, l'intégrité physique, la sécurité, un toit, et de quoi manger. Ils n'ont besoin de rien d'autre. Foutez nous la paix avec vos protestations d'amour, plus personne n'est dupe. 

La semaine dernière dans un coin d'écran j'ai aperçu le témoignage d'une femme battue et incestuée avec sa sœur par son père durant des années, leur mère complice : la justice a condamné le père abuseur violeur à seulement deux ans de prison, considérant qu'elles étaient consentantes. La culture de l'insémination et de la dégradation par le viol fait des ravages. A la fin de l'interview il était précisé à son de trompe que cette dame était l'heureuse mère de cinq enfants. J'en suis restée commotionnée ; on sait que le viol et l'inceste sont épidémiques, que le traumatisme laisse des traces, suit les générations et expose d'autres victimes à subir le même crime, l'affaire Laeticia Perrais le confirme à souhait, le viol était endémique dans la famille. La propagande patriarcale nataliste bat toujours son plein, sans aucun recul, aucune prophylaxie, ni aucune mise en garde aux victimes qui, sûrement, compensent ainsi le délaissement que des parents lobotomisés par la propagande, irresponsables et indignes, leur ont infligé dans l'enfance, en s'entourant d'enfants béquilles, alors qu'elles sont extrêmement fragiles, proies désignées de nouveaux agresseurs. La maltraitance humaine aux enfants est une histoire sans fin. 

lundi 9 novembre 2020

Des corps en capitalisme

J'ai lu ce petit ouvrage de 140 pages cette semaine. 

" Le corps, cet objet éminemment historique, domestiqué, violenté, pathologisé ".

Après Caliban, (voir ma chronique de 2017) Silvia Federici continue, en 9 courts chapitres alertes, son exploration de la captation-transformation des corps pour les besoins du capitalisme : celui de l'ouvrier d'abord, temps minuté, gestes calibrés au rasoir pour servir une machine convoyeur, puis corps augmenté pour servir les défis à venir : aller dans l'espace, la Terre étant désormais vidée de ses ressources. Puis le corps des femmes, historiquement domestiqué pour le travail de (re)production d'autres corps pour l'usine et aussi pour la guerre, avec interdiction et criminalisation de l'avortement et de la contraception comme crimes contre l'humanité. 

Pour les femmes donc, après la création de la figure de la "sorcière" qui a contribué à la tentative de "perfectionnement de l'humain", la dernière trouvaille du capitalisme c'est de vendre leurs corps à la découpe, histoire d'améliorer les fins de mois. La GPA, Gestation pour Autrui, (Federici s'y oppose) parée du substantif valorisant d' 'altruisme', (qui refuserait d'être altruiste, franchement ?) est donc le dernier moyen, permis par les techniques de reproduction largement expérimentées et utilisées sur les animaux d'élevage, pour asservir le corps des femmes au profit des hommes gays et de tous les couples stériles, du moment qu'ils paient pour utiliser 9 mois de votre vie, pour une stricte surveillance de la femme durant la grossesse, son "produit" ne lui appartenant pas, pour sa soumission à des techniques biologiques invasives, pour finalement aliéner ce "produit" à d'autres personnes par contrat. Rappelons à toutes fins utiles, qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, pas plus que de droit au sexe dans la Déclaration des droits humains ! 

Je préfère prévenir, c'est étasunien : on retrouve souvent le mot "communautés" puisque les Etat-Unis sont une mosaïque de communautés, qu'ils vivent dans une société qui a longtemps été ségréguée : blancs, noirs, hispaniques, lesbiennes, trans,... Federici utilise aussi l'expression "travailleuses du sexe" : en effet, elle est contre la criminalisation du client de prostitution au motif que le "travail du sexe" permet à des femmes, notamment de minorités ethniques puisqu'elles sont les plus pauvres, de subvenir "aux besoins de leurs communautés et familles". Ca laisse un peu perplexe pour dire le moins :  si la GPA est une exploitation par un client, la vente de sexe, pour une durée plus courte c'est entendu, l'est aussi il me semble. 

Dans son chapitre VIII, "Revisiter les mormons dans l'espace", Federici se livre à une prospective éblouissante sur la conquête de l'espace, pour laquelle le capitalisme aura besoin de nouveaux corps, augmentés ceux-ci, car comment tolérer la promiscuité imposée, le confinement plusieurs mois de suite dans des vaisseaux spatiaux, sachant que nous sommes une espèce belliqueuse, velléitaire et instable, qui peut à tout moment s'affronter pour son espace vital. Il faudra des individus stabilisés émotionnellement, augmentés physiquement, qui devront avoir des facultés pour faire face à des problématiques pionnières sur lesquelles nous n'avons pas de retours d'expérience, le tout sans espoir de retour. Un peu le genre sans affect des astronautes de 2001 Odyssée de l'espace (Kubrick 1959) qui sont les seuls robots du vaisseau, l'ordinateur de bord ne tardant pas à devenir fou, il est même le seul humain de l'équipage, la preuve, il trompe son monde et ment comme un arracheur de dents ! On retrouve le pantin humain, thème qui traverse toute l'oeuvre du visionnaire Kubrick. 

Critique personnelle toutefois : jamais l'arrêt de la production n'est envisagé, alors que c'est l'arme utilisée par les ouvriers qui eux, ont droit à la grève, donc l'arrêt de la production, comme sanction à la non acceptation de leurs revendications. Les féministes les plus articulées ne dénoncent jamais la maternité et les effets économiques et sociaux délétères qu'elle induit pour les femmes et leurs enfants ; il me semble que la première des préoccupations quand on défend les femmes, ce devrait être la défense de leur sauvegarde, de leur santé physique et économique, de leur auto-détermination, d'abord. Mais tout se passe comme si, même pour les féministes, la maternité, cette pourtant construction sociale issue d'une domestication du corps des femmes, ne peut pas être écartée du "destin" féminin, comme si, puisqu'il y a femmes il y a forcément maternité, enfants, familles, consécration au soin des autres, sacrifice pour l'espèce, alors que l'autre moitié les maltraite. L'injonction pèse de tout son poids, pas moyen de "réussir sa vie" autrement, selon l'expression consacrée. Pourtant à 8 milliards avant 10 ans sur une planète aux ressources limitées, plus la négation de nos besoins par les diktats patriarcaux (on l'a encore vu en Pologne cette semaine, où les droits des femmes leur servent de variable d'ajustement politique) les femmes donc, à mon sens, devraient être incitées à avoir comme agenda de s'occuper d'abord d'elles-mêmes. Ni l'environnement patriarcal hostile où nous vivons en permanence ni la négation de nos besoins individuels ne sont propices à s'alourdir de charges ; c'est déjà un gros programme en soi, et même difficile à tenir : survivre, même seule, dans une société faite par et pour les besoins des hommes ! 

Evidemment, je sais que Silvia Federici est marxiste, et que son sujet c'est l'analyse et la critique des rapports sociaux de production, qu'elle a commencé sa carrière en revendiquant un salaire maternel pour les mères, considérant que le "travail" des femmes, c'était de produire des corps pour l'usine, MAIS sans salaire, l'usine étant, dans ce cas, leur fonction "naturelle". Elle colle donc à son sujet. Les femmes sont toujours arrimées au fatum de la maternité. Aux hommes l'HIStoire, aux femmes (et aux animaux) le destin ! L'épistémologie du récit biblique n'est pas au programme féministe*. Et pourtant le verset 1- 28 de la Bible me paraît être le premier commandement du capitalisme qui a fait de la destruction des ressources la condition de son expansion et de sa survie sous l'oxymore 'destruction créative'. Jugez-en : " Dieu leur dit, soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez, dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur terre. ". Ils sont désormais en partance pour d'autres planètes : leurs besoins en minéraux, terres rares, en extractivisme de toute sorte est inassouvible, ils ont épuisé la terre (et les femmes), ils iront désormais épuiser ailleurs. 

* En fait, une seule a consacré son oeuvre à cette épistémologie : il s'agit de la féministe philosophe et théologienne US Mary Daly. Malheureusement, son oeuvre n'est pas traduite en français.

vendredi 12 juin 2020

Je n'ai pas d'enfant et je vais bien !

Mon blog devenant collaboratif, je publie bien volontiers cette semaine un billet proposé par une autrice sur le sujet de la maternité, refusante elle aussi ! En guise de préface, je propose une citation de Nicole-Claude Mathieu, anthropologue, théoricienne du féminisme, dont la thèse est que la fécondité et les capacités reproductives des femmes sont appropriées par les hommes, que la reproduction est contrainte, tout comme l'hétérosexualité. Ce sont des constructions sociales, et il faut beaucoup d'assertivité pour les refuser et s'en affranchir.

" A l'enseigne des saigneurs, il y a une internationale de la violence contre les femmes, dont la croissance démographique -qu'on pourrait appeler violence démographique contre les femmes n'est pas la moindre manifestation. Cette "croissance" ne se fait pas toute seule. Elle est le résultat de la volonté de maintien du contrôle des hommes sur la sexualité des femmes dont la collusion entre le Vatican et l'Islam démontre bien le caractère transculturel. Contrainte à la grossesse imposée en tous temps : temps de guerre ou de paix, temps de prospérité ou de famine, temps des camps de réfugiés..."

" ... entre la capacité et le fait de procréer s'interposent des interventions sociales sur le corps, la sexualité et la volonté des femmes, qui vont moins dans le sens d'une limitation des naissances que dans celui d'une rentabilisation des possibilités biologiques. " 
Nicole-Claude Mathieu L'anatomie Politique 2 

Voici le texte d'Annah Scott :

Je fais partie des 5 % de français, hommes et femmes confondus, à ne pas vouloir d'enfant. A 34 ans, ce choix a été longuement réfléchi et est aujourd'hui totalement assumé. Pourtant, il m'est encore souvent impossible de seulement laisser sous-entendre de ne pas désirer de chérubins.

Quand l'entourage s'en mêle

A défaut, j'ai droit aux réflexions coutumières :

Tu changeras d'avis !
Tu es égoïste !
Tu regretteras :
Tu finiras toute seule ! 

Ou celle implacable qui me rappelle que mon corps n'est pas mon allié
L'horloge tourne ! Dépêche-toi ! 

Tous mes besoins personnels tels que l'envie de conserver ma liberté au quotidien et mon autonomie dans mes choix de vie, trouvent une réponse imparable.

Commence alors une joute verbale parsemée des mêmes arguments entendus et répétés des centaines de fois. Aucune personne, en âge de donner son opinion, ne se dispense de son devoir de me ramener sur le "droit chemin".

Que ce soit dans mon cercle familial, privé ou professionnel, ces répliques cinglantes préfabriquées sont basées sur des arguments arriéristes condamnant les brebis égarées et hissant la procréation au rang de devoir.
Nous voici donc, femmes sans enfant, destituées de notre plein statut féminin !

Les diktats de la famille parfaite 

Après une telle vague de soutien, de tolérance et de compréhension, je me suis mise à penser que je ne devais sûrement pas avoir bien compris ce qu'était une vie réussie et que je devais sous-estimer la magnificence du rôle de mère.

Ces réactions archaïques inconscientes s'inscrivent pourtant dans un paradigme social et culturel, et répondent au besoin primaire de sécurité de l'Homme.

Aux yeux de ces personnes, nous remettons en cause la notion même du principe créateur si précieux à la religion chrétienne et représentons une menace à l'ordre établi depuis des siècles.

Lors d'une soirée entre amis, j'abordais ce thème avec la mère d'une enfant de huit ans. Tandis qu'avec son conjoint, ils avaient pris la décision commune de ne pas donner naissance à nouveau, elle m'avoua être sans cesse sous le joug des critiques de son entourage lui enjoignant de faire une autre enfant le plus rapidement possible.

Après tout, comment osait-elle se soustraire à la règle du second !? Les attributs masculins de son conjoint lui permettaient, quand à lui, d'échapper à cette injonction.

Je tombais des nues 

Je n'ai jamais ressenti ce besoin ardent, viscéral, ce cri du cœur et du corps à porter la vie. Lorsqu'un jour, une amie me confia vivre avec la sensation d'un vide immense au creux du ventre et son urgence physiologique de porter un enfant, je tombais des nues.

La seule urgence dont j'avais jamais été victime était celle de faire ma valise pour partir illico en voyage ou à la rigueur de m'offrir une escapade à cheval.

J'explorais, pour la première fois, le désir d'être mère à travers une autre personne. Est-il possible d'être dénuée du programme génétique de la maternité ? A ce jour, toujours aucun signe de vie du besoin irrépressible de materner !

Je célèbre, au contraire, mon goût des grasses matinées, des soirées et des week-ends improvisés et le bonheur des voyages hors vacances scolaires. Si l'International Childfree Day (la Journée internationale des femmes ne désirant pas d'enfant) fête ces privilèges chaque 1er août, j'ai la chance de les honorer toute l'année.

La reine mère

Tandis que la mère est sanctifiée, nous, qui n'avons jamais porté d'enfant, sommes appelées les nullipares -terme, ô combien glamour, évoquant l'idée de "sans" comme si quelque chose nous manquait.

Aucune opinion ne résiste à l'épreuve du temps et de l'expérience. Essayez donc la tolérance et l'ouverture d'esprit en questionnant intelligemment sur les raisons de nos choix indépendamment de vos attentes personnelles, de vos croyances et de vos comportements empiriques.

Via mon non désir d'enfant, j'expérimente probablement la peur de perdre ma liberté et de ne pas être à la hauteur en tant que mère pendant que d'autres répondent à la crainte de vieillir et de finir seule. Mais qui peut juger quelle peur est la plus légitime ?

La chance d'être tatie ! 

Nous sommes fréquemment étiquetées d'immatures. Et pourtant, il me semble significativement plus responsable d'évaluer en amont les enjeux pour le moins irréversibles de la maternité car, plus tard, personne ne nous autorisera à avouer que nous regrettons nos enfants.

Fort heureusement, mon rôle de tatie me permet de goûter aux joies de l'innocence tout en évitant les affres de l'éducation au quotidien. La solution est donc là ! Laissez vos frères et sœurs faire des enfants pour contenter les grands-parents et récoltez uniquement les moments de rire et d'insouciance.

Livre : Pas d'enfant, merci ! Annah Scott

Le livre Pas d'enfant, merci ! dévoile le regard porté sur ces femmes au travers de témoignages humoristiques, d'expériences personnelles, d'études et de données scientifiques. Il explore l'origine des exigences sociales, culturelles et familiales qui dictent le devoir d'enfanter, et se penche sur les aspirations de la nouvelle génération dans sa quête d'épanouissement personnel. Publié à compte d'auteur, l'ouvrage est disponible sur Amazon.



vendredi 27 mars 2020

Le regret d'être mère



Etre mère
La Maternité, construction sociale issue de la division des tâches entre femmes et hommes consacrée au XIXème siècle, qui nous gouverne toujours, pousse les femmes à engendrer, à la production d'enfants et à leur élevage à l'intérieur du foyer : le vocable maternité, loin d'être innocent, s'assure que ce sont les seules femmes qui en auront la charge. Les hommes, eux, travaillent au dehors du foyer, rapportant l'argent à la maison, en produisant autre chose : des objets marchandises, inutiles la plupart du temps, voire toxiques, comme des chars d'assaut ou des sous-marins nucléaires. Le fait que les femmes désormais dans les pays de l'hémisphère nord travaillent à l'extérieur du foyer n'a rien changé au fait que ce sont toujours les femmes qui s'y collent, pire même, elles sont souvent seules à élever leurs enfants, c'est la rançon de leur nouvelle indépendance économique. Impensé de la société, la maternité est considérée comme un déterminisme biologique, "naturel" et a-historique. Vous avez un utérus, c'est pour être mère. Ainsi endoctrinées socialement, l'imagination des femmes est colonisée. C'est leur seul scénario envisageable, il est si intériorisé dans la conscience des femmes, qu'elles n'envisagent même plus d'autre possibilités. Voire elles se trouvent des sensations, des appels de la nature et autres billevesées, y compris invoquant leurs hormones ! Les hormones peuvent être en effet tyranniques, poussant au désir sexuel, mais comme dans l'espèce humaine, les femmes n'ont pas d’œstrus, contrairement à la plupart des autres espèces animales, les deux, désir sexuel et reproduction y sont parfaitement découplés. On peut obéir à ses hormones en se trouvant un-e partenaire de jeux sexuels sans pour autant produire des enfants. Il est plus que temps de se décoloniser le cerveau des bobards de la propagande nataliste, cela nous éviterait bien des malheurs comme on va le voir.

Le regret
Regretter ses actions est généralement vu par la société comme un acte vain et négatif : l'origine en serait la femme de Loth quittant Babylone, à qui les anges interdisent de se retourner, de regarder en arrière, sous peine d'être transformée en statue de sel, ce qui lui arrive bien entendu, les femmes sont tellement sottes aussi. Le regret, c'est tenter de défaire l'irréversible. Aux refusantes de la maternité, la société promet l'enfer du regret : tu vas le regretter, car tu finiras vieille, seule et dans le dénuement affectif voire pire, matériel, les enfants étant abusivement utilisables comme bâtons de vieillesse. Dans ce cas, le regret est le chien de garde de l'hégémonie, un mécanisme de normalisation destiné à nous ramener dans le giron de la société. Tout autre est prohibé, surtout celui d'avoir eu des enfants. Tout au plus peut-on avouer regretter d'avoir bu comme un trou, ou fumé comme une cheminée pendant 20 ans, à l’extrême limite une mère peut regretter d'avoir mis au monde un fils, en prison pour avoir tué un convoyeur de fonds et une directrice de banque, parce que là, quand même, elle aura été une "mauvaise mère", mais on le voit, ce sont des regrets qui renforcent la norme sociale régnante : se conduire bien, être mère et une "bonne" mère. Pas de pardon si vous ratez votre coup, vous serez jugée et vouée sans pitié à la réprobation sociale.

L'étude sociologique d'Orna Donath, sociologue chercheuse, elle même femme sans enfant par choix (généralement les livres sur les no kids sont écrits par des femmes ayant obéi scrupuleusement aux normes sociales en pondant à la chaîne trois enfants minimum) porte donc sur le regret d'être mère, tabou majeur. Son échantillon est de 23 femmes, recrutées par annonces dans la presse ou par bouche à oreille, plusieurs candidates possibles ayant renoncé au moment des propositions de rendez-vous, la norme jouant à plein son rôle de gendarme. Elle est basée sur des entretiens en vue de recueillir un verbatim, c'est ce qu'on appelle une étude qualitative par opposition aux études quantitatives. La plupart de ses interviewées ont entre un, deux ou même quatre enfants, sont grand-mères, certaines sont enceintes de leur 2ème ou 3ème enfant, redoutant par avance la dépression post-partum, qui pour certaines se transformera en dépression pour de longues années. Certains entretiens sont déchirants, prouvant qu'il est difficile voire impossible de refuser de vouer un culte à cette vache sacrée, la maternité. Court échantillon  : 

Trois journées en une : " la troisième journée, le travail titanesque sur les émotions pour tenter de réparer les dégâts causés par la collision entre les exigences de la première journée et celles de la deuxième. "
" La maternité à fermé mes espaces, mes horizons, mon développement, j'affirme qu'une femme une fois qu'elle a un enfant renonce à beaucoup de choses auxquelles un homme n'a pas à renoncer ".
Et aussi : " mes deux grossesses je les ai eues avec des traitements contre l'infertilité. Juste parce que je ne pouvais pas être enceinte. Parce qu'en fait je ne voulais pas ! C'est aussi simple que ça. Et c'est incroyable. En fait, je ne voulais pas." Clash entre la prescription/pression sociale intériorisée et le cerveau, notre premier organe sexuel, qui ne veut pas. Ecoutez votre cerveau mesdames, il vous parle, il refuse.
Parce que les injonctions sont contradictoires et paradoxales : être mère, c'est aussi vivre dans une inconfortable schizoïdie. Madone asexuelle, pure, sacrée ET depuis les années 80, objet sexuel érotique, MILF (mother i'd like to fuck), hot mamas, yummy moms, mères baisables. " Je suis une salope, je suis une amoureuse, je suis une enfant, je suis une mère, je suis une pécheresse, je suis une sainte, voilà comment Meredith Brooks fait tenir ensemble l'incompatible." En effet, ça marche par paires inversées, noir et blanc ensemble, de quoi devenir folle à lier. On comprend le malaise, la souffrance. Mais taisez-vous surtout, fermez-là, ce que vous avez à dire nous ne voulons pas l'entendre, la maternité est sacrée, alpha et omega de tout épanouissement féminin, de toute vie de femme réussie. Sinon vous êtes une ratée, une inutile, une merde, indigne d'attention et d'écoute, indigne de compassion.

Où sont les féministes dans tout cela ?
Voilà, la question que je me suis bien posée toutes ces années de blogueuse, lisant les blogs des autres, de twitta recevant tous les jours dans mon fil Twitter les plaintes et dénonciations allant du plus bénin au plus lourd, notamment lors des divorces où elles mènent une bataille forcenée pour ne pas partager la charge -dénommée fort à propos la "garde"- des enfants, souvent c'est vrai aussi avec un père maltraitant, alors que jamais elles n'ont un mot dénonçant le mariage, elles comptent les mortes et dénoncent les manœuvres des pères promouvant le "syndrome d'aliénation parentale" inventé par les masculinistes ; vie des mères seules vouée à la pauvreté, la misère, la détresse économique, exercice de la profession entravé, univers borné par les enfants, jamais je ne lis un mot de prévention contre ces deux boulets que sont apparemment la conjugalité et la maternité / reproduction ! Eh bien, la réponse claire est dans cet ouvrage : ainsi qu'écrit Orna Donath " il semble que même dans les théorisations féministes sur la question, la possibilité de voir a posteriori les choses autrement, sans même parler de les regretter ne soit pas envisagée ". De plus, " le langage postféministe, capitaliste et néo-libéral énonce que les femmes ayant plus de choix aujourd'hui, si les femmes sont si nombreuses à devenir mères, cela signifie qu'elles ont toutes choisi de l'être". Exit les analyses féministes sur le conditionnement social et culturel.

L'intérêt des féministes pour la maternité écrit Bell Hooks, repose sur des stéréotypes sexistes, elles ont une vision romantique de la maternité ; mais surtout, comme elles se battent pour l'amélioration du statut des femmes en tendant vers l'égalité avec les hommes (féminisme réformiste), elles sont persuadées que c'est une question de conditions : si les conditions économiques et sociales des mères s'améliorent, deviennent optimales, alors le problème est réglé. De fait, elles adhèrent à l'idéologie capitaliste et néo-libérale qui vénère la réussite, la culture du progrès qui nous pousse à nous développer en permanence, elles sacralisent l'enfantement et l'éducation des enfants, en objectivant les femmes dans un rôle, celui mère.

Or les femmes sont des sujets, pas des personnages jouant un rôle, elles font des choix indépendamment de leur classe sociale. Riches ou pauvres, faisant carrière ou pas, elles peuvent ne pas vouloir des contraintes de la maternité. Tout bien considéré, elles peuvent préférer rester non mères quelles que soient les conditions. Qu'elles n'aient pas d'enfant du tout, ou que en ayant, et tout en les aimant, elles regrettent et disent que si c'était à refaire, elles ne le referaient pas. Pour rien au monde. Nous devons les écouter et les entendre alors même que ce faisant, elles constatent l'écart entre la réalité fantasmée, souhaitée, et la réalité telle qu'elle est. Surtout, et la société n'aime pas ça, elles défient les tabous, elles ébranlent l'ordre du monde. 
Un grand livre féministe car questionnant les injonctions et servitudes qui pèsent sur les femmes, au final, un livre libérateur.

Lien : Le regret d'être mère chez Odile Jacob éditeur 

Je dédicace ce billet à ma mère qui, mariée, mère de quatre enfants, à l'usage n'a pas du tout aimé ça non plus. Mais elle n'avait pas les possibilités ni les opportunités, ni l'agentivité des femmes d'aujourd'hui. Mariée parce que c'était la seule carrière qui s'offrait à elle, mettant au monde quatre enfants sans les avoir réellement voulus car sans moyens de contraception, enfants qu'elle a élevés (bien, très bien même, nous n'avons jamais manqué de rien, ni souffert d'aucune violence ou traumatismes) en se plaignant que si elle avait su, eu le choix, elle non plus ne l'aurait pas fait. Elle n'a pas eu elle, contrairement à moi, accès à ce privilège de pouvoir ébranler l'ordre du monde.

Les citations du livre sont en caractère gras et rouge.