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vendredi 24 janvier 2025

La politique sexuelle de la viande - Edition du 35ème anniversaire

C'est mon troisième article sur cet ouvrage fondateur de mon blog, avec Le féminisme ou la mort de Françoise d'Eaubonne, et c'est avec plaisir et contentement que je le rédige. Les choses avancent, les traductions se font, les autrices oubliées refont surface. 


A l'occasion de la reparution (dans les librairies le 24 janvier 2025) de l'édition du trente cinquième anniversaire de l'ouvrage, devenu désormais un classique de la littérature végane féministe chez Bloomsbury son éditeur américain, Le Passager Clandestin publie quasiment simultanément sa traduction en français, avec une longue postface actualisée de l'autrice Carol J Adams, enrichie de photos, tracts, dessins, avec bien sûr, des dernières déclarations et avancées sur la prise de conscience écoféministe et des torts causés aux autres terriens, les animaux..

Explorant à travers les textes littéraires les hiérarchies d'oppression patriarcale, élaborant la thèse du "référent absent", incluant intersectionnellement les animaux, en rappelant ce que l'activisme pour les animaux doit aux féministes, histoire largement ignorée (qui sait par exemple que les suffragistes britanniques étaient aussi antivisectionnistes ?), en redonnant toute leur place aux autrices dont les textes ont été oubliés ou fragmentés, 'démembrés' à l'instar d'une pièce de viande, autrices anti-guerre et végétariennes des temps passés, et notamment les européennes de l'après Grande Guerre, Carol J Adams signe un classique, devenu bible intersectionnelle du véganisme , une théorie critique féministe intersectionnelle, des oppressions subies par les femmes et les animaux. 

Adams redonne, par exemple, toute sa place à Mary Wollstonecraft Shelley, autrice de Frankenstein ou le Prométhée moderne, dont s'est emparé Hollywood sans mentionner le véganisme de la Créature, rejetée par les humains pour sa monstruosité, et se jurant de ne plus manger que des fruits et des graines en se souvenant qu'elle est fabriquée de morceaux de cadavres d'humains et d'animaux fragmentés en abattoir ; Mary Shelley, à l'instar de Flaubert disant "Madame Bovary, c'est moi", aurait sans doute pu dire aussi "la créature de Frankenstein, c'est moi" en se souvenant que dans les salons de son milieu intellectuellement brillant et stimulant, elle écoutait plus qu'elle n'intervenait, car femme dans un milieu d'hommes, artiste elle-même, parmi ses pairs masculins, pairs qui ne la voyaient pas comme telle. Il est de fait que Hollywood qui a fabriqué le mythe Frankenstein en occultant l'autrice, ne s'embarrasse pas de son véganisme solidaire et altruiste des animaux, à la chair réifiée et démembrée dans les abattoirs pour être transformée en nourriture pour les humains. La viande, les abattoirs, c'est la guerre. Les bouchers comme les soldats font couler le sang, plaideront toutes ces féministes, de Margaret Cavendish, à Virginia Woolf, en passant par Colette, George Sand, Alice Walker, Margaret Atwood et tant d'autres, reconnues, leurs textes restitués, dans cet ouvrage à la réédition bienvenue.

Quelques citations :

" on ne mange pas de viande sans qu'il y ait mort d'un animal. Par conséquent, l'animal vivant est le référent absent du concept de la viande. Le référent absent nous permet d'oublier les animaux en tant qu'entités indépendantes ; il contribue aussi à notre résistance face aux efforts déployés pour imposer leur présence. "

" Qualifier de féminin ou d' "efféminé" le refus que des animaux soient tués pour servir d'aliments parce que son ton serait "émotif" contribue à son bâillonnement, puisqu'on l'associe à des femmes bâillonnées par la culture patriarcale." 

" En réalité, dans le monde occidental industrialisé actuel, les femmes ressemblent aux animaux dans un zoo moderne. Il n'y a pas de barreaux. Les cages semblent avoir été abolies. Pourtant, en pratique, on garde encore les femmes à leur place avec autant d'autorité que les animaux dans leurs enclos." Brigid Brophy, citée dans l'ouvrage.

Cochon :  animal vivant. Porc : mort, fragmenté, renommé. 

" Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour et que vous essayez de faire vôtres, jusqu'à vous en rendre malade et à en crever, en silence encore ? " Audre Lorde, citée dans l'ouvrage. 

" Le végétarisme [est] un complément essentiel du pacifisme. Par extension, en contestant la croyance dominante selon laquelle l'animal est fait pour être consommé par l'espèce humaine, nous remettons en cause un monde en guerre. "

" En réalité, l'élevage d'animaux et la guerre sont des institutions où l'homme s'est montré le plus compétent. Il joua le rôle de boucher et celui de soldat ; et lorsque la culture du sang prit le contrôle de la religion, les prêtresses furent mises de côté. " - " Les toutes premières mentions d'offrandes à la déesse ne citent que des grains et des fruits. Quand le massacre d'animaux y fut-il ajouté ? "

 
" Il est rare qu'au cours de l'histoire un homme soit tombé sous les balles d'un fusil tenu par une femme ; la vaste majorité des oiseaux, des animaux tués l'ont été par vous et non par nous. Il y a pour vous quelque gloire, une nécessité dans le conflit que nous n'avons jamais ressentie ou appréciée. " 
Virginia Woolf dans Trois guinées. 

Lien complémentaire :

Eat my fear, sculpture en fibre de verre proposée par David Lynch pour la Cow Parade de New York en  2000, sculpture refusée par les organisateurs de l'expo au motif qu'elle était choquante.  

FRANKENSTEIN 


" Ma nourriture n'est pas celle des hommes, je ne tue ni l'agneau ni le chevreuil pour apaiser ma faim. Les racines et les baies me suffisent largement. " 

Mary Shelley - Frankenstein ou le Prométhée moderne. (Merci à Vegan Rural pour m'avoir fourni la citation)

Mary et Percy Shelley, lui poète romantique anglais, étaient végétariens militants. Mary Shelley est la fille de Mary Wollstonecraft, philosophe, proto-féministe, autrice de A vindication of the rights of woman en 1792.   

mercredi 31 août 2022

Cause animale, Luttes sociales

  

" Je veux ici plaider la cause d'une classe particulière de travailleurs et de salariés, classe nombreuse, car ses membres se comptent par millions ; classe misérable, car pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim, ils sont assujettis au travail le plus dur, à la chaîne et sous le fouet ; classe qui a d'autant plus besoin de protection qu'elle est incapable de se défendre elle-même, n'ayant pas assez d'esprit pour se mettre en grève et ayant trop bonne âme pour faire une révolution ; je veux parler des animaux. "

Charles Gide - 1886

Charles Gide, 1847-1932, professeur d'économie, théoricien de la coopération, végétarien. 

J'ai lu cette semaine cette anthologie de textes d'auteurs et de militants de la cause animale. Ils / elles étaient anarchistes, libertaires, féministes, néo-malthusiennes, suffragistes, antivivisectionnistes, socialistes défendant la cause ouvrière. Elles / ils connurent le bagne, l'exil, et tous firent le lien entre oppression des humains et celle multimillénaire des animaux, leurs frères en oppression. Dénonçant la chasse, les courses espagnoles (corridas), témoignant des abattoirs, et faisant leur révolution personnelle en renonçant à manger de la chair animale. Je vous ai sélectionné quelques-unes de leurs phrases parmi les plus percutantes, mais l'ouvrage est à lire pour ne plus nous laisser dire à nous, végéta*iens, que nous serions des illuminés, des djihadistes, des terroristes extrémistes ; nous venons de loin, nous avons une filiation multimillénaire, et pas des moindres. Depuis que l'humanité s'est dressée sur ses pattes de derrière, tuer pour manger n'est jamais allé de soi. Il y eut aussi bien des cueilleurs que des cannibales. Nous sommes les descendants de ces cueilleurs végétariens, de la tradition pythagoréenne antique, ainsi que d'un courant libertaire socialiste et féministe. " Les végétariens sont une utopie active, l'honneur de l'humanité " dit la philosophe Elizabeth de Fontenay.  

" Parce que je ne suis 'qu'une' femme, parce que tu n'es 'qu'un' chien, parce qu'à des degrés différents sur l'échelle sociale des êtres, nous représentons des espèces inférieures au sexe masculin -si pétri de perfections !- le sentiment de notre mutuelle minorité a créé en nous plus de solidarité encore, un compréhension davantage parfaite. " Séverine (Caroline Rémy), 1855-1929, anarchiste, féministe, pionnière du journalisme, co-créatrice de La Fronde journal féministe, antispéciste.  

" Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il le souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes... Et plus l'homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. " Louise Michel, 1830-1905, anarchiste, féministe, institutrice, communarde condamnée au bagne de 1873 à 1880.  

" Matador, bourreau, tueur de bêtes, assassin d'amour, assemblage d'os, de muscles et de sang qu'on revêt de broderies d'argent et d'or ! Je ne te parlerai pas de sensibilité, de cruauté, de l'univers, des rapports des êtres entre eux, des droits de l'homme et de ceux de l'animal, du principe de ton existence et de la sienne. Tu ne sais rien de tout cela ; ton métier est de détruire pour vivre. " La corrida de toros en Espagne - Jours d'exil. Ernest Coeurderoy, 1825-1862 - Médecin, révolutionnaire socialiste de 1848, libertaire, condamné à l'exil, il séjourne dans plusieurs villes européennes, il écrit Jours d'exil, un long poème en prose ; refusant toute amnistie, il finit ses jours à Genève, où il se suicide à 37 ans. 

" Tout concourt, tout conspire à faire de l'animal une chair taillable et torturable à merci : ... la curiosité scientifique et l'égoïsme à le transformer dans les laboratoires en chair à scalpel et en réactif, lorsqu'il s'agit d'expérimenter les poisons qui convulsent et qui tuent. "  Marie Huot, 1846-1930, journaliste, féministe représentante du courant néo-malthusien, anarchiste et antivivisectionniste, elle est contre l'utilisation des animaux à des fins médicales ou ludiques. 

" Si nous devions réaliser le bonheur de tous ceux qui portent figure humaine et destiner à la mort tous nos semblables qui portent museau et ne diffèrent de nous que par un angle facial moins ouvert, nous n'aurions certainement pas réalisé notre idéal. Pour ma part, j'embrasse aussi les animaux dans mon affection de solidarité socialiste. " Elisée Reclus, 1830-1905, géographe, libertaire, communard, exilé pour soutien à la Révolution de 1848, confronté dans son exil à l'esclavage en Louisiane. Il devient végétarien et prône une "grande confédération des égaux".

" Les chiens qui ne savent rien, comprennent tout ce que nous disons... Et nous qui savons tout, nous ne sommes pas encore parvenus en dépit de tant d'expériences, de tant de travaux, à comprendre ce qu'ils disent. Et ils sont polyglottes. Sans les avoir jamais appris, ils parlent le français, l'anglais, l'allemand, l'arabe, le cafre... tous les argots et tous les patois... "  Octave Mirbeau, 1848-1917. Journaliste puis romancier, immortel auteur de l'implacable Journal d'une femme de chambre, critique sociale féroce, les animaux traversent toute son oeuvre littéraire. Sympathisant anarchiste, il perçoit une communauté de destin entre tous les êtres.   

" Le régime végétalien est séduisant, éthique, esthétique, même socialement incontestablement libérateur par ses conséquences, car il permet à l'individu de vivre en Robinson à l'écart de la vie des civilisés ou soutenir la lutte avec le capitalisme plus longtemps. " Sophie Zaïkowska, 1874-1939, anarchiste et féministe, fondatrice avec Georges Butaud de deux foyers végétaliens à Paris puis à Nice. Ils partagent avec Louis Rimbault, autre libertaire, la conviction que le végétalisme " c'est la révolution immédiate contre tous les parasitismes, sans effusion de sang, sans haine, sans violence, sans dictature, sans maîtres, sans faux espoirs et sans désillusions. ". Conférenciers, elle et lui parlent de socialisme, proposent des repas végétaliens aux sans abris, militent contre la chasse et pour la libération des animaux de la domination des humains. " Le végétalien ne reconnaît pas à l'homme le droit de dominer, d'abuser de sa force sur des êtres sensibles. " 

Vous découvrirez également des écrits de Léon Tolstoï 1828-1910, le grand romancier russe né entre deux révolutions, élevé en aristocrate dans une campagne où règne le servage, chasseur repenti et ayant connu les horreurs de la guerre. A partir de 54 ans, il place la morale au centre de ses actes, il lie les meurtres des animaux aux guerres humaines, devient végétalien. Puis enfin, de l'écrivain britannique Henry Salt 1851-1939, cofondateur du Parti Travailliste et fondateur de la Humanitarian League en 1891, articulant les luttes sociales et celles en faveur des animaux. 

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains et à consulter régulièrement. 

jeudi 14 juillet 2022

Réfutation de quelques arguments carnistes

Un mastodonaute ayant fait part de son incapacité partielle à réfuter les (faux) arguments des carnistes recensés sur le bingo ci-dessous, je propose quelques-uns des miens. En espérant éclaircir le débat. S'il y a encore débat d'ailleurs, à 8 milliards d'habitants vivant sur la bête prévus pour le 15 novembre prochain, il vaudrait mieux qu'il n'y en ait plus. Je vais employer dans ce billet le substantif végétarien pour faire simple, on est tous des végétariens de toute façon, et pour éviter de compartimenter le petit club en sous-ghettos. Si en tout nous sommes 5 % en tout en France, c'est le bout du monde. 


Les trois meilleurs, degré zéro de la discussion :"J'aime trop la viande, j'aime pas les légumes, "j'aime pas les animaux de toute façon". Les végétariens (terme générique on est tous des végétariens) n'ont jamais dit qu'ils n'aimaient pas la viande, ils disent qu'illes n'en mangent pas. Ce n'est pas la même chose, le premier argument relève du conditionnement social, et du goût, de la préférence, forgés dans l'enfance, le second argument suppose une réflexion et une prise de distance avec ce conditionnement, il est politique et moral. Aussi merci de ne pas dépolitiser notre message. Plein de végétariens n'aiment pas les légumes, mais ce n'est pas le sujet ; les végétariens ne sont pas condamnés aux légumes, ils peuvent manger autre chose, des céréales et des légumineuses transformées par exemple. Enfin tous les végétariens ne sont pas idolâtres des animaux et plein n'en ont pas chez eux, en revanche, les végétariens savent que l'égoïsme et le suprémacisme humains sont surtout de commodes excuses pour ne rien amender de comportements construits socialement, acceptés, et applicables sans discussion. 

"C'est grâce à la viande que l'humain est aussi intelligent" ! Tout d'abord poser comme postulat que l'humain est intelligent c'est prendre un vrai risque, car certains doutent carrément. En premier lieu, il faudrait réussir à définir l'intelligence. En revanche, si on parle de langage articulé qui permet d'exprimer des concepts et des idées, c'est la station debout qui a permis la descente du larynx dans la position où il est chez nous, ce qui permet notre langage. Les animaux eux s'expriment autrement ; la station debout a en outre permis de libérer les mains pour construire des outils élaborés. Mais je l'écris avec humilité, je ne sais pas bien me servir de mes dix doigts pourvus d'outils d'une part, les animaux utilisent aussi des outils, et pour quelques-uns, des métas-outils (ça calme), en second lieu. La consommation de viande n'a rien à y voir. 

"On ne va quand même pas s'empêcher de vivre". Non bien sûr, on va juste ôter la vie à d'autres êtres et les empêcher de vivre. A rapprocher d' "il y a les animaux domestiques et les animaux d'élevage", l'argument spéciste typique, hiérarchiser les animaux en fonction de l'exploitation à laquelle nous les soumettons. Les animaux tiennent à leur vie, tous, elle a du prix pour eux, ils se défendent contre la violence, ils luttent contre la domestication qu'on veut leur imposer. Ils fuient, ils se font la malle sans arrêt, ils tiennent à leur liberté, tous leurs actes le démontrent. 

"J'ai pas envie d'être carencé". Dommage pour les carnistes, mais ça se saurait si les végétariens et véganes se ramassaient par pleines ambulances, effondrés dans les rues. Nous ne sommes pas carencés et nous sommes en aussi bonne santé qu'eux. L'argument que le végétarisme est un truc de bobos est scandaleux : les légumes et légumineuses sont bien moins chers que la charcuterie, les fromages AOP ou la viande d'animaux élevés à l'herbe que se vantent de manger les bobos carnistes qui prétendent acheter "directement chez le producteur" où "les animaux sont forcément bien traités". Les pauvres eux, mangent de la viande d'animaux élevés en silos. Non, les bobos ne sont pas de notre côté. 

Bis, ter, repetita placent. On n'arrête pas de l'écrire, le soja destiné à la consommation humaine ne provient pas d'Amazonie, puisqu'il est interdit par l'Europe de proposer des OGM pour la consommation directement humaine. Le soja d'Amazonie, du Brésil, d'Argentine, est importé pour nourrir les vaches laitières d'Ille-et-Vilaine (plus d'un million sur le département) pour la consommation de lait et de fromages. Ce sont donc les consommateurs de ces aliments qui déforestent l'Amazonie. Le soja qui nous fournit notre tofu pousse dans le sud de la France généralement, et il est non transgénique. Donc, en en mangeant nous soutenons les agriculteurs locaux plus sûrement que les carnistes. Et ce n'est pas triste, et non, nous ne mangeons pas de cailloux. En outre, même si l'humanité entière renonçait aux produits laitiers et à la viande pour se mettre au tofu, nous n'atteindrions jamais les volumes mangés par les bêtes parce qu'elles se fabriquent des onglons, des cornes, des poils, de la peau et des viscères que nous ne mangeons pas, mais qui leur sont indispensables à elles : les bêtes ont donc un très mauvais rendement, le rapport est de un à 5 ou 7. Il faut minimum 5 protéines végétales pour fabriquer une protéine animale. Platon le déplorait déjà dans La République. Le soja ne crie pas quand on le moissonne, les carottes ne gigotent pas quand on les tronçonne, au contraire des animaux qu'on égorge. Le végétarisme est vieux comme l'espèce humaine, depuis que nous sommes sur nos pattes de derrière, il y a eu des cueilleurs qui refusaient le meurtre animal pour se nourrir. Ce n'est jamais allé de soi de tuer un animal pour manger, l'espèce humaine a certainement mangé pas mal de cadavres laissés par les autres animaux. comme font les charognards. Et quand on vous traite d'extrémiste, répondez que Pythagore était végétarien, c'est même son nom qui a qualifié les végétariens jusqu'au milieu du XIXè siècle. La tradition mathématicienne continue d'ailleurs à fournir des végétariens dans nos sociétés modernes. Pour ceux qui font du sport et "ont besoin de protéines", il y a des protéines d'excellente qualité dans le règne végétal : Nick Kyrgios, tennisman, vice champion de Wimbledon 2022 explique sur ce lien pourquoi il est végétalien ; il a été battu lors de ce même tournoi par un autre végétalien, Novak Djokovic. 

#Euxcpaspareil

La semaine dernière, à l'occasion de la fête de l'Aïd tombant le 9 juillet, le journaliste Hugo Clément a pris courageusement position dans un tweet contre la pratique dérogatoire des abattages rituels halal et casher qui autorise toutes sortes d'abus : abattages clandestins par exemple, formellement interdits par la loi pour des raisons sanitaires. En rendant hommage à la Fondation Brigitte Bardot qui, avec d'autres associations fait des investigations, repère les marchés clandestins, et avec l'aide de la gendarmerie saisit les moutons promis à un égorgement insalubre et sordide, et qui les place dans ses ou des sanctuaires. Immédiatement, les Torquemada et les Bernard Gui de l'extrême gauche commencent à entasser le bois dont on fait les bûchers, en pleine canicule d'ailleurs, pendant que neuf cents pompiers du Tarn luttaient courageusement contre un méga feu, vraiment ce n'était pas malin. Il s'est même plaint de menaces de mort sur Twitter. Accusations de racisme, amalgame entre Brigitte Bardot qui a déjà été condamnée à juste titre pour propos racistes, et la fondation portant son nom qui défend les animaux sans failles. La FBB n'est d'ailleurs pas la seule association à demander la fin de cette exception cultu(r)elle dans un pays qui s'enorgueillit de sa loi de 1905. Avec mes petits bras, j'ai soutenu Hugo Clément, du coup quelques twittas ont eu des vapeurs et en ont profité pour se désabonner en se bouchant le nez. Certaines d'ailleurs, revenant aussitôt après lire par dessus mon épaule; Mais j'en ai vu d'autres. 

Ce n'est pas nouveau : l'extrême gauche nous a habituées à hiérarchiser les causes en mettant en haut de son agenda les hommes de la classe ouvrière. Les féministes des années 70 en savaient quelque chose, quand les militantes étaient renvoyées brutalement à leur ménage au motif que la défense de la classe ouvrière était la priorité, passant au-dessus de leurs histoires de bonnes femmes ; le reste suivrait forcément ! Remarque conclue généralement par "au fait, tu as terminé le ronéotage des tracts pour la prochaine manif ?".  Aujourd'hui, fidèles à eux-mêmes et inchangés, ils se sont trouvé d'autres damnés de la terre fantasmés : "les musulmans" essentialisés dans un magma indifférencié, qui ne seraient pas arrivés aux mêmes prises de conscience que "nous" ? "Eux" et "nous"? Pas conscientisés de la même manière à la cause animale. Alors qu'ils sont nés en France, ont fréquenté l'école, ont des téléphones portables et le même Internet que "nous", et qu'ils ne se déplacent pas à dos de chameau ! Descendants des victimes de la colonisation, on ne pourrait décemment pas leur demander d'obéir aux mêmes lois, qu'ils ne comprendraient pas ? Mais ce sont précisément des racistes qui utilisent ce genre d'arguments essentialistes. Quelques véganes dans le lot, véganes aux blanches mains parce qu'ils / elles ne mangent pas de viande et se disent radicales (tant qu'on n'a pas supprimé les abattoirs il faut bien que quelques-unes s'y collent au sort des animaux dans ces endroits-là aussi) ajoutent que les souffrances des animaux, ce n'est pas trop leur problème. Le problème c'est que quand on perd de vue la loi et qu'on relativise son application, on peut aborder le pire : j'ai lu un tweet d'une conversation faisant l'amalgame entre tuer des animaux et "tuer" des foetus. Dérapage complet. Je ne vois pas le rapport. Aussi méfiance les véganes, des malins de tous bords instrumentalisent la cause animale pour pousser leurs agendas et leurs programmes obscurantistes, voyez ce qu'il s'est passé aux Etats-Unis. Soyez vigilantes et achetez-vous un manuel de droit. Les personnes morales ne sont pas confondables avec les humains qui les ont fondées, et le droit français emploie un vocabulaire et des définitions précises, il ne confond pas un enfant né avec un embryon. 

jeudi 16 novembre 2017

Pourquoi cette végane ne regarde-t-elle plus de programmes animaliers ?


Cet article est la traduction d'un billet écrit par Corey Wrenn, publié sur le site Vegan Feminist Network. Traduit et publié sur mon blog avec son aimable autorisation. 

" J’adorais regarder des programmes animaliers quand j’étais enfant. J’ai toujours été une amie des animaux. Cependant, plus je vieillis, moins j’ai de patience envers ces programmes. En fait, je les boycotte pratiquement tout le temps à cause de leurs inévitables scènes de mort et de souffrance (scènes que les documentaristes passent des mois à capturer afin de donner du peps à leurs documentaires), que je trouve traumatisantes.

Aujourd’hui, je me souviens encore de ces scènes graphiques et horrifiantes. Une bête sauvage éventrée par des lions alors qu’elle se débat et pleure pour sa vie ; des hyènes attaquant une lionne, la laissant mourir lentement, la mâchoire brisée, assoiffée, dans la chaleur africaine ; un groupe d’épaulards noyant un bébé baleine à bosse pour le plaisir pendant que la mère se bat pendant des heures pour le protéger, etc.

Même la Marche de l’empereur, classé G, donc présumé pour enfants, était, pour moi, un film profondément dérangeant car il mettait en scène des familles séparées par la prédation et la cruelle mort lente par hypothermie et famine, sentences de mort prononcées pour des poussins et des partenaires dépendants.




Quand j’étais jeune, je devais m'endurcir et me forcer à regarder. Après tout « c’est la réalité » disait le slogan. Mais maintenant, je le vois pour ce que c’est : une glorification de la violence et une tentative forcenée de formater la nature (un espace généralement pacifique caractérisé par la coexistence et la symbiose) en un univers brutal et sans pitié. Ces programmes deviennent une justification idéologique à la société violente que les humains ont construite.  

L’incantation « c’est réellement comme ça » encourage la société à étouffer la compassion, la paix et la non-violence. Un autre exemple : la même intention préside aux films de guerre. Le public est supposé assister à des scènes horrifiantes de garçons et d’hommes tuant d’autres garçons et d’autres hommes parce que « c’est comme ça, que c’est la réalité ». D’implacables images de violence envers les femmes qui paraissent désormais obligatoires dans les scénarios actuels, convoquent la même chose. De la même manière, on attend des activistes qu’ils s’endurcissent et absorbent l’imagerie de violence contre les animaux non-humains commise par des humains à travers d’incessants messages sur les medias sociaux véganes, de nouveau, « parce que c’est la réalité ».

Le piège réside dans le fait que la violence n’apparaît pas tout le temps, ni même la plupart du temps. Les médias sont une construction sociale. Ce qui y est présenté est consciencieusement fabriqué par des auteurs, des metteurs en scène, des patrons d’associations, et d’autres, dans le but d’accroître leurs audiences et leur volumes de donations. Cela sert aussi le pouvoir en confortant la société dans l’idée que l’inégalité est un fait incontestable. C’est donc une narration de violence, de hiérarchie et de domination patriarcale qui est une perspective parmi d’autres, mais qui devient l’idéologie dominante, noyant toute alternative.

En m’affirmant féministe, je me suis finalement endurcie, mais pas de la façon dont les médias s’y attendaient. J’ai acquis la confiance de dire non et de rejeter cette narration. Je change de programme ou j’éteins. Je réalise maintenant que je n’ai pas à me punir en adhérant aux normes patriarcales qui m’enjoignent de supprimer mon empathie et d’être honteuse de trouver la violence abominable. Pour moi, ce n’est pas du divertissement, c’est de l’endoctrinement, et ça va mieux en le disant. "

dimanche 24 juillet 2016

Végane contre Cro Magnon #Round1

J'ai trouvé cette amusante quoique didactique vidéo sur Twitter. Jihem Doe (@JihemDoe), un végane a déniché, on ne sait comment, dans les profondeurs du Net, un CroMagnon plombant expliquant pourquoi il n'est pas "vegan" (prononcer végan en nasalisant pour faire couleur locale authentique) et comment les "végans" lui cassent les couilles, en atteignant comme il se doit le caricatural point Godwin qu'on ne présente plus : vegan = nazi. Jihem Doe, sur sa chaîne Youtube, démonte point par point ses arguments pendant le temps de cuisson de son boulgour (?) et en faisant surtout un gros boulot de montage d'images et de sons. C'est argumenté, efficace, enlevé et très drôle. Et c'est parfait pour l'été. Enjoy.



PS : En ces périodes de férias qui se perpétuent malgré l'état d'urgence car, "il est important que nous conservions notre art de vivre" SIC, ai-je entendu sur Itélé à propos de Bayonne, je dédie cette image aux villes taurines qui dérogent aux lois de la République et à la démocratie (73 % des français sont contre), une honte qui se perpétue à cause d'une tolérance à la loi pour cause de tradition machiste.
Stop à l'exception,
Stop à la cruauté,
Stop aux pratiques de la virilité,
Stop au machisme,
Stop à la torture des animaux.

"Les animaux sont des êtres sentients" Traité d'Amsterdam - 1997 - Ratifié par la France en tant qu'extension du Traité de Rome.

jeudi 7 juillet 2016

Introduction au carnisme - Melanie Joy

Il y a quelques temps, le mari d'une amie enceinte annonçait la prochaine naissance à ses collègues de travail ; après l'avoir félicité,ceux-ci sachant qu'il est végétarien* lui posent la question qui leur brûle les lèvres : "Et bien sûr, ta femme et toi allez imposer à votre bébé votre mode d'alimentation végétarien ? Réponse du futur père : "Exactement, on va faire comme vous qui imposez sans questionnement à vos enfants la violence de la viande, nous on va le nourrir sans violence. Quand il/elle sera adulte, elle choisira, nous lui aurons donné tous les éléments de réflexion."


" Le carnisme est le système de croyances qui nous conditionne à manger certains animaux ".
Le carnisme est une idéologie invisible dominante et inquestionnable, une norme qui maintient la société sous son emprise par tous moyens à sa disposition : politiques, lobbying, mensonges à répétition qui font à force,comme on le sait, une vérité, un processus naturaliste, une construction sociale qui se fait passer pour naturelle. A tel point que toute personne qui la conteste est désignée comme "extrémiste irrationnelle", impliquant qu'en face on n'a que des "modérés rationnels". La logique serait de leur côté. Tout comme Aristote, grand logisticien, se référant à la biologie, "soutenait que les hommes étaient naturellement supérieurs aux femmes, et que les esclaves étaient biologiquement conçus pour servir les hommes libres", selon la norme de son temps.

" Tout ce qui est sans nom, qui n'est pas dépeint en images [...] tout ce qui est mal nommé en tant que quelque chose d'autre, est rendu difficile a appréhender, tout ce qui est enfoui dans la mémoire par l'effondrement du sens dans une langue inadéquate ou mensongère -cela deviendra non pas seulement tacite, mais indicible ".
Adrienne Rich - Poétesse et essayiste féministe

De la même façon que le féminisme s'est dressé contre l'idéologie patriarcale "idéologie dans laquelle la masculinité est plus valorisée que la féminité" et "qui existait depuis des milliers d'années avant que les féministes ne la nomment", en rendant visibles ses mécanismes oppresseurs et sa rhétorique, le mouvement social des végétariens* se dresse contre l'exploitation des animaux et son aboutissement : le carnisme.  En faisant cela, les deux mouvements rendent visibles des constructions sociales qui toutes deux se présentent benoîtement comme "naturelles" : les hommes mangent de la viande, c'est "normal, naturel et nécessaire", ils en ont besoin pour se res-taurer, les femmes sont "complémentaires" des hommes puisqu'elles font les petits, tout cela est donc "naturel", le tour est joué, circulez, il n'y a rien d'autre à voir ! Évidemment, en rendant visible l'oppression, les deux mouvements déclenchent de l'hostilité et la résistance de la forteresse assiégée !

Le carnisme, idéologie violente, invisible et antidémocratique, norme et matrice sociale, fonctionne sur des mythes

Le mythe des protéines animales, seules aptes selon la croyance carniste à reconstituer la masse musculaire est de ce fait soutenu par les hommes (mâles) qui l'associent à leur puissance musculaire alors même que l'on sait qu'il existe des champions olympiques végéta*iens. Et mythe à l'intérieur du mythe, "paradoxe à l'intérieur de toute idéologie violente : on doit continuer à tuer afin de justifier tous les meurtres déjà commis".
Mythe de la prolifération animale : si on arrête de les manger, les animaux vont "envahir" la planète ! Si, je vous jure, je le lis et l'entends ! Si on arrête de manger de la viande on arrête de faire se reproduire les MILLIARDS d'animaux d'élevage : l'envahissement vient de la production des animaux d'élevage pour la viande.
Mythe économique : si tout le monde devient végéta*ien, que vont devenir les milliers d'emplois générés par l'agro-industrie ? Figurez-vous que les végéta*iens mangent trois fois par jour eux aussi, et qu'il s'agit de réorienter l'agro-alimentaire vers d'autres productions végétales et de transformation des végétaux en substituts et plats cuisinés. Nous ouvrons un large champ de recherche à la R&D -Recherche et Développement-.
Mythe du libre-arbitre : nous naissons, vivons, mourons dans un monde carniste qui n'offre aucune alternative. "Les normes nous maintiennent dans le rang en nous montrant le chemin à suivre et en nous enseignant comment être adapté. Le chemin de la norme est celui de la moindre résistance". "En pratique et d'un point de vue social, il est bien plus facile de manger de la viande que le contraire. La viande est disponible partout, alors que les alternatives sans viande doivent être activement recherchées" et peuvent être difficiles à trouver. Le libre-arbitre est un trompe l’œil avec choix quasi inexistant.
Sauf à voir son steak comme un animal mort.


The Matrix : "Blue pill, red pill, you choose, Neo !". Comme la Matrice patriarcale, la Matrice carniste, système de pensée, construction sociale basée sur des mensonges ou une vérité dissimulée -essayez de rentrer dans un élevage hors-sol ou un abattoir pour voir-, nous maintient au sein d'un système aliénant invisible, donc inquestionnable.

Pour la mieux voir, on peut évoquer les victimes collatérales du carnisme, les premières victimes étant les animaux (pour celleux qui auraient vécu jusqu'ici dans un caisson hyperbare, allez voir le site de L214 pour savoir ce qui leur arrive vraiment dans l'industrie de la viande), l'holocauste auquel nous les soumettons : des milliards (10 milliards chaque année rien qu'aux USA sans compter les poissons jamais comptés individuellement, mais en tonnage) d'animaux élevés, maltraités puis envoyés à l'abattoir JEUNES, puisque nous ne consommons que des animaux jeunes. Puisque pour certain.es les animaux sont fait pour "être mangés, autrement, ils perdent tout intérêt" voici les autres victimes du carnisme :
- Les ouvrières et ouvriers des abattoirs : conditions de travail dangereuses et insalubres, rendements maximum exigés, sous-traitance au moins-disant social, travailleurs déplacés, violations des droits humains. Dommages psychologiques : engourdissement de l'empathie pour pouvoir continuer à tuer, avec les PTSD (syndromes post-traumatiques) non soignés qui s'ensuivent, car ils sont exposés sans arrêt à des situations de violence infligée aux animaux qui les obligent à dissocier leur personnalité.
- La planète et l'environnement : fortes émissions de GES contribuant au changement climatique, destructions de forêts primaires et dégradation des terres, destructions de paysages et déplacements de communautés autochtones, intrants polluant les cours d'eau et nappes phréatiques, la Bretagne paie ainsi un lourd tribut au carnisme en produisant des algues vertes enlevées l'été aux frais de tous les contribuables.
- La santé humaine : menace de virus provenant d'élevages concentrationnaires ayant franchi la barrière des espèces, résistance aux antibiotiques, épidémie mondiale d'obésité, cancers et autres maladies dites "de civilisation".
- La démocratie : syndicats d'éleveurs lobbies alors même que leurs effectifs baissent de 25 % tous les 10 ans, conflits d'intérêts, le lobby laitier et de la viande qui vont dans les écoles "évangéliser" les élèves et les maintenir dans la croyance carniste, syndicaliste-ministre, tel Luc Guyau, président de la FNSEA devenu ministre de l'agriculture pour ne citer que ce seul exemple. Aucun végéta*ien n'est représenté à l'Assemblée Nationale ni au Sénat.

S'ouvrir à la compassion envers tous les êtres vivants, sortir de l'engourdissement (numbing), refuser la dissociation de la personnalité, voir enfin les angles morts, devenir un témoin, PRENDRE PARTI, sortir des sentiers imposés du carnisme, sortir de la neutralité morale qui n'existe pas : "La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime" selon Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, "toutes les révolutions ont été rendues possible par un groupe de personnes qui ont choisi de se porter témoin et d'exiger que les autres se portent également témoins".

" Un jour, nos petits-enfants nous demanderont: "Où étais-tu pendant l'holocauste des animaux ? Qu'as-tu fait pendant ces crimes terrifiants ? Nous ne pourrons pas leur offrir la même excuse une seconde fois -dire que nous ne savions pas ".
 -Helmut Kaplan.

Ce billet n'est qu'un court résumé : lisez le livre de Melanie Joy !
Chapitre 1 : Aimer ou manger ?
Chapitre 2 : Le carnisme : "Ainsi va le monde"
Chapitre 3 : Les choses telles qu'elles sont vraiment
Chapitre 4 : Dommages collatéraux : les autres victimes du carnisme
Chapitre 5 : La mythologie de la viande : justifier le carnisme
Chapitre 6 : De l'autre côté du miroir : le carnisme intériorisé
Chapitre 7 : Se porter témoin : du carnisme à la compassion.

oOo

La forteresse assiégée se défend

Jeudi 30 juin, à l'appel du Collectif 269 Life, une nuit debout devant 30 abattoirs (sur 260 environ en France) a été organisée via les réseaux sociaux, et annoncée par un communiqué de presse dans la presse quotidienne régionale (PQR). En réaction immédiate le lobby de la viande, curieusement représenté par un syndicat agricole minoritaire la Coordination rurale, décide de s'inviter à cette nuit debout, pour faire bon poids face aux défenseurs des animaux avec le slogan "Touche pas à mon entrecôte". Décidément, ce slogan publicitaire né dans les années 80 aura été détourné par quelques combats d'arrière garde dont le désormais célèbre "Touche pas à ma pute" des anti-abolitionnistes de la prostitution.  Personnellement, j'ai participé à cette nuit debout devant l'abattoir SVA - Intermarché de Vitré. Aussi, arrivée dans les premières sur les lieux, je constate avec surprise que la Coordination Rurale occupe déjà en force le rond-point face à l'entrée de l'abattoir, et que les gendarmes sont également là, craignant la castagne ! C'est du moins ce qu'illes m'ont dit quand je les ai interrogé.es, après m'être garée à côté de la voiture bleue d'Europe 1 : j'apprendrai le lendemain que c'était François Coulon, correspondant pour l'Ouest, dont je n'ai pas reconnu la voix, qui était en face de nous une bonne partie de la soirée. Étaient là également Ouest-France, un représentant d'Interbev et un officier des Renseignements Généraux ! Les autres militant.es de 269 Life sont arrivé.es les dernières vers 21 H avec leurs paniers de fleurs, leurs bougies et leurs affiches représentant des animaux écorchés, des pièces d'abattoirs : de dangereuses terroristes, comme tout le monde a pu constater ! Les végéta*iens, difficiles à compter, mais dont on pense qu'illes sont entre 3 et 5 millions en France, représentés nulle part et surtout pas aux Parlement ni au Sénat, font PEUR ! C'est la conclusion qu'il faut tirer de cette expérience.

Les Coordination rurale nous ont enfumé.es avec leurs barbecues de saucisses grillées, la lecture du communiqué de 269 Life a été interrompue deux fois par des motards (à gros engins entre les jambes) qui sont venus faire rugir leurs moteurs en sur-régime et polluer le rond-point avec leurs gaz d'échappement, mais hormis ces dénis de prise de parole et de droit à respirer un air pur, il n'y a pas eu de violences. Au fond, on était plutôt flatté.es d'avoir dérangé autant de monde. Evidemment, le lendemain, Europe1 diffusait un "reportage" d'une minute et demie bien orienté carniste, et le philosophe "maison" Raphaël Enthoven nous traitait d'anthropomorphistes -SIC- en convoquant le ban et l'arrière ban du gratin de la philosophie viandarde patriarcale. Souhaitons à Raphaël Enthoven (moi je ne parie pas) une aussi longue notoriété que celle de Pythagore, philosophe - mathématicien antique ET végétarien !


Pour voir les photos incluses dans le tweet, chez moi, il faut cliquer une fois puis une autre fois pour pouvoir dérouler les images en format plus lisible.

* J'emploie le mot végétarien pour désigner l'ensemble des végétaliens et végétariens, ou je mets une * : végéta*iens.
Les citations tirées du livre sont en italique.

samedi 28 mai 2016

La politique sexuelle de la viande

"Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour et que vous essayez de faire vôtres, jusqu'à vous en rendre malade et à en crever, en silence encore ? " 
Audre Lorde - Citée dans La Politique sexuelle de la viande



Une théorie critique féministe végétarienne, par Carol J Adams vient de paraître en français, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Danielle Petitclerc chez L'âge d'Homme.
Préfaces d'Elise Desaulniers et de Nelly McKay
Je reproduis ici avec sa permission la préface d'Elise Desaulniers, Le sang des autres, puisque j'ai déjà écrit il y a 6 ans un précédent billet sur cet ouvrage, non traduit à l'époque.

" La première fois que j'ai vu La Politique sexuelle de la viande de Carol J Adams, je parcourais les rayons d'une librairie de livres d'occasion. La couverture mauve détonnait parmi les classiques de la question animale. Je l'ai pris pour le reposer aussitôt : n'y avait-il pas plus urgent et plus important à lire que les élucubrations d'une féministe ? Il faut dire que j'avais depuis longtemps rangé le féminisme aux côtés des théories marxistes, dans le tiroir des utopies qui avaient fait leur temps et perdu de leur pertinence en jaunissant. Quelques années plus tard, je regrettais mon geste irréfléchi. J'écrivais sur les vaches laitières inséminées de force, séparées de leurs veaux à la naissance, contraintes de donner leur lait à la trayeuse, elles sont envoyées à l'abattoir après avoir été utilisées comme de pures machines pendant quatre ou cinq ans. Je me souviens même d'avoir écrit la phrase "les vaches sont exploitées parce qu'elles sont des vaches". Le parallèle avec la situation des femmes devenait troublant. Je me suis rappelé ce livre à la couverture mauve et l'ai commandé. Neuf.

Carol J. Adams est née en 1951. Après avoir grandi dans une famille ouvertement féministe, elle a lu les grandes théories des années soixante et soixante-dix qui s’écrivaient sous ses yeux. Elle l’avoue, elle était féministe bien avant de réfléchir à la question animale. Ce n’est que durant sa maîtrise en théologie à Yale qu’elle est devenue végétarienne. Ce soir-là, elle pleurait la disparition de son cheval mort dans un accident de chasse en mangeant un hamburger. Elle eut alors une sorte de révélation: «je mange une vache morte. » Dans les semaines qui suivent, les choses se précipitent. «Je prenais conscience que mon féminisme et mon végétarisme étaient étroitement liés […] : le patriarcat qui rend possible la violence faite aux femmes perpétue aussi l’exception humaine qui rend possible l’exploitation des autres êtres 1.»

Adams mettra plus de quinze ans à écrire son premier essai La Politique sexuelle de la viande. Mais ce long processus aura porté ses fruits : l'ouvrage constitue un colossal travail de recherche où les références sociales et historiques se mêlent aux analyses littéraires (Mary Shelley, Brigid Brophy, Margaret Atwood, Colette...). Tant par sa rigueur que par l'originalité de son propos, La Politique sexuelle de la viande mérite amplement sa place parmi les classiques du féminisme et de l'animalisme. Depuis vingt-cinq ans, Carol J Adams a publié des dizaines de livres et d'articles, en plus de militer activement pour la justice sociale, contre la violence conjugale, le racisme et la violence faite aux animaux. Cette traduction de La Politique sexuelle de la viande comble donc une lacune éditoriale importante en la rendant accessible aux lectrices et aux lecteurs francophones. A ce jour, c'est aussi la première oeuvre de Carol J Adams à être publiée dans la langue de Simone de Beauvoir.


Lire Carol J Adams m'aura permis de confirmer mes intuitions et d'approfondir ma réflexion sur l'analogie entre la viande et l'identité masculine. Ce livre rapporte minutieusement comment le concept de masculinité s'est d'abord construit sur deux axes : la viande et le contrôle du corps des femmes. Ces deux formes de violence que sont la violence sexuelle et la consommation de viande ce retrouvent dans ce qu'Adams nomme le référent absent : pour que la viande puisse exister, les animaux doivent être absents. De la même manière, les femmes doivent disparaître pour qu'on puisse exploiter leur corps. Elle explique simplement : "La manière dont la pornographie nous renvoie un message sur l'identité des femmes correspond à la manière dont la culture de la consommation de viande parle de ce que sont les animaux -et non de qui ils sont." 2. La vie ou les préférences des animaux sacrifiés pour des merguez ou des hot dogs doivent être occultées pour ne pas se couper l'appétit. La vie et les préférences des filles qu'on regarde se faire humilier sur le web ou à qui on envoie des dick pics aussi.

FÉMINISME ET VÉGÉTARISME : UNE HISTOIRE COMMUNE

En lisant Adams, ce qui me paraissait jusqu'alors banal devenait soudainement saillant. Je voyais les signes de la politique sexuelle de la viande aux quatre coins de ma ville : dans le numéro "spécial hommes" d'un magazine de cuisine rempli de bacon et de barbecues, dans les grils où des serveuses juchées sur des talons hauts et portant micro jupes et
T-shirts moulants nous reçoivent, dans la bouche des humoristes qui aiment bien rappeler que la salade, c'est pour les madames. J'ai aussi été frappée du point auquel le rôle des femmes dans le mouvement animaliste avait été oublié, voire occulté. Tout au long de La Politique sexuelle de la viande, Carol J Adams montre comment le refus de la viande apparaît dans les écrits des femmes avec des personnages féminins qui s'émancipent du patriarcat et gagnent leur autonomie dans une reconquête de leur corps et de leurs rapports aux animaux. Mais on ne rencontre pas seulement ces héroïnes dans les romans : depuis le 19ème siècle au moins, l'histoire du mouvement animaliste se conjugue d'abord au féminin.

En effet, pour la plupart d'entre nous, l'histoire des animaux se résume aux réflexions de quelques Grecs, d'une poignée d'Européens au 18ème siècle, puis de perspicaces étudiants d'Oxford dans les années 1970. Combien de fois ai-je lu que Peter Singer était le père de la libération animale ? Pourtant de nombreuses femmes ont écrit et milité pour mettre fin à l'exploitation animale. Des femmes qui étaient aussi souvent des militantes féministes. Comme le remarque Carol J Adams, "les grands mouvements de l'histoire féministe et les figures majeures de la littérature des femmes ont uni le féminisme et le végétarisme de manière à marquer une continuité, non une discontinuité."3


Déjà en 1907, on écrit dans le journal de la Vegetarian Society qu'"il est intéressant de voir comment le végétarisme est lié aux mouvements progressistes. Un certain nombre de leaders du mouvement des suffragettes sont végétariennes".4 Une quinzaine d'années plus tard, la féministe anarchiste d'origine polonaise Sophie Zaïkowska fonde à Paris un premier foyer végétalien. Pendant ce temps, à Londres, c'est la Suédoise Lizzy Lind af Hageby qui s'inscrit dans une école de médecine pour mieux comprendre la vivisection. Après avoir assisté à une expérimentation, elle accuse, appuyée par une collègue, le chercheur d'avoir disséqué un chien sans anesthésie. Le médecin, outré, poursuit les deux femmes pour atteinte à sa réputation et gagne sa cause. Les militantes anti-vivisection répliquent en faisant ériger une statue à l'effigie du terrier sacrifié. L'affaire qui s'ensuit divise le pays -c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la Brown Dog Affair. D'un côté, les suffragettes qui lient l'oppression des femmes à celles des animaux. De l'autre, les étudiants en médecine qui défendent leur droit à la vivisection et condamnent les animalistes pour leur sensiblerie et bien sûr... leur hystérie.

Pour Hageby, c'est De l'origine des Espèces de Darwin un demi-siècle plus tôt qui a donné son envol au mouvement pour le droit des animaux. Elle a "provoqué la désintégration de l'ancienne idée anthropocentrique de l'homme" en plus de montrer, par la parenté physique entre tous les êtres vivants, que "nous avons la responsabilité de protéger des abus de pouvoir, des mauvais traitements, de cruauté et d'abus toutes les créatures qui partagent nos nerfs, notre sang et notre chair". Elle ajoute que "le mouvement pour une plus grande liberté des femmes, pour leur affranchissement, leur accès aux études supérieures et aux professions, de même que pour l'élimination des incapacités juridiques sont l'application de cette prise de conscience de la solidarité et de la parenté entre tous les êtres vivants." 5 C'était il y a cent ans : Hageby avait tout compris.



NON, CE N'EST PAS MAL D'AVOIR DES ÉMOTIONS

Il ne fait aucun doute que le mouvement pour les droits des animaux s'est essentiellement construit grâce au militantisme de plusieurs générations de femmes qui reconnaissent leur propre sang dans celui qui coule des bêtes. Pourtant, c'est un mouvement qui trop souvent encore tourne le dos au féminisme pour chercher à valoriser des méthodes et une imagerie masculine. Combien de fois les activistes sont-elles accusées d'être trop émotives et anti-intellectuelles et invitées à utiliser des arguments "sérieux" ? Dans Women in the Animals Rights Movement d'Emily Gaarder, une femme raconte qu'elle s'est tournée vers l'utilitarisme pour donner une structure à ses propos et éviter de parler de ses émotions. Combien de fois m'a-t-on félicitée pour mes livres "argumentés de façon rationnelle et qui ne tombent pas dans le sentimentalisme" ? Dans notre société patriarcale, les émotions ne sont pas prises au sérieux. C'est bien ainsi que le système dominant fonctionne : en ridiculisant tout ce qui conteste son empire. La défense des animaux ne peut être qu'une affaire de raison.

Pourtant, nombreux sont celles et ceux qui sont devenus véganes après avoir été choqués par une vidéo d'abattoir, après avoir fait le rapprochement entre leur amour pour leur chat et la détresse des poules dans les élevages et encore, comme Carol J Adams il y a quarante ans, entre l'amour pour un cheval et la mort des vaches. Le système est maintenu en place en masquant une réalité qui ne peut qu'émouvoir. Le fond du problème, et Carol J Adams le montre bien, c'est la domination patriarcale. Parce que la viande est un symbole masculin, l'enlever de la table transforme les relations de pouvoir. Lorsqu'on refuse de servir de la viande aux hommes et qu'on en appelle à l'abolition de l'élevage, on défie les structures établies en insistant sur notre propre subjectivité et celles des autres animaux. Il ne suffit pas de promouvoir le véganisme : voilà ce que j'aurais appris en lisant Adams et ses consœurs -et je pense en particulier à ces auteures qui comme Lori Gruen, Breeze Harper, Marti Kheel ou Pattrice Jones, réfléchissent à l'intersectionnalité des oppressions. Les militantes et militants pour les droits des animaux ont besoin du féminisme pour mettre à plat les structures qui déterminent l'oppression des animaux.

Depuis toujours, les systèmes d'oppression tentent de nous faire taire. En nous reléguant aux fourneaux, en nous refusant le droit de vote, en nous mutilant, en nous enfermant, en remettant en cause notre parole lorsqu'on dénonce une agression ou en inondant le Web et nos boîtes de courriels de commentaires sexistes. Militer, que ce soit sur la place publique ou dans une cuisine, c'est refuser le silence qui nous est depuis toujours imposé. Le mouvement animaliste a été et doit continuer à être féministe. Plus que jamais, il a besoin du féminisme pour prendre sa place et s'épanouir. On en peut que remercier Carol J Adams de nous le montrer avec tant de rigueur et de compassion. "
Elise Desaulniers,
Montréal et Vancouver, avril 2016

1.Which came first, https://vimeo.com/152899198



Les images illustrant l'article sont toutes issues de compagnies ou de campagnes françaises de publicité : Poulets de Loué, CNIEL, Petit Basque, et deux publicités régionales de 2015 : un restaurant à Rennes et un 4X3 en région parisienne. Elles peuvent être agrandies en cliquant dessus. 

dimanche 21 février 2016

Héganisme : le véganisme pour hommes !

Le mot "héganisme" n'est pas arrivé en France me direz-vous. Quoique. On est fins prêts en tous cas. Mardi 16 février 2016, France 5 diffusait "Un monde sans viande" plutôt prometteur. Sauf que. C'est parti en couilles dès les premières cinq minutes. Le documentariste est allé s'acheter un steak végétal chez Sojasun (lien non sponsorisé, même si c'est un voisin de Noyal Sur Vilaine) et en a fait l'analyse. Ce steak végétal est à base de soja, sorte de haricot, donc une légumineuse très protéinée, mais qui a la réputation de contenir des isoflavones, un ersatz végétal d'hormones femelles. Bon pour les femmes de plus de 50 ans, mais mauvaises, très mauvaises pour les hommes et les enfants prépubères et même pubères, dixit le journaliste ! Nous y voilà : le steak de soja est soupçonné de déviriliser les hommes. S'en est suivie une pénible bataille de chiffres et de milligrammes entre une diététicienne défenseuse des couilles des mecs, et la Cheffe de produit de Sojasun qui défend elle son produit et dit que, pas du tout, son steak de soja contient moins d'isoflavones que le prétend la diététicienne. Après le film, durant le débat, le médecin pro-viande a affirmé que les isoflavones sont inoffensives et même plutôt bonnes pour la santé. Mais le mal était fait, à mon avis. Le végétarisme et le véganisme sont perçus comme une menace pour la virilité, comme l'explique Corey Wrenn sur son blog Vegan Feminist Network, dont je vous propose cette semaine la traduction du billet :
 What is Heganism ?

Crédit photo : Salon - Forget vegan, he's hegan (en anglais)

"Héganisme. Oui, c'est bien quelque chose. C'est le véganisme... pour les hommes. "Héganisme" réfère généralement au "rebranding ", à donner une autre image de marque aux traditionnels concepts véganes, afin qu'ils conviennent à la consommation masculine. Mais pourquoi ?  

Le mouvement végane est truffé de 101 variations différentes du véganisme, toutes avec la même intention : vendre et faire rentrer des cotisations. C'est le marketing des associations demandant à ses équipes "comment pouvons-nous nous démarquer sur cette tendance ? Comment pouvons-nous nous distinguer du reste des autres ? Comment pouvons-nous les faire acheter ici et pas ailleurs ? " Les distinctions de genre servent généralement les intérêts capitalistes et ils le font en maintenant les différences et les inégalités. Spécialiser les produits par genre suppose que les ménages ne doivent plus se contenter d'un seul produit qui peut être partagé (et les produits destinés aux femmes coûtent souvent plus cher). Le produit bleu et industriel pour lui, le produit rose fleuri (plus cher) pour elle. 

Genrer est aussi l'occasion d'ouvrir un plus large marché aux produits. Le stigmate féminin est enlevé, ainsi les hommes peuvent les consommer plus confortablement ; mais ce faisant le stigmate ne disparaît pas, il est seulement renforcé. Comme pour "Guy-et"*, Dr Pepper10 et la lotion Dove men care (pour hommes), genrer le véganisme travaille à protéger la masculinité en ostracisant, en renvoyant à l'altérité ce qui est féminin. Qu'est ce qu'il y a de mal à faire un régime, boire du soda sans sucre, ou manger végane ? C'est que ce sont les stéréotypes de ce que les femmes sont censées faire, et les femmes sont le groupe le plus détesté et le plus dévalorisé de la société. Pour que les hommes y participent, il faut enlever le stigmate féminin en créant une alternative "masculine". 


Faire venir plus d'hommes au véganisme est important pour la santé du mouvement végane et pour la santé des garçons et des hommes -la plupart ne consommant pas assez de fruits et légumes. Mais l'inclusion des hommes ne doit pas se faire aux dépens des droits des femmes.
Crédit photo : The advertiser. 

La masculinité est largement définie par ce qu'elle n'est pas -et elle n'est pas féminine. Cela marche de la même façon avec le spécisme** : nous définissons l'humanité comme n'étant pas animale, et donc l'humanité est supérieure par comparaison. On pense aussi qu'elle est l'une des racines de l'hétéro-sexisme  : la masculinité est définie par l'ostracisation de ce qui est féminin. En d'autres termes, différencier les personnes en groupes et les placer dans une hiérarchie qui soutient ces différences nourrit une discrimination structurelle. La distinction huile les roues de l'oppression.


Dans mon livre, A rational Approch to Animal Rights, j'explore le thème du nouveau packaging des espaces véganes. Parce que le véganisme est tellement féminisé, il est considéré comme une menace pour le patriarcat et donc dévalorisé. En réaction, les organisations qui le défendent adoptent le langage du patriarcat pour mieux "vendre" le véganisme. Au lieu de rester ferme sur une opposition féministe radicale à l'oppression patriarcale, les véganes refont l'emballage du véganisme en le présentant comme "sexy" et montrent les femmes comme objets destinés à la consommation des hommes. PETA est probablement la plus détestable association à cet égard, et sa position dominante dans le mouvement signifie qu'elle influence une norme de protestation pornographique. Les  femmes véganes ne sont plus facteures de changement, elles sont juste un autre goût "exotique" destinée à être servi sur un plateau au patriarcaux. Ce Tumblr "Galerie hégan" en est littéralement un exemple : les images sont inspirées de la pornographie.

Il y a un réel danger à aggraver les attitudes sexistes dans l'activisme pour les droits des animaux non humains. Le mot "Héganisme" est inutile et insultant. Est-ce qu'un espace végane féminin est si répugnant que les hommes doivent s'en dégager et occuper un espace séparé pour y participer ? Si oui, nous devons remplacer et réévaluer notre approche. Aussi longtemps que le mouvement soutiendra la haine des femmes, il ne peut pas raisonnablement attendre de son public qu'il arrête de haïr les animaux non humains.

Le héganisme est une tactique qui se sabote elle-même. Si les activistes soutiennent la notion que le véganisme est "juste pour les femmes" et que les hommes seront stigmatisés s'ils y participent sans la façade de la masculinité pour les protéger, cela rend un mauvais service au mouvement. Au lieu de s'accommoder du patriarcat et du capitalisme pour être entendu.es, les activistes doivent au contraire incorporer une approche féministe à l'antispécisme. De cette façon, tous les intérêts sont pris en compte et un groupe ne sera pas diminué ou exclu au bénéfice d'un autre. Les capitalistes vont inévitablement argumenter que genrer le véganisme c'est simplement nourrir le marché, mais ils créent simplement un marché de cette sorte : "LEGO se résout finalement à créer des jouets pour les filles" (en anglais chez Feminist Frequency). Un marché basé sur l'oppression, un marché qui fonctionne sur des groupes divisés selon la ligne pouvoir contre impuissance, et ce ne sera pas un espace conduisant à la libération. "
Dr Corey Wrenn est professeure de sociologie, membre de l'Association Sociologique américaine, section Animal et Société. Elle anime le blog Vegan Feminist Network.

* "Guy-et" : jeu de mot intraduisible en français formé de "diet" : régime, et de guy : mec, soit régime pour mec.
** Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces.
J'ai préféré le mot francisé épicène végane à l'anglais vegan, -ce sont eux qui ont inventé le mot. En français on peut aussi écrire végétalien.

Edit : Le documentaire de France 5 comportait aussi une visite dans les laboratoires de Beyond Meat, une corporation étasunienne qui tente de cultiver de la viande en éprouvette, un autre cauchemar carniste ; en attendant l'avènement de la viande de culture, leurs steaks végétaux sont fait pour donner le change, oubliant qu'on ne devient pas forcément végéta*ien pour manger des substituts de viande, sauf si on craint de mettre à mal virilité des hommes ? On n'en sort pas.

Ce billet en français est publié simultanément sur le site Vegan Feminist Network.

vendredi 4 septembre 2015

Féminisme et question animale

Être féministe, c'est déjà jeter un pavé dans la grande mare consensuelle du paternalisme condescendant de la société patriarcale dont une majorité de femmes se contentent, voire trouvent accommodant pour les quelques "avantages" qu'il procure, masquant l'ampleur effrayante de la discrimination, de la pauvreté, des injonctions (sur)plombantes -au mariage, à la reproduction-, et de l'assommoir culturel qui nous matraque à longueur de journée que nous ne sommes au fond que des mineures, des irresponsables devant être cadrées (les religions sur le divorce et l'IVG, notre tenue, entre autres) des méchantes (les femmes, c'est pire, entend-on souvent), et des incapables au sens juridique et professionnel du terme.

Alors en plus, être végétarienne/végane et prétendre que l'oppression des mâles suprémacistes sévit aussi dans la façon dont la société (mâle)traite les animaux, nos "frères inférieurs" (la hiérarchie est consubstantielle au système), notamment les femelles animales dont le corps est exploité jusqu'au trognon par les éleveurs, les animaux mâles considérés pour la plupart inutiles, ou même des surnuméraires dont on doit se débarrasser au plus vite : là on va vous dire que vous poussez le bouchon. Mauvaise convive, aigrie qui voit le mal partout, mal baisée, mange ce qu'on met dans ton assiette, sers nous le café et fais la vaisselle après. Les rituels de table chez les humains se veulent consensuels et festifs, ils ne laissent pas de place aux opinions / options discordantes de celles qui ont des états d'âmes vis à vis du morceau de cadavre qu'on prétend leur faire manger, et qui pinaillent sur la façon dont l'animal a été élevé, transporté, puis tué. "C'est que des bêtes, après tout, et il y a tellement de malheur chez les humains, charité bien ordonnée, bla, bla, bla..", vous connaissez, on vous a tellement cassé les ovaires avec. Sans compter que vos opinions peuvent donner des idées et déteindre sur les enfants présents à la même table, où le dressage patriarcal contre l'empathie s'exerce là aussi, férocement. Feminist killjoy, va.


Et bien, bonne nouvelle, sachez que vous n'êtes pas seules. L'UQAM (Université du Québec à Montréal) tenait la semaine dernière son 7ème Congrès International en Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) dont une journée était consacrée aux Approches féministes en éthique animale et environnementale. Y participaient plusieurs écoféministes de renom dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Il fallait donc être à Montréal mercredi 26 août ! La notion d'écoféminisme a été inventée en France, mais elle s'est exportée, les françaises n'en ont rien fait ;(( Pour celles qui comme moi n'étaient pas à Montréal, à défaut d'avoir assisté à la conférence d'Elise Desaulniers, par exemple, j'ai sélectionné ses slides à propos de la parole des femmes sur la question animale. Il suffit de cliquer sur la flèche jaune à droite pour les faire défiler ; c'est mieux aussi en fonction plein écran, à droite, dans la marge du bas. Elle y dit que dans les associations de protection animale, comme partout, dès que des femmes pionnières ont inventé, imposé l'idée et défriché le chemin, les hommes arrivent, industrialisent et... prennent le pouvoir. Que la parole des femmes, frappées du syndrome de Cassandre, ne porte pas ; que nous serions trop émotives et que l'émotion n'est légitime que quand ce sont des hommes qui l'expriment... et que la colère est nettement mieux portée par eux, les femmes, elles, sont hystériques...Bref, là comme ailleurs, l'affreux patriarcat sévit à plein.



Ressources
En complément d'information on peut aller sur quelques sites de philosophes et écoféministes :
Penser avant d'ouvrir la bouche, le site d'Elise Desaulniers
La page académique de Marie-Anne Casselot, philosophe féministe québécoise, son Twitter
Le site de Christiane Bailey
Le site de Frédéric Côté-Boudreau
Mon article tiré de Growl de Kim Stallwood : Les hommes et la violence
et en anglais : 
Human Animals studies 
Le blog de Carol Adams.
 

vendredi 24 juillet 2015

Les hommes et la violence

" Scarcely a human being in the course of history has fallen to a woman's rifle ; the vast majority of birds and beasts have been killed by you, not by us ; it is difficult to judge what we do not share. " *
Virginia Woolf - Trois Guinées - 1938

Kim Stallwood est un activiste professionnel de la cause animale. Je l'ai déjà cité dans le billet précédent sur la conférence de Rennes. Il est aussi végane**, par compassion envers les animaux. Je vous propose la traduction de trois pages de son livre Growl, sorte de biographie et de conseils en stratégie d'un avocat de la cause animale où il aborde le sujet de la violence masculine. L'ouvrage est disponible seulement en anglais.

What is non violence ?  
" Un aspect final de l'engagement à la non-violence doit être mentionné : le rôle de la masculinité. J'espère avoir illustré à travers ce livre qu'être végane ne fait pas automatiquement de vous une "bonne personne", parce que vous pouvez adopter ce régime pour un certain nombre de raisons (telles qu'un bizarre désir de pureté corporelle, en couverture d'un désordre alimentaire, ou pour vous faire vous sentir supérieur) qui n'ont rien à voir avec le fait de vivre en montrant plus de compassion [...]. Dans un trope aussi éculé qu'il est faux (Berry, 2004, 33-34), plusieurs mangeurs de viande observent qu’Adolphe Hitler était végétarien, comme si, de quelque manière que ce soit, ce commentaire était une analyse pertinente de l'engagement des personnes végétariennes pour la santé des animaux, celle de la planète, et la leur.

Un autre fréquent et tenace même -ce serait lui donner trop de crédibilité que de l'appeler une ligne de pensée- est que ne pas manger de viande est de quelque façon un signe de féminité, de passivité et de faiblesse, et que, au contraire, manger la chair des animaux est un symbole de masculinité et de force. Dans ses écrits, Carol J Adams a exploré cette sexualisation de la consommation de viande et son parallèle, l'animalisation du corps des femmes et de ses parties, dans la pornographie et la publicité (1990). Avec d'autres auteures féministes, elle a aussi observé la violence masculine contre les femmes et les animaux -particulièrement, comme je l'ai noté, dans le contexte de menace ou de violences réelles envers les enfants et les compagnons animaux, pour contrôler et terroriser l'épouse.

Naturellement, les femmes aussi mangent de la viande et quelques femmes blessent leurs êtres aimés (hommes et femmes) mais l'évidence que rapportent journaux et différentes études suggèrent que la plupart des actes violents sont commis par les hommes : que ce soit contre d'autres êtres humains ou contre les compagnons animaux à la maison, en tuant des animaux sauvages, ou encore en tuant des taureaux sur un ring... Etc. Pour Adams et les autres, ces actes de violence sont des fonctions de la société patriarcale où les hommes sont définis par leur manque d'empathie ou d'intérêt pour les autres animaux, notamment les animaux domestiques.

"Les hommes dans nos sociétés patriarcales, écrit le vétérinaire Michael W Fox, peuvent parfaitement montrer de la cruauté envers les animaux, ou la justifier, car, plus que les femmes, ils empêchent leur empathie de se manifester quand ils font face au dénuement et la souffrance des autres". Il continue : "Leur capacité d'empathie est empêchée par les religions et idéologies politiques égoïstes et intéressées, telles la domination qui leur est accordée par Dieu sur toutes les autres créatures (les femmes, les animaux et la nature).

Au commencement de son livre "Brutal : Manhood and the exploitation of animals ", Brian Luke demande au lecteur d' "imaginer une chasse, un piégeage, une vivisection, un abattage ou un sacrifice animal. Imaginez les concrètement en détail, y compris en attachant des noms et des visages à ceux qui tuent des animaux. Maintenant, imaginez une manifestation contre une des institutions précédentes, de nouveau en mettant des noms et des visages sur les manifestants. Qu'est ce que vous voyez ?". 
Sa réponse ? "Plus que probablement, vous aurez vu des hommes tuer, et des femmes protester".

Comme moi, Luke s'intéresse non pas tant à la raison pour laquelle les femmes s'opposent à l'exploitation animale, qu'au fait que les hommes la soutiennent. Pour autant que je sois concerné, la compassion n'est pas un attribut basé sur le genre. Elle est en nous, innée -nourrie par l'éducation que nous recevons, les valeurs instillées par la famille et la société, et les choix que nous faisons dans nos vies. Aussi, pourquoi les membres de mon genre sont-ils apparemment aussi amoureux de la violence ?

Une raison est sûrement que nous sommes habitués à être en position de contrôle et de pouvoir. Le corollaire est que si ce contrôle et ce pouvoir sont menacés, ceux habitués à l'exercer se vengent contre les plus faibles qu'eux. En tant que gay, je suis conscient de la façon dont je suis perçu par les hétéro-sexistes : féminisé, donc moins puissant. En tant qu'homme, je suis trop conscient de mes propres attentes à être le boss, à commander naturellement l'attention et le respect, simplement parce que mon genre a, pendant des siècles, été habitué à la position métaphorique et réelle d'hôte présidant la table.

Selon moi, si le véganisme et la non violence doivent dire quelque chose au-delà d'une simple préférence de régime, et d'un noble et inaccessible idéal, alors nous devons saisir que nos tendances - aussi bien masculines qu'humaines- sont de nous imposer aux autres, et de tenter de les manipuler pour atteindre nos buts. Nous devons rester ouverts à la possibilité que nous n'avons pas toutes les réponses, que l'humilité et l'attention inspirent les autres à travers nos comportements, qu'elles sont aussi expressivement valides en terme de leadership que les postures, le bruit ou ou les jugements hâtifs sous couvert d'autorité.

En fait, tout engagement au véganisme et à la non violence doit être enraciné dans une complète humilité, simplement parce que l'ahimsa (non-violence) est impossible. "Les humains ne peuvent, même pour un moment, vivre consciemment ou inconsciemment sans commettre l'himsa (violence), disait Gandhi. "Le fait est que vivre -manger, boire, se mouvoir- implique nécessairement la destruction de la vie, à chaque minute." (Borman, 1988, 185). Aussi, être un authentique végane, c'est reconnaître le fait qu'on ne peut jamais être végane ; s'engager à la non-violence est reconnaître combien nous sommes, en qualité d'êtres humains, en colère, déçus, frustrés, ou simplement irrités - et continuer néanmoins à poursuivre la non violence. Comme Gandhi, j'aime l'idée que la réconciliation paradoxale et pragmatique d'être végane dans un monde de mangeurs de viande est impossible, et en même temps qu'elle est idéale pour créer un monde fondé sur la compassion, la vérité, la non violence et la justice. "

Traduction des pages 166, 167, 168 de GROWL par Kim Stallwood. Chapitre What is non violence ?


* Traduction libre de la citation de Virginia Woolf en début de billet :
"Rarement un être humain au cours de l'histoire est tombé sous les balles d'une femme ; la vaste majorité des oiseaux et des bêtes a été tuée par vous, pas par nous ; il est difficile de juger ce que nous ne partageons pas".
** Dans ma traduction, j'ai préféré le français épicène végane au terme anglais vegan. On peut aussi écrire végétalien.