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jeudi 21 août 2025

Sociétés matriarcales du passé et émergence du patriarcat - Heide Goettner-Abendroth

 "Au commencement [archè], les mères ". 


C'est la définition que propose Heide Goettner-Abendroth (HGA) du mot matriarcat, qui n'est en aucun cas la figure inversée du patriarcat oppresseur. Archè, au début, comme dans Arche de Noé, ou Arche d'alliance, qui est un (re)commencement. 

Les femmes, les mères ont tout inventé. La culture que HGA a l'élégance de ne jamais appeler 'civilisation' mot pompeux que les hommes, eux, toujours grandiloquents, épris de grandiosité, utilisent jusqu'à l'abus. Elle ne l'emploie pas dans l'ouvrage. L'agriculture : en voyant regermer au printemps les restes de végétaux qu'elles jettent auprès de leurs cuisines, elles auront l'idée de semer ; et même l'élevage, puisque les animaux sauvages (sangliers, chèvres, loups... ) s'approcheront de leurs campements pour y manger les restes, se familiariseront, et elles finiront par leur proposer des enclos. C'est la définition de la commensalité. Puis les poteries, la céramique, qui servent tellement aux ethnologues modernes à comprendre et dater, le tressage et le tissage, même certainement les peintures et gravures pariétales, donc l'art. Les rites funéraires, puisqu'elles croient que les ancêtres reviennent à la vie dans leur utérus, tant et si bien que leurs défunts sont déposés dans des grottes-utérus, enterrés sous leurs maisons-utérus, ou sous des tertres (artificiels) et cairns en forme de ventre arrondi de femmes enceintes, cairns à couloirs qui se terminent en poches à forme d'œuf présageant leur retour à la vie. Durant des millénaires, personne, ni homme ni femme, ne saura le rôle des mâles dans la procréation. Elles inventent aussi la houe, et même la charrue rudimentaire pour creuser des sillons recevant ensuite les semences (petit épeautre, haricots) et les plantations de racines comestibles. 

Les hommes creusent des tranchées, construisent des maisons très longues pour loger les clans féminins de mères, filles, sœurs, cousines. Ils rentrent chez leur mère ensuite. L'homme important n'est pas le 'père' ou 'mari' personne ne comprenant rien à la filiation biologique, et le mariage n'existant pas, mais les frères des mères, les oncles, qui sont la figure masculine des petits et du groupe. Les hommes sont go-between, ambassadeurs, ils échangent avec les clans voisins. L'économie est essentiellement basée sur le don, la contrepartie, les cadeaux de valeur échangés pour l'amitié et pour services rendus. De temps en temps on sacrifie un animal tiré de l'enclos et on célèbre la fête entre voisins. Ce sont des sociétés matrilinéaires, matrilocales, claniques, agraires, pacifiques, durables dirait-on aujourd'hui, où les conflits se règlent par la négociation et la concertation. On ne trouve pratiquement pas de tombes de cette époque du mésolithique et du néolithique ancien avec des blessures de guerre, ou de morts violentes par sacrifices humains. Il ne faut toutefois pas croire que le destin des femmes de ces sociétés était un parcours semé de roses : elles devaient mourir en couches, perdre des enfants en bas-âge, en un mot payer le prix fort pour ce privilège d'engendrer. 

Les attributs spirituels de la Déesse sont la Terre, le ciel et le monde souterrain. Le cycle lunaire a le même nombre de jours que celui des femmes : 28 jours. Il est associé à la Déesse-mère et aux femmes. 

Cette situation très stable va durer des centaines de milliers d'années depuis le Paléolithique, puis au Mésolithique, jusqu'au Néolithique moyen vers 5000 - 3000 avant notre ère. A partir de là, ça va sérieusement partir en cou!lles : " les hordes mâles d'indo-européens déferlèrent " selon la formule de HGA, venant des steppes d'Asie, du Kazakhstan. Voici comment cela s'est passé (c'est la deuxième partie de l'ouvrage), en très accéléré. 

Cela commence par un changement climatique, assèchement des terres des agricultrices, les forêts et champs régressent au détriment de la steppe. Les évolutions des sociétés humaines sont très influencées par le climat et ses modifications depuis les tout débuts, et cela est encore vrai. 

La domestication du cheval par les hommes qui deviennent pasteurs nomades, surveillent et déplacent ainsi de grands troupeaux de chèvres ou moutons. 

Explosion de l'élevage dans les steppes d'Asie Occidentale (Kazakhstan) ce qui rend la steppe encore plus aride : l'agriculture recule au détriment de l'élevage et de la chasse, activités masculines. Les femmes commencent à perdre leur statut d'agricultrices.

Conflits de pâturages, ce qui va provoquer des querelles obligeant à former des armées défensives avec des chefs à leur tête ; échanges conflictuels pour les ressources, le prestige, puis conflits pour des intérêts individuels. 

Invention de la roue et  avec la maîtrise des alliages (bronze), d'où des armes plus efficaces, et invention du chariot conduit par un ou des chevaux. Bien plus tard, l'âge du fer (VIIIè - VIè siècle avant notre ère) connaîtra une nouvelle montée de violence avec l'expansion des Celtes. Lances et épées en fer à double tranchant laissent voir des blessures graves comme en attestent les squelettes des hommes retrouvés dans des tombes lors de fouilles. 

Nomadisme : les troupeaux de plus en plus grands doivent changer d'herbages en fonction des saisons et de l'épuisement des ressources. Les récits oraux en seront truffés d'histoires de paradis perdus. 

Dégradation des conditions de vie et du statut des femmes. HGA professe d'ailleurs que la perte du statut des femmes et celui des animaux sont concomitants. 

Le chariot devient une arme de guerre, un char d'assaut. On imagine des agricultrices et agriculteurs pacifiques voyant arriver des hommes inconnus et vociférant des langues étrangères sur des chariots en métal tirés par des chevaux au galop, déferlant dans leurs champs (Huns, Mongols) et villages, pourvus d'armes en bronze, puis après un saut technologique, en fer. Cela devait faire de sérieux ravages au moral. 

Appétit pour les métaux, pour ne pas dire goinfrerie : l'extractivisme, très ancien, n'a jamais été aussi féroce qu'aujourd'hui. Les guerres terminées par le légendaire Trump qui n'aime pas le sang, le sont avec des arrière-pensées extractivistes. On signe un accord de paix, mais surtout, on fait un "bon deal" sur une mine de coltan.   

 Le fait de côtoyer des animaux pour l'élevage va permettre aux hommes de "découvrir les conditions nécessaires à la fécondation des femelles, l'insémination par les mâles." Les hommes se découvrent un pouvoir, et comme ils ne peuvent produire d'héritier eux-mêmes pour leur succéder, ceux de l'élite guerrière vont transférer leur approche de la propriété et de l'exploitation des animaux dans la sphère humaine. Les bêtes désacralisées, il leur restait à désacraliser les femmes, à les instrumentaliser et les asservir à la production d'héritiers mâles, comme eux. 

Emerge le terme 'père' (à racine indo-européenne) qui est un terme de pouvoir, de possession, et non d'affection. 

Ils n'auront de cesse que de destituer les Grandes Mères, la Déesse. Elle sera réduite au rôle d'épouses, d'amantes subjuguées, ou si refusantes, condamnées à disparaître sous une autre forme, filles de, bref trivialisées, le mot provenant de la triple Déesse des temps anciens, muée, longtemps après, en Sainte Trinité masculine du Christianisme, lui aussi religion des renversements où les hommes s'auto-engendrent sans passer par les femmes. La paternité et les lignées paternelles sont bien des tactiques de pouvoir. L'association mythologique Soleil / homme / père remplace la Terre-Mère. 

" C'est là qu'on peut voir le renoncement brutal à l'ancienne religion matriarcale, détruite dans tous ses aspects. La vision androcentrique de la période dynastique ancienne ne reconnaît plus la déesse ni la vision cyclique du monde. La sinistre vision patriarcale de la mort éternelle dans un monde d'en bas fait d'ombres remplace l'amour sacré avec les déesses et la croyance en les renaissances. Tout tourne autour du pouvoir et de la gloire, qui se font évidents dans la construction de bâtiments monumentaux, et c'est ainsi que la vie des populations se déséquilibre gravement. "

Les femmes résisteront mille ans. Ce seront les Amazones. Mais les poètes épiques (Homère), les historiens, et autres conteurs, s'acharneront à les effacer, et si ce n'est pas possible, à les dégrader, à les présenter comme diaboliques, belliqueuses et féroces, alors qu'elles ne faisaient que se défendre. Ou à en parler comme de contes à dormir debout. Ce qui revient à nier leur existence historique attestée par des sépultures et leur persistance dans les témoignages et récits antiques, et même contemporains. Lyautey en ses guerres coloniales en aurait affronté en Afrique. 

Naissance des cités-états. Puis des états dans le croissant fertile, au Moyen-Orient. Guerres permanentes, soumission de peuples, les soldats des armées vaincues sont soit tués, soit réduits en esclavage ou obligés de faire chair à canon pour les vainqueurs. Les femmes sont razziées, partagées entre chefs qui en ont besoin pour produire des héritiers, ou vendues, mariées contre un prix (dot), en tous cas, réduites en esclavage. 

Extensions d'empires qui, contrairement aux nations, n'ont pas de frontières : les empires (Urukien, Babylonien, Assyrien, Romain) doivent  en permanence conquérir de nouveaux espaces pour assouvir leurs besoins de métaux (armes), de conquêtes et de victoires pour asseoir et justifier le pouvoir du plus féroce, et de population pour se pourvoir en esclaves et en soldats, comme on le voit actuellement avec la guerre d'invasion de l'Ukraine par Poutine, pour des raisons de natalité en berne, l'annexion pure et simple de l'Ukraine permettrait à la Grande Russie (et son PIB de l'Espagne) de passer de 145 millions à 200 millions d'habitants.

Le patriarcat est la religion des renversements. Pour les hommes historiens (et les historiennes qui ont suivi), la Préhistoire, c'est quand les femmes vivaient dans des sociétés pacifiques au Paléolithique et au Mésolithique. L'histoire -His story phonétiquement en anglais- (les choses vraiment sérieuses, donc) commencent avec leurs invasions, rapts, et tueries pour la conquête de nouveaux territoires. Ils ont concomitamment inventé la "civilisation", terme grandiose et justificatif, selon leurs termes et récits sanglants de guerres perpétuelles qui durent encore. D'ailleurs, on a frôlé le fin de l'HIStoire en 1990 avec la menace d'une paix perpétuelle, toujours selon eux, après la chute du Mur de Berlin. On a bien failli se ré-emmerder comme à la PréHIStoire mais finalement non, leur soir de sang et de ressources, ouf, est inextinguible ! 

HGA n'emploie dans son ouvrage que le mot 'cultures', ce que j'ai bien apprécié. Le mot 'civilisation' me révulse moi aussi, depuis bien longtemps.  

" Ces empires patriarcaux et mondiaux (Urukien, Babylonien, Akkadien...) sont apparus et ont disparu dans une succession rapide avec la perte de millions de vies humaines. Leur apparition est aux mêmes principes de domination et d'exploitation inventés en Mésopotamie, et leur chute à l'instabilité de ces modèles car ils aboutissaient à l'expansion et à la maximalisation sans limite. On peut observer les mêmes modèles aujourd'hui mais c'est à présent la Terre elle-même, planète limitée qui y mettra fin ". 

Là où les Grandes Mères vivaient en bonne entente avec le biotope Terre, en ayant un enfant tous les cinq ans (estimation de HGA), les patriarcaux hommes mettront cinq mille ans à en piller les ressources, à épuiser la Terre et les femmes dont ils contrôlent de main de fer la reproduction, provoquant une explosion de population, à mettre la biodiversité à l'agonie par accaparement de ses territoires, à mettre le feu à la planète, et en extraire toujours plus de ressources sans que leur hargne de domination et leur soif inextinguible d'armes et de biens matériels en soient calmées. Maintenant, certains spécimens de cette classe arrogante proclament que le destin des humains (quelques happy few sélectionnés tout au plus) est d'aller épuiser Mars, illusion mortifère. Tout cela risque de mal finir.

Cela fait 15 ans que j'écris et blogue sur ces sujets : grandes déesses, écoféminisme, épuisement des ressources sous leurs instruments phalliques inarrêtables, Amazones, résistantes férales, herstoire -her story- des femmes, me basant sur mes lectures d'anthropologie, de philosophie, d'histoire, de littérature, de défense des animaux et des femmes, de traductions aussi (Mary Daly), de Françoise d'Eaubonne bien sûr, incontournable, et même d'ouvrages écrits par des hommes (le regretté David Graeber), et à la lecture de cet ouvrage, je m'aperçois que je n'ai pas écrit trop de bêtises. Finalement, HGA confirme tous mes textes, que j'ai parfois écrits en tremblant et ne me disant qu'il était audacieux de parler de théories controversées, la plupart du temps par les hommes. 

Pour terminer : le 'plus vieux métier du monde', c'est POTIERE sans discussion possible, après agricultrice. Toute autre proposition n'est que propagande patriarcale. Les femmes pour des raisons pragmatiques ont inventé la poterie. Terre crue, terre cuite, puis céramique. En plus de la praticité (c'est commode pour ranger des vivres et ses petites affaires), si c'est beau, c'est encore mieux. Elles inventent des dessins et des géométries colorées et les mettent dessus. C'est grâce à ces pots et jarres 'préhistoriques' que les ethnologues qui fouillent aujourd'hui, exhument, révèlent au jour, et datent ces anciennes cultures inventées par les femmes et les mères. 

Nous tenons ici un essai engagé, à démarche scientifique se basant sur les travaux d'autres (Gimbuntas, notamment), sur des fouilles et des archives, écrit par une philosophe et anthropologue féministe, une contre-histoire, celle des femmes, des mères, et de leurs apports aux cultures humaines. Il est érudit, documenté, complet, il s'arrête à la fin de l'Antiquité. L'ouvrage est parsemé de cartes, de dessins, de photos en noir et blanc, de tumulus, de pierres levées, et de dolmens. Il est passionnant, et il est nécessaire. A lire, cet article n'est qu'un court résumé, et à proposer à la lecture dans les bibliothèques municipales, avis aux bibliothécaires. 

Les citations tirées du livre sont en caractères gras et rouge. 

Sa sortie est prévue le 4 septembre, date à laquelle il sera dans vos librairies. Les Editions des Femmes -Antoinette Fouque me l'ont envoyé au titre d'un service de presse blogueuse, ce qui n'altère pas ma critique de l'ouvrage. J'ai aimé, je l'écris. Cet ouvrage est important. 

samedi 14 juin 2025

Procès Mazan, une résistance à dire le viol - En bons pères de famille


 
Ce petit ouvrage est à trouver dans les bonnes librairies, chez Payot et Rivages éditeurs. Cela m'a paru intéressant d'en faire un nouvel article pour être tout à fait complète sur l'affaire des viols de Mazan.

A travers la recension du champ lexical (ou verbatim) utilisé par les protagonistes du procès de Mazan (accusé, co-accusés, avocats, juges, experts, psychiatres...), cet ouvrage indispensable fait la démonstration que notre société est incapable de dire le viol.

" Après tout, personne n'est mort ! "  Le maire de Mazan.

Atténuations, euphémismes, oxymores et paradoxes déréalisants, détournements du sens des mots, déresponsabilisation, inversions, finissent par créer une réalité alternative. On change le sens des mots pour changer le réel. 

La fonction genrée du silence (des femmes) et des proclamations tonitruantes (des hommes) ; la performativité de l'aveu chez les accusés, ils reconnaissent le crime mais nient l'intention ; plus l'éternel et oiseux débat sur le consentement, comme si "la violence, la contrainte, la menace ou la surprise" précisant la notion de viol dans l'article 222-23 du Code pénal ne suffisaient pas à qualifier le non consentement ! ' Or, le viol n'est rien d'autre que ce qu'a décidé l'agresseur ' clame un avocat. L'objectification des femmes qui apparemment, pour pas mal d'accusés, appartiennent au mari et pater familias, les explications victimisantes des psychiatres, décidément 'molosses du patriarcat', ces pauvres bouchons d'accusés éternellement victimes de leurs enfances martyrisées, de leur 'misère sexuelle' et de leurs 'pulsions' ! 

Les filles et les femmes sont les plus maltraitées par la famille patriarcale, elles devraient donc, si ce postulat est exact, fournir la masse des agressions sexuelles, or ce n'est pas le cas. Il faut donc reconnaître qu'une victime de maltraitance dans l'enfance ne devient pas forcément agresseure ensuite, mais que ce sont les hommes qui transgressent massivement. Aussi, merci Madame de le dire aussi nettement : notre société est incapable de nommer le problème, la violence des hommes, et sans nommer clairement et collectivement un problème, on ne peut pas y porter remède.

Mathilde Levesque, l'autrice, qui a, elle aussi, assisté au procès de Mazan en observatrice, est agrégée de français, docteure en littérature française, professeure de français, et c'est l'objet annoncé de ses travaux au début de ce petit ouvrage percutant au format poche à 8 €uros qui m'a intriguée et décidée à l'acheter : en l'espèce 'usages et enjeux de la parole en milieu contraint'. 

A lire d'urgence.

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A la même occasion, je me suis laissée tenter par l'ouvrage du Monsieur Enquêtes judiciaires qu'on voit sur BFMTV, Laurent Valdiguié qui a fouillé les archives de police et de justice sur les vies de Dominique Pelicot avant les viols sur sa femme endormie sous soumission chimique, pendant 10 ans, et arrêté seulement en 2020. Or, sa carrière criminelle aurait commencé beaucoup plus tôt dans les années 1990 alors qu'il était agent immobilier en région parisienne. L'enquête, très exhaustive, est sérieuse et troublante. Le service 'cold case' du Parquet de Nanterre travaille sur ces dossiers restés irrésolus. 

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Et enfin, pour terminer cette chronique sur mes dernières passionnantes lectures, je recommande chaleureusement ce petit ouvrage de 2023 par Rose Lamy.


'En bon père de famille' est une expression juridique évoquant la prudence et un comportement sage. Jouir d'un bien 'en bon père de famille', sans faire de dégâts, ou, en matière financière, les actions de 'bons pères de famille' qui évoquent un portefeuille de valeurs stables, sans risques. Partant de cette expression qui a la peau dure, Rose Lamy, qui a appris tardivement que son père maltraitait sa mère, examine à la loupe féministe ce concept de 'bon père de famille'. Que cache-t-il, à la lumière de ce qu'on lit dans les journaux et médias, des statistiques de police et gendarmerie qui nous rappellent impitoyablement qu'une femme meurt tous les deux jours et demi en France de violences conjugales, qu'il y a quarante cinq interventions de police par heure pour venir en aide aux femmes battues, et que les violences conjugales sont en train de devenir la première cause d'intervention du GIGN auprès de 'forcenés' armés menaçant de tuer tout le monde parce que Madame les quitte, le 'forcené' étant une diversion commode pour ne pas nommer le problème ?

91 % des violences sexuelles et conjugales sont commises par un homme connu de la victime. L'endroit le plus dangereux pour une femme n'est pas l'extérieur, mais sa cuisine, son propre domicile ! Cependant, différentes stratégies et mythes sont mis en place par la société pour épargner le 'bon père de famille', notamment des diversions commodes pour conserver en l'état ce système criminel gardien de l'ordre établi : la théorie des monstres, le mythe de la joggeuse qui a fait 'une mauvaise rencontre' (typiquement Alexia Fouillot, épouse de Jonathann Daval, époux criminel qui a roulé son monde en sanglotant devant les cameras), le trop d'amour et la frustration de ne pas être au centre (Bertrand Cantat), la figure de l'étranger forcément moins civilisé que nous, ou plus frustre, mal dégrossi, donc violeur. 

Le commun dénominateur à tous ces actes violents et criminels n'est ni l'ethnie, ni le quartier ou la classe sociale de provenance, c'est bel et bien le sexe (masculin), mais c'est très mal porté de le dire. Ceci précisé, je ne suis pas d'accord avec la thèse du fémonationalisme (féminisme nationaliste ; par pitié, arrêtons d'inventer des mots et des concepts, servons-nous de ceux qui existent !) développée dans l'ouvrage. Les femmes sont opprimées partout, les hommes sont les oppresseurs, et cela fait système. C'est un fait anthropologique. Alors on peut toujours tenter de 'séparer l'homme de l'artiste', faire des micro-trottoir où les voisins du violeur tueur tombent des nues 'il était tellement serviable, un peu renfermé peut-être, mais animant le club de foot tous les week-ends', (Dino Scala, père de famille et violeur sériel bien planqué dans le mariage), il reste une persistance rétinienne indéniable, le bon père de famille à la bobine du violent dangereux.

Une autre critique aussi : les féministes (dont je suis pourtant) me laissent toujours sur ma faim. Analyse impeccable de l'oppression, arguments pesés au trébuchet, statistiques fouillées, conclusions implacables. Mais on fait quoi après avoir fait le constat que vivre avec les hommes est dangereux ? Apparemment, on appelle toujours la Cavalerie, qui ne vient pas, ou trop tard, en continuant à faire dévolution de sa sécurité au Prince Cogneur. Interdiction de boycotter ou de se défendre, cet autre tabou anthropologique. Ils détiennent en plus le monopole des outils et des armes, sinon, c'est le bordel.
A lire, surtout si vous n'êtes pas une habituée d'Andrea Dworkin, de Katharine MacKinnon, de Ti Grace Atkinson, ou de Kate Millett. Celles qui les lisent recevront juste une piqure de rappel.

Bonnes lectures !

jeudi 13 juin 2024

The Duchess : Georgiana Spencer Cavendish. Ou les stratégies des femmes pour survivre en patriarcat

Ce film, sorti en 2008, production franco-italo-britannique réalisé par Paul Dibb tourne en boucle sur les chaînes de la TNT. Il y est multi diffusé. Je l'ai revu récemment : il me semble être un bonne somme des stratégies que durent déployer les femmes, ici du XVIIIe siècle, mais sans doute aussi des siècles précédents et suivants, pour survivre sous la féroce loi des vieux pères. 


Dans son ouvrage Au NON des femmes, Jennifer Tamas écrit que notre époque est incapable d'imaginer la violence des rapports entre les hommes et les femmes avant la fin du XVIIIe siècle, violence exercée par les hommes contre les femmes évidemment. The Duchess raconte la vie d'une personne historique : la Duchesse Georgiana Cavendish née Spencer, femme aristocrate qui vécut entre 1757 et 1806 en Angleterre.

Les stratégies de survie des femmes, ici aristocrates, se révèlent à travers divers personnages féminins, de la mère comtesse à la fille devenue duchesse, en passant par la concubine maîtresse du Duc. Ca m'a paru terrifiant. 

La mère, stratège marieuse accomplie, vend sa fille de 17 ans contre un titre de noblesse supérieur au sien, de comtesse à duchesse, pour acquérir plus de statut social, concentrer les fortunes et agrandir les domaines. Il y a une contrepartie bien entendu, la production par la femme vendue, sa fille, d'un héritier mâle au Duc Cavendish. Aucune révolte chez Georgiana, elle accepte le contrat sauf qu'elle doit subir la naissance de deux filles aînées, que le garçon se fait attendre, et que le contrat peut être dénoncé puisque sa partie à elle est non remplie. D'où les visites de la comtesse mère à sa duchesse de fille pour l'exhorter à tout bien faire comme il faut, même accepter des affronts cuisants. Par exemple, Georgiana se laisse imposer sans discussion une fille bâtarde du Duc, provenant d'une liaison extra conjugale, fille qu'elle élèvera comme les siennes et à laquelle elle s'attachera. On verra dans le développement du récit que cela ne marche plus de la même manière quand c'est elle qui met au monde un bâtard, issu d'un amour romantique avec un jeune homme politique prometteur. Son enfant lui sera arraché sans pitié par le mari tout-puissant dès la naissance, et envoyé chez une nourrice à la campagne, au grand déchirement de sa mère. 

Le Duc dans le film est un pleutre mal élevé, capricieux et mauvais coucheur, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il n'a qu'à exiger pour être obéi, maître, saigneur et possesseur qu'il est ? A une réception chez lui, il plante sa duchesse seule en bout de table où elle joue à l'hôtesse parfaite, "parce que la compagnie est ennuyeuse" et qu'il préfère aller dormir plutôt que d'écouter des inepties. Surtout celles de sa femme qui se pique de donner son avis politique et que ses hôtes écoutent ? Elle se retrouve donc seule à taper la discute, elle qui n'a aucun droit, surtout pas celui de voter, avec une cinquantaine de mâles titrés.

Evidemment, pour le plaisir amoureux ne comptez pas sur le duc non plus ! Il consomme. Pour lui, l'acte sexuel est une sorte de viol, il y a d'ailleurs une pénible scène de viol conjugal à un moment du film, il n'y met aucune forme, tant et si bien que Georgiana sera initiée au plaisir sexuel et aura son premier orgasme avec.... une femme, son amie Elizabeth Foster, divorcée et mère de deux enfants, qui n'a plus de toit parce que plus de mari. Le conjugo au XVIIIe siècle, précédents et suivants : le mari qui n'a rien à démontrer est un mauvais coup au lit. 

Elizabeth Foster doit elle, utiliser une stratégie d'entrisme, se faire bien voir, et trahir la Duchesse en acceptant (je ne parlerai pas de consentement, les forces en présence étant peu en faveur de cette pauvre femme éperdue) que le Duc l'impose comme maîtresse et vienne dans son lit. Les deux femmes (amies au départ, rappelons-le) se retrouvent donc rivales dans le foyer du Duc Cavendish qui les montre ensemble en toutes circonstances sociales. Elizabeth est évidemment victime elle aussi : elle plaide sa cause comme une question de survie pour elle et ses enfants. Divorcée, désargentée, sans toit ni revenus, elle doit accepter de tromper sa meilleure amie avec le mari de cette dernière. Les deux sont bel et bien piégées en système patriarcal tout puissant, et doivent s'arranger avec le système puisqu'elles ne peuvent le changer. 

D'un bout à l'autre du film, on voit des femmes asservies, malgré leur haut rang et leur statut social, et un patriarcal arrogant qui impose son bon plaisir à tout le monde, épouse et maîtresses incluses. Epouse qui supplie qu'on lui laisse ses enfants, soumise au chantage de devoir abandonner un nouveau-né sous peine de se voir retirer ses enfants légitimes. Le double standard est omniprésent. On a comparé le destin de Georgiana à celui de sa lointaine parente, Lady Diana Spencer, princesse de Galles (1961-1997). A part le fait qu'elles étaient toutes deux mariées à des pleutres capricieux exigeant qu'elles poulinent un héritier mâle, la comparaison s'arrête là, leur destin est différent. Georgiana s'intéressait et se mêlait de politique, Diana se dépensait en bonnes oeuvres. Pas exactement un surclassement. Georgiana Spencer était consciente que les dés étaient pipés en sa défaveur, elle s'en arrangeait en renâclant auprès de sa mère, en négociant le plus possible avec le tyran. Diana s'est fait piéger par l'aaaamourrrr, elle est tombée dans les rets d'une famille cynique et arrogante qui l'a plantée dans ses appartements après sa nuit de noces, le mari retournant à ses amours antérieures. Georgiana ne s'embarrasse pas de sentiments sauf ceux, indéfectibles, qu'elle éprouve pour tous les enfants qu'elle a élevés, elle sait qu'elle est l'enjeu d'un contrat social, qu'elle a un prix. Diana se laisse embobiner dans le conte du Prince Charmant. 

Autre époque, même classe sociale, mêmes pratiques. 

Tout cela pour montrer que c'est de là que nous venons, nous les femmes. De l'esclavage, de l'échange néolithique des femmes pour faire société, gagées, même encore à naître, dans le ventre de nos mères, vendues, prêtées pour la domesticité ou la prostitution, servant de lettre de change et de reconnaissance de dettes. Serves. Attachées à une propriété, violées, raptées, ravies ; butins de guerre, échangées lors des razzias, trophées distribués aux vainqueurs (survivance qu'on retrouve dans la stratégie actuelle de Boko Haram, de Daech, des Talibans...) et qu'il a fallu survivre, monnayer en courbant l'échine le fait de rester en vie. Nous sommes toutes des survivantes. De la famine, des guerres, de la reproduction à laquelle nous avons payé sur notre santé et notre vie un lourd tribut, des rivalités mâles et de l'injustice de notre sort. Tout cela a traumatisé, laissé des traces, abîmé notre psyché, nous a castrées métaphysiquement, si bien que nos réflexes en face de leur violence, c'est la sidération, la trouille, la peur de faire mal à un agresseur, mal qui se retournerait contre nous, le masochisme, le réflexe d'obéir et de subir l'emprise plutôt que se révolter, la soumission en somme. Aucun animal, à ma connaissance, n'est "sidéré" quand il est attaqué, il se défend, jette toutes ses forces et sa ruse pour se tirer des griffes et des crocs du prédateur, il arrive même qu'ils y échappent laissant l'attaquant tout étonné que ce fut si peu facile. 

Un exemple vécu cette semaine, que n'importe qui d'un peu attentif peut reconnaître dans sa vie de tous les jours. Un chantier dans ma rue creuse un grand trou pour changer une canalisation veille de 40 ans. Barrières partout, dalles explosées, escaliers et trous périlleux à franchir, une tractopelle à grand renfort de boucan creuse, deux mecs regardent ailleurs. J'arrive, j'en ai plein de dos, j'ai une lombalgie, je vais au culot (je suis culottée, ça m'a sauvé la vie des quantités de fois, le culot c'est ma stratégie de survie à moi !) vers le gars près de l'accès barriéré. Puisque je suis là, je vais vous ouvrir me dit-il. Vous êtes trop bon Monseigneur ai-je failli répondre en faisant la bossue à pied bot, mais, poliment, je me suis contentée d'un sobre merci. Et ayant traversé, se matérialise devant moi, out of the blue, une dame conduisant un énorme trolley avec quatre enfants du même âge dedans. Et portant de grosses séquelles de ce que je viens de décrire ci-dessus, comme vous allez constater. S'adressant au gars du BTP elle demande si elle peut elle aussi bénéficier du passage. Je vous promets, elle a REMERCIE le mec qui l'a laissée passer TROIS FOIS ! A la troisième, j'ai un peu fondu une durite et exaspérée, je l'ai suppliée d'arrêter de s'excuser. "Mais ils travaillent quand même", me signale-t-elle ! Et vous, vous vous baguenaudez avec vos quatre mômes du même âge qui ne sont pas à vous ? J'en ai perdu mon sang-froid et toute mon élégance habituels. Nounou, c'est moins bien que gars du BTP ? Nounou, c'est pas un boulot ? Payé. Mal. Mais payé ?  Le conducteur de tractopelle n'en a pas perdu une miette. Je suis partie exaspérée, il sont restés discuter, sans doute en me cassant du sucre sur le dos. L'énervée du quartier. Je ne comprends pas qu'elles ne voient pas l'escroquerie, l'esbroufe qu'est l'emploi masculin ! La pire application en est la balayeuse de ville à moteur thermique qu'eux seuls conduisent. Ils font mine de nettoyer les caniveaux tout propres, en laissant des trottoirs et des places entières jonchées de mégots et des saloperies diverses parce l'accès est impossible à leur machine. Mais il en existe plein d'autres de ces escroqueries.  Les mecs s'emploient à des boulots inutiles, touchent un salaire, les femmes travaillent, en bénévolat ou mal payées, dans le soin. 

Elles assurent toutes les corvées utiles du globe, elles soignent les corps jeunes, vieux, malades, la Terre, elles réparent l'entropie, elles gardent, éduquent, élèvent les enfants, avenir de l'espèce (voir billet précédent), mais leur travail, leurs emplois sont toujours subsidiaires, l'emploi étalon est toujours celui des mâles, fût-il inutile, destructeur, nuisible même. Le conditionnement est tel qu'ils n'ont même plus besoin de froncer les sourcils, elles se précipitent au secours de la forteresse assiégée, la reddition est totale. La conscience investie, phagocytée, à la manière de ces jumeaux chimériques, deux en un, dont l'un a définitivement absorbé l'autre. Tout cela est le résultat d'un asservissement que seules les bêtes ont connu au même niveau à travers la protohistoire et l'histoire qui, comme chacune sait est toujours racontée par les vainqueurs, et où les femmes occupent toujours le rôle des vaincues. L'héritage de Lady Georgiana Spencer Cavendish, résistante, survivante, militante politique émérite un siècle avant les Suffragistes, s'est perdu dans les sables de l'Histoire des vainqueurs.  

Lady Georgiana Spencer Cavendish peinte par Thomas Gainsborough : 


lundi 24 juillet 2023

La femme met bas, l'homme se bat. La femme procrée, l'homme crée. Des outils et des corps.

 Dans la torpeur estivale, les radios de service public continuent à nous abreuver d'études de chercheurs (une spécialité de France Info et France Inter) et ce 22 juillet, ce fut sur la chasse. Les femmes chassent-elles ? Le marronnier fleurit en été, comme s'il fallait encore que les femmes chassent, et comme s'il fallait nous attribuer un petit lot de consolation. Absentes des chasses au XIXè et au XXème siècle, désormais les affirmations inverses abondent, avec le même excès et les mêmes caricatures, mais à l'envers. 



En gros, voici l'exposé : des chercheuses et chercheurs ont étudié des tribus contemporaines, après les anthropologues Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, Nicole-Claude Mathieu et Paola Tabet, excusez du peu, selon les mêmes méthodes en immersion, des fois que les précédents auraient loupé un truc aussi important que la chasse, et elles se sont aperçues, ô miracle, que oui, les femmes chassent ! Alléluia. Sonnez hautbois, résonnez musettes ! J'étais scotchée à mon poste, la tartine en l'air, le café refroidissant, attendant la suite que j'ai presque pu dire avec la journaliste. Les femmes chassent, de petits animaux en posant des filets et en utilisant des bâtons. Les arcs, flèches, javelots, sont, eux, réservés aux hommes ! 

Tout ça pour ça. Mais l'honneur est sauf, les femmes d'il y a 6000 ans, que leurs descendantes le sachent, ne se contentaient pas de rester au foyer à faire bouillir la marmite, elles chas-saient-elles-zaussi. 
La question est une défausse : le sujet ici n'est pas la chasse, mais bien la possession d'outils et d'armes. Et pour les femmes c'est tintin, pas d'outils, pas d'armes, tabou. Avoir accès aux outils, c'est gagner en productivité, et posséder une arme, c'est pouvoir se défendre. Pour une catégorie sociale, les femmes, taillables et corvéables à merci, impensable, voyons. Les gains de productivité c'est bon pour les hommes qui peuvent ensuite se détendre en palabrant sous le séquoia -ou le chêne, ou le baobab, vu que c'est anthropologique et que ça traverse l'histoire humaine, et absolument toutes les sociétés, choisissez l'arbre le plus abondant dans votre canton, ça marche aussi. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui, les femmes même en emploi (posté type masculin) se coltinent les tâches des basses zones de l'économie, peu mécanisées, soulevant des vieux, des enfants, et se cassant le dos. Quant à se défendre, no way. Elles sont battues comme plâtre, maltraitées chez elles par Le prince Cogneur, ou attaquées dans la rue, personne ne leur conseillera (même pas les féministes, un comble) de prendre des cours de self-défense ou même d'avoir un moyen de défense sur elles. De peur d'être traitées d'agressives ? Parce qu'une femme qui se défend est agressive, même une qui porte sur elle un spray anti-agression, ainsi fonctionne la société. Elles doivent faire dévolution de leur sauvegarde au camp d'en face. Pour le pire souvent. On en est encore là, c'est dire si le tabou est ancré et persistant. 

Aussi, je me permets deux conseils de lecture pour égayer votre été, même les journalistes de France Info peuvent en profiter si elles passent par ici : L'anatomie politique de Nicole-Claude Mathieu, 1937- 2014, anthropologue française de la lignée des féministes Monique Wittig écrivaine, Christine Delphy sociologue..., les matérialistes d'expression francophone, anti-naturalistes, qui travaillent dans la perspective des rapports sociaux de sexe et qui soutiennent que les catégories "femmes" et "hommes" sont construites socialement en fonction d'un rapport social de pouvoir. En faveur des hommes et en défaveur des femmes, dois-je préciser ?

Et l'irremplaçable ouvrage de Paola Tabet, anthropologue italienne (1935) professeure d'université à Sienne puis en Calabre qui travaille, elle aussi, sur les rapports sociaux de sexe. 



Pour résumer rapidement l'action comme on dit au cinéma, il y a d'abord Claude Lévi-Strauss qui dit que les sociétés humaines se sont constituées sur l'échange des femmes ; le tabou de l'inceste en découle, pas pour des raisons biologiques, mais pour des raisons sociales. On n'use pas du bien qu'on a cédé ou aliéné, on ne le reprend pas (oui, je parle bien des femmes et des filles). Françoise Héritier, étudiante chez Lévi-Strauss, aboutit dans ses recherches à la "valence différentielle des sexes", euphémisme pour dire qu'un homme et une femme ne se valent pas socialement. L'une fait les corvées, approvisionne en nourriture, va chercher de l'eau au puits, reproduit l'espèce, et... mange après tout le monde, surtout après les hommes et ses propres fils ; les hommes chassent, se battent et font de la politique. D'où, sans doute, la dysmorphie de notre espèce, nous avons été mal nourries et notre squelette l'a enregistré. Arrive Nicole-Claude Mathieu, anthropologue elle aussi, mais féministe, lesbienne, matérialiste (notion marxiste de la lutte des classes) et antinaturaliste. Qui elle, décrit dans une perspective féministe, que l'anatomie est politique et que cela fait système, a été voulu, construit socialement, ce qu'elle décrit dans des articles savants publiés dans les deux tomes de l'anatomie politique. Puis, Paola Tabet étudie des tribus premières de chasseurs et pêcheurs et aboutit à la conclusion que les femmes sont systématiquement privées d'outils, et d'armes -c'est quasiment la même chose, le premier outil ayant été une arme : une pierre taillée, puis le progrès technique aidant, un propulseur (bâton sur lequel est fixée la pierre taillée qui devient un javelot et permet de tuer à distance un animal, ce que ne permettait pas la pierre taillée). Et que cela a des conséquences sur leur position dans la société et sur leur statut. Privées d'outils, elles sont exclues des gains de productivité, privées d'armes, elles ne peuvent pas se défendre. Que cela est voulu, fait système, que les femmes sont contraintes ainsi à la reproduction.

Bien, me diront certaines, on n'en est plus là ! Ah ? Moi je vois que le statut des femmes qui n'a jamais été brillant, régresse, qu'elles font toujours les travaux pénibles à mains nues, qu'elles soulèvent des charges (enfants, vieillards, malades, cruches d'eau, et les sacs de courses du supermarché...), en étant mal payées, ou bénévolement dans la domesticité des hommes, qu'elles n'arrivent toujours pas à se défendre, pire, qu'elles doivent faire dévolution de leur sécurité aux hommes de leur entourage, qu'elles en meurent, et qu'elles connaissent surtout la pauvreté, surchargées d'enfants, souvent abandonnées par les géniteurs. Et qu'elles se prennent en plus des engueulades quand leurs gars se comportent mal. Où sont les pères ? Palabrant au bistrot, ou sous le séquoia (voir plus haut). 

Certaines me renverront les sociétés matriarcales ou semi-matriarcales comme argument ; à quoi je réponds que le matriarcat dominant les hommes, figure inversée du patriarcat, n'a jamais existé, qu'en tous cas il n'en reste aucune trace. Le Pays Basque et la Bretagne ont revendiqué au XXe siècle des semi-matriarcats anciens : méfiance, il s'agit davantage d'une opération marketing, cette revendication leur permettant de renforcer une identité forte, de se démarquer des concurrentes. " Un passé inventé ne donnera pas aux femmes un futur ", cité par Nicole-Claude Mathieu. 

D'autres me rétorqueront que des outils, elles en ont à la maison. Croyez-vous ? La définition de l'outil est  aussi dépendante de qui l'utilise. Un balai n'est pas un outil, une balayeuse à moteur thermique, oui ; une houe n'est pas un outil, une petite main de femme peut la guider, la charrue, elle, en est un, monopolisé par les hommes ; le bâton à fouir utilisé par les femmes pour trouver des larves ou des racines, n'est pas un outil, le javelot propulseur, oui ; un lave-linge et une machine à écrire sont des outils, qui permettent des gains de productivité, mais les hommes répugnent à s'en servir donc ils sont dégradés, ce sont les femmes qui les utilisent ; la linotype d'imprimerie était elle un outil, et les hommes ont longtemps refusé que des femmes s'en servent. L'ordinateur sous Unix est un outil, il n'y a guère que les ingénieurs (mâles) qui l'utilisent. Et les forceps, outil ? Les sages-femmes n'ont toujours pas le droit de les utiliser. 

Ethnographie de terrain chez les Bambaras locaux sous forme d'une anecdote que j'ai racontée mille fois, mais dont je ne me lasse pas : à chaque printemps quand je passe au bon moment dans ma ferme-conservatoire, et que c'est repiquage et semis, les quelques horticultrices sont à genou sur la terre, travaillent à mains nues ou au plantoir manuel tandis que les mecs, eux pétaradent sur des tracteurs ! J'en ai même entendu un, une fois dans la cour, prêtant son tracteur à une collègue lui recommander : "tu n'oublieras pas de desserrer le frein à main, hein ? "

Je comprends que certaines préféreront lire Virginie Despentes et ses coups de gueule, ou Mona Chollet et ses solutions magiques de sorcières. La lecture des ouvrages féministes des sociologues et des anthropologues du deuxième féminisme est douloureuse. Elles décrivent impitoyablement un statut social dégradé volontairement par ceux qui nous sont le plus proches, maris, amants, fils et pères. C'est vrai également que ces féministes savantes des années 70 se revendiquaient lesbiennes, heureuses de ne pas avoir à frayer avec l'adversaire de classe, et qu'on reconnaît ainsi leur plume impertinente. Monique Wittig a d'ailleurs écrit que les lesbiennes n'étaient pas des femmes, c'est à dire qu'elles pouvaient répudier cette contrainte à l'hétérosexualité et à la maternité, ces institutions politiques, et que c'était une chance. Et c'en est incontestablement une, au sens où cela diminue la pression de l'éternel confit de loyauté qui plombe les femmes hétérosexuelles engagées dans des relations affectives avec les hommes. 

Pour terminer, puisque, en testant quelques-unes de ces phrases sur Twitter, j'ai été contrée par une lectrice qui m'a rétorqué qu'il y a eu des femmes inventrices de machines AUSSI ; évidemment, je ne conteste pas, et ce n'est pas un argument invalidant. Une Louise Labé ou une Hildegarde de Bingen ont percé aux âges où les femmes étaient maintenues dans l'analphabétisme et l'ignorance, des femmes ingénieures ont fait leur trou aux moments où les femmes étaient vouées, condamnées sans recours au mariage et à la reproduction, des exploratrices ont voyagé et parcouru le monde alors que cela était prohibé pour indécence et promiscuité avec les hommes. Mais ce sont des oiseaux rares qui n'invalident pas la thèse développée ici, thèse qui est la limitation des femmes au foyer et à la harassante production/élevage d'enfants sans possibilité de s'en abstraire. Domestiquées, vouées à la ferme, comme écrivait Andrea Dworkin.  

QUELQUES CITATIONS : 

" Les sociétés humaines se sont constituées sur l'échange des femmes, et cet échange est à l'origine du tabou de l'inceste. Il nous faut alors considérer que la défaite historique des femmes serait un pré-requis à l'émergence de la culture ". Mathieu - Anatomie Politique

" La 'non-violence' des femmes, par exemple, peut être reliée à l'interdiction matérielle et objective qui leur est faite de posséder et d'exercer les moyens de défense, et notamment de défense contre les hommes. " Mathieu - Anatomie politique. 

" De tous les dominés, les femmes sont les seules à avoir un contact physique et mental permanent et prescrit avec l'oppresseur, au travail, dans la rue, maintenant à l'école, dans la famille et les liens amicaux, et enfin au lit... ou dans les caves et les portes cochères. C'est pourquoi, même des féministes qui ont longuement décrit et dénoncé la 'condition' opprimée des femmes hésitent encore à aller à l'essentiel : la connaissance intime des stratagèmes et stratégies de l'ennemi, sans laquelle tout général d'armée sait qu'il ne gagnera pas. 'Moi, je connais des hommes bien', disent-elles. " Mathieu - Anatomie politique. 

" Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique, qui leur est refusé. " 

" Le pouvoir des hommes sur les femmes est assuré par le monopole des armes-outils. " Ces deux dernières citations de Tabet, Des outils et des corps. 

vendredi 23 juin 2023

Quelques virils hyperboliques au pouvoir qui vont nous éradiquer de la Terre

 Vu nos exploits, y aura-t-il quelque chose à regretter ? 

" Eternullité d'un genre sans éthos " * 

A tout saigneur, tout honneur : Vladimir Poutine, Impérator planqué dans les souterrains du Kremlin pendant que les jeunes gens de son pauvre empire sous-développé vont crever à la guerre ; le nombre de morts et blessés mutilés, comme toujours en Russie, importe peu, ce qui compte c'est l'ego du dirigeant et l'image qu'il se fait de son empire. Je lis partout qu'il hait l'Occident, sa mollesse de femmelettes et de tapettes dont le modèle démocratique a pourtant tenté tant de pays satellites de l'ex-bloc soviétique ; curieusement ce n'est pas le modèle saoudien ou iranien qui les attire. On pourrait aussi s'interroger sur ses penchants d' "inverti" : quand on le voit, c'est toujours entouré d'hommes, les femmes étant, chez tous ces tyrans, cantonnées à la cuisine, au gynécée ou, au moins, aux basses zones de l'économie. Aux surmâles hyperboliques le pouvoir et ses attributs, pour le pire. Destructions environnementales, extractivisme pour fournir les métaux dont sont gourmandes les armes, au pire, faire sauter un barrage ou une centrale nucléaire, rien ne l'arrêtera. L'avenir est borné à sa propre fin. Qu'on espère rapide. 

Recep Tayip Erdogan, le sultan turc : on en a repris pour 5 ans de recul du droit des femmes, de nationalisme de cureton obscurantiste, de voix de casserole ; les journalistes qui vantent son phrasé lyrique, sa verve de tribun, doivent être sourds ce n'est pas possible ! Je sais que je ne suis pas habituée aux sonorités du turc mais quand même. Les rescapés du séisme ayant fait 47 000 morts ont voté d'une seule main pour le sultan Erdogan, dont l'abaissement des normes sismiques et la corruption ont sans doute permis toutes ces pertes. Comparez avec le Japon, autre pays sismique et ses multiples secousses, autrement plus intraitable sur la qualité de ses bâtis. Les gens des campagnes adorent les hommes à poigne, comme les femmes, qui consentent à leur soumission (mentalité d'esclave fulminait Madeleine Pelletier). Et son épouse, voilée, toujours à la remorque, trois pas derrière son géant, est le modèle proposé aux femmes turques. Ressac en cours. 

Xi Jin Ping : ne soyez pas dupe de sa tête bonasse de grand-père confiture ! C'est un redoutable tyran, moins brutal en apparence que son homologue russe, dont il s'apprête à bouffer la Sibérie, ses richesses minérales et son pétrole, ses vastes espaces non exploités, dont son milliard quatre d'habitants qui a rendu les siennes inexploitables a tellement soif, car le contrat social est : enrichissez-vous et laissez les vieux croûtons ex-maoïstes gouverner le pays, vous ficher, vous noter, rentrer dans votre intimité. Si jamais ce contrat était trahi, vous verriez les chinois des villes tentaculaires polluées, irrespirables, ensablées, sortir avec des feuilles A4, ça barderait ! Même concours de bite que les précédents : on sort ses engins phalliques en mer de Chine, porte-avions, bateaux de guerre, on frôle les avions de chasse de la petite Taïwan, modèle depuis 1992 de démocratie libérale, qui pourrait tellement tenter les grands chinois. Menace de contagion. La moindre étincelle peut mettre le feu à la poudrière.

Donald Trump, l'agresseur sexuel toujours prêt pour une main au cul, selon ses propres vantardises. Garçon impulsif peu entraîné à résister à la frustration, quatorze ans bien pesés d'âge mental, sa mère et ses gouvernantes devaient accourir pour satisfaire ses moindres souhaits de gosse capricieux. Ses grandes tiges de femmes portent à merveille de grandes cornes. Quand j'ai vu dernièrement des cartons affaissés, empilés dans ses toilettes et salles de bain en marbre dans sa maison de Mar a Lago, je me suis demandé s'il n'était pas atteint de syllogomanie, autrement nommée syndrome de Diogène qui oblige son porteur à accumuler sans fin. Ca y ressemblait diablement. De toutes façons ça ou autre chose, ce type est dérangé. Complotiste, pronunciamentiste, le remettre au pouvoir quatre années de plus me semble être la pire idée qui soit. Les Etats-Unis ont, c'est vrai, des institutions solides, vieilles de plus de deux cents ans, mais des agités du bocal surarmés qui courent dans les états ruraux, brandissant des crucifix et des fœtus en plastique, ou des bumper stickers évangéliques, moi ça ne me dit rien qui vaille. 

Jair Bolsonaro n'est plus au pouvoir, mais il fut et est le Trump brésilien au moins aussi toxique, et comme lui, en attente de sa revanche. Il est allé cuver sa défaite en Floride, sorte de pèlerinage, n'ayant pas, lui, réussi son coup d'état, les Brésiliens ayant appris du voisin. 

MBS Saoud, l'armoire à glace avec des mains comme des battoirs, le surmâle hypertrophié, ex-bédouin du désert mais avec des avions privés, des SUV et des smartphones dernière génération. Gardien des lieux saints de l'Islam, en bisbille avec l'autre gardien de la pureté de l'Islam, l'Iran, les héritiers du prophète s'étant écharpés comme des chiffonniers lors du partage de l'héritage, comme ceux du Christ d'ailleurs, loin de moi la pensée d'épargner une obédience plutôt qu'une autre, c'est de toutes façons vrai dans toutes les familles, ces lieux d'aaaamourrr. Tous ces virils portent la même toxicité. Découpeur  de journaliste dans une ambassade étrangère truffée de cameras et de micros, il faut admettre que le mec est quasi sûr de la couardise et du cynisme en face, donc de l'impunité. Grand manieur de sabre, il tranche la tête des apostats (reniant la religion du Royaume), voleurs ou homosexuels "sodomites". Les femmes adultères sont, elles, lapidées. Les femmes saoudiennes vont à l'université et aussitôt diplômées rentrent dûment au gynécée produire du petit saoudien. Vive la famille patriarcale, silence dans les alcôves, les oncles, pères ou frères ont droit de cuissage, vie et mort sur "leurs" femmes, filles, épouses, le pronom POSSESSIF est de rigueur. 

Ali Khamenei, le "Guide Suprême" aux montres de luxe et à la fortune estimée plus importante que les revenus pétroliers iraniens via un consortium familial. Un vrai ascète, comme il se doit de n'importe quel curé. Adepte, lui, de la grue pour pendre ses opposantes et opposants, il n'hésite pas à sacrifier la jeunesse de son pays pour maintenir son pouvoir. Ses brigades de la Vertu et de la prévention du vice ont fort à faire en ce moment avec un vent de contestation porté par les femmes qui en ont assez d'être empaquetées dans des tissus (par 50 °C !) et qui les enlèvent en pleine rue, provocation insupportable de la jeunesse à ces vieillards qui répondent par des arrestations arbitraires, disparitions et tortures, viols de manifestantes. Ces préhistoriques croient en effet qu'une fille violée avant d'être pendue n'ira pas au paradis. Mollah arriéré, il traque toutefois les opposant-es en utilisant toutes les techniques de flicage high tech, dont la reconnaissance faciale, ce qui oblige les iranien-nes à utiliser toutes sortes de parades technologiques pour éviter le traçage sur internet ou via leurs messageries. Comme il n'a pas peur de se battre sur plusieurs fronts, qu'il est antisioniste et antisémite, il soutient des groupes terroristes en Cisjordanie par haine de l'état hébreu. 

Haibatullah Ahkundzada émir d'Afghanistan, Chef suprême des Talibans, coupeur de mains et de têtes. Erudit, même, à force d'être taleb lui-même. Un pur de l'Islam des origines, bloqué en 632, l'âge d'or. Mais tout de même avec ordinateurs portables, smartphones sécurisés, gros SUV et kalachnikovs, faut savoir tenir son rang de Pachtoune tribal qui en a. Ancien fonctionnaire du Ministère de la Vertu et de la Répression du vice sous le règne Taliban en 1996 en Afghanistan, puis juriste des tribunaux chariatiques, le personnage est un viril hyperbolique frénétique. Son émirat interdit l'école aux filles et toute profession aux femmes, les envoile dans des burqas grillagées, et lapide les récalcitrantes. Depuis août 2021, date de sa prise de pouvoir, le pays meurt de faim, on y marie les fillettes pour survivre, le peu d'aide internationale est détournée par la corruption, et puis les mâles sont premiers servis de toutes façons, il reste aux femmes le suicide, ou fuir le pays en prenant tous les risques. Un vrai paradis pour la virilité poilue et couillue, un enfer étouffant pour les autres. L'ONU a beau s'égosiller, il est assuré de rester au pouvoir dans son pays tribal, les insuccès passés du "state building" des occidentaux le lui garantissent. Le malheur insondable des femmes est qu'elles produisent elles-mêmes leurs propres oppresseurs, qu'elles sont liées à eux par l'émotionnel et l'affectivité, le conflit de loyauté faisant des ravages, et que dans le cas des Afghanes, elles n'ont même pas le choix, même si la possibilité de choix acquise ailleurs est peu utilisée, les hormones et les injonctions sociétales conjuguées contribuent à les ferrer et leur faire croire que si elles n'y sacrifient pas, elles auront raté leur vie. 

Elon Musk, l'industriel viril hyperbolique, tenu pour un petit prodige par ses adorateurs transhumanistes, mâles généralement. Un dingue selon moi, sans limites, hybris hors contrôle, libertarien pour qui les valeurs morales se réduisent à des convictions subjectives appartenant au passé. Ce messianique (encore un !) veut "sauver la civilisation". Il a pour projet un voyage sans retour sur Mars. J'espère qu'il tiendra parole. En attendant ses essais pour s'envoyer en l'air ont un succès mitigé, ses débris de fusées retombant en morceaux fumants et polluants sur les villageois qui ont le malheur de se trouver sous leur trajectoire. Comme tout mâle croyant en sa valeur, il laissera traîner ses précieux gamètes : il a en effet apparemment une qualité de sperme qui lui permet d'en mettre en route par deux ou trois à la fois. Il est père hyperbolique de dix enfants, eus de femmes différentes, enfants à qui il donne des prénoms à leur faire faire des psychothérapies la vie entière. Pour son projet Neuralink, il a fait mâletraiter des singes, chiens, moutons, rats et souris dits "de laboratoires" en leur implantant des puces électroniques dans le cerveau, provoquant infections, convulsions et morts atroces. En plus d'un juge fédéral, il a des associations de protection animale sur le râble, ce serait jouissif qu'elles lui fassent mordre la poussière. J'ai plus confiance en elles qu'en n'importe quel comité d'éthique. A mon avis, il nourrit des ambitions et reluque du côté de la Maison Blanche, inspiré par Trump. En attendant, il fait concours de bites symboliques avec son grand rival Jeff Bezos. 

Il faudrait citer aussi : Narendra Modi, le nationaliste hindou, le Tunisien Kais Saïed et l'Egyptien Fattah-Al-Sissi qui ne sait plus où empiler sa surpopulation, ces deux derniers en train comme Erdogan, de liquider les acquis de leurs prédécesseurs progressistes, Bourguiba, Nasser, Ataturk, et ceux des Printemps arabes. La virilité hyperbolique empêche chez ces nations arabes tout progrès culturel. Tout en ayant des SUV et des smartphones, ils restent coincés dans des "traditions" archaïques et obscurantistes, sans voir que celles et ceux qui votent avec leurs pieds viennent chercher refuge en Europe, dans nos démocraties sociales-démocrates, pas chez les fous de dieu saoudiens (sauf Benzema dont les trois neurones et un compte en banque garni lui permettent de se réjouir "qu'un Musulman est MIEUX dans un pays musulman" SIC) ni chez les ayatollahs iraniens, pas plus non plus chez les Pachtounes afghans talibans. Je n'oublie pas Kim Jong Un, son peuple enfermé dans la paranoïa de son dirigeant, ses essais de lancements de missiles intercontinentaux et de satellite, son arsenal nucléaire, et sa loi sur l'interdiction du suicide, tellement la vie est joyeuse sous sa tyrannie. 

Liste non exhaustive : ce club de la lose ne comporte AUCUNE femme, parce que je n'en ai pas trouvé à la hauteur ; il n'y a rien de plus répandu sur la planète que le parasitisme masculin viril. Mais j'accepte les suggestions. 

Quelques-uns des noms grandiloquents et ridicules dont ils s'affublent : 

Guide suprême, Frère Numéro Un, Petit Père des Peuples, Conducator, Grand Timonier, Kaiser, Tsar, tous déclinaisons de César, celui qui a laissé son nom à la fonction Mâle Alpha ; El Commandante,  Guide et ses déclinaisons en différentes langues, Führer, Caudillo, Duce... 

Ces comportements de virils, prédateurs, coloniaux, extractivistes, épuisant la nature, les bêtes et les femmes, gravés dans leurs textes patriarcaux inamendables ne sont plus pertinents, s'ils l'ont jamais été, ce que je ne crois pas. Si l'humanité s'est maintenue jusqu'à maintenant c'est grâce aux femmes et à leur abnégation incompréhensible, payant de leur personne pour assurer l'intendance, le gîte, le couvert, l'entretien, le réconfort, la reproduction et l'élevage des enfants, la réponse des hommes ayant souvent été les coups, le viol et le meurtre, une guerre d'attrition sans fin. Ils se sont contentés de jouer les parasites en réécrivant l'histoire à la gloire de leurs contre-exploits. C'est le bout du chemin, s'ils n'arrivent pas à se débarrasser de leur agressivité dans une compétition sans fin, la lutte pour les ressources en nourriture, eau et air pur va tourner au carnage. Elon Musk et quelques autres réussiront peut-être à quitter le vaisseau Terre pour Mars, mais certainement pas l'humanité entière, qui restera crever dans les miasmes et une température de chaudron ! Leur attitude ressemble de plus en plus à une fuite. 

Sur le modèle d'une épidémie, notre espèce aura longtemps ramé pour s'imposer, elle aura vécu une longue incubation, pour brusquement flamber, puis inexorablement décliner comme un vulgaire SARS-COV II, ou une grippe de Hong Kong. De façon insensée, the elephant in the room, la virilité et sa violence considérées comme des fatalités de l'espèce, ont gagné au fil des millénaires le statut de norme, l'anomalie étant le calme des femmes ! Au point qu'elles sont impossibles à dire et à nommer. Or on ne remédie pas à ce qu'on ne nomme pas. On ne lutte pas contre ce qu'on ne sait pas dire. 

" Le viril est assez littéral " : il a un gros engin entre les jambes.

" L'essence même de la souveraineté c'est la guerre."

" La matriarche virilise et revirilise son fils. "

" On ne peut venir à bout de l'autoritarisme sans dénouer les effets dévastateurs du viril et de la mère " *  

* Les citations sont tirées du Genre intraitable de la philosophe Nadia Tazi.  


C'était une bonne idée, chère Mary Daly (où que tu sois, je t'embrasse) mais ça n'arrivera pas. La mentalité d'esclave aussi bien des peuples que des femmes, font qu'on ne s'en sortira pas. Ou alors en si piteux état que les restants pourraient regretter d''avoir perduré. 

mardi 24 janvier 2023

Sambre, Radioscopie d'un fait divers

Cet ouvrage sur l'affaire Dino Scala vient de paraître, je me suis précipitée. 

D'habitude, les essais journalistiques sur les violeurs et tueurs sériels sont centrés sur le criminel. Dans Sambre, Alice Géraud prend le parti inverse, toutes les victimes sont entendues, leur histoire racontée, exhaustivement, les péripéties de la vie du crasseux Dino Scala faisant une phrase entre les récits de ses victimes. Elle ne reviendra sur le parcours de Scala que dans le chapitre sur le procès : enfant d'un père incestueux et violent agressant ses sœurs, mais inséré vaille que vaille dans la société, criminel furtif opérant dans un tout petit périmètre géographique, répétant le même modus operandi (attaques de femmes tôt le matin de nuit, plutôt l'hiver -ce qui fera écarter les crimes commis par lui l'été-, violente attaque de dos, strangulation, coups, tripotage des seins, obligation de lui faire une fellation, puis disparition), toujours échappant à la police et à la justice pour le moins indifférentes au sort de ses victimes.

Le livre est donc une " lente descente dans les anfractuosités de notre société. Celle où se loge le sort réservé aux femmes victimes de violences sexuelles. [...] Une centaine de dépôts de plaintes prises dans une poignée de commissariats et quelques gendarmeries contigus, cela ne vaut pas statistique, mais cela raconte beaucoup du traitement des victimes d'agressions sexuelles et de viols ces trente dernières années. Le sort réservé à ces femmes sera l'objet de ce livre. " 

Et c'est crucifiant toutes ces femmes démolies dont la vie se casse le jour de l'agression, qui ne s'en remettront jamais, adopteront des comportements d'hypervigilance, deviendront obèses, déménageront à des kilomètres de leurs familles, arrêteront leur formation, changeront de métier ou n'en retrouveront pas. Peu rebondissent, et même celles qui y arrivent gardent une blessure. Le terrorisme masculin joue à plein et on ne peut s'empêcher de penser qu'il est un programme politique. Qu'on en juge. Dès les premières pages on apprend que la police ne notait pas "il m'a touché les seins" pour pouvoir requalifier l'agression sexuelle en vol de sac à main. Florilège.

Clara (violemment agressée) est reçue dans un bureau par quatre policiers. Quatre hommes. Un des policiers essaie de la rassurer. Il lui répète qu'elle a eu de la chance parce qu'elle est vivante. "De la chance" Elle ne sait que faire de ce mot. La conception masculine de la chance, apparemment. Les victimes ne seront jamais prévenues qu'elles ne sont pas seules, que la police sait que plusieurs agressions ont eu lieu. La fragmentation est vraiment affaire patriarcale, comme écrit Patrizia Romito dans Un silence de mortes. Fragmentation des dossiers entre trois commissariats qui ne se parlent pas, entre  police et gendarmerie, même quand ils sont dans la même ville, entre deux pays, Scala frappant en Belgique toute proche, entre tribunaux et juges d'instruction ; scellés perdus, empreintes biologiques non relevées alors que Scala éjacule sur les arbres et les haies, et qu'on voit des traces de son sperme. Rien n'est jamais coordonné, transmis, relié. 

Mais le policier qui n'enregistre la plainte de Clara que dix jours plus tard en décide finalement autrement : " une première qualification des faits est barrée par une rangée de XXXX. On devine encore sous la rangée noircie les quatre lettres barrées V-I-O-L. A la place il écrit "attentat à la pudeur avec violences". L'attentat à la pudeur n'existe plus dans le code pénal français depuis 1982. Les premières agressions recensées l'ont été en 1988. " De longs mois après l'entrée en vigueur du nouveau code pénal, les policiers continueront à qualifier les faits selon des infractions qui n'existent plus. Et à s'interroger sur la bonne moralité de la victime.".

Mais c'est quoi ça ? Ces enquêtes de personnalité des victimes d'agressions sexuelles ? Durant toutes les enquêtes sur les victimes du violeur de la Sambre, leur parole a été soit discréditée, les faits requalifiés en vol de sacs à main avec violence, et en plus, elles devaient rencontrer une psychologue, molosse du patriarcat, pour vérification de leur crédibilité : avaient-elles un petit ami, avaient-elles un examen le matin des faits auquel elles auraient voulu échapper, ceci alors que leur récit est cohérent, qu'elles portaient tous les signes, balafres, traces de strangulation visibles, yeux exorbités, plaies infligées par leur agresseur ? Demande-t-on une enquête psychologique lors de leurs dépôts de plainte aux victimes de cambriolages ou de braquages de banques ? La vérité c'est qu'on ne croit pas les femmes. Un témoin a des couilles, définitivement. 

La presse quotidienne régionale dont les localiers écument pourtant les commissariats, n'a vent de rien. La voix du Nord, le journal de la Sambre ne voient, n'entendent rien, ne publient pas les portraits-robots pourtant affichés dans les commissariats. Contrairement aux anglo-saxons et aux Belges, la France pâtit d'une croyance policière : par peur d'informer le tueur, violeur, agresseur, par peur qu'il change son mode opératoire, qu'il change de territoire, par peur de susciter une psychose dans la population, les flics gardent leurs informations pour eux. Des femmes sont agressées ? Ce n'est pas un sujet : elles ne sauront pas que leur voisine, camarade de classe, directrice d'école, employée municipale... qu'elles côtoient, ont subi le même sort. Pas de chance, doivent-elles se dire, ça n'est arrivé qu'à moi !  

A partir de 1997, onze ans après le premier viol, un portrait-robot est enfin affiché dans la pièce d'accueil du commissariat d'Aulnoye-Aymeries (59) : Dino Scala passe devant à l'occasion, en venant boire le café, il a des copains dans le commissariat. 

Examen médical d'une des victimes : examen de l'hymen par un gynécologue-obstétricien (!, j'aurais pas mal à dire sur les obstétriciens personnellement, je me demande s'ils voient les femmes autrement que comme reproductrices ?). Pour lui, l'hymen n'est pas déchiré donc il n'y a pas viol. A peu près tout le monde sait que l'hymen n'est une preuve de rien du tout, SAUF les obstétriciens ! La virginité, ce fétiche masculin leur sert à tout, pas d'hymen déchiré donc pas de viol, s'il est déchiré, c'est qu'elle a déjà eu des rapports sexuels à 14 ans donc elle veut juste faire l'intéressante ou le dissimuler. Notons aussi qu'ils ne voient que les parties basses de la victime, pas ses yeux exorbités, ni les traces de coups ou de strangulation, ni son visage gonflé ! " Quels que soient les résultats de l'examen de l'hymen, ils peuvent toujours se retourner contre la victime. Intact, comme preuve d'absence de viol. Déchiré ou absent, comme preuve de moralité suspecte. "

Il est à noter aussi le racisme, y compris social, rampant dans la police : signale-t-on un bronzage et des cheveux noirs, c'est un Maghrébin. On contrôle des Noirs, des Arabes, des SDF sitôt innocentés par leur ADN. Ils se voient mieux dans une société uniformément blanche. Racisme social : une directrice d'école violée chez elle par Scala qui s'est introduit par la porte du garage laissée ouverte, sera traitée différemment par la justice, d'autant qu'elle sera la seule à se constituer partie civile et à prendre un avocat, que les collégiennes, les apprenties en BEP restauration ou mode, majoritaires parmi les victimes, à qui on ne conseille rien, qu'on éconduit quand elles s'enquièrent de la progression de l'enquête, et qui finissent par jeter l'éponge parce qu'elles ont l'impression de "déranger". Double peine, comme s'il n'y avait pas assez des experts, gynécologues, policiers, les armées viriles de la société patriarcale casseuses de femmes se mettent en marche. Les mâles collégiens des écoles des jeunes femmes violées ont-ils vent de l'agression ? Ils en font des gorges chaudes, la désignent au public, se moquent d'elles. Elles changent d'école ou n'y vont plus. 

Surnagent du naufrage une poignée de femmes : 12 juges d'instruction, toutes des femmes fraîchement diplômées de l'Ecole de la magistrature, premier poste ; une maire obstinée, trois archivistes de la police classant toutes les plaintes et mains courantes de la région, dont une d'elles tient sur des années un tableau synoptique et géographique par dates, lieux et MO des agressions sur des feuilles A4 scotchées bout à bout. Mais le tableau très précieux restera dans leur placard car "elles ne sont pas enquêtrices" SIC. C'est de l'une d'elles que proviendra le coup de fil décisif qui fera finalement arrêter Scala. 

En Belgique, c'est un peu mieux : depuis l'affaire Dutroux, la police belge a compris l'enjeu du suivi des affaires, de la collaboration et de l'information entre équipes, entre services, entre administrations ; ils ont carrément, ô luxe, des cellules de coordination ! Ils ont des psychologues qui prennent en main toute la logistique d'accompagnement des victimes depuis la clinique ou l'hôpital jusqu'à chez elles : le truc bête auquel un flic ne pensera JAMAIS, des vêtements et sous-vêtements de rechange quand on leur a mis sous scellés tout ce qu'elles avaient sur le dos ! 

Une autre calamité du système : la gestion des ressources humaines de la police et de la justice par l'état français, en admettant qu'on puisse appeler "gestion des RH" les mutations tous les deux ans de magistrats et policiers qui travaillent sur des dossiers au long cours (30 ans pour l'affaire Scala), qui fait que quand ils partent, la mémoire qu'ils ont accumulée sur les affaires s'efface avec eux, il ne reste plus que la mémoire formelle des commissions rogatoires, des comptes-rendus de procédures et des résumés de deux pages laissés sur le bureau pour le suivant par le précédent. 

Toutefois, il faut mettre à leur crédit qu'ils ne lâchent jamais. Un flic opiniâtre, une juge débordée qui sort un dossier de dessous la pile, et on finit un beau jour, après 30 ans, par retrouver et arrêter le violeur. Mais après l'arrestation, ça continue, des victimes oubliées dont on a égaré les procédures se manifestent et sont, soit éconduites, soit mal conseillées !  

Scala, pédocriminel (30 % de ses victimes  sont mineures), inséré dans la société, bien planqué dans le mariage (ses femmes au courant de rien) et son club d'entraînement de foot, ses "pulsions incontrôlables", chialeur à propos de ses épouses "casse-couilles" en dépression, c'est toujours la faute des femmes bien entendu, envieux de ses collègues de travail, mateur de ses belles-sœurs (premier mariage), fermé, manipulateur. Une purge.  

Le 10 juin 2022, Dino Scala est condamné à 20 ans de prison pour faits de 54 agressions sexuelles et viols (dont 30 % sur mineures, circonstance aggravante, d'où les vingt ans), commis durant 30 ans, entre 1988 et 2018. Soit une peine de 4 mois par victime, et à moins d'années de prison que la durée de ses méfaits. Le droit français est ainsi fait que les circonstances aggravantes ne prennent pas en compte la durée de commission des délits ni le nombre des victimes. Il a fait appel du verdict. Il y aura donc un deuxième procès en 2023 ou 2024. Le parquet général se réserve la possibilité d'un troisième procès où seraient incluses les "oubliées" des procédures. Mieux vaut tard...

Passionnant de bout en bout, une lecture à conseiller aux policiers, aux magistrats, à tous les auxiliaires de justice, afin qu'ils en retirent toutes les leçons. Et à tout le monde, car il est instructif.

Les citations ci-dessus du livre sont en caractères gras et rouge.

Alice Géraud est journaliste indépendante. 

Le viol (comme l'inceste) est une entreprise de démolition, et vu son ampleur et la tolérance de la société, de sa police et de sa justice à ces faits, c'est un programme politique de terreur. Les violeurs et les incestueux marchent et marcheront encore longtemps parmi nous. 

Rappel de la définition du viol par le Code pénal, article 222-23 : 

Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d'autrui, ou sur la personne de l'auteur par violence, menace, contrainte ou surprise est un viol.  Le viol est puni de 15 ans de réclusion criminelle. 

vendredi 6 janvier 2023

Surpopulation carcérale : l'éléphant dans la pièce

Jeudi matin 5 janvier, sur France Info dans la Matinale, Marc Fauvelle avait invité Dominique Simonnot, Contrôleur (SIC) Général des prisons. Son prénom étant épicène, je précise que c'est une dame, ancienne journaliste, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ; son organisme est une autorité indépendante dont vous trouverez sur ce lien le site Internet. J'ai fait un fil de tweets immédiatement après sur le sujet, mais il me semble intéressant de le développer, sur mon blog, autrement que par le format aphorisme de Twitter. 

Il y a, en France, 72 000 détenus pour 60 000 places de prison. Madame Simonnot se battait donc les flancs en parlant de surpopulation carcérale, à raison car tout ceci est parfaitement anormal. Mais elle a fait toute l'interview et le journaliste avec elle, sans jamais préciser que 97 % de la fameuse (sur)population carcérale dont elle parle ce sont des hommes. Sur 72000 sous écrous, on a environ 3000 femmes incarcérées ! Surpopulation masculine délinquante, ça va mieux en le disant, mais motus, ne nous fâchons pas avec l'adversaire de classe. 

D'où déploration sur le mode : ils sont serrés "comme des poulets de batterie" re SIC: alors là, je ne supporte pas ! Utiliser ce genre de métaphore pour cautionner à posteriori en le banalisant le traitement indigne que nous réservons aux animaux d'élevage pour déplorer à priori le sort fait à des détenus, comme si les saloperies qu'on inflige aux bêtes ne devaient pas à un moment ou un autre servir de modèle au cheptel humain, c'est de l'inconscience ou de la mauvaise foi. "Ils nous ont traités comme des bêtes", "il va crever comme un chien", tellement entendus : on ne traite pas les bêtes et on ne laisse pas crever les chiens en premier lieu, sans se déshumaniser, avis aux bonnes âmes qui placent l'humanité au-dessus du reste. D'autant qu'apparemment, vu le sujet traité, il n'y a pas matière. 

Comment résoudre un problème sans le nommer ? 

C'est impossible. Les incivilités masculines, la délinquance, les crimes, les viols, la violence routière, les féminicides, les braquages de banques, les incendies de voitures ou de forêts, les agressions contre les forces de l'ordre..., tous ces faits sont en majorité commis par des hommes. Il ne sert à rien de débattre sur la nécessité ou non de l'incarcération, sur ses effets délétères, quand on ne peut pas / veut pas dire que ce sont les hommes qui commettent en majorité ces infractions, de la plus bénigne à la plus grave. Si on fait un calcul rapide, et si les hommes étaient incarcérés dans la même proportion que les femmes, c'est à dire si leur niveau de délinquance était symétrique à celui des femmes, on n'aurait besoin QUE de 6000 places de prison, soit 10 fois moins que l'offre actuelle, qui n'est même pas suffisante. Alors pourquoi continuer à considérer que les femmes en prison sont l'anomalie, et que les hommes en prison sont la norme ? 

Le fait que les hommes sont surreprésentés dans une telle proportion dans la délinquance devrait être la première question à se poser : qu'est-ce qui ne va pas chez eux, qu'est-ce que la société rate dans leur éducation pour qu'ils soient à ce point antisociaux ? 

Le reste de l'interview, partie sur de si mauvaises bases, a fait que les constats et les solutions proposées étaient du même acabit. Constat en forme de refrain et de scie : "la prison est l'école de la récidive", chez les hommes seulement, parce que les femmes, elles, ne récidivent jamais. Primauté là aussi du "modèle" masculin. Hors du modèle masculin point de salut. Pas de pensée possible. 

Proposition, de la contrôleure donc, sachant qu'il n'est pas question de dire qu'on va construire de nouvelles prisons puisque le système carcéral qui donne de si mauvais résultats est en faillite : les faire travailler sans être payés ! Bravo, faire autant d'études pour dire des biteries pareilles ! C'est évidemment une idiotie, puisque cela introduit une concurrence délétère avec le travail salarié ; déjà que dans les ateliers carcéraux où on leur propose de travailler (en gros ils peuvent faire n'importe quel travail en distanciel, téléphoniste sur une plate-forme d'appels ou de dépannage en ligne par exemple), ils sont payés des clopinettes, travailler gratuitement est la pire des propositions possibles. Tout travail mérite salaire. Si travail il y a, il mérite le salaire de la branche professionnelle dans laquelle ils exercent leurs talents, ou minimum le SMIC, s'il n'y a pas d'accord de branche. Sauf à cautionner la non application du Code du travail et à introduire des lieux de non droit. Comme procédé de réinsertion, franchement, on fait mieux. En revanche, si vous cherchez à les dégoûter du travail et de la vie normale en société, allez-y, excellente idée.  

En conclusion, comme on peut le constater, l'universalisme au masculin sert à cacher, à refuser de voir que le comportement des garçons et des hommes cloche. C'est l'éléphant dans la pièce. La société patriarcale tient à masquer le fait que les comportements virils, les pratiques de la virilité ont des effets délétères et nous coûtent "un pognon de dingue" selon qui vous savez, dans un autre contexte. Alors que l'autre moitié de l'humanité, elle, malgré les avanies, les mauvais traitements infligés (les filles et femmes sont les plus maltraitées par la société patriarcale et ceci à tous les âges de la vie, bien plus que les garçons alors que la société invoque leur misère sociale pour leur trouver des excuses), malgré les discriminations qu'elles subissent, et que leur calme et leur vertu ne sont jamais reconnues, ni gratifiées ni rétribuées. Le patriarcat et ses porteurs et porteuses d'encens ont bien l'intention de ne pas s'attaquer au statu quo. De fait on peut dire que c'est un programme politique. Même les femmes, éternelles ennemies de leur propre classe, refusent de voir la big picture ou acceptent de se leurrer, en réclamant des mesures réformistes qui ne modifient le système qu'à la marge, sans toucher à ses fondamentaux. 

Boys are boys, boys will be boys. Le mantra de la démission.

dimanche 20 novembre 2022

Néo-libéralisme, choix individuels, tout se vaudrait ?

Comme si l'irréductible mentalité d'esclave des femmes ne suffisait pas, dès qu'elles ont une sensation (vertigineuse) de liberté, il serait désirable de l'aliéner "librement" au maître et possesseur de toute création, le mâle humain et ses déclinaisons endémiques : pères, grands-pères, oncles, frères, même plus jeunes qu'elles, clan des mâles tenancier de la poigne de fer du Bogeyman, du Père fouettard, placé hiérarchiquement au-dessus d'eux, qui leur donne leur légitimité terrestre. Dieu est grand et omnipotent, les hommes sont ses représentants d'autorité sur terre. 

Il n'aura pas suffi que les afghanes voient descendre de la montagne à motocyclette des barbus pas lavés mais pourvus de kalachnikovs phalliques qui leur interdisent toute sortie dans l'espace public et les privent d'école pour mieux les asservir à la bergerie, ni que les iraniennes paient de leur liberté et de leur vie la revendication d'aller vêtues comme elles l'entendent, refusant que les mollahs les enferment dans des kilomètres de tissus, chez nous certaines filles, de plus en plus en plus nombreuses, se présentent à l'école publique, comme on disait quand j'étais petite, vêtues d'une abaya ou en tous cas d'une robe longue flottante, autre façon, puisque le voile leur est interdit par la loi, de tester la fermeté des institutions. Fermeté bien flageolante à voir la mollesse des réactions. Elles peuvent même se déclarer persécutées, à preuve l'exemple caricatural des Hidjabeuses (footeuses qui veulent jouer en foulard couvrant la nuque, les cheveux) qui revendiquent de "vouloir juste jouer au foot" ! Belle inversion : personne ne les empêche de jouer au foot, à condition d'observer, comme tout le monde, le règlement des clubs qui interdisent sans exception le sexisme, le racisme, l'homophobie et les signes d'appartenance politique et cultuelle. J'ai également entendu sur une radio de service public que les afghanes étaient "trop occupées à défendre leur droit à l'école pour rejoindre le combat des iraniennes contre l'imposition du voile " : une cause à la fois, on ne peut pas être partout. Ainsi se justifient les pires statu quo. Par des femmes en plus. Personne ne peut parler pour les afghanes, vu qu'on ne les entend pas, on ne sait même pas si elles ont accès à l'information venant de l'étranger. 

Le patriarcat et ses agents localisés dans les quartiers chics parisiens donnent également de la voix pour encourager subliminalement les femmes d'ici à rejoindre la bergerie familiale hors laquelle point de salut. Ainsi l'Obs, journal de gauche dont on se demande quel mouche le pique, publie-t-il une tribune du sociologue Eric Fassin (XVIè ou VIIème arrondissement de Paris sans doute, loin des maisons troglodytes d'Afghanistan où s'entassent brebis et femmes sous la garde des mêmes bergers) appuyé par l'historienne étasunienne communautariste Joan Scott trouvent que décidément, il n'y a aucune contradiction à défendre celles qui veulent porter le voile ici et celles qui le rejettent au péril de leur vie là-bas. Symétrie parfaite, tout se vaut à les lire et les entendre. On peut quand même chipoter sur les risques pris, inexistants ici dans nos douces démocraties molles, même si elles jouent les opprimées, mais mortels là-bas ? Consensus mou, arguments oxymores à base de "d'universalisme sacré et ethnocentré" SIC, ou de "religion de la laïcité" reSIC, "sacralisation de la laïcité" et d' "immanence de configurations sociales particulières". J'adore immanence. Je vous incite à lire sur ce lien. Les patriarcaux et leurs agents, c'est un feu d'artifice orwellien permanent. Heureusement, sans doute après avoir reçu une avalanche de courriers et de réactions sur les réseaux sociaux, dont la mienne, l'Obs publie une contre-tribune sensées faire balancier. Non, tous les choix individuels dont nous bassinent à longueur de colonnes les bons apôtres de la "tolérance" et du néo-libéralisme ne se valent pas, choix dont on peut se demander d'ailleurs s'ils sont faits librement, sans conflits de loyauté (ah le conflit de loyauté, des mecs on en a tellement à la maison, on est tellement cernées par leur présence, que ce serait méchant de leur faire de la peine à ces petits bouchons !), sans pressions ni manipulation. Le soft power fonctionne à plein : une fille, même voilée ici, sera toujours plus présentable que n'importe quel barbu pour faire avancer leurs idées liberticides. C'est ici qu'intervient la mentalité d'esclave mentionnée en début de billet : résultat de millénaires d'asservissement, les femmes ont été castrées psychiquement et métaphysiquement (Ti Grace Atkinson) depuis au moins 6 000 ans, dans ce but précisément, ils s'en servent, normal. La mithridatisation, le conflit de loyauté font le reste ! Mais attention danger. A force de manquer de fermeté sur nos principes, voici ce qu'il risque d'arriver :


Sur une autre plate-forme, et dans la même case "tout se vaut du moment que c'est notre choix, ne venez pas nous emmerder", j'ai eu à justifier le partage d'une vignette "votre moi originel était végane" montrant un garçonnet pleurant la mort d'un chien. Toujours les mêmes pseudo-arguments, le lion justificateur qui chasse et tue pour manger, (ni les vers de farine ni les cabillauds décidément n'exercent autant de ferveur identificatrice chez les hommes, trop "moches" à leur goût sans doute), on a toujours fait comme ça, c'est d'ailleurs pour ça qu'on est intelligents (ah bon, je n'avais pas remarqué, ça me paraît irraisonnablement optimiste qu'ils se trouvent intelligents), finalement me renvoyant à mon hypersensibilité / émotivité de femmelette, à mon "anthropomorphisme", argument des tenants de la corrida actuellement sur la sellette. Non, tous les choix ne se valent pas : mon choix à moi il est moral, pas de confort ni conformiste, moi et mes alliés végétariens nous sommes une utopie en marche, nous ne voulons pas tuer ni faire dévolution de la tuerie à des damnés de la terre, les ouvriers d'abattoirs, pour manger. Et cela fait une différence. N'en déplaise aux conformistes, aux immobiles par ailleurs "progressistes" sur d'autres sujets sociaux, aux tenants de la "tradition et de la ruralité", ce fantasme de politiciens frileux et réactionnaires. Le "rural" mangerait avec les doigts, sortirait les dimanches avec un fusil phallique, poserait des pièges à ours et à blaireaux, serait inaccessible à la modernité, et se réjouirait de torturer un bovin dans des arènes au nom d'une inamovible tradition, et évidemment, manger des légumes l'émasculerait. Qui croit ça ? On vient tous des mêmes cavernes obscures, mais certain-es, happy few, ruraux, rurales, rurbaines et citadines, voient passer quelques lueurs par les interstices.