Affichage des articles dont le libellé est Mary Daly. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mary Daly. Afficher tous les articles

mardi 16 janvier 2018

Quelques définitions du Wickedary de Mary Daly


Wickedaire : dictionnaire de sorcières dont les définitions remettent les choses en place, entreprise salutaire connaissant les habitudes patriarcales de fausser le langage et les définitions.

Verbicide n : Forme de biocide. Le meurtre systématique des mots ; la réduction de mots vivants à la condition de simples bruits se faisant écho à travers le monde creux des hommes creux.

Logocide n : Le meurtre sytématique du Logos (la Raison) en Patriarcat, l'Etat de la Mort dormante.

État de Peur : Etat créé, maintenu et légitimé par un incessant terrorisme phallocratique.
Commentaire bitocratique : "Comme l'amour sied à l'homme, la peur sied à la femme. Comme à l'esclave. Non seulement la peur lui sied, mais aussi le tremblement." Saint Jérôme.

Verbigération n : Répétition continuelle de phrases stéréotypées ; une forme de verbicide ; l'incessant, déprimant babillement de la médiasphère.

La société des miroirs : 1- Le Patriarcat, la maison des miroirs, le monde des renversements ;
2 - société dans laquelle les femmes servent de miroirs grossissants, réfléchissant les hommes deux fois leur taille normale ;
3 - société manufacturée par les phallocrates qui projettent leurs propres déficiences sur tous les Autres, dans une tentative de les faire réfléchir leur propre soi inadéquat.

Utilisation, phallique : la caractéristique phallique pratique de maltraiter les autres -les femmes, les mots, et toute la nature ; l'incessant abus des femmes et des animaux "utilisés" pour un tel abus/excès d'usage.
Commentaire phallocratique : " Nous enverrons des femmes dans l'espace, et nous en userons de la même manière que nous en usons sur terre -pour les mêmes objectifs." James Lovell, astronaute US

Vampirisme : composante essentielle du Mystère de l'Homme.
a - L'épuisement de l'énergie des femmes par les maris, les pères, les figures paternelles, sous le déguisement de l'amour.
b - L'épuisement des ressources de la Terre par les technocrates tels les magnats du pétrole, de l'exploitation minière, de la capture d'animaux...

Onctueux fossoyeurs : Les huileux entrepreneurs de la société nécropolitaine. Exemple : les pétromonarchies, les hiérarchies religieuses.

Gaspilleurs : ceux qui sèment ruines et dévastation. Destructeurs, dévastateurs. Les célèbres et célébrés conquérants, missionnaires et héros de la civilisation.
Par exemple Jules César qui se vantait : "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu".
Commentaire féministe : "Le mâle... a fait du monde un tas de merde". Valerie Solanas.

"Nous ne voulons personne de ces "pays de merde" - Donald Trump

Yahvé & Fils : Mythique paradigme pour n'importe quelle corporation phallocratique ; pour n'importe quelle entreprise familiale paternaliste à organigramme entièrement masculin.

Pierre, Paul, Jacques : des gens pris au hasard, le commun de l'humanité : TOUT LE MONDE, CHACUN ; les trois personnes de la Trinité papocratique ; le commun populaire ; RIEN, PERSONNE.

Mary Daly 1928-2010, est une féministe radicale américaine, théologienne, philosophe et professeure d'université. Auteure de Gyn/Ecology, son œuvre majeure.Définitions que je trouve -et traduis, elles sont basées sur des jeux de mots en anglais, donc certaines sont carrément intraduisibles !- dans l'Intergalactic Wickedary of the English Language, paru en 1987 aux Etats-Unis.

jeudi 24 mars 2016

De quelques inversions patriarcales : Pâques

Pâques : fête chrétienne de la résurrection du Christ, fête mobile, "fixée le premier dimanche après la pleine lune suivant le 21 mars" selon Wikipedia. Il fallait, je suppose, faire pièce aux traditions païennes qui célébraient le Printemps, la renaissance de la nature. Les œufs de Pâques en chocolat en attestent. Les Pâques chrétiennes sont la transposition  chrétienne de Pessah, fête juive de la Pâque où on célébrait aussi l'agneau pascal... en le mangeant. Dans la tradition chrétienne, c'est le Christ qui s'offre en sacrifice pour la rédemption de nos péchés, selon les écritures. Il n'empêche que homme sacrificiel ou pas, les agneaux, les chevreaux, nouveau-nés animaux, remplissent les abattoirs les jours précédant cette soi-disant "fête du renouveau de la vie" et font les frais de l'affaire. Le Christ offrant sa vie ne leur évite pas le sacrifice imposé de la leur. En fait de renouveau de la vie, les petits des animaux sont abattus à quelques jours, après avoir été séparés de leurs mères, pour les plaisirs de table des humains qui n'y verraient pas malice ! Vraiment ?

Clairement, les religions du Livre n'ont pas inventé les animaux sacrificiels pour célébrer leurs fêtes, c'est une vieille histoire qu'elles n'ont fait que transmettre et pérenniser. L'humanité a dû "évoluer" des spiritualités féminines animistes de plein air, aux cultes masculins dans des temples, où se pratiquaient des sacrifices humains, puis animaux, pour se concilier les bonnes grâces de dieux devenus opportunément mâles ; avec toutes sortes de justifications à la mord-moi-le-nœud pour donner un semblant de "raison" à la chose. Et comme il faut bien couvrir les frais généraux, les temples sont devenus de prospères boucheries où on vendait la viande des animaux sacrifiés, ça paie le bedeau, les bougies, et le loyer ! Le tour était joué. On nous présente comme "naturel" ce qui n'est que de la culture et de l'HIStoire ! Pour faire bon poids, ajoutons la "tradition", car selon les patriarcaux, le monde est figé, et toute proposition de changement est vécue comme une menace pour la "forteresse assiégée", ses privilèges et ses jobardises.

Retour de la "vache folle" dans les Ardennes sur un troupeau de Salers (que fichent des Salers dans les Ardennes ? Nobody knows). En tout état de cause, habituelle inversion de la charge : c'est la vache qui est folle, pas le système qui a fait de ces doux herbivores des granivores et même des carnivores, en leur faisant ingurgiter des tonnes de tourteaux de soja, de maïs, et... des résidus d'abattoirs sous forme de "farines animales". Accuser les victimes fait partie du système patriarcal dans l'élevage aussi. Allez, cadeau : une brève de Charlie Hebdo N° 1235 dans (presque) la même thématique :)


Pour que les femmes se créent leur propres mythologies à l'endroit, Mary Daly propose des antonymes :

Païenne, Barbare -  De heathen (en anglais) -qu'effectivement le français va traduire par barbare ou païen qui le réduisent. Heath en anglais veut dire lande, terre : originellement un.e habitant.e d'une terre donnée, "un.e membre non converti.e d'un peuple ou d'une nation qui ne reconnaît pas le Dieu de la Bible : un.e païen.ne". Anglais : Pagan.

Her-éthique  adj : en harmonie avec les standards Gyn /Ecologiques de conduite morale. (L'anglais permet de jouer avec le mot hérétique recombiné avec Her, pronom possessif féminin Sa, et éthique, du grec ethos : morale).

Joyeuses Pâques, Joyeuse fête de Printemps quel qu’en soit le nom, quelle que soit l'occasion que vous fêtez. Mettez de préférence sur la table des agneaux et des lapins en chocolat.

samedi 13 février 2016

La Terre des Pères

Je vous propose cette semaine la traduction de quelques définitions du dictionnaire à malices (Wickedary) de Mary Daly, philosophe, théologienne et féministe radicale. Inutile de préciser qu'elle ne fait pas dans la politesse vis à vis du patriarcat. Mais au moins, elle restaure son pôle féminin à l'humanité.


La Terre des Pères 
Un amalgame de toutes les nations sous dieu et la loi de ses papocrates : société sadique, royaume des fous ; territoire pour toujours étranger aux Femmes Sauvages, aux animaux, à toute nature, à nos sœurs et nos ourses ancestrales.

La Foi de nos Pères 
Hideux hymne exaltant la foi depuis longtemps disparue en la Terre des Pères ; ode pervertie à une foi morte qui est parodie patriarcale et retournement de la Foi Païenne holiste.

Famille, Patriacale
(dérivée du Latin familia : domestiques et servants d'une maison) ; archaïque : un groupe de personnes au service d'un individu, c'est à dire... plusieurs esclaves...) : unité primaire d'une société sadique consistant en esclaves aux services domestiques et sexuels du maltraitant à leur tête.
Commentaires patriarcaux :
" Cet ordre [de la société domestique] inclut la primauté du mari sur la femme et les enfants, la complète soumission de la femme et son obéissance volontaire " - Pie XI.
" Les femmes et les jeunes maîtresses des hommes sont les compagnes de leurs jeunes années et les infirmières de leur vieillesse "- Francis Bacon.

Famille des hommes
La "Famille de l'Homme" ; la "famille humaine" ; le monde des hommes, la société où les femmes n'existent pas.
Commentaire patriarcal :
"[L'Eglise Catholique se concentrera] sur le monde des hommes, la famille humaine entière, ainsi ce monde pourra être régénéré selon les desseins de Dieu et atteindre sa plénitude" - Jean-Paul II.

Fembot
Robot femelle ; le rôle archétypal imposé aux femmes sur la Terre des Pères : but non exprimé, finalité de la socialisation dans la féminité patriarcale : la femme totale.

Feminitude
Etat idéalisé de la servitude des femmes  : FÉMINITÉ

Dooming the doomers
Dessin de Jane Caputi, illustratrice du Wickedary

Spinster *: Fileuse au rouet
Une femme dont l'occupation est de filer la laine au rouet ou au fuseau, de participer au mouvement spiralant de la création  ; une qui a choisi son Moi, qui définit son Soi par libre-choix, sans relation avec les hommes ou les enfants, une qui s'Auto-identifie ; une derviche tourneuse, tournoyant dans un nouvel Espace / Temps.

Spinning : Filer au fuseau
Création Gyn / Ecologique ; dé-couvrant le fil perdu de la connexion à travers le Cosmos et réparant ce fil durant ce même processus, pirouettant et tournant les fils de la Vie sur l'axe de l'Etre-Soi de la fileuse ; une giration dans le sens contraire des aiguilles de l'horloge du temps des Pères, s'éloignant dans toutes les directions de la Marche à la mort du Patriarcat.

* Spinster en anglais : fileuse au rouet, devenu par extension le sexiste et misogyne "vieille fille". Dans ce contexte, Mary Daly lui redonne son sens de fileuse de laine au rouet outil tournoyant, fille autonome, fille célibataire ne dépendant d'aucun homme, créatrice de mondes dont les objets célestes tournoient sur leurs orbes. 

samedi 14 mars 2015

Quelques définitions...

Tirées du Wickedary -dictionnaire à malices- de Mary Daly où elle analyse finement le vocabulaire patriarcal, je vous propose 7 définitions très drôles et assez faciles à traduire, bien que les jeux de mots que permet la langue anglaise y abondent. Hilarants en anglais, ils peuvent s'affaiblir en français, ou être carrément intraduisibles. Je dédie ce billet aux fabricants de voitures et à leurs publicitaires qui nous polluent le paysage et plombent tous nos écrans avec leurs pubs phalliques (alors même que la décision d'achat est prise à 60 % par les femmes). Notamment à Fiat et sa dernière bouse pour la 500X.

Renversement : Mécanisme fondamental employé dans la construction et le maintien du monde patriarcal ; méthode basique employée pour la fabrication des mythes, idéologies, institutions, politiques et stratégies patriarcales ; folles manœuvres fomentées, caractéristiques du royaume des miroirs - Inversion -tout mettre à l'envers, sens dessus dessous. Exemples : a) l'histoire absurde qu'Eve serait née d'Adam b) la croyance que l'homme* est supérieur aux animaux c) le culte de la divinité mâle d) la croyance que la vision du monde par les féministes radicales est "étroite" et /ou "datée".

Phallocratie : La loi de Dieu, Père, Fils et Compagnie.

Phallocentrisme :  1 -Disposition habituelle de fixation sur le phallus et laisser-aller au culte du phallus. Commentaire connaisseur "Le pénis est le chef du corps" - Norman O. Brown   2 -Tendance à l'érection de monuments et structures phalliques partout.

Phallosophie : Follosophie boursouflée ; "sagesse" chargée d'idées séminales, disséminées par arguments éjaculatoires. Exemple : "Le pont vers le futur est le phallus" - DH Lawrence.

Envie du pénis : Renversement classique et projection propagée par le frauduleux Freud et Cie ; stratagème conceptuel destiné à cacher la honte et l'inadéquation des mâles. Commentaire :
"Je regardais Buddy pendant qu'il dézippait son pantalon, l'enlevait et le déposait sur une chaise, qu'il enlevait son caleçon fait d'une sorte de filet en nylon...
Puis il resta là juste en face de moi et je le regardai. La seule chose à laquelle cela me faisait penser était un cou et des gésiers de dindon, et je me sentis très déprimée". Sylvia Plath - La cloche de détresse (The bell Jar)**.

Infini phallique : Attribut essentiel de l'Etat Phallique, l'Etat où RIEN n'arrive. Etat sans fin.

Phallotechnologies : technologies de mort et de damnation ; technologies qui ont la violation pour agenda caché, et la destruction de toute vie comme but ultime.

* "Man" dans le texte : donc sans doute, l'homme mâle. Je ne vois pas Mary Daly désigner l'humanité entière par "man".
** C'est ma traduction : je n'ai pas le roman et je n'ai pas trouvé la citation en français sur internet. Inutile de vous dire que j'ai  la chair de poule (goosebumps -on reste dans la métaphore précédente) à l'idée de traduire moi-même la grande Sylvia Plath ! Qu'elle me pardonne mon audace, où qu'elle soit désormais.


lundi 23 février 2015

Trivia, prédécesseure de la "Sainte" Trinité masculine


Je vous propose cette semaine la traduction d'un texte tiré de Gyn / Ecology sur la mystique de la Trinité masculine : Père, Fils et Saint-Esprit. Mary Daly, l'auteure (1928-2010), est une féministe radicale américaine, docteure en théologie, philosophe et professeure d'université. Les dieux mâles mentent, les dieux des mâles racontent l'HIStoire d'une revanche sur les femmes.

"J'ai déjà discuté de la Trinité chrétienne comme étant le paradigme des processions, représentant le système clos de la communion auto-congratulatoire, yeux dans les yeux, entre les pères et les fils. C'est la fusion modèle, le comité central, le conglomérat suprême. Quelques théologiens ont généreusement alloué aux femmes une vague identification avec la troisième personne, si nous acceptons l'implication fausse que la féminité du Saint Esprit a quelque chose à voir avec les femmes. [...] La Triple Déesse pré-héllénique est parfois identifiée comme Hera-Demeter-Korê, et dans le mythe irlandais, il y a une triple déesse Eire, Fodhla et Banbha... Le modèle basique selon certains est Fille, Nymphe et vieille femme, et selon d'autres, Fille, Mère et Lune. Ces trois volets ne sont en aucune façon un modèle familial. Ils sont signification temporelle, spatiale, cosmique. [...]

Le fait est que le monde ancien ne connaissait pas de dieux. La paternité n'était pas honorée. Quand le patriarcat devint la structure sociale dominante, un moyen commun de légitimation de cette transition d'une société gynocentrique fut le mariage forcé de la Triple Déesse, dans ses différentes formes, à une trinité de dieux. Ainsi Hera fut remplacée par Zeus, Demeter par Poséidon, et Korê par Hadès.

Quand nous regardons la Triple Déesse dans le panorama des différentes trinités de dieux qui ont précédé la Trinité chrétienne, d'autres symboles chrétiens se présentent comme de pâles dérivés : ainsi le mythe Pélagien de la Création, Eurynome, la Déesse de toutes choses, est représentée sous la forme d'une colombe et elle pond l'Oeuf universel. Son nom sumérien était Iahu, signifiant "noble colombe". Ce titre passera plus tard à Yahvé (il y a similarité phonétique, y compris avec Jupiter), Créateur. Quand nous voyons le symbole du Saint Esprit représenté sous la forme d'une colombe dans ce contexte, son absurdité devient évidente. On est tenté de se demander comment il pourrait pondre un oeuf ! [...]

Statue "Hecate Chiaramonti", sculpture romaine 

Mais il y a plus à considérer concernant la triplicité de la Déesse. Kerényi fait allusion au fait étonnant qu'un des noms de la Déesse était Trivia -nom utilisé de façon équivalente à ceux d'Hécate, Artémis et Diane. La figure classique d'Hécate, Déesse des sorcières, était construite sous forme de triangle, les trois faces regardant trois directions différentes (remplacées plus tard par trois jeunes filles dansant). Les statues d'Hécate étaient installées aux croisements de trois routes : d'où le nom Trivia (Trois voies, en latin). L'idée du croisement de trois routes était naturellement cosmique, car ces croisement pointent la division possible du monde en trois parties -ce que faisaient les anciens. Ainsi Hésiode dans la Théogonie acclame la Déesse comme la maîtresse de trois royaumes -terre, ciel et mer- une suzeraineté qui a été sienne bien avant l'ordre de Zeus. Même au Moyen Age, les croisements*, spécialement les endroits où trois routes convergeaient, étaient vus comme des lieux de prédiction et d'avènements surnaturels. En Suède, par exemple, les sacrifices aux elfes étaient faits à la "rencontre de trois routes". Dans les Highlands d'Ecosse, la divination devenait possible si on s’asseyait sur un tabouret à trois pieds** à la rencontre de trois routes quand l'horloge sonnait 12 coups de minuit à Halloween (le sabbat des sorcières). De telles croyances n'ont évidemment pas totalement disparu.

Les Trois Grâces 

A la lumière de la signification cosmique du terme trivia, croisement de trois routes et Déesse qui porte ce nom, la signification contemporaine du terme en anglais (en français aussi) doit être réexaminée. Le terme anglais (français aussi) est selon le dictionnaire Merriam Webster, dérivé du latin Trivium (croisement, carrefour, littéralement, trois voies), défini comme "choses sans importance", "triffles" (des nèfles ou tripette en français populaire). L'adjectif trivial est défini comme "commun, ordinaire, sans distinction"..., de peu de valeur ou d'importance : insignifiant, faible, mineur, léger". Naturellement, selon les valeurs patriarcales, ce qui est "commun' est "de peu de valeur", car dans une société hiérarchique basée sur la compétition, la rareté est intrinsèquement associée à la "valeur". Donc, l'or est plus important que l'air frais, et par conséquent, nous sommes forcé-es de vivre dans un monde où l'or est plus facile à trouver que l'air pur !

L'étrangeté de cet état d'esprit / mythologie devient évidente quand nous réalisons que la Trinité chrétienne est dogmatiquement déclarée "omniprésente". Cette omniprésence n'est jamais équivalente à la trivialité, inutile de préciser. Cependant, il y a une apparente contradiction dans le fait que l'androcratie, qui fait de la rareté un prérequis inhérent à la grande valeur, trouve convenable de nommer son prétendu infini, parfait et suprême dieu "omniprésent". L'apparente contradiction disparaît quand nous réalisons l'implication du fait que le Patriarcat est la Religion des Retournements. Le dieu "omniprésent" n'est pas "un lieu commun" parce qu'il n'a pas de lieu. Correctement nommée, son "omniprésence" est une "omni-absence". Son absence de partout est nommée "présence" partout, et la "présence" consiste précisément en nommer-faux. L'ubiquité du nommer-faux masque la menaçante Absence, qui est l'essence du dieu patriarcal. Elle lui confère une valeur infinie dans le royaume raréfié du système de valeurs de la Religion des Renversements. L'infinie absence de la divinité du dieu patriarcal est l'ultime rareté - raréfiée jusqu'au Point Zéro. Il y a un sens caché dans l'appellation "Omega" qui, décodée, signifie Rien Ultime.

Le nom de la Déesse, Trivia, devrait alors fonctionner comme un rappel constant de cette réduction du réel par la religion patriarcale, multidimensionnelle présence du Rien, créé par les pères à leur image et à leur ressemblance. Quand les femmes entendent les termes trivia, trivial, trivialiser, ils devraient leur rappeler l'omniprésence du Retournement, dont l'ultime signification est le re-tournement de l'énergie de l'engendrement de la vie, symbolisé par la Déesse, en un nécrophilique Amour du Rien. Dans la terre des pères, les femmes sont triviales, concernées par la trivialité, méritant d'être trivialisées. Dans le Temps Préhistorique des femmes, l'espace-temps de Trivia, les femmes sont libres de trouver la trivialité cosmique de leur propre génie créatif. "
MARY DALY - GYN / ECOLOGY

Mes propres commentaires sont en italique.
*En Bretagne, les calvaires sont toujours placés aux croisements de routes ou chemins, ils sont évidemment postérieurs et remplaçants de rites plus anciens que l'Eglise chrétienne n'a pas réussi à éradiquer
** Dans un passage des Guérillères, Monique Wittig parle d'un fourneau à trois pieds "Je reste aussi ferme que le fourneau à trois pieds", écrit-elle. Je n'hésite pas à faire le lien. Elle fait sans doute allusion à cette triplicité de la Déesse.

samedi 4 octobre 2014

Les fileuses tissent le monde

Au commencement, Elle tricotait, et c'était bien. In the beginning, She was knitting and it was good.


Spinster : fileuse (le mot en anglais a dérivé et est devenu "old maid", vieille fille, sans doute parce qu'elle se rendaient utiles en filant la laine, et certainement parce que le patriarcat dégrade tout ce qui ne lui profite pas, et se soustrait de son service) : femme dont l'occupation est de filer la laine, de faire tourner le rouet, participant ainsi au mouvement cyclique de la Création. Une qui s'est choisi un Moi, qui ne définit son choix ni par la relation aux enfants ni aux hommes, une femme qui s'est auto-déterminée ; une derviche-tourneuse, tourbillonnant dans le Temps et dans l'Espace.
Mary Daly - Webster's First New Intergalatic Wickedary.




Sculpture "Araignée" - Bronze de Louise Bourgeois au Musée Guggenheim de Bilbao. Louise Bourgeois a sculpté plusieurs araignées monumentales (il y en a aussi une à Ottawa), sculptures qu'elle a intitulées "Maman" : en effet, sa mère restaurait des tapisseries anciennes. "L'araignée est une ode à ma mère. Comme une araignée, ma mère était tisserande, et elle avait la charge de l'atelier".

"Les fileuses filent et tissent, raccommodant et créant l'unité de la Conscience... Nous tricotons, nouons, interlaçons, entrelaçons, tournoyons et tourbillonnons. Absorbées par le rouet, dans la célébration ludique, à la fois travail et jeu, les fileuses franchissent les dichotomies de la fausse conscience et brisent ses combinaisons aliénantes."
Mary Daly - Spinning : cosmic tapestries - Gyn / Ecology

En ces jours où les culs-bénits, les bigot-es, les forçats de la famille et de la reproduction (qu'on n'arrête pas d'entendre se plaindre alors qu'illes ne sont pas obligé-es) prennent la rue, ce lyrisme subversif fait du bien !
Lien vers mon tableau Pinterest Spinsters spin the world

samedi 27 septembre 2014

La fin du monde : prophétie patriarcale auto-réalisatrice ?

Je vous propose la traduction d'un texte de Mary Daly, extrait de
GYN / ECOLOGY publié en 1979 - Mary Daly (1928-2010) est une philosophe, théologienne et féministe radicale américaine.
J'ai mis, en illustration, quelques titres de romans (ou film) contemporains post-apocalypse, tous écrits par des hommes, tous traitant de l'apocalypse nucléaire réelle ou métaphorique (Stalker), tous romans épiques où il n'y a que des Élus mâles, et jamais une femme dans le scénario ! Devant une telle cécité, l'Apocalypse, une affaire patriarcale ?


"Puisque les mythes fonctionnent comme des prophéties auto-réalisatrices, il est spécialement intéressant de considérer le fait que les mythes chrétiens promettent ce qui a été popularisé comme « la fin du monde ». Une source commune d'information sur cet événement à venir est le Livre des Révélations. Dans ce dernier livre de la Bible, Jean décrit quelques-unes des merveilles de sa vision de ce qui doit advenir dans le futur. Parmi ces phénomènes, il y a les tremblements de terre, les sécheresses, des horreurs dans les cieux (chutes d'étoiles, soleil noircissant, éclairs de lumière aveuglante), et des maladies causant des calamités dégoûtantes et virulentes. Les chrétiens ont interprété cette prophétie de « la fin » en y prédisant la conversion des juifs. Finalement, une des caractéristiques principale de cette vision panoramique est la punition de la célèbre prostituée (supposément la grande et maléfique cité de Babylone), laquelle est mise à nu puis mangée, et dont les restes sont jetés dans le feu, selon l'intention de Dieu.

A toutes les époques, il y a eu des chrétiens convaincus qu'ils vivaient les temps de l'Apocalypse, une supposition raisonnable pour un vrai croyant, puisque l'histoire doit se réaliser à un moment et puisque le patriarcat est à la fin auto-destructeur. Le développement des technologies modernes cependant, a facilité le mouvement, passant d'une simple attente passive, à une promulgation active du « horror show » prédit. Robert Jungk décrit ainsi la première explosion atomique (en 1945) et les réactions des scientifiques qui l'ont créée et vue :

Il est un fait frappant qu'aucun de ceux présents ne réagirent au phénomène aussi professionnellement qu'on l'aurait supposé. Tous, même ceux -qui étaient la majorité- qui n'avaient aucune foi religieuse ni aucune inclination en ce sens, racontaient leur expérience en des termes dérivés des champs linguistiques du mythe et de la théologie.

Il continue en citant le Général Farrell, qui parlait du «  terrifiant rugissement soutenu qui nous avertissait du Jour du Jugement et nous faisait sentir que, nous, choses insignifiantes, nous blasphémions en osant interférer avec des forces jusqu'ici réservées au Tout-Puissant ». Pendant que Robert Oppenheimer regardait, un passage du Bhagavad-Gita, le texte sacré des Hindous traversait son esprit. Comme le gigantesque nuage de destruction se levait au-dessus du « Point Zéro », il se rappelait la ligne supposément proférée par Sri Krishna, l'Exalté : « Je suis devenu la Mort, le secoueur de mondes ». 

Metro 2033 - Dmitry Glukhovsky - 2003, 2010 pour la traduction française - La population moscovite se terre dans le métro sans électricité et sans remonter à la surface, à cause de radiations mortelles provoquées par une guerre nucléaire. Dystopie russe avec un soupçon de fantastique.

Nous voyons ici le mythe chrétien fusionner avec le langage de cette autre secte religieuse qu'est le Patriarcat. Le message est une procession nécrophile vers Nulle Part / Rien. Le point de la religion patriarcale est le Point Zéro. Les technos héritiers de la culture chrétienne ont ouvert la voie à l'accomplissement du mythe de l'Apocalypse, fabriquant le magique nuage du champignon atomique, enfantant les feux d'artifices. Les membres et descendants des autres corps / familles religieuses suivent automatiquement la procession / marche funéraire de la mort atomique. Les scientifiques sont les prêtres du Patriarcat, accomplissant les derniers rites. Typiquement, la justification de la bombe atomique des années 40 était « mettre fin à la guerre ». Traduit, cela signifie «mettre fin au monde ».

Puisque le patriarcat est l'Etat de Guerre, il est intéressant de considérer la propagande persistante sur les « usages pacifiques de l'énergie nucléaire ». Dans les années 70, the Union of Concerned Scientists fit une tentative de coopération contre les processions funéraires conduites par les plus fanatiques de leurs collègues. En 1977, ils envoyèrent des lettres à quelques « camarades citoyens » pointant les dangers des usines nucléaires, et plaidant pour obtenir leur aide pour mettre celles-ci sous contrôle « pendant qu'il en est encore temps ». Ils expliquèrent qu'une centrale nucléaire typique contient l'équivalent en matériel radioactif des retombées de mille Hiroshimas, et ils notaient que dans les 25 prochaines années, l'industrie nucléaire projetait la construction d'un millier de centrales. Leur crainte n'était pas l'explosion, mais plutôt que leur matériel radioactif serait accidentellement dispersé. De fait, aucun moyen n'a pour l'instant été trouvé pour nous débarrasser de milliers de tonnes de déchets nucléaires mortels. En outre, une centrale nucléaire produit des centaines de kilos de plutonium chaque année. Si elle est inhalée, une particule de plutonium provoque un cancer du poumon, et il faut un million d'années pour que le plutonium perde son pouvoir mortel. Les Scientifiques Concernés remarquent qu'il n'y a aucun moyen d'empêcher que des terroristes s'emparent de ce plutonium. Et de plus, ils peuvent l'utiliser pour fabriquer d'autres bombes. 


La Route - Cormac Mc Carthy – 2006 - SF dystopique : un père et son fils survivent à peine sur les routes après la destruction. On ne voit même plus le soleil. Noir, noir, no future.

Les gouvernements plus civilisés du Patriarcat, cependant, sont dirigés par des terroristes. Le plutonium donc, a déjà été détourné. Les Trinités Impies s'en occupent. Les hommes au pouvoir sont possédés par le mythe patriarcal, et ils suivent fidèlement le plan d'action du Livre de La Révélation.

Dans les années 40, de respectés professeurs d'universités, des scientifiques, des docteurs et des industriels de l'Allemagne nazie planifièrent et exécutèrent soigneusement « la conversion des Juifs » en savons, fertilisants, feutres et autres sous-produits. Dans la même décennie, leurs respectés collègues scientifiques en Amérique construisaient la Bombe A et la lançaient pour « mettre fin à la guerre », créant ainsi des signes et des merveilles dans les cieux, l'horreur d'Hiroshima. Dans les décennies qui suivirent, d'encore plus respectés collègues et leurs fils ont industrieusement pavé le chemin pour les tremblements de terre et les sécheresses à venir. A travers « l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire » et d'autres formes de pure pollution, ils ont pavé la voie à des calamités causant de dégoûtantes et virulentes maladies -maladie des radiations et différentes formes de cancers.

Stalker Pirque-nique au bord du chemin – Arkadi et Boris Strougatski – 1972 - Science fiction prémonitoire : une Zone mystérieuse et dangereuse laissée par de mystérieux visiteurs est confinée mais explorée par des arpenteurs. 14 ans plus tard, accident nucléaire majeur à Tchernobyl, dont les alentours contaminés et vidés de leur population humaine sont désormais appelés La Zone.

En faisant cela, les vrais croyants technologiques du Livre de la Révélation font vivre leur foi fatale, la Foi des Pères. Connaissant leur rectitude morale inflexible, ils sont les observateurs participant à la mise à nu, la dévoration et la mise au bûcher de la « fameuse prostituée », la putain haïe de dieu et des rois leaders qu'il a inspirés. La Prostituée « mérite » d'être haïe et détruite, bien sûr, car elle symbolise l'incontrôlable Babylone, la cité du péché. Personne ne se demande qui sont les agents du péché. Il est suffisant d'avoir un bouc émissaire, une victime à démembrer. Tout le monde sait que c'est la faute des femmes : les pères du christianisme ont toujours fait passer le mot, en commençant par l'histoire de la « désobéissance » d'Eve, et le père Freud a prouvé que c'était vrai.

Cependant, l'ultime compétition a été faussement décrite dans le Livre de la Révélation. L'auteur de cette vision a failli dans sa tentative de remarquer la Guerre Sainte engagée par l'Inentamée Prostituée Sorcière rejetant les liens de la Malédiction. Ce sont toutes les sorcières rejetant les derniers restes de vagabondage et de prostitution qui nous ont été imposés, refusant d'être mangées et brûlées, foulant aux pieds les dégoûtants rois et bêtes, ainsi que le proclame Monique Wittig dans Guérillères :

« Elles disent, éprouvez au combat votre résistance légendaire. Elles disent, vous qui êtes invincibles, soyez invincibles. Elles disent, allez, répandez vous sur toute la surface de la terre. Elles disent, existe-t-il une arme qui peut prévaloir contre 
vous ? »

La constellation du chien - Peter Heller - 2013 - Dans le Colorado, 9 ans après la Fin de Toute Chose, survivre est devenu un sport extrême.

L'ultime Guerre Sainte trouve son centre dans la seule authentique « crise de l'énergie ». Son point est la déchirante libération de l'énergie des femmes, capturée et forcée en prostitution par le Patriarcat, dégradée en combustible pour continuer ses processions nécrophiliques. Quand la Sorcière brise ce lien, nous brisons le mauvais sort de la mortelle fraude. Nous brisons le mythe des Maîtres. [...] l'ultime assimilation par les Processeurs parasites, dont la Passion est focalisée sur le point Zéro, et qui désire profondément la mort. "
Mary Daly – Théologienne et professeure de philosophie - 
Gyn / Ecology – Métaéthique du féminisme radical - 1979 - The women's Press. Pages 102 103 104 et 105

Lien : Mon billet sur les processions masculines avec citations de Virginia Woolf - Trois Guinées.

La Jetée - Film de Chris Marker - 1962 - L'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance : la seule femme du film n'est plus qu'un souvenir inaccessible, tandis que l'humanité (masculine) réfugiée dans des souterrains cherche désespérément un passage dans le temps pour corriger ses erreurs passées.

dimanche 13 octobre 2013

Wickedary : Dictionnaire à malices - 1

Mary Daly publie en 1987 un  Websters' First Intergalactic Wickedary of the English Language ou Premier malicieux* Dictionnaire Intergalactique de la langue anglaise.
Elles sont deux conjurées : Mary Daly, philosophe, auteure, professeure d'université, liguée avec une autre conspirationniste, Jane Caputi. En plus d'être méchant*, c'est absolument hilarant ! Évidemment, c'est truffé de jeux de mots en anglais, quelques-uns totalement intraduisibles, mais pour les définitions traduisibles, je vais me faire le plaisir (plaisir partagé, j'espère !) d'en publier quelques-unes de temps en temps. Déconseillé à celles et ceux qui n'ont pas le sens de la dérision si jamais il en passait par ici, mais j'en doute ! En voici une première livraison. A tout saigneur, tout honneur :
 
Patriarcat  n 1 Société manufacturée et contrôlée par les mâles : terre des Pères ; société dans laquelle toute institution légitime est entièrement dans les mains des hommes et de quelques femmes acolytes soigneusement sélectionnées ; société caractérisée par l'oppression, la répression, la dépression, le narcissisme, la cruauté, le racisme, le classisme, l'âgisme, l'objectification, le sado-masochisme, la nécrophilie, société sans joie régulée par Dieu Père, Fils et Compagnie ; société fixée sur la prolifération, la propagation, la procréation et inclinée à la destruction de toute Vie. 2 : la religion prévalente sur la planète entière, dont le message essentiel est la nécrophilie.

Androlâtrie  n : Culte du mâle, dogme et commandement fondamentaux de toutes les religions patriarcales. Exemple : "Cent femmes ne valent pas un seul testicule ". - Proverbe confucianiste.

Fraternité : Substitut transitoire et creux pour Amitié ; condition dépendant de l'urgence, de la violence et de l'existence de L'Ennemi ; les mâles fusionnant dans une extase commune de la perte ; liens de ceux qui malfonctionnent, mâle-fonctionnent comme les cellules dans un organisme militaire : camaraderie nécrophilique ; exemple de commentaire ridicule : "La femme est inapte à la dernière fusion. Aussi, la prochaine étape est-elle la fusion de l'homme pour l'amour de l'homme. Et c'est à l'approche de la mort, elle s'engloutit dans la mort ". D. H. Lawrence.

Paradis, patriarcal : [dérivé du Grec paradeisos, enclos... proche de l'Iranien pairi  autour + daësa mur] : l'après-vie perpétuelle du Patriarcat, l'Etat de Mort-Vivant ; le parc d'a-musement dont les habitants sont perpétuellement enfermés à double tour dans les parkings du passé ; arène ; terrain de jeux des playboys, avant-scène. Exemple de commentaire intelligent : "Pouvez-vous imaginer être enfermée là-haut avec Adam pour toujours ? Je me suis enfuie tant qu'il était encore temps ! " Lillith in Never a Rib.

Maternité mâle 1 :  Renversement fondamental caractéristique des mythes patriarcaux, ie, dieu le père créant le monde, Adam donnant naissance à Eve, Zeus mettant au monde Athéna. 2 : tentatives masculines de posséder les pouvoirs créatifs des femmes, résultant en de folles et destructrices simulations de maternité -exemplifiées par les activités des obstétriciens et des gynécologues. 3 : tentatives mâles de se générer eux-mêmes par des technologies reproductives nécrophiliques, qui réduisent les femmes à la condition d'incubateurs / vaisseaux, et qui sont de façon inhérente dirigées vers l'annihilation des femmes.

Boucher n : Celui qui tue de façon brutale, sanglante et sans 
pitié ; un opérateur sanglant, spécialement celui dont les "succès" reçoivent reconnaissance professionnelle et prestige. Exemples a : Egaz Moniz, neurologiste portugais qui a inventé une opération chirurgicale appelée lobotomie pour laquelle il fut récompensé par un Prix Nobel de Médecine en 1949 ; b : Walter Freeman, psycho-chirurgien américain nommé le "doyen des lobotomistes" qui a popularisé l'opération. Freeman est bien connu des féministes pour avoir dit que les femmes lobotomisées font de bonnes ménagères.

Clonage n : domaine des clones : le monde de la mode, de la production de masse, de la reproduction mécanique, des tests et textes standardisés ; des  chaînes de restaurants et de boutiques, et les processions incessantes et uniformes des mâle-traitants.

Lécheur de bottes : flatteur servile ; qui se prosterne devant l'Autorité ; déterminé à réussir, suivant la route habituelle du succès selon la mâle-traitance. Exemple de commentaire ridicule : "Le Pape Jean-Paul II a nommé sept évêques aujourd'hui ... Environ 10 000 personnes ont assisté à la prosternation des sept candidats sur le sol de la Basilique Saint-Pierre de Rome devant Jean-Paul II " - New-york Times - 7 janvier 1986.

Pour mes lectrices bilingues, je rajoute une courte définition en anglais pour leur donner un aperçu des jeux de mots de Mary Daly :

Bored, chairman of the : any bore-ocratically appointed bore who occupies a chair -a position which enables him to bore others all the more.

* Wicked : méchant mais aussi malicieux, à malices. Racine : mal. Les femmes sont le mal, l'Autre pour le Patriarcat. Wicked : même racine anglo-saxonne que Wit (intelligence, astuce, sagesse, bon sens...), d'où viennent witch (sorcière), Wiccen, Wicca, un mouvement animiste créé au XXème siècle.

Tous mes articles sur Mary Daly, philosophe féministe et lesbienne radicale.
(A suivre - To be continued).
Illustration de Sudie Rakusin dont les beaux dessins à l'encre de Chine illustrent le Dictionnaire.

jeudi 22 août 2013

Du bûcher des sorcières à la lobotomie - Mary Daly

Détruire la victime : du bûcher des sorcières à la lobotomie
Beyond God the Father - Mary Daly (suite)

"Les femmes en tant que caste, donc, sont "Eve", soumises par un ensemble de lois, coutumes et arrangements sociaux, qui imposent un insidieux double standard. Toutefois, étant donné l'identification ambiguë des hommes avec "leurs" femmes en état d'impuissance, le mythe du mal féminin ne peut être poussé jusqu'à sa conclusion logique qui serait la destruction totale. La société telle que nous la connaissons, craint et essaie de détruire "l'Autre". Dans le cas de l'Allemagne nazie, cette dynamique était poussée jusqu'à la "solution finale", dans un effort d'extermination complète. Dans le cas des femmes, alors que toutes sont outrageusement mutilées, le "privilège" de la destruction complète est réservé à un segment de la population des femmes à qui est imposée la pire part d'une logique entièrement consistante. Cela a notamment été le cas pour les pauvres et ignorantes femmes qui, sous le système létal prévalent, entraînées par leur condition de femmes incapables de mener une grossesse à terme, pour toutes sortes de raisons, sont mortes d'avortements clandestins barbares, en mettant les enfants au monde, ou de fragilités relatives à la grossesse.

L'exemple le plus frappant d'une destruction totale sélective d'un grand nombre de femmes, fut la torture puis la condamnation au bûcher comme sorcières par l'Eglise. Le plus important livre médiéval sur le sujet, le Malleus Maleficarum, écrit par deux prêtres dominicains (Sprenger et Krämer) au 15ème siècle proclame que ce sont "les femmes les principales à souffrir d'addiction au mal". Il n'y a rien d'autre à en attendre, car "toute sorcellerie vient du désir charnel, lequel est chez les femmes insatiable". Selon les auteurs, les hommes sont protégés de cet horrible crime, car Jésus était un homme. Au contraire de la mythique Eve, les sorcières étaient des personnes réelles condamnées par la hiérarchie de l'Eglise, menacée par leurs pouvoirs. "Pouvoir" est le mot-clé pour comprendre pourquoi certaines et pas les autres étaient sélectionnées pour cet horrible destin. Les auteurs du Malleus Maleficarum affirmaient que parmi les femmes, les sage-femmes surpassaient les autres en malignité. Comme Michelet le souligne, il y avait une raison de croire que les sage-femmes qui guérissaient étaient grandement craintes par l'Eglise, car leur pouvoir menaçait la suprématie du Clergé.

Des universitaires comme Margaret A. Murray, en examinant les archives des sorcières, remarquent que nous sommes en face des vestiges d'une religion païenne que les chrétiens étaient déterminés à éradiquer. Les universitaires estiment que le nombre des sorcières victimes des bûchers varient énormément : de 30 000 à plusieurs millions. Etant donné l'inexactitude des archives, il est impossible d'exiger la précision. Malgré les déclarations de Spranger et Krämer, il est certain qu'il y avait aussi des sorciers mâles, adhérents eux aussi à la vieille religion païenne. Il est cependant clair que les femmes étaient les cibles spéciales de la haine de l'Eglise. La frénésie du combat contre la sorcellerie commence à gagner en intensité au 16ème siècle et elle s'épuise au tout début du 18ème siècle. Nous savons également que la méthodologie de la chasse aux sorcières avait un principe de base (quoique jamais admis en ces termes) : l'accusée ne pouvait pas gagner. Un test consistait à jeter dans l'eau l'accusée ligotée, car une sorcière ayant renié son baptême serait repoussée par l'eau, elle flotterait et ne coulerait pas. Si elle était innocente, elle coulerait. A l'évidence, le "test" était arrangé d'une manière ou d'une autre.

[...] Le rôle de sorcières était attribué à des déviants sociaux dont le pouvoir était craint. Toutes les femmes sont des déviantes de la norme mâle de l'humanité (un point souligné par la théorie de "l'homme illégitime" d'Aristote et Thomas d'Aquin, le dogme de "l'envie du pénis" des freudiens, et d'autres théories psychologiques telles que "l'espace intérieur" d'Erikson et "l'anima" de Jung). Cependant, celles désignées comme sorcières étaient fréquemment caractérisées par le fait qu'elles avaient ou étaient suspectées d'avoir un pouvoir provenant d'une sorte de savoir particulier, comme dans le cas des "sages' femmes qui connaissaient le pouvoir curatif des herbes, et auprès de qui les gens venaient chercher conseils et aide. Définies comme le mal, elles devinrent les boucs émissaires de la société, et ce faisant, la morale dominante en fut renforcée. L'Inquisiteur fonctionnait comme le protecteur de la société contre la déviance -contre les comportements déviants menaçants, car puissants.

(Photo de Frances Farmer - 1913-1970 - Comédienne américaine détruite par des traitements psychiatriques)

Dans les temps modernes, l'idéologie psychiatrique a largement remplacé la théologie comme gardienne des valeurs de la société. Clairement, la sémantique du "bien" et du "mal" a été remplacée partiellement par "santé" et "maladie mentale". Aujourd'hui, une femme définie comme malade, car elle veut du pouvoir sur sa propre vie, ne peut pas gagner selon les règles du jeu de l'institution psychiatrique.  Comme Szasz l'a démontré, les tortures sont plus subtiles mais le modèle est le même. Son analyse montre une analogie entre l'institution psychiatrique et l'Inquisition, analyse faite préalablement par Elizabeth Packard, une femme emprisonnée à l'asile psychiatrique au 19ème siècle pour "folie" par son mari, lequel n'était pas d'accord avec ses idées théologiques. Les femmes particulièrement, bien que pas exclusivement, sont les victimes de la barbarie psychiatrique, et spécialement de la neurochirurgie, laquelle est, de façon intéressante, contemporaine de la deuxième vague du féminisme. Cela inclut les opérations dans lesquelles les tissus cérébraux sains sont mutilés pour changer la conduite et les émotions d'une personne. La vague actuelle de neurochirurgie (texte écrit en 1971) s'adresse non seulement aux patients des hôpitaux d'état, mais à des "névrosées" fonctionnant relativement bien, particulièrement des femmes. Le 24 février 1972, l'article "Le retour de la lobotomie et de la neurochirurgie" du Docteur Breggin fut lu au Congressional Record. Discutant la large proportion de femmes lobotomisées, le Docteur Breggin explique que c'est plus socialement acceptable de lobotomiser les femmes, car la créativité, que l'opération détruit totalement est, pour la société, "une qualité sacrifiable chez les femmes". Un célèbre neurochirurgien (Freeman, "le doyen des lobotomiseurs) est cité disant que les femmes lobotomisées font de bonnes ménagères. Sur le phénomène, la Docteure Barbara Roberts, une féministe, observe que le conditionnement psycho-social n'est plus aussi efficace qu'il l'était à supprimer l'angoisse féminine : Mais toujours pleine de ressources, la société patriarcale de classes est en train de développer ce qui pourrait être la "solution finale" au "problème de la femme" (et aux problèmes causés par tous les autres groupes opprimés). Cette arme est la neurochirurgie.

Les armes que les technologies modernes développent pour le contrôle des déviants, particulièrement les femmes, sont plus subtiles que les bûchers. Elles détruisent l'esprit, la capacité de créativité, l'imagination et la rébellion, en laissant les mains et les utérus intacts pour produire les services du travail manuel et ceux de la reproduction."

Mary Daly - Beyond God the Father - 1971
Suite de Le syndrome du Bouc Emissaire et de Le pouvoir de nommer : le nommer-faux.

LIENS
Charcot et ses expériences sur l'hystérie transposées dans une fiction qui rétablit la vérité sur les "hystéries".
Frances Farmer, comédienne, lobotomisée.
Frances, la vraie histoire, film de 1982 avec Jessica Lange.
Frances, rebelle (Dieu est mort !), dans Libération
Essai : Camille Claudel, une mise au tombeau.

Plus besoin de lobotomie, cette chirurgie barbare, la pharmacopée prend le relais :
Consommateurs de psychotropes, les femmes en majorité.
Psychotropes, anxiolytiques : une étude de l'Assurance Maladie.

Illustration trouvée chez Lisa Congdon.

vendredi 27 avril 2012

Je suis toujours là !

See
That no matter what you have done
I am still here.
And it has made me dangerous, and wise.
And brother,
You cannot whore, perfume, and suppress
me anymore.
I have my own business in this skin
And on this planet.

Tu vois
Peu importe ce que tu as fait
Je suis toujours là.
Et ça m'a rendue dangereuse, et sage.
Et, frère,
Tu ne peux plus désormais me traiter de putain, me couvrir de parfums,
ni me supprimer.
J'ai mes propres choses à faire dans cette peau
Et sur cette planète.

Gail MURRAY (1970)

En écho au Dieu du carnage, le billet d'Euterpe.

Après avoir fait des recherches sur Gail Murray, je n'ai rien pu trouver sur elle, hormis des homonymes sur les réseaux sociaux. Ces vers sont cités en tête d'un chapitre de l'essai de Mary Daly "Beyond God the Father". Si quelqu'un-e à des informations sur cette auteure, ce serait sympathique de les partager dans les commentaires par exemple.

Actualisation : Finalement, Elihah que je remercie, a retrouvé Gail Murray, professeure d'histoire à Rhodes College, Memphis, Tennessee ; elle enseigne, entre autres choses, l'histoire des femmes du Sud des Etats Unis. Elle a publié une collection d'essais sur les femmes blanches du Sud des USA dans le Mouvement des Droits Civiques. Elle a participé de 1968 à 1973 à un journal féministe radical : No more fun and games - A Journal of Female Liberation. Liens en anglais dans les commentaires.

Autre lien : 2008, le krach financier, vous vous souvenez, l'Islande en cessation de paiement au point, pour un islandais en voyage, de ne pas pouvoir retirer un billet dans une banque à l'étranger ? Devant "cette faillite de la gouvernance masculine", l'Islande s'est dotée de femmes au pouvoir, à commencer par sa Première Ministre.
L'Islande tout feu tout femmes -Libération

jeudi 19 avril 2012

Le syndrome du bouc émissaire - Mary Daly

"La société telle que nous la connaissons a un besoin pervers de créer « l'Autre » comme objet de condamnation, ainsi ceux qui condamnent peuvent selon leur jugement se trouver bons. [...] Eve en est une production. Elle représente la catégorie dans laquelle la tradition chrétienne a placé toutes les femmes qui n'ont pas réussi à imiter l'étonnant modèle de la vierge qui est aussi mère.
On trouve un aperçu du comment la création du statut de « bouc émissaire » a servi une société sexiste dans les proclamations théologiques sur le sujet de la prostitution. Augustin écrit :

Qu'est-ce qui peut être plus sordide, plus exempt de modestie, plus honteux que les prostituées, les bordels et toutes ces sortes de maux ? Cependant, retirez les prostituées des affaires humaines et vous allez tout polluer avec la luxure ; mettez-les au milieu d'honnêtes matrones, et la turpitude et la disgrâce vont déshonorer toutes choses.

Pour embellir ce morceau de sagesse mâle, Thomas d'Aquin remarque :

... la prostitution dans le monde [est] comme la saleté dans la mer ou le tout à l'égout dans un palais. Enlevez le tout à l'égout et vous allez remplir le palais de pollution ; même chose avec la saleté dans la mer. Enlevez les prostituées du monde et vous allez le remplir de sodomie... d'où Augustin excipe ... que les cités de la terre ont fait de l'utilisation des putains une immoralité légale.

Le fait est que les prostituées - "les plus grandes gardiennes de la vertu" pour réutiliser la phrase de Lecky, historien de la morale- se sont vu accorder le privilège de valves de sécurité pour les hommes. Ce qui soulève d'intéressantes questions : la luxure de QUI polluerait toutes choses sans eux ? Et la vertu de QUI est ainsi conservée ? Sûrement pas la vertu des prostituées ni celle des hommes qui les utilisent. Donc, il semble que ce soit la « vertu » des honnêtes matrones qui n'ont pas de tels exutoires pour leurs désirs sexuels et dont la « vertu » consisterait moins à être destinées à la fonction de tout à l'égout pour les hommes qui ne sont pas leurs époux et qui, conséquemment, ne porteront pas d'enfants illégitimes. Ce qui fait qu'elles restent la propriété non souillée et privée de leurs époux (ou de leurs pères dans le cas des filles vierges). La société ainsi structurée requiert donc cette caste déchue. L'existence de femmes « honnêtes » selon les standards mâles de la propriété inviolée requiert l'existence de « mauvaises » femmes qui deviennent les boucs émissaires de la culpabilité sexuelle mâle.

Même de nos jours, les lois montrent ce travers. Aux Etats-Unis, dans la plupart des états, les hommes ne sont pas punis directement pour leur commerce avec des prostituées. Même dans les états où ce crime est reconnu, des interprétations restrictives conduisent souvent à l'exonération des clients mâles de prostituées. Dans les temps modernes, les définitions mêmes de la prostitution continuent de révéler un double standard. Il a été défini par exemple « comme la pratique d'une femme offrant son corps pour tout type de rapports avec un homme contre argent ou équivalent » ; comme « tout type de rapport sexuel avec un homme contre compensation » ; et comme « lascivité commune d'une femme contre un gain ». Cette vision partisane et unilatérale du problème contenue dans ces définitions montre l'acte de la femme comme criminel, tout en ignorant la responsabilité du deuxième partenaire mâle.


Il semble dans le même temps que le rejet primordial des femmes dans le rôle de « l'Autre » ait produit une seconde dichotomie entre vertueuses et mauvaises femmes. Cela paraît étonnant du fait que les autres groupes opprimés ne sont pas « dichotomisés » de façon aussi drastique. Aux Etats-Unis les noirs considérés comme « Oncles Toms »* sont appréciés et bien traités, mais pas placés sur un piédestal. Cette dichotomie frappante entre femmes, si on y réfléchit, peut être comprise par le fait qu'elles sont le seul groupe opprimé dispersé parmi le groupe de rang supérieur et intimement attachées au « maître » par des liens biologiques, émotionnels, sociaux, et économiques. A cause de l'identification des hommes avec « leurs » femmes en tant qu'autre, il serait contre-productif de proclamer toutes les femmes mauvaises.

Dans le même temps, le rejet des femmes dans une altérité de caste supplante l'identification que les hommes ressentent pour quelques femmes en tant que possessions proclamant leurs accomplissements et servant leurs intérêts. Avec pour conséquence que la « vertu » attribuée à quelques-unes n'est pas l'excellence d'une personne accomplie, mais celle d'une créature impuissante, manquant de connaissances et d'expérience. [....] Dans le cas de l'idéal de vertu imposé aux femmes, il y a une aura spéciale de glorification d'un idéal symbolisé par Marie. Cet idéal impossible à une fonction punitive, parce que bien sûr aucune femme ne peut l'atteindre (Considérez l'impossibilité d'être à la fois vierge et mère). Il rejette et renvoie donc toutes les femmes au statut d'Eve et renforce essentiellement le statut universel des femmes en tant que basse caste".

Traduit de Mary Daly in Beyond God the father.
* Ce texte a été publié en 1973. « Uncle Tom » aux Etats-Unis est aujourd'hui une insulte grave contre un noir, en tous cas d'après ce qu'un de mes professeurs d'anglais américain nous avait bien fait comprendre.

Lien : De DSK à L'Apollonide, la marchandisation du corps des femmes

dimanche 25 décembre 2011

Le pouvoir de nommer : le nommer faux

"If God is male, then male is God"  
Mary Daly
(Si Dieu est mâle, alors, le mâle est Dieu).

"Le mythe de la Chute peut être envisagé comme le prototype du nommer faux. Elizabeth Cady Stanton a vu juste en montrant le rôle clé du mythe du mal féminin comme fondement de la structure entière de l'idéologie phallique chrétienne. Comme je l'ai indiqué le mythe prend des proportions cosmiques puisque le point de vue mâle se métamorphose en point de vue de Dieu. Cela aboutit à un nommer faux cosmique. Il nomme faussement le mystère du mal, le jetant dans le moule déformé du mythe du mal incarné en femme. De sorte que les images et les concepts du mal sont rejetés hors de vue et ses implications profondes ne sont pas réellement confrontées. Ce colossal nommer faux du mal implique le nommer faux des femmes, des hommes et du bien. La conséquence de cette dislocation du mystère du mal a été la dislocation de la "solution" chrétienne, point que je développerai dans un prochain chapitre. A partir de l'émergence de la conscience des femmes, on réalise que la controverse sur le basique nommer faux patriarcal du mal doit venir en priorité des femmes. En nous délogeant nous-mêmes du rôle de "l'Autre", en disant intérieurement et extérieurement nos propres noms, nous les femmes en extrayons le mystère du mal, de son contexte faux, et ainsi ouvrons-nous la voie à voir et nommer de façon plus adéquate le Mal.

LES EFFETS DU MYTHE

Comme le dit un auteur : "La chute de l'homme devrait plutôt être appelée la chute de la femme, car une fois de plus, le deuxième sexe est blâmé pour tout le mal dans le monde. L'attitude négative des mâles est dirigée contre les femmes. Clairement ceci est le climat psychologique qui a engendré le mythe et l'a maintenu crédible. Il y a plus cependant : le mythe a légitimé non seulement la haine de soi des hommes, extériorisée et dirigée contre les femmes, mais aussi une haine de soi intériorisée par les femmes. Aussi longtemps que le mythe du mal incarné en femme dominera la conscience humaine et ses arrangements sociaux, il permettra la victimisation des femmes, à la fois par les hommes et par les femmes. Il est maintenant reconnu que ce qui caractérise un groupe opprimé, c'est que ses membres souffrent d'une conscience divisée. Freire décrit ce phénomène : 
Les opprimés souffrent de la dualité installée dans leur être intime. Ils découvrent que sans liberté, ils ne peuvent vivre authentiquement. Cependant, bien qu'ils aspirent à une existence authentique, ils la craignent. Ils sont en même temps eux-mêmes et en accord avec l'oppresseur dont ils ont intériorisé la conscience. 

En tant qu'êtres contradictoires et divisés, les opprimés n'appréhendent pas entièrement  le fait paralysant que l'oppresseur ayant envahi la psyché de ses victimes, il existe maintenant en elles. Ils sont pris dans un comportement d'auto-reniement.
Ce problème qui a été perçu comme le dilemme de tous les groupes opprimés, est plus tragiquement encore le cas des femmes, êtres divisés par excellence*. [....] Ayant été séparées de leur moi, les femmes veulent parler mais elles restent silencieuses. Leur désir d'action est globalement réduit à agir par procuration à travers les hommes. A la place de vivre leur propre dynamique, les femmes sont submergées de rôles supposés plaire aux mâles. Quand une rebelle essaie de montrer son identité, c'est à dire créer sa propre image, elle s'expose à une existence menacée dans une société sexiste. C'est en partie pourquoi les hommes et les femmes s'identifient aux objectifs d'un groupe supérieur, et voient les femmes rebelles comme "l'ennemi". Il est aussi possible qu'en attaquant la rebelle, les femmes attaquent aussi les hommes, au sens où la rebelle est la victime par procuration, objet plus vulnérable d'un ressentiment réprimé. Il semble qu'une société sexiste génère une instabilité chronique à localiser le problème, à appréhender les causes de la destruction. La religion patriarcale ajoute au problème en intensifiant le process à travers lequel les femmes intériorisent la conscience de l'oppresseur. Le jugement des mâles ayant été métamorphosé en jugement de Dieu, le devoir religieux des femmes est d'accepter le fardeau de la culpabilité, puisqu'elles se voient à travers les yeux du chauvinisme mâle. Le process d'intériorisation de ces images ne s'arrête pas à l'exigence religieuse. Il semble bien que conditionnées à se voir "mauvaises" ou "malades", elles le deviennent réellement. Les femmes assignées à vivre le rôle abject assigné au sexe femelle paraissent réellement "mériter" le mépris accumulé sur le deuxième sexe.


LE "PECHE ORIGINEL" DES FEMMES

[...] Quand j'écris sur la complicité des femmes, je veux dire complicité qui a été dans une large mesure, imposée par le conditionnement. L'expression "péché originel" est alors détournée de son contexte sémantique originel. Le nouveau sens retient la connotation d'un défaut hérité. Cependant, on comprend que le "péché" est hérité à travers un processus de socialisation, c'est le fardeau d'un être condamné à vivre le rôle de "l'Autre". La faute ne doit pas être vue comme existant en premier dans les individus victimisés, mais plutôt dans les structures démoniaques du pouvoir qui induit les individus à intérioriser de fausses identités."
Mary Daly - Beyond God the Father (non traduit en français).
Mary Daly est une féministe, philosophe et théologienne américaine (1928 - 2010)
* En français dans le texte

"Enlevez le serpent, l'arbre fruitier et la femme du tableau, et vous n'avez pas de Chute, pas de Juge sourcilleux, pas d'enfer, pas de punition éternelle, - donc pas besoin d'un Sauveur. Ainsi tombe le fondement de toute la Théologie chrétienne. C'est la raison pour laquelle dans toutes les recherches bibliques, ses commentaires et critiques, les savants ne s'attaquent jamais à la position des femmes." 
Elizabeth Cady Stanton