lundi 12 avril 2021

Violences aux femmes : prophylaxie et décontamination

Malgré le fait que des femmes subissent des violences ou meurent  assassinées dans le conjugo (mariage, concubinage, ou durant la procédure de divorce), alors que nous connaissons en Ille et Vilaine un cas de féminicide récent, et une disparition de femme depuis un mois, le cas récent aussi d'Aurélie Vaquier à Bédarieux, nous restons dans la dénonciation des crimes et la déploration de la perte de victimes femmes du fait de la violence masculine. On a l'impression que ça n'arrêtera jamais et même que le phénomène empire. En revanche, aucune mesure de prophylaxie n'est jamais envisagée. Les mots d'ordre, c'est toujours le brainwashing hétérosexuel, se trouver un mec et le garder, la mise au pinacle de femmes effacées ou supportant tout sans broncher, résilientes même, qui se laissent poser de façon impavide mais insistante, après un témoignage glaçant et révoltant de sévices subis (viols, coups, menaces...) la question qui tue selon moi "si malgré tout, elles font encore confiance aux hommes ?". Faustine Bollaert est la spécialiste du dressage hétéropatriarcal sur France 2 à 14h pétantes, vaisselle faite et bonhommes partis au travail ou au... cimetière, la tranche d'âge visée étant les retraitées. Jamais de relâche, même à 70 balais, elles doivent TRANSMETTRE la tradition d'oppression je suppose ! Sinon où va-t-on ? Qui va faire la bouffe et la vaisselle, pendant que les mecs s'occupent des choses sérieuses franchement ?  Evidemment, je ne regarde pas, je me contente de la bande annonce, un accident de matériel est vite arrivé avec une personne irascible, moi, en face. 

Prophylaxie donc, décontamination. Il va falloir s'y coller. Franchement, on a l'impression que c'est un fond de commerce la maltraitance aux femmes, comme la faim dans le monde et la réparation des dommages de guerre : si jamais ça s'arrête ou ralentit même un peu, on va perdre nos beautiful Toyota, notre aide alimentaire et nos subventions ! Le charity business, la déploration et la compassion vivent de la misère du monde et des femmes, puisque c'est elles qui en bavent le plus de toutes façons. 

La combinaison de l'assignation patriarcale à s'en trouver un et le garder sinon vous n'êtes qu'une moitié de quelque chose c'est à dire RIEN, à se trouver "un protecteur" SIC, -plein de femmes vivent encore avec cet archaïsme vissé dans la tête- avec l'interdiction anthropologique de se défendre, cette combinaison donc, provoque un mélange mortel pour les femmes. L'indifférence de la société, de sa police et de sa justice complètent le tableau clinique. Le cas d'Aurélie Debaillie (sa famille vient de déposer plainte contre le Ministère de l'Intérieur pour défaut d'intervention) est emblématique : assassinée en réunion par son ex et trois complices recrutés et payés 300 euros chacun par le compte bancaire d'Aurélie, enlevée sur son lieu de travail, après de multiples menaces, suivie dans la rue, sur son lieu de travail, voisinage et famille témoins des exactions de l'ex, police prévenue par plusieurs mains courantes et une plainte avec un dossier constitué des preuves du harcèlement, Aurélie n'a pas été protégée par la police qui s'est présentée au domicile après l'enlèvement et n'est même pas entrée, parce qu'on n'a pas répondu au coup de sonnette ! Elle était peut-être encore vivante à l'intérieur, ne pouvant bouger. L'argument opposé aux femmes battues et maltraitées dans le couple est toujours que les violences se produisent dans le huis-clos privé familial, alors que dans ce dernier cas, tout s'est passé "outdoor" comme disait l'avocate de la famille sur BFMTV, tout le monde savait, avait les preuves, puisque ça se passait sur le lieu de travail, dans la rue, dans le voisinage et auprès de la famille de la victime, mais, terrorisme mâle obligeant, la police n'a pas bougé. Solidarité de classe ? Grande tolérance au malheur des femmes toujours soupçonnées de jouer un rôle dans les exactions qu'elles subissent ? 

A ce train, et au vu des événements qui se suivent et se ressemblent, je me demande s'il ne serait pas temps de laisser se déssécher dans leur coin ces ayant-droit incapables de faire face à leurs frustrations sans cogner ou tuer ? Pourquoi les femmes devraient-elles aller au casse-pipe ? Le jeu en vaut-il la chandelle quand une meurt tous les 3 jours sous les coups ? Quand on est face à un pathogène, une substance toxique ou dangereuse, on prend des précautions, on met en place des mesures prophylactiques, des "gestes barrières", de la "distanciation physique", on décontamine ! Pourquoi les femmes devraient elles être exclues de mesures de précaution mises en place par toute société préoccupée par la sauvegarde et la santé de ses citoyen-nes ? Pourquoi ne pourrions-nous pas être sur la défensive ? Pourquoi toujours se présenter comme accueillante et open alors qu'on a en face un agresseur potentiel à gros pédigrée ? Il est temps d'apprendre à évaluer la menace et à se défendre : légalement, juridiquement et physiquement. Même si on n'a pas à s'en servir, l'aptitude à se défendre sert à dissuader les potentiels agresseurs qui ont un don pour détecter la proie boiteuse. Se fabriquer son propre fluide glacial dissuasif a toujours un avantage, au moins le temps d'hésitation peut être mis à profit pour mobiliser des ressources, appeler à l'aide, répondre en cognant aussi, ou simplement fuir.

Aujourd'hui les femmes ne sont plus obligées de faire compagnonnage et famille pour trouver un rang dans la société. Nous pouvons désormais faire des études où nous sommes meilleures qu'eux, nous réussissons mieux nos concours et examens que les hommes (ça doit d'ailleurs les énerver et ne pas améliorer leurs dispositions à notre égard à mon avis ;( ; nous pouvons faire carrière où nous voulons, toutes sortes d'opportunités nous sont offertes de gagner notre vie, parfois en nous amusant et faisant des choses passionnantes (engagement associatif, public, politique, dans nos propres entreprises...) alors pourquoi en plus s'encombrer d'un mec qui peut se révéler un boulet, aigri au fil du temps, parce que la société l'a préparé à être un éternel ayant-droit ? Pourquoi les laisser nous boucher la vue avec ou sans pectoraux ? Quand à avoir des enfants, à pas loin de 8 milliards, on est peinardes, pas besoin d'en réinviter tout de suite. Le biotope est en train de périr sous notre omniprésence colonialiste envahissante. Il faudrait d'abord faire l'inventaire des stocks restants avant de convier des invités à un nouveau banquet. Et puis, ça fera des maltraité-es en moins, parce que là aussi, côté enfants, il y aurait à redire. 

Il y a un siècle, Virginia Woolf héritait d'une tante la somme de 500 livres qui la mettait à l'abri du besoin et donc du conjugo. Virginia voulait vouer sa vie à l'écriture et à l'art, avoir un bureau à elle. Aujourd'hui, nous n'avons plus forcément besoin de faire un héritage (quoique si ça se présente ne le refusez pas, en revanche, le partager ou en confier la gestion à Valentin peut être une très mauvaise manœuvre, voir ce qui est arrivé à cette pauvre Madame De Ligonnès !) ; aujourd'hui, nous avons infiniment plus de possibilités que Virginia Woolf  n'en avait il y a un siècle, avec tout son talent ! 

Aussi voici la déclaration d'indépendance de Virginia Woolf dans Un lieu à soi : comment se ménager un "ciel dégagé"

" Il faut que je vous dise que ma tante, Mary Beton, est morte en tombant de son cheval alors qu'elle se promenait pour prendre l'air à Bombay. La nouvelle de mon héritage m'est arrivée un soir, à peu près à l'époque où fut passée la loi qui donna le droit de vote aux femmes. La lettre d'un notaire tomba dans ma boîte aux lettres et quand je l'ouvris je découvris que ma tante m'avait laissé 500 livres par an pour toujours. Des deux -le vote et l'argent- l'argent, je l'avoue me sembla infiniment plus important. Avant ça, j'avais gagné ma vie en mendiant toute une variété d'étranges travaux auprès des journaux, ici sur une foire aux ânes, là sur un mariage ; j'avais gagné quelques livres sterling en écrivant des adresses sur des enveloppes, en faisant la lecture à des vieilles dames, en fabriquant des fleurs artificielles, en enseignant l'alphabet dans un jardin d'enfants. C'étaient là les principales occupations ouvertes aux femmes avant 1918. Je n'ai pas besoin, je le crains, de décrire en détail la difficulté du travail, car vous connaissez peut-être des femmes qui l'ont fait ; ni la difficulté de vivre de l'argent ainsi gagné, car vous avez peut-être essayé. Mais ce qui me reste encore comme pire blessure, c'était le poison de la peur et de l'amertume que ces jours généraient en moi. Pour commencer, toujours faire un travail sans envie de le faire, et le faire comme une esclave, à flatter et complaire, sans toujours de nécessité peut-être, mais la nécessité semblait réelle et les enjeux trop grands pour courir des risques ; et puis la pensée de cet unique talent -c'était la mort de le cacher- ce talent petit mais cher à celle qui le possédait -qui périssait, et avec lui mon moi, mon âme- tout cela devenait comme une rouille dévorant l'éclosion du printemps, détruisant l'arbre au cœur. Cependant, comme je l'ai dit, ma tante mourut ; et chaque fois que je change un billet de dix livres, un peu de cette rouille, de cette corrosion, est décapée ; la peur et l'amertume s'en vont. Vraiment, me disais-je en glissant les pièces d'argent dans mon porte-monnaie, quand je me rappelle l'amertume de cette époque, quel remarquable changement de caractère un revenu fixe peut apporter. Aucune force au monde ne peut me retirer mes cinq cents livres. Je suis logée, nourrie, blanchie pour toujours. En conséquence, non seulement cessent l'effort et le labeur, mais aussi la haine et l'amertume. Je n'ai besoin de haïr aucun homme ; il ne peut pas me blesser. Je n'ai besoin de flatter aucun homme ; il n'a rien à me donner. Ainsi, imperceptiblement, me suis-je retrouvée à adopter une nouvelle attitude envers l'autre moitié de la race humaine. Il était absurde de blâmer une classe ou un sexe dans son ensemble. Les grandes masses des peuples ne sont jamais responsables de ce qu'elle font.  Elles sont menées par leurs instincts, qui sont hors de leur contrôle. Eux aussi, les patriarches, les professeurs, ont eu des difficultés sans fin, et de terribles obstacles à affronter. Leur éducation, par certains aspects, a été aussi déficiente que la mienne. Elle leur a inculqué d'aussi grands défauts. Certes, ils avaient l'argent et le pouvoir, à un coût cependant, celui de nourrir en leur sein un aigle, un vautour, pour toujours leur dévorant le foie et leur déchirant les poumons- l'instinct de la possession, la rage de l'acquisition, qui les pousse à désirer les terres et les biens des autres, perpétuellement; à fabriquer des frontières et des drapeaux ; des vaisseaux de guerre et des gaz empoisonnés ; à offrir leur propre vie et celle de leurs enfants. 

Promenez-vous sous l'arche de l'Amirauté (j'avais atteint ce monument) ou toute autre avenue dédiée aux trophées et aux canons, et songez au genre de gloire célébrée ici. Ou regardez, au soleil du printemps, l'agent de change et le ténor du barreau s'enfermer pour faire de l'argent et plus d'argent et encore plus d'argent quand il est avéré que cinq cents livres par an suffisent à rester vivant sous le ciel. Ce sont là de déplaisants instincts à nourrir ; ils sont le fruit des conditions de vie ; du manque de civilisation, songeais-je en regardant la statue du Duc de Cambridge, et en particulier les plumes de son bicorne, avec une fixité qu'elles ont rarement reçue jusque-là. Et comme je prenais conscience de ces obstacles, graduellement la peur et l'amertume se changeaient en pitié et tolérance; et au bout  d'un an ou deux, c'en était fait de la pitié et de la tolérance, pour laisser place au véritable lâcher-prise, qui est la liberté de penser les choses en elles-mêmes. Cet édifice, par exemple, est-ce que je l'aime ou pas ? Ce tableau est -il bon ou non ? Ce livre, à mon avis, est-il bon ou pas ? Vraiment, l'héritage de ma tante m'a dévoilé le ciel, et a mis à la place de la vaste et imposante figure d'un monsieur, que Milton recommandait à mon adoration perpétuelle, la vue d'un ciel dégagé. "


Une excellente lecture, décapante et radicale : Un lieu à soi - Virginia Woolf, nouvelle traduction par Marie Darrieussecq chez Denoël Editeur. 

samedi 27 mars 2021

Capharnaüm : je veux porter plainte contre mes parents pour m'avoir mis au monde.

Cette semaine, c'est un film qui m'a tapé dans l'œil  !


Scène de tribunal : Zain, garçon de 12 ans (c'est ce qu'il pense, il n'a jamais été enregistré à l'état civil, et il en paraît 10) sorti de prison, arrive menotté devant un juge, ses père et mère sont dans l'assistance. L'enfant s'adresse au juge : " je peux porter plainte contre mes parents pour m'avoir fait naître. La seule chose que j'ai entendu, c'est 'dégage d'ici, fils de pute' dit-il au juge. Je veux que les gens qui sont incapables d'élever des enfants n'en aient pas". 

Né dans un bidonville de Beyrouth, Zain survit au milieu d'une famille innombrable, entre ses frères et sœurs qui dorment serrés les uns aux autres sur des matelas étalés au sol la nuit, ses journées se passant à tenter d'acheter ou marchander de la nourriture contre de menus services aux commerçants dans les rues grouillantes et sales, entre les abris de tôle et de cartons ; le soir quand il rentre c'est pour tâter des torgnioles de son père qui le traite communément de "fils de pute" devant sa mère. Zain est un grand récalcitrant lucide à la langue bien pendue, il fait la gueule, ne sait pas sourire. Il ne connaît pas l'insouciance de l'enfance. Les choses se gâtent encore plus alors qu'il rentre un soir et qu'il voit sa sœur cadette de 11 ans maquillée, pomponnée, présentée à un mec de 40 ans. Pressentant ce qui va se passer, il engueule tout le monde, et tente de dissuader sa petite sœur de jouer le jeu des présentations. Finalement, la fillette s'en va, suppliée par Zain qui tente en vain de la retenir. Révolté contre ce dernier coup familial, il part de chez ses parents avec son baluchon dans un sac poubelle. La suite du film montre Zain survivant dans la rue, recueilli par Rahil, migrante éthiopienne sans papiers bientôt virée par son "référent" pour qui elle travaille chez des bourgeois beyrouthins, et qui a sa vie entre ses mains puisqu'elle n'a aucun papier et qu'il lui a confisqué son passeport. La dame a un bébé, Yonas, non sevré, qu'elle confie à Zain quand elle travaille. Jusqu'au jour où Rahil ne reparaît pas. Zain est en charge de bébé Yonas : le nourrir au biberon alors qu'il a toujours tété le lait de sa mère, et lui assurer des couches propres. Une épreuve évidemment. D'autant qu'un commerçant trafiquant de chair humaine lui propose de l'argent contre le bébé, Zain refuse. Il construit de ses mains avec des ustensiles récupérés un véhicule dans lequel transporter le bébé avec lui, et quand il doit s'éloigner pour chercher leur pitance, il attache Yonas par le pied au chariot. A bout de ressources, il finit par céder, la mort dans l'âme, Yonas au commerçant qui le lui demandait et rentre à la maison. Pour y apprendre que sa sœur est morte de sa grossesse à l'entrée de l'hôpital où on l'a refusée pour manque de papiers d'identité. Zain saisit alors un couteau et va tenter de tuer le "beau-frère" pédophile arrivant juste à le blesser, c'est la raison pour laquelle il est devant un juge et qu'il inverse le procès, c'est lui qui demande qu'on juge ses parents pour l'avoir fait naître. 

" Je ne veux pas que mes parents aient d'autres enfants ; la vie, c'est de la merde ". " T'as pas de cœur, t'es un monstre ", hurle-t-il à sa mère qui lui annonce dans sa prison qu'elle est de nouveau enceinte et qu'elle attend une nouvelle petite sœur pour Zain. Le rêve de Zain, c'est d'aller en Suède : " les enfants meurent de mort naturelle là-bas " dit-il dans un contre-sens qu'il ne perçoit pas. Noir, très pessimiste, cash, pas un gramme de guimauve, sans concession. Les seules bonnes nouvelles, c'est que Rahil réapparaîtra et qu'elle retrouvera son bébé Yonas. 

Film coup de poing, juste et poignant, on se demande durant tout le film quand la metteuse en scène va mollir, vu la charge livrée ici contre la sacro-sainte parentalité, sur le sort que les humains réservent à leur enfants, sans aucun compromis ni aucune mièvrerie. Zain accuse ses parents et ce monde de misère qui l'a si mal accueilli lui, le bébé Yonas et sa sœur, vendue par ses parents à un pédophile contre mariage précoce et prise en charge du fardeau. Car c'est ainsi que les humains traitent leur progéniture, comme un compte en banque, une marchandise aliénable au plus offrant. 

Formellement, le film tourné dans un bidonville de Beyrouth, est magnifiquement mis en scène ; Nadine Labaki sait faire bouger sa camera et nous offre des plans séquences virtuoses et de toute beauté. Elle mérite ses trois prix, dont le prestigieux Prix spécial du Jury de Cannes 2018. Merci à ARTE de l'avoir diffusé. On ne le retrouve pas en accès direct sur leur plateforme, mais sur des sites de cinéma en VOD. 

Depuis le tournage du film, la situation à Beyrouth s'est encore aggravée par la destruction du port, due à l'explosion de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium en août 2020. Si chez nous, il n'y a pas de situation couramment comparable, on peut tout de même penser que les quatre enfants de Magali Blandin, dont le père a tué la mère le 10 février 2021 de deux coups de batte de baseball, pourraient tenir le même discours que celui de Zain. Cette odieuse affaire de féminicide, qui a eu lieu en Ille et Vilaine, démontre une fois de plus que des pater familias pervers narcissiques violents tuent la mère de leurs enfants, et que ce n'est pas rare. Incestueux, violeurs, alors même que la société leur reproche d'être absents, je me demande si ce n'est pas mieux qu'ils ne soient pas là ! Mais le mieux est de ne pas les mettre au monde, Zain a raison, les faire naître juste parce qu'on a un appareil génital et qu'on ne sait rien faire d'autre est la pire des motivations. Foutez la paix aux enfants à naître les parents, ils vous le demandent, occupez-vous de ceux qui sont déjà là et que personne n'a accueillis dans la dignité, l'intégrité physique, la sécurité, un toit, et de quoi manger. Ils n'ont besoin de rien d'autre. Foutez nous la paix avec vos protestations d'amour, plus personne n'est dupe. 

La semaine dernière dans un coin d'écran j'ai aperçu le témoignage d'une femme battue et incestuée avec sa sœur par son père durant des années, leur mère complice : la justice a condamné le père abuseur violeur à seulement deux ans de prison, considérant qu'elles étaient consentantes. La culture de l'insémination et de la dégradation par le viol fait des ravages. A la fin de l'interview il était précisé à son de trompe que cette dame était l'heureuse mère de cinq enfants. J'en suis restée commotionnée ; on sait que le viol et l'inceste sont épidémiques, que le traumatisme laisse des traces, suit les générations et expose d'autres victimes à subir le même crime, l'affaire Laeticia Perrais le confirme à souhait, le viol était endémique dans la famille. La propagande patriarcale nataliste bat toujours son plein, sans aucun recul, aucune prophylaxie, ni aucune mise en garde aux victimes qui, sûrement, compensent ainsi le délaissement que des parents lobotomisés par la propagande, irresponsables et indignes, leur ont infligé dans l'enfance, en s'entourant d'enfants béquilles, alors qu'elles sont extrêmement fragiles, proies désignées de nouveaux agresseurs. La maltraitance humaine aux enfants est une histoire sans fin. 

lundi 15 mars 2021

La Retenue : récit d'un inceste

 " Lorsque j'ai dit à ma grand-mère ce qui se passait, juste avant mes 14 ans, une bombe a explosé. Sa réaction dans le lieu clos de la voiture a été fracassante : 'Tu l'as bien cherché.' "


C'est le récit en 140 pages d'un inceste qui se commet durant 7 longues années, des 7 aux 14 ans de l'autrice, et de la sortie de l'état de victime par une rupture familiale longue, chaotique et difficile, et enfin le récit et la dénonciation par l'écrit des faits subis. La sortie du livre était programmée aux Editions des Femmes, seul "éditeur militant", écrit Corinne Grandemange, à avoir accepté de la publier, bien avant de savoir qu'il y aurait une affaire Duhamel / Kouchner. 

L'autrice victime est issue du même milieu social, et les faits se passent à la même époque que dans l'ouvrage de Kouchner, les années post-soixante-huit, années érotiques. Le grand-père est un écrivain connu sur le tard, on ne saura pas qui, tout est anonymisé, ce qui permet de se concentrer sur le crime et les circonstances de son accomplissement. Une grande famille recomposée, à gros capital culturel donc, la grand-mère aristocrate bohème, admirée et adorée, ayant eu des enfants de plusieurs lits, malgré ses conditions de vie précaires, et aimant les recevoir tous sous le même toit dans une grande gentilhommière qu'elle a réussi à acheter et restaurer. L'oncle cadet, ils ont dix ans d'écart, est logé au même étage que sa nièce dont il abuse. Tout le monde couche avec tout le monde. Evidemment, tout le monde sait ou a un sérieux doute, mais dans le huis-clos familial élargi, personne ne parle, personne ne donne l'alerte. Ce qui arrive est la faute de la victime, tel qu'énoncé par la grand-mère au moment de l'annonce. Pas de porte de sortie, hormis par l'écriture et la publication, l'oncle sera sermonné à huis-clos par sa mère, personne ne présentera de regrets ni d'excuses. La Famille, lieu clos de toutes les turpitudes, lieu d'amoralité, mais sacrée, intouchable. 

Il y a dans ces récits d'inceste deux énigmes anthropologiques à mon avis. Corinne Grandemange en pose une : comment peut-on avoir du désir sexuel pour un-e enfant ? Je rajouterais pour ma part, par quel archaïsme issu des cavernes, les hommes sautent-ils ainsi sur tout ce qui bouge, 
sans états d'âme ? Pourquoi les femmes sèment-elles aussi avec insouciance pour dire le moins, les enfants, et donc le malheur dans pas mal de cas, alors que généralement, elles vivent dans une grande faiblesse économique et dans une grande précarité, et qu'elles les laissent ainsi évoluer dans un environnement toxique avec insouciance ? De mon point de vue, ce sont deux énigmes anthropologiques totalement sans réponse. Un autre archaïsme est celui de ces femmes solidaires quoiqu'il arrive, solidarité de femelles envers les mâles auxquels elles sont alliées par mariage, ou qu'elles ont mis au monde. Mais ce dernier s'explique selon moi, et sans leur trouver d'excuses, par la domestication multimillénaire à laquelle nous avons été soumises, par eux, pour leur reproduction. Cela pèse lourdement sur notre psyché, bien que de en plus de femmes, d'autant plus méritantes d'aller à contre-courant, se soulèvent contre cette aliénation, dénoncent, défendent leurs enfants avec acharnement devant une société tolérante à l'inceste au motif que la famille est un lieu d'amour et de sécurité, alors qu'on sait que ce n'est pas toujours vrai. Le déni et le silence ne protègent que les agresseurs. Le sentiment d'impunité chez les inces-tueurs est total. 

" Il se relève et me regarde. Il me dit que de toute façon un jour je le dénoncerai. Il est debout face à moi. Je suis toute nue sur le lit. Je sais qu'il a raison. Un jour je le dénoncerai. 
Il y a ses mots qui cognent : 
"Non je ne t'aime pas. Je t'aime bien "

Aux Editions des Femmes. Une écriture précise, "sans gras" seul conseil 
-d'écrivain- donné par le grand-père, indifférent par ailleurs au ressenti de sa petite fille. Corinne Grandemange se consacre désormais à l'écoute de jeunes enfants à mi-temps pour l'Education Nationale et à la poésie. 

dimanche 28 février 2021

Un voile sur le monde

J'ai lu ce livre-enquête de Chantal de Rudder, grande reporter, ancienne rédactrice en chef du Nouvel Observateur, qui vient de paraître aux éditions de l'Observatoire


Chantal de Rudder "bâchée" la plupart du temps lors de ses rencontres pour écrire son ouvrage, nous entraîne dans un passionnant voyage à travers l'histoire et les géographies. 

Comment le voile a progressé là où on ne l'avait jamais vu, là où ne le voyait plus ? 

Tout commence en 1979 en Iran par la "révolution" ultra-conservatrice de l'Ayatollah Khomeiny arrivant en Iran de Neauphle-le-Château, où il fut hébergé durant 4 mois par la France, Iran d'où il chasse le tyran tortionnaire pro-occidental Reza Shah. Les femmes qui participaient à la révolution islamique en manifestant massivement voilées de la tête aux pieds, firent elles aussi un accueil triomphal au barbu, le premier février 1979 à Téhéran. Le 7 mars, l'Ayatollah décrétait le port du voile obligatoire ; le 8 mars 1979, les femmes redescendaient dans la rue tête nue pour protester contre cette atteinte à leur liberté. Les mollahs reculent ; ils mettront 10 ans pour arriver à leurs fins, voiler les iraniennes. L'Iran et l'Arabie saoudite (le frère ennemi) sont les seuls pays à l'avoir rendu obligatoire. Aujourd'hui, les femmes iraniennes se battent pour reconquérir des droits qu'elles croyaient acquis puisqu'elles les avaient obtenus 20 ans avant la "révolution" iranienne. Pour commencer, enlever son voile dans la rue via le mouvement #WhiteWednesdays" où elles portent un foulard blanc les mercredis en signe de protestation. On est 40 ans après. Les droits des femmes, jamais acquis.

[ Mesdames, je fais ici une incise : toutes les révolutions que nous avons faites en solidarité avec les hommes, de la Révolution française, en passant par les algériennes combattant pour l'Indépendance de l'Algérie dans les années 50, à la pseudo-révolution islamiste iranienne et tant d'autres, ont tourné à la fin à notre renvoi à la cuisine et au gynécée. Même après la révolte antiautoritaire de 1968, les femmes se sont retrouvées couvertes de mômes issus de plusieurs pères, en train de les élever dans des ashrams pendant que les mecs buvaient des bières. Prendre des pavés dans la figure, être torturée ou embastillée, avoir été guillotinée (Olympe de Gouge) ne suffisent pas, il faut être encouillé, et nous on ne l'est pas ! Les hommes se contentent de remplacer les pères par les fils, les hommes d'avant par les hommes d'après, ils ne font pas de révolutions. Aussi, arrêtons de gober leurs bobards, arrêtons de courir derrière eux et de s'attribuer les  symboles de leurs "révolutions" ça finit toujours par un retour à la production de futurs petits révolutionnaires / ouvriers / croyants. Au moins Daech était franc du collier : les femmes selon une solide tradition de bédouins éleveurs de chèvres, lecture littérale et d'époque du Coran oblige, y étaient dédiées à la seule ponte. Les militantes d'extrême-gauche qui prônent aux côtés de leurs bons camarades la démolition du capitalisme, le patriarcat suivra au-to-ma-ti-que-ment (elles m'embêtent avec ça sur Twitter) feraient bien d'y réfléchir à deux fois. D'autant qu'à force de soutenir le voile au nom du "libre-choix", elles vont finir "bâchées " et les autres avec ! Les luttes des femmes pour leur autodétermination ne sont pas secondaires, subordonnables à celles des hommes, elles sont primaires et affaire de femmes. Fin de l'incise.]

Chez les Saoud, " ces similis-wahhabites salafistes pharisiens amerloquisés " selon Daech (on s'adore entre salafistes, c'est fou !) la coquetterie est permise au contraire de chez ces coincés d'ayatollahs chiites iraniens. Dessous, parce que dessus c'est niqab obligatoire. On ne montre que les yeux. D'ailleurs en arrivant à Riyad, une saoudienne enquêtée s'empresse d'offrir à notre grande reporter une tenue compatible sunnisme wahhabite alors que Chantal de Rudder arbore partout la même tenue noire râpée chiite iranienne, en s'étonnant des regards torves que provoquent sa tenue. Elle rencontre ces femmes saoudiennes très éduquées qui tentent leur émancipation dans une implacable théocratie combinant une lecture littérale du Coran du temps des transports à dos de chameaux, tout en affichant tous les éléments de la modernité : villes gigantesques ultra-modernes gagnées sur le désert, 5G, téléphones cellulaires, Internet et gros SUV ! " Les femmes du pays ont la démarche du crabe, elles avancent en faisant des pas de côté ", impossible d'être frontales (elles en sont tout de même à se battre pour pouvoir conduire leurs voitures elles-mêmes !), aussi ces femmes occidentales qui " font perdurer une époque de plomb " dont elles-mêmes essaient de se débarrasser leur insupportent ; les voilées françaises n'ont pas la cote :" Je déteste ces européennes en burqa, ces filles se font manipuler, on ne leur vend pas l'islam mais une identité qui n'est pas la leur, " affirme Sheika.

D'Iran à Grenade en Andalousie, où un rond-point sert de pèlerinage aux décoloniaux, on passe d'abord par la Belgique gangrenée par le salafisme, où l'on apprend l'accord historique entre le pieux roi catholique Beaudouin et les rois saoudiens, accord qui a mis sous tutelle saoudienne les musulmans du pays, " solidarité habituelle de calotins" ; puis par le Danemark, petit pays de 6 millions d'habitants qui a payé le prix fort au terrorisme islamique, et dont le welfare state généreux attire les émigrés venant de pays en guerre : son actuel gouvernement de centre droit qui mène une politique volontariste et pragmatique contre les ghettos a institué des cérémonies de naturalisation où serrer la main de toutes les personnes présentes est obligatoire, la covid a d'ailleurs suspendu ces cérémonies jusqu'à nouvel ordre tellement ils ne plaisantent plus sur le sujet de l'égalité femmes hommes ; par la Bosnie musulmane où les accords de Dayton ont figé la situation de la fin de guerre et qui subit plein pot l'influence de la Turquie et celle concurrente des saoudiens qui y financent des mosquées géantes, où le voile islamique jilbeb fait une grande progression au nom de l'identité musulmane. Islamisation par la guerre. Par la Grande-Bretagne gangrenée par le communautarisme où les tribunaux chariatiques sont tolérés, tribunaux dont les jugements sont toujours défavorables aux femmes, mais qui, prétexte, soulageraient la justice britannique mise à mal par les restrictions budgétaires imposées par les régimes néolibéraux. Alliance du libéralisme ultra et des religieux, des pétrodollars et de McWorld. Par les USA enfin où perdure la " bigoterie de la race ". 

Enfin, le dernier et étonnant chapitre chez les décoloniaux à Grenade où ils tiennent un séminaire décolonial, où parvient avec difficulté à s'infiltrer de Rudder en planquant sa judéité, invoquant sa famille berbère dans son dossier de candidature. Ce chapitre nous apprend plein de choses sur ce mouvement fondé par un portoricain, et nous mène au bout d'un voyage où Chantal de Rudder a repris son métier de grand reporter, ses carnets d'adresses et ses souvenirs d'ancienne journaliste ; on comprend comment les révolutions, mais aussi les guerres (Bosnie), la fin de la guerre froide, tous les soubresauts de l'histoire, l'argent des pétro-monarchies qui coule à flot et permet de tout acheter, les démissions occidentales ravagées par le consensualisme, la mollesse sur les principes, la mauvaise conscience et les compromissions, l'impuissance rigidifiée, ont permis le retour de la bigoterie, du religieux, et du coup, à ce vieux stigmate des femmes (le voile est pré-islamique évidemment), d'être revendiqué comme un gage de révolte, un attribut féministe et révolutionnaire. Ce qu'il n'est pas. " C'est fascinant ce pouvoir de détourner les mots, de dévoyer des valeurs ". Il faut réaffirmer haut et fort que les lois qui limitent le port du voile dans l'espace républicain sont faites pour protéger celles qui ne le portent pas du prosélytisme de l'islam radical, rien de moins. Celles qui le portent en étendard revendiquent une limitation, pas une émancipation. 

Le soft power, les femmes instrumentalisée par des vieux barbus, ça vous a tout de suite une allure (trompeuse) pop et moderne, plus en tous cas que les ensoutanés que plus personne ne supporte, surtout dans les pays musulmans qui n'en finissent pas de s'émanciper du joug de la religion et des tyrannies, les Printemps arabes des populations urbanisées nous l'ont clairement montré en 2011, 2012, tandis que les campagnes résistaient comme en Turquie ; il n'y a que la petite Tunisie qui a accouché du sien dans la douleur. La démocratie est un long chemin. Chantal de Rudder écrit un livre plein de verve, résolument impertinent, avec même un solide sens de l'humour, où chaque chapitre est bouclé comme dans une série, on peut donc choisir son ordre de lecture. Ce qui frappe tout de même, c'est la haine générale que provoquent les femmes, et ce besoin fanatique des hommes de nous soumettre, de surveiller nos corps, tandis qu'eux s'autorisent toutes les privautés, ne s'interdisent rien ou presque !

Le capitalisme s'accommode très bien de la post-modernité et de la bigoterie : 

" L'essentiel pour McWorld, comme le soulignait Benjamin Barber, c'est d'agrandir sa clientèle. L'Institut Thomson-Reuters évalue le marché mondial de la mode islamique à 484 milliards de dollars pour 2019. En toute logique économique, les marchands de la mosquée -comme on dit les marchands du temple- prolifèrent désormais, tous avides d'occuper désormais ce nouveau créneau porteur de la consommation. Dans les sweatshops du Tiers-monde, de pauvres créatures piquent et cousent du hijab au kilomètre pour qu'en Occident et ailleurs des femmes affichent leur musulmanité orthodoxe. " Révolutionnaire, vous avez dit ? 

A lire donc, pour remettre les pendules à l'heure. 

Les citations du livre sont en caractère gras et rouge

samedi 13 février 2021

Une bonne question

Comment 

empêcher les hommes 

de violer et de tuer ? 

Une twitta influente a vu son compte suspendu par Twitter il y a une quinzaine de jours pour avoir envoyé le tweet "comment empêcher les hommes de violer ?" Aussitôt le compte suspendu, branle-bas de combat parmi les féministes qui se sont coalisées pour envoyer le même tweet en mettant Twitter et Twitter France en copie, histoire de voir s'ils allaient suspendre tous leurs comptes. Au bout de 48 heures environ, l'émettrice était rétablie dans ses droits de publication, et un autre jour plus tard, Twitter présentait ses plates excuses. La twitta en question aurait écrit "comment empêcher les "barbares, jeunes, individus, personnes, mauvaises rencontres, au pire le désuet lascars, tous vocables permettant un superbe noyage de poisson à la place d'hommes, ça passait crème ! Les algorithmes modérateurs de Twitter n'y auraient vu que du bleu. Mais désigner l'ennemi aussi frontalement, les modérateurs, surtout devrais-je dire, les algorithmes des modérateurs ont des vapeurs ! Comment, comment, on sous-entendrait aussi brutalement que les hommes violent ? Verboten. Interdit.  Accoler le mot homme au mot violeur ou tueur, c'est prohibé. Jeunes, individus, barbares, sauvages..., pas de problème, le "loup solitaire" sert aussi beaucoup pour désigner le terroriste free lance, le porc aussi évidemment, cet animal réputé dégoûtant avec "balance ton porc", et dernièrement on voit apparaître "rapaces" : tout ce qui permet de faire diversion est parfaitement toléré et même encouragé. Les renvoyer à l'ordre animal, "ils se comportent comme des animaux" entend-on, est tout bénéfice : comme il est de bon ton de tuer des animaux pour la table, la chasse, par pur sadisme, très toléré par la société quand il s'agit de bêtes, le sadisme et la cruauté étant pratiqué par la classe sociale hommes en majorité, mais personne ne faisant même semblant de voir le lien, pas de problème donc pour les animaliser, au contraire, cette habitude justifie A POSTERIORI, la façon dont nous traitons les bêtes ! 

Satané conflit de loyauté

Et puis, des hommes on en a à la maison : on les épouse, on reproduit leurs troupes, avec de gros coups de pas de bol, on les approvisionne en miliciens du patriarcat, alors que faire, comme disait Lénine ? What should we do ? A part se battre les flancs et pleurer quand la gendarmerie sonne à la porte au petit matin pour apprendre aux mères, aux épouses, aux fiancées que Valentin est de fait un braqueur de banque, un violeur, voire un tueur en série, et que "désolé Madame, nous l'avons confondu par son ADN, test fiable à 99,99 %, on a été obligés de le fiche en prison pour la sauvegarde de la société, il ne rentrera pas". Comme dans cette affaire Chillou de Saint-Albert, "cold case" résolue 19 ans après, le tueur présumé, son ADN retrouvé sur la scène de crime, coulait des jours heureux, indétecté, auprès de sa femme et de ses filles interviewées dans le documentaire en question ! Ca a un nom : CONFLIT de LOYAUTE. Comment vivre avec eux tout en reconnaissant que oui, on en côtoie tous les jours dans la  rue au boulot à la maison à l'église à la mosquée au temple dans les occasions sociales où ils portent beau : des incestueurs, des violeurs, des batteurs de femmes, ces crimes étant très répandus, et même des tueurs de l'ombre et de la nuit, des tueurs d'occasion, des opportunistes, faisant régner le terrorisme viril sur les quelques-unes qui seraient tenter de se faire la belle hors du conjugo, mariage devant le maire et le curé, ou de la main gauche, ou même en pratiquant le féralisme * ! "Une femme sans époux est comme une vache sans propriétaire", d'ailleurs les préfets butent au fusil ces vaches qui prétendent pouvoir vivre dans leurs pâtures sans qu'on mette des barrières électrifiées autour ! Non mais quel culot ? Où va-t-on si on laisse les femmes sans propriétaires ? En tuer une est un avertissement sans frais à toutes les autres. Ainsi font-ils régner la terreur. 

Tiens, je vous ai trouvé un article du Monde (Le Monde himself !), un bijou de cet art de noyer le poisson et de brouiller les pistes. Epidémie de COVID et épidémie de violences "conjugales" et "sexuelles" : si vous trouvez dans l'article un indice sur qui viole, sur qui cogne, et sur qui ils cognent, je vous paie des prunes, quelle que soit la saison. Dépêchez-vous de le lire avant qu'ils le mettent en réservé aux abonné-es ! Une merveille d'application du neutre. Parce que le neutre sert à ça : à brouiller les pistes, à laisser sous-entendre que les tueries, les viols, la violence en général, seraient symétriquement partagé-es à égalité par les deux sexes. Or, malgré un bon siècle de féminisme, il faut le reconnaître, les femmes sont bien plus calmes que les mecs ; et si les femmes fournissent leur contingent de criminelles, ce n'est pas du tout dans les mêmes proportions. 

Autre argument mis au neutre sans bien entendu préciser que la population carcérale c'est 97 % d'hommes donc seulement 3 % de femmes, cette phrase programmatique des politiciens de gauche en général : "la prison, c'est la fabrique de la récidive", pour ces prétendus humanistes anti-prisons. Oubliant toutefois de préciser que les femmes sortant de prison ne RECIDIVENT PAS, elles. Le plafond de verre sévit là aussi. Mais les femmes fournissent les gros bataillons des victimes aux hommes violents pour la raison spécifique qu'elles sont des filles ou des femmes, les crimes et violences qu'elles subissent étant spécifiques à leur classe sociale d'opprimées, prétextes qu'ils entendent bien transmettre aux générations futures -s'il y en a des générations futures d'ailleurs, ce qui n'est pas garanti, étant donné qu'ils ont le pouvoir partout, et qu'ils sont en guerre perpétuelle entre eux, avec les femmes, et avec la biodiversité animale et végétale ! 

Rien n'existe qui n'ait été nommé

Ainsi fonctionne le langage performatif humain. Il suffit de dire pour qu'advienne, que se réalise l'énoncé. Je le déclare ici, le neutre pris en français par le masculin est une forfaiture. Il est temps de nommer le problème. On ne peut pas s'attaquer sérieusement à un problème si on ne le nomme pas, vu que ne pas le nommer implique tout simplement qu'il n'existe pas. La violence masculine impossible à nommer n'existe tout simplement pas. Les femmes rasent les murs, les femmes mettent en place des stratégies d'évitement, les femmes subissent dans le silence de la société les pires entraves à leur liberté et à leurs possibilités d'êtres humains, les femmes vont à l'équarrissage, les femmes se taisent, mais surtout les femmes ne peuvent pas dire, le neutre agit comme un bâillon en occultant, le conflit de loyauté fait le reste.

Syndrome de Cassandre, pavé sur la langue, bâillon sociétal. Mutisme. Silencio. Omerta. 

J'ai lu cette semaine le petit ouvrage nécessaire de Martine Storti, Pour un féminisme universel, 103 pages chez Seuil, Collection La république des idées. Cet ouvrage est très utilement argumenté pour se sortir des débats étatsuniens étouffants et hors sol sur l'intersectionnalité vu que nous nos deux pays n'ont pas la même histoire, des anathèmes sur les "féministes bourgeoises blanches" nous faisant oublier qu'on a toutes les mêmes oppresseurs, nous imposant de nous taire au motif qu'il y a aussi des opprimés dans la classe sociale hommes, et tentant de ce fait de nous diviser, stratégie toujours payante et toujours renaissante des agent-es du Patriarcat. Martine Storti aborde en fin d'ouvrage le neutre, pas dans la même perspective que moi mais indiscutablement ça marche aussi dans ce sens : 

" Le neutre n'existe pas. Cependant il peut servir. Par exemple, il a longtemps été utile en France, il l'est encore pour refuser la féminisation des mots, en particulier des mots désignant des professions ou des fonctions. Le neutre est un tour de passe passe pour NE PAS rendre VISIBLE le masculin, et pour déguiser le pouvoir qui va avec. Ainsi, la secrétaire du secrétaire d'état, le même mot qui, décliné au féminin ou au masculin, n'indique pas seulement une différence de métier ou de fonction, mais bien une HIERARCHIE. Dire "la" secrétaire d'état a pris du temps. Et tant d'autres exemples. Ainsi, pendant longtemps, on a dit "directrice" d'école élémentaire ou de crèche, mais "directeur" d'administration centrale ou "recteur". De même, "ambassadrice" pour désigner l'épouse d'un "ambassadeur", mais pas la fonction exercée par une femme. " Les majuscules et les caractères en gras sont de mon fait. 

Maintenant relisez ce billet en gardant en tête la phrase en gras et les négatifs en majuscule. Oui, en matière de délinquance le neutre est aussi une façon volontaire de rendre invisible le masculin. 

* On dit d'un animal qu'il est féral quand il est passé de l'état domestique à l'état sauvage. 

mercredi 27 janvier 2021

Lee Miller, artiste amoureuse vampirisée



J'ai trouvé ce roman-biographie de Lee Miller sur une étagère de ma bibliothèque municipale, je l'ai dévoré en deux jours. Lee Miller est une artiste photographe (1907-1977) qui eut à la fois le bonheur et le malheur de rencontrer en 1929, alors qu'arrivant des Etats-Unis son pays de naissance, elle vient juste de s'installer à Paris, Man Ray, né Emmanuel Radnitsky, peintre, sculpteur et photographe, 1890-1976, dont elle devient l'assistante mal payée, puis l'amante passionnée pendant quelques mois. Une liaison fulgurante et féconde pour les deux artistes. Le père d'Elizabeth Miller est photographe et elle est elle-même ancienne mannequin de Vogue Magazine ; elle est tombée dans la photographie toute petite et n'en est jamais sortie. Elle arrive à Paris avec un vieil appareil de son père, dont elle ne sait pas bien se servir mais dont elle ne se sépare jamais. Elle apprend avec Man Ray les techniques photographiques : réglages des appareils, exposition, développement, produits chimiques ; au début, elle partage la même chambre noire dans l'atelier de Man Ray. Elle y développe ses propres photos prises dans les rues parisiennes des quartiers qu'elle hante, Saint Germain, la Sorbonne, le Jardin du Luxembourg, le Quartier latin. Elle invente la technique de solarisation à la suite d'une erreur de calcul de temps d'exposition, (beaucoup de trouvailles géniales sont dues à des erreurs) qu'elle va essayer de reproduire parce qu'elle trouve le résultat intéressant artistiquement. Le procédé de solarisation " consiste à obtenir une inversion partielle ou totale du noir ou blanc sur un négatif ou un tirage photographique " en obtenant sur certains clichés un détourage noir ainsi que montre la photo de Lee Miller reproduite sur la couverture ci-dessus du roman de Whitney Scharer, ou comme ci-dessous : 


deux portraits de Lee Miller par Man Ray selon le procédé Lee Miller. La brouille puis la séparation entre les deux artistes interviendront lorsqu'elle réalise qu'une de ses séries de photographies "The Bell Jar Series" a été envoyée par Man Ray sous sa signature à lui, à une galerie d'exposition de Philadelphie, et qu'un prix lui est attribué pour cette oeuvre.  

Le roman nous fait vivre la période Man Ray de Lee Miller, dans le Paris des Surréalistes : elle fréquente André Breton et sa bande d'artistes : Kiki de Montparnasse, Philippe Soupault, Claude Cahun, Tristan Tzara (mouvement Dada).., et elle tourne brièvement avec Jean Cocteau dans son long métrage Le sang d'un poète où elle joue le rôle d'une statue qui marche ! 


La vie romanesque de Lee Miller se prête à ce type de biographie romancée : les différents chapitres sont intercalés avec sa vie d'après. Devenue grand reporter pour l'Armée américaine à partir de 1942, elle suivra l'armée de libération US à travers toute l'Europe pour le magazine Vogue qui lui achète ses photos. Rien de glamour désormais : elle met son œil imparable et tout son art à capturer les destructions des alliés et des armées en débâcle de Hitler, d'Angleterre à Saint-Malo et à Cologne dont elle photographie les ruines, à Munich où elle prend un bain dans la villa de Hitler ; elle est la première à entrer à Dachau en 1945 et à découvrir et photographier l'horreur des camps. 

Toute sa vie, Lee Miller souffre du "syndrome de l'imposteur": tout en se sachant au fond d'elle artiste avec un grand talent, elle a du mal à revendiquer son oeuvre ; elle a été abîmée à 7 ans par un viol commis par un "oncle" sans doute ami de la famille appelé ainsi, ce qui en fait un inceste. Ceci explique sans doute ses prises de risques et sa désignation en tant que proie à un artiste dominateur et peu scrupuleux. Une simple recherche sur Internet et on s'aperçoit que les oeuvres de sa période surréaliste sont impossibles à discerner de l'oeuvre de Man Ray. Pas mal de ses clichés sont encore attribués à Man Ray, ou ont une double signature. 

Ce premier roman de Whitney Scharer "The age of light", paru en français en 2019, est une réhabilitation d'une belle artiste effacée de l'HIStoire. Il fait oeuvre utile et se dévore d'un bout à l'autre. Il donne envie d'en savoir plus et de faire des recherches sur Internet sur cette artiste magnifique à deux niveaux : une femme à visage androgyne en lame de couteau prenant remarquablement la lumière intéressant les hommes de ce fait, et une artiste talentueuse par elle-même. 

Tandis que Man Ray délaisse progressivement la photo comme moyen d'expression artistique à mesure que l'appareil se démocratise, Lee Miller, elle, s'en empare pour témoigner auprès du public des horreurs de la guerre. 


Lee Miller sur le front avec des soldats américains 
Anthony Penrose - Source : Ouest-France

Lee Miller - Saint-Malo - 1944

Lee Miller - Femme tondue Rennes - 1944

" I would rather take a picture than be one " 
Lee Miller. 

Liens : Photos trouvées sur le site Zoom photographe : Lee Miller.

Page du roman aux Editions de l'observatoire 

dimanche 10 janvier 2021

Billet sur Jeanne d'Arc, garanti sans bondieuserie !

Inutile de vous dire que le personnage Jeanne d'Arc en France, c'est mort. Confisquée par l'extrême-droite pour servir leurs propos nationalistes et souverainistes, du coup, boudée par les féministes françaises pour ces raisons, et parce qu'elle sent un peu trop le vieux bénitier, c'est le repoussoir intégral. Heureusement, on a les étatsuniennes pour rétablir un peu les fléaux de la balance. Jeanne a toujours été maltraitée : de son vivant, où à part quelques victoires militaires, elle est brûlée vive à 19 ans pour transgression de son ordre social (on ne disait pas classe à l'époque) condamnée par un évêque de l'Eglise catholique, que les anglais qu'elle combattait, et à qui elle fut vendue et livrée, ont trouvé commode de faire exécuter à leur place. Ca arrangeait tout le monde que cette femme conduisant une armée disparaisse. Maltraitée post-mortem : elle a d'ailleurs embêté l'Eglise durant 500 ans. Un procès en réhabilitation aura lieu 25 ans après sa mort, puis l'église finira par la canoniser en 1920. Cinq siècles se seront écoulés. Comparez avec Jean-Paul 2 ! 

Présentée comme mystique, entendant et obéissant à une ou des voix, Jeanne reste mystérieuse malgré les nombreux écrits qu'on a sur elle, dont toutes les minutes de ses procès. Le mysticisme est tellement une notion ésotérique à notre époque matérialiste. Mystique mais aussi mythique. Elle inspire les arts, le cinéma, et la littérature. Elle pourrait être un modèle. Elle inspire en tous cas un magnifique chapitre sur la virginité à Andrea Dworkin dans son ouvrage Coïts, traduit par Martin Dufresne et paru chez Syllepse éditeur en 2019. Les voix de Jeanne nous semblent aujourd'hui bien ridicules et symptômes de crédulité : notre époque hygiéniste serait tentée de la classer dans les malades schizophrènes ; mais si ç'avait été pour elle la seule façon d'exprimer un désir d'autodétermination et qu'elle n'ait pu le dire autrement, elle qui était analphabète et qui ne disposait de toutes façons pas de ce concept ni de ce mot qui seront forgés des siècles après ? 

L'ouvrage de Dworkin est une exploration de la domination masculine par le coït et ceci, par les voies de la littérature. Un peu comme l'avait fait avant elle Kate Millett dans La politique du mâle. Dworkin convoque des auteurs de littérature comme Flaubert, James Baldwin, Marguerite Duras, Tolstoï, Freud, le talmudiste Maïmonide..., les textes religieux chrétiens, musulmans et hébreux, qui codifient l'acte sexuel, tandis qu'on nous balade avec une pseudo "nature" de l'acte, et elle nous fait traverser les cercles de l'enfer patriarcal. Les hommes n'aiment pas le sexe, ils n'aiment pas les femmes qu'ils ligotent au sexe. 

Je ne me souviens plus avec précision de l'origine de mon tweet : sans doute une réponse à un insulteur qui tournait en dérision la virginité ou les sorcières. Mais c'est l'occasion de vous proposer un court texte extrait de ce chapitre de la deuxième partie de l'ouvrage : La condition féminine, sous-titre, Virginité. Il explicite le concept dworkinien de la virginité. 

" L'histoire de Jeanne n'a rien de féminin avant sa fin, lorsqu'elle mourut, comme neuf millions d'autres femmes, dans les flammes, condamnée par l'Inquisition pour sorcellerie, hérésie et magie. C'est précisément pour avoir été une héroïne dont la biographie transgresse impudemment et sans précédent les contraintes du féminin jusqu'à la terrible souffrance de sa mort que son histoire, valeureuse et tragique, est politique et non magique ; mythique parce qu'elle a existé, a été réelle, et non parce que son personnage a été amplifié avec les siècles. Sa virginité ne fut pas l'expression de quelque aspect de sa féminité ou de son statut précieux de femme, malgré l'existence d'une vénération cultuelle de la virginité comme idéal féminin. 
[...]
Jeanne voulait être vertueuse au sens traditionnel, avant l'appropriation de ce concept par les chrétiens ; le mort vertu avait alors le sens de bravoure, de vaillance. Elle incarnait la vertu dans son sens originel : la force ou la vigueur masculine. Sa virginité était un élément essentiel de sa virilité, de son autonomie, de son autodéfinition rebelle et intransigeante. La virginité était une libération au sens réel de la féminité, ce n'était pas simplement un autre modèle de féminité. Etre femme impliquait des frontières étriquées et des possibilités réduites : l'infériorité sociale et la subordination sexuelle ; l'obéissance aux hommes ; la reddition devant la force ou la violence masculine ; l'accessibilité sexuelle aux hommes ou le retrait du monde ; et l'insignifiance civile. Contrairement aux vierges féminines qui acceptaient la subordination sociale tout en s'exemptant du rapport sexuel qu'elle avait pour prémisse, Jeanne rejeta le statut et le rapport sexuel comme une seule et même chose -des synonymes empiriques : la condition civile inférieure et le fait d'être baisée comme impossibles à distinguer l'un de l'autre. Elle refusa d'être baisée et elle refusa l'insignifiance civile, et c'était un seul et même refus : un rejet entier du sens social du statut de femme, sans exemption ni sauvetage de quelque partie du féminin. Sa virginité fut un renoncement radical à une insignifiance civile ancrée dans une pratique sexuelle réelle. Elle refusa d'être femme. Comme elle le dit à son procès, sans aménité  : " Et quand aux autres travaux de femmes, il y a assez d'autres femmes pour les faire" "

Voilà comment Andrea Dworkin voit Jeanne d'Arc, après avoir lu les minutes de son procès. Rien a voir donc avec la figure confite en dévotion qu'on nous propose généralement, ni non plus avec la pruderie des filles qui promettent à leur père de se refuser sexuellement avant le sacro-saint mariage, où conduites à l'autel du sacrifice par celui-ci, priées de s'abandonner à un seul, et de lui garantir une lignée en étant sûre de ne pas la  corrompre avec des bâtards. Ainsi fonctionne la trique masculine. Lisez Andrea Dworkin, c'est salutaire. Et ne touchez pas à nos sorcières, bas les mains, les patriarcaux. 


Actualisation 16/1/2021 
Sur le blog la Maçonne, cet article sur La femme virile ou la crise de la virilité qui parle aussi entre autres femmes armées de Jeanne d'Arc.

jeudi 17 décembre 2020

Hayat Boumeddiene, icône ménagère

 "Bijou" du Califat, "Princesse de l'Etat Islamique",  Hayat Boumeddiene vient d'être condamnée en absence à 30 ans de prison par la Cour de Justice de Paris pour "association de malfaiteurs terroriste" et "financement du terrorisme". Epouse selon la loi coranique (mariée religieusement) d'Amedy Coulibaly, elle a apporté comme il se doit à toute femme mariée, en toutes circonstances, mariage religieux ou civil, son soutien domestique, psychologique, sexuel, reproductif -éternelle veuve, elle aurait été remariée à un chahid (martyr) tunisien décédé lui aussi ; bref, une bonne petite ménagère aux service des projets de Califat. 

Notez qu'elle n'a tué personne : il y a bien une photo d'elle qui circule où on la voit empaquetée dans des kilomètres de tissu en train de manier une arbalète, engin de chasse plutôt dangereux, mais peu productif. Les hommes, eux, se gardent les vrais outils qui permettent de vrais gains de productivité : les kalachnikovs et les lance-roquettes phalliques, qui font plus de blessés et de morts. Les femmes sont de tous temps interdites d'outils et d'armes, selon les anthropologues, les hommes se les gardant pour eux : les outils leur permettent des gains de productivité qui dégagent du temps libre pour faire autre chose, et la possession des armes (c'est la même chose, le premier outil ayant sans doute été une arme) qui leur permettent de contrôler les femmes par la violence. On n'est jamais trop prudent, nous castrer psychiquement et psychologiquement, nous contraindre au service de leur reproduction n'a pas été une sinécure et ça ne suffit pas, la contrainte reste de mise, ils ne sont pas à l'abri d'une dissidence, qu'on attend toujours, mais possible. Eux la craignent en tous cas. Si seulement ! 

" Ce ne sont pas la chasse ou la guerre qui sont interdites aux femmes, mais bien la possession des armes ", écrit Paola Tabet dans des Outils et des corps, La Construction sociale de l'inégalité des sexes.

Mais pour le moment, elles arrivent surtout à épouser et s'engager pour les causes patriarcales toxiques (enrôlement pour la pub des chasseurs qui les tolèrent surtout à la cuisine, mais quand on manque d'effectifs, on ne fait pas la fine bouche), ou elles font kibboutz avec les "autonomes" en portant les pioches, les masques de plongée et les sacs à dos dans les manifestations, et bien sûr, en assurant la confection des sandwichs ! Ca, c'est chez nous. L'état Islamique, pas fou, ne se risque pas à leur confier d'armes, invoquant leur droit canonique : ses femmes sont cantonnées au gynécée, dédiées à la ponte de soldats pour le Califat. Vu la dureté de l'EI, il vaut mieux, une pourrait être tentée de retourner la kalach contre son berger éleveur. Et puis on n'est pas chez les Kurdes ! Toutes ces guerrières, motivées par l'égalité, qui mènent des opérations où tombent sous les balles de femmes les valeureux soldats du Califat, les privant ainsi du Paradis d'Allah, ce serait la fin du monde tel qu'ils l'ont connu. 

Tuer, c'est ce qu'ont fait les quelques femmes que nous avons en prison : elles ont en général occis Valentin, le Prince Cogneur, pour se soustraire elles, leurs enfants, leurs animaux, à la violence d'un "compagnon". Ou aussi elles tuent les enfants qu'on leur a mis dans le ventre à leur corps défendant, en profitant soit de leur crédulité, soit de leur manque de conscience sociale et politique. On les enferme ensuite dans un lieu adapté aux hommes, premiers et principaux occupants, pour lesquels les prisons sont conçues, et quand elles sortent, elles ne récidivent pas. La prison "fabrique de la récidive" : cet aphorisme n'est valable que pour les hommes. 

un petit bout de femme, relativement discrète, mais qui était efficace et présente. Ce qui est une certitude, c'est qu'ils étaient fou amoureux " !

Exactement ce que les patriarcaux adorent : l'aaamourrr, toujours l'aaaamourrr ; une femme amoureuse, au point de perdre tout discernement, d'adhérer aux pires idéologies et comportements de leurs hommes, une femme sous influence, visiteuse de prison pour soutenir psychologiquement son mec en détention, une épouse modèle, assurant l'intendance y compris, chez Hayat Boumeddiene, en préparant un attentat, puisque le tribunal considère qu'elle ne pouvait ignorer le but terroriste de l'entreprise. Abnégation, renoncement à soi, bénévolat. Et être traitée comme une merde après, en remerciement. 

D'ailleurs, d'après l'article cité en note, et avec de telles dispositions, on peut se demander si elle est vraiment recherchée : deux coups de fil à ses amis et sa famille pour donner de ses nouvelles passent sous les radars de la DGSI et de la DGSE. Elle est dans le rôle social dévolu aux femmes qu'elle ne conteste pas, au contraire, pas grand chose à redire semblent penser les services extérieurs. Tant qu'elle joue la veuve, la servante du Saigneur, totalement dévolue au gynécée et au service de la reproduction humaine, de préférence des garçons bien sûr, les mecs font la guerre, cette primordiale occupation masculine, Madame Hayat Boumeddiene ne fait montre d'AUCUNE contestation de l'ordre social. 

Une bonne petite ménagère du Califat, forme de patriarcat violent, un peu outrancière pour nos sociétés, mais ne contestant pas son ordre social immuable. 

Si au contraire, elle refusait ces rôles, qu'elle jouait les rebelles, si à la tête d'un groupe d'Amazones, elle investissait les murs sans s'excuser comme font certaines réformistes, pour exprimer sa détestation du système patriarcal, proposant de le combattre, proposant aux femmes la grève de la reproduction, refusant de leur fournir leurs miliciens, de produire de l'oppresseur, de l'ennemi de classe par 70 kg, on mettrait, j'en suis absolument sûre, plus de résolution et de vigueur en face, pour traquer ces "viragos", les empêcher de nuire à l'Espèce (sachant que l'Espèce c'est EUX) en voulant faire dissidence. C'est à ce double standard qu'on reconnaît le bon vieux système patriarcal. Heureusement, nous sommes quelques-unes à voir la Matrice, quelques-unes à qui elle crève littéralement les yeux, quelques-unes à avoir une conscience politique. Et quelques-unes qui ne supportons plus. 

Citation tirée de cet article de France Info du 17 décembre 2020.

Pour retrouver les références anthropologiques citées dans ce billet

L'anatomie politique de Nicole-Claude Mathieu, tomes I et II 

Paola Tabet : La construction sociale de l'inégalité des sexes - La grande arnaque : sexualité des femmes et échange économico-sexuel. 

mercredi 25 novembre 2020

Féminisme et cause animale - Solidarité animale par Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure

Le mouvement de défense des animaux, mouvement planétaire et désormais vieux de 150 ans, serait en nombre le premier mouvement de femmes, avant les mouvements féministes eux-mêmes ; en effet, 68 à 80 % des militants pour les animaux sont des femmes. Pourquoi les femmes ont-elles été les premières à prendre conscience de l'exploitation des animaux par les humains, que ce soit dans l'élevage, les cirques, la vivisection, à la chasse comme à la corrida ? 

" Le spécisme se fonde sur une appropriation directe, physique des autres animaux et tente de se légitimer par l'idée d'un ordre du monde naturellement hiérarchisé. Ce schéma présente de nombreux points communs avec d'autres systèmes d'oppression, notamment ceux du racisme, du capacitisme et du sexisme. En raison de cette matrice commune, l'antispécisme apporte des points de vue nouveaux aux autres luttes progressistes et à la pensée éthique et politique en général. "

Je vous propose cette semaine une vidéo sur un article de Christiane Bailey et Axelle Playoust-Braure paru dans la Revue Ballast qui reprend et synthétise les thématiques, toutes abordées par mon blog depuis dix ans. Oppression des femmes et oppression des autres animaux, tous-tes ont un commun dominant, le Patriarcat.  


 


Axelle Playoust-Braure vient de faire paraître aux Editions La Découverte, en coécriture avec Yves Bonnardel, le livre Solidarité animale - Défaire la société spéciste. La thèse du livre est originale : les auteur-es s'inspirent des analyses des féministes matérialistes pour dénoncer le rejet de l'animal (forcément construction sociale puisqu'il est nommé et décrit par les humains) dans l'ordre de la nature, objettisé quand il s'agit de le vendre, viandisé quand il s'agit de l'élever pour le tuer et le manger, objet a-historique, et ça nous rappelle forcément des choses à nous les femmes.
Voici la critique que j'en ai fait sur mon Goodreads : 


Cet ouvrage de philosophie accessible critique le dogme humaniste pour ce qu'il est : une idéologie servant à légitimer l'ordre du monde, fondée sur une mystique de l'espèce (l'espèce humaine), établissant une norme, une référence implicite, et finalement établissant une hiérarchie et un ordre social spéciste, validiste, masculin, rejetant les animaux dans l'ordre de la nature, du destin, d'objets a-historiques, sans possibilité d'agir sur le monde. Il s'inspire des analyses et épistémologies féministes matérialistes de Guillaumin, Delphy, Mathieu, et des écrits philosophiques d'auteurs tels, Bentham, Singer, Derrida, Pelluchon..., et de nombreuses articles des Cahiers Antispécistes

Cet ouvrage propose en deuxième partie un vademecum pour en finir avec l'exploitation des bêtes, pour construire une solidarité avec les autres animaux, un monde plus inclusif, ainsi qu'une méthode pour y parvenir : agir sur la société par le militantisme politique pour aboutir au vote de lois. On retrouve tout cela dans la vidéo ci-dessus (tendez l'oreille, les femmes ne parlent hélas jamais très fort ;( en plus d'un historique -toujours à écrire- des mouvements féministes et pro-animaux qui sont nés simultanément il y a maintenant plus d'un siècle. La majorité des suffragistes britanniques étaient antivivisectionnistes, il est bon de le rappeler.  

" De la même façon que Guillaumin définit le racisme non seulement comme une idéologie, mais comme une relation sociale, nous pensons également utile d'aborder le spécisme de cette manière. C'est ici qu'interviennent les analyses du spécisme (préjugé arbitraire pour l'espèce humaine s'exerçant au détriment des autres animaux) entendu comme mode particulier d'organisation politique, économique et historique, fondé sur un rapport social de pouvoir entre les humains et les autres animaux. " 

On y trouve une critique de l'humanisme : qu'on se souvienne des derniers génocides du XXème siècle, les humains à supprimer étaient rejetés dans l'ordre animal, donc tuables. Rats, poux, pour les juifs pendant la seconde guerre mondiale, cancrelats pour le génocide au Rwanda, serpents lubriques pour le génocide khmer, quand on veut tuer, il suffit d'animaliser le groupe humain à éradiquer. Et c'est désormais démontré, l'humanisme n'arrête pas le bras ni la haine des tueurs. Puisqu'il a instauré une hiérarchie entre humains et animaux, l'humanisme sert aussi à hiérarchiser différents groupes humains déclarés "sauvages", commodément renvoyés à la nature, ou "pas assez entré(s) dans l'histoire": Discours de Dakar 2007

Claude Lévi-Strauss - Anthropologie structurale 2 Plon 1973 cité par les auteur-es :
" Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne pût-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes "

A lire donc. 
oOo

Vous avez aimé les épidémies du SRAS en 2003, de la grippe porcine H1N1 partie d'un élevage industriel de La Jolla au Mexique en 2009 ? Vous avez eu peur, vous vous êtes morfondus pendant les confinements des deux époques de la COVID19 ? Vous l'avez peut-être même attrapée ? Ces épisodes n'étaient au mieux que des répétitions, le prochain superbug mijote sans doute quelque part. La dernière trouvaille du Complexe Agro-Industriel (comme on écrit Complexe Militaro-Industriel) contre les virus mutants franchissant la barrière des espèces, c'est la "biosécurité" ! Toujours plus d'animaux, toujours plus enfermés, confinés, entassés dans des atmosphères contrôlées, toujours plus de process pesants de désinfections avant de passer d'un bâtiment, d'un étage, d'un ascenseur, ou d'un "lot" à l'autre, MAIS toujours la même pauvreté génétique : trois espèces de porcs (Large White, Landrace, Duroc), une seule espèce de vaches laitières (Holstein), et une seule espèce de poulets, (Gallus Gallus souche INRA), plumes blanches pour les poulets dits de chair, et plumes marron pour les poules pondeuses. Le moral en berne, périssant d'ennui, en butte à l'agressivité de leurs congénères, dans l'impossibilité d'exercer leurs comportement dans leur biotope, déprimés et éteints, dans l'attente du prochain repas calculé et distribué par des machines, il est évident que ce sont des animaux malades qu'on abat au bout de quelques jours ou semaines, soignés aux antibiotiques curativement ou préventivement, voire administrés comme facteurs de croissance pour les viandes importées. 60 % des antibiotiques consommés dans le monde le sont par l'élevage. 
Alors qu'on sait que la meilleure prévention contre les épidémies c'est la variété génétique, de multiples espèces faisant barrage aux virus, un biotope normal et sain dans lequel ils ont développé leurs comportements sociaux depuis des milliers d'années, et un bon moral pour ces animaux vivant en petites communautés ou troupeaux, jouant, explorant, et éduquant leur enfants. 

Les virus utilisent les routes aériennes, maritimes, les voies ferrées et routières tracées par les humains. La progression de la COVID 19 en Europe nous l'a encore démontré. Toutes les semaines partent du port de Brest 70 à  80 conteneurs de volailles congelées INRA, élevées en 39 jours dans les tunnels à poulets du Finistère, abattus à raison de 340 000 PAR JOUR dans l'abattoir France Poultry Châteaulin (ex Doux racheté par son principal client) à destination du Proche-Orient, de l'Arabie Saoudite, du Qatar, du Koweit, de la Chine, du Mozambique, de Haïti et du Gabon. Quelle "bulle sanitaire" peut garantir que sur cette longue chaîne, aucun salarié ne s'abstiendra d'un seul geste contraignant de prévention "pour aller plus vite", ou que des lots ne seront pas mélangés et contaminés, entre autres "accidents" ? Personne. La peste porcine africaine rôde en Europe, l'influenza aviaire aussi. Pour l'instant ce sont les animaux d'élevage qu'on "euthanasie" puisqu'ils sont viandisables et qu'ils passent comptablement par profits et pertes : "aucune victime à déplorer" comme écrit la presse quand des millers d'animaux périssent ; ce sont aussi les petits producteurs qui trinquent mais "ça assainit le marché ", et comme l'espèce humaine a une mémoire d'amibe, après une crise, retour à l'immuable statu quo ante. Surtout pas touche aux pilons, aux nuggets de poulets, au jambon coquillette, ni à la côte de porc des ayant-droit des classes moyennes. " La viande est affirmation féroce de pouvoir ", écrit Martin Caparros dans La Faim. Nous userons donc ce pourvoir jusqu'au prochain superbug. Plus virulent ? Plus contagieux ?

PANDEMIES, une production industrielle par Lucille Leclair au Seuil et Reporterre






lundi 9 novembre 2020

Des corps en capitalisme

J'ai lu ce petit ouvrage de 140 pages cette semaine. 

" Le corps, cet objet éminemment historique, domestiqué, violenté, pathologisé ".

Après Caliban, (voir ma chronique de 2017) Silvia Federici continue, en 9 courts chapitres alertes, son exploration de la captation-transformation des corps pour les besoins du capitalisme : celui de l'ouvrier d'abord, temps minuté, gestes calibrés au rasoir pour servir une machine convoyeur, puis corps augmenté pour servir les défis à venir : aller dans l'espace, la Terre étant désormais vidée de ses ressources. Puis le corps des femmes, historiquement domestiqué pour le travail de (re)production d'autres corps pour l'usine et aussi pour la guerre, avec interdiction et criminalisation de l'avortement et de la contraception comme crimes contre l'humanité. 

Pour les femmes donc, après la création de la figure de la "sorcière" qui a contribué à la tentative de "perfectionnement de l'humain", la dernière trouvaille du capitalisme c'est de vendre leurs corps à la découpe, histoire d'améliorer les fins de mois. La GPA, Gestation pour Autrui, (Federici s'y oppose) parée du substantif valorisant d' 'altruisme', (qui refuserait d'être altruiste, franchement ?) est donc le dernier moyen, permis par les techniques de reproduction largement expérimentées et utilisées sur les animaux d'élevage, pour asservir le corps des femmes au profit des hommes gays et de tous les couples stériles, du moment qu'ils paient pour utiliser 9 mois de votre vie, pour une stricte surveillance de la femme durant la grossesse, son "produit" ne lui appartenant pas, pour sa soumission à des techniques biologiques invasives, pour finalement aliéner ce "produit" à d'autres personnes par contrat. Rappelons à toutes fins utiles, qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, pas plus que de droit au sexe dans la Déclaration des droits humains ! 

Je préfère prévenir, c'est étasunien : on retrouve souvent le mot "communautés" puisque les Etat-Unis sont une mosaïque de communautés, qu'ils vivent dans une société qui a longtemps été ségréguée : blancs, noirs, hispaniques, lesbiennes, trans,... Federici utilise aussi l'expression "travailleuses du sexe" : en effet, elle est contre la criminalisation du client de prostitution au motif que le "travail du sexe" permet à des femmes, notamment de minorités ethniques puisqu'elles sont les plus pauvres, de subvenir "aux besoins de leurs communautés et familles". Ca laisse un peu perplexe pour dire le moins :  si la GPA est une exploitation par un client, la vente de sexe, pour une durée plus courte c'est entendu, l'est aussi il me semble. 

Dans son chapitre VIII, "Revisiter les mormons dans l'espace", Federici se livre à une prospective éblouissante sur la conquête de l'espace, pour laquelle le capitalisme aura besoin de nouveaux corps, augmentés ceux-ci, car comment tolérer la promiscuité imposée, le confinement plusieurs mois de suite dans des vaisseaux spatiaux, sachant que nous sommes une espèce belliqueuse, velléitaire et instable, qui peut à tout moment s'affronter pour son espace vital. Il faudra des individus stabilisés émotionnellement, augmentés physiquement, qui devront avoir des facultés pour faire face à des problématiques pionnières sur lesquelles nous n'avons pas de retours d'expérience, le tout sans espoir de retour. Un peu le genre sans affect des astronautes de 2001 Odyssée de l'espace (Kubrick 1959) qui sont les seuls robots du vaisseau, l'ordinateur de bord ne tardant pas à devenir fou, il est même le seul humain de l'équipage, la preuve, il trompe son monde et ment comme un arracheur de dents ! On retrouve le pantin humain, thème qui traverse toute l'oeuvre du visionnaire Kubrick. 

Critique personnelle toutefois : jamais l'arrêt de la production n'est envisagé, alors que c'est l'arme utilisée par les ouvriers qui eux, ont droit à la grève, donc l'arrêt de la production, comme sanction à la non acceptation de leurs revendications. Les féministes les plus articulées ne dénoncent jamais la maternité et les effets économiques et sociaux délétères qu'elle induit pour les femmes et leurs enfants ; il me semble que la première des préoccupations quand on défend les femmes, ce devrait être la défense de leur sauvegarde, de leur santé physique et économique, de leur auto-détermination, d'abord. Mais tout se passe comme si, même pour les féministes, la maternité, cette pourtant construction sociale issue d'une domestication du corps des femmes, ne peut pas être écartée du "destin" féminin, comme si, puisqu'il y a femmes il y a forcément maternité, enfants, familles, consécration au soin des autres, sacrifice pour l'espèce, alors que l'autre moitié les maltraite. L'injonction pèse de tout son poids, pas moyen de "réussir sa vie" autrement, selon l'expression consacrée. Pourtant à 8 milliards avant 10 ans sur une planète aux ressources limitées, plus la négation de nos besoins par les diktats patriarcaux (on l'a encore vu en Pologne cette semaine, où les droits des femmes leur servent de variable d'ajustement politique) les femmes donc, à mon sens, devraient être incitées à avoir comme agenda de s'occuper d'abord d'elles-mêmes. Ni l'environnement patriarcal hostile où nous vivons en permanence ni la négation de nos besoins individuels ne sont propices à s'alourdir de charges ; c'est déjà un gros programme en soi, et même difficile à tenir : survivre, même seule, dans une société faite par et pour les besoins des hommes ! 

Evidemment, je sais que Silvia Federici est marxiste, et que son sujet c'est l'analyse et la critique des rapports sociaux de production, qu'elle a commencé sa carrière en revendiquant un salaire maternel pour les mères, considérant que le "travail" des femmes, c'était de produire des corps pour l'usine, MAIS sans salaire, l'usine étant, dans ce cas, leur fonction "naturelle". Elle colle donc à son sujet. Les femmes sont toujours arrimées au fatum de la maternité. Aux hommes l'HIStoire, aux femmes (et aux animaux) le destin ! L'épistémologie du récit biblique n'est pas au programme féministe*. Et pourtant le verset 1- 28 de la Bible me paraît être le premier commandement du capitalisme qui a fait de la destruction des ressources la condition de son expansion et de sa survie sous l'oxymore 'destruction créative'. Jugez-en : " Dieu leur dit, soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez, dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur terre. ". Ils sont désormais en partance pour d'autres planètes : leurs besoins en minéraux, terres rares, en extractivisme de toute sorte est inassouvible, ils ont épuisé la terre (et les femmes), ils iront désormais épuiser ailleurs. 

* En fait, une seule a consacré son oeuvre à cette épistémologie : il s'agit de la féministe philosophe et théologienne US Mary Daly. Malheureusement, son oeuvre n'est pas traduite en français.