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samedi 6 juillet 2024

Mœurs du Néolithique

 Hier comme il faisait beau et pas trop chaud, j'ai décidé d'aller passer l'après-midi à ma Ferme conservatoire de la Bintinais, surtout pour aller dire bonjour aux bêtes qui sont bien les seules à présenter un intérêt en matière d'interaction sociale, comme on va voir. Un de mes anciens collègues de travail avait l'habitude de me dire : "Tu sais, nous on n'a pas tant que cela besoin de socialiser !", cultivant un côté (complètement surjoué) d'asocial que lui et sa femme n'avaient pas. 

J'aurais pu lui répondre avec un peu de répartie que socialiser pour moi, c'était aussi bien avec des bêtes qu'avec des humains, et que je ne voyais pas trop la différence en matière de bienfait. 

Donc, direction La Bintinais. Une fois franchie l'entrée avec employée qui se contente de vous demander votre code postal depuis que (hélas) les musées sont gratuits, je n'avais pas plutôt fait dix mètres, que j'ai été rattrapée par un tracteur tirant une tonne à eau ! Tournée des champs et remplissage des abreuvoirs dans les pâtures, en balançant un nuage de poussière au nez des visiteuses sur les allées empierrées. Ah oui, j'ai oublié de préciser, mais est-ce bien nécessaire, que le tracteur est piloté par un mâle en combinaison Adolphe Lafont, mâle qui se la joue fermier éleveur, comme ceux de la FNSEA. Donc, ralentir pour épargner les passantes ne fait pas partie de son équipement de base. Brutalité, impolitesse, bruits de moteur et pétarades afférentes au "travail" masculin. Bref, il m'a suivie sur tout le circuit, je ne savais plus où me mettre, ni où me diriger ! 

Mais le pire est à venir. Ayant enfin trouvé un banc où me poser et sortir mon roman en cours, il ne s'était pas passé 10 minutes que des cris de Huns précèdent l'arrivée de quatre Attilas de sexe mâle, 5 ans à tout casser, dont l'un était équipé d'une épée Excalibur haute comme lui, qu'il n'a pas lâchée de tout le parcours, ne me demandez pas pourquoi, mais à la réflexion, certainement un indispensable attribut phallique, comme le tracteur précédemment cité. Deux cents mètres derrière, suivent deux mères de famille, sac à dos et smartphone en main. Il fallait tout de même se persuader que ces mômes étaient à elles pour ne pas courir avertir la réception que quatre enfants garçons abandonnés venaient d'être lâchés dans la ferme. Et comme, dans un timing parfait, un autre employé venait de sortir les cochons de leur soue pour les faire se désaltérer d'une boisson rafraîchissante en guise de quatre-heures, les quatre gars, toujours poussant des cris, ont escaladé les barrières de l'enclos, l'un proférant à tue-tête plusieurs "gros cochon", "gros porc" bien spécistes devant ses camarades. Diffamer pour mieux tuer et manger ensuite : la leçon est inculquée et assimilée jeune. Jambon coquillettes ce soir en guise de souper, ça ne va pas louper. 

C'est là qu'on comprends l'utilité dans cette ferme des triples barrières (clôtures en bois et clôtures électriques haute et basse) séparant les bêtes des maltraitants spécistes sans pitié de l'espèce humaine. Sans ces clôtures, les bêtes seraient carrément en danger ! 

J'ai finalement réussi, malgré les obstacles, à rejoindre la pâture de l'ânesse Gris du Cotentin, et de la jument Trait breton qui me reconnaissent à la voix et répondent à mes salutations d'arrivée et de départ chacune dans sa langue, au grand étonnement des autres visiteurs, quand il y en a de présents. Quand je suis en forme, devant leurs airs estomaqués, j'explique que, vu que je ne mange pas de chair animale, je sens l'herbe comme elles, et qu'intelligentes comme elles sont, ça fait certainement la différence. Je suis également polie avec elles, je ne hurle pas des slogans péremptoires ni ne me méprends sur leur sexe (Oh le cheval, oh l'âne, couramment entendus, comme s'il y avait des mâles dans cette ferme !). Au moins moi, je ne fais pas de remarques style, 'c'est bon en rillettes aussi', ou 'Tiens, ça me fait penser qu'il y avait une boucherie chevaline en bas de la Rue Le Bastard, dans le temps !". 

Tout ça pour en arriver à dire que si on continue à élever les garçons de la sorte sans rien changer, ce n'est carrément pas la peine de perdre son temps en combats segmentés, spécialisés : égalité des chances et des salaires, dénonciation du viol et de la prostitution, des violences faites aux femmes et à la nature,  sans jamais remonter à la racine des choses. Ils sont clairement préparés à être des ayant-droit, à se comporter comme tels, à dominer toutes les espèces, même la moitié de la leur ; ils en parlent mal, et traitent idem. Ils passent les premiers, en écrasant, en émettant du potin, en faisant des fumées et des poussières asphyxiantes. Et il n'y a pas vraiment de résistance en face. Boyz are boyz, boyz will be boyz, slogans de résignées, révélant une absence de conscience de classe,  une fascination pour leurs mauvais comportements, une impossibilité de nommer les choses, donc de les faire cesser. On sait pourtant de quoi ils sont capables dès douze ans : ravager, dégrader en violant, des filles de leur âge, en les traitant de "putes" pour des motifs misogynes, racistes, antisémites. Ou, footeux de 18 ans "espoir" au Stade rennais, de heurter une femme qui est décédée des blessures occasionnées, en roulant trop vite en trottinette sur le Mail François Mitterrand. Typique délinquance routière. Mais il semble que s'attaquer à la racine du problème n'est toujours pas d'actualité ; pourtant ce serait mieux que se battre les flancs en se lamentant sur la "violence de la société", en mode l'universalisme a des couilles, toutes dans le même sac. L'embrouille est parfaite.   

PS - Je n'ai pas de certitude que c'était intentionnel, aussi je ne le mets pas dans le corps de mon billet, mais un raclement de gorge et un crachat, même discrets, balancés en passant à trois mètres de moi, au même endroit le même jour, je n'arrive pas à penser que c'est fortuit. Vu que c'est assez habituel, j'ai tendance à penser que c'est une façon de nous cracher leur mépris au passage.

Spéciale dédicace de ce billet aux garçons (même âge environ que les précédents) de mon quartier qui jouent au foot sous mes fenêtres durant des heures tous les soirs depuis des semaines, sans doute encouragés par le calamiteux Euro de foot 2024 et ses milliardaires poussifs en shorts et maillots laids, le tout en impunité, les gardiennes de sacristie patriarcale, employées de mon propriétaire, ne daignant ni me répondre ni sanctionner, alors qu'il y a préemption de l'espace public et de la tranquillité des locataires par les mâles. Couché les bréhaignes ! 

jeudi 27 avril 2023

Quand les filles deviennent des garçons - Marie-Jo Bonnet et Nicole Athea


Voici un livre éclairant sur les transgenres et leur activisme, écrit à deux autrices, chacune sa partie. Je l'ai acheté avec un peu la crainte que l'ouvrage soit "pointu" sur un domaine que nous connaissons mal, nous ne côtoyons pas ou ne croyons pas côtoyer tous les jours des transgenres, qu'elles ou ils soient male to female ou female to male, qu'elles ou ils aient transitionné socialement, médicalement ou chirurgicalement. Mais bien au contraire, il est ample par l'analyse féministe que propose Marie-Jo Bonnet (MJB).

Dans les six premiers chapitres, l'autrice met en perspective le transgenrisme dans ses dimensions sociologique, anthropologique, mythologique, symbolique, et féministe donc politique. Seul le transgenrisme social, médical et chirurgical des filles (female to male) est exploré, puisqu'elles sont majoritaires à en faire la demande par rapport aux garçons, alors que sont surtout médiatisés les male to female. Comme c'est étonnant ! MJB donne son explication féministe : les filles ne s'aiment pas parce que la société ne les aime pas. Certaines trouvent donc plus satisfaisant  et confortable d'être garçon. 

Puberté précoce, à 10 11 ans pas rare vu que nous avons dispersé des perturbateurs endocriniens partout, d'autant plus période de malaise où elles rejettent leur corps, leurs seins, leurs règles. La pornographie est accessible partout, elles y voient des femmes maltraitées, dégradées et dominées ; et enfin, les dénonciations d'agressions sexuelles et de féminicides par les collectifs de néo-féministes leur font craindre le pire. Etre fille est devenu dangereux dans une société dominée par la misogynie, société qui  semble leur promettre surtout le statut de victimes. Le pouvoir d'influence des réseaux joue aussi un rôle déterminant en agrégeant des communautés de transactivistes supporteurs actifs, voire intégristes qui anathémisent, cancellisent (annulent, bannissent) leurs opposant-es. Si vous êtes présente sur les réseaux sociaux, et que vous avez publié, en émettant ne serait-ce qu'une interrogation sur ce sujet inflammable, vous avez sûrement eu à en pâtir. 

Toutefois, selon Marie-Jo Bonnet, il s'agit moins d'un lobby trans que d'un lobby LGBTQIA+ dominé par des hommes gays (certaines lesbiennes se demandent d'ailleurs que fait encore le L dans l'acronyme) qui poussent leur agenda de la GPA (Gestation Pour Autrui) où les femmes sont louées ou vendues à la découpe, où les techniques de procréation et chirurgicales de transformation sont accessibles, promettant à l'être humain de devenir modulable, transformable à volonté, au moins corporellement. Vous ne voulez plus de seins, qu'à cela ne tienne, on vous les enlève ! Tout cela annonce le transhumanisme ; les très argentés laboratoires pharmaceutiques qui voient tout le profit à en tirer, en effet un-e trans médicalement et chirurgicalement traité-e devra prendre des hormones à vie, soutiennent puissamment le mouvement. 

La partie de Nicole Athea, médecin gynécologue et endocrinologue, explore le volet santé, les risques pris, les psychoses sous-jacentes non traitées, les dysphories de genre pas rares à l'adolescence, mais transitoires, les malaises de la puberté non entendus, les risques médicaux quasiment irréversibles des traitements hormonaux (qui seraient accessibles sur simple demande par exemple au Planning familial, moment de ma lecture où je me suis pincée) ; elle rappelle que la prise de contraceptifs, pilule et autres, mis abusivement en symétrie, sont eux des traitements réversibles, une femme sous pilule ou DIU retrouve sa fertilité quelques semaines ou mois après l'arrêt du traitement ; elle recense un panel de détrans, c'est à dire de jeunes filles qui veulent ensuite faire marche arrière, les diagnostics mal posés et les inconvénients de santé pesant de tout leur poids. Le procès d'une clinique est en préparation à Londres. 

Cet ouvrage est un avertissement sur les dangers d'une société qui n'accepte plus les filles, et dont le modèle est devenu masculin. Il est peut-être temps de revendiquer un projet féministe assertif, promouvant les filles et femmes, moins victimaire, qui ne serait pas calqué sur la revendication de parité avec les défauts et toutes les mauvaises pratiques toxiques des hommes, mais qui valoriserait le féminin, ses qualités inculquées, par socialisation certes, mais qualités néanmoins. Ouvrage à mettre entre les mains des parents d'adolescents. 

mercredi 19 décembre 2018

Technically wrong : applications sexistes, algorithmes biaisés et autres menaces des technologies toxiques

J'ai lu Technically wrong de Sara Wachter-Boettcher, consultante web basée en Californie, publié il y a quelques mois en anglais, non traduit en français. Dommage, la lecture en est édifiante et passionnante. Si vous êtes ingénieur-e en informatique ou développeur-euse, lisez-le, l'anglais est à votre portée. Pour les autres,étant donné l'enjeu, je vous en propose un (noir) résumé.

Application sexistes, algorithmes biaisés et autres menaces des technologies toxiques

L'auteur, elle-même consultante en conception de sites internet depuis l'époque où on faisait encore des recherches sur AltaVista, décrit avec brio les travers et aberrations de technologies dominées par les hommes. Deux exemples : Google prend Sara Wachter-Boettcher (SWB) pour un homme parce qu'elle y fait des recherches sur les technologies de l'information ; au printemps 2015, Louise Selby, pédiatre de profession à Cambridge décide de s'inscrire dans un club de gym mais l'accès au vestiaire des femmes lui est refusé par sa carte de membre. Enquête faite auprès de la direction, on se rend compte que toutes les cartes électroniques du réseau sont codées par le sous-traitant informatique en paire "docteur = mâle". La culture et le mode de fonctionnement des entreprises de technologies sont basés non sur des besoins, mais sur des stéréotypes, témoigne une cheffe de projet -dont les siens étaient recalés car elle était dans une boîte de Mad Men qui, de façon routinière, excluent tout ce qui n'est pas jeune, blanc et mâle. Plus les femmes sont identifiées, codées de façon incorrecte, plus se renforce l'idée que ce sont les hommes qui dominent le secteur, plus le système corrèle l'usage des technologies avec les pratiques masculines, par l'effet, entre autres, du machine learning. " Voici une industrie qui recrute une bande de jeunes hommes blancs qui travaillent ensemble dans la journée, se bourrent la gueule ensemble le soir, et pensent "parfait, c'est à cela que ressemble un lieu de travail sain " ; quand par ailleurs, ces jeunes hommes utilisent le vocabulaire post-adolescent de la culture heroic fantasy des video-games les valorisant eux seuls : "licornes, ninja et rock stars", pour glorifier ses concepteurs, les femmes ne peuvent pas s'y reconnaître, déplore SWB.

Profilage, stéréotypage et finalement "pattern recognition". Comme les machines apprennent à reconnaître les faciès, les start up apprennent à reconnaître et coopter les gens qui leur ressemblent : aptitudes techniques constituées en méritocratie, avec le prédicat qu'elles seraient les plus difficiles à acquérir, que leurs industries n'ont pas besoin des apports de l'extérieur puisque les gens les plus intelligents sont déjà dans la salle, dévaluant systématiquement ceux qui apportent d'autres compétences pour renforcer les produits et les services commercialement et éthiquement ; des gens ayant fait leurs humanités (comme on ne dit plus hélas), des gens avec des compétences sociales, formés à tenir compte de contextes historiques et culturels, à identifier les biais inconscients (les femmes sont des ménagères, les noirs des criminels), à être plus empathiques avec les besoins des utilisateurs.

Produits eux aussi de la culture insulaire, mâle, blanche décrite ci-dessus, tous sortant des mêmes écoles de prêt-à-penser, les trois réseaux sociaux Twitter, Facebook, Reddit, et le moteur de recherche Google présentent toutes les défauts génétiques et les obsessions de leurs fondateurs.

En résumé :
Twitter, site d'updates et de listes non réciproques par défaut (les abonnements se font sans autorisation) : c'est son talon d'Achille car ils permettent le harcèlement et les conduites abusives. Mises en copies de la moitié de la planète, par le biais des partages vos notifications peuvent vite devenir ingérables et incontrôlables, truffées d'insultes voire de menaces. Plusieurs féministes ont dû fermer leur compte. Twitter est de plus truffé de faux comptes et de robots ; un grand ménage vient d'être fait ces dernières semaines à la demande de leurs annonceurs publicitaires (!) via des algorithmes, et je vous promets que c'est très étrange ! Ces algorithmes réagissent à des mots-clés, et finissent par évincer des comptes tout à fait décents, en les suspendant ou les restreignant. Des comptes féministes notamment, en ont fait les frais.

Facebook, 1 Hacker Way (si, ça ne s'invente pas !), Menlo Park California, site des "amis", "machine driven", ce sont les trending topics produits par des algorithmes qui recensent les sujets favoris de vos amis et en compilent des "sujets tendances", excellente méthode de production de fake news, fausses nouvelles, théories du complot.., couplés avec la culture de hacker du fondateur, partagée par les ingénieurs maison, la "méritocratie" évoquée plus haut, qui ne parlent pas aux sous-êtres de modérateurs humains hébergés eux dans les sous-sols du siège de la Firme (écrit SWB). Vraiment il vaut mieux vérifier tout ce que vous y partagez ! Et bien garder la tête froide. Cette recommandation vaut pour tous les medias sociaux : si vous sentez que vous commencez à chauffer, débranchez tout et allez faire un tour pendant deux heures. Vraiment.

Reddit, site d'agrégation de contenu : la culture "free speach", liberté d'expression de la maison, élevée au rang d'idéologie, couplée avec des modérateurs bénévoles (non rémunérés), font de la pratique du doxing (révélations d'informations sur des personnes privées) une des plaies de ce réseau.

Le moteur de recherche de Google n'est pas exempt de pataquès dont il n'est pas immédiatement responsable, mais qui révèlent le racisme qui sous-tend nos sociétés : un ingénieur noir fait des recherches d'images à base des mots-clés "visages sombres" pour son site Internet ; arrive un panel d'images de personnes noires au milieu desquelles il trouve une image de gorille ! "Je sais faire la part des choses parmi les erreurs d'algorithmes d'autant que je suis du métier, témoigne l'ingénieur, mais c'est tellement un argument raciste rebattu, que c'est insupportable". Il a finalement déposé plainte contre Google.

Dernier exemple décrit aussi par SWB : Uber que tout le monde croit être une compagnie de taxis, quelle erreur ! En fait Uber est une entreprise de technologies de pointe qui fait de la géolocalisation, et une entreprise de design d'applications animées montrant une petite auto qui s'approche d'un petit bonhomme, signalant ainsi l'approche du taxi que vous avez commandé sur votre téléphone. C'est très ludique. Mais au bout du rigolo, ils travaillent surtout sur la voiture sans chauffeur, le remplacement des humains par La Machine Terminale, le conducteur de la voiture étant décidément trop cher et résistant à la mise en esclavage, fût-il, l'esclavage, paré des habits neufs de l'auto-entrepreneuriat où l'on s'esclavagise soi-même, dernière trouvaille de génie de l'économie informelle très prisée dans ces milieux.

Construit comme un polar, avec progression angoissante, -l'avenir promis n'est pas radieux-, d'abord l'état des lieux, puis les développements des algorithmes de data mining (extraction de toutes sortes d'informations dans des métadonnées, Facebook par exemple, qui ne pense qu'à utiliser vos données pour vous proposer de la pub ou les revendre, ainsi que des prévisions de comportements à des cabinets de conseil en marketing, ce qui lui vaut des tas de scandales qui pourraient à terme coûter sa place de Président à Zuckerberg), enfin de machine learning (des robots qui apprennent et adaptent leurs réponses au contact des clients, le service client de La Poste fonctionne ainsi, c'est pour l'instant assez pathétique, mais il fait des progrès tous les jours, c'est en tous cas la promesse de la technique), tant et si bien que déjà des algorithmes traquent les fraudeurs/euses de la Caisse d'Allocations Familiales, de L'ASSEDIC, trient vos CV avant de les soumettre à des services de ressources inhumaines, et fabriquent vos journaux télévisés sans plus aucune intervention humaine. Je vous laisse imaginer les dégâts qu'ils pourront faire s'ils sont truffés de biais cognitifs sexistes et racistes ! Souvenez-vous des "chômeurs fainéants", profiteurs, femmes seules forcément mères élevant des tripotées d'enfants avec de l'aide sociale, surtout si elles sont noires. Bienvenue dans un futur masculin, blanc, moins de 35 ans, geek déconnecté du réel, biberonné à l'heroic fantasy dont ils se  croient les héros !
Une vraie fête de la saucisse. Un CAUCHEMAR ! Mesdames, il est temps d'empoigner le sujet ; si les mecs y arrivent, franchement, le succès est à votre portée.


Quelques liens pour vous prouver que je n'ai pas fumé la moquette :
Sexisme, racisme, les algorithmes face aux préjugés.
Qui sélectionne votre CV lors d'une candidature en ligne ? Un algorithme ! Et c'est pervers pour les candidatures de femmes.
Les algorithmes et intelligences artificielles finissent par reproduire les schémas de nos sociétés.
Quand l'algorithme d'Uber pénalise les femmes.
Machine learning : comment les algorithmes deviennent sexistes en apprenant de nos biais de genres.
A la CAF de Touraine un algorithme signale les dossiers les plus susceptibles de faire l'objet de fraudes.

Ça fait froid dans le dos, non ?
Dernière recommandation : désactivez les "par défauts" sur tous vos terminaux et mettez les à vos préférences : sachez que s'ils sont installés par défaut, ce n'est pas fortuit mais dans leur intérêt bien compris ; en tablant sur votre passivité vis à vis des "par défaut", ils collectent tous des données sur vous, et rappelez-vous que si c'est gratuit (ils sont TOUS gratuits), c'est VOUS le produit ! Et comme j'ai entendu un jour Michel-Edouard Leclerc dire à un journaliste -et ça m'avait bien fait rigoler-, dépassez la page 4 de Google.

vendredi 20 juillet 2018

Craignez-les !

Du 25 au 29 juillet se dérouleront, comme tous les ans, les "fêtes" de Bayonne. Après les fêtes de San Fermin à Pampelune, en Navarre espagnole, presque à chaque fois entachées d'agressions sexuelles, voire de viols. Le jugement clément de 5 violeurs de la Meute à la San Fermin 2016 (La Manada en espagnol, ainsi qu'ils s'étaient nommés) a suscité des manifestations dans toute l'Espagne au mois d'avril dernier.
Lâchers de bouvillons et de vachettes affolées dans les rues, que les hommes défient en courant parmi elles et affrontent au besoin pour montrer qu'ils sont les plus forts : toutes ces fêtes se terminent par des "spectacles" de corridas, pour qu'on sache urbi et orbi que l'homme terrasse la bête. C'est pathétique. Pour l'instant, silence du côté des féministes, qui ne dénoncent que les affaires d'agressions sexuelles de ces rassemblements masculins, la dénonciation de la violence étant laissée aux associations anti-corrida et de protection animales actives des deux côtés des Pyrénées. On se demande bien pourquoi : ces faits sont le fait d'hommes -et de jeunes garçons qu'on dépouille de leur empathie pour leur apprendre la cruauté vis à vis de jeunes veaux, pratiques connues sous le nom de novilladas et de becerradas. Il faut que ça saigne, il faut qu'on les craigne ! Et il n'y a pas que dans le Sud de la France : déterrage de blaireaux et de renardeaux, comme ci-dessous dans une autre région française, les renards et blaireaux étant déclarés "nuisibles" par le Top Model de la Création pour justifier le massacre, pendant que la biodiversité disparaît. Pour que nul n'en ignore, ils publient leurs exploits et s'affichent avec leurs trophées comme tout serial killer qui se respecte, enfin, selon la légende dont regorge la littérature policière.
Ces fêtes où les femmes sont spectatrices plus qu'actrices, sont truffées et imprégnées d'exploits masculins (beuveries et incivilités en majorité) : elles sont évidemment des manifestations de virilité. Les femmes qui se croient bienvenues (c'est le discours officiel) sont évidemment juste tolérées dans ces espaces, où il peut à tout moment leur être signifié par une main au cul, une bite à l'air, voire plus, une agression sexuelle ou un viol, que la rue appartient aux mecs, que le bain dans le sang animal est leur occasion à eux. Lacrymogènes, incendies de voiture et agressions sexuelles, les incidents de la "fête des bleus" sur les Champs Elysées, qui ont été dévoilés plusieurs jours après, et bien à contre cœur par une presse unanime dans le consensus sur la grande fête footballistique, relèvent des mêmes pratiques : les filles, vous êtes tolérées dans un rituel masculin, ne venez pas vous plaindre après, si vous aviez une jupe trop courte, ou une jupe d'ailleurs, si vous aviez un coup dans le nez, ou même si vous traversiez la place au mauvais moment !

Je crois illusoire de vouloir revendiquer en tant que femme, une participation apaisée à ces joutes masculines. Elles sont par définition des compétitions entre hommes, compétitions entre hommes et bêtes, et dans ce dernier cas, il y a des morts, et ces morts, ce sont les bêtes. Quand je lis la revendication de fêtes de San Fermin sans violences de la part des féministes, je constate qu'il n'y a que les ONG de protection animale pour rappeler que la revendication de non violence doit aussi inclure les animaux, victimes qu'aucune autre voix ne défend !

Corps de femmes consommables dans la prostitution et le viol, corps de bêtes pièces bouchères envoyées à l'équarrissage pour les jeux masculins, violence et torture aux animaux, violence aux femmes dans la prostitution et le viol : San Fermin, fête patriarcale de la mort, banquet masculin empoisonné. Je ne vois pas comment on peut croire que ces lieux seraient des lieux de sécurité pour les femmes et tout ce qui n'est pas EUX, comme EUX. Je ne vois pas comment on peut tolérer des effusions de sang et de violence sans frein sur des bovins et demander la sécurité pour soi. Il est temps de voir le continuum de la violence masculine. Et assez de formules d'ancillaires que les femmes s'échangent en elles : "vous savez bien comment sont les garçons", "boys are boys" qui essentialisent les hommes et noient le poisson ; si nous sommes plus calmes, ils peuvent l'être aussi, c'est une question de volonté et d'éducation. Il est temps d'être et de rester ferme sur les principes.

Il est temps de sortir de la sidération et de la résignation devant les mauvaises actions des hommes ; le déni ne mène nulle part, pas plus que la revendication d'avoir une part apaisée en tant que femme  dans ces lieux où se jouent des guerres rituelles et symboliques. La torture et la mise en pièces d'un animal -y compris devant des enfants- ne sont pas des actes sociaux anodins. La mort d'un animal dans l'arène ou dans les espaces dits sauvages par des chasseurs témoignent qu'ils font régner la terreur. Et c'est bien le message envoyé. Nous sommes entre nous, nous sommes cruels et méchants : animaux, femmes, garçons doux ou garçons gays, vous n'êtes pas les bienvenus dans nos lieux d'entresoi viril, où nous confisquons par ailleurs les espaces publics et médiatiques, les espaces de nature à notre seul profit. Vous pouvez en être les victimes collatérales. Celles et ceux qui s'y aventurent prennent leurs risques. Toutes vos marches blanches sans slogans ni inscriptions, tous vos polluants lâchers de ballons n'y pourront jamais rien.

La seule réponse possible est le refus obstiné de ces méfaits virils, se mettre en travers de ces exactions contre des animaux qui ne font plus le poids, la réponse est le renvoi dans les poubelles de l'HIStoire de ces traditions viriles d'un autre âge. Les femmes y ont déjà gagné leur place. En face des chasseurs, les défenseurs des animaux sont en majorité des refusantes et des défenseuses. C'est en ces lieux-là que les femmes ont toute leur place à prendre.

" Les pratiques de la virilité sont incompatibles avec le maintien de la vie sur la planète ".
Kate Millett - La politique du mâle.

lundi 25 juin 2018

De l'autonomie des femmes

En faisant la queue -cette façon de gérer la multitude humaine- on est contrainte de subir les conversations des autres, celles des commerçantes et de leurs clientes, par exemple. Donc, j'attends patiemment mon tour chez une commerçante en grande conversation avec sa cliente, une dame d'environ 70 ans, bien que je répugne à donner un âge aux gens, je me trompe sans arrêt- mais clairement, elle est grand-mère ; les deux se racontent leur vie en parlant fort et en s'esclaffant. Obligée d'entendre, j'apprends ainsi que la grand-mère cliente fait des provisions pour son petit-fils qui rentre d'Angleterre : il y a passé une semaine où, précise-t-elle, il ne lui a pas donné le moindre signe de vie, -même pas un petit SMS ou un selfie, disons devant Buckingham Palace, ou une carte postale apportée par la bonne vieille Poste de François 1er, RIEN ! Mais rajoute-t-elle en riant de plus belle, il lui a envoyé un mail dès son retour pour lui dire qu'il s'incruste pour le week-end, et donc du coup, elle fait des courses pour le nourrir. Les deux, cliente et commerçante, en rient à gorge déployée, le niveau sonore monte nettement. C'est apparemment très drôle. Évidemment, je suis atterrée, muette.

Rire pour faire passer l'impolitesse ?
Rire pour se persuader que les "garçons sont les garçons", c'est à dire des goujats, et qu'on n'y peut rien ?
Rire parce que vous servez encore à quelque chose, et que quelqu'un s'intéresse encore à vous qui avez passé votre vie au service des autres, et surtout des mecs, qu'il n'y a aucune raison pour que ça cesse ?
Rire parce que vous n'êtes pas totalement délaissée alors que vous avez renoncé par le mariage et la maternité à votre autonomie pour vous consacrer aux autres, à tel point que l'autonomie quand vous la retrouvez, vous ne savez qu'en faire ?
Rire parce que finalement, il faut se l'avouer, les garçons sont inélevables, ingrats, éternellement parasites des femmes ?

Des anecdotes comme celle-ci, tout le monde peut vous en raconter à la pelle. Cela arrive tous les jours, alors même que ces femmes de 70, 80 ans d'aujourd'hui, font partie de celles qui ont fait la révolution du MLF ou, au moins, en ont forcément entendu parler et devraient en avoir été transformées. Mais il semble que la conscience politique s'abolit devant la famille, qu'il n'est toujours pas possible d'envoyer chier la chair de la chair de sa chair.

Le problème, c'est que cette attitude perpétue les comportements irresponsables des hommes, leur goujaterie, leur utilisation des femmes pour leur service. Franchement, j'ai plaint la fille qui va tomber sur lui. Je l'avertis d'ailleurs, si jamais elle passe par ici, d'éviter le gars. Ce genre de comportement est destiné à rabaisser, à diminuer. Cela leur ouvre des perspectives : la maltraitance psychologique, voire physique peuvent suivre. C'est un processus, et il est toléré, excusé par la société. Et ne pensez surtout pas que vous allez le changer : les hommes ne changent pas, ils n'y ont pas intérêt, ils ont de toutes façons la caution de la société.
Comme il faut bien qu'une brise la chaîne, le continuum, la "tradition" : dites non. Ça suffit.

" Rien ne changera profondément aussi longtemps que ce sont les femmes elles-mêmes qui fourniront aux hommes leurs troupes d'appoint, aussi longtemps qu'elles seront leurs propres ennemies "

Benoîte Groult



lundi 11 juin 2018

Féministes et défenseur-es des animaux uni-es contre le sexisme

Le grossiste suisse Migros voulant sans doute surfer sur l'irrésistible (?) prise de conscience de la souffrance animale et l'aspiration au végétarisme qui s'ensuit, à eu la mauvaise idée de commettre ce film publicitaire sexiste en détournant le message politique des végétariens et des défenseurs des animaux. Un festival de clichés sexistes : la couleur rose attribuée aux filles, comme le découpage de légumes, le massage de viande en regardant une femme à poil qui retourne un regard lascif, la virilité associée au feu, à la viande et à toutes sortes d'engins phalliques, le combo qui se veut œcuménique est indigeste.



Deux associations suisses, l'une féministe Terre des femmes, et l'autre Pour l'Egalité Animale (PEA) ont porté plainte pour sexisme : selon leurs communiqués de presse respectifs " l'assimilation femme et viande toutes deux considérées comme consommables ", puis " la reproduction de stéréotypes de sexe ou de genre et l'encouragement à la consommation de chair d'animaux ont des conséquences désastreuses qu'on ne peut pas ignorer sous couvert d'humour ". Cette publicité contrevient aux lois suisses contre le sexisme selon les deux associations. Je crois que c'est une première. Il faut la saluer. L'animalisation des femmes, la réification des animaux, êtres vivants et sensibles, dans la viande à griller pour le plaisir masculin (ils ne sont jamais aux fourneaux, mais ils attisent les braises quand il s'agit de barbecue, comme par hasard, ils manient le trident et le feu), la coupe déborde.

Le féminisme et le véganisme au risque de le dépolitisation

L'association de protection animale aurait aussi bien pu invoquer le détournement politique du message des végétariens, dont je rappelle qu'ils le sont pour épargner des vies animales -pas pour leur santé, ni pour obéir à un tabou alimentaire religieux, ni même pour l'environnement-, en effet, le ridicule "grilétarien" s'approprie de suffixe "tarien" du mot végétarien pour mieux détourner et ridiculiser notre message politique, à savoir, les animaux ne sont pas nos souffre douleur, ni nos protéines, ils sont les autres habitants de la planète, "d'autres nations", non dédiés à notre service ni à nos caprices, foutons leur la paix !

Le féminisme aussi risque la dépolitisation avec sa mutation en "féminisme pop" porté par certaines chanteuses qui prétendent que la féminité est puissante (Beyoncé...), ou en "réformisme libéral ultra light", affirmant que le combat collectif de "viragos poilues et stériles" est terminé, qu'il faut passer à autre chose, que les hommes ne sont pas nos ennemis, le mouvement né sur les réseaux sociaux #HeForShe" en est un bon exemple. Tous ces messages individualistes, trompeurs et édulcorants, la déferlante "flexitarienne", cette adaptation light du véganisme, l'assimilation au sans gluten et à toutes les segmentations marketing qu'invente le capitalisme pour faire son beurre, risquent de noyer les revendications sociales et politiques des défenseurs des animaux, dont l'immense majorité des troupes, rappelons-le, sont des femmes, même si le mouvement, gagnant en ampleur, commence à attirer les hommes qui regardaient, plutôt perplexes, jusqu'ici. Tout ce qui peut générer une opportunité de pouvoir les intéresse, au risque de pervertir l'idée de départ, et bien sûr, d'en effacer les femmes pionnières. NE L'OUBLIONS JAMAIS.

Aussi je salue cette alliance entre mouvement de défense des animaux et mouvement antisexiste. Bravo, mesdames. A plusieurs on est plus fortes. Migros et les carnistes sexistes patriarcaux n'a plus qu'à bien se tenir.

dimanche 20 mai 2018

Sexisme, spécisme, "cannibalisme psychique"

En ces temps de Pentecôte, "mangez du veau" selon le slogan marketing du lobby de la viande, -l'élevage envoie à l'abattoir les veaux mâles, sous-produits de l'industrie laitière, réputés inutiles voire parasites puisqu'ils mangent des ressources alors qu'ils ne porteront pas de petits-, et en ces temps de ramadan, je vous propose un tout-images en trois pubs sexistes, et spécistes, ça va de soi, les deux marchant ensemble.


Migros, grossiste alimentaire suisse trouve fin de surfer sur la vague végétale actuelle en proposant aux hommes du "rose" (de la viande blanche de bébé animal anémié ?) sous la dénomination "grilétarien" : le gril, apanage des hommes qui se mettent au "rose" couleur fiiiille, et grillent tout : de la viande, du poisson et des.... légumes ! Leur site Internet : Griletariens.ch, en allemand. Œcuménisme de mauvais aloi, gril couplé avec le même suffixe que végétarien, le tour est joué, le végéta*isme, mouvement social de libération animale, est noyé dans la grillade, la rigolade, et la diversion.


Trouvé cette illustration sur le site Monsieur Mondialisation à propos d'un article sur "la société de consommation : négation de la pensée critique", où curieusement une femme s'enfourne (c'est une sale habitude de l'industrie de la pub, on ne voit pas dans les mêmes proportions des hommes se rentrer des aliments dans la bouche !) un burger avec une étiquette masculine dessus ! Réservé aux hommes ? Donc transgression ? Hors le fait que ce sont toujours les femmes qui sont associées à la consommation, si quelqu'un-e peut m'expliquer.... La subtilité du message m'échappe.


Et enfin, cette réflexion trouvée sur le Twitter des @feralfeminists (féministes sauvages) :
"Quand j'avais 12 ans, j'entendais des garçons me traiter de "crevette". Je demandai à l'un d'eux ce que cela voulait dire. Il répondit : "Quand une fille a un joli corps mais une tête affreuse, elle est comme une crevette. Si vous enlevez la tête, vous pouvez manger son corps". Sexisme est spécisme, concluent les férales féministes. En tous cas, les deux marchent main dans la main. Belle illustration aussi du cannibalisme psychique des femmes par les hommes, évoqué par Ti Grace Atkinson.

Cette semaine, on a entendu Trump s'exprimer à propos des mexicains illégaux aux USA (lesquels leur rendent des tas de services, notamment travailler dans leurs abattoirs, emplois dont les étasuniens ne veulent plus) en les traitants d' "animaux". Renvoyer l'autre à l'altérité radicale en l'animalisant. Le spécisme, cette racine du racisme et du sexisme.

Bonne fête de Pentecôte ou bon ramadan, selon vos croyances, ou juste bon week-end pour celles/ceux qui ne s reconnaissent dans aucune obédience, sans violence, dans l'assiette et ailleurs.

mercredi 25 avril 2018

Les hommes au volant, la mort au tournant

En fouillant sur Twitter je trouve ça : Le manifeste des femmes pour une route plus sûre.



Déjà que vous leur faites la vaisselle, le ménage, les courses, élevez leurs enfants, en plus, selon la sécurité routière, vous devez les empêcher de conduire bourrés ! Dans ce cas, curieusement, vous avez le pouvoir de dire non. Alors que sur d'autres sujets, c'est carrément mal vu, voire prohibé. Ils trouvent normal dans des tas d'endroits de se passer de nous, de nous interdire l'accès. Et là, on nous somme de faire quelque chose ? Faire assistante sociale, aide-soignante, BEQUILLE, c'est le rôle des femmes. En revanche, ce n'est pas le rôle des femmes de tenir un volant, quand monsieur est dans la voiture, selon mes observations atterrées. Malgré le fait qu'il n'a peur de RIEN, même pas du gendarme, ni de la vitesse, ni de faire concours de petites bites. Ils sont pourtant responsables de 85 % des accidents mortels sur les routes, j'ai entendu un pompier un jour dire "toutes ces femmes qui meurent et qui étaient passagères" ! C'est carrément l'hécatombe :



Si les femmes prenaient le volant au lieu de le laisser à Kevin, les assurances feraient des économies, la Sécurité Sociale aussi. Qu'est-ce que les femmes attendent pour exiger de conduire à la place de Paulo ? Combien de vies seraient sauvées ? Mais non, ce serait une atteinte de plus à leur petite virilité  mal placée ? Le terrorisme routier fait des victimes ; s'ils ne sont pas adaptés à la conduite prudente sur les routes qu'y pouvons-nous ? Alors, moi je ne signe pas. Evidemment, si un mec bourré de mon entourage veut conduire sa caisse, je lui confisque ses clés, je l'enferme dans le garage le temps qu'il digère sa cuite, je le fais surtout pour les autres usager.es de la route. Mais surtout, je conduis la voiture quand je suis dedans, à moins qu'une autre femme se propose. Je n'ai aucune confiance en leur "conduite sportive". Je propose même un périmètre de sécurité de 500 m autour des auto-écoles : interdit aux gars. Ils n'approchent pas. Toujours autant de carbone qui ne serait pas balancé dans l'atmosphère, parce qu'en plus, ce sont de gros carbonés : grosses caisses et vitesse. Conduire la voiture, c'est un acte d'assertivité, ce n'est pas réservé aux mecs. Les ponts et viaducs de mai approchant, et les transhumances qui vont avec, c'est le moment de prendre des résolutions. Si vous voulez à tout prix leur sauver la vie, mais surtout la vôtre et celle des autres, conduisez, Mesdames ! Tout le monde sera gagnant. Et s'il ne veut pas lâcher le volant, quittez-le.

mardi 3 avril 2018

A un clic du pire : comment la pornographie a colonisé nos pratiques sexuelles


Cantonnée dans les années 70 à quelques cinémas à public largement masculin, la pornographie est ensuite entrée dans les foyers en utilisant le support video de la cassette VHS, puis le DVD. Désormais, elle est sur Internet, en accès libre, les formats VHS des années 80/90 ont été piratés et mis en streaming gratuit sur Internet ; des actrices qui ont aujourd'hui 70 ans voient leur image exposée en public sans percevoir de droits (les hommes tiennent la caisse enregistreuse, merci pour eux) ni sans pouvoir interdire quoi que ce soit ; tout ceci ruine évidemment les éditeurs et producteurs, et fait baisser les salaires des actrices d'aujourd'hui. L'industrie du porno s'est elle aussi uberisée. Tout le monde peut accéder à ces images : pas de paiement, juste un déclaratif sur l'âge, sans aucun contrôle. De plus, les algorithmes de Google peuvent proposer à tout moment un film pornographique dans les pubs et les liens qu'ils affichent. Les contrôles parentaux ne tranquillisent que les parents crédules, la majorité des films vus par les enfants le sont sur leurs smartphones. Ce qui fait que des enfants -à partir de 8 ans selon leurs déclarations- peuvent être exposés à des images crues de fantasmes sexistes, à une image dégradée des femmes. Ils sont plus familiers du vocabulaire qui accompagne ces images (fist fucking, éjaculation faciale, double pénétration...) que ne le sont leurs parents. Évidemment, cette industrie qui correspond davantage aux fantasmes sexuels masculins, même si, et il n'est pas question de le nier, les femmes regardent et sont intéressées, propose une image sexiste des femmes ; à force de saturer d'images les yeux du public, les enchères montent : " Aujourd'hui, on met des tartes aux filles dans les films, et tout le monde à l'air d'y trouver son compte, sans se demander pourquoi ce qui était marginal est devenu normal en l'espace d'une poignée d'années ", écrit Ovidie.

Pire, la pornographie formate les pratiques sexuelles, et les corps doivent être conformes aux codes pornographiques : épilation partielle ou intégrale du sexe, maquillage et chirurgie de la vulve -nymphoplastie des petites lèvres-, paillettes vaginales dans le but de faire s'écouler des paillettes parfumées durant le rapport sexuel. Toutes ces pratiques qui peuvent être dangereuses pour la santé répondent à un dégoût généralisé du sexe féminin. Les femmes trouvent leur sexe "moche" ! Les garçons trouvent qu'un sexe féminin non épilé c'est "dégoûtant" ! " Le porno, comme n'importe quel media, joue un rôle normatif dans notre rapport au corps " écrit Ovidie, qui constate qu'il est en train de réintroduire les "parties honteuses" du corps, concept dont on avait eu tant de mal à se débarrasser.

Après constat des ravages, Ovidie propose des solutions de bon sens aux parents : éviter l'interdiction qui sera de toute façon contournée, éduquer et avertir très tôt les enfants que cela existe, qu'ils peuvent refuser qu'on leur impose des images qui les dérangent, contextualiser, les prévenir que ce sont des mises en scène, que c'est infaisable dans la vraie vie, et dire aux filles qu'elles peuvent dire non et qu'elles ont le droit de dire ce qui leur ferait plaisir à ELLES AUSSI dans l'acte sexuel ! Il n'y a pas que le plaisir du partenaire qui compte. La conscience de classe n'a apparemment pas accompagné la pseudo libération sexuelle. Internet, le libéralisme radical, et la pornographie ont colonisé nos vies et celles de nos enfants. Il faut les avertir et les éduquer sans tabous, leur apprendre à contrôler leur image. C'est en substance ce que recommande ce petit ouvrage de 120 pages, à mettre entre les mains de tous les parents.

Définition : La pornographie c'est la domination des femmes par les hommes.
N'oubliez pas que ce sont eux qui tiennent le tiroir-caisse et qu'ils dominent le métier, comme dans toutes les industries.

Liens supplémentaires : j'avais fait une précédente chronique sur la pornographie à propos du livre de Jean-Luc Marret : Pornification, qui restitue bien le porno des années 80/90, celui d'avant Internet, à travers la carrière de Karin Schubert, actrice de La folie des grandeurs de Gérard Oury.

La biographie d'Ovidie sur Wikipedia.

samedi 10 février 2018

Changer les mots pour changer le monde


Le ROI des CONS ? Non, le ROI des COUILLONS !

Que celles qui ne se "trouvent pas genrées quand elles écrivent", et donc refusent le titre d'écrivaine ; celles qui ne voient jamais le mâle quand le masculin l'emporte conventionnellement car les règles de grammaire sont des conventions, rien de plus ; celles qui trouvent bien d'être englobées dans les droits de l'homme universel désignant l'espèce entière, passez votre chemin. Que vous le vouliez ou non, le langage humain est performatif, c'est à dire qu'il fabrique du réel. Selon le Bible, Le Verbe crée le monde en parlant.
De plus, les différentes turpitudes auxquelles se livre régulièrement l'espèce humaine (notamment sa moitié mâle vis à vis des femmes -on pourrait d'ailleurs faire le même exercice vis à vis des animaux-) sont souvent édulcorées afin de minimiser le tort infligé. On nous embrouille gravement. Quelques exemples.

Employer se "faire" violer impliquant la participation active de la victime du viol,
aller "voir" des prostituées : tiens donc, rien que voir ?
tomber enceinte (juste après être "tombée" amoureuse d'ailleurs, doublement de la chute),
pédophile au lieu de pédocriminel,
parler de bébé (né) quand il ne s'agit que d'un embryon, comme font les antichoix qui se nomment d'ailleurs pro-vie, appellation contestable : tout cela n'est pas innocent. Il s'agit de minimiser l'acte, et de culpabiliser la victime.

Il n'y a qu'une entrée qui me laisse dubitative car elle ne changera pas la réalité en changeant de mot : Florence Montreynaud propose d'abandonner concilier pour le remplacer par articuler (vie de famille et emploi). Ce dernier serait moins psychologique et aurait un sens plus politique. Si la réalité, qui est que les femmes mariées et mère de famille prennent en charge tout le quotidien pendant que les hommes se mettent les pieds sous la table, ce n'est pas en changeant de mot que la vie des femmes mères changera. Ou les mecs s'y collent, ou dans le cas contraire on ne concilie ni n'articule rien. Le mariage et la maternité ne sont pas des destins mais des choix. Si c'est infaisable, ce n'est pas prudent de le faire et, tout bien considéré, personne ne vous y oblige. Ou bien prévoyez dans votre contrat de mariage : partage strict des tâches familiales et ménagères, et chacun son tour d'avoir une promotion de carrière ou une mutation.

Ce petit livre de Florence Montreynaud est de façon bienvenue édité par Le Robert, éditeur de dictionnaires, dans une nouvelle collection Temps de Parole. Une double page par entrée (mot ou expression), sa définition, ses racines étymologiques, ses histoire et origine, et, enfin, par quelle expression plus exacte et moins sexiste le remplacer avec l'argumentation qui va bien.
C'est très convaincant. Les mots façonnent le monde et la réalité ; employons des mots précis, déconstruisons les mythologies sexistes et misogynes. On y gagnera en clarté, il est temps d'appeler les choses par leur nom, sans stratégies d'évitement. 

Ce petit livre de 160 pages paraît le 15 février : à offrir et à s'offrir pour 12,90 €, à transporter partout avec soi, à avoir au bureau et dans son sac, et à consulter sans modération.

Changeons les mots pour changer le monde. 

Florence Montreynaud est historienne, linguiste et féministe.

lundi 4 décembre 2017

Travail féminin et emploi masculin

L'un des principaux et nécessaires combats des féministes réformistes libérales, c'est l'incompressible différentiel de salaires entre femmes et hommes sur lequel elles reviennent chaque 8 mars. A tel point que vu la lenteur de repli du phénomène, il nous faudrait des siècles avant que le gap ne soit plus qu'un souvenir, soulignent-elles. Pire même, pour 83 ou 85 métiers recensés, les hommes accèdent à environ 70 pendant que les femmes se contentent des 12 ou 13 restants.

L'anthropologie est malheureusement contre nous. Les femmes ne travailleraient pas ? Vous avez toutes entendu comme moi, l'ouvrier du bâtiment à qui vous reprochez son gros engin garé sur le trottoir "je travaille moi, Madame !" Sous-entendu, viens pas m'emmerder, feignasse de bonne femme. Les femmes ne travaillent pas, elles "s'occupent" et dépensent le pognon durement gagné par Kévin ? Avant un billet plus complet sur Le mythe de la virilité d'Olivia Gazalé (avec les thèses de laquelle je ne suis pas totalement d'accord, mais j'y reviendrais, donc), voici ce qu'elle écrit :

" Hier comme aujourd'hui, des millions de femmes -libres ou esclaves- accomplissent des besognes requérant les vertus viriles de force, d'endurance et de persévérance, comme d'aller chercher de l'eau, seules, à des kilomètres de chez elles, la tirer du puits et la rapporter par dizaines de litres sur la tête, en bravant le vent, le sable ou la tempête. Comme les hommes (mais bien souvent avec, en plus, un enfant sur le dos, sur le ventre ou dans le ventre), les femmes partout à travers le monde, effectuent des tâches harassantes, sèment, piochent, taillent, récoltent, pilent, écrasent, pétrissent, transportent au prix de la même "sueur" que celle dont Dieu avait fait la punition d'Adam lors de la Chute. "

Il faut donc distinguer deux notions abusivement confondues : le travail ET l'emploi -posté masculin. EUX sont payés pour travailler, c'est la seule différence (de taille) avec le travail sans salaire au sein du foyer accompli par les femmes en quasi totalité. Ils louent leur force de travail contre rémunération/salaire. Ils peuvent même adhérer à un syndicat pour défendre leurs intérêts menacés par la toute puissance du patron (père). Force de travail, main d’œuvre, manpower en anglais, d'où découlent les différentiels de salaire, à emploi équivalent quand c'est une femme qu'ils tolèrent au même poste, généralement après une longue lutte, et quand la main d’œuvre masculine vient à manquer. Emploi féminin supplétif du travail masculin : saisonnier, précaire, à salaire descendu de 20 à 40 %, survivance de l'idée tenace que la productivité des femmes serait moindre à cause d'une carence en force physique, que dément bien sûr la citation ci-dessus.

Quand je travaillais avec l'industrie pharmaceutique, alors que je prestais des pharmaciennes officinales sans aucun problème, les dirigeants de Sandoz (désormais Novartis), de Boiron, de Pfizer, et d'autres me serinaient "pas de femmes, chez nous il faut soulever des sacs de 50 kg !" Outre le fait que l'ordre est illégal, ils me prenaient pour une bille bien sûr, depuis Charlie Chaplin dans Les temps Modernes, toutes les usines sont des ateliers d'assemblage où un convoyeur amène les pièces, ou les ingrédients pour les usines pharmaceutiques, devant l'agent sur la chaîne. Je ne vous raconte même pas pour les pharmacien.nes qui ne font que vérifier les formules et la galénique. Sexisme bon teint : l'industrie, c'est des bonhommes !

Évidemment, tous les corps intermédiaires ont adopté ce point de vue, notamment les syndicats. Dans la récente campagne #MeToo des femmes dénoncent le harcèlement dont elles sont victimes dans ces organisations. Tout est bon pour que ces endroits masculins restent leur chasse gardée. Les Inspections du travail, selon mon expérience, instruisent en priorité les plaintes masculines : peu ou pas du tout les "problèmes de femmes" : discriminations à l'embauche y compris dans la rédaction des offres d'emploi, différentiels de salaire et de promotions de carrière, harcèlement, alors qu'ils sont évidemment dans leurs attributions. Il y a tellement de gars qui tombent de toits, et de caristes en danger d'écrasement sous leur charge ! Tiens, à ce propos, j'ai eu un DRH qui me disait revenir faire des rondes à l'improviste pour vérifier que ses caristes ne faisaient pas des "courses de chariots élévateurs" dans les ateliers de ses équipes de nuit ! Tenter le diable, transgresser, se mettre en danger : engagez des femmes caristes, elles ne casseront pas le matériel, elles.

En revanche, le care, c'est bien bon pour les femmes ! Toujours d'Olivia Gazalé parlant d'anthropologie :

"... tout ce qui a trait au sale -les excréments des enfants, le ménage, la vaisselle, la lessive, les ordures... - est le royaume "naturel" de la femme. Le père a en charge le "symbolique", la mère, le "réel"...
"... la vie quotidienne de l'enfant : la bouillie, les fesses sales, le vomi, ce n'était pas le domaine de l'homme. L'organique, la vérité du corps, la matière et les matières, -l'odeur des couches, le sang des plaies, la crasse du linge-, c'était le royaume naturel des femmes, en vertu de leur lien ontologique avec l'impur, le sang, la mort et les profondeurs. Plutôt que d'avouer leur répugnance à accomplir toutes ces tâches ingrates, les hommes ont postulé que l'"instinct maternel" servait à rendre leur exécution parfaitement naturelle pour les femmes. "

Comme ça tombe bien : les 12 ou 13 professions où nous sommes cantonnées sont des professions où on prend soin des autres (care en anglais): infirmière, aide-soignante, nounou, femme de ménage, cuisinière (sauf dans la prestigieuse gastronomie qui ne nourrit pas !), secrétariat... Ils ne veulent surtout pas y aller, pas de danger qu'ils nous y fassent concurrence. Et comme ces métiers sont dérivés du soin féminin, ils sont abonnés aux bas salaires et à la précarité, on n'en sort pas. 

" Les discriminations que subissent les femmes ont des origines tellement lointaines qu'elles passent pour des évidences naturelles " - Olivia Gazalé toujours. Voilà. A suivre, donc.

Attention hommes au travail - (Les femmes travaillent tout le temps. Les hommes doivent mettre des panneaux quand ils en font autant).

jeudi 1 juin 2017

Ceci est mon sang : une histoire des règles

Avoir ses fleurs, ses coquelicots, ses jours, ses lunes, son rosaire, avoir ses ourses (allusion à la Déesse Artémis : étymologiquement ourse puissante ?), ses ragnagnas, les anglais ou les russes qui débarquent..., les expressions populaires pour désigner les règles ou menstrues abondent, toutes plus poétiques les unes que les autres.




Les femmes subissent l'écoulement involontaire du sang, les hommes feraient couler le sang volontairement, selon une interprétation anthropologique sexiste de la symbolique des règles. Lesquelles n'ont pas toujours été taboues : elles signalaient la puissance procréatrice des femmes, leur fécondité. A telle enseigne que selon certaines interprétations, la circoncision serait le pendant des règles des femmes : on fait saigner les petits garçons aussi.
" Cette volonté des hommes de mimer le sang menstruel pour s'en approprier le pouvoir est attestée dans plusieurs sociétés et à plusieurs époques ". Des exemples anthopologiques le prouvent, où des hommes se mutilent le scrotum pour saigner eux aussi. Des rituels de subincision pratiqués sur les pénis des garçons chez des aborigènes australiens, des rituels de castration en Grèce antique autour des lieux de culte des déesses Cybèle et Artémis, en attestent.

Et puis, le sang des règles devient maudit, "mal dit au sens strict" : les trois religions monothéistes vont le déclarer impur et les femmes seront stigmatisées ou signalées impures pendant les règles. Certains juifs orthodoxes se signaleraient ainsi dans les réceptions : ils ne s'assoient jamais sur aucun siège de peur qu'il ait été souillé par une femme ayant ses règles ! En Islam, les femmes sont aussi déclarées impures, et interdites de prière et de mosquée ces jours-là. Chez les catholiques, le tabou du sang menstruel est moins strict, Paul proclamant qu'en Christ, il n'y a ni mâles ni femelles, ni grec ni juif, ni esclave ni homme libre. Nous ne faisons tous qu'un. Oui, bon, les femmes étaient quand même interdites de communion ces jours-là au moyen âge, et devaient attendre 40 jours après un accouchement pour pouvoir retourner à l'église. Et puis la Sainte Vierge n'avait pas de règles selon les clercs, n'a pas été souillée par le sperme d'un homme, les deux étant polluant.es pour le clergé chrétien. Il n'empêche, chassez les rituels anciens, ils reviennent au galop : "Prenez et buvez en tous car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés... [...] L'Eucharistie apparaît comme un nouveau tour de chaises musicales entre les divinités féminines et masculines" écrit Elise Thiébaut.

On apprend que les rituels d'exclusion, qui subsistent aujourd'hui (les filles réglées recluses dans une hutte ou une cabane insalubre qui paraissent tellement barbares à nos sociétés modernes dans certaines parties du monde), seraient la persistance d'une réclusion plus protectrice : le sang des règles aurait attiré les animaux sauvages qui auraient attaqué les hordes humaines, d'où la réclusion volontaire dans des grottes, le temps que tout cela s'écoule, pour protéger la tribu. Et tenez-vous bien : n'ayant rien d'autre à faire, elles y auraient développé une spiritualité chamanique et inventé l'art pariétal, dont des savants très sérieux se demandent aujourd'hui si les petites mains qu'on y voit ne seraient pas des mains de femmes ! Pour faire bon poids, l'os d'Ishango est également évoqué : plus vieil objet numérateur trouvé dans l'actuel Congo, il a entre 20 000 et 25 000 ans, il serait un calendrier lunaire de 6 mois, premier objet mathématique connu, inventé par les femmes pour mesurer le temps et numéroter les jours entre leurs règles pour connaître leurs périodes de fécondité.

Les règles sont une calamité pour les filles et femmes du Monde Tiers qui n'ont pas accès aux protections périodiques et doivent donc s'absenter de l'école quelques jours par mois. Cela devient un problème de santé publique tel que des entreprises sociales se préoccupent de la question. Les premières choses que demandent les femmes des pays en guerre et les femmes de la rue, ce sont des protections périodiques, nous signale Elise Thiébaut.

Drôle, sans tabous, plein de ressources, ce livre évoque toutes les problématiques des règles, mythologie, histoire, garnitures à travers les âges, et alternatives actuelles aux tampons, en réalité extrêmement polluants et très difficiles à dégrader, et les deux combats les plus récents menés par les femmes : la tampon taxe, et la composition des tampons. On expérimente la Moon Cup réutilisable qui laisse s'écouler le flux sainement, ce que les tampons ne font pas, et le "flux instinctif libre" ! Là, j'ai des doutes, mais il faut voir. Le syndrome pré-menstruel, la terrible endométriose ignorée par les médecins, sont bien décrits, notamment parce que l'auteure en a souffert elle-même. Enfin, Elise Thiébaut aborde le sujet des cellules souches que contiendraient les règles. Avec des expériences sur des rats, là je suis nettement moins d'accord ! Tout savoir sur l'utérus (ce tueur qui balance à la poubelle tout ce qui ne lui plaît pas, contrairement à ce que pensent les religieux obscurantistes de tous bois aha), vos trompes de Fallope, vos ovocytes, et votre endomètre qui "refait la déco, le papier peint et le carrelage" tous les 28 jours pour recevoir un nouvel hôte au cas où... Un conseil, quand votre fille vous dit qu'elle croit qu'elle a ses règles, au lieu de lui dire "eh ben, vla aut' chose" (la mère de l'auteure) faites une petite fête avec un gros gâteau (vegan) avec plein de rouge, et offrez-lui deux ou trois moon cups. Il n'y a aucune raison que nous n'ayons pas nos rites initiatiques nous aussi. Et les mecs qui passez par ici, arrêtez d'emmerder les femmes avec leurs "humeurs ragnagnas", vous avez vos propres humeurs vous aussi, et la plupart des femmes sont surprises chaque mois par le débarquement des anglais. Au point de devoir se précipiter à la pharmacie pour se trouver des protections périodiques.

Il est temps de réhabiliter les règles : Certaines artistes s'y emploient qui peignent avec leur sang menstruel, d'autres en font des performances "blasphématoires" en réponse au seul blasphème qui existe : haïr et nier les femmes, leurs contributions et leur capacité à donner (ou non) la vie. La blogueuse égyptienne Aliaa Magda Elmahdy publie une photo d'elle sur Facebook, dénudée, en train de répandre son sang menstruel sur le drapeau de l'Etat Islamique, acte hautement politique.


Joana Vasconcelos qui fait un lustre (La mariée) en tampons hygiéniques, refusé à Versailles pour une expo qui lui est pourtant consacrée ;


Les period pains de l'artiste lesbienne sud-africaine (Zulu) Zanele Muholi :


ainsi que le Tumblr Womanstruation de John Anna :


Enfin, en avril 2016, le magazine Newsweek, parodiant le titre du film de Paul Thomas Anderson (There will be blood, 2007 : Il va y avoir du sang) fait sa couverture sur un dossier complet en anglais "The fight to end period shaming is going mainstream" ! Espérons, espérons...


Aménorrhées

Jeanne d'Arc n'avait pas de règles, ce qui a conduit certains à prétendre qu'elle était un homme ! Ceci me rappelle l'anecdote professionnelle suivante : un jour, visitant un des médecins du travail d'une entreprise industrielle employant une infirmière et à qui je vendais des prestations, la conversation tombe sur ses (rares) femmes ingénieures qui, me dit-il "souffraient toutes d'aménorrhées". Et de m'expliquer que, dans un milieu exclusif d'hommes, elles refusaient d'être des femmes et que leur cerveau (notre premier organe sexuel) bloquait l'ovulation, donc le processus des règles. J'espère avoir eu à l'époque la présence d'esprit de lui souffler qu'il recommande à son DRH de recruter autant de femmes que d'hommes, qu'ainsi tout rentrerait dans l'ordre ! Jeanne d'Arc avait certainement le même genre de blocage au milieu de son armée de garçons. Et puis, elle devait se mal nourrir, ce qui est de forte incidence sur les menstrues des femmes. Aucune sorcellerie là-dedans, les femmes incarcérées ont, dans un milieu différent, le même problème, le temps de leur peine.

Réglées comme du papier à musique ?

" ... la régularité du cycle menstruel peut être perturbée par tout et n'importe quoi. Une femme qui mange à sa faim, n'est pas emprisonnée et ne produit pas d'efforts excessifs ovule plus ou moins régulièrement de la puberté à la ménopause. Mais si elle se prive de manger de façon prolongée, si elle voyage, si elle est une sportive de haut niveau et ne dispose pas suffisamment de réserves de graisse pour transmettre le message hormonal aux ovaires, si elle a été envoyée en prison ou, pire, en camp de concentration, elle cesse d'ovuler et donc, d'avoir ses règles. On sait qu'un grand stress peut soit déclencher un cycle, soit l'interrompre. Durant les guerres, des épreuves tragiques comme un exil ou une migration forcée, les femmes ont moins -voire plus du tout- leurs règles : leur corps se met en mode survie. C'est ce qu'on désigne sous le nom d'aménorrhée de guerre ou de famine, ou encore aménorrhée d'inanition. "
Les règles : le seul sang qui coule sans violence, mais le seul sang qui dégoûte les hommes"

Les citations du livre d'Elise Thiébaut sont en caractères gras et rouge.
Mon billet -images et texte- est composé pour Chrome : il peut présenter de mauvaises césures sur d'autres navigateurs.

vendredi 12 mai 2017

Pour en finir avec "même pas foutue de te trouver un mec" !

Billet sur les hommes qui nous parlent mal.


"Même pas foutue de te trouver un mec !" J'ai entendu ça le week-end de Pâques, devant chez moi, dit par deux types (enfin un, et l'autre derrière le premier -le courage n'est pas leur principale caractéristique) apparemment pas non plus capables de se trouver une nana (mais tant mieux, vu les deux spécimens) ; le contexte, un différend avec une voisine gravement toxique, collabote, contente de me les fourrer dans les pieds. Grossiers, mal élevés, l'insulte à la bouche, les insultes proférées sur mon passage, c'est l'histoire de ma vie, mais maintenant, c'est devant chez moi. Le sexisme et la haine des femmes n'ont pas de fond.

Donc, il FAUDRAIT se trouver un mec ? Et je n'en serais pas capable ? On nage en pleine science-fiction. Niveau cheptel, aucune pénurie. Des mecs, il y en a absolument partout : dans les rues, dans les entreprises, dans les cinémas, au boulot, même dans le désert et au sommet de l'Everest. Des jeunes, des vieux, des beaux, des so so, des moches, des petits, des moyens, des grands, des célibataires, des mariés, des veufs, et plein de divorcés qui aimeraient vraiment se recaser. Des lunettus, des à la vue perçante. Des chauves, des chevelus et des catastrophes capillaires. Des stupides, des intelligents, des cultivés, des chiants comme la pluie, des rigolos et spirituels, des timides, des tous terrains, des peureux. Et on n'en trouverait pas ?

Qu'une dame bovin ou équin ou caprin ou suidé se demande "Où sont les hommeuh ? " je comprendrais, vu que leurs mecs sont soit castrés, soit envoyés à l'abattoir, pour cause de "nuisibilité" "agressivité" et "parasitisme" (il mangent trop et ne rapportent rien selon les éleveurs, tous mâles, et comme c'est la chasse aux gains de productivité et aux prix bas...) je comprendrais, elles seraient fondées à poser la question. Mais pas dans notre espèce, même s'ils présentent à peu de chose près les mêmes défauts dont ils accusent les précédents, alors que personne ne pense par ailleurs à le leur reprocher ! Les femmes font 80% des travaux utiles de la planète, sous forme de corvées, définition ici, faut-il le rappeler ?

Et puis, qu'est-ce qu'ils sont serviables ! A peine êtes-vous posée sur une banc, dans la rue, à n'importe quel âge, qu'en moins de deux minutes, il y en a un qui se propose aimablement pour vous arroser votre fleur, même contre paiement au besoin. Ça vous dirait de gagner 60 € ? : un mec en voiture qui s'arrête sur le bord de la route, je vous assure. Euh, c'est déclaré à l'URSSAF ? ai-je questionné en retour. Du coup, il s'est enfui. Généreux, mais au noir. Ou, a minima, ils vous proposent d'aller ensemble boire un café, alors que le café vous énerve ! Alors, franchement, celles qui n'en trouvent pas, c'est qu'elles ne cherchent pas, ou alors qu'elles se mentent à elles-mêmes et aux autres, elles FONT MINE DE CHERCHER en priant le ciel de ne pas trouver, ce n'est pas possible autrement. Il faut arrêter la comédie.

Non, tout ça, c'est encore une inversion patriarcale : comme ils ont une trouille bleue de ne pas se trouver une femme, pour remplacer leur maman à l'entretien de leur ménage et de la famille, ils flippent et tentent de nous culpabiliser. Après des millénaires de bourrage de crane hétérosexuel et de contrainte au mariage et à la reproduction, -parce que l'enfantement est le but du mariage, sinon à quoi bon ?-  par tous moyens à leur disposition, les femmes sont sensibles à l'argument, on les a persuadées que "anatomie est destin" (Freud) et que, puisqu'elles ont un utérus, il DOIT servir, alors que ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Et qu'une femme n'est pas entière seule, elle DOIT se trouver UNE MOITIE. Autrement, c'est le ratage, l'échec, la guigne. De désespoir, certaines vont même s'inscrire sur Meetic et ses cours de cuisine, ou se faire draguer au club Med, c'est dire la puissance de l'injonction.

Il y a arnaque, si vous voulez mon avis. 85 % des divorces sont demandés par les femmes, ce n'est pas eux qui partent, même s'ils ont mis des coups de canif dans le contrat. Ils n'y ont pas intérêt : ils ont tout à y perdre, et surtout les bénéfices et le confort, la respectabilité d'un foyer, les services ménagers et l'entretien y sont gratuits, et c'est plus porteur et surtout facilitateur pour leur carrière ! Pire, ils ne veulent pas qu'on les quitte. Lisez la presse : dans les cas extrêmes, tous les 3 jours environ, ils blessent, tuent leurs conjointes, enlèvent les enfants pour faire chanter la mère, s'attaquent aussi aux animaux de leurs compagnes. Titres euphémisants de la presse : "drame familial", "drame de la séparation", "crime passionnel" ! Le pire, le suicide accompagné (dit "altruiste" par les psys, gardiens du patriarcat) : ils tuent les enfants et se suicident après. Quelquefois en se ratant. Si le mariage était si désirable pour les femmes et si détestables pour les hommes, est-ce que ce ne serait pas l'inverse ? Posons la question, ça vaut le coup.

Je ne vais pas adhérer à ces injonctions pour "sauver ma peau devant l'opinion publique". Tant pis pour ma popularité auprès de (certain)s hommes, je n'ai pas le désir d'être approuvée par eux ni par la société : hommes souhaitant à tout prix conserver le statu quo, femmes n'aimant pas qu'on suggère que leurs choix sont orientés contre leurs intérêts par des injonctions, une propagande permanente, auxquelles on s'empresse d'obéir, la voie de troupeau étant toujours la plus confortable. Non, je n'ai jamais cherché à me conformer à la vision de ce "qui est correct" pour une femme en aliénant ma liberté. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas eu ou n'ai pas de compagnons et d'amis de cœur, et sans chercher*, en plus. Mais chacun dans sa chacunière, je ne suis pas une princesse transformable en ménagère à balai dès le lendemain de l'union, je fais mes choix politiques et prophylactiques, librement, en en payant le prix au besoin. Et par-dessus tout, on ne vient pas me tendre un miroir déformant en mentant sur la réalité pour me vendre un truc que je n'ai jamais voulu acheter. Ils n'aiment pas les femmes libres. Ils ne veulent pas que les femmes aient le choix. Réponse à la hauteur du mensonge et de l'affront. La terreur doit changer de camp.


"Mal baisée" : variante entendue un de ces derniers dimanches en marchant au bord de l'eau. Des mecs avec écrit "NoKill"** sur le T-shirt, mais avec un treillis bien guerrier par-dessus, sont en train de monter leurs cannes à pêche sur une écluse où s'amoncellent des déchets plastiques, bouteilles et contenants alimentaires du McDo et du Stade Rennais, gros pourvoyeurs de saloperies tout proches. Le "NoKill" me paraît superflu car évidemment, s'ils prennent un de ces poissons tentant de survivre dans cette décharge, il ne sera pas mangeable, donc se parer d'un NoKill pseudo pacifiste alors qu'on emmerde et blesse "pour le plaisir" des poissons en mauvais état de santé au milieu de la pollution créée par les humains, ont fait que je m'en suis un peu mêlée. Discussion impossible, à la fin de laquelle on m'envoie dans le dos un "mal baisée" qui n'a rien à voir, mais destiné à déconsidérer l'ensemble de mes propos en faisant une diversion bienvenue. Le point Godwin habituel, quand on n'a pas d'arguments, on attaque la personne directement. Et les femmes c'est tellement facile, il suffit de les renvoyer à la position horizontale, celle qui selon ces sexistes, nous conviendrait le mieux.

* Entendu un jour, un monsieur, dans une boutique de brocante où j'étais entrée aussi, répondre au commerçant qui lui demandait s'il cherchait quelque chose de précis, répondre "je ne cherche pas, je trouve généralement !". C'est tout à fait ça, on ne cherche pas, on trouve, et si on ne trouve pas, on n'est pas frustré parce qu'on ne cherchait pas :))

** NoKill : pêche sans tuer, avec remise à l'eau de la prise forcément blessée.

vendredi 5 mai 2017

Une galerie d'images sexistes au sein du mouvement pro-animaux

Attention : images de violence envers les femmes

"Les images qui suivent, collectées depuis des sources de nouvelles et de sites d'activistes, chronique l'exploitation systématique des femmes pour des campagnes anti-spécistes. Bien que des personnes de tous genres soient actives dans le mouvement* (et que des non humains de tous sexes sont exploités), ce sont les femmes qui sont utilisées de façon disproportionnée comme moyen de protestation contre la violence infligée aux corps des animaux non humains. Il y a deux raisons à ce cliché. D'abord, dans une société misogyne, le public est déjà habitué aux images de femmes en souffrance. Deuxièmement, le mouvement de défense des animaux a une longue histoire de sexisme institutionnel. Des preuves scientifiques montrent que cette approche n'est pas efficace. Au contraire, elles repoussent le public, nous aliènent de potentiels alliés venant d'autres mouvements pour plus de justice sociale, et aggravent les niveaux épidémiques de violence contre les femmes et filles à travers le globe."
Corey Lee Wrenn - PhD - Vegan Feminist Network

* Les femmes sont largement majoritaires dans le mouvement pour la cause animale

J'ai sélectionné 15 images : Peta -People for Ethical Treatment of Animals- qu'on ne présente plus, est largement représentée, son sexisme est légendaire.


Peta (People for Ethical Treatment of Animals) : une campagne contre le cuir


AACT Tasmanie : campagne contre les tests sur les animaux


Une campagne allemande contre la fourrure


Une campagne allemande contre le marquage (branding)



Peta : deux campagnes Go Vegan ! La seconde destinée aux hommes à pannes.


Peta : Les hommes préfèrent les blondes sans fourrure !


Campagne Ne laissez pas votre chien dans la voiture


Peta : Campagne contre les carrioles tirées en ville par des chevaux : "la vérité nue". Franchement on ne voit pas le rapport.


Peta (qui n'en loupe jamais une !) Campagne de stérilisation de chats "Trop de chattes peuvent être une mauvaise chose".


Fishlove : Une campagne contre la surpêche qui rate son coup ! Mais qui les conseille ?


Sortez la peau nue, ne portez pas de fourrure : Peta encore !


Peta Allemagne : Campagne contre le foie gras. Notez que j'en ai vu une adaptation française chez Welfarm-PMAF.


Peta : campagne anti-fourrure : les bordures de fourrure sont inélégantes. D'un goût exquis, visant les femmes, éternellement.

Pour voir la liste complète, suivre le lien vers le billet de Corey Lee Wren : Vegan Feminist Network - Gallery of sexist imagery. Publié sur mon blog avec son aimable autorisation.

oOo

Toutes ces affiches pourraient aisément être déclinées au masculin, avec même des nus au besoin, et sans en changer le message. Mais apparemment une femme c'est toujours plus porteur, même (surtout) dans des situations scabreuses. J'ai cherché des images de campagnes françaises, mais on ne tombe que sur les habituels clichés sexistes de l'élevage. A propos d'élevage, justement, il y a actuellement une campagne européenne menée par plusieurs associations contre la castration à vif des porcelets mâles dans l'Union Européenne, pratiquée sur la quasi totalité du cheptel pour des raisons de mauvais goût de la viande perçu par 10 % des consommateurs, hommes généralement. En bonus, et pour faire contrepoids, (c'était difficile de mettre une femme de toutes façons !) je vous offre une affiche allemande, photo envoyée il y a quelques années par Euterpe, et qui me sert régulièrement à interpeller Stéphane Le Fol, actuel Ministre de l'Agriculture, et Phil Hogan, commissaire européen à l'agriculture, sur la souffrance des porcelets engendrée par cette pratique barbare. Mon message est le suivant : Vous tenez à vos bijoux de familles ? Eux aussi ! Accompagné de l'affiche que je trouve parfaite.