Le mari de Delphine Aussaguel a enfin avoué son crime : énième mise en scène, et sans doute tour de passe passe d'un narcissique pervers manipulateur, toujours en train de rouler son monde.
Notons aussi que les femmes retrouvent leur identité après leur mort, l'avant étant, contre toute loi civile due à la Révolution, vécu sous le nom du conjoint, habitude inamendable de la société patriarcale. Le père donne le nom, la femme donne la vie, cette fausse sagesse populaire fait toujours florès, comme si l'un excluait l'autre. Les humains nomment, acte performatif, il n'y a aucune raison à être dénommée pour être renommée une deuxième fois. Les enfants devraient porter le nom de leur mère, incontestable, ce ne serait que logique.
Mais revenons au sujet, le féminicideur. Qui est-il et comment procède-t-il ?
Tendre le piège : facile. Les femmes ont été formatées pour attendre passivement le Prince Charmant, croire en l'aaaamourrr, et être sensibles à la romance. Choisissez une de votre entourage, menez-lui une cour assidue, rendez-la amoureuse, les femmes ont une petit cœur d'artichaut bien tendre, il n'y a que les maladroits qui ratent leur coup, même pas besoin d'être beau ! Invitez-la dans un bon restaurant, ce sera bien le diable s'ils n'ont pas de bougies, et payez le chef pâtissier pour qu'il écrive sur le gâteau de dessert à la fin du repas 'Veux-tu m'épouser ?". Il y a des chances que la Belle tombe dans le piège.
Ferrer la dame : l'épouser ou variante, lui proposer d'abandonner son logement pour celui du mari ou compagnon, la mettre enceinte, c'est-à-dire lui bloquer la sortie, la lester pour qu'elle coure moins vite et moins loin. La recette est multi-usitée. C'est en général après ces étapes que les maltraitances commencent. Le nombre de candidates est inépuisable, tant le formatage social est implacable.
Organiser le chaos, puis jouer les parasites : lui promettre un nid douillet, construit des propres mains du Prince charmant, commencer les travaux -ça tombe bien, il oeuvre dans le bâtiment, cela devrait être 'a piece of cake'. Commencer tout, ne rien finir, la faire vivre dans un chantier permanent avec deux enfants en bas âge, tout en se pintant au hachisch, de toutes façons les repas sont servis à temps. Laisser péricliter son activité, Madame ayant un poste sûr, un travail qu'elle aime dans un environnement professionnel amical, ce serait dommage de ne pas en profiter ! D'ailleurs, personne dans son entourage professionnel ne se doute de rien : une vraie boute-en-train, toujours partante pour une fête entre amies. Donner le change, rien ne doit filtrer à l'extérieur du malheur familial ambiant. Madame endosse le naufrage seule, elle est la SEULE responsable (croit-elle, alors qu'elle est tombée dans un piège prémédité, tendu avec habileté) de la déconfiture du couple. En plus, bien à l'aise dans son cocon, le Pater Familias, tyran familial irritable, maltraite ses enfants, distribue les punitions dures et les claques.
Le début de la fin
Les meilleures choses ayant une fin, Madame commence à sentir la moutarde lui monter au nez. Retour bienvenu mais mal engagé des choses. Elle se trouve un autre amoureux -pas mal de femmes ont du mal à se projeter seules, autonomes, dirigeant leur vie en totale liberté, cela leur semble sans doute vertigineux, surtout quand elles sont passées du foyer maternel à celui d'un mari à 18 ans, sans transition. Pour son malheur, elle en avertit Le Prince Charmant, pire elle fixe sa date de départ, après Noël, qu'elle passera en famille. La fête est familiale et on ne prive pas ses enfants d'un Noël avec leurs parents. Encore une croyance délétère. Le Prince Charmant, bien entendu, ne l'entend pas de cette oreille, il est en passe de tout perdre, la sécurité d'un foyer, le confort domestique, le statut qui va avec, et même si les 'cuisses bien chaudes de sa femme', pour paraphraser Françoise d'Eaubonne, ne sont plus qu'un souvenir, ce n'est pas le premier argument, il en trouvera ailleurs, la preuve, en prison par la suite !
Commettre le crime : le Pater familias propriétaire de tout ce qui vit et bouge en sa demeure, se voit dépouillé de son bien. Sa maison chaos pas terminée sera encore plus invivable sans Madame. Pas question de lâcher la proie pour l'ombre. Puisqu'il ne peut plus l'avoir, la posséder comme bien meuble quoique inaliénable, PERSONNE d'autre ne peut ni ne doit l'avoir non plus. Seul son intérêt prime, les enfants ne représentent même pas un enjeu, toujours fourrés dans les jupes de leur mère. Ainsi fonctionnent les égotiques, narcissiques, pervers. Tout doit tourner autour de leur personne, servir d'instrument pour leurs buts et fins. Donc, décision arrêtée, lieu d'enfouissement du corps repéré, il n'y a plus qu'à passer à l'acte, ne laisser aucune trace du forfait, se débarrasser du corps et jouer le jeu du mari abandonné par sa femme, partie on ne sait où, de nuit, au diable vauvert. Lui serait-il arrivé malheur ? Ici, le puissant mythe de la 'mauvaise rencontre' mobilise un moment les gendarmes. Il y a bien eu mauvaise rencontre, mais elle remonte à la genèse de l'histoire. Jouer pour la galerie la comédie de la recherche, quoique que certains observent 'un certain détachement'.
Anéantissement : Commettre le crime ne suffit toutefois pas. Il faut anéantir la récalcitrante, avertissement sans frais à toutes les femmes. Il peut leur en cuire. Donc, ensevelissement du corps sous un tas de fumier, lisiers et paille, 'déchets' d'abattoir. Le chimie acide et le temps font le reste. Ne parlons pas du symbole. C'est proprement révoltant de traiter une femme, un être humain de la sorte. Mais prendre la vie ne leur suffit pas, il leur faut un anéantissement, un overkill. Ainsi fonctionne le féminicideur.
Mon conseil : Une femme en couple, fiancée, ou même mariée garde ses prérogatives d'être humain entier, elle ne devient pas un appendice de son conjoint. A ce titre, elle exerce toute son autonomie et son autodétermination. Croire l'inverse est une faiblesse qui vous met à la merci d'un être qui peut se révéler toxique. La dépendance est l'état du nourrisson vis à vis de sa mère et de son père, pas celui d'un adulte fait. On élève les enfants pour qu'ils deviennent indépendants. Le moindre geste menaçant ou brutal, la moindre parole blessante, toute restriction de vos prérogatives d'adulte (retrait de carte bancaire, consultation de vos courriers ou smartphone, interférences dans vos fréquentations, restrictions de circulation et de travail à l'extérieur du milieu familial) doivent vous alerter. Si la situation ne vous convient plus, préparez vos arrières : une valise prête, le numéro de téléphone d'un bon avocat, un refuge (parents, amis, hôtel...), si cela commence à chauffer, embarquez vos enfants, votre chat et votre poisson rouge et partez sans délai et surtout sans prévenir. Les signes qui avertissent : alternance déstabilisante de douceur, violences, et menaces, manipulation, reproches, mensonges, surveillance, même discrète, contrôle de vos fréquentations et dénigrement de celles-ci et de tout ce que vous faites. N'ayez aucun remord, ce n'est pas votre faute, vous êtes tombée dans un piège. Il ne vous mérite pas et vous ne méritez pas le traitement infligé. La vraie vie est ailleurs. Vous valez et méritez mieux que ce mauvais accompagnement.
Exercer sa pleine liberté d'être humain est un acte valorisant qui vous fera retrouver l'estime de vous-même. Il n'y a aucun mal à être seule ; c'est préférable à être mal accompagnée.
NB : Je ne suis ni psychologue, ni médecin, ni policière. Cette analyse m'est permise grâce à ce que j'ai entendu de l'affaire Jubilar. On en a beaucoup parlé. Et grâce à mes nombreuses lectures et documentation féministes sur le sujet. Ce qui est rassurant, c'est que les autorités commencent à comprendre comment fonctionnent les hommes féminicides. Le terme 'crime passionnel' n'a plus court et est même considéré comme choquant par tous. Sans être béatement optimiste (le sujet ne s'y prête pas), on avance. Un peu. Il faut maintenant faire de la prévention. Mais l'urgence commande ; il faudra bien un jour que les serrures soient changées, et que ce soit à l'agresseur de se retrouver hors du domicile conjugal.











