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mercredi 29 avril 2026

Surpopulation carcérale

 Ces jours-ci, selon mes radios et télés, le personnel surveillant de prisons est en grève. Effectifs insuffisants, recrutement idem, le métier et le salaire ne sont pas assez attractifs, ils sont en quasi burn-out, travaillant dans des conditions déplorables. Ils sont à la même enseigne que les détenus dans des locaux vétustes et délabrés, devant en plus faire face à la grogne de prisonniers devenus agressifs à cause de la surpopulation carcérale française. 

87 000 détenus pour 63 000 places de prison disponibles, 111 détenus pour 100 000 habitants en France, détentions provisoires et condamnés ensemble, nous serions le pays qui incarcère le plus en Europe, toujours selon les médias susmentionnés. En revanche, ce que personne ne précise, pas plus le ministre que les journalistes, c'est que 97 % des détenus sont des hommes. Ce chiffre impressionnant ne crève apparemment pas les yeux des commentateurs déplorant le fléau. Ce ne serait pas un sujet, voire LE sujet. 

Les femmes ne sont, elles, que 3200 sur la totalité des personnes incarcérées. La prison est tellement un univers fait, conçu, peuplé par les hommes, que les femmes y sont maltraitées pour mal adaptation de leurs lieux de détention, selon l'Observatoire International des prisons (OIP) dans cet article de 2021 sur les conditions de détention des femmes : elles sont pénalisées par 'leur faiblesse  numérique' SIC ! Toujours tort, finalement les femmes : vertu et calme passés sous silence quand le sujet est évoqué, mais quand elles sont convaincues de crime, elles sont pénalisées en prison pour 'faiblesse numérique ! On aura tout lu. 

Le féminisme, depuis ses débuts, a toujours revendiqué l'égalité des droits et des opportunités pour les femmes : droits civils (vote), droit à salaire égal avec les hommes et aux mêmes opportunités de carrière qu'eux. Une femme peut aussi bien soigner un malade en qualité d'aide-soignante, qu'aller faire le tour de la lune et retour, tout autant qu'un homme, ou diriger une centrale nucléaire ! Et c'est tant mieux. Je pense même qu'elle le fera mieux, et sans venir nous rebattre les oreilles ensuite avec leur 'exploit inédit', les femmes n'ayant pas cette propension à se gargariser à l'infini, comme eux le font.

Il y a toutefois un défaut à cette mise en avant de l'égalité à tout prix avec les hommes : c'est le sous-entendu que leurs qualités, valeurs, métiers, activités à eux, en général, sont le maître-étalon de toute activité humaine, et que les boulots et corvées utiles des femmes, en apparaissent du coup dévalorisées. Le comble pour une féministe : trouver que les activités jusqu'ici dévolues aux femmes parce que pas assez valorisantes pour un homme, les qualités de limitation, d'abnégation, d'écoute et de soin des autres, d'entretien, de don de soi, seraient en comparaison moins bien, moins clinquantes et brillantes que les leurs. Malgré le fait que leur brillance et leur 'clinquance' ont causé tant de dégâts que les femmes préposées à la restauration, et au nettoyage à tout niveau, domestique, social, économique, ont de plus en plus de mal à les contenir. Elles tentent de 'tenir la boutique' comme j'ai lu dans un récent article, mais 'la boutique' a de plus en plus de mal à se tenir à flot malgré les efforts des femmes. Et la 'boutique' est ce qui nous permet de vivre, excusez du peu. 

Et puis, malgré la promotion de l'égalité partout et en tous lieux, il faut reconnaître que les femmes jouent vraiment petit bras en matière de délinquance, de braquage de banques, de terrorisme, elles ne se tuent pas non plus entre elles comme les hommes ; elles ne commettent pas de délits de fuite ni se balancent contre des platanes en conduisant bourrées les samedis soirs. En revanche, elles meurent fâcheusement sur la route alors qu'elles ne sont même pas conductrices ! Mieux même, alors que chez les hommes, l'école de la récidive serait la prison, le slogan ne marche que pour eux. Les femmes ne récidivent pas.

Alors, mise en échec de l'égalité ? Elles ne sentent pas le coup, elles ont trop le sens de leur sauvegarde? Elles se mettent des limites, alors que les gars, eux, sont sans limites, sans surmoi, élevés comme des sultans ayant-droit ? Il va falloir reprendre les mesures à un moment et se demander si l'éducation des garçons, tellement désirable pour les filles n'est pas au fond, contre-productive, coûteuse socialement, et si on a les moyens de se la payer avec les conséquences qu'elle implique.

Contre-intuitif pour les féministes : ne faudrait-il pas au contraire élever les garçons comme on élève les filles ? Vu les dégâts que font ces derniers à la société avec leurs pratiques limitless ? 

Evidemment, je ne suis pas contre l'égalité, je milite même pour, que ce soit pour moi et mes sœurs, c'est simple justice. Et quand on voit comment ils mènent le monde, il n'y a pas grand risque à en confier les rênes et la gouvernance aux femmes. Franchement, cela ne peut pas être pire ! 

Je suis évidemment pour des prisons habitables, pas des taudis vétustes et surpeuplés, que les détenus des courtes et longues peines ne soient pas mélangés, qu'on puisse s'y préparer à se réinsérer à la sortie, qu'on puisse y travailler, apprendre un métier, ou apprendre tout court. Les droits humains s'appliquent aussi aux gens incarcérés. On a d'ailleurs le droit de penser que si ces lieux sont dans un tel état de décrépitude et de surpeuplement, c'est parce que le déni s'est installé. Comme il n'est pas possible de dire le prix que coûte à la société ce fléau de la délinquance masculine, il n'est pas non plus possible d'améliorer le processus de réinsertion. L'impossibilité à nommer et le fatalisme, ensemble, font que rien n'évolue. 

Que les mecs se calment. Qu'on leur apprenne à maîtriser leur violence et leurs  émotions, qu'on valorise les grandes qualités de filles, et elles sont nombreuses, à commencer par le capital culturel qu'elles se constituent en réussissant leurs études, en passant des concours avec succès, au lieu de leur faire admirer sans retenue les garçons et leurs travers et comportements déviants, sans limites, sans surmoi. Leur courage aussi parce que pour vivre dans un monde d'hommes, il faut du courage. Et qu'elles s'affirment enfin. Car que dire du fait que les étudiantes des universités de médecine ou des écoles d'ingénieurs, souvent majoritaires, doivent encore satisfaire aux 'traditions masculines' et tests de bizutage pourtant interdits ? Que ne prennent-elles le lead, vu qu'elles sont désormais égales en nombre, voire majoritaires ? Pourquoi n'arrivent-elles pas à effacer les traditions des hommes et imposer les leurs ? 

Il est temps de mettre fin au culte du phallus. C'est une question de salubrité publique.

Billet écrit entièrement sans IA générative, mais avec ma tête et mes connaissances, et certainement bourré d'imperfections, vu que je ne suis pas une Machine. 

mardi 21 janvier 2020

Processions masculines

En ces temps de Forum de Davos, il est pertinent de montrer en images lesquels tiennent toujours fermement la barre du monde, les "processions masculines", ces défilés en rangs, tous dans le même uniforme, décrites par Virginia Woolf dans Trois Guinées. Pour celles et ceux qui douteraient ou seraient tentés par le déni, Davos 2020, World Economic Forum :
Un jour avant Davos 2020, "Versailles, Choose France" organisé par le Président Macron, le club d'industriels qui planchent sur l'énergie du futur, l'hydrogène :
La war room de la Maison Blanche lors du tir sur la position du général iranien Soleimani en Irak début janvier :
Les twittos, comme à chaque fois s'en sont donné à cœur joie sur l'interprétation de l'amas de câbles branchés sur rien au milieu de la table, un suggérant même que la Wifi ça se piratait facilement !


Pas mieux du côté iranien lors de la prise de décision de riposte aboutissant à un tir raté : un avion de ligne commerciale abattu, 176 morts.  Notez bien que cela n'a pas provoqué grande indignation (civils passés par profits et pertes dans le grand concours de teubs des démonstrations de muscles des états mâles) ni dans l'opinion mondiale, ni chez les étatsuniens, un peu plus chez les iraniens qui ont manifesté dans la rue, la popularité du régime étant au plus bas.

Côté turc, superbe culte de la personnalité, le sultan salue les représentants du peuple : pas mieux.


En France, les éleveurs de l'Ariège sont vent debout contre la réintroduction de l'ours. Contrairement aux loups qui reviennent tout seuls d'Italie en traversant les cols alpins, l'ours est réintroduit dans les Pyrénées, importé de Slovénie, ours sur lesquels les éleveurs de brebis ariégeois rêvent de faire un carton. Comme on est au bord de la guerre civile, Macron-Make-Our-Planet-Great-Again s'est courageusement précipité en ce début d'année 2020 pour leur dire que basta, c'est terminé les réintroductions (promesse orale qui n'engage que ceux qui l'écoutent !), le lobby antibiodiversité gagne temporairement. Du coup, re-fête de la saucisse ! Bon, ok, il y a Emmanuelle Wargon, comme elle est tout de même ministre, ils n'ont pas osé la fiche dehors. Sur le Facebook de la Chambre d'Agriculture de l'Ariège cette semaine :


Et pour que nul n'ignore qu'il faut les craindre, que la terreur fonctionne bien, qu'ils ne vont pas lâcher les manettes comme ça, la traditionnelle photo posée des serial killers qui hantent toutes les campagnes avec leurs victimes trophées alignées à leurs pieds. La photo émane de Grande-Bretagne publiée apparemment sur le Facebook du Parlement Britannique. A leurs pieds des tétras dont les populations sont globalement en chute.
Et puis, cette apologie de la tuerie de masse !


" Regardons cette procession. Nous y traînons loin à la queue. La voici, défilant devant nous, cette procession des fils d'hommes cultivés, accédant à ces chaires, gravissant ces marches, entrant et sortant par ces portes, prêchant, enseignant, faisant la justice, pratiquant la médecine, gagnant de l'argent. " Virginia Woolf - Trois guinées. 

On pourrait rajouter, faisant la guerre, toutes les guerres, y compris contre les autres espèces.

L'alliance du sabre et du goupillon, en tenue d'apparat, avec la victime mise en scène au milieu :


Virginia Woolf, encore :


"Rarement un être humain au cours de l'histoire est tombé sous les balles d'une femme ; la grande majorité des oiseaux et des bêtes a été tuée par vous, pas par nous. A l'évidence, il y a pour vous une gloire, une nécessité, une satisfaction à combattre que nous n'avons jamais ressentie ni appréciée."
Virginia Woolf (selon ma traduction).
Un poil essentialiste, trouveront certaines ? Factuel surtout, et résultat d'un apprentissage et d'un exercice de la terreur qu'ils infligent à tous les vivants.

vendredi 10 février 2017

Who cooked Adam Smith's dinner ? Qui cuisinait le dîner d'Adam Smith ?

Ce livre d'économie écrit par Katrine Marçal, journaliste suédoise, que j'ai lu en anglais car il n'est pas traduit, m'a été suggéré par un de mes abonnés canadiens dans une conversation Twitter sur l'économie et les femmes. Je l'en remercie. En plus d'être un pamphlet contre l'économie au masculin, c'est un bon manuel rappelant l'HIStoire économique, ses principes et ses auteurs.

Actualisation mai 2019 : désormais disponible en français aux Editions les Arènes sous le titre Le dîner d'Adam Smith.


La main invisible du marché

A la serpe, la théorie économique d'Adam Smith, père de l'économie, est la suivante : les agents économiques (vous, moi, votre boucher..) sont des entités mues par leurs propres intérêts et égoïsmes. Votre boucher ne vous vend pas sa viande (c'est le malheureux exemple utilisé) par altruisme et goût pour son prochain, mais par self-interest, il en fait son profit, ce qui lui permet de vivre. La sphère économique est une constellation d'agents atomisés, dominés par leur égoïsme, qui tous mis ensemble forment un ensemble cohérent qui se régule lui-même en convergeant vers l'intérêt de tous, cela s'appelle "la main invisible du marché". Une somme d'intérêts individuels parfaitement divergents aboutit à une cohérence générale qui profite à tous. L'agent économique de base, toujours selon Adam Smith, serait parfaitement rationnel, il n'a pas d'affect, pas d'histoire, pas de liens, il serait mû, dans un vide affectif et émotionnel, par la gagne et la satisfaction de ses besoins immédiats.

Les économistes tous mâles qui succéderont à Adam Smith, entérineront cette théorie (on devrait écrire croyance, car la "main invisible du marché" rappelle furieusement Dieu) en l'enrichissant de leurs propres remarques et commentaires : Bernard de Mandeville, Jean-Baptiste Say, Friedrich Hayek, Gary Becker, Karl Marx, même Keynes, puis Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, aucun ne remettra en cause le dogme. Tous qui ont pourtant des épouses (sauf Keynes qui était homosexuel, mais il avait une mère) sont frappés de cécité sur les contributions des femmes à l'économie et à leur confort : affection, soins, élevage, éducation, sollicitude, bien-être. Les femmes et leur travail* sont et demeurent les invisibles de la sphère économique. Il y a bien Marilyn Waring, seule femme économiste citée, qui publiera dans les années 80 un travail sur les dépenses publiques alors qu'elle est députée à la Chambre de Nouvelle-Zélande, thèse où elle démontre que les femmes ne comptent pas. Seul comptent dans les PIB (Produits Intérieurs Bruts) les emplois masculins marchands, destructeurs et pillant sans contrepartie les ressources naturelles, préparant la guerre (industries de l'armement), faisant la guerre, puis réparant les dommages de guerre. La destruction crée de la croissance et du profit. Dans le brouhaha général et la pensée (masculine) unique, son œuvre est toujours ignorée et passée sous silence par les pontifes et prélats de l'économie qui, rappelons-le tout de même, n'est pas une science exacte.

Pourtant on sait, comme de nombreuses études universitaires de psychologues l'ont démontré au siècle dernier, que ce n'est pas l'égoïsme qui meut notre espèce -comme chez tous les mammifères et pas mal d'autres animaux : c'est l'altruisme et la coopération. Pas de chance on est tombés sur des économistes autistes et égotiques. Mais il y a pire.

"Les hommes jouent, et le jeu suprême, c'est la guerre" - Pierre Bourdieu

Théorie des jeux et comportements économiques - John Von Neumann

" Entre deux joueurs rationnels, il n'y a rien de mieux pour chacun que de choisir une stratégie optimale et de s'y tenir " selon la Théorie des jeux à somme nulle du mathématicien John Von Neumann, utilisée pour modéliser les comportements économiques. C'est ici qu'il faut souligner que John Von Neumann a participé au Manhattan Project qui a mis au point la bombe A et l'a expérimentée in vivo en 1945 : Little Boy** le 6 août 1945 sur Hiroshima, puis Fat Man** trois jours plus tard sur Nagazaki, le 9 août 1945. La théorie des jeux de Von Neumann fut utilisée pour tirer au sort les villes japonaises où il était le plus "stratégique" de frapper, Tokyo étant le premier choix des militaires US. " Kurt ( Gödel) m'avait expliqué qu'ils y démontraient qu'une description des phénomènes sociaux ou économiques peut être donnée par des jeux de stratégie appropriés comme le Kriegspiel. A son grand regret, toute cette matière grise était consacrée une fois encore, à un sujet militaire " In La déesse des petites victoires - Yannick Grannec -Anne Carrière Édition, contant sous forme de roman la vie de la femme de Kurt Gödel, logicien, pur génie des mathématiques, neurasthénique, paranoïaque et anorexique, il ne mangeait que quand sa femme avait goûté tous ses plats et ça se corsait quand il prétendait qu'elle aussi voulait l'empoisonner ; à sa mort en 1978, il pesait 30 kg ! Madame Gödel, totalement effacée de l'histoire, était pourtant la seule à rattacher à la vie terrestre ce pur esprit perdu dans ses conjectures mathématiques et théorèmes d'incomplétude. Je digresse à peine, le roman est l'histoire d'une femme effacée, sur fond de grande HIStoire.

" John Von Neumann meurt en 1957. En plus de son implication dans Hiroshima, il nous a légué les développements de l'informatique moderne, avec aussi la suggestion moins fructueuse de peindre les calottes polaires en noir pour que l'Islande ait le même climat que Hawaï. (!) Sa théorie des jeux devint le fondement de la finance moderne. Docteur Folamour s'en alla travailler à Wall Street ".

Conséquences pour les femmes - Leur travail : une inépuisable ressource naturelle

" Women's work is a natural resource that we don't think we need to account for. Because we assume it will always be there. It's considered an invisible, indelible infrastructure."
" Without importance for the whole, and actually it wasn't an economy at all but an inexhaustible natural resource ".

Les conséquences concrètes de cet effacement des femmes comme agents économiques et de leur exclusion des moyens de production -sauf quand elles font supplétives du travail masculin dans le secteur marchand, généralement à moins 20 % de salaire à responsabilités égales, différentiel basé sur la croyance issue du XIXème siècle qu'elles n'ont pas la force physique donc pas la même productivité que les hommes, c'est la pauvreté plus ou moins grave où elle végètent. Rôdant dans les parages des banquets des mecs, après avoir fait les courses, la cuisine et la vaisselle, elles doivent se contenter des miettes qui tombent de la table. A la retraite, par exemple : le montant de leurs pensions trahissent l'effacement de leurs contributions (soins aux plus faibles et dépendants, -vieux et enfants-, reproduction, affection, entretien...) à l'économie. Évidemment, tout cela sert un propos : fournir en désespérées un pool de prostituées rendant des services sexuels payants aux mâles à "pulsions et besoins irrépressibles" selon eux. D'ailleurs le développement radical de la théorie d'Adam Smith aboutit à l'économie informelle : mon outil de travail c'est moi et mon corps, j'en suis l'auto-entrepreneure, et en gérant bien mon "capital humain", je dois pouvoir m'en sortir. Nous serions tous égaux devant le dieu Marché et There is no alternative.

Finance casino - Les autres conséquences économiques sont les bulles spéculatives (tant que je gagne je joue ! pense le parasite de casino), les cracks boursiers et les milliards de dollars qui s'évanouissent dans la stratosphère supposément, suivis de quelques suicides de banquiers et traders mâles (franchement, tant mieux,des parasites en moins) et d'encore moins de mises en examen et de procès, comme en 2008 -crise du crédit- et en 2010 -crise des liquidités financières. En moyenne, une bulle spéculative crève tous les 2 ou 3 ans. Prochaines à venir : une anecdotique, les footeux, ces autres parasites poussifs dopés aux anabolisants payés des milliards pour courir derrière un ballon ! Et plus grave, la faim, les traders mâles pariant sur les marchés à terme en jouant avec les céréales qui nous nourrissent, et en général avec toutes les matières premières. Jouer, gagner, PERDRE, et faire perdre l'humanité entière au casino de la finance. Si on ne débranche pas rapidement le patriarcat parasite, de graves ennuis nous attendent. La nature n'est pas inépuisable, au contraire de l'égoïsme d'homo économicus, modèle Adam Smith.

Il devient urgent de calculer les PIB autrement : je ne suis pas comptable ni statisticienne, je ne peux donc pas fournir la formule du mode de calcul idéal. Je suis évidemment contre un salaire de femme au foyer, l'enfermement dans la sphère domestique est déjà suffisamment une calamité. Ce que je sais en revanche, c'est que le pillage de la nature (extractivisme forcené, atteintes graves aux pollinisateurs, destruction de forêts pour le bois et les terres cultivables, pollution des eaux, avancées des déserts), des animaux et de la biodiversité, en plus de l’extorsion aux femmes des services utiles et indispensables à l'humanité, ne peuvent plus continuer sous peine de disparition de notre espèce irresponsable. Les politiques doivent imaginer une solution, et autre que celle du BNB, le bonheur national brut, cette autre fumisterie destinée à noyer le poisson. S'illes passent par ici -au lieu de me solliciter via la DM de mon compte Twitter- pour cause de campagne électorale, voilà un sujet sur lequel travailler. Il est indispensable de retirer des PIB (et pas d'ajouter) les dommages causés à l'environnement, la déplétion des ressources, et de faire payer LE JUSTE prix des choses, de la viande et du poisson par exemple, en y incluant tous les coûts et d'arrêter de subventionner ces activités délétères. Et d'y tenir en compte les fonctions infrastructurelles de coopération et de sollicitude, sans lesquelles il n'y a pas d'aventure humaine.

Who cooked Adams Smith's dinner ? Elle s'appelait Margaret Douglas.

Margaret Douglas - 84 ans - Oeuvre de Conrad Metz - 1778

De fait, Adam Smith est resté célibataire toute sa vie. C'est sa mère, puis ensuite sa cousine, qui ont tenu le foyer du père de l'économie, assurant son bien-être et ses besoins quotidiens. Margaret Douglas nait en 1694 dans une noble famille écossaise et elle épouse à 26 ans Adam Smith senior, plus âgé qu'elle de 15 ans. Son mari meurt deux ans plus tard, 6 mois après la naissance de son fils, Adam Smith junior, notre distingué économiste. Margaret Douglas ne se remariera jamais. Elle consacre sa vie à son fils, le suivant dans ses différents postes et affectations. Elle est totalement dépendante économiquement, puisque c'est le fils qui hérite de la fortune de son père. Après la mort de sa mère, le foyer d'Adam Smith est pris en charge par sa cousine Janet Douglas, dont on sait encore moins de choses que sur Margaret. Quand Janet meurt en 1788, Adam Smith écrit à un ami : "Depuis qu'elle n'est plus là, je suis l'un des hommes les plus destitués et désarmés d'Ecosse."

Comme on comprend ce pauvre garçon ! Plus de cuisinière, ménagère, intendante, secrétaire : la catastrophe. Pourtant en contraste, les femmes sont totalement absentes de la pensée économique d'Adam Smith ! Fourmis ouvrières invisibles œuvrant à rendre le quotidien supportable, confortable, comme ceux de la nature, leurs services sont considérés comme un dû dans lesquels puiser sans contrepartie : ils sont "naturels". " Derrière la main invisible du marché, il y a surtout un sexe invisible ". Si Margaret, puis ensuite Janet Douglas avaient abandonné Adam Smith en choisissant de vivre leur vie d'êtres libres, sans doute que la pensée du grand homme, soit n'aurait pas émergé, soit aurait été d'une autre nature. Il est temps d'arrêter de leur servir la soupe. Nous contribuons à notre propre effacement. Les hommes sont des trous noirs, ces objets célestes qui absorbent la chaleur, la lumière, l'énergie des femmes, sans rien restituer. Le trous noirs ont été nommés d'après les travaux d'Einstein, physicien, ami et contemporain des mathématiciens Kurt Gödel et de John Von Neumann.

*Ne pas confondre travail et emploi : on peut parfaitement travailler sans avoir d'emploi et sans toucher un salaire. Qui pense que les bénévoles ne travaillent pas ? Hormis certaines associations, je veux dire ?
** Quand les hommes enfantent, ils engendrent des monstres. Marylin French

Les citations en gras et rouge sont tirées du livre de Katrine Marçal, traduites ou non.