mardi 30 juillet 2019

DETTE, 5000 ans d'histoire

David Graeber, l'auteur, est anthropologue : il écrit une histoire de la dette, de la monnaie et de la guerre, une histoire des échanges humains.


Demandez à un économiste ce qu'est la monnaie ? Il va vous répondre en bafouillant que c'est un instrument financier parmi d'autres ; je dirais moi que c'est une fabrication, une convention sociale ; David Graeber ne répond pas de façon tranchée.

Rédemption, rachat (redeem en anglais), péché, défaut (faire défaut), jour du Jugement dernier, jour de bilan où on solde tous les comptes, le vocabulaire économique de la dette est religieux ; les paraboles ambivalentes du Christ parlent aussi de dettes et de gratification de celui qui sait agrandir un capital : exemple, la parabole des talents. Nous serions tous nés avec une dette primordiale : une dette envers nos ancêtres qui nous ont donné la vie, et que nous devons rembourser avec des sacrifices, et en transmettant nous aussi la vie reçue, créant ainsi de nouveaux endettés. Reconnaissez qu'on pourrait commencer plus léger ? Non, on naîtrait tous lestés d'une dette !

Lequel, du crédit, de la monnaie, du troc, est arrivé en premier dans l'histoire humaine ? La thèse défendue par Graeber est que, contrairement à ce que prétendent les économistes, ce n'est pas le troc, mais bien le crédit qui arrive en premier, ensuite la monnaie, née du besoin de financement des guerres par les états, puis le troc, quand les monnaies s'effondrent, quand arrive la perte de confiance ou le trop plein d'émission de monnaie. Le troc est un pis-aller quand tous le reste part en morceaux, il s'arrête quand la valeur de la monnaie est restaurée, car il n'est pas commode du tout. Le crédit, système d'échange basé sur la confiance (racine credo en latin, qui donne aussi créance) est possible dans des proto-sociétés où les gens échangent des biens et des services ; l'invention de l'écriture est imposée par le besoin de recenser des stocks de grains issus des récoltes, de tenir la comptabilité des débits et des crédits : on trace d'abord des bâtons sur des tablettes d'argile, puis on élabore un système plus fin et compliqué, des chiffres puis des idéogrammes. Ca calme bien, hein, Marcel Proust ? Pour annuler les dettes, on casse les tablettes. Dans l'Antiquité, quand la dette fait fuir les paysans nourriciers des villes, car criblés d'impôts, de taxes et de corvées, pour redevenir bergers itinérants, on casse toutes les tablettes ; toutes les révolutions humaines ont eu le même acte fondateur, annuler la dette, la Révolution Française n'y a pas manqué, abolissant du même coup le servage. Les serfs (péons) sont une classe sociale qui doit des dîmes, des corvées à un suzerain ; accumulée au fil des générations, leur dette impossible à rembourser, ils ne pouvaient quitter le domaine où ils travaillaient. A comparer avec le statut des femmes pourvues de maris et d'enfants qui doivent des services ménagers sans contrepartie. Au nom de quelle dette ? Par la pesanteur de l'HIStoire.

La traite (la lettre de change de mes cours de compta !) sur l'avenir a commencé quand les humains ont commencé à marcher sur leurs pattes de derrière ; devinez qui gageait les dettes ? Mais les femmes et filles, bien sûr ! Certains s'endettaient au point de donner en gage leurs femmes (comme servantes ou comme prostituées) et filles à naître sur trois ou quatre générations ! Les filles et femmes furent en réalité les premières monnaies d'échange. Comme elles font des petits, elles sont traitées comme on traite les bêtes d'élevage, qui gageaient aussi les dettes. On revient donc de loin, nous les femmes en terme de poids de culpabilité et de péché. Parce que le péché et la dette, c'est la même chose : remettre des péchés et remettre une dette, c'est pareil.

Ecrit en 2008, commencé avant la crise des subprimes qui précipita des familles entières dans la misère et le troc pour survivre, Graeber compose un livre brillantissime couvrant 5000 ans d'histoire de l'humanité vue à travers le prisme de la dette. David Graeber, anthropologue et marxiste voulait écrire une "thèse élégante et érudite" sur comment nous en sommes arrivés au point où nous en sommes aujourd'hui de cette crise majeure du capitalisme qui fabrique ses propres accidents, semble s'en relever en racontant une autre histoire (les prévisions apocalyptiques sur le climat n'en seraient qu'une de plus). Mais combien de temps encore pourra-t-il tenir en épuisant la nature, ce qui est son essence même, sa vraie histoire ?

Vous saurez tout de l'invention de l'esclavage, puis du servage (péonage, dans les termes de Graeber), de l'invention des états, des guerres, puis de la monnaie pour les financer, de la colonisation et du capitalisme qui en découle -accumulation primitive-, des "dettes d'honneur" des hommes violents exacerbés par leur honneur et celui de LEURS femmes, biens échangeables dont il est prudent de ne pas démonétiser les qualités, toujours sujettes à caution, parce que les femmes même asservies, assujetties, même tenues sous un joug féroce, ont toujours des velléités de révolte et de libre-arbitre comme n'importe quel péon ou esclave ! Parsemé de notations drôles, d'hypothèses historiques sur la colonisation (reconstitution de la dernière partie de jeu entre l'affreux Cortès et le roi Moctezuma), de citations d'auteures féministes dont Silvia Federici, avec laquelle il a des affinités marxistes, et de Gerda Lerner, historienne du patriarcat entre autres, best seller aux Etats-Unis dès sa première parution, cet ouvrage est dans la lignée d'auteurs de très bonne vulgarisation comme Jared Diamond (Effondrement, De l'inégalité parmi les sociétés...) ou, dans une autre discipline, de Mike Davis, historien de l'urbanisme et ses productions remarquables sur les catastrophes urbaines, ses conjectures sur l'avenir de l'humanité dans des mégalopoles tentaculaires. Le livre s'arrête sur la tension du moment présent :
quelle sera notre histoire future ? Avons nous épuisé tout notre crédit envers la nature et la planète qui nous font vivre, la continuation de l'histoire humaine est-elle possible ?

" Quelles sortes de promesses des hommes et des femmes authentiquement libres pourraient-ils se faire entre eux ? Au point où nous en sommes, nous n'en avons pas la moindre idée. La question est plutôt de trouver comment arriver en un lieu qui nous permettra de le découvrir. Et le premier pas de ce voyage est d'admettre que, en règle générale, comme nul n'a le droit de nous dire ce que nous valons, nul n'a le droit de nous dire ce que nous devons ". David Graeber 

Décidément, le livre de mon été 2019 !

dimanche 14 juillet 2019

Combattre le voilement - Fatiha Agag-Boudjahlat

 

Cette semaine, deux livres de la même auteure Fatiha Agag-Boudjahlat (FAB) : Combattre le voilement, une réflexion "au-delà du voile comme objet, sur l'acte du voilement", et Le grand détournement, sur les communautaristes et identitaires de toutes obédiences, sur l'instrumentalisation du féminisme, du racisme et de la culture, cette dernière servant d'alibi permanent au cultuel, auquel elle sert de masque permettant de noyer le poison des entorses à la loi de 1905 de séparation des églises et de l'état.

"Mon corps, mon droit". Dans les années 70, ce magnifique slogan a servi aux féministes à revendiquer le droit à disposer de leur corps au moment de militer pour le droit à l'avortement, qui suivait le droit à la contraception. Perverti et poussé à l'extrême, détourné de son sens premier, il sert aujourd'hui à revendiquer de s'enrouler dans des mètres de tissus en revendiquant un "droit à la pudeur" et en criant à l'outrage quand des organismes publics (piscines par exemple) ou des entreprises privées veulent imposer leur règlement intérieur qui prévoit que le personnel observe un minimum de parties découvertes, ne serait-ce que pour assurer la sécurité. Pour certaines salafistes, ce serait même un "droit civique" puisqu'elles invoquent (abusivement, car en France, comme en Europe, il n'y a jamais eu de politique ségrégationniste* comme en subissaient les afro-américains dans les années 60 aux USA) les mânes de Rosa Parks dans son bus qui, la pauvre, ne peut pas se défendre.

La thèse de FAB est d'ailleurs que ces femmes françaises converties ou d'origine (3ème génération souvent) du Mahgreb qui se portent le jilbeb (tenue salafiste très couvrante des femmes saoudiennes) sont en rupture avec les traditions de leur pays car les femmes marocaines, algériennes ou tunisiennes n'ont jamais été vêtues traditionnellement de la sorte. De même, pour ce qui concerne le kamis des hommes. Elles choisissent de porter, sans connaître l'histoire de leurs communautés originelles, un vêtement salafiste, utilisé en Arabie et au Qatar, montrant ainsi en plus de leur entrisme, leur inculture.

Car il y a  entrisme. Les patriarcaux qui ne veulent à aucun prix de l'autonomie des femmes -elle mettrait en péril leur reproduction à l'identique et leur primauté dans l'espace public- sont bien décidés à utiliser toutes les possibilités offertes par nos démocraties pour imposer leur agenda politique. D'abord, faire montre de manœuvres procédurières, utiliser toutes les possibilités offertes par nos démocraties et par les juridictions nationales et même internationales -y compris les obscures officines de l'ONU sans pouvoir juridictionnel ni contraignant (la maltraitante mère de Vincent Lambert et son fan club de curés catholiques fanatiques ont utilisé le même procédé), ou de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l'Homme) dont les textes sont ambivalents, pour tenter d'imposer le voilement dans l'espace public.
Autres moyens offerts par nos démocraties libertaires et émancipatrices, les moyens consuméristes du commerce et du marketing tels Nike qui promeut la "mode modeste" et propose des hijabs de running, Mattel qui propose des poupées habillées à la manière salafiste...

Deuxième manœuvre, utiliser le soft power, stratégie qui consiste à utiliser des femmes comme porteuse de messages, à savoir les "mamans voilées", les artistes pop femmes, une syndicaliste convertie revendiquant de porter costume religieux dans la fac où elle représente son syndicat (UNEF). Explication : entre un homme imam de 60 balais, ventripotant, barbu, à qui il manque deux dents, même érudit, et une femme de l'échantillon cité ci-dessus, qui à votre avis a le plus de chance de se concilier l'opinion publique ? Les dames bien sûr, les "mamans voilées" (je vous assure que au-dessus de 10 ans, quelqu'un-e qui dit "ma maman" pour parler de sa MÈRE, ça me donne des envies de meurtre, tellement cette époque est régressive à tous les niveaux), la jeune femme syndicaliste. Les mecs ont mauvaise réputation et ils le savent, même, surtout, leurs abbés. Il n'y a qu'à entendre les arguments qu'ils utilisent pour promouvoir le voilement : les mecs ne seraient que des pourceaux opportunistes (je suis désolée pour le spécisme, mais je cite) avides de tirer un coup et de s'esbigner aussitôt la chose faite. Toutes aux abris de tissus, fuyez ces hordes d'irréformables. Donc, mise en avant des "mamans voilées" (expression obligatoire), des sorties scolaires (école hors les murs, rappelle FAB, donc soumise à la loi de 1905 ; il ne s'agit plus de "mamans", mais bien d'accompagnatrices ayant un rôle pédagogique). Les patriarcaux les trouvent très bien faisant illusion en locomotives "automobiles" comme écrivait Nicole Claude Mathieu : automobiles au sens où elles se déplacent seules, mais avec un conducteur qui tient le volant ! Sauf qu'aujourd'hui en Europe, même pour une femme arrivant de Syrie, fuyant la guerre, il est possible de dire non à ces "capsules spatio-temporelles" que sont les tenues couvrantes (jilbeb, burkini...), que la loi les protège elles et les choix qu'elles font. Nous sommes dans un pays qui garantit, au moins par les textes, mais ce qui est écrit est fort car on peut faire un rappel à la loi, l'égalité femmes-hommes.

" Les femmes se voient investies de la mission de la perpétuation du modèle culturel et religieux de leur communauté, par leur consentement aux règles, par l'éducation dont elles sont chargées dans ce modèle genré par excellence. Elles peuvent être d'excellents agents de leur propre aliénation par l'éducation reçue et l'éducation qu'elles vont à leur tour donner. Les néoféministes s'interdisent d'identifier, de nommer et de combattre les facteurs de subordination et d'aliénation de la femme quand celle-ci est orientale. [...] Se pose la question de la préservation du modèle patriarcal qui attribue l'espace public aux hommes et l'espace privé aux femmes, sujettes et dominées [...]. Cette domination est la clé de voûte du statu quo social. Leur passage dans l'espace public doit être le plus furtif, le plus anonyme et le plus utilitaire possible, aux conditions imposées par les hommes, ce que garantit le voilement. "

Entrisme politique et propagation d'une doctrine archaïque qui cadastre le corps des femmes pour mieux le soumettre aux rigueurs patriarcales : en pratiquant l'inversion et le dévoiement des concepts antiracistes et féministes, le différentialisme culturel est définitivement un racisme. Celui de ses prosélytes et de celles/ceux qui ne voient pas le mal et laissent faire, au nom du libertarisme, du choix individuel. L'argumentation de FAB est remarquable. Elle écrit :

" Le label AOP-AOC ne s'applique pas à l'humain. Il y a des fondamentaux non négociables, ils ne sont pas blancs, ils ne sont pas occidentaux, ils sont universels : l'égalité femme-homme, l'enfant comme personne et non comme bien meuble, le droit des minorités sexuelles, la dignité des êtres humains." Ces combats ont été menés en Occident et ailleurs, avec difficulté, lentement, au fur et à mesure que la société progressait. " Ils s'inscrivent dans une historicité qui n'amoindrit en rien leur portée, qui les inscrit précisément à porté humaine. "

Je voudrais évoquer trois cas de progressistes qui soutiennent soit le voilement, soit d'autres aliénations, au nom du libre choix ou de la solidarité. J'ai choisi trois cas emblématiques qui sont des porte-drapeaux, qu'on voit et entend dans différents médias, et réfuter leurs arguments.

Libertarisme et angles morts : trois cas
Badinter, Goupil et Delphy

Elisabeth Badinter, qui a soutenu la crèche Baby Loup, contre une femme qui voulait y imposer son choix du voile, préface le livre de FAB Combattre le voilement, du bout des lèvres, en précisant qu'elles ne sont pas d'accord sur tout. En effet, au nom du slogan "mon corps m'appartient", Badinter est pro-prostitution et pro-GPA.  Fatiha Agag-Boudjahlat (FAB) est, elle, farouchement contre. Pour Badinter, si mon corps, dont je fais effectivement ce que je veux, peut devenir ma "petite entreprise" avec laquelle, dans une économie informelle, je peux arrondir mes fins de mois et celles de ma famille en pratiquant l'altruisme (ah, ces garçons affligés de misère sexuelle qui n'auraient pas accès au sexe, comme si avoir du sexe était un droit, et ces autres que l'homosexualité afflige de ne pouvoir porter une descendance car ils n'ont pas d'utérus, mais quelle injustice, mon Dieu !), Madame Badinter ne voit aucune objection à ce que les femmes vendent leur corps à la découpe dans la pornographie, la prostitution et la reproduction, au nom de choix individuels. Les femmes font-elles partie partout des plus pauvres de la planète, et sont-elles maintenues à dessein dans ce statut ? Angle mort. Elle ne voit pas la moindre objection.

Romain Goupil, défenseur de voilement, qui a son rond de serviette sur les plateaux de LCI, cinéaste, éditorialiste, et surtout ancien soixante-huitard, lui veut "interdire d'interdire" selon le slogan de la même époque, "il est interdit d'interdire". Au nom de ce principe, interdire le voilement (des seules femmes, il ne remarque pas qu'au nom de l'égalité, les hommes ne demandent pas à se voiler) est liberticide. Slogan contradictoire dans les termes, et surtout, oublieux du fait que les femmes qui refusaient les échanges multipartenaires en 1968 et années suivantes, étaient traitées de "prudes", "coincées" ; son angle mort à lui, c'est ce droit inaltérable des hommes à l'accès sans limite au corps des femmes, droit aussi vieux que l'humanité depuis qu'elle marche sur ses pattes de derrière, mais bon, le souligner, franchement, serait déplacé. Parions qu'en 1968, il aurait sans doute accusé les femmes voilées de "prudes" et "coincées", autre temps, autre position.

Quand à Delphy qui nous a produit les plus excellentes analyses sociologiques de l'oppression des femmes, au nom d'une solidarité, d'une sororité sans faille avec toutes les femmes, opprimées de tous temps et sous toutes les latitudes par le système patriarcal, elle voudrait que nous soyons solidaires de femmes instrumentalisées, agentes du Patriacat, car, n'en déplaise à Madame Delphy, il y a des femmes qui ne veulent à aucun prix du féminisme qui revendique bel et bien l'autonomie, une individualité, et un destin séparés de celui des hommes. Lire les femmes de droite de Dworkin pour s'en convaincre. Sans compter que certaines se laissent instrumentaliser par calcul politique, pensant, espérant en récolter quelques dividendes. Angle mort, là aussi : on refuse de voir le calcul, le refus de la liberté, car la liberté se paie d'un prix : plus de solitude, l'angoisse de devoir faire des choix déchirants seule, pour certaines d'ailleurs en étant rejetées de leur communauté d'origine, choix qui sont discriminants : en effet quand vous faites un choix, vous fermez toutes les autres possibilités. Vouloir le beurre, l'argent du beurre, le crémier, la bite du crémier, de beaux enfants, une belle carrière, en plus de savoir choisir ses dessous pour plaire à Jules, toutes ces injonctions aliénantes des magazines féminins : certaines veulent encore se bercer d'illusions. Tout faire, et tout faire bien n'est pas possible. Sauf à courir derrière un leurre. Une obligation de multi-réussite qui n'est, bien sûr, exigée que des seules femmes.

Le grand détournement est tout à fait complémentaire du précédent, et il balaie plus large. Détournement des mots et concepts forgés par des penseurs pour l'égalité et le libre-arbitre par les zélotes de l'Islam politique pour faire accepter l'agenda des communautaristes.

Dans ce second ouvrage, FAB débusque les fausses symétries mettant tout sur le même plan : minijupe et voilement (Benbassa), la minijupe n'est pas une prescription patriarcale, le voilement oui ; culturel au lieu de cultuel, c'est au nom du "culturel" que Nathalie Appéré, Maire de Rennes, a réussi à faire voter par son conseil une subvention de 430 000 euros à la mosquée sud de la ville pour la réfection de son toit, le cultuel étant implaidable selon la loi de 1905 ; l'auto-stigmatisation des porteuses de voile qui se plaignent d'être discriminées après avoir fait des arbitrages qu'elles refusent ensuite d'assumer, elles ne sont pas obligées de choisir une tenue extériorisant des convictions religieuses qui devraient relever de l'intimité ; "On n'est pas victime d'exclusion quand on choisit de désobéir à la loi " écrit FAB ; les oxymores tels que "féministes musulmanes" ; la confusion des vêtures déjà évoquée plus haut, le jilbeb "capsule spatio-temporelle" est saoudien, pas marocain ni algérien ; l'a-historicité des tenant-es de l'Islam politique qui s'imposent de vivre comme au 7ème siècle de Mahomet, et l'allochronie ou double régime d'historicité, illustré par la mise en parallèle de deux époques différentes (comparaison du voilement avec le fichu des françaises des années 50-60), et "retard" condescendant (minimum) et post-colonial, surtout raciste bon teint. Ces pauvres ex-colonisés ne seraient pas arrivés au même stade de développement que nous, voire ne vivraient pas dans le même siècle que nous (sécularisme) alors qu'ils ont délaissé le transport en chameaux pour prendre l'avion ou de puissantes voitures, et qu'ils utilisent tous/tes couramment les derniers modèles d'iphone ou de smartphone ! Mais la boutade féministe a toujours cours : "quand un homme est opprimé, c'est une tragédie, quand une femme est opprimée, c'est la "tradition" ;(

Fatiha Agag-Boudjahlat dénonce les " accommodements raisonnables qui ressemblent à des redditions ". Deux exemples :
Au Canada, où résident des communautés Sikhs, les hommes, y compris garçonnets, portent traditionnellement à la ceinture un kirpan, sorte de petit coutelas, symbole traditionnel de défense contre l'oppression. Sauf que selon les normes canadiennes, laisser pénétrer dans les écoles des garçonnets avec ce petit poignard pose évidemment un problème de sécurité ; le Canada communautariste, dont le Premier Ministre Justin Trudeau s'affiche régulièrement avec les objets et vêtures, couvre-chefs rituels de ses minorités, a adopté un "accommodement raisonnable", le kirpan sera autorisé, mais il sera en plastique.

En Grande-Bretagne, pays qui a adopté le différentialisme selon les communautés sur son territoire, les tribunaux "sharia law" sont tolérés ; évidemment, leurs jugements ne sont pas légaux devant la juridiction britannique, mais si certain-es souhaitent s'y soumettre pourquoi pas, disent les libéraux ? C'est oublier que dans les communautés, le libre-arbitre des femmes et des enfants est nié, et qu'ils n'ont pas souvent la force d'affirmation (pour les enfants échangés comme des objets, vendus dans des mariages forcés, c'est absolument incontestable) de se couper de la communauté où ils/elles ont toutes leurs attaches. Nos lois démocratiquement votées protègent les plus faibles, n'en déplaise aux différentialistes culturels.

Enfin, FAB plaide pour des lois écrites clairement, afin d'éviter des interprétations hasardeuses, créant des précédents, et des "effets de cliquet" préjudiciables à la cohérence de notre système et servant ensuite de chevaux de Troie aux militants des régressions ethniques. C'est le fameux " mythe du "bon sauvage" stipendié quand il est repéré chez les colonisateurs de droite, opératoire et admis quand il est le fait des condescendants de gauche ". Elle défend un féminisme et une laïcité sans adjectifs.

Ces deux petits livres de deux cent pages chacun se transporteront partout, ils pourront ainsi accompagner votre été avec profit. Les démocraties sont des systèmes tolérants, mous, qui ont du mal à lutter contre les offensives idéologiques des défenseurs des emprises communautaires : identitaires, indigénistes, islamistes ! La prise de conscience est indispensable, nous devons être fermes sur nos principes. Ces deux ouvrages y contribuent.

Les citations de l'auteure sont en caractères gras et rouge.

* Le mouvement des droits civiques aurait démarré par la prise de conscience des afro-américains envoyés se battre en Europe lors de la Première Guerre mondiale : ils demandaient aux Français de la Somme et aux Belges "où sont les toilettes pour noirs ?". Les européens leur répondaient évidemment que les toilettes étaient les mêmes pour tout le monde. Une puissante aide à la prise de conscience que la ségrégation n'était pas un état naturel, mais bien une organisation politique discriminatoire.

Liens :

Editions du Cerf : Combattre le voilement.
Editions du Cerf : Le grand détournement.

VIDEO - Fatiha Agag-Boudjahat parle de son livre Combattre le voilement

Nathalie Appéré, Maire de Rennes, après avoir autorisé le burkini à la piscine des Gayeulles (Cédric Piolle, maire de Grenoble, victime de l'entrisme du faux-nez communautariste d'une association de défense de locataires annexée par l'islam politique, vient lui, de faire marche arrière après moultes tergiversations) verse une subvention de 430 000 euros du budget de la ville pour refaire le toit menaçant de s'écrouler de la Mosquée, lieu de célébration de culte construite en 1983 sur un terrain de Ville dans la zone sud de Rennes (bail emphytéotique) ; renommée fort à propos "lieu culturel", une lettre de plus permettant d'échapper aux rigueurs de la loi de 1905, la subvention a été votée, et le bas calcul électoral commis aux frais des droits de femmes. Madame Appéré se fait même photographier en groupe à l'occasion de l'inauguration avec des fillettes voilées. Tollé général : article avec la photo sur le site des Vigilantes.

jeudi 4 juillet 2019

Créatrices : expos dédiées aux femmes artistes à Rennes

Une exposition résolument féministe aux Musée des beaux-Arts de Rennes, Marie-Jo Bonnet, historienne de l'art, est la commissaire de l'exposition.

Des femmes exposées nues parmi des hommes habillés (les musées en sont truffés), interdites d'écoles et ateliers de peinture, contraintes à se former seules, artistes autodidactes excellentes, ou juste tolérées dans l'atelier de leur père, mais en payant le prix fort par le viol par un collègue masculin comme Artemisia Gentileschi, qui n'aura de cesse de s'autoportraiturer dans ses tableaux, y compris dans le résilient Judith décapitant Holopherne, -la femme en bleu, tenant le couteau, c'est elle-, produisant des oeuvres envers et contre tout, notamment contre l'hostilité masculine, et dans la violence des rapports familiaux pour Louise Bougeois et Nikki de Saint-Phalle, pour ne citer que ces deux-là.

Elizabeth Vigée-Lebrun, Annette Messager, Louise Bourgeois, Georgia O'Keeffe, Louyse Moillon, Nelly Trumel, Orlan, peintresses, photographes, sculptrices (trois oeuvres de Camille Claudel sont exposées, ainsi qu'une "nana" de Nikki de Saint-Phalle), Lee Miller, Raymonde Arcier et sa "nana" géante en mousse et textiles, ménagère-épouse encombrée de bébés et de paniers à provisions géants, et d'autres. Elles utilisent des matériaux non nobles du quotidien, ce qu'elles ont à la maison ; elles brodent (Annette Messager et ses proverbes), utilisent la dentelle, des blocs de mousse, des chutes de tissus et de laines. Vidéastes, elles exécutent des performances qu'elles filment, utilisant leur corps comme support d'expression en se scarifiant, évacuant ainsi les traumatismes de l'enfance face à un père agresseur ou volage, installant sa maîtresse à la maison dans le cas de Louise Bourgeois.


Raymonde Arcier - Au nom du père 




Annette Messager - Mes proverbes - Une série de broderies de proverbes sexistes. 


Chiharu Shiota - State of being (Baby Carriage) : un landau dans un cadre en métal et fil noir, complètement flippant.

Expo exaltante de 80 oeuvres en tout, même si on doit se contenter généralement d'une oeuvre unique par artiste, c'est l'inconvénient des expos thématiques, et dont on peut déplorer également les horaires restrictifs du Musée des Beaux Arts de Rennes qui ferme à 17 H. Il y a aussi deux oeuvres en plumes d'oiseaux, dont une très fragile, sous la verrière, créée exprès pour l'expo, que je trouve contestables, je n'aime pas qu'on utilise les animaux, hormis en représentation, dans l'art.

Le catalogue de l'exposition par Marie-Jo Bonnet, historienne de l'art, vous permettra de compléter par le texte et leur histoire, les oeuvres présentées et répertoriées en photo :

Dans la même journée, en restant dans la même thématique, vous pouvez voir aussi
At the gates à la Criée - Centre d'art contemporain petite galerie d'expos temporaires, près des Halles centrales.

Inspirées des engagements de Silvia Federici, féministe marxiste et altermondialiste, brodeuses, créatrices de patchwork, vidéastes et installation sonore, couseuses de bannières, peintresses à l'acrylique, affichistes, trouvent leur place dans cette petite galerie à deux pas du Musée des Beaux-arts, les œuvres présentées compléteront bien votre après-midi d'artistes et artivistes féministes.


Des bannières abordent le mouvement #repealthe8th en Irlande, qui a vu les femmes militer contre le 8ème amendement de leur constitution lors d'un referendum victorieux en avril 2018, permettant ainsi de faire voter dans la foulée une loi autorisant l'avortement par le Parlement. Une grande victoire pour les femmes irlandaises, arrachée contre leur influente église catholique.

Deux bannières militantes :




Liens complémentaires :

Musée des beaux arts Rennes
Créatrices, à Rennes, une exposition retrace l'émancipation des femmes par l'art
Rennes, au musée, les femmes artistes au pouvoir 
Le discours de Marie-Jo Bonnet lors du vernissage de l'exposition.

mercredi 19 juin 2019

Algues Vertes - L'histoire interdite

De 1989 à 2016, 3 hommes et au moins 40 animaux ont trouvé la mort sur les plages bretonnes des Côtes d'Armor. Une première victime en 1989 a été sauvée de justesse, mais son cheval y est resté. L'été 2011, une série de marcassins, de laies et de sangliers seront retrouvés morts dans l'estuaire du Gouessant. Le tueur en série est un gaz, l'hydrogène sulfuré (H2S) un gaz à effets neurotoxiques à dose élevée, produit par la décomposition d'une algue verte nauséabonde (Ulva armoricana) résultant de l'eutrophisation -excès chronique de nutriments- des cours d'eau qui se jettent dans la mer.


Les lisiers-fumiers produits par l'élevage industriel hors-sol et épandus sur les terres sont des engrais azotés qui se transforment en nitrates dans le sol, sol ensuite lessivé par les pluies qui s'écoulent dans les cours d'eau aboutissant, eux, à la mer. Ces algues en pourrissant, blanchissent et se confondent avec le sable, installant un piège instable où promeneurs et bêtes s'enfoncent, libérant le gaz toxique. Ne jamais vous aventurer sur une plage avec des panneaux d'interdiction d'approcher, ils ne sont pas mis là par caprice. Et tenez vos animaux en laisse.

Ces marées vertes sont le prix à payer pour la démocratisation de la côte de porc, de la charcuterie, du barbecue familial les dimanches de beau temps, et du jambon coquillettes tellement prisé des parents et des enfants. Derrière le tueur H2S, il y a le lobby de l'élevage breton (67 % de la production française de porcs sur 4 départements), dont l'histoire est aussi racontée dans la BD extrêmement documentée, et le lobby du tourisme, qui ont évidemment intérêt à silencer les victimes et lanceurs d'alerte.

Jeux d'influence, corps enterrés sans être autopsiés, loi du silence, échantillons de sang perdus, procureurs de la République réticents, maires des communes touristiques faisant pression sur les familles des victimes, dans le cas de Thierry Morfoisse décédé en 2009, il fut prétendu qu'il avait une mauvaise hygiène de vie, menaces et tentatives d'intimidation des lanceurs d'alerte et des paysans voulant changer de modèle, vous saurez tout sur le puissant monde très masculin de l'élevage.



En effet, derrière le tueur H2S, on trouve les féodaux qui entendent maintenir le status quo créé dans les années 60 par le ministre de l'agriculture de l'époque, Edgar Pisani, grand commis de l'état qui "modernisa" l'agriculture bretonne à coup de remembrements et d'envoi du surplus des paysans "inadaptables" à l'usine Citroën de Rennes. Le processus, peu connu du public, est raconté dans la bande dessinée. Les féodaux qui ont assumé l'héritage et assuré la relève sont : Jean-Yves 1er le Drian, Duc de Bretagne, éternel président ex-socialiste de la Région, siège actuellement occupé par Loïg Chesnais-Girard, ombre du Duc en question, pendant la durée de son portefeuille de ministre des Affaires étrangères de l'ère Macron.

Un autre baron toxique tenant de l'élevage industriel hors-sol maltraitant est Marc Le Fur, insubmersible député "cochon" des Côtes d'Armor depuis 1993 ; l'un de ses amendements adopté en 2014 a permis de "relever de 450 à 2000 places, le seuil à partir duquel une porcherie est soumise à demande d'autorisation". Rajouté au fait que dans les années 80 et 90, les élevages de porcs en tunnels s'agrandissent en toute illégalité, à tel point que l'eau des puits et des fontaines devient impropre à la consommation tellement ils sont chargés en nitrates. Il n'empêche que les lobbies mortifères de l'élevage (FNSEA, Chambres d'agriculture...) et du tourisme via les maires des communes impactées contesteront toute corrélation entre la prolifération des nitrates dans les cours d'eau, sur les estuaires et estrans des Côtes d'Armor, devenus lieux morts d'où tout organisme vivant a été éradiqué, et aussi tombeaux pour tout animal ou humain s'y aventurant.

Les autres féodaux sont répertoriés dans la double page photographiée ci-dessous : double cliquer pour superposer et agrandir mais c'est mieux dans l'album :) Toutes les coopératives, y compris banques, en tête le Crédit Agricole Mutuel, qui ont trahi leur idéal de départ y sont représentées, dont la Cooperl et sa tête de lard de patron, Emmanuel Commault, qui refusait il y quelques mois de payer au juste prix le kilo de porc à ses adhérents "prolétaires porteurs de seaux", provoquant des faillites et la fronde de ses coopérants. Aujourd'hui, le prix du porc est bien remonté, demande soutenue par la peste porcine africaine décimant les élevages Chinois ainsi que ceux de toute l'Asie. Parce que, bien entendu, peste porcine ou pas (des millions de porcs abattus par précaution, certains enterrés vivants dans des fosses improvisées au Vietnam) pas question de renoncer à son barbecue et à ses cagettes de côtes de porc en promotion. Nous sommes décidément une espèce irresponsable. 


Aujourd'hui quand je rencontre un éleveur, il prétend que les niveaux d'azote épandus ont été bien diminués grâce à la Directive Nitrates de l'Union Européenne et aux "efforts" faits par les éleveurs qui ont changé leurs pratiques de nourrissage et d'épandage. En revanche, ce qu'il ne dira pas, c'est que les SUBVENTIONS distribuées pour améliorer les stations de retraitement des lisiers ont été détournées pour augmenter la taille des cheptels. Du coup, les 30 % de diminution des rejets azotés ont été annulés par 30 % d'augmentation de la taille des troupeaux entassés dans les tunnels. Merci Marc Le Fur. Pensez-y quand vous achèterez votre jambon : vous payez le prix chez le charcutier, PLUS le prix de la dépollution via les subventions qui contribuent à polluer encore davantage. Politique de Gribouille, court-termiste et toxique. L'élevage, on ne répétera jamais assez, est l'ennemi de la santé humaine, de celle des animaux, et d'un environnement sain, l'élevage est une infection inventée par l'humanité, sur la planète entière.


Un vrai travail de journalisme d'enquête de trois années en Centre-Bretagne, fait par Inès Léraud, mis en dessins par Pierre Van Hove et Mathilda, coloriste : une bande dessinée de 150 pages parue chez Delcourt. A lire d'urgence. Les plages ont l'air propres en Bretagne, mais c'est parce qu'elles sont nettoyées tous les matins, aux frais des contribuables. Tiens, encore un coût à rajouter au prix de votre côte de porc.

Liens :
Coordination Verte et bleue - Association Sauvegarde du Trégor 
Halte aux marées vertes 
Lieux mouvants : Rendez-vous avec la création en Centre-Bretagne
Bulles d'info : la BD nouveau support du journalisme d'investigation.

samedi 8 juin 2019

Tokenisme : l'effet canada dry

Tout est parti du partage d'une information sur la chasse d'été au chevreuil au prétexte de "gestion des populations" (sous-texte, ils "pullulent" et entravent de ce fait les activités humaines, donc il faut "réguler", de régis, roi, en latin ! Appréciez). L'article est sur le blog de One Voice, qui précise par ailleurs que l'été c'est le moment où les gens, c'est à dire tout le monde, femmes, enfants compris, se balade en forêt. Et que donc du coup, on est priées d'aller se faire voir ailleurs pendant que les mecs, comme d'habitude, confisquent la campagne à leur profit. Ce que je twitte immédiatement. Un de mes abonnés tombe sur mon tweet et tente de rectifier le tir (la métaphore s'impose) en rétorquant qu'il n'y a pas que les hommes qui chassent, il y a PLEIN de femmes qui chassent aussi ! Les mecs, c'est pas possible, quand ils voient une femme, ils en voient PLEIN. Je vous assure qu'argumenter féministe, c'est un boulot épuisant de Titan, il y en a toujours un (ou une d'ailleurs) qui n'est pas devant son poste quand vous publiez vos arguments. Donc, je réponds que "euh, 2 % : les fédérations de chasse déclarent 98 % d'hommes" dans leurs adhérents". La Fédération Nationale des chasseurs confirme. Comme d'ailleurs, par l'image, ce twittos :


Un deuxième twittos volant au secours de mon abonné, la solidarité masculine est étonnante surtout quand il s'agit de contrer les arguments des femmes, précise même que "ce qui est étonnant, c'est que les femmes sont les bienvenues dans les sociétés de chasse et y ont même souvent un rôle-clé !". Comme quoi ? Servir le café, cuisiner le faisan ou le chevreuil après avoir enlevé les petits plombs et les chevrotines, faire la vaisselle après le banquet, passer le balai, par exemple ?

Les femmes ne sont pas bienvenues, elles sont tolérées dans ces rituels masculins d'entre-soi, mais à condition qu'elles adoptent pleinement les us et coutumes de la société (pour ne pas dire la horde, j'ai des témoignages d'activistes qui ont vu des banquets de veneurs où on roulait en dégueulant sous la table, et où c'était vraiment crade !), us et coutumes délicates et classieuses de la société masculine, donc. La vulgarité extrême sous les Barbours. MAIS, quand on est en voie de disparition pour cause de non mixité et de vieillissement de la population, même si on préfère enrôler de jeunes garçons, on va demander aux femmes de venir. Faute de grives on mange des merles. D'autant plus que le sexisme se porte assez mal de nos jours, quand on est une corporation qui concentre les inimitiés : celles des défenseurs des animaux, celles des urbains, des rurbains et d'à peu près tout ce qui n'est pas campagnard, mâle, et hors des standards de l'époque. Donc, on fait contre mauvaise fortune bon cœur.

Ça a même un nom : tokenisme (tokenism en anglais), de token, jeton, monnaie, mais qui a aussi un sens de peu de valeur, de fausse monnaie, à preuve, faux comme un jeton ! Le tokenisme est une pratique superficielle, un effort symbolique pour paraître inclusif envers les minorités (noirs, femmes...) pour donner le change. Token woman en anglais se traduit par femme alibi en français. Une femme instrumentalisée, cachant la forêt du sexisme. C'est l'effet canada dry : ça a la couleur de l'inclusion, le goût de l'inclusion, mais ce n'est pas de l'inclusion.

Vous voulez venir, Mesdames ? Pas de problème : vous porterez nos combinaisons d'un seul tenant et vous vous déshabillerez entièrement pour pisser ! Comment, ça vous prend plus de temps qu'à nous ? Mais si vous voulez entrer dans notre corps de métier, vous devez en accepter les contraintes ! Réponse des CRS quand les premières femmes ont été admises dans les compagnies de CRS.
Vous voulez venir dans nos écoles de techniciens informaticiens et d'ingénieurs, les filles ? Mais bien sûr, vous êtes les plus que bienvenues, on en cherche même ; mais vous devrez accepter les rituels masculins, bizutages mâle-traitants (Arts et Métiers), voire agressions sexuelles, pareil pour le mythe urbain du bricoleur de génie dans son garage, qui bosse comme un fou 24/7/365 sans se changer, mangeant gras et carné, et qui sent des pieds (Epitech, 42...) ; pas question que vous pervertissiez notre culture de boys'club d'aucune manière. C'est à prendre ou à laisser. Nous ne ferons aucune concession. Le femme alibi adopte les mœurs de ses pairs, pas l'inverse. Elle peut même en rajouter, elle n'en sera que mieux notée. D'ailleurs, c'est ça ou être exclue, considérée comme mauvaise camarade, ne jouant pas le jeu du groupe.

Quand je bossais chez Philips Recherche et Développement, ils se fendaient une fois par an sur leurs trois magazines maison (un international en anglais, un national en français, et un local sur Le Mans) d'articles encourageant les DRH à engager des femmes, en en montrant d'ailleurs sur la couverture des morceaux : coupées aux genoux, des jambes et des pieds chaussés de talons aiguilles rouges, les femmes portent des talons aiguilles dans la mentalité simpliste des industriels de l'électronique, c'est même à ça qu'on les reconnaît ! Les rares que je voyais en R et D mettaient pourtant leur point d'honneur à se fondre dans la masse, cheveux courts, pas de bijoux ni de maquillage, chaussées qu'elles étaient de doc martens et habillées de blousons bombers ! Les "vraies" femmes étaient soit secrétaires, ou quand c'étaient mes candidates, ils les perdaient dans les couloirs que j'étais obligée d'arpenter et de surveiller pour les retrouver ! Garanti, j'en ai retrouvé plusieurs en train de moisir sur des canapés, deux heures après que je les aient présentées au manager qui avait pourtant rendez-vous.

Je suis bien sûre que Philips continue, des années après sa protestation, la main sur le cœur : il faut qu'on engage des femmes, on va le faire, on va y arriver. Pareil pour Epitech, dont l'association e-emma est truffée de gars, tellement les filles ne viennent pas, découragées par le présentéisme forcené de l'école ! Allez courage, messieurs, continuez à tenter de donner le change : mais à d'autres, pas à moi. Prochaine fois qu'on me balance ces arguments mensongers, moi je balance cet article développé à la tronche de l'envoyeur.

La chasse est une activité hautement ritualisée où des hommes promulguent le patriarcat dans les espaces de nature. De l'importance du témoignage des survivants : une traduction sur mon blog d'un article très articulé et argumenté.

mardi 28 mai 2019

Pour une sororité stimulante

Ci-dessous un fil Twitter d'Euterpe à dérouler, montrant comment le voile infiltre les cours de langues des immigré-es que l'Allemagne reçoit et intègre en leur apprenant l'allemand et leur style de vie, entre autres. Euterpe donne des cours d'allemand à des syriennes (majoritairement) venues en Allemagne pour fuir la guerre et la destruction dans leur pays, et leurs conséquences économiques. Puisque l'Allemagne est généreuse, qu'elle a une faible natalité, des besoins en main d'oeuvre, refugees welcome !

Ce thread (cliquer sur la date en bas pour dérouler) donne à réfléchir sur le genre d'accueil qu'on réserve à ces femmes déracinées qui ont fui la guerre en laissant tout derrière elle, encore heureux si elles sont venues avec leur famille. Il faut rappeler qu'on ne quitte pas le pays où on est né-e par caprice, il y faut une urgence et une détresse absolues. Elles sont musulmanes du moyen-Orient, donc voilées pour la plupart, pas d'objection à ça. Ces cours d'intégration contiennent l'enseignement de l'allemand, mais aussi les us et coutumes, les lois qui s'appliquent, tout ce qu'il faut connaître pour s'installer durablement et vivre en Allemagne comme des allemands avec tous les avantages d'être allemand-e (et les inconvénients aussi, une forme de solitude urbaine et individuelle qui existe moins dans les pays du Moyen-Orient, sans doute). Leur présenter des professeures d'allemand première langue voilées ou portant le foulard, est-ce bien un signe qu'on veut qu'elles s'intègrent ? Il est présupposé qu'elles sont musulmanes (alors qu'en Europe on voit le retour à la pratique religieuse des deuxièmes et troisièmes générations d'immigré-es, issues de parents qui l'avaient abandonnée, rappelons que bien que la plupart du temps tus, l'athéisme et le sécularisme font des progrès dans les pays arabes) et que donc, elles s'attendent à ce qu'on "respecte" leurs croyances et leur vêture. Mais en est-on sûres ? Qu'elles soient habillées selon ce qu'on leur prescrit dans leur pays d'origine et arrivent ainsi en Europe, c'est certainement normal, mais qui nous dit qu'elles ne verraient pas comme une opportunité de se libérer de ces prescriptions justement parce qu'elles vivront désormais en Europe ? Qu'elles pourraient changer leur destin si elles le souhaitent en profitant des acquis des occidentales ? Qu'elles en rêvent sans se le permettre, et n'attendraient qu'une occasion, un exemple, une stimulation de notre part pour jeter leurs voiles et l'oppression par dessus les moulins ?

Pourquoi sommes-nous si frileux à défendre notre propre culture faite d'égalité femmes / hommes, au moins dans les textes, à tenir fermement à nos principes, et à les défendre ? Par quelle perversion devrions-nous nier ce que nous sommes, nous les pays hôtes, à avoir honte des combats menés et gagnés par des légions de femmes et d'hommes dans l'histoire et même l'herstoire ?

Par dénigrement de nous-mêmes, par timidité, pire, par condescendance ? Le relativisme, ou différentialisme culturel, est pour moi une condescendance, avec le sous-texte suivant des protestations de tolérance : elles ne sont pas arrivées au même stade de développement culturel et social que le nôtre, faisons avec et attendons. Ces pauvres sous-développées, on ne va quand même pas les contraindre ! De plus, le différentialisme culturel fait l'impasse sur les mouvements de révolte des femmes iraniennes qui, prenant tous les risques, se dévoilent les mercredis dans les rues de Téhéran, sous les mots-clés #WhiteWednesdays ou #MyCameraMyWeapon, #MyStealthyFreedom, #NousSommesLeursVoix. Et de celui des saoudiennes qui courent en mixité dans un pays d'une bigoterie effroyable. De celui des afghanes qui font du vélo à Kaboul. Toutes se battent contre les injonctions patriarcales et religieuses. Qu'on ne contraigne pas, c'est évident, mais on peut inciter, stimuler, être solidaires de leur émancipation et de leur autonomisation. C'est cela pour moi la sororité : une solidarité stimulante. Refuser les complexes, être fière de nos acquis, être ferme sur nos principes, revendiquer nos valeurs de démocratie, d'égalité entre tous et entre femmes et hommes, filles et garçons, à l'école, dans la rue, sur nos lieux de travail. J'imagine qu'on leur donne des cours d'éducation sociale et civique, puisque notre vie en société impose qu'on respecte certains principes. Pour certaines d'entre elles, cela peut être un empowerment (empouvoirement) bienvenu. Je me tiens donc aux côtés d'Euterpe dans son indignation : qu'on leur propose des professeures d'allemand première langue voilées n'est pas la meilleure façon d'y parvenir. Arriver en Europe et se retrouver en face d'une femme voilée, j'imagine que cela peut même leur faire un certain choc. D'autant que toutes les syriennes et autres nationalités ne sont pas voilées, n'oublions pas que ces pays étaient dans les années 70 dirigés par le Parti Baas, donc un parti socialiste, avant les perversions qu'il a subies à cause de dirigeants corrompus devenus dictateurs. Il faut sortir de la torpeur et de la sidération vis à vis de l'activisme politique islamiste qui instrumentalise les femmes, et ne pas oublier ce qu'écrit Salman Rushdie :



" Une des choses qui est un prisme classique des fanatiques religieux, c'est que pendant qu'ils nient leurs droits à leurs peuple, ils proclament que ce sont leurs droits à eux qui sont niés. Pendant qu'ils persécutent leur peuples, ils se prétendent persécutés. Pendant qu'ils se comportent colossalement de façon offensante, ils se proclament la partie offensée. C'est le monde à l'envers."

Evidemment que dans le processus d'autonomisation de ces femmes, leurs hommes ont tout à perdre, -comme chez nous-, d'où les résistances parfois féroces, mais il s'agit de montrer de qui nous sommes solidaires ; les femmes elles, ont tout à gagner, si l'on s'en réfère à nos principes démocratiques et d'égalité. Donc, soyons solidaires sans concessions de ces femmes, soyons sororales !

Liens 
Le forum des ex-musulmans sur Twitter (en anglais) 

vendredi 17 mai 2019

Narrations masculines : l'homme sacrificiel

Pour compléter mon précédent billet sur l'impensé de la violence masculine, il est utile de revenir sur le narratif masculin : vocabulaire employé, expressions qui minimisent, euphémisent la violence et les incivilités masculines, voire qui les nient totalement. Les hommes qui commettent des crimes sont désignés communément par les gendarmes sous le vocable "individus", "personnes" (une personne, c'est personne ?) La société utilise "violence ou meurtre conjugal" permettant d'occulter que c'est en majorité les hommes qui frappent et tuent. Le meurtre des femmes n'est pas nommé pour ce qu'il est : tuer une femme parce qu'elle est une femme. Le mot reste à inventer, féminicide n'épuise pas le sujet et il est un spin off d'homicide. Dans une espèce comme la nôtre, au langage performatif, c'est-à dire qui crée du réel, ce qui n'est pas nommé n'existe pas.

Innommé, mal nommer, faire diversion...

Mal nommer ou nommer faux comme écrit Mary Daly.
La semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a utilisé l'expression "viol des peuples" pour stigmatiser les actions de l'Europe, qu'il accuse de déficit démocratique, Europe qui a tendance à ne pas prendre les suffrages populaires pour ce qu'ils sont, l'expression de la volonté des peuples qui la composent. D'où l'expression "viol des peuples" ! Il s'est fait prendre à partie par Caroline de Haas qui lui reprochait de s'approprier le mot viol en en faussant le sens et en le galvaudant. Pour une fois, je pense comme elle.

Ils s'approprient notre vocabulaire, celui que nous inventons, puis le gauchissent légèrement pour le conformer à leurs besoins : "plafond de verre" est par exemple de plus en plus utilisé par les hommes politiques et les journalistes ventriloques pour parler de l'impossibilité du Rassemblement National à percer dans les élections nationales. Il désignait jusqu'à présent l'impossibilité pour les femmes à grimper dans les hiérarchies mâles des entreprises et des partis politiques. L'expression "entre-soi" que je ne n'avais entendue que dans la bouche des féministes et immédiatement accolée à "masculin", est de façon surprenante intégrée dans le vocabulaire des hommes politiques qui ne dénoncent pas tellement le leur, d'entre-soi, puisqu'il le substantifient sans le qualifier. Il le détournent à d'autres propos.

Les politiques sont  à l'affût de nouvelles idées et de nouveaux concepts ; les blogueuses et twittas sont une mine inépuisable susceptibles de les leur fournir. Le parti La République en Marche en est très friand : depuis 10 ans que je blogue et tweete, je m'aperçois que certains mots que j'ai inventé -je ne vais pas dire popularisés, je ne suis pas assez connue ni partagée pour "populariser", d'autres en revanche plus libérales et faisant consensus y arrivent mieux, elles passent sur les plateaux télé, elles font carrière dans les medias pure players, ou bien écrivent et publient des livres, et même deviennent ministre ; n'étant pas libérale, je ne peux pas être populaire mais en revanche, je peux être prescriptrice, influenceuse, pour parler le jargon du marketing ; il leur suffit de surfer sur les medias sociaux pour y trouver des idées (les idées valent de l'or en politique !), même les idées radicales sont considérées, il suffit ensuite d'adopter une expression, de la gauchir, éventuellement la tronquer, de la détourner vers un autre but, et le tour est joué. Vous entendez ou lisez un jour une expression, un slogan, vous paraissant familier, et vous vous dites que vous avez certainement contribué à les forger, et même qu'on vous l'a carrément piqué. J'invente pour mon propre usage, je n'ai jamais eu l'intention d'entrer dans le dictionnaire, mon intention est juste de subvertir le langage

La diversion : les animaux fournissent un réservoir inépuisable de métaphores pour qualifier toutes sortes de mauvaises actions humaines et, dans le contexte de ce billet, masculines : "loup solitaire" tellement usé que même certains le dénoncent comme trompeur, non pas pour réhabiliter le loup, mais pour dire que le concept est forcément tronqué, l'espèce humaine, à l'instar du loup d'ailleurs, est sociale donc, le mec qui fait terroriste tout seul dans son coin ne peut pas exister. Le "balance ton porc" préalable au mouvement #MeToo, mais vite remplacé heureusement, avait la complaisance de détourner les crimes des mecs vers une espèce totalement inoffensive qui n'a fort opportunément pas les moyens de protester ni se défendre : en l'espèce le "gros cochon" qui sert à faire jambon coquillettes pour les repas des enfants ; c'est tellement commode qu'on ne peut s'empêcher de penser que ce n'est certainement pas fortuit. Et puis "le porc" ménage les mecs, ce réflexe libfem. Ne nous fâchons pas avec eux. Comme le démontrait si bien la campagne ridicule de Valérie Pécresse Présidente de la Région Ile de France pour dénoncer le harcèlement sexuel dans le métro, qui remplaçait opportunément l'agresseur mâle humain, par un ours, un requin, et le... loup qu'on ne présente plus. C'est tellement usuel de voir des loups, des ours et des requins prendre le métro aussi. Bref, diversions encore et toujours, pour ne pas avoir à nommer l'exemplaire qu'on a à la maison et qui peut sous un prétexte ou un autre se transformer en Mr Hyde. C'est dur d'affronter que se fourvoyer fait partie des risques qu'on prend en se trouvant un Prince Charmant.

Le patriarcat est décidément très bien foutu : il passe sous silence, minimise, euphémise, pornifie, détourne le sens, vitriole le vocabulaire, donne le change.

Antidote à l'impensé de la violence masculine épidémique : l'homme sacrificiel

Nous avons eu droit toute cette semaine, à la suite d'une prise d'otages au Bénin, à la narration édifiante de deux hommes "braves, altruistes, engagés", dont on a vanté "la force de caractère, l'abnégation, la dureté à la souffrance", toutes expressions, et certainement d'autres qui m'ont échappé, relevées dans les médias. Nous avons eu des reportages édifiants sur l'élite de l'armée française sur le service public audiovisuel, mais aussi sur les médias privés, des journaux entièrement consacrés à des prises d'armes, des messes d'enterrement, et des cérémonies aux Invalides en présence du Président de la République. En 2018, on avait eu le sacrifice d'Arnaud Beltrame, valeureux et chevaleresque gendarme faisant image inversée à un affreux terroriste preneur d'otages lui aussi : il s'était proposé en échange et en était mort. Mon propos n'est évidemment pas de diminuer les actions de militaires de métier dont la fonction est d'aller chercher des otages dans des zones de guerre, et de tenter de les ramener sains et saufs en prenant tous les risques, car le monde est dangereux. Le monde est surtout dangereux à cause des hommes et de leur encombrante virilité, mais il est tout de même intéressant de souligner que les grandioses contre-narrations édifiantes masculines sont très efficaces pour occulter ce qu'ils sont et font le plus couramment. Dans les récits épiques le héros positif a besoin de son négatif, le méchant, pour prévaloir et vaincre, sans cela pas de récit. Ainsi fonctionnent les narrations viriles : grandiosité, chevaleresque, don de soi, l'homme sacrificiel, peu répandu, mais mythe indispensable à la geste masculine. Même les femmes adhèrent à ces mythologies.

La terreur change de camp ?

C'est en tous cas le thème de la couverture de Valeurs actuelles de cette semaine, numéro spécial flipettes. Détournement patriarcal par l'image (Rosie the riveter est une icône féministe US, pas une terroriste) et par le son, voyez vous-mêmes les titres et sous-titres. Merci Valeurs Actuelles d'apporter de l'eau à mon moulin avec un tel à-propos. Je vous promets qu'on ne s'est pas concertées.
La preuve que la violence est réservée aux mecs : imaginez-vous une couverture de Valeurs actuelles dénonçant les méfaits masculins à l'endroit des femmes, proposition inversée de celle-ci ?
Ils invoquent l'Inquisition qui arrêta, tortura, jugea et condamna au bûcher, à la noyade ou à la pendaison des centaines de milliers de femmes innocentes durant trois siècles dans toute l'Europe. Tuées parce que femmes : les bûchers de l'Inquisition obscurantiste concernèrent 80 % de femmes condamnées à mort pour sorcellerie.
La formule "enquête sur une inquisition" est une typique inversion patriarcale, une inversion de l'HIStoire, où se seraient eux les victimes et les féministes qui sèmeraient la terreur. Qui croit à cette fable sinon ceux, celles, qui ont intérêt à perpétuer ce système mensonger et nécrophile ?


samedi 4 mai 2019

De la criminalité masculine : l'éléphant dans la pièce

La vertu ne paie pas, le crime lui, oui. La délinquance attire l'investissement, la subvention, la dépense. Il attire le travail bénévole des visiteuses de prison. Je mets la fonction au féminin, je suis persuadée qu'elles y sont majoritaires.

La semaine dernière, je tombe sur une réflexion sur Twitter formulée par un de mes abonnés/abonnements, militant, qui ne tweete que sur la prison : fermons toutes les prisons ! Quelle idée généreuse, progressiste, altruiste. Que fait-on de Guy Georges et de Tony Meillon, tueurs de femmes au passage ? Mystère, ce n'est pas évoqué. Le problème c'est que cette belle phrase humaniste occulte l'éléphant dans la pièce, l'angle mort de la violence masculine, le fait que 97 % des places de prisons sont occupées par les hommes ; sur 83 000 détenus en France*, il y a 3239 femmes (page 37/56 bien perdue au milieu du PDF !) C'est à un point qu'elles y sont maltraitées : la prison et ses règlements sont entièrement conçus pour la population mâle détenue, les femmes doivent donc s'adapter au milieu, qui n'a pas été conçu pour elles, une fois de plus. Mais, je l'accorde bien volontiers au militant précédemment cité : la prison ne conduit nulle part et certainement pas vers la rédemption, vu le taux de récidive des hommes ; au passage, les femmes, elles, ne récidivent pas !


Imaginez juste que les garçons se comportent comme des filles (ce qui implique qu'ils auraient été au préalable élevés comme des filles, c'est loin d'être le cas puisque la société flatte en permanence leurs mauvaises actions, leur geste furieuse occupe toute la littérature romanesque et épique, toute la pop culture, romans, BD, cinéma...), on n'aurait quasiment pas besoin de centres de détention, 97 % de places en moins, les économies faites rien que sur le budget de la justice seraient considérables ! Pour la justice pénale, on pourrait considérablement diminuer le personnel de justice qui va du magistrat au gardien de prison en passant par tous les services sociaux qui "accompagnent" LE délinquant, de son incarcération à sa sortie et même après, à sa réinsertion.

Des femmes juges, des mecs délinquants, face à face dans les prétoires.

Dominique Perben, Garde des sceaux ministre de la justice de 2002 à 2005 rappelez-vous, s'était ridiculisé lors d'une visite officielle à l'Ecole Nationale de la Magistrature de Bordeaux : constatant que 80 % de la promotion de magistrats présente devant lui étaient des femmes, il pique un coup de sang et, sous le choc littéralement, propose illico qu'on instaure des quotas d'hommes dans cette profession ! On fit remarquer que quand le ministre de la santé visitait des écoles d'aide-soignantes et d'infirmières, personne ne proposait de quotas d'hommes, et on opposa que lorsque les féministes proposent des quotas de femmes dans les conseils d'administration des entreprises du CAC40 ou les partis politiques, les hommes crient au scandale, qu'elles candidatent et se fassent élire, entend-on, pas de passe-droit, universalisme grand teint de rigueur. En fait d'universalisme, c'est le crime au masculin qui est universel. C'est vrai que ça la fout mal aussi : tous ces délinquants, criminels, violeurs, assassins, à 90 % hommes, qui se retrouvent tôt ou tard devant le tribunal d'une magistrate, de ses assesseures, de leur greffière, défendus par une avocate, c'est tellement vexant pour le top model de la création. Je compatis.

Quand les ressources que la société leur dédie ratent leur but

Pourtant la société ne mégote pas quand il s'agit de combler les gars de bienfaits en tous genres pour tenter de calmer leur fureur virile : stades de foot, verrues bétonnées où aller hurler à 80 000 les vendredis et samedis soirs ; les terres cultivables et espaces de nature vitrifiés, ravagés, pour calmer les mecs sont à tel point nombreux que la déforestation de l'Amazonie et de la forêt de Bornéo, pour ne citer qu'elles, se mesure en terrains de foot ! Les skate-parks en béton, sans filles, bâtis sur d'ex espaces verts, (j'en ai trois dans 200 mètres de rayon autour de chez moi), les "pistes cyclables" bitumées, tôt transformées, ainsi que leurs abords, en pistes d'enduro pour quads et pour scoots, voire motos, au point que les familles et les femmes sont vite obligées de laisser la place, ne serait-ce que pour éviter l'accident ; dernière lubie des municipalités de Nantes, Paris et Rennes, trois villes administrées par des femmes, la pissotière mobile customisée par un grapheur, ou l'uritrottoir à géranium. Quoi pour les filles ? RIEN, qu'elles se retiennent, se fabriquent une cystite, mais circulez les filles, il n'y a à voir que les mecs qui défouraillent contre un mur et pissent dans la rue ! L'incivilité masculine n'est pas amendable, accompagnons-la, se disent sans doute Anne Hidalgo, Johanna Rolland et Nathalie Appéré, confirmant ainsi qu'elles discriminent les femmes dans l'espace public ! Le comble. Quel aveu d'impuissance, quelle apathie ménagère et sociétale !

Mais c'est vrai que tout ce béton déversé, construction de prisons incluse, ça fait du PIB, ça fait marcher le bâtiment, donc c'est de la croissance. La miraculeuse croissance biblique et illimitée dans un monde limité.

Les dépenses ne s'arrêtent pas là, le parasitisme sur la société continue quand ils sortent de prison ; tout d'abord, ils sont visités en prison par des femmes (bénévoles bien sûr) en majorité : Guy Georges, tueur de femmes, est marié avec sa visiteuse de prison à qui on souhaite vraiment bonne chance ;(, et rappelons le sinistre couple criminel formé par Fourniret et son ex-visiteuse épistolaire Monique Olivier ! Mais je m'éloigne du sujet qui n'est pas les femmes toute puissantes qui finissent malgré tout sous influence. Donnée statistique, voir la référence ci-dessous mentionnée : les mecs délinquent, les femmes soutiennent et réinsèrent. Sans les femmes, le peu qui ne sombre pas définitivement ne serait même pas réinséré. Saluons ici les familles (mères, soeurs, grand-mères...), assistantes sociales, toutes dédiées à leur réinsertion et à leur bien-être.

Pour terminer, une anecdote personnelle : il y a un an, excédée par le voisinage de plus en plus imbuvable de mon appartement, j'ai fait une demande de mutation de logement. Il faut tenter des trucs avant de mourir. Donc, je suis reçue un beau jour par une dame qui a rempli devant moi un dossier informatique avec mes desiderata pour un nouveau logement. A la toute fin de l'entretien, et pour épuiser le sujet, qui ne tente rien n'a rien, j'ai demandé si je pourrais éventuellement avoir accès à un pavillon avec jardinet, car je sais qu'ils en proposent à la location. Alors là, la dame qui me recevait a eu cette phrase : non, ce n'est pas possible, ces logements sont réservés aux "gens" désocialisés qu'on sort de la rue et / ou qui vivent avec des chiens !". Sur le moment, un peu estomaquée tout de même (même une féministe peut se prendre un truc énorme en pleine face sans réagir immédiatement, ça s'appelle être groggy), je n'ai pas fait de commentaire. A la fin de l'entretien, en descendant l'escalier, je savais obscurément que j'avais manqué une répartie. Après tout, j'ai une réputation à tenir. Et puis, au rez de chaussée, elle m'est venue d'un coup, mais à contre-temps : bordel, tout leur profite ! Je me tiens correctement, je ne me bourre pas la gueule, je ne me frite avec personne, DONC je mérite juste d'être empilée dans une cage d'escalier parmi mes semblables. Eux cognent leurs chiens, se pochetronnent à longueur de journée, ne tiennent pas le coup, dérivent à la rue quand bobonne leur domestique qui tient tout à bout de bras les quitte ET, les pauvres bouchons, quand ils essaient une réinsertion, on leur réserve encore les meilleures places parce qu'ils ne sont et ne seront jamais fréquentables. J'en suis encore verte en l'écrivant. Décidément, Mesdames, la vertu ne paie pas. A bonne entendeuse...

Le patriarcat est disruptif : il plaque une idée a priori "généreuse" sur une réalité difficilement supportable, on obtient ainsi une fragmentation qui masque la réalité -ce qu'on voit en réalité-, en y substituant une autre. Et ça marche !
Dans le même ordre d'idées, [Actualisation 5/5/19] ces deux remarques de Martin Dufresne qui me fait l'honneur de me lire : une sur la déqualification des crimes pour édulcorer une réalité abrasive, et l'autre sur la virilité.

Voilà, allumez le bûcher. Si la vertu ne paie pas, l'omerta non plus. Alors pourquoi se taire en plus ? La loi du silence ne conduit nulle part, pas plus que les marches blanches ni les lâchers de ballons (arrêtez les lâchers de ballons, ce crime environnemental, vous rajoutez rajoutez du crime au crime !), il est temps de nommer le problème, de sortir avec des pancartes et des T-shirts à slogans. Minimum.

Ressources :
Les chiffres-clés de l'administration pénitentiaire (il faut bien fouiller, les femmes sont perdues dans la masse masculine)
Un de mes précédents articles sur le sujet : De la violence masculine avec des statistiques notamment sur la récidive.

* Ces 83 000 incarcérés ne sont que les écrous sur les 250 000 "personnes" prises en charge par l'administration pénitentiaire : une majorité de délinquants qui ont été jugés et condamnés ne sont pas en prison, ils bénéficient d'aménagements de peines, soit ils portent un bracelet électronique et pointent au commissariat à heures fixes, soit ils accomplissent leur peine dans des emplois d'intérêt général ou en milieu ouvert. Un cas célèbre : Jérome Cahuzac, cantonné dans sa villa en Corse, obligé de pointer tous les soirs au commissariat.

mardi 23 avril 2019

Pipeline vers nulle part

Un défit amusant, Mesdames : tentez de vous présenter au travail dans ce type d'accoutrement, juste pour voir.
(Photo de Jack Dorsey, créateur de Twitter ;)

Vous allez vite vous rendre compte que les mecs dans les entreprises sont frappés d'extra-territorialité, depuis Bill Gates qui travaillait, pas douché, dans son garage, -c'est en tous cas ce que dit la légende- et Zuckerberg qui arrivait aux cours -quand il y allait- à la fac en robe de chambre, chaussettes blanches dans des sandales. L'important est que la légende urbaine du geek méritant, travaillant pas lavé dans son garage, en se nourrissant (mal) de pizzas graisseuses ou de pommes, se transmette et occulte la prosaïque réalité : en fait, ils sont tous diplômés du MIT ou de Harvard, et ils sont cooptés avant la fin de leurs études par des entreprises prestigieuses qui étalent ainsi leurs mafias, boys clubs, et autres fraternités masculines tout en se battant les flancs "parce que femmes refuseraient de venir" se joindre à ces pourtant tellement conviviales boîtes de mecs !

Donc, pour montrer comment ça marche au cœur de cette industrie, je vous propose, pour ce nouveau billet, la traduction de quelques pages de Technically wrong par Sara Wachter-Boettcher, consultante en technologies web. Elle est, de ce fait, stratégiquement placée au cœur de ces entreprises de technologies sexistes et toxiques.

" Évidemment que les industries de technologie ont des problèmes de pipeline : les universités diplôment relativement peu de femmes en études d'informatique, et encore moins d'étudiants noirs et hispaniques. Par exemple, les chiffres les plus récents rapportés par la National Science Foundation (NSF) pour 2014, donnent 18 % de femmes ayant obtenu une licence d'informatique. Ce qui est intéressant au sujet de ces chiffres de la NSF, c'est qu'en comparant les statistiques à travers le temps, on voit qu'en réalité les femmes obtiennent moins de diplômes en informatique, rien de plus.

Originellement la programmation informatique était catégorisée "travail de femmes", puisqu'elle était agrégée à des compétences administratives comme la frappe sous la dictée (en réalité durant la seconde guerre mondiale le mot ordinateur/trice était associé, non pas aux machines, mais aux femmes qui les utilisaient pour calculer des données). Tandis que de plus en plus d'universités commençaient dans les années 60 à proposer de plus en plus de formations diplômantes en science informatique, les femmes se précipitèrent sur ces études  : 11 % des majors sortant de ces écoles d'informatique en 1967 étaient des femmes. En 1984, elles étaient 37 %. A partir de 1985, ce pourcentage tomba chaque année jusqu'en 2007, où il se stabilisa à 18 % jusqu'à 2014.

La bascule coïncide parfaitement avec l'avènement de l'ordinateur personnel (PC) dont le marketing cibla exclusivement les hommes et les  garçons. Nous entendîmes alors sans cesse des histoires à propos des Steve Jobs, Bill Gates, Paul Allen -bricoleurs de garages, génies masculins, geeks. Les compagnies d'informatique aussitôt suivies des entreprises de l'Internet, toutes mettaient en avant, à la barre, des hommes, soutenus par des armées de techniciens qui leur ressemblaient.

Et pendant le même temps, les femmes arrêtèrent d'étudier les sciences informatiques, alors même que plus que jamais les femmes accédaient aux études universitaires. Je ne prétends pas savoir de façon précise les raisons de ce basculement, mais si des gens ne peuvent s'imaginer travaillant dans un champ de connaissances, alors ils ne l'étudieront pas. Et c'est très difficile de se projeter dans une profession où personne ne vous ressemble *. C'est aussi pourquoi il est critique que des compagnies de technologies, non seulement recrutent un staff diversifié, mais aussi qu'elles travaillent aussi très dur pour le garder. Car à moins que la tech ne puisse montrer des gens, toutes sortes de gens, réussissant dans sa culture, les femmes et les groupes sous-représentés continueront à réussir ailleurs, dans des endroits où ils pourront s'imaginer en harmonie avec leur lieu de travail. En d'autres mots, accusez le pipeline autant que vous voulez, mais les gens différents ne sauteront pas dedans les yeux fermés avant d'être sûr-es que c'est pour eux un endroit où ils seront en sécurité quand ils l'intègreront, peu importe le nombre de filles noires que vous enverrez en code camp !

Aujourd'hui, cependant, les compagnies de technologie font de gros efforts pour retenir les femmes et les minorités sous-représentées qu'elles arrivent à recruter. En 2008, une étude qui incluait des milliers de femmes travaillant dans le secteur privé en sciences, ingénierie et technologie (SET, qui rassemble un large panel de métiers pas seulement de l'Internet ou du développement logiciel), les chercheurs trouvèrent que plus de la moitié des femmes quittent leurs emplois "à cause d'environnements hostiles ou à cause une pression extrême au travail'. Un autre observe que près d'un tiers des femmes dans ces positions techniques et scientifiques, se sentent entravées dans leur carrière, et pour les femmes noires, ce chiffre peut atteindre 50 %.

Vous pouvez tenter de prétendre que cette diminution est due à des femmes qui partent pour s'occuper de leur famille. Sûrement pas. Seulement 20 % de celles qui quittent ces postes techniques et scientifiques quittent définitivement l'emploi salarié. Le reste (80%) soit emporte ses compétences vers un autre secteur industriel (dans une association ou dans l'enseignement, disons), ou elles évoluent vers des positions non techniques.

Les professionnels appellent le phénomène "le seau percé" : il se produit quand les femmes et les groupes sous-représentés s'en vont parce qu'illes en ont assez de cultures d'entreprises biaisées où illes ne peuvent pas progresser. Aucun pipeline au monde ne peut compenser cette fuite hors des compagnies technologiques. Cate Huston, chef de service chez Automaticc (la compagnie derrière Wordpress) et proéminente programmeuse, va jusqu'à assumer qu'elle a envisagé cette direction elle-même, et elle dit que ses collègues font pareil :

- " nous en plaisantons mes autres collègues femmes et moi, de ce que nous ferons quand nous partirons. Devenir avocate. Retourner aux études. Produire un acte de disparition, me dit une amie, me laissant seule expliquer le chaos qu'elle laissera derrière elle. Je lui réponds : sauf si je pars la première."

Ainsi le cycle se reproduit-il : la tech renvoie un autre round de communiqués de presse détaillant les maigres améliorations de la diversité et appelant à des programmes supplémentaires d'enseignement de code à des bacheliers, pendant qu'une autre génération de femmes et de gens issus de la diversité essaient de gagner davantage de visibilité et de valeur dans une industrie qui veut afficher des chiffres, mais qui ne veut en aucun cas bouleverser sa culture pour gagner, garder et intégrer des gens de la diversité. "

oOo

Ce qui est écrit dans ce texte est validé par ce qu'on voit des différentes tentatives en France des écoles telles 42, Epitech et d'autres, qui mettent en avant des associations de filles, à bureau et présidents garçons, puisqu'il n'ont pas de filles ou pas assez- tentatives de donner le change sans modifier d'un iota une culture faite de présentéisme, de "piscines" d'inspiration militaire, de jours d'intégration -l'autre nom du bizutage, de boys'clubs, de fraternités masculines toxiques, où jamais des filles n'iront, hormis quelques-unes, des femmes qu'ils mettront en avant pour montrer qu'ils ne sont pas sectaires/sexistes, femmes condamnées à servir de paravent à une culture inhospitalière de la virilité. Enfin, pourquoi ce serait aux femmes et aux gens issus de la diversité de s'adapter aux boîtes masculines et pas l'inverse ? Ils ne peuvent même pas utiliser l'excuse d'avoir été là en premier, puisque c'est faux, les boulots de défrichages fastidieux sont généralement confiés aux femmes ; en réalité, ils nous en ont évincées pour s'installer et prendre toute la place.

Le mythe du garage, la légende urbaine geek : en fait de mec qui bricole tout seul dans son garage, en mangeant gras et en ne dormant pas, c'est pipeau. Ils sont en majorité diplômés du MIT ou de Harvard et ils sont recrutés sur une appartenance (la plus prisée, le genre masculin) d'où le nécessaire mythe du garage pour donner le change.

Notez aussi que chez Google, une femme ne va pas pisser seule : elle est obligatoirement accompagnée aux toilettes, son accompagnant attend devant la porte qu'elle ait terminé, ce qui en dit long sur les rapports de bienveillance, et la confiance qu'entretient cette compagnie avec le sexe féminin.


" Le travail intellectuel des femmes fut à l'origine des technologies de l'information, les femmes ont élevé les opérations rudimentaires des machines en art appelé programmation. Elles ont donné le langage aux machines. Elles ont transformé des systèmes informatiques bruts en services publics, montrant comment des produits industriels pouvaient être mis au service des gens si l'intention y était. Quand l'Internet était encore un assortiment d'hôtes sans règles, elles construisirent des protocoles pour diriger le flot du trafic et le faire croître. Avant que le World Wide Web arrive dans nos vies quotidiennes, des femmes ingénieures et scientifiques créèrent des systèmes pour transformer de vastes banques de données digitales brutes en connaissance ; nous avons transformé des stocks de données primaires en pure simplicité. Les femmes ont bâti les empires de l'ère des dot-com, elles furent parmi les premières à établir et faire prospérer des communautés virtuelles. Les leçons qu'elles ont apprises ce faisant pourraient nous servir aujourd'hui, si seulement nous écoutions. "

Broadband - The untold story of the women who made the Internet
Introduction
Claire L Evans

* Ca marche dans les deux sens : pas mal de femmes ne se sentiront pas à l'aise dans un univers strictement masculin mais, et là, je fais appel à mes souvenirs de candidate à des postes commerciaux dans des entreprises d'informatique et de technologies : je sentais bien aussi que des mecs dirigeants de boîtes de mecs ne se voyaient pas engager une femme pour leur services commerciaux, aussi attractif qu'eût été son CV ! Ce fut mon expérience de candidate ou de commerciale dans des univers masculins. Les candidatures de femmes sont ainsi bel et bien rejetées des procédures de recrutement.