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lundi 15 juin 2026

Conseils aux enfants molestés à l'école, dans la famille et tous autres lieux

Je préviens tout de suite : je n'ai pas d'enfant, donc selon la société pas vraiment de légitimité à parler de parentalité et de méthodes d'éducation. En revanche, du fait de mon statut -ô combien répréhensible de childfree volontaire qui va 'finir seule avec son chat -voir un billet précédent, en retournement du stigmate- n'ayant pas le nez sur le guidon, ou dans le trèfle (selon que vous préférez une métaphore cycliste ou éleveuse), et c'est un avantage, j'ai une vision d'ensemble, top down, panoramique, du sujet, non impliquée, favorisée par mes lectures, les témoignages que j'entends ici ou là, et par les paroles des militant-es de la cause des enfants. Un peu comme la consultante que j'ai été, qui disait à des ingénieurs métallurgistes ou télécoms comment ils devraient gouverner leurs boîtes sans clients, patrons ingénieurs qui me regardaient de haut, mais à qui il arrivait de suivre mes conseils avec profit. Militants et parents qui curieusement, ne disent pas souvent comment et par quels moyens, les enfants pourraient se sortir de situations dans lesquelles ils sont enferrés par des adultes malveillants, ou même criminels. Sans doute toujours le même syndrome : des gars, des maris, on en a à la maison, (l'immense majorité des crimes commis sur les enfants sont le fait des hommes qui fournissent les gros bataillons de la pédo-criminalité familiale aussi bien que d'opportunité ou touristique), et de ce fait, on est gênées aux entournures pour dénoncer leurs crimes et mauvaises actions. On préfère donc faire appel à la Cavalerie. Qui ne vient jamais, bis repetita. Dont acte, ne souffrant pas de syndrome de Stockholm ni de conflit de loyauté, bienheureuse que je suis :)) voici. En toute modestie quand même. J'accepte les critiques et les suggestions. 

Les enfants et adolescents, si vous passez par ici :

Non, tous les hommes (adolescents, adultes, vieux, en uniforme, en robe de magistrat ou en soutane, en tenue de policier, entraîneurs sportifs en shorts ou accoutrés de maillots de foot...), y compris les plus proches de vous (parent, éducateur...,) ne vous veulent pas forcément du bien ! C'est horrible, j'en conviens, mais c'est comme ça. Comment les détecter ?

Et comment détecter une situation gênante ? Eh bien, d'abord parce qu'elle vous paraît gênante, que vous n'y êtes pas à l'aise. Vous devez donc vous écouter et la faire cesser.

Que faire quand une situation vous semble gênante ?

Faites-la cesser immédiatement. Si, dans une situation donnée, vous n'êtes pas à l'aise, dites fort STOP au besoin en tendant le bras et en mettant une main en avant. C'est un signal universel que tout le monde comprend, même les animaux. Le hurlement, en cas d'urgence, peut être dissuasif et faire cesser l'attaque. Personne n'a le droit de vous toucher, de vous imposer des gestes que vous ne voulez pas faire, ou qu'on fasse sur vous. Défendez votre intimité. Un exemple : le 'bisou' obligatoire à tous les adultes qui passent et dont le refus peut être un bon entraînement. Si vous n'avez pas envie, dites que non vous ne ferez pas le 'bisou' requis, et ne vous laissez pas non plus caresser, papouiller ou cajoler si cela ne vous plait pas. Dites NON. Au besoin, enfuyez-vous.

A partir d'un certain âge, celui où vous vous débrouillez seul-e, fermez la porte de la salle de bain pendant la douche, signalant ainsi que vous défendez votre intimité. On frappe avant d'entrer. Dans votre chambre, c'est pareil, personne ne rentre sans votre permission. C'est votre endroit à vous. Tenez-le propre, rangé, et cosy, cela évitera d'énerver vos parents qui du fait, seront moins enclins à y aller voir. La confiance règnera dans tous les sens.

Les agresseurs de femmes et d'enfants sont des lâches.

Que faire face à un harceleur, une harceleuse ?

Le harceleur à l'école ou sur le chemin, est un lâche qui vous juge comme le faible sur qui on peut taper et faire souffrir sans que vous vous rebiffiez. Il peut aussi sévir comme meneur, en groupe. Non, vous n'êtes pas moche, non, vous ne sentez pas mauvais, et non encore, vous n'êtes pas gros, vous êtes en bonne santé. Faites lui comprendre qu'il peut lui en cuire. Et si cela ne suffit pas, allez voir l'autorité de votre école, directeur ou directrice, infirmière scolaire ou surveillante. Si cela ne suffit encore pas, dites-le à vos parents à la maison. Et vous pouvez aussi aller pousser la porte du commissariat de police (en ville) ou de la Gendarmerie (à la campagne) pour y déposer plainte à propos de toutes ces situations : il faut faire des expériences, c'est important. Elles forment le caractère. Les adultes vous doivent protection et personne n'a à vous faire de mal. C'est de la perversion au pire, au minimum de la méchanceté.

Dans une société où on dresse à l'hétérosexualité (apprise rappelons-le, elle n'a rien de naturel, contrairement à ce qu'on nous serine), on va inévitablement vous poser la question (intrusive, car cela ne regarde personne) de savoir 'si vous avez un petit copain ou une petite copine à l'école' (dès la maternelle, cela s'est vu !), répondez à la façon Zazie dans le métro -11 ans, qu'à votre âge vous n'avez pas encore choisi si vous allez être homosexuel ou hétérosexuel, voire asexuel, donc qu'on vous laisse choisir votre chemin, un bon temps de réflexion, rien ne presse. Cela devrait les calmer pour un bout de temps.

Ces conseils valent pour toutes les autres situations ou vous avez été très mal à l'aise vis à vis d'un plus grand ou d'un adulte. Voyez quelqu'un de confiance, cela peut être une voisine sympathique, une tante, ou quelqu'une de bon conseil que vous aimez bien. Faites-le jusqu'à ce qu'on vous croie et qu'on ne vous accuse pas de mentir ou de faire l'intéressant, parce que vous ne mentez pas et n'êtes pas un m'as-tu-vu.

Restez vigilant-es : sachez détecter le malaise chez les autres. Ce qui vaut pour vous, vaut pour tout le monde. Respectez l'espace des autres, leur autonomie, leurs prérogatives. Au besoin, proposez votre aide.

Ces conseils précédents ne valent que pour les enfants qui ont acquis une autonomie ; donc, aux parents, pas de fausse pudeur, apprenez à vos enfants, avec les mots appropriés à leur âge, que non, tout le monde n'est pas forcément gentil, que des gens méchants peuvent leur vouloir et leur faire du mal, qu'ils et elles doivent être particulièrement vigilants ce qui signifie ne pas faire entière confiance aux adultes, notamment aux hommes parce que non, vos filles ne seront pas automatiquement obligées de s'en trouver un et de le garder ! Si elles le font, au moins, vous aurez fait ce qu'il fallait, leur expliquer qu'il leur faudra du discernement. La formation à l'assertivité, à l'acquisition d'une colonne vertébrale, à une forte personnalité qui décide pour elle-même, les conseils de prudence, font partie du package 'éducation'. Et restez vigilants. Le bon ami, le curé, l'animateur sportif ou le scout aux gestes douteux, le grand-père ou l'oncle aux propos lestes ou libidineux peuvent disparaître de vos cartons d'invitation après avertissement ferme et sonore. Je suis toujours surprise d'entendre des femmes avoir peur d'avertir leurs filles que tous les hommes ne sont pas forcément fréquentables. Ils représentent numériquement et statistiquement la grande masse des agresseurs sexuels et des violeurs, quel que soit par ailleurs le sexe ou l'âge des victimes. Manifestement leur socialisation est un ratage, ou elle ne leur est pas accessible.

Et toujours le même conseil qu'aux femmes : inscrire vos enfants à un cours d'art martial ou de self-défense est une excellente idée.

Votre corps vous appartient à vous, à personne d'autre, même pas à vos parents. Ils vous ont mis au monde sans vous demander votre avis, le minimum syndical c'est qu'ils n'insistent pas dans les injonctions tonitruantes. Au besoin, rappelez-le.   

S'affirmer, se défendre, fuir, Demander de l'aide.

Rester vigilant-e : détecter le malaise chez les autres, proposer une écoute.

Rappel statistique : la majorité des agressions pédo-criminelles ont lieu au sein des familles. Dans ce cas, cela s'appelle une relation incestueuse. L'inceste est épidémique et il franchit les générations. Le pater familias ainsi que ses héritiers ou cohéritiers mâles chauvinistes, propriétaire de droit divin de tout ce qui vit et bouge (c'est la racine latine du mot 'famille', hélas) peut se révéler un redoutable malfaisant. En ont témoigné des artistes et autrices aussi connues que Nikki de Saint-Phalle, Virginia Woolf, Christiane Rochefort, et tant d'autres. 

Quelques ressources : 

Le 119 allo, enfance en danger, gratuit, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 

Le Site Internet gouvernemental.

Tous les films, dessins animés, qui apprennent aux enfants et aux filles l'assertivité, qui les sortent des sentiers battus, et des injonctions d'une société toujours à la limite de la normopathie. Vos enfants ne seront pas comme vous, ne feront pas nécessairement les mêmes choix que les vôtres. 

"... papa, il commence donc à m'embrasser ce qu'était normal puisque c'était mon papa, mais voilà qu'il se met à me faire des papouilles zozées alors je dis ah non parce que je comprenais où c'est qu'il voulait en arriver le salaud, mais quand je lui ai dit ah non ça jamais, lui il saute sur la porte et il la ferme à clé et il met la clé dans sa poche et il roule les yeux tout en faisant ah ah ah comme au cinéma, c'était du tonnerre. Tu y passeras à la casserole qu'il déclamait, tu y passeras à la casserole, il bavait même un peu quand il proférait ces immondes menaces et finalement immbondit dssus. J'ai pas de mal à l'éviter. Comme il était rétamé, il se fout la gueule par terre. Isrelève. Ircommence à me courser, enfin bref, une vraie corrida. Et voilà qu'il finit par m'attraper. Et les papouilles zozées de recommencer. Mais, à ce moment, la porte s'ouvre tout doucement... La suite dans 

Zazie dans le métro roman d'apprentissage publié en 1959 par Raymond Queneau, apprentissage autant social que de français, bourré de jeux de mots et d'exercices de styles. Zazie est une fillette avertie de 11 ans, capable de se défendre, surtout par la parole, volontaire, assertive, qui surmonte les épreuves sans s'en laisser conter. Elle emploie à l'occasion un vocabulaire (d'ailleurs le roman torture aussi le vocabulaire français avec des orthographes hilarantes) populaire, voire malpoli, pour se défendre contre d'éventuelles agressions d'adultes, appelés à l'époque des années soixante, 'satyres'. C'est donc double ou triple bénéfice : une leçon de français par une enfant assertive, une sorte d'Ulysse (elle veut absolument prendre le métro alors qu'il est en grève, et se trouver 'un bloudjinne') affrontant les épreuves, et pas du tout sage ni consensuelle. Elle est entourée de personnages non conventionnels qui vont bien entendu contribuer à son apprentissage tout en la protégeant sans jamais la brimer. 


A trouver dans la collection Gallimard Jeunesse.  A offrir à vos enfants ! Il est dans les programmes de français de l'Education Nationale dès la quatrième. 

Il y a aussi le dessin animé des studios Disney, qui date un peu, mais qui garde toute sa puissance, et que j'avais chroniqué à sa sortie : Brave, le titre en anglais. Mérida, la rebelle princesse rousse qui refuse tous les princes charmants et dont le meilleur ami est son beau cheval Angus, avec lequel elle ne rêve que chevauchées, dont elle change la paille et qu'elle bouchonne une fois tous deux rentrés à l'écurie. 

Et parce que je crois au pouvoir de la littérature et de l'écriture, par l'excellente et rebelle Christiane Rochefort, La porte du fond, son chef d'oeuvre couronné par le prix Médicis en 1988. Roman sur l'inceste et la résilience par la résistance et le féminisme. Je l'avais chroniqué sur cet article. Non, on n'est pas forcément une victime à vie quand on a affronté un incestueux dans le milieu familial. On peut s'en sortir. Mais il faut en parler. Faire cadeau d'une, ou de ces oeuvres, peut compléter une discussion sur ce sujet délicat mais indispensable. 

Evidemment, tout ceci ne peut pas éviter le danger. Restez vigilants, tout le temps. Sans être dans l'angoisse perpétuelle, ce qui est stressant pour tout le monde. Et écoutez et croyez les enfants (et les femmes) quand ils se plaignent d'actes commis qui ne sont ni de leur âge, ni de leur goût, ni tolérables ; mettez les hors d'atteinte de l'agresseur, qu'il soit le père, le frère, l'oncle, le grand-père, ou le beau-père. Quand les sacro-saints liens 'biologiques' tellement chers aux tribunaux et aux immuables psys sont trahis, le vrai parent est celui qui éduque et protège, soit-il une voisine, une tante, un oncle, un travailleur social, ou une parfaite étrangère qui a su écouter et mettre à l'abri. Tout le reste est naïveté, croyance, hypocrisie, ou incompétence. 

" Je sais que c'est une chose terrible à dire, mais à cette époque, tout éventualité de père me paraissait extrêmement risquée. " Arundhati Roy, Mon refuge et mon orage.

Ce billet, qui est écrit sans aucune aide de la dévastatrice IA, n'est pas une incitation à l'insolence mais à la prudence. Vous remarquerez aussi qu'il ne comporte aucune métaphore spéciste. 'Je n'ai pas de mots' entend-on. Mais l'analogie ou métaphore spéciste servent bien : quand on est à court de mots pour nommer les méfaits de la "Magnifica Humanitas", ou qu'on ne veut pas désigner l'agresseur, ce sont les animaux supposément 'prédateurs' qui endossent. C'est contre-performant. Pour lutter contre un fléau, il faut  d'abord le nommer.

mardi 8 octobre 2024

Où sont passés les rouleaux à pâtisserie, les gifles de cinéma et les épingles à chapeaux de nos aïeules ?

Début septembre, dans le sillage des révélations sur les agressions sexuelles commises par l'Abbé Pierre, on a entendu le témoignage d'une aide-soignante qui a eu le réflexe, alors que le saint homme faisant mine de trébucher, se raccrochait à la planche de salut de ses seins, que cette brave femme a eu le réflexe qu'on croyait perdu chez les féministes nouvelle génération : la bonne vieille baffe qui remet les idées en place et les mains où elles doivent être. Je me suis dit "ah enfin, une qui riposte", j'en étais à penser que la sidération avait définitivement gagné.

Si vous êtes cinéphile et avez regardé du cinéma français et hollywoodien des années 40, 50 et 60 du siècle dernier, vous n'avez pas pu manquer les gifles magistrales que les personnages féminins administraient aux hommes, assorties de l'insulte "goujat !" quand ces derniers avaient manqué à la  courtoisie. La mandale de femme était très en vogue à l'époque dans la culture cinématographique. Il n'en reste plus rien. Recherche Google : on trouve les plus belles gifles de l'histoire du cinéma, en majorité des hommes giflant des femmes comme Ventura en mettant une à  Adjani (jouant sa fille) dans le film au titre éponyme ; le ridicule ne tuant plus, un forum (où j'ai trouvé mon image) déplore qu'on ne réprouve pas plus vivement ces films où des mecs se font baffer par des femmes alors que l'inverse provoque un réprobation unanime. On trouve même une pétition de 2016 sur le site MesOpnions.com qui a fait un four retentissant : 21 signatures à ce jour ! Un non-sujet, tellement ça ne prête pas à conséquence, et que ça s'est perdu. Les conquêtes libérales féministes vers plus d'égalité ont eu raison de la baffe, laissant les femmes désarmées et "sidérées" en cas d'attaque.  Comme si les femmes étaient les égales des hommes dans la violence et qu'il faille rétablir un équilibre qui n'a jamais été en notre faveur. 


Au milieu de siècle dernier, le rouleau à pâtisserie (ou sa variante, la poêle à frire) étaient le moyen de défense de la mé(na)gère quand Jules rentrait à la maison tard ou bourré, ou les deux. On a toutes vu ces dessins où une grosse dame en tablier et chaussons, rouleaux sur la tête, est planquée derrière la porte d'entrée du domicile conjugal, tenant un rouleau à pâtisserie prêt à frapper le bonhomme qui utilise sa clé en toute confiance.
Pareil, ça s'est perdu dans les "gains d'égalité", exit l'arme cuisinière, tandis que le bâton de berger masculin, lui, retrouvait toute sa vigueur. Il n'y a aucune raison de culpabiliser à se défendre, mais l'époque, la niaiserie et la pleurnicherie ambiantes, l'infantilisme, les "papas et les mamans", les "papys et les mamies", les "tontons et les taties" dits par des gens qui ont largement dépassé les soixante dix balais, la "bienveillance", nouvelle lèpre de la langue après "respect" dans une société et une époque impitoyables, semblent avoir définitivement gagné la partie. Les actes sordides perpétrés par les hommes ne sont évoqués que des années après, par des gens sortant du bois quand la justice ne peut plus rien. La justice est désormais rendue sur les réseaux sociaux : je n'ai aucune pitié pour les accusés, ne vous méprenez pas, et je crois les femmes qui dénoncent, je déplore juste qu'elles ne croient pas pouvoir se faire justice de façon expéditive elles-mêmes sur le moment, à chaud, pour une main au cul ou une insulte, une proposition malveillante ou obscène dans la rue ou tout autre espace où ils se prennent pour des cadors et sont sûrs de rester impunis. S'il leur en cuisait sur le moment, ils se tiendraient sans doute plus à carreau, tous ces lâches qui n'agissent que parce qu'ils se savent qu'il n'y aura pas de réaction immédiate. Dans le futur, on est tous morts, disait John Maynard Keynes sur un autre sujet, mais la remarque est pertinente sur plein de dossiers, dont celui-ci. 




Il y a plus d'un siècle, nouvelle donne sociale, les femmes qui allaient au travail à leurs emplois de marchandes, couturières et secrétaires sortaient en ville chapeautées, empaquetées dans des jupes et robes allant jusqu'au sol, inconfortables quand il fallait passer les portes, grimper dans le tramway, ou descendre des escaliers, bref, la torture par le vêtement bien connue des seules femmes, ce qui limitait et limite encore leurs mouvements ! Elles devaient affronter en plus la grossièreté des hommes tout émoustillés de voir des jeunes femmes empruntant seules ou en groupes les mêmes rues et moyens de transport qu'eux, hommes qui s'autorisaient à commettre des attouchements dans les transports en commun bondés. Leurs chapeaux tenaient à l'aide d'épingles devenues longues aiguilles pointues préhensiles par une perle au bout, une arme déguisée en bijou. Se prenant comme nos contemporaines des mains au cul dans les transports en commun, elles n'hésitaient pas à utiliser ces longues épingles comme armes d'autodéfense, à les saisir pour piquer le malotru à des endroits stratégiques, et ça pouvait faire très mal. A tel point que le phénomène alerta un préfet de police et les gazettes de l'époque qui se scandalisèrent du "péril des épingles à chapeau". Je crois que je peux rassurer tout le monde, il n'a jamais été constaté de décès dû à une épingle à chapeau.

The hatpin peril ! Le péril par l'épingle à chapeau dit l'illustration d'époque ci-dessous. Et un article documenté sur le sujet à consulter sur ce lien. 








Dans le même ordre d'idées, je voudrais aussi rappeler le combat pionnier, courageux et victorieux des Suffragistes britanniques, féministes radicales qui ne s'embarrassaient pas de préséances. Elles y allaient franco, manifestant dans la rue, commandant et apprenant une technique de combat, le jujitsu, importé et adapté à leurs besoins par un maître Japonais pour se défendre contre les exactions policières ; elles ont été torturées, gavées de force, un tuyau enfoncé dans l'œsophage et l'estomac, lorsqu'elles menaient leurs grèves de la faim ; elles incendiaient des boîtes aux lettres et vandalisaient même les toiles de la Tate Gallery à Londres pour protester contre le fait que les femmes figuraient surtout nues sur les tableaux et nettement moins comme artistes peintres. Et pas avec de la soupe, mais avec un hachoir ! Elles l'ont emporté de haute lutte. Il a fallu un quart de siècle de plus aux suffragistes françaises (dénommées de façon méprisante "suffragettes") pour avoir le droit de vote et encore par décret, tellement le Parlement à majorité radicale socialiste mâle ne voulait pas en entendre parler, au motif que les femmes voteraient comme le curé leur soufflerait ! 

En conclusion

Ce calme hallucinant et étonnant des femmes ! Malgré Shaïna, Chahinez, Delphine, Lina, Pilippine, Gisèle et toutes les autres victimes d'agressions et de féminicides, malgré toutes ces femmes agressées, massacrées par les hommes de leur intimité, ou rencontrés dans la rue, pas de mairies, de bibliothèques ou d'écoles incendiées, pas de mobilier urbain détruit, pas d'émeutes, de celles qui suivent la mort par policier interposé, de mauvais garçons, mineurs conduisant sans permis, sans assurance, refusant d'obtempérer, troublant l'ordre public, risquant de tuer des enfants, des femmes, des hommes, des vieilles dans les rues où elles passent. Et sur qui la société, ses médias et sa justice patriarcale consacrent des pages, des écrans, des temps de radio et des commentaires ineptes infinis sans jamais nommer le problème, la violence masculine, les comportements asociaux des hommes. La vie des femmes en patriarcat est un roman gothique, leurs histoires d'Ann Boleyn maquées à des Henri VIII servent à avertir les récalcitrantes de QUI tient les manettes, et que tenter de sortir de l'oppression peut se payer de leur vie. Vie qui a moins de valeur que celle du mâle le plus délinquant et à qui les psys trouveront les excuses habituelles : violence familiale, misère sociale et sexuelle, absence de père, et tutti quanti. Les filles et femmes subissent toutes ces maltraitances à des niveaux supérieurs à ceux des garçons, et pourtant elles ne se vengent pas sur la société, ni d'ailleurs sur les usual suspects, les hommes ! Elles n'ont même pas la réflexe de se défendre lorsqu'elles sont attaquées. Le néo-féminisme libéral ne propose aucune alternative que le victimaire, et la quête de "moyens" auprès d'institutions, toutes d'obédience patriarcale, la police et la justice. On le voit ces jours-ci dans l'écœurant procès Mazan et ses débats vains sur le "consentement", une diversion patriarcale de plus où les femmes portent encore la responsabilité de leur agression parce qu'elles n'ont pas dit clairement non dans un système inégalitaire où les femmes sont "faites pour le sexe", où les hommes ont des droits à "un congé payé dans le CDI du mariage" comme on a pu entendre, éberluées, témoigner un des co-accusés du procès. Mais les mecs, si le mariage et le conjugo ne vous conviennent pas, vivez votre vie en célibataires sans enfants, faites carrière et sortez le soir avec vos amis. C'est quand même insensé de devoir rappeler cette évidence que PERSONNE n'est obligé de se marier, de vivre en couple ni d'élever des enfants. Si vous trouvez tout cela pesant (et ça l'est certainement !) ABSTENEZ vous. 

EDIT - Evidemment, mon propos dans cet article n'est pas d'inciter à se faire vengeance soi-même, ni à faire l'éloge de la loi du plus fort. La violence légitime appartient à l'état, sa police et sa justice selon les lois voulues et écrites par le législateur. Mon propos est de dire aux femmes qu'elles ne sont pas totalement désarmées, qu'elles ont le droit de se défendre, d'arrêter de faire dévolution de leur sécurité à l'ennemi intime ou public principal, que lui confier notre sécurité conduit à des mortes et des blessées graves. Nous avons toutes dans la tête, indélogeable, ce tabou anthropologique de nous défendre, les armes nous étant interdites -nous savons pour quelles raisons-  et c'est à tel point que même l'insulte nous fige d'effroi. Alors qu'on peut au moins vocaliser une légitime indignation, piquer une saine colère réparatrice, sortir un spray au poivre de son sac, et menacer de niquer une de leurs précieuses caisses, voire de passer à l'acte ! C'est quand même mieux que d'être transformée en statue de pierre permettant tous les abus, et se réveiller 18 ans après, non ? 

dimanche 14 avril 2024

Le conflit de loyauté, ce boulet arrimé aux pieds des femmes

Conflit de loyauté : se dit des enfants qui sont pris dans le conflit entre deux parents, par exemple au cours d'une séparation. La société leur a prescrit d'aimer également leur père et leur mère, leurs frères et sœurs, leurs grands-parents, leur famille élargie. Quand surviennent une séparation, une agression, ils se retrouvent dans une situation psychique qui leur interdit de prendre parti pour l'un ou l'autre si on leur demande de choisir, ou de prendre le parti d'eux-mêmes si un parent devient agresseur. Ce qui caractérise un enfant c'est la relation de dépendance qu'il entretient avec son entourage : il en dépend pour sa nourriture, son abri, sa sécurité et son éducation. Il ne peut pas les assurer seul. Evidemment, la situation de dépendance est caractéristique de la très petite enfance, ou de l'enfance, elle ne devrait pas caractériser l'adulte normalement majeur et émancipé. 

Au contraire de l'enfant, un-e adulte majeur-e devrait relativiser les conflits entre ses parents, sa famille élargie, sa communauté, son groupe social, en adoptant une position critique conférée par une éducation, un apprentissage, les deux donnés typiquement par l'école qui est destinée à ça, en plus des savoirs de base ou académiques qu'on attend d'une personne adulte, émancipée, autonome. L'autonomie, c'est aussi penser par soi-même hors des croyances, légendes, et formatages familiaux. Or, les filles et femmes, souvent considérées comme mineures, vivent en hétéronomie en certains endroits, prennent leurs directives de tuteurs, incapables qu'elles seraient de se diriger elles-mêmes, de prendre leurs propres décisions en autonomie. Elles auraient besoin d'un tutorat ou d'un mentorat pour se diriger dans l'existence. Les femmes sont auto-mobiles écrivait Nicole-Claude Mathieu : elles se déplacent seules à condition qu'il y ait quelqu'un au volant ! Tout ceci aboutit à un manque de confiance en elles et à la sensation de devoir rendre des comptes, demander conseil ou à accepter les directives des autres, sans discussion. 

Aussi, quand survient une difficulté, les femmes entrent dans un conflit de loyauté avec la classe sociale adverse, les hommes de la famille : pères, frères, oncles, voire fils, dont elles restent affectivement dépendantes et auxquelles elles sont soumises. Toutes les femmes expérimentent ce conflit quand elles revendiquent pour elles-mêmes des droits ou des choix particuliers. La classe sociale femmes (selon l'analyse théorique matérialiste, marxiste, des rapports sociaux de sexes) a cette caractéristique qu'elle a la classe opprimante à la maison, qu'elle entretient des liens affectifs avec. L'oppresseur est dans son lit, dans la chambre ou le bureau d'à côté, pire même, elle l'a mis au monde elle-même ! Bien sûr, la situation est totalement schizophrène. Tétanisante aussi. Imaginez un ouvrier ayant à faire face à ce type de circonstances avec son patron : la lutte pour un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail deviendrait impossible. Ceci explique sans doute la stagnation des femmes dans les basses zones de l'économie, les postes mal payés, ou dédiés généralement en bénévolat au service des mâles de la maisonnée, conditions qui façonnent leur psyché. Leur situation de perpétuelles asservies présente toutes les caractéristiques de la normalité, au point qu'elles ne la perçoivent même plus. Les femmes " ont été convaincues qu'elles veulent ce qu'elles sont contraintes à faire et qu'elles participent au contrat social qui les exclut " écrit très justement Monique Wittig. On voit aussi s'accentuer de façon préoccupante, dans les quartiers abandonnés de la République, la pression des frères, des hommes en général, sur les filles, le contrôle de leur vêture et de leur comportement dans l'espace public, et vis à vis des garçons extérieurs au clan. 

En conséquence, on ne peut plus rien dire : le nombre de fois où je me suis fait renvoyer dans les cordes, en disant tout le mal que je pensais des insupportables comportements masculins, et où j'ai été rendue muette par obligation pour ne pas en rajouter devant certaines situations tragiques où les avaient conduites l'aveuglement de l'aaaamourrr, du mariage, renforçant leur aliénation, car si on ne peut plus rien dire, rien analyser, je ne vois pas comment cela pourrait s'arrêter, ou même changer ! C'est à tel point qu'après avoir fait l'expérience d'une association féministe, quand j'en suis partie au bout de quatre ans, je me suis juré de ne plus jamais y remettre un pied. Vive le free-lance. Au moins je peux l'ouvrir, tant pis si on me traite de misandre, d'anti-hommes, je n'en ai plus rien à faire. Je n'ai et n'ai jamais eu aucun conflit de loyauté avec quiconque : j'ai eu un père (décent, ce qui n'est pas le cas de tous, malgré ses défauts), des oncles ; j'ai des cousins, un frère, et alors ? Ils sont ma famille, et je suis une personne différente avec un vécu différent. J'ai eu des collègues de travail aussi, de très sympathiques même, ce qui ne m'a jamais empêchée de dire ce que je pense. 

Et dans le camp d'en face, comment ça se passe ? Très bien, merci pour eux. Ils vous laissent toujours leurs tours de vaisselle, ils trouvent normal d'avoir une larbine à la maison pour pas un rond. Ils arrivent même à dire du mal des "bonnes femmes", de leur belle-mère, à vous faire croire que le mariage c'est vous qui en auriez besoin, mais pas eux, alors que c'est l'inverse, nous on n'a pas besoin de ces boulets, mais eux ont besoin d'une bonne à la maison, mère, sœur, épouse, que leur linge soit propre, le ménage fait, les repas prêts, leurs enfants pris en charge; Ils ont aussi besoin de soutien émotionnel. Les féministes argentines disent sans plaisanter que sans leurs femmes, les argentins mâles crèveraient de faim. Adultes, ils ne souffrent d'aucun conflit de loyauté vis à vis de leurs mères ou sœurs. Ils ne voient même pas l'injustice et expriment leur misogynie sans pudeur ni honte. Dans ces conditions, si vous voulez reprendre votre liberté hors d'un système étouffant, il peut vous en cuire. Ces ayant-droit ne vous feront alors pas de cadeau, leur frustration s'exprimera dans le sang, Infanticide, féminicide, animalicide (ils se vengent sur les animaux de leurs compagnes, promettant l'escalade), voire meurtre des beaux-parents, de l'amant, ou même tuerie de masse (à partir de 2 mort-es), forcenés mobilisant le GIGN ou le RAID. Ils sont dan-ge-reux. Dans le silence, le mutisme, l'atonie de la société. Ah si, j'oubliais, marches blanches et cellules psychologiques, la société y est à son maximum : consensus mou, T-shirts blanc immaculé, pas un slogan. Ne pas nommer le problème. Jusqu'à la prochaine.

Il faut en finir avec tout cela. Cultiver l'autonomie des filles, l'autodétermination des femmes, arrêter de leur pourrir la tête avec l'obligation de s'en trouver un et de le garder contre vents et marées. Nous valons mieux que tous ces statuts inférieurs, que ces contraintes se transmettant, inamendables, de génération en génération.  Nous n'y pouvons rien, c'est ainsi, la vie nous éloigne, nous détache, chacun-e fait des expériences différentes de celles de la famille et de ses membres, expériences qui modifient notre façon de voir. Au contraire, c'est un enrichissement, un vent frais qui souffle, qui efface les miasmes familiaux, les traditions recuites, obsolètes, les croyances des vieux-pères. Sans renier notre histoire, le lieu d'où nous venons, nos liens et nos attachements, la liberté est possible. Avec une prise de conscience et de la volonté. Nous en sommes capables. Les filles sont bonnes à l'école, elles réussissent, elles font des carrières enviables, il n'y a aucune raison de faire des complexes. Cultivons, chérissons notre quant-à soi, notre domaine intime. Libérons-nous. Soyons fermes et défendons nos convictions sans avoir besoin de l'approbation des autres.