Et toujours le journal de voyage de Kate Millett : En Iran que j'avais chroniqué sur ce lien
samedi 21 septembre 2024
Des Iraniennes - Femme, Vie, Liberté 1979 - 2014 et de quelques autres ouvrages
Et toujours le journal de voyage de Kate Millett : En Iran que j'avais chroniqué sur ce lien
mercredi 17 août 2022
Les femmes du Paléolithique, précurseures sans descendance ?
Un nouvel engouement promu par les féministes se fait jour dans la presse et sur les réseaux sociaux, à tel point qu'on ne peut plus faire un pas sans tomber dessus : les femmes de la Préhistoire ne se contentaient pas de balayer la grotte, elles chassaient aussi ! Autant les anthropologues hommes s'intéressant aux tribus primitives (qui sont nos contemporaines, rappelons-le) ne voyaient jamais les femmes, le cas le plus frappant ayant été Claude Lévi-Strauss, donc ne savaient pas, en tous cas ne s'intéressaient pas à ce qu'elles faisaient, autant désormais les nouvelles féministes leur trouvent des occupations de mecs. Guerrières avec la découverte d'une tombe viking occupée par une femme, entourée de ses armes et de ses biens funéraires, chasseuses comme tentent de le démontrer quelques ouvrages dont L'homme préhistorique est aussi une femme de Marylène Patou-Mathis, ou encore Femmes de la Préhistoire de Claudine Cohen chez Taillandier, et bien sûr, Lady Sapiens écrit par trois auteurs, et édité par Les Arènes. Ce dernier livre m'a même personnellement narguée sur l'étagère d'une de mes bibliothèques. Les arguments sont minces : il n'y a pas de preuves d'une division genrée des activités écrit Marylène Patou-Mathis relayée par Terriennes, et les premiers préhistoriens étaient tous des mâles affreusement phallocentrés, ce qui ne fait aucun doute, et s'il n'y avait que les préhistoriens !
vendredi 17 septembre 2021
Et toujours ce fichu voile ! Par Nadia Geerts
Dans cet ouvrage que je viens de lire, la philosophe belge Nadia Geerts revient sous forme d'une mise à jour de son précédent ouvrage "Ce fichu voile", sur les évolutions de la loi concernant le voile islamique "signe convictionnel" d'une religion. " Le voile islamique est le b-a ba de la prédiction islamique", un "prescrit", l'obsession de l'Islam politique qui veut rendre l'Islam visible, dans les espaces publics, à l'école, dans l'enseignement supérieur, au parlement, dans le sport, qui prescrit même le voilement des fillettes, hypersexualisation que Nadia Geerts compare aux concours de mini miss interdits dans la plupart des pays européens, car l'enfance doit être préservée de la sexualisation ; elle compare les deux systèmes belge (monarchie constitutionnelle dont les rois sont catholiques, mais "neutre") et français (république laïque avec une loi séparant clairement les églises et l'état qui ne reconnaît aucun culte, le renvoyant au privé, à l'intime, en rappelant au passage que la loi de 1905 française combattait moins la religion que le pouvoir clérical tout-puissant à l'époque), en montrant une préférence pour le système républicain garant des libertés tout en interdisant dans ses enceintes républicaines tout signe religieux ostentatoire. L'école est un espace symbolique séparé de celui de la famille, de la mosquée ou de l'église, de la plage ou de la rue ; en entrant dans l'enceinte scolaire, l'enfant passe de l'autorité des parents à celle du corps enseignant, l'autorité parentale s'est toujours arrêtée à la porte de l'école, affirme Nadia Geerts.
L'autrice sépare clairement les deux sphères et réfute fermement les arguments des religieux : oui, le voile est un message explicitement sexuel, non on n'a pas à laisser les petites filles "faire comme maman", argument utilisé par les idiots utiles de l'Islam politique : les mêmes laisseraient-ils une fillette aller à l'école juchée sur des talons aiguilles, maquillée et apprêtée avec de la laque sur les ongles et du rouge à lèvres ? Les tenants du voile sont renvoyés à la bigoterie communautariste obsédée par la biologie, au fanatisme de la différence, promouvant de plus une image des hommes incapables de contrôler leurs "pulsions" sexuelles forcément bestiales !La comparaison avec le fichu de nos grands-mères des années 60 ne tient pas, ce fichu servait à préserver du vent et du froid, pas plus que le voile des religieuses qui sont du clergé et ne prétendent pas exercer les métiers de policière, avocate, magistrate, banquière, footballeuse ou même caissière ; elles exerçaient majoritairement les métiers d'enseignantes ou soignantes parce que ce sont elles qui les ont inventés à destination des populations pauvres quand n'existait rien de comparable à nos écoles de maintenant, et s'il en reste quelques-unes pour les exercer encore, c'est dans un contexte séculier, en présentant les diplômes requis et en se conformant à leur dress code professionnel actuel.
Car toutes les professions ont un dress code : on ne va pas travailler à la banque en maillot de bain, mais le moniteur de natation oui, avec en plus un bonnet de bain, le/la commercial-e est en tailleur ou costume cravate comme le banquier, et l'avocat porte une robe noire comme toutes les professions magistrales, assortie d'un jabot blanc, tête nue, ou portant perruque chez les anglo-saxons, et ce n'est pas négociable comme l'a précisé une jurisprudence face à une avocate revendiquant de porter le voile dans le prétoire. Il n'y a donc aucune raison pour qu'il n'y ait pas un dress code à l'école aussi.
L'autrice rappelle que le voile porté en Occident rate le but pour lequel il est prescrit : la modestie, et effacer les femmes de l'espace public lorsqu'elles sont contraintes de sortir pour des déplacement courts et purement utilitaires dans les théocraties musulmanes ; ici au contraire, il attire immanquablement le regard et les signale aux passants comme le nez au milieu de la figure. Pour Nadia Geerts, le libre choix mis en avant par les libéraux pour justifier le port du voile (mon corps, mon choix, mon voile, en détournant d'ailleurs le slogan des féministes matérialistes universalistes et de leurs combats collectifs) est un détournement opportuniste libéral du tout se vaut puisqu'il serait un choix individuel, une idéologie McDo du "venez comme vous êtes", et l'expression "féministe musulmane" est une supercherie, un oxymore.
Ferme sur les principes démocratiques qui permettent de vivre ensemble sans opposer à l'autre nos croyances, Nadia Geerts rappelle opportunément que tout choix engage celle ou celui qui le fait et qu'il oblige forcément à certains renoncements. Revendiquer de ne pas enlever son voile et vouloir dans le même temps, dans des pays sécularisés, recevoir le même traitement en matière d'embauche et d'emploi, d'engagement dans des associations défendant les droits des femmes par exemple, pour ne citer que cela, relève de l'inconséquence et de l'irresponsabilité. Pour faire bonne mesure, et pour respecter l'égalité des sexes, l'autrice refuse, pour les mêmes raisons et dans les mêmes circonstances, le port de la barbe islamiste arguant qu'en général elle est portée avec un qamis, et que l'ensemble permet qu'on ne confonde pas cette barbe avec celle des hipsters parfaitement reconnaissables eux aussi par une vêture générale qui est très différente d'une tenue islamiste.
Nadia Geerts plaide pour une interculturalité plutôt que pour la multiculturalité sans cesse revendiquée par les différentialistes / relativistes culturels.
Une ouvrage indispensable pour bien recadrer les débats actuels sur les signes communautaires. Nadia Geerts revendique fort l'universalisme et le droit à l'indifférence, dans et pour une société apaisée.
Et toujours ce fichu voile ! Nouvel argumentaire laïque féministe et antiraciste - Nadia Geerts - Préface de Caroline Fourest. Chez Luc Pire Editions. Nadia Geerts est agrégée de philosophie.
dimanche 28 février 2021
Un voile sur le monde
J'ai lu ce livre-enquête de Chantal de Rudder, grande reporter, ancienne rédactrice en chef du Nouvel Observateur, qui vient de paraître aux éditions de l'Observatoire.
Chantal de Rudder "bâchée" la plupart du temps lors de ses rencontres pour écrire son ouvrage, nous entraîne dans un passionnant voyage à travers l'histoire et les géographies.
Comment le voile a progressé là où on ne l'avait jamais vu, là où ne le voyait plus ?
Tout commence en 1979 en Iran par la "révolution" ultra-conservatrice de l'Ayatollah Khomeiny arrivant en Iran de Neauphle-le-Château, où il fut hébergé durant 4 mois par la France, Iran d'où il chasse le tyran tortionnaire pro-occidental Reza Shah. Les femmes qui participaient à la révolution islamique en manifestant massivement voilées de la tête aux pieds, firent elles aussi un accueil triomphal au barbu, le premier février 1979 à Téhéran. Le 7 mars, l'Ayatollah décrétait le port du voile obligatoire ; le 8 mars 1979, les femmes redescendaient dans la rue tête nue pour protester contre cette atteinte à leur liberté. Les mollahs reculent ; ils mettront 10 ans pour arriver à leurs fins, voiler les iraniennes. L'Iran et l'Arabie saoudite (le frère ennemi) sont les seuls pays à l'avoir rendu obligatoire. Aujourd'hui, les femmes iraniennes se battent pour reconquérir des droits qu'elles croyaient acquis puisqu'elles les avaient obtenus 20 ans avant la "révolution" iranienne. Pour commencer, enlever son voile dans la rue via le mouvement #WhiteWednesdays" où elles portent un foulard blanc les mercredis en signe de protestation. On est 40 ans après. Les droits des femmes, jamais acquis.
[ Mesdames, je fais ici une incise : toutes les révolutions que nous avons faites en solidarité avec les hommes, de la Révolution française, en passant par les algériennes combattant pour l'Indépendance de l'Algérie dans les années 50, à la pseudo-révolution islamiste iranienne et tant d'autres, ont tourné à la fin à notre renvoi à la cuisine et au gynécée. Même après la révolte antiautoritaire de 1968, les femmes se sont retrouvées couvertes de mômes issus de plusieurs pères, en train de les élever dans des ashrams pendant que les mecs buvaient des bières. Prendre des pavés dans la figure, être torturée ou embastillée, avoir été guillotinée (Olympe de Gouge) ne suffisent pas, il faut être encouillé, et nous on ne l'est pas ! Les hommes se contentent de remplacer les pères par les fils, les hommes d'avant par les hommes d'après, ils ne font pas de révolutions. Aussi, arrêtons de gober leurs bobards, arrêtons de courir derrière eux et de s'attribuer les symboles de leurs "révolutions" ça finit toujours par un retour à la production de futurs petits révolutionnaires / ouvriers / croyants. Au moins Daech était franc du collier : les femmes selon une solide tradition de bédouins éleveurs de chèvres, lecture littérale et d'époque du Coran oblige, y étaient dédiées à la seule ponte. Les militantes d'extrême-gauche qui prônent aux côtés de leurs bons camarades la démolition du capitalisme, le patriarcat suivra au-to-ma-ti-que-ment (elles m'embêtent avec ça sur Twitter) feraient bien d'y réfléchir à deux fois. D'autant qu'à force de soutenir le voile au nom du "libre-choix", elles vont finir "bâchées " et les autres avec ! Les luttes des femmes pour leur autodétermination ne sont pas secondaires, subordonnables à celles des hommes, elles sont primaires et affaire de femmes. Fin de l'incise.]
Chez les Saoud, " ces similis-wahhabites salafistes pharisiens amerloquisés " selon Daech (on s'adore entre salafistes, c'est fou !) la coquetterie est permise au contraire de chez ces coincés d'ayatollahs chiites iraniens. Dessous, parce que dessus c'est niqab obligatoire. On ne montre que les yeux. D'ailleurs en arrivant à Riyad, une saoudienne enquêtée s'empresse d'offrir à notre grande reporter une tenue compatible sunnisme wahhabite alors que Chantal de Rudder arbore partout la même tenue noire râpée chiite iranienne, en s'étonnant des regards torves que provoquent sa tenue. Elle rencontre ces femmes saoudiennes très éduquées qui tentent leur émancipation dans une implacable théocratie combinant une lecture littérale du Coran du temps des transports à dos de chameaux, tout en affichant tous les éléments de la modernité : villes gigantesques ultra-modernes gagnées sur le désert, 5G, téléphones cellulaires, Internet et gros SUV ! " Les femmes du pays ont la démarche du crabe, elles avancent en faisant des pas de côté ", impossible d'être frontales (elles en sont tout de même à se battre pour pouvoir conduire leurs voitures elles-mêmes !), aussi ces femmes occidentales qui " font perdurer une époque de plomb " dont elles-mêmes essaient de se débarrasser leur insupportent ; les voilées françaises n'ont pas la cote :" Je déteste ces européennes en burqa, ces filles se font manipuler, on ne leur vend pas l'islam mais une identité qui n'est pas la leur, " affirme Sheika.
D'Iran à Grenade en Andalousie, où un rond-point sert de pèlerinage aux décoloniaux, on passe d'abord par la Belgique gangrenée par le salafisme, où l'on apprend l'accord historique entre le pieux roi catholique Beaudouin et les rois saoudiens, accord qui a mis sous tutelle saoudienne les musulmans du pays, " solidarité habituelle de calotins" ; puis par le Danemark, petit pays de 6 millions d'habitants qui a payé le prix fort au terrorisme islamique, et dont le welfare state généreux attire les émigrés venant de pays en guerre : son actuel gouvernement de centre droit qui mène une politique volontariste et pragmatique contre les ghettos a institué des cérémonies de naturalisation où serrer la main de toutes les personnes présentes est obligatoire, la covid a d'ailleurs suspendu ces cérémonies jusqu'à nouvel ordre tellement ils ne plaisantent plus sur le sujet de l'égalité femmes hommes ; par la Bosnie musulmane où les accords de Dayton ont figé la situation de la fin de guerre et qui subit plein pot l'influence de la Turquie et celle concurrente des saoudiens qui y financent des mosquées géantes, où le voile islamique jilbeb fait une grande progression au nom de l'identité musulmane. Islamisation par la guerre. Par la Grande-Bretagne gangrenée par le communautarisme où les tribunaux chariatiques sont tolérés, tribunaux dont les jugements sont toujours défavorables aux femmes, mais qui, prétexte, soulageraient la justice britannique mise à mal par les restrictions budgétaires imposées par les régimes néolibéraux. Alliance du libéralisme ultra et des religieux, des pétrodollars et de McWorld. Par les USA enfin où perdure la " bigoterie de la race ".
Enfin, le dernier et étonnant chapitre chez les décoloniaux à Grenade où ils tiennent un séminaire décolonial, où parvient avec difficulté à s'infiltrer de Rudder en planquant sa judéité, invoquant sa famille berbère dans son dossier de candidature. Ce chapitre nous apprend plein de choses sur ce mouvement fondé par un portoricain, et nous mène au bout d'un voyage où Chantal de Rudder a repris son métier de grand reporter, ses carnets d'adresses et ses souvenirs d'ancienne journaliste ; on comprend comment les révolutions, mais aussi les guerres (Bosnie), la fin de la guerre froide, tous les soubresauts de l'histoire, l'argent des pétro-monarchies qui coule à flot et permet de tout acheter, les démissions occidentales ravagées par le consensualisme, la mollesse sur les principes, la mauvaise conscience et les compromissions, l'impuissance rigidifiée, ont permis le retour de la bigoterie, du religieux, et du coup, à ce vieux stigmate des femmes (le voile est pré-islamique évidemment), d'être revendiqué comme un gage de révolte, un attribut féministe et révolutionnaire. Ce qu'il n'est pas. " C'est fascinant ce pouvoir de détourner les mots, de dévoyer des valeurs ". Il faut réaffirmer haut et fort que les lois qui limitent le port du voile dans l'espace républicain sont faites pour protéger celles qui ne le portent pas du prosélytisme de l'islam radical, rien de moins. Celles qui le portent en étendard revendiquent une limitation, pas une émancipation.
Le soft power, les femmes instrumentalisée par des vieux barbus, ça vous a tout de suite une allure (trompeuse) pop et moderne, plus en tous cas que les ensoutanés que plus personne ne supporte, surtout dans les pays musulmans qui n'en finissent pas de s'émanciper du joug de la religion et des tyrannies, les Printemps arabes des populations urbanisées nous l'ont clairement montré en 2011, 2012, tandis que les campagnes résistaient comme en Turquie ; il n'y a que la petite Tunisie qui a accouché du sien dans la douleur. La démocratie est un long chemin. Chantal de Rudder écrit un livre plein de verve, résolument impertinent, avec même un solide sens de l'humour, où chaque chapitre est bouclé comme dans une série, on peut donc choisir son ordre de lecture. Ce qui frappe tout de même, c'est la haine générale que provoquent les femmes, et ce besoin fanatique des hommes de nous soumettre, de surveiller nos corps, tandis qu'eux s'autorisent toutes les privautés, ne s'interdisent rien ou presque !
Le capitalisme s'accommode très bien de la post-modernité et de la bigoterie :
" L'essentiel pour McWorld, comme le soulignait Benjamin Barber, c'est d'agrandir sa clientèle. L'Institut Thomson-Reuters évalue le marché mondial de la mode islamique à 484 milliards de dollars pour 2019. En toute logique économique, les marchands de la mosquée -comme on dit les marchands du temple- prolifèrent désormais, tous avides d'occuper désormais ce nouveau créneau porteur de la consommation. Dans les sweatshops du Tiers-monde, de pauvres créatures piquent et cousent du hijab au kilomètre pour qu'en Occident et ailleurs des femmes affichent leur musulmanité orthodoxe. " Révolutionnaire, vous avez dit ?
A lire donc, pour remettre les pendules à l'heure.
Les citations du livre sont en caractère gras et rouge.
mardi 20 octobre 2020
Billet sur la culture de l'effacement et des petites compromissions politiques
Tandis que la France en état de sidération pleure la mort d'un de ses professeurs assassiné par le fanatisme religieux obscurantiste, que l'enquête révèle une chaîne d'événements, et dans doute de complicités, de corruption même (donner 300 € à des mômes de 12 à 14 ans pour qu'ils désignent une victime !), se catalysant pour aboutir à cet acte horrible, la mise à mort d'un professeur de collège attaqué puis décapité sur le chemin de retour de son travail, on découvre le pouvoir de nuisance des medias sociaux quand ils sont utilisés par une secte de fanatiques (je parle de l'Islamisme et de son projet politique totalitaire) prétendant par la censure et le meurtre faire régner l'ignorance, tenter d'instaurer le fascisme, d'éteindre les lumières en France, mais aussi partout dans le monde.
Depuis quelques mois ou années, certains medias sociaux arrivés à maturité (ayant fait le plein d'adhérents) se transforment sous nos yeux en déversoirs de torrents de haine, où les mêmes perpétuelles victimes de différentes "offenses" jettent l'anathème sur leurs prétendus oppresseurs, chacun défendant sa petite ou grande cause, obligeant les plus modérés d'entre nous soit à prendre parti sous peine d'être "annulé-es" -cancel culture ou culture de l'annulation en français- si on n'est pas d'accord avec eux/elles. Leur poids est tel que ces medias tendent à censurer tout propos non conforme à la grande plainte des perpétuels offensés. Ils sont de tous ordres, s'estimant offensés en tant que groupe sociaux. Rajoutez le puritanisme étasunien d'où viennent ces plates-forme, cela donne les errances et bourdes que l'on sait désormais : sur Facebook, on ne peut pas publier l'Origine du Monde, le tableau de Gustave Courbet, ni sans doute non plus la réponse de l'artiste performeuse Orlan au même Courbet un siècle plus tard, L'Origine de la Guerre, les deux oeuvres représentant respectivement un sexe féminin et un sexe masculin en premier plan dans les deux tableaux. J'ai moi-même fait les frais de la publication de ces oeuvres "blasphématrices" durant les 4 mois où j'ai été sur ce réseau. De même, rapporte Alice Coffin dans Le génie lesbien, le mot "lesbienne" qui a toujours été stigmatisant et mal porté de tous temps, est très mal vu sur Twitter. Que Twitter ait mis pas loin de 24 heures à suspendre définitivement le compte de l'assaillant de Samuel Paty le professeur assassiné, où était publiée l'image de sa tête coupée, en dit long sur leur définition de l'obscénité : deux sexes humains sont obscènes MAIS PAS les images d'un homme supplicié. Pas plus que ne l'étaient les simulacres ou réelles décapitations propagandistes de L'Etat Islamique. Habituelle inversion patriarcale. Pendant que chez les mêmes on nous restreint ou suspend définitivement des comptes peut-être un peu énervés, mais certainement pas appelant au meurtre. Je pense à deux abonnées dont une blogueuse qui en ont fait les frais, mais c'est tous les jours.
Sur mon compte Twitter, le seul emploi du mot voile, pour ne citer que celui-là, me vaut d'être mise à l'index par les féministes libérales adeptes du choix de l'aliénation par consentement individuel : mon corps, mon choix, mon voile. Emettez-vous la moindre objection ou contestation au choix individuel de certaines à s'envelopper de kilomètres de tissu ? Elles se désabonnent, voire vous bloquent. Ce qui ne les empêche pas de venir lire ce que vous écrivez après, ou même à vous faire des emprunts non crédités : je retrouve régulièrement mes phrases, mots valises et jeux de mots que j'ai inventés, repris dans des tweets, des textes, voire des livres, sans être citée ou créditée, par des internautes qui n'ont même jamais été abonnées ou qui m'ont bloquée !
Les "féministes véganes" et antispécistes sont les plus rapides à dégainer leur aversion pour quelques-uns de mes tweets. Jamais un mot de solidarité avec eux ou leurs avocates, au nom d'une solidarité avec des opprimé-es fantasmé-es, pour les animaux abattus dérogatoirement dans les abattoirs de la République selon les deux rites juif mais surtout halal, puisque désormais les "musulmans" ou fantasmés tels sont les "persécutés" qui concentrent toute l'attention. Les plus hardies, à leur maximum, se contentent d'un favori de temps en temps. On se dit antispéciste, mais le racisme mou du différentialisme culturel l'emporte : le sujet étant accaparé par la seule extrême-droite, les autres sont donc assimilé-es à cette idéologie délétère. Les animaux ? Mais what the fuck, c'est que des bêtes. Un comble.
Revenons au voile : c'est un linceul, un stigmate, puisqu'il est imposé aux seules femmes. Il permet le contrôle des femmes dans l'espace public, parce que c'est dans l'espace public qu'il est obligatoire. Ainsi habillées, les hommes peuvent exercer leur contrôle sur les déplacements des femmes, plus facilement repérables puisque l'uniforme est de rigueur. Eux, par tous les temps, et surtout les temps chauds d'été, sont en polos, shorts, chemisettes et nu-pieds, personne n'objecte. L'espace public est le lieu des hommes, eux seuls y ont accès ; les femmes peuvent toutefois l'emprunter mais à des heures décentes, dans la journée, les heures ouvrables de préférence, ce qui rétrécit encore les plages horaires, et pour de bonnes raisons utilitaires : aller conduire et chercher les mômes à l'école, les conduire chez le médecin, faire les courses ; bien entendu, pas question d'aller se détendre dans un bar ou un café, mule étant quand même la principale utilisation des femmes par les hommes, leur reproduction perpétuation venant immédiatement après. Bonniche et mule : le destin promis par les patriarcaux.
Que des femmes dans des régimes religieux totalitaires se battent collectivement pour sortir de l'ensevelissement imposé par des barbus haineux de tout ce qui est féminin et surtout de notre autodétermination, luttent en prenant tous les risques, de l'embastillement pendant des années jusqu'à la peine de mort, n'émeut pas nos censeures adeptes du choix individuel aliénant ; elles mettent même en parallèle les deux situations : dans ces pays, des femmes prennent collectivement tous les risques pour se dévoiler, ici dans nos pays démocratiques très tolérants à toutes les inepties présentées sous le label "mon choix", elles ne prennent aucun risque ou tellement minimal que leur seule option est de se poser en victimes offensées quand on émet une (faible) protestation.
Oui mesdames, vous avez le droit de vous empaqueter dans des kilomètres de tissus, vous avez le droit de vous laisser mettre des menottes et des boulets au pieds dans le mariage et la maternité, vous avez même le droit de vous faire tatouer, puisque vous aimez les choix indélébiles et définitifs, "Dieu est mon droit" sur le décolleté, et il y a même des chances que cette bonne fille qu'est la Sécurité Sociale vous remboursera le détatouage quand vous voudrez balancer par dessus les moulins vos choix faits à une époque, choix que vous renierez à une autre, une fois redevenues lucides. Mais, par pitié, ne venez pas nous expliquer que vos choix sont incontestables et doivent être incontestés. Assumez, comme nous les férales assumons les nôtres, en les payant cher et sans nous plaindre, puisque responsables nous estimons être de nos choix.
J'ai eu à une époque un collègue de travail catholique pratiquant qui allait à la messe tous les dimanches, qui avait 4 enfants dont des filles, et qui, très lucide et prouvant que les Lumières sont accessibles aux croyants, me disait "nos filles, on les enseigne de façon à ce qu'elles s'autodéterminent quand elles seront adultes, mais si elles choisissent après tout d'être esclaves, elles feront comme elles voudront, nous n'aurons rien à nous reprocher. Voilà, faites vos choix et ne venez rien reprocher aux autres.
"Le féminisme est une épistémologie", ( disait Catharine MacKinnon qui rajoutait : "à chaque fois que je dis cette phrase, on me taxe de pédanterie, mais pourtant c'est vrai !"), pas une adhésion, ni un compromis aux dogmes patriarcaux.
Donc, en conclusion, vous n'êtes pas obligées de suivre aveuglément les suggestions d'abonnements de Twitter ou Facebook, lisez mon profil, je me casse le derrière à en écrire un c'est pour qu'il soit lu. Personnellement, je ne suis pas offensée et je ne me désabonne pas quand je vois passer un tweet excessif du genre "Macron dictateur", ou "racisme d'état" en parlant de l'administration française, excès de langage avec lesquels je ne suis pas d'accord. Essayez l'Iran ou le Corée du Nord en point de comparaison. Je sais que nous serons d'accord sur d'autres sujets à d'autres moments. Et surtout je ne suis pas susceptible ni adepte de cette culture de l'effacement de l'autre dès qu'on n'est pas d'accord avec elle ou lui. C'est pathétique ces caprices de sauteuses annulatrices de ce qui ne leur convient pas.
Je suis blogueuse depuis dix ans, je me souviens parfaitement sur quelle idée initiale j'ai décidé de le devenir, alors que je lisais les blogs des autres depuis 2003 : "j'ai moi aussi des choses à dire, je vais les dire à ma façon, je ne me censurerai pas. Pas question d'édulcorer ni de tenter de plaire". J'espère avoir tenu ma promesse. En qualité de blogueuse, je soutiens la liberté d'expression, je suis professeure, je suis Samuel Paty, je suis toujours Charlie ! La liberté d'expression ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Vive les blasphématrices, vive toutes celles qui ne se soumettent pas.
dimanche 14 juillet 2019
Combattre le voilement - Fatiha Agag-Boudjahlat
Cette semaine, deux livres de la même auteure Fatiha Agag-Boudjahlat (FAB) : Combattre le voilement, une réflexion "au-delà du voile comme objet, sur l'acte du voilement", et Le grand détournement, sur les communautaristes et identitaires de toutes obédiences, sur l'instrumentalisation du féminisme, du racisme et de la culture, cette dernière servant d'alibi permanent au cultuel, auquel elle sert de masque permettant de noyer le poison des entorses à la loi de 1905 de séparation des églises et de l'état.
"Mon corps, mon droit". Dans les années 70, ce magnifique slogan a servi aux féministes à revendiquer le droit à disposer de leur corps au moment de militer pour le droit à l'avortement, qui suivait le droit à la contraception. Perverti et poussé à l'extrême, détourné de son sens premier, il sert aujourd'hui à revendiquer de s'enrouler dans des mètres de tissus en revendiquant un "droit à la pudeur" et en criant à l'outrage quand des organismes publics (piscines par exemple) ou des entreprises privées veulent imposer leur règlement intérieur qui prévoit que le personnel observe un minimum de parties découvertes, ne serait-ce que pour assurer la sécurité. Pour certaines salafistes, ce serait même un "droit civique" puisqu'elles invoquent (abusivement, car en France, comme en Europe, il n'y a jamais eu de politique ségrégationniste* comme en subissaient les afro-américains dans les années 60 aux USA) les mânes de Rosa Parks dans son bus qui, la pauvre, ne peut pas se défendre.
La thèse de FAB est d'ailleurs que ces femmes françaises converties ou d'origine (3ème génération souvent) du Mahgreb qui se portent le jilbeb (tenue salafiste très couvrante des femmes saoudiennes) sont en rupture avec les traditions de leur pays car les femmes marocaines, algériennes ou tunisiennes n'ont jamais été vêtues traditionnellement de la sorte. De même, pour ce qui concerne le kamis des hommes. Elles choisissent de porter, sans connaître l'histoire de leurs communautés originelles, un vêtement salafiste, utilisé en Arabie et au Qatar, montrant ainsi en plus de leur entrisme, leur inculture.
Car il y a entrisme. Les patriarcaux qui ne veulent à aucun prix de l'autonomie des femmes -elle mettrait en péril leur reproduction à l'identique et leur primauté dans l'espace public- sont bien décidés à utiliser toutes les possibilités offertes par nos démocraties pour imposer leur agenda politique. D'abord, faire montre de manœuvres procédurières, utiliser toutes les possibilités offertes par nos démocraties et par les juridictions nationales et même internationales -y compris les obscures officines de l'ONU sans pouvoir juridictionnel ni contraignant (la maltraitante mère de Vincent Lambert et son fan club de curés catholiques fanatiques ont utilisé le même procédé), ou de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l'Homme) dont les textes sont ambivalents, pour tenter d'imposer le voilement dans l'espace public.
Autres moyens offerts par nos démocraties libertaires et émancipatrices, les moyens consuméristes du commerce et du marketing tels Nike qui promeut la "mode modeste" et propose des hijabs de running, Mattel qui propose des poupées habillées à la manière salafiste...
Deuxième manœuvre, utiliser le soft power, stratégie qui consiste à utiliser des femmes comme porteuse de messages, à savoir les "mamans voilées", les artistes pop femmes, une syndicaliste convertie revendiquant de porter costume religieux dans la fac où elle représente son syndicat (UNEF). Explication : entre un homme imam de 60 balais, ventripotant, barbu, à qui il manque deux dents, même érudit, et une femme de l'échantillon cité ci-dessus, qui à votre avis a le plus de chance de se concilier l'opinion publique ? Les dames bien sûr, les "mamans voilées" (je vous assure que au-dessus de 10 ans, quelqu'un-e qui dit "ma maman" pour parler de sa MÈRE, ça me donne des envies de meurtre, tellement cette époque est régressive à tous les niveaux), la jeune femme syndicaliste. Les mecs ont mauvaise réputation et ils le savent, même, surtout, leurs abbés. Il n'y a qu'à entendre les arguments qu'ils utilisent pour promouvoir le voilement : les mecs ne seraient que des pourceaux opportunistes (je suis désolée pour le spécisme, mais je cite) avides de tirer un coup et de s'esbigner aussitôt la chose faite. Toutes aux abris de tissus, fuyez ces hordes d'irréformables. Donc, mise en avant des "mamans voilées" (expression obligatoire), des sorties scolaires (école hors les murs, rappelle FAB, donc soumise à la loi de 1905 ; il ne s'agit plus de "mamans", mais bien d'accompagnatrices ayant un rôle pédagogique). Les patriarcaux les trouvent très bien faisant illusion en locomotives "automobiles" comme écrivait Nicole Claude Mathieu : automobiles au sens où elles se déplacent seules, mais avec un conducteur qui tient le volant ! Sauf qu'aujourd'hui en Europe, même pour une femme arrivant de Syrie, fuyant la guerre, il est possible de dire non à ces "capsules spatio-temporelles" que sont les tenues couvrantes (jilbeb, burkini...), que la loi les protège elles et les choix qu'elles font. Nous sommes dans un pays qui garantit, au moins par les textes, mais ce qui est écrit est fort car on peut faire un rappel à la loi, l'égalité femmes-hommes.
" Les femmes se voient investies de la mission de la perpétuation du modèle culturel et religieux de leur communauté, par leur consentement aux règles, par l'éducation dont elles sont chargées dans ce modèle genré par excellence. Elles peuvent être d'excellents agents de leur propre aliénation par l'éducation reçue et l'éducation qu'elles vont à leur tour donner. Les néoféministes s'interdisent d'identifier, de nommer et de combattre les facteurs de subordination et d'aliénation de la femme quand celle-ci est orientale. [...] Se pose la question de la préservation du modèle patriarcal qui attribue l'espace public aux hommes et l'espace privé aux femmes, sujettes et dominées [...]. Cette domination est la clé de voûte du statu quo social. Leur passage dans l'espace public doit être le plus furtif, le plus anonyme et le plus utilitaire possible, aux conditions imposées par les hommes, ce que garantit le voilement. "
Entrisme politique et propagation d'une doctrine archaïque qui cadastre le corps des femmes pour mieux le soumettre aux rigueurs patriarcales : en pratiquant l'inversion et le dévoiement des concepts antiracistes et féministes, le différentialisme culturel est définitivement un racisme. Celui de ses prosélytes et de celles/ceux qui ne voient pas le mal et laissent faire, au nom du libertarisme, du choix individuel. L'argumentation de FAB est remarquable. Elle écrit :
" Le label AOP-AOC ne s'applique pas à l'humain. Il y a des fondamentaux non négociables, ils ne sont pas blancs, ils ne sont pas occidentaux, ils sont universels : l'égalité femme-homme, l'enfant comme personne et non comme bien meuble, le droit des minorités sexuelles, la dignité des êtres humains." Ces combats ont été menés en Occident et ailleurs, avec difficulté, lentement, au fur et à mesure que la société progressait. " Ils s'inscrivent dans une historicité qui n'amoindrit en rien leur portée, qui les inscrit précisément à porté humaine. "
Je voudrais évoquer trois cas de progressistes qui soutiennent soit le voilement, soit d'autres aliénations, au nom du libre choix ou de la solidarité. J'ai choisi trois cas emblématiques qui sont des porte-drapeaux, qu'on voit et entend dans différents médias, et réfuter leurs arguments.
Romain Goupil, défenseur de voilement, qui a son rond de serviette sur les plateaux de LCI, cinéaste, éditorialiste, et surtout ancien soixante-huitard, lui veut "interdire d'interdire" selon le slogan de la même époque, "il est interdit d'interdire". Au nom de ce principe, interdire le voilement (des seules femmes, il ne remarque pas qu'au nom de l'égalité, les hommes ne demandent pas à se voiler) est liberticide. Slogan contradictoire dans les termes, et surtout, oublieux du fait que les femmes qui refusaient les échanges multipartenaires en 1968 et années suivantes, étaient traitées de "prudes", "coincées" ; son angle mort à lui, c'est ce droit inaltérable des hommes à l'accès sans limite au corps des femmes, droit aussi vieux que l'humanité depuis qu'elle marche sur ses pattes de derrière, mais bon, le souligner, franchement, serait déplacé. Parions qu'en 1968, il aurait sans doute accusé les femmes voilées de "prudes" et "coincées", autre temps, autre position.
Quand à Delphy qui nous a produit les plus excellentes analyses sociologiques de l'oppression des femmes, au nom d'une solidarité, d'une sororité sans faille avec toutes les femmes, opprimées de tous temps et sous toutes les latitudes par le système patriarcal, elle voudrait que nous soyons solidaires de femmes instrumentalisées, agentes du Patriacat, car, n'en déplaise à Madame Delphy, il y a des femmes qui ne veulent à aucun prix du féminisme qui revendique bel et bien l'autonomie, une individualité, et un destin séparés de celui des hommes. Lire les femmes de droite de Dworkin pour s'en convaincre. Sans compter que certaines se laissent instrumentaliser par calcul politique, pensant, espérant en récolter quelques dividendes. Angle mort, là aussi : on refuse de voir le calcul, le refus de la liberté, car la liberté se paie d'un prix : plus de solitude, l'angoisse de devoir faire des choix déchirants seule, pour certaines d'ailleurs en étant rejetées de leur communauté d'origine, choix qui sont discriminants : en effet quand vous faites un choix, vous fermez toutes les autres possibilités. Vouloir le beurre, l'argent du beurre, le crémier, la bite du crémier, de beaux enfants, une belle carrière, en plus de savoir choisir ses dessous pour plaire à Jules, toutes ces injonctions aliénantes des magazines féminins : certaines veulent encore se bercer d'illusions. Tout faire, et tout faire bien n'est pas possible. Sauf à courir derrière un leurre. Une obligation de multi-réussite qui n'est, bien sûr, exigée que des seules femmes.
Le grand détournement est tout à fait complémentaire du précédent, et il balaie plus large. Détournement des mots et concepts forgés par des penseurs pour l'égalité et le libre-arbitre par les zélotes de l'Islam politique pour faire accepter l'agenda des communautaristes.
Dans ce second ouvrage, FAB débusque les fausses symétries mettant tout sur le même plan : minijupe et voilement (Benbassa), la minijupe n'est pas une prescription patriarcale, le voilement oui ; culturel au lieu de cultuel, c'est au nom du "culturel" que Nathalie Appéré, Maire de Rennes, a réussi à faire voter par son conseil une subvention de 430 000 euros à la mosquée sud de la ville pour la réfection de son toit, le cultuel étant implaidable selon la loi de 1905 ; l'auto-stigmatisation des porteuses de voile qui se plaignent d'être discriminées après avoir fait des arbitrages qu'elles refusent ensuite d'assumer, elles ne sont pas obligées de choisir une tenue extériorisant des convictions religieuses qui devraient relever de l'intimité ; "On n'est pas victime d'exclusion quand on choisit de désobéir à la loi " écrit FAB ; les oxymores tels que "féministes musulmanes" ; la confusion des vêtures déjà évoquée plus haut, le jilbeb "capsule spatio-temporelle" est saoudien, pas marocain ni algérien ; l'a-historicité des tenant-es de l'Islam politique qui s'imposent de vivre comme au 7ème siècle de Mahomet, et l'allochronie ou double régime d'historicité, illustré par la mise en parallèle de deux époques différentes (comparaison du voilement avec le fichu des françaises des années 50-60), et "retard" condescendant (minimum) et post-colonial, surtout raciste bon teint. Ces pauvres ex-colonisés ne seraient pas arrivés au même stade de développement que nous, voire ne vivraient pas dans le même siècle que nous (sécularisme) alors qu'ils ont délaissé le transport en chameaux pour prendre l'avion ou de puissantes voitures, et qu'ils utilisent tous/tes couramment les derniers modèles d'iphone ou de smartphone ! Mais la boutade féministe a toujours cours : "quand un homme est opprimé, c'est une tragédie, quand une femme est opprimée, c'est la "tradition" ;(
Fatiha Agag-Boudjahlat dénonce les " accommodements raisonnables qui ressemblent à des redditions ". Deux exemples :
Au Canada, où résident des communautés Sikhs, les hommes, y compris garçonnets, portent traditionnellement à la ceinture un kirpan, sorte de petit coutelas, symbole traditionnel de défense contre l'oppression. Sauf que selon les normes canadiennes, laisser pénétrer dans les écoles des garçonnets avec ce petit poignard pose évidemment un problème de sécurité ; le Canada communautariste, dont le Premier Ministre Justin Trudeau s'affiche régulièrement avec les objets et vêtures, couvre-chefs rituels de ses minorités, a adopté un "accommodement raisonnable", le kirpan sera autorisé, mais il sera en plastique.
En Grande-Bretagne, pays qui a adopté le différentialisme selon les communautés sur son territoire, les tribunaux "sharia law" sont tolérés ; évidemment, leurs jugements ne sont pas légaux devant la juridiction britannique, mais si certain-es souhaitent s'y soumettre pourquoi pas, disent les libéraux ? C'est oublier que dans les communautés, le libre-arbitre des femmes et des enfants est nié, et qu'ils n'ont pas souvent la force d'affirmation (pour les enfants échangés comme des objets, vendus dans des mariages forcés, c'est absolument incontestable) de se couper de la communauté où ils/elles ont toutes leurs attaches. Nos lois démocratiquement votées protègent les plus faibles, n'en déplaise aux différentialistes culturels.
Enfin, FAB plaide pour des lois écrites clairement, afin d'éviter des interprétations hasardeuses, créant des précédents, et des "effets de cliquet" préjudiciables à la cohérence de notre système et servant ensuite de chevaux de Troie aux militants des régressions ethniques. C'est le fameux " mythe du "bon sauvage" stipendié quand il est repéré chez les colonisateurs de droite, opératoire et admis quand il est le fait des condescendants de gauche ". Elle défend un féminisme et une laïcité sans adjectifs.
Ces deux petits livres de deux cent pages chacun se transporteront partout, ils pourront ainsi accompagner votre été avec profit. Les démocraties sont des systèmes tolérants, mous, qui ont du mal à lutter contre les offensives idéologiques des défenseurs des emprises communautaires : identitaires, indigénistes, islamistes ! La prise de conscience est indispensable, nous devons être fermes sur nos principes. Ces deux ouvrages y contribuent.
Les citations de l'auteure sont en caractères gras et rouge.
* Le mouvement des droits civiques aurait démarré par la prise de conscience des afro-américains envoyés se battre en Europe lors de la Première Guerre mondiale : ils demandaient aux Français de la Somme et aux Belges "où sont les toilettes pour noirs ?". Les européens leur répondaient évidemment que les toilettes étaient les mêmes pour tout le monde. Une puissante aide à la prise de conscience que la ségrégation n'était pas un état naturel, mais bien une organisation politique discriminatoire.
Liens :
Editions du Cerf : Combattre le voilement.
Editions du Cerf : Le grand détournement.
VIDEO - Fatiha Agag-Boudjahat parle de son livre Combattre le voilement
Nathalie Appéré, Maire de Rennes, après avoir autorisé le burkini à la piscine des Gayeulles (Cédric Piolle, maire de Grenoble, victime de l'entrisme du faux-nez communautariste d'une association de défense de locataires annexée par l'islam politique, vient lui, de faire marche arrière après moultes tergiversations) verse une subvention de 430 000 euros du budget de la ville pour refaire le toit menaçant de s'écrouler de la Mosquée, lieu de célébration de culte construite en 1983 sur un terrain de Ville dans la zone sud de Rennes (bail emphytéotique) ; renommée fort à propos "lieu culturel", une lettre de plus permettant d'échapper aux rigueurs de la loi de 1905, la subvention a été votée, et le bas calcul électoral commis aux frais des droits de femmes. Madame Appéré se fait même photographier en groupe à l'occasion de l'inauguration avec des fillettes voilées. Tollé général : article avec la photo sur le site des Vigilantes.
lundi 2 octobre 2017
Le voile
Le voile est un symbole d'oppression, de ségrégation et d'apatheid sexuel.
Le voile marque délibérément les femmes comme des propriétés privées et restreintes, comme des non-personnes. Le voile place les femmes à part des hommes et à part du monde. Il les contrôle, les confine, il leur inculque la docilité. Un esprit peut être muselé comme un corps peut être entravé. Le voile de l'Islam aveugle à la fois votre vision et votre destinée. Il est la marque d'une sorte d'apartheid, non de la domination d'une race mais d'un sexe.The veil is a symbol of oppression, segregation & sexual apartheid. pic.twitter.com/K67c03kZAA— Rita Panahi (@RitaPanahi) 2 octobre 2017
Ayaan Hirsi Ali
Je pense sincèrement qu'il n'y a qu'un voile : celui de mariée et celui de religieuse sont aussi de paralysants symboles d'appartenance, et ils restreignent tout autant la vue que le voile islamique. Et celles qui les portent revendiquent également leur "liberté de choix" de le porter.











