dimanche 31 juillet 2022

Moins nombreux, plus heureux

Du néo-malthusianisme. Une épistémologie féministe.

Le 15 novembre 2022, nous devrions atteindre les 8 milliards d'humains sur la planète d'après les calculs de l'ONU. Ce 28 juillet, d'après les calculs du Global footprint network, nous sommes le jour du dépassement, à savoir que l'humanité a consommé toutes les ressources que la planète arrive à reconstituer en une année. Nous vivrons donc à crédit le reste de l'année. Crédit ouvert sur les générations futures, s'il y en a. Ce jour du dépassement arrive tous les ans un peu plus tôt. Pour continuer à soutenir ce train de vie, il nous faut les ressources d'une planète trois quarts, sachant qu'il existe des disparités entre pays, et entre le nord et le sud. Le jour du dépassement était cette année le 5 mai pour la France, ce qui équivaut à vivre avec les ressources de 2,8 planètes. Que nous n'avons pas évidemment. Nous ne pouvons donc pas continuer comme cela.


Ce blog existe depuis 12 ans : il a été conçu sur la ligne éditoriale de la lutte contre le patriarcat sans langue de bois et sans compromission telle que peuvent en proposer certaines réformistes libérales ; ma source d'inspiration a été Françoise d'Eaubonne, féministe matérialiste universaliste, militante du MLF, ayant produit une oeuvre considérable, mais au moment de sa disparition en août 2005, son oeuvre était à peu près oubliée. Un de mes billets fondateurs fut un résumé de Le féminisme ou la mort, son ouvrage écoféministe où elle s'attaque notamment à la surpopulation humaine sur une planète de 40 075 kilomètres de circonférence, auquel on ne rajoutera pas 100 mètres, écrivait-elle. Depuis ces billets, mon travail a payé, désormais Françoise d'Eaubonne et son oeuvre sont republiées par différents éditeurs, et ses idées sont reprises et promues par des féministes intersectionnelles, qui, selon moi, réactualisent ses idées selon la sensibilité de notre époque, et oublient qu'elle était avant tout universaliste. Françoise d'Eaubonne, même si elle n'a pas revendiqué l'expression, était néo-malthusienne, c'est-à-dire pour la limitation des naissances dans l'intérêt des femmes qui ont payé de leur vie et paient encore le plus lourd tribut à la reproduction humaine. Et dans l'intérêt de l'humanité.  

Le malthusianisme est une théorie de l'économiste Malthus (1766 - 1834), par ailleurs prêtre anglican, et patriarcal grand teint. Sa thèse sur les rapports de production préconise un contrôle strict des naissances, en comparant la rareté des ressources, forcément limitées sur une planète finie, avec l'augmentation de la population qui elle, est exponentielle, ce qui est exact. Les solutions qu'il propose pour y remédier sont un contrôle des couples, des femmes naturellement, et l'arrêt des aides aux plus pauvres. Bien sûr, il n'émet aucune critique sociale sur la façon dont les femmes notamment, sont contraintes à la reproduction par l'idéologie patriarcale (dont il est lui-même sans doute un fier représentant). En tant que curé, je pense qu'il ne s'est pas reproduit, tout au moins pas officiellement, mais avec les hommes on ne sait jamais. Malgré un nombre important de pauvres sur la terre, cause invoquée, le sous-développement, ses thèses ne s'avéreront pas à cause des gains de  productivité industrielle et de la révolution de la productivité agricole, au moins pendant les deux siècles suivants. Mais pas de chance, ses idées seront reprises par les pires immondes tyrans que produit l'histoire pour justifier leurs politiques coloniales de destruction, et par contrainte sur les corps. Car le patriarcat procède par la contrainte sur le corps des femmes et son exploitation en leur enjoignant de se reproduire ou en le leur interdisant, en les contraignant au service domestique, sexuel et reproductif des hommes et de la société, en les privant d'éducation, selon la méthode des talibans renvoyant actuellement les femmes afghanes au Néolithique. 

Fin du XIXè siècle, début du XXè siècle, des hommes anarchistes et quelques féministes, dont Madeleine Pelletier et Emma Goldman, Nelly Roussel, Gabrielle Petit..., décidèrent que c'était trop. Les femmes, selon eux, payaient un trop lourd prix sur leur santé physique d'abord, sur leur santé psychique, sociale et économique ensuite. Surchargées d'enfants sans autre possibilité de développer leurs talents propres, épuisées, esclavagisées au service reproductif de l'espèce, par l'entretien de leurs nombreux enfants, pour fournir des bras aux patrons d'usines, tels étaient les griefs de ces néo-malthusiens. Ils et elles revendiquent aussi de ne plus fournir de chair à canon à la Patrie, au nom de la défense des intérêts de la classe ouvrière. Certains de ces anarchistes sont de fervents partisans de la contraception et de la stérilisation masculine volontaire, dans une société historiquement nataliste. Les femmes du mouvement s'engagent aussi contre la prostitution. 

Malheureusement pour ces pionniers, le mouvement anarchiste néo-malthusien, réprimé depuis son surgissement, subit un coup d'arrêt à la fin de la Première Guerre mondiale. Après 5 ans de boucherie, 20 millions de morts dont près de 10 millions de militaires, on pria les femmes de retourner au gynécée produire de la chair à usine et de la chair à canon. Il fallait remplacer les pertes. Le premier féminisme, celui des droits civiques, dopé par le pouvoir qu'avaient pris les femmes lorsque les hommes étaient à la guerre, calqué sur le mouvement civique des Afro-américains, revendiqua lui aussi le droit de vote pour les femmes que les françaises obtinrent péniblement en 1948. Il fallut encore attendre les années 60 et 70 pour que les femmes s'emparent de la question de leur fécondité, jusque-là contrôlée étroitement par les hommes, et revendiquent pour elles la contraception et l'avortement. 

Françoise d'Eaubonne reprend le flambeau dans Le féminisme ou la mort. Partant du constat que les femmes ont été annihilées dans la littérature, notamment par les textes sacrés des pères de l'Eglise (des églises avec ou sans clergé, de toutes obédiences, c'est une constante), après avoir constaté l'injustice des rapports de production, notamment entre la classe sociale hommes et la classe sociale femmes, elle arrive aux mêmes conclusions que Malthus, en faisant une analyse différente et surtout en proposant non pas le contrôle, mais au contraire la libération des femmes : donner le pouvoir aux femmes, afin de le rendre ensuite généreusement à l'humanité tout entière. Son néo-malthusianisme est donc bien une épistémologie féministe. Et on ne peut qu'adhérer. Le féminisme ou la mort a été publié en 1974 : nous étions alors 4 milliards sur la planète. Il ne nous a fallu qu'un demi-siècle pour doubler ce nombre. Nous voyons la biodiversité animale et végétale s'effondrer autour de nous, les terres cultivables se couvrir de béton, les rendements agricoles baisser, le cycle de l'eau se modifier, les températures monter, le climat s'emballer. Françoise d'Eaubonne, visionnaire. 

Mon corps, mon choix.

Un enfant si je veux. Quand je veux

Ce furent les slogans du deuxième féminisme des années 60 / 70, celui des droits reproductifs. On peut déplorer avec Christine Delphy que la radicalité du "si je veux", était bien tempérée par le "quand je veux". Malheureusement, au moment où ces droits au contrôle de leur fécondité est gagné par les femmes, ce qui est bien le moins, et après que les hommes ces éleveurs, aient fermement résisté, apparurent en 1982 les techniques de procréation médicalement assistée, opportunément destinées à soigner l'infertilité des couples aboutissant, comme écrit Marie-Jo Bonnet, "au forçage des corps" (thème évoqué dans un précédent billet  dans son ouvrage La maternité symbolique). Les moyens de contraception se diffusant dans la société, la maternité choisie aboutit à l'enfant roi ; après des siècles de maternité malheur, d'infanticides, puis d'enfants quand je veux, on arriva inévitablement à l'enfant à tout prix. Si tu n'es pas mère, tu as raté ta vie. Nous avons été durement rattrapées par l'injonction patriarcale à la maternité. Provoquant femmes abandonnées, surchargées, "conciliant" vie professionnelle et vie de famille, divorces, séparations, difficultés économiques, violences maritales. 

Piégées, les féministes durent se mettre à défendre les mères, les femmes battues, les femmes élevant seules les enfants, et à compter les mortes par féminicide. Etonnamment, sans rien proposer comme mesures de prophylaxie : à savoir rappeler que le mariage et la maternité sont des injonctions patriarcales, que les femmes sont toujours les perdantes de ce jeu social, que la maternité est toujours exercée au détriment des femmes qui y sacrifient leurs autres potentialités, et tout bien étudié, le célibat avec des amoureux ou des amoureuses, au fond ce n'est peut-être pas si mal ? Si vous voulez passer pour une virago, une ennemie du genre humain, c'est exactement l'idée à lancer, la phrase à dire dans les dîners de famille et même les réunions féministes : on vous fusille immédiatement sans sommation. 

Il est temps de mettre un peu de subversion dans tout cela. Pour être moins nombreux et plus heureux, sans contrainte (l'injonction à la maternité est une contrainte) mais au contraire par l'autonomisation, l'autodétermination des femmes : il est temps d'éduquer les filles autrement. En premier lieu, chez nous, je préconiserais d'interdire les émissions de Faustine Bollaert et ses témoignages de femmes sacrificielles qui ont subi les pires avanies et outrages, mais s'en sont sorties par l'aaaamourrrr. Le tout raconté avec force sourires niais. Ce n'est pas anecdotique, cela fait système, on sait le public de femmes qui regardent, qu'il faut les conforter dans la transmission sociale de la tradition, si délétère soit-elle. Excusez-moi, mais je ne supporte pas. Même chose pour les émissions de M6, docs et reportages sur les femmes sacrifiées sur l'autel de la conjugalité mais tellement victorieuses tout de même, vantant la féminité, cette impuissance. Elles prétendent bien sûr le contraire. 

Changer : méthode

Donc puisqu'il faut être force de proposition, planétairement : éducation des filles en priorité, école, collège, lycée, université. Incitation à faire carrière, peu importe laquelle, ce qu'elles veulent, dans le secteur marchand, associatif, politique, dans la défense de animaux, de la biodiversité, dans les arts, les sciences, la technique ou la littérature, la diplomatie. Les femmes sont créatives. En étant payées ou en bénévolat, avec un revenu assuré autrement, sans dépendre d'un homme. Ce. Qu'elles. Veulent. On sait que partout une fille qui fait des études se mariera plus tardivement, aura moins d'enfants. Donc on investit sur les filles et femmes, ça nous changera. Si elles se marient et décident d'avoir des enfants, on les aide aussi, allocations familiales ou équivalent, mais pas à guichet ouvert comme maintenant, dégressives à partir du 3ème enfant. Et SURTOUT, on met sérieusement en branle la protection des enfants et des femmes, on arrête de sanctuariser la famille, cette cellule privée où on sait que peuvent advenir les pires saloperies. On a arrêté de vous bourrer la tête avec des contes de fées, mais vous voulez des enfants ?  Pas d'objection, mais vous les élevez comme des parents responsables, biologiques ou non d'ailleurs (il faut vraiment arrêter avec la biologie !), vous leur assurez un avenir et vous rendez des comptes à la société qui vous aide. Société qui ne laisse plus passer aucun coup, aucune agression, aucune femme, aucun enfant maltraité. Parce que là aussi, il y aurait à dire. L'enfant instrumentalisé pour l'ego de ses parents, ou pour lui servir de revenu ou de bâton de vieillesse, de poupée béquille, c'est terminé. De toutes façons, c'est intolérable, on n'instrumentalise pas un être né libre, c'est ce que dit le droit, à ses propres fins et usages. Enfin devenus adultes responsables, on n'élève autant que possible que les enfants dont on peut assurer l'avenir dans un monde aux ressources limitées, sachant qu'un enfant né dans l'hémisphère nord consomme plus de ressources que celui né dans l'hémisphère sud. Investir sur les filles et femmes, c'est retour sur investissement assuré. D'autant plus si on ne leur a pas cassé la tête au préalable. Le patriarcat, imposture universelle, entreprise de démolition.

Pour conclure, moins d'invités au banquet, ça ne veut pas dire que le banquet est raté ou moins amusant, moins réussi, au contraire. On peut s'y occuper mieux des invités, être aux petits soins, être plus attentif aux besoins de chacune et chacun. On peut mieux y prendre en compte ce qu'il reste dans le garde-manger, mieux gérer la ressource qui n'est pas infinie. On a aussi le droit de choisir de n'inviter personne, d'aider les autres, de préférer une solitude pleine, féconde, et productive, créative. Autrement. Nous naissons par hasard dans un monde indifférent, écrivait Raphaël Enthoven dans Franc-Tireur la semaine passée, donc inutile en plus de forcer le malheur et le tragique sur des innocents qui ne nous ont rien demandé. 

jeudi 14 juillet 2022

Réfutation de quelques arguments carnistes

Un mastodonaute ayant fait part de son incapacité partielle à réfuter les (faux) arguments des carnistes recensés sur le bingo ci-dessous, je propose quelques-uns des miens. En espérant éclaircir le débat. S'il y a encore débat d'ailleurs, à 8 milliards d'habitants vivant sur la bête prévus pour le 15 novembre prochain, il vaudrait mieux qu'il n'y en ait plus. Je vais employer dans ce billet le substantif végétarien pour faire simple, on est tous des végétariens de toute façon, et pour éviter de compartimenter le petit club en sous-ghettos. Si en tout nous sommes 5 % en tout en France, c'est le bout du monde. 


Les trois meilleurs, degré zéro de la discussion :"J'aime trop la viande, j'aime pas les légumes, "j'aime pas les animaux de toute façon". Les végétariens (terme générique on est tous des végétariens) n'ont jamais dit qu'ils n'aimaient pas la viande, ils disent qu'illes n'en mangent pas. Ce n'est pas la même chose, le premier argument relève du conditionnement social, et du goût, de la préférence, forgés dans l'enfance, le second argument suppose une réflexion et une prise de distance avec ce conditionnement, il est politique et moral. Aussi merci de ne pas dépolitiser notre message. Plein de végétariens n'aiment pas les légumes, mais ce n'est pas le sujet ; les végétariens ne sont pas condamnés aux légumes, ils peuvent manger autre chose, des céréales et des légumineuses transformées par exemple. Enfin tous les végétariens ne sont pas idolâtres des animaux et plein n'en ont pas chez eux, en revanche, les végétariens savent que l'égoïsme et le suprémacisme humains sont surtout de commodes excuses pour ne rien amender de comportements construits socialement, acceptés, et applicables sans discussion. 

"C'est grâce à la viande que l'humain est aussi intelligent" ! Tout d'abord poser comme postulat que l'humain est intelligent c'est prendre un vrai risque, car certains doutent carrément. En premier lieu, il faudrait réussir à définir l'intelligence. En revanche, si on parle de langage articulé qui permet d'exprimer des concepts et des idées, c'est la station debout qui a permis la descente du larynx dans la position où il est chez nous, ce qui permet notre langage. Les animaux eux s'expriment autrement ; la station debout a en outre permis de libérer les mains pour construire des outils élaborés. Mais je l'écris avec humilité, je ne sais pas bien me servir de mes dix doigts pourvus d'outils d'une part, les animaux utilisent aussi des outils, et pour quelques-uns, des métas-outils (ça calme), en second lieu. La consommation de viande n'a rien à y voir. 

"On ne va quand même pas s'empêcher de vivre". Non bien sûr, on va juste ôter la vie à d'autres êtres et les empêcher de vivre. A rapprocher d' "il y a les animaux domestiques et les animaux d'élevage", l'argument spéciste typique, hiérarchiser les animaux en fonction de l'exploitation à laquelle nous les soumettons. Les animaux tiennent à leur vie, tous, elle a du prix pour eux, ils se défendent contre la violence, ils luttent contre la domestication qu'on veut leur imposer. Ils fuient, ils se font la malle sans arrêt, ils tiennent à leur liberté, tous leurs actes le démontrent. 

"J'ai pas envie d'être carencé". Dommage pour les carnistes, mais ça se saurait si les végétariens et véganes se ramassaient par pleines ambulances, effondrés dans les rues. Nous ne sommes pas carencés et nous sommes en aussi bonne santé qu'eux. L'argument que le végétarisme est un truc de bobos est scandaleux : les légumes et légumineuses sont bien moins chers que la charcuterie, les fromages AOP ou la viande d'animaux élevés à l'herbe que se vantent de manger les bobos carnistes qui prétendent acheter "directement chez le producteur" où "les animaux sont forcément bien traités". Les pauvres eux, mangent de la viande d'animaux élevés en silos. Non, les bobos ne sont pas de notre côté. 

Bis, ter, repetita placent. On n'arrête pas de l'écrire, le soja destiné à la consommation humaine ne provient pas d'Amazonie, puisqu'il est interdit par l'Europe de proposer des OGM pour la consommation directement humaine. Le soja d'Amazonie, du Brésil, d'Argentine, est importé pour nourrir les vaches laitières d'Ille-et-Vilaine (plus d'un million sur le département) pour la consommation de lait et de fromages. Ce sont donc les consommateurs de ces aliments qui déforestent l'Amazonie. Le soja qui nous fournit notre tofu pousse dans le sud de la France généralement, et il est non transgénique. Donc, en en mangeant nous soutenons les agriculteurs locaux plus sûrement que les carnistes. Et ce n'est pas triste, et non, nous ne mangeons pas de cailloux. En outre, même si l'humanité entière renonçait aux produits laitiers et à la viande pour se mettre au tofu, nous n'atteindrions jamais les volumes mangés par les bêtes parce qu'elles se fabriquent des onglons, des cornes, des poils, de la peau et des viscères que nous ne mangeons pas, mais qui leur sont indispensables à elles : les bêtes ont donc un très mauvais rendement, le rapport est de un à 5 ou 7. Il faut minimum 5 protéines végétales pour fabriquer une protéine animale. Platon le déplorait déjà dans La République. Le soja ne crie pas quand on le moissonne, les carottes ne gigotent pas quand on les tronçonne, au contraire des animaux qu'on égorge. Le végétarisme est vieux comme l'espèce humaine, depuis que nous sommes sur nos pattes de derrière, il y a eu des cueilleurs qui refusaient le meurtre animal pour se nourrir. Ce n'est jamais allé de soi de tuer un animal pour manger, l'espèce humaine a certainement mangé pas mal de cadavres laissés par les autres animaux. comme font les charognards. Et quand on vous traite d'extrémiste, répondez que Pythagore était végétarien, c'est même son nom qui a qualifié les végétariens jusqu'au milieu du XIXè siècle. La tradition mathématicienne continue d'ailleurs à fournir des végétariens dans nos sociétés modernes. Pour ceux qui font du sport et "ont besoin de protéines", il y a des protéines d'excellente qualité dans le règne végétal : Nick Kyrgios, tennisman, vice champion de Wimbledon 2022 explique sur ce lien pourquoi il est végétalien ; il a été battu lors de ce même tournoi par un autre végétalien, Novak Djokovic. 

#Euxcpaspareil

La semaine dernière, à l'occasion de la fête de l'Aïd tombant le 9 juillet, le journaliste Hugo Clément a pris courageusement position dans un tweet contre la pratique dérogatoire des abattages rituels halal et casher qui autorise toutes sortes d'abus : abattages clandestins par exemple, formellement interdits par la loi pour des raisons sanitaires. En rendant hommage à la Fondation Brigitte Bardot qui, avec d'autres associations fait des investigations, repère les marchés clandestins, et avec l'aide de la gendarmerie saisit les moutons promis à un égorgement insalubre et sordide, et qui les place dans ses ou des sanctuaires. Immédiatement, les Torquemada et les Bernard Gui de l'extrême gauche commencent à entasser le bois dont on fait les bûchers, en pleine canicule d'ailleurs, pendant que neuf cents pompiers du Tarn luttaient courageusement contre un méga feu, vraiment ce n'était pas malin. Il s'est même plaint de menaces de mort sur Twitter. Accusations de racisme, amalgame entre Brigitte Bardot qui a déjà été condamnée à juste titre pour propos racistes, et la fondation portant son nom qui défend les animaux sans failles. La FBB n'est d'ailleurs pas la seule association à demander la fin de cette exception cultu(r)elle dans un pays qui s'enorgueillit de sa loi de 1905. Avec mes petits bras, j'ai soutenu Hugo Clément, du coup quelques twittas ont eu des vapeurs et en ont profité pour se désabonner en se bouchant le nez. Certaines d'ailleurs, revenant aussitôt après lire par dessus mon épaule; Mais j'en ai vu d'autres. 

Ce n'est pas nouveau : l'extrême gauche nous a habituées à hiérarchiser les causes en mettant en haut de son agenda les hommes de la classe ouvrière. Les féministes des années 70 en savaient quelque chose, quand les militantes étaient renvoyées brutalement à leur ménage au motif que la défense de la classe ouvrière était la priorité, passant au-dessus de leurs histoires de bonnes femmes ; le reste suivrait forcément ! Remarque conclue généralement par "au fait, tu as terminé le ronéotage des tracts pour la prochaine manif ?".  Aujourd'hui, fidèles à eux-mêmes et inchangés, ils se sont trouvé d'autres damnés de la terre fantasmés : "les musulmans" essentialisés dans un magma indifférencié, qui ne seraient pas arrivés aux mêmes prises de conscience que "nous" ? "Eux" et "nous"? Pas conscientisés de la même manière à la cause animale. Alors qu'ils sont nés en France, ont fréquenté l'école, ont des téléphones portables et le même Internet que "nous", et qu'ils ne se déplacent pas à dos de chameau ! Descendants des victimes de la colonisation, on ne pourrait décemment pas leur demander d'obéir aux mêmes lois, qu'ils ne comprendraient pas ? Mais ce sont précisément des racistes qui utilisent ce genre d'arguments essentialistes. Quelques véganes dans le lot, véganes aux blanches mains parce qu'ils / elles ne mangent pas de viande et se disent radicales (tant qu'on n'a pas supprimé les abattoirs il faut bien que quelques-unes s'y collent au sort des animaux dans ces endroits-là aussi) ajoutent que les souffrances des animaux, ce n'est pas trop leur problème. Le problème c'est que quand on perd de vue la loi et qu'on relativise son application, on peut aborder le pire : j'ai lu un tweet d'une conversation faisant l'amalgame entre tuer des animaux et "tuer" des foetus. Dérapage complet. Je ne vois pas le rapport. Aussi méfiance les véganes, des malins de tous bords instrumentalisent la cause animale pour pousser leurs agendas et leurs programmes obscurantistes, voyez ce qu'il s'est passé aux Etats-Unis. Soyez vigilantes et achetez-vous un manuel de droit. Les personnes morales ne sont pas confondables avec les humains qui les ont fondées, et le droit français emploie un vocabulaire et des définitions précises, il ne confond pas un enfant né avec un embryon. 

samedi 25 juin 2022

Suppression de l'arrêt Roe versus Wade - Ils l'ont fait !

Le cintre fait son grand retour ! On ne l'aurait pas cru possible. 

D'un trait de plume, la Cour suprême des Etats-Unis vient d'annuler le droit des citoyennes états-uniennes, éternelles sous citoyennes, mineures, interdites du gouvernement d'elles-mêmes et de leur corps, en les arrimant à la sacro-sainte reproduction, en autorisant un retour de 50 ans en arrière. Ce seront les différents états qui décideront s'ils permettent ou non le recours à l'IVG. Rappelons quand même que la Cour suprême états-unienne est le pouvoir judiciaire, le troisième pouvoir surveillant les deux autres, exécutif et législatif, troisième pilier des trois pouvoirs absolument séparés qui caractérisent le système démocratique, et c'est avec ce statut qu'elle vient d'attaquer les droits constitutionnels des citoyennes états-uniennes en annulant la jurisprudence, la garantie fédérale, l'arrêt Roe vs Wade qui instaurait un traitement fédéral unique des femmes pour les cinquante états.  

Clairement, il s'agit d'une mine, et ce ne sera sans doute pas la seule, laissée par le président Trump, agresseur de femmes et misogyne, populiste nationaliste, fomenteur de coup d'état, mâle frustré à psychologie de môme de neuf ans d'âge mental, viriliste, la plaie de l'époque. En outre, les trois juges nommés par Trump sont jeunes, environ cinquante ans, le mandat de la Cour suprême étant à vie, les américaines vont les avoir sur le dos pour une génération ou plus. C'est aussi un mauvais signal envoyé à tous les états du monde, notamment aux théocraties, haineuses de la liberté des femmes. Cela se passe la même semaine où cette même cour a décidé le droit de port d'arme dissimulée pour tous les citoyens y compris ceux de New-York, où cela était jusqu'à présent interdit. Deux semaines après la tuerie d'Uvalde où un mâle ayant-droit frustré, s'est rué, lourdement armé, dans une école où il a tué dix-neuf enfants et deux enseignantes après s'être fait la main sur sa grand-mère. Les patriarcaux repus de carnages, arrogants, obsolètes, rongeant des os dans leurs cavernes obscures. Trop plein ? Qu'à cela ne tienne, ils tuent : un bon carnage, une bonne guerre, un bon génocide, ça fait de la place. Tuer des êtres humains nés et ne demandant qu'à vivre en vaquant à leurs occupations, eux ont le droit, ils entretiennent ainsi la terreur, et même s'ils ne l'ont pas, la société est très tolérante à leurs mauvaises actions. Les femmes, éternellement esclavagisées et réduites à leur fonction reproductive depuis le Néolithique, ne sont tolérables que mères. La Mère définitivement annexée par son fruit, opposée à la femme et son désir incontrôlable de liberté et d'autonomie. 

Françoise d'Eaubonne écrivait en 1974 dans Le féminisme ou la mort : " Tant que subsistera le pouvoir mâle, il va de soi que rien ne peut changer sur ce plan, et que l'origine même des conditions de vie n'a aucune raison d'être réexaminée. La morale est condamnée en ces mains millénaires à conserver comme pulsions primordiales l'agressivité, l'instinct de destruction et de violence, l'empreinte laissée par force sur la chair et la nature. "

Il n'y a malheureusement rien à changer à cette phrase cinquante ans après. Quel backlash ! Juste au moment où Némésis (déesse antique de la vengeance et de la rétribution) frappe leur hybris d'hommes arrogants ayant ruiné le biotope Terre, la ruine se manifestant avec des températures invivables, des orages de gros grêlons semant la destruction sur les récoltes, avec des tornades et des ouragans, avec des inondations et des coulées de boues accentuées par l'artificialisation des sols due à l'incontinence humaine et ses besoins en béton et bitume, en champs de maïs pour nourrir des animaux, et ces misfits inadaptés veulent nous forcer à nous reproduire ? Plus andouilles bitocentrées, et au plus mauvais timing, c'est impossible à trouver. Les bêtes sont moins connes qu'eux, que nous. J'ai bien envie de mettre dans le lot tous les fanatiques de la reproduction, prosélytes de la natalité, que leurs problèmes de stérilité rendent dingues au point d'aller louer des ventres dans des pays sous-développés, profitant de législations défavorables aux femmes. Il n'en manque pas.

C'est vrai que ce serait dommage de rater la prochaine fournée des Poutine, Loukachenko, Kadyrov (le trio de crapules obscènes du moment), Erdogan, Ahmadinejad, Bolsonaro, Trump, Bush père et fils, Duterte, Kim Jong-Un, les dirigeants mâles de l'Emirat Islamique d'Afghanistan en train de renvoyer leur pays à l'âge de pierre après le retrait piteux du phare des Lumières, vecteur de démocratie (hin hin) chez les bouseux réputés incapables de la conquérir eux-mêmes, ainsi que la longue litanie des tyrans africains et asiatiques morts ou encore en exercice. Autant d'absolutisme perdu, ce serait un vrai gâchis.

Nous avons, pour l'instant, la chance d'être européennes, mais je me demande tout de même s'il ne serait pas prudent, en France, de graver dans le marbre de la constitution (quoique apparemment aux USA ça n'ait pas si bien marché) le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes et de leur corps, vu les attaques auxquelles nos droits sont soumis. L'Europe devient l'endroit le plus favorable aux droits des femmes. Mais je me demande s'il ne serait pas prudent également d'insister et de remettre sur la table au niveau européen la clause de l'Européenne la plus favorisée sur laquelle la juriste féministe Gisèle Halimi avait travaillé de son vivant, clause rassemblant les dispositions les plus favorables aux femmes de l'ensemble des pays de l'Union européenne, et proposant une législation les généralisant aux 27 pays de l'Union. Les cas de Malte et de la Pologne sont emblématiques du combat qui reste à mener pour éviter le retour du cintre ! Plus que jamais le combat continue. Tous les fondamentalismes sont les ennemis de l'autonomie des femmes, qu'ils soient chrétiens ou islamistes. Nous ne devons tolérer aucune compromission avec ces systèmes délétères. 



Toutes les 9 minutes dans le monde une femme meurt d'un avortement fait dans des conditions déplorables puisqu'une femme qui ne veut pas d'enfant pour d'excellentes raisons qu'on n'a pas à discuter, tentera tout pour mettre fin à sa grossesse. Le droit à l'avortement est donc une question de santé publique en plus d'une question de droits des femmes à disposer de leur corps. Ce seront une fois de plus les femmes les plus défavorisées économiquement qui seront pénalisées : aux Etats-Unis, il est probable que seulement la moitié des états garderont dans leur législation le droit d'avorter, ce qui obligera les femmes des autres états à aller se faire avorter hors de chez elle, introduisant de fait une différence entre les citoyennes états-uniennes. Rappelons aussi que les Etats-Unis ont le taux de grossesses de teenagers le plus élevé des pays riches. Ca va faire un carnage sur les potentialités des femmes.  

#MyBodyMyChoice #NoUterusNoOpinion

mercredi 15 juin 2022

Les analogies hasardeuses de Cécile Duflot sur France Inter

Mardi 31 mai, Cécile Duflot, ancienne femme politique écologiste chez Les Verts, désormais Présidente d'Oxfam France, et chroniqueuse une fois par semaine à France Inter, en toute subjectivité, consacre sa chronique au documentaire de Mélanie Diams, "Salam" lancé au Festival de Cannes, et fait le parallèle entre deux destins malheureux de chanteuses en abordant le sujet par le petit commun dénominateur du voile et de la religion. Diams, devenue mère de famille envoilée, et Jeanine Deckers alias Sœur Sourire, chanteuse des années soixante, ex religieuse choisissant elle, de se dévoiler. Et ça fait une différence de taille.

Le podcast est à retrouver en cliquant sur ce lien

Cécile Duflot se livre à différents amalgames qui invalident sa démonstration, dont elle semble pourtant contente. 

La comparaison entre les destins des deux artistes est hasardeuse. Les époques sont diamétralement différentes : les années yéyés cherchaient la libération du vieux carcan patriarcal, de la vieille société gaulliste, Simone de Beauvoir avait publié le deuxième sexe, elles voyaient éclore des mouvements contestataires, dont le féminisme du MLF n'est pas le moindre. A contrario, les années 2000 - 2010 et suivantes sont des années de backlash patriarcal, de sérieuse remise au pas puisque chaque mouvement libérateur est suivi de digestion, puis de récupération de ses idées libératrices pour le plus grand bien du système, à son profit, quitte à inventer une nouvelle réalité, bien entendu.

La comparaison entre une religieuse contemplative dominicaine hors du siècle (un ordre cloitré), donc une femme qui porte le dress code professionnel de sa congrégation, et une fille normalement plus émancipée car née un demi-siècle plus tard, désormais mère de famille dans le siècle qui décide de s'envoiler n'est pas pertinente ; rappelons qu'une religieuse est une femme consacrée qui s'est retirée de la société pour passer sa vie dans l'abstinence et la dévotion. Cela ne concerne qu'une minorité de femmes qu'on ne voit pas, qui ne font aucun prosélytisme dans l'espace public. Pas grand chose à voir donc avec une mère de famille qui fait ses courses, emmène ses enfants à l'école, va au travail, exerce un métier parfois public, et qui est donc entièrement à la vue de la société. Il n'est pas mal aussi de rappeler, j'y tiens, que les religieuses se mettent les pieds sous la table après leur journée de boulot, que personne ne leur dit le soir en rentrant "qu'est-ce qu'on mange ?" leur "époux" étant, les veinardes, tout ce qu'il y a de plus virtuel. 

Les choix faits par les deux, Deckers et Diams, ne sont pas symétriques : une religieuse après son entrée en notoriété, Jeanine Deckers, jette son voile par dessus les moulins pour faire une autre carrière, finit dans la misère, spoliée par sa maison de disque, se met en couple avec une femme ce qui révèle que son choix de la clôture dans un couvent de femmes était sans doute inconsciemment un choix de lesbienne. Mélanie Diams, dépressive éprouvant un douloureux vide existentiel, arrête volontairement sa carrière de rappeuse au sommet, pour devenir mère de famille convertie et voilée, mais dans le siècle, dans une théocratie, les Emirats Arabes Unis, théocratie peuplée de milliardaires. A priori, je ne discute pas, tant qu'elle ne fait pas de prosélytisme en France. Rappelons qu'elle a arrêté sa carrière pour se consacrer à sa famille, ce qui lui procure paix et stabilité. On est contentes pour elle. Chacun ses choix. 

En revanche, je leur vois des points communs autrement plus parlants que le voile : maltraitance dans l'enfance, et à l'âge adulte, dépression et affrontement difficile avec le star système et la scène médiatique anthropophage, surtout pour les femmes, notamment celles qui ont été affaiblies par les maltraitances patriarcales, et quête spirituelle insatiable donc frustrante, pour les deux. Jeanine Deckers souffrait d'être en conflit avec sa mère, femme d'artisan au foyer normopathe, avec les hommes dirigeants de sa maison de production qui ont profité de sa candeur, avec son ordre religieux patriarcal maltraitant qui était contre toute forme d'émancipation et d'autodétermination ; Mélanie Diams s'est plainte dans ses textes des violences conjugales dont elle fut victime par un précédent mari. Elle est manifestement aussi en conflit avec son père. Le port du voile n'est donc, n'en déplaise à Cécile Duflot, que leur petit commun dénominateur. Il est accessoire et inopérant. Ce qu'elles ont bien en commun en revanche, c'est le mal-être infligé par des institutions patriarcales faisant système. La fuite qu'elles ont tenté, définitive par le suicide pour l'une, l'enfermement dans le mariage et le retrait de la vie artistique pour l'autre... Jeanine Deckers n'a plus, elle, la possibilité de revenir répondre, ni de donner de ses nouvelles à ses fans à travers un film. 

J'ai fait moins d'études et occupé des postes moins importants que Cécile Duflot, aussi je suis étonnée par sa naïveté et par les approximations de sa démonstration ; à moins que ce ne soit de la roublardise de mettre ainsi en symétrie deux carrières de femmes qui n'auraient en commun que leur voilement et la stigmatisation qu'elles en auraient subi. La preuve une fois de plus que des gens influents issus de la gauche écologiste sont les idiots utiles de l'islam politique. Qu'un seul travail auquel se consacrer corps et âme ne leur suffit pas. Et France Inter qui ouvre grand ses micros, sans mise au point ou contradictrice pour contrebalancer ce qui n'est que la promotion du choix individuel versus les combats et victoires collectives, du libéralisme du tout se vaut du moment que je l'aurais choisi. Vendant à l'encan les droits chèrement acquis des femmes à leur libération de toutes formes d'oppressions patriarcales. 

Pendant ce temps : un rapport du Service Central du Renseignement Territorial (SCRT, ex RG) recense les entorses à la laïcité et à la loi de 2004 en recrudescence nette dans les écoles, collèges et lycées. Des adolescent-es testent de différentes façons la capacité de résistance de l'école en se présentant, garçons et filles ensemble, dans des tenues "culturelles" ou "ethniques" kamis, sarouels, et autres tuniques enveloppant le corps, qui sont tout sauf actuelles et occidentales. Les occurrences, qui correspondent aux seuls signalements faits par l'institution, dont on sait qu'elle n'est pas très ferme sur les principes, selon le très en vigueur "pas de vague", seraient sous-évaluées.  Il y a une façon simple de contrer les ardeurs prosélytes téléguidées par les imams ou les familles sectaires, c'est l'uniforme. Comme à Londres ou dans les pays du Commonwealth où on peut voir couramment le matin et le soir sur le chemin de l'école, des écolières et écoliers en vêtements bicolores veste à blason, jupe, pantalon. Sans aller jusqu'au blason, on peut transposer en veste marine, bordeaux ou vert sapin, sur chemise ou polo blanc et pantalon ou jupe de flanelle indifférents pour les deux sexes. On efface ainsi les différences de classes sociales et on met un coup d'arrêt, au moins pendant quelques heures, aux velléités des fashion victims et des conformistes sectaires. 

Lien vers l'interview de Mélanie menée de façon très complaisante pour mon goût par Augustin Trapenard pour Brut à l'occasion de la présentation à Cannes de son documentaire. Mélanie y est très touchante. 

On perdrait moins de temps à faire des dépressions et à se mettre martel en tête si on admettait que la vie n'a absolument aucun sens. Mais c'est difficile pour les humains de renoncer à la finalité, et au projet qui fait sens. Malgré les désastres et malheurs subis, la maladie dépressive, le vide existentiel, il convient encore d'inviter de nouveau convives au banquet. Etonnant. 

lundi 30 mai 2022

La maternité symbolique - Etre mère autrement par Marie-Jo Bonnet

Chose promise, chose due, voici donc ma chronique à propos de ce deuxième ouvrage de Marie-Jo Bonnet (MJB). 


" La vie la plus belle est celle qu'on passe à se créer soi-même, non à procréer "
. Nathalie Clifford Barney.

" Nous pouvons résister à la pression sociale, enfanter d'autres rêves, investir un autre devenir de l'humanité. " Les militantes du MLF.

La revendication de la non-maternité est vieille comme le monde, il y a toujours eu des femmes qui en leur for intérieur ont refusé cette injonction en prenant la tangente, en devenant artistes ou religieuses choisissant la spiritualité, voire le mysticisme, ce qui leur permettait de se consacrer à une vie spirituelle, seule condition où c'était toléré. Certaines ont d'ailleurs produit et laissé une oeuvre considérable : MJB explore le destin de quelques-unes dans la première partie de l'ouvrage. Jeanne d'Arc, elle, autre mystique, refusante de ce rôle dévolu aux femmes, prit les armes, ces outils réservés aux hommes, on sait ce qu'il lui en coûta. En 1949 est publiée une oeuvre majeure qui va faire scandale en même temps qu'un succès de librairie : dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir refuse le rôle biologique de la maternité pour des raisons philosophiques, au motif que ce n'était pas une activité mais une fonction naturelle. Dans Les mémoires d'une jeune fille rangée, premier tome de ses mémoires, elle rêvait d' "être sa propre cause et sa propre fin". Simone de Beauvoir considère n'avoir pas à subir passivement son destin biologique. Même si on peut discuter cette position (les femmes qui ont des enfants font des choix, elles ne subissent pas forcément leur destin biologique, au moins en certains rares pays avancés socialement), je suis et reste personnellement beauvoirienne, marquée sans doute par la lecture jeune, de cette oeuvre, révolutionnaire au moment où elle fut publiée. 

Les femmes du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) des années 68 - 70, inventèrent le slogan révolutionnaire "Un enfant, si je veux, quand je veux". Ce qui fit écrire par Christine Delphy, elle aussi partie prenante du mouvement : " La radicalité du si je veux, était très tempérée par le quand je veux". Hélas. A force de happenings, de manifestations, elles obtiennent la contraception (aux forceps, les décrets d'application traîneront quatre ans, les hommes ne lâchant pas comme cela leur statut de propriétaires de la fécondité des femmes), et surtout l'avortement. Les seventies, années effervescentes, créatives, joyeuses et productives en matière de droit des femmes laissent la place aux années 80, et comme écrit Marie-Jo Bonnet (MJB), backlash, retour en arrière ! 

En 1982, se produit un évènement qui va considérablement modifier notre perception de la maternité. Les hommes vont se coller à ce qu'on peut appeler après coup le " forçage des corps " ! Deux médecins René Frydman, gynécologue obstétricien, et Jacques Testard, ancien chercheur de l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique, qui travaillait sur les vaches laitières -ça ne s'invente pas !, devenu biologiste) font naître Amandine, premier bébé éprouvette, le premier bébé "hors la mère" ou "bébé high tech". Sous un prétexte totalement altruiste et humaniste bien sûr, on n'est pas des brutes, on permet à des couples infertiles d'engendrer. Le pouvoir médical (biopouvoir) aux mains des hommes reprend le contrôle de la reproduction humaine. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler ici et ailleurs : les hommes adorent segmenter, analyser, disséquer les processus. J'ai eu tout le loisir durant ma carrière avec eux dans l'industrie, de le constater. Ils découpent, analysent et décrivent l'action en segments, au millimètre près, le gravent dans le marbre, en font un manuel de 600 pages avec plein de paragraphes et de sous-paragraphes, même des sous sous-paragraphes, juxtaposent ensuite les segments sur une chaîne de montage longue, et il n'y a plus qu'à lancer le truc en appuyant sur un bouton. Après pas mal d'affres et de ratages, de corrections, mais ils sont tenaces. Ils adorent tellement presser des boutons, et que des machines se mettent en branle pour en bout de chaîne, récupérer le bébé ou produit fini. Ils vous en font comme ça 5000 dans une journée chez PSA ou Renault. Après, vous m'avez comprise, il n'y a plus qu'à délocaliser dans un pays à bas coût, avec des règles et lois moins coercitives que les nôtres, et le tour est joué. Vous croyez que je plaisante ? Pas du tout. On est passées du bébé-éprouvette par banques de sperme, prélèvement et congélation d'ovocytes, tri et réimplantation d'embryons, traitement hormonal de cheval pour le succès de l'opération, le tout enrobé dans des sigles imbuvables, à la mère porteuse Ukrainienne (qui accouche sous les bombes, mais je m'égare). En mettant d'ailleurs tout sur le même plan : prélèvement de sperme et prélèvement d'ovocytes par exemple. Le deuxième est diablement plus invasif, et on peut se poser la question de savoir s'il y aurait autant de candidats hommes au don de sperme s'il fallait les charcuter pour le leur prendre ? 

Mais au fait, interroge très justement MJB, l'infertilité c'est quoi ? Elle a des causes psychologiques ignorées dans pas mal de cas, le premier organe sexuel des humains étant leur cerveau. On a toutes entendu l'anecdote de la dame qui ayant jeté les gants et bazardé toute sa layette d'occasion après deux ou trois ans d'essais infructueux, se retrouve enceinte une semaine plus tard. Moi, je l'ai entendue. Alors, les gens infertiles, posez-vous les bonnes questions si vous n'arrivez pas à concevoir ! Peut-être que votre cerveau vous envoie un message de bon sens, qui sait ? Et puis, est-ce un drame après tout ? Je sais, je suis très mal placée pour appréhender les souffrances (?) des couples qui n'arrivent pas à concevoir puisque je suis une refusante et que je n'ai jamais rêvé d'accomplissement par la maternité, mais franchement, je me demande si tout cela n'est pas un peu surjoué. Avec ces techniques de reproduction, posant par ailleurs de graves problèmes éthiques, on assiste à incontestable retour de l'injonction patriarcale à la maternité. Alors que le problème de la planète ce n'est pas l'infertilité, c'est la surpopulation et la consommation effrénée des ressources. 

" L'absence de critique féministe de ces pratiques médicales aliénantes pour la santé des femmes est-elle le symptôme d'une régression de la pensée féministe sur les rôles traditionnels des femmes ? " se demande MJB. Effectivement, la question vaut d'être posée. Le féminisme s'est mis à défendre les droits des mères, notamment au moment de la séparation du couple, mais sans jamais remettre en question cette injonction normative faite aux femmes de s'apparier et se reproduire. 

On a toutes et tous des mères (et des pères) symboliques : ce sont ces femmes qui nous révèlent à nous-mêmes, que nous côtoyons durant notre enfance, qui nous éveillent par une phrase ou un comportement qui nous marqueront et nous orienteront. Pour MJB, ce furent des artistes (Charlotte Calmis entre autres), des inspiratrices, des penseuses et des mystiques. Ses camarades de lutte aussi. Des enfants, il y en a partout, on peut s'occuper de ses neveux et nièces, des enfants du voisinage, leur donner à voir des comportements différents, à entendre des propos un peu plus subversifs que ceux qu'ils entendent dans leur famille normative, dont la portée révolutionnaire et créative est limitée. Ce ne sont pas les jeunes gays et lesbiennes qui me contrediront. Je suis partisane qu'on s'occupe d'abord de celles et ceux qui sont ici (même venant de loin, fuyant des pays inhospitaliers) et maintenant, avant d'inviter de nouveaux convives au banquet. 

MJB conclut son livre par une tentative de mettre en face de la norme reproductive des voies un peu plus féministes, surtout hors des sentiers rebattus. Mais je suis dubitative sur l'efficacité des sabbats de sorcières, des tentes rouges et autres maisons de la lune, toutes solutions intermédiaires proposées par MJB dans son livre. Je me demande si elles sont d'une réelle efficacité sur la crapulerie d'en face. Mais on sait qu'il faut conclure un essai et ne pas désespérer les lectrices. Personnellement, je préconiserais des solutions plus radicales. D'autant plus qu'ils n'ont pas plutôt quitté leurs mères et les femmes qui les ont mis au monde et élevés, qu'ils n'ont rien de plus pressé à faire que de nous envoyer leurs bombes sur la figure. Ils fabriquent la vie et font la guerre, nos maîtres et possesseurs. Ils prennent leurs décisions en se passant bien de notre avis.


La primitive maison des hommes décrite par les anthropologues : Conseil de sécurité au Kremlin le 21 février 2022 avec haut niveau de testostérone. Il y a une femme, bien seule, Valentina Matvienko, la présidente de la chambre haute de Russie. Photo Aleksey Nikolskyi / Sputnik AFP 

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Pour conclure mon billet forcément réducteur de cet ouvrage que je conseille de lire, même si les chapitres sur la psychanalyse, le mysticisme, et à la fin, sur l'incendie de Notre-Dame, ne m'ont pas tout à fait convaincue, il me paraît intéressant de proposer un résumé de l'action des 6000 dernières années pour celles et ceux qui auraient loupé des épisodes : au néolithique, sédentarisation des populations humaines, invention de l'agriculture et de l'élevage par domestication des animaux et, dans la foulée, des femmes de l'espèce humaine sur le même modèle, pour servir de domestiques rendant des services sexuels et reproductifs aux hommes, au besoin par la contrainte, le rapt et le viol, l'interdiction des armes, donc l'interdiction de se défendre. Pendant que les hommes s'affrontent, agrandissent leurs territoires, dominions et empires, asservissent les femmes des vaincus. L'apport de protéines plus le forçage à la reproduction provoquent un accroissement sans précédent de la population humaine, pourtant naturellement assez peu fertile. Tout cela s'est encore accru en allant piller des ressources, notamment minières, dans les pays tiers en éliminant ou asservissant des peuples commodément accusés de sauvagerie et renvoyés à l'altérité. Permettant l'essor de l'industrie et un niveau d'armement jamais atteints. Nous sommes désormais 8 milliards à nous regarder en chiens de faïence, la biodiversité animale et végétale s'effondrant autour de nous par destruction des habitats sous la pression humaine, notre biotope gravement dégradé, mais avec des besoins et un appétit comme l'espèce humaine n'en a jamais montrés. Il nous faut désormais les ressources de trois à sept planètes selon l'endroit où l'on vit pour soutenir notre train de vie. Pas touche à mes privilèges de classe moyenne, privilèges qu'il sera difficile de refuser aux anciens colonisés et spoliés, qui attendent eux aussi une retombée de la manne. L'accumulation et le fétichisme de la marchandise ne font pas relâche, disséminant dans la nature des tonnes de déchets, pour la plupart non dégradables. Les guerres continuent, par nationalisme ou pour garder un espace vital, ou juste pour que des hommes de pouvoir montrent qu'ils en ont et parce que les stocks d'armes c'est quand même fait pour servir, sinon à quoi bon ?  Actuellement, le tsar rouge nationaliste de l'Oural, bien enfermé dans son bunker et son univers parallèle, plonge ses voisins dans l'enfer et la destruction, et déclare la guerre alimentaire aux pays du Sud dans un chantage abominable sur le Nord qui l'a sanctionné pour agression et viol du droit international, en empêchant les porte-conteneurs de céréales de quitter le port d'Odessa, pendant qu'ici nous continuons à nourrir des millions d'animaux avec des céréales. Franchement, je me demande si c'est bien le moment de mettre au monde, au besoin par forçage, des enfants, dans ce chaudron du diable surpeuplé et proie de féroces testostéronés, qu'est devenue la Terre ? Le problème de la planète ce n'est pas l'infertilité, c'est la surpopulation. 

Marie-Jo Bonnet est historienne, spécialiste de l'art. Féministe universaliste et lesbienne ayant su très tôt qu'elle aimerait les femmes et n'aurait pas d'enfant. 

A lire pour échapper au tohu-bohu injonctif et productiviste ambiant. 

Les citations de l'autrice sont en caractères gras et rouges.

dimanche 15 mai 2022

Adieu les rebelles ! La normalisation des gays par le mariage

Cette quinzaine, j'ai lu deux ouvrages de Marie-Jo Bonnet. D'abord La Maternité symbolique, Etre mère autrement, publié fin 2020, et ensuite Adieu les rebelles, publié fin 2013, aussitôt après la promulgation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, une lecture en entraînant une autre. Décidément j'ai du retard dans mes lectures.  

Je vais donc chroniquer ces deux ouvrages de Marie-Jo Bonnet (MJB) dans le sens chronologique en deux articles afin que mes lectrices / lecteurs aient en tête la pensée de cette féministe, lesbienne militante des années 70, et historienne écrivant es qualités. 

" Le mariage considéré comme un progrès social : c'est un comble. "

Féministe du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) des années 70, MJB a toujours contesté le mariage petit-bourgeois, cette institution contractuelle patriarcale subordonnant les femmes aux hommes, institution dont le pédigrée et l'ADN sont fondamentalement inégalitaires dans la pratique sinon dans le droit. Personnellement, ayant refusé pour moi-même le mariage et la maternité pour ces raisons, je n'étais pas non plus à l'aise pendant ces débats de 2012. Mais le vent féministe ayant tourné néolibéral, la suspicion d'homophobie étant pendante, il était quasi impossible de ne pas soutenir ce projet des gays (surtout) et des lesbiennes, au nom de l'égalité ! Mais on peut réfuter cette position avec de bons arguments, c'est ce que fait Marie-Jo Bonnet dans ce court mais percutant ouvrage de 150 pages. 

Avant toute chose, il faut préciser que tous les combats des femmes et les gains qu'elles obtiennent profitent largement aux autres classes de la société. Mais ils sont aussi systématiquement digérés par la société patriarcale, récupérés, et se retournent contre nous, voient un retour à l'ordre ancien (backlash), ou échappent aux principales intéressées. On l'a constaté lors de la révolution sexuelle des années 60 qui ont vu les hommes largement en profiter en accumulant les aventures sexuelles et les partenaires, au besoin en taxant de prudes celles qui refusaient, et en continuant à ne pas assumer leurs responsabilités en cas de grossesses. On l'a vu aussi après la lutte féministe des années 70 pour le contrôle par les femmes de leur propre fécondité (jusqu'ici contrôlée étroitement par les hommes qui ont toujours du mal à s'abstraire du sujet) par l'obtention de lois sur la contraception et l'avortement qui déboucheront sur le retour de la maternité triomphante, voire obligatoire, par les techniques de la PMA ou fivete, en agitant le chiffon rouge de l'infertilité réelle ou supposée. Mais ce sujet sera traité plus largement, il le mérite, dans mon prochain article sur La maternité symbolique, qui développe largement ce point. Et enfin, désormais, la revendication du port du voile par des militantes de l'islam politique, reprenant sans vergogne les slogans du combat collectif du MLF : mon corps mon choix pour revendiquer un choix individuel aliénant, ce qui est le comble. 

Le mariage gay en trois étapes selon MJB : comment les gays (les lesbiennes, selon le principe intangible de l'universalisme au masculin de la langue française, ont été amalgamées aux gays et progressivement effacées, toute contestation semblant impossible) ont accédé à la normativité patriarcale et à la reconnaissance de leurs couples via le sacro-saint mariage. 

C'était dans le programme de François Hollande élu en 2012, seul président célibataire de la 5ème République ! Il n'est pas question ici de contester une loi qui a été votée par la représentation nationale et qui s'applique, qui accorde les mêmes droits aux couples homosexuels qu'aux couples hétérosexuels ; on peut juste analyser comme le fait MJB qu'après s'être battues pour l'égalité entre les hommes et les femmes, on est passées " insensiblement à une problématique d'égalité entre les sexualités, c'est-à-dire entre les homosexuels et les hétérosexuels ", concept d'égalité sexuelle " permettant finalement de placer les gays du côté des dominés et non plus des hommes appartenant à la catégorie sociale des dominants ". Ce faisant, personne ne s'est posé la question de l'égalité des célibataires avec les gens mariés, il y aurait tant à dire, mais les célibataires rasent les murs et, sans doute persuadés de leur indignité serinée à longueur de journée explicitement ou implicitement, ils / elles n'osent jamais revendiquer quoi que ce soit. D'ailleurs ils ont le PACS, statut contracté devant un fonctionnaire ou un notaire, que les gays jugeaient imparfait par rapport aux droits accordés par le mariage. 

Première étape : le MLF des années 70. Le Mouvement de Libération des Femmes dont les réunions et les manifestations étaient non mixtes acceptait cependant que des gays les accompagnent en fin de cortège et défilent avec elles. Ils sentaient que le mouvement était porteur d'un projet révolutionnaire et d'une libération qu'ils appelaient eux aussi de leurs vœux. Ce sont d'ailleurs des femmes, dont Françoise d'Eaubonne, qui ont créé le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire), puis ensuite les Gouines Rouges dont MJB a été une active militante. Les féministes hétéros ou lesbiennes et les gays étaient donc alliés contre le patriarcat en ces années-là. 

Deuxième étape, l'arrivée du SIDA au début des années 80 : les gays se mettent à mourir de cette infection contre laquelle la médecine n'a aucune parade. Les gays vivant en couple se retrouvent sans aucun droit quand leur compagnon concubin décède. La société va prendre conscience à ce moment-là que les gays paient le prix du sang : " l'histoire du PACS et du mariage pour tous s'est développée dans le contexte très particulier de l'épidémie de SIDA " écrit MJB. " C'est en s'organisant pour lutter contre l'épidémie de SIDA que les gays vont acquérir une visibilité, une force communautaire et un pouvoir d'achat sans équivalent avec celui des lesbiennes et des femmes en général ". Et ce désir de normativité ne souffrira aucune contestation ; nous sommes en plus dans les années 80, dans un ordre libéral mondialisé qui ringardise la lutte anticapitaliste. Les gays prides où défilent des hommes virils, musclés, avec un sens affirmé du spectacle et de la fête vont finir par gagner la sympathie publique et imposer les gays dans le paysage. 

Il va y avoir réaction : les rassemblements spectaculaires de la Manif Pour Tous, leur conservatisme où l'on voit "des papas et des mamans" selon l'insupportable lexique régressif de l'époque, promenant des enfants habillés de rose ou de bleu genrés dans des poussettes, vont servir de repoussoir avec leurs slogans binaires ; la loi finit par passer, les gays sont désormais des gens comme tout le monde, leur lutte pour la visibilité et leur désir de normativité va les conduire à l'invisibilité. Ils ont le droit de se marier, et bientôt suivra le droit d'avoir des enfants. On est loin de l'idéal révolutionnaire des féministes des années 70 qui se battaient contre toutes ces injonctions patriarcales aliénantes. L'ordre familial est de retour et ce, curieusement, par le biais des homosexuels ! Un vrai backlash.

La PMA pour toutes en 2021 : L'ouvrage de MJB a été publié en 2013, la loi dite de bioéthique n'existait donc pas, mais déjà la revendication de la PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes se faisait jour, selon la même revendication d'égalité ; puisque les femmes hétérosexuelles en couple avec un homme et les célibataires y avaient droit, pourquoi la refuser aux lesbiennes visiblement en couple ? Or, argumente MJB, la PMA n'est pas un droit, c'est une technique médicale contre l'infertilité remboursée par la sécurité sociale (comme si l'infertilité était d'ailleurs le problème de la planète, ajoute-t-elle, le problème de la planète c'est la surpopulation !). Et il y a une différence entre l'infertilité somatique (ou psychosomatique !) traitable médicalement, et l'infertilité sociale des lesbiennes due au fait que l'espèce humaine a besoin pour se reproduire d'un gamète mâle et d'un gamète femelle. On nage donc en pleine confusion des concepts et des définitions.

Toutes ces dispositions ouvrent la voie à la GPA (Gestation pour autrui), les couples d'hommes (majoritaires et à fort capital économique et social généralement) devraient revendiquer l'égalité avec les lesbiennes, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Or comme le souligne MJB, il y a une différence entre paternité et maternité (cette expérience organique de 9 mois), entre don de sperme et don d'ovules, entre insémination artificielle (après traitement hormonal de cheval) pour une femme en vue d'une grossesse pour elle-même, et location de ventre par un couple gay (ou hétérosexuel) pour obtenir un enfant. On n'en a certainement pas fini avec le brouillage des concepts, ni avec l'asservissement des femmes par les hommes dans la reproduction. Les hommes hétérosexuels l'exigeaient, sous couvert d'égalité les hommes homosexuels vont-ils l'exiger aussi ? Avant l'utérus artificiel, déjà expérimenté sur les animaux, permettant qu'advienne cet archaïque rêve patriarcal de se reproduire entre eux sans passer par les femmes. Prochaine étape, la maternité pour tous ? 

Bien sûr, nous savons que tous les gays et toutes les lesbiennes ne veulent pas du mariage, ni même vivre en couple en ayant des enfants. La logique libérale portée par un petit nombre de faux progressistes écrit MJB, n'a pas encore contaminé tout le monde. Mais le risque est grand que sous prétexte d'égalité, un petit nombre fasse " le jeu d'un néolibéralisme puissant, porté par le dieu argent qui n'en finit pas de déstructurer les vies, les consciences, l'économie, le lien social et l'avenir de la planète. " 

L'ouvrage de Marie-Jo Bonnet est indisponible, sans doute épuisé, chez l'éditeur ; on peut le trouver dans certaines bibliothèques, en tout cas chez Recyclivre et ses revendeurs, où j'ai trouvé le mien. Livre à lire de toute façon. 

Les citations tirées du livre sont en caractères gras et rouges

samedi 30 avril 2022

Tant qu'il y aura des abattoirs...

Charniers d'ici et d'ailleurs. 

Trois semaines après mon article du 25 mars, (mais c'est certainement pure coïncidence !) une très compétente anthropologue reprend à peu près le thème de la virilité de Vladimir Poutine pour un article de La Croix daté du 11 avril 2022, " Chez Poutine, la cruauté et la virilité vont ensemble ". Pour l'instant, c'est encore le seul Poutine (bouffi de suffisance, de testostérone et de haine contre la démocratie et les peuples qui entendent l'essayer, c'est vrai que ce pauvre garçon charge particulièrement la barque) qui est désigné. Ne nous fâchons pas avec nos tyrans familiaux. Poutine se conduit avec l'Ukraine comme un amoureux éconduit, un mari fichu à la porte par sa femme : "Poutine tue le même", celui, CELLE de sa famille qui tente de reprendre son autodétermination et sa liberté en dehors du cercle vicieux de la famille, et bien entendu, c'est intolérable. Poutine pourrait même, dans un moment de folie se laisser aspirer comme dans les meurtres familiaux (maritaux) par un délire de furieux considérant que ses droits acquis sont lésés, comme dans ces cas courants de tueurs de masse et familiaux qui préfèrent tuer tout le monde et se tuer après, plutôt que de composer avec la frustrante réalité : les êtres autour de nous sont libres de leurs choix, n'en déplaise au pater familias infatué par ses supposées prérogatives de Maître et Possesseur. 

Sur les plateaux télé, les "experts" et autres "spécialistes de la guerre" quasi tous mâles, comparent la taille des fusées, leur rayon de destruction de quelques kilomètres à 10 000, comme l'essai fructueux le 20 avril (qui "a dû lui coûter un bras et une jambe" selon un expert) du missile intercontinental Sarmat II envoyé par les Russes dans la presqu'île du Kamtchatka, choisie pour son isolement. Concours de bite réussi, ça a fait parler ; ça sème la destruction dans les endroits "isolés" et dans des villes surpeuplées -sachant que les "endroits isolés" sont tout de même peuplés de biodiversité. Dès le retrait des troupes Russes des zones occupées, les femmes ukrainiennes se relèvent blessées, violées en réunion, les dents cassées, dépouillées... par la soldatesque poutinienne, habituelles "dommages collatéraux" de leurs guerres stupides. Femmes ayant côtoyé la mort de trop près pour ne plus tout à fait appartenir aux vivants. Les Ukrainiens enterrent dans des fosses communes, en les recouvrant de chaux, leurs civils tombés sous les bombes de la guerre aérienne russe, la seule qu'ils maîtrisent apparemment, leurs chars tombant en panne ou à court de carburant, ou simplement arrêtés par les populations civiles ! 

Pendant que le "dernier tsar rouge" (je ne parierai pas un kopeck dessus, il a dû se reproduire plus que de raison c'est leur travers habituel, et leur hubris, leur malfaisance sont inarrêtables, un meurt, un autre prend le relais) fait peur à tout le monde, ici les journaux télévisés, magnétophones choraux, ouvrent sempiternellement sur des rayons d'huile vides, des automobilistes s'arrachant les cheveux à la pompe, et des rayons boucherie étalant complaisamment leur morceaux de cadavres. Nous servant la mélopée du "pouvoir d'achat" qui baisse inexorablement, des inciviques qui thésaurisent et, malheur de malheur, "on ne trouve plus de poulets dans les boucheries !" Mais que va-t-on devenir ? 

Plus de 20 millions de volailles en 6 mois (entre grosso merdo novembre 2021 et aujourd'hui, et ce n'est pas fini) ont été gazées, ou simplement laissées asphyxier en coupant la ventilation de leur bâtiment tunnel, pour cause de dissémination de la grippe aviaire aussi appelée peste aviaire, une zoonose mortelle particulièrement virulente pour les oiseaux. Il a donc fallu "euthanasier" SIC les oiseaux des élevages touchés ou ceux à proximité, même lorsqu'il n'y avait que quelques oiseaux malades, pour éviter la dissémination entre élevages surpeuplés, quasiment tous dans les mêmes secteurs, sud-ouest, Vendée, Pays de Loire et Ille et Vilaine. Tous envoyés à la benne, poussins comme adultes, cannetons, dindonneaux, poulets de chair, canards à foie gras. En pleine crise des matières premières (pétrole, gaz pour les chauffer, intrants et céréales* pour les nourrir) tout a été envoyé à la benne

Enfin, la benne, c'est un euphémisme : les éleveurs industriels ont été comme d'habitude laissés livrés à eux-mêmes, obligés de faire face, les usines d'équarrissage étant depuis longtemps débordées par la catastrophe. On a donc creusé, en désespoir de cause, sur réquisition préfectorale, des fosses géantes auprès d'un chantier d'autoroute pour entasser ces millions de victimes de la peste aviaire. En en perdant d'ailleurs pendant le trajet vers le centre d'équarrissage ou la fosse commune, ce qui avouez, pour une zoonose particulièrement virulente, est le comble de l'inepte. Ainsi vont les gribouilles cruels et irresponsables de l'élevage. Sans que le plus pour longtemps ministre de l'Agriculture (mais la nouvelle équipe va sûrement trouver à employer ses talents de médiocre, n'en doutons pas) Julien Denormandie, thuriféraire de la FNSEA et de l'élevage industriel mortifère, n'en pipe mot sur son pourtant actif compte Twitter. Un peu comme certaines femmes sempiternellement en conflit de loyauté avec l'ennemi de classe, il a du mal à parler des choses qui fâchent. 

J'en entends d'ici au fond, qui trouvent un peu too much ma comparaison entre les fosses communes d'Ukraine et celles du chantier de l'autoroute A83 en Maine-et-Loire. Mais croyez-vous réellement que tout cela ne relève pas des mêmes imprudences, incurie, intempérance, incontinence, désastre, goût pour la destruction ? Apparemment, nous sommes une espèce destructrice incapable de s'amender, incapable d'apprendre de ses échecs répétés à travers les âges. Quand le mur climatique, la surpopulation, la destruction des terres par l'usure des sols et la pollution, des températures à plus de 40 °c, la raréfaction de l'eau douce, l'effondrement de la vie animale vont frapper, comment notre désastreuse et égoïste espèce toujours accusant les autres d'être des "nuisibles", incapable de se priver en affrontant un petit inconvénient pour en éviter un plus grand, va-t-elle réagir ? Le plus probablement par la guerre, parce que lorsqu'il n'y plus à manger ni à boire, plus d'espace vital, avec toujours les mêmes excités au pouvoir, je ne vois pas comment on peut s'en tirer autrement. Ils ont suffisamment d'arsenaux qui n'attendent que de servir. La guerre en Ukraine, j'en ai peur, donne en avant-goût de ce qui nous attend. Il n'est même pas exclu que cette fois-ci, cet excité de Poutine appuie sur le bouton. Mais bon, la catastrophe d'aujourd'hui, c'est quand même qu'il n'y a plus de poulets dans les boucheries !

" Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille. " 

La phrase est de Tolstoï, auteur russe, mais surtout universel. Et visionnaire. 

* Céréales que nous pouvons manger nous-mêmes, dans ce cas il en faut cinq fois moins ! Une bonne façon de faire baisser la pression haussière. Et d'en garder pour les pays qui sont étranglés par les cours mondiaux. 

lundi 11 avril 2022

Mystique de la guerre - Les hommes enfantent des monstres

" Les hommes jouent et le jeu suprême, c'est la guerre  ". Pierre Bourdieu

Même si j'ai quelques lectrices habituées qui, elles (eux), connaissent mes idiosyncrasies lexicales et savent que lorsque j'écris homme il s'agit bien sûr d'andros pas d'anthropos, je reprécise pour les lectrices de passage car j'en ai aussi, envoyées par Google et surtout par des agrégateurs de contenus que je remercie au passage. Les hommes : andros donc.

Quand nous voyons depuis le début de la guerre en Ukraine, sur nos écrans, la destruction dont ils se rendent coupables, des grandes villes rendues à l'état de gravats, villes totalement détruites, dont pas un immeuble ne tient debout après le retrait des troupes et supplétifs russes, sans parler des morts, on est secouées par ce pouvoir de destruction qu'ont les hommes, cette rage et cette efficacité qu'ils mettent à détruire. 

Les femmes enfantent les hommes, les hommes enfantent des monstres. 

Sans doute traumatisés par la puissance des grandes déesses primitives qui donnaient et entretenaient la vie sur Terre, après les avoir abattues et remplacées par des cultes sanglants et des sacrifices humains puis animaux, les hommes ont adopté le langage d'initiés des anciens grands prêtres afin de tenir les non initiés dans le mystère, l'ignorance et l'effroi de leur toute-puissance. Aussi emploient-ils un vocabulaire empreint de religiosité ; à l'origine, la science nucléaire des applications militaires est remplie de mystique religieuse. Ainsi le nom de code du premier essai nucléaire d'Alamogordo (Nouveau Mexique) le 16 juillet 1945 était-il Trinity d'après la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, les "forces mâles de la Création" ; quand les hommes engendrent, ils le font entre eux, sans passer par les femmes. Déjà Jupiter tirait ses enfants de sa cuisse ou de sa tête, jamais de son ventre, organe de la reproduction, trop femelle certainement.  D'ailleurs pour continuer dans l'hybris et se prenant pour Dieu, Oppenheimer voyant les exploits de son "bébé" (c'est ainsi que les scientifiques appelaient la bombe atomique) prononce les mots de la Bhagavad Gita, écrit fondamental de l''hindouisme : " Je suis devenu la mort, le destructeur des mondes ". Vertige de toute-puissance. Dans le même ordre d'idées, la bombe H ou bombe thermonucléaire sera appelée le "bébé de Teller" du nom de son père, l'américano-hongrois Edward Teller. 

Dans la mystique religieuse masculine, les mâles ne produisent que des mâles. Le bébé d'Oppenheimer et celui de Teller sont donc des garçons. Après les premiers tests, les généraux télégraphient en langage codé au secrétaire à la Défense US que "les bébés sont nés de façon satisfaisante" et que ce sont de "gros garçons". La première bombe à hydrogène en 1952 s'appelle Mike : "c'est un garçon" est le langage codé par lequel on transmet que l'essai est couronné de succès. Les deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima le 6 août 1945 et trois jours plus tard, le 9 août 1945 sur Nagasaki, s'appellent respectivement "Little Boy" et "Fat man". L'histoire entière du projet de la bombe semble imprégnée de l'imagerie que le stupéfiant pouvoir technologique des hommes confond le pouvoir de création avec le pouvoir de destruction de la Nature.

De plus, il semble que dans l'imaginaire de la guerre, seul le pouvoir compte, que la vie n'a aucune valeur. Les scientifiques du nucléaire se référant aux tueries provoquées par la bombe parlent de "dommages collatéraux" pour désigner les morts du camp adverse. L'expression a fait une belle carrière depuis, notamment lors de la guerre du Golfe de 1990-1991 dont le nombre de morts n'est toujours pas exactement connu. Les "frappes chirurgicales" suggèrent qu'il n'y a que des installations militaires sous les bombes, pas des gens ; les ennemis chacun à leur endroit du monde s'envoyant des roquettes (rockets en anglais, fusées) depuis leurs centres de commandement semblent se livrer à un jeu vidéo. Les bombes "sales" suggèrent qu'il y en aurait de propres. Les acronymes des Etasuniens évoquent des copains, PAL en anglais (Permissive Action Link, un système de sécurité nucléaire) ou de sympathiques héros de Disney, tel le système balistique antimissile BAMBI (BAllistic Missile Boost Intercept). On peut d'ailleurs se poser la question de leur degré de maturité d'adulte quand on évoque ce champ lexical de garçonnets. 

Le désarmement est vécu comme une émasculation. Je ne vais pas vous montrer de dessins, allez voir vous-mêmes et ouvrez bien les yeux : des roquettes aux lanceurs, propulseurs, canons, chars de combat de toutes sortes, tous ressemblent furieusement à des bites soutenues par deux couilles. Force de pénétration, vitesse, tailles des cratères, missiles des sous-marins nucléaires attachés au bâtiment par un filin de plusieurs kilomètres, l'imagerie phallique et séminale imprègne tout. Lors des essais nucléaires menés à Mururoa entre 1960 et 1996, à la fin (les premiers tirs avaient lieu en plein air), les français logeaient leurs têtes nucléaires dans des trous du volcan (l'atoll est un chapeau de corail sur un immense volcan éteint) puis les rebouchaient avec du ciment à prise rapide avant d'appuyer sur le bouton. Ils leur donnaient aussi paraît-il des noms de femmes, mais après recherche, je n'ai rien trouvé. Quand l'Inde réussit son premier essai nucléaire lui permettant d'entrer dans le club des nations qui avaient la bombe, les journalistes titrèrent que "l'Inde a(vait) perdu sa virginité nucléaire". 

Avec une telle perversité de langage et le champ lexical qui l'illustre, il est évident que ce ne sont pas les vies humaines ni la sécurité des populations qui les occupent au premier chef, mais bel et bien le pouvoir, l'exploit militaire, l'arsenal d'armes qui leur permet de jouer à la guerre, leur occupation favorite. C'est sans doute la raison de l'indignation des consultants et experts qui commentent sur les plateaux de télévision la guerre de Poutine (agresseur) contre l'Ukraine (agressée), guerre sale, guerre du XXème siècle, guerre où sont engagées des milices supplétives syriennes, tchétchènes et un groupe privé, le désormais célèbre Groupe Wagner que notre ministre des Affaires Etrangères n'a pas de mots assez forts pour stigmatiser. En effet, ces gens frustes n'ont que faire des Conventions de Genève et des "lois de la guerre". La guerre, c'est sale, malgré leurs tentatives de la rendre sexy, ce sont des tripes à l'air, du sang, et des corps en décomposition dans des body bags, quand on en a en stock ! Et leurs guerres se font aussi sur le corps des femmes. 

 " Les témoignages s'accumulent que le viol est utilisé comme arme de guerre en Ukraine ".

 Source LCI - 8 avril 2022.

Parce que tout cela à un moment ou un autre se retourne contre les femmes, ils nous ont commodément sous la main chez eux, ou devant les roues de leurs chars, à portée de leurs canons, de leurs kalachnikovs. Ils n'aiment pas les femmes ni la vie tout en la multipliant fanatiquement, ça marche ensemble, elle devient ainsi dispensable, expandable comme disent les anglophones. Ils comptent sur nous, après des accords de paix où il n'y aura qu'EUX, où ils s'entendront entre EUX, pour retourner dans nos gynécées produire de nouveaux soldats pour leurs prochaines guerres. Par la contrainte s'il le faut. 

Le texte de ce billet a largement été inspiré par The War Against Women de Marilyn French paru en 1992, non traduit en français, notamment son sous-chapitre War against women as revealed in military language. 

Fuck war and fuck warmongers ! 


vendredi 25 mars 2022

Le coût de la virilité de Vladimir Poutine

 

Vladimir Vladimirovitch Poutine : la dictature de la virilité.

" Que ça te plaise ou non, ma jolie, faudra supporter " (Sud Ouest)

C'est avec cette phrase de violeur, tirée d'une comptine et adressée à l'Ukraine, que Vladimir Poutine a annoncé sa guerre, fin février. 

Quel est le coût de la virilité de Poutine à Marioupol, à Kharkiv, Kiev, villes assiégées ? Pendant les guerres, les villes sont femellisées, traitées comme ils traitent les femmes : elles sont d'abord assiégées, puis "prises" par la force, elles "succombent" "sous les assauts des hommes violents et guerriers, tombent aux mains des agresseurs, sont "anéanties" comme le font certains tueurs et auteurs de féminicides qui s'acharnent sur leurs victimes. D'ailleurs, elles ne sont pas les seules : on a abondamment entendu les commentateurs et spécialistes expliquer la haine de l'Europe que porte le nouveau tsar russe : femelle, ravagée par les lobbies LGBT, toutes ces "tapettes" qui dévirilisent les hommes. D'autant que pas mal sont dirigées par des femmes. Nostalgique d'empire, revanchard sans doute maltraité à cause de sa petite taille par ses camarades de classe dans une époque brutale, c'est en tout cas ce que prétend Marc Dugain dans Une exécution ordinaire, et nationaliste. Sans égard pour la vie humaine, son premier exploit en arrivant au pouvoir a été de condamner les marins du Koursk à mourir à bout d'oxygène dans leur cercueil sous-marin ravagé par une explosion alors que la zone (Mer de Barents) était truffée de sous-marins, et que les Norvégiens avaient proposé leur aide. Il y eut d'autres "exploits" de ce type. L'attaque par des séparatistes Tchétchènes et la "libération" par les forces spéciales russes de l'école de Beslan en 2004 qui se solda par plusieurs centaines de morts dont 186 enfants brûlés vifs. Ce fut sa réponse d'une brutalité féroce à la violence des preneurs d'otages. C'est une tradition des tyrans russes, de leurs empereurs cautionnant le servage, à Staline qui déportait arbitrairement ses compatriotes opposants ou supposés tels dans des camps en Sibérie où ils mouraient de faim, de froid, et d'épuisement.  

Poutine est un nationaliste, un fasciste rouge, nostalgique de l'Empire russe et de l'époque soviétique qui l'a formé. Il a commencé sa carrière d'espion au KGB. Le nationalisme est une croyance obscurantiste, une fiction présentée par les chefferies généralement masculines pour mieux dissimuler les échecs de leur politique, ici la Russie, "puissance pauvre" ai-je entendu, richesses minières et pétrolières sous la coupe d'une oligarchie kleptocrate qui vole littéralement les Russes, les spolie des richesses de leur pays. Poutine a un contrat "social" avec les oligarques qu'il a mis au pas, plumez le pays à votre guise mais laissez-moi gouverner comme je l'entends. Les peuples ne veulent pas la guerre, donc pour les contraindre à y aller, leurs dirigeants inventent une fiction nationale, une histoire épique sanglante à base de héros et de martyrs, ils y rajoutent un bouc émissaire (les Juifs pour Hitler, les"nazis" ukrainiens pour Poutine), et les peuples vont ensuite mourir pour des marchands de canons. Parce que toutes ces armes accumulées durant des décennies, il faut bien les utiliser ne serait-ce que pour renouveler le stock et tester grandeur nature ce qu'on a petitement mis au point en laboratoire. 

Où sont les femmes ? Elles se prennent les bombes sur la tronche et pleurent. Un classique, les hommes font la guerre et les femmes pleurent. Elles subissent, elles endurent, elles et leurs enfants. Regardez bien les plateaux de télé ici, et surtout les ministres et stratèges qui entourent Poutine là-bas : c'est carrément la fête de la saucisse, boys' club crapuleux, et syndrome des couilles de cristal. Ils sont installés, cuisses écartées sur leurs fauteuils, tant chez eux, qu'en visite à l'étranger. Mais me direz-vous, où étaient-elles avant la guerre, tandis qu'on ne les voyait jamais ? Je suppose qu'elles se contentaient de "traîner dans le coin"*, assurant l'intendance, le secrétariat, les communiqués de presse, les repas, le service des cafés et la vaisselle quand ils quittent la table. Laissons les choses sérieuses aux gars. Et la guerre est une chose sérieuse, pas un truc de gonzesse. Elles produisent les oppresseurs, elles les élèvent, et dès l'adolescence ils se retournent contre elles, sortent du camp des femmes pour aller dans celui des hommes, achetant leur passeport pour la virilité. Ils deviennent des tueurs et retournent leurs armes, auxquelles les femmes n'ont jamais accès, contre elles. Des siècles que ça dure. 

Je tente une prospective et je pense ne pas prendre de risques : au moment des négociations de paix, car forcément le temps arrivera de se mettre autour d'une table et de discuter (entre hommes, la paix est chose trop sérieuse pour la laisser aux bonnes femmes), quand Poutine aura assez répandu de sang et de tapis de bombes, elles en seront absentes. Après des milliers de morts militaires et civils, ils négocieront une sortie du conflit entre hommes, un mauvais traité de paix pour une Ukraine en charpie. Ensuite, ils extrairont encore plus de sable pour faire du béton et reconstruire leurs villes tentaculaires, cela nourrira la Mégamachine et fera du PIB (Produit Intérieur Brut) puisqu'aussi bien, ils font de l'or avec la destruction. Ce sera le coût de la virilité du Président Poutine, chiffrable en milliards, externalités négatives non incluses puisqu'ils se sont déclarés saigneurs, maîtres et possesseurs de tout ce qui vit et bouge, mettant le feu encore un peu plus à la Maison Terre. Les femmes s'en  retourneront produire des miliciens pour le camp mâle, avec un peu de pas de chance, d'autres méchants, menteurs et retors Poutine. 

Une bonne nouvelle tout de même, les Russes ont le plus grand pays du monde mais ils ne sont "que" 150 millions, natalité en berne (les femmes ont enfin compris que leurs efforts étaient remerciés au mieux par la condescendance sociale, la pauvreté économique, l'abnégation forcée, au pire par le tapis de bombes, c'est ça la bonne nouvelle) et un PIB du niveau de celui de l'Espagne. Mais le permafrost de Sibérie fond, une aubaine après les restrictions de guerre. Il leur reste à détruire ce qui reste de climat à peu près supportable pour extraire avec leurs gros engins phalliques ce que la Terre peut encore cracher de pétrole et de métaux pour alimenter leur/notre goinfrerie incontinente, leur hybris de saigneurs. Mais il faut faire vite. Avant les 50 °c invivables et là, un Vladimir, celui-ci ou un autre, appuiera cette fois sur le bouton (il n'est pas exclu du tout qu'il le fasse cette fois-ci). Pour accaparer les dernières ressources et garder un espace vital. 

Cela va sans dire que je suis solidaire des femmes russes, autres victimes de cette sale guerre, qui réceptionnent déjà les corps de leurs pères, compagnons et frères dans des cercueils plombés.

Mary Daly

* " Le génie absolu des hommes. Veux tu savoir ce que c'est ? Les hommes veulent. Les femmes se contentent de traîner dans le coin. Les femmes croient qu'elles font une carrière de tonnerre de Dieu. Tut tut. Rien, elles ne vont nulle part, je peux te le dire. Les hommes veulent. L'impact, nom de Dieu. Les hommes veulent tellement. Ca nous étourdit un peu, nous fait perdre les pédales. Que sommes nous devant cet énorme désir, ce besoin universel et buveur de sang qui les tient ainsi ? " 

" Ils sont fous, c'est leur génie secondaire. Ils sont totalement fous. Fous furieux. Réfléchis. Pense un peu. Ils sont dingues. Et nous sommes leurs femmes. Nous vivons avec eux. "

Don de Lillo - Chien galeux (Running dog) - 1978, 1993 pour la traduction en français

dimanche 6 mars 2022

Le mépris des bêtes : un lexique de la ségrégation animale

J'ai lu ce petit ouvrage écrit par Marie-Claude Marsolier, biologiste, ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, chercheuse au CEA. Elle publie aussi sur la linguistique. 


" Le dictionnaire est une création idéologique. Il reflète la société et l'idéologie dominante. En tant qu'autorité indiscutable, en tant qu'outil culturel, le dictionnaire joue un rôle de fixation et de conservation, non seulement de la langue mais aussi des mentalités et de l'idéologie. Toute révolution devrait s'accompagner d'une réforme du dictionnaire, comme le disait Hugo. 

Marina Yaguello, Les mots et les femmes.

Nous avons tué le loup avec des mots "

" La misothérie de notre langage légitime l'oppression des non-humains "

Dinde, chienne, truie, bécasse, pie (bavarde), buse (stupide), oie (blanche, niaise), ces vocables présentent l'avantage d'être méprisants à la fois pour les animaux et pour les femmes ; à la misothérie, mot créé par Marie-Claude Marsolier à partir de deux racines grecques (miso : haine) et ther (bête), zoôn incluant tous les êtres animés, l'humanité est dedans vu que l'humanité fait partie du règne animal, désolée pour l'ego de certain-es, sur le modèle de misogyne (gynè : femme, haine des femmes) il faut donc rajouter la misogynie. Mais aussi, butor (un peu désuet, homme grossier), chacal, pieuvre, requin, crabe (panier de), corbeau (écrit des lettres sans signature), autruche (politique peureuse de), porc (balance ton), âne (qu'on ne présente plus), dindon (de la farce), loup (voir le loup, l'homme est un loup pour l'homme). Pigeon et mouton, qui ont même donné "mougeon" être hybride, sorte de chimère cumulant le crédule et le grégaire, la créativité humaine est sans limites. Fourmiller, fourmilière : ils sont nuisibles et pullulent, il faut donc les "réguler", verbe très prisé des chasseurs pour justifier leurs tueries insatiables. Et en ces temps de retour de guerre froide, un twitto me souffle "vipère lubrique", "crapaud venimeux", " rat visqueux", "chien courant de l'impérialisme yankee"... utilisés par les marxistes et maoïstes des seventies pour désigner l'ennemi de classe. Comme on le voit notre lexique est pétri de haine des bêtes. 

Les animaux (du latin anima, âme) et bêtes (de bestia, brute) désignent selon la taxonomie humaine un tout indifférencié incluant aussi bien les mammifères, poissons, insectes et arthropodes, lesquels n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Ce sont des termes purement négatifs, au sens de "non-humains" qui ne renvoient jamais à des individus, mais qui sont destinés à séparer les humains des autres animaux. Le mépris des bêtes est inscrit dans nos classifications à base de fautes de logique. Platon déjà dans La République, et Montaigne dans ses essais, relevaient cette misothérie et sa fonction spéciste (préjugé raciste mais appliqué aux autres espèces) qui consiste en réalité à séparer radicalement les humains des non-humains, alors que nous faisons tous partie du même règne animal.

Marie-Claude Marsolier écrit que "animal" ou "bête" renvoie à un statut social, à un statut d'individus sans droit moral, sur lesquels les humains ont tout pouvoir, individus que nous avons réduits à notre merci, sur lesquels nous avons sans discussion droit de vie et de mort. Individus à" réguler" car décidément ils "pullulent", à "euthanasier", mettre à mort rituellement ou "artistiquement" dans les corridas, exploiter jusqu'au trognon dans les courses de chevaux pour envoyer impitoyablement les perdants à l'abattoir, enchaîner en mode forçats au Salon de l'agriculture, encager, enfermer dans des lieux concentrationnaires, transporter dans des conditions sordides, et finalement mettre à mort dans des abattoirs. 

Le mot abattoir est apparu en 1806, en même temps que la réorganisation napoléonienne qui expulse des villes les "tueries" et "écorcheries", anciens noms plus explicites des lieux d'abattage des bêtes. Abattre précise Marie-Claude Marsolier, " met en avant l'effort puissant, massif d'une activité qui s'exerce sur un ensemble, une masse indéterminée (des arbres, des bêtes, de la besogne -des clients, pour les prostituées dont on dit qu'elles vont à l'abattage quand elles reçoivent 30 clients par jour), sans aucune place pour la notion d'individu au sein de la masse mise à mort ". Après, on ne parle plus que de tonnages sortant des abattoirs (terrestres, ou flottants pour la pêche) d'où mes difficultés pour retrouver dans les tableaux d'Agreste Bretagne par exemple, le nombre d'individus tués pour notre insatiable consommation de viande. Il va de soi qu'une tonne de carcasses de bœufs, de dindes et de poulets ne contient pas le même nombre d'individus. Il me faut donc fouiller dans des masses de chiffres et parfois faire des divisions à partir du poids d'après les données que je connais, un bœuf fait 800 kg et un poulet deux kilos, pour trouver leur nombre. Tout cela est bien entendu voulu, pour cacher l'étendue du massacre. 

À tout cela s'ajoutent l'euphémisation et le déni des pratiques de boucherie par ce que Marie-Claude Marsolier appelle "la disjonction lexicale" : en anglais par exemple, l'animal n'a pas le même nom que la viande correspondante. Pig, swine devient pork sur leur table ; cow, ox, calf (veau), devient beef et veal dans les assiettes ; sheep devient mutton, et deer devient venison. En français, la disjonction lexicale s'opère non pas sur l'animal mais sur la désignation des morceaux de viande qui n'ont aucun rapport et donc effacent la bête. Sélection non exhaustive : filet, faux-filet, rond de gîte, gîte à la noix, bavette d'aloyau, macreuse, merlan, poire, etc. 

La consommation de viande s'entoure également d'idées fausses sans arrêt répétées qui finissent par former un corpus de contre-vérités sur ce qu'est une bonne alimentation. Il faut bien, vu qu'on ne ramasse toujours pas les végétariens ni les véganes par pleines ambulances, comateux effondré-es dans les rues, au grand dam des carnistes qui nous font avaler leurs bobards avant de nous enfourner, enfants sans défenses que nous sommes, et sans avoir même la possibilité de dire non, du cadavre d'animal dans la bouche ! Ainsi du discours sur les féculents toujours opposés aux nobles, car viriles protéines animales, taxonomie (classement) occultant aussi des fautes de logique. Les "féculents" sont une classe d'aliments d'origines très différentes (riz, maïs, céréales et leurs dérivés), pommes de terre (solanacées comme les tomates), blé noir (polygonacée), légumineuses (graines dans des cosses), châtaignes et toutes les noix. Ils sont abondants en amidon et glucides complexes mais aussi en protéines (gluten, protéine du blé) tous les pois, haricots, notamment le haricot mungo (soja) qu'on donne aux herbivores et aux oiseaux pour faire du muscle. S'ils font du muscle aux bêtes, pourquoi n'en feraient-ils pas aussi aux humains qui font partie du règne animal ? Le tour de passe est complet. Les graines sont quasi éternelles, on en a fait germer qui ont été trouvées dans les pyramides d'Egypte, dans la panse d'animaux congelés dans le permafrost : elles sont des protéines, ces briques de la vie encapsulées sous une coque bouclier, avec pour la durée du voyage dans le temps, des graisses et des glucides nourriciers. Indestructibles. Eternelles. " Je suis orge, je ne péris point ", dit la déesse Isis. 

Ce livre est un bijou de lexique spéciste et de sa mauvaise foi, de fautes de logique, destiné à opposer radicalement les animaux humains et non-humains, à nous faire accepter toutes les violences que nous infligeons aux bêtes. Un lexique du mépris, de la cruauté, justifiant l'implacable exploitation que nous leur faisons subir. D'ailleurs, l'animal n'a jamais le statut de victime précise l'autrice : ce qui donne les titres dans la presse relayant les incendies d'élevages, ou les accidents routiers où périssent aussi les bêtes " 40 000 poussins brûlés vifs dans un bâtiment d'élevage dont les pompiers ont mis 4 heures pour venir à bout : aucune victime n'est à déplorer " SIC. Les victimes sont toujours les animaux humains. Ce que moi je relaie par la phrase corrigée, et renvoyée à l'émetteur : " Incendie dans un tunnel à poulets : on déplore 40 000 victimes brûlées vives". 

Il est temps de prendre conscience, que notre regard évolue pour que cessent ces violences contre les autres terriens, nos frères et sœurs en animalité ayant des droits moraux, ils sont dignes de notre considération. Pour cela, il faut revoir notre champ lexical de fond en comble. C'est ce que proposent après analyse cet ouvrage de 170 pages et son dernier chapitre, Pour une évolution de notre langage.

En bonus, je mets le lien vers l'inénarrable publicité que la RATP avait commise en 2012 contre l'incivilité dans son métro parisien : deux avantages, continuer à diffamer les bêtes, et éviter de nommer le problème, l'incivilité en majorité masculine, les porcs, phacochères et ânes reprenant du service à leur place. Le spécisme et la misothérie ne font jamais relâche.