Le 26 avril 1986 à 1 heure 24 du matin se produisait la catastrophe de Tchernobyl dans un silence assourdissant. Gorbatchev lui-même n'aura des informations fiables de son administration que 48 heures plus tard. Forêts brulées, terres contaminées en taches de léopard au hasard des précipitations, 300 000 hectares en Ukraine et en Biélorussie seront vidés de 130 000 habitants avec plusieurs jours de retard, personnes déplacées qui ne reviendront jamais chez elles. Cette tragédie coûtera à l'URSS
18 milliards de roubles (en 86, le rouble était à parité avec le dollar) : elle ne s'en relèvera pas. Et c'est l'Ukraine qui héritera du dragon.
Pour les russes Tchernobyl, c'est : 56 morts, pour l'OMS : 4 000 (chiffres négociés entre l'Est et l'Ouest au mépris de la vérité promise par les enquêteurs), tandis que le Réseau Sortir du Nucléaire annonce 1 000 000 de morts selon un rapport de l'Académie des sciences de New York.
La bataille de Tchernobyl dure 8 mois et implique 600 000 liquidateurs, plus que les armées napoléoniennes. Il n'y a pas de statistiques fiables sur les décès parmi ces liquidateurs ni sur leur état de santé. Ils étaient Russes, Biélorusses, Ukrainiens et Estoniens..., et ils ont subi la désagrégation de l'URSS et la perte de données et d'information qui s'ensuivra.On sait qu'après la bataille, les hôpitaux de toute l'URSS ont vu affluer les liquidateurs : 20 000 seraient déjà morts, et 200 000 seraient invalides : pour eux la bataille continue.
Et c'est précisément en cette année du 25ème anniversaire de Tchernobyl que se produit le deuxième accident nucléaire majeur de l'histoire dans un contexte différent : Fukushima. Et comme l'espèce humaine a la mémoire courte, après cette tragédie qui a failli rendre l'Europe inhabitable, sachant qu'il y a toujours à l'intérieur de la centrale de Tchernobyl 100 kg de plutonium, d'aucuns prétendent qu'il s'agit d'une énergie propre et sûre !
Le nucléaire, énergie dépassée, cauchemar prométhéen devenu réel, folie humaine, ou hubris* masculine ?
*Hubris : fierté démesurée, arrogance, terme de la tragédie grecque : le transgresseur est en général puni par les dieux de son arrogance.
Arrière petite-nièce de Napoléon 1er, tante par alliance d'Elizabeth II, puisque Philip d'Edinbourg, prince de Grèce est son neveu, alliée à toutes les familles royales européennes, née en 1882 et morte à 80 ans en 1962, sa vie très romanesque et atypique comporte trois parties, trois vies différentes.
L'enfance, d'abord : triste, abandonnée, sa mère meurt quelques jours après sa naissance, elle est élevée par une grand-mère qui la traite comme un coffre d'or (elle est l'héritière de sa très riche mère alors que le prince Roland est plutôt pauvre), père absent qui visite des glaciers et herborise les trois-quarts du temps, et une kyrielle de nourrices, gouvernantes, préceptrices, auxquelles elle restera fidèlement attachée toute sa vie jusqu'à leur mort à toutes. Elle apprend plusieurs langues dont l'anglais et l'allemand. A l'adolescence, elle fera part plusieurs fois à son père de son désir de devenir médecin, désir qui sera repoussé fermement puisqu'elle est destinée à une alliance princière et à avoir des enfants.
Sa vie de femme mariée : on lui fait épouser par intérêt, puisque la famille Bonaparte s'est alliée à toutes les grandes familles aristocratiques européennes, Georges de Grèce et de Danemark, frère du Roi de Grèce. Elle devient Altesse royale de Grèce et de Danemark. Malgré son homosexualité à lui, (il reste très attaché toute sa vie à son oncle Waldemar de Danemark avec lequel il passe l'essentiel de son temps), ils seront des époux attentifs l'un à l'autre ; ils auront deux enfants, Pierre et Eugénie de Grèce. Mais Marie est frustrée, névrosée et anorgasmique, et elle s'en plaint.
Sa vie professionnelle : à 43 ans, après une rencontre arrangée avec Freud par un de ses amis, elle lui demande de la prendre en analyse, car on lui a parlé de la psycho-analyse pratiquée avec succès dans le soin des névroses par le médecin de Vienne. Cette rencontre va être déterminante et changer sa vie. Sa vocation refoulée de médecin remonte à la surface. Après quelques mois d'analyse avec Freud, elle s'installe elle-même comme analyste, fonde avec onze autres la Société Psychanalytique de Paris (la psychanalyse est en pleine expansion partout) et traduit les principales œuvres de Freud de l'allemand au français, dont L'Avenir d'une illusion et L'homme Moïse et la religion monothéiste, tout en produisant sa propre œuvre littéraire et en continuant à voyager, car elle est toujours en mouvement. Elle est réellement la promotrice dans notre pays de la psychanalyse et de l'œuvre de Freud.
Elle est la contemporaine de Lacan à qui elle va s'opposer car leurs visions et méthodes divergent, de Marcel Griaule qui étudie les Dogons du Mali auxquels elle s'intéresse, la maîtresse d'Aristide Briand (à partir de la quarantaine, elle prendra plusieurs amants dans son entourage, pour tenter de connaître le plaisir physique et se libérer) : elle se considère une femme phallique -ce que lui reproche Freud dont les idées conservatrice à propos des femmes sont universellement connues. Cela la conduira naturellement à s'intéresser entre autres à la clitoridectomie dont Freud considérait qu'elle ne supprimait pas les possibilités érotiques des femmes, les hommes [...] n'auraient pas admis cela, les hommes, sous tous les climats attachant du prix à la communion voluptueuse avec leurs compagnes. Ce n'est hélas, pas la seule erreur qu'il ait commise à l'endroit des femmes auxquelles il disait à la fin de sa vie ne rien comprendre. Marie, elle pense au contraire dans ses "Notes sur l'excision "que la mutilation sanglante et terrifiante était un acte de plus ajouté à la répression de la société contre l'épanouissement sexuel féminin. Elle voyait la clitoridectomie comme visant le côté viril, phallique des femmes."
Marie Bonaparte n'est pas féministe, elle est juste lucide sur l'état de sujétion dans lequel elle a été tenue comme toutes les femmes ; d'ailleurs, elle considère le mariage "comme un tombeau". Catherine Deneuve obtient en 2004 que des sociétés de production et un distributeur (ARTE) s'intéressent à l'introductrice de la psychanalyse en France, et tournent un film sur la vie professionnelle de Marie avec Deneuve dans le rôle-titre et Benoît Jacquot à la mise en scène. Cela donnera un excellent téléfilm de 190 minutes déjà diffusé deux fois, dont vous pouvez voir un court extrait ci-dessous.
Quel que soit le regard que l'on porte sur la psychanalyse et la critique que l'on peut en faire à la lumière des études féministes, cette femme est la seule respirable et supportable de l'affreuse famille Bonaparte mais elle est aussi la plus invisible. Le livre de Celia Bertin est une réédition de 1982 ; il est absolument passionnant et j'ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture. Encore une femme effacée de l'Histoire (his story) ! Alors que les noms des généraux et des victoires guerrières de Napoléon qui a ensanglanté l'Europe encombrent nos rues, nos avenues et nos places, combien de rues, de places, d'avenues, de boulevardsen France portent-elles le nom de Marie Bonaparte ?
"Je veux nous ramener aux éléments de base. La prostitution qu'est-ce que c'est ? C'est l'utilisation du corps d'une femme pour du sexe pour un homme : il donne de l'argent, il fait ce qu'il veut. Dès que vous vous éloignez de ce que c'est réellement, vous vous éloignez du monde de la prostitution, vous passez au monde des idées. Vous vous sentirez mieux ; ce sera plus facile ; c'est plus divertissant : il y a plein de choses à discuter, mais vous discuterez d'idées, pas de prostitution. La prostitution n'est pas une idée. C'est la bouche, le vagin, le rectum, pénétrés d'habitude par un pénis, parfois par des mains, parfois par des objets, pénétrés par un homme et un autre et encore un autre et encore un autre et encore un autre.Voilà ce que c'est."
"... l'argent a une qualité magique, n'est-ce pas ? Vous donnez de l'argent à une femme et soudain, quoi que vous lui ayez fait, elle l'a voulu, elle l'a mérité. Pourtant nous comprenons la dynamique du travail masculin. Nous comprenons que les hommes font des choses qu'ils n'aiment pas en échange d'un salaire. Lorsque les hommes font un travail d'usine aliénant, nous ne disons pas que l'argent transforme l'expérience pour eux de sorte qu'ils ont aimé cela, qu'ils ont eu du plaisir et, en fait, qu'ils n'aspiraient à rien d'autre. Nous voyons la routine, l'absence d'horizon ; nous reconnaissons que la vie d'un homme devrait surement valoir mieux que cela. La fonction magique de l'argent est genrée, en ce sens que les femmes ne sont pas censées avoir de l'argent, parce que, quand les femmes ont de l'argent, on présume que les femmes peuvent faire des choix, et un de ces choix que peuvent faire les femmes est celui de ne pas être avec les hommes. Et si les femmes font le choix de ne pas être avec eux, alors les hommes seront privés du sexe auquel ils ont le sentiment d'avoir droit. Et s'il est nécessaire que toute une classe de personnes soit traitée avec cruauté, indignité et humiliation, placée en condition de servitude, pour que les hommes puissent avoir le sexe auquel ils pensent avoir droit, alors c'est ce qui arrivera. Voilà le sens et l'essence de la domination masculine. La domination masculine est un système politique."
Les causes : Pauvreté et violence
"Si vous deviez chercher une façon de punir les femmes d'être des femmes, la pauvreté suffirait. La pauvreté est dure. Elle fait mal. Ces salopes regretteraient d'être des femmes. C'est dur d'avoir faim. C'est dur de ne pas avoir un logis vivable. On se sent vraiment désespérée. La pauvreté est toute une punition. Mais la pauvreté ne suffit pas, car la pauvreté à elle seule ne fournit pas aux hommes un bassin de femmes à baiser sur demande. [....] Non seulement les femmes sont-elles pauvres, mais la seule chose de valeur que possède une femme est ce qu'on appelle sa sexualité, qui en même temps que son corps, a été transformée en produit marchand.
On peut alors formuler un a priori : on peut tenir pour acquis que si elle est pauvre et a besoin d'argent, elle vendra du sexe. L'a priori peut être faux. L'a priori ne crée pas à lui seul le bassin de femmes prostituées. Il faut plus que cela. Dans notre société par exemple, dans la population des femmes qui sont aujourd'hui prostituées, nous avons des femmes qui sont pauvres, issues de familles pauvres ; elles ont aussi été victimes d'agressions sexuelles dans l'enfance, d'incestes en particulier ; et elles sont maintenant sans abri.
L'inceste est la filière de recrutement. C'est là qu'on envoie la fille pour lui apprendre comment faire. Donc, bien sûr, on n'a à l'envoyer nulle part, elle y est déjà et elle n'a nul autre endroit où aller. On l'entraîne. Et l'entraînement est spécifique et il est crucial : on l'entraîne à ne pas avoir de frontières à son propre corps, à être bien consciente qu'elle n'est valorisée que par le sexe, à apprendre au sujet des hommes ce que l'agresseur, l'agresseur sexuel lui apprend. Mais même cela ne suffit pas puisque, après l'entraînement elle s'enfuit et se retrouve dans la rue, sans abri, itinérante. L'une ou l'autre de ces formes de destitution doit avoir lieu pour la plupart des femmes en prostitution."
"Dans la prostitution, une femme demeure sans abri."
Andrea Dworkin : Pouvoir et violence sexiste. Éditions Sisyphe. Chapitre 4. Pour expliquer le langage parlé, il faut préciser que ce texte est celui d'une conférence organisée par la Faculté de droit de l'Université du Michigan : "Prostitution : From Academia to Activism" 1992.
Le texte entre guillemets est d'Andrea Dworkin ; sont de mon fait, les caractères en gras et l'intertitre Pauvreté et violence.
Liens Wikipedia pour Andrea Dworkin en français et en anglais.
A lire aussi lien Mauvaise Herbe
Le dimanche matin, sur Europe 1, c'est la recette de Jean-Luc Petitrenaud ! Hier matin, c'était andouillette au Sancerre cuite au four. Voici la recette :
Ingrédients - Il vous faut :
1 belle andouillette,
des quantités d'oignons (pas plus de renseignements à donner ; à part cela, on nous rebat les oreilles dans les cours de cuisine avec la pré-ci-sion !),
1 bouteille de Sancerre,
1 cocotte en fonte,
1 four,
1 ménagère.
Après avoir fait fondre une bonne quantité de beurre ou de saindoux (ne mégotez pas !) dans la cocotte, tapissez "généreusement", "avec de l'ampleur" (Petitrenaud dixit, pas d'autres indications de quantité malgré les demandes réitérées à son CHEF cuisinier du jour), d'oignons émincés que vous faites fondre dans la graisse sans que toutefois ils prennent couleur ! Quand vos oignons sont revenus, vous posez dessus votre belle andouillette et vous versez votre bouteille de Sancerre. La cuisine de CHEF étant à l'évidence un chef d'œuvre de précision horlogère, on comprend tout juste qu'il faut noyer l'andouillette et les oignons dans le Sancerre. Ceci terminé, fermez la cocotte ; la MENAGERE (Sic) enfourne le tout pour au moins 7 à 8 heures de cuisson. Mais, suggère le CHEF, si vous allez jusqu'à 10 heures de cuisson, ce n'est pas embêtant ; la MENAGERE (resic) doit toutefois ne pas oublier de retourner l'andouillette de temps en temps. Pendant 10 heures, une paille ! Ca tombe bien : elle n'a rien d'autre à fiche, la MENAGERE, que de penser à retourner son andouillette ! Ce qu'on obtient au bout du compte est assez confus ce dimanche matin : un indice tout de même, ça doit compoter.
Garniture : servir avec une purée de pommes de terre avec "beaucoup de beurre, n'hésitez pas sur la quantité de beurre, de préférence salé et de Saint-Malo (?? -tant pis si vous habitez le Pays Basque !), plus il y en a, plus c'est onctueux !". Toujours Petitrenaud.
L'embêtant de tout cela, c'est que ça passe le dimanche matin vers 8 H 30, après l'éditorial de Catherine Nay et pendant qu'on trempe ses tartines de blé ou de maïs confiturées dans son thé ou son café ! Et que ça a nettement tendance à vous gaver pour le reste de la journée. La station initiale d'Yves Calvi perpétue la tradition de la cuisine française où des grands chefs sempiternellement mâles, disent à des "ménagères" comment et que cuisiner le dimanche midi. Ingrédients indispensables : graisses animales, testostérone, et... les femmes à la cuisine ! Ça fait même partie du "patrimoine immatériel" de l'humanité depuis quelques semaines. Lourd, indigeste et pas très paritaire, le patrimoine immatériel de l'humanité ! Et bien qu'immatériel, il a tendance à vous peser sur l'estomac.
Conseil personnel non inclus dans la recette de Petitrenaud : lesté de pareille façon, évitez surtout la partie de tennis ou le semi-marathon après le repas, vous risquez la mort. Couchez-vous et évitez autant que faire se peut toute contrariété ; votre femme et vos enfants ont peut être encore un peu besoin de vous. La thrombose coronarienne puis la nécrose du muscle cardiaque vous guettent. Déjà que manger de l'andouillette confite ne fait pas particulièrement djeunz, mais pour le coup vous ressembleriez prématurément à un petit vieux !
C'est incontestable qu'encore et toujours, la viande est une affaire d'hommes, petits et grands. Chez Jean Rozé (Société Vitréenne d'Abattage de son vrai nom et filiale d'Intermarché), les bouchers captureraient même les bœufs au lasso ! Voilà comment la publicité nous formate pour la vie, et dès le plus jeune âge. Comment éradiquer les comportements machistes avec des stéréotypes pareils, dont on nous inflige pour le cas où on oublierait de jouer ces rôles et ces comportements figés, des piqûres de rappel toutes les cinq minutes ? Et tant pis pour tous les hommes qui ne se voient pas dans ces rôles virils, machistes, tant pis pour les hommes végéta*iens qui ne se voient pas en cowboys ni en chasseurs !
Quitte à jouer les rabat-joie, le réalité est toute différente : avertie par un lanceur d'alerte la semaine dernière, j'ai dû appeler la préfecture (DDPP ex DSV*) pour les faire se déplacer sur un dossier d'une quarantaine de vaches maltraitées et mourant de faim chez un éleveur incompétent et financièrement à bout, d'après l'enquête. Il a fallu argumenter et même s'énerver pour les faire bouger ; la gendarmerie s'est finalement déplacée plusieurs fois et m'a tenue au courant de ses démarches ; la DDPP préconise "la réduction du troupeau", en superbe langue de coton !
Gloups : vous ne faites rien, un troupeau de 35 vaches meurt lentement de faim, vous faites quelque chose, vous accélérez leur fin en les envoyant à l'abattoir ! Dure, très dure condition animale !
Il y a une erreur presque subliminale dans le film : les bœufs n'ont pas de cornes ! Glissement freudien ? Le "boeuf" qu'on trouve chez SVA Jean Rozé abattoirs, c'est de la vache dite de réforme, c'est à dire des vaches de trois ans, réformées, envoyées à l'abattoir, après une vie d'épuisants vêlages, de séparations douloureuses d'avec leur veau afin de leur piquer le lait qu'elles ne produisent que pour leur petit comme plus personne ne sait ! Et ce sont aussi des vaches retirées à l'éleveur pour cause de mauvais traitements d'après ma récente expérience ; et, pour le plus grand confort de l'éleveur, on leur brule la racine des cornes à l'acide en bas âge, et oui, c'est douloureux !
Une autre publicité sur les utilitaires Volkswagen, formatante dans des comportements virils avec rien que des hommes aussi est actuellement sur les écrans : attention, artisans sévèrement burnés, notez bien l'élégante remontée de futal vers la fin du film, sur fond musical style aka maori : clairement, les métiers de l'artisanat ne sont pas des métiers de gonzesses, tant pis pour les femmes intéressées à se lancer, ni des métiers de demie-portion, tant pis pour les hommes frêles et petit format : selon cette pub, ils auront l'air ridicules au volant de leurs gros engins !
La publicité télé de Volkswagen est déclinée dans la presse professionnelle avec les visuels suivants, montrant que le danger vient moins de la route que de leur dur métier, décidément pas fait pour les gonzesses (cliquer pour agrandir) :
Slogan en bas d'affiche : "le danger ne viendra pas de la route" ; il n'y a pas que la foudre qui menace l'artisan en plein travail, le client libidineux qui se rince l'œil et apprécie avec concupiscence le beau plombier coincé sous la lavabo, le menace aussi en le mettant en position de proie sexuelle !
La situation n'est plus réservée aux femmes.
(Cliquer pour agrandir !)
*DDPP : Direction Départementale de Protection des Populations DSV : Direction des Services Vétérinaires. Ces services dépendent de la Préfecture.
Hollywood va fêter son 100ème anniversaire : la Compagnie UNIVERSAL a été créée en 1912. C'est l'occasion de rendre hommage aux femmes de l'Industrie du cinéma américain qui n'arrivent plus à tourner dépassé 40 ans, hormis quelques exceptions qui confirment la règle : après 40 ans, votre sex appeal est dévalué, et la carnivore Hollywood préfère la chair fraîche. Je vais donc faire volontairement l'impasse sur les symboles sexuels : tout le monde les connait, c'est un rôle parfaitement convenu pour les femmes. Je précise aussi qu'il y a une différence historique fondamentale entre le cinéma américain et le cinéma français qu'il vaut mieux connaître pour apprécier les femmes productrices : le cinéma français est un cinéma de metteurs en scènes et le cinéma américain est un cinéma de producteurs : aux USA, le final cut (montage final) appartient aux producteurs tandis qu'en France, le metteur en scène garde jusqu'à la fin la haute main sur son film. : exemple Blade Runner, chef d'oeuvre de Ridley Scott de 1982, dont la ridicule fin sortie en salle, imposée par la production, est désormais remplacée sur tous les DVD par le director's cut très noir voulu par Ridley Scott. Personne ne le regrette.
Les mythiques : Greta GARBO est la Reine Christine (Rouben Mamoulian - 1933) : Typique film d'actrice, voulu par Garbo avec la complicité de son metteur en scène pygmalion, l'extrait de la fin ci-dessous, montre une Reine Christine androgyne par la coiffure et les vêtements, qui se relève vite après quelques larmes sur la mort de son fiancé (John Gilbert, qui a laissé moins de trace dans l'histoire du cinéma que Garbo) et va de
l'avant : "la mer est haute et le vent est avec nous" dit-elle en se mettant à la proue du navire !
Marlène Dietrich et Joseph Sternberg dans The scarlet empress (L'impératrice Rouge 1934) : film d'actrice voulu par Dietrich et tourné avec la complicité de Joseph Von Sternberg, son réalisateur pygmalion et fétiche. Marlène Dietrich réglait elle-même les lumières du plateau, car elle s'estimait seule compétente sur la manière dont son visage prenait la lumière. Dans cette scène, elle passe en revue les troupes russes, et s'adresse aux soldats :
Les entrepreneures ou entreprenantes : Mary Pickford (1892 - 1979) contribue à créer la compagnie United Artists avec Charles Chaplin ; elle est actrice, scénariste et productrice.
Ida Lupino (Ci-dessus crédit photo IMDB) : vous l'avez inévitablement vue dans High Sierra de Raoul Walsh avec Humphrey Bogart. Une magnifique blonde à tête bien faite. Une pionnière : au début des années 40 du XXème siècle, elle écrit, réalise et produit ses films ! J'adorais la voir à la télé dans le cinéma de Minuit de France 3 quand il n'était pas relégué à une heure du matin, programme à qui je dois une grosse partie de ma culture cinématographique pour ce qui concerne le cinéma d'avant les deux guerres, et celui des années 50 et 60.
Sigourney Weaver avec Ridley SCOTT : la série des Alien, dont Weaver rachète les droits pour exploiter et arrêter à son gré "la franchise". Inutile de vous dire qu'il n'y a qu'UN SEUL Alien : le 1er épisode, celui de Ridley Scott, sorti en France en 1979. Chef d'œuvre absolu à plusieurs niveaux de lecture : science-fiction, suspense et terreur pour les deux plus immédiats, mythologique, sexuel, symbolique et psychanalytique. Alien, le 8ème passager, titre erroné parce qu'il y a 9 passagers : le spectateur est bel et bien embarqué dans le vaisseau infernal avec l'équipage et le monstre. J'ai lu plusieurs fois que Ridley Scott (gros macho anglais qui a quand même mis en scène Blade Runner et Thelma et Louise dans les années 80 - en fait Scott est un génial metteur en scène des années 80, depuis il s'est enlisé dans des films plus conventionnels, hélas pour nous-) Scott donc, voulait un héros mâle pour jouer le rôle de Sigourney ; elle se serait imposée à force de le harceler tellement elle tenait au rôle. Et pour notre chance, elle l'obtient. Débarrassées que nous sommes donc de l'inévitable Bruce Willis, de son marcel maculé de cambouis à auréoles de sueur sous les bras, il va de soi que cela change tout : seule survivante parmi l'équipage (avec un chat !) de la redoutable bestiole qu'on ne voit jamais, elle terrasse le dragon après avoir, en qualité de commandante du navire, été trahie par un infernal robot à visage humain. Le monstre Alien, qui a besoin d'une gestation, a été ramené et accouché par un homme après un voyage hallucinant dans les décombres d'un vaisseau spatial imaginé par l'auteur français de BD Moebius ; toute la symbolique sexuelle est à l'envers : c'est une femme qui terrasse le dragon et c'est un homme qui accouche du monstre ! Jouissif. Sans Sigourney, Alien n'aurait été qu'un film SF catastrophe de plus, le tout venant de la production hollywoodienne.
Jodie Foster : actrice, productrice et metteuse en scène, Présidente du Jury des Césars 2011. Tout le monde se souvient de son époustouflante prestation dans Le silence des agneaux de Jonathan Demme en 1991 et de l'actrice de Taxi Driver de Martin Scorsese. Même si les films qu'elle dirige ou produit n'ont pas laissé une trace impérissable aux yeux des cinéphiles, elle fait honnêtement le boulot en refusant les rôles de poupées faire-valoir du héros. L'héroïne, c'est toujours elle.
Les metteuses en scène : Katrine Bigelow : Metteuse en scène de The hurt Locker, en français Démineurs, le dernier que j'ai vu. La guerre vue par une femme qui dirige des hommes derrière sa camera. Je l'ai vu un après midi où je me suis fait deux toiles, ça permet de comparer ; je l'ai vu juste après District 9 de Neill Blomkampt (2009) : les critiques "vendaient" District 9 comme une métaphore du racisme car des extra-terrestres arrivent au-dessus de Johannesburg et demandent l'asile à la terre. Les terriens les enferment dans un camp-ghetto, genre township de Soweto où les étrangers doivent affronter le racisme des terriens. Le film évolue vers une guerre de libération avec gros guns phalliques et pétaradages assourdissants de mitraillettes, très pénibles quand on n'est pas un ado épileptique habitué aux jeux vidéos ! Je n'ai pas aimé. En revanche, le film de Bigelow montre la réalité de la guerre en Irak avec des garçons qui risquent leur vie à chaque fois qu'ils désamorcent une bombe ; elle montre que la guerre n'est pas un jeu vidéo mais du sang et des tripes, et que les mecs appellent leur mère quand ils perdent un bras ou une jambe ! Plus tard elle montre la difficulté de réinsertion dans la vie de tous les jours de garçons shootés à l'adrénaline qui n'arrivent plus à mener une vie civile normale. Un vrai film solide sur la réalité de la guerre. Ses autres films les plus populaires : K19 le piège des profondeurs et Point break. Il faut remarquer qu'elle ne dirige que des hommes.
Sofia Coppola (photo ci-dessus). Metteuse en scène et fille de son père Francis Coppola ; elle a été élevée sur des plateaux de cinéma ; quatre films, deux chefs d'oeuvres selon moi (je n'ai pas vu Somewhere donc je n'ai pas d'avis !) : je n'aime pas Virgin suicides où alors je suis passée carrément à côté de son charme, mais Lost in translation qui se passe à Tokyo et Marie Antoinette, film pop avec de la musique rock, sont deux grands films d'auteure.
Ma liste n'est certainement pas exhaustive, je donne mes préférées de façon totalement subjective. Elle peut sans doute être complétée. Mais dans ce milieu machiste, elles sont rares et sans doute doivent-elles faire de gros efforts pour s'imposer et durer. Je suis désolée de ne donner que la référence imdb, mais il n'y a pas d'équivalent en français de cette irremplaçable base de données du cinéma.
Actualisation 28/3/11 : Pour être exhaustive et pour comparaison, ci-dessous en bas du billet, la version femme/fille de la publicité RégionsJob vue dimanche soir à la télévision.
Le soir vers 17 H 50 sur France Télévisions, chaîne du service public qui montre l'exemple, Yves Calvi, ex journaliste de radio, fait de la radio à la télé ; il traite au jour le jour et en direct les sujets pile dans l'actualité. Ça doit être l'heure qui n'est pas propice (17 H50 - 18 H 50 environ, l'heure de la préparation du dîner et de la surveillance des devoirs ?) toujours est-il qu'on ne voit pas ou alors très rarement de femmes dans ses habituels 4 experts. En revanche, certains "experts" ont leur rond de serviette bien rangés dans le buffet de la salle à manger de Calvi : ils l'y retrouvent régulièrement. Christophe Barbier, Yves Tréard, Roland Cayrol, et les deux, trois mêmes spécialistes de l'IFRI ou du monde arabe reviennent presque toutes les semaines ; ils ont les mêmes coiffeurs et surtout les mêmes coloration, "châtaigne intense", montrant leur immuablilité : ils ne vieillissent pas. Alors que nous sommes usées, au bout du rouleau, de voir toujours les mêmes ! Petit échantillon scientifique : Lundi 7/3/11 : Marseille, linge sale en familles : 3 mecs. Ça cause de politique mafieuse, ceci expliquant cela ?
Mardi 8/3/11 : FN, l'alerte : 3 hommes.
Mercredi 9/3/11: Quand la Méditerranée tremble : 3 hommes, dont Pascal Boniface et Malek Boutih.
Jeudi 10/3/11 - Le pétrole brûle, l'essence flambe, sujet éminemment masculin puisqu'on y parle bagnole : 3 mecs, pas vu de quatrième.
Vendredi 11/3/11 : sujet sur la catastrophe au Japon intitulé "Tremblements et stupeur" SIC ! Notez que le titre à peine modifié est emprunté à Amélie Nothomb, bande d'aigries que nous sommes : 3 mecs ET UNE FEMME géographe (mais elle ne figure pas sur le site de l'émission : ils ne doivent pas avoir sa bio et elle ne doit pas avoir de livre à vendre) ! J'en ai fait un tweet, tellement ça m'a bluffée. 14/3/11 : le tsunami touche la France (!) : 3 mecs. 15/3/11 : Japon, la fusion des drames (ah ah, très drôle le titre, euh, moins drôle la situation) : 3 hommes. C'est vrai que les points presse du Premier ministre japonais et de TEPCO sont exclusivement masculins. 16/3/11 : Khaddafi attaque Sarkozy : 3 mecs dont Pierre Servent et Antoine Sfeir, des habitués. 17/3/11 : Le test Le Pen : 3 mecs dont Pascal Perrineau du CEVIPOF, un squatteur de l'émission.
18/3/11 : Khaddafi bloque les frappes, sujet sur la guerre, sujet éminemment masculin ? Toujours est-il que : 3 mecs, dont l'inusable Pierre Servent et, en cours d'émission, de fines remarques sexistes contre Catherine Ashton, la chargée de la diplomatie de la Commission européenne, première Vice-Présidente de la Commission, lâ bâronne Ashton (oui, elle est baronne et travailliste et alors ?) comme j'ai entendu ricaner Europe 1 dans une revue de presse, mettant en doute sa compétence, vieille rengaine à propos des femmes.
Lundi 21/3/11 : Lybie, jusqu'où et quand (sujet sur la guerre, donc....) :
4 hommes dont Alexandre Adler.
Mardi 22/3/11 : Le Pen, le front de la discorde : 4 mecs dont Roland Cayrol, "fin analyste" de la politique française, mais on en a un peu marre de voir toujours les mêmes "fins analystes" de plus de 60 ans qui squattent le poste depuis plus de 30 ans, ceci dit sans racisme âgiste.
Pour la suite, voir le site de C dans l'air et rendez-vous devant votre poste vers 17 H 50 tous les jours si ça vous tente. Pendant cette période j'ai donc décompté : 38 présences masculines et UNE FEMME. Je sais qu'Olympe et Fanchon la Parité en ont aussi fait des billets d'humeur, mais ça vaut le coup d'insister. On peut aussi faire ses remarques sur leur site dans la boîte "Réagissez en direct en cliquant ici".
L'absence des femmes accrédite ou nous habitue à l'idée que les femmes n'ont pas d'avis, a fortiori aucune expertise faisant autorité sur ces questions politiques, économiques, environnementales ou de guerre qui nous concernent TOUTES.
Et en ce moment sur tous vos écrans, une publicité pour Régions Job : l'informatique, c'est toujours un métier de garçons ! On n'est pas sorties de l'auberge, vraiment ! RegionsJob est un board d'offres d'emplois et une candidathèque, base de données de CV.
J'espère que cela ne va pas me fâcher avec Priscilla, Rédactrice Web chez eux et co-animatrice de Mode(s) d'emploi leur intéressant blog où elle aborde sans détour et régulièrement, le sujet des femmes et des discriminations qu'elles subissent dans le monde du travail ; mais ce n'est certainement pas elle qui décide de leur stratégie publicitaire ni du choix de leur agence. Les entreprises n'ont généralement pas de mots assez forts pour vilipender l'absentéisme, cette plaie des plannings ; mais qu'en est-il du présentéisme, ce travers masculin ? Voir ICI l'article des Nouvelles News sur le sujet.
En Bretagne/Pays de Loire (BPL) nous avons UN aéroport International.
Il est à Nantes, sud-Loire pour être précise. Ailleurs, à Rennes et Brest notamment, il y a de petits aéroports à desserte nationale et quelques aérodromes. Lorsque Nantes a été construit, Sud-Loire donc, la Bretagne Nord a été oubliée (sciemment ?), les deux présidents des Régions Bretagne et Pays de Loire étant de tous temps concurrents, style "concours de celui qui pisse le plus loin dans la cour de récréation de la Maternelle Supérieure". Je sais que certaines (y compris des féministes) pensent que les femmes et les hommes au pouvoir, ce sera le même médiocrité, qu'il n'y a pas de raison, mais quand même, je ne veux pas faire mon mauvais esprit, nous n'avons pas les mêmes zones érogènes !
Pour celles qui ne vivent pas habituellement sur les bord d'un fleuve, sachez que bien que ce soit beau et pittoresque, c'est embêtant comme la pluie : il faut construire des ponts qui sont vite saturés et qui coûtent cher ! La Loire a de plus la détestable habitude de s'étaler, c'est pire à Nantes où elle s'éparpille en différents bras avec des îles au milieu. Bref, c'est une somme absolue d'embêtements.
Et si vous avez eu comme moi l'occasion dans votre vie professionnelle, de prendre l'avion pour quelques sauts de puce hexagonaux pour des réunions ou des visites clients par exemple, vous avez pu constater, à moins d'être aveugle ou assommée par un quotidien que vous ne voyez plus tant il vous paraît "naturel", qu'il n'y a que des mecs dans les avions. J'ai voyagé quelques fois en étant la seule passagère, et une fois accompagnée d'une pharmacienne de Glaxo Smithkline qui s'était précipitée sur le siège près du mien pour se sentir moins isolée ! J'en conclus que ces aéroports dévoreurs de terres cultivables et de biodiversité sont destinés à transporter des hommes vers de réunions où il ne se dit pas grand chose et vers des clients hypothétiques pour d'aussi hypothétiques signatures de contrats, avec un pétrole en cours de raréfaction et à 150 dollars le baril -la semaine dernière. Plus des familles qui partent en vacances : mais les vacances, c'est peut être le moment de prendre le temps, donc le train ?
Vinci qui a obtenu la construction du chantier pour 450 millions d'euros -sans doute sous-évalués- et la concession de l'aéroport Notre-Dame des Landes (NDDL) jusqu'en 2072 (55 ans depuis la date de sa mise en service en 2017), vous a fait ici un film avec une pertinente musique d'aéroport, mais pas de vrombissements d'avions au décollage ni de fumées polluantes, qui montre le futur aéroport tout en image panoramiques, images où l'on voit à l'horizon 2065 son empreinte sur l'environnement. 2030 hectares avec deux pistes pour une prévision de
9 millions de passagers, alors que Nantes Atlantique n'a qu'une seule piste et accueillait 2 500 000 passagers seulement en 2007. A titre de comparaison, Roissy CDG, c'est 4 pistes sur 1600 ha et un trafic de plus de 50 millions de passagers par an. Genève, San Diego et Gatwick fonctionnent avec une seule piste et leur fréquentation va de 10 à 31 millions de passagers ! Et la construction de la troisième piste de Heathrow (Londres) a été stoppée en 2010 par des environnementalistes très déterminés et professionnels.
NDDL, c'est 82 exploitations agricoles touchées, 47 qui disparaissent avec les 110 agriculteurs qui vivent dessus. Au moment où on parle de nécessaire relocalisation de la production agricole, ça tombe mal.
En attendant la résistance s'organise.
Malgré les promesses de Vinci d'en faire un projet exemplaire en matière d'environnement, greenwashing oblige, un collectif s'est installé sur le site : une soixantaine de militants occupent les lieux, une ZAD (Zone à défendre). Ils se sont installés dans des cabanes, des caravanes, une yourte, des maisons abandonnées ont été remises en état, un boulanger a même installé son fournil auprès de la cabane qu'il occupe. On y trouve des alternatifs, des écologistes radicaux, des militants des mouvements des squats, et des décroissants. Ils défendent des terres cultivables, la biodiversité, 1600 ha de bois, de champs et de zones humides. Expérience à suivre de près : les français sont moins aguerris aux techniques d'activisme et de désobéissance civile que nos voisins anglo-saxons et allemands. Au sujet des allemand, qu'en pense Euterpe ?
Pour celles/ceux qui comme moi ont quelquefois pensé que manger est une perte de temps et se sont souvent contentées pour expédier la chose d'un sandwich, d'une pomme ou d'un yaourt, vous avez tout faux. Manger est plus que manger. Ça raconte une histoire, notre histoire individuelle, familiale, sociale, collective. C'est donc de la mémoire, de l'affect et des émotions.
Les exemples abondent dans la littérature et dans notre mémoire. Le Banquet de Platon est une œuvre philosophique fondamentale où une discussion philosophique se tient lors d'un repas arrosé entre amis, Proust coupeur de cheveux en 36, trempant une madeleine dans son thé va vous écrire plusieurs pages de souvenirs sentimentaux. La grand-mère de Jonathan Foer, immigrante juive américaine survivante de la guerre en Europe, vivait pieds nus et trouvait sa nourriture dans les ordures et les restes que les autres ne mangeaient pas. Aussi devenue américaine, stockait-elle la nourriture et bourrait-elle ses petits enfants de sucreries pour conjurer cette peur de la faim, expérience personnelle qui marque une vie. Enfin, se nourrir est synonyme de fêtes et de réunions familiales (qu'on n'est pas obligé-e-s d'aimer) ritualisées autour de la religion ou de dates historiques telles que Noël, Pâques, ou Thanksgiving, cette fête typiquement américaine commémorant l'histoire de pèlerins qui trouvent une cache de nourriture juste au moment où ils vont mourir de faim. Et puis on reste toute sa vie attachée aux saveurs et aux odeurs de la cuisine de la personne qui vous a nourries durant votre enfance ! Manger c'est donc aussi une histoire d'enfance.
Aussi quand vous faites une table d'information sur le végétarisme, vous avez diverses réactions dont certaines sont surprenantes et déroutantes : elles vont de la quête du bien-être, l'expression des inquiétudes d'une société secouée tous les six mois par un scandale alimentaire impliquant toujours la viande et le poisson mais qui veut éradiquer tous risques, les intolérances alimentaires (au gluten par exemple, très courantes), ou la grand-mère qui vous demande conseil parce qu'elle a offert pour Noël un lapin (cramponnez-vous pour ne pas dire que les animaux ne sont pas des jouets) à sa petite fille de 9 ans qui depuis refuse de manger de la viande car elle a fait le rapport entre son lapin adoré et les animaux qu'on lui fait manger (une fillette très douée et sensible au-delà de la moyenne), jusqu'aux réactions brutales voire violentes des gens qui se sentent agressés devant l'interdit de chair animale que nous avons choisi de nous poser à nous mêmes sans intervention extérieure parce que leur père et leurs grands pères étaient bouchers et chasseurs !
Foer, après avoir dit les fêtes juives familiales et l'histoire tragique de sa famille, enquête très sérieusement menée pendant 3 ans auprès des fermes industrielles (90 % de la production de viande) dont Smithfield Corporation, éleveur industriel de porcs, des fermiers traditionnels américains, auprès des activistes de la cause animale, PETA* notamment, et des abattoirs où il démontre qu'on ne peut y appliquer aucun traitement "humain" aux animaux pour cause de productivité ; la loi a beau imposer aux abattoirs l'étourdissement préalable (lois identiques en Europe et aux USA dans ce cas) avant égorgement et saignée, le convoyeur (chaîne industrielle de désassemblage) avance sans répit à vitesse constante, et si le pistolet matador s'enraye ou n'est pas convenablement chargé, la vache sera égorgée, pattes sciées et peau arrachée en pleine conscience, et les poules, poulets et dindes seront ébouillantés sans électro-narcose si le bain électrique ou le gaz ne font pas leur effet ! Moi aussi je me suis longtemps rassurée, croyant à la stricte application de la loi et pensant qu'elle épargnait ces tortures aux animaux, sauf qu'il faut se rendre à l'évidence, le système industriel productiviste est tel que les lois n'y sont pas applicables, et ce, que nous soyons aux Etats-Unis ou en Europe !
Ce que Foer découvre lors de son enquête est dévastateur. Son livre est le chemin d'une perte d'indifférence et d'une prise de conscience : celle de la façon dont nous traitons les milliards d'animaux que nous élevons, abattons et mangeons. L'entassement concentrationnaire, sans lumière du jour, dans les élevages hors-sol, l'absence de toute possibilité d'exercer un comportement d'être sentient et social, les doses massives de médicaments, tranquillisants, qu'on leur sert préventivement car ce sont des animaux estropiés et malades qu'on trouve dans ces élevages, le boulevard que nous ouvrons aux virus pour se développer et franchir la barrière des espèces (le virus de la grippe et de toutes ses formes passées y compris la redoutable grippe espagnole de 1918, actuelles et à venir est au départ un virus aviaire), et enfin le transport brutal vers l'abattoir où ils vivent une fin inhumaine, tous ces éléments vont faire cette quête aboutir à la seule conclusion possible : pour l'enfant qu'il vient d'avoir, pour lui et sa famille, Jonathan Safran Foer ne voit que l'alternative végétarienne.
Deux citations : "Ce n'est pas seulement que les techniques avaient changé : la biodiversité était remplacée par l'uniformité génétique, les départements universitaires consacrés à l'élevage animal étaient devenus des départements de science animale, et des métiers autrefois exercés par les femmes étaient maintenant confisqués par les hommes".
"Nous avons laissé l'industrie remplacer la ferme traditionnelle pour les mêmes raisons que nos cultures ont relégué les minorités au statut de citoyens de seconde zone et tenu les femmes sous le joug du pouvoir masculin". **
Le précédent livre de Foer "Tout est illuminé" est aussi une quête, la quête d'une origine ; il semble que jusqu'à présent, ce soit la signature de son œuvre. Partant de la tradition juive et américaine puisque les USA sont désormais son pays, s'inscrivant dans l'histoire de sa famille, mais reconnaissant que l'histoire est un laboratoire d'expérimentation et que le blocage sur une tradition immuable ressemble à la mort, Jonathan Safran Foer va, pour lui, sa famille et son fils, s'inventer sa propre tradition : ils fêteront toujours Thanksgiving mais il n'y aura plus de dinde sur la table.
A la place, il y aura du tofu, ou du seitan et des légumes.
L'histoire continue...
* PETA : People for Ethical Treatment of Animals
** Respectivement pages 107 et 243 de l'édition de poche américaine en anglais.
Pour le très énervant 8 mars et ses festivités, rappel de quelques statistiques concernant LES femmes : pas de quoi pavoiser. Moins 20 % de salaire en moyenne, à compétence et responsabilités égales, diplômes supérieurs pour tenter de compenser (en pure perte) le gap ! 90 % des mi-temps sont occupés par les femmes dans les entreprises.
Pensions de retraite moins 48 % en moyenne par rapport aux hommes : la récompense d'une vie de doubles journées pour un demi-salaire, maintenue dans les basses zones de l'économie. Sursélection selon des critères virils pour les cadres, ingénieures et techniciennes, soit le double d'entretiens de recrutement par rapport aux hommes : si vous voulez le poste il faut donner des gages de conformité !
Choix de carrières et de professions limité : une dizaine de professions occupées par les femmes, celles où on a son bâton de maréchal dans les 5 ans ; tout le reste par les hommes, généralement les professions où on peut faire carrière, agir sur les choses, et voir son salaire doubler, voire tripler ou quadrupler. La précarité est pour les femmes (travail temporaire ou en CDD) ; la stabilité pour les hommes. Etc... Etc...
Le 8 mars devrait être non pas un rendez-vous festif mais une journée où on fait le point sur les acquis par rapport aux années précédentes, où on fixe les nouveaux objectifs à atteindre et la mise en œuvre de ces objectifs avec calendrier et dates butoir. Et on précise les sanctions à appliquer en cas de retard sur ces objectifs.
L'Europe n'est pas en reste ! La Cour de Justice Européenne vient d'interdire aux sociétés d'assurances au nom de l'EGALITE HOMME-FEMME les tarifs spéciaux qu'elles accordent aux femmes en y trouvant leur compte, car ils encouragent les bonnes pratiques de conduite sur la route !Décidément, quand un dispositif nous favorise parce que nous sommes vertueuses, c'est toujours TROP ! La décision est applicable au 21/12/2012. La Cour de Justice Européenne ne pourrait pas mettre son nez dans les inégalités de salaire, carrière, accès à l'emploi..., que les femmes subissent plutôt que de sanctionner les gens qui conduisent vertueusement ?
Last but not least, tout comme les chômeurs sont désignés seuls responsables de la médiocre situation dans laquelle ils sont car ils auraient forcément commis des erreurs de jugement dans leurs choix professionnels, que les violées l'ont bien cherché en faisant leur jogging seules le matin à l'aube et qu'elles portaient un string qui dépassait du jean, ou qu'elles ont demandé une cigarette (attitude provocatrice) à 7 gars dans le RER, une poignée de féministes, l'écume aux lèvres et le couteau entre les dents est responsable de la détestation millénaire que les hommes portent aux femmes, selon un certain blog qui a organisé un bashing des femmes qui, défendant leurs droits, provoqueraient l'animosité et la peur des hommes. Ils seraient paumés les pauvres
petits ! L'argument est imparable pour faire de l'audience. Se défausser sur les victimes et faire de leurs défenseur-e-s des boucs émissaires permet au système de garder les mains blanches et... le pouvoir.
Et puis quel mépris des hommes, finalement.