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vendredi 17 août 2018

Billet crade - En guests : les mecs et leurs comportements dans l'espace public

Il y a manifestement une loi canonique qui interdit aux hommes de nettoyer derrière eux. C'est en dessous de leur statut de saigneurs de la Terre. Les "lieux festifs" des villes (Rennes et Nantes, les endroits où je passe, mais ailleurs certainement), c'est ainsi qu'elles nomment les endroits où elles mettent un banc, une chaise Bouroullec à Rennes, une table de pique-nique..., sont jonchés de leurs canettes 33 cl ou bouteilles de bière, emballages alimentaires, verres PET cristal, serviettes en papier, mégots et capsules métalliques qui jonchent leur passage. Ils ratent les poubelles ! Sur les bords de rivière notamment, où ces déchets filent directement dans l'océan. Ils posent, d'après mes observations, leurs contenants à l'endroit exact où ils cessent de consommer. Vu qu'on est une espèce proliférante, alors qu'on reproche aux autres de l'être, nos ordures prolifèrent avec nous.
Les mères de familles abandonnent leurs pailles et boites de compote à tétines en plastique destinées à leur marmaille à peu près aux mêmes endroits. A un moment, il va falloir choisir entre pondre et disséminer ainsi nos saloperies partout, même dans l'espace. Je ne sais même pas pourquoi j'emploie le nous, puisque je ne suis pas concernée, hormis par les nuisances !

Mettez des mecs ensemble, au travail ou en fête, l'endroit devient immédiatement inhospitalier. C'est une sorte de génie qu'ils ont en propre, qui n'appartient qu'à eux. Les édiles municipales, des femmes en l'occurrence, puisqu'on a des femmes maires, malheureusement de première génération, héritières, qui donnent des gages à leurs mentors, elles bétonnent autant qu'eux, les femmes maires donc s'arrachent les cheveux : le problème actuel, c'est COMMENT LES EMPÊCHER DE PISSER CONTRE LES MURS, ces incontinents buveurs de bière ? Solution trouvée par Rennes, Paris (il n'y a qu'eux qui mettent le dispositif sur leur site) et Nantes : ceci, très classieux.




N'importe quelle autre espèce qui se comporterait de la sorte serait immédiatement vouée aux gémonies, elle perdrait son statut ; les mecs eux peuvent se comporter n'importe comment, incivilement partout, la question c'est comment "accompagner", leur étoile brille, inaltérable, au firmament patriarcal. Rien ne les atteint, c'est proverbial.

L'uritrottoir, c'est son nom, la solution proposée est désespérée, le remède est pire que le mâle. Vous ne savez plus comment lutter contre leur incivilité ? Vous l'accompagnez ! Personne n'a le droit d'uriner dans la rue, sauf les mecs. Eux ont le droit canonique de se sortir la nouille dans l'espace public, à la vue de toutes. Je préfère prévenir, n'ayant pas moi, d'intérêts dans la Firme, j'en vois un faire ça, je fous la zone. J'ai de l'imagination, et je peux mettre plusieurs fers au feu en même temps, comptez sur moi. Quand j'ai une envie, je rentre à la maison, ou je bois un café ou un verre en terrasse pour profiter des toilettes. Pas eux. Les bars ne leur servent qu'à se charger la vessie, pas à la décharger. C'est une loi d'airain, faite spécialement par eux, pour eux.

S'il leur arrive de nettoyer, c'est uniquement avec des gros engins. L'invention masculine majeure, c'est le process industriel. Chapitre A, B, C, D. Sous-chapitre Aa, Bb, Cc, Dd. Alinéas Aa1, Aa2, Aa3 ; Bb1, Bb2, Bb3, je vous laisse compléter en éparpillant. Vous pouvez descendre très bas dans la fragmentation patriarcale, jusqu'à la perte de vue de l'objet ou objectif final, il n'y a pas de mal, plus c'est fragmenté, meilleur c'est. Ils passent du monisme totalisant à la fragmentation comme vous vous faites la vaisselle, sans difficulté. Si vous avez travaillé dans ou avec un "service qualité" SIC (le patriarcat et ses démarches, c'est foutage de gueule et trivialisation, voire annulation du vocabulaire et du sens des mots), vous comprenez instantanément et exactement ce que je veux dire. Le process, rien que le process, tout le process. Dieu est process.

Donc, ils sortent leurs grosses machines qui ont coûté très cher ; du coup, il faut les amortir : balayeuses, souffleurs, tondeuses à gazon (qui déchiquettent les saloperies plastique sur leur passage, et enterrent les bouteilles de verres, empirant le ravage), élagueuses, camions poubelles, à peu près tout ce qui a une allure phallique, même de loin, et qui fait un potin d'enfer. L'idée, c'est la puissance et la fureur. La grosse machine est le prolongement de leur phallus. Agressions permanentes contre la nature, tontes rases, élagages en topiaires alors qu'on a besoin d'ombre avec la montée des températures, ils flinguent et violent tout ce qui passe à portée : le silence, la nature, les arbres, le chant des oiseaux, votre tranquillité ; ça fait de la poussière, ils sont d'ailleurs les premiers à se la prendre dans les naseaux, mais ça fait partie du PROCESS. Et c'est un état d'esprit.

C'est fait grossièrement ? Ca débarrasse les feuilles biodégradables mais pas les mégots et capsules incrustées dans l'herbe ? C'est pas nous, "c'est les jardins". Oui, parce que les tâches sont parcellisées aussi entre différents employés : ne mélangeons pas les torchons (à balais et cannes préhensiles) et les serviettes pétaradantes ! Toujours la fragmentation.

Normalement avec des baltringues pareils, on ne devrait plus encombrer trop longtemps les autres espèces ni la planète. On est mâle barrées.

L'idée qu'ils sont inaptes (et par extension tout le monde) à nettoyer est tellement ancrée, figurez-vous que le Puy du Fou, ce parc de loisirs de chouans vendéens exploiteur d'animaux, a eu l'idée du siècle : dresser des corbeaux à ramasser les mégots. Je vous jure. Ca semble plus facile dans ce sens-là : le corbeau est plus intelligent que le mâle de l'espèce humaine : on peut lui apprendre à faire des trucs. Et il les fait ! C'est désormais démontré, le propre de l'homme, c'est son inaptitude cognitive, il est en dessous des oiseaux.

Le premier mâle de l'espèce humaine qui vient m'expliquer qu'il a un gros cerveau, que c'est parce qu'il mange de la viande, ou qui se pousse du col au-dessus des autres espèces, je lui conseille de numéroter ses abattis, s'il veut les retrouver au paradis des différents dieux qu'il a créé à son image, tellement il se trouve beau et intelligent. Escroc.

Il semble qu'un petit mouvement se dessine de joggeurs et promeneur-euses, munis de sacs poubelles et de bâtons préhensiles, qui ramassent les déchets sur leur passage. Des associations aussi ; moi je vois surtout des femmes, main droite gantée d'un sac plastique, ramassant les bouteilles pour les mettre dans la poubelle la plus proche, quand elle n'est pas éventrée, répandue par des imbéciles alcoolisés et parasites. La recommandation de mes parents "on doit laisser l'endroit aussi propre en sortant qu'on l'a trouvé en entrant" n'a même plus cours, puisque tous les espaces de nature sont sales et vandalisés par la proliférante et irresponsable espèce humaine, qui pourtant étrangement, ne se pose jamais la question de l'avenir de sa descendance à qui elle laissera, si les comportements ne changent pas, un dépotoir en guise de ressources où puiser. 

vendredi 16 juin 2017

Chez le garagiste

On n'a pas toutes un mari pour porter son auto au garage et négocier les réparations et les prix avec le garagiste ; en revanche, on a (presque) toutes une voiture. Et même si vous avez un mari, je vous conseille l'autonomie, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Un divorce, et on se retrouve comme une andouille à regarder sa voiture comme un piège, sans même savoir la date de la dernière vidange, si toutefois elle a été faite, ce qui n'est même pas sûr. J'ai vu faire, c'est carrément atroce.


Prospectez, comportez-vous en acheteuse

Donc, c'est votre voiture, occupez vous-en. Parlez avec votre garagiste. C'est le b-a ba. Sans rouler de mécaniques, comparez et achetez. Discutez, au besoin, posez vos conditions si vous avez des paramètres non négociables.
Prix, délais, service, amabilité, disponibilité, professionnalisme. Celles qui achètent juste un prix n'auront qu'un prix bas et pas de service. Comparez, faites faire des devis, et si vos travaux sont importants, prenez plusieurs avis. Pendant ces consultations, vous vous ferez une culture, vous verrez s'ils font tous le même diagnostic -la mécanique c'est carré ; si un dramatise, vous gonfle le problème et le prix, ne donnez pas suite. Mais les garagistes ne sont pas tous des voleurs essayant de plumer les femmes. Certains apprécient d'ailleurs la clientèle des femmes, moins "as-tu-vu-ma-grosse-bagnole", plus demandeuses de bons conseils, plus sérieuses, ne roulant pas dans des épaves hors d'âge. Acheter ce n'est pas que faire attention au prix, vous achetez une prestation entière.

Intéressez-vous à votre voiture : gardez vos factures par ordre chronologique, elles constitueront l'historique de vos réparations et entretiens réguliers : vidanges, changement de pièces, de pneus, vous pourrez ainsi vérifier et répondre à votre garagiste (ou à un nouveau) la date de telle ou telle réparation, envisager un délai, ou alors la programmer. A chaque panne, prenez des notes, apprenez : votre garagiste adore, comme tout professionnel, parler de son métier. Faites vous montrer les pièces, décrire la panne, comment ça marche et donc, pourquoi ça ne marche plus. Vous retiendrez, vous vous ferez une culture mécanique, et les fois d'après, vous irez au garage en faisant votre diagnostic de panne, que vous proposerez à votre mécanicien, deux fois sur trois, vous aurez fait le bon. Moi, c'est mon score. J'ai même proposé des diagnostics de panne à des mecs rien qu'en me faisant décrire les symptômes et en écoutant leur moteur tourner. Certains ne touchent pas une bille dans le domaine : ils ne naissent pas avec des dispositions particulières pour la mécanique. Quand on vous change une pièce, exigez qu'on vous montre la pièce défectueuse, manipulez-là au besoin, et demandez à voir une neuve à côté. Vous aurez au moins la certitude que la réparation a été faite ! C'est valable aussi pour les garçons, ce que j'écris, ils sont tellement sûrs d'eux qu'ils se font gruger comme au coin d'un bois.

Le coup du garagiste overbooked 

Il ne sait plus où mettre ses clients ni d'ailleurs, leurs voitures. Son agenda est pris à trois semaines. Au moins. L'homme d'affaires en salopette bleue tourne désespérément les pages de son agenda sans vous trouver de place. Soyez compréhensive : si vraiment il ne peut pas, ne jouez pas les tortionnaires, tout le monde a besoin de manger et dormir, soulagez la pression, dites-lui que vous comprenez, il a sûrement un confrère quelque part. Et tournez les talons. Généralement, il craque et vous court après, deux pages de son agenda étaient collées ensemble, comme c'est bête.

Il y a aussi la femme ou la belle-mère qui tient la caisse, bénévolement comme il se doit. Un jour, prévoyant de changer ma courroie de distribution, donc facture de main-d'oeuvre conséquente, j'avais prospecté des garages que je connaissais, pour avoir leur meilleur prix, histoire de comparer : prix, service. Rentrant chez moi, un peu déçue de mes résultats, j'aperçois un dernier garage que je ne connais pas : je donne un coup de volant et me gare dans la cour. Secrétariat : derrière le panneau, un genre de femme à barbe. Elle me détaille de la tête aux pieds d'un air méprisant, et me classe d'emblée dans la case nana qui s'occupe sur ordre de la bagnole de son mec.
"Bonsoir, Madame, je voudrais votre meilleur prix pour le changement de ma courroie de distribution", dis-je, pas démontée du tout.
Re : elle me détaille de la tête aux pieds d'un air offusqué, et
"De toutes façons, ça va pas être possible avant trois semaines" !
Moi : "Ça ne sera peut-être pas être jamais possible, j'ai demandé votre meilleur prix, un devis si vous préférez, pas un rendez-vous". Réinspection méprisante de bas en haut, et "Bon, je vais chercher mon gendre". Finalement son gendre et moi avons fait affaire, il était le moins cher, accessible à pied, et le plus serviable. Je suis restée plusieurs années chez lui avant qu'il déménage dans une improbable zone artisanale inaccessible.

Le coup de la courroie de distribution

Ah, la courroie de distribution, que de souvenirs ! En caoutchouc synthétique, elle mesure à tout casser 45 cm circulaire, un centimètre d'épaisseur, et elle a des crans. Invisible, elle est fichue au milieu du moteur dont elle agence les éléments ensemble, et elle fait tout tourner. Si elle casse, vous rachetez un moteur -ou une voiture-, c'est pareil. D'où les coups de nerfs des garagistes à son propos. Et comme pour la changer, il faut tout démonter, ça coûte cher en main-d'oeuvre. Pour les modalités, conformez-vous aux instructions du manuel du constructeur en années/kilomètres, à six mois près. Là où ça se corse, c'est quand vous gardez la même voiture longtemps, (d'où l'intérêt de garder vos factures, il y a les dates et vos kilométrages dessus) ou quand vous achetez une voiture d'occasion dont vous ne connaissez pas précisément l'historique. Ce fut le cas de ma voiture actuelle. Ayant fouillé les quelques factures du vide-poche, d'où rien ne ressortait, j'ai dû supposer que l'ancien propriétaire décédé avait fait toutes ses réparations dans le garage où il l'avait achetée, une donnée en ma possession. J'ai appelé : on a essayé avec l'immatriculation, puis le numéro de série de la voiture, dans les grands fichiers de Renault, pour finalement m'entendre dire que les données avaient été perdues avec l'upgrade de leur logiciel de gestion mécanique et comptable ! Curieusement, upgrade signifie souvent perte de mémoire : méfiez-vous de ceux de votre caisse de retraite qui compte vos points. Elles en sont au moins au 10ème, Alzheimer les menace. Quand on pense que ces machines ont été inventées pour stocker l'information à notre place, ça promet. L'humanité va finir amnésique. Et les caisses de retraite ne sont pas le principal problème, c'est quand on ne saura plus où on a rangé nos milliers de tonnes de déchets nucléaires au plutonium que ça va se corser.

En mettant ensemble l'âge de la voiture, les factures récupérées qui ne mentionnaient rien en matière de courroie, j'ai pris la décision de la changer. Fidèle à mes principes, j'ai demandé à voir l'ancienne et une neuve à côté : pas de différence, c'était même dingue. Mon garagiste m'a dit qu'elle avait des micro-fissures invisibles. Depuis, j'ai une sorte de syndrome post-traumatique : quand on prononce micro-fissure devant moi, je deviens blanche et j'ai envie de tuer quelqu'un. Mais je me maîtrise, pour le moment.

Le coup des balais d'essuie-glace sur l'autoroute

Un jour sur semaine en août, je rentre d'un rendez-vous en entreprise, il fait un soleil de plomb, et il commence à faire soif. Ma voiture et moi avons des heures dans les roues, je décide de refaire les niveaux, café pour moi, essence et huile, plus liquide de refroidissement (j'avais une fuite) pour elle. Une fois n'est pas coutume dans ces stations, qu'on n'ose plus appeler service tellement on peut y crever de solitude sans que personne n'approche, un mec en livrée de la marque arrive et commence à remplir mon réservoir, tellement que j'en reste baba. Pendant que ça remplit, il fait le tour de ma voiture, regarde les pneus, et tombe en arrêt devant mes essuie-glaces.
- Vous roulez avec des balais d'essuie-glaces pareils ?
Je lui fais incidemment remarquer que les essuie-glaces ne sont pas a proprement parler ce avec quoi on roule, qu'il ne pleut pas, que rien ne menace, et que oui, puisqu'il insiste, j'ai ces essuie-glace depuis longtemps, que forcément je m'y suis attachée, et que m'en séparer comme ça brutalement sur une aire d'autoroute, franchement je trouverais ça ingrat. J'ai besoin de me faire à l'idée de la séparation. Mais en revanche, pourrait-il avoir l'amabilité de me refaire mon niveau de liquide de refroidissement dont j'ai un bidon dans mon coffre ?  Il se trouve que mes essuie-glace étaient usés, mais comme ça, se faire fourguer une paire de balais par beau temps, au tarif autoroute, ça ne passait pas. Il vaut mieux se méfier, les client.es peuvent être la proie de vendeurs prêts à tout pour augmenter leur chiffre d'affaires.

Prenez des cours de mécanique auto

Apprenez à vérifier la pression des pneus, à vérifier vous-même vos niveaux d'huile, de liquide de refroidissement, à changer un pneu, voire à faire vos vidanges vous-même. Renseignez-vous : certaines associations féministes proposent des formations, mais aussi des garages coopératifs qui vous fournissent l'infrastructure et une assistance. Après formation, il faut pratiquer, parce qu'un savoir non utilisé s'oublie. Mais consultez les notes que vous avez forcément prises, ça aide. D'ailleurs, puisque les vacances approchent, c'est le moment de vérifier ou d'approfondir vos connaissances, et de vous remettre toutes ces notions en tête.

Liens :
Pour vous lancer ou vous rafraîchir les idées, un blog de mécanique :
Mécagirl, la mécanique pour les filles 
Il y a même des tutoriels !
Cesson Sévigné (Rennes) : La concession Nissan organise régulièrement des cours gratuits d'initation à la mécanique de 2 heures réservés aux femmes.
Pour être au courant abonnez-vous ou allez régulièrement voir leur compte Facebook.
Cherchez dans votre région : s'il n'y en a pas, c'est que le diable s'en mêle ! Et comme il n'existe pas...

vendredi 25 septembre 2015

Au coeur de l'industrie : salaire spécial femme

Le sujet "Que répondre à un employeur lors d'une négociation de salaire, s'il vous pose la question sexiste Combien gagne votre mari ?" étant apparemment encore dans l'air (je me pince, genre double pinçon retourné pour vérifier que je ne cauchemarde pas !), je vais aborder le sujet de façon moins polie que tous les autres conseilleur.es. La question est pour le moins illégale parce que double standard, l'égalité des salaires est acquise dans le Code du travail, et inepte parce qu'elle est hors-sujet. Double standard : si un homme parmi mes lectrices a déjà été confronté à cette situation (Combien gagne votre femme ? en négociation de salaire d'embauche) surtout qu'il se manifeste dans les commentaires et qu'il raconte son expérience, je suis preneuse.
Inepte : vous êtes la dernière, vous avez remporté la victoire en short-list, très short-list, vous avez convaincu, vendu vos compétences, vous les intéressez pour un poste sans doute d'encadrement, et ils vous demandent COMBIEN GAGNE VOTRE MARI lors de l'ultime négociation de salaire ? Ce n'est pas professionnel.

En préparant cet entretien, parce que vous vous êtes professionnelle, vous avez évidemment vérifié si l'entreprise en question dépend d'une Convention Collective telle celle de la Métallurgie (c'est un exemple) qui calcule selon le diplôme, l'âge, l'antériorité dans le poste ; si ce n'est pas le cas, vous savez en gros combien votre compétence vaut sur le marché dans votre secteur d'activité. La négociation doit démarrer sur des données objectives.
L'argument du test (on testerait votre réaction à une question déstabilisante) ne tient pas selon moi : on n'est pas là pour des enfantillages, on est dans une négociation de salaire en fin de parcours de recrutement, normalement, vous devez aboutir. C'est carré. Vous devez en fin d'entretien savoir :
- Votre salaire d'embauche,
- La progression prévue à l'ancienneté,
- Vos objectifs et primes d'objectifs, et éventuelles sanctions pour non réalisation,
- Vos accessoires de salaire (négociables aussi en cas de concession que vous seriez amenée à faire sur le salaire, attention, vous ne cotisez pas dessus pour votre retraite, donc manque à gagner !)
Et s'il y a lieu :
- Vos frais de vie et de déplacement,
- Le véhicule de société ou de fonction (pas la même chose) et le mode de prise en charge des frais -avance ou remboursement fin de mois et sous combien de jours, c'est de l'argent que vous avancez !
- Pour parer à toute éventualité, en fin d'entretien, pensez à demander aussi à voir le bureau qu'ils vous destinent. C'est prudent.  

On conseille sans arrêt aux femmes d'être polies, d'accepter toutes sortes d'humiliations, que les hommes eux n'accepteraient pas, d'ailleurs on se garde bien de les provoquer, du coup les femmes sont polies, trop polies. J'ai posé la question à l'Apec sur Twitter pour voir : voici leur réponse, évidemment très consensuelle :

Si par faiblesse (ce sur quoi ils ont parié en vous posant la question) vous répondiez, il n'y aura plus aucun frein à leur sexisme. Ils ont montré leur face de racistes/sexistes, vous êtes dans une boîte qui considère les femmes comme des salariées de seconde zone, vous êtes assurée que le double standard sera de mise durant tout votre passage chez eux, qu'ils n'ont peut être pas trouvé de mec à votre hauteur et que ça leur reste en travers, vous êtes un pis-aller, ils vont vous le faire payer.  
Je parle d'expérience, ça m'est arrivé.
A ce moment de la discussion vous avez deux possibilités :
1 - Vous choisissez de vous lever et partir. Calmement, en réfléchissant à ce que vous allez dire (un silence glacial est une bonne répartie et un bon prélude à votre sortie) : vous commencez à replier vos affaires, et vous rangez calmement -j'ai fait ça pas mal de fois dans des entretiens commerciaux devant une proposition de prix indécente ; a) ils peuvent essayer de vous retenir, ils sont en train de perdre la face. Dans ce cas, si vous consentez et écoutez leur proposition jusqu'au bout, demandez un délai de réflexion supplémentaire, en disant que vous n'aviez vraiment pas prévu le cas. S'ils vous veulent, ils diront oui à vos conditions. b) Vous allez partir, vous le sentiez venir, des détails des précédents entretiens vous reviennent, vous cessez toute négociation. Mais vous aller sortir avec les honneurs de la guerre : exprimez votre mécontentement argumenté, et négociez le paiement des frais de transport de tous vos rendez-vous avec eux, s'ils n'ont pas été pris en charge (au barème fiscal selon la puissance de votre voiture, pas la note de vos pleins : pas assez cher) en leur faisant bien comprendre de façon subliminale ou expresse qu'il vaut mieux payer, l'affaire pourrait s'ébruiter, vous êtes excellente en relations publiques. Vous leur promettez la facture justificative pour le lendemain, et vous en relancerez le paiement sous 48 heures, autrement vos grandes trompettes de la renommée vont se mettre en branle. J'ai obtenu des remboursements conséquents de cette manière. Évidemment, vous tenez parole.
Les jours suivants, vous faites un signalement en bonne et due forme à l'Inspection du Travail : date, noms, lieux, et circonstances. Bien que peuplée de femmes (horaires : 8H30 - 16H30 qui permettent de concilier) peu solidaires des femmes (je parle là aussi d'une douzaine d'expériences, elles trouvent plus urgent d'enquêter sur les chantiers des gars du bâtiment) vous n'aurez pas ou peu de réponse à vos problèmes "de bonnes femmes". Mais n'hésitez pas à les relancer : il faut être teigneuse. Si c'est un cabinet de recrutement qui vous a fait le coup, signalez-le à son organisme syndical, qui peut être le Syntec.

2 - La pire solution, mais il faut l'envisager : vous êtes au 36ème dessous, vos indemnités de licenciement arrivent à terme, vous devez reconstituer votre épargne et vos droits à l'ASSEDIC, et vous avez des traites à payer. Vous décidez de répondre à toute question infamante : à cyniques, cynique et demie. Vous voulez le poste pour 3 mois, 6 mois, 1 an, le temps de vous remettre en forme et qu'ils vous licencient, parce qu'ils vous licencieront, c'est certain. Il veulent jouer ? Vous y allez : vous savez à quoi vous attendre, ils vont en avoir pour leur argent. Et tenez parole : ne leur en donnez QUE pour leur argent. L'époque est cynique : ni vous ni  moi n'y sommes pour quelque chose. La conséquence du chômage de masse (certain.es y voient un but) c'est que certaines entreprises malhonnêtes croient pouvoir s'affranchir des règles éthiques et de la loi, puisque des quantités de chômeurs sont prêts à toutes les humiliations pour obtenir le poste. Les femmes sont les victimes toutes désignées du système : les dirigeants sont majoritairement des hommes.

L'Apec trouverait mes conseils "radicaux". Moi j'ai toujours trouvé les leurs consensuels mous. Nous sommes quittes. Encaisser les humiliations est malheureusement le quotidien des demandeurs d'emploi, les accepter toutes est le meilleur moyen de perdre confiance en soi et de se déliter, vous n'avez pas besoin de ça. Les conseils "spéciaux femmes", c'est toujours de subir l'humiliation et se taire. C'est toujours la politesse et l'écrasement quels que soient les malhonnêtes tricheurs qu'il y a en face. Je ne pense pas comme ça. Je pense que si les femmes montraient du répondant, le patriarcat et ses ayant-droit seraient moins fringants. Et puis, j'adore les négociations, c'est comme jouer à la marchande, le rapport de forces ne m'a jamais fait peur.

"Si tu t'écrases, ils t'écraseront ".
 

vendredi 28 janvier 2011

Au coeur de l'industrie : une journée au Bureau d'Etudes

Une journée ordinaire d'ingénieure commerciale dans un bureau d'études (BE) qui propose des prestations de Recherche et développement (R & D) à des industriels. Je suis à mon bureau où je prends mes rendez-vous. Le standard est tenu par une assistante, mais quand elle n'est pas là, les réponses aux appels se répartissent en cascade sur le commercial junior (stagiaire) et puis sur les autres commerciaux par ordre de séniorité. Ça a l'air compliqué mais ça marche !

Justement le téléphone sonne et entendant trois sonneries, je décroche : Bureau d'études Machin Truc Associés, Bonjour. Une très urbaine mais ferme dame au bout du fil me demande de parler à Monsieur Laurent Machin ou Emmanuel Truc, les deux dirigeants. Bien sûr, je vais voir s'ils sont là, qui les demande ? Vous remarquerez que j'évite soigneusement les très classieux keskecé, cétakelsujè dédiés habituellement aux malheureux qui ont l'impudence d'appeler une entreprise française ! Oh, bien sûr, je suis Madame Piedboeuf de l'entreprise Gros Camion de Z, je suis la Directrice des Achats, me répond-elle.

Une dirigeante et de leur principal client encore, ils ont en effet, je ne sais par quel miracle -il y a manifestement un petit dieu qui compatit au sort des petits entrepreneurs-, ils ont donc l'entreprise Gros Camion, fabricant international de poids lourds dans leur porte feuille client !

Je fais immédiatement sonner le téléphone de Emmanuel Truc, LE dirigeant en chef du BE, en pure perte, naturellement. Il n'est pas là, de toutes façons il n'est QUE 9 H, et il n'arrive jamais avant 10 H, puisqu'il vaconduirelesenfantsàlécole, concession à Madame sa femme, ce qui lui permet de traîner le soir au bureau jusqu'à point d'heure.
Quand à Laurent Machin, je fais sonner aussi, mais je sais que c'est peine perdue, personne, absolument personne ne sachant jamais où il est, d'ailleurs tout le monde subodore qu'il est aux fraises au printemps et aux champignons ou aux châtaignes l'hiver, en fonction de la météo, puisque son emploi du temps est l'une des choses les plus opaques de l'entreprise. Et je reviens vers mon interlocutrice, prends le message et les numéros de téléphone en promettant de suivre l'affaire. Réflexe professionnel : si c'était un de mes clients, j'apprécierais qu'on en fît
autant ! Je laisse des voice mails partout, double par des mails dans leurs boîtes respectives. Je ne les verrai ni ne les entendrai de la journée.
Le soir, vers 18 H, prise d'un doute, je rappelle les boîtes vocales, relaisse des messages, mets des post-it sur leurs portes ou leurs bureaux, vérifie avec l'assistante OU ils peuvent bien être, elle n'en sait  RIEN.

Je me doute toutefois d'où se trouve Emmanuel Truc : sa principale activité chronophage, c'est la quête auprès d'organismes paroissiaux fournisseurs de subventions, prêts à taux bonifiés  (OSEO-ANVAR) et autres statuts avantageux de JEI (Jeune Entreprise Innovante) et CIR (Crédit Impôt Recherche -niche fiscale depuis peu) que ces bonnes filles que sont la Région, l'Etat et les collectivités locales leur accordent généreusement -sans aucune contre-partie éthique, je suis dans une boîte de mecs, la seule de mon espèce, sous stricte surveillance. Et ils sont plus doués pour faire la quête aux aides publiques* qu'à aller prospecter les entreprises du bassin économique pour rapporter du chiffre d'affaires. Je suis pratiquement dans le couloir vers la sortie quand mon téléphone sonne : c'est Laurent Machin qui veut savoir si quelqu'un a rappelé cette dame pour laquelle j'ai laissé des messages ! Je suis au bord de l'explosion ; je lui dit n'en rien savoir et j'attire son attention calmement sur l'importance me semble-t-il de la rappeler, vu ses responsabilités. Je ne vais quand même pas être obligée de lui faire un dessin ?
- Mais qui c'est cette bonne femme, d'abord, et qu'est-ce qu'elle veut ? entends-je dans mon combiné, je n'en crois pas mes sens ! D'habitude on a affaire à Mr Bidule, pas à une bonne femme ! (sic).
Non mais c'est inouï ! Je hasarde que peut être Gros Camion a changé de DirectRICE des Achats ou alors que jusqu'à maintenant Machin Truc Associés avait affaire à la brute qui bourre la chaudière, Monsieur Bidule, en le prenant pour une pointure de la Direction, une sinistre habitude des boîtes de techniciens qui confondent ingénieur avec décideur-e ?  Et que la CHEFFE a décidé de reprendre les choses en mains ? Autrement exprimé, mais l'idée y est.
La conversation terminée, je rentre chez moi, qu'ils se débrouillent.

Le lendemain matin, je prépare ma journée : je vais DEHORS, en visite clients, ouf, ça va me faire des vacances. J'ai horreur d'être enfermée. Je vérifie que j'ai tous mes dossiers, mes documentations, cartes de visite, et... tout étant au cordeau, je monte à la cuisine vers 9 H 30 me faire un café mérité. La cafetière potpotpotpote sur son support électrique, ça embaume. Je suis à peine servie que je vois Emmanuel Truc entrer, le poil humide, des valises sous les yeux, il doit avoir la truffe sèche, signe de fièvre, et son épi rebelle pointe comme une antenne irrésistiblement attirée par la cafetière. On dirait un bédouin qui a trois semaines de désert dans les sandales et qui rencontre enfin un point d'eau ! Bin dis donc, mais qu'est-ce qu'il fait de ses nuits ?

Bonjour, Emmanuel ! -Hon, hon, l'entends-je répondre. Décidément, c'est grave, je vais le laisser boire son remontant, attendre qu'il fasse effet (et par voie orale ça peut prendre du temps, peut-être que par voie sous-cutanée ou en intra-veineuse ?) en sirotant le mien. Après tout, on pas obligés de tout le temps se parler.
- Au fait, on a eu Madame Piedboeuf au téléphone !
- Ah, bon, ce n'était pas grave au moins ?
- Elle voulait juste nous voir, et comme on l'a jointe hier soir à 20 heures, ça a fait un peu court, on avait RV avec elle ce matin à 8 heures ! Vous aviez raison, c'est la nouvelle Directrice des Achats.
Dit d'une voix un peu faiblarde. Donc, elle les a bien convoqués et les a fait venir ventre à terre pour se présenter eux et leur boîte, et dès potron minet en plus. Je commence à comprendre : il s'est levé aux aurores et a dû négocier au débotté avec Madame (qui a un poste de cadre et les impératifs qui vont avec dans un entreprise du coin) le convoyage des enfants à l'école !  Mon intuition était la bonne. Ça réchauffe, ce genre de nouvelle : si j'avais été Piedboeuf, j'aurais exigé une rencontre à 7 heures, histoire de bien marquer qui tient qui par les couilles (Promis, dans le prochain billet j'évite le mot couille). Je me dis que j'ai raté une vocation de directrice des achats, et que je vais m'en mordre les doigts tous les jours que fera la Grande Déesse Cosmique désormais ! Quel beau métier tout de même !
* On estime qu'entre 40 à 80 milliards d'euros "tombent" sur le entreprises en une année sous diverses formes : subventions, prêts à taux bonifiés, exonérations de charges ou de taxes, crédit d'impôts divers, le tout sans aucun contrôle ni aucune obligation étique (parité hommes-femmes, embauche de handicapés, ouverture de postes aux français d'origine différente, non discrimination des eros minoritaires, bonnes pratiques environnementales et sociales, etc...) !























Mes références à Amazon ne sont pas sponsorisées.

mardi 28 septembre 2010

Au coeur de l'Industrie

Puisque à l'occasion de la réforme des retraites on parle de celle des femmes et des écarts de salaires et donc de pension avec leurs collègues masculins (sans parler de la précarisation y compris de celles qui n'ont pas charge de famille, et des mi-temps non choisis assumés par les femmes), voici une anecdote qui m'est arrivée il y a quelque temps, anecdote montrant que les femmes ne méritent qu'un statut inférieur. Sursélection selon des critères virils, le double voire le triple d'entretiens de recrutement par rapport aux hommes* pour les candidates femmes, obligation de donner des gages au pouvoir masculin si nous voulons le poste, contrairement à une idée répandue les discriminations que subissent les femmes dans le monde du travail sont rarement frontales et brutales. Il est très mal porté de dire "pas de femmes chez nous" ou de reconnaître que les salaires des femmes sont diminués de 20 % parce qu'elles sont des femmes. En revanche, les petits arrangements, les coups tordus, les pratiques injustes, non éthiques et non professionnelles font les mêmes dégâts.

Contexte
Grande entreprise internationale de l'électronique, implantée sur les 5 continents : l'établissement où je travaille est dans une ville régionale.
Service fabrication
: 3 500 salariés, en majorité des femmes, l'électronique nécessitant une excellente acuité visuelle et une bonne dextérité manuelle, et les femmes ont ces qualités. Service Recherche & Développement (R&D) : 1000 salariés, 95 % d'hommes, les quelques ingénieures qui y travaillent sont pratiquement indiscernables, elles évitent le maquillage, les bijoux voyants, elles sont généralement chaussées de Pataugas ou de Campers et elles portent jeans et bombers, coiffure courte petite tête pour se fondre dans la masse. Quand on traverse le service et qu'on y voit une femme un peu maquillée et habillée, c'est à coup sûr une assistante.
Je suis consultante en ressources humaines (RH) en CDD de 4 mois puis 14 mois, total : 18 mois. Je recrute pour la R&D, les services hardware, hardware radio, software... sous la hiérarchie d'une Directrice des Ressources Humaines (DRH) de la R&D, Marie-Dominique, et plus lointain mais néanmoins là, d'un DRH site. Il y a deux cents descriptions de poste, donc 200 ingénieurs et techniciens à recruter.

Process
Pas de short-list : nous sourçons des CV sur Internet, traitons les candidatures spontanées, et insérons peu d'annonces sur les job boards. Nous lisons les CV, les rapprochons des fiches de postes à pourvoir, les proposons à la lecture aux managers et aux team leaders qui décident de les recevoir ou non. Les rendez-vous (RV) sont pris par une assistante ; trois entretiens sont prévus par candidat-e : un avec la consultante, un avec un manager, un avec un team leader (chef d'équipe), dans la même journée. Les transports sont remboursés aux candidats. L'entreprise pratique ce fléau de la cooptation avec intéressement au cooptant, et il me faut me battre pour que le cooptant n'assiste pas aux débriefings concernant le coopté ! La cooptation est un recrutement sur une appartenance et PAS SUR UNE COMPÉTENCE. On ne dénoncera jamais assez la cooptation mafieuse masculine dont nous faisons régulièrement les frais, parce qu'ils n'arrivent plus à penser, tellement ils sont consanguins !

Un débriefing avec les trois personnes ayant reçu les candidat-e-s suit rapidement, la candidature est examinée en fonction du parcours du candidat, du ressenti de chacun (totalement irrationnel), du poste à pourvoir et de l'équipe accueillante ; la consultante est chargée de conseiller les managers sur le recrutement en fonction du service, de ses besoins actuels et futurs, des gens qui y travaillent, des capacités d'évolution du candidat et de ses souhaits, le tout dans une optique de cohésion du service et d'atteinte des objectifs. Si c'est oui, une propale (proposition de salaire) est soumise au candidat par la consultante et s'il/elle accepte, les choses se font très rapidement.

La grille de salaire relève de la convention collective nationale de la métallurgie, et prend surtout en compte le diplôme, l'ancienneté dans le poste, l'âge et l'expérience professionnelle antérieure. Peu ou pas d'intéressement.

Plan de mes entretiens 
De 45 minutes à une heure, jamais plus :
6 minutes de présentation de l'entreprise pour commencer (j'insiste, la plupart des entretiens de recrutement se déroulant à l'envers), déroulé de carrière du/de la candidate, la fin de l'entretien se fait en anglais pour évaluer si la personne pourra se débrouiller lors par exemple de tests du matériel à l'étranger avec des industriels à qui nous proposons nos produits, enfin calendrier avec dates précises de ce qui va suivre. Le/la candidat/e repart avec ma carte de visite, mon mail et ma ligne directe. Évidemment, il y a un service Intégration, mais je me fixe d'accueillir les candidats le premier jour, de veiller à leur installation dans le service et de faire un service après-vente dans les trois premières semaines de leur intégration.

Le service software recherche activement des
ingénieurs de traitement du signal depuis plusieurs mois sans aboutir. Ces ingénieurs sont des concepteurs d'algorithmes de traitement de signaux voix (téléphone), données, et images (TV numérique et autres applications images sur des téléphones par exemple), transport, compression, décompression du signal à l'arrivée sur des avenues (broadband) numériques, le tout sans distorsion et dans la plus grande fidélité à l'original. Imaginez que vous téléphoniez à votre chèr-e et tendre dont vous êtes habituée à la voix et que le téléphone vous restitue ses réponses avec celle de Donald Duck, ce ne serait pas satisfaisant du tout !

Or, miracle, il se trouve que justement arrive sur mon bureau le CV d'une jeune femme, docteure en traitement du signal, qui en plus (ces managers ne croient JAMAIS qu'un transfert de compétence soit possible, sans doute parce qu'eux-mêmes n'ont jamais rien transféré, bloqués comme ils sont dans leurs postes à vie selon le modèle masculin considéré comme universel du travail posté), qui en plus donc, a travaillé 6 ans chez un concurrent proche. Je leur faxe le CV pour aller plus vite et par retour, tellement la charge de travail et le besoin sont là, ils me répondent qu'ils veulent la voir ASAP (as soon as possible).
Rendez-vous est pris avec la candidate, elle arrive au RV ponctuelle, et elle enchaîne les entretiens comme prévu ; elle fera l'unanimité des trois, moi et mes deux collègues clairement enthousiastes : ils en ont un besoin terrible, on va lui faire une belle propale ; clairement, elle est la femme de la situation, elle n'est pas arrogante, elle ne "pèse" pas "100 KE" (travers courant chez certains hommes qui se surévaluent pour masquer leur incompétence) ; elle est plutôt effacée selon moi et elle parle, y compris couramment l'anglais avec une petite voix ; elle ne se survend pas, je dirai même qu'elle ne se vend pas du tout malgré son expérience R&D qui rassure les autres recruteurs car les thèses de doctorat effraient généralement les entreprises.
(La suite sur ce lien)

* Pour un CDD de 4 mois (en première instance) j'ai personnellement passé 6 entretiens de recrutement avec deux déplacements, soit le double de ce que je faisais passer aux garçons et aux juniors que je recevais moi-même ensuite ; les transports leur étaient remboursés ; à moi on n'a remboursé que le transport de la deuxième salve d'entretiens, en doublon donc, et encore parce que j'ai insisté ! Évidemment, comme c'était à une heure et demi de chez moi, j'ai dû prendre un deuxième logement : rien ne m'a été proposé pour m'aider ; à comparer avec les "primes de rideaux", "de moquette" et autres remboursements de plaque d'immatriculation et de déménagement que les ingénieurs mâles de la R &D percevaient lorsqu'ils déménageaient ! L'immense majorité, voire la totalité des CDD étaient tenus par des femmes, l'immense majorité des CDI l'étaient par des hommes. Autant l'univers de la R&D était un collectif d'hommes, autant les ressources humaines étaient peuplés de femmes car réputées plus "conviviales", plus "humaines" et surtout, analyse personnelle, plus souples du col : la preuve (aveu de la DRH), j'ai été recrutée parce que les chargées de recrutement junior ne tenaient tellement pas tête aux managers que la plupart des services ne recrutaient plus à cause des freins et barrières anti-femmes, anti-seniors, anti-handicapés et anti-techniciens, anti-ethniques... opposés par le management et les chefs de service qui ne recrutaient plus que des juniors sortant des mêmes écoles qu'eux !

Au coeur de l'Industrie (suite)

Avec Marie-Dominique, la DRH, nous calculons la proposition de salaire que nous allons lui faire, et sans nous tromper car nous voulons l'engager. Comme l'exige la Convention Collective, nous calculons le salaire en fonction de trois paramètres : son âge (elle a 31 ans), son expérience et ancienneté dans le métier (7 ans d'expérience en R&D chez un concurrent), et son niveau de diplôme (Thèse de doctorat -considérée comme supérieure à ingénieur).  Nous tombons d'accord, Marie-Dominique et moi sur 47 250 euros annuels - à l'époque. A charge pour moi de présenter ceci au manager du service. Là, les choses vont sérieusement se gâter. Lors de mon appel, il va ruer : en effet, elle a le plus gros salaire du service. Plus gros même que celui de mon interlocuteur qui gagne en fin d'année 42 700 euros, pauvre garçon ! Un vrai crime de lèse-majesté !

Évidemment, je lui rappelle le principe de la convention collective : calcul en fonction de l'âge, ancienneté et diplôme. Lui n'a que 28 ans, il est dans son premier poste et même s'il a bénéficié d'une promotion fulgurante, il n'est QU'INGÉNIEUR ! Et il est assez courant dans une hiérarchie qu'un salarié subalterne soit plus payé que son patron. Oui, mais bon, quand même... l'entends-je ronchonner, pendant qu'il prend une grosse humiliation narcissique, c'est audible de mon poste téléphonique. Aussi, je m'offre une petite mesure dilatoire, je lui promets d'en reparler avec Marie-Dominique. Je la rencontre justement entre deux portes, c'est elle qui me pose la question ; je lui donne le résultat de mon entretien et m'attire les remarques indiscutables suivantes : "Voilà ce que c'est que de recruter des managers en culotte courte" ! "C'est parce que c'est une fille, ou quoi "? Et pour finir, en se battant les flancs et d'un ton excédé : "Mais je croyais que c'était introuvable sur le marché, ce genre de mouton à 7 pattes, qu'est-ce qu'il leur faut à la fin ?"

L'épreuve de force va durer TROIS semaines ; coups de fils, rappel du parcours de la candidate, de son excellente formation, de sa rareté sur le marché et à chaque fois, blocage sur le différentiel de salaire entre "son équipe" (tu parles !) et une nouvelle arrivante : il y voit les pires ennuis se profiler à l'horizon : mise en péril de la cohésion du service, mauvaise ambiance, devoir de justification auprès des autres salariés..., j'ai beau lui rappeler ses responsabilités de MANAGER de service dont le travail consiste précisément à mettre en mouvement des intérêts divergents pour obtenir une cohésion et un RESULTAT, rien n'y fait, il est buté. Evidemment, je campe sur mes positions, je sais que ma DRH ne cèdera pas, que j'ai été recrutée pour cela : ne pas abonder dans le sens de mes interlocuteurs, soupçonnés d'être de mauvaise foi et de faire des caprices. Je tiens ma candidate au courant (sans lui dévoiler toutes mes tractations, cela ne serait pas déontologique ni politique) pour la faire patienter, car tous les délais que je lui ai donnés sont explosés. Un matin en petit-déjeunant, j'en ai tellement assez de leur incompétence et de leur frilosité, qu'une idée m'apparaît comme la seule possible pour nous en sortir le service et moi. Elle comporte un risque que j'accepte, car il est impossible de continuer comme cela et il faut que je me sorte du piège où je suis enfermée -crois-je encore à ce moment-là !

Épilogue : j'arrive à mon bureau vers 8 H 30 ce matin-là, relis posément le dossier, décroche le téléphone et fais le numéro du manager du software. Ma proposition qu'il va écouter dans un silence de mort est la suivante : j'ai bien réfléchi, Madame X, la candidate que je vous propose depuis maintenant presque un mois ne me paraît pas être de taille a affronter l'hostilité de tout votre service si, contre la volonté de tout le monde je l'imposais avec un salaire que votre équipe et vous-même désapprouvez. (Le pire, c'est que j'y croyais !) Aussi, comme je lui dois depuis longtemps la réponse promise contre son déplacement et sa visite, je vais l'appeler tout à l'heure et lui dire que nous ne donnons pas suite à sa candidature.
- Je prends !
Concentrée sur mon argumentation, je continue : "Je ne tiens pas à engager ma responsabilité envers une salariée qui sera malheureuse, jalousée par les collègues car beaucoup trop payée par rapport à ceux-ci, je me rends à vos arguments".
- Je vous dis que je l'engage !
La fin de sa phrase et son angoisse commencent à s'infiltrer dans mon cerveau, mais je suis sur ma lancée : "je ne suis quand même pas une tortionnaire, j'ai une conscience, je ne recrute pas pour rendre les gens malheureux professionnellement".
Le temps de finir ma phrase, l'idée qu'il serait en train de se déballonner à la vitesse de la lumière m'effleure. Que se passe-t-il ???
- Je l'embauche, me dit-il à bout de souffle en criant presque, vous êtes sourde ou quoi ?

Mais oui, il se déballonne, je comprends tout instantanément : il a JUSTE essayé pendant un mois (ce qui en dit long sur son irresponsabilité soit dit en passant : il a des objectifs quantitatifs à atteindre et des comptes à rendre à date précise !) de m'intimider, de me faire ravaler mes convictions, mon sens de l'équité, de la simple justice et de la DEONTOLOGIE PROFESSIONNELLE pour une proposition de salaire à une femme PLUS PAYEE QUE LUI, l'idée lui donnant des boutons et blessant son orgueil de mâle. Je réalise qu'avec une consultante junior, il y avait une sérieuse chance que cela passe, elle aurait sans doute flanché, elle aurait accepté l'injustice ! En tous cas, c'était bien essayé !

Je vais pousser mon avantage, prendre des assurances, lui dire que je porterai une attention toute particulière à son intégration, il me jure tout ce que je veux. Tout d'un coup c'est URGENT, elle peut commencer QUAND ?

Évidemment, il y aura des retombées radioactives, ce qui est un comble vu la futilité des arguments qu'on m'a opposés, le manque de professionnalisme et l'irresponsabilité d'un pseudo-manager. Il viendra très courageusement avec des collègues un samedi matin puisque je ne travaille pas, demander ma tête à la DRH qui la leur refusera. De toutes façons en CDD, s'ils voulaient me virer ils pouvaient, mais en payant jusqu'à la fin jusqu'au dernier centime. De plus, la candidate ne risquait rien, elle était en poste et ne souhaitait que changer : il n'y avait qu'un petit enjeu pour elle. Mais combien de fois des femmes, toute dignité et justice bafouée ont dû se résigner, soit par obligation, par faiblesse aussi ou par manque de conscience de classe, ou encore parce qu'elle n'avaient pas les coudées franches, à trahir une des leurs, donc à se trahir elles-mêmes, et pour des raisons d'ego, mêmes pas justifiées professionnellement ?

Dans les services de ressources humaines des entreprises privées, comme par hasard, il y a une majorité écrasante de femmes juniors : parce que plus malléables, plus dociles, plus vulnérables, et ne pouvant que s'incliner devant une hiérarchie masculine ? Il y a des jours, j'en suis absolument convaincue. J'ai eu une amie féministe qui avait une inscription au-dessus de la porte d'entrée de son bureau ; cette inscription disait : "Si tu t'écrases, ils t'écraseront !". Autant que possible, il vaut mieux éviter de s'écraser devant certains comportements.

En ce moment, on entend sur toutes les ondes OSEO ANVAR faire sa publicité et confirmer l'annonce de Christian Estrosi de 300 millions d'euros à distribuer aux entreprises nécessiteuses : on peut s'étonner que la manne de 40 à 60 milliards d'euros annuels qui tombent ainsi sur les entreprises au titres d'aides et d'incitations diverses ne soient JAMAIS ASSORTIES de garanties de bonnes pratiques et de contreparties éthiques, notamment en matière de gestion de ressources humaines : parité hommes/femmes, pyramide des âges harmonieuse, accueil des handicapés et des français issus de l'immigration, traitement équitable à toutes les différences !

Deux liens complémentaires et indispensables sur le dossier des retraites trouvés chez le Collectif Les mots sont importants : un sur "Replacer le débat", entre autres sur les gains de productivités et le travail productif et heureux des retraités, et un second bien argumenté qui recadre les discriminations que subissent les femmes au travail. 

mardi 31 août 2010

Au coeur de l'Industrie

Humeur.
Lundi matin dans une société de service. Réunion. Examen des dossiers en cours : commercial, production et facturation. Le patron est là, trois consultant-e-s (dont moi) et l'assistante.

La génération de new business se fait par piges presse, sourcing sur Internet en plus de la prospection classique, chasse de nouveaux clients et entretien de la clientèle existante.
La culture de l'entreprise : en gros, anti-commerciale, les commerciaux étant vécus comme des êtres au bas mot incontrôlables et impossible à manager. La quadrature du cercle : s'ils ne sont pas là, il y a toujours un doute sur ce qu'ils/elles glandent, et s'ils sont là, on se demande ce qu'ils fichent à ETRE LA précisément, alors qu'ils devraient être dehors chez les clients !

Justement, une grosse entreprise régionale (appelons-là DUPIED DUBRAS), je l'ai lu dans l'actualité économique, risque d'avoir besoin des services que nous produisons et commercialisons.D'ailleurs, ce qui prouve l'importance stratégique de la nouvelle, c'est que le patron ouvre la réunion par ce dossier.

A tous seigneurs, tout honneur, il s'adresse d'abord aux hommes de l'assistance, à un en particulier :

- Didier, tu as vu dans la presse que DUPIED DUBRAS a un plan social en cours, il faudrait identifier le DRH* et prendre contact avec lui pour voir ce qu'on peut lui proposer.
Je lève la main pour intervenir, j'ai une communication à faire sur le dossier et le moment me paraît approprié.
- Oui, Hypathie, vous parlerez quand je vous donnerai la parole, si vous permettez je finis d'abord, dit le patron en chef. Bon sang, c'est vrai que selon une tradition datant des hordes pré-humaines et du tigre à dents de sabre, les bonnes femmes ne parlent qu'après le Chef, j'avais oublié ! D'ailleurs vu ce que j'ai en  face de moi, l'Evolution n'est pas patente.

- Donc, je disais avant d'être interrompu Didier, tes anciens collègues de SupDeCo peuvent peut-être te tuyauter sur le nom du gars ?
Mais oui, la Mafia masculine cooptée, il n'y a que ça de vrai ! Les anciens copains d'école, le ciment de l'amitié virile et tout ça.
- Je vais voir ce que je peux faire, répond Didier, sans se compromettre et très emmerdé que ça tombe sur lui, pour qui le prend-on, le téléphone c'est juste bien bon pour unE standardistE ! Je veux bien passer quelques coups de fil ; peut être que mon copain Machin de dernière année connaît la filleule du concierge de la grand-mère du DRH de DUPIED-DUBRAS...

... On pourrait aussi peut-être demander à la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur -ex RG et DST) me pensé-je en attendant ; quand ils ne sont pas occupés à traquer la deuxième menace terroriste mondiale, en substance et sans rire, les défenseurs des animaux, peut être qu'ils s'intéressent aux patrons et aux DRH voyous qui délocalisent dans des pays à bas coût ? Non, ça ne me paraît pas plausible, un patron voyou, oxymore indécent... Ou alors le FSB russe : ils doivent bien avoir des bases de données sur les boîtes occidentales, histoire de faire de l'espionnage industriel ? Oui, mais ils vont parler anglais, ce qui est déjà répréhensible en soi, mais avec l'accent russe en plus, carrément rédhibitoire : ça ne va pas coller ! Le MOSSAD, les services de renseignement israéliens ! Voilà ce qu'il nous faut : multilingues, français inclus, les israéliens issus de la Diaspora parlant toutes les langues, ce serait bien le diable si ces professionnels de l'intelligence n'auraient pas le nom de notre DRH, le professionnalisme en fichiers consistant à collecter toutes sortes d'informations en se disant qu'elles vont forcément servir un jour !

Vingt minutes de brain-storming effréné pour eux (et de semi-perte de conscience pour moi) après :
-... oui, c'est ça, tu t'y mets rapidement, Didier, il faut absolument qu'on fasse une proposition à ce type.

- Hypathie, c'est à votre tour, vous vouliez dire quelque chose ? On vous écoute.
- Euh, non finalement, je crois que je ne suis plus dans le sujet...
- Mais si, j'insiste, vous vouliez dire quelque chose au sujet de DUPIED DUBRAS, on vous écoute !
- Bon, bin, voilà : le DRH de DUPIED DUBRAS s'appelle Mr ORTEIL. J'ai appelé l'entreprise, j'ai eu le standard, j'ai demandé son nom, on me l'a donné.  Et j'ai aussi tenté ma chance en demandant qu'on me le passe, ça tombait bien il était là, il a pris ma communication.
Je lui ai expliqué les services qu'on peut lui rendre, lui ai proposé une documentation électronique, documentation qu'il a acceptée en me disant qu'il avait eu des tas de coups de fil de la concurrence (un ou deux tout au plus, dont le mien, le business n'étant pas caractérisé par l'agressivité commerciale, à d'autres !) et que de toutes façons, on était trop tôt, que tout n'est pas finalisé, il n'a besoin de rien à l'horizon de 6 mois, où il veut bien être rappelé. Je me suis fait une alerte sur mon organizer pour dans trois mois. Voilà.

-.....

- O?O

- ಠ_ಠ    (._.)   (,_,)

- ..... B(

Inutile de vous expliquer que je n'ai pas marqué de points ce jour-là ! L'efficacité est mal vue, surtout chez les inopérants, le principe de Peter sévissant dans toutes les entreprises, Et puis, ça m'apprendra à ramener ma fraise ! Allez, courage à celles qui cherchent un emploi et vont faire leur entrée dans le monde du travail !






























* DRH : Directeur des Ressources Humaines