Affichage des articles dont le libellé est féminisme matérialiste. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est féminisme matérialiste. Afficher tous les articles

lundi 9 novembre 2020

Des corps en capitalisme

J'ai lu ce petit ouvrage de 140 pages cette semaine. 

" Le corps, cet objet éminemment historique, domestiqué, violenté, pathologisé ".

Après Caliban, (voir ma chronique de 2017) Silvia Federici continue, en 9 courts chapitres alertes, son exploration de la captation-transformation des corps pour les besoins du capitalisme : celui de l'ouvrier d'abord, temps minuté, gestes calibrés au rasoir pour servir une machine convoyeur, puis corps augmenté pour servir les défis à venir : aller dans l'espace, la Terre étant désormais vidée de ses ressources. Puis le corps des femmes, historiquement domestiqué pour le travail de (re)production d'autres corps pour l'usine et aussi pour la guerre, avec interdiction et criminalisation de l'avortement et de la contraception comme crimes contre l'humanité. 

Pour les femmes donc, après la création de la figure de la "sorcière" qui a contribué à la tentative de "perfectionnement de l'humain", la dernière trouvaille du capitalisme c'est de vendre leurs corps à la découpe, histoire d'améliorer les fins de mois. La GPA, Gestation pour Autrui, (Federici s'y oppose) parée du substantif valorisant d' 'altruisme', (qui refuserait d'être altruiste, franchement ?) est donc le dernier moyen, permis par les techniques de reproduction largement expérimentées et utilisées sur les animaux d'élevage, pour asservir le corps des femmes au profit des hommes gays et de tous les couples stériles, du moment qu'ils paient pour utiliser 9 mois de votre vie, pour une stricte surveillance de la femme durant la grossesse, son "produit" ne lui appartenant pas, pour sa soumission à des techniques biologiques invasives, pour finalement aliéner ce "produit" à d'autres personnes par contrat. Rappelons à toutes fins utiles, qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, pas plus que de droit au sexe dans la Déclaration des droits humains ! 

Je préfère prévenir, c'est étasunien : on retrouve souvent le mot "communautés" puisque les Etat-Unis sont une mosaïque de communautés, qu'ils vivent dans une société qui a longtemps été ségréguée : blancs, noirs, hispaniques, lesbiennes, trans,... Federici utilise aussi l'expression "travailleuses du sexe" : en effet, elle est contre la criminalisation du client de prostitution au motif que le "travail du sexe" permet à des femmes, notamment de minorités ethniques puisqu'elles sont les plus pauvres, de subvenir "aux besoins de leurs communautés et familles". Ca laisse un peu perplexe pour dire le moins :  si la GPA est une exploitation par un client, la vente de sexe, pour une durée plus courte c'est entendu, l'est aussi il me semble. 

Dans son chapitre VIII, "Revisiter les mormons dans l'espace", Federici se livre à une prospective éblouissante sur la conquête de l'espace, pour laquelle le capitalisme aura besoin de nouveaux corps, augmentés ceux-ci, car comment tolérer la promiscuité imposée, le confinement plusieurs mois de suite dans des vaisseaux spatiaux, sachant que nous sommes une espèce belliqueuse, velléitaire et instable, qui peut à tout moment s'affronter pour son espace vital. Il faudra des individus stabilisés émotionnellement, augmentés physiquement, qui devront avoir des facultés pour faire face à des problématiques pionnières sur lesquelles nous n'avons pas de retours d'expérience, le tout sans espoir de retour. Un peu le genre sans affect des astronautes de 2001 Odyssée de l'espace (Kubrick 1959) qui sont les seuls robots du vaisseau, l'ordinateur de bord ne tardant pas à devenir fou, il est même le seul humain de l'équipage, la preuve, il trompe son monde et ment comme un arracheur de dents ! On retrouve le pantin humain, thème qui traverse toute l'oeuvre du visionnaire Kubrick. 

Critique personnelle toutefois : jamais l'arrêt de la production n'est envisagé, alors que c'est l'arme utilisée par les ouvriers qui eux, ont droit à la grève, donc l'arrêt de la production, comme sanction à la non acceptation de leurs revendications. Les féministes les plus articulées ne dénoncent jamais la maternité et les effets économiques et sociaux délétères qu'elle induit pour les femmes et leurs enfants ; il me semble que la première des préoccupations quand on défend les femmes, ce devrait être la défense de leur sauvegarde, de leur santé physique et économique, de leur auto-détermination, d'abord. Mais tout se passe comme si, même pour les féministes, la maternité, cette pourtant construction sociale issue d'une domestication du corps des femmes, ne peut pas être écartée du "destin" féminin, comme si, puisqu'il y a femmes il y a forcément maternité, enfants, familles, consécration au soin des autres, sacrifice pour l'espèce, alors que l'autre moitié les maltraite. L'injonction pèse de tout son poids, pas moyen de "réussir sa vie" autrement, selon l'expression consacrée. Pourtant à 8 milliards avant 10 ans sur une planète aux ressources limitées, plus la négation de nos besoins par les diktats patriarcaux (on l'a encore vu en Pologne cette semaine, où les droits des femmes leur servent de variable d'ajustement politique) les femmes donc, à mon sens, devraient être incitées à avoir comme agenda de s'occuper d'abord d'elles-mêmes. Ni l'environnement patriarcal hostile où nous vivons en permanence ni la négation de nos besoins individuels ne sont propices à s'alourdir de charges ; c'est déjà un gros programme en soi, et même difficile à tenir : survivre, même seule, dans une société faite par et pour les besoins des hommes ! 

Evidemment, je sais que Silvia Federici est marxiste, et que son sujet c'est l'analyse et la critique des rapports sociaux de production, qu'elle a commencé sa carrière en revendiquant un salaire maternel pour les mères, considérant que le "travail" des femmes, c'était de produire des corps pour l'usine, MAIS sans salaire, l'usine étant, dans ce cas, leur fonction "naturelle". Elle colle donc à son sujet. Les femmes sont toujours arrimées au fatum de la maternité. Aux hommes l'HIStoire, aux femmes (et aux animaux) le destin ! L'épistémologie du récit biblique n'est pas au programme féministe*. Et pourtant le verset 1- 28 de la Bible me paraît être le premier commandement du capitalisme qui a fait de la destruction des ressources la condition de son expansion et de sa survie sous l'oxymore 'destruction créative'. Jugez-en : " Dieu leur dit, soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez, dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur terre. ". Ils sont désormais en partance pour d'autres planètes : leurs besoins en minéraux, terres rares, en extractivisme de toute sorte est inassouvible, ils ont épuisé la terre (et les femmes), ils iront désormais épuiser ailleurs. 

* En fait, une seule a consacré son oeuvre à cette épistémologie : il s'agit de la féministe philosophe et théologienne US Mary Daly. Malheureusement, son oeuvre n'est pas traduite en français.

mardi 16 juin 2020

Catharine MacKinnon : Le féminisme irréductible

Discours sur la vie et la loi


Catharine MacKinnon est juriste, avocate à la Cour Suprême, elle travaille sur le féminisme et le droit. Elle y a plaidé avec Andrea Dworkin un contentieux des femmes contre la pornographie et les puissantes formes de cette industrie : presse,  Hugh Hefner (Play Boy), Larry Flint (Hustler) et cinéma porno. Leur plaidoyer a été débouté au titre du Premier Amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit la liberté d'expression. Pour la Cour Suprême, la pornographie est une expression artistique comme une autre, elle n'y voit pas d'avilissement des femmes.

 Epistémologue du droit, (peu de féministes ont critiqué le droit, déplore-t-elle) elle démystifie la misogynie intrinsèque de la neutralité libérale. Elle argumente que les 10 premiers amendements de la constitution des Etats-Unis (Bill of rights) ont été écrit par une convention composée exclusivement de mâles blancs représentants des 12 premiers états historiques, préoccupés au nom de l'universalité, à défendre les droits des hommes blancs.
Notez que c'est pareil dans l'article 1er de la Constitution française de 1958, elle aussi rédigée par un comité de membres du Conseil d'état, tous mâles, l'égalité des sexes n'y est pas mentionnée : neutralité libérale aussi ; et bien entendu, le Président de la République étant, dans l'imaginaire des rédacteurs, un mâle, forcément marié, sa femme n'est même pas mentionnée, et si elle bosse, c'est pour la peau comme toutes les femmes mariées, ce qui permet toutes les récriminations quand les "premières dames", selon un copier/coller du titre étasunien obtiennent un budget de fonctionnement. Le travail des femmes mariées est estampillé servage, péonage dans la Constitution de la 5ème République !

" L'épistémologie est la réponse à la question 'comment savez-vous ?', 'Qu'est-ce qui vous fait penser que vous savez ?'... en quoi votre description de la réalité est-elle exacte ? "

Le Féminisme irréductible (Feminism unmodified, titre en anglais) est un ensemble de textes de conférences à destination des universités étasuniennes, données par MacKinnon dans les années 80. L'ensemble est une épistémologie (définition ci-dessus ;) du droit et de la jurisprudence. Je vous propose quelques-unes des nombreuses punch lines que compte cette compilation de textes. Evidemment, il faut lire tout l'ouvrage qui propose une critique féministe matérialiste, marxienne et radicale. MacKinnon y démonte les arguments du féminisme libéral.

Féminisme marxien matérialiste (radical) : " Pour le féminisme, la sexualité est comme le travail pour le marxisme, socialement construite en même temps qu'elle construit la réalité sociale. Elle est une activité universelle, bien qu'ayant toujours une spécificité historique, et elle allie matière et esprit. De même que l'expropriation organisée du travail des un(e)s pour l'usage des autres définit les travailleurs en tant que classe, l'expropriation organisée de la sexualité des unes pour l'usage des autres définit la femme en tant que sexe. L'hétérosexualité est la structure dominante de la sexualité, le genre son processus social, la famille sa forme figée, les rôles sexuels sa caractéristique généralisée à deux personnages sociaux et la reproduction, sa conséquence...
Dans cette analyse, marxisme et féminisme sont des théories du pouvoir et de sa répartition inégale. "

Féminisme libéral : [son]" postulat de base est que chacun(e), même s'il appartient à un groupe pauvre et sans pouvoir, fait ce qu'il ou elle fait, volontairement [...] Prière d'oublier les réalités de la situation sexuelle et économique des femmes ; faire acte de libre volonté, pour nous, c'est écarter les jambes devant un objectif. " ; dans le cas de Play Boy, mais vous reconnaîtrez la rhétorique des pro GPA, des "travailleurs du sexe", et des pornocrates ! Mon corps, mon choix, mon droit (détournement du slogan des féministes luttant collectivement pour la dépénalisation de l'avortement dans les années 70 par les libérales), ma petite entreprise connaît pas la crise, dans l'économie informelle du XXIème siècle.

" Toute critique [de ces idées libérales] est qualifiée de critique morale laquelle, comme le savent les libéraux, ne peut porter que sur des opinions et des idées et jamais sur les faits vécus. L'ensemble de cet édifice défensif, aussi illogique qu'il puisse paraître, repose de façon tout à fait cohérente sur les cinq dimensions cardinales du libéralisme : individualisme, naturalisme, volontarisme, idéalisme et moralisme. [la] situation concrète de pouvoir / absence de pouvoir est transformée en jugements de valeur relatifs, chacun pouvant avoir ses préférences, différentes, mais toutes également valables. [...] Je ne crois pas qu'on puisse dire du féminisme libéral qu'il est féministe ; il n'est que l'application du libéralisme aux femmes. "

Masculin, Neutre, Universel

" Les femmes ont une compétence que n'ont toujours pas les hommes, la gestation utérine. "
Mais :
" La manière concrète dont l'homme est devenu la mesure de toute chose reste dissimulée. La neutralité de genre n'est que la norme masculine, et la règle de protection spéciale est simplement la norme féminine, mais ne soyez pas déçus : le masculin est la référence dans les deux cas. Pensez aux planches anatomiques en médecine ; le corps masculin y est le corps humain et tout ce superflu  qu'ont les femmes relève de la gynécologie et de l'obstétrique. "

" Sous cette forme, le principe d'égalité induit l'idée que le meilleur moyen d'obtenir quelque chose pour les femmes, c'est de l'obtenir pour les hommes. "
" Si l'égalité pose problème, on choisit toujours d'exclure les femmes, jamais les hommes. "

" l'idéalisme libéral qui [...] se parle à lui-même, est que pratiquement toute caractéristique qui distingue les hommes des femmes est déjà compensée par une mesure d'action positive en faveur des premiers : la plupart des critères sportifs reposent sur la physiologie des hommes, l'assurance maladie ou automobile sur leurs besoins, les aspirations de carrière et critères de réussite sur leurs profils socio-professionnels, la qualité du savoir universitaire sur leurs visions du monde et leurs centres d'intérêt, le mérite sur leurs parcours et leurs obsessions, l'art sur leur façon de réifier le vivant, la citoyenneté sur leur service militaire, la famille sur leur présence, l'histoire sur leur incapacité à s'entendre, leurs guerres et combats de chefs, dieu à leur image, et le sexe sur leurs organes génitaux.".

Exploitation sexuelle dans le mariage, la pornographie, la prostitution, harcèlement, viols sont commis contre notre auto-détermination sexuelle : " Nous sommes définies en tant que femmes par les utilisations auxquelles nous assignent les hommes ".
" Dans la pornographie, les hommes ont le droit de mettre des mots (entre autres choses) dans la bouche des femmes, inventent des scènes où elles veulent à tout prix être ligotées, battues, torturées, humiliées et tuées. Ou simplement prises et utilisées. Dans la vision des hommes, l'érotisme c'est ça. Pour eux, le désir sexuel des femmes, et ce qui les rend désirables, c'est la soumission même avec l'abandon extatique de toute autodétermination.  "

" Les hommes, en tant que groupe social ne tendent pas (à de rares exceptions près) être traités comme les femmes le sont par la pornographie. Elle ne les atteint pas comme elle atteint les femmes. Elle ne définit par leur statut social comme inférieur. "

Sur la libération sexuelle : elle a surtout permis un accès plus facile des hommes aux femmes par la levée des risques de grossesse (pilule, et IVG en cas d'échec) : " Pour la critique féministe, une telle définition de la sexualité libère l'agressivité sexuelle des hommes. L'objet de la recherche sur la sexualité est de faire en sorte que le pénis fonctionne bien et que les femmes l'acceptent. " Playboy qui dispose des femmes dans des positions intéressantes aux yeux des hommes, se prétend donc féministe (et il finance d'ailleurs, grâce à une fondation, des associations féministes)
" Dire que Playboy est féministe signifie donc, en d'autres termes, qu'il contribue à la libération sexuelle des femmes, c'est à dire qu'il libère les femmes pour l'accès sexuel des hommes. Et il nous promet de lever toutes les inhibitions dont nous autres 'frigides' souffrons quand nous disons que nous restons de marbre, que nous n'en voulons pas, pas avec celui-là. Notre résistance est prise pour du refoulement, à traiter par une thérapie sexuelle et la pornographie. "

Selon Catharine MacKinnon, Play Boy instaure ainsi un "racket de protection" dont profite surtout le féminisme libéral réformiste financé de fait par des Fondations plus ou moins occultes et toutes libérales, les subventions des collectivités locales et états, tous patriarcaux, qui achètent la paix et une conscience en maintenant une sorte de statu quo sur la situation de dominées, exploitées, violentées des femmes :

" Certain(e)s pourraient voir dans l'intérêt matériel qu'ont les féministes à l'égard de la pornographie, comme à l'égard de la famille ou de l'activité professionnelle, quelque chose du même ordre que celui qu'ont les prostituées à l'égard de leur souteneur : nous ne pouvons pas nous permettre de les détruire, nous avons besoin d'eux, nous dépendons d'eux, ils nous aident à tenir au jour le jour. Mais ils nous détruisent aussi. Tout système de pouvoir fait en sorte que celles et ceux qu'il maintient dans l'absence de pouvoir aient néanmoins un intérêt à pérenniser le statu quo. C'est notre lot dans la structure familiale, l'organisation du travail, la sexualité et le racket de protection actuels. "

Pour conclure ce billet sur cet ouvrage dense, je voudrais parler de la peur et de la légitime défense des femmes que Catharine MacKinnon aborde sous les mots d'auto-défense, les femmes étant généralement terrorisables et terrorisées, ou au minimum sidérées par la prétendue invincibilité masculine. Les anthropologues Paola Tabet et Nicole-Claude Mathieu écrivent que les femmes sont construites socialement par l'interdiction qui leur est faite de l'accès aux outils et aux armes, organisant ainsi leur vulnérabilité face aux mâles de l'espèce, et il faut dire que ça marche bien, vu qu'il ne manque pas de couteaux ni d'eau bouillante dans les cuisines de leurs maisons où s'exerce la violence maritale contre elles, dès qu'elles sont ferrées par le mariage / cohabitation, la grossesse ou le premier enfant. Et que ces couteaux de cuisine ne leur servent en fait à rien, parce que la prohibition de se défendre contre l'agresseur est totalement intériorisée.

" .... nous avons besoin de faire en sorte que nous n'ayons plus à avoir peur. 
Sur le plan individuel, je ne connais qu'un moyen de commencer à en finir avec la peur, et nous en disposons ici : l'autodéfense. Les arts mariaux ne sont pas un simple entraînement physique à faire un geste ciblé, à clouer quelqu'un au tapis ou à riposter habilement. C'est aussi une pratique spirituelle, complète, qui nous permet d'avoir une relation à notre propre corps en ayant conscience qu'il nous appartient, un corps pour agir, vivre, exister soi-même dans le monde, et pas seulement quelque chose qui est là pour porter notre tête ou être vu par les autres. Bien pratiquée, l'auto-défense peut nous aider à retrouver le sens de notre dignité et à la préserver. ".

Une opinion hélas peu partagée par des féministes qui préfèrent laisser les femmes à leur statut de victimes.
J'espère vous avoir donné envie de lire Catharine MacKinnon : elle donne une base dialectique indispensable pour répondre à nos ennemis de classe et nous constituer d'abord un mental de femmes qui s'auto-déterminent, sans en passer par les diktats sociaux patriarcaux. C'est un livre puissant.

Le livre est en édition de poche aux Editions des Femmes.
Les citations de l'autrice sont en caractères de couleurs et entre guillemets.


vendredi 6 mars 2020

Kate Millett, Catharine MacKinnon, Angela Davis :Trois classiques féministes en poche

Les Editions des Femmes ont la bonne idée de publier en poche, trois classiques de la littérature féministe sous couverture ROUGE révolutionnaire. Excellente idée, l'occasion de les lire ou relire, de constituer, ou refaire son fond de bibliothèque.



Sexual politics, la thèse de Kate Millett dont j'ai publié sur ce blog plusieurs extraits, est une analyse de la politique du mâle (son titre initial en français) à travers les grands textes de la littérature anglo-saxonne : Henri Miller, DH Lawrence, Norman Mailer, Charlotte Brontë) et française (Jean Genet). C'est un livre à la thématique socio-politique incontournable. C'est aussi grâce à elle que j'ai lu Villette, roman moins connu que Jane Eyre mais plus autobiographique, un chef d'oeuvre en fait, et Jean Genêt, Miracle de la rose et Notre-Dame des fleurs.

Catharine MacKinnon est une juriste féministe américaine qui a travaillé sur le harcèlement, la pornographie et la prostitution, toutes manifestations du pouvoir masculin sur les femmes. Le féminisme irréductible est un recueil de conférences prononcées dans les années 80, axées sur le juridique, on peut dire qu'il sert de soubassement, involontaire mais annonciateur, puisqu'il lui est antérieur, du Mouvement #MeToo actuel.

Angela Davis

Femmes, race, et classe par Angela Davis, militante marxiste des droits des noirs américains, historienne féministe : son ouvrage fonde ce qu'on appelle aujourd'hui le mouvement intersectionnel, croisant les oppressions de race, classe sociale, et sexe, sur fond historique de l'Amérique du Nord : traite des africains aux fins de mise en esclavage, travail et reproduction forcés, révolte d'une partie de la population noire fuyant les plantations via l'underground railroad ; guerre civile entre le Nord et le Sud (que les français appelle guerre de Sécession), suivie par la politique ségrégationniste et les lynchages dans le Sud, par le cynisme du Nord ; le combat pour la sortie de l'esclavage est suivi par celui pour les droits civiques des afro-américains, lequel est concomitant avec le suffragisme des femmes étatsuniennes qui, de fait, se disent qu'elles non plus n'ont aucun droit citoyen. Les deux mouvements vont s'inspirer l'un de l'autre, alternativement être solidaires souvent, puis de temps en temps concurrents.


Les intérêts des unes et des autres vont sans arrêt respectivement s'inspirer, s'accompagner (lors du vote pour les 14ème, 15ème amendements, droit à la citoyenneté et au vote des anciens esclaves, 19ème amendement : droit de vote des femmes, puis devenir concurrents pour des causes d'agenda, et de real politique (fracture entre le Nord et le Sud), notamment au moment de l'arrêt Roe Vs Wade (avortement 1973) vécu douloureusement par les femmes noires pour des raisons historiques. Le féminisme est bien entendu au début propulsé par des femmes blanches de la classe moyenne éduquée : Angela Davis rend hommage aux quakeresses qui apprendront à lire aux noir-es, les quakers croient en effet à l'égalité et à l'éducation, puis ces dernières, éduquées, excellentes, rejoindront le mouvement, et toutes s'accompagneront solidairement en d'autres circonstances. Les femmes de chambre et domestiques noires (postes toujours massivement tenus par les femmes noires aux USA, c'est un reliquat de l'esclavage) sont d'ailleurs plus proches du combat de la classe des femmes blanches ouvrières travaillant en usine, que des féministes de la classe moyenne haute. On voit bien que toutes les femmes blanches ne sont pas non plus logées à même enseigne.

L'outil d'analyse socio-politique intersectionnel est surtout valable aux USA : la France qui a connu la colonisation n'a jamais été un pays esclavagiste, et si la constitution américaine est une déclaration des droits, le Bill of rights, ses 10 premier amendements, écrits, d'après mes calculs, quelques mois avant la Déclaration universelle des droits de l'homme de la Révolution de 1789, inspirée des philosophes français des Lumières et d'Alexis de Tocqueville, la comparaison s'arrête là. Il me paraît hasardeux de l'appliquer politiquement chez nous, sans adaptation. Il n'y a jamais eu chez nous de racisme d'état. On peut même dire que la Première Guerre mondiale a permis une prise de conscience des noirs américains venus se battre en Europe dans la Somme, qui demandaient en arrivant à leurs alliés, soldats belges et français étonnés "où sont les toilettes pour noirs ?", à quoi ceux-ci répondaient on imagine devant l'étrangeté de la question, que franchement tout le monde va dans les mêmes chiottes, c'est quoi ce truc ? Ils ont ainsi pris conscience que le ségrégationnisme ne faisait système que chez eux, qu'il n'était ni universel, ni donc inéluctable.
L'analyse intersectionnelle est certainement utile sociologiquement, mais politiquement c'est plus douteux. Elle est facteure de divisions et de concurrence des causes. Angela Davis est une féministe matérialiste universaliste, dont le combat est solidaire de toutes les femmes, quelles soient noires, blanches, ouvrières, femmes de ménage ou de classe sociale plus aisée.

Trois ouvrages à lire ou relire pour mettre en perspective historique les mouvements d'aujourd'hui. C'est pas mal de savoir que le féminisme n'a pas commencé en 2010 :)


jeudi 14 novembre 2019

Ecce Homo

Verita Monselles
Galerie
Ecce homo - 1976 - Séquence photographique (4 éléments)




Carla Lonzi (1931-1982) est une féministe italienne, critique d'art, puis créatrice d'un collectif féministe Rivolta femminile. Dans son texte Crachons sur Hegel, elle critique la dialectique maître-esclave de Hegel, et sa suite le marxisme, qui ne font que mettre en sourdine l'oppression encore plus radicale qui réside dans le rapport homme/femmes et qui se cache dans 'les ténèbres des origines'. C'est la culture patriarcale qui est dialectique. Elle reproche, comme toutes les féministes, dans son cas à Hegel, de ne pas voir les femmes, de les décrire comme a-historiques, dans l'immanence, l'homme humaniste dans la transcendance, en opposition à la nature. De ce fait, selon Carla Lonzi, il est abstraction et néglige la vie.

 " Toute la structure de la civilisation , comme une seul grande battue de chasse, pousse la proie vers les lieux où elle sera capturée : le mariage est le moment où s'accomplit sa captivité. Pendant que les états accordent le divorce et que l'Eglise catholique s'évertue à le nier, la femme révèle sa maturité en étant la première à dénoncer l'absurde organisation des rapports entre les sexes. La crise de l'homme se manifeste dans son attachement aux formules : on confie à ces dernières la tâche de garantir sa supériorité.

La femme est, toute sa vie, économiquement dépendante : d'abord de la famille du père, ensuite de celle du mari. Pourtant la libération ne consiste pas à accéder à l'indépendance économique, mais à démolir l'institution qui a rendu la femme plus esclave que les esclaves et pour plus longtemps qu'eux.

Chaque penseur qui a embrassé du regard la situation humaine a réaffirmé depuis son point de vue l'infériorité de la femme. Même Freud a avancé la thèse d'une malédiction féminine ayant pour cause le désir d'une complétude qui se confondrait avec l'envie d'avoir un pénis. Nous affirmons notre incrédulité à l'égard du dogme psychanalytique qui prétend que la femme serait prise, dès son plus jeune âge, par un sentiment de partir perdante, par une angoisse métaphysique liée à sa différence.

Dans toutes les familles, le pénis de l'enfant est une sorte de fils dans le fils, auquel on fait allusion avec complaisance et sans inhibition. Le sexe de la petite fille est ignoré : il n'a pas de nom, pas de diminutif, pas de caractère, pas de littérature. On profite de sa discrétion physiologique pour en taire l'existence : le rapport entre hommes et femmes n'est donc pas un rapport entre les deux sexes, mais entre un sexe et son absence.

On lit dans la correspondance de Freud à sa fiancée : "Cher trésor, pendant que tu te dédies avec bonheur à tes activités domestiques, je suis tout au plaisir de résoudre l'énigme de la structure du cerveau humain. "

Examinons la vie privée des grands hommes : la proximité d'un être humain tranquillement considéré comme inférieur a fait de leurs gestes les plus communs une aberration qui n'épargne personne. "

Les hommes font l'Histoire. 

" La différence de la femme a été façonnée par des années d'absence de l'histoire ". Un homme peut dire  "mais enfin qu'est-ce que tu as fait toi pour moi ? Moi, je t'ai entretenue et toi, à la maison, à ne rien faire ou à faire ces corvées que toute femme accomplit sans faire des histoires. Les hommes font l'Histoire, les femmes font des histoires, "l'immédiat présent qui disparaît". 

[Aparté] Je pense moi que si les femmes arrêtaient de leur préparer et servir les repas, de nettoyer leurs maisons, de produire et d'élever leurs enfants, d'assurer l'intendance leur permettant ainsi de produire intellectuellement, délivrés de toutes les contingences de la vie quotidienne, on les verrait retourner dans leurs cavernes originelles où ils n'arriveraient pas même à dessiner, car ils ne sauraient pas où se trouvent les craies. Mais bon, apparemment, c'est infaisable.


Carla Lonzi ne croit pas à l'émancipation des femmes : elle pense que les lois sur l'avortement ou la contraception, les quelques concessions qui nous sont faites, ne sont que des subterfuges du patriarcat qui se rénove pour se survivre. Aujourd'hui, elle rajouterait le mariage gay, la PMA et la GPA là où elle est légale, toutes institutions ou techniques qui permettent un aggiornamento réformiste du patriarcat, mais ne mettent absolument pas en cause son idéologie, le mariage, la maternité dans le mariage et la mise à disposition du corps des femmes aux hommes, même gays, afin qu'ils puissent engendrer. Rien de révolutionnaire. Son féminisme s'exprime au présent et refuse toute démarche téléologique. Voici la transformation qu'elle appelle :

" Depuis les premiers pas du féminisme jusqu'à aujourd'hui, les femmes ont vu défiler sous leurs yeux les faits et gestes des derniers patriarches. Nous n'en verrons pas naître d'autres. Telle est la nouvelle réalité dans laquelle nous nous mouvons tous. C'est d'elle que renaissent les premières flammes, les bouillonnements et les affirmations d'une humanité féminine jusque-là mise de côté.

La femme est à elle seule un individu complet : la transformation ne doit pas advenir sur elle, mais sur les manières dont elle se perçoit à l'intérieur de l'univers, et dont les autres la perçoivent. 

Nous avons perdu le sens des dichotomies de pensée : nous n'entendons pas nous exprimer dans le cadre des contraintes, mais progressivement, pas à pas, afin de rassembler toutes nos observations et d'en faire notre inventaire. Nous considérons comme délétère la consommation de toute idée, aussi proche de nous soit-elle, qui a été rendue comestible pas sa dialectisation immédiate.

Osons toutes les opérations subjectives qui ouvrent l'espace autour de nous. Par-là, nous ne faisons pas allusion à l'identification : celle-ci a un caractère compulsif masculin, qui entrave la florescence d'une existence et la tient sous l'impératif d'une rationalité qui détermine dramatiquement, jour après jour, le sens de l'échec et de la réussite. 

L'homme est replié sur lui-même, ses finalités et sa culture. La réalité est pour lui épuisée -les voyages spatiaux en sont la preuve. Mais la femme affirme que sa vie sur cette planète n'a encore jamais commencé. Elle voit là où l'homme ne voit plus.

L'esprit masculin est entré définitivement en crise quand il a enclenché le mécanisme qui menace la survie de l'humanité. La femme sort de sa tutelle en identifiant la structure caractérielle du patriarche et sa culture comme source de péril. 

Il n'y a pas de ligne d'arrivée, il n'existe que le présent, nous sommes le passé obscur du monde, nous réalisons le présent."
Carla Lonzi - Crachons sur Hegel - Eté 1970 

* Ecce homo : voici l'homme.

Lien : Un aperçu de la philosophie de Hegel

lundi 2 juillet 2018

Intersectionnalité ou Communauté de l'aliénation féminine ?

Françoise d'Eaubonne, féministe matérialiste, inventrice de l'écoféminisme et cofondatrice du MLF avec d'autres, fut aussi un temps une militante du PCF (Parti Communiste Français), donc nourrie des thèses de Marx et de la lutte des classes. Dans son ouvrage de 1978 qui vient d'être opportunément réédité, Ecologie et féminisme, Révolution ou mutation, elle explicite ses idées écoféministes déjà exposées dans Le féminisme ou la mort paru en 1974, à savoir la mise en parallèle de l'exploitation illimitée des ressources naturelles (la nature) et du travail reproductif des femmes qui fournissent travailleurs et soldats aux usines et aux guerres des agents mâles du patriarcat. Sa thèse est que Marx "aussi puissamment barbu que Dieu" n'a pas vu l'oppression exercée par la classe sociale hommes sur la classe sociale femme. L'ouvrage, dont je citerai sur ce blog quelques passages remarquables, est évidemment à lire de toute urgence (climatique et démographique).


En ces temps de féminisme(s !) intersectionnel dont on ne parlait pas du temps de Françoise d'Eaubonne, je vous propose cet extrait :

Communauté de l'aliénation féminine

" Quand on parle de "mentalité", de "réaction" à tel ou tel stimulus social (par exemple vis à vis du travail, problème que tout le monde sait public, ou du couple, qu'on s'obstine encore à croire privé), il faut bien se garder d'en faire une affaire de sexe : quelle est l'attitude, mettons, des hommes, ou des femmes ? On ne peut que répondre : quels hommes, quelles femmes ? Ici l'attitude générale est définie par la classe. Les marxistes le savent bien, et croient que cette vérité détermine toutes les autres. Alors qu'il s'agit, à un autre niveau, d'une autre vérité : T.W. Adorno a dit que l'inconscience d'une oppression commune ne change rien à la communauté de cette oppression. Là aussi, l'oppression n'est nullement uniforme et ne s'exerce pas de la même sorte à travers des classes différentes ; la femme du PDG participe à l'oppression des prolétaires (encore qu'il lui soit fort difficile de faire autrement, de même que pour le prolétaire occidental ou américain, de ne pas participer au pillage du tiers-monde) et la prolétaire est doublement écrasée, comme femme et comme travailleuse. C'est en vertu de cette évidence que les "pétroleuses", issues du Cercle Dimitriev, les gauchistes du MLF, au lieu de travailler à l'union des femmes à travers les classes, élargissent le fossé déterminé par l'idéologie révolutionnaire mâle en rappelant à chaque instant : "Elles ne sont pas nos sœurs, les fascistes chiliennes qui frappaient leurs casseroles contre les partisans d'Allende." (Comme si une telle lapalissade méritait d'être soutenue, et comme si l'Oncle Tom était le frère des Panthères Noires, ou le Juif  Rosenberg, encenseur d'Hitler, le frère des déportés de Dachau ?) Ce qui crée une communauté d'aliénation qui va de l'oppression à la manipulation chez les femmes en système mâle, et non pas une romantique et absurde "sororité de naissance", c'est que de la bourgeoise à l'ouvrière (et non seulement selon ces catégories), mais à travers les régimes, les pays, les cultures les plus diverses, les femmes ont en naissant une destination ; contrairement à l'homme qui, bien ou mal accueilli, aura un destin indifférencié à l'intérieur des déterminantes sociales et historiques. Son sexe ne lui sera jamais qu'une activité, heureuse ou non parmi les autres ; elle ne fondera pas son avenir, elle ne s'identifiera pas à lui-même, à son être propre, à sa vie. Ce qui déborde, largement, autant la lutte des classes que "la malchance de devoir faire seule la vaisselle". Car chez l'homme la destinée dépendra simplement de sa place économique et sociale à l'intérieur de ces contingences ; son sexe, la façon de s'en servir, sa procréation, son statut d'époux, de célibataire ou de divorcé, ses goûts amoureux et ses déboires ou ses triomphes sentimentaux resteront de purs évènements personnels qui ne modifieront en rien ou presque rien ses rapports au monde, à son monde, et le chemin qu'il se tracera dans une telle société. Pour lui, l'aspect physique peut être coloris du destin ; il n'est jamais destin ; sauf s'il appartient à une culture homosexuelle (Antinoüs, favori d'Hadrian ou Lord Buckingham).

Pour les femmes au contraire, non seulement la fonction sexuelle oriente tout le destin et toute la place dans le monde, mais ce qu'elles ont de plus intime, de plus privé, fait l'objet de la préocupation la plus officielle du pouvoir ; on fixe l'âge de leur "détournement" (les affaires de mineurs restent exceptionnelles quand il s'agit de garçons, et la plupart du temps homosexuelles), on leur accorde ou refuse le droit de procréer ou avorter, certains pays vont jusqu'à leur fixer des normes de maternité (quatre enfants minimum à Bucarest, trois enfants maximum à Tokyo) ; on exhorte la femme, on la flatte, on lui fait honte, on la manipule. Beaucoup plus générale encore, pratiquement universelle est l'obligation quasi fatale, constituée par l'attente de la société, de n'être née que pour accompagner le destin d'un autre être, autonome celui-là n'ayant pas pâti de cet "accident de naissance". C'est le point commun entre la fille du tourneur de Billancourt, du cadre de multinationale et la rejetonne des hippies ou la fillette du Bangladesh ! Exister par intermédiaire, ou à la rigueur choisir la solitude. "Je ne peux à la fois me consacrer à la sociologie et élever quatre enfants" m'écrit une roumaine sociologue obligée d'adopter le célibat, comme l'eût fait une intellectuelle française des années trente. C'est dire que le pouvoir ne se contente pas de faire pression sur la vie sexuelle féminine : il la légifère dans ce qu'elle a de plus soi-disant personnel. Bien plus : la société a inventé pour cette catégorie humaine des secteurs d'abjection et d'humiliation qui n'appartiennent qu'à ce que la condition féminine comporte d'involontaire : le viol, la prostitution n'ont pas d'équivalent dans les domaines de la dégradation mâle.

Ce que les femmes ont en commun, c'est leur sexe et le rôle qui s'y rattache avec des variantes dues à la classe (sociale) ; ce que les hommes ont en commun, c'est leur classe, avec des variantes dues à leur activité sexuelle ; le rôle en est toujours celui de sujet. Qu'un patron engrosse domestique ou secrétaire et l'abandonne, c'est classique ; que la patronne s'éprenne du chauffeur ou du prolo, c'est encore elle qui sera engrossée et abandonnée ; les conséquences en seront moins graves aujourd'hui qu'autrefois, mais elles demeureront du même sens ; il n'y a pas inversion des rôles. L'oppression de classe exercée ou subie, trouve dans la biologie sa limite. "

A vouloir se trouver des oppresseurs partout, dans différentes classes sociales, il y le risque d'oublier que l'"ennemi principal" c'est le patriarcat et ses agents, et que son oppression est universelle.

Lien supplémentaire sur le même thème :
La dialectique du sexe - Sulamith Firestone