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jeudi 9 juillet 2026

Les femmes supportent, les femmes endurent.

 " De toutes façons, tu ne supportes rien, ni personne ! " 

Si j'avais touché 10 euros à chaque fois que j'ai entendu cette remarque, je serais à la tête d'un petit pactole. Je confirme : je ne supporte pas le quart du dixième de ce que les femmes supportent des hommes. Et même, je m'en félicite ! Les femmes ça subit, supporte et endure. C'est le prix à payer pour notre indignité, ce culot d'être des femmes dans un monde régi par les hommes. Remarquez qu'on n'a rien demandé, surtout pas à venir au monde, mais bien qu'ils aient tous les orifices pour se satisfaire entre eux, malheur de malheur, ils doivent (encore) passer par les femmes pour se fabriquer des mâles (le must) à leur image. Et cela, c'est im-par-don-na-ble. Donc, les femmes sont nées pour payer on ne sait quoi, endurer et supporter leurs injonctions, y compris paradoxales, et la violence des hommes, des fils qu'elles produisent elles-mêmes. 

Les femmes endurent la violence masculine, le harcèlement de rues et dans les transports, et les insultes dans l'espace public qu'ils suroccupent de droit divin (si j'en crois les employées sans colonne vertébrale de mon propriétaire), des agressions plus graves, et finalement des viols et des meurtres. Le féminicide, quand elles ont l'aplomb de vouloir quitter le Prince Charmant, car tout à une fin, même l'amour passion masochiste, Prince devenu maltraitant ou cogneur, ou juste éteignoir. L'herbe est peut-être plus verte ailleurs, qui sait ? Après avoir enduré les humiliations, les coups, elles peuvent recevoir la mort par l'amoureux, le mari, le 'compagnon' (mal) choisi, ou qui les a grugées en portant beau pour les piéger. Le Maître et Possesseur ne l'entend pas forcément de cette oreille, leur 'propriétaire' ne veut pas que son bien lui échappe. Mais malgré tout, l'injonction de s'en trouver un reste forte.  

Les femmes endurent les agressions numériques. Dès qu'une nouvelle technologie est disponible, ils s'en emparent et la vitriolent, détournant ses usages. Cartes postales, imprimerie, cinéma, vidéos, Internet, smartphone, e-phone à appareil photo intégré, tous ces 'progrès techniques' ont été détournés pour des usages pornographiques en leur temps. Maintenant, c'est au tour de l'IA qui leur permet de détourner de simples photos de classe de fillettes pour un usage pédopornographique, tout en plumant le biotope, les usages de l'énergie et de l'eau. Toutes ces 'avancées techniques' leur ont permis de trivialiser les filles et les femmes à chaque fois. 

Les femmes endurent les multi codes exigés par les banques, les impôts et administrations diverses, pour contrer une délinquance numérique inarrêtable. Chaque pare-feu, anti-virus, surcode trouvant immédiatement son contournement, sa parade, au point que payer une facture sur Internet est devenu un pensum. Et tout cela nous a été imposé sans concertation, pire sous la menace de passer pour ringarde, vieille, 'computer illiterate', les insultes  suprêmes. Pour au bout du compte nous faire arnaquer de nos données numériques, adresse postale, numéro de Sécurité Sociale, dossier médical et données bancaires par un service public à la sécurité aléatoire à trous ! Allo, l'administration fiscale qui a laissé fuiter mes données postales et bancaires ? Il est à remarquer que les nuisibles sont toujours des garçons, de plus en plus jeunes. Notez aussi comme la progression inexorable des caméras de surveillance de masse, présentée comme la panacée à la délinquance -sans préciser jamais qui sont les délinquants- est majoritairement destinée à contrer leurs méfaits, incivilités et crimes. Mais, ils se font plus souvent coincer par les mouchards de poche que sont leurs smartphones, le temps qu'ils comprennent qu'aller enterrer sa femme incognito dans les bois avec un smartphone est une mauvaise idée !

Les femmes endurent la Coupe du Monde de la FIFA (organisme au dirigeant corrompu jusqu'à la moelle, ce qui se dit peu), notamment quand M6, "chaîne de la ménagère", de l'acheteuse du foyer pourvoyeuse de soins et services pour pas un rond, leur inflige tous les soirs, pendant cinq semaines, tous les matchs en première partie de soirée. Encore heureuse quand elle n'a pas dû payer un écran home cinema à ses mari et garçons pour avoir la paix ! Mais M6 est bonne fille : il reste à Madame les après-midis, Un jour, un doc, bons plans, bonnes affaires, ces temples de la Marchandise et des bons de réduction, et les émissions de coaching pour savoir nettoyer, tenir son intérieur, et ne pas s'habiller avec un sac à patates pour 'rester désirable" par Jules ! 

Les femmes endurent les guerres déclarées et menées par les hommes, les bombardements de leurs maisons, de leurs hôpitaux et des écoles de leurs enfants, les viols de guerre, et la terreur virile. Elles accouchent même dans les gravats. "Rendez-vous compte, notre maison a été bombardée il y a un an et demi et ma femme va accoucher dans une semaine", ai-je entendu dire un Gazaoui à un journaliste de France Télévisions un soir. Là, j'avoue avoir un peu lévité à un mètre au-dessus du sol : Madame n'était même pas en vue, le mari lui, assumait d'avoir mis enceinte sa femme après un an et demi de guerre ! Pas de pause dans la natalité forcée, pas de trêve, jamais. Aucun autre animal ne fait cela : quand les circonstances ne sont pas favorables, ils ne se reproduisent pas. 

Les femmes endurent le mariage toujours obligatoire dans pas mal de sociétés. En Inde, par exemple, où elles doivent payer une dot (apporter un capital à la belle-famille) pour ensuite, double peine, servir de larbine à vie au mari et à toute la famille, belle-mère incluse. Si elles ont le malheur de déplaire à cette dernière, fanatique de son sultan de fils, créature-chimère généralement à corps de femme mais au cerveau phagocyté par la puissance occupante, elles sont brûlées vives dans 'leur' cuisine. Le mari s'en voit proposer une autre (les épouses sont interchangeables, le stock est inépuisable) contre une deuxième dot. Ce cas est cité par Arundhati Roy dans son dernier ouvrage. Les femmes, possiblement pires ennemies des femmes et de leur classe sociale !

Les femmes endurent le manque de solidarité des autres femmes, sœurs d'oppression, mais sans conscience de classe, voire même ennemies, tant elles adhèrent aux thèses de l'oppresseur et élèvent des garçons ayant-droit, tant leur propre sexe a été dévalorisé, abîmé, trivialisé par les hommes et les femmes de leur entourage social et familial. Elles peuvent même se retourner contre leurs intérêts et ceux de leurs filles, permettant ainsi aux hommes de garder les mains blanches, les femmes se chargeant des basses besognes, ces 'affaires de femmes' selon eux que sont les mariages forcés arrangés, le calcul des dots et l'excision. En conséquence, elles persuadent de leur indignité, de leur incapacité à elles, les garçons qu'elles élèvent en maîtres arrogants, inadaptés, qui seront ensuite une charge pour une autre ou d'autres femmes qui subiront leur mépris et les exactions, perpétuant ainsi le malheur d'être née femme. 

Je veux bien être sorore, mais à condition que la solidarité joue dans les deux sens. On a le droit de choisir l'esclavage, mais après on ne vient pas se plaindre de sa condition, et attendre des autres qui sont également en situation de survie en système hostile, de la compréhension et de la compassion. L'époque est plombée par un backlash sans précédent dont on ne voit pas la fin, un victimaire pleurard, après avoir fait tous les mauvais choix ; répétons-le : choisir, c'est discriminer, dire oui à quelque chose, un statut, un métier, un style de vie, en disant non à autre chose. Le slogan des magazines féminins 'je veux tout, tout tout, un beau mari, une belle carrière, de beaux enfants' est une fable, rien n'y est réaliste, rien n'y tient debout. Je sais, c'est dur à lire dans une époque de jouisseurs sans entraves (au détriment du biotope), mais la réalité est brutale et têtue. 

Quand c'est intenable, on prend la tangente, on pose sa démission sans préavis et sans ultimatum. On déserte. Il n'y a aucun mal à déserter dans une situation inextricable, dans une société de pervers manipulateurs imposant leur norme, au contraire, c'est avoir le sens de sa propre sauvegarde. C'est ce que je préconise et me suis appliqué : pas de collaboration, pas de services, pas de fourniture de troupes à l'ennemi, pas d'appels à la Cavalerie, pas de sébile tendue, pas d'appel à la 'solidarité' masculine, parce que sans eux on n'y arrivera jamais comme j'ai encore entendu récemment !* On se libère seule, ou avec l'aide de sa classe sociale. Même les papillons savent cela. Imaginez-vous un ouvrier en grève demandant l'aide de son patron pour terminer un conflit social dur ?

La guerre s'arrêtera quand ils seront seuls à la faire contre un camp qui aura déserté. Je ne dois rien à l'humanité, rien au camp d'en face, on ne m'a pas demandé mon avis avant de me mettre au monde. Je suis née par hasard dans un monde indifférent. Dont acte. Je suis libre et indépendante, sans comptes à rendre, ce qui n'est pas de l'égoïsme, juste l'affirmation d'un quant-à-soi, d'un 'être à soi', qui manque tant aux femmes ficelées dans des conflits de loyauté qui n'ont pas lieu d'être, puisqu'eux n'en éprouvent jamais. 

Je tiens ici à exprimer ma solidarité avec mes bibliothécaires de Maurepas Gros-Chêne qui vivent sous la menace de potentielles guerres de gangs à la kalachnikov, dans leur cul-de-sac de la Marbaudais, et qui doivent aussi tolérer sur les marches d'accès à leur bibliothèque les cinq ou six choufs qui surveillent l'endroit, et empêchent les abonnées de passer. Expérience personnelle. Même solidarité avec les vieilles dames des tours de Villejean Kennedy qui ont encaissé plusieurs fusillades en bas de chez elles, et qui s'entendent conseiller par la police qu'il vaut mieux qu'elles restent chez elles les dimanches après-midis ! (Source Ouest-France). Et enfin, courage aux enfants de maternelle et collège de Cleunay, face au Grand Bleu, qui subissent le même pensum, et à qui l'adjointe à la sécurité de la mairie a offert généreusement des voiles occultants sur leurs  grilles ! La solidarité envers les femmes est très tempérée, à Rennes, par une grande mansuétude envers les méfaits masculins. 

En conclusion, deux citations libératrices :

" Le féminisme est la reconnaissance que chaque être humain vit une vie séparée, dans un corps séparé, et meurt seul, c'est la plus simple idée révolutionnaire jamais conçue, et la plus méprisée. Le féminisme est la position radicale contre tous les double standards en droits et responsabilités, le féminisme est le soutien révolutionnaire sans faille à un seul standard de liberté humaine. " Andrea Dworkin

Et pour les femmes toujours détournées de leurs intérêts propres vers ceux des autres, toujours négligeant les leurs, femmes 'êtres aux autres', cette phrase de Montaigne dans les Essais : 

" La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi." 

* Andrea Bescond, féministe très réformiste et très libérale dans le ton de l'époque, est l'autrice de cette phrase que j'ai entendue sur une télé à propos de l'affaire Lyhanna : "j'espère que les hommes vont nous rejoindre, malgré la Coupe du Monde." SIC. Zut, c'est la Coupe du monde de la FIFA, l'excuse est même fournie dans le paquet ! 

lundi 15 juin 2026

Conseils aux enfants molestés à l'école, dans la famille et tous autres lieux

Je préviens tout de suite : je n'ai pas d'enfant, donc selon la société pas vraiment de légitimité à parler de parentalité et de méthodes d'éducation. En revanche, du fait de mon statut -ô combien répréhensible de childfree volontaire qui va 'finir seule avec son chat -voir un billet précédent, en retournement du stigmate- n'ayant pas le nez sur le guidon, ou dans le trèfle (selon que vous préférez une métaphore cycliste ou éleveuse), et c'est un avantage, j'ai une vision d'ensemble, top down, panoramique, du sujet, non impliquée, favorisée par mes lectures, les témoignages que j'entends ici ou là, et par les paroles des militant-es de la cause des enfants. Un peu comme la consultante que j'ai été, qui disait à des ingénieurs métallurgistes ou télécoms comment ils devraient gouverner leurs boîtes sans clients, patrons ingénieurs qui me regardaient de haut, mais à qui il arrivait de suivre mes conseils avec profit. Militants et parents qui curieusement, ne disent pas souvent comment et par quels moyens, les enfants pourraient se sortir de situations dans lesquelles ils sont enferrés par des adultes malveillants, ou même criminels. Sans doute toujours le même syndrome : des gars, des maris, on en a à la maison, (l'immense majorité des crimes commis sur les enfants sont le fait des hommes qui fournissent les gros bataillons de la pédo-criminalité familiale aussi bien que d'opportunité ou touristique), et de ce fait, on est gênées aux entournures pour dénoncer leurs crimes et mauvaises actions. On préfère donc faire appel à la Cavalerie. Qui ne vient jamais, bis repetita. Dont acte, ne souffrant pas de syndrome de Stockholm ni de conflit de loyauté, bienheureuse que je suis :)) voici. En toute modestie quand même. J'accepte les critiques et les suggestions. 

Les enfants et adolescents, si vous passez par ici :

Non, tous les hommes (adolescents, adultes, vieux, en uniforme, en robe de magistrat ou en soutane, en tenue de policier, entraîneurs sportifs en shorts ou accoutrés de maillots de foot...), y compris les plus proches de vous (parent, éducateur...,) ne vous veulent pas forcément du bien ! C'est horrible, j'en conviens, mais c'est comme ça. Comment les détecter ?

Et comment détecter une situation gênante ? Eh bien, d'abord parce qu'elle vous paraît gênante, que vous n'y êtes pas à l'aise. Vous devez donc vous écouter et la faire cesser.

Que faire quand une situation vous semble gênante ?

Faites-la cesser immédiatement. Si, dans une situation donnée, vous n'êtes pas à l'aise, dites fort STOP au besoin en tendant le bras et en mettant une main en avant. C'est un signal universel que tout le monde comprend, même les animaux. Le hurlement, en cas d'urgence, peut être dissuasif et faire cesser l'attaque. Personne n'a le droit de vous toucher, de vous imposer des gestes que vous ne voulez pas faire, ou qu'on fasse sur vous. Défendez votre intimité. Un exemple : le 'bisou' obligatoire à tous les adultes qui passent et dont le refus peut être un bon entraînement. Si vous n'avez pas envie, dites que non vous ne ferez pas le 'bisou' requis, et ne vous laissez pas non plus caresser, papouiller ou cajoler si cela ne vous plait pas. Dites NON. Au besoin, enfuyez-vous.

A partir d'un certain âge, celui où vous vous débrouillez seul-e, fermez la porte de la salle de bain pendant la douche, signalant ainsi que vous défendez votre intimité. On frappe avant d'entrer. Dans votre chambre, c'est pareil, personne ne rentre sans votre permission. C'est votre endroit à vous. Tenez-le propre, rangé, et cosy, cela évitera d'énerver vos parents qui du fait, seront moins enclins à y aller voir. La confiance règnera dans tous les sens.

Les agresseurs de femmes et d'enfants sont des lâches.

Que faire face à un harceleur, une harceleuse ?

Le harceleur à l'école ou sur le chemin, est un lâche qui vous juge comme le faible sur qui on peut taper et faire souffrir sans que vous vous rebiffiez. Il peut aussi sévir comme meneur, en groupe. Non, vous n'êtes pas moche, non, vous ne sentez pas mauvais, et non encore, vous n'êtes pas gros, vous êtes en bonne santé. Faites lui comprendre qu'il peut lui en cuire. Et si cela ne suffit pas, allez voir l'autorité de votre école, directeur ou directrice, infirmière scolaire ou surveillante. Si cela ne suffit encore pas, dites-le à vos parents à la maison. Et vous pouvez aussi aller pousser la porte du commissariat de police (en ville) ou de la Gendarmerie (à la campagne) pour y déposer plainte à propos de toutes ces situations : il faut faire des expériences, c'est important. Elles forment le caractère. Les adultes vous doivent protection et personne n'a à vous faire de mal. C'est de la perversion au pire, au minimum de la méchanceté.

Dans une société où on dresse à l'hétérosexualité (apprise rappelons-le, elle n'a rien de naturel, contrairement à ce qu'on nous serine), on va inévitablement vous poser la question (intrusive, car cela ne regarde personne) de savoir 'si vous avez un petit copain ou une petite copine à l'école' (dès la maternelle, cela s'est vu !), répondez à la façon Zazie dans le métro -11 ans, qu'à votre âge vous n'avez pas encore choisi si vous allez être homosexuel ou hétérosexuel, voire asexuel, donc qu'on vous laisse choisir votre chemin, un bon temps de réflexion, rien ne presse. Cela devrait les calmer pour un bout de temps.

Ces conseils valent pour toutes les autres situations ou vous avez été très mal à l'aise vis à vis d'un plus grand ou d'un adulte. Voyez quelqu'un de confiance, cela peut être une voisine sympathique, une tante, ou quelqu'une de bon conseil que vous aimez bien. Faites-le jusqu'à ce qu'on vous croie et qu'on ne vous accuse pas de mentir ou de faire l'intéressant, parce que vous ne mentez pas et n'êtes pas un m'as-tu-vu.

Restez vigilant-es : sachez détecter le malaise chez les autres. Ce qui vaut pour vous, vaut pour tout le monde. Respectez l'espace des autres, leur autonomie, leurs prérogatives. Au besoin, proposez votre aide.

Ces conseils précédents ne valent que pour les enfants qui ont acquis une autonomie ; donc, aux parents, pas de fausse pudeur, apprenez à vos enfants, avec les mots appropriés à leur âge, que non, tout le monde n'est pas forcément gentil, que des gens méchants peuvent leur vouloir et leur faire du mal, qu'ils et elles doivent être particulièrement vigilants ce qui signifie ne pas faire entière confiance aux adultes, notamment aux hommes parce que non, vos filles ne seront pas automatiquement obligées de s'en trouver un et de le garder ! Si elles le font, au moins, vous aurez fait ce qu'il fallait, leur expliquer qu'il leur faudra du discernement. La formation à l'assertivité, à l'acquisition d'une colonne vertébrale, à une forte personnalité qui décide pour elle-même, les conseils de prudence, font partie du package 'éducation'. Et restez vigilants. Le bon ami, le curé, l'animateur sportif ou le scout aux gestes douteux, le grand-père ou l'oncle aux propos lestes ou libidineux peuvent disparaître de vos cartons d'invitation après avertissement ferme et sonore. Je suis toujours surprise d'entendre des femmes avoir peur d'avertir leurs filles que tous les hommes ne sont pas forcément fréquentables. Ils représentent numériquement et statistiquement la grande masse des agresseurs sexuels et des violeurs, quel que soit par ailleurs le sexe ou l'âge des victimes. Manifestement leur socialisation est un ratage, ou elle ne leur est pas accessible.

Et toujours le même conseil qu'aux femmes : inscrire vos enfants à un cours d'art martial ou de self-défense est une excellente idée.

Votre corps vous appartient à vous, à personne d'autre, même pas à vos parents. Ils vous ont mis au monde sans vous demander votre avis, le minimum syndical c'est qu'ils n'insistent pas dans les injonctions tonitruantes. Au besoin, rappelez-le.   

S'affirmer, se défendre, fuir, Demander de l'aide.

Rester vigilant-e : détecter le malaise chez les autres, proposer une écoute.

Rappel statistique : la majorité des agressions pédo-criminelles ont lieu au sein des familles. Dans ce cas, cela s'appelle une relation incestueuse. L'inceste est épidémique et il franchit les générations. Le pater familias ainsi que ses héritiers ou cohéritiers mâles chauvinistes, propriétaire de droit divin de tout ce qui vit et bouge (c'est la racine latine du mot 'famille', hélas) peut se révéler un redoutable malfaisant. En ont témoigné des artistes et autrices aussi connues que Nikki de Saint-Phalle, Virginia Woolf, Christiane Rochefort, et tant d'autres. 

Quelques ressources : 

Le 119 allo, enfance en danger, gratuit, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 

Le Site Internet gouvernemental.

Tous les films, dessins animés, qui apprennent aux enfants et aux filles l'assertivité, qui les sortent des sentiers battus, et des injonctions d'une société toujours à la limite de la normopathie. Vos enfants ne seront pas comme vous, ne feront pas nécessairement les mêmes choix que les vôtres. 

"... papa, il commence donc à m'embrasser ce qu'était normal puisque c'était mon papa, mais voilà qu'il se met à me faire des papouilles zozées alors je dis ah non parce que je comprenais où c'est qu'il voulait en arriver le salaud, mais quand je lui ai dit ah non ça jamais, lui il saute sur la porte et il la ferme à clé et il met la clé dans sa poche et il roule les yeux tout en faisant ah ah ah comme au cinéma, c'était du tonnerre. Tu y passeras à la casserole qu'il déclamait, tu y passeras à la casserole, il bavait même un peu quand il proférait ces immondes menaces et finalement immbondit dssus. J'ai pas de mal à l'éviter. Comme il était rétamé, il se fout la gueule par terre. Isrelève. Ircommence à me courser, enfin bref, une vraie corrida. Et voilà qu'il finit par m'attraper. Et les papouilles zozées de recommencer. Mais, à ce moment, la porte s'ouvre tout doucement... La suite dans 

Zazie dans le métro roman d'apprentissage publié en 1959 par Raymond Queneau, apprentissage autant social que de français, bourré de jeux de mots et d'exercices de styles. Zazie est une fillette avertie de 11 ans, capable de se défendre, surtout par la parole, volontaire, assertive, qui surmonte les épreuves sans s'en laisser conter. Elle emploie à l'occasion un vocabulaire (d'ailleurs le roman torture aussi le vocabulaire français avec des orthographes hilarantes) populaire, voire malpoli, pour se défendre contre d'éventuelles agressions d'adultes, appelés à l'époque des années soixante, 'satyres'. C'est donc double ou triple bénéfice : une leçon de français par une enfant assertive, une sorte d'Ulysse (elle veut absolument prendre le métro alors qu'il est en grève, et se trouver 'un bloudjinne') affrontant les épreuves, et pas du tout sage ni consensuelle. Elle est entourée de personnages non conventionnels qui vont bien entendu contribuer à son apprentissage tout en la protégeant sans jamais la brimer. 


A trouver dans la collection Gallimard Jeunesse.  A offrir à vos enfants ! Il est dans les programmes de français de l'Education Nationale dès la quatrième. 

Il y a aussi le dessin animé des studios Disney, qui date un peu, mais qui garde toute sa puissance, et que j'avais chroniqué à sa sortie : Brave, le titre en anglais. Mérida, la rebelle princesse rousse qui refuse tous les princes charmants et dont le meilleur ami est son beau cheval Angus, avec lequel elle ne rêve que chevauchées, dont elle change la paille et qu'elle bouchonne une fois tous deux rentrés à l'écurie. 

Et parce que je crois au pouvoir de la littérature et de l'écriture, par l'excellente et rebelle Christiane Rochefort, La porte du fond, son chef d'oeuvre couronné par le prix Médicis en 1988. Roman sur l'inceste et la résilience par la résistance et le féminisme. Je l'avais chroniqué sur cet article. Non, on n'est pas forcément une victime à vie quand on a affronté un incestueux dans le milieu familial. On peut s'en sortir. Mais il faut en parler. Faire cadeau d'une, ou de ces oeuvres, peut compléter une discussion sur ce sujet délicat mais indispensable. 

Evidemment, tout ceci ne peut pas éviter le danger. Restez vigilants, tout le temps. Sans être dans l'angoisse perpétuelle, ce qui est stressant pour tout le monde. Et écoutez et croyez les enfants (et les femmes) quand ils se plaignent d'actes commis qui ne sont ni de leur âge, ni de leur goût, ni tolérables ; mettez les hors d'atteinte de l'agresseur, qu'il soit le père, le frère, l'oncle, le grand-père, ou le beau-père. Quand les sacro-saints liens 'biologiques' tellement chers aux tribunaux et aux immuables psys sont trahis, le vrai parent est celui qui éduque et protège, soit-il une voisine, une tante, un oncle, un travailleur social, ou une parfaite étrangère qui a su écouter et mettre à l'abri. Tout le reste est naïveté, croyance, hypocrisie, ou incompétence. 

" Je sais que c'est une chose terrible à dire, mais à cette époque, tout éventualité de père me paraissait extrêmement risquée. " Arundhati Roy, Mon refuge et mon orage.

Ce billet, qui est écrit sans aucune aide de la dévastatrice IA, n'est pas une incitation à l'insolence mais à la prudence. Vous remarquerez aussi qu'il ne comporte aucune métaphore spéciste. 'Je n'ai pas de mots' entend-on. Mais l'analogie ou métaphore spéciste servent bien : quand on est à court de mots pour nommer les méfaits de la "Magnifica Humanitas", ou qu'on ne veut pas désigner l'agresseur, ce sont les animaux supposément 'prédateurs' qui endossent. C'est contre-performant. Pour lutter contre un fléau, il faut  d'abord le nommer.

lundi 30 juin 2025

Outils, armes. Qui les utilise ?

Cette semaine, je vais revenir sur un sujet anthropologique qui me tient à cœur, les outils et les armes, et sur qui a le monopole de leur utilisation.  

Il est plausible que le premier outil ait été une arme, une pierre taillée pour blesser et tuer de petits animaux, les dépecer et les manger. Le bâton à fouir (un morceau de bois, branche d'arbre) qui permet de fouiller la terre à la recherche de larves, de tubercules et de racines, est aussi un outil, moins offensif (de femmes surtout), destiné à la quête de nourriture. La pierre tranchante comporte pas mal de risques : il faut s'approcher de l'animal au risque de prendre un coup de griffes ou de dents. Pour pallier l'inconvénient, l'ingéniosité humaine a donc inventé le propulseur, grand bond technologique permettant de tuer la proie à distance. Le propulseur est un long morceau de bois ficelé à l'aide d'une liane sur une pierre taillée, qu'on projette à distance en acquérant de la dextérité. Il est à la fois arme et outil, car il permet des gains de productivité sous forme de meilleurs rendements de chasse.

Des féministes réformistes actuelles tentent de démontrer que les femmes chassaient aussi à la Préhistoire, ce que je ne conteste pas, puisqu'on trouve des tombes de chasseuses ; il y a toutefois une contrainte biologique qui autorise à penser que chasser en étant enceinte n'est pas l'idéal du confort. Et surtout, on n'en constate aucune survivance dans nos sociétés contemporaines où les femmes ne sont que 2 % à chasser (chiffres Fédération Nationale de Chasse), ni chez les tribus premières observées par les ethnologues, autant femmes qu'hommes -on sait que les hommes ont tendance à ne voir qu'eux-mêmes en observant les autres ! Les tâches furent donc séparées : aux femmes le bâton à fouir, outil manuel simple et bénin. Aux hommes, le javelot propulseur, outil-arme permettant de meilleurs gains de productivité : les proies rapportées étant plus grosses. Apparaîtront ensuite avec le progrès technique et l'agriculture, la houe, simple outil de métal courbe avec une poignée, puis la charrue. Le mauvais pli étant pris, la houe restera un outil de femme, la charrue, elle, sera masculine. Elle augmente d'ailleurs significativement les gains de productivité par rapport à la houe, car elle peut être attelée et motorisée. 

Il est possible de penser qu'on va assister à la fixation et à la rigidification d'un usage : les armes-outils vont être monopolisées par les hommes. Les sociétés humaines en expansion vont devoir adopter des modes de fédération et de gouvernement, (de la horde primitive, aux tribus, clans, puis aux chefferies, villes-états, et enfin aux états, en allant très vite), hiérarchisées, parce qu'autrement, c'est l'anarchie. Les femmes ont dû résister à leur dépouillement du pouvoir et à leur mise en seconde place. Il a fallu les mater, avec l'aide du monopole masculin des armes. Ce processus s'est consolidé au Néolithique, au moment de la domestication des animaux pour l'élevage, animaux qui ont résisté aussi, comme les femmes. Quand on garde l'usage des armes-outils, c'est plus facile de domestiquer celles et ceux que vous comptez exploiter pour assurer le succès de l'espèce. Il suffit d'édicter des tabous et de punir les transgressions. Les hommes vont acquérir dans ce processus le monopole de l'utilisation des armes-outils, puisque, rappelons-le, c'est initialement la même chose.  


Le genre des outils.

Mais, me direz-vous, que sont alors le lave-linge, le lave-vaisselle, l'aspirateur, le réfrigérateur, le fer à repasser, la machine à coudre, le PC de bureau et le smartphone, cette Machine ultime (pour l'instant), poison technologique ayant colonisé nos vies ? Et tous plébiscités par les femmes ?

Les machines électro-ménagères, lave-linge, lave-vaisselle... ne permettent-elles pas aussi les gains de productivité qui caractérisent l'outil ? Oui, bien sûr, mais c'est plus retors que cela. De fait, les femmes ont gagné du temps sur le ménage, la lessive, la cuisine et tous les travaux domestiques, mais elles font toujours 70 % des corvées ménagères ! Ces machines leur ont permis en outre d'aller gagner leur vie à l'extérieur, surtout dans les basses zones de l'économie où une douzaine de métiers (sur une centaine, le gros reste allant aux hommes) leur sont réservés et qu'elles suroccupent. Les métiers du soin généralement, que je ne méprise pas, mais qui sont mal payés, peu valorisés, et où les hommes ne vont pas. La notion de salaire d'appoint à la vie dure.

Caractéristique de la machine électro-ménagère : elle est équipée d'une sonnerie. Elle sonne son usagère. Mon four électrique me sonne quand il a terminé le travail que je lui ai programmé, du coup, je l'ai affublé du prénom de Jean-Raoul. Je crois savoir que les machines à laver le linge (je n'en ai pas) sonnent également la ménagère à la fin du cycle, histoire de lui rappeler qu'il faudrait la vider et sécher.

And last but not least, la nouvelle sonnette de domestique, le smartphone. Il est vraiment la machine ultime, le piège infernal de son utilisatrice. Elles se sont fait avoir sans s'en rendre compte. D'abord leurs enfants et petits-enfants le leur ont offert, 'tiens, Mamie, cadeau'. Certainement qu'il y avait arrière-pensée. Avec cela, on pourra la requérir pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école, ou lui demander de les garder quand on aura besoin. Il rend corvéable et sonnable à merci. Au nom du progrès technique, ce poison de nos sociétés qui risquent d'en crever. Mais what the fuck ? Tant qu'on a la sensation grisante de la 'liberté sans fil', de la connexion à la vitesse de la fibre et de la 5G, de pouvoir joindre tout le monde, et d'être jointe H24 comme disent les accros. L'enfer. La disponibilité sans fin, c'est le goulag. Si. Lisez Soljenitsyne. Donc, certains malins, les hommes et leurs entreprises très souvent, se sont mis à organiser leur injoignabilité : répondeurs, standards à choix multiples qui n'aboutissent nulle part, reconnaissance vocale absconse, envois de mails ne-pas-répondre, tout est bon pour faire écran, mais à l'envers. Tout poison finit par générer son anti-dote, sa réaction immunisante. 

" La représentation symbolique des machines est très liée à celui / celle qui les utilise. ", avais-je déjà noté lors d'une conférence à Nantes et que j'avais rapportée en 2016 sur cet article qui n'a pas pris une ride. 

L'outil masculin, lui, est essentiellement phallique et il fait du potin. Généralement, et au contraire des machines destinées aux seules femmes, les armes et les outils masculins ont une forme de b!te, ou ont une extension qui y ressemble, à un endroit ou un autre. Ils sont aussi assortis de sirènes (de recul, klaxons, déplacements rapides et prioritaires...) : Colette Guillaumin a écrit quelques pages mémorables sur le sujet, pages assez peu exploitées par les féministes actuelles, hélas. Sachez que la R et D -recherche et développement- permet à peu près tout, il suffit de lui donner les moyens : assourdir leurs outils à boucan est donc possible, mais ils seraient moins prisés par leurs utilisateurs et se vendraient moins bien ! SIC. Donc, ils font du potin. C'est même, à ce niveau, ontologique. Le boucan, c'est l'homme. Il leur permet certainement de combler une vacuité existentielle inhérente à leur nature, je ne vois pas d'autre explication rationnelle. 

Tout cela a des conséquences . Cette organisation sociale a plein d'inconvénients pour les femmes et la société. La première saute aux yeux : les femmes n'ont pas de goût ni d'attrait pour les outils et les (vraies) machines. Plus grave, comme elles n'y vont pas et qu'elles ne sont pas non plus dans les bureaux de conception (R et D, Recherche et Développement), elles n'influent pas sur leur design ni leurs modes d'usages. Les hommes techniciens sont en situation hégémonique, le phénomène s'auto-alimente. On est dans une boucle de rétroaction négative. Les algorithmes conçus par eux, avec leurs biais cognitifs, nous pénalisent. 

La seconde, très grave, c'est que les femmes ne se défendent pas. Le tabou des armes est puissant et ancien. Elles sont donc condamnées à accepter de faire dévolution de leur sécurité aux hommes, à leurs conditions à eux. Notre seul protecteur est l'ennemi intime. Au besoin en l'appelant sur un smartphone à la batterie déchargée, la boucle (rétroactive) est bouclée ! Rappelons que l'endroit le plus dangereux pour une femme est son domicile. Des affaires récentes nous le rappellent cruellement. 

Nicole-Claude Mathieu, anthropologue, autrice du classique L'anatomie politique, aimait à souligner que quand les femmes appellent le plombier, " c'est toujours un homme qui débarque dans leur salle de bain ". Ca marche aussi avec électricien, chauffagiste, et même l'installateur fibre (le mien est passé dans toutes les pièces de mon appartement, je lui ai ouvert mes placards afin qu'il voie où faire passer son câble, mais que vive la 'dématérialisation' !), ce sont toujours un ou deux hommes qui sonnent à la porte. Cela n'incite pas à se méfier. Nous sommes conditionnées et condamnées à leur ouvrir nos logements, bien obligées. Il serait temps de briser ce monopole masculin. Je pense que les machines seraient plus user friendly, plus à la main de l'utilisatrice, moins bourrées de gadgets inutiles, plus robustes, plus sobres à l'usage si les femmes les inventaient. Et, si elles doivent être truffées de biais, qu'ils soient au moins en faveur de nos intérêts. Par construction sociale, les femmes sont plus pragmatiques, moins joueuses que les hommes. 

" Laisser aux hommes le contrôle exclusif des instruments de violence cautionne la division entre protecteur et protégée, met les femmes en danger, et, ironiquement, alimente aussi bien l'idéologie militaire que l'idéologie masculiniste. " 

Sarah Ruddick - Activiste antimilitariste. 

"Avoir accès à la violence n'implique pas d'y céder." 

Caroline Granier - Autrice d'A armes égales, les femmes armées dans les romans policiers contemporains. 

mardi 8 octobre 2024

Où sont passés les rouleaux à pâtisserie, les gifles de cinéma et les épingles à chapeaux de nos aïeules ?

Début septembre, dans le sillage des révélations sur les agressions sexuelles commises par l'Abbé Pierre, on a entendu le témoignage d'une aide-soignante qui a eu le réflexe, alors que le saint homme faisant mine de trébucher, se raccrochait à la planche de salut de ses seins, que cette brave femme a eu le réflexe qu'on croyait perdu chez les féministes nouvelle génération : la bonne vieille baffe qui remet les idées en place et les mains où elles doivent être. Je me suis dit "ah enfin, une qui riposte", j'en étais à penser que la sidération avait définitivement gagné.

Si vous êtes cinéphile et avez regardé du cinéma français et hollywoodien des années 40, 50 et 60 du siècle dernier, vous n'avez pas pu manquer les gifles magistrales que les personnages féminins administraient aux hommes, assorties de l'insulte "goujat !" quand ces derniers avaient manqué à la  courtoisie. La mandale de femme était très en vogue à l'époque dans la culture cinématographique. Il n'en reste plus rien. Recherche Google : on trouve les plus belles gifles de l'histoire du cinéma, en majorité des hommes giflant des femmes comme Ventura en mettant une à  Adjani (jouant sa fille) dans le film au titre éponyme ; le ridicule ne tuant plus, un forum (où j'ai trouvé mon image) déplore qu'on ne réprouve pas plus vivement ces films où des mecs se font baffer par des femmes alors que l'inverse provoque un réprobation unanime. On trouve même une pétition de 2016 sur le site MesOpnions.com qui a fait un four retentissant : 21 signatures à ce jour ! Un non-sujet, tellement ça ne prête pas à conséquence, et que ça s'est perdu. Les conquêtes libérales féministes vers plus d'égalité ont eu raison de la baffe, laissant les femmes désarmées et "sidérées" en cas d'attaque.  Comme si les femmes étaient les égales des hommes dans la violence et qu'il faille rétablir un équilibre qui n'a jamais été en notre faveur. 


Au milieu de siècle dernier, le rouleau à pâtisserie (ou sa variante, la poêle à frire) étaient le moyen de défense de la mé(na)gère quand Jules rentrait à la maison tard ou bourré, ou les deux. On a toutes vu ces dessins où une grosse dame en tablier et chaussons, rouleaux sur la tête, est planquée derrière la porte d'entrée du domicile conjugal, tenant un rouleau à pâtisserie prêt à frapper le bonhomme qui utilise sa clé en toute confiance.
Pareil, ça s'est perdu dans les "gains d'égalité", exit l'arme cuisinière, tandis que le bâton de berger masculin, lui, retrouvait toute sa vigueur. Il n'y a aucune raison de culpabiliser à se défendre, mais l'époque, la niaiserie et la pleurnicherie ambiantes, l'infantilisme, les "papas et les mamans", les "papys et les mamies", les "tontons et les taties" dits par des gens qui ont largement dépassé les soixante dix balais, la "bienveillance", nouvelle lèpre de la langue après "respect" dans une société et une époque impitoyables, semblent avoir définitivement gagné la partie. Les actes sordides perpétrés par les hommes ne sont évoqués que des années après, par des gens sortant du bois quand la justice ne peut plus rien. La justice est désormais rendue sur les réseaux sociaux : je n'ai aucune pitié pour les accusés, ne vous méprenez pas, et je crois les femmes qui dénoncent, je déplore juste qu'elles ne croient pas pouvoir se faire justice de façon expéditive elles-mêmes sur le moment, à chaud, pour une main au cul ou une insulte, une proposition malveillante ou obscène dans la rue ou tout autre espace où ils se prennent pour des cadors et sont sûrs de rester impunis. S'il leur en cuisait sur le moment, ils se tiendraient sans doute plus à carreau, tous ces lâches qui n'agissent que parce qu'ils se savent qu'il n'y aura pas de réaction immédiate. Dans le futur, on est tous morts, disait John Maynard Keynes sur un autre sujet, mais la remarque est pertinente sur plein de dossiers, dont celui-ci. 




Il y a plus d'un siècle, nouvelle donne sociale, les femmes qui allaient au travail à leurs emplois de marchandes, couturières et secrétaires sortaient en ville chapeautées, empaquetées dans des jupes et robes allant jusqu'au sol, inconfortables quand il fallait passer les portes, grimper dans le tramway, ou descendre des escaliers, bref, la torture par le vêtement bien connue des seules femmes, ce qui limitait et limite encore leurs mouvements ! Elles devaient affronter en plus la grossièreté des hommes tout émoustillés de voir des jeunes femmes empruntant seules ou en groupes les mêmes rues et moyens de transport qu'eux, hommes qui s'autorisaient à commettre des attouchements dans les transports en commun bondés. Leurs chapeaux tenaient à l'aide d'épingles devenues longues aiguilles pointues préhensiles par une perle au bout, une arme déguisée en bijou. Se prenant comme nos contemporaines des mains au cul dans les transports en commun, elles n'hésitaient pas à utiliser ces longues épingles comme armes d'autodéfense, à les saisir pour piquer le malotru à des endroits stratégiques, et ça pouvait faire très mal. A tel point que le phénomène alerta un préfet de police et les gazettes de l'époque qui se scandalisèrent du "péril des épingles à chapeau". Je crois que je peux rassurer tout le monde, il n'a jamais été constaté de décès dû à une épingle à chapeau.

The hatpin peril ! Le péril par l'épingle à chapeau dit l'illustration d'époque ci-dessous. Et un article documenté sur le sujet à consulter sur ce lien. 








Dans le même ordre d'idées, je voudrais aussi rappeler le combat pionnier, courageux et victorieux des Suffragistes britanniques, féministes radicales qui ne s'embarrassaient pas de préséances. Elles y allaient franco, manifestant dans la rue, commandant et apprenant une technique de combat, le jujitsu, importé et adapté à leurs besoins par un maître Japonais pour se défendre contre les exactions policières ; elles ont été torturées, gavées de force, un tuyau enfoncé dans l'œsophage et l'estomac, lorsqu'elles menaient leurs grèves de la faim ; elles incendiaient des boîtes aux lettres et vandalisaient même les toiles de la Tate Gallery à Londres pour protester contre le fait que les femmes figuraient surtout nues sur les tableaux et nettement moins comme artistes peintres. Et pas avec de la soupe, mais avec un hachoir ! Elles l'ont emporté de haute lutte. Il a fallu un quart de siècle de plus aux suffragistes françaises (dénommées de façon méprisante "suffragettes") pour avoir le droit de vote et encore par décret, tellement le Parlement à majorité radicale socialiste mâle ne voulait pas en entendre parler, au motif que les femmes voteraient comme le curé leur soufflerait ! 

En conclusion

Ce calme hallucinant et étonnant des femmes ! Malgré Shaïna, Chahinez, Delphine, Lina, Pilippine, Gisèle et toutes les autres victimes d'agressions et de féminicides, malgré toutes ces femmes agressées, massacrées par les hommes de leur intimité, ou rencontrés dans la rue, pas de mairies, de bibliothèques ou d'écoles incendiées, pas de mobilier urbain détruit, pas d'émeutes, de celles qui suivent la mort par policier interposé, de mauvais garçons, mineurs conduisant sans permis, sans assurance, refusant d'obtempérer, troublant l'ordre public, risquant de tuer des enfants, des femmes, des hommes, des vieilles dans les rues où elles passent. Et sur qui la société, ses médias et sa justice patriarcale consacrent des pages, des écrans, des temps de radio et des commentaires ineptes infinis sans jamais nommer le problème, la violence masculine, les comportements asociaux des hommes. La vie des femmes en patriarcat est un roman gothique, leurs histoires d'Ann Boleyn maquées à des Henri VIII servent à avertir les récalcitrantes de QUI tient les manettes, et que tenter de sortir de l'oppression peut se payer de leur vie. Vie qui a moins de valeur que celle du mâle le plus délinquant et à qui les psys trouveront les excuses habituelles : violence familiale, misère sociale et sexuelle, absence de père, et tutti quanti. Les filles et femmes subissent toutes ces maltraitances à des niveaux supérieurs à ceux des garçons, et pourtant elles ne se vengent pas sur la société, ni d'ailleurs sur les usual suspects, les hommes ! Elles n'ont même pas la réflexe de se défendre lorsqu'elles sont attaquées. Le néo-féminisme libéral ne propose aucune alternative que le victimaire, et la quête de "moyens" auprès d'institutions, toutes d'obédience patriarcale, la police et la justice. On le voit ces jours-ci dans l'écœurant procès Mazan et ses débats vains sur le "consentement", une diversion patriarcale de plus où les femmes portent encore la responsabilité de leur agression parce qu'elles n'ont pas dit clairement non dans un système inégalitaire où les femmes sont "faites pour le sexe", où les hommes ont des droits à "un congé payé dans le CDI du mariage" comme on a pu entendre, éberluées, témoigner un des co-accusés du procès. Mais les mecs, si le mariage et le conjugo ne vous conviennent pas, vivez votre vie en célibataires sans enfants, faites carrière et sortez le soir avec vos amis. C'est quand même insensé de devoir rappeler cette évidence que PERSONNE n'est obligé de se marier, de vivre en couple ni d'élever des enfants. Si vous trouvez tout cela pesant (et ça l'est certainement !) ABSTENEZ vous. 

EDIT - Evidemment, mon propos dans cet article n'est pas d'inciter à se faire vengeance soi-même, ni à faire l'éloge de la loi du plus fort. La violence légitime appartient à l'état, sa police et sa justice selon les lois voulues et écrites par le législateur. Mon propos est de dire aux femmes qu'elles ne sont pas totalement désarmées, qu'elles ont le droit de se défendre, d'arrêter de faire dévolution de leur sécurité à l'ennemi intime ou public principal, que lui confier notre sécurité conduit à des mortes et des blessées graves. Nous avons toutes dans la tête, indélogeable, ce tabou anthropologique de nous défendre, les armes nous étant interdites -nous savons pour quelles raisons-  et c'est à tel point que même l'insulte nous fige d'effroi. Alors qu'on peut au moins vocaliser une légitime indignation, piquer une saine colère réparatrice, sortir un spray au poivre de son sac, et menacer de niquer une de leurs précieuses caisses, voire de passer à l'acte ! C'est quand même mieux que d'être transformée en statue de pierre permettant tous les abus, et se réveiller 18 ans après, non ? 

samedi 27 juillet 2024

Punching ball, sac de frappe, ring de boxe

Dans le sillage de l'affaire Jegou-Auradou, les deux rugbymen du XV de France accusés de viols aggravés après une rencontre en boîte de nuit, par une plaignante argentine, j'ai aperçu il y a une dizaine de jours dans un coin d'écran, la mère de l'un des violeurs présumés (puisqu'il est de bon ton de le préciser en attendant le jugement du tribunal), lors d'un sujet d'actualité. Leurs familles ont été admises à visiter les deux rugbymen incarcérés dans une prison de Mendoza (dont ils sont désormais sortis, assignés à résidence avec port de bracelet électronique) en Argentine, car selon toutes les apparences, la justice considère avoir des motifs suffisants pour cela.

J'ai vu une petite femme, cheveux blancs, solidement entourée de policiers en uniforme, filmée de loin, monter dans une voiture. J'en ai eu les larmes aux yeux de commisération pour elle. Alors qu'elle ne m'en demande pas tant sans doute, qu'elle doit croire son fils innocent, victime d'une menteuse. Toutefois, quand on entend dès le début l'avocate de la plaignante annoncer que "la preuve, c'est le corps de la victime", mordue, battue, portant des traces externes de coups constatés par un médecin légiste, des blessures internes nécessitant une hospitalisation, et quand on a vu les deux mis en examen dépassant de la tête et des épaules les policiers argentins (200 kg et 4 mètres à deux) qui les arrêtaient, on en déduit, si les faits s'avèrent, qu'il s'est agi d'un déferlement de haine virile sur une femme, livrée à deux hommes, ivres de violence, ne se contrôlant plus, la violant à tour de rôle et la cognant pour obtenir ce qu'ils voulaient. Je n'aimerais pas être la mère. Sans induire un seul instant qu'elle y serait pour quelque chose, bien sûr. Je me sens, même sans la connaître plutôt en sororité avec elle. Imaginez le conflit de loyauté ? 

Devoir choisir d'être solidaire de fils violents, violeurs, en reniant sa propre classe sociale, faire l'impasse sur leurs comportements révulsifs, mais répétés à maintes occasions, s'ils jugent que les circonstances leurs sont favorables, à la classe sociale des femmes, obligées de prendre fait et cause pour des hommes qui, alcoolisés, cocaïnés, ce qui ne les excuse en rien, peuvent ainsi décharger leurs frustrations sur plus faible, y compris numériquement, qu'eux ? A moins de s'aveugler, je ne vois pas comment affronter ce conflit sans sombrer dans la schizophrénie. N'étant pas mère moi-même, ce que je considère être le bon choix, compte tenu de ce qui précède et de l'état des rapports sociaux de sexe, dans le cas contraire, je crois que j'aurais quand même du mal à choisir le côté des hommes. Mais la société commande aux familles d'être solidaires, et surtout aux femmes de soutenir leur garçons, ces petits sultans : devoir se tenir aux côtés des agresseurs, en se persuadant que ce n'est pas possible que cela se soit produit, contrairement à ce que nous démontrent les "faits divers" qui se produisent tous les jours. 

Du Moyen-Orient, de l'Afghanistan ou de l'Iran, et du calvaire de leurs femmes prises dans les filets et les diktats de régimes religieux obscurantistes hyper virils, forteresses assiégées haineuses des femmes, aux foyers d'agresseurs sexuels, rencontres, "compagnons" possesseurs, propriétaires d'ici, le malheur insondable des femmes, c'est qu'elles produisent et élèvent (contraintes, pour les cas des pays à idéologie misogyne) elles-mêmes leurs propres oppresseurs, ou a minima, les oppresseurs de leurs sœurs de misère. Un jour, il va falloir apprendre à se défendre dans des modalités encore à définir et mettre en place, à mener le combat, à répondre à cette guerre qu'ils nous mènent depuis le fond des temps. Il ne manque pourtant pas dans "nos cuisines" d'armes par destination ; si "sa" cuisine est le lieu par excellence le plus dangereux pour une femme, elle peut le devenir pour un homme aussi bien. Je sais que les féministes réformistes cherchant recours et budgets auprès de l'état et de ses institutions patriarcales, police, justice, ne veulent pas en entendre parler, qu'elles ne sont même pas prêtes à bannir de leurs invites (comme je l'ai encore lu cette semaine sur Twitter, sous un post annonçant un féminicide) : "Choisissez bien vos maris, Mesdames !" Et si le salut c'était au contraire de choisir de ne pas en choisir ? De ne pas rendre de services ni perpétuer cette classe sociale tant que les choses seront ce qu'elles sont  : à savoir que ce sont toujours les femmes qui vont à l'équarrissage ! Laisser ne serait-ce qu'une porte entrouverte, une alternative, l'option de ne pas s'en trouver un, serait déjà grandement libérateur. 


" Si la vie doit se maintenir sur cette planète, il doit advenir une décontamination de la Terre. Je pense qu'elle sera accompagnée par un processus évolutif,  par une pression de l'évolution, qui résultera dans une réduction drastique de la population des hommes. " Mary Daly.

dimanche 25 février 2024

Hors d'atteinte

Cette semaine, j'ai lu ce roman que j'avais mis il y a quelques semaines sur mes étagères virtuelles de Goodreads et Babelio. Il m'avait paru prometteur et pile dans ma ligne éditoriale ! 


Erin, jeune femme parisienne abîmée par une liaison avec un homme pervers manipulateur qui la dévalorise, la tient les doigts en crochet sur la nuque quand ils sont ensemble dans la rue, trouve la force de rompre. Elle adopte un chien prénommé Tonnerre, loue une petite maison avec jardin dans les Pyrénées, une voiture, rassemble ses affaires et ses économies, et prend la tangente. C'est la belle histoire d'une réparation en escaladant les pics, en randonnant dans la neige avec son chien devant elle. C'est l'histoire d'une reprise de confiance en soi, d'assurance retrouvée. Erin se reconstruit, se consolide en compagnie d'animaux : son chien, un chat à moitié sauvage et affamé qui finira par lui faire confiance et l'adopter, un renard qui passe familièrement au fond du jardin, un cerf sur le bord de la route, des marmottes siffleuses en montagne, et une hulotte qui tambourine sur son toit la nuit. De belles rencontres, surtout animales, mais aussi humaines. Un bel hommage à la nature revigorante et aux animaux, compagnons sincères et amicaux, sans jamais juger. Un petit roman court de 150 pages qui fait du bien, publié chez les Editions Cambourakis, engagées et féministes. 

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Dans mes pérégrinations sur les plateformes sociales, j'ai remarqué deux publications sur X/Twitter (on ne sait plus comment l'appeler !) : un post d'une abonnée demandant aux hommes "non violents" de rejoindre les féministes afin de faire avancer notre cause. Nouveau concept : 'nos alliés'. Je tombe sur un deuxième de Sandrine Rousseau, qu'on ne présente plus, post dédié à l'affaire Gérard Miller, où, tombant des nues, elle publie que si les "alliés" s'y mettent eux aussi à agresser et violer des femmes, sur qui pouvons-nous alors compter ? Sur nous-mêmes par exemple ? En effet, Gérard Miller soutenait sur tous les plateaux, du temps de sa puissance médiatique, la parole des femmes contre celle des agresseurs. Il me semble que poser la question c'est y répondre. Il n'y a pas plus d'alliés que de beurre en broche, il nous faut compter uniquement sur nous-mêmes, c'est cela qui est révolutionnaire et sain. En qualité de féministes matérialistes tout au moins, nous sommes engagées dans une lutte des classes, classe sociale femme revendiquant la considération et des droits égaux face à la classe sociale homme qui a tous les pouvoirs ; où verrait-on ailleurs qu'en féminisme, par exemple des syndicalistes, demander à des patrons plus conciliants que les autres (il y en a) de se joindre à leur combat et revendiquer avec eux de meilleurs salaires et conditions de travail ? J'ai bien peur que le transfuge de classe (Edouard Louis, ou Annie Ernaux pour en citer deux très connus) ne va que dans un sens, le vertical ascendant : du supposé bas, vers le supposé haut. En féminisme, je peux en citer deux qui sont restés confidentiels et sans émules, car réputés traîtres à leur classe : Léo Thiers-Vidal pour la France, John Stoltenberg pour les Etats-Unis. Lisons-les, chérissons-les, à mon avis ils n'auront pas de postérité, hormis bien entendu, leurs ouvrages. Le patriarcat les méprise comme il méprise tous ceux qu'il considère comme "déclassés". Refuser la virilité pour aller vers le camp des femmes correspond à un déclassement pour le système patriarcal. 

Dans mon précédent billet, écrit un peu à l'humour, je parlais des femmes qui se trouvent des beaux ténébreux en prison : il semble que ce n'est pas si rare finalement. Dans un article de Charlie Hebdo du mercredi 21février, Laure Daussy évoque un cas assez étonnant : la dame est une rescapée de meurtre conjugal. Elle rencontre son mec au parloir, où il lui sort déjà une lame, elle se met avec lui quand il sort, il la maltraite et la cogne, elle dépose plainte, mais continue malgré tout la relation, pour enfin le quitter et le poursuivre devant les tribunaux. Elle fera l'expérience de la justice défaillante auprès des femmes, qui ne la convoque même pas au procès de son prince, qui depuis a été expulsé vers le Maroc, où il pourra faire de nouvelles victimes. A lire l'article, la jeune femme est pourtant combative, mais étonnamment après avoir subi les pires avanies. C'est une disposition des femmes de tout supporter, sauf la solitude (condamnée par la société c'est vrai) ce qui ne manque pas de m'ébahir. Et les femmes sont la seule classe sociale impliquée émotionnellement, affectivement, avec l'oppresseur. 

Je pense que les hommes n'ont rien à gagner, de leur point de vue, à faire cause commune avec les femmes. S'ils en espéraient un gain, il y a longtemps qu'ils nous auraient rejointes. Mais ils ont tout à perdre d'une autonomisation des femmes de leur emprise : le pouvoir économique, social et politique, sans parler d'une domestique gratuite à la maison. Ils nous ont domestiquées, castrées psychiquement et métaphysiquement durant des millénaires, une entreprise de démolition littéralement, affectant durablement notre psyché -ce qui explique le masochisme de pas mal d'entre nous et notre capacité à tout gober- en nous persuadant que sans eux nous ne sommes rien, qu'il n'incomberait qu'à nous de montrer notre solidarité, alors qu'eux s'affranchissent de cette obligation. Et l'entreprise marche du feu de dieu. Aux récalcitrantes, ils répliquent par la terreur, en en tuant une de temps en temps, ça fait tenir à carreau les autres ; ils peuvent aussi, en guise d'avertissement, plus bénin pensent-ils, s'attaquer à nos animaux en faisant un carnage, dans l'atonie de la société vu que c'est que des bêtes après tout. Donc personne ne dit rien avant une prévisible escalade. Il est temps de déceler dans leurs pratiques viriles, chasseuses et désinvoltes, pour dire le moins, vis à vis de la nature et de tous les êtres vivants, dans leur comportement de maîtres et possesseurs de tout ce qui vit et bouge, dans leur prétention à réguler (mais pour qui se prennent-ils ?) les autres espèces, à piétiner les autres terriens, les symptômes annonciateurs de graves passages à l'acte. C'est une question de sécurité publique et de survie de l'espèce. 

" They are only great because we are kneeling. " *

Etienne de la Boétie. Discours de la servitude volontaire. 

* 'Ils sont grands parce que nous sommes à genoux'.

vendredi 2 février 2024

Trous noirs

Comme escompté, mon billet ci-dessous n'a pas marché. Flop. Notez tout de même que le module statistique de Blogger n'est pas du tout au point, qu'il ne me comptabilise pas des tas de trucs, exemple l'audience qui vient lire sur l'adresse générale n'est pas comptée dans les statistiques d'un billet donné, et pire, la navigation sur mon blog, non plus. Avec des statistiques comme cela, c'est difficile de compter. Mais quand même, j'ai d'autres indices. Statistiques et culturels. Le sujet femmes se défendant elles-mêmes, n'est pas du tout porteur. Il n'y a qu'à constater le mutisme sur mes plateformes sociales quand j'évoque le sujet. Quand j'ai un partage, c'est quasiment à coup sûr le fait d'un homme, les femmes sont plus timorées, quand j'ai un favori, j'atteins le niveau maximum de leur soutien. Les femmes trouvent encore normal de faire dévolution de leur sécurité à l'adversaire de classe. La légende du preux chevalier est tenace. Le nombre de femmes violées, torturées, tuées après avoir fait confiance à un homme sur une route, pour un 'lift', un dépannage, un service, ou simplement chez elles, est numériquement hallucinant, mais la croyance est tenace. Et l'oppresseur, on vit avec. Imaginez la scène chez la femme de Dino Scala, ou chez le pompier Robert Greiner, à 6 heures du matin, la Gendarmerie débarquant et expliquant à Madame que Monsieur ne rentrera pas ce soir, son ADN a été retrouvé sur les scellés d'une victime de viol et une scène de meurtre remontant à plusieurs années, vu que nous ne lâchons jamais l'affaire. Sur le moment, elles doivent voir flou. 

Les 'femmes de droite' d'Andrea Dworkin sont toujours d'actualité, hélas : on espère avoir trouvé le 'bon numéro' comme prescrit par les hautes instances patriarcales et ses innombrables agent-es, on fait tout comme il faut dans la banalité sociale, on promène le chien, on repasse bien les torchons, on fait double journée pour un demi-salaire, et normalement, ça doit voguer jusqu'au port, vent faible, mer calme, quiétude familiale. Quitter la proie de la domesticité au service de tous, (souvent avant d'être larguée en rase campagne vers 50 ans pour une plus jeune, mais je sors du sujet !) pour l'ombre de la liberté, de l'autonomie et de l'autodétermination, de la légèreté, la liberté de s'affirmer dans un chemin hors du troupeau n'est pas pensable. C'était exactement ainsi que raisonnaient les 'femmes de droite' décrites par Andrea Dworkin dans son ouvrage. 

Malgré le Dieu Moloch qui a toujours faim et qu'il faut nourrir. Malgré les féminicides, qu'on décompte en se récriant que l'état patriarcal ne donne pas assez de moyens, alors que sa police et sa justice arment les agresseurs, en tous cas, ne les désarment pas. Souvenez-vous des centaines de bracelets électroniques anti-rapprochement tout neufs qui traînaient, et traînent encore à mon avis, inemployés, dans leurs tiroirs, les "revenez demain", les plaintes classées sans suite, pendant que les femmes meurent. Faire un exemple sur une de temps en temps, et toutes les 'pisseuses' se tiennent à carreau, terrorisées. Le système fonctionne du feu de Dieu, la soupe est prête, les enfants lavés et couchés, plus qu'à se mettre devant la télé ou Netflix. Pour effacer les petites humiliations multi-quotidiennes qu'ils se coltinent au boulot, rien de tel qu'une femme et une famille sur qui se venger à la maison. 

Plus perturbant encore, les méchants trouvent preneuse. Guy Georges, tueur d'une série de sept femmes, et sa peine touchant à sa fin, donc accessible à une demande de libération, a trouvé épouse en prison, une de ses visiteuses a succombé à son irrésistible attraction (apparemment) et l'a épousé. Nordhal Lelandais, autre tueur sériel d'une fillette et d'hommes, vient d'être père d'un 'enfant parloir' conçu lors d'une visite dans sa geôle. Pauvre môme : encore un qui commence sa vie avec un pédigrée social chargé. Il y a aussi le terroriste Carlos : il a trouvé femme en tôle. Elle était son avocate, elle est devenue sa femme tout en restant son avocate. La femme couteau suisse, en somme. Je pense que si on fait une enquête sérieuse, on va en trouver de pleines charrettes. Non, franchement, vous qui êtes dehors et qui vous plaignez que la drague ne marche pas, tentez l'incarcération ; ça se joue, votre âme sœur, selon la terminologie en vigueur, vous attend peut-être au parloir. 

Moi, je pense que les femmes devraient sortir armées, mais bon, opinion personnelle non consensuelle, pas populaire, tue l'aaamourrrrr. J'ai regardé un samedi Au bout de l'enquête sur France 2, normalement dédiée aux cold cases, mais les émissions sur le crime faisant de l'audience, ils ont embrayé sur les faits divers qui ont défrayé la chronique. Sans un mot plus haut que l'autre : les psychopathes tueurs sont à 99,99 % des hommes, les victimes, lacérées, étranglées, violées, découpées au couteau, tuées au fusil de chasse (dans ce cas, la chasse est ouverte toute l'année !) sont à 99,99 % des femmes, mais silence, motus, pavé sur la langue, énorme éléphant invisible dans la pièce, etc, etc. Ce dernier numéro donc, était sur les deux Frères Jourdain, deux gros mâles frustres du quart-monde, élevés aux allocations familiales et aides diverses (l'élevage est subventionné partout, c'est dingue) vu qu'il faut fournir des troupes fraîches à l'oppresseur ; les frères Jourdain donc, aux mains en battoirs ont enlevé (sans violence, elles sont montées dans leur camion sans contrainte, à quatre), violé et torturé pendant des heures, avec tous instruments imaginables, par tous les orifices possibles, puis étranglé et enterré quatre jeunes filles trouvées au Carnaval du Portel, en Pas-de-Calais, en 1997. La dernière a même été enterrée vivante, l'autopsie lui a trouvé du sable dans la trachée. 

Les hommes font ça et la société et ses psychologues disent que  le mal est sans pourquoi* ! Sans même mettre en garde, sans donner les moyens de se défendre, sans avertissement, rien. On vous livre au bourreau sans états d'âme. Pire même, en encourageant, voire forçant par tous moyens, par dressage social, injonctions, menaces de rater sa vie, les femmes à s'en trouver un, et à s'attacher des sacs de sable et des boulets aux pieds, des menottes aux poignets, de façon que toute cette violence contre nous, violence contagieuse, traversant les générations, se gravant dans les mémoires et les gènes, fabriquant des générations de femmes craintives, des cortèges de mortes, blessées, marquées à vie, où les hommes peuvent venir puiser et se servir, en boucle, perpétuant à jamais un continuum tragique, un terrible hachoir, un meat grinder.


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" Un soleil noir. Au capital d'empathie très restreint ". 

C'est ainsi que l'autrice de Vers la violence, Blandine Rinkel, décrit le père qui a enchanté, fasciné, et saccagé son enfance. Ogre séduisant à grosse moustache, montrant ses trente-deux dents quand il riait, conteur de légendes antiques et de la sienne propre largement inventée, serrant la gorge de sa fille avec une main en jouant au jeu de la barbichette, lui tordant les bras avec ses grosses mains, balançant des coups de pieds dans la gueule du chien de la famille quand il rentrait du travail, et dissimulant une grenade dans un des tiroirs de son bureau : on est glacée de terreur pendant la première partie du roman, l'enfance de la narratrice ; pour l'épouse qui croit le désarmer par la douceur, et pour sa fille qu'il nourrit de viande de cheval pour l'aguerrir et empêcher chez elle le goût pour les activités de "fillette". Un dressage paternel implacable qui la fera, à l'âge adulte, adopter des conduites à risque, à se mettre en danger. Puis, elle s'éloigne du père toxique pour devenir danseuse et végétarienne, écrivaine, poly-artiste, tous métiers et marotte de "fillette". Un magnifique roman sensible bien écrit, décrivant les séquelles laissées par la violence latente dans laquelle baigne l'héroïne. Roman couronné par le Prix des lectrices de Elle, prix qu'il mérite largement. 

*Citation de Laure Heinich dans Corps défendus.

Un trou noir est un corps céleste dont la force gravitationnelle est telle qu'il attire et absorbe tout objet et toute la lumière qui passe à sa proximité, sans rien restituer. D'où sa couleur noire opaque. 

dimanche 14 janvier 2024

Se défendre

 Une philosophie de la violence, par la philosophe Elsa Dorlin.


Des juifs du Ghetto de Varsovie qui décident de mourir les armes à la main plutôt qu'en attendant passivement leurs bourreaux, en passant par les suffragistes anglaises qui importent le Jujitsu pour riposter aux violentes attaques de la police, et au Black Panther Party qui se démarquait du Mouvement pacifiste des droits civils conduit par le Pasteur Luther King, Elsa Dorlin écrit une philosophie de la violence.

Dans ses premiers chapitres, l'ouvrage est une histoire du droit de se défendre à travers les âges, de qui peut porter une arme, un peu à la manière de Camus dans L'homme révolté, histoire de la révolte, ou de Surveiller et punir, histoire du châtiment par Michel Foucault. Sont typiquement exclu-es du droit de se défendre, les esclaves, les femmes, deux catégories qui ont un propriétaire, qui ne s'appartiennent pas, et les colonisés renvoyés à des mœurs sauvages, violentes, et qu'il convient donc de civiliser et dont il faut se protéger. Le droit de porter une arme et de se défendre individuellement, privilège des hommes et des propriétaires pour défendre leurs biens, sera progressivement codifié dans le droit, allant des personnes privées à la puissance publique des états et des démocraties. Juridiquement, la justice deviendra un droit régalien des états qui, seuls, détiendront le monopole de la violence. A l'exception toutefois des "vigilants", résiduellement tolérés aux Etats-Unis, séquelle historique d'un état ségrégationniste où les afro-américains paient un lourd tribut en terme de morts violentes, aggravée par le deuxième amendement de leur constitution qui permet à tout citoyen de s'armer. La figure du justicier reste très prégnante dans toutes les formes de la culture étatsunienne (vigilantisme).

J'ai trouvé les chapitres 6 et 7 particulièrement ardus sur les sujets de l'intersectionnalité, de l'anticapitalisme et du racialisme, assignant à résidence. Ils opposent féministes noires et féministes blanches, querelle malheureusement actuelle et non résolue, les féministes "blanches" ayant été instrumentalisées par les lyncheurs du Sud au motif qu'elles auraient été victimes de violeurs noirs. Mais, précise l'autrice, une partie d'entre elles se rebiffèrent contre cette odieuse instrumentalisation en faisant valoir que des violeurs blancs violent des femmes blanches aussi bien que leurs sœurs noires. Elle fait aussi une vive critique des "endroits safe" * qui ne seraient pas si "safe".

C'est au chapitre 8 que le cas des femmes est abordé de façon substantielle avec l'étude du cas Bella, l'héroïne de Dirty Week-end, roman d'Helen Zahavi paru en 1991 en Grande-Bretagne, et aussitôt ridiculement mis à l'index par la censure anglaise. Les censeurs n'ont, en effet, pas apprécié le constat des multiples agressions, de la plus vénielle à la plus grave, que subissent les femmes dans l'espace public et chez elles, constat que fait très bien Bella. Ni qu'elle introduise dans cette insécurité permanente sa "puissance d'agir" en trucidant les importuns, contrant ainsi les représentations victimisantes communément admises, qui vont de pair avec des stratégies politiques de recours à la protection de l'état dont on voit ce qu'elles donnent : plaintes pour coups, agressions et viols rarement prises en compte par la justice, non traitées, voire refusées, femmes laissées sans protection face à l'agresseur intime, victimes accusées d'imprudence, voire victimisation de l'agresseur, dans ces inversions dont les patriarcaux ont le secret, etc.

La norme dominante est la féminité vulnérable : scopophilie, voyeurisme sadique, érotisation des femmes sans défense et de leurs corps blessés ou de leurs cadavres outragés qui plombent aussi le cinéma, les séries, la littérature noire, les descriptions des "faits divers". Les insupportables et incessantes campagnes de dénonciation des violences faites aux femmes en sont les témoins. En montrant des femmes à terre, couvertes de bleus, levant en signe de seule défense une main ensanglantée en premier plan, elles sont un tribut offert aux agresseurs en situation de puissance, capables de battre, blesser et tuer. Elles humilient les victimes toujours montrées dans l'impuissance, alors que les corps des agresseurs eux, restent hors champ. Elles montrent, selon Elsa Dorlin, les failles d'un féminisme qui n'a pas construit pour toutes une communauté dans laquelle puiser une " rage auto-protectrice ", d'être, " non pas en sécurité, mais en capacité d'élever sa puissance ". Autrement dit, " l'autodéfense en réponse aux agressions ne constitue pas ou plus une option politique pour le féminisme ". Leur stratégie politique est le recours aux aides financières et à la protection de l'état, pourtant à l'évidence patriarcal, et dont on sait ce qu'elles donnent. Le nombre de tuées semble incompressible.

Tout en reconnaissant d'un coup d'œil les fragiles, les abîmées, celles qu'ils pourront attaquer, les dominants sont ignorants des autres, précise Elsa Dorlin. Ils sont engagés dans des postures cognitives qui leur épargnent de voir les autres, là où les gens du care, les femmes, les racisé-es, vivant en hétéronomie, catégories sociales cantonnées aux soins, elles/eux, sont engagés dans la considération et l'observation fine du sujet de leurs attentions et soins dans le but de survivre. 'Un jour, il faudra sortir les couteaux' comme énonçait, pour les mêmes raisons, Christiane Rochefort, dans sa préface à la première édition en français de Scum Manifesto.  

Un ouvrage empowering à mettre entre toutes les mains. C'est de la philo, avec citations de philosophes et le vocabulaire qui va avec. 

Deux citations : 

* " Safe est un pharmakon, un remède, une injonction qui soulage face à des vies invivables. Mais c'est aussi une injonction qui empoisonne, qui contraint des vies militantes à la retraite, qui les pousse à quadriller leur propres camps de retranchement, à purger leurs rangs. "


" 'Passer à la violence'  -celle de l'action directe et de la revendication sans compromission- est ainsi lié au constat que la revendication d'une égalité civile et civique ne peut être adressée pacifiquement à l'état puisque ce dernier est le principal instigateur des inégalités, qu'il est vain de lui demander justice car il est précisément l'instance première qui institutionnalise l'injustice sociale, qu'il est donc illusoire de se mettre sous sa protection puisqu'il produit ou soutient les mêmes dispositifs qui vulnérabilisent , qu'il est même insensé de s'en remettre à lui pour nous défendre puisqu'il est précisément celui qui arme ceux qui nous frappent. "

Leur violence est politique. Nous n'avons pas à demander à l'opposant sa permission, son autorisation ou sa validation pour lutter contre notre oppression.  

J'ai trouvé la référence Se défendre dans La terreur féministe par Irene. 

oOo

Les techniques de défense évoquées dans le billet : 

Le jujitsu est une technique japonaise de combat basée sur les points de déséquilibre et les faiblesses de l'adversaire. Il a été introduit en Angleterre par un maître japonais au début du siècle dernier, et adopté par les féministes suffragistes pour lesquelles il l'avait adapté, puis créé un club. 

Le krav-maga est une technique d'auto-défense au corps à corps, incapacitante pour l'agresseur, inventée par un Juif slovaque qui rejoint la Palestine en 1942. Il est devenu une sorte de mythe fondateur de l'état Hébreu et est praticable par tout le monde, femmes incluses. 

Je rajoute le Tai-chi, également art martial, chinois cette fois. Souvent pratiqué par des femmes, il n'est généralement pas vu ainsi, et pourtant Emmanuel Carrère en fait la démonstration dans Yoga en racontant l'anecdote qu'une de ses camarades femme de club de Taï Chi, attaquée dans le métro par un voleur de sacs à mains, s'en est tirée en faisant le mouvement ' les mains séparant les nuages ', déséquilibrant son attaquant, le renvoyant dans le mur avant de le faire tomber, puis fuir. Les mouvements de Tai-chi chuan sont lents, fluides, mais bien maîtrisés et réalisés très vite, ils sont redoutables, ce qui en fait sans aucun doute un art martial, selon Emmanuel Carrère.

Que vous appreniez une de ces techniques, ou d'autres, techniques dont vous n'aurez sans doute pas à vous servir, en tous cas pas tous les jours, présente un autre avantage selon moi : elles développent notre confiance en nous, notre assertivité, elles nous autonomisent, nous délivrent de la peur, et nous donnent une autre allure dans les lieux publics. Cela fait une considérable différence.

mercredi 17 août 2022

Les femmes du Paléolithique, précurseures sans descendance ?

Un nouvel engouement promu par les féministes se fait jour dans la presse et sur les réseaux sociaux, à tel point qu'on ne peut plus faire un pas sans tomber dessus : les femmes de la Préhistoire ne se contentaient pas de balayer la grotte, elles chassaient aussi ! Autant les anthropologues hommes s'intéressant aux tribus primitives (qui sont nos contemporaines, rappelons-le) ne voyaient jamais les femmes, le cas le plus frappant ayant été Claude Lévi-Strauss, donc ne savaient pas, en tous cas ne s'intéressaient pas à ce qu'elles faisaient, autant désormais les nouvelles féministes leur trouvent des occupations de mecs. Guerrières avec la découverte d'une tombe viking occupée par une femme, entourée de ses armes et de ses biens funéraires, chasseuses comme tentent de le démontrer quelques ouvrages dont L'homme préhistorique est aussi une femme de Marylène Patou-Mathis, ou encore Femmes de la Préhistoire de Claudine Cohen chez Taillandier, et bien sûr, Lady Sapiens écrit par trois auteurs, et édité par Les Arènes. Ce dernier livre m'a même personnellement narguée sur l'étagère d'une de mes bibliothèques. Les arguments sont minces : il n'y a pas de preuves d'une division genrée des activités écrit Marylène Patou-Mathis relayée par Terriennes, et les premiers préhistoriens étaient tous des mâles affreusement phallocentrés, ce qui ne fait aucun doute, et s'il n'y avait que les préhistoriens ! 

Pourquoi pas après tout ? Personne n'est revenu vivant du Paléolithique ni de la Préhistoire, donc on peut écrire ce qu'on veut sur le sujet qu'on soit homme ou femme anthropologue. Deux indices mettent toutefois la puce à l'oreille : et si à la vision affreusement divisée des tâches par genres du XIXe siècle nous répondions exactement par le même travers ? Si nous calquions ces analyses sur la sensibilité inverse de notre époque ? La multiplication des ouvrages sur le sujet permettent en effet de flairer qu'il est porteur et qu'il se calque sur l'esprit contemporain, le zeitgeist, l'air du temps, comme disent les anglais et les allemands, où les femmes ont l'impression de gagner un peu d'égalité avec les hommes dans certaines fonctions à eux réservées jusqu'à récemment : militaires, amirales, pompières, Première Ministre, maires ou députées. Si cela peut rendre les femmes et filles plus assertives, plus sûres d'elles pour briguer ces fonctions, pourquoi pas ? 

En tous cas, quoi qu'il en soit, deuxième indice, tout ça a salement foiré ! A un moment, les femmes sont retournées balayer la grotte (comme si ce n'était pas une tâche indispensable, au moins autant que d'aller faire connement la guerre et chasser) et les mecs ont bien repris le contrôle des outils et des armes ! A tel point qu'aujourd'hui les femmes ne sont même pas capables de se défendre d'un simple harceleur de rues, et qu'elles font dévolution de leur sécurité aux hommes qui les accompagnent, ce qui n'est pas forcément une bonne idée, demandez à Féminicides par compagnons ou Ex. 

Triste état des lieux : 

Les Etats-uniennes ont été férocement attaquées dans leurs droits fédéraux sur l'interruption volontaire de grossesse en juin dernier par la Cour suprême des Etats-Unis, les renvoyant à la juridiction de leur état, à la majorité de 6 voix conservatrices contre 3. Dont celle de l'influent juge Clarence Thomas, un temps militant pour les droits civiques, avant de se tourner vers le conservatisme le plus étroit. Les féministes intersectionnelles doivent toujours être en pleine perplexité devant le dossier Thomas, en tous cas on ne les entend pas. On comprend que c'est complexe : un homme noir attaquant les droits des femmes noires et pauvres, il y a de quoi y perdre son latin. Même pensum pour les femmes polonaises interdites d'IVG par leur très catholique et conservateur gouvernement, et par ricochet pour les ukrainiennes arrivant en Pologne, fuyant la guerre et les bombardements russes, certaines ayant été violées par la soldatesque de l'agresseur, ce traitement spécial femmes pendant les guerres masculines. 

Les femmes russes qui avaient réussi à hausser la voix devant l'hécatombe de leurs garçons durant la guerre de Tchétchénie se taisent aujourd'hui alors qu'elles n'ont aucune nouvelle des leurs envoyés au front en Ukraine, ou qu'elles les voient rentrer affreusement blessés ou invisibles dans un cercueil plombé. Poutine, qui n'a aucun égard pour la vie humaine, à l'instar de tous ses prédécesseurs, achète leur silence en enrôlant à prix fort, surtout les hommes des républiques les plus pauvres de la Fédération de Russie. Le sultan Erdogan n'en finit pas de réduire les droits chèrement acquis par les femmes turques pendant l'ère kémaliste. Les femmes africaines sont régulièrement la proie des soldats perdus de guerres oubliées, violant, pillant, enrôlant leurs enfants, mutilant et tuant villageois et villageoises ; elles ne prennent toujours pas les armes pour se défendre à l'instar de leurs consœurs du Paléolithique, il y aurait pourtant de quoi. Je ne vois pas pourquoi les femmes n'auraient pas le droit de se défendre. Même remarque pour les Asiatiques qui subissent les oukases de leurs dirigeants, une fois sommées de produire de la chair à usine, une autre fois d'arrêter, toujours par la contrainte, le choix du roi allant dans ce cas aux garçons, les filles elles, avortées comme en Inde, ou finissant infanticidées sur des tas de fumier à la campagne, sur des tas de gravats en ville. Avons-nous entendu qu'elles aient pris les armes pour arrêter le massacre ? Si les femmes se sont un jour servies d'armes et d'outils pour la chasse et la guerre, elles ont curieusement oublié le mode d'emploi et perdu la clé de l'armurerie ! 

Les femmes afghanes ont vu il y a un an, des talibans analphabètes barbus sentant des pieds et des dessous de bras descendre des montagnes en motocyclettes, kalachnikov en bandoulière, prendre Kaboul sans coup férir. Un an plus tard, elles sont ensevelies sous des kilomètres de tissus, interdites d'école, interdites de travailler comme fonctionnaires, effacées de la vie publique, priées de retourner au gynécée se consacrer à la reproduction humaine, mariées de force si nécessaire. La régression touche surtout les villes où les femmes avaient bénéficié de 20 ans d'occupation américaine, mais dans les campagnes les filles sont toujours restées vouées au service sexuel et domestique des hommes, y compris les fillettes mineures. Pédocriminalité au nom de la tradition et de la pauvreté. 

Chez nous ? Les féministes comptent les féminicides, sans jamais proposer de prophylaxie, l'aaaamourrr restant l'alpha et l'oméga de toute vie de femme. Il vaut toujours mieux être mal (mâle) accompagnée que seule. L'espèce humaine, notamment ses femmes, ont tellement besoin de se vouer à quelqu'un, que la liberté et l'autonomie, l'autodétermination ne sont pas en option. Rendez-vous compte, prendre des décisions, faire ses choix seule et en assumer les conséquences, pour certain-es c'est inenvisageable. Et puis on a toujours fait comme ça. 

Elles règnent pourtant toutes sur "leur" cuisine, ce lieu dangereux par excellence, le lieu le plus dangereux dans une maison : feu, huile et eau bouillantes, couteaux, hachoirs, poêles à frire et rouleaux à pâtisserie, toutes sortes de produits ménagers toxiques et de poisons, mais il semble qu'il ne reste dangereux que pour nous, les femmes. C'est incompréhensible. L'interdiction des outils et des armes, l'interdiction de se défendre restent des injonctions inoxydables, impossibles à transgresser. Les femmes en meurent tous les jours par milliers à travers le monde. Avec la complicité de la société. Conflits de loyauté, syndrome de Stockholm, éducation brimée, bourrage de crâne, dévalorisation, voire dégradation systématiques expliquent en grande partie.  

Pour illustrer mes propos, un cas clinique de soumission à retardement relaté sous la plume de Gérard Biard dans Charlie Hebdo de mercredi 10 août : Fatima Payman, 27 ans, élue en juin sous les couleurs du parti travailliste en Australie, ce pays du Commonwealth dont la maison-mère la Grande-Bretagne s'est compromise avec les pires exceptions cultuelles de l'Islam politique, notamment en permettant des tribunaux chariatiques sur son sol. Payman est une Afghane qui a fui au péril de sa jeune vie, à 8 ans, avec ses parents, le premier régime taliban. L'Australie lui a offert sa chance : elle a brillamment réussi des études en plusieurs disciplines à l'Université de Perth. Désormais sénatrice, elle arbore fièrement le hijab et milite pour le "droit" de toutes les musulmanes de le porter. Bien oublieuse que les femmes de son pays d'origine sont désormais interdites d'école et d'université, reléguées à la domesticité, voilées par force et non par "fierté", désormais effacées, fantômes de tissu rasant les murs, par contrainte, sinon elles sont battues ou emprisonnées. Une recherche de son nom sur Internet rapporte surtout des liens vers des sites idéologiques de l'islam politique qui ne tarissent pas de louanges, la mettant en avant, à tel point qu'on se demande si tout ça est bien canonique, étant donné que la "pudeur" tellement valorisée chez les femmes en prend un sacré coup. Mais il faut ce qu'il faut, une femme de 27 ans envoilée attirera toujours plus d'adeptes qu'un barbu présumé ne pas sentir le frais. Ainsi fonctionne le soft power. Gérard Biard rappelle que " le droit de porter le voile n'est qu'une obligation déguisée s'il n'est pas associé au droit de ne pas le porter. Or ce droit-là, ces militantes de la liberté n'en parlent jamais ". 

Si les femmes des temps préhistoriques ont fait la guerre comme et avec les hommes, ont chassé pour subvenir à leurs besoins alimentaires ou pour se défendre des bêtes sauvages, il y a eu incontestablement un moment où elles ont déposé les armes, ou en ont été spoliées. Il y a eu un moment où est intervenu le tabou des outils et des armes dont l'utilisation est devenue le privilège exclusif des hommes, permettant les gains de productivité et la capacité à se défendre ou... à attaquer. En conclusion, j'ai envie de citer Ti Grace Atkinson, féministe radicale, dans Odyssée d'une amazone, sachant qu'elle y parle de l'amour pathos, du sentiment amoureux qui nous a souvent dans l'histoire été imposé par la force, le rapt ou le viol, laissant de lourdes traces dans la psyché, pas de l'amour, généralement parental, ce comportement mis au point par l'évolution qui permet aux mammifères d'élever leurs petits : 

" Avez-vous jamais réfléchi au rapport entre l'amour et la violence ? La violence est la transgression commise sur la personne d'autrui ou son individualité. L'amour n'est -il pas une transgression de l'individualité ? Céder ce qui, autrement nous serait pris par force ? L'amour est-il la réponse de l'esclave à l'esclavage ? Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il n'était plus nécessaire d'enchaîner la deuxième génération d'esclaves ? Si nous étions libres aurions-nous besoin d'amour ? " 

Les arguments de ce billet sur les outils et les armes m'ont été inspirés par L'anatomie politique tomes 1 et 2 de Nicole-Claude Mathieu, et par deux ouvrages de Paola Tabet, La construction sociale de l'inégalité des sexes, La grande arnaque : sexualité des femmes et échange économico-sexuel. Toutes deux sont anthropologues ayant observé et étudié les tribus premières et notamment les femmes. Ces quatre ouvrages sont des classiques, des valeurs sûres, à mettre dans toute bibliothèque féministe.