Affichage des articles dont le libellé est Spécisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Spécisme. Afficher tous les articles

samedi 6 juillet 2024

Mœurs du Néolithique

 Hier comme il faisait beau et pas trop chaud, j'ai décidé d'aller passer l'après-midi à ma Ferme conservatoire de la Bintinais, surtout pour aller dire bonjour aux bêtes qui sont bien les seules à présenter un intérêt en matière d'interaction sociale, comme on va voir. Un de mes anciens collègues de travail avait l'habitude de me dire : "Tu sais, nous on n'a pas tant que cela besoin de socialiser !", cultivant un côté (complètement surjoué) d'asocial que lui et sa femme n'avaient pas. 

J'aurais pu lui répondre avec un peu de répartie que socialiser pour moi, c'était aussi bien avec des bêtes qu'avec des humains, et que je ne voyais pas trop la différence en matière de bienfait. 

Donc, direction La Bintinais. Une fois franchie l'entrée avec employée qui se contente de vous demander votre code postal depuis que (hélas) les musées sont gratuits, je n'avais pas plutôt fait dix mètres, que j'ai été rattrapée par un tracteur tirant une tonne à eau ! Tournée des champs et remplissage des abreuvoirs dans les pâtures, en balançant un nuage de poussière au nez des visiteuses sur les allées empierrées. Ah oui, j'ai oublié de préciser, mais est-ce bien nécessaire, que le tracteur est piloté par un mâle en combinaison Adolphe Lafont, mâle qui se la joue fermier éleveur, comme ceux de la FNSEA. Donc, ralentir pour épargner les passantes ne fait pas partie de son équipement de base. Brutalité, impolitesse, bruits de moteur et pétarades afférentes au "travail" masculin. Bref, il m'a suivie sur tout le circuit, je ne savais plus où me mettre, ni où me diriger ! 

Mais le pire est à venir. Ayant enfin trouvé un banc où me poser et sortir mon roman en cours, il ne s'était pas passé 10 minutes que des cris de Huns précèdent l'arrivée de quatre Attilas de sexe mâle, 5 ans à tout casser, dont l'un était équipé d'une épée Excalibur haute comme lui, qu'il n'a pas lâchée de tout le parcours, ne me demandez pas pourquoi, mais à la réflexion, certainement un indispensable attribut phallique, comme le tracteur précédemment cité. Deux cents mètres derrière, suivent deux mères de famille, sac à dos et smartphone en main. Il fallait tout de même se persuader que ces mômes étaient à elles pour ne pas courir avertir la réception que quatre enfants garçons abandonnés venaient d'être lâchés dans la ferme. Et comme, dans un timing parfait, un autre employé venait de sortir les cochons de leur soue pour les faire se désaltérer d'une boisson rafraîchissante en guise de quatre-heures, les quatre gars, toujours poussant des cris, ont escaladé les barrières de l'enclos, l'un proférant à tue-tête plusieurs "gros cochon", "gros porc" bien spécistes devant ses camarades. Diffamer pour mieux tuer et manger ensuite : la leçon est inculquée et assimilée jeune. Jambon coquillettes ce soir en guise de souper, ça ne va pas louper. 

C'est là qu'on comprends l'utilité dans cette ferme des triples barrières (clôtures en bois et clôtures électriques haute et basse) séparant les bêtes des maltraitants spécistes sans pitié de l'espèce humaine. Sans ces clôtures, les bêtes seraient carrément en danger ! 

J'ai finalement réussi, malgré les obstacles, à rejoindre la pâture de l'ânesse Gris du Cotentin, et de la jument Trait breton qui me reconnaissent à la voix et répondent à mes salutations d'arrivée et de départ chacune dans sa langue, au grand étonnement des autres visiteurs, quand il y en a de présents. Quand je suis en forme, devant leurs airs estomaqués, j'explique que, vu que je ne mange pas de chair animale, je sens l'herbe comme elles, et qu'intelligentes comme elles sont, ça fait certainement la différence. Je suis également polie avec elles, je ne hurle pas des slogans péremptoires ni ne me méprends sur leur sexe (Oh le cheval, oh l'âne, couramment entendus, comme s'il y avait des mâles dans cette ferme !). Au moins moi, je ne fais pas de remarques style, 'c'est bon en rillettes aussi', ou 'Tiens, ça me fait penser qu'il y avait une boucherie chevaline en bas de la Rue Le Bastard, dans le temps !". 

Tout ça pour en arriver à dire que si on continue à élever les garçons de la sorte sans rien changer, ce n'est carrément pas la peine de perdre son temps en combats segmentés, spécialisés : égalité des chances et des salaires, dénonciation du viol et de la prostitution, des violences faites aux femmes et à la nature,  sans jamais remonter à la racine des choses. Ils sont clairement préparés à être des ayant-droit, à se comporter comme tels, à dominer toutes les espèces, même la moitié de la leur ; ils en parlent mal, et traitent idem. Ils passent les premiers, en écrasant, en émettant du potin, en faisant des fumées et des poussières asphyxiantes. Et il n'y a pas vraiment de résistance en face. Boyz are boyz, boyz will be boyz, slogans de résignées, révélant une absence de conscience de classe,  une fascination pour leurs mauvais comportements, une impossibilité de nommer les choses, donc de les faire cesser. On sait pourtant de quoi ils sont capables dès douze ans : ravager, dégrader en violant, des filles de leur âge, en les traitant de "putes" pour des motifs misogynes, racistes, antisémites. Ou, footeux de 18 ans "espoir" au Stade rennais, de heurter une femme qui est décédée des blessures occasionnées, en roulant trop vite en trottinette sur le Mail François Mitterrand. Typique délinquance routière. Mais il semble que s'attaquer à la racine du problème n'est toujours pas d'actualité ; pourtant ce serait mieux que se battre les flancs en se lamentant sur la "violence de la société", en mode l'universalisme a des couilles, toutes dans le même sac. L'embrouille est parfaite.   

PS - Je n'ai pas de certitude que c'était intentionnel, aussi je ne le mets pas dans le corps de mon billet, mais un raclement de gorge et un crachat, même discrets, balancés en passant à trois mètres de moi, au même endroit le même jour, je n'arrive pas à penser que c'est fortuit. Vu que c'est assez habituel, j'ai tendance à penser que c'est une façon de nous cracher leur mépris au passage.

Spéciale dédicace de ce billet aux garçons (même âge environ que les précédents) de mon quartier qui jouent au foot sous mes fenêtres durant des heures tous les soirs depuis des semaines, sans doute encouragés par le calamiteux Euro de foot 2024 et ses milliardaires poussifs en shorts et maillots laids, le tout en impunité, les gardiennes de sacristie patriarcale, employées de mon propriétaire, ne daignant ni me répondre ni sanctionner, alors qu'il y a préemption de l'espace public et de la tranquillité des locataires par les mâles. Couché les bréhaignes ! 

mercredi 25 novembre 2020

Féminisme et cause animale - Solidarité animale par Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure

Le mouvement de défense des animaux, mouvement planétaire et désormais vieux de 150 ans, serait en nombre le premier mouvement de femmes, avant les mouvements féministes eux-mêmes ; en effet, 68 à 80 % des militants pour les animaux sont des femmes. Pourquoi les femmes ont-elles été les premières à prendre conscience de l'exploitation des animaux par les humains, que ce soit dans l'élevage, les cirques, la vivisection, à la chasse comme à la corrida ? 

" Le spécisme se fonde sur une appropriation directe, physique des autres animaux et tente de se légitimer par l'idée d'un ordre du monde naturellement hiérarchisé. Ce schéma présente de nombreux points communs avec d'autres systèmes d'oppression, notamment ceux du racisme, du capacitisme et du sexisme. En raison de cette matrice commune, l'antispécisme apporte des points de vue nouveaux aux autres luttes progressistes et à la pensée éthique et politique en général. "

Je vous propose cette semaine une vidéo sur un article de Christiane Bailey et Axelle Playoust-Braure paru dans la Revue Ballast qui reprend et synthétise les thématiques, toutes abordées par mon blog depuis dix ans. Oppression des femmes et oppression des autres animaux, tous-tes ont un commun dominant, le Patriarcat.  


 


Axelle Playoust-Braure vient de faire paraître aux Editions La Découverte, en coécriture avec Yves Bonnardel, le livre Solidarité animale - Défaire la société spéciste. La thèse du livre est originale : les auteur-es s'inspirent des analyses des féministes matérialistes pour dénoncer le rejet de l'animal (forcément construction sociale puisqu'il est nommé et décrit par les humains) dans l'ordre de la nature, objettisé quand il s'agit de le vendre, viandisé quand il s'agit de l'élever pour le tuer et le manger, objet a-historique, et ça nous rappelle forcément des choses à nous les femmes.
Voici la critique que j'en ai fait sur mon Goodreads : 


Cet ouvrage de philosophie accessible critique le dogme humaniste pour ce qu'il est : une idéologie servant à légitimer l'ordre du monde, fondée sur une mystique de l'espèce (l'espèce humaine), établissant une norme, une référence implicite, et finalement établissant une hiérarchie et un ordre social spéciste, validiste, masculin, rejetant les animaux dans l'ordre de la nature, du destin, d'objets a-historiques, sans possibilité d'agir sur le monde. Il s'inspire des analyses et épistémologies féministes matérialistes de Guillaumin, Delphy, Mathieu, et des écrits philosophiques d'auteurs tels, Bentham, Singer, Derrida, Pelluchon..., et de nombreuses articles des Cahiers Antispécistes. 

Cet ouvrage propose en deuxième partie un vademecum pour en finir avec l'exploitation des bêtes, pour construire une solidarité avec les autres animaux, un monde plus inclusif, ainsi qu'une méthode pour y parvenir : agir sur la société par le militantisme politique pour aboutir au vote de lois. On retrouve tout cela dans la vidéo ci-dessus (tendez l'oreille, les femmes ne parlent hélas jamais très fort ;( en plus d'un historique -toujours à écrire- des mouvements féministes et pro-animaux qui sont nés simultanément il y a maintenant plus d'un siècle. La majorité des suffragistes britanniques étaient antivivisectionnistes, il est bon de le rappeler.  

" De la même façon que Guillaumin définit le racisme non seulement comme une idéologie, mais comme une relation sociale, nous pensons également utile d'aborder le spécisme de cette manière. C'est ici qu'interviennent les analyses du spécisme (préjugé arbitraire pour l'espèce humaine s'exerçant au détriment des autres animaux) entendu comme mode particulier d'organisation politique, économique et historique, fondé sur un rapport social de pouvoir entre les humains et les autres animaux. " 

On y trouve une critique de l'humanisme : qu'on se souvienne des derniers génocides du XXème siècle, les humains à supprimer étaient rejetés dans l'ordre animal, donc tuables. Rats, poux, pour les juifs pendant la seconde guerre mondiale, cancrelats pour le génocide au Rwanda, serpents lubriques pour le génocide khmer, quand on veut tuer, il suffit d'animaliser le groupe humain à éradiquer. Et c'est désormais démontré, l'humanisme n'arrête pas le bras ni la haine des tueurs. Puisqu'il a instauré une hiérarchie entre humains et animaux, l'humanisme sert aussi à hiérarchiser différents groupes humains déclarés "sauvages", commodément renvoyés à la nature, ou "pas assez entré(s) dans l'histoire": Discours de Dakar 2007. 

Claude Lévi-Strauss - Anthropologie structurale 2 Plon 1973 cité par les auteur-es :
" Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne pût-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes ". 

A lire donc. 
oOo

Vous avez aimé les épidémies du SRAS en 2003, de la grippe porcine H1N1 partie d'un élevage industriel de La Jolla au Mexique en 2009 ? Vous avez eu peur, vous vous êtes morfondus pendant les confinements des deux époques de la COVID19 ? Vous l'avez peut-être même attrapée ? Ces épisodes n'étaient au mieux que des répétitions, le prochain superbug mijote sans doute quelque part. La dernière trouvaille du Complexe Agro-Industriel (comme on écrit Complexe Militaro-Industriel) contre les virus mutants franchissant la barrière des espèces, c'est la "biosécurité" ! Toujours plus d'animaux, toujours plus enfermés, confinés, entassés dans des atmosphères contrôlées, toujours plus de process pesants de désinfections avant de passer d'un bâtiment, d'un étage, d'un ascenseur, ou d'un "lot" à l'autre, MAIS toujours la même pauvreté génétique : trois espèces de porcs (Large White, Landrace, Duroc), une seule espèce de vaches laitières (Holstein), et une seule espèce de poulets, (Gallus Gallus souche INRA), plumes blanches pour les poulets dits de chair, et plumes marron pour les poules pondeuses. Le moral en berne, périssant d'ennui, en butte à l'agressivité de leurs congénères, dans l'impossibilité d'exercer leurs comportement dans leur biotope, déprimés et éteints, dans l'attente du prochain repas calculé et distribué par des machines, il est évident que ce sont des animaux malades qu'on abat au bout de quelques jours ou semaines, soignés aux antibiotiques curativement ou préventivement, voire administrés comme facteurs de croissance pour les viandes importées. 60 % des antibiotiques consommés dans le monde le sont par l'élevage. 
Alors qu'on sait que la meilleure prévention contre les épidémies c'est la variété génétique, de multiples espèces faisant barrage aux virus, un biotope normal et sain dans lequel ils ont développé leurs comportements sociaux depuis des milliers d'années, et un bon moral pour ces animaux vivant en petites communautés ou troupeaux, jouant, explorant, et éduquant leur enfants. 

Les virus utilisent les routes aériennes, maritimes, les voies ferrées et routières tracées par les humains. La progression de la COVID 19 en Europe nous l'a encore démontré. Toutes les semaines partent du port de Brest 70 à  80 conteneurs de volailles congelées INRA, élevées en 39 jours dans les tunnels à poulets du Finistère, abattus à raison de 340 000 PAR JOUR dans l'abattoir France Poultry Châteaulin (ex Doux racheté par son principal client) à destination du Proche-Orient, de l'Arabie Saoudite, du Qatar, du Koweit, de la Chine, du Mozambique, de Haïti et du Gabon. Quelle "bulle sanitaire" peut garantir que sur cette longue chaîne, aucun salarié ne s'abstiendra d'un seul geste contraignant de prévention "pour aller plus vite", ou que des lots ne seront pas mélangés et contaminés, entre autres "accidents" ? Personne. La peste porcine africaine rôde en Europe, l'influenza aviaire aussi. Pour l'instant ce sont les animaux d'élevage qu'on "euthanasie" puisqu'ils sont viandisables et qu'ils passent comptablement par profits et pertes : "aucune victime à déplorer" comme écrit la presse quand des millers d'animaux périssent ; ce sont aussi les petits producteurs qui trinquent mais "ça assainit le marché ", et comme l'espèce humaine a une mémoire d'amibe, après une crise, retour à l'immuable statu quo ante. Surtout pas touche aux pilons, aux nuggets de poulets, au jambon coquillette, ni à la côte de porc des ayant-droit des classes moyennes. " La viande est affirmation féroce de pouvoir ", écrit Martin Caparros dans La Faim. Nous userons donc ce pourvoir jusqu'au prochain superbug. Plus virulent ? Plus contagieux ?

PANDEMIES, une production industrielle par Lucille Leclair au Seuil et Reporterre. 






lundi 28 septembre 2020

Carnage : Pour en finir avec l'anthropocentrisme

Egorgés, abattus au fusil après une course épuisante, piégés, étranglés dans des collets, braconnés, trafiqués, enlevés à leurs parents et transportés enfants hors de leur biotope (la folie des guépards en Arabie saoudite), butés par des gendarmes ou des officiers de louveterie parce qu'ils ont tenté d'échapper à l'abattoir, ou parce qu'ils "prolifèrent", peu importe qu'ils soient "protégés" par deux conventions internationales (loups) ; esclavagisés dans des zoos et des cirques, battus avec des pioches et des pinces, éviscérés vivants, étouffés, remontés des fonds abyssaux, organes éclatés par la différence de pression, nassés, empoisonnés au cyanure, retournés sur le dos et égorgés dans des pièges à l'abattoir, noyés dans leur sang giclant jusqu'au plafond et sur les murs, mal étourdis électrodes dans l'œil quand ils sont des porcs, ébouillantés et dépecés vivants à la scie pour les vaches, porcs, volailles, chassés pour leur ailerons puis rejetés vivants à la baille pour les requins, expérimentés dans les laboratoires pharmaceutiques (chiens, rats, souris, macaques), encagés dans des cirques, incarcérés donc rendus fous dans des zoos, accablés de charges aussi lourdes qu'eux qu'ils portent jusqu'à épuisement, assassinés dans des chasses-loisirs par des gros tas américains s'exhibant ensuite sur leurs cadavres ; envoyés à la mort dans nos incessantes guerres stupides, envoyés en troupeaux sur des champs de mines pour les faire exploser en explosant eux-mêmes (moutons sur les plages du Débarquement), traversant des champs de bataille avec le courrier accroché au cou (pigeons), porcs vivants utilisés comme matériel de crash test dans l'industrie automobile ou utilisés comme matériel d'expérimentation militaire ; modifiés génétiquement pour produire toujours plus de muscle ou de lait, confinés dans des élevages où règne une telle promiscuité qu'ils en deviennent fous, tripotés par des touristes, ces plaies invasives, dépouillés de leur fourrures et peaux pour en faire des manteaux et des sacs, jamais en paix, et avant tout calomniés par l'espèce humaine, rejetés dans une altérité radicale, pour mieux les exploiter dans toutes sortes d'industries lucratives et puissantes ; butés sur les bords des routes parce que les quadrillages de nos voies routières, ferrées et maritimes de leurs territoires les font prendre tous les risques pour se rencontrer, s'accoupler ou simplement se nourrir ; étouffés avec des sacs plastiques en mer et sur terre, la gueule arrachée par un piège bourré d'engins explosifs comme les éléphants en Inde... 


La première moitié du livre tente un recensement du malheur infligé aux animaux par l'espèce humaine. C'est accablant. Tant et si bien d'ailleurs que le vivant est en train de s'effondrer autour de nous, dans l'apathie repue générale. Le spécisme -action de considérer qu'une espèce est plus importante qu'une autre et que les autres espèces sont des moyens pour les fins humaines- continue ses ravages : pas une journée ne se passe sans que nous en soyons témoins ! Ainsi ce matin, sur France info, chronique de l'histoire édifiante d'un "rat mignon, oubliez le vilain rat en bas de chez vous" SIC qui a été médaillé pour avoir détecté des mines au cambodge. Sous-texte pour les mal-comprenant : quand ils nous rendent des services, les animaux sont utiles et l'espèce humaine les tolère et peut même les trouver "mignons" ! Evidemment, ça ne tient pas une minute, allez voir la photo, c'est un rat, de l'espèce rat, et si vous trouvez les rats moches, surtout comparés à la magnifaïque, bellissime, hors-concours espèce humaine, en face de la bête, vous allez monter sur une chaise ou vous évanouir. A l'instar de sa cruauté, la mauvais foi humaine n'a pas de fond. 

La deuxième partie du livre se demande s'il y a des justifications à un tel massacre d'être vivants : "l'espèce humaine tue consciemment volontairement chaque minute dans le monde, plus de 2 millions d'animaux". Ils sont généralement décomptés en tonnages, les abattoirs affichant rarement le nombre d'individus (sentients, éprouvants des émotions, détenant un savoir qu'ils transmettent à leur jeunes, mères maternelles) ; c'est notamment le cas des pêcheurs qui ne savent, ne comptent pas individuellement leurs prises, ils raisonnent systématiquement en "stocks", "ressources" et "tonnages", cela aboutit à  vider les océans et les mers sans états d'âmes en utilisant des technologies de guerre (sonars, radars détecteurs de bans, grenades, harpons..). Car c'est bien d'une guerre dont on parle. Une guerre d'extermination. 

" Une plainte continue monte des fermes, des laboratoires, des arènes, des cuisines, des abattoirs, des niches, des cages ou des bois, de toutes les parcelles de la Terre. Le cri des bêtes nous assourdit. Leur sang nous inonde. Ceux à qui on laisse la vie sauve ne connaissent pas un sort plus enviable. Captifs ou dressés, ils offriront toujours une image de vaincus dans un monde entièrement gouverné par des rapports de force d'autant plus admirables qu'inutiles, arbitraires et gratuits. " *

Pour Jean-Marc Gancille, le réformisme, le welfarisme (agrandissement des cages, libre-parcours, cameras dans les abattoirs pour surveiller les "bonnes pratiques d'abattage" SIC, les abattages à la ferme sensés supprimer les transports sur de longues distances, la défense de petits pêcheurs artisanaux contre les chalutiers industriels, en démontrant, chiffres à l'appui, que la Méditerranée a été vidée par des pêcheurs à bateaux de moins de 12 mètres..., toutes ces bonnes intentions ne font que masquer que, finalement, c'est toujours à la mort de l'animal qu'on aboutit. Pour RIEN. Nous n'avons aucun besoin de viande ni de poisson pour nous nourrir : les végétariens et véganes actuels, ou venant du fond de l'histoire, car ce mouvement de libération animale existe depuis que les humains arpentent la planète, en sont la preuve vivante et en bonne santé sous nos yeux, le contester fait montre d'une obstination dans la mauvaise foi. Le réformisme ne fait que, au final, justifier le système, le cautionner, le faire durer. Ce que font les désespérants écologistes actuels, type EELV, avec leurs oxymores "développement durable, viande éthique, pêche artisanale, gestion de la ressource"... : le malheur et l'arnaque se perpétuent. La façon dont l'humanité traite les animaux, notamment dans l'industrie de l'élevage, par caprice de riches, est un naufrage moral. 

Les animaux sont, comme nous, l'aboutissement d'une longue évolution, comme nous le résultat d'une longue adaptation parsemée d'écueils surmontés, d'apprentissages et de transmission de ces apprentissages. Mieux même, nous sommes tous interdépendants : l'humanité ne survivra pas au dépeuplement et à l'acidification des océans, à des températures moyennes de 45° C à l'ombre, à l'expansion des déserts, à l'effondrement de la diversité des insectes, arthropodes, et vers de terre (la majorité de la biomasse de la planète alors que l'humanité n'en représente que 0,01 % !) qui aèrent, cultivent et rendent nos sols féconds, à l'effondrement des mammifères terrestres par nos élevages et cultures agricoles pour nourrir surtout des animaux, qui concurrencent la place des espèces sauvages : l'auteur préconise l'arrêt total et immédiat de l'élevage, de reconnaître un statut juridique aux animaux, la végétalisation totale de l'alimentation humaine, la fermeture des zoos, l'arrêt définitif de la chasse et de la pêche, le ré-ensauvagement de 50 % des terres et océans de la planète, où les espèces sauvages exerceraient leurs droits à l'autodétermination sans que nous y intervenions et y mettions notre grain de sel ; vu la façon à la gribouille dont nous nous y prenons, dont nous nous y sommes pris jusqu'à maintenant, nos gros sabots de suprémacistes piétinant la porcelaine de l'équilibre fragile de notre biotope, cela me paraît de bon sens. Rien ne peut être pire que la perpétuelle et désastreuse intervention humaine. Nous n'avons de toutes façons plus le choix : nous sommes au pied du mur, acculés. Où nous changerons RADICALEMENT nos comportements de tueurs anthropocentristes ou nous périssons. L'humanité ne survivra pas à la déforestation, à l'avancée des déserts, à des températures de 58° C dues à l'effet de piégeage du carbone dont l'élevage est un puissant pourvoyeur, à la pollution qui suit toutes ses colonisations des territoires des autres, à la surpopulation sur une planète désolée où les autres terriens ne seront que quelques espèces élevées à grand frais environnemental pour nos mythiques protéines animales. Les milliards de poulets que nous torturons et confinons dans des tunnels sont déjà les plus nombreux habitants de la planète. Nous vivons sur la planète du poulet d'élevage. Nous ne survivrons pas dans un désert déforesté, brûlé, à l'air irrespirable, à la montée des eaux, à la cueillette sur des tas d'ordures, comme c'est déjà le cas pour la partie la plus défavorisée de l'humanité. Nous allons devoir tourner le dos au mauvais chemin où l'humanité s'est engagée lors de la "révolution" du Néolithique selon Yuval Harari, en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Ca va être dur, notre déni freinant nos prises de conscience, il va nous falloir être la Terre qui se défend contre la prédation humaine. Courage les défenseurs des animaux, soyons radicaux. 

CARNAGE : nom masculin, action de tuer un grand nombre d'animaux ou d'humains.

" Par la faute de l'anthropocentrisme, nous sommes devenus ce primate nu gonflé d'orgueil, qui s'est auto-persuadé d'être une légende épique. " Paul Watson, pour la préface. 

Charles Patterson, universitaire, historien, s'interrogeant sur les torts terribles que nous infligeons aux animaux, écrit en 2002 Un éternel Treblinka. Isaac Bashevis Singer, écrivain juif d'expression Yiddish, Nobel de littérature, ayant vu sa famille engloutie dans la Shoah écrira : "pour ces créatures (animales), tous les humains sont des nazis". 

" On sait que la grande majorité de ceux qui, descendant des trains, se retrouvaient sur les rampes des camps d'extermination ne parlaient pas allemand, ne comprenaient rien à ces mots qui ne leur étaient pas adressés comme une parole humaine, mais qui s'abattaient sur eux dans la rage et les hurlements. Or, subir une langue qui n'est pas faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, le paroxysme de l'intelligibilité meurtrière, n'est-ce pas précisément le sort que connaissent tant et tant d'animaux ? " Elizabeth de Fontenay, philosophe, Le silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité, 1998, chez Fayard.

* Citation de Armand Farrachi Les ennemis de la terre

dimanche 20 mai 2018

Sexisme, spécisme, "cannibalisme psychique"

En ces temps de Pentecôte, "mangez du veau" selon le slogan marketing du lobby de la viande, -l'élevage envoie à l'abattoir les veaux mâles, sous-produits de l'industrie laitière, réputés inutiles voire parasites puisqu'ils mangent des ressources alors qu'ils ne porteront pas de petits-, et en ces temps de ramadan, je vous propose un tout-images en trois pubs sexistes, et spécistes, ça va de soi, les deux marchant ensemble.


Migros, grossiste alimentaire suisse trouve fin de surfer sur la vague végétale actuelle en proposant aux hommes du "rose" (de la viande blanche de bébé animal anémié ?) sous la dénomination "grilétarien" : le gril, apanage des hommes qui se mettent au "rose" couleur fiiiille, et grillent tout : de la viande, du poisson et des.... légumes ! Leur site Internet : Griletariens.ch, en allemand. Œcuménisme de mauvais aloi, gril couplé avec le même suffixe que végétarien, le tour est joué, le végéta*isme, mouvement social de libération animale, est noyé dans la grillade, la rigolade, et la diversion.


Trouvé cette illustration sur le site Monsieur Mondialisation à propos d'un article sur "la société de consommation : négation de la pensée critique", où curieusement une femme s'enfourne (c'est une sale habitude de l'industrie de la pub, on ne voit pas dans les mêmes proportions des hommes se rentrer des aliments dans la bouche !) un burger avec une étiquette masculine dessus ! Réservé aux hommes ? Donc transgression ? Hors le fait que ce sont toujours les femmes qui sont associées à la consommation, si quelqu'un-e peut m'expliquer.... La subtilité du message m'échappe.


Et enfin, cette réflexion trouvée sur le Twitter des @feralfeminists (féministes sauvages) :
"Quand j'avais 12 ans, j'entendais des garçons me traiter de "crevette". Je demandai à l'un d'eux ce que cela voulait dire. Il répondit : "Quand une fille a un joli corps mais une tête affreuse, elle est comme une crevette. Si vous enlevez la tête, vous pouvez manger son corps". Sexisme est spécisme, concluent les férales féministes. En tous cas, les deux marchent main dans la main. Belle illustration aussi du cannibalisme psychique des femmes par les hommes, évoqué par Ti Grace Atkinson.

Cette semaine, on a entendu Trump s'exprimer à propos des mexicains illégaux aux USA (lesquels leur rendent des tas de services, notamment travailler dans leurs abattoirs, emplois dont les étasuniens ne veulent plus) en les traitants d' "animaux". Renvoyer l'autre à l'altérité radicale en l'animalisant. Le spécisme, cette racine du racisme et du sexisme.

Bonne fête de Pentecôte ou bon ramadan, selon vos croyances, ou juste bon week-end pour celles/ceux qui ne s reconnaissent dans aucune obédience, sans violence, dans l'assiette et ailleurs.

samedi 3 décembre 2016

Justice animale et justice sociale, même combat ?

Billet inspiré et résumé de la conférence de Frédéric Côté-Boudreau, philosophe québécois, donnée le 25 novembre à l'Université de Rennes 2, à l'invitation de l'association Sentience : une association d'étudiants qui défend les animaux.

Puisque le concept de justice est universel, les luttes sociales revendiquent l'égalité concrète, non formelle, l'abolition des privilèges de classe, la libération de la loi du plus fort, la solidarité. Les mouvements sociaux prennent conscience des autres et de l'oppression qu'ils subissent. Colonisés, femmes, noirs américains ont obtenu de haute lutte leur indépendance et leurs droits civiques contre les oppresseurs, la classe sociale dominante des hommes blancs généralement, pour ce qui concerne ces trois catégories.

Définition du spécisme : Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces.

L'antispécisme dénonce l'oppression des animaux, sans nuire aux autres mouvements sociaux. Au contraire, les formes d'oppressions se soutiennent entre elles : elles sont généralement justifiées par l'appel à la tradition (on a toujours fait comme ça !), par la naturalisation de l'oppression (c'est ainsi que le monde est fait !), par la séparation ontologique par l'essence (essentialisation) des femmes, des pauvres, des animaux (par essence, ils sont ainsi faits, éternellement incapables et mineurs), par l'appel à ordre des choses, alors que tout est construction sociale dans l'espèce humaine, même l'animal, et par la prétention condescendante à la bienfaisance, (c'est mieux ainsi pour elles/eux) !

" Il est préférable pour tous les animaux domestiques d'être dirigés par des êtres humains. Parce que c'est de cette manière qu'ils sont gardés en vie. De la même manière, la relation entre le mâle et la femelle est par nature telle que le mâle est supérieur, la femelle inférieure, que le mâle dirige et que la femelle est dirigée " - Aristote, qui compare les esclaves, les femmes et les animaux domestiques dans Politique - Voir chez Tribunal animal, pour d'autres citations.

La construction sociale de l'animal : les humains ont des animaux une vision déterministe, -nous nions en permanence les choix complexes qu'ils sont capables de faire-, une vision utilitaire dont la perception change en fonction de la façon dont nous voulons les utiliser ! Le cas de la souris est éclairant : 
- "vermine" quand elle vit sa vie d'animal au seuil ou dans nos maisons ;
- "outil de travail" dans un laboratoire de faculté de médecine ou de recherche médicale ;
- ou animal de compagnie faisant partie de la famille pour de nombreux enfants.
La torture aux animaux est lourdement punie par la loi sauf si vous portez une blouse blanche et travaillez dans un laboratoire universitaire ou pharmaceutique ! Ou si vous habitez dans le sud de la France où l'on montre des spectacles de corrida. Il s'agit bien de relativisme culturel souvent appliqué de façon méprisante à des classes sociales considérées comme non éclairées.
Nous opposons aux animaux ainsi qu'à leur défenseurs notre anthropomorphisme, alors qu'ils sont des individus sentients comme nous, qu'ils ont une vie sociale complexe, qu'ils cherchent à s'épanouir, que leur vie est importante pour eux. Ils subissent la violence, la domination et l'oppression de notre espèce, bien qu'ils fassent partie de nos communautés, de nos familles et de nos voisinages. Et par dessus tout, nous partageons la même planète. Les animaux résistent de multiples façons à l'oppression, ils s'expriment : ils ruent dans les brancards, ils font grève en s'arrêtant au milieu du sillon, ils refusent d'avancer, ils sautent du troisième niveau d'un camion les emmenant à l'abattoir, et quand ils tentent d'échapper au destin que nous leur réservons, nous sommes implacables et ne leur laissons aucune chance ! 

L'humanisme qui ne s'applique qu'aux humains (sophisme, tautologie) cache quelques zones d'ombre : il est communautaire et conservateur, il a de plus tendance à défendre les privilèges de certaines classes d'êtres humains ; il défend le capacitisme (ableism) qui est une discrimination en fonction des capacités, la personne sans handicap étant la norme 
sociale ; il utilise l'argument de la contribution, alors que certaines personnes humaines ne contribuent pas ou contribuent moins parce qu'elles ne le peuvent pas. L'argument de la contribution dévalorise le travail des opprimés (les contributions des femmes, pour ne citer que ces dernières, sont notablement dévalorisées voire invisibilisées) et survalorise celui des oppresseurs. La théorie marxiste fait des animaux des objets, non des sujets d'histoire. Il est usuel que les groupes opprimés soient comparés à des animaux : femmes, noirs, colonisés, tous rejetés dans une altérité radicale, animale en somme. 


La photo et son explication sont sur le site de Christiane Bailey, article Sexisme, racisme et spécisme, intersection des oppressions. 

On nous oppose à nous défenseurs des animaux le concept de "dignité humaine" et l'alibi de la priorité : "on vit dans un monde de merde, "la société n'est pas prête", ou comme j'entends sans arrêt, "des enfants meurent de faim en Afrique, vous n'avez pas mieux à faire ?", comme si ces causes se nuisaient les unes aux autres, comme si elles étaient opposables ! Il y a évidemment corrélation entre les oppressions, la même logique sous-tend l'oppression des humains et celle des animaux. 


Convergence des oppressions - Convergence des luttes

La cause animale -qui est parfaitement justifiable seule- sert aussi les humains puisqu'elle allume les projecteurs sur l'oppression que subissent les ouvrier.es d'abattoirs, ces autres référents absents de la viande après les animaux : pas plus que nous ne voulons voir nos steaks comme des animaux morts, nous ne voulons voir la violence des abattoirs auprès des gens qui y travaillent et n'ont souvent pas d'autre choix (migrants mexicains sans papiers aux USA, immigrés en situation précaire en Bretagne, tâcherons détachés Bolkenstein roumains dans les abattoirs allemands...), mal payés, dévalorisés, stigmatisés, peu formés, donc peu mobiles socialement. La cause animale inclut aussi les humains puisqu'elle met l'accent sur les dommages causés au climat par l'industrie de la viande grosse pourvoyeuse de méthane, redoutable gaz à effet de serre ; les végétariens et véganes se tuent à dénoncer l'accaparement des terres -pour nourrir des animaux- qui chasse les peuples premiers et les paysans sans titre de propriété de leurs territoires et les clochardise dans des bidonvilles. De la même façon, les défenseurs des animaux ne doivent pas prioriser leur lutte en proclamant "les animaux d'abord", ils doivent au contraire se diversifier, coopérer avec les autres mouvements sociaux, apprendre des autres communautés opprimées. Nous avons, nous défenseurs des animaux, la responsabilité de développer une éthique animale, féministe, multiculturaliste et post-coloniale. 

Pour aller plus loin : traduit en français,  Zoopolis de Pimlicka - Donaldson


et en anglais : Animal rights, Human rights, Entanglements of Oppression and Liberation par David Nibert


Le blog de Frédéric Côté-Boudreau : philosophie et éthique animale
Le Facebook de Sentience Rennes
Le Parti animaliste, nouvellement créé afin de porter la voix des animaux dans la campagne présidentielle. 

vendredi 17 juin 2016

Harambe : spécisme, racisme et sexisme

Fin mai, au zoo de Cincinnati, un enfant de 4 ans échappe à la surveillance de sa mère et se glisse dans l'enclos du gorille Harambe : les témoins et le public autour se mettent à hurler et gesticuler de frayeur, alors que, dans un premier temps, le singe entoure de son bras les épaules de l'enfant ; de frayeur on imagine, voyant tous ces humains s'agiter, il prend peur et entraîne le petit garçon avec lui à l'écart après lui avoir rajusté son t-shirt et son pantalon. Puis, une balle lui a éclaté la tête. Harambe était un gorille des plaines d'Afrique Centrale et son peuple ne compte plus que 765 individus/personnes animales, dont quelques-unes dans des zoos comme celui de Cincinnati où Harambe, sexe mâle, est né en 1999. Son espérance de vie dans la nature était de 35 ans.


Le réflexe des dirigeant du zoos a été de tirer sur le gorille pour le tuer et délivrer l'enfant. Pas d'essayer de le distraire, de l'éloigner avec une lance à eau, ou des fruits qui pour lui sont des friandises, Harambe, gorille captif depuis 17 ans (âge de sa mort) a été traité comme King Kong, au délit de faciès, alors même qu'il est habitué aux humains depuis tout bébé, et qu'il a sûrement compris à quoi sert sa présence dans cette cage où du public vient le voir et lui lancer des cacahuètes en lui faisant des grimaces. Et notre espèce serait supérieure à la sienne ? D'ailleurs Jane Goodall, primatologue-éthologue planétairement reconnue, rappelant un incident de 1996 où une gorille avait mis en sécurité un enfant humain tombé dans son enclos, a écrit au directeur du zoo pour donner son sentiment : pour elle, Harambe protégeait l'enfant, sans doute possible. Ces primates sont des observateurs subtils, ils ne crient pas, et ne sont pas agressifs, même envers leurs congénères, selon ce passionnant article en anglais. Je précise aussi, que le gorille malgré ses canines et sa carrure  impressionnantes est un pacifique végétarien : tout cela lui sert à impressionner (favorablement) les femelles, les concurrents, pas à mordre ni à déchirer, ni à cogner. Et le personnel du zoo qui développe forcément avec le temps des relations affectives et sociales avec ces singes devrait être préparé à faire face, dans la non violence, à ce genre de situations !

Mais le rôle (problématique) des zoos est de "conserver" une espèce, au besoin sous forme de paillettes de sperme : en effet, Harambe est mort, mais son précieux sperme a été prélevé. La vie selon les zoos !
Le sort des individus au sein d'une espèce ne les intéresse pas. Ils font de la reproduction, en biologistes, en prélevant du sperme, en inséminant à la main des femelles non consentantes, (c'est que des bêtes, n'est-ce pas ?) pas ou peu réceptives, voire réticentes, comme on l'a vu avec les zoos à pandas chinois où ces animaux se reproduisent peu ou pas du tout. Car les animaux veulent choisir : l'insémination est une violence faite à chaque individu. L'élevage, même d'animaux sauvages, les patriarcaux au fond, ne rêvent que de ça : produire de la vie en éprouvettes, éliminer les aléas de la rencontre, du choix. Faire confiance à un animal libre, et à la nature, ils n'en veulent pas, ils préfèrent des banques de sperme et d'ovocytes. D'ailleurs la colonisatrice et invasive espèce humaine n'a pas l'intention de leur laisser de place : les espèces animales disparaissent d'abord de la destruction de leur habitat par l'espèce humaine, et ensuite du braconnage, puis pour le plaisir (chasse), pour la viande et enfin, pour... les zoos.

Après le spécisme, le racisme et le sexisme

Cette tragique histoire ne s'arrête pas là : les réseaux sociaux s'enflamment à propos de la mort d'Harambe, et, comme pour le meurtre de Cecil le lion dont j'ai parlé dans ce billet, mettent en accusation la mère du garçon qui a indirectement provoqué la mort du gorille. Les nom, photo et facebook de cette femme sont dévoilés et le bashing commence. Je crois qu'on peut même parler de lynchage social ! Sauf qu'il y a des différences entre le dentiste chasseur de lions (dont je n'approuve pas non plus le lynchage social) et la mère du petit garçon : l'un est un chasseur blanc capable de débourser 50 000 dollars pour une chasse au trophée dans le monde Tiers, et la mère de famille, femme noire, est elle, juste capable de débourser le prix d'entrée du zoo de sa ville pour elle et son enfant. Et elle ne tenait pas le fusil qui a tué Harambe ! Quand elle a déposé plainte contre le zoo, elle a été traînée dans la boue : en gros, elle fait des enfants, mais est incapable de les surveiller. Nulle évocation du père (?) et de son éventuelle responsabilité, il faut être deux pour faire un enfant, mais comme toujours en patriarcat, il y a aux femmes injonctions paradoxales : prière de donner la vie, mais ensuite on s'empresse de leur tomber dessus quand les choses ne vont pas comme ils veulent ! On ne reproche jamais rien aux pères. Racisme et sexisme. Après le spécisme dont a été victime Harambe.

J'ai eu honte pour les défenseurs des animaux, quand j'ai vu déferler la haine contre cette femme. Soyons claires, la cause des animaux, sujet éminemment juste, noble et politique, ne sera pas crédible tant que ses défenseurs (pro-animaux et véganes) se laisseront aller à de telles exactions, teintées de racisme et de sexisme. On ne peut pas défendre l'antispécisme (et Harambe a été victime des préjugés de notre espèce envers la sienne, donc de racisme spéciste, à ce titre le zoo ne lui a laissé aucune chance, c'est évident, son droit à la vie a été bafoué, comme avant son droit de vivre libre) en s'autorisant le sexisme et le racisme. Ou alors, c'est montrer qu'on n'a pas compris que l'un précède et  procède des deux autres. Et dans ce cas, notre combat devient illisible. Et la cause des animaux que nous défendons en pâtit.

Je préfère me battre pour un monde débarrassé du racisme, du sexisme et du spécisme, où les animaux seraient considérés comme d'autres nations autonomes, à qui nous laisserions la place qui leur revient (ils étaient là avant nous, pour la plupart) en arrêtant d'empiéter sur leurs territoires, un monde où les femmes seraient libres de leur destin, notamment reproductif, libres d'avoir ou pas des enfants, libres de se réaliser autrement, et d'un monde où l'espèce humaine serait en paix avec elle-même et avec ses voisins de planète. Où, du coup, les zoos animaux seraient une horrible relique du passé, tout comme les zoos humains le sont devenus, il y a moins d'un siècle.

jeudi 21 janvier 2016

Guerre des mots : les mots de la guerre

La guerre passe mieux dans l'opinion en édulcorant son vocabulaire : "frappes chirurgicales", victimes collatérales"..., pour mieux faire oublier que sous les bombes, il y a des gens. Guerres presse-boutons par écrans vidéo interposés : propre, pas de sang sur les murs, c'est tout de suite plus présentable. Les mots de la guerre servent aussi à vilipender l'ennemi, à le décrédibiliser.



Le week-end de la manifestation des pro-loup à Lyon et Nice les 16 et 17 janvier 2016, France Info invite la sous-préfète de la Drôme à s'exprimer sur le sujet, brûlant en France, puisque chez nous le sujet clive. Le loup est reconnu espèce protégée par la Convention de Berne et par la Directive Européenne Habitats, deux traités ratifiés par la France. Or, chez nous, un préfet peut décider d'abattre des loups : 36 exactement pour 2015, avec la bénédiction du Ministère de l'Ecologie. A la question du journaliste "comment peut-on décider d'abattre une espèce protégée ?", la sous-préfète répond "on ne dit pas abattre on dit prélever !" Et d'expliquer que le "prélèvement" se fait par un lieutenant de louveterie, et pas avec une arme de chasse. C'est d'ailleurs comme ça qu'on reconnaît un loup braconné -abattu illégalement par un braconnier au fusil de chasse, vous suivez jusque là ?- d'un loup tiré, pardon "prélevé" par arrêté préfectoral en toute légalité, -à condition de s'asseoir sur la signature des traités supranationaux que la France ratifie, tout de même !-. On tue donc le loup avec des mots avant de le tuer au fusil à lunette. Mais c'est une habitude. Echantillon : " l'homme est un loup pour l'homme ", "voir le loup", "loup solitaire" qui sert pas mal en ce moment, etc... En plus, on est en face d'une superbe inversion patriarcale : les éleveurs, concurrents directs du loup, veulent des brebis et moutons non gardés dans la nature sauvage, et les espèces sauvages derrière des barrières et des clôtures. Evidemment, tout cela aboutit à un carnage (indemnisé !) : plusieurs milliers de brebis et moutons meurent... de tas d'autres raisons aussi (dont la brucellose ovine), mais comme le loup a le dos large, chargeons le loup, ça sert les intérêts de la corporation des éleveurs ennemis de la biodiversité.
La guerre des mots continue d'ailleurs dans les élevages : ils ne disent jamais envoyer à l'abattoir, mais "envoyer à la réforme" ça permet de mieux digérer, en passant sous silence la mort industrielle promise si les vaches laitières par exemple "ne prennent pas l'insémination" forcée : "allez, hop, ma vieille à la réforme !".

Pamela Anderson contre le gavage : "Dinde, oie, pintade" 

En pleine "crise" de suspicion de grippe aviaire (des dizaines de milliers d'oiseaux sains, gazés et envoyés à la benne dans le sud-ouest, et des vides sanitaires synonymes de perte d'exploitation pour les gaveurs intégrés hors-sol -90 % de la production), les intérêts des éleveurs auraient été attaqués (c'est leur façon de présenter les choses, pas la mienne) d'une autre façon cette semaine à l'Assemblée Nationale, où la députée EELV, Laurence Abeille, dans une campagne contre le gavage a fait venir Pamela Anderson, ex actrice, lobbyiste de la cause animale, plaider la cause des canards et des oies de l'industrie du foie gras. Je ne suis pas une groupie de Pamela Anderson, ex porte-parole de PETA et de ses campagnes sexistes et classistes, je ne suis pas fan non plus des "personnalités engagées dans des causes" qui servent surtout à leur réputation personnelle d'ailleurs -je suis sûre que l'engagement d'Anderson est sincère- et qui éclipsent le travail fait par des dizaines de milliers de bénévoles anonymes et généralement déconsidérées (90 % de femmes) voire maltraitées, des associations de protection animale (pendant que les mecs dirigent et perçoivent un salaire, comme partout), mais les quolibets sexistes, spécistes, l'animalisation des femmes pour mieux ridiculiser les causes qu'elles défendent me débectent ! Extraits du festival (il y a eu des centaines de posts) :

Loïc Besson, journaliste (sexiste) au Figaro :
Une quidame spéciste :
Le Président de la Fondation Jérôme Lejeune qui y trouve l'intérêt de placer son message contre l'IVG, quitte à mélanger les genres, mais ils n'en sont plus à une saloperie près :
Les Nouvelles News et les féministes réagissent :
Réponse d'un beauf :
Laurence Abeille elle-même :
Pascale Boistard, secrétaire d'état aux droits des femmes :
J'y ai mis mon grain de sel en plusieurs posts, en voici deux :
On connaît la stance patriarcale : la parole des hommes est légitime (ils se sont arrogé le magistère de la parole, le pouvoir de nommer), tandis que les femmes sont frappées de la malédiction de Cassandre, fille de Priam douée du don de prophétie, mais punie par le dieu Apollon à qui elle se refuse : elle dira la vérité mais plus personne ne la croira ! Les médiocres vilains jaloux, tout de même.
"C'est l'oppresseur qui écrit les définitions " Ti grace Atkinson

samedi 11 avril 2015

Humains, animaux, repenser l'éthique - 1

Actuellement aux Champs Libres à Rennes, rencontres, échanges et débats sur la question hautement politique de l'éthique humains et animaux, baptisée comme il se doit L'Homme et l'animal, (d'ailleurs l'animal-chien de l'affiche est habillé en homme !) selon l'habituelle expression gratte-nerfs, représentative de la grandiosité pétrifiée dans le marbre et de l'infatuation masculines, l'homme universel, perpétrant le traditionnel hold up sur la totalité de l'espèce, -"l'espèce humaine, c'est eux", écrit quelque part Christine Delphy. De plus, l'Animal est conceptualisé comme entité globale, incluant des animaux aussi divers que les moules, les huîtres, les poules, tous les oiseaux, les chiens, les vaches... pour faire court !


Évidemment, rien de révolutionnaire, ne surtout pas se fâcher avec la FNSEA et le lobby de l'élevage omniprésents dans la région, les animaux restent au service exclusif de l'homme, cet éleveur du néolithique "sous les choix duquel nous vivons toujours", déplore E de Fontenay. J'ai assisté à deux conférences, données par deux femmes, la première par la philosophe Elizabeth de Fontenay, et la seconde par Jocelyne Porcher, Docteure en éthique animale, chercheuse à l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) au parcours atypique et très intéressant, à consulter sur cet article d'Agrobiosciences. Évidemment, je ne suis pas d'accord avec toutes les positions de ces deux penseuses chercheuses, mais je vais tenter un résumé de ces conférences, qui ont au moins le mérite de dénoncer les violences que nous faisons subir à ces "autres nations" que sont nos voisins de planète. Mes réfutations de certains de leurs arguments figureront dans ma conclusion.

Elizabeth de Fontenay - Animal : bien ou lien ? 
Après avoir rappelé les noms des philosophes qui ont écrit avec bienveillance sur la question animale, Empédocle, Plutarque, Porphyre, Pythagore, les philosophes de l'antiquité, tous végétariens, Raimond Sebon, philosophe catalan de la Théologie naturelle au XVème siècle dont Montaigne a fait l'apologie, le philosophe empiriste Hume, et plus près de nous, les philosophes contemporains : Theodor Adorno, Max Horkheimer et Jacques Derrida, E de Fontenay précise qu'il y a actuellement une forte résistance métaphysique aux animaux. Due pour une grande part sans doute aux deux grands philosophes "anti-animaux", Emmanuel Kant et surtout René Descartes, théoricien de l'animal-machine à qui les éleveurs industriels doivent tant ! Les animaux et les humains partagent un même statut de vulnérabilité, selon E de Fontenay : enfants, vieux, handicapés, persécutés, tous sont des êtres vulnérables. L'animal, par définition ne peut s'opposer : on peut tout lui faire. Et quand il résiste, parce qu'il résiste (les animaux dans les élevages industriels sont confinés en bâtiments, maintenus attachés ou en cages, autrement ils s’enfuiraient) ; de temps en temps une vache ou un cochon s'échappent des camions qui les emmènent à l'abattoir, traités de "furieux", ils sont quand même abattus par la police ou la gendarmerie. Nous soumettons ces animaux dits "de rapport" à l'injustice et à la démiurgie humaines : le clonage de brebis, l'élevage industriel, industrie de production par excellence, sont la négation du lien humain-animal. Tous les grands écrivains post-Shoah (Charles Patterson, "Un éternel Treblinka", Isaac Bashevis Singer, Elias Canetti...) ont fait le rapprochement entre les camps d'extermination, l'élevage hors-sol et la mort industrielle de milliards d'animaux dans des abattoirs. Patterson rappelle que Henri Ford a inventé la chaîne de montage en visitant les abattoirs de Chicago (usine de désassemblage) en transposant à l'envers ce qu'il y avait vu dans ses usines, et que ce même Henri Ford avait des sympathies nazies : vous trouverez le développement de l'argument de Patterson sur ce lien vers les cahiers antispécistes.


E de Fontenay rappelle qu'il n'y a pas de "propre de l'homme" : tous les "propres de l'homme" que nous nous sommes trouvé n'ont pas résisté aux progrès de la connaissance des animaux et à l'expérience. Ils ont tous fait flop. Le rire, qui n'a pas toujours eu bonne presse chez les humains, notamment aux yeux des pères des religions révélées (rire sardonique, rire diabolique, rire bestial, et puis écrit Armelle Le Bras-Chopard dans Le Zoo des Philosophes, n'ont-ils pas trouvé que les femmes rient  
bêtement ?) : nous savons aujourd'hui que les animaux se marrent à leur manière. La culture ? Il  y a des cultures animales, même chez les oiseaux, les chants d'une même espèce varient entre "communautés" et quartiers observés. L'utilisation d'outils : nous savons grâce à l'observation et à l'expérimentation que les animaux utilisent des outils et même des méta-outils (expérience faites sur des corbeaux), les doigts opposables de la préhension humaine, même la conscience de soi et le tabou de l'inceste sont parfaitement observés chez certains animaux. Alors, que nous reste-t-il ? Peut-être les religions nihilistes bellicistes et mortifères, et la mise sous le joug de la moitié de notre espèce, les femmes ? Pas vraiment flatteur, pour une espèce suprémaciste et tellement supérieure aux autres..., je n'insiste pas.

Mais il faut tout de même reconnaître une différence entre humains et animaux : nous sommes l'espèce qui s'est nommée genre humain dit E De Fontenay, nous avons donc une spécificité, nous sommes capables de prendre des responsabilités vis à vis des bêtes. Et nous pouvons contracter : les animaux, non. Même si nous leur imposons nos termes de contrats, celui de l'élevage par exemple : je te donne le gîte et le couvert, je te donne des soins vétérinaires, et au terme, je te tue et je te mange. L'amendement Glavany sort maintenant l'animal du statut de bien meuble (notion de mobilité avant celui de chose, rappelle-t-elle) vers celui d'être sentient, sensible, dans le droit européen depuis 1997, mais il ne "protège" que les animaux domestiques et les animaux des zoos et des cirques, pas les animaux sauvages. Le droit fondamental est le droit à la vie. Le droit dérive de l'éthique humaine. E de Fontenay est pour un droit des chimpanzés, pas pour étendre les droits humains aux chimpanzés. Elle travaille également à un droit séparé pour chaque espèce animale, en ce sens, elle se reconnaît spéciste, discrimination fondée sur le critère de l'espèce. Elle se déclare aussi "bouffeuse de viande" alors même qu'elle reconnaît que "le végétarisme est une utopie active, l'honneur de l'Humanité".


E de Fontenay rappelle la phrase de John Stuart Mill sur les utopies qui deviennent réalité : il y a trois grands moments dans l'histoire des idées
1 - Le ridicule ; 2 - Le débat et enfin, 3 - L'adoption de lois.

Quelques écrivains et artistes qui ont plaidé pour les animaux : Victor Hugo, Jules Michelet, Rosa Luxembourg, Rosa Bonheur, Louise Michel, Schopenhauer... Rappelons également que l'espèce humaine a subi au cours de son histoire une succession de rabaissements narcissiques, vécus comme autant de gifles : avec Galilée, perte de la centralité de la terre dans l'univers, avec Darwin (à qui nous le faisons toujours payer en désinformant sur son œuvre) : perte du sommet de la pyramide, nous sommes les produits d'une longue évolution buissonnante, et avec Freud qui nous démontre que nous sommes dominés par notre inconscient. La quatrième blessure narcissique pourrait bien nous être infligée par les animaux, à condition qu'il en reste pour nous accompagner dans l'aventure humaine sur la Terre ! Mais peut-être que nous nous en doutons et que ceci explique les guerres implacables que nous leur menons.

Évidemment, j'ai pris un malin plaisir à illustrer mon billet avec un iconographie insupportablement anthropomorphique ;))
A suivre : Jocelyne Porcher.

Lien : La conférence d'Elizabeth de Fontenay aux Champs Libres sur Soundcloud
Elizabeth de Fontenay, la voix des sans voix, sur la vulnérabilité : interview dans le Monde
Bibliographie d'Elizabeth de Fontenay -sans rémunération publicitaire, on la trouve dans toutes les bonnes librairies.

vendredi 18 avril 2014

Dernières nouvelles de la guerre aux autres espèces

On en rirait si ce n'était pas si triste. Le prix de l'humour (involontaire) va au Midi Libre avec sa Une du samedi 12 avril 2014 où deux titres s'entrechoquent : ne sont victimes de la barbarie humaine QUE les chats et chiens, surtout pas les taureaux de combat de l'affiche du programme de la "feria" de l'Ascension, ni, à fortiori, les animaux dits de "rapport" ou de "boucherie" ! Les habituelles falsifications de définitions du pouvoir patriarcal. Ils pratiquent ce double standard avec tout le monde, sans qu'on s'habitue. Je ne suis même pas sûre que ce soit du foutage de tronche : ils ont dû s'intoxiquer eux-même, à force !


Les canadiens reprennent comme chaque printemps leur traditionnel massacre de phoques, alors que l'Europe a voté le boycott des produits de cette chasse dans toute l'Union. Comme les Etats-Unis, le Mexique et la Russie. Qu'à cela ne tienne, le Canada tient à sa tradition obsolète, il fait appel devant l'OMC de la décision européenne. Les militants de l'ONG de protection animale HSI Canada surveillent et patrouillent pour trouver les chasseurs, comme en témoigne ici Rebecca Adworth aux commandes de son avion de reconnaissance :

Le grindatrap, rituel masculin traditionnel de massacre de globicéphales aux Iles Féroé (Danemark) est dans le collimateur de l'ONG Sea Shepherd qui documente le massacre et prouve que la "viande" de ces baleines n'est pas consommée, car elle est bourrée de mercure et de pesticides donc interdite à la consommation. Non contents d'empoisonner les animaux marins en déversant nos pollutions toxiques dans l'océan, il faut en plus maintenir au nom de la tradition des pratiques obsolètes et sans plus aucune signification. Les Danois des Féroé font désormais, comme tout le monde, leurs courses au supermarché. Plus besoin de chasser la baleine pour se nourrir !
Les japonais, eux, qui pratiquent la chasse à la baleine sous couvert fumeux d'études "scientifiques", viennent d'essuyer un revers devant La Cour Internationale de Justice sur plainte de l'Australie : il devront renoncer à leurs prises "scientifiques" dans l'Océan Antarctique. Mais il n'est pas du tout sûr que ce braconnage s'arrête pour autant, toujours selon Sea Shepherd dans cet article du Nouvel Observateur.

La France vient d'adopter à la sauvette un amendement déjà contesté par la FNSEA, changeant le statut des animaux de bien meuble (Code civil) à "être vivant et sensible", ce que reconnaissent le Traité de Rome depuis 1997 et le Code Rural. Mais rassurons les tenants de l'animal machine de Descartes, votre chien ou chat vous sera toujours remboursé au poids de bagage par Air France quand elle vous l'aura perdu ou écrasé, et la même Air France continuera à transporter du "matériel de laboratoire", en l'espèce des singes rhésus destinés à des expériences et des tests de médicaments dans son fret aérien. De même, les industriels de la viande continueront à vous vendre du bœuf coupé avec de la viande de chevaux volés aux USA. La France : toujours deux tramways de retard ! L'espagne, pays conservateur, a pourtant un parti des animaux, le Partido PACMA, qui présente sa liste aux élections européennes : ils sont allés la déposer le 16 avril, forts de 40 000 signatures et accompagnés de quelques toutous.

Lien : la définition du mot tradition par Wikipedia (Comme d'habitude, le mot humain se superpose exactement avec masculin, viril).

Enfin, des nouvelles d'une autre guerre -contre les femmes, cette fois : en Grande-Bretagne des nuisibles ont trouvé malin de monter un groupe Facebook prenant et publiant des photos volées de femmes mangeant dans le métro : Women who eat on tubes. Tollé sur la toile : les femmes, toujours sous contrôle patriarcal, n'ont aucun besoin, elles ne mangent pas, ne pissent pas...., bref, je ne vais pas vous faire toute la liste, elles n'ont, ne doivent avoir, c'est bien connu, aucune fonction biologique forcément "bestiale". Devant cette nouvelle tentative de dressage social patriarcal, la moutarde a monté au nez de féministes un peu entreprenantes : en réponse, elles ont organisé un flashmob. Résultat, 500 femmes (et quelques hommes) ont envahi le métro de Londres avec des paniers de pique nique en osier, de la nourriture, et elles ont mangé ensemble dans le Tube ! J'adore Internet et les londoniennes :-) !


jeudi 20 mars 2014

Les dernières boulettes du lobby de la viande


Oui aux poulets bien élevés. Oui aux dindes bien élevées. Non aux volailles sans papiers. Les trois slogans sexistes, racistes et réactionnaires, écrits au  marqueurs sur la poitrine nue d'un homme campé devant un tunnel à poulets : c'est la dernière campagne de l'Association de Promotion de la Volaille française.
Voici la video montrant les trois clips que vous pouvez voir sur vos télévisions, hors écrans publicitaires, puisque je l'ai vue sur France 2 après 20H30, horaire où la pub est normalement bannie de leurs écrans. Ce ne serait pas de la pub, ce seraient des messages à caractère informatif d'intérêt général !



La poitrine nue du monsieur vous rappelle-t-elle quelque chose ? Les activistes FEMEN et leurs slogans anti-patriarcat écrits sur la poitrine ? Ils n'ont quand même pas osé mettre une femme bien que "dinde"", volaille", "poule", "poulette", "oie" font traditionnellement partie du vocabulaire sexiste/spéciste péjoratif dont on affuble les femmes pour les animaliser et les diminuer. Mais c'était bien l'idée de départ ! Ici, ils ont mis un homme, "un Hommen", dit le site sopeople qui dénonce le spot. STOP Homophobie a également réagi sur son compte Twitter :

A ceci près que FEMEN est un mouvement féministe, donc de libération (quoi qu'on pense par ailleurs de leurs méthodes d'activisme) et que Hommen est un mouvement réactionnaire d'hommes voulant contrecarrer le combat féministe. Mettre ces deux mouvements en parallèle est donc une mauvaise action. De plus, les Hommen avancent masqués au contraire des Femen qui manifestent à visage découvert. Ça fait deux grosses différences. Aussi, merci à l'APVF de comparer les femmes à de la volaille pour nous vendre ses productions industrielles maltraitantes des animaux, en prétendant en plus défendre la condition animale !
Car le monsieur est campé devant un concentrationnaire tunnel à poulets, sans air et sans lumière. Je vous garantis qu'il suffit de pénétrer dans un de ces tunnels à poulets ou à dindes, avec des milliers d'oiseaux à l'intérieur, pour savoir que c'est absolument irrespirable. On nous prend pour des gogos.

Pour faire bonne mesure, Les Nouvelles de Sablé, un journal local sarthois, rapporte que Loué "pays de la volaille, de la poulette" (entend-on sur la vidéo de promo en bas de l'article) aurait servi de décor au tournage d'un film porno, impactant négativement l'image de la ville, de la marque Poulets fermiers de Loué, et de ses valeureux producteurs de poulets de plein air ! Pas un mot sur l'outrage fait aux femmes, traitées de volailles dans la bande annonce, bien entendu. Je ne parle même pas de l'exploitation et de la dégradation de leur corps par l'industrie de la pornographie. J'espère que les éleveurs de volailles de Loué ne regardent jamais un seul film porno, mais j'ai des doutes. L'affaire a traversé la Manche : le Télégraph rapporte que le tournage d'un film porno (interdit dans un lieu public en France, précise l'article) a "hérissé les plumes du maire" (ah, ha, ah), que la gendarmerie s'en est mêlée et a mené l'enquête pour savoir si la dame filmée dans la bande-annonce serait par hasard du coin. On aimerait que les gendarmes mettent autant de zèle à lutter contre la violence maritale, les femmes exploitées par l'industrie de la pornographie, et à traquer les mâles-traitants de toutes obédiences, y compris les contrevenants aux lois de protection animale dans les élevages !
oOo

Une mention sur un excellent article de Charlie-Hebdo de cette semaine "Du compost dans la tête" de Gérard Biard (A la manivelle) qui revient sur l'abstention de José Bové et Daniel Cohn-Bendit lors du vote du parlement européen sur l'égalité femmes-hommes à cause de la phrase "La prostitution est une violence faite aux femmes", dans le texte qui compte 90 recommandations relatives aux droits des femmes. Un court extrait de l'article de Gérard Biard : "Les verts sont contre la marchandisation, sauf celle des corps. Ils sont contre les lois du marché sauf lorsqu'elles s'appliquent à la sexualité et à l'intime. Ils sont pour la décroissance sauf celle des violences que subissent quotidiennement des millions de femmes contraintes de subir un moyenne une vingtaine de rapports sexuels par jour. [...]. Ils prétendent vouloir changer le monde, mais défendent un privilège archaïque qui met des êtres humains -des femmes- à la disposition sexuelle d'autres êtres humains -des hommes." Super article, qui vaut d'être lu en entier -page 5 ! Certains Verts sont vraiment désespérants.

samedi 18 janvier 2014

Body parts

Bon, pendant que la France balance entre deux premières dames, (quelle opulence, par ces temps de disette, on en a deux pour le même prix, merci Président), et que les hebdocrates comme dit Arrêt sur images en sont tout émoustillés, Time Magazine nous sort sa couverture de cette semaine avec le titre Can anyone stop Hillary ?*


En montrant une jambe de pantalon, pied chaussé d'escarpin (je mets tout au singulier, bien embêtée que je suis par cet unijambisme !), qui piétine ou embroche (?) un homoncule accroché à son talon-aiguille ! Le sexisme, c'est des deux côtés de l'Atlantique. Evidemment, pour le cas bien excusable où vous ne l'auriez pas reconnue à son stiletto, il s'agit de Hillary Clinton, future candidate (non déclarée, grumble grumble !) à l'investiture Démocrate pour la course à la Maison Blanche en 2016. Mais qui a de bonnes chances d'être la prochaine Présidente des Etats-Unis. D'où l'intérêt de la réduire à une piétineuse d'hommes, encore une façon de démoniser les femmes de pouvoir : arracheuses de couilles, arrivistes sans foi ni loi. Avec les patriarcaux, aucune femme n'est jamais présentée positivement, vous aurez tort quoi qu'il arrive : femme bafouée dans le mariage ou le compagnonnage de ce côté-ci de l'Atlantique, ou arriviste à bretelles, mangeuse de couilles, sorcière assoiffée de pouvoir de l'autre côté.

C'est l'aile ou la cuisse, notez bien, pas les deux. Et puis, comme chez les bouchers, on ne présente jamais la tête : ça fait peur aux clients, pardon, aux électeurs. C'est une sale habitude : des femmes-jambes, la pub en est pleine ! Ci-dessous, la pub de promotion du blanc, cette année au BHV Marais.


Redoutable politique sexuelle de la viande, on peut même en manger après salage -toujours d'après les pubeux : vous remarquerez le plat de cuisses de poulet en-dessous.


Si vous voulez vous documenter sur le sujet du regard masculin fractionneur/découpeur, je vous recommande ces liens :
La femme démembrée sur le blog Nous et les autres,
L'objectivation sexuelle des femmes, un puissant outil du patriarcat : le regard masculin ou male gaze chez Antisexisme.
En anglais, sur le blog de Caroline Heldman :
Sexual objectification : What is it ? 
D'autres exemples de réification/animalisation des femmes sur mon tableau Pinterest Politique sexuelle de la viande.

Vous, je ne sais pas, mais perso, laisser le pouvoir à des gens incapables de voir la big picture, d'avoir une vision globalisante, ça me fiche les jetons. On a besoin de politiques capables de comprendre le monde dans la globalité, pas de gens juste capables de le voir par ses détails. Pas tout le temps, en tous cas. Le pouvoir masculin est affligé de myopie, il fractionne le monde en petits morceaux, il le voit par le petit bout de la lorgnette ! Celui de ses intérêts étroits de caste au pouvoir, objectivement. Vivement que ça change.

* Peut-on arrêter Hillary ?