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mardi 31 juillet 2018

Oksana Chatchko : de peintresse d'icônes pieuses à iconoclaste

Oksana Chatchko, l'une des trois fondatrices historiques de Femen en Ukraine, vient de se suicider à 31 ans dans son petit appartement de la région parisienne. Réfugiée politique en France, car sa vie était menacée par le pouvoir politique ukrainien, elle était en rupture avec le groupe qu'elle avait fondé, après l'OPA faite par Inna Shevchenko -dernière activiste à rejoindre le groupe des trois d'origine, selon la biographie que lui avait consacré Caroline Fourest en 2014, mais qui prend le leadership du mouvement en le faisant migrer à Paris en 2012. C'est l'aventure parisienne de Femen2 au Lavoir Moderne que raconte Fourest.

Oksana Chatchko est peintre d"icônes : elle a appris la technique et vit de son art en Ukraine. C'est ce qui va la faire entrer en dissidence, au vu de la corruption et de la détestation des femmes portée par l'Eglise orthodoxe. Elle se radicalise et devient anarcho-féministe : avec deux autres étudiantes, Anna Hutsol et Alexandra Chevtchenko (presque homonyme de Inna, mais orthographe différente), elle fonde FEMEN première version en 2008. En galère à Paris désormais, peinant à faire renouveler ses titres de séjour, en rupture avec le nouveau groupe FEMEN, elle a fini par jeter l'éponge. La vie est impitoyable aux femmes. No country for women. La video ci-dessous rend hommage à son travail d'artiste. Elle y conciliait une technique ancestrale de moniale, et une expression artistique révolutionnaire. Ecoutez-là.



Elle avait réussi à sortir de la rigidité technique codifiée, "canonique", pour casser littéralement les icônes et trouver son expression. De peintresse d'icônes, elle était devenue iconoclaste, en trouvant sa façon d'exprimer une vision personnelle du monde. Nous avons perdu une artiste. Nous avons perdu une alliée féministe. RIP Oksana Chatchko.

jeudi 17 août 2017

Thrillers & Polars noirs féministes : rape and revenge



Idéal pour bronzer à la plage ou pour traîner en ville à une terrasse de café, je vous propose quatre polars dont les héroïnes sont des femmes qui décident de mener l'enquête, soit pour leur propre compte, soit pour se venger après un viol ou du harcèlement, bref, des femmes qui trouvent que, décidément, trop, c'est trop ! Attention : noirs, grinçants et drôles, bien sûr.

Fuckwoman de Warwick Collins - 10/18 


A Los Angeles, Superwoman est à double face, comme le veut le code du genre, journaliste le jour et justicière la nuit, pratiquant les arts martiaux et la lutte, F-woman -en politiquement correct de la presse étatsunienne- s'attaque en solitaire aux violeurs en série et leur inflige les "derniers outrages" avec un pénis de buffle momifié. Elle tague ensuite les fesses de ses victimes avec des slogans politiques et féministes, pour leur apprendre. La police et un méchant psychologue sont à ses trousses. Il faut dire que ça fait tout drôle aussi :
" La vérité, c'est que je ne sais vraiment plus ce qui se passe dans cette foutue ville. On a une femme en liberté dans les rues, qui se fait appeler Fuckwoman, s'est spécialisée dans le viol des hommes soupçonnés d'avoir violé, et deux ou trois milliers de nos braves citoyens qui campent devant la mairie et braillent pour qu'elle soit élue maire ". Bref, c'est la merde. Pastiche de plusieurs genres littéraires, à lire pour avoir un aperçu de ce que pourraient devenir les relations femmes-hommes si ça continue comme ça.

#Jenaipasportéplainte par Marie-Hélène Branciard - Edition du Poutan




A la fin d'une manifestation pro-Mariage pour tous, une photographe de presse, Solün, trouve une victime salement amochée à qui elle porte secours. On suspecte un ou des violeurs en série, une commandante de police mène l'enquête de Paris à Dijon, aidée à son corps défendant par une armée de hackeuses géniales, de lesbiennes et geek solidaires qui utilisent les réseaux sociaux pour retrouver les prédateurs. Haletant, rapide, alerte, la puissance des médias sociaux permet de trouver les coupables, et... de venger les victimes. Le message est évidemment féministe en ce qu'il dénonce le viol, les agresseurs sexuels : aux mauvais traitements et injustices faites aux femmes répondent des méthodes non conventionnelles de résolution des enquêtes policières. Un peu rapide dans le style et le rythme, sacrifiant la profondeur des personnages, mais efficace et optimiste. Mon billet du 4 novembre 2016 lors de sa sortie.

Dirty week-end par Helen Zahavi - Phébus libretto


Bella vit à Brighton, station balnéaire anglaise, dans un sous-sol sans air et sans soleil. Petite, menue et fragile, on lui a appris à être une bonne perdante. Elle veut juste qu'on lui fiche la paix et qu'elle puisse lire tranquillement les petites annonces de journaux gratuits qui arrivent dans sa boîte aux lettres. Mais son voisin d'en face n'arrête pas de la mater derrière sa fenêtre en surplomb de celle de Bella. De plus, il la harcèle au téléphone, situation en somme assez banale pour les femmes, on a toutes vécu ça ! Sauf que, moins banal, Bella va chez le voisin et le tue avec un marteau.
Enhardie, et comme elle n'en peut vraiment plus, elle se lance " dans l'hygiène publique, l'enlèvement des ordures, la désinfection ". Et il y a du travail dans le secteur. Un roman noir british (c'est un compliment chez moi !) avec des notations très précises sur les multiples façons dont les hommes pourrissent la vie des femmes, pas du tout politiquement correct, mais tellement drôle et jouissif, que j'en avais fait un billet en Mars 2014.

Les ravagé(e)s par Louise Mey - Pocket


Alex Dueso, flicque et mère célibataire travaille à Paris, à la Brigade des crimes et délits sexuels -inexistante en France, elle est inventée pour les besoins du roman, vous pensez bien ; elle enquête sur des affaires de harcèlement sexuel. Or, voici que se produit une série d'attaques d'un nouveau genre : des hommes hétérosexuels sont attaqués, violés et torturés par des prédateurs redoutables. A tel point que les mecs n'osent plus sortir le soir. Documenté de statistiques précises sur les torts (harcèlement, agressions, viols) faits aux femmes habilement introduites dans les dialogues des protagonistes, le roman vous embarque et vous balade du début à la fin. C'est français : ne nous fâchons pas avec les gars (et là, ce n'est pas un compliment chez moi, du coup). Le lieutenant mâle est raide dingue de sa cheffe, et le plus fidèle soutien des femmes en détresse. Un saint à canoniser. Mais c'est divertissant et ça change bien des polars à la testotérone qu'on nous propose habituellement. Mais c'est le moins épicé des quatre, à mon goût. Toutefois Louise Mey est une autrice à suivre.

Bonnes lectures !

vendredi 2 août 2013

Notre Dame des Landes et autres liens militants (actualisé)




Pour l'abandon définitif du projet d'aéroport, week-end à Notre Dame des Landes les 3 et 4 août : le programme des deux jours est  ICI au format PDF.

Notez également pour celleux qui sont en vacances et veulent / peuvent rester à NDDL, qu'une semaine pour la libération animale se tiendra du 5 au 11 août 2013.

Lien vers la présentation de la semaine.




Oui, parce que, en gros à NDDL, il y a deux sociologies : les natifs du lieu,  agriculteurs-éleveurs, conventionnels hors-sol pour certains, et des zadistes, les autres habitants de la ZAD (Zone à défendre), refusants, militants alternatifs, plutôt jeunes et citadins qui sont arrivés par solidarité, choix de vie, choix d'expérimenter autre chose, et qui sont là depuis moins longtemps. Ce texte rapporte les difficultés de s'installer pour les nouveau arrivants. D'autant que tous ne mangent pas la même chose et ne font surtout pas la fête autour des mêmes plats ! Cet article publié sur La Terre d'Abord dit les difficultés à porter des valeurs de libération animale dans un contexte d'élevage, dans une région agricole. Vivre sur la ZAD est fait de compromis.

Lien vers la présentation de la semaine.

Actualisation 4/8/13 : Quelques photos prise dans la journée sur le site des Ardillères :

















Une excellente nouvelle : l'activisme et la solidarité pour faire libérer Amina, la Femen tunisienne, ont marché : elle est libre depuis Jeudi 1er août, bien que restant inculpée.
Lien vers l'article de l'Express.

Photo ci-dessous du Facebook de Lina Ben Mhenni, Tunisian Girl. N'oublions pas les deux Pussy Riot enfermées dans un camp en Sibérie. On peut signer chez Amnesty International.


jeudi 10 mai 2012

Chirikova et Brockovich

Dans le sillage de l'élection présidentielle, les journalistes français nous embêtent avec la biographie de la "Première Dame de France", trois pas derrière son époux ou compagnon, la place ancestrale des femmes. Dans le même temps, une femme russe Evguenia Chirikova obtient l'équivalent du Prix Nobel pour la Défense de l'environnement, le Goldman Environmental Prize dans la quasi indifférence des médias français.


Crédit image : Goldman Environmental Prize

Chirikova, c'est l'histoire d'une mère de famille qui décide de quitter Moscou pour s'installer dans un village du "poumon vert de Moscou", la forêt protégée de Khimki, et dont la vie tranquille va être contrariée par le projet de construction d'une autoroute reliant Moscou à Pétersbourg. Evguenia s'insurge, s'implique, mène l'enquête, obtient le soutien de Greenpeace, et finit par trouver que décidément les relations entre le pouvoir russe et le constructeur Vinci sont bien opaques. La Erin Brockovich russe, en somme. Le Nouvel-Obs en a parlé ici et Ecolo info donne ici un excellent article sur la bataille pour la préservation de la "ceinture verte" de Moscou. Justement, Vinci, entreprise multinationale de travaux publics, c'est la constructrice de l'aéroport Notre Dame des Landes, entre Rennes et Nantes, le gros aéroport que veulent les élus bretons, contre une partie de leur opinion publique. Evguenia Chirikova est venue soutenir les opposants à l'aéroport Notre Dame des Landes en juillet 2011 comme en témoigne cet article de Ouest-France dont la vidéo montre les liens consanguins entre Vinci et le pouvoir russe au plus haut niveau. Evguenia Chirikova n'a pour l'instant pas réussi à ébranler le projet d'autoroute ni le pouvoir de Poutine, mais elle y travaille en créant le premier parti écologiste de Russie. En revanche, l'activisme a marché pour les opposants à l'aéroport Notre Dame des landes, puisque les expulsions de paysans sont stoppées jusqu'à ce que tous les recours judiciaires soient épuisés.

Clean up your mess !
Clean the shit up !

Souvenez-vous de l'histoire de Erin Brockovich à travers un film mis en scène par Soderbergh en 2000. Mère de famille obligée de travailler pour élever ses enfants, Erin, qui n'a aucune formation en droit, prend un travail dans un cabinet d'avocats. En croisant des informations de demandes de soins médicaux et des indemnisations immobilières, elle fait le lien avec une pollution des eaux potables, instruit le dossier des victimes et leur obtient des millions de dollars d'indemnisation après un combat acharné. Elle est désormais à la tête de son cabinet de consulting où elle poursuit son travail d'instruction de dossiers de dommages à l'environnement. Elle refait parler d'elle et n'a pas perdu son pouvoir de conviction dans l'article qui suit et sa vidéo (en anglais) où elle explique continuer son combat contre la pollution des nappes phréatiques. L'accès à l'eau potable n'est pas qu'une préoccupation du monde en développement, comme elle le dit très bien en insistant sur la pollution au plomb ; mon intertitre vient de l'interview-vidéo (à environ 1'35"), les industriels ayant la détestable habitude de laisser derrière eux des friches et des sites gravement pollués pendant que le gouvernement et les magistrats regardent ailleurs. Son appel : "Nettoyez vos saletés" comme elle le rappelle sans cesse à ses enfants : "Nettoyez votre chambre" !


mercredi 8 février 2012

Le test de Bechdel

Si vous êtes comme moi cinéphiles et que vous pensez que Hollywood nous offre les plus grands metteurs en scène vivants, (je vais aussi voir des films roumains, bulgares, israéliens et palestiniens...), c'est décevant de constater la place qu'il laisse aux femmes et de voir la façon dont elles y sont traitées : en mère de famille-repos du guerrier-gage de stabilité et d'honorabilité, éternelles secondes comme dans Lord of war, ou assurant une présence minimum comme petites amies valorisant les délinquants des films de Scorsese, de Ford Coppola, de Cimino ou de Ferrara ! Tous ces metteurs en scène, c'est vrai, racontent des histoires vraies ou fictionnelles de mauvais garçons : mafieux, délinquants, hommes de main, trafiquants, avocats véreux, et les femmes ne se sont jamais encore rendues coupables de "massacres de la Saint-Valentin" entre gangs de mafieux. Ceci explique peut-être cela ? Et la légende (violente) des hommes prospère-t-elle sur les sagas des Parrains, des Scarface des Baby Face, des Al Capone ?
J'ai trouvé la description de ce test et sa vidéo sur le site espagnol Heroinas, présence active de personnage féminins dans les films. Le blog est espagnol et la vidéo en anglais.



Traduction.
"Le test de Bechdel évalue la présence des femmes dans les films. Son origine vient d'une bande dessinée de 1985 "Dykes to watch out for" d'Alice Bechdel. Voici comment il marche : un film doit répondre à trois questions :
1) Y a -t-il deux femmes ou plus, et ont-elles des noms, 
2) Se parlent-elles entre elles,
3) Parlent-elles entre elles d'autre chose que d'hommes ?
Il est extraordinaire de voir comme les films ne réussissent pas ce test. Ce test ne montre pas s'il s'agit de films féministes ou si ce sont de bons films, il montre juste qu'il y a des femmes dans le film et qu'elles s'engagent sur des sujets autres que le sujet des hommes. Pour prouver que c'est un problème systémique et pas seulement le fait d'un ou deux films par-ci par-là, je vais juste montrer des films qui ne réussissent pas le test."

Suit une série impressionnante de films caricaturaux dont les pires dans le genre sont District 9, Lord of War, Blood diamonds, même Démineurs de Kathryn Bigelow, une metteuse en scène, bref presque toute la production hollywoodienne.

"Il n'y a que quelques films minoritaires qui réussissent le test de Bechdel. Ce que j'appelle un problème systémique, c'est que ce ne sont pas quelques personnes ici ou là qui n'aiment pas les femmes ou ne veulent pas qu'on leur raconte d'histoires de femmes, mais plutôt que l'industrie entière est bâtie sur la création de films qui se nourrissent d'histoires d'hommes ! La prochaine fois que vous allez au cinéma posez-vous ces trois questions : y a-t-il deux ou plusieurs femmes dedans, ont-elles des noms, se parlent-elles entre elles, et parlent-elles d'autres sujets que d'hommes ?".

Lien : Feminist Frequency

Le deuxième film adaptant le premier épisode de la trilogie Millenium de Stieg Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (The girl with the dragon tattoo), à propos d'un journaliste engagé pour enquêter sur une disparition familiale, confirme que les femmes et Hollywood c'est une histoire compliquée. Dans Millenium de Larsson, le héros journaliste est vite rattrapé au milieu du premier roman par la vraie héroïne de la trilogie, héroïne cathartique pour Stieg Larsson, témoin impuissant lorsqu'il avait 17 ans d'un viol collectif d'une camarade nommée aussi Lisbeth (lien en anglais) : Lisbeth Salander, le personnage fictif est bisexuelle, asociale car autiste, génie de l'informatique et hackeuse, et surtout vengeresse des malheurs que lui ont causé son père et les différents pères de substitution abuseurs qui lui ont été imposés par la société et un corps médical aveugle. Elle est glamourisée et sexualisée, et finalement désamorcée, affaiblie (less empowered en anglais) dans le film de David Fincher, film par ailleurs illustration plutôt pesante du roman (peut-être non transposable au cinéma), mais surtout trahison de la volonté de l'auteur qui, mort à 50 ans après avoir déposé ses romans chez son éditeur, n'est plus là pour rectifier ni donner son point de vue.  Cette affiche du film en est la caricature.






lundi 3 octobre 2011

La BD que je n'aimerais pas voir défigurée au cinéma

Actualisation 8/10/11 : La blogosphère s'est enflammée à raison cette semaine devant les propos d'Yvan Levaï, ex-mari d'Anne Sinclair et journaliste sur les radios de service public. Actuellement en promotion de son livre sur l'affaire DSK, au micro de  Pascale Clark, il prétend que "pour violer il faut un pistolet et un couteau", et un peu plus loin il proteste : "Je n'imagine pas Dominique Stauss Kahn forçant une femme !". Un cri du cœur, et on comprend bien que ce soit difficile à encaisser pour les proches d'avoir un agresseur dans la famille, mais cher Monsieur, personne n'imagine jamais que le voisin d'à côté est un violeur, un harceleur, un violent, ou un Dupont de Ligonnès ! C'est même cela qui les rend extrêmement dangereux ! Décidément, après l'affaire Moscato/RMC (ci-dessous) on l'attend toujours, le tournant décisif de l'après DSK. Si vous souhaitez entendre cette émission, festival d'aveuglement, c'est en suivant ce lien vers l'émission de France Inter. C'est édifiant et hallucinant.


Taguée par Lolobobo et  Euterpe à propos de la bande dessinée que je n'aimerais pas voir défigurée par le cinéma, je propose Thierry de Royaumont, exactement L'ombre de Saïno, le deuxième opus d'une oeuvre qui en comptait quatre.


Pourtant, tous les ingrédients d'un bon film selon les critères hollywoodiens y sont : preux chevaliers revenant des Croisades, complot mondial, spiritualité, et Princesse (bientôt) captive dans le rôle du personnage secondaire, éternelle faire-valoir des garçons chevaleresques, comme il se doit dans le code intangible de la romance ! On imagine (avec horreur pour ma part !) ce que permettraient les effets spéciaux actuels dans les souterrains piégés du château de Coucy où complotent les diaboliques maîtres de la Pierre, de l'Eau et du Feu (de la poudre) qui veulent conquérir le monde sous l'ombre tutélaire du mystérieux Saïno, incarnation du Mal.



BD des années 50, époque des deux blocs, communiste à l'Est et libre à l'Ouest, de l'apartheid des sexes à l'école, et de la BD univers masculin d'où les filles sont toujours absentes, Thierry de Royaumont à trois compagnons à la vie à la mort, et à eux quatre, ils réunissent toutes les qualités humaines : la bravoure (Thierry), la force (Gaucher), l'intelligence et la culture (Galeran) et la débrouillardise (Sylvain -qui présente aussi un défaut, la gourmandise, ce qui rend le groupe humain, un tel nombre de qualités ne pouvant qu'être inhumain, voire extra-terrestre, en tous cas, moins plausible) ; pour masquer l'homosexualité latente de l'équipe (c'est le cas de toutes les BD de l'époque y compris de Tintin), une princesse Leïla, fille orpheline d'un émir d'Arabie raccompagne en France le brave groupe, en tout bien tout honneur : elle est fiancée à Thierry et elle sert aussi de caution (c'est mon mauvais esprit qui parle !) : "Regardez, on n'est pas homosexuels, il y a une fille parmi nous" ! Comme si c'était une faute d'ailleurs, mais on est dans les années 50. Il faut dire à sa décharge qu'elle est plutôt cérébrale la belle Leïla, et qu'elle se défend bien seule : à tel point que lorsque l'ennemi rôde, ou qu'elle est prisonnière, Thierry sait qu'elle n'est pas une mauviette et qu'elle a du répondant, ce qui lui évite de trop s'inquiéter.


Il y aura bien un moment où elle va se trouver inévitablement en très mauvaise posture dans l'album Pour sauver Leïla, car il faut bien donner à fantasmer aux garçons, les principaux lecteurs :


Malgré les apparences, je vous rassure, tout va bien se terminer pour elle !

Les auteurs Pierre Forget pour les dessins et Jean Quimper pour le scénario travaillaient à Bayard, journal sans peur et sans reproche, dont l'éditeur s'appelle aujourd'hui Bayard Presse.

Si vous n'avez pas ces deux albums (L'Ombre de Saïno et Pour sauver Leïla), inutile de les chercher, sauf chez les bouquinistes ou les sites de vente en ligne. Les éditions de 1958 étant épuisées depuis longtemps, et les prix montant en flèche car elles étaient très recherchées par les collectionneurs, Bayard Presse en a fait deux rééditions fac simile en 1986 et 1987. Ces deux dernières sont à leur tour épuisées et la cote des albums recommence à monter. La nostalgie n'a pas de prix !

Pour celleux que cela intéresse, Thierry de Royaumont est sur Internet.

Actualisation 5/10/11 : Vous pensiez que l'affaire DSK avait calmé les beaufs français et "changé les rapports entre les sexes" ? Vous ignorez ce qu'est un "aussie kiss" ou "baiser australien" en français ? Vous doutez-vous que la meilleure façon de souder une équipe et la faire aller à la victoire, c'est de faire des co-nne-ries avec une femme de chambre, tous ensemble, entre rugbymen ? Pour comprendre comment marche le management d'équipes sportives, allez lire chez ACRIMED en suivant le lien ici ! Attention, je préfère vous prévenir, ça tache !

samedi 6 août 2011

Mon héroïne de la Renaissance



Taguée par Euterpe, voici mon héroïne de la Renaissance ; elle n'est pas totalement inconnue, mais elle n'est pas non plus au firmament des pop stars historiques, exemple Marie-Antoinette, surtout depuis la transposition de sa vie au cinéma par Sofia Coppola avec bande son pop-rock !

Anne de Bretagne (1477 - 1514) : duchesse de Bretagne et reine de France, mariée (livrée ?) très jeune à un premier puis un second roi de France -Charles VIII et Louis XII- pour des raisons de basse propriété et d'extension de possessions territoriales, sommée de produire de l'héritier mâle, la loi salique sévit en France,  mère de 9 enfants pour en garder 2, dont Claude de France, elle meurt jeune à 37 ans. Petite, boiteuse et fine politique, retorse diront certaiNS empressés de diffamer car ça les arrange, elle se bat pour garder ses prérogatives ducales contre le royaume de France.

Le sulpicien XIXème siècle qui a popularisé les images pieuses à coincer dans les pages des livres de messe lui a taillé un pittoresque costume de paysanne catholique en sabots, ce qu'elle n'était pas. Elle est une aristocrate éduquée et lettrée, fine connaisseuse des arts. "Aujourd'hui, c'est le destin de la femme, duchesse à 11 ans, reine à 14 ans, et décédée à 37 ans après avoir vu mourir 7 de ses 9 enfants, qui retient l'attention " écrit un historien. C'est sous sa direction et ses choix d'architectes que sera construite la façade renaissance du château de Nantes, sa ville capitale. Elle est enterrée dans la sépulture des rois de France à Saint-Denis, mais elle a légué son cœur à la ville de Nantes. On peut y voir son reliquaire au Musée Dobrée.

Ma "chanson putride" de l'été, outre que j'ai déjà évoqué La vie par procuration de JJ Goldman dans le billet "J'aime pas l'amour" ICI est curieusement dans la thématique de ce billet, puisqu'il s'agit de Colonel Reyel et sa chanson Aurélie -je renvoie  le lien vers la blogueuse Madmoizelle, tellement ça m'embête de faire mes lectrices/teurs cliquer sur cette chanson- en passe de devenir l'hymne des anti-choix !
Depuis le 15ème - 16ème siècle, la mentalité des hommes natalistes n'a pas changé : valoriser les filles et les femmes par le mariage, la maternité et le nombre d'enfants reste un must. Notez que cela les arrange : la maternité détourne les filles de l'idée de "leur faire concurrence", puisque c'est désormais prouvé que c'est comme cela qu'ils pensent, et qu'ils craignent notre concurrence partout et tout le temps.

jeudi 26 mai 2011

Antidotes au sexisme ambiant


La tête farcie depuis une semaine de déclarations d'un machisme hétéro-beauf impénitent, décomplexé et arrogant à propos de l'affaire Strauss-Kahn, il va falloir affronter dans les semaines à venir les obscénités du pouvoir masculin friqué qui peut tout s'acheter : des enquêteurs chevronnés et des avocats puissants acharnés contre une femme qui a trouvé son premier avocat sur les Pages Jaunes Internet (Yellow Pages rubrique Attorneys and Layers), l'implacabilité du système patriarcal dans les deux domaines où il prospère bien : la finance (ils ont failli couler le système bancaire mondial en 2008, et ils continuent à spéculer sur les matières premières agricoles) et le sexe.

Il faut dénoncer aussi les conditions de travail des femmes de chambre dans les grands hôtels : femmes émigrées précaires et mal payées, donc vulnérables, isolées dans des ailes et des suites immenses sans pouvoir obtenir de secours parce que personne ne les entend appeler quand elles sont les victimes de clients abusifs, alcoolisés et libidineux qui leur font des avances, s'exhibent devant elles, voire les attaquent, le phénomène serait courant : en anglais pour celles qui le lisent ICI.

Un lien aussi pour se rendre compte de la façon dont la publicité récupère absolument tout, pour faire mousser ses produits : La campagne DS4 de Citroën ! Jeu de mot sur le nom de la voiture, sur dire oui et dire non, et ça va vite mais regardez bien l'iconographie !

Aussi je vous propose deux films qui remontent le moral. Achetez-les, empruntez-les, au besoin volez-les ! Des femmes amies se soutiennent, s'épaulent indéfectiblement, se perdent ou se sauvent ensemble après des aventures haletantes. Ce sont des hommes qui sont derrière la camera, Ridley Scott pour Thelma et  Louise et les frères Wachowski pour Bound. Tant pis ou tant mieux ! Ca fait du bien, ces deux films : des femmes se prennent en charge sans avoir recours à de mâles héros opportunément sauveurs !

Thelma et Louise : Ridley Scott 1991. Deux amies (jouées par Susan Sarandon et Geena Davis) décident de partir en week-end pour une partie de pêche sans leurs mari et petit ami ; la virée va mal tourner après une tentative de viol où le violeur est abattu. Mais en attendant quelle balade. Ce superbe road movie montre deux amies qui se prennent en charge à tour de rôle, y compris quand une est agressée et que son amie la défend le revolver à la main. Une magnifique collection de salauds et veules personnages parsème la randonnée (je rappelle que le réalisateur est un homme et qu'il est responsable des personnages qu'il montre). Quelques scènes réellement jubilatoires : le mari maltraitant apprend que sa femme est partie sans lui demander son avis, mais en laissant quand même un mot sur la porte du four, il se retrouve donc tête à tête avec le micro-onde pour réchauffer ses pizzas, et la télé ; la scène de la télécommande (c'est toujours Papa qui tient la télécommande, mais quand c'est deux papas qui regardent la télé et que le papa qui tient la télécommande change de chaîne sans prévenir l'autre, il y a ressort comique !), et pour les fuyardes en cavale, le rodéo avec un chauffeur poids lourd qui leur a fait des grimaces obscènes à chaque rencontre, rodéo où elles vont avoir le dessus et de quelle façon, le flic joué par Harvey Keitel qui sait que ça va mal finir mais qui n'arrive pas à cacher son empathie pour ses fuyardes, plus les paysages magnifiques du Sud des États-Unis : un film culte.


Bound des Wachowski Brothers 1996. Oubliez les calamiteux et inintéressants Matrix et leurs cache-poussière ! Les frères Wachowski ont fait BOUND, film cultissime : on leur pardonne la franchise Matrix. Une jeune femme plombière sortant de prison, en mission dépannage, rencontre dans l'ascenseur la petite amie d'un redoutable mafieux et c'est love at first sight, coup de foudre ! Elles tombent amoureuses l'une de l'autre :


Bound par winxptester 
Elles ourdissent ensemble un complot pour piquer une grosse valise de dollars au mec de Violet, sans se faire prendre ! Film d'action diablement efficace avec suspense infernal vers le dénouement, on se demande sans arrêt laquelle va trahir l'autre ; de mémoire, les Wachowski Brothers nous mettent le nez sur nos turpitudes : en effet, la confiance en la solidarité féminine n'est pas la caractéristique principale de notre espèce ! Après des sacrifices et quelques tortures, elles vont rouler proprement dans la farine de redoutables tueurs de la Mafia, et partir mettre au soleil leur amour avec les dollars volés. Pas du tout moral, sauf si on considère que ce sont des tueurs mafieux qui ont été spoliés, mais ce film lutte vraiment bien contre l'assommoir misogyne auquel nous sommes en permanence exposées.

Lien vers le blog de Christine Delphi qui fait une analyse comparée des droits américains et français, magistral et utile pour comprendre, car la désinformation marche bien de ce côté de l'Atlantique.
Merci à Mauvaise Herbe pour l'information !

mercredi 30 mars 2011

Femmes puissantes à Hollywood

Hollywood va fêter son 100ème anniversaire : la Compagnie UNIVERSAL a été créée en 1912. C'est l'occasion de rendre hommage aux femmes de l'Industrie du cinéma américain qui n'arrivent plus à tourner dépassé 40 ans, hormis quelques exceptions qui confirment la règle : après 40 ans, votre sex appeal est dévalué, et la carnivore Hollywood préfère la chair fraîche. Je vais donc faire volontairement l'impasse sur les symboles sexuels : tout le monde les connait, c'est un rôle parfaitement convenu pour les femmes. Je précise aussi qu'il y a une différence historique fondamentale entre le cinéma américain et le cinéma français qu'il vaut mieux connaître pour apprécier les femmes productrices : le cinéma français est un cinéma de metteurs en scènes et le cinéma américain est un cinéma de producteurs : aux USA, le final cut (montage final) appartient aux producteurs tandis qu'en France, le metteur en scène garde jusqu'à la fin la haute main sur son film.  : exemple Blade Runner, chef d'oeuvre de Ridley Scott de 1982, dont la ridicule fin sortie en salle, imposée par la production, est désormais remplacée sur tous les DVD par le director's cut très noir voulu par Ridley Scott. Personne ne le regrette.  

Les mythiques : Greta GARBO est la Reine Christine (Rouben Mamoulian - 1933) : Typique film d'actrice, voulu par Garbo avec la complicité de son metteur en scène pygmalion, l'extrait de la fin ci-dessous, montre une Reine Christine androgyne par la coiffure et les vêtements, qui se relève vite après quelques larmes sur la mort de son fiancé (John Gilbert, qui a laissé moins de trace dans l'histoire du cinéma que Garbo) et va de
l'avant : "la mer est haute et le vent est avec nous" dit-elle en se mettant à la proue du navire !


Garbo, Greta (Queen Christina)_01 par lunwe

Marlène Dietrich et Joseph Sternberg dans The scarlet empress (L'impératrice Rouge 1934) : film d'actrice voulu par Dietrich et tourné avec la complicité de Joseph Von Sternberg, son réalisateur pygmalion et fétiche. Marlène Dietrich réglait elle-même les lumières du plateau, car elle s'estimait seule compétente sur la manière dont son visage prenait la lumière. Dans cette scène, elle passe en revue les troupes russes, et s'adresse aux soldats :



Les entrepreneures ou entreprenantes :
Mary Pickford (1892 - 1979) contribue à créer la compagnie United Artists avec Charles Chaplin ; elle est actrice, scénariste et productrice.


Ida Lupino (Ci-dessus crédit photo IMDB) : vous l'avez inévitablement vue dans High Sierra de Raoul Walsh avec Humphrey Bogart. Une magnifique blonde à tête bien faite. Une pionnière : au début des années 40 du XXème siècle, elle écrit, réalise et produit ses films ! J'adorais la voir à la télé dans le cinéma de Minuit de France 3 quand il n'était pas relégué à une heure du matin, programme à qui je dois une grosse partie de ma culture cinématographique pour ce qui concerne le cinéma d'avant les deux guerres, et celui des années 50 et 60.


Sigourney Weaver avec Ridley SCOTT : la série des Alien, dont Weaver rachète les droits pour exploiter et arrêter à son gré "la franchise". Inutile de vous dire qu'il n'y a qu'UN SEUL Alien : le 1er épisode, celui de Ridley Scott, sorti en France en 1979. Chef d'œuvre absolu à plusieurs niveaux de lecture : science-fiction, suspense et terreur pour les deux plus immédiats, mythologique, sexuel, symbolique et psychanalytique. Alien, le 8ème passager, titre erroné parce qu'il y a 9 passagers : le spectateur est bel et bien embarqué dans le vaisseau infernal avec l'équipage et le monstre. J'ai lu plusieurs fois que Ridley Scott (gros macho anglais qui a quand même mis en scène Blade Runner et Thelma et Louise dans les années 80 - en fait Scott est un génial metteur en scène des années 80, depuis il s'est enlisé dans des films plus conventionnels, hélas pour nous-) Scott donc, voulait un héros mâle pour jouer le rôle de Sigourney ; elle se serait imposée à force de le harceler tellement elle tenait au rôle. Et pour notre chance, elle l'obtient. Débarrassées que nous sommes donc de l'inévitable Bruce Willis, de son marcel maculé de cambouis à auréoles de sueur sous les bras, il va de soi que cela change tout : seule survivante parmi l'équipage (avec un chat !) de la redoutable bestiole qu'on ne voit jamais, elle terrasse le dragon après avoir, en qualité de commandante du navire, été trahie par un infernal robot à visage humain. Le monstre Alien, qui a besoin d'une gestation, a été ramené et accouché par un homme après un voyage hallucinant dans les décombres d'un vaisseau spatial imaginé par l'auteur français de BD Moebius ; toute la symbolique sexuelle est à l'envers : c'est une femme qui terrasse le dragon et c'est un homme qui accouche du monstre ! Jouissif. Sans Sigourney, Alien n'aurait été qu'un film SF catastrophe de plus, le tout venant de la production hollywoodienne.


Jodie Foster : actrice, productrice et metteuse en scène, Présidente du Jury des Césars 2011. Tout le monde se souvient de son époustouflante prestation dans Le silence des agneaux de Jonathan Demme en 1991 et de l'actrice de Taxi Driver de Martin Scorsese. Même si les films qu'elle dirige ou produit n'ont pas laissé une trace impérissable aux yeux des cinéphiles, elle fait honnêtement le boulot en refusant les rôles de poupées faire-valoir du héros. L'héroïne, c'est toujours elle. 

Les metteuses en scène :
Katrine Bigelow : Metteuse en scène de The hurt Locker, en français Démineurs, le dernier que j'ai vu.  La guerre vue par une femme qui dirige des hommes derrière sa camera. Je l'ai vu un après midi où je me suis fait deux toiles, ça permet de comparer ; je l'ai vu juste après District 9 de Neill Blomkampt (2009) : les critiques "vendaient" District 9 comme une métaphore du racisme car des extra-terrestres arrivent au-dessus de Johannesburg et demandent l'asile à la terre. Les terriens les enferment dans un camp-ghetto, genre township de Soweto où les étrangers doivent affronter le racisme des terriens. Le film évolue vers une guerre de libération avec gros guns phalliques et pétaradages assourdissants de mitraillettes, très pénibles quand on n'est pas un ado épileptique habitué aux jeux vidéos ! Je n'ai pas aimé.  En revanche, le film de Bigelow montre la réalité de la guerre en Irak avec des garçons qui risquent leur vie à chaque fois qu'ils désamorcent une bombe ; elle montre que la guerre n'est pas un jeu vidéo mais du sang et des tripes, et que les mecs appellent leur mère quand ils perdent un bras ou une jambe ! Plus tard elle montre la difficulté de réinsertion dans la vie de tous les jours de garçons shootés à l'adrénaline qui n'arrivent plus à mener une vie civile normale. Un vrai film solide sur la réalité de la guerre. Ses autres films les plus populaires : K19 le piège des profondeurs et Point break. Il faut remarquer qu'elle ne dirige que des hommes.


Sofia Coppola (photo ci-dessus). Metteuse en scène et fille de son père Francis Coppola ; elle a été élevée sur des plateaux de cinéma ; quatre films, deux chefs d'oeuvres selon moi (je n'ai pas vu Somewhere donc je n'ai pas d'avis !) :  je n'aime pas Virgin suicides où alors je suis passée carrément à côté de son charme, mais Lost in translation qui se passe à Tokyo et Marie Antoinette, film pop avec de la musique rock, sont deux grands films d'auteure.

Ma liste n'est certainement pas exhaustive, je donne mes préférées de façon totalement subjective. Elle peut sans doute être complétée. Mais dans ce milieu machiste, elles sont rares et sans doute doivent-elles faire de gros efforts pour s'imposer et durer. Je suis désolée de ne donner que la référence imdb, mais il n'y a pas d'équivalent en français de cette irremplaçable base de données du cinéma.

jeudi 13 janvier 2011

Women are heroes : je l'ai vu pour vous




Crédit photo : Photo-film

C'est un film d'artiste : beaux cadrages, plans accélérés, couleurs saturées, courte focale, gros plans voire très gros plans sur des visages de femmes qui racontent leurs faits d'armes de la vie quotidienne dans des favelas violentes et des quartiers promis à la démolition puisque convoités par des promoteurs immobiliers. Les coups de masse des démolisseurs répondent aux coups de feu des gangs ou de la police, les friches, favelas et sentes claustrophobiques et interminables, où l'on ne peut pas se croiser sans se plaquer au mur sont omniprésentes, comme les tas d'ordures où travaillent des enfants, la cohue de villes surpeuplées... Et ces femmes parlent d'éducation, d'école, de livres, d'entrepreneuriat, de mariage, de leurs enfants, de viols aussi, et d'espoir avec une énergie incroyable ! Ce n'est jamais misérabiliste.

Land art ou street art : le film est une performance d'artiste autour de l'énergie des femmes -dans des univers hostiles. La bande son est de Massive Attack. Moi, j'ai beaucoup aimé. Pourtant, je ne cache pas qu'aller le voir ressemblait à une petite contrainte professionnelle puisque j'avais promis la critique dans mon billet précédent ! On comprend également pourquoi il a obtenu le prix de la Semaine de la Critique de
Cannes : il est visuellement beau.

Je n'ai vu aucune réelle promotion pour le film : ni à la radio, en tous cas pas celles que j'écoute, et rien à la télévision ; j'ai juste été alertée de sa sortie parce que je suis dans la mailing-liste d'Amnesty International ! Emelire en parle dans son billet de mercredi.

D'autres critiques : Les Inrocks (qui aime),  Le Monde,  Télérama  et
Politis ; ces trois derniers n'aiment pas le film ...sans doute plutôt l'image des hommes qui leur est tendue ! Comme je les comprends : on y voit une séquence où le réalisateur négocie l'installation de ses bâches avec les hommes : ils se font prier et demandent quand on reviendra les photographier eux aussi ! Tous mauvais joueurs.

En conclusion une citation d'une interview d'une femme de Kibera
(Kenya) : J'ai du potentiel, les femmes ont du potentiel, le monde ne voit pas le potentiel des femmes !
Je recommande d'aller voir ce beau film.

dimanche 9 janvier 2011

Women are heroes !


Les femmes sont des héros ! Enfin, c'est de l'Anglais : la traduction française pose un léger problème. Si on féminise, ce qui est normal, on obtient les femmes sont des héroïnes et là, gratte-nerf habituel, il se produit un léger glissement sémantique, héroïne n'a pas exactement le même sens que héros. Autant en anglais, tout colle bien puisque héros (hero) va tout de suite prendre le neutre, ce troisième genre (it) qui positionne la langue en mode ternaire et la sort de la binarité qu'impose la langue française et qui la corsète. En français le féminin héroïne est connoté, il fait pâle faire-valoir du héros mâle. Encore un mauvais coup du masculin l'emporte (prenez un héros plus 49 héroïnes et méchant tour de passe-passe, on a à cause d'une règle de grammaire idiote 50 héros !), et du masculin qui a fait main basse sur l'universel ! J'en ai déjà parlé.

Allons donc pour héroïnes, il faut l'imposer : oui, toutes les femmes sont des héroïnes à part entière ; faire double journée (pour un demi salaire et une demi-retraite) en gardant une redoutable efficacité dans l'hémisphère Nord, trouver à manger, cultiver la terre et nourrir une nombreuse famille dans l'hémisphère Sud pendant que les hommes font la guerre entre eux d'abord, et aux femmes ensuite -traitées qu'elles sont en butin de guerre et en chair à viol quand la guerre devient totale- vivre dans des favelas au milieu de la violence des gangs, des guerillas et des narco-trafiquants dans des quartiers abandonnés par la police et l'armée en Amérique du Sud, trouver de nouveaux modes de cultiver la terre en Inde pour contrer les puissants laboratoires de génétique végétale et les entreprises de l'agro-business dirigées par les hommes, défendre leurs logements et leurs quartiers contre les spéculateurs/prédateurs immobiliers au Cambodge, s'organiser entre elles en Afrique pour créer et diriger leurs propres commerces et industries, continuer à vivre et élever des enfants pendant que les maris en Moyen-Orient et Extrême-Orient vont travailler dans des pays étrangers à statuts de demi-esclaves, s'organiser pour faire progresser la cause des femmes auprès des Organisations Internationales et des gouvernements, s'imposer et réussir comme dirigeantes dans les pays ruinés sous de désastreuses gouvernances mâles, résister à l'assommoir de la misogynie, du sexisme et de la persécution..., oui pas de doute, les femmes sont des héroïnes.

Le film : on trouvera la bande annonce ICI et la description du projet et la présentation de l'artiste ICI.  Sans oublier le site de l'artiste JR, photographe français de réputation internationale.

Le film soutenu par Amnesty International sort le 12 janvier au cinéma ; il a obtenu le Prix de la Semaine de la Critique à Cannes 2010.

mardi 4 janvier 2011

Elizabeth























Je n'ai aucunement l'intention de concurrencer Euterpe par ce billet mais j'ai vu sur Arte jeudi dernier (dans le désert programmatique de l'entre-fêtes, et je me demande encore comment j'ai bien pu faire pour louper ce film lors de sa sortie en salle en 2007, un loupé à mettre sur le dos de critiques peu enthousiastes ?) j'ai vu donc  Elizabeth L'âge d'or, film de Shekhar Kapur, cinéaste Hollywodien d'origine indienne et anglophile selon toutes les apparences ! Ce film m'a littéralement tapé dans l'œil ! L'Histoire officielle nous montre toujours Elizabeth 1ère comme une espèce de monstre froid et inhumain* (l'habituelle façon de diaboliser les quelques incontournables femmes de pouvoir qui surnagent dans l'histoire racontée par les hommes) ayant comme principal fait d'armes d'avoir fait décapiter Marie Stuart, Reine d'Ecosse, prétendue pauvre femme sans défense. Je pense que Marie Stuart est plus aimée, en tous cas par les français car elle était davantage dans la tradition : amoureuse, elle était dans les sortilèges de la passion et dans les rôles assignés aux femmes, précisément ce que refusait Élisabeth ! Et elle était catholique.

Shekhar Kapur nous dépeint dans un grand film magnifiquement baroque, une femme lucide sur ses conseillers hommes, qui n'agissent que par intérêt en tentant de la manipuler, lui reprochent de ne pas être mariée (ils lui détaillent à l'occasion une liste de princes présentables dans le rôle d'étalons) et de ne pas avoir d'enfant. Selon l'auteur du film, elle aurait été manipulée à propos de l'exécution de Marie Stuart qu'elle considérait comme une reine à l'égal d'elle-même ; elle ne fait la guerre à Philippe d'Espagne, un diabolique et terrifiant catholique intolérant (ah les concurrences meurtrières entre ces systèmes nihilistes que sont les religions "révélées" !), que parce qu'elle y est contrainte, que l'Invincible Armada menace Londres par la Tamise, et elle emporte la victoire !

Durant tout le film, Elizabeth - Kate Blanchett est filmée dans des décors écrasants, en plans lointains ou surplombants, ou encore dans l'intimité de ses appartements sans ses perruques comme pour montrer sa fragilité de femme face au destin ; ET en même temps, Elizabeth suggère une force peu commune, même quand elle est apparaît effondrée en bas d'un énorme pilier ou tenue en joue par un assassin.

Une fois n'est pas coutume, Hollywood nous sert un film où le rôle central est tenu par une femme ! Clive Owen qui joue le rôle de Sir Walter Raleigh en est réduit aux rôles dévolus habituellement aux actrices dans l'Industrie misogyne du cinéma américain : celui de séduisante utilité et de pâlot faire-valoir ! C'est lui l'amoureux transi qui doit se contenter d'un amour par procuration avec la Reine via sa plus proche dame de cour, alors qu'il a conquis la Virginie en lui donnant ce nom en hommage à Elizabeth la reine Vierge** ! Requinquant et jouissif !

Voici la bande annonce ; j'ai vainement cherché l'extrait du film rapportant le "speech to the troops" qu'elle a prononcé en 1588 à Tilbury juste avant la bataille et que Shekhar Kapur filme magnifiquement : la reine en armure et à cheval en très beaux plans serrant l'actrice et son cheval caracolant. Kate Blanchett habite le rôle de façon très convaincante ; contrairement à ce qu'on voit dans la bande-annonce, il n'abuse pas de la Steadycam !


Official: Elizabeth - The Golden Age int

Le metteur en scène conclut son film par une prière d'Elizabeth : "On m'a surnommée la Reine vierge sans époux. Sans enfant, je suis la mère de mon Peuple ; donnez-moi, Mon Dieu, la force de porter cette redoutable Liberté".  Je n'aime pas trop les films "en costume" : ils sont généralement des tranches (pâtissières) d'histoire fossilisée dans l'obscurantisme du passé, mais ici Shekhar Kapur par ses audacieux parti-pris d'artiste fait d'Elizabeth, souveraine du 16ème siècle,  une femme moderne.


Si vous avez loupé ce superbe film, mauvaise nouvelle, vous êtes passé-e-s à côté du bonheur ! Mais pour une fois, l'Histoire peut repasser les plats : on le trouve certainement en DVD, en vente libre dans toutes les bonnes pharmacies (et les bonnes médiathèques pour les fauché-e-s comme moi) : quoique non remboursé, c'est bon pour la santé et le moral !

Lien vers la fiche de Shekhar Kapur sur IMDB la base de données du cinéma (en anglais) pour les intéressées.

* C'est vrai que les portraits "officiels" d'époque qui la montrent emperruquée, encollerettée, ensevelie sous de lourds brocards, maquillée à la truelle, couleur plâtre blafard et la faisant ressembler à une terrible divinité primitive doivent y être pour quelque chose ! Mais bon, les conseillers en image sont d'invention récente. Et je pense qu'elle valait mieux que ses portraits.

** On n'a évidemment aucune preuve de sa virginité qui est douteuse ; mais comme elle est la fille du terrible Henri VIII et d'Anne Boleyn, reine martyre décapitée, on l'imagine vaccinée contre le mariage et contre ce que les hommes peuvent y faire aux femmes ! Mais c'est juste mon explication et je ne suis pas historienne. Plus d'information sur sa fiche Wikipedia

lundi 22 mars 2010

La révélation de Hans Christian Schmid





Je recommande chaleureusement ce film qui sort en salles et que je viens de voir.

Pour une fois, les héros sont des héroïnes !

Je vais employer le mot "héroïne" à la place de héros après avoir tout de même précisé que "héroïne" en français désigne généralement la faire-valoir du héros (modèle insurpassable du héros : Ulysse qui part à la découverte du vaste monde pendant que Pénélope, l'héroïne donc, attend qu'il rentre à la ferme en tricotant !). Mais je tente le lancement d'une nouvelle tendance.
Donc ici on a une héroïne sans aucun faire-valoir mâle, la Procureure du TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie) qui traque les criminels serbes. Et pour le même prix, une deuxième héroïne, témoin de l'horreur.

Le film est un thriller politique efficace et prenant comme l'étaient les bons films contestataires des années 70 : Yves Boisset et surtout Costa Gavras. Il dénonce les petits arrangements, les tractations politiques européennes, les plea bargains (plaider coupable) : j'avoue un crime, je plaide coupable, mais pour la peine, vous ne venez pas m'embêter avec ce deuxième crime : j'ai une carrière politique à mener et puis il faut bien un jour que la réconciliation se fasse ! Les victimes ne sont après tout que des femmes traitées en butin de guerre comme cela s'est toujours fait ! Pas de quoi fouetter un chat. Voilà le résumé.

Kerry Fox, actrice néo-zélandaise de Un ange à ma table et Bright star de Jane Campion entre autres, joue le premier rôle ; Annamaria Marinca l'actrice roumaine de Christian Mungiu dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, la très méritée Palme d'or de Cannes en 2007 (ah, le plan séquence de la fin !) joue le deuxième rôle. Elles sont magnifiques et dépouillées de l'habituel glamour hollywoodien dans un vrai beau film de cinéma tout de même.

Le film est soutenu par Amnesty Intenational et a été plusieurs fois primé. A raison.

Film germano-danois - Titre original : Storm

Le site du film
La critique des Inrocks
La critique de Télérama
Le dossier d'Amnesty International sur les crimes en ex-yougoslavie