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dimanche 23 septembre 2018

Les hommes naissent-ils naturellement gibiers de potence ? De la violence masculine

Il y a environ 80 000 personnes sous écrou en France, sur 250 000 prises en charge par l'administration pénitentiaire, de mémoire (le Ministère de la Justice planque ses chiffres par genre, mais j'ai vu il y a quelques mois sur Twitter une infographie que je n'arrive plus à retrouver) on aurait moins de 3000 femmes sur cette population. Ce qui était clair, c'est que c'est en pourcentage

97 % d'hommes et 3 % de femmes.

En Grande-Bretagne, en 2015, c'était 84 000 hommes et 3800 femmes, soit moins de 5 %. Ce sont les mêmes chiffres dans tout le monde occidental. La moyenne globale de femmes incarcérées est de 4,3 % selon l'observatoire international des prisons. La suite de mon article se réfère à des chiffres anglais, car il est largement inspiré de cet article de 2015 paru dans The Telegraph. On est dans la même partie du monde, les sociologies et niveaux de vie entre nos deux pays sont à peu près les mêmes. Voici une infographie comparative des cas français et allemand :


Le phénomène de la violence masculine est largement tu, en tous cas innommé, impensé ; la violence est considérée par la société, sans discussion, comme un phénomène universel au masculin, les femmes violentes étant considérées comme des anormalités monstrueuses, donc rares. La preuve par Wikipédia ? Tapez "violence féminine" sur un moteur de recherche, il arrive un wiki consacré au sujet ; tapez "violence masculine" dans le moteur de recherche de Wikipedia, vous obtenez la réponse suivante : "l'article violence masculine n'existe pas sur ce wiki". La violence des hommes est juste de la violence, phénomène inhérent à l'espèce humaine, elle ne s'analyse pas comme un phénomène masculin, alors que la violence des femmes, elle est spécifique, donc subsidiaire. Et analysée sociologiquement. Mais notre calme social est absolument passé sous silence. D'où la stupéfaction suivie par le déni, quand on souligne dans une conversation les 97 % contre 3 % de population carcérale, on obtient la réflexion suivante de l'assistance -par les femmes interloquées, les hommes se la bouclent- (ça m'arrive à chaque fois) : "il y a des femmes en prison" ! Oui, 3 % contre 97 % de mecs, j'insiste. Je rajoute même : d'ailleurs, elles y sont très mal traitées, la prison est entièrement conçue pour les hommes, pas pour les femmes.

Depuis les débuts de l'ère industrielle, donc depuis qu'il existe des statistiques, non seulement les femmes criminelles sont minoritaires, leurs crimes sont moins graves, mais en plus, leurs carrières de criminelles sont plus courtes, moins "professionnelles", et elles ne récidivent généralement pas ou peu. Quelle est donc l'explication d'une telle différence entre le nombre de femmes et d'hommes délinquants en prison ?

Quelques pistes de réflexion ont été avancées :
La biologie ? Les hommes seraient plus violents car plus forts physiquement ? Sauf que les crimes les plus nombreux sont les crimes de violence routière : ils ne demandent aucune force physique ; les hommes prennent plus de risques en conduisant, et ils sont impliqués dans des accidents plus graves, ils tuent et se tuent, ainsi que l'indique cette infographie de la Sécurité routière. Ils peuvent de ce fait se retrouver en prison, même si la violence routière est peu réprimée.

Autre tentative d'explication : la théorie "chevaleresque" : les juges, implicitement mâles, influencés par les biais de genre, auraient tendance à condamner moins sévèrement les femmes. J'y vois deux objections : premièrement, 80 % des magistrats en France sont des magistrates, je ne les vois pas exerçant un biais chevaleresque -plutôt biais masculin, les chevaliers sont généralement des hommes, chevalière au féminin désignant habituellement une bague ! ; et deuxièmement, les femmes criminelles sont, justement à cause du biais genré, jugées sévèrement puisqu'elles sortent des rôles maternels, de la douceur et du care où elles sont habituellement cantonnées. Voir les noms et surnoms dont on les affuble : sorcière, empoisonneuse, avorteuse, criminelle impie, diabolique, etc..

Les femmes sont aussi, en cette matière criminelle, victimes du plafond de verre : elles ont moins d'opportunités ou, en français, d'occasions. La délinquance financière, l'escroquerie ou le détournement de fonds en entreprise sont plutôt affaires de mecs, vu les positions de séniorité, et de management qu'ils y occupent. Quand au Crime organisé il est patriarcal, pyramidal (Mafias), ce sont les mâles qui commandent et décident, héritent du pouvoir, participent aux opérations des gangs, même très jeunes, en formation ; les femmes y sont affectées à la reproduction et à l'intendance domestique selon des modalités fixées au Néolithique, ce qui ne rajeunit pas ces organisations du Crime.

Les comportements appris en revanche eux, sont légions. Les stéréotypes masculins imposent d'avoir du pouvoir sur les autres, de gagner le pain de la famille, de montrer de fait qui est le chef. Pour le rester, il faut en démontrer les capacités et faire preuve de virilité. Tous les moyens sont bons, surtout la colère, la brutalité, et la violence. Certains peuvent même aller chercher la masculinité en... prison. Les femmes, en revanche, sont élevées à prendre des responsabilités dès le plus jeune âge, dressées à s'occuper au soin des autres. Les qualités de douceur et de soumission sont valorisées pour elles. Ces rôles du care sont, de plus, stabilisants pour les femmes, pour les hommes aussi, on le voit à l'expérience sauf qu'ils y vont moins. Il est donc possible d'affirmer que les hommes commettent des crimes et que les femmes aident les criminels à se réhabiliter !

S'il n'y avait pas d'hommes ou s'ils étaient élevés comme des filles, il est évident qu'on s'éviterait des crimes graves, 96 % de places de prison, et une drastique réduction du budget de la justice, dont les prisons dépendent. Et il en découlerait la faillite de l'industrie du cinéma hollywoodien, notamment, qui fait 90 % de son chiffre d'affaires et ses entrées sur la valorisation et l'exaltation de l'inconduite masculine : le bad boy est ontologique de l'industrie du cinéma. Et il y trouve son inspiration : Redoine Faïd dit volontiers s'inspirer des films de Michael Mann et des rôles de mafieux de Robert de Niro.


Il est temps d'en finir avec l'hypermasculinité

La société qui cherche des solutions pour contrer la violence et la délinquance masculine, sans les nommer -et je ne vois pas comment on peut lutter contre un fléau sans le nommer, propose dans de nombreux cas, le camp de rééducation d'inspiration militaire. Mauvaise idée on dirait, car justement, ces sociétés viriles valorisent l'hypermasculinité, associée à de hauts niveaux de discipline. C'est oublier que dans les armées, partout dans le monde, il y a des problèmes d'alcool, de suicides, et de violences maritales et familiales. Le camp de rééducation militaire est une mauvaise piste.

En revanche, réévaluer le concept de masculinité, les inconvénients qu'il implique : incapacité à se plaindre, à écouter ses émotions et exprimer ses sentiments, impossibilité de faire un pas en arrière quand on s'est vanté ou qu'on a menacé, et cesser d'expliquer la pandémie de violences masculines en invoquant de fausses raisons :
- enfance malheureuse (comme c'est étrange, les filles sont largement maltraitées dans la sphère familiale, inclus les pères incestueux, pourtant elles ne saisissent jamais de Kalachnikov pour tirer dans le tas !)
- "crises" économiques, (les femmes et filles sont les premières impactées par les "crises", elles ne braquent pas de banques et ne volent pas de mobylettes pour autant !)
- pour se venger de leurs statuts de pauvres et de déclassés, ils violent des filles dans les caves ? Mais les femmes, aussi pauvres qu'eux et pourtant chargées d'enfants, quémandant dans les services sociaux, ne violent pas dans les caves pour exprimer leurs frustrations et leur rage ! ALORS ?

Il est temps de nommer la violence masculine, de dire comment elle est fabriquée : elle est le produit d'une éducation, d'injonctions patriarcales à fanfaronner, ne pas écouter ses sentiments ni les exprimer, à ne jamais montrer de faiblesse, à parader, faire le dur, à être incapable de faire un pas de côté, et dire qu'on s'est peut-être énervé un peu vite. A cogner avant et discuter après. Il est temps de rappeler aussi qu'ils commencent par se faire la main sur les animaux, par la chasse, par la maltraitance des traditions d'un autre âge, mais inamendables, dans la grande complaisance de la société et l'inconscience politique de pas mal de femmes. Tous refusent d'y voir un continuum.

Il est temps de réévaluer la masculinité, ou alors il va falloir décontaminer la planète pour préserver ce qu'il restera de vie à sauver, et ce sera l'évolution qui s'en chargera, ainsi que prédisait Mary Daly, féministe radicale. Et là, devant l'impératif de maintenir un nécessaire équilibre de la diversité, l'évolution ne fera pas de quartiers.

Lien pour aller plus loin : cet article de Libération sur les différences de traitement par la Justice entre garçons et filles, les filles ne constituant que 17,2 % des mineurs délinquants.

vendredi 3 juillet 2015

Les "Amazones de la terreur"

Sur la violence politique des femmes, de la Fraction Armée Rouge à Action Directe. Par Fanny Bugnon - Petite Bibliothèque Payot Editeur.

" L'anthropologie sociale a démontré que faire couler le sang était proscrit pour les femmes, soumises à l'écoulement incontrôlé et souillant du sang menstruel, quand il coule volontairement chez les hommes en raison de leurs activités guerrières ".

Dans les années 60/70, sévissait le terrorisme de groupuscules d'extrême gauche sous forme "d'expériences révolutionnaires armées", notamment sous les appellations de Fraction Armée Rouge (RAF) en Allemagne, Action Directe en France, les Brigades Rouges en Italie et, au Japon, l'Armée Rouge Japonaise. Ce qui caractérise ces groupes, c'est que des femmes, non seulement y étaient partie prenantes, mais elles en étaient soit les fondatrices ou co-fondatrices (Groupe Baader-Meinhoff, Groupe Rouillan-Ménigon...) et dans tous les cas, elles en constituaient la moitié des effectifs. Ce dont vont s'étonner les médias de l'époque : des femmes terroristes, dérangeant l'ordre social des sexes, tuant à bout portant leurs victimes -le Général Audran en 1985 et surtout Georges Besse, assassiné par deux femmes, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron le 17 novembre 1986, en bas de son domicile parisien, vont frapper les esprits.

" Il n'est pas question d'une quelconque "masculinisation du terrorisme" tant le phénomène est pensé à partir d'un référentiel masculin ".

Le livre de Fanny Bugnon aborde le traitement par la presse de l'époque de la survenue de femmes, à égalité avec les hommes, dans ces phénomènes extrêmement violents. Renvoi à leur catégorie de sexe, construction de représentations, appel aux mythes, psittacisme et manque d'imagination : la bande à Bonnot ayant défrayé la chronique au début du siècle, on va commodément reprendre le terme : les groupes d'extrême-gauche vont devenir la "Bande à Baader", et la "Bande à Rouillan", et encore, dans les années 70 et 80, on n'avait pas les chaînes tout info qui ne savent rien mais tiennent l'antenne 24 H sur 24 ! Vous en avez assez d'entendre "loup solitaire" ou "loup déguisé en mouton", litanie des médias en boucle d'aujourd'hui pour qualifier les "djihadistes" islamo-fascistes ? Ne vous plaignez pas : ce sont des hommes commodément animalisés pour les exclure de l'humanité (il n'y a bien entendu de loups solitaires que dans l'espèce loup) mais ils sont dans leur rôle : la violence EST masculine, tenez-le vous pour dit. "Les hommes ne sont pas distingués par leur sexe, renvoyés à un neutre réaffirmant la norme du masculin dans l'exercice de la violence". Mais les femmes SONT le sexe, elles mettent des enfants au monde, elles nourrissent leurs petits au sein, celles qui tuent à bout portant un homme, "sans concours masculin" qui plus est, transgressent ces lois intangibles, elles seront accusées de "féminiser" le terrorisme !
Déviantes, suiveuses, "soumises (forcément) à un ascendant masculin", ou amoureuses, "elles sont mues par la passion et non par la raison". Sont-elles intellectuelle politisée comme Gudrun Ensslin, ou journaliste rédactrice en chef d'une revue d'extrême gauche comme fut Ulrike Meinhoff, ou militante syndicale comme était Nathalie Ménigon, écrivent-elles des articles et des proclamations pour affirmer leurs engagements ? Peu importe, rien n'y fait, elles sont inaudibles, car femmes.

Perverses, forcément...
Les journalistes dénichent des témoignages sur Nathalie Ménigon : elle "haïssait ses petites copines de classe", alors que, "à deux ans déjà, elle adorait les lapins" ! Quelle petite fille n'a pas eu de détestations pour des copines de classe et n'adore pas tous les animaux à fourrure ou à
plumes ? C'est le contraire qui étonnerait.

Comme toujours, on convoque la mythologie pour qualifier ces femmes, combattantes politiques : sorcières (la "crinière rousse" de Joëlle
Aubron !), égéries, passionarias (a-t-on jamais entendu parler d'un passionario ?), Amazones, Furies, Anges noirs, Anges exterminateurs de l'Apocalypse, les psychiatres et psychanalystes qui feraient bien de s'analyser eux-mêmes, rappliquent pour rappeler l'ordre social patriarcal. D'autant qu'après mai 68, la mode unisexe fait rage : pantalons pour tout le monde. Si on ne peut plus distinguer le mâle de la femelle, où va-t-on ? Ces "féministes" (certaines vont se revendiquer telles) mais le mot est stigmatisant dans la presse, "sèment le chaos". Depuis le temps que les mecs sèment la terreur et le chaos, personne n'en a jamais fait un tel foin ! Le livre est truffé de citations de la presse déchaînée (Le Monde, Paris Match, Le Figaro...), à lire au bord parfois, du fou rire nerveux. Citation du Figaro du 3 août 1977, qui découvre stupéfait qu' "un terroriste allemand sur deux est une femme" ! Oui, comme un homme sur deux est une femme, c'est quand même dingue qu'il faille le rappeler à tout bout de champ.

" Elles s'inscrivent résolument dans le registre du désordre, au panthéon des femmes fortes et des femmes vénéneuses, celles par qui le mal arrive. [...] Résolument dépolitisé, le traitement dont elles font l'objet, qu'il passe par leur vie sentimentale, leur corps ou leur trajectoire militante, s'inscrit dans le registre d'une dangerosité proportionnelle à la dissonance qu'elles incarnent à l'égard des normes de genre. "

Érudit, documenté, féministe grand teint, argumenté, didactique et militant, rappelant précisément l'histoire récente à toutes celles et ceux qui l'ont  vécue, ce livre vous plaira comme il m'a plu, sans aucun doute. A lire et à faire lire, mon billet n'étant qu'un court résumé.

ELLES ONT FAIT LE CHOIX DES ARMES


Nathalie Ménigon - 1957-  Militante syndicale, membre fondatrice d'Action Directe - Condamnée à la prison à vie en 1989, libérée sous conditions en 2008. Elle n'a pas le droit de s'exprimer sur ses actions passées.


Joëlle Aubron - Militante d'Action Directe - 1959-2006 - Condamnée en 1989 et 1994 à la réclusion perpétuelle - Morte d'un (dernier) cancer en 2006.


Ulrike Meinhoff - 1934-1976 - Journaliste, cofondatrice avec Andreas Baader du Groupe Fraction Armée Rouge en Allemagne dans les années 70, et


Gudrun Ensslin - 1940-1977 - Universitaire, cofondatrice avec Andreas Baader de la Fraction Armée Rouge. Toutes deux sont mortes, ainsi que leurs camarades hommes, dans des circonstances étranges au bloc de haute sécurité de la prison de Stuttgart-Stammheim. Les rapports officiels ont conclu au suicide.


Fusako Shigenobu - 1945- Cofondatrice de la Japanese Red Army. Evadée en Palestine, elle combat aux côtés du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine, marxiste-léniniste). Condamnée en 2006 au Japon à 20 ans de prison, elle purge toujours sa peine en luttant contre un cancer.

Je ne montre que les plus emblématiques, collectivement, elles représentaient la moitié des effectifs de ces groupes, soit plusieurs dizaines, en France, en Italie, en Allemagne, au Japon, et même si le terrorisme est une impasse dans le combat politique aussi noble soit-il, elles font partie de l'histoire, elles y ont pris toute leur place, qu'elles ont payée de leur liberté, de leur santé et de leur vie, comme les hommes. Elles agissaient à visage découvert car "à la différence du banditisme classique, les militant-es des organisations révolutionnaires ne dissimulent jamais leur visage au cours des opérations de financement ou d'attentats". Il n'y a donc aucune raison, sauf à vouloir comme toujours évincer les femmes, de leur appliquer un double standard. Elles n'étaient pas, surtout à cette époque de combats féministes, à la remorque des hommes.

"Aujourd'hui, aux quatre coins de la planète, des femmes continuent de faire de la violence un moyen d'action politique, quitte à mettre, en plus de celles de leurs victimes, leur propre vie en jeu. Que ce soit dans les rangs de la New people's Army aux Philippines, des mouvements naxalistes en Inde, des Forces Armées Révolutionnaires en Colombie (FARC), des groupes pro-palestiniens ou des séparatistes tchétchènes, ces femmes demeurent toujours perçues à travers un filtre quasi identique : celui des "amazones de la terreur. "

Liens supplémentaires : 
Terrorisme : histoire et définitions 
Sociétés et terrorisme par Michel Wieviorka

jeudi 27 septembre 2012

Le syndrome Bridget Jones

Les héritières du féminisme combattant des seventies auraient tout
gagné : elles font carrière comme les hommes, elles contrôlent leur fécondité, les lois et le droit les protègeraient parfaitement, l'électroménager les aurait sorties de leurs cuisines (merci Moulinex !) et la deuxième petite voiture -Monsieur conduit le Nissan Qashqai- de la famille leur donne une voluptueuse sensation d'autonomie -les pubs pour marques de bagnoles petites mais malignes ne montrent d'ailleurs que des Wonderwomen ! Mais elles sont toujours à la recherche du Prince Charmant et le syndrome de la loseuse menace. Elles ont oublié que le féminisme c'est dénoncer toujours que les fondations de la société reposent sur des rapports inégaux et injustes entre les deux sexes, c'est à dire qu'UN des deux est mieux loti, que les hommes s'en sortent toujours mieux, et qu'une carrière de femme successful ça se paie par une double journée de sprinteuse entre le boulot, l'école, la crèche, le pédiatre et le travail domestique à la maison qui ne se fait pas tout seul... et qu'elles sont toujours seules à assurer. Le privé est politique disaient les féministes des années 70. Elles avaient raison. Cadeau Bonus : si son travail la passionne et qu'elle ne souhaite pas d'adjuvant boulet-domestique, elle passe pour une solitaire inadaptée ayant raté sa vie de fâme et de mèère, un repoussoir n'ayant pas trouvé son Prince, et très désireuse de s'en trouver un, comme Bridget Jones. Femmes toutes puissantes, gagnantes, successful, mais elles ont toujours besoin d'une béquille : un mari à chouchouter et à assister à la maison, selon l'éternel refrain du patriarcat en bruit de fond.

Bref, c'est l'anti-féminisme qui a gagné : cette vidéo du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir veut s'attacher aux représentations des femmes dans les programmes télévisés, mais au-delà de la fiction, dans le monde réel, elle montre parfaitement les injonctions sociétales faites aux femmes d'aujourd'hui, injonctions auxquelles elles adhèrent puisque le mot féministe est devenu un gros mot : Mais qu'est-ce qu'elles pourraient vouloir encore ?


Les femmes dans les programmes télévisés, les... par GENRIMAGES

Vidéo sur Genrimages, un site du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir.

Actualisation 2/10/12 : Blogger m'a détruit ma page "Animots" alors que je tentais de la modifier. Merci Blogger. Je demande à mes lectrices de m'en excuser. J'espère que je vais être dépannée et/ou que je vais pouvoir la rétablir avec les textes philosophiques qu'elle contenait. Encore un attentat charcutier spéciste ? Chez Blogger on mange du boudin, des côtes de bœuf et du foie de veau ?

mardi 18 janvier 2011

Deux sexes et rien d'autre ?

A l'occasion de la diffusion de "Naître ni fille ni garçon" diffusé sur
France 3 le dimanche 21 novembre dernier, excellent documentaire que j'ai vu, et dont malheureusement je n'ai pas trouvé d'extrait, les réflexions sur le genre s'imposent enfin à la société. Une fois évacuées les problématiques de santé, de malformations dues ou non à la pollution de l'environnement, les problèmes psychiques et sociaux que tout cela pose et qu'il n'est pas question de nier, il est tout de même frappant de voir qu'après avoir surmonté sa gêne face aux intersexués, la société nous met en devoir à tout moment de spécifier clairement à quel sexe nous appartenons ! Et ça laisse l'impression tenace que tout cela sert à savoir qui va faire le secrétariat et les cafés au bureau, se taper les travaux ménager et la cuisine, et qui va aller chercher les enfants à l'école en faisant un détour par la boulangerie en rentrant !

Pour mieux expliquer ce que je viens d'écrire, je me réfère à d'un débat sur France 2 abordant le sujet, où un militant intersexe, Vincent (qu'on aperçoit dans l'extrait vidéo ci-dessous) faisait bien comprendre aux téléspectateurs comment on lui avait fait spécifier un sexe à coup de médicaments et de chirurgie, sans rien lui dire au préalable ni sans recueillir son consentement, histoire de le/la faire sortir de l'indécision (!!) où la biologie l'avait placé-e, où il utilisait clairement les mots normalisation, assignation et mutilation, en insistant parfaitement sur la différence entre sexe et genre, le genre étant le sexe social avec hiérarchie entre le masculin et le féminin. Évidemment, je laisse au médecin qui prétend qu'il y a un cerveau masculin et un cerveau féminin la responsabilité de ce qu'il dit. On n'est pas obligé d'adhérer.

Médicalement parlant, l'indifférenciation sexuée toucherait une naissance sur 700 à 2 000 en fonction des affections, et il y aurait 8 caryotypes sexuels différents dans l'espèce humaine ; le sexe féminin est bien premier parce que tous les fœtus sont féminins jusqu'à la 7ème semaine, moment où se produit un signal du cerveau qui différencie, sauf accident (mais est-ce un accident ou est-ce nous qui l'appelons ainsi ?) entre la 7ème et la 8ème semaine les organes sexuels sous l'influence de la testostérone. On a fait du chemin depuis les temps où Aristote (un grand ami des femmes) "décréte que la mère ne transmet pas ses propres caractères à l'enfant. Elle n'est que le réceptacle, le vase qui recueille la semence du père, pourvoit à son développement dans son ventre, puis met au monde l'enfant. Aristote dit que l'homme donne la forme, le principe vital, la femme fournit la matière qui nourrit la petite graine déjà préconçue par son partenaire qui informe cette matière".* Il a ainsi influencé des siècles de scientifiques, prélats et philosophes !

Voici un bel exemple de dualisme malgré de nombreuses précautions oratoires :

Hermaphrodisme-pierredesvaux-sergehefez
envoyé par jmphoenix2. - L'info internationale vidéo.

Télérama livre un article sur le sujet ICI (en montrant des corps nus, c'est devenu une habitude narcissique !) en expliquant pourquoi la question du genre est politique : discrimination à l'embauche, écarts de salaires même pour les femmes qui choisissent de ne pas avoir d'enfants et font carrière, assignation aux tâches ménagères, choix de métiers réduit, mal payés, etc... Toutefois, le concept de genre selon le magazine ne serait pas une invention des féministes, malgré le "On ne nait pas femme, on le devient" de Simone de Beauvoir, mais une idée des médecins qui ont traité les bébés "hermaphrodites" comme on disait à l'époque ! Des médecins préoccupés de biologie, de génétique et de chirurgie réparatrice qui inventeraient le concept éminemment social et politique de genre ? Tiens, une fois de plus, on ne doit rien aux féministes ! Comme à chaque fois qu'une idée exposée et martelée par le féminisme passe dans le corpus des sciences sociales, devenant ainsi un sujet de société non tabou donc mainstream ? C'est quand même dingue !

Bonne nouvelle toutefois, Science Po Paris à la rentrée 2011 va introduire un enseignement obligatoire sur les problématiques de genre (sexe social avec hiérarchie entre le masculin et le féminin) pour tous les étudiants. Et les féministes n'y seraient pour rien ? Si Télérama le dit....

Et si on arrêtait le genre ? Il ne fait pas bon être entre deux, ou être un éros minoritaire, gay ou lesbienne, dans la société majoritaire hétérosexuelle.


Pour en savoir plus sur le sujet en se divertissant tant qu'à faire, on peut recommander la lecture du magnifique roman de Jeffrey Eugenides, prix Pullitzer Littérature 2003, Middlesex, où sur fond de 50 ans d'histoire contemporaine américaine on voit des migrants grecs s'intégrer dans le creuset américain et l'héroïne une fille/garçon résistante, beau personnage de roman, Calliope, refuser l'assignation de la société et accepter de vivre en étant les deux sexes à la fois. Un roman libérateur.

* Citation tirée de Les putains du Diable d'Armelle Lebras-Chopard chez Plon

vendredi 29 janvier 2010

Revoici léjeunes !

L'accident de Woippy en Moselle rappelle une fois de plus que la génération la plus maltraitée par la société, en l'espèce les moins de 25 ans, sont rangés dans une catégorie informe et unisexe porteuse de toutes sortes de calamités. L'adjectif sbstantivé «jeunes » sert à tout sans arrêt. Et notamment à stigmatiser : c'est très sympa pour léjeunes ordinaires qui se prennent des portes dans le nez en cherchant du boulot, les stagiaires à vie précarisés et ceux qui ne peuvent prendre leur indépendance pour des raisons financières !

En vrac selon les medias : léjeunes se soulent les week-ends et atteignent l'ivresse en un temps record ; léjeunes (ou troijeunes, deujeunes...) roulent sans casque, ivres ou sous l'empire de drogues et font des rodéos avec la police, encombrent les entrées d'immeubles et tiennent les murs, voire violent les filles dans des caves !

Cet adjectif substantivé imprécis semble bien exclure les filles. A moins qu'elles aussi se soulent la gueule, caillassent la police, revendent de la drogue et roulent à tombeau ouvert pour échapper à la police, l'ennemie héréditaire déjeunes selon une légende urbaine tenace ? Ce n'est pas clair.

Sur Europe1, on entend qu'à Woippy (Moselle) « troisjeunes non casqués », « dévoyous », selon le député Grosdidier et le préfet, ont eu un accident dans une course poursuite avec la police et « unjeune » en est mort ; fille, garçon ? Rien n'est précisé. Ce serait pourtant intéressant de savoir.

Sous couvert d'universalisme, la langue française, qui au passage n'a pas de genre neutre, et c'est le masculin qui lui sert de neutre indispensable (voir La pensée Straight de Monique Wittig), la langue française donc, pratique un sexisme et une misogynie rampants et sournois. On va prétendre que compter ou préciser c'est contraire à l'égalité ! Cela sert surtout à noyer le poisson : ni vu ni connu, je t'embrouille. Bien commode tout cela : les gars et les filles c'est du pareil au même !

Cependant, j'ai un doute sur le genre des accusés et des victimes : lorsqu'il se trouve qu'une fille soit partie prenante dans un groupe dejeunes, les présentateurs et les journalistes de jités prennent des poses effarouchées et la précision lexicale devient indispensable : on entend généralement « deux personnes dont UNE FEMME » ou « cinqjeunes DONT DEUX FILLES » en insistant comme il se doit dans l'indignation. Les femmes sont vertueuses, cela va tellement de soi qu'on le passe sous silence, MAIS qu'une dévie de la route vertueuse prescrite aux filles et la société patriarcale pousse des cris d'orfraie ! Le cocasse, c'est quand la police vient préciser que la délinquance des filles progresse. Ah bon, parce que là non plus, nous ne sommes pas à
égalité ? Mais on tombe des nues !

jeudi 7 janvier 2010

Pharmacienne

Ce matin sur Europe 1 vers 10 heures dans l'émission de Naguy, on lui passe une candidate à un jeu ; il lui demande sa profession. Pharmacienne, future propriétaire de mon officine, répond-elle ! « La pharmacienne est la femme du pharmacien » lui rétorque Naguy du tac au tac ! Elle lui renvoie donc « pharmacien » comme intitulé de profession ; Naguy, radouci, lui explique quand même que c'est ainsi, la langue française est macho et qu'on n'y peut rien.

Eh oui, on n'y peut rien : le dressage des femmes continue dans les radios et jeux télévisés (plutôt ineptes, il faut dire quand même, les jeux intelligents étant nettement en voie d'extinction). Le féminin n'est toujours pas légitime, surtout en ces temps de backlash féroce. La boulangère, la plombière (j'en ai vu une hier pour une visite de ma robinetterie), et la pharmacienne sont des femmes de, pas des métiers ni des professions. Les métiers et les savoir-faire sont de genre masculin, qu'on se le dise. Sauf esthéticienne, ménagère ou infirmière, naturellement !