mercredi 25 juin 2014

Non, le masculin ne l'emporte pas...

Avant le français, il y avait le latin, et avant l'imprimerie il y avait des moines copistes qui écrivaient en latin. L'invention de l'imprimerie a bouleversé tout cela : comme lors de l'arrivée d'Internet, on a, à l'époque, spéculé sur la mort des langages vernaculaires, des patois régionaux (dont le français) qui devaient disparaître au profit du latin. C'est exactement le contraire qui s'est passé. La France féodale est  composée et entourée de pouvoirs régionaux, duchés, comtés, seigneureries, qui défendent âprement leurs prérogatives contre un embryon d'état centralisateur, où seuls savent lire quelques lettrés, et l'Eglise en concentre la majorité, la clergie : seuls les chrétiens de sexe masculin ont le droit de passer des diplômes. Cela leur ouvre toutes sortes de postes prestigieux.


La "vitupération des femmes" par la "forteresse assiégée"

"Parce qu'elle est la première a construire un état, la France est pionnière dans les progrès de la domination masculine". Il y a eu quantité de souveraines et de gouvernantes : quand la loi salique (mythe masculin) ne les empêchait pas de monter sur le trône, elles étaient vilipendées, leur mémoire gravement salie dans les livres d'histoire "afin d'illustrer le bien-fondé de la prétendue décision des fondateurs du royaume : les femmes qui ont régné, toutes usurpatrices, ont toujours engendré des catastrophes". Il a pourtant de grandes intellectuelles, autrices,
poétesses : Marguerite de Navarre, Christine de Pisan, Hélisenne de Crenne...), malgré cela, "en France toutes les femmes sont soumises à leur mari, même les reines". La forteresse assiégée (les mâles menacés dans leurs prérogatives) se défend pied à pied : les reines deviennent des productrices d'héritiers.

"On dit que si les femmes savaient, elles voudraient commander" ! (François Béroalde de Verville - 16ème siècle). Comme on le voit, les assiégés par l'excellence des dames développent des discours légitimant la répartition inégale des pouvoirs. Pourtant en 1607, Charles Maupas, auteur d'une grammaire françoise énonce que tout nom d'office d'homme est masculin et tout nom d'office de femme se met au féminin (accessoirement, le féminin procède du masculin, tout comme Eve a été formée de la côte d'Adam, vieux fantasme de l'engendrement masculin) : "avocate, clergesse, dompteresse, apprentisse, doyenne, emperière, financière, officière...". Elles font des tas de métiers, vous remarquerez qu'elles ne sont pas timides comme aujourd'hui ! Il édicte des règles : demandeur, demanderesse, défendeur, défenderesse (ces deux derniers persistent en langage juridique), docteur, doctoresse (dans les campagnes encore aujourd'hui on dit doctoresse, sagesse de la langue populaire qui refuse de nier les femmes), philosophe, philosophesse, peintre, peintresse... Inventeur, inventrice, procureur, procuratrice, vainqueur, vainqueresse, capitaine, capitainesse, libraire, librairesse. Elles excellent dans tant de métiers que cela ne peut plus durer : tous ces mots en esse disparaîtront, dont pilosophesse qui les fit ricaner car il se terminait en "fesse". Sans rire, on a "l'humour" qu'on peut quand on est assiégé. Autrice, aussi, va leur causer de gros soucis. Arrive Louis-Nicolas Becherelle en 1834 qui édicte que, bien que les femmes exercent ces métiers : "on ne dit pas professeuse, graveuse, compositrice, traductrice, etc., par la raison que ces mots n'ont été inventés que pour les hommes qui exercent ces professions". Après qu'un Sylvain Maréchal, poète et militant politique, ait défendu un Projet de loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes en 1801 ! Les  vilains jaloux. Bescherelle, encore : "La masculinité annonce toujours une idée grande et noble". Et puis : "Les femmes poètes sont de mauvaises ménagères ; la rime s'accorde mal avec l'économie" d'un certain Boiste.

Le masculin l'emporte.

Comme dans le mal nommé "Club des Lecteurs" de ma médiathèque : j'ai beau dire qu'il n'y a que des femmes à la plupart des réunions, ou alors un seul homme et 6 femmes : moi j'appelle cela un Club des Lectrices, mais rien à faire, les bibliothécaires (des femmes, mais mot épicène) me regardent noir. Je suis une affreuse féministe castratrice. Le masculin l'emporte partout : dans les pronoms attributs-barbe au menton. Je suis malade, je suis enrhumé, dit un de ses amis à Madame de Sévigné : "je LA suis aussi" répond celle-ci très rationnellement. Le monsieur la tance en disant qu'on doit dire "Je LE suis aussi". Madame de Sévigné rétorque que si elle employait LE pour parler d'elle, elle aurait l'impression d'avoir de la barbe au menton. Bescherelle (encore lui !) cautionne : le pronom LE doit être généralisé. Le genre des inanimés : ne cherchez pas là non plus de logique, mais sont généralement féminin, les "sons mols", et masculins, les "sons durs". Et de genre féminin, les mot se terminant par un e MUET ! Il y a plein d'exceptions : aigle par exemple, qui était un féminin jusqu'au 1er empire, et qui devient masculin quand Napoléon décide d'identifier cet oiseau avec son pouvoir ! Eliane Viennot évoque également l'accord des participes présent ou gérondifs. Aujourd'hui il sont invariables, mais il ne l'ont pas toujours été : au XVIIIème siècle on trouve des testaments de femmes "couturière, âgée de 25 ans, native de Paris, demeurante Rue Neuve Saint-Sauveur n° 329" ou "y demeurante et étante en bonne santé" ! Là également, le prétendu "neutre" masculin a prévalu.

Je me souviens de certaines de mes profs (groupies) qu'enchantait la langue française, tellement logique et tellement précise, selon elles ! Mais il n'y a aucune logique : il s'agit de conventions imposées de force par le pouvoir masculin assiégé qui utilise tous les moyens, même les plus déloyaux, pour mieux nier le féminin, donc les femmes. La langue française est genrée. Pour la précision, elle repassera aussi : refuser de dire pompière ou croupière quand c'est une femme qui endosse la fonction, j'appelle cela de l'imprécision organisée. Aujourd'hui, les pronoms relatifs lequel / auquel sont en passe de remplacer laquelle et lesquel-les, auxquel-les, qui s'accordent obligatoirement avec ce qui a été énoncé avant eux : toustes les femmes et hommes politiques font désormais la faute, y compris les nationalistes crispés, suivez mon regard.

Passionnant à lire, ce livre est l'histoire de la formation et de l'harmonisation du français, ce patois du latin, par un pouvoir politique masculin centralisateur. Je sais que plein de gens pensent que cette querelle du féminin est futile : comme illes se trompent ! Refuser la féminisation des noms de fonction, par exemple, est loin d'être innocent. Sur 90 métiers environs, les femmes sont cantonnées à une douzaine, mal payés, et tous au service des hommes et de la collectivité. Il y a un siècle, dans les administrations et les écoles en Bretagne, on voyait affiché "Défense de cracher par terre et de parler breton". Quand on veut nier, diffamer, péjorer, distinguer, renvoyer à l'altérité, on utilise la langue. Le français est misogyne, spéciste et, en ce qui concernait le breton, raciste. Lisez ce petit livre : la langue est politique, et n'oubliez jamais que le langage humain est performatif, il crée le réel. En l'espèce : la détestation du féminin, donc des femmes.

Non le masculin ne l'emporte pas sur le féminin - Editions iXe

jeudi 19 juin 2014

Des fachotes et fachos, les VG défenseurs des animaux ?

Comme j'en ai un peu assez de voir arriver des remarques sur les intentions de vote FN de certains défenseurs des animaux et végétariens, lors des manifestations anti-corrida pour ne citer que celles-là, je vais tenter une courte histoire de la compassion envers les animaux démontrant que ce sont des humanistes qui s'intéressent à la question. Il n'y a rien à gagner à défendre les animaux : aucun bénéfice politique, il n'y a que des coups à prendre, suivis de l'oubli. Le féminisme et la protection de l'environnement, opportunément aiguillés, peuvent éventuellement conduire vers une carrière politique, le végétarisme et la protection animale, je ne crois pas. Je n'en connais pas, en tous cas.

Le XIXème siècle
Delmas de Grammont : général de cavalerie sous Napoléon III et député de droite libérale de la Loire, deux ans de mandat. Il initie la première loi de protection animale en France en 1850, punissant d'une amende tout acte de cruauté envers un animal, 30 ans après les anglais. Je n'ai aucune sympathie pour les généraux du Second Empire, pas plus que du Premier, ni d'ailleurs pour les notables de province. Delmas de Grammont n'a même pas de page Wikipedia, il a laissé son nom à un collège du Sud-Ouest, il y a une Avenue Grammont à Tours (mais je ne sais même pas si c'est lui), bref, cet homme est bien oublié aujourd'hui. On apprend sur ce lien qu'il était taxé de socialisme par son camp politique car il demandait des salaires décents pour les ouvriers, et qu'il payait correctement son personnel, même quand ils étaient vieux. Il semble que sa compassion s'exerçait aussi bien envers les animaux qu'envers les humains, ce qui est normal, il n'a rien du facho ou de l'extrémiste de droite. 

Le couple Mary et Percy Shelley - Mary Shelley, née Mary Wollstonecraft Godwin, d'une mère philosophe féministe (Mary Wollstonecraft) qu'elle perd à onze jours, est une écrivaine anglaise de l'époque romantique dont le roman le plus connu dans une production importante est Frankenstein ou le Prométhée moderne, œuvre par laquelle elle invente le roman d'anticipation gothique, genre qui fera fortune dans la littérature et le cinéma. Mary est féministe, et réformatrice radicale. Son mari et elles sont des végétariens convaincus. On peut lire son Frankenstein à différents niveaux, mais incontestablement, il dénonce déjà la croyance irrationnelle dans le progrès technique, et le fait que lorsque des hommes (mâles) se mêlent de donner la vie, ils produisent des monstres. La Créature du Docteur Frankenstein est fabriquée de l'addition de morceaux de cadavres et d'organes sélectionnés et trouvés dans des abattoirs : sa monstruosité fait fuir les humains qui la rejettent. En fuite et mourant de faim, la Créature renonce à manger de la viande en prenant conscience de quoi elle est fabriquée. Monstrueux, mais plus humain et empathique que les
humains : elle souffre tellement ! Les prétentions désespérées de la Créature à être admise par l'espèce humaine reflète la position des féministes et des végétariens de son époque : ils sont toutes et tous confrontés à un monde qui refuse de les accueillir et qui les sépare entre "eux" et "nous", selon Carol J Adams dans son ouvrage "The sexual politics of meat". Mary Shelley, bien ignorée malgré le pillage de son œuvre fait par le cinéma, est sortie de l'oubli dans les années 1970 grâce à des critiques féministes qui refusaient qu'elle sombre dans le néant patriarcal réservé aux autrices talentueuses.


Le comte Tolstoï, écrivain russe majeur du XIXème siècle, pacifiste végétarien qui prônait la compassion envers tous les êtres vivants, mais de réputation sexiste et misogyne notoire (nobody's perfect) après la publication de son pamphlet anti-mariage, cette "prostitution légalisée" selon lui, "La sonate à Kreutzer". Mais bon, l'homme était ainsi fait qu'il resta marié et fit de multiples enfants à la comtesse Sophie sa femme, qui lui servait à tout, y compris de secrétaire et d'agente littéraire ! Elle lui répondit en écrivant "A qui la faute ?" publié tardivement. Tolstoï était végétarien, pas sa femme, qui ne comprenait même pas son végétarisme, et rajoutait du bouillon de volaille en douce dans ses plats ! Bref, le mariage, cette association improbable de deux personnes qui passent leur vie entière à s'énerver l'une l'autre en se jouant des coups tordus, rien d'anormal, les Tolstoï ne pouvaient échapper à cette règle universelle. Ce qui est tout de même culotté, c'est de se plaindre tout en profitant des avantages de cette institution patriarcale étouffante pour les femmes. Tolstoï : un homme assez ordinaire en somme, mais humaniste, comme le souligne cet article qui le montre levant des fonds pour nourrir des paysans affamés, un activiste avant l'heure, un pionnier. Et qui démontre que l'empathie n'est pas sélective.

Le XXème siècle
Isaac Bashevis Singer - Ecrivain juif polonais naturalisé américain car fuyant l'antisémitisme de son pays, conteur d'expression Yiddish, prix Nobel de Littérature pour son œuvre en 1978. Végétarien militant, "Les gens disent souvent que les humains ont toujours mangé des animaux, comme si c’était une justification pour continuer la pratique. Selon cette logique, nous ne devrions pas essayer d’empêcher les gens d’assassiner d’autres personnes, puisque ceci existe aussi depuis les tous premiers temps.” “Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka ". Dans ses romans, il y a quelques héros végétariens. Une de ses nouvelles Yentl a été adaptée au cinéma en 1983 par Barbara Streisand : très beau film musical contre le sexisme et l'intolérance des religions révélées, il raconte la volonté d'une fille à devenir rabbin. Elle doit se déguiser en homme pour parvenir à ses fins. Humaniste, avec des traces de féminisme : lisez Isaac Bashevis Singer.

Jacqueline Gilardoni, une "petite dame de la Protection animale" comme les appelle affectueusement Florence Burgat. Se prendre inlassablement des murs et des portes d'abattoirs dans le nez, affronter la violence, l'arrogance et le mépris des directeurs de ces établissements de mort, défricher des terres inconnues où personne ne s'était jamais risqué, se faire une culture sur le terrain sur un dossier qui n'intéressait personne, et surtout pas les pouvoirs publics, persévérer, et finalement arracher aux députés en 1967 une loi sur l'étourdissement avant saignée, Jacqueline Gilardoni l'a fait. Elle crée l'OABA qu'elle dirige et préside pendant 40 ans jusqu'à sa mort en 2001. Aujourd'hui cette ONG a pignon sur rue et est bien connue des professionnels : elle est dirigée par un homme.


Samedi 14 juin, à Paris, avait lieu la 3ème marche pour la fermeture des abattoirs : ci-dessous une photo de die-in sur le parcours de la Marche.


Liens supplémentaires : Estivales de la question animale du 25 juillet au 1er août, département de la Loire, avec des intervenants intéressants.
Non, Hitler n'était pas végétarien.
et de Elizabeth Hardouin-Fugier : la protection animale sous le nazisme, réponse à Luc Ferry.

mercredi 11 juin 2014

Coupe de Monde de foot & PIB masculins



Si vous n'avez pas entendu parler du super Evènement de ce mois de juin, la World Cup 2014 au Brésil, c'est que vous vivez sous une pierre dans les Monts d'Arrée ! Pubs vociférantes pour bagnoles, jingles braillards dans les radios et télés, hystérie dans les aéroports et gares routières sur le car débleus, je n'en peux déjà plus depuis un moment. Même les économistes mâles en quête de la croissance-graal, alpha et oméga de toute économie (formule : N, L, K affectés d'un signe ascendant) qui fait tellement défaut depuis 6 ans, se disputent sur le-s point-s de croissance apportés par le mythique évènement masculin (pas une femme à l'horizon) qui peut peut-être guérir les écrouelles.

Pour rappel, les PIB marchands (Produits Intérieurs Bruts, autrement dit total des richesses produites par un pays), sont le fruit du pillage organisé des ressources naturelles et matières premières non remplaçables, les services rendus par la nature (le N de la formule ci-dessus, L étant le travail et K, le capital) sans aucune contrepartie, hormis le mépris et la condescendance : les sociétés de forage pétrolier et d'exploitation de mines ont la sale habitude de laisser les autochtones se débrouiller avec une décharge à ciel ouvert quand ils ont vidé le filon, n'est-ce pas Shell et Areva ?

Deux exemples : l'abeille (apis mellifera) exploitée depuis le néolithique, première vache à traire mise en esclavage de l'HIStoire, première pollinisatrice de nos récoltes, qu'ils trimballent en ruches sur des milliers de kilomètres, dont ils piquent la nourriture, le miel qu'elle produit, pour la remplacer par de la vulgaire eau sucrée, et comme si cela ne suffisait pas, les mêmes la matraquent avec des toxiques censés protéger leurs (mono)cultures. Ses services et apports aux PIB de la planète chiffrent en milliards de dollars, mais... ne sont pas comptabilisés. 2ème exemple : le travail domestique (non marchand) des femmes à l'intérieur de leur foyer : la soupe est prête, le linge lavé, repassé, les enfants sont élevés et propres et la maison aussi, mais ça ne compte pas dans les PIB, vu que ce travail (70 % des corvées de la planète) est invisible et que les mecs ne le font pas. Les mecs travaillent, les femmes se dévouent pour leur foyer, dans une grande abnégation. Pour des prunes.

Je suis évidemment contre une rémunération pour rester à la maison élever des enfants, ce serait le pire enfermement pour les femmes. Mais les règles de comptabilité sont des conventions qui s'aménagent et se modifient selon ce que l'on veut mesurer. Les services des abeilles et le travail ménager des femmes pourraient être agrégés aux PIB, et les richesses produites pourraient être partagées équitablement. Mais non, les gouvernements viennent d'ailleurs de trouver la parade à leurs PIB en berne, à croissance minus : et si on ajoutait les profits considérables dégagés par le trafic de drogue et la prostitution ? La prostitution, le trafic d'êtres humains, les ventes d'armes et de drogues, le trafic d'animaux sauvages : en voulez-vous en voilà des activités marchandes ! Bon, pour le moment la France fait la fine bouche, mais les pressions sont fortes au sein de l'Europe comme le démontre cet article du Point. Avec l'inconvénient que si ces activités rentrent dans les comptabilités nationales, pourquoi les combattre, au contraire cela les rend normales et légitimes. Mesdames, si vous voulez compléter vos retraites minables, vous pourrez vous louer un mètre carré de trottoir et vendre votre corps à la découpe !


Quel rapport avec la Coupe du Monde 2014 au Brésil ? La bétonnisation du monde, la construction de stades et de structures d'accueil en ne laissant jamais retomber la pression (ces pauvres brésiliens sous-développés y arriveront-ils à temps = néocolonialisme pas mort), en chassant des pauvres de leurs favelas, voire en les tuant selon cet article du Tribunal du Net, l'afflux de prostituées aux abords de l'Evènement, puisque l'offre va là où se masse la demande, d'ailleurs en bons commerçants, on dispense des notions d'anglais aux prostituées brésiliennes, toutes ces activités sont marchandes et vont aller gonfler le PIB du Brésil qui en a bien besoin. En effet, la croissance brésilienne à 2 chiffres n'est plus qu'un souvenir, la pression sur les terrains constructibles fait monter les prix des loyers, voire dépossède les classes moyennes de leur logement, il y a toujours autant de pauvres et la vie est de plus en plus chère dans un pays nationaliste qui met des taxes douanières sur les produits importés. D'où les manifestations et le mécontentement des brésiliens qui déplaisent tellement aux dirigeants de la FIFA, selon cet article du site FrancetvInfos.

La dictature du foot masculin étend son emprise sur la planète. Les dirigeants de la FIFA sont des corrompus ? La fête populaire promise est une mascarade qui dissimule toutes sortes de trafics de drogues et d'animaux sauvages ? (A l'attention des hordes de supporters, bas vos pognes poilues, the world is watching et le trafic d'animaux est puni lourdement par la loi !). Si vous faites le nez, vous êtes taxé-e des qualificatifs de pisse-vinaigre, d'aigri-e, de très mauvaise camarade. Les femmes que tout cela n'intéresse pas ou peu, vont se faire piquer leurs économies pour acheter le poste de télé dernier cri pour voir des matches qui n'intéressent que les garçons. Et la violence domestique risque de culminer les jours de défaite des équipes nationales comme l'indique ce lien vers le site Sofoot.


Ce parasitisme planétaire du foot masculin (et du sport masculin en général) n'est possible que parce que les hommes au pouvoir partout confondent leurs intérêts étroits de caste dominante avec les intérêts généraux de l'humanité. Et cela commence dans les clubs locaux : la chaîne HD1 a rediffusé opportunément cette semaine la comédie de Jean-Jacques Annaud Coup de Tête (1979), avec le regretté Patrick Dewaere dans le rôle principal. Il fait dire à son Président de Club de Trincamp (joué par Jean Bouise, parfait comme toujours) : "Je finance 22 imbéciles pour en calmer 700 " ! Le film montre bien que la corruption commence à ce niveau. Et que le football est devenu le nouvel opium du peuple. Il faut en finir avec ces messes planétaires, ces projets inutiles imposés qui pourrissent ensuite sur pied, une fois la messe dite -JO d'Athènes, de Sotchi, la liste est longue de ces projets dévoreurs d'espace et de biodiversité qui servent au plus 15 jours ou un mois après avoir été présentés comme des progrès économiques.

Liens supplémentaires :
Throw FIFA out of the Game dans le New-York Times sur la corruption de la FIFA, en anglais.
Le Qatar a acheté la Coupe du Monde 2022 dans Slate, en français.
Et deux blogs de filles sur le sport pour vous reposer les yeux et les oreilles :
Entrées en lices
Sportissima

Et Si les femmes comptaient : Marilyn Waring en français

Street art brésilien en illustration

Actualisation 12/6/14
La loi d'abolition de la prostitution votée par le parlement cet hiver devait passer devant le Sénat avant cet été. Or un petit lobby masculin puissant est à la manœuvre pour bloquer cette loi : Europe 1 en a parlé le 7 juin en citant nommément les sénateurs Jack Lang et bien sûr, Robert Badinter, momifié dans la cire des grands zomes, statufié de son vivant pour avoir aboli la peine de mort en France, ce qui en fait la statue du Commandeur oracle. Lien vers le podcast de l'émission d'Europe 1. Robert Badinter, "marié à une féministe" ce qui lui vaut automatiquement le label selon lui, a été auditionné devant la commission sénatoriale qui planche à son tour sur la loi d'abolition. Cette audition, qui vaut son pesant de sexisme et de misogynie, a été commentée par Isabelle Alonso ICI sous le titre Les belles histoires de Tonton Robert.  Allez lire, c'est édifiant, argumenté et... drôle.

mardi 3 juin 2014

Pour un Parti des Femmes

Je laisse généralement la plume à d'autres pour des billets politiques : illes le font mieux et ont du goût pour ça, pas moi. Mais vu les résultats des derniers scrutins -municipales, européennes-, il faut commencer à voir ce "cadavre à la renverse" qu'est le pouvoir masculin, quasi sans partage. Il serait temps d'envisager un Parti Féministe ou un Parti des Femmes (dans le sens qui prend le parti des femmes) qui préparerait les élections longtemps à l'avance et qui serait un vrai parti politique avec une idéologie et des moyens ! C'est tout à fait indispensable de revendiquer la parité, l'égalité des salaires et des chances, le droit à la contraception et à l'avortement. Il nous faut aussi un parti féministe surplombant, top down, big picture qui travaille sur des dossiers moins considérés comme féministes parce qu'on a toujours laissé les hommes s'en occuper, avec les résultats que l'on sait. Outre les droits précédents, la lutte contre les mafias et la prostitution, les femmes ont leur mot à dire en économie : elles sont les premières et les plus pénalisées quand les récessions (généralement provoquées par les hommes au pouvoir partout) frappent. Et les remèdes proposés sont en général pires que le mal.

En écologie/agriculture : plus de 40 % du budget de l'Europe c'est la PAC, Politique Agricole Commune. En France, c'est un petit lobby d'un million de personnes (en majorité des hommes - je visite des élevages et je rencontre la profession, je suis rarement de présence de femmes, sauf pour servir les cafés) malgré une femme-alibi à la vice-présidence de la FNSEA, principal syndicat agricole français représentant de la profession. En fait, elle sert deux fois d'alibi Christiane Lambert : une fois comme femme dans un monde impitoyable de mâles, et une deuxième fois comme petite éleveuse dans un monde industriel dévoré par la finance.
Cette agriculture industrielle manipulatrice du vivant, et destructrice d'emplois, de ressources limitées et de paysages, de course à la très grande taille, dévoreuse de terres cultivables pour nourrir des animaux, produire des agro-carburants, et manipuler puis vendre le vivant, est-ce que nous en voulons ? L'accaparement des terres, les guerres pour l'eau et les ressources naturelles, les minerais, est-ce que nous en voulons ? Cette organisation d'une profession d'un petit million de personnes qui fait la pluie et le beau temps dans les institutions politiques, est-ce que nous la voulons telle qu'elle est ?


En politique étrangère, diplomatie, arrêt des conflits armés, 
immigration : les femmes, rarement associées à ces problématiques, sont très concernées. Désormais, les femmes migrantes sont égales en nombre aux hommes dans l'émigration pour raisons de pauvreté ou de persécution spécifique à leur genre (viols communs ou viols de guerre, mariages forcés, etc...) et des femmes cela signifie aussi des enfants. Les femmes rarement associées à la résolution des conflits et des guerres dans les processus de peace keeping, sont les premières à souffrir dans leurs corps et leur environnement immédiat des conflits armés, alors qu'elles ne les déclenchent pas. On sait également que quand des femmes sont associées aux processus de paix dans les régions en guerres, ceux-ci ont davantage de chance de porter des fruits et d'aboutir à une paix durable.

Résolution des problèmes de violence en général et donc de sécurité : les principales victimes de la violence masculine sont les hommes eux-mêmes. Pour une femme tuée, il y a 10 hommes, même à Ciudad Juarez, "la ville qui tue les femmes", les femmes sont tuées à raison de
4 pour 10, soit 4 fois plus que la moyenne mondiale, d'où sa réputation. Le machisme tue donc aussi les hommes. Mais la violence contre les femmes est spécifique : ce sont des crimes de haine pour diverses raisons, mais généralement pour rappeler aux femmes qu'elles ne sont que des sous-êtres, que les hommes ont accès de droit divin à leur corps, et parce que tout progrès féministe s'accompagne d'un redoublement de cette guerre universelle contre les femmes. La violence masculine prend racine dans l'histoire et la société : goût pour le jeu, donc la guerre, irresponsabilité, endurcissement et insensibilisation des garçons pour en faire des hommes désinhibés, complaisance sans limites pour leurs comportements destructeurs, la violence des hommes s'exerce contre les animaux d'abord, les femmes et les enfants ensuite. J''ai trouvé cette phrase dans l'ouvrage collectif "De la violence et des femmes" (Albin Michel 1997).

Les rituels masculin de violence sont parfaitement tolérés par la société. Quelques exemples : la chasse, droit aristocratique arraché pour le peuple par la Révolution Française, la Corrida dans le Sud de la France, en Espagne et au Portugal pour rester dans les limites de l'Union Européenne, le grindatrap des Iles Féroés, déjà évoqué sur ce blog, où l'on voit de très jeunes garçons accompagner leur père pour un bain de sang sur de pauvres mammifères marins piégés. La chasse à la baleine au Japon et en Finlande, les trappeurs traditionnels, etc..., les exemples sont infinis. Les hommes célèbrent leur entre-soi masculin, leurs occasions spéciales dans le sang des animaux. Ils vont aussi au bordel, communier en se partageant des prostituées, dans le même ordre de célébrations spéciales et de rituels d'initiation. Les minuscules lobbies violents qui infiltrent une classe politique masculine vieillie et consanguine ne veulent pas qu'on touche à leurs privilèges de mâles : tu me fous la paix avec la corrida, Danemark, je ne dis rien à propos de tes Iles Féroés ! Je te tiens par la barbichette, ça tombe bien, ils en ont une, pas nous. Inutile de vous expliquer que se défaire ainsi de l'empathie que n'importe quel enfant éprouve envers un animal, plus le fait que se comporter de la sorte est glorifié par la société, et que pour chasser il faut posséder une arme, il, n'est pas étonnant qu'ils escaladent rapidement l'échelle hiérarchique, puisqu'en plus, hiérarchie il y a ! Ils tuent des femmes, ils tuent des enfants, ils se tuent entre eux. Je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'une société plus paritaire en terme de pouvoir serait forcément plus pacifique. Il est temps d'arracher des lois qui rejettent ces petits accommodements d'entre-soi masculin consanguin. Les femmes sont plus courageuses en politique : ce serait donc possible. Il faut essayer en tous cas, c'est une question de démocratie.



La Suède est en passe d'envoyer une députée du Parti Initiative Féministe au Parlement européen : ce parti a atteint et même dépasse le seuil de
4 % de voix pour conquérir un siège à Strasbourg, et il a fait campagne sur des propositions féministes, anti-facistes et anti-racistes. La nouvelle députée européenne s'appelle Soraya Post (ci-dessus), elle est féministe radicale selon le quotidien espagnol El mundo. Première députée européenne d'un parti féministe, Soraya Post ouvre la voie, espérons que d'autres tenteront le défi. Le temps des femmes est venu.
Liens :
Féministes pour une Europe solidaire
Leur politique est à la dérive, un nouveau cap est possible chez Christine Le Doaré
The heirs of grandfathers (Les grands-pères et leurs héritiers -en anglais) sur l'opposition sclérosée au Brésil par Sonia Mossri, journaliste Brésilienne


Traduction pour celles qui en auraient beoin ICI.  Et pour le texte d'Hillary Clinton, c'est ICI.

vendredi 30 mai 2014

Femmes sous la férule


J'espère que vous aviez éloigné les enfants, les personnes âgées sensibles et même le chien ! Elle fait peur cette photo, capturée sur Twitter, à l'occasion du voyage papal en Moyen-Orient. On ne rigole pas dans les réunions œcuméniques au sommet, le pouvoir patriarcal ce n'est pas une partie de plaisir.

Sous la férule des patriarcaux (patris archéos - vieux pères) : je parle des trois religions "révélées" patriarcales, il ne fait pas bon être femme. Au Soudan, une femme enceinte est condamnée à la pendaison pour apostasie, comprenez que, de confession musulmane pour être née dans cette région du monde d'un père musulman (comment peut-on naître en ayant déjà embrassé l'obscurantisme local ?), elle a souhaité épouser l'homme de son choix, un chrétien, lui aussi sans doute né dans un endroit où l'on se convertissait ou on mourait, choix impossible imposé. Comme dans les religions patriarcales, les femmes sont les bas morceaux de l'humanité, elle ne peut pas épouser un chrétien sans OBLIGATOIREMENT suivre la confession de son mari, elle devient donc apostat ! Je laisse le mot au masculin exprès : c'est leurs affaires, pas les nôtres. Et au Soudan, l'apostasie est punie de mort. Donc, enceinte, elle est en prison, avec un premier enfant de 20 mois, et attend son exécution par pendaison. Elle a accouché ces jours derniers, les jambes entravées par des chaînes, pour compléter ce tableau horrifique. Elle s'appelle Meriam Yehya Ibrahim : signez pour Meriam la pétition d'Amnesty International. Il faut que sous la pression internationale, la barbarie recule.

Au Pakistan, une femme Farzana Parveen-Iqbal a été lapidée à mort en plein jour, devant le Tribunal de Grande Instance et en présence de policiers apathiques, dans une rue de Lahore, deuxième ville du Pakistan, pour avoir épousé l'homme de son choix, affront que son père n'a pas supporté. TV5 Monde raconte son histoire ICI. Daniel Cohn-Bendit en a fait son éditorial sur Europe 1 le 29 mai. Un millier de femmes perdraient ainsi la vie au Pakistan, malgré une loi interdisant les mariages forcés et ce genre de justice patriarcale.

Chez nous, c'est le week-end de l'Ascension : occasion surtout de faire un pont, et je ne suis pas sûre que tous les bénéficiaires du pont de l'Ascension, dans une France déchristianisée, aient désormais la moindre idée de ce qu'ils fêtent. En d'autres temps, j'aurais trouvé cela lamentable, aujourd'hui, je crois que je m'en réjouis.

ACTUALISATION 1/6/14 : Sous la pression de l'opinion mondiale, Meriam Yehya Ibrahim pourrait être libérée selon Itélé. Continuez tout de même à signer ;)

jeudi 22 mai 2014

Trinités

Billet librement inspiré du texte de Mary Daly Contemporary trinities dans Gyn/Ecology (non traduit en français) - The Women's Press - 1979, et 1981 pour la réimpression.

Le dogme de la Trinité chrétienne (le Père, le Fils et le  Saint-Esprit) est le paradigme (masculin) de la procession* : le Fils procède du Père, et le Saint-Esprit procède du Fils. Il s'agit d'une procession masculine : ils s'engendrent entre eux sans passer par les femmes en produisant du même, le fameux entre-soi masculin des corporations mâles si souvent dénoncé par les féministes. Système clos, communion où l'on s'auto-congratule yeux dans les yeux entre père et fils, entre hommes. C'est la fusion modèle, le comité central, l'accomplissement congloméré, la suprême immobilité, stale-mating dit Mary Daly, l'anglais permet le
jeu de mots (mating en anglais : appariement). Accouplement stérile des mêmes : reproduction à l'identique, clones. Les femmes, elles, produisent du différent, de la biodiversité, puisqu'elles font des garçons comme des filles.

Ce conglomérat masculin, cette Trinité patriarcale, au pouvoir partout, sont les contrôleurs invisibles du système militaro-industriel lui-même contrôlé par des machines, -évoquées dans un précédent billet- qui tue la terre. Ce système patriarcal est nihiliste et destructeur selon Mary Daly, qui illustre son propos en donnant l'exemple du premier test nucléaire à Los Alamos le 16 juillet 1945, issu du Manhattan project, dont le nom de code était Trinity, test aboutissant trois semaines plus tard au bombardement atomique de Hiroshima le 6 août 1945, puis, 3 jours après comme si un ne suffisait pas, celui de Nagasaki, le 9 août 1945, sous les noms de code respectifs de "Little Boy" et "Fatman". Ça ne s'invente pas. La perversité de la pensée patriarcale est telle que ces bombes sont non seulement la progéniture des scientifiques qui les ont produites, mais emphatiquement elles sont une progéniture mâle, écrit Marylin French dans The war against women. En 1952, après que la première explosion de la bombe à hydrogène prénommée "Mike" fut testée avec succès sur l'atoll d'Eniwetok aux Iles Marshall, Edward Teller "père" de la bombe à hydrogène, télégraphie à Los Alamos : "It's a boy" -c'est un garçon- comme s'il annonçait une naissance ! Tout se passe comme si toute l'histoire de la bombe est pénétrée par une imagerie qui confond l'écrasant pouvoir technologique de l'homme (dans son sens sexué) à détruire la nature, avec le pouvoir de créer, écrit Carol Cohn, spécialiste du genre dans les conflits armés et la sécurité.

Même si de nos jours la menace nucléaire n'est pas éloignée de nous, d'autres fléaux se précisent -accomplissements du doomsday -jour du Jugement- promis par la doctrine patriarcale chrétienne. Prophétie auto-réalisatrice et jusqu'auboutiste pour avoir raison ? La menace climatique se fait plus proche tous les jours, dans l'apathie générale, comme le démontre la vidéo "CO : 2 - Humains : 0" ci-dessous :

Dans cette vidéo, on peut identifier une trinité à l'oeuvre : l'ONU, les industriels regroupés au sein du GCC, Global Climate Coalition, et leurs lobbyistes. Tous dirigés par des hommes cooptés. Le GIECC peut toujours s’époumoner, l'immobilisme (stalemate en anglais) prévaut. Les trinités patriacales, fermées à tout ce qui n'est pas eux, sont enfermées, immobiles, dans leur fusion éternelle. La Trinité masculine clonée et donc stérile se regarde dans les yeux pendant que la Terre meurt.

* La notion de "procession" a été formulée pour la première fois par Virginia Woolf dans Trois Guinées, pamphlet dénonçant le fascisme patriarcal qui annonce tous les autres : " La voici, défilant devant nous, cette procession des fils d'hommes cultivés, accédant à ces chaires, gravissant ces marches, entrant et sortant par ces portes, prêchant, enseignant, faisant la justice, pratiquant la médecine, gagnant de l'argent".

jeudi 15 mai 2014

#BringBackOurGirls - Le destin des filles : mariage ou prostitution selon Boko Haram



Pendant que le mouvement #BringBackOurGirls initié sur Twitter par Obi Ezekwesili, ex-vice-présidente de la Banque Mondiale-section Africa, est enfin relayé par les médias traditionnels et qu'il ne faiblit pas, il est opportun de rappeler que la prostitution, ses milliards générés par le trafic de femmes, financent aussi les groupuscules terroristes armés. Les lycéennes nigérianes promises aux marchés aux esclaves et aux bordels nous rappellent que des dizaines de milliers de femmes nigérianes sont exploitées ici, en Europe, par une prostitution contrainte, comme dans l'immense majorité des cas, n'en déplaise aux adeptes d'un prétendu "libre-choix". La plupart arrivent par l'Italie via des réseaux mafieux, et doivent rembourser la dette de leur traversée à des mafias très organisées, en travaillant sur les trottoirs français et européens, pour des clients de chez nous.

Entre les cyniques mafieux et les religieux ou prétendus tels, il n'y a que deux voies pour les femmes : le mariage ou la prostitution. Dans leur système de pensée (?), ils traitent les femmes en vaches à traire, comme de la marchandise, ils les échangent selon leurs besoins de célibataires frustrés, d'hommes mariés souhaitant plusieurs épouses, ou les caprices des clients à "besoins irrépressibles" chez nous comme partout. Il n'y a pas d'autres cases à cocher dans leurs plans pour les femmes : ni le célibat, ni le désir de faire carrière et rien d'autre, ni  rester nullipare -sans enfant. C'est l'accumulation de crétins dans le moins grave des cas, ou l'accumulation de sanguinaires dans le pire, sur une planète à bout de souffle, où la crise climatique exacerbe les conflits régionaux. Croissez et multipliez : injonctions obsolètes d'un dieu mâle. Esclavage domestique au service d'un ou plusieurs époux et ses enfants, esclavage reproductif dans les pires conditions, ou esclavage sexuel. Ces frustrés à grosses pognes patriarcales pas du tout rabotées (comme elles peuvent l'être -un peu- chez nous) majoritaires dans le monde, ont inventé l'élevage, le maquignonnage et le parasitisme.

Le chef allumé de Boko Haram qui n'est pas à jour de ses archives, puisqu'il inclut dans son ultimatum Margaret Thatcher, décédée depuis un an, veut aussi attirer des djhadistes pauvres et célibataires en leur promettant des épouses : les lycéennes sont des appâts pour recruter de nouveaux adeptes, selon ce spécialiste interviewé par Europe1 le 13 mai. La vidéo* ci-dessous explique leur stratégie :


"Boko Haram a une vrai base sociale" par Europe1fr

Il n'est donc pas aussi allumé ni aussi sous acide qu'il en a l'air, bien que Charlie Hebdo de cette semaine en ait fait une planche dont voici une photo :


Cet affreux évènement remet en lumière l'achat et la vente de femmes aux fins de prostitution. Il a d'ailleurs relancé le mouvement Real Men Don't Buy Girls, dont on a vu plusieurs affiches arriver dans le hashtag #BringBackOurGirls, comme celle ci-dessous.




"Les vrais hommes n'achètent pas de filles" : real men, ou vrais hommes en français, est quand même embêtant : il sous-entendrait qu'il y en a de faux ou pas réels. Je préférerais : les hommes réguliers (qui se conforment aux règles) n'achètent pas de femmes, point. Regular guys don't buy women. En anglais aussi, c'est plus juste. Les femmes ne sont pas achetables dans une société qui s'entend sur des règles communes, basées sur l'égalité des sexes.
"La prostitution continue à fleurir pour une raison : la DEMANDE. Il y a trois lettres-clé dans DEMANDE - MAN ! Il est temps que les clients remontent leur braguette. "  
Abolition.  
#BringBackOurGirls !
* L'option suppression de la pub n'est pas proposée. Mais vous pouvez couper le son tant qu'elle dure ! 

jeudi 8 mai 2014

De l'importance de l'éducation des filles

Les femmes constituent les deux tiers des illettrés sur la planète.
Actuellement dans l'actualité portée par les médias sociaux, notamment Twitter, les medias traditionnels ne s'en sont fait l'écho qu'avec retard et uniquement parce que la pression sur Twitter ne retombe pas, il y a l'enlèvement de 234 lycéennes nigérianes par la secte islamiste fondamentaliste Boko Haram dirigée par un fanatique haineux des femmes : Abubakar Shekau. Les fanatiques des religions obscurantistes ne s'y trompent pas : l'éducation des filles est clé. Clé du développement, clé de l'émancipation, clé de l'empowerment des femmes, et ils n'en veulent à aucun prix. Il veulent l'asservissement des femmes exclusivement à leur service : sexuel, reproductif, entièrement dédiées à leur domesticité sans possibilité d'évasion ou d'une quelconque émancipation qui leur ôterait leurs privilèges de mâles, servis dans leurs foyers par une ou plusieurs épouses/domestiques. Pieds et poings liés par la dépendance économique et par la charge harassante d'innombrables enfants. Car des filles éduquées font des femmes qui reprennent le pouvoir sur leurs vies.


Femmes vendues comme esclaves ou bétail contre sommes dérisoires, violées, donc "démonétisées" puis mariées de force : le catéchisme des religions obscurantistes.

31 millions de filles en âge scolaire ne vont pas à l'école, ou en sont retirées précocement. Les raisons : les mariages précoces (le chef de la secte Boko Haram a menacé d'épouser deux jeunes filles enlevées âgées de 9 et 12 ans), les frais de scolarité (on préfère investir sur les garçons, bourde économique très répandue qui n'arrête pas de tirer l'humanité vers le bas), la violence sexuelle (Boko Haram encore : viols et mariages forcés attendent les jeunes filles en leur pouvoir), et enfin, manque d'installations sanitaires adaptées. Évidemment, ce manque de sanitaires pour filles est voulu, par fortuit. Tout est bon pour les décourager.


Or les bénéfices d'une solide éducation pour les femmes sont les
suivants : fin des mariages précoces, elles sont plus susceptibles de se marier 4 ans plus tard, elles meurent moins des conséquences de la grossesse et de l'accouchement, elles ont moins d'enfants, et ceux-ci ont de meilleures possibilités, notamment en matière d'espérance de vie et de santé, et enfin, leurs enfants vont, comme leurs mères, à l'école. Oui, investir dans la scolarisation des filles produit du progrès humain, n'en déplaise aux patriarcaux qui nous préfèrent à leur service exclusif, quel que soit par ailleurs le prix à payer. Leurs privilèges de classe/caste surpassent même l'avenir de l'humanité sur cette planète. Plus les filles et femmes s'émancipent, plus leur guerre contre les femmes fait rage. Aller à l'école dans certains endroits de la planète, c'est pour une fille, un héroïsme quotidien.

Si chez nous, ce n'est plus le cas, et que les filles reçoivent la même éducation que les garçons, la discrimination se fait plus tard, lors de la sélection à l'entrée dans certaines formations et filières. Ou, si elles insistent, dans la promotion de leur carrière, où tout est bon pour les décourager, notamment dans les entreprises à entre-soi masculin, à réunions plombantes interminables et occupation in extenso du temps dans la journée. J'en ai une dans mon voisinage : ils travaillent jour et nuit, samedis, dimanches et fériés, occupent le temps et l'espace, sont certainement peu productifs -ce qui arrive quand on n'a pas d'horaires- et bien entendu, les filles sont rares. Comme par hasard, c'est une boîte d'informatique.

C'est d'autant plus injuste que les filles sont meilleures partout, comme le rapporte cet article de Slate. Depuis 100 ans, et dans toutes les
matières : c'est ce que révèle une méta-analyse publiée aux États-Unis. De plus, ce fait est stable depuis 100 ans. Il n'y a donc pas de "crise" des garçons, comme le prétendent des masculinistes revanchards. Les filles sont et ont toujours été meilleures, aussi bien en mathématiques et sciences, avec un fort avantage sur la lecture et les langues. La guerre aux filles est donc loin d'être terminée, que ce soit dans leur entrée aux postes les plus valorisants et les mieux rémunérés chez nous, et ailleurs, comme au Nigéria, où l'éducation les sort de l'esclavage domestique auquel elle sont promises, avant qu'elles n'investissent les universités et les postes de pouvoir.

Lien vers la campagne de Change pour y ajouter votre signature.

Actualisation 9 mai 2014 : Manifestation à Paris 13 mai à 18 H Place du Trocadéro - Manifestation également le 12 mai 18 H 30 place de Jaude à Clermont-Ferrand. Et peut-être dans votre ville : renseignez-vous.


#BringBackOurGirls !
#RendezNousNosFilles ! 

vendredi 2 mai 2014

La dévolution du monde aux machines a commencé

Les abeilles disparaissent sous les effets conjugués de leur surexploitation, de l'appauvrissement de la biodiversité agricole (monoculture), et bien sûr, des phytosanitaires (pesticides) destinés à préserver nos récoltes de divers parasites. Mais la technologie a la réponse à la disparition de ces indispensables pollinisatrices : des abeilles robots (Robot Bees) sont en développement dans les labos d'électronique. Capteurs d'énergie solaire pour les faire voler, et puces électronique pour les faire mimer le comportement des vraies abeilles, il ne reste plus qu'à les lâcher dans les champs ! Le tour est joué et la pollinisation reprend. Produites à échelle industrielle, elles peuvent même coûter moins cher que les soins aux vraies abeilles. Les robot Bees sont indestructibles, au moins jusqu'à l'usure de leurs matériaux -qui pollueront ensuite les sols.



Autre avantage : les Robot-Bees ne succomberont plus à cause du déversement de produits phytosanitaires destinés à protéger les récoltes des différentes "pestes" qui les affligent. Les Abeilles-robots sont définitivement les alliées des industriels de la chimie et des semenciers qui déposent des brevets sur le vivant. Les machines résoudront tous nos problèmes : il suffit d'accélérer la recherche et le développement et d'investir dans la matière grise. Et toutes sortes d'applications sont envisageables. Les machines se sont substituées aux humains dans nombre d'ateliers industriels (tissage, automobile, téléphonie, la liste est infinie...), leur avènement est inexorable : comme animaux utiles (robots-bees) ou de compagnie, comme aidantes auprès des personnes âgées. Les japonais sont en pointe dans la science robotique. Real humans, c'est pour demain.

Définition du mot "Dévolution" selon le Larousse : Transfert, transmission d'un bien, d'un droit qui se fait d'une personne à une autre. (Se dit particulièrement en parlant de la transmission successorale).

Il faut préciser que je suis lectrice de Maurice Dantec auteur de polars cyberpunks (ses premiers romans surtout, les derniers étant devenus par trop verbeux, délirants et pénibles) et de Jean-Michel Truong, (Totalement inhumaine m'avait fait un effet bœuf !) : ces deux auteurs prédisent que la conscience va changer de cheval (de l'humain, elle passerait aux machines plus parfaites et plus indestructibles), les humains ayant la charge de préparer l'avènement/avenir des machines, nos Successeures sur la planète -certaines assez rudimentaires, mais témoignant de notre présence, sont déjà parties à la conquête de l'Univers. J'ai aussi vu plusieurs fois la franchise cinématographique des Terminator, assez réussie, il faut reconnaître.

La poétesse Adrienne Rich confirme, dans les années 70 :

"A man's world . But finished.
They themselves have sold it to the machines".

(Un monde d'hommes. Mais fini. Ils l'ont vendu eux-mêmes aux machines). Adrienne Rich, féministe et opposante politique à la guerre au Vietnam, accuse le patriarcat qui "aime la guerre" d'être en guerre contre les femmes et donc, contre la société humaine tout entière. Un nihilisme forcené.

Enfin, sur le sujet, il faut aussi lire les lettres ouvertes de Gunther Anders, philosophe, un des maris de Hannah Arendt mais nettement moins connu et traduit qu'elle, au fils d'Adolf Eichmann : Nous, fils d'Eichmann, dans lesquelles il prédit l'obsolescence, la désuétude humaine, à la relecture des procédures bureaucratiques et industrielles des petits exécuteurs "sans capacité de représentation" de la Shoah. Abondamment cité par Dantec dans ses romans, à qui je dois de l'avoir lu. Rien que pour ça, ça valait le coup. "Nous sommes tous des fils du monde d'Eichmann".- "Notre monde actuel dans son ensemble, se transforme en machine, il est en passe de devenir machine". "L'automation généralisée rend le travailleur lui-même superflu". Et "C'est la technique désormais qui s'érige en sujet de l'histoire, et les choses sont telles que "Plus s'accroit la puissance technique à disposition, plus décroissent les inhibitions devant son usage. A la fin, il s'agit de produire la nature elle-même, d'accélérer le temps et l'histoire jusqu'à leur abolition". Une lecture indispensable.


Quelques-un-es résistent par le lien et le tissage : l'artiste Sofie Vinet propose une installation de Land art à Notre Dame des landes, La Pelote Rouge. Elle fait appel à contributions pour réunir assez de morceaux de tissu rouge pour réaliser l'oeuvre qui y sera exposée tout l'été 2014. Pour contribuer, suivre le lien vers La Pelote Rouge.

"Spinsters spin the world. Spinsters spin and weave, mending and creating unity of conciousness. We knit, knot, interlace, entwine, whirl and twirl". Mary Daly. (La traduction serait dans l'esprit ce que dit Sofie Vinet sur la page d'accueil de son site Internet).

(Si nous mourons, nous vous emportons avec nous).
PS La vidéo est normalement sous-titrée en français sur mon blog, mais si elle ne l'était pas, sachez que le sous-titrage est disponible, il suffit de l'activer.

jeudi 24 avril 2014

Stop à l'occupation masculine dans les espaces publics

On a toutes été confrontées à ce genre de situation, en train, tramway, bus, métro, sans doute en la trouvant très banale :


Les mecs cuisses écartées, pendant que les femmes casent leurs jambes comme elles peuvent, dans l'espace qui leur est laissé par la sur-occupation masculine dans les transports publics. Personnellement quand je réserve un billet de train, je négocie (je paie, donc j'achète, c'est une sorte de déformation professionnelle) avec l'employé SNCF pour ne pas me trouver dans le milieu de rame où les passagers qui voyagent à l'envers se retrouvent face aux passagers qui voyagent à l'endroit avec les genoux qui s'entrechoquent ! Je négocie également de ne pas me retrouver à côté de leurs portes coulissantes, mais c'est pour garder la main et pousser mon avantage. Si le train est bondé quand je réserve (tout n'est pas toujours possible), je négocie directement dans le train avec le passager si c'est un homme (c'est toujours un homme, je voyage pendant les horaires affaires), en lui expliquant que MOI AUSSI j'ai des longues jambes et qu'il va falloir trouver UN BON COMPROMIS entre les siennes et les miennes. Ça a le mérite de mettre tout de suite les pendules à l'heure. Je paie plein pot, on n'a pas à réduire l'espace qui m'est alloué. Je comprends bien qu'il faut qu'ils aient le service trois-pièces bien aligné, avec de préférence l'air qui circule autour, ça rafraîchit, mais, bon, c'est comme ça !



Un Tumblr "Men taking up too much place on the train" a vu le jour : il fait appel à contributions, vous pouvez donc prendre vos propres photos et les poster sur le site. C'est plus intelligent et de salubrité publique que le site de photos volées sur les femmes qui mangent dans le métro évoqué dans mon précédent billet. Même si dans son article "Les cuisses de la discorde" le site Konbini parle de guerre des sexes et trouve que cette sur-occupation c'est juste de l'incivilité masculine, qu'ils opposent à l'incivilité des femmes ! Cet article d'un blogueur du Monde donne deux autres versions : les "connectés" prendraient plus de place, et les hommes sont plus connectés que les femmes, ou encore, quand un mec s’assoit jambes l'une contre l'autre, il passerait pour gay ! Décidément, toutes les excuses sont bonnes. Les hommes nous ont appris que l'espace public leur appartient de diverses façons, celle-ci n'en est qu'une de plus, même si elle est plus bénigne que le terrorisme machiste du harcèlement de rues.
Ce que décrit Myroie ci-dessus, c'est une agression caractérisée. Cela m'arrive aussi : ce sont plutôt des insultes quand je passe, et divers cris prétendument d'animaux pour attirer mon attention. Dans huit jours, ce sera le premier anniversaire des deux interminables ponts des 1er et 8 mai de l'année dernière. Les garçons de mon quartier ont traîné leur désœuvrement parasitaire pendant 10 longs jours : foot dans les parties communes, pétarades diverses, et en ce qui me concerne, insultes un soir à 22 H 30 alors que je descendais au bac à compost. Et comme j'ai répondu : menaces et ré-insultes à chaque fois que je me trouvais dehors en même temps qu'eux. Histoire de me rappeler que je suis "chez eux", en tous cas pas chez moi, je suppose. Dès le 9 mai, excédée, je suis allée déposer une main courante au commissariat de police, où une jeune femme policière m'a reçue avec compréhension. Aussitôt rentrée chez moi, j'ai faxé la copie à mon propriétaire avec un courrier d'accompagnement. Depuis, j'ai à peu près la paix.
Les mains courantes ne serviraient à rien, selon les tenants de la plainte en bonne et due forme. Je ne suis pas d'accord : pendant une prise de main courante, on vous écoute, on prend votre doléance en considération et ça sert à faire des statistiques. Donc, faites des mains courantes ou déposez plainte selon la façon dont vous le sentez. On vous proposera les deux et on vous conseillera. La police est là pour ça.
Il n'y a aucune raison pour qu'ils s'en tirent comme si rien ne s'était passé. L'accumulation d'humiliations est très mauvaise pour notre estime de soi. Aller au commissariat ou à la gendarmerie, c'est restaurer sa confiance en soi et refuser l'aliénation. Les espaces publics ne leur appartiennent pas, qu'ils s'en persuadent. La terreur machiste, le terrorisme viril ne passeront pas ! Et qu'ils se le mettent aussi ça dans la tête : non à la réification et à la politique sexuelle de la femme consommable en morceaux : les femmes ne sont pas non plus des morceaux de viande.


Liens : Le Facebook de STOP au harcèlement de rues qui relaie la campagne ; STOP street harassment (en anglais) ; le blog de Myroie.
Mon billet : Harcèlement de rue, comment réagir.

Lien supplémentaire : Sur le site Encore féministes !, après le kidnapping de lycéennes nigérianes, dont 115 sont toujours retenues otages par la secte obscurantiste Boko Aram, appel au Président du Nigeria pour que tout soit fait pour que ces jeunes filles soient libérées. N'hésitez pas à relayer et partager sur vos réseaux sociaux. Free female pupils in Nigeria !