mardi 29 mars 2016

Mary Anning, Elizabeth Philpot et le Baron Georges Cuvier

En allant dans ma bibliothèque pour trouver quelques livres pour ce week-end pluvieux et froid de Pâques, je suis tombée par hasard sur ce roman publié en 2010, pour la traduction française. Le roman le plus connu de Tracy Chevalier est La jeune fille à la perle, publié en 1999 et adapté au cinéma en 2003. Dans Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier nous raconte sous forme d'un roman à deux voix, les vies de deux archéologues effacées de l'HIStoire du XIXème siècle : Mary Anning et Elizabeth Philpot.


Mary Anning (1799-1947) est une fille du peuple qui survit à Lyme Regis, petite ville de la côte Sud du Dorset en Angleterre en récoltant sur les plages des ammonites et des excréments de fossiles, curiosités que les touristes achètent dans sa petite boutique en ville. Elle et sa famille (son père est ébéniste mais il disparaît de tuberculose en 1810) en vivent très mal : il n'y a pas toujours de quoi acheter du charbon, ni des légumes et du pain pour faire la soupe. Au début de sa carrière, elle est analphabète, elle apprendra à lire vers 13 ans en allant au cathéchisme.
Elizabeth Philpot (1780-1857) est une sorte d'héroïne de Jane Austen : fille issue de la bourgeoisie désargentée, elle est obligée de déménager de Londres avec ses sœurs Margaret et Louise, dans le Dorset où elle désespère de se trouver un mari, vu son absence de dot et de fréquentations de salons convenables. Les deux femmes, bien que de conditions sociales et d'âges différents partagent la même passion de la collection de fossiles. Elles deviennent amies et soutien l'une de l'autre. Quand Mary Anning découvre son premier ichtyosaure enfoui dans une roche, on accourt de partout pour le voir. Mais tout le monde est bien embêté : même si la bête ressemble à un crocodile, on voit très vite que ce n'en est pas un (Charles Darwin -1809-1882- n'a encore rien entrepris) ! Et comme l'Eglise n'autorise aucune interprétation autre que celle de la Bible -le monde a été créé en 6 jours il y a 6 000 ans- que sont donc ces bêtes qui ne ressemblent à rien de connu ? Deuxième contrariété : si Dieu a fait disparaître des espèces entières, ne pourrait-il pas nous faire disparaître aussi ? L'hérésie n'est pas loin, on en tremble dans les sacristies. D'ailleurs l'anatomiste français, Georges Cuvier, prudent professeur d'anatomie comparée, que lit Elizabeth Philpot, se garde bien d'aborder le sujet.


La tête de l'ichtyosaure ci-dessus ressemble à ce que Mary Anning trouvait dans les falaises du Dorset. Et il fallait avoir l’œil pour le distinguer dans la masse. Elle mettait son point d'honneur à la retirer avec soin de la falaise, à la nettoyer et la reconstituer à l'identique dans son atelier.

Les femmes, en ce début du XIXème siècle, n'ont pas accès aux cercles savants de sciences naturelles ; quand Cuvier accusera Mary Anning "d'arranger" ses découvertes (il ne pouvait pas admettre qu'une aussi petite tête soit fixée aux bout d'un aussi long cou), c'est Elizabeth Philpot qui ira la défendre devant la Geological Society à Londres où elle se verra interdire l'accès de la salle de conférence. C'est son neveu qui poussera la porte et qu'on écoutera !


Les deux femmes ne trouveront jamais de mari : Mary Anning deviendra une collectionneuse et une commerçante avisée et célèbre ; autodidacte, elle acquerra sur la durée une rigueur scientifique sans faille. Elizabeth Philpot lui recommande dès le début d'apprendre à écrire pour noter méthodiquement les noms, dates et lieux de découverte de ses spécimens. Elizabeth Philpot écrira de temps en temps à Cuvier qui ne lui répondra jamais.

La lecture de ce roman est un délice semé de petites notations proto-féministes des deux héroïnes ; les personnages ont tous réellement existé, les faits rapportés se sont produit, y compris l'anecdote de l'onguent que Margaret met au point pour les mains de sa sœur Elizabeth qui rentre crottée avec des mains crevassées de plébéienne de ses recherches sur les plages, onguent artisanal qui sera fabriqué et vendu régionalement. Le travail de romancière de Tracy Chevalier consiste à reconstituer, dans les interstices des faits, les sentiments et les chagrins des deux femmes, leurs difficultés, leurs rivalités, leur solidarité et leurs brouilles ; elles auraient même croisé sans le savoir Jane Austen qui passait, en vacances, dans le Dorset ! Les deux découvreuses sont oubliées à la fin du XIXème siècle, bien que leur collections à toutes deux rentrent aux Museums d'Histoire naturelle de Londres et Paris. Leurs noms ont été associés à deux espèces de poissons fossiles. Mais les choses changent ces dernières décennies : on reconnaît aux découvertes de Mary Anning une influence sur l'histoire géologique de la Terre ; Google lui consacre même un de ses doodle le 21 mai 2014, pour son 215ème anniversaire.




Mary Anning - Paléonthologue - 1799-1947


Elizabeth Philpot - Paléonthologue - 1780-1857

jeudi 24 mars 2016

De quelques inversions patriarcales : Pâques

Pâques : fête chrétienne de la résurrection du Christ, fête mobile, "fixée le premier dimanche après la pleine lune suivant le 21 mars" selon Wikipedia. Il fallait, je suppose, faire pièce aux traditions païennes qui célébraient le Printemps, la renaissance de la nature. Les œufs de Pâques en chocolat en attestent. Les Pâques chrétiennes sont la transposition  chrétienne de Pessah, fête juive de la Pâque où on célébrait aussi l'agneau pascal... en le mangeant. Dans la tradition chrétienne, c'est le Christ qui s'offre en sacrifice pour la rédemption de nos péchés, selon les écritures. Il n'empêche que homme sacrificiel ou pas, les agneaux, les chevreaux, nouveau-nés animaux, remplissent les abattoirs les jours précédant cette soi-disant "fête du renouveau de la vie" et font les frais de l'affaire. Le Christ offrant sa vie ne leur évite pas le sacrifice imposé de la leur. En fait de renouveau de la vie, les petits des animaux sont abattus à quelques jours, après avoir été séparés de leurs mères, pour les plaisirs de table des humains qui n'y verraient pas malice ! Vraiment ?

Clairement, les religions du Livre n'ont pas inventé les animaux sacrificiels pour célébrer leurs fêtes, c'est une vieille histoire qu'elles n'ont fait que transmettre et pérenniser. L'humanité a dû "évoluer" des spiritualités féminines animistes de plein air, aux cultes masculins dans des temples, où se pratiquaient des sacrifices humains, puis animaux, pour se concilier les bonnes grâces de dieux devenus opportunément mâles ; avec toutes sortes de justifications à la mord-moi-le-nœud pour donner un semblant de "raison" à la chose. Et comme il faut bien couvrir les frais généraux, les temples sont devenus de prospères boucheries où on vendait la viande des animaux sacrifiés, ça paie le bedeau, les bougies, et le loyer ! Le tour était joué. On nous présente comme "naturel" ce qui n'est que de la culture et de l'HIStoire ! Pour faire bon poids, ajoutons la "tradition", car selon les patriarcaux, le monde est figé, et toute proposition de changement est vécue comme une menace pour la "forteresse assiégée", ses privilèges et ses jobardises.

Retour de la "vache folle" dans les Ardennes sur un troupeau de Salers (que fichent des Salers dans les Ardennes ? Nobody knows). En tout état de cause, habituelle inversion de la charge : c'est la vache qui est folle, pas le système qui a fait de ces doux herbivores des granivores et même des carnivores, en leur faisant ingurgiter des tonnes de tourteaux de soja, de maïs, et... des résidus d'abattoirs sous forme de "farines animales". Accuser les victimes fait partie du système patriarcal dans l'élevage aussi. Allez, cadeau : une brève de Charlie Hebdo N° 1235 dans (presque) la même thématique :)


Pour que les femmes se créent leur propres mythologies à l'endroit, Mary Daly propose des antonymes :

Païenne, Barbare -  De heathen (en anglais) -qu'effectivement le français va traduire par barbare ou païen qui le réduisent. Heath en anglais veut dire lande, terre : originellement un.e habitant.e d'une terre donnée, "un.e membre non converti.e d'un peuple ou d'une nation qui ne reconnaît pas le Dieu de la Bible : un.e païen.ne". Anglais : Pagan.

Her-éthique  adj : en harmonie avec les standards Gyn /Ecologiques de conduite morale. (L'anglais permet de jouer avec le mot hérétique recombiné avec Her, pronom possessif féminin Sa, et éthique, du grec ethos : morale).

Joyeuses Pâques, Joyeuse fête de Printemps quel qu’en soit le nom, quelle que soit l'occasion que vous fêtez. Mettez de préférence sur la table des agneaux et des lapins en chocolat.

mercredi 16 mars 2016

Salle de sport et domination masculine

BILLET INVITEE
Je vous propose un billet sur l'occupation masculine dans les espaces publics, sujet déjà traité sur ce blog, mais pas dans les salles de sports, puisque je ne les fréquente pas ! Je laisse donc le clavier à Illana de Tel Aviv, sportive qui blogue en français qui a composé cet article. Si vous souhaitez contribuer en lui envoyant vos vidéos, n"hésitez pas à aller les poster sur son billet : Salle de sport et domination masculine.
oOo
" Les discriminations genrées sont fréquentes, invariables et presque banales. Elles s'insinuent dans à peu près tous les aspects de nos vies en société. Au travail, à l'école, dans le couple, dans la façon d'éduquer nos bambins, dans le champ politique, etc... Les femmes ne sont pas « encore » les égales des hommes, n'en déplaise à certains anti-féministes (hommes et femmes) plaidant que le combat serait fini depuis belle lurette (ah ? A mêmes compétences et même poste, les femmes touchent autant que les hommes ? Les idées relatives à la culture du viol n'existent ni ne se répandent ? Cela m'avait échappé).

J'en profite pour rappeler ce que ces hystéros de féministes réclament : l'égalité sociale et économique entre les sexes. Ni plus, ni moins. Je n'ai nullement envie d'avoir une b*** entre les jambes (désolée Tonton Sigmund), ni ne nie les différences physiologiques entre les sexes (j'ai suivi les cours de SVT et joué à touche-pipi avec les petits cousins). Pour autant la part acquise, la part culturelle qui affecte les relations entre les hommes et les femmes et leur place respective dans nos sociétés est bien plus prégnante que la part « naturelle ». Depuis le bac à sable et le temps des socquettes à dentelles vissées dans les chaussures vernies, on laisse entendre de façon plus ou moins directe aux petites filles qu'elles doivent rester discrètes, sages, douces et jolies. Les petits garçons, quand à eux, sont sommés d'être tournés vers l'extérieur, la démonstration, l'exercice de leur force. Cette grille de lecture est également valable dans un endroit que je fréquente volontiers, j'ai nommé la salle de sport.

Voici un top cinq des différences de comportement des hommes et des femmes dans l'anti-chambre de la culture physique.

1. Le volume sonore  


La femme, dans l'effort physique, n'entrouvrira pas ses humbles lèvres, sa bouche restera close parce que non, elle ne souffre pas, ou du moins, elle ne le révélera pas. Intérieurement elle fulmine, elle gronde, cette satanée machine lui esquinte les cuisses et lui démantèle les articulations mais, de façade, elle aura l’air d’un mannequin de cire. C’est à peine si une goutte de sueur viendrait perler ce joli front.

L’homme, quant à lui, vagira entre deux tractions ou poussées d’altères, affichant son effort et cherchant à attirer le regard de ses congénères dans une parade d’intimidation sauvageonne, ainsi que l’attention des femmes qui, dans leur esprit, se pâment devant des mâles mugissant. Personnellement peu impressionnable par les attitudes de paon, je fais en sorte de ne surtout pas poser sur eux un regard qu’il pourraient mésinterpréter. Sinon gare à en arriver au point 2.

2. Le verbiage

L’homme déambulant avec aplomb sur son terrain sera prompt au bavardage avec la sportive occupée à feindre la totale décontraction, les cuisses et le postérieur en feu à la suite d’une série de 150 squats et 45 pompes. Il essaiera vainement de masquer sa technique de drague en balançant un conseil technique prônant la posture de la mangouste inversée qui favoriserait le gainage de la ceinture abdominale (page 45 du magazine Vital de novembre 2015), le sourire en coin et la sueur odorante se reflétant sous les néons vintage de la salle. Non, mec, je suis ici pour me défouler et me sculpter un corps du diable, mais surement pas pour essuyer les tentatives d’approches de lourdauds.


3. Les expressions faciales

Parce qu'une fille doit rester belle et lisse en toutes circonstances, vous ne la verrez pas grimacer ou panteler, malgré les 23 kilos qui lui congestionnent le cuisseau -mais ce n'est pas grave puisque ça va lui tonifier le gluteus maximus (le grand fessier, mesdames, messieurs) . A contrario , le mâle respirera de façon appuyée, de quoi manger sa douce haleine si vous avez le malheur de vous trouver sur la machine d'en face. Il vous fera toutes les grimaces du répertoire hulkien, veines saillantes, mâchoire décrochée, langue pendante. Le Quinze néo-zélandais à côté, c'est du pipi de chat.

4. L'occupation de l'espace

Comme dans de nombreux espaces publics, on retrouve des différences fondamentales entre les hommes et les femmes quant à l'appropriation du territoire. Exemple : dans les transports en commun, les hommes sont plus enclins à écarter les jambes et s'étaler. Ça a même un nom, le « manspreading », et c'est assez typique du monopole et de la confiscation de l'espace public par les hommes au détriment de la gente féminine. De leur côté, les femmes croiseront les jambes, se feront « petites », veilleront à ne pas déranger le voisin en repliant le petit bout de trench qui dépasse sur le strapontin adjacent.

Dans une salle de sport, on retrouve ce type de comportement dévoreur d’espace. Les hommes paradent entre les machines, pas lent, roulement d’épaules synchronisé, ils ne se préoccupent que peu des sportifs qui les entourent et de leurs besoins en terme de disponibilité des machines. Ils "réservent" des machines en y posant ostensiblement leur serviette imbibée de sueur et de testostérone : ”je suis en pleine session alternance ischio jambier, épaule, torso, faudra attendre”. De leur côté, les femmes sont éminemment conscientes de leur environnement et se déplacent de machine en machine en faisant le moins de grabuge possible, en ligne droite, sans se pavaner. De plus, elles céderont rapidement leur place si se pose sur elles le regard insistant d’une personne qui voudrait pratiquer une machine en particulier. Credo : ne pas faire de vague.

5. Suivez le reflet


Tels des papillons de nuit agglutinés autour d'un lampadaire, ces messieurs s'agrègent dans le coin palais des glaces. Des rangées d'hommes en ligne, army style, face aux miroirs, investissant le même effort dans le geste gymnastique que dans sa contemplation. A quoi bon faire du sport si l'on ne peut s'admirer en pleine action ? Comment ne pas se délecter de la vision de ses muscles en effervescence, le deltoïde et son premier radial enflés par l'effort ? Personnellement, cela m'évoque les miroirs aux plafonds des love hotels. La performance sublimée par sa mise en abîme.

Les filles, quand à elles, exécutent leurs exercices dans leur coin (n'excluant pas un petit selfie ou une vérification / miroir à l'abri des regards), fermées dans leur intimité, au-dedans, barricadées dans leur sanctuaire, tournées vers l'intérieur, à l'inverse des hommes à qui l'on a appris à dominer l'espace public, à afficher et à s'affirmer.

Parce que ça fait chier cette autocensure -que je pratique aussi, poids de l'éducation et normes sociales obligent, essayons de dépasser cela en nous amusant : je vous propose de m'envoyer vos vidéos « joue le bonhomme à la salle de sport », et j'en fais de même. Je veux vous voir hurler en soulevant des poids et mater les mecs sans vergogne. Puis je vous balance le montage rapidement. Cap ? "

mardi 8 mars 2016

Un lieu à soi - 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes

8 mars : Journée Internationale des droits des femmes, la dénomination telle que l'a voulue Clara Zetkin, journaliste, activiste socialiste, pacifiste et féministe. Les patriarcaux et leurs agents ne pouvant désormais plus l'occulter, ou faire comme si elle n'existait pas, tordent son sens et son épellation : Journée de la la Fâme (pour les plus courantes, femme essentialisée, donc combat désamorcé), devant être fêtée comme la Saint-Valentin ou la Fête des mères, ils feignent d'en faire une fête commerciale. Si les événements nous échappent, feignons d'en être les organisateurs. Un certain nombre de perles sont recensées par quelques blogueuses et un Tumblr : ma préférée c'est celle de la Chaîne TEVA qui convie durant ces journées les mecs à parler de leur bite. L'habituel besoin des opprimées (en admettant que ce soient les femmes qui décident sur Téva) de donner des gages aux hommes qui pourraient selon elles, prendre ombrage du côté "trop féministe" de la Journée. Ne nous fâchons pas, on a encore besoin d'eux, pensent-elles.


Pour ce 8 mars, j'ai décidé de vous parler de la nouvelle traduction de Une chambre à soi de Virginia Woolf par Marie Darrieussecq, qui vient de sortir en librairies. Le texte de Virginia woolf "A room of one's own" fut traduit en français par "Une chambre à soi", traduction sexiste selon Marie Darrieussecq, le mot room en anglais veut dire "pièce", le mot anglais pour chambre étant bedroom. Renvoyer les femmes à la chambre, encore un coup des patriarcaux, qui n'en sont plus à un près. Marie Darrieussecq a donc donné un nouveau titre au texte de Woolf : Un lieu à soi. Elle s'en explique dans la préface, où elle évoque toutes les autres possibilités qui se présentaient et qu'elle a éliminées. Sa traduction est éblouissante. Il faut dire que Virginia Woolf est, avec Proust, le plus grand écrivain du XXème siècle. Le contexte dans lequel a été écrit Un lieu à soi est l'année 1928 : 8 ans après la fin de la guerre, les femmes anglaises obtiennent le droit de vote selon les mêmes termes que les hommes (en 1918, seules les femmes de plus de 30 ans avaient le droit de vote) et il existe à l'époque en Grande-Bretagne 3 universités de filles. Pauvrement dotées par rapport à celles de garçons, c'est tout le thème d'Un lieu à soi, la pauvreté des femmes et l'ignorance où elles sont tenues, l'effacement des femmes de l'histoire, le déni radical de leur potentiel ; Virginia Woolf invente une sœur artiste à Shakespeare et imagine son destin tragique dans l'Angleterre élisabéthaine. Woolf évoque les destins des sœurs Brontë et de Jane Austen qui écrivent vaille que vaille, inventant leurs romans sans modèles féminins précurseurs, dans le contexte étouffant du patriarcat, sans lieu à elles, et qui, malgré ces obstacles, atteignent l'universel.

Le texte, bien qu'écrit en 1928, est d'une modernité extraordinaire : c'est un projet de discours d'inauguration d'université de jeunes filles. Les deux textes les plus faciles à lire de Virginia Woolf sont incontestablement Un lieu à soi et Trois guinées, parce que les romans de Virginia Woolf ne sont pas exactement faciles à lire. Essayez Mrs Dalloway, juste pour voir. Puis aussitôt après, Les vagues, son roman le plus expérimental. Donc, ruez vous sur le "Un lieu a soi", vous ne le regretterez pas. Il devrait d'ailleurs être enseigné dans les écoles. Pour vous mettre l'eau à la bouche, je vous en propose deux extraits :

" Il faut que je vous dise que ma tante, Mary Beton, est morte en tombant de son cheval alors qu'elle se promenait pour prendre l'air à Bombay. La nouvelle de mon héritage m'est arrivée un soir, à peu près à l'époque où fut passée la loi qui donna le vote aux femmes. La lettre d'un notaire tomba dans ma boîte aux lettres et quand je l'ouvris je découvris que ma tante m'avait laissé 500 livres par an pour toujours. Des deux, -le vote et l'argent- l'argent, je l'avoue me sembla infiniment plus important. Avant ça, j'avais gagné ma vie en mendiant toute une variété d'étranges travaux auprès des journaux, ici une foire aux ânes, là un mariage ; j'avais gagné quelques livres sterling en écrivant des adresses sur des enveloppes, en faisant la lecture à des vieilles dames, en fabriquant des fleurs artificielles, en enseignant l'alphabet dans un jardin d'enfants. C'étaient là les principales occupations des femmes avant 1918. Je n'ai pas besoin je le crains, de décrire en détail la difficulté du travail, car vous connaissez peut-être des femmes qui l'ont fait ; ni la difficulté de vivre de l'argent ainsi gagné, car vous avez peut-être essayé. [...] Cependant, comme je l'ai dit, ma tante mourut ; et chaque fois que je change un billet de 10 livres, un peu de cette rouille, de cette corrosion est décapée ; la peur et l'amertume s'en vont. Vraiment, me disais-je en glissant les pièces d'argent dans mon porte-monnaie, quand je me rappelle l'amertume de cette époque, quel remarquable  changement de caractère un revenu fixe peut apporter. Aucune force au monde ne peut me retirer mes 500 livres. Je suis logée, nourrie et blanchie pour toujours. En conséquence, non seulement cessent l'effort et le labeur, mais aussi la haine et l'amertume. Je n'ai besoin de haïr aucun homme ; il ne peut pas me blesser. Je n'ai besoin de flatter aucune homme ; il n'a rien à me donner. Ainsi, imperceptiblement, me suis-je retrouvée à adopter une nouvelle attitude envers l'autre moitié de la race humaine. Il était absurde de blâmer une classe ou un sexe dans son ensemble. Les grandes masses des peuples ne sont jamais responsables de ce qu'elles font. Elles sont menées par leurs instincts, qui sont hors de leur contrôle. Eux aussi, les patriarches, les professeurs, ont eu des difficultés sans fin, et de terribles obstacles à affronter. Leur éducation, par certains aspects, a été aussi déficiente que la mienne. Elle leur a inculqué d'aussi grands défauts. Certes, ils avaient l'argent et le pouvoir, à un coût cependant, celui de nourrir en leur sein un aigle, un vautour, pour toujours leur dévorant le foie et leur déchirant les poumons -l'instinct de la possession, la rage de l'acquisition, qui les pousse à désirer les terres et les biens des autres, perpétuellement ; à fabriquer des frontières et des drapeaux ; des vaisseaux de guerre et des gaz empoisonnés ; à offrir leur propre vie et celle de leurs enfants. Promenez vous sous l'arche de l'Amirauté (j'avais atteint ce monument) ou toute autre avenue dédiée aux trophées et au canon, et songez au genre de gloire célébrée ici. Ou regardez, au soleil du printemps, l'agent de change et le ténor du barreau s'enfermer pour faire de l'argent et plus d'argent et encore plus d'argent quand il est avéré que cinq cents livres par an suffisent à rester vivant sous le soleil. Ce sont là de déplaisants instincts à nourrir ; ils sont le fruit des conditions de vie ; du manque de civilisation songeais-je en regardant la statue du Duc de Cambridge, et en particulier les plumes de son bicorne, avec une fixité qu'elles ont rarement reçue jusque-là. Et comme je prenais conscience de ces obstacles, graduellement la peur et l'amertume se transformaient en pitié et tolérance ; et au bout de un an ou deux, c'en était fait de la pitié et de la tolérance, pour laisser place au véritable lâcher-prise, qui est la liberté de penser les choses en elles-mêmes. Cet édifice, par exemple, est-ce que je l'aime ou pas ? Ce tableau est-il beau ou non ? Ce livre, à mon avis, est-il bon ou pas ? Vraiment l'héritage de ma tante m'a dévoilé le ciel, et à mis à la place de la vaste et imposante figure d'un monsieur, que Milton recommandait à mon adoration perpétuelle, la vue d'un ciel dégagé ".

" Je vous conjure de vous souvenir de vos responsabilités, de viser haut, grand, spirituel, je vous rappellerai combien de choses dépendent de vous et quelle influence vous pouvez avoir sur le futur. [...] Je me trouve à dire brièvement et prosaïquement que le plus important est d'être soi-même, plutôt que n'importe quoi d'autre. [...] Quels encouragements supplémentaires puis-je vous donner pour plonger dans le chantier de la vie ? Jeunes femmes, pourrai-je dire, [...] vous êtes à mon avis détestablement ignorantes. Vous n'avez jamais fait aucune découverte d'une quelconque importance. Vous n'avez jamais ébranlé un empire ou mené une armée au front. Les pièces de Shakespeare ne sont pas de vous, et vous n'avez jamais introduit une race barbare aux bienfaits de la civilisation. Quelle est votre excuse ? [...] Nous avons mis au monde et nourri et lavé et  éduqué, jusque vers l'âge de six ou sept ans, le milliard et six cent vingt trois millions d'êtres humains qui sont, selon les statistiques, en ce moment présents à l'existence; et ça, même en admettant que certaines avaient de l'aide, ça prend du temps. [...] car c'est un fait, qu'il n'y a aucun bras auquel s'accrocher, mais que nous devons avancer seules et que nous sommes en lien avec un monde de réalité et non seulement un monde d'hommes et de femmes, alors l'occasion viendra où la poétesse morte qui était la sœur de Shakespeare revêtira ce corps si souvent tombé. Tirant sa vie des inconnues qui l'ont précédée, comme fit sont frère avant elle, elle naîtra. Mais nous ne pouvons compter sur sa venue sans cette préparation , sans cet effort de votre part, sans cette détermination qu'une fois revenue à la vie elle trouve possible de vivre et d'écrire sa poésie, car sinon ce serait impossible. Mais je maintiens qu'elle viendra si nous travaillons pour elle, et que ce travail, même dans la pauvreté et l'obscurité, vaut la peine. "

Un lieu à soi - Virginia Woolf - Traduction de Marie Darrieussecq - Denoël Editeur.



lundi 29 février 2016

Thérèse Clerc "Le voyage a été si beau !"

Née en 1927, Thérèse Clerc s'est éteinte à 88 ans le 16 février 2016. Féministe "canal historique" du deuxième féminisme, celui du MLAC -Mouvement pour la Libération de l'Avortement et de la Contraception-, celui des années 70, de "mon corps m'appartient".


Elle a plus de 40 ans et 4 enfants (elle se morfond d'ailleurs épouvantablement dans le conjugo, l'ai-je entendue un jour témoigner) quand elle découvre le mouvement et devient... lesbienne. Comme quoi, le conjugo et la maternité mènent à tout à condition d'en sortir ! Thérèse Clerc n'était pas ce qu'on appelle polie, avec un vocabulaire châtié : elle disait "les bonnes femmes" tout en étant solidaires d'elles. Je l'ai entendue un soir dans un coin de télé perdre patience quand un mec lui a dit qu'il n'y avait pas de grandes femmes dans l'histoire ni dans la littérature, elle a semblé perdre pied puis la moutarde lui montant au nez : "oui, moi j'aimerais bien savoir tout de même qui a inventé la gomme a effacer les femmes de l'histoire" ! Ou comment clouer le bec aux importuns. Clairement, elle n'était plus dans l'air du temps, celui des "féminismeS" au pluriel, donc un combat forcément divisé : "inclusif" (?), "intersectionnel", "islamique" (sans rire), "catholique" (sans rire bis), celui du relativisme culturel, celui de #HeForShe, Lui pour elle (au secours les mecs, on n'y arrivera pas sans vous !), celui où les femmes mettent leur point d'honneur à "concilier", Thérèse Clerc vient du féminisme de combat, utopique, subversif, où tout était ouvert et possible, où avoir un utérus était juste une potentialité, on n'était pas obligées de s'en servir. Celui du néo-malthusianisme aussi (à ne pas confondre avec le malthusianisme) celui du planning familial et de l'arrêt de l'épuisement du potentiel des femmes dans la maternité. Une époque récente, les années 60-70, mais une époque révolue. Hélas.

Symptôme : alors que tous les grands médias traditionnels, de Libération au Monde en passant par l'Humanité et le Nouvel Obs, se sont fendus d'un article hommage, je n'ai rien trouvé dans les Nouvelles News ! Osez le féminisme s'est contenté du minimum syndical : un tweet. Et encore, je me demande si ce n'est pas parce qu'elles on vu passer les miens terriblement endeuillés. Avant la loi Weil, Thérèse de Montreuil , militante féministe, pratiquait des avortement clandestins dans un immeuble de la ville, et comme la cause n'avançait pas "on est devenue grossières comme des porte-faix", témoigne-t-elle ! Bref, plus vraiment le féminisme si poli d'aujourd'hui.

Avançant en âge, et après avoir créé la Maison des Femmes de Montreuil, cette combattante est allée porter la voix des "vieilles", ces femmes dont la société ne veut plus, ne voit plus, parce qu'elles ne sentent plus assez bon les hormones, cet âge dont elle disait qu'il est celui de la grande liberté. " La société ne s'occupe plus de nous, mais nous, on s'occupe de la société ! " Elle a fondé les Maisons des Babayagas sur le modèle des béguinages, puis l'Unisavie, une université populaire dédiée au vieillissement et à la transmission des savoirs. On la voit témoigner dans le film de Sébastien Lifshitz (2012) "Les invisibles" où elle parle de son expérience de lesbienne. Cette femme était solaire, au plein sens du terme. Et comme ce qu'elle disait fait tellement de bien à entendre, voici un fichier audio d'une interview par France Info, pour réécouter sa voix et son bel optimisme. Dans les dernières minutes, elle parle même d'écologie !



Je n'aime et je ne veux transmettre que la subversion " - Thérèse Clerc



Lien supplémentaire : Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs -Editions des Femmes

dimanche 21 février 2016

Héganisme : le véganisme pour hommes !

Le mot "héganisme" n'est pas arrivé en France me direz-vous. Quoique. On est fins prêts en tous cas. Mardi 16 février 2016, France 5 diffusait "Un monde sans viande" plutôt prometteur. Sauf que. C'est parti en couilles dès les premières cinq minutes. Le documentariste est allé s'acheter un steak végétal chez Sojasun (lien non sponsorisé, même si c'est un voisin de Noyal Sur Vilaine) et en a fait l'analyse. Ce steak végétal est à base de soja, sorte de haricot, donc une légumineuse très protéinée, mais qui a la réputation de contenir des isoflavones, un ersatz végétal d'hormones femelles. Bon pour les femmes de plus de 50 ans, mais mauvaises, très mauvaises pour les hommes et les enfants prépubères et même pubères, dixit le journaliste ! Nous y voilà : le steak de soja est soupçonné de déviriliser les hommes. S'en est suivie une pénible bataille de chiffres et de milligrammes entre une diététicienne défenseuse des couilles des mecs, et la Cheffe de produit de Sojasun qui défend elle son produit et dit que, pas du tout, son steak de soja contient moins d'isoflavones que le prétend la diététicienne. Après le film, durant le débat, le médecin pro-viande a affirmé que les isoflavones sont inoffensives et même plutôt bonnes pour la santé. Mais le mal était fait, à mon avis. Le végétarisme et le véganisme sont perçus comme une menace pour la virilité, comme l'explique Corey Wrenn sur son blog Vegan Feminist Network, dont je vous propose cette semaine la traduction du billet :
 What is Heganism ?

Crédit photo : Salon - Forget vegan, he's hegan (en anglais)

"Héganisme. Oui, c'est bien quelque chose. C'est le véganisme... pour les hommes. "Héganisme" réfère généralement au "rebranding ", à donner une autre image de marque aux traditionnels concepts véganes, afin qu'ils conviennent à la consommation masculine. Mais pourquoi ?  

Le mouvement végane est truffé de 101 variations différentes du véganisme, toutes avec la même intention : vendre et faire rentrer des cotisations. C'est le marketing des associations demandant à ses équipes "comment pouvons-nous nous démarquer sur cette tendance ? Comment pouvons-nous nous distinguer du reste des autres ? Comment pouvons-nous les faire acheter ici et pas ailleurs ? " Les distinctions de genre servent généralement les intérêts capitalistes et ils le font en maintenant les différences et les inégalités. Spécialiser les produits par genre suppose que les ménages ne doivent plus se contenter d'un seul produit qui peut être partagé (et les produits destinés aux femmes coûtent souvent plus cher). Le produit bleu et industriel pour lui, le produit rose fleuri (plus cher) pour elle. 

Genrer est aussi l'occasion d'ouvrir un plus large marché aux produits. Le stigmate féminin est enlevé, ainsi les hommes peuvent les consommer plus confortablement ; mais ce faisant le stigmate ne disparaît pas, il est seulement renforcé. Comme pour "Guy-et"*, Dr Pepper10 et la lotion Dove men care (pour hommes), genrer le véganisme travaille à protéger la masculinité en ostracisant, en renvoyant à l'altérité ce qui est féminin. Qu'est ce qu'il y a de mal à faire un régime, boire du soda sans sucre, ou manger végane ? C'est que ce sont les stéréotypes de ce que les femmes sont censées faire, et les femmes sont le groupe le plus détesté et le plus dévalorisé de la société. Pour que les hommes y participent, il faut enlever le stigmate féminin en créant une alternative "masculine". 


Faire venir plus d'hommes au véganisme est important pour la santé du mouvement végane et pour la santé des garçons et des hommes -la plupart ne consommant pas assez de fruits et légumes. Mais l'inclusion des hommes ne doit pas se faire aux dépens des droits des femmes.
Crédit photo : The advertiser. 

La masculinité est largement définie par ce qu'elle n'est pas -et elle n'est pas féminine. Cela marche de la même façon avec le spécisme** : nous définissons l'humanité comme n'étant pas animale, et donc l'humanité est supérieure par comparaison. On pense aussi qu'elle est l'une des racines de l'hétéro-sexisme  : la masculinité est définie par l'ostracisation de ce qui est féminin. En d'autres termes, différencier les personnes en groupes et les placer dans une hiérarchie qui soutient ces différences nourrit une discrimination structurelle. La distinction huile les roues de l'oppression.


Dans mon livre, A rational Approch to Animal Rights, j'explore le thème du nouveau packaging des espaces véganes. Parce que le véganisme est tellement féminisé, il est considéré comme une menace pour le patriarcat et donc dévalorisé. En réaction, les organisations qui le défendent adoptent le langage du patriarcat pour mieux "vendre" le véganisme. Au lieu de rester ferme sur une opposition féministe radicale à l'oppression patriarcale, les véganes refont l'emballage du véganisme en le présentant comme "sexy" et montrent les femmes comme objets destinés à la consommation des hommes. PETA est probablement la plus détestable association à cet égard, et sa position dominante dans le mouvement signifie qu'elle influence une norme de protestation pornographique. Les  femmes véganes ne sont plus facteures de changement, elles sont juste un autre goût "exotique" destinée à être servi sur un plateau au patriarcaux. Ce Tumblr "Galerie hégan" en est littéralement un exemple : les images sont inspirées de la pornographie.

Il y a un réel danger à aggraver les attitudes sexistes dans l'activisme pour les droits des animaux non humains. Le mot "Héganisme" est inutile et insultant. Est-ce qu'un espace végane féminin est si répugnant que les hommes doivent s'en dégager et occuper un espace séparé pour y participer ? Si oui, nous devons remplacer et réévaluer notre approche. Aussi longtemps que le mouvement soutiendra la haine des femmes, il ne peut pas raisonnablement attendre de son public qu'il arrête de haïr les animaux non humains.

Le héganisme est une tactique qui se sabote elle-même. Si les activistes soutiennent la notion que le véganisme est "juste pour les femmes" et que les hommes seront stigmatisés s'ils y participent sans la façade de la masculinité pour les protéger, cela rend un mauvais service au mouvement. Au lieu de s'accommoder du patriarcat et du capitalisme pour être entendu.es, les activistes doivent au contraire incorporer une approche féministe à l'antispécisme. De cette façon, tous les intérêts sont pris en compte et un groupe ne sera pas diminué ou exclu au bénéfice d'un autre. Les capitalistes vont inévitablement argumenter que genrer le véganisme c'est simplement nourrir le marché, mais ils créent simplement un marché de cette sorte : "LEGO se résout finalement à créer des jouets pour les filles" (en anglais chez Feminist Frequency). Un marché basé sur l'oppression, un marché qui fonctionne sur des groupes divisés selon la ligne pouvoir contre impuissance, et ce ne sera pas un espace conduisant à la libération. "
Dr Corey Wrenn est professeure de sociologie, membre de l'Association Sociologique américaine, section Animal et Société. Elle anime le blog Vegan Feminist Network.

* "Guy-et" : jeu de mot intraduisible en français formé de "diet" : régime, et de guy : mec, soit régime pour mec.
** Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces.
J'ai préféré le mot francisé épicène végane à l'anglais vegan, -ce sont eux qui ont inventé le mot. En français on peut aussi écrire végétalien.

Edit : Le documentaire de France 5 comportait aussi une visite dans les laboratoires de Beyond Meat, une corporation étasunienne qui tente de cultiver de la viande en éprouvette, un autre cauchemar carniste ; en attendant l'avènement de la viande de culture, leurs steaks végétaux sont fait pour donner le change, oubliant qu'on ne devient pas forcément végéta*ien pour manger des substituts de viande, sauf si on craint de mettre à mal virilité des hommes ? On n'en sort pas.

Ce billet en français est publié simultanément sur le site Vegan Feminist Network.

samedi 13 février 2016

La Terre des Pères

Je vous propose cette semaine la traduction de quelques définitions du dictionnaire à malices (Wickedary) de Mary Daly, philosophe, théologienne et féministe radicale. Inutile de préciser qu'elle ne fait pas dans la politesse vis à vis du patriarcat. Mais au moins, elle restaure son pôle féminin à l'humanité.


La Terre des Pères 
Un amalgame de toutes les nations sous dieu et la loi de ses papocrates : société sadique, royaume des fous ; territoire pour toujours étranger aux Femmes Sauvages, aux animaux, à toute nature, à nos sœurs et nos ourses ancestrales.

La Foi de nos Pères 
Hideux hymne exaltant la foi depuis longtemps disparue en la Terre des Pères ; ode pervertie à une foi morte qui est parodie patriarcale et retournement de la Foi Païenne holiste.

Famille, Patriacale
(dérivée du Latin familia : domestiques et servants d'une maison) ; archaïque : un groupe de personnes au service d'un individu, c'est à dire... plusieurs esclaves...) : unité primaire d'une société sadique consistant en esclaves aux services domestiques et sexuels du maltraitant à leur tête.
Commentaires patriarcaux :
" Cet ordre [de la société domestique] inclut la primauté du mari sur la femme et les enfants, la complète soumission de la femme et son obéissance volontaire " Pie XI.
" Les femmes et les jeunes maîtresses des hommes sont les compagnes de leurs jeunes années et les infirmières de leur vieillesse "- Francis Bacon.

Famille des hommes
La "Famille de l'Homme" ; la "famille humaine" ; le monde des hommes, la société où les femmes n'existent pas.
Commentaire patriarcal :
"[L'Eglise Catholique se concentrera] sur le monde des hommes, la famille humaine entière, ainsi ce monde pourra être régénéré selon les desseins de Dieu et atteindre sa plénitude" - Jean-Paul II.

Fembot
Robot femelle ; le rôle archétypal imposé aux femmes sur la Terre des Pères : but non exprimé, finalité de la socialisation dans la féminité patriarcale : la femme totale.

Feminitude
Etat idéalisé de la servitude des femmes  : FÉMINITÉ

Dooming the doomers
Dessin de Jane Caputi, illustratrice du Wickedary

Spinster *: Fileuse au rouet
Une femme dont l'occupation est de filer la laine au rouet ou au fuseau, de participer au mouvement spiralant de la création  ; une qui a choisi son Moi, qui définit son Soi par libre-choix, sans relation avec les hommes ou les enfants, une qui s'Auto-identifie ; une derviche tourneuse, tournoyant dans un nouvel Espace / Temps.

Spinning : Filer au fuseau
Création Gyn / Ecologique ; dé-couvrant le fil perdu de la connexion à travers le Cosmos et réparant ce fil durant ce même processus, pirouettant et tournant les fils de la Vie sur l'axe de l'Etre-Soi de la fileuse ; une giration dans le sens contraire des aiguilles de l'horloge du temps des Pères, s'éloignant dans toutes les directions de la Marche à la mort du Patriarcat.

* Spinster en anglais : fileuse au rouet, devenu par extension le sexiste et misogyne "vieille fille". Dans ce contexte, Mary Daly lui redonne son sens de fileuse de laine au rouet outil tournoyant, fille autonome, fille célibataire ne dépendant d'aucun homme, créatrice de mondes dont les objets célestes tournoient sur leurs orbes. 

vendredi 5 février 2016

Pornification : De la folie des grandeurs au cinéma porno


" Le cinéma est impitoyable. Le porno est pitoyable. Les deux veulent toujours de nouvelles chairs fraîches à exposer, des innocences à sacrifier et à vénérer ".

Elle s'appelle Karin Schubert, et vous la connaissez même si son nom ne vous dit rien. Elle jouait le rôle de la reine d'Espagne dans le film La folie des grandeurs de Gérard Oury (choisie après un casting féroce très bien raconté), récemment rediffusé (janvier 2016 sur France 2 un dimanche
soir ?) à la télévision : film sexiste, film de mecs, avec Yves Montand à contre-emploi dans un rôle comique de valet, Louis de Funès en grand d'Espagne radin, et les actrices femmes, rôles secondaires valorisant les personnages masculins : Sapritch dans le rôle d'une vieille duègne laide et prude, gardienne des vertus de la reine, et Karin Schubert donc, présentée comme une ravissante idiote blonde à accent teuton, toutes deux prétextes aux joutes entre Don Salluste et son valet, une comédie librement inspirée du Ruy Blas de Victor Hugo. Cette comédie franchouille de 1971 fera plus de 5 500 000 entrées, apportant notoriété et fortunes diverses à ses acteurs (surtout) et actrices. Dont les destins vont diverger en fonction de leur genre, puisque le cinéma est cannibale pour les femmes.

J'ai lu Pornification de Jean-Luc Marret - Editions Intervalles. Sous la forme d'un roman, il raconte le parcours, la gloire puis la déchéance de Karin Schubert dans le siècle qui invente avec la contre-culture et la libération sexuelle post-mai 68, le cinéma érotique populaire post Emmanuelle -" Le summum de l'intellectualisme prétexte à galipettes, c'est Emmanuelle "- des salles de quartiers qui fermeront inexorablement avec l'apparition du standard VHS développé par JVC rendant la pornographie consommable à domicile, cassettes immédiatement suivies par Internet, le destin de ses actrices évoluant vers l'abattage de la pornographie accessible aux masses, où les capitalistes mâles de cette autre industrie de la viande se font des couilles en or. Ce sera le destin de la blonde Karin, étoile filante du cinéma, née en 1944 dans les décombres de la guerre à Hambourg, maltraitée par son père alcoolique incestueux, mais qui a la foi (protestante et germanique) en une saine sexualité, qui pense que la nudité n'est pas sale, que c'est la façon dont les gens la regardent qui l'est. Karin est blonde, donc elle sera la victime toute désignée des hommes vampires et équarrisseurs de blondes, consommateurs de chair fraîche. Mais Karin Schubert rêvait d'autre chose que la carrière de secrétaire trilingue que lui permettait son diplôme fraîchement obtenu.

Elle croit en la chance, et puisqu'elle part s'installer à Rome après le succès de La folie des grandeurs, elle espère tourner des films avec les metteurs en scène du cinéma politique italien des années 70, les Rossi, Scola, Bertolucci..., mais elle a un accent allemand, lui oppose-t-on, ou avec les allemands Fassbinder, Herzog, Schlöndorff..., sauf que les femmes n'ont aucune chance d'avoir de la chance dans un système broyeur qui la mènera d'Italie, où elle fait l'essentiel de sa carrière dans de médiocres films italiens populaires, à l'Espagne, dans la porno industrie où Karin Schubert, à bout de ressources, rentre à l'âge où les autres actrices en sortent habituellement. On la suit même lors d'une pénible et angoissante virée en Iran dans le lit du Shah, "queutard" consommateur de blondes contre la promesse de financement d'un film, après un examen médical et gynécologique minutieux et dégradant. La turpitude des puissants n'a pas de limite ni de frontières. Autant vous prévenir, c'est une descente aux enfers à laquelle nous assistons. La pseudo-libération sexuelle des soixante-huitards s'est en fait transformée en victoire patriarcale, asservissant les femmes dans une sexualité à leur service, celles qui refusent étant taxées de prudes coincées. Attention, je ne dis pas qu'il ne fallait pas fiche en l'air cette triste sexualité honteuse du conjugo, mais tout de même, il faut reconnaître que les patriarcaux gagnent toujours.
" Le Kapital est à ce point supérieur qu'il s'approprie ceux-là mêmes qui prétendaient s'en affranchir. Les censures, reliques du passé 
s'allègent ? Le commerce en profite."

Karin Joubert a aujourd'hui 72 ans, et même si la fin du roman la présente apaisée, en Allemagne, au milieu d'animaux, (dont elle s'est dans la réalité toujours entourée, animaux compagnons, remparts contre les saloperies que la société des hommes inflige aux femmes), la réalité est sans doute moins douce. Après avoir gagné pas mal d'argent -avec des cachets en chute libre en fin de carrière-, vite dépensé en fêtes cocaïnées (il faut tenir dans la violence de la pornographie où elles sont enfilées en gros plans par tous les bouts !) et en frais de clinique de désintoxication pour son fils héroïnomane, en avoir fait gagner  mille fois plus aux capitaines des industries du cinéma et de la pornographie, il est plus que vraisemblable qu'elle vive aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, et/ou enfermée dans une maison de santé.

Jean-Luc Marret est spécialiste de sécurité et de terrorisme : il est chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, Pornification est son deuxième roman.


Porno-actrice : " Je suis l'ange de l'individualisme de masse, celle qui va jusqu'au bout de soi, de la destruction des valeurs bourgeoises, comme on disait dans les années 60, quand j'étais belle et jeune !... Et vous savez ce que j'ai trouvé au bout de tout ça ? Au bout de l'affirmation de soi, de l'authenticité et de la libération du corps ? ! Le narcissisme... Le trafic d'êtres humains !... L'exploitation de la femme par l'homme !... Rien d'autre que ça !!... Au-delà de la morale, il n'y a rien... Rien que de la sauvagerie, rien que de la barbarie... "

Liens supplémentaires :
Une autre critique chez Cultural Gang Bang : Pornification d'une femme.
Un résumé de sa filmographie "eurosploitation" chez Vodcaster : L'étrange destin de Karin Schubert
Les citations en rouge sont tirées du roman.

vendredi 29 janvier 2016

Les maîtres du monde


A Davos au World Economic Forum 2016 : cherchez bien les femmes. Club des riches de la planète, swiss non profit foundation, ce qui a fait dire à Nicolas Barré un matin sur Europe 1 que c'est une ONG type Croix Rouge (si, il a osé), sauf que pour être membre il faut être le(s) dirigeant(s) d'une compagnie mondialisée de plus de 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Un club restreint donc, qui veille à ses intérêts, très opportunément confondus avec l'intérêt général. Leur principal meeting se tient une fois par an à Davos, meeting qui leur permet d'inviter des politiques, (Macron et Valls y étaient cette année, une première pour des ministres socialistes qui avaient jusqu'ici toujours refusé de s'afficher avec les hyper riches !) et des journalistes internationaux influents et triés sur le volet. Vous avez compris : il s'agit avant tout de remplir son carnet d'adresses entre copains d'un club très masculin, limite mafieux, puisqu'un club est ontologiquement d'essence masculine, et que l'on s'y coopte entre mêmes. Vous me direz qu'il y avait aussi Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, évidemment inoffensive au pouvoir masculin, car première femme à diriger cette instance, puisqu'elle a été soigneusement sélectionnée selon les critères virils nécessaires pour occuper le poste ! La seconde aura plus de facilités, la terreur que leur provoque les femmes au pouvoir, femelles réputées incontrôlables, sera atténuée car Lagarde aura essuyé les plâtres... et endormi leurs préventions.
Ces 1% se sont tout de même fendus d'une déclaration sur la nécessité d'inclure les femmes (en majorité les pauvres de la planète, faut-il le rappeler ?) dans la prise de décision : "Il est temps de briser les chaînes de la dépendance pour les femmes et les filles" -en anglais sur ce lien-, ça ne mange pas de pain et ça leur donne un air furieusement progressiste. Puis, back to business as usual, status quo ante : on reste entre gars, la méthode est éprouvée. Rendez-vous l'année prochaine avec les mêmes.

Dans le même temps l'ONG OXFAM a publié une étude sur le gap qui se creuse entre les riches et les pauvres sur une planète aux ressources à bout de souffle. Selon les calculs d'Oxfam, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale : c'est dû à l'appauvrissement des producteurs de richesses (ouvrier.es, agricult.rices..., gagnant de moins en moins bien leur vie) et aux comptes offshore des grands contributeurs à l'impôt, l'évasion fiscale privant les états des moyens de la redistribution. Selon cette infographie du journal l'Humanité, 80 milliardaires les plus riches possèdent davantage que 3,5 milliards les plus pauvres de la planète, soit la moitié de l'humanité. La moitié des humains pauvres = 80 plus riches milliardaires. 1 % contre les 99 %.

Les 28 et 29 janvier 2016, la France déroule le tapis rouge à l'Elysée et aux Invalides au Président iranien Rohani, notre nouvel ami, en visite en France pour signer des contrats commerciaux (en s'asseyant au passage sur les droits humains et les droits des femmes) : Vinci, Peugeot, Airbus, SNCF, l'agro-industrie, ils sont tous là ! Comme Rohani professe que les femmes doivent rester à la cuisine, on lui a composé un tour de table à hauteur de ses désirs :
Les hommes fabriquent et vendent des armes, ils font de la mauvaise politique et la guerre, ils sont aussi les plus gros carbonés donc ils ruinent le climat, et on leur laisse les clés du pouvoir ! Je laisse le dernier mot à Paola Tabet, anthropologue (in La construction sociale de l'inégalité des sexes) : de tous temps ont été assignées aux femmes les corvées non mécanisables, la prohibition des outils et des armes, elles travaillent de façon harassante à la main, à la binette, à la houe, avec des rendements très faibles ; aux hommes les outils, charrues, machines, les ARMES, et donc de hauts rendements ; avec le temps dégagé, ils ont des loisirs qu'ils utilisent à se réunir, à palabrer, à chasser, à faire de la politique et la GUERRE ! Avec des irresponsables pareils au pouvoir, je ne donne pas cher de l'avenir de l'aventure humaine sur la planète : le féminisme ou la mort !
Car "le problème central devant les possibilités technologiques est : Qui décide ? Qui décide de quoi et contre qui décide-t-on ? " Colette Guillaumin.

jeudi 21 janvier 2016

Guerre des mots : les mots de la guerre

La guerre passe mieux dans l'opinion en édulcorant son vocabulaire : "frappes chirurgicales", victimes collatérales"..., pour mieux faire oublier que sous les bombes, il y a des gens. Guerres presse-boutons par écrans vidéo interposés : propre, pas de sang sur les murs, c'est tout de suite plus présentable. Les mots de la guerre servent aussi à vilipender l'ennemi, à le décrédibiliser.



Le week-end de la manifestation des pro-loup à Lyon et Nice les 16 et 17 janvier 2016, France Info invite la sous-préfète de la Drôme à s'exprimer sur le sujet, brûlant en France, puisque chez nous le sujet clive. Le loup est reconnu espèce protégée par la Convention de Berne et par la Directive Européenne Habitats, deux traités ratifiés par la France. Or, chez nous, un préfet peut décider d'abattre des loups : 36 exactement pour 2015, avec la bénédiction du Ministère de l'Ecologie. A la question du journaliste "comment peut-on décider d'abattre une espèce protégée ?", la sous-préfète répond "on ne dit pas abattre on dit prélever !" Et d'expliquer que le "prélèvement" se fait par un lieutenant de louveterie, et pas avec une arme de chasse. C'est d'ailleurs comme ça qu'on reconnaît un loup braconné -abattu illégalement par un braconnier au fusil de chasse, vous suivez jusque là ?- d'un loup tiré, pardon "prélevé" par arrêté préfectoral en toute légalité, -à condition de s'asseoir sur la signature des traités supranationaux que la France ratifie, tout de même !-. On tue donc le loup avec des mots avant de le tuer au fusil à lunette. Mais c'est une habitude. Echantillon : " l'homme est un loup pour l'homme ", "voir le loup", "loup solitaire" qui sert pas mal en ce moment, etc... En plus, on est en face d'une superbe inversion patriarcale : les éleveurs, concurrents directs du loup, veulent des brebis et moutons non gardés dans la nature sauvage, et les espèces sauvages derrière des barrières et des clôtures. Evidemment, tout cela aboutit à un carnage (indemnisé !) : plusieurs milliers de brebis et moutons meurent... de tas d'autres raisons aussi (dont la brucellose ovine), mais comme le loup a le dos large, chargeons le loup, ça sert les intérêts de la corporation des éleveurs ennemis de la biodiversité.
La guerre des mots continue d'ailleurs dans les élevages : ils ne disent jamais envoyer à l'abattoir, mais "envoyer à la réforme" ça permet de mieux digérer, en passant sous silence la mort industrielle promise si les vaches laitières par exemple "ne prennent pas l'insémination" forcée : "allez, hop, ma vieille à la réforme !".

Pamela Anderson contre le gavage : "Dinde, oie, pintade" 

En pleine "crise" de suspicion de grippe aviaire (des dizaines de milliers d'oiseaux sains, gazés et envoyés à la benne dans le sud-ouest, et des vides sanitaires synonymes de perte d'exploitation pour les gaveurs intégrés hors-sol -90 % de la production), les intérêts des éleveurs auraient été attaqués (c'est leur façon de présenter les choses, pas la mienne) d'une autre façon cette semaine à l'Assemblée Nationale, où la députée EELV, Laurence Abeille, dans une campagne contre le gavage a fait venir Pamela Anderson, ex actrice, lobbyiste de la cause animale, plaider la cause des canards et des oies de l'industrie du foie gras. Je ne suis pas une groupie de Pamela Anderson, ex porte-parole de PETA et de ses campagnes sexistes et classistes, je ne suis pas fan non plus des "personnalités engagées dans des causes" qui servent surtout à leur réputation personnelle d'ailleurs -je suis sûre que l'engagement d'Anderson est sincère- et qui éclipsent le travail fait par des dizaines de milliers de bénévoles anonymes et généralement déconsidérées (90 % de femmes) voire maltraitées, des associations de protection animale (pendant que les mecs dirigent et perçoivent un salaire, comme partout), mais les quolibets sexistes, spécistes, l'animalisation des femmes pour mieux ridiculiser les causes qu'elles défendent me débectent ! Extraits du festival (il y a eu des centaines de posts) :

Loïc Besson, journaliste (sexiste) au Figaro :
Une quidame spéciste :
Le Président de la Fondation Jérôme Lejeune qui y trouve l'intérêt de placer son message contre l'IVG, quitte à mélanger les genres, mais ils n'en sont plus à une saloperie près :
Les Nouvelles News et les féministes réagissent :
Réponse d'un beauf :
Laurence Abeille elle-même :
Pascale Boistard, secrétaire d'état aux droits des femmes :
J'y ai mis mon grain de sel en plusieurs posts, en voici deux :
On connaît la stance patriarcale : la parole des hommes est légitime (ils se sont arrogé le magistère de la parole, le pouvoir de nommer), tandis que les femmes sont frappées de la malédiction de Cassandre, fille de Priam douée du don de prophétie, mais punie par le dieu Apollon à qui elle se refuse : elle dira la vérité mais plus personne ne la croira ! Les médiocres vilains jaloux, tout de même.
"C'est l'oppresseur qui écrit les définitions " Ti grace Atkinson