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vendredi 21 août 2020

La ville, à hauteur de qui, au fait ?

Dans ma ville, une adjointe issue des élections municipales de mars, mère d'un nouveau-né, que ce billet va forcément énerver si jamais elle passe par ici mais tant pis, décide de dédier son mandat à donner la priorité aux jeunes enfants ; nom du projet "ville à hauteur d'enfants". Qui serait contre ? C'est un peu comme les plates-formes qui me dérangent à la maison, juste parce que je suis une femme et inscrite sur les Pages Jaunes de l'annuaire, qui veulent que j'allonge un chèque pour les enfants qui meurent de faim dans le monde. Qui aurait le culot de refuser ? C'est effectivement leur pari : personne. Sauf que si : ces bonnes intentions occultent une réalité, un angle mort ou un point aveugle comme on veut ; si on veut une ville à hauteur d'enfants, c'est qu'elle ne l'est pas à leur hauteur. Alors à hauteur de qui est-elle ? Des adultes certainement, des femmes entre autres ? Pensez-vous ? 

Comme ici, on n'est pas dans la glorification de l'impuissance féminine, ni dans la sidération face à la toute-puissance masculine, ni non plus craignant les jugements brutaux des hommes (ah mon dieu, on va m'accuser d'être misandre, anti-mecs, l'opprobre absolu :( qui terrorise la plupart des femmes, y compris les féministes, je vais répondre. 

La ville n'est pas à hauteur d'enfants, ni de femmes d'ailleurs. Elle est à hauteur d'hommes, valides qui plus est. Des géographes et des urbanistes (ces derniers tous des hommes) s'échinent sur le sujet, tous proposant leurs analyses et solutions. Tant que ce seront des hommes les urbanistes, et les utilisateurs en situation de monopole, il n'y a aucune raison que cela change. Ni non plus tant que ce seront des femmes qui ne voudront pas frontalement nommer le problème et se réfugieront derrière des stratégies de diversion. Les travaux perpétuels où ne "travaillent" qu'eux amplifient le phénomène : camionnettes d'artisans et de groupes d'intérimaires garées n'importe comment, n'importe où (ils déterrent les piquets d'interdiction de passer !), leurs engins et chantiers à large emprise sur les rues, places, espaces de tout le monde, font que les femmes chargées d'enfants, de poussettes, de paniers à provisions, les vieilles, les handicapé-es, ne peuvent généralement pas passer. En tous cas, moi qui n'ait pas tous ces chargements, et qui marche encore correctement, je ne passe pas. Ni à pied ni en voiture. Si je proteste, les mâles me répondent (quand ils répondent, car généralement on affronte leur phobie sociale) c'est "je travaille moua" ! Et moi alors, je me baguenaude ? On dirait bien, vu qu'il n'y a qu'eux qui travaillent. 

De fait, les villes sont conçues pour favoriser la présence des garçons : comme ils sont réputés inéducables et incorrigibles tout en ne le disant jamais ouvertement, le bœuf sur la langue des femmes pèse de tout son poids des fois qu'elles seraient accusées de misandrie, d'être des ennemies des hommes, d'être des furies, bref, c'est terrorisme patriarcal à plein tubes. Ils nous discriminent à l'embauche, nous traitent en bonniches dans le mariage, nous mettent des gnons, nous tuent carrément, histoire de terroriser les récalcitrantes, nous violent pour nous faire sentir la férule patriarcale, MAIS il faudrait faire comme si rien de tout cela n'existait ? Ne comptez pas sur moi. Les femmes maires viennent même à leur rescousse : bétonnages et artificialisations à coups de street parks où on ne voit qu'eux, du coup, ça déborde sur les environs, et à coups de stades de foot dans le but de calmer ces enragés. Et là aussi, il y a des débordements comme mardi 18 août, retour de victoire du PSG : 

Résumé : les villes sont dangereuses pour les femmes et certains hommes, notamment lors des fins de soirées de foot, les femmes crevant de trouille et changeant leurs trajets, faisant des détours pour rentrer chez elles, mais le foot et le rugby sont de l'avis commun des summums de convivialité et de fêêêête ; d'ailleurs on peut même tenter de vous faire prendre des vessies pour des lanternes en vous persuadant que les femmes "aussi aiment le foot". 

Invasion de l'espace terrestre, mais pas que. D'autres stratégies maintiennent les femmes à distance par la peur et la suroccupation : le bruit. 

" La rue, les cafés, les espaces publics sont des espaces bruyants. Ils le sont par les activités qui s'y déroulent, circulation, travaux, mais ils sont par ailleurs le lieu de déploiement volontaire de bruits déclenchés ou émis par les individus mâles . L'usage des sirènes professionnelles par exemple (police , services de secours, voitures gouvernementales...) n'est pas d'absolue nécessité, et le plaisir visible que prennent leurs déclencheurs à ce qui manifeste non seulement leur droit prioritaire à l'espace mais également leur présence fait partie de la quotidienneté urbaine. ". [...] " Dans les lieux fermés (cafés, restaurants, bars...), les conversations masculines rendent impossibles le plus souvent par leur volume, les conversations voisines, qu'il s'agisse de tablées d'hommes d'âge mur en repas d'affaires, de simples camarades qui se retrouvent, ou de groupes d'adolescents rassemblés autour de flippers ou d'autres jeux pratiqués par eux dans les lieux publics. " 

Les cris, appels, glapissements divers quand passe une femme devant un groupe d'hommes font partie de cette appropriation de l'espace et ils ont l'avantage de terroriser. " Le contrôle du volume de la voix est imposé fortement, et tôt, aux filles. Dans les espaces publics extérieurs, la voix des femmes ne devient forte et ne s'impose qu'en situation d'urgence ou de danger. " A condition bien entendu qu'elles arrivent à dominer le boucan. Quand les mec arrivent, généralement l'environnement se dégrade et devient inhospitalier. Il suffit de travailler avec eux pour prendre conscience, les univers féminins, n'en déplaise aux médisant-e-s misogynes, sont infiniment plus confortables et hospitaliers. 

Feux de poubelles déclenchant l'incendie d'un pavillon ou d'une pharmacie et d'une épicerie dans la Zup Sud, rixes de sortie de bar au petit matin avec un mort à la clé, tirs à l'arme de poing ou au fusil de guerre de trafiquants se disputant un territoire, bandes de "jeunes" qui vous assaillent et vous font les poches... toutes ces "incivilités" (vocabulaire anesthésiant typique de l'époque, tout comme "jeunes" permettant l'omerta et l'invisibilisation des délétères mauvaises actions à 98% masculines) font que les femmes, filles, "préfèrent" rester à la maison, abandonnant l'espace public à ces enragés. La boucle est bouclée. Ils ont définitivement gagné. Avec la complicité active des maires femmes qui leur offrent obligeamment en plus des pissotières pour tenter de canaliser leur incontinence irrépressible dans les rues où nous passons toutes. Alors oui, définitivement, les villes sont à hauteur d'hommes. Occupons-nous de la rendre accueillante et hospitalière aux femmes, et la ville sera à hauteur d'enfants, je n'ai aucun doute là-dessus. La question des enfants est une question féministe. 

Pendant l'écriture de ce billet, qui a pris quelques heures à divers moments dans la journée et des soirées (corrections et relecture comprises), des gars ont tapé dans des ballons dans une allée privée d'immeuble, le soir, et des gars du bâtiment ont actionné une grue avec signal d'alarme, une toupie motorisée a déversé son béton dans le chantier d'à côté durant les heures ouvrables. "Il faut bien que ça se fasse" soupirent les femmes sans conscience politique de mon voisinage. Sachez Mesdames, qu'il est possible d'assourdir les outils, les moteurs et les machines : j'ai suffisamment travaillé dans et pour des services de R&D (Recherche et Développement) pour le savoir, il suffit de volonté et d'y mettre des moyens. Ils préfèrent faire du potin, et voler la paix des autres, des femmes notamment. Il est temps d'interdire aussi les jeux de ballons de foot dans les espaces autres que ceux dédiés, les terrains d'entraînement au foot ne manquent pas, il suffit de faire un peu de marche, qui est aussi du sport. Et les mères de famille qui trouvent commode de se débarrasser de leurs garçons dans l'espace public pour avoir la paix, pendant que leurs filles s'affairent en cuisine ou font leurs devoirs au calme, il serait temps de montrer un peu de responsabilité et de solidarité avec les autres femmes.

Dernier point : quand une plateforme tente de me soutirer un don pour les enfants qui meurent de faim, je réponds que ma situation économique personnelle ne permet pas se soulager la misère du monde et que si les femmes, dont pas moins d'un milliard consacre 90 % de son temps à trouver à manger pour elles et leurs enfants, n'étaient pas maintenues volontairement dans la pauvreté, la dépendance économique, la contrainte à l'hétérosexualité et à la reproduction forcée, il y aurait moins d'enfants en situation de détresse, alimentaire et scolaire. Connecting the dots. Les femmes s'occupent des enfants, si on développe l'autonomie, l'agentivité, l'empouvoirement des femmes sur leur propre vie, 99% de la détresse des enfants est jugulée. Il s'agit indiscutablement d'une question féministe. Il suffit de la volonté politique de faire. Mais le veulent-illes ? 

Les citations en gras et rouge sont de Colette Guillaumin : Sexe, race et pratique du pouvoir.

Liens : Une ville faite pour les garçons - Article par Yves Raibaud, géographe chercheur au CNRS 

Les filles, grandes oubliées des loisirs publics par le même Yves Raibaud. Comme ma référence est un homme, ça cautionne mon propos, en effet les femmes sont plombées par la malédiction de Cassandre, quand elles témoignent et disent la vérité personne ne les croit. Un homme, lui, bien sûr, c'est différent. 

mardi 14 juillet 2020

Nellie Bly - Première journaliste d'investigation





J'ai lu cette semaine cette excellente BD de 140 pages sur la vie professionnelle de Nellie Bly, nom de plume de Elizabeth Jane Cochrane (1864-1922), premier grand reporter et journaliste d'investigation, elle invente même le principe du journaliste embarqué (embedded), immergé dans son sujet. Elle est également la première femme correspondante de guerre envoyée pendant la Grande Guerre sur le front serbe. Une pionnière. 

Fille d'une mère mal mariée trois fois de suite, elle est le fruit du deuxième mariage de sa mère et d'un père qui battait tout le monde, mère et enfants, elle décide donc de travailler pour gagner sa vie et ne pas dépendre d'un mari, ni affectivement ni économiquement. 

A son époque les femmes journalistes sont cantonnées aux sujets ménagers, mode et potins mondains. 
En 1885, elle lit dans le Pittsburg Dispatch un "article répugnant" sur le travail des femmes : 

auquel elle répond par un courrier plein d'aigreur et de colère. Le rédacteur en chef, intrigué par son culot et ses arguments, la convoque et lui propose d'écrire un article sur la condition des femmes, qu'il promet de publier dans son journal. Elle accepte et sa carrière est lancée. Elle enchaîne sur une série de reportages sur le Mexique du tyran Porfirio Diaz en imposant à l'époque de voyager seule en train et en bateau, ce qui ne se faisait pas. Elle concèdera finalement de voyager accompagnée de sa mère. Puis elle se fait passer pour une ouvrière pour étudier de l'intérieur la condition ouvrière, une tradition journalistique qui a toujours cours : voir les embauches de Geoffrey Le Guilcher à l'abattoir Kermené de Collinée, ou de Florence Aubenas engagée comme femme de ménage à Ouistreham, qui donneront des témoignages sur la condition ouvrière. Ces journalistes ne font que s'inspirer de leur précurseure Nellie Bly. Ses reportages ont un grand retentissement dans l'opinion publique, ils déclenchent des scandales qui aboutissent à des réformes ; Nellie Bly, par son travail de journaliste, améliore la conditions des femmes. A tel point que, remarquée par Joseph Pullitzer, elle ira travailler pour son prestigieux journal Le New York World. Elle y vivra son "shock corridor" en se faisant passer pour malade mentale, infiltrant un centre d'aliénées où les femmes sont affreusement maltraitées, souvent internées pour des raisons futiles par des maris qui par exemple ne peuvent obtenir le divorce et trouvent ainsi un moyen de se débarrasser de leur femme ! 

How quick can a woman go around the world ? 

Nellie Bly est également renommée pour avoir relevé le défi de battre le record de Phileas Fogg : Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne. D'abord choqués par son audace (une femme voyageant seule autour de la planète, en bateau, oh my god, mais vous n'y pensez pas, son rédacteur en chef renâcle devant l'audace !) après une année d'obstination, elle finit par embarquer seule à Hoboken pour son tour du monde qu'elle achèvera en 72 jours. Reçue en héroïne à Amiens pas Jules Verne, puis par les japonais qui viennent la soutenir à Yokohama, elle n'en croit pas ses yeux : être connue au Japon ! Le manteau de voyage pratique et confortable qu'elle se fait faire pour l'occasion sera adopté par toutes les femmes, elle devient à son corps défendant une prescriptrice de mode. 


Sa vie personnelle est moins retentissante : échaudée par l'expérience de sa mère, elle refuse la demande en mariage d'un ami de cœur de son âge, et continue sa carrière. Elle fera toutefois une fin : elle finit par épouser un industriel millionnaire et quitte la carrière de journaliste. Puis Nellie Bly sombrera dans l'oubli, comme souvent les pionnières femmes, effacées de l'HIStoire par les hommes qui, tout en s'inspirant et copiant, se proclament ensuite les inventeurs, spoliant ainsi les pionnières avant de les effacer. Nellie Bly sera tirée de l'ombre par les féministes. Cette BD joliment écrite par Luciana Cimino, mise en scène et dessinée par Sergio Algozzino, qui s'explique en fin d'ouvrage sur ses recherches et son travail d'aquarelle, est un régal pour les yeux. N'hésitez pas à l'offrir aux filles dès qu'elle savent bien lire et comprendre la progression narrative d'une bande dessinée avec ses flash back et flash forward. Elle est empowering et peut créer des vocations. Il n'y a pas de fatalité à être destinée au malheur et à la position immuable de victime quand on a été maltraitée par son père ; au contraire, cela peut être l'occasion d'une prise de conscience et de refuser le sort commun des femmes. Une belle lecture pour les vacances et pour toute l'année. 

Portrait-photo de Nellie Bly.

La bande dessinée Chez Steinkis Editeur 


dimanche 12 avril 2020

Le jour d'après

Fête de la saucisse en une du Parisien, le 5 avril 2020 : le monde d'après promet de ressembler furieusement à celui d'avant !


Une fois encore, pendant que les femmes sont en première ligne, assurant les soins (femmes médecins, infirmières y compris libérales, aides-soignantes, y compris de HAD et d'EHPAD, anesthésistes-réanimatrices, Infirmières générales coordinatrices des hôpitaux et des cliniques, pharmaciennes hospitalières et d'officine, biologistes des laboratoires, bio-nettoyeuses (agentes des services hospitaliers, en charge du nettoyage), et en deuxième ligne, les caissières de supermarchés, les professeures devant assurer la scolarité des enfants des premières lignes soignantes, psychologues soutenant le moral de toutes ces troupes..., les mecs eux, comme à leur habitude, pérorent et préparent le monde d'après ! Notez qu'ils ont le temps : sur les plateaux de télé, les toutologues -experts en tout, ce qui est contradictoire dans les termes, mais au masculin tout est possible, et les médecins de plateau sont en majorité des hommes. On peut donc craindre que le jour d'après ressemblera furieusement au jour d'avant. Voici pourquoi je ne suis pas optimiste.

On entend déjà de plus en plus de "spécialistes" mettre en doute l'origine animale de la contamination  planétaire par le COVID19, et on en entendra d'autres, la "scène de crime", à savoir le wet market de Wuhan d'où est partie l'épidémie, ayant été détruite par les chinois. On n'a plus aucun espoir de travailler dessus. Evidemment que pendant la crise il faut traiter l'urgence, les patients, et tenter d'endiguer l'épidémie, mais durant ce temps, on perd de vue les principales raisons à l'origine de ce désastre. A savoir, la destruction de la biodiversité et des espèces sauvages, l'envahissement des espaces des autres espèces par l'humanité toujours plus nombreuse avec de plus en plus de besoins, la déforestation qui s'ensuit, l'élevage et son appauvrissement génétique et donc immunitaire des animaux qui ne tiennent contre les épizooties et zoonoses qu'entassés en bâtiment, pendant que nos terres cultivables sont dédiées à leur fournir leurs protéines végétales que nous pourrions manger nous-mêmes, le tout en absorbant des quantités astronomiques d'eau, ressource en cours de raréfaction au fur et à mesure de la désertification provoquée par nos besoins en terres cultivables et donc en déforestation. Un cercle vicieux. Parlons aussi de la pandémie d'obésité mondiale, non traitée comme une urgence, dont les mal portants diabétiques et faisant de l'hypertension artérielle sont les premières victimes du COVID19 si l'on en croit les statistiques. Ca va mal finir, les végétariens et les défenseurs des animaux le disent depuis des années, en pure perte. Cette catastrophe du coronavirus était prévue. Le coronavirus du SRAS de 2003 était un avertissement, celui de la grippe porcine H1N1, plus bénigne, de 2009 aussi.

La puissance de la viande et l'impuissance des militantes de la cause animale et des défenseurs de l'environnement.
La viande est puissante, le lobby (masculin) des éleveurs est puissant, ils tiennent les politiques sous leur influence. C'est la définition même du lobby : plus il est petit, plus il est influent et toxique. Les militantes de la cause animale, les végétariennes sont des nobodys à côté, ce d'autant plus qu'elles sont des femmes en majorité, et que ceux que nous défendons, les animaux, sont des nobodys aussi. Leur état non amendable de quasi non-êtres définitivement établi par la philosophie, rejaillit sur leurs défenseurs. Nos voix ne portent pas. Les militants hommes qui sont avec nous, dans le même combat, sont féminisés, renvoyés au statut de "femmelettes" à émotivité et sensiblerie à fleur de peau, provoquant chez certains d'entre eux des réactions ultra-viriles telles ces images de sportifs véganes aux corps sculptés, et aux pectoraux en "tablettes de chocolat". Comme s'il fallait en permanence donner le change, faire montre d'hyper puissance et d'antagonisme face aux éléments terrestres déchaînés contre nous.

Car la crise du COVID19 est bel et bien une crise écologique, un sinistre craquement, un avertissement de plus de notre écosystème. Saurons-nous l'entendre ? Depuis deux mois, nous avons su collectivement arrêter l'économie marchande mondiale pour nous donner le temps de soigner nos malades, contenir l'épidémie et préserver la capacité de notre système de santé ; la moitié de l'humanité, soit plus de 3 milliards d'humains sont à l'arrêt, confinés chez eux : saurons-nous prendre ce temps pour réfléchir au jour d'après ? Reconnaître que les super-héros qui "sauvent le monde" sont en fait des héroïnes qui font ce qu'elles peuvent avec les pauvres moyens qui leur ont été laissés par les ultras du libéralisme, du "marché", censé tout réguler pour le bien de tous dans son immense sagesse ? Qui nous dit que les intégristes libéraux, ces évangélistes de malheur, "there is no alternative", ne sont pas en train de polir de nouveau arguments pour mieux revenir après le désastre ?

Vraisemblablement, quelques usines seront rapatriées d'Asie pour être relocalisées, au moins celles de production de molécules médicamenteuses, et de fournitures de santé pour éviter les pénuries en cas de crises appelées à se répéter : il reste juste à espérer qu'elles seront restaurées sur des friches industrielles pour éviter la vitrification de nouvelles terres cultivables, mais ce n'est même pas sûr. Il faudra être vigilantes. Les grands rassemblements humains où on s'échange des bactéries, prétextes à salir l'environnement, seront sans doute revus aussi à la baisse : pour moi cela ne changera rien, je n'y mettais jamais les pieds, je n'ai jamais compris ce goût pour les multitudes de notre espèce coloniale envahissante. La distance sociale deviendra aussi la norme, je ne m'en plaindrai pas non plus. La société de la surveillance, n'en doutons pas, tirera elle aussi quelques avantages de la situation, elle ne se privera pas de pousser ses pions, en tous cas. Les régimes autoritaires de mâles pères fouettards, rognant sur nos libertés individuelles et collectives engrangeront eux aussi, comme après tous les désordres provoqués par eux (et nous, c'est nous qui sommes le problème sur cette planète) de bons scores électoraux. La surchauffe économique nous est promise pour résorber le chômage de masse de l'après-crise, puisque nous ne savons décidément pas faire autrement que croître et nous multiplier en ravageant notre maison commune ! La consommation de viande reprendra de plus belle, alors que les végétariens se portent bien et que rien ne démontre qu'ils ont des carences, qu'ils ne consomment que peu d'espace terrestre et d'eau pour se nourrir, qu'ils n'émettent pas, par l'élevage très émetteur lui, de gaz à effet de serre, qu'ils ne provoquent pas de tueries d'animaux d'élevage ni sauvages, peu ou pas du tout de catastrophes sanitaires. Le carnisme est irrationnel, il est une superstition irresponsable, personne ne peut plus l'ignorer.

Aussi la couverture du Parisien est tout à fait prédictive de leurs agendas de toujours : ces 4 hommes issus du sérail, qui y ont fait carrière et prospéré, ne lutteront pas contre la doxa, ni n'émettront pas une idée en rupture avec elle, ils n'y ont pas intérêt ; un Thierry Breton, ingénieur Supélec, chef d'entreprises Thomson, France Télécom (j'ai bien connu et travaillé avec quelques Supélec, gris, plutôt phobiques sociaux, incapables d'expliquer leur prises de décisions à leur personnel, consensuels mous, pas de quoi se relever la nuit, franchement) peut-il avoir des idées "disruptives" d'avec la doxa d'avant, croissantiste et illimitiste ? Idem pour Axel Kahn, expert en bioéthique, classé à gauche, dont j'ai un souvenir cuisant à la radio de sa haine d'une femme et de ses décisions reproductives. Les hommes débordés sur leur droite par des femmes fanatiques de la natalité, utilisant les pires techniques d'élevage pour arriver à leurs fins, ont toujours des réactions de haine : pas touche à leurs prérogatives et antériorité prescriptive en matière de reproduction, c'est leur pré carré depuis le néolithique : ils me fatiguent. Les femmes font ce qu'elles veulent de leurs ovaires, qu'ils se le tiennent pour dit. La seule attitude qu'on tolérera désormais des hommes est celle de l'humilité. Ils nous ont assez jugées, asservies et colonisées comme ça, avec les résultats qu'on sait. Quand aux "experts" environnementaux qui nous expliquent qu'il va "falloir croître autrement", "mieux répartir la pénurie des ressources et mieux les gérer", la limitation des besoins humains, la frugalité ne sont jamais à leur programme parce que ce n'est pas vendeur politiquement. Nos voisins de planète, les autres animaux, ne sont toujours pas non plus inclus ou à peine évoqués, dans leurs programmes politiques, alors que nos destins sont liés. L'espèce humaine est et reste pour eux, l'alpha et l'oméga de toute Création. A la fin, c'est de l'obscurantisme et de la superstition.

On doit aussi souhaiter et agir pour que LES FEMMES COMPTENT, ENFIN, vu qu'elles auront largement prouvé durant cette crise, que sans leurs soins et leur travail (emplois marchands ou non), on ne s'en sortirait pas ou plus mal, car elles sont sur le front, aux avant-postes, de ce que les mecs appellent une guerre, oublieux qu'ils sont que les guerres, c'est toujours eux qui les déclarent : à la nature, aux autres espèces ensuite, aux femmes enfin... Mais là non plus, je ne suis pas optimiste, nous avons un tel atavisme culturel à valoriser ce qui est parasitaire et toxique, et à nier, trivialiser tout ce qui nous est tellement utile. Je laisse le dernier mot à Françoise d'Eaubonne :

" Comment donc le problème du profit maximal qui sacrifie l'intérêt collectif à l'intérêt privé, ou de la course au pouvoir qui se substitue à cet intérêt collectif en cas de révolution, comment donc ce problème pourrait-il être résolu tant que les structures mentales resteront ce qu'elles sont, à savoir informées par 50 siècles de domination masculine planétaire, surexploitatrice et destructrice des ressources ? " 
Françoise d'Eaubonne - Le féminisme ou la mort - 1973 

Et à Jane Goodall, primatologue, défenseure des animaux, et végane :

mardi 16 octobre 2018

Qui est le plus carboné ? Les écologistes sont-ils sexistes ?

Le dernier rapport du Giec publié le 8 octobre 2018 lance un nouveau cri d'alarme : "Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves, à eux de voir ". Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, qu'on l'appelle anthropocène, ou capitalocène, peu importe, nos activités modifient durablement et peut-être irréversiblement le climat terrestre. Une journaliste, un poil stressante, a même envoyé un tweet "Voilà, c'est fini !" accompagné du lien vers le rapport en question. Le vieux monde politique ne s'en est ému que 24 H, puis business as usual, Valérie Pécresse a lancé ses bulldozers à l'assault de la Corniche des Forts à Romainville, le microcosme journalistique politique ne bruissait que de remaniement ministériel, bref, la malédiction climatique, on verra dans 10 ans, ces indendiaires ont le nez sur le guidon.

Des sites spécialisés se sont toutefois emparés du sujet sous un angle féminin, à défaut d'être féministe : Zéro déchet, quand la transition écologique freine l'émancipation des femmes publié par Novéthic, certainement dans un bon esprit, mais qui au final, fait porter aux seules femmes, et sur leurs seules activités, le poids de la transition écologique : il ne parle que de déchets ménagers, de couches-culottes, et des femmes de chambre des hôtels pénalisées par les procédures "vertes" ! Super ! Sans compter que déjà, on ne voit plus dans la rue arriver les agresseurs pour cause d'extinction des lampadaires pour faire des économies d'énergie, ce sont encore et toujours les femmes qui doivent endosser toutes les responsabilités ? Non, parce que si on fait le total, ce n'est pas sûr que ce soient les femmes les plus carbonées dans l'affaire, alors qu'elles sont, hélas pour elles, en charge du quotidien UTILE.

En guise de contribution au sursaut préconisé par le GIEC, je vais vous en trouver moi, des activités masculines INUTILES à ERADIQUER pour faire des économies de rejets de carbone :

AU PLAN INDIVIDUEL : 
Terminé les tours à scooter, sur deux roues, mais aussi sur la roue arrière en mettant au maximum les gaz, pendant que maman et les filles se rendent utiles à la cuisine ;
Terminé les gros engins tels squads (signe de petite bite, sans conteste), grosses cylindrées, que les hommes s'achètent alors que les femmes, qui font plus de déplacements, prennent le bus ou se contentent de la vieille petite voiture familiale d'avant la grosse cylindrée de papa ; d'ailleurs, fini les grosses cylindrées, si on était une espèce responsable. Mais non, chez moi on élargit les routes pour que deux grosses caisses (elles sont de plus en plus hautes et larges, vous avez remarqué ?) puissent se croiser.

Finis les visionnages de vidéos pornographiques sur Internet, dont la consommation dévore de l'énergie et fait chauffer les serveurs et routeurs, dont ils sont les quasi exclusifs consom--mateurs, pendant que Madame a le dos tourné ;
Stop aux gros engins m'as-tu-vu inefficaces, dont ils se servent en exclusivité là aussi : pollution sonore et olfactive, consommant des carburants non renouvelables. Souffleurs, taille-haies, machines municipales à balais brosses qui ramassent quatre feuilles mais laissent leurs canettes de bière dans les massifs et sur les pelouses ; terminé les tondeuses qui déchiquètent les ordures ou les enfouissent. Qu'on leur donne des balais, et le silence, des températures raisonnables, l'air pur reviendront.
Un conseil aux transporteurs routiers et aux autocaristes : embauchez des femmes, vous ferez des économies de garagiste, de carburant et d'émissions de carbone, notre conduite est plus souple et on a beaucoup moins d'accidents ! J'ai bien dû oublier quelques items, je vous laisse les rajouter, dans les commentaires, si vous avez des idées.

AU PLAN COLLECTIF :
Finis les raouts planétaires et interplanétaires où ils sont les seuls à participer, consommer (éventuellement de la chair fraîche, l'afflux de proxénètes et de prostituées suit de près leurs réunions d'entresoi, c'est prouvé !) et faire les intéressants en y allant en avion ou en construisant au besoin des infrastructures pour célébrer la fête.

Fini, les salons professionnels comme
Le Space à Rennes, Salon International de l'Elevage industriel et des "productions animales" : 85 % de mecs visiteurs d'après mes observations, les femmes, même ingénieures agro ou vétérinaires servent les cafés et les petits fours ; c'est vrai que c'est le salon de toutes les vaches à traire -j'y suis allée une dizaine de fois au titre d'activiste de la cause animale, vous pouvez me croire, c'est caricatural ; ce salon à plus de 100 000 visiteurs en 4 jours se solde par des émissions de GES émises par d'énormes embouteillages sur les rocades de la ville, tout le monde est pénalisé à cause d'une petite corporation concernée, et encore, tous les agriculteurs ne sont pas conviés et surtout n'y viennent pas, même si l'audience est internationale !

Fini les sommets type World Economic Forum à Davos, ces clubs de riches dirigeants, où le ticket d'entrée est d'au moins 45 000 dollars, pour aller reconstituer son carnet d'adresses rempli de mâles blancs, milliardaires et politiques influents, de plus de 60 ans !

Fini les Coupes du monde de foot, Euro de foot et Jeux Olympiques vérolés pas la corruption, la bétonnisation d'espaces pour construire des stades, des piscines, des terrains de foot qui pourriront sur pied dès la fête finie, fête qui dure un mois : tels Sotchi, Buenos Aires et sa coupe du monde 2014 qui a, au final, eu la peau de Dilma Roussef, une fois les lampions de la fête éteints et la déconvenue installée, les pauvres relégués dans des bidonvilles lointains, les installations en voie de pourrissement ; on constate le même phénomène sur les différentes installations des villes russes pour accueillir la Coupe du Monde de la FIFA 2018, qui ont de très faibles taux de remplissage et sont devenues non rentables quatre mois après.

Il faut aussi arrêter la surenchère lors des mises en concurrence des villes par ces instances organisatrices telles la FIFA ou encore le CIO -à budgets digne des PIB de petits pays, dont on ne peut prouver qu'elles ne sont pas gangrenées par la corruption, pour accueillir ces événements : les femmes maires, je pense à Anne Hidalgo à Paris, seraient bien inspirées de renoncer à la candidature, à l'instar de villes comme Berlin ou Los Angeles qui ont le courage politique de renoncer à la compétition et gardent leur budget pour d'autres équipements moins dévoreurs de place, de financement, moins carbonés, à seule destination des mâles.

Finies les réunions où ils vont faire les intéressants en transports avion polluants : j'ai dû prendre trois ou quatre fois des avions d'affaires, j'étais soit la seule femme, soit je voyageais avec une autre (une pharmacienne de Glaxo Smithkline, une fois) on en profitait pour se tenir chaud et se raconter nos histoires professionnelles ; qu'ils travaillent en audio-conférence, pour ce qu'ils ont à dire de toutes façons...
Il est plus que temps, peut-être même trop tard, pour mettre fin à leurs comportements de parasites des ressources et de toutes les prétendues ancillaires et vaches à traire qui passent ! Faire porter aux femmes le poids de la transition énergétique et prétendre qu'elles sont les seules à émettre du carbone parce qu'elles élèvent les enfants, comme le fait l'article cité plus haut, est un mensonge et une diversion. Les plus carbonés de la planète sont les plus riches, les plus riches sont les hommes, surtout dans l'hémisphère Nord. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas limiter les couches-culottes (peut-être en ayant moins d'enfants d'ailleurs ?), je dis juste qu'à un moment il faut arrêter l'omerta sur les comportements masculins carbonés et dévoreurs de ressources.

La position idéologique conservatrice des hommes ce serait plutôt celle-ci :


Traduction - A un sommet sur le climat : "Et si tout ceci n'était qu'un gros canular, et qu'on créait un monde meilleur pour rien ?" Oui, en effet, vu comme ça !

On dirait que la rue s'en mêle !



lundi 26 mars 2018

Un monde d'hommes

" A men's world 
But finished
They themselves have sold it to the machines "*
Adrienne Rich - Poétesse

Des machines pour remplacer les ouvriers 
(OK, des bras articulés mus par cartes électroniques dans les ateliers de peinture et vernis de PSA, c'est mieux que des humains, les peintures et vernis sont hémato-toxiques)
Des chatbots sur Internet pour répondre aux clientes 
(Quand vous avez perdu un colis ou une lettre, la Poste vous permet de lui écrire sur son site web pour expliciter le dommage, l'accusé de réception est automatique et la réponse qui suit est envoyée par un chatbot, robot bavard (chat) qui apprend en interagissant (machine learning) ;
Des drones pour remplacer les facteurs et livrer les colis par géolocalisation

Des bagnoles autonomes
(qui écrasent les piétonnes pour le moment, mais bon, vous savez comment marche l'industrie, essai, erreur, essai, erreur..., jusqu'à la solution. Uber n'est pas une compagnie de taxis, elle est une entreprise de nouvelles technologies qui développe des applications de géolocalisation avec des petits bonshommes, où des petites voitures se meuvent sur votre écran et s'approchent de vous, signalant que vous allez être pris en charge dans 3, 2, 1 minute, c'est rigolo comme tout ; leurs chauffeurs sont des auto-entrepreneurs de l'économie informelle qui s'endettent pour acheter leur taxi, sont payés à coup de yield management -prix fixés en fonction de l'affluence ou non en une période ou un lieu donné-, mais tout le monde s'en fout, le but de l'opération, c'est de supprimer le chauffeur à terme, avec la voiture autonome de Uber, société de nouvelles technologies, rappelez-vous) ;
Des abeilles robots pour polliniser les cultures
les vraies abeilles étant subclaquantes à cause des saloperies de pesticides qu'ils ont déversés sur les campagnes depuis 50 ans, tant et si bien qu'il n'y a plus d'insectes, ni d'oiseaux non plus d'ailleurs, car ils se nourrissaient d'insectes ;
Des chiens, en tous cas des animaux à 4 pattes articulées qui ouvrent des portes,

Des poupées Xdolls pour leur triste sexualité
Toujours disponibles et pas compliquées, leur rêve !

REVUE DE WEB :

Les salles de marchés des banques sont truffées de robots qui achètent et vendent :
Triste photo de traders de Wall Street réagissant lorsque le marché des actions plonge.

 Nous allons tous mourir  pic.twitter.com/fAUyR2S9hX
Franchement, je ne sais pas ce que je fais si je rencontre CA en face de moi !



 En fait, c'est une robot-e :
Ils (elles) présenteront le journal télévisé ; sachez qu'ils écrivent déjà les articles et brèves que vous lisez sur Internet :


Enfin, les X dolls, poupées sexuelles en silicone à 80 € de l'heure environ : pour les phobiques sociaux mutiques.Triste sexualité quand même.

Actualisation 7 avril 2018

Zoé Lucider me signale le robot-soldat : il n'est pas encore au point, les robots militaires sont encore contrôlés à distance par des soldats humains, mais le robot autonome va suivre !

Robot de reconnaissance Cobra.

Les robots viendront-ils nous concurrencer dans la discipline humaine par excellence, en tous cas, c'est ce que nous prétendons, les animaux en sont pour l'instant exclus malgré quelques expériences avec des chimpanzés et des éléphants, l'art ? Il semble que oui. A preuve cette exposition qui se tient au Grand Palais à Paris du 5 avril au 9 juillet 2018


Obsolescence humaine :

Vous cherchez du travail ? Ressources humaines 2.0
Bientôt recruté-es par des robots ?
Comment séduire les robots recruteurs (pardon, ATS pour Applicant Tracking System) ?
Obsolescence humaine :
Chaque robot introduit sur le marché du travail détruit 6 emplois

Et en attendant une prochaine chronique sur Technically wrong : sexist apps, biased algorithms and other threats of toxic tech, l'excellent livre paru en anglais non traduit en français de Sara Wachter-Boettcher, consultante web californienne sur les biais et algorithmes sexistes d'un milieu dominé de façon écrasante par les hommes (mon billet sera en français évidemment), voici un avant-goût de ce qui nous attend toutes si nous ne prenons pas en main nous-mêmes ces technologies :
De l'automatisation des inégalités 

Bienvenue dans le futur ! 

*Un monde d'hommes. Mais fini. Ils l'ont eux-mêmes vendus aux machines.

PS Quand les femmes font du traitement du signal et de la robotique (j'en ai rencontré une à Rennes en décembre, sur un stand de protection animale où elle faisait du bénévolat) elles travaillent à développer des fauteuils intelligents pour handicapés. C'est en tous cas ce que cette ingénieure faisait. Autrement altruiste.

vendredi 3 novembre 2017

#MeToo Nénette la Planète

#MeToo
#BalanceTonHarceleur
Que va-t-on faire aux #HarveyWeinstein qui harcèlent Nénette la Planète ? (Bridget Kyoto)

La planète terre ou l'écologie c'est pareil. Dans cette vidéo, Bridget Kyoto expose une vision écoféministe de la Planète Terre, pillée jusqu'au trognon par les extractivistes (de métaux, de combustibles fossiles), de la nature, de la biodiversité animale et végétale surexploitées comme une femme sans entrer dans les économies nationales (PIB) et mondiales, donc sans contrepartie, harcelée par le patriarcat, cette religion immémoriale sanctifiant le parasitisme. Voilà, je la trouve pertinente dans la campagne actuelle contre le harcèlement. Alors balançons !



Il ne s'agit nullement dans cette extrait, ou ailleurs dans l'écoféminisme, de renvoyer les femmes à la nature -les femmes sont des êtres construits socialement comme les hommes, quoique différemment, justement pour se consacrer à leur service exclusif-, il est ici question d'une analogie, qui est "une similitude de deux choses, par ailleurs de différentes natures ou classes", selon Wikipedia.

vendredi 29 janvier 2016

Les maîtres du monde


A Davos au World Economic Forum 2016 : cherchez bien les femmes. Club des riches de la planète, swiss non profit foundation, ce qui a fait dire à Nicolas Barré un matin sur Europe 1 que c'est une ONG type Croix Rouge (si, il a osé), sauf que pour être membre il faut être le(s) dirigeant(s) d'une compagnie mondialisée de plus de 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Un club restreint donc, qui veille à ses intérêts, très opportunément confondus avec l'intérêt général. Leur principal meeting se tient une fois par an à Davos, meeting qui leur permet d'inviter des politiques, (Macron et Valls y étaient cette année, une première pour des ministres socialistes qui avaient jusqu'ici toujours refusé de s'afficher avec les hyper riches !) et des journalistes internationaux influents et triés sur le volet. Vous avez compris : il s'agit avant tout de remplir son carnet d'adresses entre copains d'un club très masculin, limite mafieux, puisqu'un club est ontologiquement d'essence masculine, et que l'on s'y coopte entre mêmes. Vous me direz qu'il y avait aussi Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, évidemment inoffensive au pouvoir masculin, car première femme à diriger cette instance, puisqu'elle a été soigneusement sélectionnée selon les critères virils nécessaires pour occuper le poste ! La seconde aura plus de facilités, la terreur que leur provoque les femmes au pouvoir, femelles réputées incontrôlables, sera atténuée car Lagarde aura essuyé les plâtres... et endormi leurs préventions.
Ces 1% se sont tout de même fendus d'une déclaration sur la nécessité d'inclure les femmes (en majorité les pauvres de la planète, faut-il le rappeler ?) dans la prise de décision : "Il est temps de briser les chaînes de la dépendance pour les femmes et les filles" -en anglais sur ce lien-, ça ne mange pas de pain et ça leur donne un air furieusement progressiste. Puis, back to business as usual, status quo ante : on reste entre gars, la méthode est éprouvée. Rendez-vous l'année prochaine avec les mêmes.

Dans le même temps l'ONG OXFAM a publié une étude sur le gap qui se creuse entre les riches et les pauvres sur une planète aux ressources à bout de souffle. Selon les calculs d'Oxfam, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale : c'est dû à l'appauvrissement des producteurs de richesses (ouvrier.es, agricult.rices..., gagnant de moins en moins bien leur vie) et aux comptes offshore des grands contributeurs à l'impôt, l'évasion fiscale privant les états des moyens de la redistribution. Selon cette infographie du journal l'Humanité, 80 milliardaires les plus riches possèdent davantage que 3,5 milliards les plus pauvres de la planète, soit la moitié de l'humanité. La moitié des humains pauvres = 80 plus riches milliardaires. 1 % contre les 99 %.

Les 28 et 29 janvier 2016, la France déroule le tapis rouge à l'Elysée et aux Invalides au Président iranien Rohani, notre nouvel ami, en visite en France pour signer des contrats commerciaux (en s'asseyant au passage sur les droits humains et les droits des femmes) : Vinci, Peugeot, Airbus, SNCF, l'agro-industrie, ils sont tous là ! Comme Rohani professe que les femmes doivent rester à la cuisine, on lui a composé un tour de table à hauteur de ses désirs :
Les hommes fabriquent et vendent des armes, ils font de la mauvaise politique et la guerre, ils sont aussi les plus gros carbonés donc ils ruinent le climat, et on leur laisse les clés du pouvoir ! Je laisse le dernier mot à Paola Tabet, anthropologue (in La construction sociale de l'inégalité des sexes) : de tous temps ont été assignées aux femmes les corvées non mécanisables, la prohibition des outils et des armes, elles travaillent de façon harassante à la main, à la binette, à la houe, avec des rendements très faibles ; aux hommes les outils, charrues, machines, les ARMES, et donc de hauts rendements ; avec le temps dégagé, ils ont des loisirs qu'ils utilisent à se réunir, à palabrer, à chasser, à faire de la politique et la GUERRE ! Avec des irresponsables pareils au pouvoir, je ne donne pas cher de l'avenir de l'aventure humaine sur la planète : le féminisme ou la mort !
Car "le problème central devant les possibilités technologiques est : Qui décide ? Qui décide de quoi et contre qui décide-t-on ? " Colette Guillaumin.

vendredi 28 août 2015

Voix de femmes

On m'a offert ce beau livre paru en 2012 aux Éditions Turquoise : il s'agit d'une anthologie de poèmes de femmes illustrée par des photographes femmes. On a tellement l'habitude de voir des anthologies où ne figurent guère que des hommes, puisque la totalité de l'art, c'est encore et toujours eux, que l'initiative est à saluer. Lecture pour soi, ou idée de cadeau pour les autres, la sélection (et la traduction) de poèmes et de photographies de femmes des cinq continents est une splendeur.

Je vous en ai sélectionné trois, selon ma sensibilité et mon arbitraire. De Taslima Nasreen, poétesse bangladeshie, ce poème écrit en 1962, traduit du bengali :

Un mariage de bon augure 
Ma vie,
Un homme hideux s'en est emparé
Comme on s'empare d'une île dans l'estuaire.

Mon corps, il l'a voulu tout à lui.
Si l'envie le prend, il peut me pincer les fesses,
Me cracher au visage, me mettre une gifle,
Si l'envie le prend, il peut déchirer mes vêtements,
Pétrir ma beauté nue.
Si l'envie le prend, il peut m'arracher les yeux.
Si l'envie le prend, il peut m'enchaîner.
Si l'envie le prend, il peut user du fouet.
Si l'envie le prend, il peut me couper les doigts, les mains,
Si l'envie le prend, il peut jeter du sel sur mes plaies
Et de la poudre de piment rouge sous mes paupières.
Si l'envie le prend, il peut me fendre les cuisses à la machette.
Et si l'envie le prend,
Pourquoi ne me pendrait-il pas à la plus haute poutre ?

Il voulait que mon cœur lui soit absolument soumis.
Que je l'aime
Et que la nuit dans la chambre désertée, seule,
Inquiète, sans sommeil,
Je pleure contre la poignée de la fenêtre.
Que je cuise le pain avec mes larmes.
Que j'avale comme nectar tous les jus de mon corps.
Que le désir me fasse fondre comme bougie.
Que je ne lève jamais les yeux sur un autre homme.
Que toute ma vie je lui donne des gages de fidélité.
Et que, pleine d'amour pour lui,
Par une nuit de clair de lune,
Une folle passion me pousse au suicide.
Taslima Nasreen


Un poème de Sappho - Grèce antique, 7è, 6è siècle avant notre ère, traduit du grec ancien par Marguerite Yourcenar. Les poèmes de Sappho ont été détruits et on n'en possède plus que des fragments. Habituel effacement des femmes et de leurs œuvres de l'HIStoire.

Et je ne te reverrai jamais
"... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys,
Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait "Je pars. Partir est chose dure".
Je lui dis : "Sois heureuse, et va, car rien ne dure,
Mais souviens-toi toujours combien je t'ai aimée,
Nous tenant par la main dans la nuit parfumée,
Nous allions à ta source et rôdions dans les landes.
J'ai tressé pour ton cou d'entêtantes guirlandes ;
La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Près de moi, reposant tendrement
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les mille objets que l'art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d'Ionie...
Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !
L'éperdu rossignol charmait les bois épais,
Et la vie était douce et notre cœur en paix..."
Sappho

Les photographies montrent des femmes dans toutes les occasions de leur vie : qu'elles soient aux champs, dans leurs maisons entourées d'enfants, au travail en usine, ou combattantes armées, en Israël par exemple. Celle ci-dessous me paraît bien illustrer la "polyvalence" des femmes, leur qualité de bêtes de somme rendant les "services" basiques et gratuits du maintien du confort de leurs familles, les seuls qui comptent finalement ; la femme et la bête surchargées sont métaphoriques des situations de surexploitation qu'elles subissent. (Un simple clic dessus pour agrandir les images).



Il n'y a pas que des poèmes engagés de femmes dénonçant l'oppression, on trouve aussi Thérèse d'Avila, la mystique chrétienne espagnole, et Hildegarde de Bingen, religieuse, femme de lettre allemande du 12ème siècle, abesse agréée par l'Eglise vu la multiplicité de ses talents. Elles sont 343, des antiques et des contemporaines, des connues et des moins connues, de tous les continents.



"Epuisée la Terre
Epuisés les humains les plantes l'eau les créatures
Epuisées les maisons de tant de destruction
Epuisées les rues du bruit des balles
Epuisés les hommes des hommes
Epuisés les gens de se terrer dans les caves
Épuisés de la solitude du sang
de l'intensité des clameurs
Il est temps que la paix féminine se lève dans les coeurs
Il est temps qu'ils mettent en ordre leur chaos
Il est temps qu'ils préservent la terre de leur spoliation accablante !
Ils sont épuisés et nous aussi
et vous demeurez inconscientes dans vos chuchotis
derrière les bracelets et les voiles épais
Vous êtes pourtant l'univers, la Terre, l'hier
le rêve et l'espoir !
[...]
Levez-vous... Levez-vous
les flots de l'obscurité ont atteint
les cîmes !

Bénie soit la Terre
lorsque les femmes se lèveront !"
Hamda Khamis - Poétesse barheïnie, traduite de l'arabe par Rania Samara.

Critiques de l'ouvrage chez L'autre Livre, Paris-Match.

vendredi 15 mai 2015

Margot Wallström applique le féminisme


Photo : Kristian Pohl - Gouvernement de Suède

Margot Wallström est l'actuelle ministre des affaires étrangères du gouvernement social démocrate de Suède. Après avoir été Commissaire européenne deux fois, notamment à l'environnement de 1999 à 2004 (Commission Prodi), et vice-présidente de la Commission Barroso, puis de 2010 à 2014, la première représentante spéciale auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, reportant sur la violence sexuelle dans les conflits. Lors de la formation en 2014 de la coalition gouvernementale au pouvoir en Suède, Margot Wallström promettait une "politique étrangère féministe". Elle a tenu parole : critiquant les manquements aux droits des femmes en Arabie Saoudite, théocratie monarchiste, (où rappelons-le, elles ne peuvent sortir que sous la surveillance d'un gardien mâle, n'ont pas le droit de conduire, entre autres droits humains bafoués...), Margot Wallström vient de révoquer un contrat d'exportation d'armes à destination de l'Arabie Saoudite, pour ces motifs. Du coup les saoudiens ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Suède, les businessmen suédois ne décolèrent pas, leurs visas ont été révoqués, et pour faire bonne mesure, les saoudiens ont annulé le discours de Wallström devant la Ligue Arabe, et même un échange de quatre singes amazoniens du Zoo de Suède avec le leur. Bref, ils ne sont pas contents du tout. Les "hommes d'affaires" suédois non plus. Quoi, annuler de juteux contrats d'armement pour des histoires de bonnes femmes ?

Ce n'est pas François Hollande qui ferait pareil : au nom de la "realpolitik" et de l'emploi, il signe des contrats avec l'Inde, le Qatar et l'Egypte qui "se goinfrent des avions de papy Dassault, et préparent leurs petites guerres dans leur coin", comme écrit Charlie Hebdo dans son N° 1190. Et qui bafouent eux aussi allègrement les droits humains, et bien sûr, les droits des femmes. Après nous le déluge, le business avant tout, l'argent n'a pas d'odeur, les hommes n'ont aucune vista, ou ils estiment ne pas avoir les moyens d'en avoir une. Je penche pour la première proposition.

Margot Wallström a été, rappelez-vous, observatrice de la situation des femmes dans les conflits auprès des Nations Unies, et elle a constaté que la situation des femmes et des filles est largement ignorée dans la résolution de ces conflits, que les aides étrangères ne prennent jamais en compte leur besoins parce que les femmes participent rarement aux négociations de paix. Dix ans après la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui parlait de la nécessité d'inclure les femmes dans les processus de paix, 97 % des peacekeepers sont toujours des hommes. Avec des conséquences dramatiques, comme le rappelait l'excellent documentaire de France 3 rediffusé par LCPan "Putains de guerre" : les bordels à soldats du temps de guerre sont remplacés par des bordels pour Casques Bleus, que l'ONU tolère pour des raisons de différentialisme culturel (les casques bleus viennent de tous les pays adhérents aux Nations Unies), ce racisme mou qui ne dit pas son nom. La situation et la sécurité des femmes sont rarement appréhendées comme issues-clés de sécurité globale, or une approche genrée de la résolution des conflits, et plus généralement de la situation des femmes et des filles, sont considérées comme pragmatiques et le fameux "clash des civilisations" n'est pas basé sur des différences politiques et ethniques, mais plutôt sur les croyances et pratiques en matière de genre. Les intérêts et droits humains des femmes doivent primer sur les intérêts de caste étroits des hommes, en d'autres termes, "les femmes doivent arracher le pouvoir aux hommes pour le rendre à l'humanité entière", c'est ainsi que s'exprimait François d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort. L'exemple de Margot Wallström est donc un exemple à suivre par les hommes et femmes politiques de tous les bords et de tous les gouvernements : le féminisme est surplombant, toutes les instances exécutives doivent fonctionner sous son étroite supervision. Dans tous les domaines : économie, environnement, gouvernance, éducation, résolution des conflits et maintien de la paix. Margot Wallström, issue d'une nouvelle classe de politiciennes, de femmes exécutives au pouvoir, affermies dans leurs convictions, ringardise la politique appliquée par les hommes depuis toujours et montre le chemin à suivre. Merci Madame la Ministre.

Mon billet a été inspiré par cet article du New-Yorker : Who's afraid of a feminist foreign policy ?
Le compte Twitter de Margot Wallström : @margotwallstrom 
Mali : pour une approche holistique de la paix, les femmes marchent : Pas de paix sans les femmes !

lundi 15 septembre 2014

Femmes et économie - L'économie pour toutes

Quand, dans un sondage, on demande à des gens de calculer combien de capital ils ont au bout d'un an de placement de 100 € à 2 %, 39 % de femmes donnent la bonne réponse (102 €) contre 64 % des hommes ! Timidité en face de la discipline (ce n'est pas possible autrement) alors que les femmes font tous les jours des arbitrages économiques chez elles pour la vie de tous les jours. Les femmes sont les ministres des finances de leurs foyers.



J'ai vu, en début d'été, un sujet sur les ventes de voitures dans le magazine Reportages sur TF1 : on suivait un excellent vendeur de voitures avec un couple de clients (Monsieur et Madame) qui souhaitait acquérir une nouvelle voiture en vendant l'ancienne à bon prix sur le marché de l'occasion. On a très vite compris, comme le commercial, que Monsieur parlait le premier sur les détails techniques (vroom vroom) de la future voiture, Madame écoutant sans rien dire, mais au moment de parler budget et décision d'achat, c'est Madame qui reprenait la parole et discutait le morceau. Le vendeur n'a d'ailleurs pas fait d'erreur : il a parfaitement compris au bout de quelque minutes de questionnement sur le besoin et désir d'achat de ses clients, sur le budget qu'ils voulaient y mettre, que le ministre des finances du foyer était Madame et qu'aucune vente ne se conclurait sans son arbitrage final.

L'économie, c'est cela : décider d'acheter ou au contraire d'épargner, s'engager pour 25 ans dans le remboursement d'un appartement en devenant propriétaire ou au contraire, être locataire pour rester mobile et épargner la différence en plaçant son argent en produits financiers diversifiés. Toutes les femmes font cela tous les jours. C'est de la micro-économie. Les mêmes recettes s'appliquent à la macro-économie : PIB, endettement, équipement, emprunts sur les marchés financiers, investissements et bas de laine. Normalement, les ministres de finances et les gouverneurs de banques centrales devraient, à compte-là, être des femmes !

Quand j'ai commencé ma lecture de ce livre écrit par deux économistes femmes, Jézabel Couppey-Soubeyran et Marianne Rubinstein, économistes et Maîtres de conférence en université, j'ai eu un peu peur d'une vulgarisation bas de gamme ; j'ai en effet eu des cours d'économie il y a longtemps : assiette de l'impôt, Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, Keynes et le Keynésianisme, Marx économiste classique, Joseph Schumpeter, croissance et rapports de production, etc... et j'adorais ça ! Ma professeure était d'ailleurs une femme. La discipline, "fumeuse quand présentée par les hommes", ne m'a jamais rebutée. C'est juste du bon sens. Ne jamais se laisser intimider par les formules des économistes. Les faire expliquer jusqu'à parfaite compréhension du sujet, et jeter un œil de temps en temps sur la presse économique. Mais non, cet ouvrage est une excellente vulgarisation ou un rappel bienvenu de ce que nous savons de l'économie. Aucun sujet n'est occulté : les explosions des bulles financières et immobilières de 2008, la crise des dettes souveraines en 2010, le pourquoi, les solutions bancales et partielles qui ont été apportées, l'Europe, l'Euro, le rôle de la monnaie et des banques, les inégalités hommes-femmes qui impactent tant l'économie et le bien-être personnel et général, le calcul des PIB qu'il faut dénoncer : "destruction créatrice" (affreux oxymore) des richesses limitées de la planète (voir billet précédent) : la production domestique (le travail des femmes en majorité) non comptabilisée dans cet indicateur de création annuelle de richesse, 60 milliards d'heures de travail domestique représenteraient environ 636 MILLIARDS D'EUROS, soit UN TIERS du PIB de la France ! "Vous repasserez bien un petit coup d'aspirateur" demandent les autrices ! Et quand on n'est pas reconnue comme productrice, on n'est pas non plus associée au partage des fruits de la production. Voilà pourquoi les femmes sont pauvres. Armer des bateaux de guerre à Saint-Nazaire et les livrer (Ou pas ? dilemme de cette semaine) à un Poutine hyper viril qui joue des muscles, fait un gros chiffre d'affaires qui gonfle bien le PIB aux risques de la guerre, mais pas élever des enfants ni les nourrir et les éduquer ? On a vraiment un problème !

Dans l'impasse où nous sommes, "On sait qu'il faut trouver des solutions nouvelles - et, vu l'état du monde, il y a urgence- il n'y a rien de pire que l'entre-soi masculin qui conduit au conformisme de la pensée". La féminisation de l'économie doit profiter à toustes concluent les autrices. Lisez ce livre : il évite le jargon flanelle grise et techniciste des hommes et rend l'économie (c'est-à-dire la vie de tous les jours) compréhensible.

Liens : La finance pour tous parle de L'économie pour toutes.
Et mon économiste préférée : Marilyn Waring et ses travaux dans un ancien billet.

"Nous enseignons l'économie de la même manière qu'auparavant, quand les femmes ne comptaient pas. Or, maintenant les femmes comptent. Alors comment traduire l'économie en girlish ?" - Claudia Goldin Professeure d'économie à Harvard.

mardi 3 juin 2014

Pour un Parti des Femmes

Je laisse généralement la plume à d'autres pour des billets politiques : illes le font mieux et ont du goût pour ça, pas moi. Mais vu les résultats des derniers scrutins -municipales, européennes-, il faut commencer à voir ce "cadavre à la renverse" qu'est le pouvoir masculin, quasi sans partage. Il serait temps d'envisager un Parti Féministe ou un Parti des Femmes (dans le sens qui prend le parti des femmes) qui préparerait les élections longtemps à l'avance et qui serait un vrai parti politique avec une idéologie et des moyens ! C'est tout à fait indispensable de revendiquer la parité, l'égalité des salaires et des chances, le droit à la contraception et à l'avortement. Il nous faut aussi un parti féministe surplombant, top down, big picture qui travaille sur des dossiers moins considérés comme féministes parce qu'on a toujours laissé les hommes s'en occuper, avec les résultats que l'on sait. Outre les droits précédents, la lutte contre les mafias et la prostitution, les femmes ont leur mot à dire en économie : elles sont les premières et les plus pénalisées quand les récessions (généralement provoquées par les hommes au pouvoir partout) frappent. Et les remèdes proposés sont en général pires que le mal.

En écologie/agriculture : plus de 40 % du budget de l'Europe c'est la PAC, Politique Agricole Commune. En France, c'est un petit lobby d'un million de personnes (en majorité des hommes - je visite des élevages et je rencontre la profession, je suis rarement de présence de femmes, sauf pour servir les cafés) malgré une femme-alibi à la vice-présidence de la FNSEA, principal syndicat agricole français représentant de la profession. En fait, elle sert deux fois d'alibi Christiane Lambert : une fois comme femme dans un monde impitoyable de mâles, et une deuxième fois comme petite éleveuse dans un monde industriel dévoré par la finance.
Cette agriculture industrielle manipulatrice du vivant, et destructrice d'emplois, de ressources limitées et de paysages, de course à la très grande taille, dévoreuse de terres cultivables pour nourrir des animaux, produire des agro-carburants, et manipuler puis vendre le vivant, est-ce que nous en voulons ? L'accaparement des terres, les guerres pour l'eau et les ressources naturelles, les minerais, est-ce que nous en voulons ? Cette organisation d'une profession d'un petit million de personnes qui fait la pluie et le beau temps dans les institutions politiques, est-ce que nous la voulons telle qu'elle est ?


En politique étrangère, diplomatie, arrêt des conflits armés, 
immigration : les femmes, rarement associées à ces problématiques, sont très concernées. Désormais, les femmes migrantes sont égales en nombre aux hommes dans l'émigration pour raisons de pauvreté ou de persécution spécifique à leur genre (viols communs ou viols de guerre, mariages forcés, etc...) et des femmes cela signifie aussi des enfants. Les femmes rarement associées à la résolution des conflits et des guerres dans les processus de peace keeping, sont les premières à souffrir dans leurs corps et leur environnement immédiat des conflits armés, alors qu'elles ne les déclenchent pas. On sait également que quand des femmes sont associées aux processus de paix dans les régions en guerres, ceux-ci ont davantage de chance de porter des fruits et d'aboutir à une paix durable.

Résolution des problèmes de violence en général et donc de sécurité : les principales victimes de la violence masculine sont les hommes eux-mêmes. Pour une femme tuée, il y a 10 hommes, même à Ciudad Juarez, "la ville qui tue les femmes", les femmes sont tuées à raison de
4 pour 10, soit 4 fois plus que la moyenne mondiale, d'où sa réputation. Le machisme tue donc aussi les hommes. Mais la violence contre les femmes est spécifique : ce sont des crimes de haine pour diverses raisons, mais généralement pour rappeler aux femmes qu'elles ne sont que des sous-êtres, que les hommes ont accès de droit divin à leur corps, et parce que tout progrès féministe s'accompagne d'un redoublement de cette guerre universelle contre les femmes. La violence masculine prend racine dans l'histoire et la société : goût pour le jeu, donc la guerre, irresponsabilité, endurcissement et insensibilisation des garçons pour en faire des hommes désinhibés, complaisance sans limites pour leurs comportements destructeurs, la violence des hommes s'exerce contre les animaux d'abord, les femmes et les enfants ensuite. J''ai trouvé cette phrase dans l'ouvrage collectif "De la violence et des femmes" (Albin Michel 1997).

Les rituels masculin de violence sont parfaitement tolérés par la société. Quelques exemples : la chasse, droit aristocratique arraché pour le peuple par la Révolution Française, la Corrida dans le Sud de la France, en Espagne et au Portugal pour rester dans les limites de l'Union Européenne, le grindatrap des Iles Féroés, déjà évoqué sur ce blog, où l'on voit de très jeunes garçons accompagner leur père pour un bain de sang sur de pauvres mammifères marins piégés. La chasse à la baleine au Japon et en Finlande, les trappeurs traditionnels, etc..., les exemples sont infinis. Les hommes célèbrent leur entre-soi masculin, leurs occasions spéciales dans le sang des animaux. Ils vont aussi au bordel, communier en se partageant des prostituées, dans le même ordre de célébrations spéciales et de rituels d'initiation. Les minuscules lobbies violents qui infiltrent une classe politique masculine vieillie et consanguine ne veulent pas qu'on touche à leurs privilèges de mâles : tu me fous la paix avec la corrida, Danemark, je ne dis rien à propos de tes Iles Féroés ! Je te tiens par la barbichette, ça tombe bien, ils en ont une, pas nous. Inutile de vous expliquer que se défaire ainsi de l'empathie que n'importe quel enfant éprouve envers un animal, plus le fait que se comporter de la sorte est glorifié par la société, et que pour chasser il faut posséder une arme, il, n'est pas étonnant qu'ils escaladent rapidement l'échelle hiérarchique, puisqu'en plus, hiérarchie il y a ! Ils tuent des femmes, ils tuent des enfants, ils se tuent entre eux. Je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'une société plus paritaire en terme de pouvoir serait forcément plus pacifique. Il est temps d'arracher des lois qui rejettent ces petits accommodements d'entre-soi masculin consanguin. Les femmes sont plus courageuses en politique : ce serait donc possible. Il faut essayer en tous cas, c'est une question de démocratie.



La Suède est en passe d'envoyer une députée du Parti Initiative Féministe au Parlement européen : ce parti a atteint et même dépasse le seuil de
4 % de voix pour conquérir un siège à Strasbourg, et il a fait campagne sur des propositions féministes, anti-facistes et anti-racistes. La nouvelle députée européenne s'appelle Soraya Post (ci-dessus), elle est féministe radicale selon le quotidien espagnol El mundo. Première députée européenne d'un parti féministe, Soraya Post ouvre la voie, espérons que d'autres tenteront le défi. Le temps des femmes est venu.
Liens :
Féministes pour une Europe solidaire
Leur politique est à la dérive, un nouveau cap est possible chez Christine Le Doaré
The heirs of grandfathers (Les grands-pères et leurs héritiers -en anglais) sur l'opposition sclérosée au Brésil par Sonia Mossri, journaliste Brésilienne


Traduction pour celles qui en auraient beoin ICI.  Et pour le texte d'Hillary Clinton, c'est ICI.