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mardi 28 octobre 2025

Par effraction dans le système spéciste

En cette période où les épizooties frappent de tous côtés les troupeaux de bêtes sitôt abattues pour enrayer l'épizootie (dermatose nodulaire bovine, fièvre catarrhale ovine, et la terrible peste aviaire H5N1 qui décime les élevages de canards, oies et faisans), mais où ne sont à plaindre que les éleveurs (snif) et les consommateurs (pourrons-nous acheter du foie gras pour Noël ? resnif), où sont seuls accusés, les oiseaux migrateurs, porteurs de tous les maux car libres et sauvages, j'ai lu cette semaine cet ouvrage de Réjane Sénac qui vient de paraître : la chercheuse y recense les avancées de la cause animale, son histoire, ses précurseur-es, ses stratégies, ses activistes, tous tentant de mettre l'animal dans la politique. 

Put animals into politics 

Les défenseurs des animaux, antispécistes, végétariens et végétaliens, font effraction dans le système politique et économique carniste, et rendent visible la question animale.

Dans son premier chapitre qui n'en comporte que deux, l'autrice décrit les chocs politiques qu'elle et quelques-un-es de ses interviewé-es ont éprouvé comme une effraction dans leurs certitudes (le lapin Pompon, copain de l'autrice, servi en civet par une grand-mère qui ne fera pas plus de commentaire, respectant l'omerta de la viande), les remarques et objections toutes plus stupides (le cri de la carotte) et dépolitisantes les unes que les autres que les végéta*iens et véganes entendent à longueur de repas de famille ou amical, affirmant qu' "une croyance, tant qu'elle est hégémonique, n'a pas besoin d'être logique ou argumentée", que le carnisme est une croyance, donc un obscurantisme, vu qu'on ne ramasse pas de végéta*iens ni de véganes effondrés par pleines ambulances dans nos rues, Réjane Sénac affirme qu'il faut de la force et de la durabilité pour résister quotidiennement à l'injonction matérielle et symbolique à se conformer au banquet spéciste. Il faut aussi surmonter le conflit de loyauté des végéta*iens à l'espèce humaine ! Laquelle d'entre nous n'a jamais entendu qu'au constat des malheurs qui plombent l'humanité tellement à plaindre, malheurs où elle s'applique à se fourrer elle-même d'ailleurs, franchement se préoccuper d'animaux, quelle fausse route ! Oubliant que l'empathie doit toujours aller à l'être le plus faible et le plus désarmé, ce que sont les bêtes face à nos fusils, nos couteaux et nos usines de désassemblage ! L'autrice établit aussi des parallèles entre les différentes oppressions : racisme et sexisme, colonialisme et extractivisme. La matrice de toutes les oppressions est le spécisme. 

Et vous, quel(s) choc(s) politique (s) avez-vous vécu(s) pour que vous preniez conscience de l'holocauste animal nécessaire pour (n)vos banquets carnistes ? Pour faire entrer les animaux dans (n)vos considérations morales ? 

Le deuxième chapitre fait l'état des lieux sur les avancées de la cause animale et de sa mise à l'agenda politique. En examinant les différentes stratégies des militants et de leurs associations, spécialisées ou non, mais désormais toutes très professionnalisées : du welfarisme réformiste au radicalisme abolitionniste, du lobbying et plaidoyer auprès des décideurs politiques, aux mains dans les bouses des refuges et des sanctuaires, allant des réformistes libérales aux tenantes de l'exposition par videos des souffrances indicibles des animaux considérés comme des ressources dans les tunnels et les cages des élevages, les transports, la tuerie industrielle des abattoirs -quitte à y entrer par effraction-, les cirques carcéraux, les pratiques de chasse et de divertissement, l'expérimentation sur les animaux, les militants animalistes et antispécistes exposent la boîte noire insérée entre l'élevage prétendu bucolique, et le steak dans l'assiette, ou la découverte médicale sur le cancer pour ne citer que ces deux-là. Chacune expose sa vision du combat à mener, ses stratégies, et les motivations qui les font avancer.

Les activistes et leurs fondations, associations, sont toutes là, Réjane Sénac les a rencontrées, y compris les associations environnementalistes qui prennent en considération l'animal, et prônent une " cosmopolitesse " envers tous les vivants sensibles, sentients. On y trouve aussi toutes les références bibliographiques qu'elle a consultées. Un vrai état des lieux, des méthodes et arguments : si vous aussi avez éprouvé ce choc politique qui vous a fait prendre conscience que votre adhésion au 'banquet spéciste' n'allait plus de soi sans questionnements, ce livre est fait pour vous. Et pour toutes celles et ceux qui s'intéressent à la cause animale, bien entendu. C'est une mine à recommander, aussi bien aux activistes débutants qu'aux chevronnés.

Réjane Sénac est directrice de recherche du CNRS au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po.

Spécisme : préjugé favorable à l'espèce humaine, et défavorable aux autres animaux. Renvoi à l'essence, donc essentialisme. Le spécisme est un système politique et économique. 

" Il n'y a pas de propre de l'homme. " ELIZABETH de FONTENAY 

dimanche 17 septembre 2023

Marie Huot Libertaire, néomalthusienne, antispéciste, féministe...


L'Atelier de Création Libertaire a publié en 2023 cet ouvrage sur Marie Huot, femme oubliée de l'histoire. Son auteur, l'historien Sylvain Wagnon de l'Université de Montpellier, m'a proposé de le lire. En voici un court résumé.

Marie Huot est née Mathilde Marie Constance Ménétrier en 1846 dans l'Yonne, d'un milieu bourgeois, et est décédée en 1930. Avec son mari Anatole Théodore Marie Huot, un fonctionnaire de l'Instruction Publique et libre-penseur, elle évolue et milite dans le mouvement libertaire de la fin du XIXe siècle. Poétesse, journaliste, grande voyageuse, oratrice hors-pair, elle devient conférencière et milite contre la vivisection, contre la tauromachie introduite en France au moment du Second Empire, réhabilite Malthus avec des camarades, et préconise la grève des ventres, prône l'amour libre et l'éducation sexuelle, et aborde la question de l'avortement auprès des femmes qui pâtissent de grande pauvreté comme soutiens d'immenses familles, puisque les moyens de contraception arriveront bien plus tard. Marie Huot est passionnante par sa faculté de voir les choses globalement, top down, et de lier les problématiques sociales entre elles. Alors que le patriarcat a la capacité d'instaurer les déconnexions, le féminisme radical, lui, rétablit les connections, lie la pensée et l'action, d'où sa dangerosité pour l'ordre établi, selon une citation de Robin Morgan. Marie Huot, comme ses contemporaines, a cette capacité de restaurer les connections, elle pense large, comme son style. Elle cherche et tâtonne, explore sans réticences l'eugénisme et le malthusianisme, participe à un mouvement antivaccins du temps de Pasteur. Mais comment la juger à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui, elle qui vivait à la charnière des deux derniers siècles ? 

Libertaire, elle milite au sein des cercles anarchistes avec son amie de Louise Michel dont elle gardait les chats quand celle-ci était arrêtée ou absente, en exil. Leurs chemins divergeront quand Louise Michel privilégiera la lutte sociale à la lutte antispéciste, car elle ne voulait pas disperser ses forces.

Néomalthusienne : avec l'anarchiste Paul Robin, arguant que la bourgeoisie pratique l'eugénisme et la restriction des naissances pour éviter le morcellement des héritages, tout en encourageant le peuple à fournir toujours plus de chair à usines, maintenant ainsi les salaires bas, et de chair à canon pour régler les problèmes de ressources, frontières et trop-plein, ils tentent de réhabiliter le malthusianisme en l'intégrant à la lutte révolutionnaire. Education sexuelle, connaissance du corps et apprentissage de l'hygiène, déconnexion de la sexualité et de la procréation (hantise des clercs obsédés par la procréation), amour libre et émancipation des femmes sont les causes qu'elle défend au sein de la Ligue de la Régénération humaine et ses publications. Là où son néomalthusianisme défend l'émancipation des femmes et la maternité libre, ses camarades anarchistes verront, eux, une émancipation de la classe ouvrière du capital, désarmant ce dernier par un manque de bras, espérant provoquer par la pénurie de main d'oeuvre des salaires élevés. Etonnant pour notre époque contemporaine où le malthusianisme nous est toujours présenté comme une idée de droite réactionnaire, ces anarchistes, quoique minoritaires, réussissent à en faire une idée révolutionnaire. 

" Tant que la femme ne sera pas délivrée de la maternité obligatoire, il lui sera impossible de s'affranchir réellement et d'échapper à la tutelle de l'homme comme au joug de la société. "

Déjà minoritaire au sein de la mouvance révolutionnaire, le coup d'arrêt au mouvement néomalthusianiste viendra en 1920, après la grande boucherie de la deuxième guerre mondiale, avec la loi du 31 juillet 1920 "réprimant provocation à l'avortement et la propagande anticonceptionnelle" texte où l'avortement est défini comme un crime. Cette loi confirme donc a posteriori l'exactitude des analyses des néo-malthusiens : les femmes sont renvoyées au gynécée, priées de pondre pour refaire le stock de chair à manufacture et de chair à canon, dont se repaît l'ogre patriarcal. 

Antispéciste, antivivisectionniste. Déjà militante de la SPA de l'époque qu'elle juge trop laxiste sur le sujet, elle crée la Ligue populaire contre la vivisection en 1883, ligue qui lutte contre toute forme de maltraitance, en interpellant directement ses opposants : elle frappe de son ombrelle le nez d'un médecin, l'accusant de torturer de façon inutile des chiens et des singes dans son laboratoire de recherche. Elle aura aussi une querelle avec Pasteur, car elle lui reproche ses expériences sur des chiens pour valider son vaccin contre la rage. Marie Huot s'oppose aux courses de taureaux, lorsque l'impératrice Eugénie de Montijo se met en tête d'introduire la corrida, tradition sudiste, en France. Elle publie des textes, monte à la tribune, pétitionne des ministres, et va à des corridas à Paris et à Nice avec des groupes de militant-es armées de sifflets, imagine même un moment y aller avec un revolver, puis se ravise car "entre des mains antivivisectionnistes, ça détonne avec les principes". Il est à noter que le mouvement féministe anglo-saxon, puis étasunien pour le suffrage des femmes, comptait dans ses rangs des antivivisectionnistes, un lien bien oublié aujourd'hui, puisque lorsque les historiens se penchent sur les débuts du mouvement social de défense des animaux, ils ne lui trouvent plus que des "pères". Comme à l'habitude, les femmes pionnières sont effacées de l'histoire pour laisser place à des hommes qui se sont ralliés tardivement à la cause, mais qui s'imposent et récoltent tous les lauriers à la place de leurs devancières. Pour retrouver ce lien historique, lire le billet de Fred Côté-Boudreau sur l'origine du mouvement anti-vivisection.
   
Végétarienne : ridiculisée par les (hommes) amateurs de potées et autres cassoulets, elle revendique "ne plus manger que des légumes et boire de l'eau". Elle fait l'expérience aussi d'être jugée d'une sensiblerie de femmelette, on lui renvoie au nez la concurrence des causes, elle qui juge durement la "tartufferie humanitaire". Comme on peut le voir, rien n'a changé, c'en est quasiment désespérant. 

POSTERITE de MARIE HUOT

Ses héritièr-es sont évidemment tout-es les valeureux-ses activistes contemporains pour les animaux, aussi bien les végétariens et véganes que les antivivisectionnistes / anti expérimentation animale, les militants pour l'arrêt de l'élevage intensif et pour la fermeture des abattoirs. D'autant que depuis plus d'un siècle, la population mondiale est passée de 1,5 milliards à 8 milliards, que les classes moyennes (4 milliards) revendiquent leur statut social en mangeant de la viande (industrielle) dans des proportions inégalées. Sans oublier les anti-corridas, puisque les choses sont quasiment encore dans le même état qu'il y a un siècle. 

Les DINKies : Double Income No Kids, foyers à double revenu sans enfant, plutôt identifiés couples de lesbiennes et de gays, mais pas seulement.
Les refusant-es de la parentalité, dits childfree puisque ce sont plutôt les anglo-saxons qui portent le mouvement #NoKids #StopHavingKids, et que les français-es sont très timides sur le sujet, hésitant toujours à sortir du placard. Refusez d'ôter la vie pour passer à table, et de l'infliger à des innocents qui ne vous ont rien demandé, et vous serez voué-es aux gémonies, aurait-elle pu écrire. 

Le mouvement Birth Strike (grève des ventres) de 2019 : initié dans la dynamique des collectifs Extinction Rebellion, le mouvement veut attirer l'attention sur les dégradations environnementales, économiques et sociales de notre biotope, et interroge nos choix individuels de mettre des enfants dans un monde soumis au bouleversement climatique. Des dissensions au sein du mouvement amènent à sa dissolution à l'été 2021, et témoignent comme à l'époque de Marie Huot, de la grande difficulté de faire du refus de la maternité une lutte politique contre les injonctions patriarcales, et bien sûr de la difficulté à faire percer dans nos consciences et comportements les effets catastrophiques du changement climatique. Pas plus que la pauvreté la plus sordide des couples et des femmes ne dissuadait les maternités multiples du temps de Marie Huot, le changement climatique n'infléchit aujourd'hui notre "propension au lapinisme", comme écrivait Françoise d'Eaubonne il y a cinquante ans.

L'auteur de la biographie de Marie Huot, Sylvain Wagnon, conclut en ces termes sur l'échec du Mouvement Birth Strike : 

" L'échec de cette campagne illustre, comme lors de la prise de position de Marie Huot, la grande difficulté de faire de la maternité un levier de lutte politique. Pour autant la question est de plus en plus présente devant l'immobilisme et la résistance à toute prise en compte réelle de la situation environnementale et climatique. Cela pose comme au XIXe siècle, la place d'une telle revendication au sein de la question sociale et politique. "

Quelques unes des phrases de Marie Huot en guise de viatique, car la route est encore longue et le combat continue : 

Faire des enfants après une guerre ? 
" Comment osent-ils recommencer des berceaux ceux qui viennent de fermer des tombes ? "

" Selon le droit primitif de la nature, nul n'a de droit particulier sur quoi que ce soit. Qui a dit cela ? Bossuet, et après lui tous les anarchistes. Prêchez d'exemple, au moins. "

" Oui ça me va de vous dire à tous que vous méritez les affres et les souffrances. Est-ce que vous les épargnez aux autres créatures ? N'admettez-vous pas l'esclavage à l'étage en-dessous ? Et traitez-vous mieux qu'on ne vous traite vos frères asservis ? "

" Combattre pour l'animal, à la bonne heure ! La tâche est plus ingrate, le ridicule l'a sanctifiée ; et comme il faut y apporter plus de désintéressement, d'amour et de haine, ça me va ! Et puis combattre pour l'homme ça manque d'abnégation, l'égoïsme et la vanité y trouvant bénéfice..."   
 
Deux de ses textes écrits dans une langue magnifique sont reproduits en fin d'ouvrage. 


jeudi 6 juillet 2023

L'ours est à nos portes !

Branle-bas de combat la semaine dernière : un maire ariégeois appelle à la prudence. Un homme a vu l'homme qui a vu un ours. Ou du moins, ses poils restés accrochés à un arbre. Et il aurait blessé un cheval, enquête en cours. Alerte à la population et aux potentiels randonneurs. DANGER. Le maire d'Oust, petit village de l'Ariège, informe ses administrés via son compte Facebook. Une petite bande d'environ soixante-dix ours pyrénéens seraient en résidence permanente dans le massif, pas nombreux face à l'omniprésence humaine, mais les humains ne sont pas partageux. Ils veulent aller randonner dans les collines, les bois et les massifs, eux aussi, eux surtout, forcément, les ours gênent. De plus, les humains sont comme toujours accompagnés de leurs indispensables animaux d'élevage, laissés dans les champs comme il se doit. Comme pour le loup, les éleveurs veulent des animaux sauvages derrière des barrières et des animaux d'élevage dans la nature sauvage, le contraire du contrat que nous avons établi avec les bêtes d'élevage : nourriture, soins, sécurité et abri contre les animaux sauvages qui ont faim. 

Mais au fait, l'ours, et le loup, combien de victimes humaines ? Il y aurait bien eu un randonneur tué en avril de cette année dans le Trentin, région alpine d'Italie, mais le fait n'est pas établi, les associations de protection animale contestent que l'ours soit responsable. Quant au loup, il aurait tué quatre personnes en Europe ces soixante dernières années selon les statistiques. Franchement, à côté du Top Model, étalon de toute humanité, l'homme, l'ours et le loup la jouent petits bras. 

Les hommes, mâles de l'espèce humaine (on est encore obligées de préciser vu le flou qui accompagne le concept), eux, tuent en France une femme tous les 3 jours, à coups de batte de baseball, à l'arme blanche, à mains nues par étranglement, ou au fusil de chasse. Suivez le compte Féminicide par compagnons ou ex qui tient les comptes sur les plateformes sociales. On ne le rappellera jamais assez, le fusil de chasse a deux fonctions : tuer des bêtes à la chasse, et accessoirement, se retourner contre la Princesse Charmante, si jamais elle a des velléités de déserter son Prince en son palais. Au besoin en tuant tout le monde, enfants inclus, et en ratant son suicide.

Pourtant, curieusement, dans le même état d'esprit CAUTION / DANGER, on ne voit jamais aucun panneau en ville : "Danger hommes en ville", "individus potentiellement dangereux en vadrouille", ou à la campagne : "Danger, potentiels rôdeurs" ; "Danger, possibilité de mauvaises rencontres", selon la formule consacrée par le vocabulaire ventriloque des chaînes d'infos à chaque fois qu'une femme disparaît. Ces panneaux seraient placés sur la route des joggeuses, sur les chemins où passent une majorité de femmes randonneuses, ou en ville à la sortie des boîtes de nuit, où ils s'achèvent incidemment à coups de couteaux. 

Ne pas oublier non plus d'inscrire au fronton des salles de mariage des mairies : Attention, mesdames, le mariage peut occasionner des blessures graves, et entraîner potentiellement la MORT ! 

Mais c'est juste un rêve. Comme dans les contes de fée, le loup et les bêtes sauvages tiennent invariablement le rôle des méchants. Très surfaits, les méchants. On nous le rappelle régulièrement à la faveur d'un article de journal, ou d'un "trace", poils, fèces, griffures ou photo. Evidemment, tout cela a une double fonction politique : ceci permet d'occulter, d'aveugler la dangerosité du Prince Charmant, la violence virile, impossible à nommer, il faut coûte que coûte maintenir la fiction du parfait bonheur en couple, sans cela, c'est la mort du petit cheval, ma bonne dame. Sinon, ce serait ceinture aux hommes pour les services domestiques, sexuels et reproductifs, désertion des femmes, donc surtout pas. Et une deuxième fonction justifiant le meurtre, la tuerie des animaux diffamés, parce que déclarés dangereux.

Il est temps de nommer le problème : la violence du viril. La chasse en fait partie, 98 % des chasseurs sont des hommes. Ses millions d'animaux tirés, blessés, tués par année en sont aussi les victimes ; le meurtre des animaux désinhibe, ainsi que l'écrit  Stéphanie Hochet dans son ouvrage L'animal et son biographe : " Le plaisir hypocrite des chasseurs, leur permis de tuer alloué par la société est-il autre chose qu'un blanc-seing accordé au désir de meurtre ? " 

Il ne vient jamais non plus à l'idée de l'espèce humaine qu'elle n'a pas tous les droits, notamment celui d'accaparer tout l'espace des autres animaux. L'effondrement des populations animales est causé en premier lieu par la destruction, puis la colonisation de leurs habitats par notre espèce invasive. Aussi, recule l'humanité, reste dans tes foyers, tes villes, bourgs et villages. Le monde est limité, la place des autres n'est pas usurpée. Ils ont les mêmes droits que nous d'habiter cette planète. Tous earthlings, tous terriens. 


PS - Le widget associé au flux RSS Twitter dans la side bar de mon blog est muet : je sais que certaines venaient lire mon compte Twitter par là. Ceci est dû à la décision prise par le très compétent, carrément génial Elon Musk de masquer les comptes de son nouveau jouet aux non abonnés et aux non connectés. Pour le moment, je laisse ce widget en espérant récupérer l'affichage de mon compte, mais cela dépend du mogul qui dirige si excellemment la plateforme. 

mercredi 31 août 2022

Cause animale, Luttes sociales

  

" Je veux ici plaider la cause d'une classe particulière de travailleurs et de salariés, classe nombreuse, car ses membres se comptent par millions ; classe misérable, car pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim, ils sont assujettis au travail le plus dur, à la chaîne et sous le fouet ; classe qui a d'autant plus besoin de protection qu'elle est incapable de se défendre elle-même, n'ayant pas assez d'esprit pour se mettre en grève et ayant trop bonne âme pour faire une révolution ; je veux parler des animaux. "

Charles Gide - 1886

Charles Gide, 1847-1932, professeur d'économie, théoricien de la coopération, végétarien. 

J'ai lu cette semaine cette anthologie de textes d'auteurs et de militants de la cause animale. Ils / elles étaient anarchistes, libertaires, féministes, néo-malthusiennes, suffragistes, antivivisectionnistes, socialistes défendant la cause ouvrière. Elles / ils connurent le bagne, l'exil, et tous firent le lien entre oppression des humains et celle multimillénaire des animaux, leurs frères en oppression. Dénonçant la chasse, les courses espagnoles (corridas), témoignant des abattoirs, et faisant leur révolution personnelle en renonçant à manger de la chair animale. Je vous ai sélectionné quelques-unes de leurs phrases parmi les plus percutantes, mais l'ouvrage est à lire pour ne plus nous laisser dire à nous, végéta*iens, que nous serions des illuminés, des djihadistes, des terroristes extrémistes ; nous venons de loin, nous avons une filiation multimillénaire, et pas des moindres. Depuis que l'humanité s'est dressée sur ses pattes de derrière, tuer pour manger n'est jamais allé de soi. Il y eut aussi bien des cueilleurs que des cannibales. Nous sommes les descendants de ces cueilleurs végétariens, de la tradition pythagoréenne antique, ainsi que d'un courant libertaire socialiste et féministe. " Les végétariens sont une utopie active, l'honneur de l'humanité " dit la philosophe Elizabeth de Fontenay.  

" Parce que je ne suis 'qu'une' femme, parce que tu n'es 'qu'un' chien, parce qu'à des degrés différents sur l'échelle sociale des êtres, nous représentons des espèces inférieures au sexe masculin -si pétri de perfections !- le sentiment de notre mutuelle minorité a créé en nous plus de solidarité encore, un compréhension davantage parfaite. " Séverine (Caroline Rémy), 1855-1929, anarchiste, féministe, pionnière du journalisme, co-créatrice de La Fronde journal féministe, antispéciste.  

" Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il le souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes... Et plus l'homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. " Louise Michel, 1830-1905, anarchiste, féministe, institutrice, communarde condamnée au bagne de 1873 à 1880.  

" Matador, bourreau, tueur de bêtes, assassin d'amour, assemblage d'os, de muscles et de sang qu'on revêt de broderies d'argent et d'or ! Je ne te parlerai pas de sensibilité, de cruauté, de l'univers, des rapports des êtres entre eux, des droits de l'homme et de ceux de l'animal, du principe de ton existence et de la sienne. Tu ne sais rien de tout cela ; ton métier est de détruire pour vivre. " La corrida de toros en Espagne - Jours d'exil. Ernest Coeurderoy, 1825-1862 - Médecin, révolutionnaire socialiste de 1848, libertaire, condamné à l'exil, il séjourne dans plusieurs villes européennes, il écrit Jours d'exil, un long poème en prose ; refusant toute amnistie, il finit ses jours à Genève, où il se suicide à 37 ans. 

" Tout concourt, tout conspire à faire de l'animal une chair taillable et torturable à merci : ... la curiosité scientifique et l'égoïsme à le transformer dans les laboratoires en chair à scalpel et en réactif, lorsqu'il s'agit d'expérimenter les poisons qui convulsent et qui tuent. "  Marie Huot, 1846-1930, journaliste, féministe représentante du courant néo-malthusien, anarchiste et antivivisectionniste, elle est contre l'utilisation des animaux à des fins médicales ou ludiques. 

" Si nous devions réaliser le bonheur de tous ceux qui portent figure humaine et destiner à la mort tous nos semblables qui portent museau et ne diffèrent de nous que par un angle facial moins ouvert, nous n'aurions certainement pas réalisé notre idéal. Pour ma part, j'embrasse aussi les animaux dans mon affection de solidarité socialiste. " Elisée Reclus, 1830-1905, géographe, libertaire, communard, exilé pour soutien à la Révolution de 1848, confronté dans son exil à l'esclavage en Louisiane. Il devient végétarien et prône une "grande confédération des égaux".

" Les chiens qui ne savent rien, comprennent tout ce que nous disons... Et nous qui savons tout, nous ne sommes pas encore parvenus en dépit de tant d'expériences, de tant de travaux, à comprendre ce qu'ils disent. Et ils sont polyglottes. Sans les avoir jamais appris, ils parlent le français, l'anglais, l'allemand, l'arabe, le cafre... tous les argots et tous les patois... "  Octave Mirbeau, 1848-1917. Journaliste puis romancier, immortel auteur de l'implacable Journal d'une femme de chambre, critique sociale féroce, les animaux traversent toute son oeuvre littéraire. Sympathisant anarchiste, il perçoit une communauté de destin entre tous les êtres.   

" Le régime végétalien est séduisant, éthique, esthétique, même socialement incontestablement libérateur par ses conséquences, car il permet à l'individu de vivre en Robinson à l'écart de la vie des civilisés ou soutenir la lutte avec le capitalisme plus longtemps. " Sophie Zaïkowska, 1874-1939, anarchiste et féministe, fondatrice avec Georges Butaud de deux foyers végétaliens à Paris puis à Nice. Ils partagent avec Louis Rimbault, autre libertaire, la conviction que le végétalisme " c'est la révolution immédiate contre tous les parasitismes, sans effusion de sang, sans haine, sans violence, sans dictature, sans maîtres, sans faux espoirs et sans désillusions. ". Conférenciers, elle et lui parlent de socialisme, proposent des repas végétaliens aux sans abris, militent contre la chasse et pour la libération des animaux de la domination des humains. " Le végétalien ne reconnaît pas à l'homme le droit de dominer, d'abuser de sa force sur des êtres sensibles. " 

Vous découvrirez également des écrits de Léon Tolstoï 1828-1910, le grand romancier russe né entre deux révolutions, élevé en aristocrate dans une campagne où règne le servage, chasseur repenti et ayant connu les horreurs de la guerre. A partir de 54 ans, il place la morale au centre de ses actes, il lie les meurtres des animaux aux guerres humaines, devient végétalien. Puis enfin, de l'écrivain britannique Henry Salt 1851-1939, cofondateur du Parti Travailliste et fondateur de la Humanitarian League en 1891, articulant les luttes sociales et celles en faveur des animaux. 

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains et à consulter régulièrement.