Et toujours le journal de voyage de Kate Millett : En Iran que j'avais chroniqué sur ce lien
samedi 21 septembre 2024
Des Iraniennes - Femme, Vie, Liberté 1979 - 2014 et de quelques autres ouvrages
Et toujours le journal de voyage de Kate Millett : En Iran que j'avais chroniqué sur ce lien
jeudi 5 septembre 2024
Refuser d'être un homme. Pour en finir avec la virilité - John Stoltenberg
" Le sexe masculin a besoin de l'injustice pour exister. "
Pro-féministe radical, matérialiste et universaliste, John Stoltenberg propose sa dissection au scalpel de la société patriarcale, geôle des femmes depuis des millénaires, objectifiant leur corps, érotisant la haine misogyne (érotisme sado-masochiste) dans laquelle elles se laissent piéger, pour ensuite subir les trahisons quotidiennes petites et grandes des hommes, maris, pères, frères...
Propriété privée des vieux pères, les femmes furent les premières esclaves, leur corps fut le premier capital. John Stoltenberg livre ici le point de vue d'un homme sur la sujétion des femmes, ce qui est intéressant. Lui-même ne correspond pas au sacro-saint standard de la masculinité, car il est gay dans une société hétérosexuelle de fer, il a donc forcément subi les menaces et injonctions masculines à montrer tous les signes d'appartenance à la classe sociale des hommes, maîtres et possesseurs qui n'hésitent pas, tous les moyens d'infiltration et d'attrition étant bons à prendre, à " confisquer les rares ressources encore concédées aux femmes, quitte à se prétendre transgenre ". Son texte est aussi un plaidoyer pour un pas des hommes vers les femmes, pour leur lâcher prise de dominants, pour un compagnonnage débarrassé de leur virilité encombrante, cause tant de maux et de coûts sociaux.
John Stoltenberg est dramaturge : ses textes ont été écrits pour être dits sous forme de conférences, d'adresses, à des publics d'hommes. Un peu à la manière d'Andrea Dworkin, dont il fut le compagnon, laquelle s'estimait elle écrivaine, mais qui, ne trouvant pas d'éditeur, devait déclamer ses écrits sous forme de conférences devant des publics d'étudiantes. Un entier chapitre documentaire est consacré à l'élaboration de l'ordonnance de Minneapolis, puis à l'amendement antipornographie sur lesquels avaient travaillé Andrea Dworkin avec Katharine MacKinnon, juriste féministe, amendement soutenu en 1982 devant la Cour Suprême des USA. Sans résultat. La trivialisation, la dégradation, la torture, le viol de corps de femmes dans la pornographie ont été justifiées, défendues, au nom du Premier amendement sur la liberté d'expression.Sur l'arrière-plan historique : " Nous savons que les femmes ont été les premières esclaves et que leurs corps ont été le premier capital. Nous savons que la propriété masculine des enfants est antérieure à la compréhension par les hommes de la relation entre coït et grossesse. Nous ne savons pas ce que les mères savaient, parce que leur savoir a été effacé. Mais nous savons que le premier père savait qu'il était un père du fait d'être un propriétaire ; c'était le paterfamilias, ce qui signifie littéralement 'maître d'esclaves.' "
Sur l'identité sexuelle masculine : " Je soutiens que l'identité sexuelle masculine est une construction de toutes pièces, politique et éthique, et que la masculinité n'a de sens personnel que du fait d'être créée par certains actes, choix et stratégies -qui ont des conséquences dévastatrices pour la société humaine. "
dimanche 18 août 2024
Babysitter - Joyce Carol Oates : une critique des rapports sociaux de sexe
La fonction politique de l'amour.
Une belle trouvaille sur les étagères d'une de mes bibliothèques municipales avant fermeture saisonnière, j'ai lu cette semaine d'août, sans pouvoir le lâcher, cet avant-dernier roman de Joyce Carol Oates (2023), romancière valeur sûre. Bonne pioche une fois de plus. Ce roman est surtout une corrosive critique des rapports sociaux de sexe, bien que la quatrième de couverture annonce un antagonisme ethnique à Detroit (Michigan) où se déroule l'action située en 1974, entre quartiers blancs suburbains privilégiés encore traumatisés par les émeutes de 1967, et les quartiers noirs défavorisés du centre où seraient forcément regroupés tous les délinquants, violeurs et tueurs d'enfants (dont un, affublé du nom Babysitter par la police, fournit le titre de l'ouvrage). L'habituelle erreur de focus sur l'ethnie à propos de la violence et de la délinquance, alors que le commun dénominateur à tous ces crimes, c'est le sexe masculin.
" Seuls les faibles tombent amoureux, ils ne voient pas d'autre façon de vivre. "
" Ma mère a découvert trop tard qu'on paie pour ce qu'on ne sait pas dans toute relation régie par un statut juridique. "
Hannah, l'héroïne de 40 ans, s'est laissé glisser sur la pente sociale des femmes, le mariage et la maternité sans jamais avoir rien essayé d'autre. Epouse d'un cadre financier propre sur lui, mais qui la délaisse, dont elle ne sait rien des activités, et n'ose rien demander (je pense qu'il y a encore des femmes aujourd'hui dans les classes sociales supérieures qui sont dans cette ignorance), elle a deux enfants en bas âge, une fille de quatre ans et un garçon impérieux de sept ans ; elle est secondée dans ses tâches par une domestique philippine qui assure toute l'intendance. Bien que bénéficiant du prestige social des classes privilégiées, présidente ou membre de clubs de voisins ou de bienfaisance, Hannah est frustrée et se languit entre les quatre murs de sa grande maison. Elle est obsédée par un besoin pathologique d'amour, de passion torride. C'est dans cet état d'esprit qu'elle rencontre lors d'une fête de bienfaisance, un homme dont elle ne connaît que les initiales, qui va savoir la prendre dans ses filets en profitant de son besoin de passion, pour la conduire à ses fins d'agresseur implacable. Elle ne voit pas ou en tous cas ne veut pas voir le sinistre piège qui se forme sous ses (et nos) yeux. Elle est incapable de distinguer le plaisir de la douleur, les rapports sexuels violents de l'osmose à l'autre qu'ils doivent être, de faire la différence entre le viol accompagné de coups, de tentatives d'étouffement et de meurtre, de l'amour, même paroxystique. Elle est totalement subjuguée, dans le ravissement, incapable de la moindre lucidité, conditionnée par un masochisme, sans doute hérité de l'enfance, avec un père autoritaire, étouffant, tout-puissant.
" Craignant pour sa vie, Hannah n'a pas osé s'opposer à lui, elle a essayé de le flatter, la virilité en lui si avide de flatterie, ne s'est-elle pas faite servile pour pouvoir survivre, ne s'est-elle pas dépouillée de toute volonté, la stratégie féminine instinctive, la stratégie féminine désespérée... "
Avec une maîtrise totale de la narration, l'autrice nous distille durant 600 pages des informations disparates qui finissent par dessiner un puzzle terrifiant dont on découvre, à l'instar de l'héroïne qui, elle, s'aveugle, au fur et à mesure de la progression de l'action, qu'il forme un piège diabolique où va tomber irrémédiablement Hannah. Le tueur en série d'enfants n'est qu'un fond de scène, un prétexte permettant à la toile à multiples personnages de Joyce Carol Oates de se déployer : la corruption implacable de la société patriarcale, de son ordre social, et la fonction politique de l'amour : l'annihilation de celles qui marchent innocemment dans la combine, puis doivent marchander leur survie. S'installe même une dimension d'étrangeté, où par moment on ne sait si la Hannah qui parle est morte ou vivante, au vu d'évocations de salle d'autopsie et d'un drain situé sous son corps.
La vie des femmes en conjugalité, que ce soit de la main droite (mariage) ou de la main gauche (amour clandestin) est un roman gothique. Des Ann Boleyn maquées à des Henri VIII.
De quoi se poser la question : Si nous étions libres, aurions-nous besoin d'amour ? Un texte radical de Ti Grace Atkinson.
Un thriller brillant -et installant le malaise, mais toute l'oeuvre protestataire et noire ("American litterature is dark and protest", disait un de mes professeurs d'anglais) de Joyce Carol Oates n'est-elle pas troublante ?- qui m'a réconciliée avec le genre, alors que dernièrement je lui ai préféré la lecture d'essais, tellement les derniers thrillers que j'ai lu étaient mauvais !
Les citations de l'ouvrage sont en caractère gras et rouge.
samedi 27 juillet 2024
Punching ball, sac de frappe, ring de boxe
Dans le sillage de l'affaire Jegou-Auradou, les deux rugbymen du XV de France accusés de viols aggravés après une rencontre en boîte de nuit, par une plaignante argentine, j'ai aperçu il y a une dizaine de jours dans un coin d'écran, la mère de l'un des violeurs présumés (puisqu'il est de bon ton de le préciser en attendant le jugement du tribunal), lors d'un sujet d'actualité. Leurs familles ont été admises à visiter les deux rugbymen incarcérés dans une prison de Mendoza (dont ils sont désormais sortis, assignés à résidence avec port de bracelet électronique) en Argentine, car selon toutes les apparences, la justice considère avoir des motifs suffisants pour cela.
J'ai vu une petite femme, cheveux blancs, solidement entourée de policiers en uniforme, filmée de loin, monter dans une voiture. J'en ai eu les larmes aux yeux de commisération pour elle. Alors qu'elle ne m'en demande pas tant sans doute, qu'elle doit croire son fils innocent, victime d'une menteuse. Toutefois, quand on entend dès le début l'avocate de la plaignante annoncer que "la preuve, c'est le corps de la victime", mordue, battue, portant des traces externes de coups constatés par un médecin légiste, des blessures internes nécessitant une hospitalisation, et quand on a vu les deux mis en examen dépassant de la tête et des épaules les policiers argentins (200 kg et 4 mètres à deux) qui les arrêtaient, on en déduit, si les faits s'avèrent, qu'il s'est agi d'un déferlement de haine virile sur une femme, livrée à deux hommes, ivres de violence, ne se contrôlant plus, la violant à tour de rôle et la cognant pour obtenir ce qu'ils voulaient. Je n'aimerais pas être la mère. Sans induire un seul instant qu'elle y serait pour quelque chose, bien sûr. Je me sens, même sans la connaître plutôt en sororité avec elle. Imaginez le conflit de loyauté ?
Devoir choisir d'être solidaire de fils violents, violeurs, en reniant sa propre classe sociale, faire l'impasse sur leurs comportements révulsifs, mais répétés à maintes occasions, s'ils jugent que les circonstances leurs sont favorables, à la classe sociale des femmes, obligées de prendre fait et cause pour des hommes qui, alcoolisés, cocaïnés, ce qui ne les excuse en rien, peuvent ainsi décharger leurs frustrations sur plus faible, y compris numériquement, qu'eux ? A moins de s'aveugler, je ne vois pas comment affronter ce conflit sans sombrer dans la schizophrénie. N'étant pas mère moi-même, ce que je considère être le bon choix, compte tenu de ce qui précède et de l'état des rapports sociaux de sexe, dans le cas contraire, je crois que j'aurais quand même du mal à choisir le côté des hommes. Mais la société commande aux familles d'être solidaires, et surtout aux femmes de soutenir leur garçons, ces petits sultans : devoir se tenir aux côtés des agresseurs, en se persuadant que ce n'est pas possible que cela se soit produit, contrairement à ce que nous démontrent les "faits divers" qui se produisent tous les jours.
Du Moyen-Orient, de l'Afghanistan ou de l'Iran, et du calvaire de leurs femmes prises dans les filets et les diktats de régimes religieux obscurantistes hyper virils, forteresses assiégées haineuses des femmes, aux foyers d'agresseurs sexuels, rencontres, "compagnons" possesseurs, propriétaires d'ici, le malheur insondable des femmes, c'est qu'elles produisent et élèvent (contraintes, pour les cas des pays à idéologie misogyne) elles-mêmes leurs propres oppresseurs, ou a minima, les oppresseurs de leurs sœurs de misère. Un jour, il va falloir apprendre à se défendre dans des modalités encore à définir et mettre en place, à mener le combat, à répondre à cette guerre qu'ils nous mènent depuis le fond des temps. Il ne manque pourtant pas dans "nos cuisines" d'armes par destination ; si "sa" cuisine est le lieu par excellence le plus dangereux pour une femme, elle peut le devenir pour un homme aussi bien. Je sais que les féministes réformistes cherchant recours et budgets auprès de l'état et de ses institutions patriarcales, police, justice, ne veulent pas en entendre parler, qu'elles ne sont même pas prêtes à bannir de leurs invites (comme je l'ai encore lu cette semaine sur Twitter, sous un post annonçant un féminicide) : "Choisissez bien vos maris, Mesdames !" Et si le salut c'était au contraire de choisir de ne pas en choisir ? De ne pas rendre de services ni perpétuer cette classe sociale tant que les choses seront ce qu'elles sont : à savoir que ce sont toujours les femmes qui vont à l'équarrissage ! Laisser ne serait-ce qu'une porte entrouverte, une alternative, l'option de ne pas s'en trouver un, serait déjà grandement libérateur.
" Si la vie doit se maintenir sur cette planète, il doit advenir une décontamination de la Terre. Je pense qu'elle sera accompagnée par un processus évolutif, par une pression de l'évolution, qui résultera dans une réduction drastique de la population des hommes. " Mary Daly.
samedi 6 juillet 2024
Mœurs du Néolithique
Hier comme il faisait beau et pas trop chaud, j'ai décidé d'aller passer l'après-midi à ma Ferme conservatoire de la Bintinais, surtout pour aller dire bonjour aux bêtes qui sont bien les seules à présenter un intérêt en matière d'interaction sociale, comme on va voir. Un de mes anciens collègues de travail avait l'habitude de me dire : "Tu sais, nous on n'a pas tant que cela besoin de socialiser !", cultivant un côté (complètement surjoué) d'asocial que lui et sa femme n'avaient pas.
J'aurais pu lui répondre avec un peu de répartie que socialiser pour moi, c'était aussi bien avec des bêtes qu'avec des humains, et que je ne voyais pas trop la différence en matière de bienfait.
Donc, direction La Bintinais. Une fois franchie l'entrée avec employée qui se contente de vous demander votre code postal depuis que (hélas) les musées sont gratuits, je n'avais pas plutôt fait dix mètres, que j'ai été rattrapée par un tracteur tirant une tonne à eau ! Tournée des champs et remplissage des abreuvoirs dans les pâtures, en balançant un nuage de poussière au nez des visiteuses sur les allées empierrées. Ah oui, j'ai oublié de préciser, mais est-ce bien nécessaire, que le tracteur est piloté par un mâle en combinaison Adolphe Lafont, mâle qui se la joue fermier éleveur, comme ceux de la FNSEA. Donc, ralentir pour épargner les passantes ne fait pas partie de son équipement de base. Brutalité, impolitesse, bruits de moteur et pétarades afférentes au "travail" masculin. Bref, il m'a suivie sur tout le circuit, je ne savais plus où me mettre, ni où me diriger !
Mais le pire est à venir. Ayant enfin trouvé un banc où me poser et sortir mon roman en cours, il ne s'était pas passé 10 minutes que des cris de Huns précèdent l'arrivée de quatre Attilas de sexe mâle, 5 ans à tout casser, dont l'un était équipé d'une épée Excalibur haute comme lui, qu'il n'a pas lâchée de tout le parcours, ne me demandez pas pourquoi, mais à la réflexion, certainement un indispensable attribut phallique, comme le tracteur précédemment cité. Deux cents mètres derrière, suivent deux mères de famille, sac à dos et smartphone en main. Il fallait tout de même se persuader que ces mômes étaient à elles pour ne pas courir avertir la réception que quatre enfants garçons abandonnés venaient d'être lâchés dans la ferme. Et comme, dans un timing parfait, un autre employé venait de sortir les cochons de leur soue pour les faire se désaltérer d'une boisson rafraîchissante en guise de quatre-heures, les quatre gars, toujours poussant des cris, ont escaladé les barrières de l'enclos, l'un proférant à tue-tête plusieurs "gros cochon", "gros porc" bien spécistes devant ses camarades. Diffamer pour mieux tuer et manger ensuite : la leçon est inculquée et assimilée jeune. Jambon coquillettes ce soir en guise de souper, ça ne va pas louper.
C'est là qu'on comprends l'utilité dans cette ferme des triples barrières (clôtures en bois et clôtures électriques haute et basse) séparant les bêtes des maltraitants spécistes sans pitié de l'espèce humaine. Sans ces clôtures, les bêtes seraient carrément en danger !
J'ai finalement réussi, malgré les obstacles, à rejoindre la pâture de l'ânesse Gris du Cotentin, et de la jument Trait breton qui me reconnaissent à la voix et répondent à mes salutations d'arrivée et de départ chacune dans sa langue, au grand étonnement des autres visiteurs, quand il y en a de présents. Quand je suis en forme, devant leurs airs estomaqués, j'explique que, vu que je ne mange pas de chair animale, je sens l'herbe comme elles, et qu'intelligentes comme elles sont, ça fait certainement la différence. Je suis également polie avec elles, je ne hurle pas des slogans péremptoires ni ne me méprends sur leur sexe (Oh le cheval, oh l'âne, couramment entendus, comme s'il y avait des mâles dans cette ferme !). Au moins moi, je ne fais pas de remarques style, 'c'est bon en rillettes aussi', ou 'Tiens, ça me fait penser qu'il y avait une boucherie chevaline en bas de la Rue Le Bastard, dans le temps !".
Tout ça pour en arriver à dire que si on continue à élever les garçons de la sorte sans rien changer, ce n'est carrément pas la peine de perdre son temps en combats segmentés, spécialisés : égalité des chances et des salaires, dénonciation du viol et de la prostitution, des violences faites aux femmes et à la nature, sans jamais remonter à la racine des choses. Ils sont clairement préparés à être des ayant-droit, à se comporter comme tels, à dominer toutes les espèces, même la moitié de la leur ; ils en parlent mal, et traitent idem. Ils passent les premiers, en écrasant, en émettant du potin, en faisant des fumées et des poussières asphyxiantes. Et il n'y a pas vraiment de résistance en face. Boyz are boyz, boyz will be boyz, slogans de résignées, révélant une absence de conscience de classe, une fascination pour leurs mauvais comportements, une impossibilité de nommer les choses, donc de les faire cesser. On sait pourtant de quoi ils sont capables dès douze ans : ravager, dégrader en violant, des filles de leur âge, en les traitant de "putes" pour des motifs misogynes, racistes, antisémites. Ou, footeux de 18 ans "espoir" au Stade rennais, de heurter une femme qui est décédée des blessures occasionnées, en roulant trop vite en trottinette sur le Mail François Mitterrand. Typique délinquance routière. Mais il semble que s'attaquer à la racine du problème n'est toujours pas d'actualité ; pourtant ce serait mieux que se battre les flancs en se lamentant sur la "violence de la société", en mode l'universalisme a des couilles, toutes dans le même sac. L'embrouille est parfaite.
PS - Je n'ai pas de certitude que c'était intentionnel, aussi je ne le mets pas dans le corps de mon billet, mais un raclement de gorge et un crachat, même discrets, balancés en passant à trois mètres de moi, au même endroit le même jour, je n'arrive pas à penser que c'est fortuit. Vu que c'est assez habituel, j'ai tendance à penser que c'est une façon de nous cracher leur mépris au passage.
Spéciale dédicace de ce billet aux garçons (même âge environ que les précédents) de mon quartier qui jouent au foot sous mes fenêtres durant des heures tous les soirs depuis des semaines, sans doute encouragés par le calamiteux Euro de foot 2024 et ses milliardaires poussifs en shorts et maillots laids, le tout en impunité, les gardiennes de sacristie patriarcale, employées de mon propriétaire, ne daignant ni me répondre ni sanctionner, alors qu'il y a préemption de l'espace public et de la tranquillité des locataires par les mâles. Couché les bréhaignes !
jeudi 13 juin 2024
The Duchess : Georgiana Spencer Cavendish. Ou les stratégies des femmes pour survivre en patriarcat
Ce film, sorti en 2008, production franco-italo-britannique réalisé par Paul Dibb tourne en boucle sur les chaînes de la TNT. Il y est multi diffusé. Je l'ai revu récemment : il me semble être un bonne somme des stratégies que durent déployer les femmes, ici du XVIIIe siècle, mais sans doute aussi des siècles précédents et suivants, pour survivre sous la féroce loi des vieux pères.
Dans son ouvrage Au NON des femmes, Jennifer Tamas écrit que notre époque est incapable d'imaginer la violence des rapports entre les hommes et les femmes avant la fin du XVIIIe siècle, violence exercée par les hommes contre les femmes évidemment. The Duchess raconte la vie d'une personne historique : la Duchesse Georgiana Cavendish née Spencer, femme aristocrate qui vécut entre 1757 et 1806 en Angleterre.
Les stratégies de survie des femmes, ici aristocrates, se révèlent à travers divers personnages féminins, de la mère comtesse à la fille devenue duchesse, en passant par la concubine maîtresse du Duc. Ca m'a paru terrifiant.
La mère, stratège marieuse accomplie, vend sa fille de 17 ans contre un titre de noblesse supérieur au sien, de comtesse à duchesse, pour acquérir plus de statut social, concentrer les fortunes et agrandir les domaines. Il y a une contrepartie bien entendu, la production par la femme vendue, sa fille, d'un héritier mâle au Duc Cavendish. Aucune révolte chez Georgiana, elle accepte le contrat sauf qu'elle doit subir la naissance de deux filles aînées, que le garçon se fait attendre, et que le contrat peut être dénoncé puisque sa partie à elle est non remplie. D'où les visites de la comtesse mère à sa duchesse de fille pour l'exhorter à tout bien faire comme il faut, même accepter des affronts cuisants. Par exemple, Georgiana se laisse imposer sans discussion une fille bâtarde du Duc, provenant d'une liaison extra conjugale, fille qu'elle élèvera comme les siennes et à laquelle elle s'attachera. On verra dans le développement du récit que cela ne marche plus de la même manière quand c'est elle qui met au monde un bâtard, issu d'un amour romantique avec un jeune homme politique prometteur. Son enfant lui sera arraché sans pitié par le mari tout-puissant dès la naissance, et envoyé chez une nourrice à la campagne, au grand déchirement de sa mère.
Le Duc dans le film est un pleutre mal élevé, capricieux et mauvais coucheur, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il n'a qu'à exiger pour être obéi, maître, saigneur et possesseur qu'il est ? A une réception chez lui, il plante sa duchesse seule en bout de table où elle joue à l'hôtesse parfaite, "parce que la compagnie est ennuyeuse" et qu'il préfère aller dormir plutôt que d'écouter des inepties. Surtout celles de sa femme qui se pique de donner son avis politique et que ses hôtes écoutent ? Elle se retrouve donc seule à taper la discute, elle qui n'a aucun droit, surtout pas celui de voter, avec une cinquantaine de mâles titrés.
Evidemment, pour le plaisir amoureux ne comptez pas sur le duc non plus ! Il consomme. Pour lui, l'acte sexuel est une sorte de viol, il y a d'ailleurs une pénible scène de viol conjugal à un moment du film, il n'y met aucune forme, tant et si bien que Georgiana sera initiée au plaisir sexuel et aura son premier orgasme avec.... une femme, son amie Elizabeth Foster, divorcée et mère de deux enfants, qui n'a plus de toit parce que plus de mari. Le conjugo au XVIIIe siècle, précédents et suivants : le mari qui n'a rien à démontrer est un mauvais coup au lit.
Elizabeth Foster doit elle, utiliser une stratégie d'entrisme, se faire bien voir, et trahir la Duchesse en acceptant (je ne parlerai pas de consentement, les forces en présence étant peu en faveur de cette pauvre femme éperdue) que le Duc l'impose comme maîtresse et vienne dans son lit. Les deux femmes (amies au départ, rappelons-le) se retrouvent donc rivales dans le foyer du Duc Cavendish qui les montre ensemble en toutes circonstances sociales. Elizabeth est évidemment victime elle aussi : elle plaide sa cause comme une question de survie pour elle et ses enfants. Divorcée, désargentée, sans toit ni revenus, elle doit accepter de tromper sa meilleure amie avec le mari de cette dernière. Les deux sont bel et bien piégées en système patriarcal tout puissant, et doivent s'arranger avec le système puisqu'elles ne peuvent le changer.
D'un bout à l'autre du film, on voit des femmes asservies, malgré leur haut rang et leur statut social, et un patriarcal arrogant qui impose son bon plaisir à tout le monde, épouse et maîtresses incluses. Epouse qui supplie qu'on lui laisse ses enfants, soumise au chantage de devoir abandonner un nouveau-né sous peine de se voir retirer ses enfants légitimes. Le double standard est omniprésent. On a comparé le destin de Georgiana à celui de sa lointaine parente, Lady Diana Spencer, princesse de Galles (1961-1997). A part le fait qu'elles étaient toutes deux mariées à des pleutres capricieux exigeant qu'elles poulinent un héritier mâle, la comparaison s'arrête là, leur destin est différent. Georgiana s'intéressait et se mêlait de politique, Diana se dépensait en bonnes oeuvres. Pas exactement un surclassement. Georgiana Spencer était consciente que les dés étaient pipés en sa défaveur, elle s'en arrangeait en renâclant auprès de sa mère, en négociant le plus possible avec le tyran. Diana s'est fait piéger par l'aaaamourrrr, elle est tombée dans les rets d'une famille cynique et arrogante qui l'a plantée dans ses appartements après sa nuit de noces, le mari retournant à ses amours antérieures. Georgiana ne s'embarrasse pas de sentiments sauf ceux, indéfectibles, qu'elle éprouve pour tous les enfants qu'elle a élevés, elle sait qu'elle est l'enjeu d'un contrat social, qu'elle a un prix. Diana se laisse embobiner dans le conte du Prince Charmant.
Autre époque, même classe sociale, mêmes pratiques.
Tout cela pour montrer que c'est de là que nous venons, nous les femmes. De l'esclavage, de l'échange néolithique des femmes pour faire société, gagées, même encore à naître, dans le ventre de nos mères, vendues, prêtées pour la domesticité ou la prostitution, servant de lettre de change et de reconnaissance de dettes. Serves. Attachées à une propriété, violées, raptées, ravies ; butins de guerre, échangées lors des razzias, trophées distribués aux vainqueurs (survivance qu'on retrouve dans la stratégie actuelle de Boko Haram, de Daech, des Talibans...) et qu'il a fallu survivre, monnayer en courbant l'échine le fait de rester en vie. Nous sommes toutes des survivantes. De la famine, des guerres, de la reproduction à laquelle nous avons payé sur notre santé et notre vie un lourd tribut, des rivalités mâles et de l'injustice de notre sort. Tout cela a traumatisé, laissé des traces, abîmé notre psyché, nous a castrées métaphysiquement, si bien que nos réflexes en face de leur violence, c'est la sidération, la trouille, la peur de faire mal à un agresseur, mal qui se retournerait contre nous, le masochisme, le réflexe d'obéir et de subir l'emprise plutôt que se révolter, la soumission en somme. Aucun animal, à ma connaissance, n'est "sidéré" quand il est attaqué, il se défend, jette toutes ses forces et sa ruse pour se tirer des griffes et des crocs du prédateur, il arrive même qu'ils y échappent laissant l'attaquant tout étonné que ce fut si peu facile.
Un exemple vécu cette semaine, que n'importe qui d'un peu attentif peut reconnaître dans sa vie de tous les jours. Un chantier dans ma rue creuse un grand trou pour changer une canalisation veille de 40 ans. Barrières partout, dalles explosées, escaliers et trous périlleux à franchir, une tractopelle à grand renfort de boucan creuse, deux mecs regardent ailleurs. J'arrive, j'en ai plein de dos, j'ai une lombalgie, je vais au culot (je suis culottée, ça m'a sauvé la vie des quantités de fois, le culot c'est ma stratégie de survie à moi !) vers le gars près de l'accès barriéré. Puisque je suis là, je vais vous ouvrir me dit-il. Vous êtes trop bon Monseigneur ai-je failli répondre en faisant la bossue à pied bot, mais, poliment, je me suis contentée d'un sobre merci. Et ayant traversé, se matérialise devant moi, out of the blue, une dame conduisant un énorme trolley avec quatre enfants du même âge dedans. Et portant de grosses séquelles de ce que je viens de décrire ci-dessus, comme vous allez constater. S'adressant au gars du BTP elle demande si elle peut elle aussi bénéficier du passage. Je vous promets, elle a REMERCIE le mec qui l'a laissée passer TROIS FOIS ! A la troisième, j'ai un peu fondu une durite et exaspérée, je l'ai suppliée d'arrêter de s'excuser. "Mais ils travaillent quand même", me signale-t-elle ! Et vous, vous vous baguenaudez avec vos quatre mômes du même âge qui ne sont pas à vous ? J'en ai perdu mon sang-froid et toute mon élégance habituels. Nounou, c'est moins bien que gars du BTP ? Nounou, c'est pas un boulot ? Payé. Mal. Mais payé ? Le conducteur de tractopelle n'en a pas perdu une miette. Je suis partie exaspérée, il sont restés discuter, sans doute en me cassant du sucre sur le dos. L'énervée du quartier. Je ne comprends pas qu'elles ne voient pas l'escroquerie, l'esbroufe qu'est l'emploi masculin ! La pire application en est la balayeuse de ville à moteur thermique qu'eux seuls conduisent. Ils font mine de nettoyer les caniveaux tout propres, en laissant des trottoirs et des places entières jonchées de mégots et des saloperies diverses parce l'accès est impossible à leur machine. Mais il en existe plein d'autres de ces escroqueries. Les mecs s'emploient à des boulots inutiles, touchent un salaire, les femmes travaillent, en bénévolat ou mal payées, dans le soin.
Elles assurent toutes les corvées utiles du globe, elles soignent les corps jeunes, vieux, malades, la Terre, elles réparent l'entropie, elles gardent, éduquent, élèvent les enfants, avenir de l'espèce (voir billet précédent), mais leur travail, leurs emplois sont toujours subsidiaires, l'emploi étalon est toujours celui des mâles, fût-il inutile, destructeur, nuisible même. Le conditionnement est tel qu'ils n'ont même plus besoin de froncer les sourcils, elles se précipitent au secours de la forteresse assiégée, la reddition est totale. La conscience investie, phagocytée, à la manière de ces jumeaux chimériques, deux en un, dont l'un a définitivement absorbé l'autre. Tout cela est le résultat d'un asservissement que seules les bêtes ont connu au même niveau à travers la protohistoire et l'histoire qui, comme chacune sait est toujours racontée par les vainqueurs, et où les femmes occupent toujours le rôle des vaincues. L'héritage de Lady Georgiana Spencer Cavendish, résistante, survivante, militante politique émérite un siècle avant les Suffragistes, s'est perdu dans les sables de l'Histoire des vainqueurs.
Lady Georgiana Spencer Cavendish peinte par Thomas Gainsborough :
mardi 28 mai 2024
Pour une politique écoféministe - Ariel Salleh

Je l'ai lu cette semaine en français sous le titre Pour une politique écoféministe, sous-titre Comment réussir la révolution écologique. Je préfère nettement le sous-titre en anglais, bien plus descriptif et exact : Nature, Marx and the Postmodern de l'ouvrage écrit en 1997, par l'autrice Australienne Ariel Salleh.
Les féministes libérales qualifiées de "fémocrates" eurocentrées (versus "womanist", mot qu'Ariel Salleh propose à la place de féministe) en prennent pour leur grade, accusées de défendre uniquement l'égalité avec les hommes, et donc de vouloir conquérir des postes dans une économie dominée par " la confrérie des costard-cravate ", les mêmes emplois postés masculins en adoptant et exportant le modèle, niant l'apport des femmes du Sud, en faisant double journée pour un demi salaire (journées de travail de 15 heures si elles ne sont pas aidées) ou aidées mais faisant appel à des nounous, généralement des femmes "du Sud" mercenaires, à qui elles confient le "care" : " la Femme représente une 'condition de production économique' au même titre que la nature externe ".
Mais on cherche en vain la réussite de la révolution écologiste promise dans le sous-titre français du livre. Quelques expériences couronnées de succès et médiatisées sont bien sûr tentées et réussies en Inde avec Vandana Shiva, en Afrique avec Wangari Maathai, et bien d'autres, mais il semble que trente ans après, le monde glisse vers l'effondrement et l'entropie portées par le croissantisme illimitisme inamendables des hommes, par l' "ethos prométhéen de l'économie patriarcale ". " La croissance contient son contraire dans l'entropie et l'effondrement. "
L'ouvrage est truffé de mots-valise à la Jacques Derrida : destructuration du langage et recomposition en termes féministes : M/Other, womanist, fémocrate, et le magnifique Re/sister entre autres !
Les neuf premiers chapitres sont passionnants ; les trois derniers se perdent hélas un peu dans un jargon philosophique qui décourage la lecture. Et on attend en vain de ce manuel des solutions pratico-pratiques d'un début de mise en oeuvre. Comme toujours, les féministes sont inégalables dans l'analyse et la déconstruction des modèles masculins et virils à l'oeuvre, mais moins dans le passage à la pratique. Selon moi, il comporte aussi un point aveugle qui passe sous les radars d'Ariel Salleh : c'est que le patriarcat est un système universel, c'est un fait anthropologique. Critiquer les fémocrates eurocentrées du Nord, autrement nommées féministe libérales réformistes, je suis d'accord avec elle. J'aurais même pas mal de reproches additionnels à faire valoir à leur encontre, comme la quête perpétuelle de "moyens" auprès des agents de la société patriarcale que sont la police et la justice sans jamais aucune mise en garde des femmes, ni aucune proposition pour se défendre elles-mêmes contre les violences de l'agresseur intime ou autre. L'égalité et le victimaire. Ne pas voir les hommes patriarcaux qu'on a chez soi, c'est de la cécité, ou minimum, un angle mort, mais c'est commun chez les femmes : Ariel Salleh est australienne, revendiquant ses racines aborigènes, tribus, peuples Premiers d'Australie, or je crois que la Maison des hommes, où les hommes seuls, entre eux, discutent organisation sociale et politique, et toujours strictement taboue aux femmes, même aux activistes reconnues de la défense de l'environnement et de l'écoféminisme, est toujours en vigueur dans ces sociétés. Hormis toutes ces réserves, dues à mon esprit prompt à critiquer, un ouvrage stimulant à lire, évidemment.
mardi 30 avril 2024
Comment l'humanité se viande - Le véritable impact de l'alimentation carnée
Ecrit par Jean-Marc Gancille, cet ouvrage vient de sortir en librairie.
La première partie de l'ouvrage rappelle les chiffres affolants d'animaux tués (80 milliards chaque année) pour nourrir les 8 milliards d'habitants qui peuplent la planète, dont 4 milliards environ de classes moyennes aux besoins insatiables. Sans oublier que le carnage se commet également sur les mers et les océans du globe. Le pire, si c'est possible, a lieu en mer. L'emprise humaine de la pêche artisanale et industrielle est en effet bien plus importante que sur les terres, les océans occupant plus de place sur le globe que les terres émergées. Avec les inconvénients que l'on sait maintenant, sauf à vivre depuis 20 ans dans un caisson hyperbare insonorisé. Accaparement de terres cultivables pour nourrir des bêtes, destruction des habitats des animaux sauvages, de la biodiversité terrestre animale et végétale, de la faune marine, réchauffement climatique dû à la déforestation et aux émissions de méthane, pollution de l'air à l'ammoniac, pollution des eaux par eutrophisation avec les rejets d'effluents surchargés en nitrates, tels le lisier de porc, comme en Bretagne, en Chine, dans le Golfe du Mexique, tous littoraux truffés d'algues vertes ou de sargasses, se nourrissant des effluents des élevages.
Jean-Marc Gancille plaide en conclusion pour la sortie planétaire de l'élevage et du système carniste avant que nous ayons tout saccagé pour satisfaire nos estomacs : le désert avance, le chaos climatique menace notre confort et notre vie même ; le futur sera végétal ou ne sera pas. La phrase de Gunther Anders " nous ne vivons plus dans une époque mais dans un délai " est en exergue de l'ouvrage.
dimanche 14 avril 2024
Le conflit de loyauté, ce boulet arrimé aux pieds des femmes
Au contraire de l'enfant, un-e adulte majeur-e devrait relativiser les conflits entre ses parents, sa famille élargie, sa communauté, son groupe social, en adoptant une position critique conférée par une éducation, un apprentissage, les deux donnés typiquement par l'école qui est destinée à ça, en plus des savoirs de base ou académiques qu'on attend d'une personne adulte, émancipée, autonome. L'autonomie, c'est aussi penser par soi-même hors des croyances, légendes, et formatages familiaux. Or, les filles et femmes, souvent considérées comme mineures, vivent en hétéronomie en certains endroits, prennent leurs directives de tuteurs, incapables qu'elles seraient de se diriger elles-mêmes, de prendre leurs propres décisions en autonomie. Elles auraient besoin d'un tutorat ou d'un mentorat pour se diriger dans l'existence. Les femmes sont auto-mobiles écrivait Nicole-Claude Mathieu : elles se déplacent seules à condition qu'il y ait quelqu'un au volant ! Tout ceci aboutit à un manque de confiance en elles et à la sensation de devoir rendre des comptes, demander conseil ou à accepter les directives des autres, sans discussion.
Aussi, quand survient une difficulté, les femmes entrent dans un conflit de loyauté avec la classe sociale adverse, les hommes de la famille : pères, frères, oncles, voire fils, dont elles restent affectivement dépendantes et auxquelles elles sont soumises. Toutes les femmes expérimentent ce conflit quand elles revendiquent pour elles-mêmes des droits ou des choix particuliers. La classe sociale femmes (selon l'analyse théorique matérialiste, marxiste, des rapports sociaux de sexes) a cette caractéristique qu'elle a la classe opprimante à la maison, qu'elle entretient des liens affectifs avec. L'oppresseur est dans son lit, dans la chambre ou le bureau d'à côté, pire même, elle l'a mis au monde elle-même ! Bien sûr, la situation est totalement schizophrène. Tétanisante aussi. Imaginez un ouvrier ayant à faire face à ce type de circonstances avec son patron : la lutte pour un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail deviendrait impossible. Ceci explique sans doute la stagnation des femmes dans les basses zones de l'économie, les postes mal payés, ou dédiés généralement en bénévolat au service des mâles de la maisonnée, conditions qui façonnent leur psyché. Leur situation de perpétuelles asservies présente toutes les caractéristiques de la normalité, au point qu'elles ne la perçoivent même plus. Les femmes " ont été convaincues qu'elles veulent ce qu'elles sont contraintes à faire et qu'elles participent au contrat social qui les exclut " écrit très justement Monique Wittig. On voit aussi s'accentuer de façon préoccupante, dans les quartiers abandonnés de la République, la pression des frères, des hommes en général, sur les filles, le contrôle de leur vêture et de leur comportement dans l'espace public, et vis à vis des garçons extérieurs au clan.
En conséquence, on ne peut plus rien dire : le nombre de fois où je me suis fait renvoyer dans les cordes, en disant tout le mal que je pensais des insupportables comportements masculins, et où j'ai été rendue muette par obligation pour ne pas en rajouter devant certaines situations tragiques où les avaient conduites l'aveuglement de l'aaaamourrr, du mariage, renforçant leur aliénation, car si on ne peut plus rien dire, rien analyser, je ne vois pas comment cela pourrait s'arrêter, ou même changer ! C'est à tel point qu'après avoir fait l'expérience d'une association féministe, quand j'en suis partie au bout de quatre ans, je me suis juré de ne plus jamais y remettre un pied. Vive le free-lance. Au moins je peux l'ouvrir, tant pis si on me traite de misandre, d'anti-hommes, je n'en ai plus rien à faire. Je n'ai et n'ai jamais eu aucun conflit de loyauté avec quiconque : j'ai eu un père (décent, ce qui n'est pas le cas de tous, malgré ses défauts), des oncles ; j'ai des cousins, un frère, et alors ? Ils sont ma famille, et je suis une personne différente avec un vécu différent. J'ai eu des collègues de travail aussi, de très sympathiques même, ce qui ne m'a jamais empêchée de dire ce que je pense.
Et dans le camp d'en face, comment ça se passe ? Très bien, merci pour eux. Ils vous laissent toujours leurs tours de vaisselle, ils trouvent normal d'avoir une larbine à la maison pour pas un rond. Ils arrivent même à dire du mal des "bonnes femmes", de leur belle-mère, à vous faire croire que le mariage c'est vous qui en auriez besoin, mais pas eux, alors que c'est l'inverse, nous on n'a pas besoin de ces boulets, mais eux ont besoin d'une bonne à la maison, mère, sœur, épouse, que leur linge soit propre, le ménage fait, les repas prêts, leurs enfants pris en charge; Ils ont aussi besoin de soutien émotionnel. Les féministes argentines disent sans plaisanter que sans leurs femmes, les argentins mâles crèveraient de faim. Adultes, ils ne souffrent d'aucun conflit de loyauté vis à vis de leurs mères ou sœurs. Ils ne voient même pas l'injustice et expriment leur misogynie sans pudeur ni honte. Dans ces conditions, si vous voulez reprendre votre liberté hors d'un système étouffant, il peut vous en cuire. Ces ayant-droit ne vous feront alors pas de cadeau, leur frustration s'exprimera dans le sang, Infanticide, féminicide, animalicide (ils se vengent sur les animaux de leurs compagnes, promettant l'escalade), voire meurtre des beaux-parents, de l'amant, ou même tuerie de masse (à partir de 2 mort-es), forcenés mobilisant le GIGN ou le RAID. Ils sont dan-ge-reux. Dans le silence, le mutisme, l'atonie de la société. Ah si, j'oubliais, marches blanches et cellules psychologiques, la société y est à son maximum : consensus mou, T-shirts blanc immaculé, pas un slogan. Ne pas nommer le problème. Jusqu'à la prochaine.
Il faut en finir avec tout cela. Cultiver l'autonomie des filles, l'autodétermination des femmes, arrêter de leur pourrir la tête avec l'obligation de s'en trouver un et de le garder contre vents et marées. Nous valons mieux que tous ces statuts inférieurs, que ces contraintes se transmettant, inamendables, de génération en génération. Nous n'y pouvons rien, c'est ainsi, la vie nous éloigne, nous détache, chacun-e fait des expériences différentes de celles de la famille et de ses membres, expériences qui modifient notre façon de voir. Au contraire, c'est un enrichissement, un vent frais qui souffle, qui efface les miasmes familiaux, les traditions recuites, obsolètes, les croyances des vieux-pères. Sans renier notre histoire, le lieu d'où nous venons, nos liens et nos attachements, la liberté est possible. Avec une prise de conscience et de la volonté. Nous en sommes capables. Les filles sont bonnes à l'école, elles réussissent, elles font des carrières enviables, il n'y a aucune raison de faire des complexes. Cultivons, chérissons notre quant-à soi, notre domaine intime. Libérons-nous. Soyons fermes et défendons nos convictions sans avoir besoin de l'approbation des autres.
samedi 23 mars 2024
Ce très commode universalisme lexical qui nous fait endosser les crimes masculins
Cela a commencé par un xweet (soyons aussi créative que le mirifique repreneur de la plate forme X) de France Info rapportant que "les peines planchers à l'encontre des délinquants récidivistes n'ont eu qu'un 'faible effet dissuasif ', selon une étude " (ah, les études de France Info !) relayée par La Croix. Auquel j'ai répondu : "Et vous savez que les quelques 3200 femmes incarcérées sur 73 000 sous écrous pour 60 000 places disponibles, elles, ne récidivent jamais ? La récidive est masculine, mais on lit et entend sans arrêt 'la prison est l'école de la récidive'. Car les hommes, fournissant largement la population carcérale, fait passé sous silence universel, récidivent.
Depuis environ 125 ans de déconstruction et d'épistémologie féministe (anthropologique, sociologique, psychologique, mythologique, juridique...), soit six ou sept générations bien tassées, la parité en prison n'est toujours pas atteinte dans les prisons françaises et mondiales, les femmes y étant scandaleusement sous-représentées. Pire, même, on n'en parle JAMAIS. Une abonnée m'a aussitôt répondu que depuis 1992, année de la mise en place de stages de récupération de points de permis de conduire, un professionnel de la sécurité routière lui avait précisé qu'il n'y voyait qu'une à six femmes sur vingt participants, sans évolution non plus depuis 30 ans. Il y a encore des stages où il n'y a aucune femme ! Le refus d'obtempérer du délinquant routier n'est décidément pas notre genre.
Alors Mesdames, on joue petit bras ? On renâcle à délinquer ? On refuse le braquage de banque ? On se contente de filmer les émeutes des "jeunes" par la fenêtre de son immeuble à Aubervilliers, Dijon ou La Courneuve ? On obtempère docilement quand la police ou la gendarmerie vous demandent de vous arrêter et de vous garer ? On ne sort toujours pas une lame quand un mec vous parle mal ? On ne trucide pas Jules quand il vous quitte ? Même la baffe lestement envoyée à un lourdaud insistant qu'on voyait dans les films des années 40 et 50 n'a plus cours : désormais c'est la paralysie de tous les membres lorsqu'on se prend une main au cul ou que les insultes fusent ? Je suis moi, dans ce cas, pour le cumul des mandales.
Et pourtant, il y aurait matière à redire et à riposter. Cantonnées dans les basses zones de l'économie sur douze ou treize métiers du soin, sans machines ni outils comme ceux des hommes pour gagner en productivité, mal payées, un bon braquage de banque bien organisé devrait aider à "finir les fins de mois" SIC comme écrit la presse ventriloque. La misère sociale, la répression et l'absence de perspectives qui sont toujours invoquées pour justifier les passages à l'acte des émeutiers (émeutière n'a pas de féminin !) ne seraient la plaie que des seuls hommes ? Mais qui est la plus maltraitée par la société patriarcale des familles, des tribus et des entre-soi étouffants banlieusards et des quartiers ? Injonctions vestimentaires, demande de papiers pour rentrer dans son logement, comme Yvette au Blosne à Rennes, discrimination à l'embauche, au salaire, à la promotion professionnelle, abandon de la femme et des enfants par les géniteurs, moi je n'appelle pourtant pas ça la félicité domestique ! Et les mecs, ils vous parlent bien ? La misogynie tisse littéralement le langage et les comportements publics comme privés. Et Jules qui se tire quand il en a assez de mômes braillards et ingouvernables, vous abandonnant dans le pétrin, il ne mérite toujours pas de représailles peut-être ? Non, je demande. Parce qu'il y a tout de même matière. Et des baffes se perdent.
On en a tout de même une, relevant le niveau, qui s'est énervée ces derniers jours : c'est alors traitement double standard dans la presse nationale et régionale. La Dépêche du Midi le 17 mars titre : "une femme" (ah tiens ? On n'écrit plus le pudique 'un individu', une 'personne' appliqué aux hommes ? Pour les femmes, on y va franc du collier, on nomme ?), "Une femme donc, déchaînée (vous lisez ou entendez 'déchaîné' à propos de la violence masculine vous ? c'est vrai qu'eux ne sont pas 'enchaînés' comme nous, aussi on devrait lire 'désenchaînée' s'ils écrivaient en français correct et factuel) s'en prend à une dizaine de chasseurs avec une matraque et un lacrymo (quel héroïsme, cette femme contre 10 chasseurs, tous mâles, forcément) et en envoie deux à l'hôpital ! En roulant dessus avec sa voiture. Une héroïne. Notez que dans la suite de l'article, la femme en question s'est spontanément présentée ensuite à la gendarmerie, ce que les hommes, eux, ne font jamais. Mais ça m'a fait la journée et même la semaine, j'ai bien aimé, malgré le traitement inéquitable de la Dépêche du Midi. Là où les mâles délinquent, c'est présenté comme fatalité, la totalité de l'espèce renvoyée à la violence de la société, mais qu'une femme manifeste de façon un peu visible sa contrariété d'être emmerdée par des chasseurs lors d'une balade en forêt, c'est stigmatisation par les patriarcaux mutiques sur la violence masculine, mais gardiens de l'ordre sur le troupeau des femelles. Et il n'y aurait pas de quoi s'énerver ?
Ainsi disparaît sous un universalisme de bon aloi le grand calme des femmes, contrastant avec les constantes incartades, incivilités, et les crimes masculins, les femmes toujours passées sous silence, invisibles, indétectables par leurs radars, toujours vues en creux, comme contrepoint inaudible. Mais imaginez qu'un jour nous commencions à monter en puissance dans la délinquance, puisque le féminisme est aussi un plaidoyer pour la parité, que ne va-t-on pas entendre ? Des cris, que dis-je, des hurlements d'indignation, une logorrhée d'anathèmes : j'imagine les plateaux télé avec toutologues, psychologues, médecins, psychanalystes (molosses du patriarcat, invariablement muets sur la violence masculine), experts en sécurité en train de se battre les flancs pour tenter d'expliquer la mutation. J'ai hâte de voir ça.
Ce billet est un pamphlet ironique. Evidemment que je suis universaliste tout en gardant un œil critique sur les impasses du système. Toutefois, je ne suis pas de ces féministes réformistes pensant que si les femmes sont capables de nettoyer un évier, elles sont capables aussi bien de riveter une aile d'avion (ce à quoi j'adhère), donc qu'elles peuvent et doivent gagner la parité partout, y compris dans les activités délétères et inamendables pratiquées historiquement par les hommes : corridas, chasse, pêche, combats de coqs, guerres et autres joutes stupides où ils s'illustrent régulièrement pour l'ébahissement puis la résignation des foules.
Passer sous silence à ce point notre calme tout en déplorant les méfaits et les crimes commis par les hommes me semble contre productif, car je ne vois pas comment lutter contre un fléau -coûteux socialement- sans jamais le nommer. Mais jetez-moi des pierres pour manquement à l'universalisme aveuglant auquel les femmes ont tellement peur de s'attaquer, ça me va aussi. Même si celles qui le font actuellement, dont je ne fais pas partie, les décoloniales, différentialistes culturelles et autres woke, errant dans des impasses théoriques, incapables de voir la totalité de l'oppression, fragmentent nos luttes, voire les cannibalisent, et sont la meilleure caution au statu quo ante.
Image : une contemporaine Diane vengeresse.















