Par Manon Garcia - Philosophe.
vendredi 23 mai 2025
Vivre avec les hommes - Réflexions sur le procès Pelicot
vendredi 23 septembre 2022
Personne n'aime les hommes
Combien de femmes, et combien de fois, celles qui s'annonçaient féministes dans une conversation à plusieurs ont été apostrophées brutalement par un homme aux mots de "tu n'aimes pas les hommes, finalement ?" et qu'avez-vous bredouillé comme réponse ? J'ai posé la question sur Twitter, et j'ai eu... une réponse. Le flop quasi intégral. Je pense que mes abonnées n'osent même pas dire qu'elles sont féministes.
Moi j'ai bredouillé, mais de moins en moins à chaque fois, que c'était hors sujet, que les féministes luttent contre un système, le patriarcat, en précisant de plus en plus, à la longue, que les hommes en sont les agents et les principaux bénéficiaires tout de même. La réponse réglementaire, régulière, admise par les féministes. Donc aimer les hommes est un commandement tellement intégré qu'avouer, comme on avoue un péché, ne pas trop les aimer, en tous cas s'en méfier, c'est avouer une maladie honteuse. Quelle féministe exige des hommes qu'ils aiment les femmes ? Aucune à ma connaissance, et j'en ai lu une grande quantité. Elles réclament un traitement égal et équitable, c'est tout. Donc, regardons un peu, la question vaut bien un examen, qui aime les hommes au fond ? Hein ?
Mais PERSONNE, absolument PERSONNE. A part quelques timides, en conflit de loyauté, mais je vais y revenir. Voyons un peu.
A tout saigneur tout honneur : les hommes. Les hommes aiment-ils les hommes ? Mais non. Toujours en compétition les uns contre les autres, ils sont à couteaux tirés, ils se battent, se plantent, se trahissent, se font la guerre, se blessent et se tuent. Les premières victimes de la violence masculine sont les hommes : neuf morts par meurtre sur dix sont des hommes. Le dixième meurtre concerne une femme, sachant que femmes ou hommes tués, les assassins dans presque tous les cas sont des hommes. Même la ville mexicaine de Ciudad Juarez qui, dans les années 2000, avait le douteux privilège d'être appelée "la ville qui tue les femmes", il y avait quatre meurtres de femmes pour six d'hommes, soit quatre fois la fréquence mondiale. Il y a toutefois un moment où ils arrivent à se coaliser, c'est pour faire la guerre aux femmes, pour garder leurs postes, pour nous tailler des costards, bref pour conserver leur pouvoir délétère et destructeur. Dans ce cas là, ils font front ensemble, dans la forteresse assiégée.
Leurs mères ? Il y a doute. Elles tremblent et se méfient en tous cas, ce qui n'est pas exactement la définition du bonheur tant vendu avec la maternité. Toujours à craindre que la gendarmerie ou la police vienne les prévenir au point du jour qu'ils ont été confondus par leur ADN et qu'ils sont en garde à vue. Un jour incroyable, il y a quelques années, j'ai entendu Françoise Giroud répondre à une interview de journaliste lui posant une question dont je ne me souviens pas la teneur : "Ne m'en parlez pas, ce serait comme d'avoir UN FILS en PRISON !" Pas une fille en prison, non, un fils en prison. Même les plus affermies dans leur mode d'éducation ne sont donc pas à l'abri de grosses frayeurs. D'ailleurs c'est prouvé que les mères de garçons ont une longévité moindre que les mères de filles. Pour des motifs tout à fait sexistes d'ailleurs, les filles sont plus aidantes et viennent voir leur vieille mère (et leur vieux père), elles.
Leurs épouses, compagnes ? J'ai évidemment fait quelques sondages, vous pensez bien, auprès de mes amies, parentes, et collègues de boulot, ou même parfaites inconnues rencontrées dans un train, par exemple. Pendant mes voyages d'affaires, j'ai rencontré et noué conversation avec toutes sortes de gens, c'est même un des avantages du train par rapport à la voiture. D'après ce que j'ai entendu, il appert qu'elles "tirent le bon numéro" ! Je l'ai entendu des dizaines de fois, au bas mot : "j'ai de la chance, j'ai tiré le bon numéro !" Confier son avenir à la loterie, et avoir l'appréhension d'avoir touché le mauvais numéro ne me paraît pas être le comble de la sérénité, ni donc du bonheur tant désiré et investi, pourtant. Si et quand elles sont rassurées sur leur choix (quoique, Madame Vérove, épouse du Grêlé, tueur en série, et Madame Dino Scala, épouse du violeur en série, étaient tout à fait sereines vis-à-vis de leur mari, jusqu'au moment où la gendarmerie est venue à 6 h du matin leur expliquer que, voir paragraphe au-dessus), si et quand donc, elles sont rassurées sur leur choix, elles craignent les autres, ce qui renforce la perception du "bon numéro" qui serait chez elles, les mauvais numéros rôdant dehors à la recherche d'une proie. Je suis allée trois fois au départ de Rennes manifester à Paris pour la fermeture des abattoirs, en car affrété par l'association organisatrice, et je voyageais à chaque fois avec une activiste qui était devenue une copine de militantisme, on se retrouvait avec plaisir aux mêmes happenings ou manifestations. Le car nous ramenait le soir vers minuit sur le même parking qu'au départ. Soit à 3 km de chez moi, trajet que je refaisais à pied, comme le matin. A chaque fois, elle me posait la question angoissée : "tu n'as pas peur ?" Sous-texte, de rentrer seule. Peur de quoi ? demandais-je hypocritement, sachant qu'elle n'avait pas les mêmes opinions que moi en matière de féminisme (en gros, j'en faisais quand même un peu trop, voire beaucoup) pour la pousser dans ses retranchements. A la fin, je lui répondais que ce serait peut-être aux hommes d'avoir peur, qui sait de quoi je suis capable ? Donc, pour résumer, ce n'est pas la grande confiance. Et puis, régulièrement, un tueur familial de masse vient leur, nous rappeler que dévier du droit chemin, à savoir, que les services domestique, sexuel, reproductif leur sont dus, et que vouloir les laisser en rase campagne en les quittant peut se payer de notre vie, notre vie et celle des enfants. Des sortes d'opérations "shock and awe", de raids de représailles avertissant toutes les autres de se tenir à carreau. Ce qui vaut pour une, vaut pour les autres avertissement.
La forteresse assiégée fait corps contre les femmes, leur excellence et leur grand calme, toujours non reconnus par la société viriarcale à dessein, il leur faut des raisons de nous tuer. Toujours à pleurer quand on attaque leurs privilèges indus de dominants incontestés et incontestables. Les hommes font peur, ils sont craints, même les animaux les craignent, à raison, car ils répandent la terreur, paroxystiquement.
Alors qui reste-t-il ? Quelques-unes ayant peur d'être taxées d'anti-hommes (mais qu'est-ce qu'on s'en fout, eux sont anti-femmes et personne ne le leur reproche) et de vaillantes soldates qui ne veulent pas renier leurs choix.
Le conflit de loyauté, ce chantage ultime. Aucune classe sociale autre que celle des femmes n'est impliquée émotionnellement avec son oppresseur ; vous n'entendrez jamais un ouvrier socialiste proclamer en revenant de manifestation, ou terminant une grève, dire "mais finalement on les aime bien quand même nos patrons". Des hommes, nous les femmes, on en a à la maison, ils sont notre famille, ce résidu de système clanique : des pères, des frères, des oncles, des grands-pères, des beaux-pères, des fils, et nous sommes impliquées affectivement et émotionnellement avec eux, c'est donc difficile de dénoncer certains comportements machistes pourtant intolérables. Nous avons l'impression de trahir. Mais au fond, qui trahit qui et qui trahit l'amour et la confiance, notre sécurité, quand on est victime de viol conjugal, d'inceste ou simplement de tours de vaisselle supplémentaires ? Qui abuse de l'attachement et de l'affectif pour obtenir des services indus et des travaux qu'ils peuvent accomplir eux-mêmes ? Les hommes abusent, ils font peur, en jouent, leur règne sur les femmes et filles se perpétue par la terreur, la crainte, la crainte de la déloyauté aussi, de trahir un parent, un père, un frère, un compagnon. Celles qui veulent s'affranchir doivent donc faire sécession, ils ne nous laissent pas d'autre choix. Nos choix de liberté, d'émancipation, sont légitimes, quoi qu'ils en pensent. Il n'y a donc aucune raison de culpabiliser. La liberté se conquiert, personne ne nous la donne, elle implique donc des efforts et des choix forcément discriminants.
Comme j'ai un lectorat masculin, et que je ne veux pas le décourager, je lui dirai qu'il n'y a pas de fatalité. On peut s'amender, arrêter de croire les boniments que nous sert la société, on peut se désintoxiquer de ses mantras, moi j'y suis arrivée, avec des rechutes bien sûr, mais tout de même j'y suis arrivée, il n'y a donc aucune raison que ce soit impossible pour vous aussi. Non, vous n'êtes pas des petits princes, pas plus que les filles ne sont des princesses, si on vous l'a dit, on vous a menti, et vous n'avez pas plus de droits que n'importe qui, et surtout pas plus que les filles et femmes de votre entourage familial, amical ou professionnel. Donc, vous prenez votre tour de ménage, et si et quand la tension monte, vous allez faire un tour d'une heure à pied, ça calme et ça remet les idées en place, moi je fais ça aussi. Et ça marche bien.
Je conclus par une citation de Shulamith Firestone, citée par Andrea Dworkin dans Pornographie, dont la plus simple définition est la domination des femmes par les hommes. Il ne tient qu'à nous de renverser ce choix infernal :
" Dans La Dialectique du sexe, Shulamith Firestone démontre que chaque garçon a le choix : rester fidèle à la mère qui est en réalité avilie, sans autorité contre le père, incapable de protéger l'enfant de la violence du père ni de celle d'autres hommes adultes, ou devenir un homme, celui qui détient le pouvoir et le privilège de blesser, de contraindre, d'utiliser sa volonté et sa force physique sur et contre les femmes et les enfants. Devenir la mère -faire le ménage- ou devenir le père -porter le phallus. Devenir la mère -se faire baiser- ou le père -baiser l'autre. Le garçon a le choix. Le garçon choisit de devenir un homme parce qu'il est préférable d'être un homme que d'être une femme. "
samedi 28 août 2021
Miliciens
Ils sont descendus de leurs montagnes où ils ont macéré dans des grottes durant 20 ans, en 4X4 ou à mobylette, le RPG phallique bien en évidence, en adoration qu'ils sont devant leur bite qu'ils sont toujours en train de nous fiche sous le nez, en mode réel ou symbolique, pour bien montrer que ce sont toujours eux qui font la loi. Puissamment aidés par la corruption des élites claniques du pays et malgré les efforts des sponsors du "nation building" manifestement raté. La chappe de plomb virile, frustre, barbue, l'hirsutisme illustrant depuis toujours leurs vêtures et pratiques, va se refermer sur les femmes qui ont toutefois bénéficié de 20 ans de relative trêve, au moins dans les villes, où elles ont pu exercer tous leurs talents, de journalistes à policières, de roboticiennes à artistes, grâce à l'argent des ONG occidentales. Elles devront désormais s'ensevelir sous la burqa qui les rend invisibles dans l'espace public, ensevelissement qui a d'ailleurs commencé par leur effacement des vitrines, sous la férule des nouveaux maîtres de Kaboul. Les femmes sont destinées à être emmurées au gynécée, à la mort sociale, consacrées, enjointes à la reproduction de nouveaux miliciens du Patriarcat, garant de l'ordre antédiluvien du Néolithique. Leurs garçons sont dûment formatés et chapitrés dès le plus jeune âge à revenir vite et fort, leur "chier dans les bottes", du moins se retourner contre leurs génitrices, dès qu'ils auront, eux aussi, des poils partout.
Les obscurantismes religieux sont tous d'inspiration mormone, ou en tous cas les Mormons en ont appliqué à la lettre les préceptes préhistoriques : on ne vit que pour se reproduire, quitte à forcer, et à avoir plusieurs femmes à la maison si on a les moyens de faire vivre tout le monde, au moins de manière sommaire. Inséminateurs ultimes, leur loi de fer ne tolère aucune divergence, aucun autre choix. Et ils s'attaquent aux femmes en raison de leur sexe, leur haine attisée par l'obligation de passer par notre sexe pour maintenir le cheptel de guerriers sacrifiables à leurs guerres permanentes, leurs antagonismes n'ayant d'égal que leur frustration et leur prosélytisme. Au moins la franchise précédente proposait-elle de desserrer l'étau en se choisissant un époux virtuel à condition de se retirer de la société, mais avec la possibilité de cultiver ses éventuels talents, en se mettant les pieds sous la table, à l'abri en communauté de femmes des vicissitudes de la vie sans l'asservissement du mariage avec un type réel. Mais en Islam du VIIème siècle, point de couvent, point d'autre destin que celui de la reproduction. Et comme si une seule plaie ne suffisait pas, ils se font concurrence dans la violence abjecte (des attentats contre une maternité ou une école de filles ne les rebutent pas), un groupe plus nationaliste rustique, et l'autre plus cosmopolite et "connecté", mais avec toutefois les mêmes barbes, et surtout, les deux issus du même obscurantisme ignorant et totalitaire. Des "frères" irréductiblement ennemis, aux couteaux entre les dents. Je suis solidaire des femmes afghanes, prises dans la tenaille du totalitarisme meurtrier, niant l'altérité.
Si la Nature nous en laisse le temps, nous prévaudrons. Il n'est pas possible d'être enterrées ainsi par tous les systèmes qui ont l'entropie au cœur. L'entropie les détruira, comme elle a détruit le nazisme, comme elle a détruit les expériences soviétique et khmère du communisme, et comme elle a détruit l'Etat islamique, laissant hélas quelques-uns encore capables de nuire et d'enflammer les brandons restants.
vendredi 16 juillet 2021
Zone SCM
Je vis comme toutes les femmes, même si ça n'arrive pas toujours à leur conscience, dans une zone SCM (Sale Cons de Mecs) ; je me déplace dans des zones SCM, zones industrielles, ZUP, campagnes, exemple le Centre Bretagne et son exposition L'Art dans les Chapelles dont les oeuvres sonores sont à chaque fois ravagées par un mec qui un besoin irrépressible de faire des travaux dans sa grange ou de tondre sa pelouse situées juste à côté, le fin fond de la campagne n'existant plus, bien sûr personne ne leur dit jamais rien, surtout pas les filles qui reçoivent dans les chapelles, très tolérantes à l'outrecuidance masculine, et les mecs, quand il y en a, sont solidaires de la toxicité bruyante masculine, solidarité de classe je suppose... Les zones SCM sont partout.
Hier, j'ai eu besoin de sortir en voiture de mon parking souterrain qui malheureusement débouche sur une ruelle où sévissent des travaux de raccordement d'un nouveau logement en construction : non seulement ils bétonnent le moindre jardin à hérisson, mais il faut en plus faire passer des tuyaux, donc travaux de creusement et de terrassement dans mon allée de sortie. Je vous décris la situation : deux mecs, un dans un tractopelle, l'autre dans un camion à côté ramassent l'un les gravats provenant de la destruction du bitume, l'autre pianote sur son smartphone dans son camion le temps que sa benne se remplisse, tandis que trois autres gars regardent les deux autres travailler. J'arrive derrière le chantier avec ma petite voiture, et j'attends disons une minute, d'autant que les trois mecs les mains dans les poches me voient. Au bout d'une minute je fais un appel de phares. RIEN. Alors là j'ai deux solutions : "attendre que ça se fasse" comme disant mes voisines en soupirant et prenant leur mal en patience, cas le plus courant, ou sortir de ma voiture et aller leur décrire oralement la situation pourtant claire visuellement. N'ayant pas à ménager la Firme, et n'étant pas plombée par un irréfragable syndrome de Stockholm, je choisis la seconde et longe dans un boucan infernal en risquant ma vie, le camion qui reçoit les charges du tractopelle et j'arrive droit sur les mecs en précisant que "je veux sortir, que je n'ai pas la matinée, qu'il n'y a que les bonhommes pour se sentir ainsi dans leur droit à suroccuper l'espace public", SIC.
Réponse du chef, pardon, du Chef des oisifs : "j'ai un arrêté municipal d'occupation et je peux bloquer la rue si je veux". L'outrecuidance des hommes qui se croient en droit de sortir leur bite en tous lieux, bite réelle ou symbolique comme dans ce cas. Pas un mot d'excuse, rien. J'ai tort parce que femelle, lui a raison parce que mâle. M'étonne pas dans cette ville de mâles où les femmes sont malmenées et abreuvées de mépris, je réponds aussi sec. Immédiatement, (piqué ? sait-on jamais ? personne ne lui a jamais parlé comme ça ?) il fait un signe au chauffeur de camion et les deux engins dégagent promptement les lieux sans demander leur reste. Ce qui prouve que ce qu'il vient de m'asséner est faux, est juste de la mâle-traitance. Il doit me laisser passer, c'est écrit dans son arrêté municipal.
J'ai apprécié la sobriété du geste, les hommes c'est tout en concision, en brièveté, en sécheresse : un signe de tête et deux engins de travaux publics décanillent, un geste du pouce et deux types sont transpercés de flèches ou poignardés, un geste vers l'oreille et le tableau à 10 millions de dollars est à eux, ils se mettent les pieds sous la table et la soupe arrive immédiatement. Efficacité. C'est d'ailleurs leur seule efficacité, pour le reste, il convient de couper les cheveux en 16, de décrire des process imbitables et inapplicables en hachant menu, de faire la guerre pendant 20 ans et 100 000 morts, pour se retirer piteusement en laissant la place à l'ennemi en prétextant qu'ils ont assez dépensé l'argent du contribuable comme ça !
Deuxième illustration : il se trouve que les mômes du quartier envahissent squares et rues piétonnes vers 17H ou 18 H jusqu'à pas d'heure les soirs où il fait beau. Les manmans surveillent, je suppose, de leur cuisine leurs gars qui tapent dans des ballons, jouant au foot dans les passages communs, les interdisant ipso facto aux autres ; évidemment tous les jeux de ballons ne se valent pas, les plages horaires non plus, occupées selon une organisation mystérieuse (pour moi en tous cas). Les filles sortent en premier, une demi-heure à tout casser, chahutent, parlent, profitent des jeux disposés dans le lieu, les gars les remplacent ensuite avec des "ballons durs", et tapent en faisant un maximum de bruit, tant que ça finit par casser la tête. Dans la première tranche vous passez, dans la seconde vous évitez en faisant un détour. "Stratégie d'évitement" ça s'appelle. Le tout dans une passivité ménagère que je ne m'explique pas. Aucune conscience de classe. Pas une once de culture politique. Il se trouve qu'il y a une quinzaine, j'ai eu besoin de traverser, et que j'ai pris le chemin le plus droit, traverser l'endroit en diagonale. Devinez ? Un garçon (10 ans maximum, même si j'ai du mal à donner un âge aux mômes) est venu tourner autour de moi sur son vélo en faisant des roues arrière. Bof, ai-je dit, pas terrible ça ! Il m'a traitée de raciste, a appelé ses acolytes mâles à la rescousse, dont une partie m'a escortée avec un ton mal sonnant, même si je n'ai rien compris à ce qu'ils se disaient, les autres jouant sans se déranger tandis que je passais. Délicatesse, courtoisie, comportements d'enfants rois qui donnent des leçons aux adultes, surtout aux femmes d'ailleurs, sommées de rentrer dans leurs cuisines, laissant ainsi la place aux mâles. J'ai l'habitude ici de donner l'explication de la fabrication sociale de cette déviance qu'est la virilité, mais franchement, je me demande si chez eux, la goujaterie, l'outrecuidance, ne sont pas ontologiques, dues à un chromosome qui foire salement. C'et évident, ils sont rebelles à toute empathie ou forme de sociabilité.
Le monde est leur vaste terrain de jeux, une immense zone SCM : ils en ont bien profité, ils ont extrait à coups de pelles, puis de foreuses de plus en plus puissantes, de plus en plus profond, des minéraux rares ou pas rares d'ailleurs comme le nickel dont il ne reste plus rien, ils ont tué tout ce qui bouge et n'appartient pas à leur désastreuse espèce / classe sociale, ils ont asséché des fleuves aussi puissants que le Colorado ou le Nil, des mers comme la mer d'Aral, ils ont mis le feu à des forêts et brûlé l'Amazonie, ils ont pollué partout, océans, montagnes les plus hautes et les plus inaccessibles, les lacs les plus profonds, les déserts les plus féroces, mais rien n'égale leur férocité ; ils ont même salopé l'espace où les millions de débris de leurs stations orbitales ou satellites tournent indéfiniment en dégradant leur orbite. Ils ont peuplé tous les coins du monde, même les plus hostiles, à un point inimaginable en domestiquant les femmes à leur service sexuel, reproductif et ménager. Pour l'instant ils ont encore du mal à réaliser qu'ils ont salopé le climat donc notre biotope à telle aune que leur irresponsabilité est en train de leur faire un backfire dans la figure, mais le progrès teknik va leur permettre de tirer leur épingle du jeu. Croient-ils. On verra bien, pour le moment leurs affaires se présentent mal.
J'avais relaté sur un autre réseau social mes tribulations avec une voisine, en pleine affaire de Mérignac où un terrible féminicide s'était produit, les sanglots d'une locataire et les engueulades interminables par son Valentin devant la porte de mon appartement ce qui m'avait fait craindre le pire, mon intervention auprès de l'association qui la loge en tant que "jeune adulte en précarité", en majorité des filles et femmes, souvent lorgnées par des garçons proxénètes qui flairent la femme affaiblie par toutes sortes de circonstances provoquées en général. A l'occasion, je la voyais passer voilée, genre fashionista, mais voilée tout de même. Je m'étais même confrontée en sa présence avec le maltraitant qui m'avait accusée de racisme aussi, décidément le nouvel argument quand on n'en a plus. Désormais, je ne vois plus le Valentin en question, ni son scooter garé dans l'entrée (décidément, tout leur est permis), mais je vois passer la locataire, désormais habillée en jeune active citadine, guillerette et souriante, totalement détendue. Il semble que la détermination, la fermeté sur les principes, la réassurance des femmes en leur potentiel et autonomie soient payants. C'est une bonne nouvelle. Et c'est facile à appliquer, aussi on se demande pourquoi s'en priver ? Si je rapporte la situation, c'est parce que je pense qu'il n'est plus temps d'être timorée devant leurs comportements destructeurs et avilissants.
samedi 8 juin 2019
Tokenisme : l'effet canada dry
Un public jeune, féminin et issu de la diversité... à l'assemblée générale des chasseurs de la Somme. On comprend pourquoi les chasseurs vont disparaître d'eux-mêmes pic.twitter.com/FiKRtwR1qX— Pierre Rigaux (@RigauxNature) 20 mai 2019
Un deuxième twittos volant au secours de mon abonné, la solidarité masculine est étonnante surtout quand il s'agit de contrer les arguments des femmes, précise même que "ce qui est étonnant, c'est que les femmes sont les bienvenues dans les sociétés de chasse et y ont même souvent un rôle-clé !". Comme quoi ? Servir le café, cuisiner le faisan ou le chevreuil après avoir enlevé les petits plombs et les chevrotines, faire la vaisselle après le banquet, passer le balai, par exemple ?
Les femmes ne sont pas bienvenues, elles sont tolérées dans ces rituels masculins d'entre-soi, mais à condition qu'elles adoptent pleinement les us et coutumes de la société (pour ne pas dire la horde, j'ai des témoignages d'activistes qui ont vu des banquets de veneurs où on roulait en dégueulant sous la table, et où c'était vraiment crade !), us et coutumes délicates et classieuses de la société masculine, donc. La vulgarité extrême sous les Barbours. MAIS, quand on est en voie de disparition pour cause de non mixité et de vieillissement de la population, même si on préfère enrôler de jeunes garçons, on va demander aux femmes de venir. Faute de grives on mange des merles. D'autant plus que le sexisme se porte assez mal de nos jours, quand on est une corporation qui concentre les inimitiés : celles des défenseurs des animaux, celles des urbains, des rurbains et d'à peu près tout ce qui n'est pas campagnard, mâle, et hors des standards de l'époque. Donc, on fait contre mauvaise fortune bon cœur.
Ça a même un nom : tokenisme (tokenism en anglais), de token, jeton, monnaie, mais qui a aussi un sens de peu de valeur, de fausse monnaie, à preuve, faux comme un jeton ! Le tokenisme est une pratique superficielle, un effort symbolique pour paraître inclusif envers les minorités (noirs, femmes...) pour donner le change. Token woman en anglais se traduit par femme alibi en français. Une femme instrumentalisée, cachant la forêt du sexisme. C'est l'effet canada dry : ça a la couleur de l'inclusion, le goût de l'inclusion, mais ce n'est pas de l'inclusion.
Vous voulez venir, Mesdames ? Pas de problème : vous porterez nos combinaisons d'un seul tenant et vous vous déshabillerez entièrement pour pisser ! Comment, ça vous prend plus de temps qu'à nous ? Mais si vous voulez entrer dans notre corps de métier, vous devez en accepter les contraintes ! Réponse des CRS quand les premières femmes ont été admises dans les compagnies de CRS.
Vous voulez venir dans nos écoles de techniciens informaticiens et d'ingénieurs, les filles ? Mais bien sûr, vous êtes les plus que bienvenues, on en cherche même ; mais vous devrez accepter les rituels masculins, bizutages mâle-traitants (Arts et Métiers), voire agressions sexuelles, pareil pour le mythe urbain du bricoleur de génie dans son garage, qui bosse comme un fou 24/7/365 sans se changer, mangeant gras et carné, et qui sent des pieds (Epitech, 42...) ; pas question que vous pervertissiez notre culture de boys'club d'aucune manière. C'est à prendre ou à laisser. Nous ne ferons aucune concession. Le femme alibi adopte les mœurs de ses pairs, pas l'inverse. Elle peut même en rajouter, elle n'en sera que mieux notée. D'ailleurs, c'est ça ou être exclue, considérée comme mauvaise camarade, ne jouant pas le jeu du groupe.
Quand je bossais chez Philips Recherche et Développement, ils se fendaient une fois par an sur leurs trois magazines maison (un international en anglais, un national en français, et un local sur Le Mans) d'articles encourageant les DRH à engager des femmes, en en montrant d'ailleurs sur la couverture des morceaux : coupées aux genoux, des jambes et des pieds chaussés de talons aiguilles rouges, les femmes portent des talons aiguilles dans la mentalité simpliste des industriels de l'électronique, c'est même à ça qu'on les reconnaît ! Les rares que je voyais en R et D mettaient pourtant leur point d'honneur à se fondre dans la masse, cheveux courts, pas de bijoux ni de maquillage, chaussées qu'elles étaient de doc martens et habillées de blousons bombers ! Les "vraies" femmes étaient soit secrétaires, ou quand c'étaient mes candidates, ils les perdaient dans les couloirs que j'étais obligée d'arpenter et de surveiller pour les retrouver ! Garanti, j'en ai retrouvé plusieurs en train de moisir sur des canapés, deux heures après que je les aient présentées au manager qui avait pourtant rendez-vous.
Je suis bien sûre que Philips continue, des années après sa protestation, la main sur le cœur : il faut qu'on engage des femmes, on va le faire, on va y arriver. Pareil pour Epitech, dont l'association e-emma est truffée de gars, tellement les filles ne viennent pas, découragées par le présentéisme forcené de l'école ! Allez courage, messieurs, continuez à tenter de donner le change : mais à d'autres, pas à moi. Prochaine fois qu'on me balance ces arguments mensongers, moi je balance cet article développé à la tronche de l'envoyeur.
La chasse est une activité hautement ritualisée où des hommes promulguent le patriarcat dans les espaces de nature. De l'importance du témoignage des survivants : une traduction sur mon blog d'un article très articulé et argumenté.
mardi 12 décembre 2017
Le mythe de la virilité
J'ai lu Le mythe de la virilité, sous-titre Un piège pour les deux sexes, d'Olivia Gazalé, Robert Lafont Editeur, paru il y a quelques semaines. Olivia Gazalé est philosophe : elle écrit en première partie de son livre, une histoire de la condition des femmes où elle cite les anthropologues (Héritier, Mathieu, Tabet, entre autres...), les études des féministes politiques (Beauvoir, Wittig, Dworkin, Marie-Jo Bonnet...), une histoire de l'asservissement, de "l'arraisonnement des femmes" aurait dit NC Mathieu, avec une abondance de documentation et de citations qui laisse un peu étourdie et surtout désespérée, tellement c'est concentré sur une centaine de pages. Certaines pages sur les règles, la maternité, l'accouchement qui ont été instrumentalisés pour inférioriser les femmes sont toutefois carrément hilarantes -on est au bord de la crise de nerfs-, tellement l'accumulation et la mauvaise foi patriarcales sont évidentes. Mais pourquoi tant de haine sinon pour réaliser une prise de pouvoir totale par le sexe mâle ? Bref, c'est érudit, argumenté et ... concentré. Tous les sujets sont abordés sans tabous : règles, viol, voile, prostitution. Et tout ça pèse sur les comportements et la psyché des femmes. Résumé.
Au commencement sans doute :
" Se pourrait-il que tout ait commencé par la stupéfaction mâle du prodige de la maternité ? Les femmes semblent beaucoup moins résistantes physiquement, et pourtant ce sont elles, et elles seules, qui, un beau matin, on ne sait très bien ni comment ni pourquoi, vont se pendre à un arbre, écartent les cuisses et expulsent un minuscule être humain entièrement équipé pour la vie. Jamais de mémoire d'homme aucun d'entre eux n'a été capable d'un tel miracle. "
Mais comme les bonnes choses ont une fin, ça va finir par se payer cher :
"... des discriminations aux origines tellement lointaines qu'elles passent pour des évidences naturelles ".
Exogamie, tabou de l'inceste :
" Au lieu de s'entretuer, les hommes troquent leurs filles et leurs sœurs et gagnent ainsi des gendres et des beaux-frères qui deviendront des partenaires de chasse " - Claude Lévi-Strauss. L'échange des femmes (après, ça évoluera en échange de chèvres) substitue l'hostilité entre mâles en alliance et coopération. On fait société aux dépens des femmes.
Haine des femmes :
" Allah ne tolèrera pas l'idolâtrie, ni les païens qui adorent les femelles ". Allusion sans doute aux cultes des déesses mères primordiales qu'ils ont éradiqués.
" La violence envers les femmes semble un fait structurel, une matrice anthropologique, un invariant, une donnée universelle. " Françoise Héritier.
Viol :
" Passer en quelques minutes du statut de marchandise échangeable, parfois de grande valeur, à celui de denrée avariée ". Filles perdues, victimes de viol.
Voile :
" Quels sont en effet les individus qui, d'ordinaire, portent un masque ? Tous ceux qui incarnent le mal, la violence et la mort : les bourreaux, les kamikazes, les cambrioleurs et autres membres du Ku-Klux-Klan. " Le mal n'a pas de visage, et " le visage est ce qui révèle la pure humanité d'autrui ", selon Emmanuel Lévinas. Pourquoi ensevelir les femmes sous un linceul de honte et de mépris, demande Olivia Gazalé ?
Quand céder n'est pas consentir : son interprétation de la thèse de NC Mathieu :
" Le prétendu consentement de nombreuses femmes à leur propre servitude est une supercherie puisque leur état de dominées leur interdit précisément de voir qu'elles le sont ".
Le passage sur la prostitution "La putain ou le mal nécessaire" est nettement plus discutable : selon l'auteure, le fait que la prostitution est indigne et qu'il faudrait l'interdire serait le mantra des féministes. Les femmes ne choisissent pas de se prostituer, ou alors seulement une infime minorité sans valeur statistique ; les féministes ne sont pas pour l'interdiction de la prostitution mais pour son abolition, ce qui n'est pas du tout pareil : la prostituée est une victime, le proxénétisme est un crime et le client se trouve enfin en situation de rendre des comptes à la société. Rien à voir avec l'interdiction, en revanche tout à voir avec la prostituée victime. Olivia Gazalé utilise aussi le vieux mythe patriarcal justifiant socialement la prostitution par la diminution du nombre de viols, ce qui n'est pas démontré. Pas plus que les bordels à soldats ne démontrent leur efficacité en limitant les viols de guerre. Tout le monde sait que cela ne se passe pas comme cela. Les viols de guerre sont une arme contre les peuples, les bordels à soldats n'y peuvent rien. Et puis, ce serait féministe et humanitaire d'accepter que des femmes soient dégradées dans la prostitution pour que la majorité des autres soient épargnées ? On se pince.
Enfin, les féministes avec leur combat contre la pornographie seraient coupables de tuer l'érotisme ; pas du tout d'accord, dans le privé, entre adultes égaux consentants, il n'y a pas d'interdits.
Les pauvres petits trinquent aussi : la virilité est une séparation d'avec les femmes, la mère, un parcours initiatique (la littérature en est pleine, à commencer par l'Odyssée), une construction sociale.
Coups, taloches, férule :
On les bat,
on leur met des claques,
on les met dans des camps et on les abuse sexuellement comme dans la Sparte antique,
on les humilie "pour leur bien", et finalement,
ON LEUR APPREND A MOURIR.
Et ce n'est pas fini : ils doivent prouver leur virilité !
Non seulement, ils ont obligation de bander, mais il doivent aussi
La rentrer
La rentrer au bon endroit (obsession de l'onanisme et homosexisme)
Et surtout ne pas se la faire rentrer ! " Un homme est pénétrant, jamais pénétré ". Sous peine d'être déchu en tapette, efféminé, tafiole... les qualificatifs insultants ne manquent pas.
Mais c'est comme pour les femmes, il y a de quoi devenir fou : les doubles injonctions paradoxales sont ce qui manque le moins. On est quand même tellement mieux entre mecs, à voir toutes les sociétés homosexuelles à strict apartheid des sexes où on les trouve. Et puis ils adorent les fanfreluches.
Paradoxes des représentations viriles : Louis XIV, roi-père de ses sujets, toujours en guerre et qui, lui, la rentrait toujours aux bons endroits, ci-dessous en costume de sacre, peint par Hyacinthe Rigaud :
emperruqué, popotin à l'air, mollets gainés d'un collant, et sandales à talons orange de 6 centimètres à brides et nœuds !
Ou alors les couilles au vent du Garde, par Arno Breker, phallus symbolisé par un glaive, Arno Breker qui illustre aussi, avec Le blessé, la couverture du livre d'Olivia Gazalé. Pure iconographie nazie exaltant la virilité.
La thèse d'Olivia Gazalé est que les hommes seraient comme les femmes pris dans le piège de la virilité. C'est indiscutable. Sa démonstration est parfaite. On peut toutefois se demander où sont leurs analyses, aux hommes, si c'est à ce point insupportable. Le corpus des études féministes est inégalé : de la part des hommes, pas une analyse, pas une dénonciation de leurs privilèges de classe, rien. Pire même, les fragiles victoires des féministes sont sans cesse menacées, voire annulées à chaque fois que ça les arrange et que les circonstances s'y prêtent. Ils ont bien écrit des histoires de la sexualité (Foucault), de la virilité (Vigarello et ses deux coauteurs), mais c'est tout, travaux d'historiens, aucune dénonciation politique. Alors ? Déduction plausible : ils sont bien comme ça ! Il y a tant d'avantages à passer de la prise en charge par leur mère à la prise en charge par leur épouse, à trouver la maison propre et rangée, le repas prêt, les enfants élevés, la stabilité sexuelle, sociale, et émotionnelle du foyer, le tout sans débourser un salaire, ni aucune charges sociales, ni aucun investissement personnel. Ils y sont comme des coqs en pâte, ils le savent. Alors, que tout ce confort soit payé par quelques sacrifices somme toute valorisants, parce que la virilité est valorisée, je pense qu'ils y trouvent un bon compromis. Bref, je n'adhère pas, je reste l’œil sec, ma pitié je la garde pour mes sœurs d'oppression, je n'en ai pas de reste.
D'autant que la virilité est aussi une "injonction à la transgression" un des piliers de la construction masculine. Punis quatre fois plus que les filles, ils représentent 80 % des sanctions pour indiscipline. Quand à la violence routière, ils y sont surreprésentés à raison de 83 % des cas ! Ils constituent 97 % de la population carcérale.
Fourmillant de références et de documentation, le Mythe de la virilité est un bon raccourci pour celles et ceux qui n'ont pas lu l'abondant corpus des études féministes. A condition toutefois de piocher dans la documentation d'Olivia Gazalé, d'en sélectionner quelques titres, et d'en faire la lecture. C'est pas mal aussi de se référer aux textes féministes, c'est même indispensable.
Toujours annoncée, toujours reportée ! Le déclin de la virilité une conférence de Georges Vigarello et Claudine Haroche aux Champs Libres en 2011, à laquelle j'avais assisté et dont j'avais fait un billet.
Et plus radicale, cette référence "Menace sur les mâles" : un scientifique, Bryan Sykes, se penche sur la fragilité du chromosome Y dans La malédiction d'Adam - Un futur sans hommes.
Toutes ces fables et constructions sociales sur la prétendue supériorité virile, pour leur trouver un chromosome Y tout riquiqui et bien seul ! Mais, bon, je rassure mon audience qui aurait besoin d'être rassurée, ce n'est qu'une hypothèse de travail. On sera toutes mortes avant l'avènement de ce jour béni :D
Les références d'Olivia Gazalé sur la virilité sont nombreuses : je vous ai sélectionné deux titres (enfin, 4 en tout) de sa bibliographie :
Le Bidule de Dieu de Tom Hickman avec cette citation entrée en matière qui annonce la couleur :
" La taille du pénis n'a pas vraiment d'importance. Comme on dit, ce n'est pas la longueur du bateau qui compte, c'est celle du mât divisée par la surface de la grand-voile et soustraite de la circonférence de la pompe d'assèchement. Ou un truc comme ça ". Donna Untrael.
et les trois tomes de L'histoire de la virilité de Vigarello, Corbin, Courtine
1 - L'invention de la virilité
2 - Le triomphe de la virilité
3 - La virilité en crise ?
On les trouve à prix plus doux dans la collection Points Seuil.
Les citations sont en caractères gras et rouge.
lundi 4 décembre 2017
Travail féminin et emploi masculin
L'anthropologie est malheureusement contre nous. Les femmes ne travailleraient pas ? Vous avez toutes entendu comme moi, l'ouvrier du bâtiment à qui vous reprochez son gros engin garé sur le trottoir "je travaille moi, Madame !" Sous-entendu, viens pas m'emmerder, feignasse de bonne femme. Les femmes ne travaillent pas, elles "s'occupent" et dépensent le pognon durement gagné par Kévin ? Avant un billet plus complet sur Le mythe de la virilité d'Olivia Gazalé (avec les thèses de laquelle je ne suis pas totalement d'accord, mais j'y reviendrais, donc), voici ce qu'elle écrit :
" Hier comme aujourd'hui, des millions de femmes -libres ou esclaves- accomplissent des besognes requérant les vertus viriles de force, d'endurance et de persévérance, comme d'aller chercher de l'eau, seules, à des kilomètres de chez elles, la tirer du puits et la rapporter par dizaines de litres sur la tête, en bravant le vent, le sable ou la tempête. Comme les hommes (mais bien souvent avec, en plus, un enfant sur le dos, sur le ventre ou dans le ventre), les femmes partout à travers le monde, effectuent des tâches harassantes, sèment, piochent, taillent, récoltent, pilent, écrasent, pétrissent, transportent au prix de la même "sueur" que celle dont Dieu avait fait la punition d'Adam lors de la Chute. "
Il faut donc distinguer deux notions abusivement confondues : le travail ET l'emploi -posté masculin. EUX sont payés pour travailler, c'est la seule différence (de taille) avec le travail sans salaire au sein du foyer accompli par les femmes en quasi totalité. Ils louent leur force de travail contre rémunération/salaire. Ils peuvent même adhérer à un syndicat pour défendre leurs intérêts menacés par la toute puissance du patron (père). Force de travail, main d’œuvre, manpower en anglais, d'où découlent les différentiels de salaire, à emploi équivalent quand c'est une femme qu'ils tolèrent au même poste, généralement après une longue lutte, et quand la main d’œuvre masculine vient à manquer. Emploi féminin supplétif du travail masculin : saisonnier, précaire, à salaire descendu de 20 à 40 %, survivance de l'idée tenace que la productivité des femmes serait moindre à cause d'une carence en force physique, que dément bien sûr la citation ci-dessus.
Quand je travaillais avec l'industrie pharmaceutique, alors que je prestais des pharmaciennes officinales sans aucun problème, les dirigeants de Sandoz (désormais Novartis), de Boiron, de Pfizer, et d'autres me serinaient "pas de femmes, chez nous il faut soulever des sacs de 50 kg !" Outre le fait que l'ordre est illégal, ils me prenaient pour une bille bien sûr, depuis Charlie Chaplin dans Les temps Modernes, toutes les usines sont des ateliers d'assemblage où un convoyeur amène les pièces, ou les ingrédients pour les usines pharmaceutiques, devant l'agent sur la chaîne. Je ne vous raconte même pas pour les pharmacien.nes qui ne font que vérifier les formules et la galénique. Sexisme bon teint : l'industrie, c'est des bonhommes !
Évidemment, tous les corps intermédiaires ont adopté ce point de vue, notamment les syndicats. Dans la récente campagne #MeToo des femmes dénoncent le harcèlement dont elles sont victimes dans ces organisations. Tout est bon pour que ces endroits masculins restent leur chasse gardée. Les Inspections du travail, selon mon expérience, instruisent en priorité les plaintes masculines : peu ou pas du tout les "problèmes de femmes" : discriminations à l'embauche y compris dans la rédaction des offres d'emploi, différentiels de salaire et de promotions de carrière, harcèlement, alors qu'ils sont évidemment dans leurs attributions. Il y a tellement de gars qui tombent de toits, et de caristes en danger d'écrasement sous leur charge ! Tiens, à ce propos, j'ai eu un DRH qui me disait revenir faire des rondes à l'improviste pour vérifier que ses caristes ne faisaient pas des "courses de chariots élévateurs" dans les ateliers de ses équipes de nuit ! Tenter le diable, transgresser, se mettre en danger : engagez des femmes caristes, elles ne casseront pas le matériel, elles.
En revanche, le care, c'est bien bon pour les femmes ! Toujours d'Olivia Gazalé parlant d'anthropologie :
"... tout ce qui a trait au sale -les excréments des enfants, le ménage, la vaisselle, la lessive, les ordures... - est le royaume "naturel" de la femme. Le père a en charge le "symbolique", la mère, le "réel"...
"... la vie quotidienne de l'enfant : la bouillie, les fesses sales, le vomi, ce n'était pas le domaine de l'homme. L'organique, la vérité du corps, la matière et les matières, -l'odeur des couches, le sang des plaies, la crasse du linge-, c'était le royaume naturel des femmes, en vertu de leur lien ontologique avec l'impur, le sang, la mort et les profondeurs. Plutôt que d'avouer leur répugnance à accomplir toutes ces tâches ingrates, les hommes ont postulé que l'"instinct maternel" servait à rendre leur exécution parfaitement naturelle pour les femmes. "
Comme ça tombe bien : les 12 ou 13 professions où nous sommes cantonnées sont des professions où on prend soin des autres (care en anglais): infirmière, aide-soignante, nounou, femme de ménage, cuisinière (sauf dans la prestigieuse gastronomie qui ne nourrit pas !), secrétariat... Ils ne veulent surtout pas y aller, pas de danger qu'ils nous y fassent concurrence. Et comme ces métiers sont dérivés du soin féminin, ils sont abonnés aux bas salaires et à la précarité, on n'en sort pas.
" Les discriminations que subissent les femmes ont des origines tellement lointaines qu'elles passent pour des évidences naturelles " - Olivia Gazalé toujours. Voilà. A suivre, donc.
Attention hommes au travail - (Les femmes travaillent tout le temps. Les hommes doivent mettre des panneaux quand ils en font autant).
vendredi 1 septembre 2017
Au jeu de fléchettes, 100 % des perdantes ont tenté leur chance !
Son opinion sur les hommes me paraît très représentative de ce que j'entends sans arrêt, dit par d'autres personnes qui n'ont pas de conscience politique féministe, ni de conscience de classe (98 % des femmes selon moi), et qui ont surtout lu des ouvrages de psychologie, mais aucun d'études et analyses féministes : si on fait le concours de la plus "sexiste" ou plus exactement misandre (puisqu'on m'en fait souvent le reproche, et qui est plus juste), je suis battue à chaque round.
Donc selon ma praticienne, qui je le précise a fait des études et a un diplôme, les hommes ne sont pas comme nous les femmes, ils ont des "pulsions" et des "besoins", ils se comportent "comme des animaux" (notez le spécisme au passage) et on n'y peut rien ! C'est comme ça. Mais il faut faire avec, au mieux. Ah bon ? Il faut juste "tirer le bon numéro", c'est tout, c'est une "loterie" où il y aurait des gagnantes et des perdantes. Bref, ils ont un chromosome qui merde, c'est la faute de la biologie !
Et c'est moi la misandre-sexiste. L'ennemie du genre humain. En restant calme, je dis que je ne crois rien de tel, que les mecs sont exactement comme nous, qu'ils n'ont aucune "pulsion", mais que la différence est dans la construction sociale, qu'ils ne reçoivent pas la même éducation, que la société est très tolérante vis à vis de leurs défauts et comportements irresponsables, tout en étant impitoyable avec les femmes, dévalorisées sans arrêt. Qu'il vaut mieux le reconnaître, le dire, le dénoncer. Que le système est pourri jusqu'à la moelle, et défavorable aux femmes d'un bout à l'autre, qu'il y a surtout des GAGNANTS et des PERDANTES. Et puis c'est quoi ce jeu de loto, de fléchettes ? Avec des principes pareils, c'est difficile de se tirer à la première claque. J'ai aussi entendu plusieurs fois des amies me dire qu'elles avaient "besoin d'être protégées". Alors là, ça devient grave. Et si jamais le mec cogne dès le lendemain du mariage ou quand elles sont enceintes (oui, c'est généralement le moment qu'ils choisissent) ? Et puis comme dit une de mes abonnées Twitter
faut avoir 0 instinct de survie pr se sentir protégée avec un type qui a encore besoin de sa môman pr les choses les+ basiques du quotidien— PaNoAlMi (@PaNoAlMi) 26 août 2017
Voilà ! La vérité sort de la bouche des ingénieures programmeuses informatique ! (elle est codeuse et travaille sur des algorithmes d'analyses de métadonnées, d'après nos conversations). Le contrat serait le suivant : je te sers de ménagère, en contrepartie tu me protèges de la prédation de tes brutes de congénères assoiffés de sexe et de sang :(( Super le deal, et flatteur pour les semblables du marié en plus.
Dernière précision : généralement lors du mariage -qui est l'échange d'une femme entre deux hommes, il faut le rappeler, toutes les études anthropologiques le démontrent- le père conduit sa fille à l'autel. Autel ? Ça vous rappelle quelque chose d'autre, autel, non ? Mais oui, sacrifice : les sacrifices (animaux, humains, celui du Christ supplicié, célébré/reproduit dans chaque messe) sont accomplis sur un autel. Au vu de l'analyse sémiologique, je dirais que l'ADN de l'institution est nettement plombé ! Il est temps d'arrêter les jeux de hasard sur des sujets aussi sensibles : si on veut tenter l'aventure, on le fait avec des provisions ; puisque l'arrière-plan est défavorable aux femmes, raison de plus pour garder la tête froide et préciser par contrat un certain nombre de choses non négociables. Ne pas travailler sans déclaration ni bulletin de salaire quand on est femme d'artisan ou de commerçant, par exemple. Et garder son nom, indispensable pour ménager l'avenir. Au minimum.
C'est vrai que c'est douloureux de prendre conscience et de faire face à la domination dans une histoire d'amour, mais je crois moi qu'une femme avertie en vaut deux, ou même trois. Et puis, on n'est absolument pas obligées de se marier ni de se reproduire : il y a plein d'autres aventures largement aussi originales et satisfaisantes à tenter. Un peu d'imagination, que diable.
Comme la prise de conscience politique et la conscience de classe s'acquièrent et se travaillent, je rappelle ma bibliothèque de six ouvrages pour acquérir les bases du féminisme matérialiste :
Les deux tomes de L'ennemi Principal de Christine Delphy chez Syllepse (sociologie)
Odyssée d'une Amazone de Ti Grace Atkinson chez Des Femmes (politique)
L'anatomie politique de Nicole-Claude Mathieu chez iXe (anthropologie)
La construction sociale de l'inégalité des sexes par Paola Tabet, et
La grande arnaque : sexualité des femmes et échange économico-sexuel chez L'Harmattan (anthropologie).
dimanche 20 novembre 2016
Laëtitia ou la fin des hommes
Laëtitia Perrais, 18 ans, a été tuée par Tony Meilhon le 18 janvier 2011 à la Bernerie en Retz (44), sans doute parce qu'après une agression sexuelle, elle s'apprêtait à aller déposer plainte à la gendarmerie. Délinquant multirécidiviste et violeur de deux compagnons de cellule, Tony Meilhon, 32 ans au moment des faits, ayant passé la moitié de sa vie en prison, a démembré le corps de sa victime et dispersé les bras, les jambes, la tête et le tronc, qui ont été retrouvés en avril dans deux étangs de Loire-Atlantique sans qu'il ait jamais dit où il les avait déposés. Tuer puis, ensuite, déshumaniser la victime. Quand vous tapez Laëtitia Perrais sur Internet, vous obtenez la page Wikipedia de Tony Meilhon : les victimes de meurtres sont toujours éclipsées/phagocitées par leurs meurtriers.
Alternant le récit chronologique de l'enquête et l'histoire personnelle et familiale des protagonistes, Ivan Jablonka a voulu aborder en "objet sociologique et historique" le meurtre de Laëtitia Perrais, dont il fait une figure de tragédie aux côtés de laquelle il se tient en permanence. Affligées d'une paire de pères défaillants (trop de pères, quand on pense que certains se plaignent de ne pas en avoir !) : Franck Perrais, cogneur, tête brûlée, alcoolique et maltraitant, et Gilles Patron, père professionnel de famille d'accueil, autoritaire, agresseur sexuel, pédophile et tripoteur (l'affaire dans l'affaire), Laëtitia et sa sœur jumelle Jessica vivent une enfance tissée de violence, dans une famille dysfonctionnelle où leur première protectrice est la chienne berger allemand qui tente de divertir la violence du père en jouant au-dessus de la petite Laëtitia.
" On peut dire a minima que Laëtitia a connu, dans sa vie trois catégories de viols : le viol intrafamilial, de son père sur sa mère ; le viol semi-incestueux de son père d'accueil sur sa sœur jumelle ; le viol extrafamilial dont elle accuse Meilhon. La griffe masculine en quelque sorte. "
Est-on victime à vie ? Porte-t-on sur soi le malheur comme un stigmate ? Se signale-t-on comme victime désignée aux prédateurs ? Peut-on avoir son "système de protection désactivé" ? En tous cas, on constate au fil du récit que, malgré une enfance marquée par la maltraitance, l'instabilité et l'insécurité, Laëtitia était résiliente : titulaire d'un CAP restaurant décroché malgré une scolarité chaotique, elle venait d'entrer dans la vie active, avait un travail, et continuait à se former professionnellement. Elle portait bien son prénom : joie, en latin. On ne peut en dire autant de son meurtrier (maltraité dans l'enfance aussi, marqué par le viol de sa mère) : chaque étape de sa vie est une chute sans rémission, ses séjours en prison le rendent plus mauvais, ses actes sont de plus en plus violents, il ne montre aucun signe de rédemption.
Le meurtre de Laëtitia, comme tous les meurtres d'enfants ou de femmes, suscitent une indignation nationale dont le Président Nicolas Sarkozy va essayer de profiter politiquement : accusant les juges de laxisme, il déclenche une grève nationale des magistrats, et les lois sur la récidive seront modifiées vers plus de sévérité. Les hommes politiques ne savent que jouer sur les peurs, faire voter des lois de circonstances, mais ils ne prononcent jamais un mot sur la violence que la société patriarcale inflige aux plus faibles, les femmes et les enfants, ni sur le féminicide (Jablonka emploie le mot) considéré comme une fatalité par la société, non reconnu en droit. Opportunisme politique, tout répressif, mais jamais moyen de nommer le prédateur : impensé de la violence masculine dont ils sont les gardiens, à voir la violence symbolique de leurs pratiques politiques, campagnes électorales incluses.
Avec ses notations sociologiques sur les différents bassins économiques du Croisic et du Pays de Retz, de la Baule, de Saint-Nazaire/Paimbeuf, sa précision sur le fonctionnement de la justice, ses beaux portraits, le livre de Jablonka mérite largement son prix Médicis avec toutefois selon moi une réserve : son côté louangeur pour les policiers, gendarmes et magistrats ; c'est vrai que l'enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais a mobilisé des dizaines de gendarmes, de personnel de justice, et même la coopération de services de police et d'investigation criminelle venant des pays voisins qui ont détaché leurs spécialistes et matériel d'investigation en Loire-Atlantique. Une enquête remarquable a permis deux procès (dont un en appel) exemplaires. Justice a été rendue à Laëtitia, à sa famille et à sa sœur, mais ça me paraît normal en démocratie ; et puis, peut-être que tous ces gendarmes et magistrats dévoués qui avaient en permanence un portrait de Laëtitia sous les yeux dans leurs bureaux, éprouvent de temps en temps de la culpabilité vis à vis de la violence que la société inflige aux femmes ? La police et la gendarmerie se surpassent quand il y a des mortes, mais que fait-on en matière de prévention pour éviter les
meurtres ? Une suggestion : la maltraitance aux animaux dont Meilhon était coutumier, devrait être repérée et prise en considération dans le tableau des symptômes annonciateurs de passages à l'acte sur les humains par tous ces psychopathes et sociopathes !
Tony Meilhon a été condamné pour meurtre, "enlèvement suivi de mort", le viol n'ayant pas pu être établi avec certitude à l'autopsie, à une peine de prison à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté qu'il purge à Vezin le Coquet près de Rennes. Gilles Patron, le père d'accueil a lui été condamné à 8 ans de prison pour viol et agressions sexuelles sur cinq victimes, dont Jessica Perrais.
" L'affaire Laëtitia révèle le spectre des masculinités dévoyées au XXIème siècle, des tyrannies mâles, des paternités difformes, le patriarcat qui n'en finit pas de mourir : le père alcoolique, le Nerveux, histrion exubérant et sentimental ; le cochon paternel, le pervers au regard franc, le Père-la-Morale qui vous tripote dans les coins ; le caïd toxico, hâbleur, possessif, Celui-qui-ne-sera-jamais-père, le grand frère qui exécute à mains nues ; le Chef, l'homme au sceptre, président, décideur, puissance invitante. Delirium tremens, vice onctueux, explosion meurtrière, criminopopulisme : quatre culture, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence ".
A l'ombre du château de l'Ogre Gilles de Retz, "Les pauvres tuent les pauvres" selon une déclaration micro-trottoir un brin condescendante d'une quidame ? Moins de trois mois plus tard, début avril 2011, un bourgeois catholique nantais exécutait les deux labradors de la famille en premier, ses quatre enfants et sa femme, ensuite. Il s'appelle Xavier Dupont de Ligonnès, et lui, il court toujours.
Lien : N'oubliez jamais Laëtitia Perrais, site administré par Stéphane et Delphine Perrais.
Les citations du livre sont en caractères gras, rouges, et entre guillemets.
jeudi 24 mars 2016
De quelques inversions patriarcales : Pâques
Clairement, les religions du Livre n'ont pas inventé les animaux sacrificiels pour célébrer leurs fêtes, c'est une vieille histoire qu'elles n'ont fait que transmettre et pérenniser. L'humanité a dû "évoluer" des spiritualités féminines animistes de plein air, aux cultes masculins dans des temples, où se pratiquaient des sacrifices humains, puis animaux, pour se concilier les bonnes grâces de dieux devenus opportunément mâles ; avec toutes sortes de justifications à la mord-moi-le-nœud pour donner un semblant de "raison" à la chose. Et comme il faut bien couvrir les frais généraux, les temples sont devenus de prospères boucheries où on vendait la viande des animaux sacrifiés, ça paie le bedeau, les bougies, et le loyer ! Le tour était joué. On nous présente comme "naturel" ce qui n'est que de la culture et de l'HIStoire ! Pour faire bon poids, ajoutons la "tradition", car selon les patriarcaux, le monde est figé, et toute proposition de changement est vécue comme une menace pour la "forteresse assiégée", ses privilèges et ses jobardises.
Retour de la "vache folle" dans les Ardennes sur un troupeau de Salers (que fichent des Salers dans les Ardennes ? Nobody knows). En tout état de cause, habituelle inversion de la charge : c'est la vache qui est folle, pas le système qui a fait de ces doux herbivores des granivores et même des carnivores, en leur faisant ingurgiter des tonnes de tourteaux de soja, de maïs, et... des résidus d'abattoirs sous forme de "farines animales". Accuser les victimes fait partie du système patriarcal dans l'élevage aussi. Allez, cadeau : une brève de Charlie Hebdo N° 1235 dans (presque) la même thématique :)
Pour que les femmes se créent leur propres mythologies à l'endroit, Mary Daly propose des antonymes :
Païenne, Barbare - De heathen (en anglais) -qu'effectivement le français va traduire par barbare ou païen qui le réduisent. Heath en anglais veut dire lande, terre : originellement un.e habitant.e d'une terre donnée, "un.e membre non converti.e d'un peuple ou d'une nation qui ne reconnaît pas le Dieu de la Bible : un.e païen.ne". Anglais : Pagan.
Her-éthique adj : en harmonie avec les standards Gyn /Ecologiques de conduite morale. (L'anglais permet de jouer avec le mot hérétique recombiné avec Her, pronom possessif féminin Sa, et éthique, du grec ethos : morale).
Joyeuses Pâques, Joyeuse fête de Printemps quel qu’en soit le nom, quelle que soit l'occasion que vous fêtez. Mettez de préférence sur la table des agneaux et des lapins en chocolat.
vendredi 15 janvier 2016
Relativisme culturel ou fermeté sur les principes ?
Pourquoi ce silence et cette sidération ? Parce que les victimes et témoins ont dit que les agresseurs étaient des immigrants : maghrébins, et moyen-orientaux. Les arrestations semblent confirmer le fait. Mais le sujet c'est le trouble à l'ordre public et la sécurité des personnes, dont les femmes ! Le harcèlement, les insultes, les agressions, de la plus bénigne à la plus grave -attouchements et viols- sont le lot des femmes partout dans l'espace public (20 %) et dans l'espace privé ( 80 %). Les mauvaises habitudes consistant à victimiser les coupables et à culpabiliser les femmes ont toujours cours. D'où les bons conseils de la Maire de Cologne.
Le mal , c'est le mâle. La frustration et la rage sont consubstantielles du masculin, ontologiquement constitutives de la virilité. Beau bétonner des terres cultivables pour leur construire des street parks, des stades de foot, d'énormes structures olympiques, de gigantesques stadiums en expropriant des paysans, structures payés par toustes les contribuables et fréquentées à 80 % par les hommes, des ressources astronomiques qui pourraient être utilisées ailleurs et autrement, à meilleur profit, sont détournées en salaires et compétitions sportives qui emmerdent tout le monde (l'Euro 2016 à venir où papa va s'acheter une grosse télé avec l'argent du ménage ou s'organiser un voyage de tourisme sexuel dont les femmes et fillettes feront les frais), tout ceci en pure perte, alors qu'on nous les vend justement comme une garantie de calmer leur rage et leur frustration ! Résultat ? Le hooliganisme sévit, ils se tapent sur la tronche dans les vestiaires et sur les pelouses entre équipes adverses, il cognent sur les arbitres. Rien n'y fait, leur parasitisme sur des ressources forcément limitées est avéré, indéniable, sans contrepartie.
Les sociétés patriarcales en font des petits princes héritiers ayant-droit : accès à un poste bien payé, à vie, accès à une carrière politique, accès aux femmes pour la tenue de leur intérieur et pour le sexe, sans se fouler ni séduire au besoin, etc... Et gare si les promesses ne sont pas tenues ! Les méfaits commencent : vols de mobylettes, trafic de drogue et enfin, dans les cas extrêmes, ils partent faire le djihad en Syrie. Il faut les comprendre aussi, nous rabâchent certain.es, la/leur vie est une succession de désillusions. Mais pour les femmes aussi ! C'est même pire -se retrouver le lendemain de l'union avec le "Prince Charmant" transformée en ménagère pour pas un rond, confinée à la cuisine, franchement il y a mieux comme destin- mais les femmes ne retournent leur frustrations que contre elles-mêmes, pas contre la société, elles ne se sentent jamais légitimes ! Pire : aux femmes de servir de pansement, béquille, assistante sociale et infirmière, oreiller et punching-ball aux hommes ! Ils sont frustrés ? Ils cognent. Mais silence, non-dit, bœuf sur la langue : on ne s'attaque pas à la Confrérie qui tient fermement tous les leviers de pouvoir partout, police et justice incluses. Et quand ils sont des damnés de la terre, des réfugiés fuyant la guerre et la famine ?
Djemila Benhabib sur le relativisme culturel : La gauche communautariste a assassiné Charlie Hebdo
Le différentialisme culturel est une plaie. Un racisme "light" insupportable. Il installe un double standard : il y aurait les éclairés par les Lumières (nous), et les péquenots arriérés (les autres), qui n'auraient forcément pas accès aux valeurs universelles, d'ailleurs ils n'y comprendraient rien. N'essayez même pas de leur expliquer le concept de laïcité, c'est trop français, même les étatsuniens ni pigent rien, alors que leur Constitution est directement inspirée d'Alexis de Tocqueville, penseur politique français, et qu'ils ont une culture démocratique de deux siècles en commun avec nous, c'est dire. Le ventre mou des démocraties consensuelles est la deuxième plaie, meilleure traduction par "pas d'amalgame" ! Mettre les faits sous le tapis en prétendant qu'ils n'ont pas eu lieu est une double faute : les victimes subissent un déni de justice et les pertes politiques, quand la vérité éclate, sont considérables. Les femmes (spoliées de la justice) sont ensuite instrumentalisées par les partis d'extrême-droite, justement ce qu'on avait paraît-il voulu éviter en camouflant les faits. C'est un cercle infernal toxique.
Il n'y a pas à faire d'angélisme : une politique d'intégration ça se définit et s'applique sans défaillance. Compte tenu des inévitables différences culturelles, nous devons rappeler fermement nos principes -en les appliquant aussi chez nous, c'est plus convainquant : les femmes s'appartiennent à elles-mêmes pas aux hommes, elles sont égales des hommes, indisponibles, sauf si elles disent oui. Libres de leurs choix, elles disposent d'elles-mêmes, elles s'habillent comme elles veulent, elles circulent où elles veulent, à l'heure qui leur convient, jour et nuit ! C'est non négociable. Tout contrevenant est fermement puni. Et c'est vrai pour tous les mâles, y compris nos nationaux, qui n'en sont pas toujours convaincus non plus.
Et n'oublions pas les réfugiés politiques à qui nous donnons l'asile : les Taslima Nasreen, Ayan Irsi Ali, Whalid Al Husseini, Chahdortt Djavann.., qu'on héberge quand ils arrivent, dans des quartiers où, stupéfaits, ils voient les mêmes fanatiques que ceux qu'ils ont fui chez eux et qui les menacent directement. Les accueillir, c'est bien, mais c'est mieux en leur assurant la sécurité et la fermeté sur nos valeurs républicaines et démocratiques qu'ils défendent quelquefois avec plus de conviction que nous, le comble.
Liens : L'Allemagne et son éléphant invisible au milieu de la pièce : le lourd signal de la légalisation de la prostitution -Par Rebecca Mott.
Pétition demandant la démission de Jean-Louis Bianco de la Présidence de l'Observatoire de la Laïcité que j'ai signée. Lisez bien le texte.
Place Tahrir en Europe - De l'européocentrisme comme cache-sexe et de l'art de la prestidigitation en politique - Secularism Is a Women's Issue.
Cologne : non au silence et au déni des crimes misogynes - SIAWI




















