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mercredi 25 novembre 2020

Féminisme et cause animale - Solidarité animale par Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure

Le mouvement de défense des animaux, mouvement planétaire et désormais vieux de 150 ans, serait en nombre le premier mouvement de femmes, avant les mouvements féministes eux-mêmes ; en effet, 68 à 80 % des militants pour les animaux sont des femmes. Pourquoi les femmes ont-elles été les premières à prendre conscience de l'exploitation des animaux par les humains, que ce soit dans l'élevage, les cirques, la vivisection, à la chasse comme à la corrida ? 

" Le spécisme se fonde sur une appropriation directe, physique des autres animaux et tente de se légitimer par l'idée d'un ordre du monde naturellement hiérarchisé. Ce schéma présente de nombreux points communs avec d'autres systèmes d'oppression, notamment ceux du racisme, du capacitisme et du sexisme. En raison de cette matrice commune, l'antispécisme apporte des points de vue nouveaux aux autres luttes progressistes et à la pensée éthique et politique en général. "

Je vous propose cette semaine une vidéo sur un article de Christiane Bailey et Axelle Playoust-Braure paru dans la Revue Ballast qui reprend et synthétise les thématiques, toutes abordées par mon blog depuis dix ans. Oppression des femmes et oppression des autres animaux, tous-tes ont un commun dominant, le Patriarcat.  


 


Axelle Playoust-Braure vient de faire paraître aux Editions La Découverte, en coécriture avec Yves Bonnardel, le livre Solidarité animale - Défaire la société spéciste. La thèse du livre est originale : les auteur-es s'inspirent des analyses des féministes matérialistes pour dénoncer le rejet de l'animal (forcément construction sociale puisqu'il est nommé et décrit par les humains) dans l'ordre de la nature, objettisé quand il s'agit de le vendre, viandisé quand il s'agit de l'élever pour le tuer et le manger, objet a-historique, et ça nous rappelle forcément des choses à nous les femmes.
Voici la critique que j'en ai fait sur mon Goodreads : 


Cet ouvrage de philosophie accessible critique le dogme humaniste pour ce qu'il est : une idéologie servant à légitimer l'ordre du monde, fondée sur une mystique de l'espèce (l'espèce humaine), établissant une norme, une référence implicite, et finalement établissant une hiérarchie et un ordre social spéciste, validiste, masculin, rejetant les animaux dans l'ordre de la nature, du destin, d'objets a-historiques, sans possibilité d'agir sur le monde. Il s'inspire des analyses et épistémologies féministes matérialistes de Guillaumin, Delphy, Mathieu, et des écrits philosophiques d'auteurs tels, Bentham, Singer, Derrida, Pelluchon..., et de nombreuses articles des Cahiers Antispécistes. 

Cet ouvrage propose en deuxième partie un vademecum pour en finir avec l'exploitation des bêtes, pour construire une solidarité avec les autres animaux, un monde plus inclusif, ainsi qu'une méthode pour y parvenir : agir sur la société par le militantisme politique pour aboutir au vote de lois. On retrouve tout cela dans la vidéo ci-dessus (tendez l'oreille, les femmes ne parlent hélas jamais très fort ;( en plus d'un historique -toujours à écrire- des mouvements féministes et pro-animaux qui sont nés simultanément il y a maintenant plus d'un siècle. La majorité des suffragistes britanniques étaient antivivisectionnistes, il est bon de le rappeler.  

" De la même façon que Guillaumin définit le racisme non seulement comme une idéologie, mais comme une relation sociale, nous pensons également utile d'aborder le spécisme de cette manière. C'est ici qu'interviennent les analyses du spécisme (préjugé arbitraire pour l'espèce humaine s'exerçant au détriment des autres animaux) entendu comme mode particulier d'organisation politique, économique et historique, fondé sur un rapport social de pouvoir entre les humains et les autres animaux. " 

On y trouve une critique de l'humanisme : qu'on se souvienne des derniers génocides du XXème siècle, les humains à supprimer étaient rejetés dans l'ordre animal, donc tuables. Rats, poux, pour les juifs pendant la seconde guerre mondiale, cancrelats pour le génocide au Rwanda, serpents lubriques pour le génocide khmer, quand on veut tuer, il suffit d'animaliser le groupe humain à éradiquer. Et c'est désormais démontré, l'humanisme n'arrête pas le bras ni la haine des tueurs. Puisqu'il a instauré une hiérarchie entre humains et animaux, l'humanisme sert aussi à hiérarchiser différents groupes humains déclarés "sauvages", commodément renvoyés à la nature, ou "pas assez entré(s) dans l'histoire": Discours de Dakar 2007. 

Claude Lévi-Strauss - Anthropologie structurale 2 Plon 1973 cité par les auteur-es :
" Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne pût-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes ". 

A lire donc. 
oOo

Vous avez aimé les épidémies du SRAS en 2003, de la grippe porcine H1N1 partie d'un élevage industriel de La Jolla au Mexique en 2009 ? Vous avez eu peur, vous vous êtes morfondus pendant les confinements des deux époques de la COVID19 ? Vous l'avez peut-être même attrapée ? Ces épisodes n'étaient au mieux que des répétitions, le prochain superbug mijote sans doute quelque part. La dernière trouvaille du Complexe Agro-Industriel (comme on écrit Complexe Militaro-Industriel) contre les virus mutants franchissant la barrière des espèces, c'est la "biosécurité" ! Toujours plus d'animaux, toujours plus enfermés, confinés, entassés dans des atmosphères contrôlées, toujours plus de process pesants de désinfections avant de passer d'un bâtiment, d'un étage, d'un ascenseur, ou d'un "lot" à l'autre, MAIS toujours la même pauvreté génétique : trois espèces de porcs (Large White, Landrace, Duroc), une seule espèce de vaches laitières (Holstein), et une seule espèce de poulets, (Gallus Gallus souche INRA), plumes blanches pour les poulets dits de chair, et plumes marron pour les poules pondeuses. Le moral en berne, périssant d'ennui, en butte à l'agressivité de leurs congénères, dans l'impossibilité d'exercer leurs comportement dans leur biotope, déprimés et éteints, dans l'attente du prochain repas calculé et distribué par des machines, il est évident que ce sont des animaux malades qu'on abat au bout de quelques jours ou semaines, soignés aux antibiotiques curativement ou préventivement, voire administrés comme facteurs de croissance pour les viandes importées. 60 % des antibiotiques consommés dans le monde le sont par l'élevage. 
Alors qu'on sait que la meilleure prévention contre les épidémies c'est la variété génétique, de multiples espèces faisant barrage aux virus, un biotope normal et sain dans lequel ils ont développé leurs comportements sociaux depuis des milliers d'années, et un bon moral pour ces animaux vivant en petites communautés ou troupeaux, jouant, explorant, et éduquant leur enfants. 

Les virus utilisent les routes aériennes, maritimes, les voies ferrées et routières tracées par les humains. La progression de la COVID 19 en Europe nous l'a encore démontré. Toutes les semaines partent du port de Brest 70 à  80 conteneurs de volailles congelées INRA, élevées en 39 jours dans les tunnels à poulets du Finistère, abattus à raison de 340 000 PAR JOUR dans l'abattoir France Poultry Châteaulin (ex Doux racheté par son principal client) à destination du Proche-Orient, de l'Arabie Saoudite, du Qatar, du Koweit, de la Chine, du Mozambique, de Haïti et du Gabon. Quelle "bulle sanitaire" peut garantir que sur cette longue chaîne, aucun salarié ne s'abstiendra d'un seul geste contraignant de prévention "pour aller plus vite", ou que des lots ne seront pas mélangés et contaminés, entre autres "accidents" ? Personne. La peste porcine africaine rôde en Europe, l'influenza aviaire aussi. Pour l'instant ce sont les animaux d'élevage qu'on "euthanasie" puisqu'ils sont viandisables et qu'ils passent comptablement par profits et pertes : "aucune victime à déplorer" comme écrit la presse quand des millers d'animaux périssent ; ce sont aussi les petits producteurs qui trinquent mais "ça assainit le marché ", et comme l'espèce humaine a une mémoire d'amibe, après une crise, retour à l'immuable statu quo ante. Surtout pas touche aux pilons, aux nuggets de poulets, au jambon coquillette, ni à la côte de porc des ayant-droit des classes moyennes. " La viande est affirmation féroce de pouvoir ", écrit Martin Caparros dans La Faim. Nous userons donc ce pourvoir jusqu'au prochain superbug. Plus virulent ? Plus contagieux ?

PANDEMIES, une production industrielle par Lucille Leclair au Seuil et Reporterre. 






dimanche 1 novembre 2020

L'éléphant dans la pièce (Buveurs de sang)

The elephant in the room : ou comment ne pas voir ce qui est pourtant énorme, les désastres provoqués par la violence et la frustration masculines. Dans un silence assourdissant.

Après un attentat terroriste de plus, incessant défilé de frustrés enragés "faisant effraction dans le réel" pour nous terroriser, sidérer la société, et tenter de provoquer une guerre civile, on a une fois de plus le même déluge de commentaires, analyses, contre-analyses de spécialistes, généralement tous des hommes, suroccupant les plateaux télé, les colonnes de journaux et les médias sociaux, proposant leurs solutions devant des animateurs et animatrices s'arrachant les cheveux pour ceux qui en ont encore : que faire pour lutter contre la violence de ces "individus" "loups solitaires" (vraiment on l'entend encore !) et "personnes radicalisées" (une personne, c'est personne disait un de mes clients se trouvant spirituel), après des micro-trottoirs déplorant que la religion qui est tout amour, conduise certains à de telles actions déviantes. Mais jamais personne ne fera remarquer ce qui crève pourtant les yeux : les terroristes sont des hommes à 99 % ! 

Il y a bien eu les trois femmes aux bouteilles de gaz aux abords de Notre-Dame en plein cœur de Paris en 2016, pourtant téléguidées par les combattants de l'EIL au Cham, mais elles avaient été sans doute mal briefées, elles avaient arrosé les 6 bonbonnes de fuel au lieu d'essence "parce que c'est moins cher" SIC, du coup le fuel étant moins inflammable, elles ont raté leur coup. Elles ont été jugées, et elles ont pris cher, 30 ans, pour la principale accusée Ines Madani. 

" L'homme a une préférence marquée pour les objectifs "virils", la guerre et la mort " 

Mettez-vous en tête mesdames que dans les religions du Livre, issues de la proto-histoire, narrations épiques transmises oralement par des éleveurs de moutons du Néolithique, les femmes ont pour destin de reproduire l'espèce ; nous avons même été domestiquées pour ça. Les hommes font la guerre, les femmes fournissent les soldats pour leurs guerres, c'est ainsi que ça fonctionne. Dans les territoires conquis par Daech, pour ne citer que cet exemple récent, les femmes converties ou radicalisées arrivant au Cham étaient mariées immédiatement à un combattant, ou le lendemain de leur veuvage quand le premier, voire deuxième, troisième mari tombait au front, et elles étaient parquées dans le quartier des femmes à Raqqa, (une "ferme" aurait dit Dworkin) la capitale de l'EIL. Source Le jihadisme français de Hugo Micheron. Celles, occidentales, élevées dans l'égalité avec les garçons, qui étaient venues pour combattre aux côtés des "frères" en ont été pour leurs frais : on ne va quand même pas donner une arme à une femme, elle pourrait être tentée de la retourner contre son oppresseur ! Pour domestiquer les femmes, les rendre à merci, il a fallu leur imposer le tabou des armes. 

" Le système de compensation le plus courant du mâle, à savoir dégainer son gros calibre, se révélant notoirement inefficace, puisqu'il ne peut le sortir qu'un nombre limité de fois, il dégaine sur une échelle franchement massive, donc sublime, prouvant ainsi au monde entier qu'il est un "Homme". "

Tenter d'expliquer ces passages à l'acte violents, comme le font certain-es par la frustration sociale et la désocialisation de "laissés pour compte", lumpen prolétaires relégués dans des banlieues tristes, ne résiste pas à l'examen. D'abord parce que pas mal s'en sortent et fournissent même des député-es à la République, et puis surtout parce que les plus mal loties dans ces quartiers, ce sont les femmes ! Mal traitées par la société patriarcale, elles peuvent l'être en plus par leurs familles, leurs frères, pères et maris, les voisins, tous les membres de la famille ou du clan. Exemple entre cent, une jeune femme tondue par sa famille parce qu'elle ne fréquentait par un garçon "acceptable" par le clan. Elles ne se saisissent pourtant pas de kalashnikovs ni même des couteaux qui ne manquent pas dans leurs cuisines pour foncer dans le tas. Alors ?  

" Notre société n'est pas une communauté, c'est un entassement de cellules familiales. Miné par son sentiment d'insécurité, l'homme est persuadé que sa femme va le quitter si elle s'expose aux autres hommes et à tout ce qui peut présenter une lointaine ressemblance avec la vie. Aussi cherche-t-il à l'isoler de ses rivaux et de cette faible agitation qu'on nomme civilisation, en l'emmenant en banlieue pour la caser dans une rangée de pavillons où s'enferment dans une contemplation mutuelle des couples et leurs enfants ". 

Notre classe sociale femmes est maudite : au mieux, nous sommes diffamées par la société misogyne, au pire, nous sommes passées sous silence, nos actes de bravoure (ailleurs que sur des champs de bataille, il faut du courage pour affronter le quotidien, pas mal d'hommes n'y arrivent pas) et notre grand calme inclus. Taxez-moi d'essentialisme, je m'en moque. Les femmes ne sont pas élevées, construites socialement comme les hommes, et malgré un siècle de féminisme, côté actions malveillantes (mâleveillantes ?) nous sommes toujours sous le plafond de verre : meurtres, braquages de banques, viols, délinquance sexuelle, terrorisme, tueries de masse. Ils tiennent toujours massivement les statistiques de la délinquance : 97 % de la population carcérale française ce sont des mecs. C'est qu'il y a des raisons à notre stagnation : on ne vient pas en un siècle à bout de 6 000 ans de domestication, de conditionnement par la peur, de castration psychique et métaphysique et même physique (sexes coupés, mutilations génitales diverses, pieds déformés...) à coups de pieds et de poings, de viols laissant des traces dans la psyché, de traumas se transmettant de générations en générations ! A l'inverse des autres opprimé-es, ouvrièr-es, femelles animales, nous sommes impliquées émotivement, affectivement, physiquement avec nos oppresseurs, pire, nous leurs fournissons leurs troupes et leurs soldats. Nous sommes mithridatisées, isolées les unes des autres à dessein depuis 6000 ans.

" Même chez les femmes à la coule, les amitiés profondes sont rares à l'âge adulte car elles sont presque toutes ligotées à un homme afin de survivre économiquement, ou bien elles essaient de se tailler un chemin dans la jungle et de se maintenir à la surface des masses amorphes. "

" Aucune véritable révolution sociale ne peut être réalisée par les hommes, car ceux qui sont en haut de l'échelle veulent y rester et ceux qui sont en bas n'ont qu'une idée, c'est d'être en haut. La "révolte" chez les hommes n'est qu'une farce. Nous sommes dans une société masculine, faite par l'homme pour satisfaire ses besoins. S'il n'est jamais satisfait, c'est qu'il lui est impossible de l'être. " 

Si l'on fait l'inventaire de 6 millénaires de pouvoir masculin prédateur et sans partage, que constatons-nous ? Une population planétaire provoquant des effractions incessantes dans les espaces des autres terriens avec les risques inhérents, la guerre avec les autres espèces pour l'espace vital, le vidage, l'épuisement et la dégradation du biotope terrestre et marin par extractivisme à coups de gros engins phalliques ; débordements d'ordures non dégradables, surpêche, braconnage -dans pas mal de cas pour soutenir leur virilité défaillante, que paient aussi bien les espèces animales que les espèces végétales ; guerres de haute et basse intensité à cause de leurs systèmes de croyances délétères, obscurantistes, aliénantes, concurrence entre eux pour des "terres vierges" restant à saccager, la compétition sans cesse promue au détriment de la coopération qu'il laissent aux "femmelettes", la course en avant au "progrès" privilégiant toujours le curatif au préventif ; la détérioration du climat qu'ils promettent, ces forcenés, de régler par la géo-ingénierie voire la colonisation hypothétique d'autres planètes, "Big Bang, Big Phallus" (Federici), et même si quelques-uns arrivent à se carapater vers les étoiles, l'humanité, celle qui n'a pas été "augmentée", restera dans les décombres de ce qui fut notre havre. Car ces nouvelles colonies ne seront pas peuplées comme les précédentes, de voleurs, outcasts, bagnards-lie de la société, mais d'hommes et de femmes technologiquement et biologiquement transformés. On le voit, le tableau des bénéfices n'est pas brillant, même si les services de recherche et développement sont littéralement capables de miracles d'inventivité et de créativité. On peut même se demander s'ils ne favorisent pas leur hybris chronique, leur sentiment de toute puissance. Mais ils pourraient bien trouver leur Némésis ! 

Et nous, les femmes, voulons-nous du rôle de " co-gérantes de la merde ambiante ", laissant faire et regardant passivement le ravage se commettre ? N'est-ce pas notre tour, à nous qui gérons leur quotidien pendant qu'ils vont prétendument à la chasse ou à la guerre, ce qui revient désormais au même ? Peut-être ne ferons-nous pas mieux, mais au moins essayons ce qui n'a jamais été fait, le pouvoir aux femmes ! Qu'est-ce qu'on a à perdre, nous les femmes, quand on voit le résultats de leurs contre-exploits et de leurs méfaits ? Préférons-nous rester des " Filles à son Papa, gentilles, passives, consentantes, 'cultivées', subjuguées, apeurées, ternes, angoissées, avides d'approbation, déconcertées par l'inconnu, " ou au contraire des "grisantes", des SCUM, des " femmes dominatrices, à l'aise, sûres d'elles, méchantes, violentes, égoïstes, indépendantes, fières, aventureuses, sans gêne, arrogantes, qui se considèrent aptes à gouverner l'univers, qui ont bourlingué jusqu'aux limites de cette société... " ? Les adjectifs de la précédente phrase, n'oubliez pas, ont été forgés, stigmatisés, par le patriarcat et ses allié-es pour nous tenir dans l'aliénation, la peur et la dépendance. Ils ne sont pas péjoratifs mais valorisants, ils sont destinés à briser nos chaînes. 

Les citations en caractère gras et rouge retranscrites dans ce billet sont extraites de SCUM Manifesto, pamphlet écrit en 1967 par Valerie Solanas. Il garde 50 ans après toute sa verve, tout son pouvoir subversif et révolutionnaire. Malgré quelques errances essentialistes, et références douteuses, ce texte est un dazibao, un coup de gueule, plus hurlé qu'écrit : Valerie Solanas survivait en marge, comme pas mal de femmes, en faisant la manche et en se prostituant, elle avait donc quelques raisons d'être dans une colère noire. Texte fun, accrocheur, avec un sens inégalé de la punchline, texte assertif et empouvoirant, texte salutaire donc.  La colère, ce sentiment si réprimé chez les femmes : avec Valerie Solanas, affirmons notre droit d'être en colère, une colère motrice, pulsion de vie, refusant le statu quo et l'abattement devant leurs perpétuelles pulsions de mort.


" Si les femmes ne se remuent pas le cul en vitesse, nous risquons de crever tous " 

samedi 27 octobre 2018

L'histoire violente du hamburger

Colonialisme, sexisme, défaunation, holocauste d'animaux d'élevage : l'HIStoire du burger, l'insoutenable solution moderniste à notre fourniture en protéines.

Cet article est inspiré du chapitre 3 (Cow burger) de l'ouvrage de Carol J Adams "Burger" paru chez Bloomsbury dans leur collection Object Lessons qui raconte l'histoire d'objet usuels du quotidien. Édition non traduite en français.

Colonialisme

Tout commence en 1492 avec l'arrivée de Christophe Colomb dans le "nouveau monde", immédiatement suivi par les colons espagnols qui arrivent sur l’Île d'Hispaniola (l'actuelle République Dominicaine) avec leurs vaches Long Horn.
Au commencement était l'auroch, ancêtres de toutes les vaches actuellement connues, dont les derniers spécimens disparaissent définitivement aux alentours de 1500. Il est à noter que le "Nouveau Monde" est invariablement présenté comme " une terre vierge à conquérir " ce qui est évidemment une métaphore sexiste : la virginité, caractéristique des femmes -selon la rhétorique patriarcale- qui n'ont pas été dégradées par des rapports sexuels, comme écrira plus tard Andrea Dworkin dans Intercourse. Femmes et nature, ces deux "terres à conquérir" pour tout valeureux mâle digne de ce nom.

Y a-t-il des gens sur ces "terres vierges" avant l'arrivée de Colomb et Cortès ? Oui, il y a des indiens, ainsi nommés par Colomb car il se croyait aux Indes. Des autochtones, des gens du cru. Mais ce sont des "sauvages", ils seront commodément animalisés et féminisés dans le processus de colonisation et surtout, ils devront céder la place. Donc, voici les vaches Long horn débarquant des galions espagnols, pour la fourniture de lait et de travail de somme essentiellement, accompagnées des maladies qui vont avec les troupeaux : la tuberculose, la variole et la rougeole. Toutes les épidémies humaines viennent d'épizooties, de virus mutagènes dus au contact entre espèces et de la densité de populations animales et humaines. Comme on n'est pas des sauvages, on va "civiliser" les natifs "indiens" en les poussant à acquérir des vaches contre 8 loups présentés tués : tout bénef, on éradique le prédateur des troupeaux, et les indiens passent aussi d'une société de chasseurs à celle d'éleveurs-agriculteurs sédentaires, le modèle "civilisateur" occidental.
Le problème ou bénéfice (cela dépend du point de vue où on se place) avec des vaches, c'est qu'il faut les faire pâturer dans des champs clôturés de façon qu'elles ne se fassent pas la belle, ce qui tend à prouver que les animaux d'élevages sont détenus contre leur gré; en effet, dès qu'il y a une brèche dans une clôture, elles se carapatent ! Sauf que pour les clôtures à piquets de bois, il faut du bois, qui vient à manquer quand on a déforesté pour faire des pâtures. Comme il y a un dieu bienveillant pour les patriarcaux et qu'ils sont ingénieux en diable, en 1873 un certain Joseph F Glidden, fermier de l'Illinois, dépose un brevet pour le fil de fer barbelé qu'il vient d'inventer : un grand bond pour l'humanité éleveuse. Surnommé la "corde du diable" par les ranchers texans, le barbelé fonctionne sur la violence, contrairement à toute autre type de clôture, le barbelé utilise de corps du détenu contre lui-même : l'acte de forcer le barbelé cause des blessures au corps du fugitif ", écrit Carol J Adams.

Deux autres inventions techniques vont faire la fortune du hamburger : l'abattoir -annonciateur de l'ère industrielle, puisque le système précurseur de désassemblage des abattoirs de Chicago "la grande cité du bœuf de boucherie", sera copié à l'envers par le fordisme et ses usines d'assemblage d'automobiles, à Detroit. Ensuite la congélation et le système de vente au détail de pièces de viande : jusqu'à cette époque, la viande de porc était privilégiée pour la consommation humaine, à cause des modes de conservation dans la saumure, ou par séchage, mais qui ne permettent pas de manger de la viande fraîche tout le temps. L'essor du train quadrillant les grandes plaines des indiens décimés désormais parqués dans des réserves, permet de transporter rapidement des pièces de bœuf vers les lieux de détail, les boucheries, dans les villes. L'industrialisation de l'élevage -les grandes plaines du Far West rapidement transformées en pâtures clôturées, puis en "feedlots" parcs à bovins, on garde les clôtures mais ils sont sur de la terre battue, non plus nourris par de l'herbe mais par du maïs, tout cela fait que l'animal produit plus rapidement du muscle, une viande "persillée" (infiltrée de graisse), et qu'il est abattu "à maturité" plus jeune, d'où des gains de productivité, malgré le fait que 40 à 50 % de l'animal est non consommé (peaux, onglons, abats, cornes...).

Des voix s'élèvent-elles dès la fin du XIXème siècle en disant que la déforestation, la transformation des Prairies en pâtures, puis l'élevage intensif, épuisent les sols et, comme on ne disait pas alors, la biodiversité ? Extermination des loups et des bisons, la colonisation des terres par les fermiers et leurs bovins sonneront le glas des "native americans" les indiens, les quelques restants seront bientôt parqués dans des réserves, minés par la perte d'identité, la perte de leur histoire, de leur culture, et par l'alcoolisme qui va avec : biocide, zoocide, génocide se suivent, qu'à cela ne tienne, la faim humaine de viande aura raison de toute prudence. Burger pour tous. Les colons anglais mangeurs de bœuf ont définitivement gagné la partie.

L'infographie ci-dessous montre le poids des mammifères terrestres sur la planète aujourd'hui. Un petit carré équivaut à un million de tonnes. Les humains et leurs animaux de boucherie surclassent toutes les autres espèces de mammifères, représentés eux par les petites briques vertes.



Néo-colonialisme 

Les hindous et les irlandais, tous deux peuples stigmatisés, l'un comme mangeur de riz et l'autre comme mangeur de patates, tous deux victimes de la colonisation britannique, étaient vus comme des sous-développés et tenus en sujétion par les anglais qui se considéraient mieux nourris de viande de bœuf, et du coup apporteurs de civilisation. Les irlandais paieront le prix fort de la Grande Famine provoquée entre 1845 et 1852 par le colonisateur anglais, famine qui les contraindra à émigrer massivement vers cette autre colonie britannique, les Etats-Unis.

Dans les abattoirs industriels aujourd'hui, travaille en majorité une main d’œuvre immigrée, provenant, pour les États-Unis, du Mexique ou d'autres pays d'Amérique du Sud, les "dos mouillés" qui trouvent à s'employer dans les travaux, dont même les petits blancs pauvres ne veulent plus. En Europe, ce sont les maliens, roumains et portugais... qui fournissent les bataillons de l'abattage des millions de vaches pour votre hamburger McDonald's ou Burger King ! C'est le prix à payer pour une viande bon marché dont un seul steak haché peut compter jusqu'à un millier d'ADN différents !

Sexisme

The Thick Burger
The Whopper
The Big Mac
Big Boy
Chubby Boy
Beefy Boy
Super Boy

Pour nommer leurs steaks hachés, les McDonald's et Burger King rivalisent de "double entendre" disent les anglais, d'allusions à des fonctions érectiles : il y est question d'organes masculins rivalisant de longueur, largeur et puissance, même si le français peine à les traduire et que les termes employés passent au-dessus de la tête des consommateurs non US, puisque leurs noms viennent du parler populaire de là-bas, nous colonisant à notre tour. Comptez toutefois sur les visuels publicitaires pour expliciter la chose. Ils sont forgés pour convaincre les hommes qui les consomment de leur virilité, et les femmes, de se les rentrer dans la bouche !


Ainsi, en deux centaines d'années, le burger conquit le monde ! 

Il a suffit de convaincre les sous-développés mangeurs de riz (les sauvages mangent du riz et autres graines ou céréales, et les bonnes femmes mangent des salades, selon la rhétorique des mâles éleveurs mangeurs de viande) de se mettre au bœuf haché.
Pour le suprême malheur des animaux dits "de boucherie", élevés dans des conditions indignes, promis à une mort précoce et industrielle, un holocauste de vaches, porcs, poulets, et poissons ;
Pour le malheur des animaux sauvages victimes depuis 150 ans de réduction, puis destruction de leur habitat, et de disparition inéluctable, dite défaunation ;
Pour le grand malheur de la terre appauvrie sous les sabots des vaches en corrals, et sous les cultures intensives de maïs, à base d'intrants, désherbants, insecticides et pesticides ;
Pour le malheur de la forêt amazonienne (entre autres) décimée au profit des cultures de soja fournissant les protéagineux nécessaires aux vaches dites "à viande et lait" ;
Pour le malheur des paysages et des communautés humaines forcés de suivre le mouvement du steak haché pour toutes les bourses, une sorte de dévoiement de la démocratie tout en prétendant faire le bonheur des classes moyennes ;
Et enfin, pour le grand malheur de l'humanité, frappée en premier lieu d'une pandémie d'obésité, de résistance aux antibiotiques qui pourrait réellement mal tourner, surtout si un superbug ultra résistant franchit la barrière des espèces ; de perte de ressources en biodiversité, humanité bientôt seule dans un monde désolé, uniformisé, dépourvu de toute beauté.
Ne comptez pas sur moi pour pleurer sur son sort.

Comment tuer une vache

" D'un côté de la salle, court une étroite galerie, à quelques pieds de l'atelier, vers lequel le bétail est conduit par des hommes qui leur donnent des chocs électriques. Une fois assemblés là, les créatures sont emprisonnées, séparées, chacune dans son enclos, par des portes qui se ferment, ne leur laissant aucune place pour se retourner ; et pendant qu'elles se tiennent meuglant et ruant, au-dessus de l'enclos, se penche un des "tueurs" armé d'une masse, cherchant un angle de frappe. La pièce est remplie des échos d'une succession de bruits sourds, du martèlement des sabots et des ruades des taurillons. " La Jungle d'Upton Sinclair, selon ma traduction.

Aujourd'hui, les tueurs sont armés de pistolets à tige perforante tirés dans la tête, sensés rendre les bovins inconscients (quand le pistolet ne s'enraie pas) avant d'être dépecés, membres découpés à la scie électrique, le tout en moins de cinq minutes. Certains sont dépecés non étourdis. Le convoyeur avance à 15 km par heure.

jeudi 1 mars 2018

L'Eglise Catholique s'en va-t-au Salon de l'Agriculture


" Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l'assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur terre. " Genèse 1-28

En totale cohérence avec ses enseignements, son iconographie et ses légendes, l'épiscopat français fait son retour aux sources : la révolution du Néolithique qui domestique quelques espèces d'animaux et les met au service des humains en les esclavagisant, prescrite par la Bible. Les autres, restés sauvages, seront désignés comme l'ennemi du berger et de ses brebis. Le loup notamment, en a fait les frais, nous l'avons littéralement tué avec des mots et son retour rencontre de fortes résistances des éleveurs. Et deuxième ordre, multipliez-vous ! Remplissez la terre. Par tous moyens comme on va le voir, même si certaines techniques de procréation n'ont pas la faveur des religieux, (ce qui renverrait les féministes contre la marchandisation et l'expropriation du corps des femmes à un conservatisme puritain, alors que ce n'est pas le cas ;( -on peut dire que leur fanatisme procréatif a été débordé sur sa gauche. Quoiqu'il en soit, ils sont toujours bloqués sur les droits au choix procréatif ou non (lois sur l'avortement) des femmes.
Le Salon International de l'Agriculture, Salon des Illusions, selon ses opposants qui soulignent qu'il met en scène un élevage qui n'existe plus, faisant perdurer pour les seuls parisiens une fiction aimable, montrable, cette exposition donc, est en réalité plutôt un salon de l'élevage. Les deux activités étaient pourtant bien distinctes au départ : l'agriculteur -agricultrice, selon Françoise d'Eaubonne qui soutient que ce sont les femmes qui ont inventé l'agriculture- n'a pas grand chose à voir avec l'éleveur qui est surtout un nomade, ex chasseur, allant de transhumance en transhumance pour trouver des pâturages pour ses animaux. L'éleveur primitif est nomade, l'agriculteur est sédentaire. Il cultive son champ. Donc, mélanger les deux notions sous le même mot "Agriculture" est une inexactitude assez récente.

La Bible, ce récit épique venant du Néolithique, transmis d'abord à l'oral, est bien une affaire d'éleveurs et de troupeaux. Pensez à l'évêque et à son bâton de berger, aux psaumes et aux écritures qui racontent des histoires de verts pâturages, de brebis égarées et de bergers/pasteurs bienveillants qui les protègent des dangers et des animaux sauvages. "Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien". La pratique professionnelle des prêtres en découlant est d'ailleurs appelée "pastorale". Au passage, on vilipende le loup (dans la bergerie) et les animaux sauvages, tout bénéfice, on fait d'une pierre deux coups. Bien sûr, ces narrations ne sont pas fortuites, elles servent un propos, une idéologie.

Françoise d'Eaubonne dans Les femmes avant le Patriarcat, rappelle la jalousie entre Caïn et Abel qui se termine par le meurtre de Caïn ; Caïn est l'agriculteur et Abel est l'éleveur, ce qui lui permet d'offrir des animaux sacrifiés à Dieu ; ce fayot d'Abel, écrit Françoise d'Eaubonne, se faisait ainsi bien voir et être dans les petits papiers de Dieu. Caïn en conçut une telle jalousie qu'il finit par tuer Abel, commettant ainsi le premier meurtre humain, selon la Bible. A partir de ce moment fondateur, les éleveurs avaient définitivement gagné sur les agriculteurs, commente Françoise d'Eaubonne. Voilà à quoi servent ces narrations, à promouvoir et finalement faire advenir ce qu'on juge souhaitable.Tout le monde va au Salon de l'Agriculture : les hommes politiques, les évêques donc, et même le ministre de l'écologie - en catimini, il n'est pas le bienvenu, avocat qu'il devrait être d'une pratique plus responsable et moins destructrice de l'environnement, tous y vont pour rendre tribut à une industrie mourante de ses excès, mais jusqu’au-boutiste. Le modèle est à bout de souffle, les paysans et les animaux crèvent. Souffrance animale, souffrance sociale. Qui révisera ces narrations bibliques qui ont fait leur temps et nous conduisent à notre perte ?

Père, Fils et Saint-Esprit : auto-engendrement

Ils vont le faire ! Depuis le temps que ça les démange : ils ont d'abord inventé des dieux mâles qui s'auto-engendraient sans passer par les femmes : Jupiter qui tire ses enfants de sa tête et de sa cuisse, puis la Trinité Chrétienne du Père, du Fils et du Saint-Esprit, où Marie, soumise au désir d'un Dieu mâle et pur esprit ayant tout de même besoin de s'incarner, était juste une mère porteuse à son service. "Je suis la servante du Seigneur".
Dans la location d'utérus mal nommée GPA, car supposant la fiction altruiste de la mère porteuse, généralement pauvre et sous influence, ils sont en passe d'effacer la mère. Lisez cet article : Grossesse pour autrui ou location d'utérus ?

"... au sein de la science la plus pointue régnait l’inconscient le plus archaïque, jubilant de l'auto-engendrement, tendant à effacer le corps et le désir (surtout la mère, c'est moi qui souligne)) pour magnifier la Volonté, qui, comme chacun sait, est de fer."  
" La fécondation in vitro était d'abord le simple transfert de techniques qui avaient fait leurs preuves dans l'industrialisation de l'élevage."

lundi 25 septembre 2017

J'ai été ici

J'étais Bacchante, vache Nantaise de l'écomusée de Rennes. Circa 2006-2017


Je suis née vers 2006 d'une mère inséminée avec le sperme d'un taureau de notre race en voie de disparition, car pas assez productive pour vos standards industriels actuels et vos besoins en lait, fromages et en viande sans arrêt croissants et inextinguibles. J'ai grandi dans cette ferme où je n'ai jamais vu ou approché un mâle de ma race, j'ai été inséminée, par un inséminateur humain, -puisqu'ils contraignent à la reproduction toutes les vaches à traire qui passent à leur portée- avec des paillettes de sperme congelé. Je leur ai donné sous la contrainte 8 veaux et velles de ma belle variété, 8 enfants dont ils m'ont séparée au bout de quelques mois, mes fils taurillons engraissés pour aller à l'abattoir, et mes filles cédées à des éleveurs collectionneurs, enfants que j'ai beaucoup pleurés, car je m'attache à ma progéniture que, comme toute parente, j'aime d'un amour total.

Le simple bruit du moteur de la voiture de leur inséminateur me rendait malade : je me demandais toujours s'il arrivait pour moi ou l'une de mes sœurs d'espèce. Inquiète pendant tout le temps qu'il était dans la cour, j'en pleurais d'angoisse*. Il arrivait qu'il passe juste dire bonjour à la ferme, même ces fois-là m'étaient des tortures. En juillet 2017, après 8 petits mis au monde, atteinte sans doute par la limite d'âge comme prétendent les éleveurs humains, j'ai été vendue à un "marchand" qui m'a conduite dans les jours qui ont suivi à l'abattoir. Voilà le niveau d'ingratitude de l'espèce humaine pour bons et loyaux services rendus : la peine de mort !

Je détestais* votre arrogante espèce sans empathie. Que mon sang, celui de mon peuple, et celui de mes enfants retombe sur vous. Ce que vous faites aux animaux, vous finirez par l'appliquer à votre propre race humaine. Je crois savoir que vous l'avez déjà fait.

* Selon mes observations éthologiques, phénomènes constatés en plusieurs occasions : j'ai observé que Bacchante était perturbée par le bruit du moteur de la voiture de l'inséminateur qu'elle reconnaissait quand il arrivait dans la cour, et qu'elle en pleurait ; si elle était couchée, elle se levait, roulait des yeux, piétinait, allait et venait sans repos autant que son attache courte le lui permettait, et du mucus salivaire coulait de son museau. A chacun de mes passages, elle menaçait des cornes et de ruades qui tentait de l'approcher. Ce billet est écrit pour perpétuer sa mémoire d'être vivant et sensible : she has been there. L'espérance de vie d'une vache est de 18 à 22 ans dans des conditions normales de non exploitation industrielle.

Les fermes conservatoires sont des applications de l'élevage hors sous-produits de la reproduction : on y fait faire des petits aux animaux pour conserver la race, on ne les trait pas, les lactations servent exclusivement aux petits qu'on éloigne de leur mère quand elle prend fin. Les mâles y sont considérés comme partout ailleurs, improductifs, voire nuisibles, car dévoreurs de ressources, ils sont donc impitoyablement envoyés à l'abattoir s'ils ne trouvent pas preneur. Enfin, ces fermes perpétuent les techniques d'élevage sans remettre en cause leurs principes basés sur l'exploitation inquestionnée  et inquestionnable des animaux, et plus particulièrement celle, massive, du corps des femelles animales.



Manifestation nationale en France et internationale le 26/9/17 organisée par 269 Life Libération animale.
Où trouver un événement près de chez vous en cliquant sur le lien ci-dessous vers leur Facebook.  

Actualisation 27/9/17 
Nuit debout devant l'abattoir Kermené à Saint Jacut de Mené (Collinée - Côtes d'Armor) :
Une bonne trentaine de militant.es de la cause animale, des gendarmes, le maire de Saint Jacut et un de ses adjoints, la Coordination Rurale qui fait un barbecue donc des fumées à plusieurs centaines de mètres (les gendarmes qui veillent au grain ont aménagé des barrières de protection sur les accès, et le rond-point est filtrant), des camions frigorifiques qui sortent toute la nuit les corps découpés des victimes animales de la journée de tuerie, la presse (l'inévitable François Coulon d'Europe 1, France Bleu, Le Petit Bleu des Côtes d'Armor, Ouest-France) et... trois policiers du renseignement intérieur -DGSI, oui ceux qui courent après les djihadistes !- qui prennent les noms, prénoms, adresses et dates de naissance des militantes de la cause animale. Je ne suis pas sûre qu'ils aient fait la même chose avec les gens d'en face ;(( L'opaque industrie des abattoirs se veut intouchable. Nous avons veillé de 18 H à 3 heures du matin en hommage à tous les animaux tués dans cet abattoir, l'un des plus grands d'Europe, qui appartient au Groupe d'hypermarchés Leclerc.








Lien : Le Facebook de 269 Life LA reportant l'événement.


samedi 26 décembre 2015

Léviathan

" L'industrie porte en elle la guerre, comme la nuée porte l'orage " - Jean Jaurès



Dans ce petit pamphlet de 124 pages -Les échappés Editeur, chez tous les bons libraires - Fabrice Nicolino raconte l'histoire du monde paysan de ces 80 dernières années, de la grande boucherie de 14-18 où mourront des milliers de jeunes paysans d'une France à 80 % rurale, au désastre de la FAO (Food and Agriculture Organisation), organisme des Nations Unies dont la principale occupation est d'éradiquer la faim : malgré l'industrialisation de l'agriculture, son objectif est toujours inaccessible. 900 millions de personnes dans le monde connaissent la faim ! Après la deuxième guerre mondiale, les industriels de l'armement se lancent dans la fabrication de tracteurs et d'engins agricoles, les industries chimiques qui fabriquaient les gaz utilisés dans les camps de la mort combattent désormais les "nuisibles" qui s'attaquent aux récoltes, dont le doryphore amené par les américains en Europe, le DDT fait des merveilles ; et Henri Ford s'inspire de la "disassembly line" des abattoirs de Chicago pour inventer l'assembly line de ses usines de montage de tracteurs et de voitures.

A partir de la Libération, une classe de technocrates va imposer sans aucune concertation démocratique un modèle agricole basé sur la productivité : on bourre les maisons de retraites de paysans "inadaptés" et on met en coupe réglée la nature : " la Terre, cette rebelle à mater". Les Jean Bustarret, Raymond Février, Fernand Vuillaume, Michel Debatisse, Edgar Pisani..., tous issus de Polytechnique ou des JAC (Jeunesses Agricoles Chrétiennes) vont imposer d'abord une idéologie, la croyance dans le progrès technique, puis des mesures drastiques : mécanisation, productivisme, remembrements brutaux, disparition des chemins creux et des zones humides, tant et si bien qu'entre 1950 et 1985, 280 000 Km de haies et de talus sont arasés en Bretagne, soit 7 fois le tour de la terre !
Pas une femme à l'horizon, hormis une qui résiste : Rachel Carson, qui invente l'écologie en 1962 avec la parution de son livre Silent Spring, et finit par faire interdire le DDT malgré la guerre implacable que lui mène l'industrie chimique.

Les animaux de ferme aussi sont transformés en machines à produire du lait et de la viande : négation des liens tissés entre éleveurs et animaux, négation des cultures paysannes, négation des besoins des bêtes qui seront parquées sur caillebottis en bâtiments, sans accès à l'herbe, l'air pur et la lumière du soleil. La vidéo de l'INA ci-dessous où l'on voit l'ineffable Raymond Février, parler de la maîtrise des organismes et de la biologie des animaux pour notre propre intérêt, fait froid dans le dos. Jusqu'à la fin grandiose, où le journaliste lui pose tout de même la question qui fâche : peut-on imaginer qu'on applique un jour ces techniques aux humains ?


1970 - Sauver le boeuf par ina

Vaches à hublots, culards, vagins artificiels pour tromper le taureau, insémination artificielle, implacable asservissement reproductif des femelles animales, Docteurs Mengele des animaux à l'INRA, hybris masculine : "avec un père, nous aurons 100 000 fils" (en fait des filles, Raymond, puisque les mâles sont considérés surperflus en élevage !), le Raymond part littéralement en sucette avec sa croyance obscurantiste en ce qu'il appelle "le progrès" qui est en fait un fantastique recul dans notre approche éthique des animaux et de la nature dont nous faisons partie. Aujourd'hui, il reste en France environ 800 000 agriculteurs pour 66 millions d'habitants, la FNSEA, premier syndicat agricole (11 présidents, tous mâles, multipliant les conflits d'intérêts) continue à promouvoir la réduction de ses effectifs de 25 % tous les 10 ans !

L'épuisement de la terre, l'accaparement des nappes phréatiques et des terres agricoles pour produire des céréales et des légumineuses destinées à la consommation animale, le hold-up des semenciers sur les variétés de plantes et de graines induisant l'appauvrissement et la destruction de la biodiversité, le crime contre l'humanité que représentent les nécrocarburants, le suicide massif des paysans partout sur la planète, l'épidémie d'obésité couplée avec 900 millions de mal nourris, le changement climatique qui fait planer sa menace sur la Terre : à quand un sursaut contre ce système financiaro-militaro-industriel ? On ne le voit pas arriver et pourtant, c'est urgent. Némésis attend son heure.

vendredi 17 avril 2015

Humains, animaux : Ethique et élevage - 2

Conférence aux Champs libres dans le cadre des débats sur l'humain et l'animal - Partie 2
Résumé de la conférence de Jocelyne Porcher : Réinventer l'élevage, une utopie pour le XXIème siècle ? Jocelyne Porcher est ancienne éleveuse de brebis, puis technicienne agricole, période pendant laquelle elle découvre en Bretagne la production de porcs hors-sol. Devenue ingénieure, elle réalise que les éleveurs industriels ne connaissent pas les animaux, que le lien qu'elle établissait avec ses brebis est rompu dans l'élevage industriel ; elle constate même qu'on n'a jamais cherché ni écrit une définition de l'élevage. Le titre de sa thèse de doctorat sera "Eleveurs et animaux : réinventer le lien". Elle travaille actuellement comme Directrice de recherches à l'INRA sur les problématiques de bien-être animal.


La thèse de J. Porcher est la suivante : L'élevage, qui suppose un lien avec les animaux, est mort vers 1850, pour céder la place à la zootechnie dans un premier temps, pour ensuite déboucher sur l'exploitation des machines animales (Descartes : animal machine -cité dans la partie 1). L'élevage est retiré aux paysans (qu'on a envoyés à la mort massivement en 1914 -80 % de la France était rurale à l'époque), qu'on a dépossédés de leurs animaux pour les confier aux scientifiques qui "produisent des matières animales" ; la FNSEA, principal syndicat agricole, a depuis montré qu'elle met tout en œuvre pour réduire le nombre de ses adhérents : moins 25 % tous les 10 ans, il reste à peine 1 million de paysans en France. Il y a, comme dans toute industrie, un émiettement des process et de la pensée. L'élevage a construit nos liens avec les animaux, travailler n'est pas que produire, c'est aussi du relationnel. Éleveur, c'est une relation au monde, alors que les productions animales, c'est de l'économie et c'est l'instrumentalisation des animaux : une seule race, dans des bâtiments identiques rationalisés, les mêmes aliments : on n'y voit qu'une seule tête.
Jocelyne Porcher différencie la vie du vivant. La vie c'est affectif et relationnel ; le "vivant", ce sont des productions machiniques et robotisées dans un process industriel déshumanisé où la machine fait interface entre techniciens et animaux, productions qui déboucheront automatiquement dans un futur proche sur de la matière viande in vitro. D'ailleurs, souligne Jocelyne Porcher, les géants de l'informatique et des biotechnologies (Google, Microsoft, Cargill, ...) investissent des paquets d'argent dans des start ups qui font de la R&D (recherche et développement) sur ces projets, soutenus par des activistes pro-animaux, Peta notamment, pour ne citer que cette ONG, très puissante aux USA.
Cependant, dit Jocelyne Pocher, souffrance animale et souffrance humaine sont liées : elle constate que dans les élevages, il y a de la souffrance au travail, souffrance éthique et physique, car les souffrances morales ont des conséquences physiques. Et il y a contagion entre les gens et les
animaux : les techniciens d'élevage somatisent comme leurs bêtes et selon ses constatations, ils présentent les mêmes troubles que leurs animaux. J. Porcher cite le cas de cet éleveur, 15, 20 ans de carrière qui rentre un matin dans son élevage de poules en cages, et tout à coup se demande "mais qu'est-ce que je fais là ?". Quelques semaines plus tard, il avait tout arrêté. Même souffrance dans les abattoirs industriels, où les gestes sont répétitifs et abrutissants : elle cite cet ouvrier qui tronçonne en deux des carcasses de cochons depuis des années, et qui lui fait cette réflexion, révélant un trouble de la cognition : "Mais où est-ce qu'ils vont tous ces cochons ?".


Le cas de abattoirs 
Dans le cadre des production animales où on a avec l'animal un rapport alimentaire, dit J. Porcher, on a du mal à penser l'enjeu moral de la mort des animaux. La relation de l'éleveur avec l'animal s'arrête avec la montée dans le camion dans la cour de l'exploitation. Les éleveurs perdent la maîtrise de la façon dont sont traités leurs animaux : les abattoirs, situés à plus de 100 km généralement, sont inaccessibles et ils n'ont pas le droit d'y rentrer (personne n'a le droit de rentrer dans un abattoir, je confirme, ils sont étroitement surveillés, et ce n'est pas pour des raisons d'espionnage industriel !). Les abattoirs qui étaient autrefois situés dans les centres-villes (Vaugirard et les Halles à Paris, par exemple) sont désormais excentrés et invisibilisés. Ils ne portent d'ailleurs plus la mention abattoir, ils portent des noms de sociétés : Cooperl, Socopa, Bigard, Tilly Sabco, Doux... pour n'en citer que quelques-uns. Certains salariés ne savent même pas qu'ils travaillent dans des abattoirs, selon J. Porcher, qui cite le cas de ce comptable qui a mis huit jours avant de se rendre compte qu'à l'autre bout de l'entrée par où il arrivait au travail, il y avait un énorme atelier où les animaux étaient abattus. Ces établissements utilisent d'ailleurs une novlangue qui brouille des notions que nous n'admettrions pas autrement. Le personnel des abattoirs est méprisé par la société, aussi certains ne disent pas où ils travaillent ni ce qu'ils font, même à leur entourage proche. Au bout d'un certain temps dans ces entreprises, les salariés manifestent des troubles de la cognition lorsqu'ils n'arrivent plus à mobiliser le détachement nécessaire, ni à se justifier par la nécessité de "nourrir les gens". Quand ils n'arrivent plus à tenir, si le blindage se fissure, soit ils tombent malades, soit ils s'en vont.

J. Porcher qui a lu et étudié le sociologue Marcel Mauss et sa Théorie du don, pense qu'on peut tuer et manger les animaux, mais sans excès, et après une longue proximité : je te donne la vie, des soins, ma protection, et en échange tu me le rends sous forme du don de ta vie, tu meurs pour moi. J. Porcher milite donc pour une mort digne des animaux, pour des abattoirs de proximité mis à la disposition d'associations d'éleveurs, ou de camions-abattoirs, qui permettent de les tuer à la ferme ; mais comme beaucoup d'éleveurs sont incapables de tuer leurs animaux, elle milite également pour la mise en place de rituels (laïques, je vous rassure, il n'est pas question de rituels religieux dans sa pensée) qui donneraient un sens à ce qu'il faut bien appeler un sacrifice.


Comme on peut le voir, tuer des animaux, même pour se nourrir, ne va pas de soi ! D'autant, reconnaît-elle que sans l'évidente intelligence animale, on ne pourrait rien faire en élevage, les animaux comprennent, ils anticipent, ils s'adaptent. Même en invoquant Marcel Mauss, même pour les tenants de l'élevage qui pensent à l'instar de Jocelyne Porcher que celui-ci est fait de notre relation aux animaux, tissée depuis des milliers d'années. D'ailleurs, si elle dénonce les excès du système, dit-elle, c'est aussi parce qu'il donne prise aux "défenseurs de animaux", aux végétariens, à leurs "excès", aux welfaristes, venus pour en découdre avec les éleveurs, de Grande-Bretagne. Nous y voilà.

Va donc, sale welfariste !
Welfare en anglais : avantages, bien-être. Les welfaristes sont détestés d'abord par les éleveurs, puis la FNSEA, l'ITP,... tous les représentants de l'industrie agro-alimentaire. Nous sommes (je m'inclus dans ce sinistre lot) des emmerdeurs, des empêcheurs d'élever (de maltraiter donc) en rond. Les pires des pires : les anglais, comme j'ai entendu dire à une conférence au SPACE la patronne de l'ITP (Institut technique du Porc), puis ensuite le vétérinaire responsable des abattages rituels à ma préfecture (DDPP). Le Ciwf (dont ils n'arrivent pas à retenir le nom : l'épellation est anglaise et il y a un W dedans !), l'ONG britannique welfariste leur met une vraie trouille bleue. Les welfaristes, donc, se battent, en attendant la fin du système, (mais chut), pour quelques centimètres de plus pour les poules en cage, des grattoirs, des "nids" sous des lamelles plastiques car les poules aiment s'isoler pour pondre, bref, ils se battraient pour des clopinettes qui ne valent même pas d'être mentionnées. Pire, ils vont emmerder les honnêtes travailleurs dans les couloirs de la mort des abattoirs pour y veiller là aussi au bien-être animal. Puisqu'on n'arrive pas à les faire arrêter de tuer, autant aller voir et exiger qu'ils le fassent proprement et sans douleur, si possible. C'est là que le bât blesse pour la partie adverse, certains partisans de la libération animale. Comment, tu défends le bien-être animal dans le couloir de la mort ? Formule nettement oxymorique. Mais comment peux-tu approcher d'un abattoir à moins de 500 mètres, je n'arrive même pas à l'imaginer. Moi, tu comprends, je n'en mange pas. Ok, tout le temps tort. Donc, ça ne pouvait pas manquer : "Il faut bien manger" dit Jocelyne Porcher (euh, je mange deux à trois fois par jour, moi aussi), "l'élevage, c'est une entreprise de pacification, contrairement à la chasse qui est une poursuite et une guerre", "libérer les animaux est une aporie éthique (impasse, contradiction en philosophie), les rendre à l'état sauvage, il n'y a pas de place, où est-ce qu'ils iraient ? " demande Jocelyne Porcher. Et puis, "ces végétariens et leurs injonctions morales surplombantes, d'où parlent-ils ?". Là, ça m'a bien rappelé le tweet fulminant d'un anti-abolition de la prostitution qui m'a traitée la même semaine de "féministe caviar" moralisante qui ne sait pas de quoi elle parle.


Les welfaristes, qu'il faut défendre, obtiennent tout de même des lois et des directives européennes : ils ont désincarcéré les truies gestantes en 2013 pour ne citer que ce cas. Je vais déplaire à certain-es, mais je ne suis pas pour la libération animale. C'est un anthropomorphisme qui ne signifie rien pour les animaux. Et juste ici, je vais être d'accord avec
J. Porcher : les animaux domestiques, c'est de la culture comme les humains, pas de la nature, contrairement aux animaux sauvages. Capturer un animal sauvage ou tuer ses parents devant un bébé animal est un crime (qui laisse les mêmes traces post-traumatiques que chez les humains), et libérer un animal domestique, ça s'appelle un abandon, et c'est aussi un crime. On ne "libère" pas un chien sur le bord d'une autoroute, on ne "libère" pas un poisson rouge dans un étang, et on ne "LIBERE" pas une Holstein : on la trait, jusqu'à la fin de sa lactation, sans cela c'est la mort, et dans d'atroces souffrances en plus ! Et après, on lui fiche la paix, sans la relâcher dans la nature.

Selon J. Porcher, les végétariens ne seraient pas à la hauteur des animaux, ils ne les aiment pas (ce n'est pas impossible dans certains cas, selon mes observations), ils renoncent donc à les élever et à les tuer. Elle reconnaît et donne des exemples de reconnaissance : des éleveurs mettent certains de leurs animaux "à la retraite". Ils ne les envoient pas à l'abattoir, ils gardent avec eux leurs préférées, celles (ce sont essentiellement des femelles animales) qui leur ont rendu le plus de service. Même si ce n'est qu'un phénomène confidentiel.

Jocelyne Porcher conjecture qu'à terme, l'élevage industriel, qu'elle appelle "productions animales" et qui a mis 200 ans à pourrir nos relations de
10 000 ans avec les animaux, et qui devrait déboucher à terme vers la viande sans animaux, est non viable : les coûts environnementaux ne sont pas intégrés aux coûts de production. Et il y a des résistances (luddisme) à l'industrialisation qui est vécue comme une dépossession. Il disparaîtra, l'entropie est au cœur du système.


Pour conclure
Contrairement à Jocelyne Porcher, je ne crois pas que l'élevage traditionnel soit une affaire de pacification, fausse image biblique, je pense que c'est une histoire violente de soumission et d'exploitation. Histoire où les paysans étaient mal considérés, comme leurs bêtes. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'arrêter : il y a déjà des fermes conservatoires et des fermes sanctuaires. Les sanctuaires accueillent des animaux rescapés des "productions animales" et de l'abattoir, ils ne font pas de reproduction. Au contraire des conservatoires qui eux, perpétuent, en plein champ, des races locales et régionales en voie de disparition. Elles sont financées par la puissance publique, les collectivités locales. Même si elles ne sont pas toujours irréprochables dans leurs pratiques, inséminations artificielles pratiquées sur les vaches et les truies, mais pas sur l'ânesse, spécisme patent, elles sont évidemment une piste améliorable. Il y a aussi les fermes pédagogiques comme la Ferme de Vincennes de la Ville de Paris. Il y en a un peu partout. Accueillir des animaux en ville, en prenant des précautions est aussi une piste : tonte des pelouses, transports scolaires, ramassage des poubelles, sans faire les animaux travailler comme des forçats, l'exemple de New-York et ses transports en calèche dans la circulation des voitures est à proscrire.
Pour le reste, je suis végétarienne, j'aime les animaux : je ne veux pas qu'on les tue, et je ne veux pas non plus ne plus en voir. Nous savons désormais que notre mode d'alimentation carnée à l'excès est une impasse : pour notre santé, et pour les terres cultivables et l'environnement. On ne pourra pas nourrir 10 milliards de gens comme nous nous nourrissons actuellement dans les pays riches. Pour ce qui concerne les animaux sauvages, il est temps que l'humanité comprenne que les activités "traditionnelles" de chasse, corrida, combats et traques d'animaux sont des pratiques viriles d'un autre âge. Qu'on leur fiche la paix, enfin. Et arrêtons d'aller voir des ours sur la banquise, des baleines et des dauphins, de surfer sur les plages à requins : que penserions-nous si le voisin venait envahir notre jardin parce qu'il nous trouve pittoresque, et qu'il voulait nous passer la main dans le dos ? Franchement.
Je souhaite bon courage à Elizabeth de Fontenay pour réfléchir à des droits séparés espèce par espèce : elle va avoir du travail. Une loi cadre pour prévenir toutes sortes d'abus contre les animaux, qu'ils soient d'élevage ou sauvages, me parait en tous cas la priorité.
" Les animaux existent pour des raisons qui leur sont propres, il n'appartiennent pas plus aux humains que les femmes n'appartiennent aux hommes, ou que les noirs n'appartiennent aux blancs ".
Alice Walker.

Jument Brabant et son poulain, ci dessus. Les autres photos représentent des races locales ou rustiques.

Liens supplémentaires :
La conférence de J Porcher sur le Souncloud des Champs Libres
Les travaux de Jocelyne Porcher à l'INRA
Jocelyne Porcher, une manipulatrice engagée, par l'Association Sentience
Le publications de Jocelyne Porcher - Cairn Info
Un de mes articles sur le pamphlet contre la dictature technologique par Armand Farrachi : Les poules préfèrent les cages.

jeudi 26 septembre 2013

Vache à traire

L'entrepreneur de travaux publics-bétonneur Ramery veut diversifier ses activités : la construction de centres commerciaux, c'est marrant cinq minutes, mais comme ça sature le territoire et contribue à la France moche, il faut envisager autre chose. Une de ses diversifications, c'est le traitement de déchets via sa filiale Ramery environnement (repeinte en vert sur le site) ; la sous-filiale Carbiolane fait de la méthanisation de déchets organiques. Elle  n'est pas la seule, Veolia a aussi son département de méthanisation d'effluents industriels : brasseries, abattoirs, pardon, agro-alimentaire, terminologie moins brutale. D'ailleurs, chez Veolia, la documentation s'appelle "De la pollution à l'énergie". Mais apparemment le seul traitement de déchets organiques existants, ça fait petit bras ! D'où sans doute l'idée d'en FABRIQUER, pour passer à la vitesse supérieure ?



Le dossier est sujet à controverse : même le Ministère de l'écologie n'y retrouve pas ses veaux ! Devant l'opposition de l'opinion publique au projet (une étable industrielle de 1000 vaches -plus 750  veaux- et une unité de méthanisation pour traiter le pipi et les bouses), le ministère de l'écologie préconise 3 scenarii au choix (accrochez-vous) :
- un atelier de 1000 vaches laitières sans unité de méthanisation.
- une unité de méthanisation sans atelier de vaches laitières.
- un atelier de 500 vaches laitières avec unité de méthanisation.
Ces trois scénarii sont faux-cul au possible : en effet, dans le premier, Ramery est éleveur (très éloigné de son métier d'origine et de son projet), dans le second scénario, Ramery est industriel de la méthanisation (plus dans ses cordes), dans le troisième, c'est moit-moit, le Ministère joue les Ponce Pilate, il ne s'oppose pas -dans les deux premier cas- et ne tranche jamais dans le 3ème. Mais Ramery qui a fait ses comptes, veut ses mille vaches où RIEN. Moi et les voisins du site, on serait plutôt pour RIEN. NOTHING. NADA.

Imaginez, dans un département, la Somme, où les troupeaux comptent en moyenne 80 vaches (un troupeau de 80 vaches, c'est déjà bien impressionnant !) et où le maximum c'est 200 bêtes, 1000 vaches (ou même 500), c'est le saut quantique industriel ! Imaginez 1000 vaches dans des bâtiments, nourries aux tourteaux de soja argentin ou brésilien, ne sortant JAMAIS pour aller à l'herbe, traites TROIS FOIS  par jour, vêlant 7 ou 8 fois (il faut qu'elles aient un veau pour produire du lait), veau enlevé dès le lendemain de la mise bas, puis envoyées froidement à la réforme (à l'abattoir) après 8 lactations (huit vêlages, je traduis, car c'est comme ça qu'ils causent), c'est Orwell chez les vaches. Même si ça se fait déjà ailleurs à l'étranger, ça n'est pas une raison, on n'est pas obligés de suivre.


Déjà que vache laitière en pâture, ce n'est vraiment pas une sinécure, imaginez l'enfer concentrationnaire en bâtiment ! Outre l'aspect maltraitance aux animaux, cela produit des montagnes de déchets qui iraient donc alimenter un méthaniseur, lequel produirait des déchets ultimes (digestat de méthaniseur) qu'il faut épandre quelque part. C'est la loi actuelle : la surface d'épandage doit être proportionnelle à la taille du troupeau. La Baie de Somme est toute proche : site remarquable, réserve d'oiseaux, site touristique préservé : les deux sont incompatibles.

Dans ce projet, le lait devient un sous-produit du méthane : c'est pour produire du méthane qu'on fait vêler des vaches à marche forcée. Ramery projette de racheter les fermes des agriculteurs qui partent à la retraite ou cessent leur activité : Ramery prétend que le métier d'éleveur n'a d'avenir que comme sous-traitant aux ordres d'un industriel de la méthanisation. Selon Ramery, les vaches-machines sont des esclaves productrices de veaux et de lait pour enrichir un industriel du méthane et chauffer des habitations de riverains qui têteront le lait de vaches-chauffage. Il y a un moment où il faut dire les choses crûment : les représentants du Patriarcat sur terre n'auront jamais cessé d'améliorer leur concept-phare, l'exploitation des vaches à traire qui passent à portée.

Une association de riverains et d'opposants lutte contre ce projet de cauchemar : Novissen organise une manifestation samedi 28 septembre 2013 à 14 H à Drucat, près d'Abbeville (80). Ils espèrent y compter leurs sympathisants. Si vous habitez dans les parages, ou même plus loin, ce serait bien d'aller les soutenir. Vous pouvez aussi signer et faire signer leur pétition NON à la ferme-usine géante près d'Abbeville, suivre leur compte Twitter ou celui d'Agir pour l'Environnement, et poster votre soutien sur les réseaux sociaux dont vous êtes membres. Les animaux vous disent merci du fond du cœur !

Liens : Agir pour l'environnement : Libérez la vache qui pleure
Car au départ de Paris (L214, très ponctuels) Départ Gare de Lyon, ramassage Gare de l'Est

"Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il me souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes".
Louise Michel - 1830/1905 - Anarchiste, écrivaine, féministe.

mardi 27 septembre 2011

Etat des lieux d'un système à bout de souffle

La semaine dernière à Rennes s'est tenu le SPACE, salon International de l'Elevage, pendant 4 jours. Envers du Salon International de l'Agriculture (SIA), montrant les cages et les machines de l'élevage intensif, les stations d'abattage, au contraire du SIA qui est grand public et vitrine bucolique de l'élevage français, il est le rendez-vous des professionnels de l'élevage et de leurs fournisseurs : cages à poules, caillebotis, stations d'abattage, laboratoires de génétique ou encore matériel de transport...

La Bretagne, c'est : 5 % de la surface agricole française, 0,4 % de la surface agricole européenne, et 0, 001 % de la surface agricole mondiale. Sur 4 départements, on trouve : 12 millions de porcs, 110 millions de volailles, 7 millions de bovins essentiellement vaches laitières, et accessoirement 3 millions de bretons. La Bretagne concentre 60 % de la production de porcs et 40 % de la production de volailles française. Cela se paie en marées vertes provoquées par l'eutrophisation des nitrates provenant des épandages de lisier sur les terres comme engrais, lessivés par les eaux de pluie qui coulent vers les rivières qui elles, se jettent dans la mer. Les marées vertes ont provoqué la mort cet été de 38 sangliers dans la baie de Saint Brieuc.

Cet été en Bretagne, ces marées vertes ont occasionné 800 000 euros de perte de chiffre d'affaires au secteur touristique !  En terme d'agriculture, il faut aussi savoir que nous sommes le pays 3ème utilisateur de pesticides (phytosanitaires) au monde ; ces substances toxiques sont vendues au taux de 5,5 % de TVA au lieu de 19,6 %, vrai pousse au crime, surtout au moment où le gouvernement veut rogner les niches fiscales et être vertueux en matière d'environnement !

Lors de l'inauguration du salon -pour une fois sans jet de barrières ni de projectiles sur les CRS, sans démontage des stands de la FNSEA, le syndicat majoritaire, alors qu'ils sont tous sur les nerfs-, le Ministre Bruno Lemaire a encore une fois appelé a faire la course folle aux "gains de productivité", puisque ceux-ci ne sont jamais suffisants pour affronter la concurrence de nos voisins de mondialisation. Ces gains de productivité se font sur l'emploi, donc les éleveurs, le personnel, qui tous travaillent dans les élevages, et bien sûr aussi sur les animaux enfermés à vie dans ces usines à produire de la viande à bas coût et donc de basse qualité. Et pendant cette course à la productivité et aux coûts bas, l'agriculture détruit des emplois, les salaires de l'agro-alimentaire sont minables (y travaillent des employés peu qualifiés, peu mobiles et bien sûr une majorité de femmes), et le dernier recensement agricole montre que la France a perdu 26 %, soit le quart de ses exploitations agricoles ces 10 dernières années. Du côté de la biodiversité, il n'y a pas de quoi pavoiser non plus, 75 % de du parimoine génétique alimentaire a disparu au cours du XXème siècle, à lire chez GEO environnement. Mais continuons comme cela sans rien changer, sauf à réduire encore les coûts, Lemaire dixit.

Les éleveurs qui ne gagnent pas leur vie auront du mal à se mettre aux normes des nouvelles directives européennes promulguées en 1999, concernant les cages aménagées de poules (date butoir 1/1/2012) et la conduite des truies gestantes en groupe (date butoir de leur désincarcération  : 1/1/2013) dans l'optique du bien-être animal voulu par l'Europe et les consommateurs, tous attachés à ce qu'il s'améliore dans les élevages. Une fois n'est pas coutume sur ce blog, je mets un lien vers des mecs à poil à suivre par ici puisque désormais on ne peut plus que se mettre à poil pour protester contre tout. La région Bretagne et ses grandes poches, à condition toutefois que vous ayez plutôt une tête de mec et l'allure d'un gros lobby toxique (en puissance pas en taille, voir plus bas), propose pourtant son aide généreuse, et perfuse l'industrie à hauteur de 25 millions d'euros pour 2011, en faisant un peu mine de vouloir favoriser les plus vertueux, suivre le lien pour une nouvelle alliance. On veut voir ! En fait, c'est tout vu (suivre le lien) puisque les aides sont toujours attribuées aux mêmes !

Pendant ce temps, une amie de passage à Saint-Malo me fait parvenir cette photo de T-shirt prise à travers la vitrine d'une boutique de vêtements 

























Je ne suis pas sûre du tout qu'il faille manger du cochon pour sauver les bretons, je crois même le contraire, et je conseillerais plutôt mangez de l'épeautre, tiens, ce vieux triticalis (blé ancien) des paysans gaulois, il revient de loin et il est de saison : manger de la viande à s'en détruire les coronaires, c'est dépassé ! Ou si on veut manger de la viande, il faut accepter d'en payer le prix qui doit inclure ses énormes coûts environnementaux et des salaires décents ! Comme je risque d'être taxée de passéisme (le retour à la houe !), je préfère préciser que pas du tout : tout comme l'industrie nucléaire, les grands barrages, sont des technologies des siècles précédents selon le principe masculin ravageur du "plus c'est gros meilleur c'est", la viande bon marché à tous les repas c'est désormais une idée périmée et suicidaire. Et aux éleveurs, je conseillerais de diversifier leur portefeuille produits, leur portefeuille clients et leur portefeuille fournisseurs en incluant leurs banques, comme il est préconisé dans n'importe quel bon manuel de marketing, tiens au hasard,  le Kotler-Dubois ! J'en ai un vieux à la maison et je peux le prêter à qui me demande poliment, pour l'essentiel, il prodigue encore de bons conseils. Un seul produit, un seul client, un seul fournisseur, et des contrats où les prix sont écrits APRES que vous ayez signé avec des féodaux, ça s'appelle se comporter comme un gland et se faire voler.

Et puis en cette période d'ouverture de la chasse, chez ASPAS Nature on nous rappelle que 30 millions d'animaux sauvages sont tués annuellement en France, pour ce qu'on appelle un "divertissement". Voilà encore un lobby que les politiques couvrent de cadeaux, lobby dont je rappelle que le pouvoir de nuisance est inversement proportionnel à la taille : plus un lobby est petit et avec peu de membres, plus son pouvoir de nuisance est élevé.

Vous pouvez aussi aller consulter ma page Animots, même si elle est toujours en travaux, elle s'enrichit de citations.

Actualisation 27/09/11 à 15 H :
A partir d'aujourd'hui 27 septembre 2011, la Terre fait crédit à 
l'humanité : "à la fin du mois, nous aurons consommé la totalité des ressources que la nature génère en une année et entrerons en « déficit écologique ». Or, cela fait plus de trente ans que les humains sont à découvert. A lire sur Terraeco.net.

EARTH OVERSHOOT DAY 2011 

Actualisation 29/9/11 : On n'aura jamais fini de recenser les horreurs footballistiques (salaires indécents, exploitations de prostituées majeures et mineures, de jeunes joueurs non payés ni déclarés, corruption, etc...) mais une autre commence à se faire jour en Ukraine où l'on prépare l'EURO FOOT 2012, en débarrassant les rues de la ville de Lysychansk de ses chiens errants en les incinérant vivants ! Billet de Michelle Black à lire ICI et pétition à signer sur The Petition Site pour demander aux dirigeants de l'Ukraine et à son Président Viktor Yanukovych qu'ils arrêtent de brûler des animaux vivants, et leur dire que l'opinion publique mondiale regarde.