vendredi 7 décembre 2018

L'incivilité, ce serait morphologique !

En allant dans l'une de mes bibliothèques un jour dernier, j'échange quelques phrases avec la dame de l'entrée et prends des nouvelles de sa santé et de son moral (ça m'apprendra à être courtoise, tiens !) : ça ne va pas bien du tout, vivement les vacances ;(( elle en a marre du quartier, quand elles arrivent le matin "elles trouvent des crachats et des marres de pisse tout autour de l'immeuble, leur lieu de travail ", raconte-t-elle. Il faut dire que le quartier est bétonné à mort, clapiers modernes éclusant la surpopulation urbaine, alignés, relativement neufs de cité dortoir, autour d'une avenue commerçante piétonne, point chaud réverbérant la chaleur, vite insupportable en cas de canicule, mais accessible aux voitures, où les soirs d'été les garçons tapent dans le ballon pendant que les ménagères rasent les murs avec leurs paniers à provisions et leurs poussettes ; ça aussi, ça me vrille les nerfs.

D'ailleurs c'est dans ce même endroit où il y a deux ans, quand je sortais d'un parking souterrain par un ascenseur débouchant dans une allée, des garçons (14 /19 ans) adossés aux murs, et squattant les abords (des espèces de débords et de marches poussant au crime), mangeant gras et buvant sucré en laissant leurs déchets derrière eux, me traitaient de " grosse pute " histoire, je suppose, de me souhaiter la bienvenue. Plusieurs fois de suite, bien fort, pour que nulle n'en ignore. Une lettre adressée à la mairie, restée sans réponse, a tout de même fait effet : des trucs très moches bloquant les abords ont été installés, du coup personne ne peut plus s'installer dessus, les gars sont allés insulter ailleurs, inconvénient déplacé, non résolu. Répression plutôt qu'éducation, et bien sûr, mutisme, non réponse aux plaintes. Je hais ces élus et leur petit personnel arrogant et méprisant, mâles et femelles.

Donc, premier réflexe, je dis à la bibliothécaire que "c'est des mecs" qui crachent et pissent partout comme d'habitude. Je la vois aussitôt rentrer dans sa coquille : pas touche aux couilles des mecs, pas politically correct, j'en ai à la maison, j'en fais même l'élevage, sous-texte. Avant de passer au prochain client et de se débarrasser de moi et de ma franchise décidément sans filtre, elle rajoute toutefois que "c'est morphologique", de pisser contre les murs, sinon de cracher partout. Argument décisif, passons à autre chose.

C'est morphologique de se sortir la nouille et de pisser contre les murs et contre les bâtiments publics ? Sans rigoler ? Finissons-en avec les légendes patriarcales auto-justifiantes, cache-misère : ma mère pissait debout, ma grand-mère pissait debout, et il m'arrive de pisser debout. Les mâles n'ont pas le monopole. Les paysannes ont toujours pissé debout à la campagne, pisser assise c'est un truc de citadines timorées, on dirait, assez récent en plus. A mes deux parentes, il leur suffisait d'un peu soulever leurs jupes et d'écarter leur culotte, le tour était joué, ça éclabousse un peu les pompes, mais pas plus que celles des mecs qui font pareil ; pour moi, qui suis en pantalon, c'est un peu plus compliqué mais franchement, j'y arrive avec ou sans pisse-debout et à peu près partout, discrètement. Et ce n'est pas plus déshonorant ni visible que de se sortir la teub : au moins chez nous, pas d'organe en vue. Pas d'exhibition donc.

La morphologie n'a rien à voir, l'éducation tout. D'un côté de la classe sociale, c'est admis, de l'autre, NON. L'incivisme, la mauvaise conduite, le mépris des règles sociales les plus élémentaires, ce besoin de salir, d'avilir les lieux publics, lieux où tout le monde passe, il n'y a qu'eux qui fassent cela. Le non dit, le déni, les pudeurs de mères de famille qui pignent tout en refusant de nommer le problème, les pouvoirs publics qui font pareil, mais viennent en catimini poser du matériel urbain pour empêcher ces enragés d'accéder et de nuire, après leur avoir payé avec l'argent de toutes les contribuables des skate parks, des terrains de foot, en pure perte, mais en réaffirmant que leurs besoins de parasites priment avant ceux des filles et des femmes, tout cela ne me convient plus. Les stratégies d'évitement, le politiquement correct mal appliqué, juste parce que la société s'arrange bien au fond de ces comportements de délinquants et que les femmes sont en conflit de loyauté, qu'elles sont affectivement et émotionnellement impliquées avec eux, pire, qu'elles produisent de l'ennemi de classe par 70 kg, personnellement j'en ai assez.

Même si moi je n'ai pas peur d'eux et que je ne pratique pas de stratégies d'évitement, que je passe là où je dois passer sans faire de détours, que je pense que je n'ai pas à céder la place à la mâlerie (comme écrivait Léo Thiers Vidal), par là l'avalisant sans jamais rien affronter, même si je l'ouvre en annulant une éventuelle popularité (je me fous bien de ma popularité), il y en a vraiment marre de ces pudeurs d'asservies qui refusent de nommer le problème. On dirait que la conscience de classe est un luxe, réservé à quelques-unes, et qu'au nom de plein de timorées, les premières n'ont plus qu'à la boucler et filer doux comme elles. Vous n'êtes pas toutes seules, Mesdames, je considère n'avoir pas à avaler les couleuvres que vous avalez jour après jour. Pensez aux autres, un peu de solidarité de classe ne nuirait à personne, elle ne marche pas que dans un sens. Et elle permettrait de faire reculer l'impunité. A moins que vous ne vous trouviez bien comme ça après tout ? On peut se poser la question.

Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour, et que vous essayez de faire vôtres, jusqu'à vous en rendre malade et à en crever, en silence encore ?  " Audre Lorde - Féministe, écoféministe radicale.
Je rajoute : et à en faire crever les autres ? 

vendredi 30 novembre 2018

Vous vous appeliez Maria Schneider, Jean Seberg, Romy Schneider, Marie-France Pisier...

Elles sont toutes victimes de l'industrie vampire du cinéma, dévoreuse insatiable de chair fraîche.
Préparées au sacrifice sur l'autel du cinéma par une enfance malheureuse avec des parents maltraitants (Maria Schneider, Romy Schneider -juste une homonymie, elles ne sont pas parentes...), recrutées par défaut, elles ne sont généralement pas un premier choix du metteur en scène, elles sont recrutées quelque fois sur un malentendu, parce que l'actrice pressentie à refusé, et comme elles cherchent une porte d'entrée, qu'elles ont le pied mis à l'étrier par un parent insistant (dans le cas de Maria Schneider, c'est son père Daniel Gélin qui fait office), elles sont contentes d'être "choisies" et de fait, sont toutes prédisposées à faire chair à canon, d'autant plus si elles sont très jeunes quand elles rentrent dans la carrière (19 ans pour Maria Schneider quand elle tourne "Tango", film sexe, sans réels dialogues, énorme succès en salle en 1973).  Autant dire qu'elles sont désarmées devant les Bertolucci ou Antonioni, déjà metteurs en scène reconnus et recuits.

La reconversion est quasi impossible : une fois qu'elles ont dilapidé l'argent de leur premier et pharamineux cachet, goûté à toutes les fêtes, s'être détérioré la santé dans toutes sortes d'addictions (à l'héroïne pour Maria Schneider), au sexe, à l'alcool, après une ou plusieurs tentatives de suicide (Seberg, Romy Schneider : réussies, Bardot...) ou qu'elles prennent un peu d'âge, soit elles disparaissent des écrans, ou n'apparaissent plus qu'épisodiquement, remplacées par de plus jeunes et plus tendres, soit elles quittent l'industrie en claquant la porte : Brigitte Bardot, qui est bien la seule à avoir réussi, et avec brio en plus, son repositionnement dans un métier totalement différent. Bardot qui sera une des seules, hors la famille, à donner des coups de mains à Maria Schneider quand elle n'a plus un rond, même pour se payer un toit ; c'est Bardot qui lui paie son loyer. Sororité, solidarité, empathie entre anciennes ayant subi la férule masculine. Je sais que Bardot ne validerait pas mes propos : elle n'est "pas féministe, car elle aime trop les hommes" étant une des ses maximes, totalement hors sujet. Autant son obstination et son combat envers les animaux sont nobles et forcent le respect, autant elle dit des stupidités et tient des propos discutables quand elle sort de son sujet de prédilection où on aimerait qu'elle se cantonne. On ne peut pas être compétent en tout. Je pense toutefois que son (sale) caractère et son impétuosité sont les armes qui lui ont permis de réussir sa sortie et son rebond.

Tu t'appelais Maria Schneider, récit écrit par sa cousine germaine journaliste, Vanessa Schneider, à la deuxième personne du singulier "tu", raconte aussi l'histoire d'une famille d'après la "libération sexuelle" de 1968, -libération qui a surtout profité aux hommes- les addictions à l'héroïne, et au sexe, le maoïsme du père de Vanessa Schneider, les rêves et expériences, parfois délétères, d'autres plus joyeuses, tentées par les enfants de 68, ainsi que leurs désillusions.

" Maria ne prononce pas le mot de misogynie. Maria ne fait pas de politique. Maria constate : "Pour les hommes c'est plus facile, ils sont considérés comme des saltimbanques, des marginaux. Quand tu vois des destins comme celui de Romy ou d'autres, tu te poses des questions." Pause, deuxième cigarette : "Des rôles, j'en refuse beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de rôles de femmes dignes. On fait toujours exister une femme par rapport à un homme, par rapport à un couple." Elle ajoute, fataliste : Comme partout, ce sont les hommes qui ont le pouvoir au cinéma." [...] Les producteurs sont des hommes, les techniciens sont des hommes, les metteurs en scène pour la plupart sont des hommes, la presse, ce sont des hommes, les agents ce sont des hommes qui te donnent les scripts, qui t'orientent, qui te conseillent. Ils ont tous des sujets pour les 
hommes. ".



Maria Schneider est morte en 2011 à 58 ans ; sa filmographie compte tout de même 50 films.

Bernardo Bertolucci vient de décéder à 77 ans le 26 novembre 2018, couvert d'honneurs et de prix. Sur le plateau de Tango, il n'adressait jamais la parole à Maria Schneider, il réglait les scènes du film en concertation avec Marlon Brando qui se piquait aussi de mise en scène. Le tournage du Dernier tango à Paris relance la carrière de Brando considéré en 1973 comme acteur sur le déclin. Il avait 48 ans, Maria Schneider 19.
Trauma Tango : la crique du livre par Libération.

Personnellement, hormis la mise en scène hors décors de studio, je n'aime pas A bout de souffle (Godard - 1960) à cause des répliques cavalières, machistes et violentes de Belmondo à Jean Seberg, et de l'éternelle ode aux mauvais garçons qu'est ce film. Il fera toutefois de Jean Seberg une "égérie" de la Nouvelle Vague. Jean Seberg est morte à 41 ans en 1979, retrouvée inanimée dans le coffre d'une voiture, la police conclura à un suicide.

Il serait temps aussi que l'industrie du cinéma qui prétend employer des artistes (et alors, les artistes seraient au-dessus des lois et du Code de Travail ?) adopte la rationalisation des méthodes de recrutement dont tous les services de ressources humaines se sont dotés ; il est totalement archaïque et inadmissible de recevoir une actrice ou un acteur en robe de chambre dans une chambre d'hôtel, fût-elle une suite ! Il est inadmissible de la faire se déshabiller en entretien d'embauche. Une actrice joue la comédie, qu'elle a en général apprise dans une école de théâtre, c'est un métier, et à ce titre, les compétences des actrices devraient être appréciées et évaluées comme celles de n'importe quel autre salarié.

jeudi 22 novembre 2018

La terreur change de camp - #25novembre

Quelques trucs pour se tirer d'affaires, et surtout cultiver son répondant.
Mon billet ne va pas être validé par les féministes libérales, ni par les féministes pop. J'assume.
Évidemment, ce sont les garçons qu'il faut éduquer à ne pas agresser, à ne pas violer, à ne pas se comporter en affreux toujours en train d'exhiber leur virilité toxique et ses différentes manifestations, surtout quand ils sont en groupe, et bien entendu, vis à vis des réputés plus faibles et vulnérables : femmes, gays, lesbiennes, roux, ... La société doit aussi ne plus tolérer le perpétuel incivisme des mâles au motif que boys are boys, boys will be boys, en français, les garçons sont comme ça, on n'y peut rien, maxime de ménagère accablée, sans conscience de classe, que j'ai entendue des milliers de fois. Mais les femmes doivent aussi apprendre à s'aider individuellement elles-mêmes, à se défendre et exercer leur assertivité. La terreur peut changer de camp. D'abord, parce que l'assertivité aussi trouble l'ordre social, elle dérange les rôles attribués aux genres. Une femme qui résiste et riposte est révolutionnaire. 


Selon l'excellente Docteure Muriel Salmona, la sidération de la victime, cette anesthésie incompréhensible par ceux qui pensent ne jamais avoir été agressé-es, s'explique par la rupture brutale du contrat social en un lieu où en principe ça n'arrive pas : dans la rue, quelqu'un -un homme dans 100 % de cas- hurle "SALOPE" en passant près de vous, ou se sort la nouille pour pisser contre un mur alors que vous allez passer. Dans un ascenseur ou une salle de réunion, le mec qui vous croyiez inoffensif vous agrippe le sein ou vous met la main entre les cuisses ; dans une chambre à coucher, le gentil garçon qui vous embrasse vous saisit par le cou et vous bloque, empêchant toute fuite, bien décidé à vous imposer ce à quoi vous ne consentirez pas ; toutes ces circonstances font que pendant plusieurs secondes, voire minutes, voire heures, en fonction de la gravité, de l'éloignement ou de l'intimité du geste, le temps que la victime accommode, réalise ce qu'il se passe, son premier réflexe étant de se figer dans l'incompréhension, l'agresseur va mettre à profit cette période pour pousser son avantage et imposer, ou s'en aller en triomphant.

Dans la rue, ça m'arrive régulièrement : dans le cas du mec qui s'aère paulo contre un mur, je tiens mon spray au poivre et je dis bien fort en passant auprès "alors, on s'aère la nouille ? les chiottes, c'est pour les pisseuses par pour les pisseurs ?", ou autres aménités, à l'inspiration du moment. Le mec ayant parié que les femmes n'ont aucun répondant va se pisser dessus. De toutes façons, il ne va pas vous courir après le zob sorti. Donc, allez-y, c'est un entraînement. Pareil pour les insultes à un mètre ou 10 mètres, moi je réponds, haut et fort. J'ai même couru derrière un, une ou deux fois. J'ai un stock d'insultes humiliantes -traduites de l'anglais, l'anglais est meilleur, plus explicite. Y a pas de raisons. Pour l'exhibo, généralement un lâche planqué dans une haie, qui sort sa bite molle et vous la montre, montrez-lui votre spray au poivre, en disant que vous aussi vous en avez une petite. Gazeuse la vôtre, mais justement, elle pique les yeux. N'attendez aucun secours, les mecs éventuellement témoins se cassent le plus loin possible, les femmes courbent l'échine et se barrent aussi, se pensant, mais quelle grossière, celle-là ! C'est ma faute évidemment : comme dit une de mes sœurs "mais où tu vas comme ça pour qu'il t'arrive des trucs pareils ?". "Mais dans les mêmes endroits en ville, rues, places, chemins de halages... où passent ces misérables, je paie les mêmes impôts qu'eux, bordel".

Dans la rue, les femmes sont généralement encombrées : de poussettes, de téléphones portables, de sacs à provisions, d'enfants, de kilomètres de tissus et de voiles... et elles n'ont toujours pas de poches. Le foulard a toutefois un avantage, bien serré et emboîtant, il permet de coincer un téléphone contre son oreille et de garder les mains libres ! Super, il double la productivité du travail domestique gratuit. De plus, les filles se parent des attributs de la féminité, vous savez ce truc qu'on perd comme un trousseau de clés. Talons aiguilles de 15 cm, jupes entravées... Oubliez la désinformation permanente sur la féminité, celle des féministes pop et des magazines féminins : non la féminité n'est pas puissante, elle est impuissance inculquée, rentrée dans la tête des filles à coups de tatanes, EXPRÈS encore ! Elle ne peut pas vous servir de paravent, ni de bouclier, pas plus que votre portable en disant que vous êtes en train d'appeler votre fiancé, ou qu'un enfant dans une poussette, un foulard signalant votre pudeur, ou un panier à provisions. Ces mecs veulent vous terroriser pour affirmer la suprématie mâle partout, en tous lieux, en toutes circonstances. Ils l'ont petite et sujette à pannes, ils veulent vous le faire payer, même, surtout, si vous êtes une passagère de hasard. Ne comptez pas non plus trop sur la Cavalerie : elle est surtout occupée à défendre les abattoirs des intrusions des, je cite, "extrémistes radicaux véganes", "djihadistes verts qui veulent nous interdire la viande", parole d'activiste pro-animaux. Je dois avoir une fiche S à la DGSI, depuis le temps qu'ils relèvent mon identité ! Traitement à comparer avec celui qu'ils me réservent dans les commissariats : mes plaintes sont rarement recevables, dommages pas assez sérieux, ils ont tant mauvais comportements masculins autrement graves à traiter.


On peut avoir suffisamment d'aplomb personnel pour prendre le RER B ou le métro un vendredi soir de match de footeux ventres à bière, en robe du soir et talons aiguilles, petite pochette à sequins, mais moi, je brouillerais le message : j'y ajouterais un élément discordant, une grosse clé à molette apparente, un pied de biche, ou mieux, un gros gourdin à clous. Le temps que ces andouilles qui perdent des pièces tentent de comprendre si c'est du lard ou du cochon, votre train est arrivé à destination, il se grattent encore l'occiput, ou quoi que ce soit d'autre.

Dans un ascenseur : bon, d'abord, évitez de le prendre avec cet autre ennemi de classe Maître Dupond-Moretti, parce que c'est vrai que ça fout la trouille ! 
Pour le reste, quand arrive une charrette avec 15 mecs dedans (je vous assure, ça m'est arrivé dans des centres d'affaires !) dites que vous allez attendre le prochain métro, vous n'êtes pas pressée à ce point-là. Le temps que les portes se referment, parlez-vous à vous-même et dites distinctement "mais c'est pas possible, c'est une attaque de clones ou quoi, il y a un nid dans le coin ?" Vous allez les entendre gémir, c'est bon à prendre. Les choses se corsent quand vous êtes seule avec un inconnu, ou même un collègue de travail dans un ascenseur. Moi je suis prête à tout (c'est un entraînement, les mecs ne sont pas, n'ont jamais été, ne seront jamais mes amis, je n'ai pas le cœur ni la confiance sur la main en ce qui les concerne) j'ai toujours un spray dans ma poche à portée de main. Paraître une femme castratrice a ses avantages. Ah oui, j'oubliais, très important : FAITES LA GUEULE partout, tout le temps, dans la rue, dans le métro, dans les couloirs de vos bureaux. Les mecs font la gueule, personne ne le leur reproche, faites pareil. Les femmes n'ont pas à sourire tout le temps, être bonnes filles ni bonnes camarades, les femmes ne sont pas les serpillières au service de tout le monde. Les femmes ont des contrariétés, des motifs de faire la gueule, bien plus que les mâles, donc les femmes font LA GUEULE, point. Et par pitié, ne rasez pas les murs, imposez-vous dans l'espace commun, urbain. Raser les murs signale la peureuse, celle que le prédateur remarque. C'est la jungle ? Alors, c'est struggle for life ! Mais écoutez vous aussi : votre instinct vous conseille le demi-tour ? Ecoutez votre instinct.

Évidemment, je ne suis pas en train de vous conseiller la grossièreté (quoique si on est grossier avec vous, vous avez le droit), ni le manque de solidarité : si on attaque quelqu'un-e devant vous, et que vous sentez que vous pouvez y aller, allez-y, volez à son secours, mêlez-vous du sujet, d'autant plus si ça ne vous regarde pas, la société crève de gens qui ne s'intéressent pas à leurs voisins et voisines. Le sujet de ce billet n'est pas la politesse mais l'assertivité.


Au travail :
A l'ombre de l'affaire Tron qui, selon les attendus du jugement qui l'acquitte (le Parquet vient de faire appel du jugement) il régnait à la mairie de Draveil une atmosphère sexuelle, sexiste permanente. Ça nous est arrivé à toutes : allusions graveleuses, sous-entendus, gestes déplacés, pervers manipulateurs qui tentent des trucs. Il n'y a rien de pire que le pervers, quand on en rencontre un, on a du mal à l'identifier. Pourtant il est identifiable : il change de ton brutalement, il fait des ruptures, il teste, il pratique la douche écossaise. Ça glace et fait perdre pied, c'est voulu. Comme en général, c'est un supérieur hiérarchique, l'atmosphère autour de lui est délétère, tout le monde file doux, tout le monde ferme sa gueule, tout le monde à peur, surtout les femmes, les mecs, eux, comme d'habitude, pratiquent l'évitement, la diversion : tu es sûre ? Je n'ai rien remarqué.
Si vous en détectez un, virez-le (si c'est votre petit ami) ou cassez-vous de la boîte -au besoin en signalant ses pratiques à l'Inspection du Travail ! Ils sont incurables, toxiques, ils vont tenter l'emprise et vous rendre malheureuse comme les pierres. Aucun compromis n'est possible.
En entretien de recrutement, exercice parfaitement codifié, on ne peut vous demander que votre CV, votre parcours, vos motivations, et vos prétentions. Rien de plus. Refusez tous les tests projectifs (portrait chinois s'appliquant à vous, rorschach, ...) : ce sont des tests utilisé en psychiatrie et psychanalyse, ils peuvent être déstructurants et débouchent souvent sur des analyses sexuelles hors contexte, ils n'ont rien à faire en RH. Si on vous demande combien est payé votre mari, si vous voulez avoir des enfants, pourquoi vous n'en avez pas eu, toute question personnelle ou d'ordre familial, rangez vos affaires, prenez congé, ou ne donnez pas suite. Ils ne s'amenderont pas, la boîte est sexiste, sans doute raciste et discrimante. Vous cherchez un boulot, pas une situation d'esclave. Utilisez votre période d'essai (elle n'est pas faite que pour les employeurs, tout le monde se teste) pour bien comprendre où vous avez mis les pieds. Pas mal d'entreprises sont cyniques et engagent des femmes parce qu'elles sont réputées moins chères et plus dociles parce que plus vulnérables. Résistez. L'assertivité paie, on vous reconnaîtra comme une femme de tête.


Voilà. Billet pas consensuel du tout. Le consensus, c'est la femme éternellement victime, pire : qui doit retourner au charbon même quand tout démontre que la mine c'est l'enfer. Évidemment, ces conseils sont inspirés de situations qui me sont arrivées, y compris celle du dirigeant pervers qui terrorisait les femmes, surtout celles réputées vulnérables. Je suis partie en tonitruant dans les couloirs, que mauvaise pioche, "je ne suis pas une femme qu'on moleste". Il a été traîné devant un tribunal quelques mois plus tard. Je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que j'ai sans doute déclenché quelque chose, montré qu'il n'était pas intouchable. Les femmes ont le droit de se défendre. Quand les mecs seront devenus polis, on envisagera de faire la même chose. En attendant, si vous aimez les raouts attrape-tout (les enfants bienvenus, les hommes bienvenus, ... ;(( dissolvant toute idée révolutionnaire, vous pouvez aller manifester avec #NousToutes samedi 24. Site Internet pour trouver toutes les infos, compte Twitter pour les actualisations. Et  rappelez-vous :

Les femmes, c'est comme les pavés, à force de marcher dessus, on les prend sur la gueule !  
Slogan féministe révolutionnaire des années 70.

Les mecs morts ne sifflent plus les filles dans la rue !

Lien : Un précédent billet sur le harcèlement de rue et comment réagir
La première illustration provient du film Misery (1990), joué par Kathy Bates dans le rôle de l'héroïne, lui-même issu du roman éponyme de Stephen King (1987).

samedi 10 novembre 2018

Illimitisme patriarcal et surpopulation

2, 3 milliards d'humains en 1950 et 8 milliards d'humains en 2025, en l'espace d'une vie, certain-es auront vu quadrupler la population humaine sur une planète aux ressources forcément limitées. D'autant que les besoins humains sont exponentiels : toujours plus d'espaces occupés, d'animaux à viande élevés sur la destruction des forêts, et de terres rares pour nos terminaux et nos batteries !

La surpopulation, c'est toujours les "autres". Emmanuel Macron rappelait récemment dans un discours que l'éducation des femmes africaines était la clé du contrôle démographique sur ce continent. C'est évidemment exact, mais c'est un peu vite dit. Un enfant qui naît dans l'hémisphère sud n'utilisera pas les ressources de trois planètes pour couvrir ses besoins, (s'il dépasse 5 ans, dans certains pays en développement ce n'est pas garanti), ce qui est le cas d'un enfant de l'hémisphère nord, même né de façon "naturelle". Je vous laisse compter le poids en carbone, en comptant tous les déplacements et toutes les transactions, d'un enfant né par GPA, acheté aux Etats-Unis, et ramené en France.
L'espèce humaine si l'on en croit les anthropologues n'est pas si prolifique que ça. Aussi, pour qu'elle atteigne un tel succès en matière démographique, il a fallu contraindre les femmes à la reproduction par différents moyens : viols, viols de guerre, viol conjugal, mariages forcés et précoces, patrilocation éloignant la mariée de sa famille maternelle d'origine pour qu'elle n'ait pas de possibilité de retour en cas de mauvais traitements par exemple, poigne de fer des religions patriarcales prescrivant le mariage et la maternité comme seul destin pour les femmes, et bien sûr prohibition de tout moyen de contrôle des naissances et de l'avortement. Voici ce qu'écrivait Françoise d'Eaubonne sur le sujet en 1978 dans Ecologie et Féminisme :

Aperçu de la politique française 

" On ne peut guère mettre en parallèle le fait qu'en 1850 l'humanité atteignait son premier milliard et qu'en 1846, à peine cinq ans plus tôt, notre pays voyait se fonder l'Alliance nationale qui proposait de développer l'aide sociale "afin d'accroître la population", le problème démographique pour les rares théoriciens qui le posaient, se limitait à la reproduction des classes pauvres, à la fois "dangereuses" et nécessaires ; l'avare de Dickens, Ebenezer Scrooge, parle de la mort d'un enfant ouvrier comme "diminuant l'excédent de population"*. Le problème est donc un problème de classes ; les riches oscillent entre le besoin qu'ils ont de main d'oeuvre pour servir des intérêts du patronat et les idéaux patriotiques, et la crainte de voir les prolétaires se multiplier de façon menaçante ; attitude reconduite aujourd'hui par les pays d'économie développée face au tiers-monde. Nulle part n'apparaît le problème du rapport des forces entre sexes, et même l'explosion du féminisme de 1848 n'en fait aucune mention. Ici encore, comme nous le verrons si souvent, la lutte de classes occulte et gauchit la lutte des femmes pour leur libération. C'est dire qu'à plus forte raison personne ne se doute encore que les problèmes de population à l'échelon des pays s'inscrit dans une perspective autrement vaste, et qui ne va pas tarder à devenir planétaire, démasquant brutalement l'oppression de sexe et la surfécondation millénaire, universelle, internationale, due au régime de patriarcat qui va suffoquer l'espèce humaine à tous les niveaux par son ultime avatar, le capitalisme. 

Parmi les causes les moins examinées de la persistance des conflits armés et de leur relation avec le régime capitaliste, on peut signaler non seulement la compulsion agressive, superstructure née avec la dominance mâle et les premières fortifications de Jéricho (contemporaines de l'appropriation agricole), mais encore le frein contraceptif exigé par l'accroissement exponentiel. Joseph de Maistre, de la façon la plus déplaisante, mais non sans véracité, a décrit ce caractère, pour lui, "divin" du perpétuel déluge de sang -comparable dans ce système de surfécondation et d'accroissement illimité, aux bienfaisantes menstrues de l'organisme féminin. Là où l'homme ne considère en la femme que la "matrice" au sens mécanique du terme qui désigne les machines fabriquant des machines semblables, la mise à la ferraille de cette surproduction ne peut être que le conflit armé. 
C'est pourquoi la guerre n'est pas uniquement le résultat des rapports de force entre les propriétaires privés des différentes sources de production ; si elles s'accomplissent -de plus en plus paradoxalement, puisque le dévoilement des motifs économiques s'effectue très tôt- avec la complicité des victimes, c'est d'une part grâce au besoin de rompre avec l'intolérable quotidien de l'ennui qu'organise le pouvoir de profit, et de l'autre par la nécessité collectivement et obscurément ressentie de réprimer une démographie anarchique, absurde, dont le contrôle a échappé aux femmes et dont les hommes ne connaissent pas la maîtrise puisqu'ils en ignorent le problème

La Première Guerre mondiale ouvre une brèche dans la population française : un million et demi de morts. Entre cette guerre et la suivante, les naissances n'équilibreront pas les décès annuels. La fameuse loi de 1920 votée par la Chambre bleu horizon contre l'avortement et la contraception porte, jusque dans son excès nataliste, la marque de l'idéologie patriarcale ; la seule contraception totalement interdite est féminine. Les préservatifs masculins restent en vente libre, sous la restriction hypocrite de publicité défendue, ce qui était aisément tourné par la métaphore d'"article d'hygiène". Malgré la loi, comme on sait, l'avortement clandestin multiplia en France ses ravages, entraînant par dizaines de milliers maladies, accidents, cas de stérilisation,  morts. Il n'est pas indifférent de savoir que le taux des naissances après s'être relevé à la Libération, où les femmes, comme tout le pays, crurent à un véritable renouveau politique, tomba à nouveau pour se retrouver en 1968, année des barricades, au même chiffre exactement qu'en 1920. 

En 1945, le Général de Gaulle avait émis le vœu de voir la population française s'augmenter de 12 millions de naissances. Le Parti communiste, loin de protester, devait dix ans plus tard renchérir sur ce natalisme imbécile en s'opposant violemment à une législation de la contraception, et en foudroyant le malheureux Derogy, auteur de ce libre impie, Des enfants malgré nous. Entre temps, avait été publiée en 1946 la liste des produits abortifs interdits pas décret, et en 1953 la loi Bleu horizon avait été incorporée dans le Code de la santé publique, avec l'appui enthousiaste du très pétainiste Ordre des Médecins (dont beaucoup refusaient d'anesthésier l'avortée, même involontaire, en cours de curetage à vif.)
En 1962, le Général de Gaulle revenu au pouvoir revint également à la charge : cette fois-ci il souhaitait que la population française atteigne 100 millions. 
[...]
L'année suivante, c'est Michel Debré qui invoquait la compétition démographique en reprochant au pays ses pauvres petits 48 millions d'habitants à côté des 50,5 de l'Italie et des 55,5 de l'Allemagne de l'Ouest. A la même époque, dans le seul hôpital de Grenoble, nous révèle Elizabeth Draper (Conscience et contrôle des naissances) qu'il était établi que 61 % de 1197 femmes enceintes l'étaient contre leur volonté


En février 1969, au moment où un congrès de savants réunis au Musée de l'Homme déclarait que le monde entrait dans une période irréversible de destruction écologique (ce que confirmait U Thant, [homme politique birman, 3ème secrétaire général des Nations Unies de 1961 à 1971] et tandis que l'affolement commençait à se manifester avec les travaux du Club de Rome, le gouvernement français relève les allocations familiales et abaisse le prix des transports familiaux ; mesures sociales heureusement trop futiles pour combattre le décroissance de la natalité. Après le combat soutenu de façon virulente par les mouvements de libération, parallèlement à des projets réformistes comme celui de la loi Neuwirth, l'avortement devient légal le 14 novembre 1974, après diverses mesures assouplissant la législation de la contraception. [La presse patriarcale parle alors de "berceaux vides", "700 000 français de moins en 1974", et la "diminution non moins affolante des mariages des jeunes" nous menaçant d'une "catastrophe économique et sociale sans précédent".] la société capitaliste et industrielle, dernier stade du patriarcat, se sent menacée au cœur par la diminution de la natalité sur ses territoires d'origine même si la démographie mondiale lui est problème ; la révolte collective des femmes en ce qui concerne leur destin individuel a projeté brutalement sur la scène politique le conflit cru privé ; en se réemparant du "produit de son travail" en domaine biologique, à savoir la procréation, le sexe féminin, en dehors de toute lutte de type féministe-passéiste pour l'insertion d'une société faite sans les femmes, prouve que le véritable pouvoir se trouve entre ses mains ; et que pour citer Spengler, si l'homme fait l'histoire, la femme est l'histoire. 
[...]
la destruction des sols et l'épuisement des ressources signalées par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallèle à la surfécondation de l'espèce humaine. Cette surexploitation basée sur la structure mentale typique d'illimisme et de soif d'absolu (qu'il s'agisse de profit matérialiste ou d'idéologie religieuse ou politique) qui est un des piliers culturels du système mâle, s'est d'autant plus facilement et librement exercée en l'absence de la cogestion féminine, toujours considérée comme un frein et un alourdissement à cause de ses aspects conservateurs, anti aventuristes, anticompétitifs, et antiviolents (jusqu'à l'apparition d'une contre violence féminine comme l'écoguerilla antinucléaire). 

L'appropriation patriarcale de la fertilité terrestre a donc bien abouti, directement, à la destruction des ressources par surexploitation, comme l'appropriation patriarcale de la fécondité à la surpopulation mondiale ; ces deux motifs fondamentaux du patriarcat auront persisté à travers tous les régimes économiques pour déboucher sur le capitalisme industriel meurtrier et sur-polluant, en maintenant à chaque époque l'oppression des femmes et la hiérarchie sexiste. 
Le profit est le dernier visage du pouvoir, et le capitalisme le dernier stade du patriarcat."
Françoise d'Eaubonne - 1978 - Ecologie et Féminisme - Réédité en en 2018

Le sujet de la surpopulation ayant été traité jusqu'à maintenant par des gens peu recommandables, il est indispensable de préciser que la seule façon de lutter contre la surpopulation est l'empouvoirement des femmes**, leur émancipation et autonomisation via l'école, le collège, le lycée et l'université pour toutes celles qui en ont le désir et s'en sentent les capacités, un libre choix de leur destin, le mariage et la maternité n'étant plus considérées comme leur assurance-vie, mais au contraire en faisant une carrière dans le domaine souhaité, secteur marchand ou non marchand, procurant la capacité de vivre dignement de ses activités en y trouvant la créativité, l'accomplissement et l'épanouissement personnel. Evidemment, tous les moyens de contraception doivent être mis à leur disposition, et l'avortement dépénalisé partout, est en accès libre et gratuit dans les meilleurs conditions médicales. Et ce sur l'ensemble de la planète, sans restrictions. Ces outils sont très puissants, la preuve c'est que les résistances à l'autonomie des femmes sont nombreuses et omniprésentes. Les femmes doivent choisir d'avoir ou non des enfants, le nombre d'enfants qu'elles veulent, sans que personne ne leur dicte quoi que ce soit. Le pouvoir procréateur remis sans restriction  aux femmes, c'est notre seule chance de survivre en tant qu'espèce. Que les hommes se taisent enfin. Ils ont fait assez de dégâts.

Les caractères gras sont de mon fait, les caractères agrandis sont les soulignés de Françoise d'Eaubonne. 

Liens : Au croisement du féminisme et de l'écologie, l'écoféminisme
**L'empouvoirement c'est prendre le pouvoir sur sa vie 
Faites des parents (kins, proches), pas des bébés ; tous les terriens, animaux inclus sont parents proches" - Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène, faire des parents - Par Donna Haraway 

* On peut se poser la question de savoir si la natalité en France -1,9 enfant par femme- qui rajoute 140 000 primo demandeurs chaque année au solde incompressible de chômeurs et précaires- n'est pas voulu pour maintenir des salaires bas, une population de salariés précarisés mais dociles, et des propositions néo-libérales de rogner sur les cotisations sociales, renommées fort à propos "charges sociales".

samedi 27 octobre 2018

L'histoire violente du hamburger

Colonialisme, sexisme, défaunation, holocauste d'animaux d'élevage : l'HIStoire du burger, l'insoutenable solution moderniste à notre fourniture en protéines.

Cet article est inspiré du chapitre 3 (Cow burger) de l'ouvrage de Carol J Adams "Burger" paru chez Bloomsbury dans leur collection Object Lessons qui raconte l'histoire d'objet usuels du quotidien. Édition non traduite en français.

Colonialisme

Tout commence en 1492 avec l'arrivée de Christophe Colomb dans le "nouveau monde", immédiatement suivi par les colons espagnols qui arrivent sur l’Île d'Hispaniola (l'actuelle République Dominicaine) avec leurs vaches Long Horn.
Au commencement était l'auroch, ancêtres de toutes les vaches actuellement connues, dont les derniers spécimens disparaissent définitivement aux alentours de 1500. Il est à noter que le "Nouveau Monde" est invariablement présenté comme " une terre vierge à conquérir " ce qui est évidemment une métaphore sexiste : la virginité, caractéristique des femmes -selon la rhétorique patriarcale- qui n'ont pas été dégradées par des rapports sexuels, comme écrira plus tard Andrea Dworkin dans Intercourse. Femmes et nature, ces deux "terres à conquérir" pour tout valeureux mâle digne de ce nom.

Y a-t-il des gens sur ces "terres vierges" avant l'arrivée de Colomb et Cortès ? Oui, il y a des indiens, ainsi nommés par Colomb car il se croyait aux Indes. Des autochtones, des gens du cru. Mais ce sont des "sauvages", ils seront commodément animalisés et féminisés dans le processus de colonisation et surtout, ils devront céder la place. Donc, voici les vaches Long horn débarquant des galions espagnols, pour la fourniture de lait et de travail de somme essentiellement, accompagnées des maladies qui vont avec les troupeaux : la tuberculose, la variole et la rougeole. Toutes les épidémies humaines viennent d'épizooties, de virus mutagènes dus au contact entre espèces et de la densité de populations animales et humaines. Comme on n'est pas des sauvages, on va "civiliser" les natifs "indiens" en les poussant à acquérir des vaches contre 8 loups présentés tués : tout bénef, on éradique le prédateur des troupeaux, et les indiens passent aussi d'une société de chasseurs à celle d'éleveurs-agriculteurs sédentaires, le modèle "civilisateur" occidental.
Le problème ou bénéfice (cela dépend du point de vue où on se place) avec des vaches, c'est qu'il faut les faire pâturer dans des champs clôturés de façon qu'elles ne se fassent pas la belle, ce qui tend à prouver que les animaux d'élevages sont détenus contre leur gré; en effet, dès qu'il y a une brèche dans une clôture, elles se carapatent ! Sauf que pour les clôtures à piquets de bois, il faut du bois, qui vient à manquer quand on a déforesté pour faire des pâtures. Comme il y a un dieu bienveillant pour les patriarcaux et qu'ils sont ingénieux en diable, en 1873 un certain Joseph F Glidden, fermier de l'Illinois, dépose un brevet pour le fil de fer barbelé qu'il vient d'inventer : un grand bond pour l'humanité éleveuse. Surnommé la "corde du diable" par les ranchers texans, le barbelé fonctionne sur la violence, contrairement à toute autre type de clôture, le barbelé utilise de corps du détenu contre lui-même : l'acte de forcer le barbelé cause des blessures au corps du fugitif ", écrit Carol J Adams.

Deux autres inventions techniques vont faire la fortune du hamburger : l'abattoir -annonciateur de l'ère industrielle, puisque le système précurseur de désassemblage des abattoirs de Chicago "la grande cité du bœuf de boucherie", sera copié à l'envers par le fordisme et ses usines d'assemblage d'automobiles, à Detroit. Ensuite la congélation et le système de vente au détail de pièces de viande : jusqu'à cette époque, la viande de porc était privilégiée pour la consommation humaine, à cause des modes de conservation dans la saumure, ou par séchage, mais qui ne permettent pas de manger de la viande fraîche tout le temps. L'essor du train quadrillant les grandes plaines des indiens décimés désormais parqués dans des réserves, permet de transporter rapidement des pièces de bœuf vers les lieux de détail, les boucheries, dans les villes. L'industrialisation de l'élevage -les grandes plaines du Far West rapidement transformées en pâtures clôturées, puis en "feedlots" parcs à bovins, on garde les clôtures mais ils sont sur de la terre battue, non plus nourris par de l'herbe mais par du maïs, tout cela fait que l'animal produit plus rapidement du muscle, une viande "persillée" (infiltrée de graisse), et qu'il est abattu "à maturité" plus jeune, d'où des gains de productivité, malgré le fait que 40 à 50 % de l'animal est non consommé (peaux, onglons, abats, cornes...).

Des voix s'élèvent-elles dès la fin du XIXème siècle en disant que la déforestation, la transformation des Prairies en pâtures, puis l'élevage intensif, épuisent les sols et, comme on ne disait pas alors, la biodiversité ? Extermination des loups et des bisons, la colonisation des terres par les fermiers et leurs bovins sonneront le glas des "native americans" les indiens, les quelques restants seront bientôt parqués dans des réserves, minés par la perte d'identité, la perte de leur histoire, de leur culture, et par l'alcoolisme qui va avec : biocide, zoocide, génocide se suivent, qu'à cela ne tienne, la faim humaine de viande aura raison de toute prudence. Burger pour tous. Les colons anglais mangeurs de bœuf ont définitivement gagné la partie.

L'infographie ci-dessous montre le poids des mammifères terrestres sur la planète aujourd'hui. Un petit carré équivaut à un million de tonnes. Les humains et leurs animaux de boucherie surclassent toutes les autres espèces de mammifères, représentés eux par les petites briques vertes.



Néo-colonialisme 

Les hindous et les irlandais, tous deux peuples stigmatisés, l'un comme mangeur de riz et l'autre comme mangeur de patates, tous deux victimes de la colonisation britannique, étaient vus comme des sous-développés et tenus en sujétion par les anglais qui se considéraient mieux nourris de viande de bœuf, et du coup apporteurs de civilisation. Les irlandais paieront le prix fort de la Grande Famine provoquée entre 1845 et 1852 par le colonisateur anglais, famine qui les contraindra à émigrer massivement vers cette autre colonie britannique, les Etats-Unis.

Dans les abattoirs industriels aujourd'hui, travaille en majorité une main d’œuvre immigrée, provenant, pour les États-Unis, du Mexique ou d'autres pays d'Amérique du Sud, les "dos mouillés" qui trouvent à s'employer dans les travaux, dont même les petits blancs pauvres ne veulent plus. En Europe, ce sont les maliens, roumains et portugais... qui fournissent les bataillons de l'abattage des millions de vaches pour votre hamburger McDonald's ou Burger King ! C'est le prix à payer pour une viande bon marché dont un seul steak haché peut compter jusqu'à un millier d'ADN différents !

Sexisme

The Thick Burger
The Whopper
The Big Mac
Big Boy
Chubby Boy
Beefy Boy
Super Boy

Pour nommer leurs steaks hachés, les McDonald's et Burger King rivalisent de "double entendre" disent les anglais, d'allusions à des fonctions érectiles : il y est question d'organes masculins rivalisant de longueur, largeur et puissance, même si le français peine à les traduire et que les termes employés passent au-dessus de la tête des consommateurs non US, puisque leurs noms viennent du parler populaire de là-bas, nous colonisant à notre tour. Comptez toutefois sur les visuels publicitaires pour expliciter la chose. Ils sont forgés pour convaincre les hommes qui les consomment de leur virilité, et les femmes, de se les rentrer dans la bouche !


Ainsi, en deux centaines d'années, le burger conquit le monde ! 

Il a suffit de convaincre les sous-développés mangeurs de riz (les sauvages mangent du riz et autres graines ou céréales, et les bonnes femmes mangent des salades, selon la rhétorique des mâles éleveurs mangeurs de viande) de se mettre au bœuf haché.
Pour le suprême malheur des animaux dits "de boucherie", élevés dans des conditions indignes, promis à une mort précoce et industrielle, un holocauste de vaches, porcs, poulets, et poissons ;
Pour le malheur des animaux sauvages victimes depuis 150 ans de réduction, puis destruction de leur habitat, et de disparition inéluctable, dite défaunation ;
Pour le grand malheur de la terre appauvrie sous les sabots des vaches en corrals, et sous les cultures intensives de maïs, à base d'intrants, désherbants, insecticides et pesticides ;
Pour le malheur de la forêt amazonienne (entre autres) décimée au profit des cultures de soja fournissant les protéagineux nécessaires aux vaches dites "à viande et lait" ;
Pour le malheur des paysages et des communautés humaines forcés de suivre le mouvement du steak haché pour toutes les bourses, une sorte de dévoiement de la démocratie tout en prétendant faire le bonheur des classes moyennes ;
Et enfin, pour le grand malheur de l'humanité, frappée en premier lieu d'une pandémie d'obésité, de résistance aux antibiotiques qui pourrait réellement mal tourner, surtout si un superbug ultra résistant franchit la barrière des espèces ; de perte de ressources en biodiversité, humanité bientôt seule dans un monde désolé, uniformisé, dépourvu de toute beauté.
Ne comptez pas sur moi pour pleurer sur son sort.

Comment tuer une vache

" D'un côté de la salle, court une étroite galerie, à quelques pieds de l'atelier, vers lequel le bétail est conduit par des hommes qui leur donnent des chocs électriques. Une fois assemblés là, les créatures sont emprisonnées, séparées, chacune dans son enclos, par des portes qui se ferment, ne leur laissant aucune place pour se retourner ; et pendant qu'elles se tiennent meuglant et ruant, au-dessus de l'enclos, se penche un des "tueurs" armé d'une masse, cherchant un angle de frappe. La pièce est remplie des échos d'une succession de bruits sourds, du martèlement des sabots et des ruades des taurillons. " La Jungle d'Upton Sinclair, selon ma traduction.

Aujourd'hui, les tueurs sont armés de pistolets à tige perforante tirés dans la tête, sensés rendre les bovins inconscients (quand le pistolet ne s'enraie pas) avant d'être dépecés, membres découpés à la scie électrique, le tout en moins de cinq minutes. Certains sont dépecés non étourdis. Le convoyeur avance à 15 km par heure.

mardi 16 octobre 2018

Qui est le plus carboné ? Les écologistes sont-ils sexistes ?

Le dernier rapport du Giec publié le 8 octobre 2018 lance un nouveau cri d'alarme : "Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves, à eux de voir ". Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, qu'on l'appelle anthropocène, ou capitalocène, peu importe, nos activités modifient durablement et peut-être irréversiblement le climat terrestre. Une journaliste, un poil stressante, a même envoyé un tweet "Voilà, c'est fini !" accompagné du lien vers le rapport en question. Le vieux monde politique ne s'en est ému que 24 H, puis business as usual, Valérie Pécresse a lancé ses bulldozers à l'assault de la Corniche des Forts à Romainville, le microcosme journalistique politique ne bruissait que de remaniement ministériel, bref, la malédiction climatique, on verra dans 10 ans, ces indendiaires ont le nez sur le guidon.

Des sites spécialisés se sont toutefois emparés du sujet sous un angle féminin, à défaut d'être féministe : Zéro déchet, quand la transition écologique freine l'émancipation des femmes publié par Novéthic, certainement dans un bon esprit, mais qui au final, fait porter aux seules femmes, et sur leurs seules activités, le poids de la transition écologique : il ne parle que de déchets ménagers, de couches-culottes, et des femmes de chambre des hôtels pénalisées par les procédures "vertes" ! Super ! Sans compter que déjà, on ne voit plus dans la rue arriver les agresseurs pour cause d'extinction des lampadaires pour faire des économies d'énergie, ce sont encore et toujours les femmes qui doivent endosser toutes les responsabilités ? Non, parce que si on fait le total, ce n'est pas sûr que ce soient les femmes les plus carbonées dans l'affaire, alors qu'elles sont, hélas pour elles, en charge du quotidien UTILE.

En guise de contribution au sursaut préconisé par le GIEC, je vais vous en trouver moi, des activités masculines INUTILES à ERADIQUER pour faire des économies de rejets de carbone :

AU PLAN INDIVIDUEL : 
Terminé les tours à scooter, sur deux roues, mais aussi sur la roue arrière en mettant au maximum les gaz, pendant que maman et les filles se rendent utiles à la cuisine ;
Terminé les gros engins tels squads (signe de petite bite, sans conteste), grosses cylindrées, que les hommes s'achètent alors que les femmes, qui font plus de déplacements, prennent le bus ou se contentent de la vieille petite voiture familiale d'avant la grosse cylindrée de papa ; d'ailleurs, fini les grosses cylindrées, si on était une espèce responsable. Mais non, chez moi on élargit les routes pour que deux grosses caisses (elles sont de plus en plus hautes et larges, vous avez remarqué ?) puissent se croiser.

Finis les visionnages de vidéos pornographiques sur Internet, dont la consommation dévore de l'énergie et fait chauffer les serveurs et routeurs, dont ils sont les quasi exclusifs consom--mateurs, pendant que Madame a le dos tourné ;
Stop aux gros engins m'as-tu-vu inefficaces, dont ils se servent en exclusivité là aussi : pollution sonore et olfactive, consommant des carburants non renouvelables. Souffleurs, taille-haies, machines municipales à balais brosses qui ramassent quatre feuilles mais laissent leurs canettes de bière dans les massifs et sur les pelouses ; terminé les tondeuses qui déchiquètent les ordures ou les enfouissent. Qu'on leur donne des balais, et le silence, des températures raisonnables, l'air pur reviendront.
Un conseil aux transporteurs routiers et aux autocaristes : embauchez des femmes, vous ferez des économies de garagiste, de carburant et d'émissions de carbone, notre conduite est plus souple et on a beaucoup moins d'accidents ! J'ai bien dû oublier quelques items, je vous laisse les rajouter, dans les commentaires, si vous avez des idées.

AU PLAN COLLECTIF :
Finis les raouts planétaires et interplanétaires où ils sont les seuls à participer, consommer (éventuellement de la chair fraîche, l'afflux de proxénètes et de prostituées suit de près leurs réunions d'entresoi, c'est prouvé !) et faire les intéressants en y allant en avion ou en construisant au besoin des infrastructures pour célébrer la fête.

Fini, les salons professionnels comme
Le Space à Rennes, Salon International de l'Elevage industriel et des "productions animales" : 85 % de mecs visiteurs d'après mes observations, les femmes, même ingénieures agro ou vétérinaires servent les cafés et les petits fours ; c'est vrai que c'est le salon de toutes les vaches à traire -j'y suis allée une dizaine de fois au titre d'activiste de la cause animale, vous pouvez me croire, c'est caricatural ; ce salon à plus de 100 000 visiteurs en 4 jours se solde par des émissions de GES émises par d'énormes embouteillages sur les rocades de la ville, tout le monde est pénalisé à cause d'une petite corporation concernée, et encore, tous les agriculteurs ne sont pas conviés et surtout n'y viennent pas, même si l'audience est internationale !

Fini les sommets type World Economic Forum à Davos, ces clubs de riches dirigeants, où le ticket d'entrée est d'au moins 45 000 dollars, pour aller reconstituer son carnet d'adresses rempli de mâles blancs, milliardaires et politiques influents, de plus de 60 ans !

Fini les Coupes du monde de foot, Euro de foot et Jeux Olympiques vérolés pas la corruption, la bétonnisation d'espaces pour construire des stades, des piscines, des terrains de foot qui pourriront sur pied dès la fête finie, fête qui dure un mois : tels Sotchi, Buenos Aires et sa coupe du monde 2014 qui a, au final, eu la peau de Dilma Roussef, une fois les lampions de la fête éteints et la déconvenue installée, les pauvres relégués dans des bidonvilles lointains, les installations en voie de pourrissement ; on constate le même phénomène sur les différentes installations des villes russes pour accueillir la Coupe du Monde de la FIFA 2018, qui ont de très faibles taux de remplissage et sont devenues non rentables quatre mois après.

Il faut aussi arrêter la surenchère lors des mises en concurrence des villes par ces instances organisatrices telles la FIFA ou encore le CIO -à budgets digne des PIB de petits pays, dont on ne peut prouver qu'elles ne sont pas gangrenées par la corruption, pour accueillir ces événements : les femmes maires, je pense à Anne Hidalgo à Paris, seraient bien inspirées de renoncer à la candidature, à l'instar de villes comme Berlin ou Los Angeles qui ont le courage politique de renoncer à la compétition et gardent leur budget pour d'autres équipements moins dévoreurs de place, de financement, moins carbonés, à seule destination des mâles.

Finies les réunions où ils vont faire les intéressants en transports avion polluants : j'ai dû prendre trois ou quatre fois des avions d'affaires, j'étais soit la seule femme, soit je voyageais avec une autre (une pharmacienne de Glaxo Smithkline, une fois) on en profitait pour se tenir chaud et se raconter nos histoires professionnelles ; qu'ils travaillent en audio-conférence, pour ce qu'ils ont à dire de toutes façons...
Il est plus que temps, peut-être même trop tard, pour mettre fin à leurs comportements de parasites des ressources et de toutes les prétendues ancillaires et vaches à traire qui passent ! Faire porter aux femmes le poids de la transition énergétique et prétendre qu'elles sont les seules à émettre du carbone parce qu'elles élèvent les enfants, comme le fait l'article cité plus haut, est un mensonge et une diversion. Les plus carbonés de la planète sont les plus riches, les plus riches sont les hommes, surtout dans l'hémisphère Nord. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas limiter les couches-culottes (peut-être en ayant moins d'enfants d'ailleurs ?), je dis juste qu'à un moment il faut arrêter l'omerta sur les comportements masculins carbonés et dévoreurs de ressources.

La position idéologique conservatrice des hommes ce serait plutôt celle-ci :


Traduction - A un sommet sur le climat : "Et si tout ceci n'était qu'un gros canular, et qu'on créait un monde meilleur pour rien ?" Oui, en effet, vu comme ça !

On dirait que la rue s'en mêle !



vendredi 5 octobre 2018

Le massacre des innocents - Les oubliés de la République


Deux enfants tués par semaine, un enfant violé toutes les heures, 73 000 cas de violences identifiés par les forces de police, 300 000 enfants et mineurs pris en charge par les services sociaux. 


Edité à compte d'auteures, vendu sur Amazon, écrit par Françoise Laborde, journaliste, et Michèle Créoff, spécialiste de la protection de l'enfance, ce livre est un manifeste. Les enfants ne font pas de lobbying, ils sont dépendants de leurs familles, ils ne sont pas représentés dans les assemblées où se décident les lois, ils n'ont pas de comptes Facebook ou Twitter pour faire de l'activisme.

Les maltraitances aux enfants sont un sujet féministe car " on est au même endroit. Les violences faites aux femmes trouvent leurs sources dans les mêmes causes : le huis clos familial et la domination patriarcale ", selon un des anciens enfants maltraités devenu militant de la cause des enfants retirés à leurs familles et confiés à l'ASE (Aide Sociale à l'enfance).
" La condition féminine et la condition enfantine se rejoignent face à la toute puissance maritale et paternelle ". Malheureusement, les féministes se concentrent surtout sur les viols incestueux et les mutilations sexuelles.

Il est toutefois indispensable de préciser que les mutilations sexuelles et génitales, les mariages précoces et forcés, le voilement des fillettes, sont des maltraitances à enfants. Imposer le voile à une fillette, c'est lui signifier qu'elle n'aura pas la même autonomie que ses frères qui eux vont en débardeurs et en shorts, et lui imposer très jeune un stigmate, la désigner comme objet de convoitise sexuelle. C'est une sexualisation précoce et une violence.

Résistez au chant des sirènes patriarcales !

Non la maternité, le mariage, une famille, ce n'est pas forcément que du bonheur, et avoir des ovaires et un utérus, c'est seulement une option, il n'y a aucune obligation de s'en servir.
Se marier et avoir des enfants, c'est renoncer pour une femme à son identité dans le premier cas, et à son autonomie, dans le deuxième cas, double peine au final. Vous en prenez pour 20 ans, incompressible. Un enfant n'est pas une béquille à la solitude, ni un pansement sur vos plaies existentielles, il ne compensera pas une enfance malheureuse, il ne fera pas un bon compagnon, au moins au début quand il faudra le nourrir et s'en occuper toutes les deux heures, jour et nuit ! Un enfant, c'est exigeant et tyrannique, avant d'être aimant. Clairement, ils sont tous facistoïdes, pour moi.

Choisir un compagnon, futur père de votre enfant, à un arrêt de bus (un des cas cité dans le livre !) et se faire mettre enceinte un mois après, est une stratégie pourrie. Certains hommes n'ont pour affirmer leur statut social que leur rôle de père : ils seront tentés d'exercer leur tyrannie (de père tout puissant, c'est écrit dans la Bible, vous ne pouvez pas lutter !) auprès de Bobonne et de ses enfants. Cela donnera un dictateur familial qui se vengera de toutes ses frustrations professionnelles et existentielles sur vous et vos enfants ! La société leur promet ce statut depuis le Néolithique : ils ont le droit de régner, de droit divin, sur un troupeau de femelles : sœurs, mère, épouse, maîtresses, filles, nièces...
La vie vous offre des tas d'autres opportunités : la légèreté, l'autonomie, l'action, une ou plusieurs carrières passionnantes, car les femmes savent se trouver des vies consécutives, au contraire des hommes qui ne font en général qu'une carrière linéaire, des compagnons ou des compagnes d'autant plus léger-es qu'illes seront de passage -ou permanents-, sans le poids de la (m)paternité. Et puis, 8 milliards d'humains sur une planète à bout de souffle devant nos besoins illimités et notre responsabilité limitée, franchement, est-ce bien raisonnable d'en rajouter ?

Ce livre-manifeste répertorie les principaux "faits divers" ayant percé l'atonie de la société devant le sordide des situations d'enfants battus à coups de barres de fer et de poings, douchés à l'eau glacée, enfermés dans des caves, des petits martyrs que personne ne détecte -ou ne veut détecter- la famille "c'est que du bonheur" étant la croyance la plus répandue dans notre espèce prisonnière de ses histoires édifiantes. Mais fausses : en témoignent Noa, bébé de deux mois, décédé d'un trama crânien infligé par les poings de son père ; Bastien décédé à trois ans en 2011, étouffé dans le tambour de la machine à laver en mode essorage ;  Marina, 8 ans et un physique de petite boxeuse victime des coups de ses parents, de l'indifférence du voisinage, et des institutions pourtant chargées de la protéger ; Mandolina, 3 ans, victime de la folie maternelle, noyée, jetée à l'eau dans un sac plastique ; Inava, dont l'âge au moment du décès est incertain, tuée par son père frustre et marginal, dans l'indifférence de sa mère à mentalité d'esclave ; Pierre et Jean, handicapés à vie, reclus dans une cave pendant des années puis échappés par leur seule volonté, les inspecteurs de l'ASE n'ayant rien trouvé à redire au sous-sol où ils étaient logés ; et Sarah, violée à 11 ans par un adulte, mais dont le viol ne sera pas reconnu par le tribunal correctionnel de Pontoise, dont le procès provoquera le débat sur l'âge minimum du consentement à une relation sexuelle. Débat qui a abouti finalement à une loi mal rédigée. Status quo ante.

Ce dernier cas montre que nous sommes un pays fanatique de la natalité, ayant à peine évolué sur la contrainte à la sexualité et à la reproduction pour les filles ; la famille est toujours sanctuarisée, le père "biologique" est toujours tout puissant ; des familles ayant gravement démérité, convaincues d'incapacité et de maltraitance, gardent toujours la primauté sur leur progéniture devant des familles d'accueil ou toute autre personne désireuse d'adopter, selon les fameux et ridicules "liens du sang". C'est pathétique : il est évident que le parent, c'est celui, celle qui protège, élève et construit. Fût-ille une parfait-e inconnu-e, mais qui procure les soins de base et la sécurité. Les enfants ont besoin de sécurité, et de stabilité, avant tout. Les trimballer de familles d'accueil en famille biologique au gré des réhabilitations et des déménagements des uns et des autres, n'est en aucun cas STABILISANT ni ne peut favoriser une scolarisation sereine débouchant sur un diplôme. Rappelons que 40 % des SDF sont d'anciens enfants de l'ASE, balancés dans la vie, généralement sans diplôme, sans pécule, à 18 ans, parce qu'ils sont majeur-es et qu'ils sont considérés devenus adultes. L'aide sociale à l'enfance, c'est 44 000 euros par an et par enfant, le prix de la scolarité d'une grande école ! Tout ça pour en arriver là.

Le livre, en conclusion, propose des solutions de bons sens (dont l'adoption simple : il y a plein de familles désireuses d'adopter dans ce pays et pas d'enfants à adopter !) pour améliorer la prise en charge de ces enfants victimes de l'acharnement de leurs parents : à les mettre au monde d'abord, puis à les délaisser et/ou maltraiter ensuite, conséquence de leur irresponsabilité et de leur obéissance à des injonctions patriarcales immarcescibles. Vous pourrez aller signer ce Manifeste pour une protection de l'enfance contre les violences familiales et d'état sur le site Amazon dans les commentaires sur la page de l'ouvrage. A lire par tous, mais particulièrement si vous êtes éducateurs, professionnel-les de l'enfance ou soignant-es, infirmières, médecins, assistants sociaux, et professionnels de justice.

Si des enfants maltraités passent par ici :
ne restez pas seul-es, repérez une personne de confiance dans votre entourage : institutrice, infirmière scolaire, voisin ou voisine bienveillante... et parlez-lui ! Ou appelez le 119 enfance en danger, la plateforme gratuite dont le numéro n'apparaîtra pas sur la facture de téléphone de vos parents. Elle répond 24 H sur 24. Personne n'a le droit de vous battre, de vous parler mal, ou de vous imposer des situations qui vous mettent mal à l'aise. Les adultes n'ont pas tous les droits. Même conseil si votre père tape votre mère : c'est une violence contre vous, vos frères et sœurs, et votre mère. 

Et les adultes, si vous avez des doutes sur un voisin ou une voisine, par pitié, appelez la police, la gendarmerie, et signalez ! Il vaut mieux les déranger pour rien que de découvrir un matin que vos voisins ont tué un enfant à coups de barre de fer !

" L'enfant n'appartient ni à ses parents, ni à la société, mais à sa liberté future " Bakounine

Cette semaine, l'Iran des Mollahs a pendu une jeune femme de 24 ans : Zeinab, enfant mariée de force à 15 ans, violée ensuite, puis battue par son mari. A 17 ans, elle tue son bourreau. Torturée en détention, selon Amnesty International, puis condamnée à mort, Zeinab Sekaanvand a été pendue le 2 octobre 2018, afin que nulle n'ignore la loi de fer des mâles, éleveurs du Néolithique, pour les filles et femmes : appartenir à un homme, pour le pire, puis reproduire ses gamètes d'oppresseur et de parasite de toutes les vaches à traire qui passent. Repose en paix, Zeinab, tu as refusé le statut d'esclave, tu es une héroïne ; tu as débarrassé la planète d'un bourreau, d'un pédophile et d'un parasite. Nous ne t'oublierons pas.

Les phrases en caractère gras et rouge sont des citations du livre.

dimanche 23 septembre 2018

Les hommes naissent-ils naturellement gibiers de potence ? De la violence masculine

Il y a environ 80 000 personnes sous écrou en France, sur 250 000 prises en charge par l'administration pénitentiaire, de mémoire (le Ministère de la Justice planque ses chiffres par genre, mais j'ai vu il y a quelques mois sur Twitter une infographie que je n'arrive plus à retrouver) on aurait moins de 3000 femmes sur cette population. Ce qui était clair, c'est que c'est en pourcentage

97 % d'hommes et 3 % de femmes.

En Grande-Bretagne, en 2015, c'était 84 000 hommes et 3800 femmes, soit moins de 5 %. Ce sont les mêmes chiffres dans tout le monde occidental. La moyenne globale de femmes incarcérées est de 4,3 % selon l'observatoire international des prisons. La suite de mon article se réfère à des chiffres anglais, car il est largement inspiré de cet article de 2015 paru dans The Telegraph. On est dans la même partie du monde, les sociologies et niveaux de vie entre nos deux pays sont à peu près les mêmes. Voici une infographie comparative des cas français et allemand :


Le phénomène de la violence masculine est largement tu, en tous cas innommé, impensé ; la violence est considérée par la société, sans discussion, comme un phénomène universel au masculin, les femmes violentes étant considérées comme des anormalités monstrueuses, donc rares. La preuve par Wikipédia ? Tapez "violence féminine" sur un moteur de recherche, il arrive un wiki consacré au sujet ; tapez "violence masculine" dans le moteur de recherche de Wikipedia, vous obtenez la réponse suivante : "l'article violence masculine n'existe pas sur ce wiki". La violence des hommes est juste de la violence, phénomène inhérent à l'espèce humaine, elle ne s'analyse pas comme un phénomène masculin, alors que la violence des femmes, elle est spécifique, donc subsidiaire. Et analysée sociologiquement. Mais notre calme social est absolument passé sous silence. D'où la stupéfaction suivie par le déni, quand on souligne dans une conversation les 97 % contre 3 % de population carcérale, on obtient la réflexion suivante de l'assistance -par les femmes interloquées, les hommes se la bouclent- (ça m'arrive à chaque fois) : "il y a des femmes en prison" ! Oui, 3 % contre 97 % de mecs, j'insiste. Je rajoute même : d'ailleurs, elles y sont très mal traitées, la prison est entièrement conçue pour les hommes, pas pour les femmes.

Depuis les débuts de l'ère industrielle, donc depuis qu'il existe des statistiques, non seulement les femmes criminelles sont minoritaires, leurs crimes sont moins graves, mais en plus, leurs carrières de criminelles sont plus courtes, moins "professionnelles", et elles ne récidivent généralement pas ou peu. Quelle est donc l'explication d'une telle différence entre le nombre de femmes et d'hommes délinquants en prison ?

Quelques pistes de réflexion ont été avancées :
La biologie ? Les hommes seraient plus violents car plus forts physiquement ? Sauf que les crimes les plus nombreux sont les crimes de violence routière : ils ne demandent aucune force physique ; les hommes prennent plus de risques en conduisant, et ils sont impliqués dans des accidents plus graves, ils tuent et se tuent, ainsi que l'indique cette infographie de la Sécurité routière. Ils peuvent de ce fait se retrouver en prison, même si la violence routière est peu réprimée.

Autre tentative d'explication : la théorie "chevaleresque" : les juges, implicitement mâles, influencés par les biais de genre, auraient tendance à condamner moins sévèrement les femmes. J'y vois deux objections : premièrement, 80 % des magistrats en France sont des magistrates, je ne les vois pas exerçant un biais chevaleresque -plutôt biais masculin, les chevaliers sont généralement des hommes, chevalière au féminin désignant habituellement une bague ! ; et deuxièmement, les femmes criminelles sont, justement à cause du biais genré, jugées sévèrement puisqu'elles sortent des rôles maternels, de la douceur et du care où elles sont habituellement cantonnées. Voir les noms et surnoms dont on les affuble : sorcière, empoisonneuse, avorteuse, criminelle impie, diabolique, etc..

Les femmes sont aussi, en cette matière criminelle, victimes du plafond de verre : elles ont moins d'opportunités ou, en français, d'occasions. La délinquance financière, l'escroquerie ou le détournement de fonds en entreprise sont plutôt affaires de mecs, vu les positions de séniorité, et de management qu'ils y occupent. Quand au Crime organisé il est patriarcal, pyramidal (Mafias), ce sont les mâles qui commandent et décident, héritent du pouvoir, participent aux opérations des gangs, même très jeunes, en formation ; les femmes y sont affectées à la reproduction et à l'intendance domestique selon des modalités fixées au Néolithique, ce qui ne rajeunit pas ces organisations du Crime.

Les comportements appris en revanche eux, sont légions. Les stéréotypes masculins imposent d'avoir du pouvoir sur les autres, de gagner le pain de la famille, de montrer de fait qui est le chef. Pour le rester, il faut en démontrer les capacités et faire preuve de virilité. Tous les moyens sont bons, surtout la colère, la brutalité, et la violence. Certains peuvent même aller chercher la masculinité en... prison. Les femmes, en revanche, sont élevées à prendre des responsabilités dès le plus jeune âge, dressées à s'occuper au soin des autres. Les qualités de douceur et de soumission sont valorisées pour elles. Ces rôles du care sont, de plus, stabilisants pour les femmes, pour les hommes aussi, on le voit à l'expérience sauf qu'ils y vont moins. Il est donc possible d'affirmer que les hommes commettent des crimes et que les femmes aident les criminels à se réhabiliter !

S'il n'y avait pas d'hommes ou s'ils étaient élevés comme des filles, il est évident qu'on s'éviterait des crimes graves, 96 % de places de prison, et une drastique réduction du budget de la justice, dont les prisons dépendent. Et il en découlerait la faillite de l'industrie du cinéma hollywoodien, notamment, qui fait 90 % de son chiffre d'affaires et ses entrées sur la valorisation et l'exaltation de l'inconduite masculine : le bad boy est ontologique de l'industrie du cinéma. Et il y trouve son inspiration : Redoine Faïd dit volontiers s'inspirer des films de Michael Mann et des rôles de mafieux de Robert de Niro.


Il est temps d'en finir avec l'hypermasculinité

La société qui cherche des solutions pour contrer la violence et la délinquance masculine, sans les nommer -et je ne vois pas comment on peut lutter contre un fléau sans le nommer, propose dans de nombreux cas, le camp de rééducation d'inspiration militaire. Mauvaise idée on dirait, car justement, ces sociétés viriles valorisent l'hypermasculinité, associée à de hauts niveaux de discipline. C'est oublier que dans les armées, partout dans le monde, il y a des problèmes d'alcool, de suicides, et de violences maritales et familiales. Le camp de rééducation militaire est une mauvaise piste.

En revanche, réévaluer le concept de masculinité, les inconvénients qu'il implique : incapacité à se plaindre, à écouter ses émotions et exprimer ses sentiments, impossibilité de faire un pas en arrière quand on s'est vanté ou qu'on a menacé, et cesser d'expliquer la pandémie de violences masculines en invoquant de fausses raisons :
- enfance malheureuse (comme c'est étrange, les filles sont largement maltraitées dans la sphère familiale, inclus les pères incestueux, pourtant elles ne saisissent jamais de Kalachnikov pour tirer dans le tas !)
- "crises" économiques, (les femmes et filles sont les premières impactées par les "crises", elles ne braquent pas de banques et ne volent pas de mobylettes pour autant !)
- pour se venger de leurs statuts de pauvres et de déclassés, ils violent des filles dans les caves ? Mais les femmes, aussi pauvres qu'eux et pourtant chargées d'enfants, quémandant dans les services sociaux, ne violent pas dans les caves pour exprimer leurs frustrations et leur rage ! ALORS ?

Il est temps de nommer la violence masculine, de dire comment elle est fabriquée : elle est le produit d'une éducation, d'injonctions patriarcales à fanfaronner, ne pas écouter ses sentiments ni les exprimer, à ne jamais montrer de faiblesse, à parader, faire le dur, à être incapable de faire un pas de côté, et dire qu'on s'est peut-être énervé un peu vite. A cogner avant et discuter après. Il est temps de rappeler aussi qu'ils commencent par se faire la main sur les animaux, par la chasse, par la maltraitance des traditions d'un autre âge, mais inamendables, dans la grande complaisance de la société et l'inconscience politique de pas mal de femmes. Tous refusent d'y voir un continuum.

Il est temps de réévaluer la masculinité, ou alors il va falloir décontaminer la planète pour préserver ce qu'il restera de vie à sauver, et ce sera l'évolution qui s'en chargera, ainsi que prédisait Mary Daly, féministe radicale. Et là, devant l'impératif de maintenir un nécessaire équilibre de la diversité, l'évolution ne fera pas de quartiers.

Lien pour aller plus loin : cet article de Libération sur les différences de traitement par la Justice entre garçons et filles, les filles ne constituant que 17,2 % des mineurs délinquants.

mardi 11 septembre 2018

Sofia de Meryem BenM'Barek : le malheur de naître fille

Enfin un bon film à se mettre sous la dent !



Sofia, fille de famille boudeuse au service des adultes (elle sert le thé quand on lui demande) accouche quasiment (elle y perd les eaux) dans la cuisine familiale ; déni de grossesse, elle n'a rien vu venir. On est à Casablanca en 2018 : quand une femme se présente pour accoucher dans un hôpital public ou une clinique privée, il lui faut présenter le numéro d'identité du mari-père, c'est la première chose qu'on lui demande, avant même de s'enquérir de comment elle va. Sinon elle risque d'un mois à un an de prison. Le patriarcat ne rigole pas avec la "vertu" des filles au Maroc.

Il va donc falloir en 24 heures trouver qui est le père, et le faire épouser. Je ne vais pas dévoiler l'intrigue et ses coups de théâtre, Meryem BenM'Barek tire parti d'un excellent scénario, primé à Cannes. Sachez juste que c'est de l'anthropologie clinique et grinçante : la grande affaire de l'espèce humaine, c'est la reproduction, à condition d'y mettre les formes : pas de truc dans le machin, ni de machin dans le truc, trop animal, les formes, les convenances, et rien d'autre. Tant pis si c'est étouffant, tant que les apparences sont sauves. Evidemment les femmes paient plein pot les turpitudes des mâles ; les mecs aussi d'ailleurs, mais on s'en fout. Les mâles alpha eux, tirent magistralement leur épingle du jeu. Les matrones, même les plus "francisées", qui ont bu le calice jusqu'à la lie, ne voient vraiment pas pourquoi leurs filles se tireraient du piège -genre rat coincé dans un tuyau- où on fait expier les femmes : le mariage-échange de chèvres entre éleveurs, pour faire société, lors d'une cérémonie vulgaire où la mariée est parée comme une idole et maquillée comme une voiture volée ; mais on se venge entre ancillaires rigolardes dans la cuisine en se racontant les fiascos des mâles qui "tirent le feu d'artifice avant la fête", et la sous-caste sociale a le regard filtrant et haineux des faux-jetons qui flairent la bonne affaire : caser un de ses rejetons mâles, surnuméraire et incapable, -elle ne se fait aucune illusion- dans une classe sociale supérieure.

Malgré toute cette noirceur, le miracle c'est que ce sont encore les jeunes femmes qui s'en tirent le mieux : l'une, empathique, effarée, et au bord des larmes pendant tout le film, devant le destin qui l'attend si elle ne se tire pas très vite dans une carrière de médecin, et la victime qui, contre vents et marées, réussit à imposer sa volonté dans les interstices minuscules que lui laisse cette société patriarcale étouffante. Meryem BenM'Barek filme d'ailleurs en plans serrés les visages et les corps, dans des intérieurs lourdement meublés, il n'y a aucune de lignes de fuite, on étouffe, à part dans une scène au bord de la mer.

Durant tout le film, les dialogues passent agréablement de l'arabe au français dans la même phrase, c'est très contemporain. Allez le voir, vous ne regretterez pas ; il est encore en salle. Et suivez la carrière de Meryem BenM'Barek : ce film est son premier long métrage, il est très prometteur.

jeudi 30 août 2018

Point zero : Propagation de la révolution par Silvia Federici

Accumulation primitive et exploitation des femmes : 
l'angle mort des analyses de Marx.

Après le succès mondial de Caliban et la sorcière, paru en 2004, dont la traduction française en est à sa deuxième édition, les Éditions iXe ont eu l'excellente idée de traduire cette compilation de textes publiés entre 1974 et 2012 par Silvia Federici, universitaire féministe marxiste. La pensée de l'auteure évolue avec les développements de la mondialisation en partant du mouvement Wages for housework des années 70 aux États-Unis. Le mouvement est déclenché par les coupes budgétaires faites dans les aides sociales aux USA, aides sociales dont les femmes sont toujours les principales récipiendaires.


" Mon engagement dans le mouvement des femmes m'a amenée à prendre conscience que la reproduction des êtres humains est au fondement de tout système économique et politique, et que si le monde continue de tourner, c'est grâce à l'immense quantité de tâches ménagères, payées et non payées, effectuées par les femmes. " écrit-elle dans la préface. Tout en reconnaissant qu'au départ, en bonne beauvoirienne, le statut de femme mariée et de mère n'était certainement pas sa tasse de thé à elle. L'accumulation primitive de capital qui permet d'investir dans la révolution industrielle s'est faite sur le travail de reproduction sociale non payé des femmes -et non inclus dans les PIB qui ne comptabilisent que l'emploi salarié et posté des hommes, emploi qu'il faut distinguer du travail non payé, comme le travail ménager ou le bénévolat, pour ne parler que de ces deux exemples : c'est la thèse de Sivia Federici. Qui plaide du coup pour un salaire ménager : Wages for housework.

" Comme d'autres féministes avant nous, nous découvrions que la cuisine tenait lieu pour nous de bateau négrier, de plantation, [et que nous étions] traitées en grandes dames coolies ". Mise en parallèle avec l'accumulation primitive selon Marx : le pillage brutal des colonies.

Le travail non payé, donc invisible, des femmes toutefois, est compensé par différentes aides : allocations familiales, pensions de réversion des veuves, et même RSA ; le problème, c'est qu'elles ne sont pas universelles, qu'elles sont souvent instrumentalisées pour stigmatiser les récipiendaires comme "parasites" de la société, un comble ! Et qu'en cas de "crise" ou "récession", elles peuvent servir de variables d'ajustement budgétaire. L'accès des femmes à l'emploi de type masculin -pas toujours gratifiant ni libérateur, reproche Federici- va se faire massivement dans les années 50, 60 et suivantes, aujourd'hui ce sont les femmes sans emploi à l'extérieur qui sont minoritaires ("maman ne travaille pas, elle s'occupe de nous", selon la légendaire formule) ; de fait, le capitalisme a fait son beurre du travail non payé que les femmes n'ont plus le temps de faire puisqu'elles ont un emploi à l'extérieur, en l'externalisant dans le secteur marchand sous forme de services payants : restauration hors domicile, tous les emplois du care, et même les papouillages maternels sous forme de soins bien-être, remise en forme et autres clubs de gym où on prend soin de son corps soi-même puisque plus personne d'autre ne le fait. Le capitalisme fait feu de tous bois, décidément. Ce qui est gratuit au sein du foyer et compte pour rien dans les PIB marchands, devient tout d'un coup production de richesses faisant du PIB quand il est externalisé, produit à l'extérieur de la sphère familiale. Mais ce sont toujours les femmes qui s'y collent à la cuisine, au care, et aux papouilles : ce sont les 12 ou 13 métiers exercés par les femmes en emplois marchands postés.

" Progressivement, le féminisme en est ainsi venu à se confondre avec la promotion de l'égalité des chances sur le marché du travail -de l'usine au conseil d'administration-, avec la promotion de l'égalité hommes-femmes, avec un processus de transformation de nos vies et de nos personnalités visant à les adapter à nos nouvelles tâches productives. " En propageant l'idée que l'emploi à l'extérieur est libérateur, et surtout que le combat, c'est le partage égalitaire des tâches ménagères, pire "la conciliation" des tâches ménagères avec une carrière professionnelle. Évidemment, les hommes, pas fous, et surtout habitués à être servis par les femmes de la famille, ne se précipitent pas pour contribuer. Eux, ne concilient rien du tout. Échec sur toute la ligne. D'ailleurs, toujours contre la ligne réformiste du féminisme, Silvia Federici, cohérente, est contre l'intégration des femmes dans les armées.

Je ne suis pas pour un salaire maternel ou ménager : les femmes sont suffisamment enfermées dans le conjugo et la maternité pour qu'on en rajoute. Pour moi, ce qui n'est pas payé n'a pas à être réalisé. Personnellement, je ne travaille plus pour la peau (dans mon cas, il s'agit de bénévolat puisque je me suis tenue pour des raisons politiques hors de l'exploitation domestique). L'exploitation des femmes est, et a toujours été la grande affaire du patriarcat. En théorie, la proposition de Federici, de rémunérer le travail domestique des femmes tient sur le papier, elle est même séduisante. L'histoire nous enseigne toutefois que les théories idéologiques sont dangereuses et/ou vouées à l'échec. Il y a certainement des règles comptables différentes à trouver pour calculer les PIB (Produits Intérieurs Bruts), de façon que les richesses produites retombent plus universellement et équitablement sur les femmes. Cet instrument de mesure de la richesse est de toutes façons dépassé : ils additionne des richesses produites par la destruction de ressources non, ou lentement renouvelables, sans proposer de compensation, il ne mesure plus qu'une fuite en avant mortelle, dont les femmes et la nature en ont toujours été les victimes. Une croissance effrénée et sans limites dans un monde fini est vouée à l'effondrement.

Qu'est-ce qu'un bien commun ? La terre, l'eau, l'air, sont des biens communs, mais aussi les espaces numériques et les services sociaux, les bibliothèques, le produit collectif des cultures passées, la biodiversité. Ils sont notre patri/matrimoine commun, ils n'ont pas à être marchandisés.

La mondialisation : une guerre économique contre les femmes 

De 1974 à 2012, la pensée de Silvia Federici évolue vers la critique de la mondialisation engagée dans les années 80. Le FMI et la Banque Mondiale promeuvent un capitalisme sans frein continuant, c'est son mouvement naturel, la destruction et l'expropriation des communs, en l'occurrence des terres, -75 % des agriculteurs de la planète sont, de fait, des agricultrices de subsistance- au nom d'une industrialisation agressive et productiviste basée sur l'exportation de la guerre, le néocolonialisme, et une notion obsolète du développement. L'aide alimentaire des pays du Nord qui suit généralement les guerres et les catastrophes dites "naturelles", pays du Nord qui y écoulent leur produits agricoles subventionnés, achèvent de ruiner les agricultures vivrières des pays aidés en les rendant dépendants des importations. Silvia Federici dit clairement que les ONG qui distribuent l'aide alimentaire sont désormais un rouage essentiel de la machine de guerre néocoloniale. Après les avoir chassées de leur lopins de terre, le premier commun, pour créer une nouvelle classe de prolétaires, le travail reproductif des femmes du Tiers-monde est cette fois détourné au service de l'hémisphère nord, dont les femmes n'assurent plus le travail de reproduction sociale. Petites bonnes, nounous s'occupant de nos vieux, ou pour l'emploi marchand, ouvrières à bas coûts des maquiladores mexicaines, ou des industries textiles du Bangladesh (maquilisation de l'emploi posté selon Federici), on voit ainsi naître une nouvelle classe de prolétaires à la limite de l'esclavage, pour nous fabriquer des T-shirts à 5 euros.

Mais les femmes résistent formidablement depuis toujours à l'expropriation des communs, à la commercialisation de l'agriculture et à la marchandisation du monde. " Partout dans le monde, les femmes sont en première ligne pour sauver et replanter les forêts et dénoncer leur surexploitation... les femmes sont prêtes à tout pour arrêter les bûcherons." Elles sont aussi à l'origine des mouvements tels Green Guerilla aux USA, ou celui des femmes ghanéennes qui font pousser en ville, où elles ont été chassées, toutes sortes de légumes, sur le moindre trottoir ou plate-bande de la capitale. " La terre est le substrat matériel des activités de subsistance assurées par les femmes, dont dépend la sécurité alimentaire de millions de gens sur tous les continents. " Il va toutefois falloir passer à la vitesse supérieure : l'épuisement concomitant des femmes et des ressources de la nature, car invisibilisées, menace ce que les hommes ont appelé une "civilisation" humaine. Pour pouvoir continuer à faire société, donc "civilisation", il va falloir prendre en compte le socle sur lequel elles ont prospéré jusqu'à maintenant, la reproduction sociale assurée par les femmes et les richesses fournies jusqu'ici "gratuitement" par la nature.

" La privatisation complète de la reproduction date de l'avènement du capitalisme et elle a maintenant atteint un seuil destructeur. Il faut absolument inverser la situation pour que nos vies cessent enfin d'être dévalorisées, émiettées. "

Silvia Federici ( 1942), universitaire, est marxiste autonome. Elle propose donc une lecture marxiste et matérialiste du féminisme (lutte des classes, la classe sociale hommes exploitant la classe sociale femmes). Ce recueil de textes, très abordables, est indispensable pour se faire une culture politique et une conscience de classe. Le livre est publié chez iXe. Critique : j'ai dû faire ma propre photo du livre tellement la couverture noire avec flash blanc au milieu rendait illisible le sous-titre, sur tout ce que j'ai trouvé sur Internet : avis aux éditeurs, travaillez le graphisme de vos couvertures.

Les phrases en caractère gras et rouge sont des citations de l'auteure.