lundi 28 février 2011

Le Président


Ce film d'Yves Jeuland propose une descente en apnée au cœur du pouvoir masculin et de ses campagnes électorales. Pouvoir masculin tellement compétent,  immuable et incontestable, tellement puissant qu'il peut par exemple diriger la mairie de Bordeaux ET reconstruire le ministère "dévasté" des affaires étrangères, fingers in the nose, un jeu d'enfant. Je l'ai vu avec deux mois de retard ce film, mais franchement, ça valait le coup d'attendre !
C'est vrai qu'avec 35 copies du film prévues pour la France entière, dont une quinzaine pour le Languedoc-Roussillon dit Montpellier Journal, il ne faut pas que je me plaigne, j'ai encore de la chance de l'avoir vu passer chez moi !


LE PRÉSIDENT : BANDE-ANNONCE HD (Georges Frêche)
envoyé par baryla. - Regardez des web séries et des films.

La dernière campagne électorale de Georges Frêche donc (Régionales de 2010) filmée librement et sans aucune censure, dit Yves Jeuland. Exclu du PS pour propos racistes, l'investiture du Parti s'était reportée sur Hélène Mandroux, maire de Montpellier, chair à canon envoyée au casse-pipe face à Frêche. Selon une habitude des grands partis, les femmes sont envoyées au front quand les carottes sont cuites. Elle n'avait aucune chance. La suite, on connaît : Frêche vainqueur, 54 % au deuxième tour, et Mandroux éliminée au premier tour avec 7,7 % des voix. Taux d'abstention remarquable : 50, 27 % (données Ministère de l'Intérieur).

Le film est édifiant : jamais une femme dans le champ de la camera, ou alors seulement si elle est maquilleuse, secrétaire porteuse des piles de parapheurs, serveuse de petits fours derrière le buffet, ou femme de ménage nettoyant au chiffon le bureau du Président, ses statuettes de granzomes et son jeu de cartes. Et en arrière-fond, très floues, sa femme et sa fille plus son éditrice, lors d'un repas. Les plans en légère contreplongée sur l'Hôtel de la Région sont aussi très intéressants : le style architectural en est nettement stalinien tendance Ceaucescu, le syndrome-du-grand-homme-voulant-laisser-une-trace-en-béton-pour-la-postérité est saisissant, et il est à la petite (Ceaucescu faisait mieux !) démesure du Président.

Hélène Mandroux en prend pour son grade : attaques physiques ("Mandroux, vous avez vu sa tête ?" ; quand on a soi-même un air de ressemblance avec Jabba the Hut, le méchant qui contrôle la pègre de la Galaxie dans le Retour du Jedi, 3ème volet de la Guerre des Etoiles, c'est cocasse !) et intellectuelles :  « Mandroux, elle ne mérite pas. C’est une femme. Elle n’a jamais rien compris à la politique. Tant qu’elle me suivait, elle savait où elle allait parce que je la guidais. Mais maintenant qu’elle est seule, elle fonce dans le brouillard".

Ou encore : "Mandroux, je la connais, c'est moi qui l'ai faite ; je l'ai prise comme première adjointe, si elle avait eu ne serait-ce qu'une idée, je m'en souviendrais !" Il n'y a rien à rajouter. Sauf que si ce film passe dans vos parages, courez le voir, il a un intérêt archéologique incontestable.

Pour plus d'extraits : suivre le lien Montpellier Journal : il en propose huit de la même saveur que la bande annonce.

Selon Les nouvelles News, les choses ne changent pas : pour les prochaines cantonales de mars 2011, les hommes sont candidats et les femmes.... suppléantes. La parité à la française, en somme.

Georges Frêche est décédé le 24 octobre 2010. Son remplaçant à la présidence de la Région Languedoc Roussillon est Christian Bourquin. 

mardi 22 février 2011

Sans offenser le genre humain

Sans offenser le genre humain * et puisque je vais passer une journée au Salon International de l'Agriculture (SIA) Paris Porte de Versailles, côté défense des intérêts de toutes les vaches-à-traire exploitées et parasitées, et des poules pondeuses esclaves encagées, voici quelques maternités animales et quelques bébés non humains :



 



Ce petit veau Charolais, je l'ai rencontré au Space ; ça ne se voit pas précisément sur la photo, mais il n'est pas blanc : il a réellement des poils irisés tirant sur l'argent, ce qui fait qu'il brillait à la lumière des spotlights !



L'amour est un comportement qui a été inventé et mis au point par l'Evolution, amélioré et affiné en permanence pour nous permettre d'élever nos petits.

Nous ne sommes pas si différents : comme disait Darwin qui utilisait un vocabulaire que les vétos modernes considèrent comme éhontément "anthropomorphe", voici deux enfants qui jouent ensemble.



J'ai trouvé ce paragraphe dans le livre de Jonathan Safran Foer Eating animals (ou Faut-il manger les animaux en français) que je suis en train de lire :
"Des technologies de guerre ont été littéralement et systématiquement appliquées à la pêche industrielle. Radars, écho-sondes (utilisés en leur temps pour localiser les sous-marins ennemis), systèmes de navigation électronique développés par la Marine, et dans la dernière décennie du Vingtième Siècle des satellites GPS qui donnent aux pêcheurs des capacités sans précédent d'identifier et localiser les lieux poissonneux. Des images des températures océaniques générées par satellites sont utilisées pour détecter les bancs de poissons".  
Nous ne leur laissons vraiment aucune chance.
Ses descriptions de thons et autres gros poissons (sans oublier les autres, remontés par tonnes dans des chaluts et qui se "noient" à l'air libre) se tordant de douleur car remontés à la gaffe plantée dans le crâne, laissent à penser que, sur ces abattoirs flottants que sont les navires de pêche et les thoniers senneurs,  travaillent quelques sociopathes sadiques relevant au minimum de la psychiatrie lourde ! C'est la guerre contre tous et contre la nature : dans le dernier demi-siècle, 90 % de la ressource des océans de la planète a été détruite.

La guerre continue par d'autres moyens : les thoniers et autres bateaux-usines bretons et boulonnais vont pêcher avec l'Armée française à bord pour répliquer aux attaques des pirates au large des côtes somaliennes. Les Européens achètent en toute légalité des autorisations de pêche aux états africains qui les leur vendent. (Ces états ont quelquefois à leur tête des tyrans redoutables qui se fichent de leur peuple comme de leur première paire de chaussettes). Mais les méthodes de pêche des somaliens et celles de européens ne sont pas les mêmes ; pendant que les somaliens pratiquent une pêche vivrière avec des petits filets, les européens arrivent avec des filets de plusieurs kilomètres et des bateaux-usines congélateurs ! Donc la piraterie somalienne serait bien une réponse à l'exploitation de leurs eaux par les européens.

Autrement, vous pouvez aussi aller faire un tour sur les blogs de dessin de blogueuses aussi talentueuses que Insolente Veggie (qu'on ne présente plus), Veggie Poulette et Anicée.

Autre lien : Rapport Agrimonde : une étude de l'INRA

* Sans offenser le genre humain : Essai philosophique d'Elizabeth de Fontenay - Albin Michel

Crédit photos : CIWF, HS US et IFAW

lundi 14 février 2011

Les putains du diable


















Mise à jour le 7/2/18
Le livre d'Armelle Le Bras-Chopard est réédité, curieusement par un éditeur juridique : Dalloz. Excellente nouvelle ! Lors de l'écriture de ce billet, il était épuisé. La lecture en est passionnante : sa thèse est que la sorcellerie fut "un phénomène plus politique que religieux, aboutissant à la construction au masculin de l'Etat moderne, phénomène qui disparaîtra une fois les femmes assujetties sous la loi".
Voici la couverture de la nouvelle édition :



La répression va naître du fantasme d'une montée en puissance des femmes au XVème siècle : les inquisiteurs Institoris et Sprenger en 1486 constatent catastrophés : "Ce temps-ci est le temps de la femme" ! Si ça vous rappelle un slogan contemporain, sachez qu'il a déjà eu cours, ce qui n'est pas rassurant ! Et effectivement, elles prennent une relative autonomie en dehors de la maison, elles tiennent boutique, elles ont leurs propres corporations, elles sont "courtières", "graillonneuses", "regrattières", "laboureuses", "brasseuses", "limonadières". Elles sont sages-femmes, matrones, guérisseuses et médeciennes, elles connaissent les herbes qui soignent et soulagent ; les médeciennes ont le quasi monopole sur les maladies des femmes. Pire, si possible, ce pouvoir que les femmes ont acquis va être mis en lumière par l'accession au trône de plusieurs reines, écrit ALC que je cite : "... à la fin du XVème siècle, Isabelle soeur d'Henri IV pour la Castille, Marguerite d'Autriche, puis au XVIème siècle Marie Stuart en Ecosse, Marie et Elizabeth Tudor en Angleterre, Jeanne d'Albret en 1555 en Navarre, alors royaume indépendant entre la France et l'Espagne. En France, la régence est confiée à des femmes soit pour minorité du roi, soit lors de son absence temporaire du pays : ainsi fait François 1er en faveur de sa mère, Henri II pour son épouse, Catherine de Médicis qui sera de nouveau régente en 1574, lors de la minorité de son fils Charles. Les femmes jouent un rôle dans la diplomatie, comme Marguerite de Navarre, soeur de François 1er ; Louise de Savoie pour la France et Marguerite d'Autriche concluent en août 1529 la "Paix des Dames" qui met fin au conflit entre leurs états respectifs".
C'en est trop ! Pour des êtres dont la nature femelle doit les porter à la soumission, à quoi s'ajoute la double hantise masculine toujours latente de l'émancipation des femmes, sexe faible, et de leur prise de pouvoir, les mâles se doivent de réagir sous peine de se faire spolier !

Ils vont donc convoquer le diable.
Au début, on ne sait pas bien qui il est : il va apparaître "après une longue gestation". Sa première mention est dans le Livre d'Enoch situé entre l'Ancien et le Nouveau Testament, et il a les traits du serpent dans la Bible quand il se manifeste à Adam et Eve. Ange omniscient, créature noire, Prince des Ténèbres, il dévoile au creux de l'oreiller, des secrets aux femmes. On va très vite associer Diable, femme, acte sexuel, danger pour les hommes. De pur esprit, il va finir par prendre corps dans l'imagination enfiévrée des inquisiteurs et des artistes du Moyen Age sur les tableaux, les sculptures avec la naissance du Purgatoire et de l'Enfer ; les clercs, les hommes vont vite lui trouver des caractéristiques tombant fort à propos :  
il est mâle et... hétérosexuel, ce qui permet d'éviter qu'il soit sodomite, qualité qui lui permettrait de mouiller aussi les hommes dans le coup, et ça ils n'en veulent à aucun prix. Il a toutefois un curieux appareil uro-génital (froid et pointu !) dont je vais vous épargner les descriptions toutes plus farfelues et stupides les unes que les autres (on est habituées aux fantasmes masculins sur le sujet) sauf une caractéristique tout de même (je résume ce que dit ALC) : tout en étant lubrique, il est un très mauvais coup au lit et au sabbat ! Il ne donne aucun plaisir sexuel aux sorcières qui sont quand même très attirées par lui, ne cherchez pas à comprendre. De toutes façons à l'époque les femmes sont considérées comme irrémédiablement stupides et déraisonnables. Comme elles sont faibles et ne savent résister, elles vont avoir le diable au corps.

Basée sur les textes péjoratifs à l'endroit des femmes d'Aristote, de Platon, de Rabelais, sur les écrits délirants et gynophobes des inquisiteurs et des juristes, la répression va être féroce et durer des siècles. Elle va s'attaquer aux vieilles femmes (hantise des hommes de la masculinisation des femmes ménopausées), aux sages-femmes (qui pratiquent les herbes et la médecine qui guérit et ne sont pas à l'abri d'un accident de parcours -en effet, la mortalité pendant les accouchements et péri-natale est importante), aux prostituées puisque le sexe est diabolisé. Il y aura 80 femmes pour 20 hommes sur 100 accusés de pratiquer la sorcellerie. Les femmes pauvres des campagnes paieront un lourd tribut à la haine. Elles seront torturées, noyées, brulées, sans qu'aucune se soulève et malgré quelques voix qui disent que tout cela ce sont des superstitions, voix inaudibles et vites tues. Au milieu du XVIIème siècle, la répression flambe : basée sur des dénonciations, les tribunaux fonctionnent à plein régime, le système s'emballe et on commence à dénoncer des enfants et.... des hommes. A ce moment-là, tout va basculer : brûler massivement des femmes, passe encore, mais des enfants et surtout des hommes, ça ne passe plus. Même les curés les plus féroces commencent à renâcler devant le massacre.

Le système fonctionne par des tribunaux spéciaux et inquisitoriaux d'abord, puis provinciaux et locaux ensuite ; mais le patron à l'époque c'est quand même le roi. Même si rien n'est centralisé comme de nos jours, et que l'état n'existe pas. L'autorité du roi, sa juridiction n'atteint pas ou ne s'applique pas dans toutes les provinces de la royauté pendant l'ancien régime, il n'arrive pas à s'imposer partout. Et c'est là, selon la thèse d'ALC, que la répression contre les sorcières va jouer un rôle déterminant dans la création de l'État.

Ce sont d'abord des confessionnaux mobiles puis des tribunaux inquisitoriaux religieux qui jugent les sorcières ; les parlement locaux ont aussi leurs propres juridictions que le pouvoir royal ne contrôle pas toujours et enfin, il y a les juridictions royales. Tous ces "tribunaux" vont se faire concurrence. La répression constitue un instrument pour mater les autorités locales, mais peut aussi être utilisée par ces mêmes instances pour affirmer leur propre pouvoir par rapport au souverain national. Les sorcières deviennent un enjeu de pouvoir ! Au fil du temps les tribunaux séculiers vont détrôner les tribunaux ecclésiastiques, puis les tribunaux provinciaux  vont évincer les locaux et après des siècles de répression, ce sont les états centraux qui vont gagner la bataille. Dans le même temps, "l'émergence d'un esprit scientifique entend percer les mystères de la nature en tenant Dieu et le Diable à l'écart des réflexions fondées sur la seule Raison". L'homme "devient maître et possesseur de la nature ; la Science récusant tout  dogme assené et non démontré s'affranchit de Dieu et de l'Église ; la politique prend aussi ses distances et son autonomie par rapport à la religion". En ce qui concerne les femmes, dit ALC, le premier soin est de les rejeter dans l'Ordre de la Nature. Selon le syllogisme : un homme est un être humain ; une femme n'est pas un homme ; donc une femme n'appartient pas à l'humanité, du moins pas tout à fait, donc elle ressort de cette nature à maîtriser. Ce nouveau discours est dans la continuité des assertions misogynes multiséculaires, sauf qu'au lieu de mettre à mort les sorcières, il est préférable d'assujettir préventivement par la loi toutes les femmes vivantes. "C'est sur ces bases que s'établira l'Etat moderne, mâle comme Satan" conclut ALC.
Établie sur le modèle de pouvoir du Pater familias, la souveraineté s'organise au masculin ; si le mari n'est plus le chef de famille, de même que si le pouvoir "tombe en quenouille", c'est la "gynécocratie", autrement dit la mort du politique et de toute souveraineté, car la gynécocratie conduit au despotisme et à l'anarchie qui ne sont plus des régimes politiques, ou à la disparition de la famille si ce n'est plus le mari qui commande, décrit un théoricien du pouvoir. La puissance entre les mains d'une femme s'exerce dans la cruauté et le meurtre, conclut-il. Le code Napoléon, code civil unificateur de 1804 entérinera l'incapacité de la femme mariée, incapable au sens juridique du terme comme les fous et les mineurs, elle sera placée sous tutelle avec devoir d'obéissance à son mari ; son statut n'aura eu de cesse de se dégrader depuis la fin du Moyen Age. La grande hantise des hommes que constitue la liberté des femmes : puisque toutes les femmes sont sous la tutelle de la loi, il n'y plus besoin de sorcières, elles peuvent donc disparaître. Le balai, véhicule des sorcières  vers le lieu du sabbat est remplacé par l'inoffensif balai des ménagères, il ne sert plus désormais qu'à balayer, affectation qu'il n'aurait jamais dû perdre. 
La putain du diable est partie en fumée au profit de la Fée du logis.

Armelle Le Bras-Chopard se demande toutefois, dans la conclusion de son ouvrage, si on ne peut pas craindre un retour des sorcières et de leur répression : les revendications des femmes à l'accès à la sphère publique et aux enceintes politiques comme les hommes, le retour du refoulé des religions, les mouvements féministes revendiquant l'exercice partagé du pouvoir partout sur la planète, la domination masculine contestée et battue en brèche pourraient favoriser un retour de flamme des bûchers ? Sous une autre forme ?

Les Putains du Diable : Le procès en sorcellerie des femmes. Armelle Le Bras-Chopard - Editions PLON 2006 et réédition chez Dalloz en 2016.
On peut aussi lire sur le sujet Le sexocide des sorcières de Françoise d'Eaubonnne - Editions L'esprit Frappeur

Et un lien signalé par Euterpe vers une conférence d'Eliane Viennot, agrégée d'histoire, prononcée en mars 2009 à l'Institut Emilie Du Châtelet qui est en plein dans le sujet, si vous n'avez jamais rien compris à la loi Salique qui a bel et bien une destination politique. C'est absolument passionnant.

"La fortune est femme, et il est nécessaire pour la tenir sujette, de la battre et heurter".
Machiavel - Le Prince

mercredi 9 février 2011

Spéculation sur les matières premières et le foncier : la déraison à l'oeuvre

La taille d'un département qui disparaît de la surface cultivable en France tous les 7 ans, l'essor des biocarburants obtenus sur des terres arables à coups de pesticides et à la place des céréales que nous mangeons et qui deviennent rentables hélas devant l'envolée du prix du baril de pétrole, la spéculation des traders voyous des banques que nous laissons accomplir leurs méfaits qui achètent et revendent du blé, du riz, du maïs et du soja sans jamais recevoir leur marchandise puisqu'il s'agit d'achats spéculatifs uniquement, l'accroissement de la population humaine et des classes moyennes (tant mieux !) qui veulent manger de la viande (tant pis !), la planète et ses terres émergées suffiront-elles à satisfaire notre goinfrerie de logements et de nourriture sous forme de viande ?


La sécheresse de cet été en Russie, les inondations exceptionnelles qui frappent le Queensland en Australie, celles du Pakistan aussi pèsent sur la production de céréales (blé, riz...) et légumineuses. Plus 80 % pour le prix du blé, 86 %  pour le maïs et plus 90 % d'augmentation pour le café. Les pays arabes devant les révoltes de rues de Tunisie et d'Égypte achètent des tonnes de blé pour satisfaire la demande de leurs peuples pour éviter la propagation des émeutes, il va falloir aborder une nouvelle contrée, celle de la rareté alors que nous sommes habitués à la surabondance et au gaspillage. Qu'est-ce qu'on attend pour adopter plus de sobriété et de frugalité ?

Lien : Green et vert.
Crédit image : Queen of Happy Endings Queensland Australia.

On en est au même point pour le foncier : les terres cultivables reculent devant les besoins de logement d'une population croissante et la spéculation foncière fait que le logement devient inaccessible pour les classes moyennes : trois générations endettées pour le mythique pavillon que tout ménage se doit de posséder selon la propaganda du "tous propriétaires" ! Et les spéculateurs qui se réjouissent que le marché soit à ce point dynamique, sous -texte, que personne ne peut plus s'offrir sauf quelques privilégiés selon Axel de Tarlé d'Europe 1. Si la sagesse commandait, il serait temps de faire baisser la pression. D'autant que selon une sinistre habitude, les humains laissent des friches industrielles et urbaines derrière eux sans rien réhabiliter comme si la place était sans limites, et quand les friches sont nucléaires, la terre devient inhabitable pour des décennies ! Voir ici Résidues et là Tchernobyl Reactor4.

Liens : L'agence d'urbanisme de Toulouse, Terre-netLe Figaro

Le
Forum Economique de Davos s'est terminé, éclipsé par la rue égyptienne. Il s'est attaqué cette année à la "nouvelle réalité du monde" que ses dirigeants semblent découvrir : arrivée de la Chine et de l'Inde dans l'économie mondiale, nouvelles technologies et nouveaux médias et leur impact sur la réalité politique : Google, Facebook entre autres.
En fait de nouvelle réalité du monde, ses riches participants ( 33 000 euros le billet d'entrée individuel et 390 000 euros par entreprise multinationale venant chercher des contacts d'affaires !) sont à 80 % des hommes, comme le rappellent Les Nouvelles News : 2000 "hommes d'affaires" et 100 multinationales. C'est vrai que les femmes représentent la majorité des pauvres de la planète dans l'indifférence générale. Réseautage, échange de cartes de visites, cooptation, remplissage de carnets d'adresses : ce club masculin fermé prétend "améliorer l'état du monde" ! Au vu des membres du club, les femmes peuvent attendre.
Il y avait toutefois une femme qui n'a pas pu se déplacer mais qui a été entendue par liaison radio depuis son pays la Birmanie : Aung San Suu Kyi dont on peut entendre la communication ICI sur le site de The Economist (en anglais) fait appel aux investisseurs afin qu'ils ne négligent pas la Birmanie mais en prenant en compte toutefois les impacts environnementaux et sociaux, message à destination de la Chine principalement, puisque la Chine achète partout : elle a d'énormes besoins en terres cultivables et en matières premières pour accompagner son expansion industrielle.

Parfaitement illustratifs du thème abordé dans ce billet : trois sujets vus à la suite au 20 heures de France 2 le 1er février dernier ; une jolie vieille dame parisienne très digne habitant sous les combles d'un bel immeuble Haussmanien de Paris intramuros, 1000 euros de loyer et 1000 euros de retraite, incapable de se nourrir car elle a épuisé toutes les économies d'une vie à payer son loyer ; une tribu amazonienne de quelques personnes aux corps couverts de pigments rouges levant avec appréhension les yeux vers nos hélicoptères, fuyards primitifs dont le territoire est cerné et détruit sans pitié par les tronçonneuses et les bulldozers des déforesteurs ; enfin les orangs-outangs (Homme des Bois en malais) captifs du Parc zoologique de Vincennes dont on "enrichit le milieu" en leur donnant la possibilité de se façonner des outils pour dénicher des friandises cachées dans des boîtes comme du miel dans des ruches sauvages, TOUS promis au saccage, au pacage entouré de barbelés parce qu'on n'en veut plus, qu'ils encombrent et que notre impérialisme les condamne à l'intégration pour les primitifs ou à la disparition pour les Orangs outangs -ce qui revient exactement au même, et à la maison de retraite pour les vieilles femmes, tou-t-e-s considéré-e-s comme improductifs et gêneurs ! La mort de la diversité et des plus fragiles broyés par le brutal sapiens occidentalisé. C'était triste à pleurer.

Liens : Survival Le mouvement pour les peuples indigènes et Uncontacted Tribes 

On apprend dans la THEMA d'ARTE Les Insurgés de la Terre, que l'éco-terrorisme a été inventé par l'administration Bush parce qu'après le 11 septembre 2001 et le Patriot Act, les filets policiers américains restants désespérément vides de tout terroriste islamiste (Ben Laden court toujours !), on les a remplis opportunément avec les écowarriors, ces résistants activistes qui défendent Mother Earth et les droits des animaux.
Décidément, rien ne se perd et les lois scélérates finissent toujours par servir. Les condamnations ont été très lourdes pour certains : jusqu'à 23 ans de prison !

Et comme je n'arrive pas à laisser passer, voici un lien vers un article de Rue89 publié par une avocate dans une affaire de viol en réunion, signalé à mon attention par un éditorial d'Arrêt sur Image.

jeudi 3 février 2011

Hypathie à la ferme

Oubliez vos souvenirs bucoliques d'enfance, elle est hors-sol et industrielle la ferme en question ! Le "progrès" est passé par là. Une exploitation vide pour l'instant, avec des cages et des caillebottis tous neufs, des mangeoires avec dispositif électronique pour identifier le cochon qui mange, combien il mange et combien il faut lui en resservir, parce qu'elle -c'est une femelle- a environ 17 bébés cochons* dans le ventre, identification grâce à une puce RFID** qui enregistre tous ses déplacements : dans certains endroits on avait expérimenté un collier avec puce intégrée, mais on s'est aperçu que quelques gourmandes malignes, trouvant un collier d'une congénère tombé par terre, le ramassaient et allaient se resservir une ration au détriment de la copine dans sa mangeoire, donc à l'oeil ! Pas de ça Cocotte, finie la triche avec ces puces implantées dans l'oreille ! L'éleveur a trouvé la parade, il est plus malin que les cochons, pour l'instant, un point partout.

Inauguration et visite portes ouvertes d'une ferme industrielle pour 900 truies gestantes produisant 22 000 porcelets par an, (et des tonnes de déjections provoquant des proliférations d'algues vertes !), le tout à la norme de la nouvelle Directive européenne 91/360/CEE, directive applicable à tous les élevages au 1er janvier 2013. Nous sommes donc allés voir comment ça se présente un élevage sous la nouvelle directive :
3 nanas et deux mecs, de vrais dangers publics ! En tous cas, c'est ce que pensaient les gendarmes qui nous ont trouvé-e-s au point presse et nous ont prié de les suivre : ils nous ont escorté-e-s vers la sortie et ont bien veillé à ce que nous nous éloignions du théâtre des opérations ! Quel honneur pour 5 militants de la cause animale ! On ne rigole pas dans le lobby de l'élevage industriel. J'y ai droit presque à chaque fois : espérons que pendant ce temps là, il n'y ait pas de femmes en détresse qui attendent tous leurs soins ?

Nous sommes revenu-e-s par la même porte l'après-midi, il n'y avait plus de gendarmes !

Mon propos n'est pas d'ennuyer mes lectrices avec les détails techniques et fastidieux des textes européens ; je souhaite juste faire prendre conscience (si tant est que ce soit appréhendable sans se rendre sur place !) de la réalité de l'élevage industriel, par juste un exemple. Pour 900 truies il est prévu 3 verrats m'a dit l'éleveur. Ils servent à faire revenir les chaleurs après la mise bas, ils n'auront jamais le loisir de les approcher ; je vous laisse imaginer leur frustration. En effet, elles seront inséminées artificiellement par un technicien, coincées dans une stalle d'où elles ne pourront pas bouger pendant 5 jours, le "temps que ça prenne". Comment sait-on qu'elles sont en chaleur ? C'est là que les verrats interviennent : ils sont trois dans leur stalle. A hauteur du groin de la femelle, il y a un trou cylindrique de 20 cm environ laissant passer l'odeur du mâle ; elles viennent donc y tourner dès la reprise des chaleurs (désormais en 2013, elles seront conduites en groupe, désincarcérées de la stalle qui les emprisonnait à vie jusqu'à maintenant -une victoire des défenseurs des animaux) devant la stalle des mâles. Au-dessus du cylindre, il y a un lecteur de puce (RFID**, rappelez vous) qui va identifier la truie et décompter ses passages et son temps de stabulation devant les mâles. Au bout de 3 passages et/ou de 14 minutes de stationnement, la machine lui envoie un jet de peinture sur le groin, jet de peinture qui va permettre à l'éleveur ou au technicien de l'élevage de la repérer et de l'inséminer artificiellement lui-même avec des paillettes de sperme -voir plus haut.
Pas le droit de faire chabadabada, chabadabada, alors ? Ce n'est pas possible dans les élevages industriels : attendre les sentiments, ça fait perdre du temps, justement. Et le temps, c'est de l'argent comme dit mon banquier.
L'animale niée dans ses besoins comportementaux et sociaux, enfermée dans un élevage concentrationnaire va vivre une vie de mises bas (2,8 par an en moyenne), d'allaitements de 21 jours et de ré-inséminations, et au bout de trois ans, à condition qu'elle "coopère" en "prenant" sans barguigner les inséminations, on va la réformer, en technolecte, l'envoyer à l'abattoir dans le langage commun. Les porcelets de 21 jours seront sevrés et brutalement enlevés à leur mère : ils iront à l'engraissement dans des exploitations industrielles sur caillebottis elles aussi, produisant des "porcs charcutiers" abattus eux vers l'âge de 4 à 6 mois, c'est à dire très jeunes ! Ce sont nos règles pour le parc animal.








Merci à Yves et Brigitte pour les photos. Double cliquer pour agrandir.

* Dans un élevage normal, elles auraient entre 7 à 10 petits -elles ont 12 tétines, 6 de chaque côté, mais dans un élevage hors-sol avec la stimulation ovarienne, elles peuvent mettre bas de 17 à 21 tout petits porcelets qui occasionnent des pertes : ils sont très petits et certains meurent dans la journée car ils ne sont à peine viables.
** RFID : Radio Frequency IDentification

Lien vers le blog de Clumsybaby qui a lu le dossier des Inrockuptibles sur la viande qui tue.

Je laisse la conclusion à Elizabeth de Fontenay qui citant Jacques Derrida, philosophe qui rappelle "qu'un anéantissement des espèces est à l'œuvre. Sans la prise en compte du silence des bêtes, les chemins de l'humanisme ne mènent nulle part. "

Bibliographie et ressources :
Eating animals ou Faut-il manger les animaux en français de Jonathan Safran Foer
Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk***
L'Animal que donc je suis de Jacques Derrida
Le silence des bêtes et Sans offenser le genre humain de Elizabeth de Fontenay (ces 4 derniers sont des ouvrages de philosophie)
Bidoche de Niccolino dont j'ai parlé ICI.
Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin, prochaine diffusion sur Arte le 15 mars 2011 à 20 H 40.


*** Je l'ai dévoré en une heure : après avoir constaté la mort de l'humanisme en 1945 à Auschwitz, le philosophe allemand Peter Sloterdijk  jette un regard impitoyable de lucidité sur l'avenir du troupeau humain -aka le parc humain.
PS Je ne suis pas parrainée par Amazon pour les liens vers son site.

vendredi 28 janvier 2011

Au coeur de l'industrie : une journée au Bureau d'Etudes

Une journée ordinaire d'ingénieure commerciale dans un bureau d'études (BE) qui propose des prestations de Recherche et développement (R & D) à des industriels. Je suis à mon bureau où je prends mes rendez-vous. Le standard est tenu par une assistante, mais quand elle n'est pas là, les réponses aux appels se répartissent en cascade sur le commercial junior (stagiaire) et puis sur les autres commerciaux par ordre de séniorité. Ça a l'air compliqué mais ça marche !

Justement le téléphone sonne et entendant trois sonneries, je décroche : Bureau d'études Machin Truc Associés, Bonjour. Une très urbaine mais ferme dame au bout du fil me demande de parler à Monsieur Laurent Machin ou Emmanuel Truc, les deux dirigeants. Bien sûr, je vais voir s'ils sont là, qui les demande ? Vous remarquerez que j'évite soigneusement les très classieux keskecé, cétakelsujè dédiés habituellement aux malheureux qui ont l'impudence d'appeler une entreprise française ! Oh, bien sûr, je suis Madame Piedboeuf de l'entreprise Gros Camion de Z, je suis la Directrice des Achats, me répond-elle.

Une dirigeante et de leur principal client encore, ils ont en effet, je ne sais par quel miracle -il y a manifestement un petit dieu qui compatit au sort des petits entrepreneurs-, ils ont donc l'entreprise Gros Camion, fabricant international de poids lourds dans leur porte feuille client !

Je fais immédiatement sonner le téléphone de Emmanuel Truc, LE dirigeant en chef du BE, en pure perte, naturellement. Il n'est pas là, de toutes façons il n'est QUE 9 H, et il n'arrive jamais avant 10 H, puisqu'il vaconduirelesenfantsàlécole, concession à Madame sa femme, ce qui lui permet de traîner le soir au bureau jusqu'à point d'heure.
Quand à Laurent Machin, je fais sonner aussi, mais je sais que c'est peine perdue, personne, absolument personne ne sachant jamais où il est, d'ailleurs tout le monde subodore qu'il est aux fraises au printemps et aux champignons ou aux châtaignes l'hiver, en fonction de la météo, puisque son emploi du temps est l'une des choses les plus opaques de l'entreprise. Et je reviens vers mon interlocutrice, prends le message et les numéros de téléphone en promettant de suivre l'affaire. Réflexe professionnel : si c'était un de mes clients, j'apprécierais qu'on en fît
autant ! Je laisse des voice mails partout, double par des mails dans leurs boîtes respectives. Je ne les verrai ni ne les entendrai de la journée.
Le soir, vers 18 H, prise d'un doute, je rappelle les boîtes vocales, relaisse des messages, mets des post-it sur leurs portes ou leurs bureaux, vérifie avec l'assistante OU ils peuvent bien être, elle n'en sait  RIEN.

Je me doute toutefois d'où se trouve Emmanuel Truc : sa principale activité chronophage, c'est la quête auprès d'organismes paroissiaux fournisseurs de subventions, prêts à taux bonifiés  (OSEO-ANVAR) et autres statuts avantageux de JEI (Jeune Entreprise Innovante) et CIR (Crédit Impôt Recherche -niche fiscale depuis peu) que ces bonnes filles que sont la Région, l'Etat et les collectivités locales leur accordent généreusement -sans aucune contre-partie éthique, je suis dans une boîte de mecs, la seule de mon espèce, sous stricte surveillance. Et ils sont plus doués pour faire la quête aux aides publiques* qu'à aller prospecter les entreprises du bassin économique pour rapporter du chiffre d'affaires. Je suis pratiquement dans le couloir vers la sortie quand mon téléphone sonne : c'est Laurent Machin qui veut savoir si quelqu'un a rappelé cette dame pour laquelle j'ai laissé des messages ! Je suis au bord de l'explosion ; je lui dit n'en rien savoir et j'attire son attention calmement sur l'importance me semble-t-il de la rappeler, vu ses responsabilités. Je ne vais quand même pas être obligée de lui faire un dessin ?
- Mais qui c'est cette bonne femme, d'abord, et qu'est-ce qu'elle veut ? entends-je dans mon combiné, je n'en crois pas mes sens ! D'habitude on a affaire à Mr Bidule, pas à une bonne femme ! (sic).
Non mais c'est inouï ! Je hasarde que peut être Gros Camion a changé de DirectRICE des Achats ou alors que jusqu'à maintenant Machin Truc Associés avait affaire à la brute qui bourre la chaudière, Monsieur Bidule, en le prenant pour une pointure de la Direction, une sinistre habitude des boîtes de techniciens qui confondent ingénieur avec décideur-e ?  Et que la CHEFFE a décidé de reprendre les choses en mains ? Autrement exprimé, mais l'idée y est.
La conversation terminée, je rentre chez moi, qu'ils se débrouillent.

Le lendemain matin, je prépare ma journée : je vais DEHORS, en visite clients, ouf, ça va me faire des vacances. J'ai horreur d'être enfermée. Je vérifie que j'ai tous mes dossiers, mes documentations, cartes de visite, et... tout étant au cordeau, je monte à la cuisine vers 9 H 30 me faire un café mérité. La cafetière potpotpotpote sur son support électrique, ça embaume. Je suis à peine servie que je vois Emmanuel Truc entrer, le poil humide, des valises sous les yeux, il doit avoir la truffe sèche, signe de fièvre, et son épi rebelle pointe comme une antenne irrésistiblement attirée par la cafetière. On dirait un bédouin qui a trois semaines de désert dans les sandales et qui rencontre enfin un point d'eau ! Bin dis donc, mais qu'est-ce qu'il fait de ses nuits ?

Bonjour, Emmanuel ! -Hon, hon, l'entends-je répondre. Décidément, c'est grave, je vais le laisser boire son remontant, attendre qu'il fasse effet (et par voie orale ça peut prendre du temps, peut-être que par voie sous-cutanée ou en intra-veineuse ?) en sirotant le mien. Après tout, on pas obligés de tout le temps se parler.
- Au fait, on a eu Madame Piedboeuf au téléphone !
- Ah, bon, ce n'était pas grave au moins ?
- Elle voulait juste nous voir, et comme on l'a jointe hier soir à 20 heures, ça a fait un peu court, on avait RV avec elle ce matin à 8 heures ! Vous aviez raison, c'est la nouvelle Directrice des Achats.
Dit d'une voix un peu faiblarde. Donc, elle les a bien convoqués et les a fait venir ventre à terre pour se présenter eux et leur boîte, et dès potron minet en plus. Je commence à comprendre : il s'est levé aux aurores et a dû négocier au débotté avec Madame (qui a un poste de cadre et les impératifs qui vont avec dans un entreprise du coin) le convoyage des enfants à l'école !  Mon intuition était la bonne. Ça réchauffe, ce genre de nouvelle : si j'avais été Piedboeuf, j'aurais exigé une rencontre à 7 heures, histoire de bien marquer qui tient qui par les couilles (Promis, dans le prochain billet j'évite le mot couille). Je me dis que j'ai raté une vocation de directrice des achats, et que je vais m'en mordre les doigts tous les jours que fera la Grande Déesse Cosmique désormais ! Quel beau métier tout de même !
* On estime qu'entre 40 à 80 milliards d'euros "tombent" sur le entreprises en une année sous diverses formes : subventions, prêts à taux bonifiés, exonérations de charges ou de taxes, crédit d'impôts divers, le tout sans aucun contrôle ni aucune obligation étique (parité hommes-femmes, embauche de handicapés, ouverture de postes aux français d'origine différente, non discrimination des eros minoritaires, bonnes pratiques environnementales et sociales, etc...) !























Mes références à Amazon ne sont pas sponsorisées.

dimanche 23 janvier 2011

L'émancipation et le travail des femmes en dates

Rappel des dates qui font l'histoire des femmes au travail et de leur émancipation (?). AH AH.

(Actualisation au bas du billet au sujet du jugement régressif rendu par la Cour d'Appel d'Angers sur la maternité sous X)


































L'infographie est de Mode(s) d'emploi que je remercie. Regardez bien dans les marges. Le billet concerné est ICI.

Voyons un peu : 1972 : Loi imposant égalité de salaire et de traitement entre les hommes et les femmes. Warf, Warf, Warf ! 40 ans après, les salaires des deux restent DIFFERENTS de moins 20 % en moyenne au détriment des femmes, et c'est apparemment incompressible malgré le renforcement de la loi en 2006. Et ce n'est pas la Récession provoquée par le krach financier de 2008 qui va faire changer les choses : en période de récession, les femmes sont de préférence priées de laisser la place aux mecs, sur un marché de l'emploi en "crise", et de mettre leurs revendications sous le boisseau. Rappel : les salles de marché des banques/casinos sont peuplées à 99 % d'hommes ! Ils sont ipso facto responsables, et c'est leur "crise" ! Ils devraient en bonne justice être les seuls à payer l'ardoise, mais ce n'est pas le cas ! Après avoir fait sauter la banque, privatisé les profits et mutualisé les pertes, ils continuent à se faire des couilles en or, et ils spéculent maintenant sur les matières premières, dont les céréales et les légumineuses que nous mangeons !

Loi Roudy de 1983, décret d'application juillet 1983 : interdiction de mentionner dans une offre d'emploi quel que soit les caractères du contrat de travail envisagé ou dans toute forme de publicité relative à une embauche, le SEXE ou la situation de famille,... refuser d'embaucher une personne, prononcer une mutation [....] en fonction du SEXE ou de la situation de famille, prendre en considération le SEXE ou la situation de famille notamment en matière de rémunération [....].
Lors de la parution du décret d'application de la loi Roudy, mon patron de l'époque m'avait envoyé par courrier postal une engueulade préventive à propos de cette loi, précisant que si j'insérais une offre d'emploi de sage-femme* sans la mention H/F ou "le poste est ouvert aux deux sexes" on verrait ce qu'on verrait ! Que ça barderait sérieusement pour mon matricule ! Depuis, si j'avais touché 10 euros à chaque fois que j'ai lu dans un offre d'emploi "homme de terrain", "homme de dialogue", ou homme de tout ce que vous voulez (contrairement à ce que nous expérimentons tous les jours, l'homme est adaptable (dingue !) à toutes les sauces dans les publicités de recrutement !), je serais à la tête d'un bas de laine conséquent. Sans que la DDTE, le commissariat de police, le procureur de la République, la Halde,... alertées ne remuent leur gros derrière. Les bonnes femmes, ça fait secrétaire, caissière et infirmière et c'est juste un salaire d'appoint. Point. Circulez !
Il serait temps de se pencher aussi sur les pratiques racistes, sexistes, âgistes des cabinets de recrutement, ces parasites des ressources inhumaines, qui sont (mal) payés pour faire les basses besognes que les entreprises n'osent plus faire elles-mêmes ! Et notez que mentionner votre situation de famille et le nombre de vos enfants n'est pas obligatoire ni conseillé sur votre CV, cela relève de votre vie privée.

1986 : Légalisation de la féminisation des noms de fonction : vaste rigolade, on meurt de rire ! Même les femmes refusent de les porter au féminin les noms de fonction ! Le féminin n'est pas légitime, le masculin qui l'emporte sempiternellement sur le féminin (règle de grammaire idiote, imbécile, sexiste et ringarde) nous a spoliées du magistère de la parole, donc notre parole ne porte pas, nos opinions sont sujettes à caution (mâle de préférence), mettre un E à un nom de métier masculin relève de la transgression, et directRICE serait moins bien que directEUR, LA ministre et LA maire, ça ferait tarte et serait contraire aux règles de la langue (voir les opinions d'académiciens sous bandelettes poussiéreuses), comme si une langue n'appartenait pas à sa locutrice et que celle-ci peut donc lui faire dire ce qu'elle veut, du moment qu'elle se fait comprendre, et que les règles de grammaire sont juste des conventions. Alors un peu d'audace ?

2000 : Parité en politique : avec amendes ridicules pour les partis qui n'obtempèrent pas ! D'ailleurs, supprimons les amendes et imposons l'application. Car ils ont toujours un homme qui fait mieux l'affaire, les femmes sont invisibles et ne sortiraient pas du lot. Et puis, les femmes collent les timbres et assurent tellement mieux l'intendance des partis. Résultat minable aux deux assemblées : 18 % de femmes députées et  21,8 % de femmes sénatrices.

2001 : Loi Génisson : l'égalité hommes/femmes rentre dans les négociations annuelles en entreprise. Bon, OK. En attendant, j'ai demandé il y a deux ans et demi à mes banques de me donner le lien internet conduisant à leur bilan social, histoire de voir les répartitions de postes par genres, les écarts de salaire éventuels, qui bénéficie de la formation..., et qui la joue casino avec mes économies. J'attends toujours malgré mes relances. Allo ? La Terre ?
Pas de réponse ? Message personnel : vous ne perdez rien pour attendre, la vengeance est un plat qui se mange froid, très, très froid.

2010 : Loi Copé Zimmermann instaure un quota de 40 % (pourquoi pas 50, ils ne savent pas compter ?) dans les boards des entreprises du CAC 40 d'ici 2016. Encore une mesure dilatoire qui ne sera pas implémentée : Copé dans le nom d'une loi, je ne sais pas pourquoi, je le sens mal. Cumulard par excellence, il envoie un mauvais signal d'emblée aux patrons et administrateurs qui ne voient pas pourquoi ils laisseraient leur place à une femme. Parce qu'il s'agit bien de cela : les places sont limitées, ils doivent donc s'effacer pour nous laisser passer !

Au fait, quand les job boards se font leur salon de recrutement en nouvelles technologies (qui n'ont de nouvelles que le qualificatif, en pratique, c'est l'usine de papy gadzart !), ça donne l'affiche ci-dessous : (précision, parce qu'apparemment ce n'est pas évident pour tout le monde un homme seul sur une affiche de forum de recrutement, ça signifie que les femmes n'y sont pas les bienvenues ! Moi, je le lis comme cela). Pareil pour les têtières de cabinets de recrutement -VOIR ICI-, où les femmes, quand il y en a, sont deux pas derrière !

























* Dans sage-femme, contrairement à ce que presque tout le monde pense, le mot femme ne réfère pas à la praticienne MAIS à la parturiente. Un homme qui exerce ce métier porte donc naturellement le nom de sage-femme.

Actualisation au sujet du jugement d'Angers sur l'Accouchement sous X à lire ICI :
Dans cette période de backlash décidément bien dure aux femmes, le jugement rendu dans l'affaire des grands-parents qui demandaient la garde d'une enfant née sous X et qui l'ont obtenue, il ne fait définitivement pas bon être mère dans ce pays ! Leurs droits sont constamment bafoués. Et elles sont toujours considérées comme incapables de prendre seules la bonne décision en ce qui concerne leurs enfants, éternelles écervelées mineures qu'elles sont. Ce jugement d'Angers introduit une brèche dans le droit à l'accouchement sous X. Une femme qui avait offert de pleine volonté à son enfant un avenir qu'elle ne pouvait lui assurer elle-même en le proposant à l'adoption, vient de voir rompu le secret à la demande des grands-parents, qui bafouent par là même la volonté de leur fille. C'est le triomphe de la biologie et des liens du sang, une autre régression dans cette époque régressive.

mardi 18 janvier 2011

Deux sexes et rien d'autre ?

A l'occasion de la diffusion de "Naître ni fille ni garçon" diffusé sur
France 3 le dimanche 21 novembre dernier, excellent documentaire que j'ai vu, et dont malheureusement je n'ai pas trouvé d'extrait, les réflexions sur le genre s'imposent enfin à la société. Une fois évacuées les problématiques de santé, de malformations dues ou non à la pollution de l'environnement, les problèmes psychiques et sociaux que tout cela pose et qu'il n'est pas question de nier, il est tout de même frappant de voir qu'après avoir surmonté sa gêne face aux intersexués, la société nous met en devoir à tout moment de spécifier clairement à quel sexe nous appartenons ! Et ça laisse l'impression tenace que tout cela sert à savoir qui va faire le secrétariat et les cafés au bureau, se taper les travaux ménager et la cuisine, et qui va aller chercher les enfants à l'école en faisant un détour par la boulangerie en rentrant !

Pour mieux expliquer ce que je viens d'écrire, je me réfère à d'un débat sur France 2 abordant le sujet, où un militant intersexe, Vincent (qu'on aperçoit dans l'extrait vidéo ci-dessous) faisait bien comprendre aux téléspectateurs comment on lui avait fait spécifier un sexe à coup de médicaments et de chirurgie, sans rien lui dire au préalable ni sans recueillir son consentement, histoire de le/la faire sortir de l'indécision (!!) où la biologie l'avait placé-e, où il utilisait clairement les mots normalisation, assignation et mutilation, en insistant parfaitement sur la différence entre sexe et genre, le genre étant le sexe social avec hiérarchie entre le masculin et le féminin. Évidemment, je laisse au médecin qui prétend qu'il y a un cerveau masculin et un cerveau féminin la responsabilité de ce qu'il dit. On n'est pas obligé d'adhérer.

Médicalement parlant, l'indifférenciation sexuée toucherait une naissance sur 700 à 2 000 en fonction des affections, et il y aurait 8 caryotypes sexuels différents dans l'espèce humaine ; le sexe féminin est bien premier parce que tous les fœtus sont féminins jusqu'à la 7ème semaine, moment où se produit un signal du cerveau qui différencie, sauf accident (mais est-ce un accident ou est-ce nous qui l'appelons ainsi ?) entre la 7ème et la 8ème semaine les organes sexuels sous l'influence de la testostérone. On a fait du chemin depuis les temps où Aristote (un grand ami des femmes) "décréte que la mère ne transmet pas ses propres caractères à l'enfant. Elle n'est que le réceptacle, le vase qui recueille la semence du père, pourvoit à son développement dans son ventre, puis met au monde l'enfant. Aristote dit que l'homme donne la forme, le principe vital, la femme fournit la matière qui nourrit la petite graine déjà préconçue par son partenaire qui informe cette matière".* Il a ainsi influencé des siècles de scientifiques, prélats et philosophes !

Voici un bel exemple de dualisme malgré de nombreuses précautions oratoires :

Hermaphrodisme-pierredesvaux-sergehefez
envoyé par jmphoenix2. - L'info internationale vidéo.

Télérama livre un article sur le sujet ICI (en montrant des corps nus, c'est devenu une habitude narcissique !) en expliquant pourquoi la question du genre est politique : discrimination à l'embauche, écarts de salaires même pour les femmes qui choisissent de ne pas avoir d'enfants et font carrière, assignation aux tâches ménagères, choix de métiers réduit, mal payés, etc... Toutefois, le concept de genre selon le magazine ne serait pas une invention des féministes, malgré le "On ne nait pas femme, on le devient" de Simone de Beauvoir, mais une idée des médecins qui ont traité les bébés "hermaphrodites" comme on disait à l'époque ! Des médecins préoccupés de biologie, de génétique et de chirurgie réparatrice qui inventeraient le concept éminemment social et politique de genre ? Tiens, une fois de plus, on ne doit rien aux féministes ! Comme à chaque fois qu'une idée exposée et martelée par le féminisme passe dans le corpus des sciences sociales, devenant ainsi un sujet de société non tabou donc mainstream ? C'est quand même dingue !

Bonne nouvelle toutefois, Science Po Paris à la rentrée 2011 va introduire un enseignement obligatoire sur les problématiques de genre (sexe social avec hiérarchie entre le masculin et le féminin) pour tous les étudiants. Et les féministes n'y seraient pour rien ? Si Télérama le dit....

Et si on arrêtait le genre ? Il ne fait pas bon être entre deux, ou être un éros minoritaire, gay ou lesbienne, dans la société majoritaire hétérosexuelle.


Pour en savoir plus sur le sujet en se divertissant tant qu'à faire, on peut recommander la lecture du magnifique roman de Jeffrey Eugenides, prix Pullitzer Littérature 2003, Middlesex, où sur fond de 50 ans d'histoire contemporaine américaine on voit des migrants grecs s'intégrer dans le creuset américain et l'héroïne une fille/garçon résistante, beau personnage de roman, Calliope, refuser l'assignation de la société et accepter de vivre en étant les deux sexes à la fois. Un roman libérateur.

* Citation tirée de Les putains du Diable d'Armelle Lebras-Chopard chez Plon

jeudi 13 janvier 2011

Women are heroes : je l'ai vu pour vous




Crédit photo : Photo-film

C'est un film d'artiste : beaux cadrages, plans accélérés, couleurs saturées, courte focale, gros plans voire très gros plans sur des visages de femmes qui racontent leurs faits d'armes de la vie quotidienne dans des favelas violentes et des quartiers promis à la démolition puisque convoités par des promoteurs immobiliers. Les coups de masse des démolisseurs répondent aux coups de feu des gangs ou de la police, les friches, favelas et sentes claustrophobiques et interminables, où l'on ne peut pas se croiser sans se plaquer au mur sont omniprésentes, comme les tas d'ordures où travaillent des enfants, la cohue de villes surpeuplées... Et ces femmes parlent d'éducation, d'école, de livres, d'entrepreneuriat, de mariage, de leurs enfants, de viols aussi, et d'espoir avec une énergie incroyable ! Ce n'est jamais misérabiliste.

Land art ou street art : le film est une performance d'artiste autour de l'énergie des femmes -dans des univers hostiles. La bande son est de Massive Attack. Moi, j'ai beaucoup aimé. Pourtant, je ne cache pas qu'aller le voir ressemblait à une petite contrainte professionnelle puisque j'avais promis la critique dans mon billet précédent ! On comprend également pourquoi il a obtenu le prix de la Semaine de la Critique de
Cannes : il est visuellement beau.

Je n'ai vu aucune réelle promotion pour le film : ni à la radio, en tous cas pas celles que j'écoute, et rien à la télévision ; j'ai juste été alertée de sa sortie parce que je suis dans la mailing-liste d'Amnesty International ! Emelire en parle dans son billet de mercredi.

D'autres critiques : Les Inrocks (qui aime),  Le MondeTélérama  et
Politis ; ces trois derniers n'aiment pas le film ...sans doute plutôt l'image des hommes qui leur est tendue ! Comme je les comprends : on y voit une séquence où le réalisateur négocie l'installation de ses bâches avec les hommes : ils se font prier et demandent quand on reviendra les photographier eux aussi ! Tous mauvais joueurs.

En conclusion une citation d'une interview d'une femme de Kibera
(Kenya) : J'ai du potentiel, les femmes ont du potentiel, le monde ne voit pas le potentiel des femmes !
Je recommande d'aller voir ce beau film.

dimanche 9 janvier 2011

Women are heroes !


Les femmes sont des héros ! Enfin, c'est de l'Anglais : la traduction française pose un léger problème. Si on féminise, ce qui est normal, on obtient les femmes sont des héroïnes et là, gratte-nerf habituel, il se produit un léger glissement sémantique, héroïne n'a pas exactement le même sens que héros. Autant en anglais, tout colle bien puisque héros (hero) va tout de suite prendre le neutre, ce troisième genre (it) qui positionne la langue en mode ternaire et la sort de la binarité qu'impose la langue française et qui la corsète. En français le féminin héroïne est connoté, il fait pâle faire-valoir du héros mâle. Encore un mauvais coup du masculin l'emporte (prenez un héros plus 49 héroïnes et méchant tour de passe-passe, on a à cause d'une règle de grammaire idiote 50 héros !), et du masculin qui a fait main basse sur l'universel ! J'en ai déjà parlé.

Allons donc pour héroïnes, il faut l'imposer : oui, toutes les femmes sont des héroïnes à part entière ; faire double journée (pour un demi salaire et une demi-retraite) en gardant une redoutable efficacité dans l'hémisphère Nord, trouver à manger, cultiver la terre et nourrir une nombreuse famille dans l'hémisphère Sud pendant que les hommes font la guerre entre eux d'abord, et aux femmes ensuite -traitées qu'elles sont en butin de guerre et en chair à viol quand la guerre devient totale- vivre dans des favelas au milieu de la violence des gangs, des guerillas et des narco-trafiquants dans des quartiers abandonnés par la police et l'armée en Amérique du Sud, trouver de nouveaux modes de cultiver la terre en Inde pour contrer les puissants laboratoires de génétique végétale et les entreprises de l'agro-business dirigées par les hommes, défendre leurs logements et leurs quartiers contre les spéculateurs/prédateurs immobiliers au Cambodge, s'organiser entre elles en Afrique pour créer et diriger leurs propres commerces et industries, continuer à vivre et élever des enfants pendant que les maris en Moyen-Orient et Extrême-Orient vont travailler dans des pays étrangers à statuts de demi-esclaves, s'organiser pour faire progresser la cause des femmes auprès des Organisations Internationales et des gouvernements, s'imposer et réussir comme dirigeantes dans les pays ruinés sous de désastreuses gouvernances mâles, résister à l'assommoir de la misogynie, du sexisme et de la persécution..., oui pas de doute, les femmes sont des héroïnes.

Le film : on trouvera la bande annonce ICI et la description du projet et la présentation de l'artiste ICI.  Sans oublier le site de l'artiste JR, photographe français de réputation internationale.

Le film soutenu par Amnesty International sort le 12 janvier au cinéma ; il a obtenu le Prix de la Semaine de la Critique à Cannes 2010.