vendredi 30 mai 2014

Femmes sous la férule


J'espère que vous aviez éloigné les enfants, les personnes âgées sensibles et même le chien ! Elle fait peur cette photo, capturée sur Twitter, à l'occasion du voyage papal en Moyen-Orient. On ne rigole pas dans les réunions œcuméniques au sommet, le pouvoir patriarcal ce n'est pas une partie de plaisir.

Sous la férule des patriarcaux (patris archéos - vieux pères) : je parle des trois religions "révélées" patriarcales, il ne fait pas bon être femme. Au Soudan, une femme enceinte est condamnée à la pendaison pour apostasie, comprenez que, de confession musulmane pour être née dans cette région du monde d'un père musulman (comment peut-on naître en ayant déjà embrassé l'obscurantisme local ?), elle a souhaité épouser l'homme de son choix, un chrétien, lui aussi sans doute né dans un endroit où l'on se convertissait ou on mourait, choix impossible imposé. Comme dans les religions patriarcales, les femmes sont les bas morceaux de l'humanité, elle ne peut pas épouser un chrétien sans OBLIGATOIREMENT suivre la confession de son mari, elle devient donc apostat ! Je laisse le mot au masculin exprès : c'est leurs affaires, pas les nôtres. Et au Soudan, l'apostasie est punie de mort. Donc, enceinte, elle est en prison, avec un premier enfant de 20 mois, et attend son exécution par pendaison. Elle a accouché ces jours derniers, les jambes entravées par des chaînes, pour compléter ce tableau horrifique. Elle s'appelle Meriam Yehya Ibrahim : signez pour Meriam la pétition d'Amnesty International. Il faut que sous la pression internationale, la barbarie recule.

Au Pakistan, une femme Farzana Parveen-Iqbal a été lapidée à mort en plein jour, devant le Tribunal de Grande Instance et en présence de policiers apathiques, dans une rue de Lahore, deuxième ville du Pakistan, pour avoir épousé l'homme de son choix, affront que son père n'a pas supporté. TV5 Monde raconte son histoire ICI. Daniel Cohn-Bendit en a fait son éditorial sur Europe 1 le 29 mai. Un millier de femmes perdraient ainsi la vie au Pakistan, malgré une loi interdisant les mariages forcés et ce genre de justice patriarcale.

Chez nous, c'est le week-end de l'Ascension : occasion surtout de faire un pont, et je ne suis pas sûre que tous les bénéficiaires du pont de l'Ascension, dans une France déchristianisée, aient désormais la moindre idée de ce qu'ils fêtent. En d'autres temps, j'aurais trouvé cela lamentable, aujourd'hui, je crois que je m'en réjouis.

ACTUALISATION 1/6/14 : Sous la pression de l'opinion mondiale, Meriam Yehya Ibrahim pourrait être libérée selon Itélé. Continuez tout de même à signer ;)

jeudi 22 mai 2014

Trinités

Billet librement inspiré du texte de Mary Daly Contemporary trinities dans Gyn/Ecology (non traduit en français) - The Women's Press - 1979, et 1981 pour la réimpression.

Le dogme de la Trinité chrétienne (le Père, le Fils et le  Saint-Esprit) est le paradigme (masculin) de la procession* : le Fils procède du Père, et le Saint-Esprit procède du Fils. Il s'agit d'une procession masculine : ils s'engendrent entre eux sans passer par les femmes en produisant du même, le fameux entre-soi masculin des corporations mâles si souvent dénoncé par les féministes. Système clos, communion où l'on s'auto-congratule yeux dans les yeux entre père et fils, entre hommes. C'est la fusion modèle, le comité central, l'accomplissement congloméré, la suprême immobilité, stale-mating dit Mary Daly, l'anglais permet le
jeu de mots (mating en anglais : appariement). Accouplement stérile des mêmes : reproduction à l'identique, clones. Les femmes, elles, produisent du différent, de la biodiversité, puisqu'elles font des garçons comme des filles.

Ce conglomérat masculin, cette Trinité patriarcale, au pouvoir partout, sont les contrôleurs invisibles du système militaro-industriel lui-même contrôlé par des machines, -évoquées dans un précédent billet- qui tue la terre. Ce système patriarcal est nihiliste et destructeur selon Mary Daly, qui illustre son propos en donnant l'exemple du premier test nucléaire à Los Alamos le 16 juillet 1945, issu du Manhattan project, dont le nom de code était Trinity, test aboutissant trois semaines plus tard au bombardement atomique de Hiroshima le 6 août 1945, puis, 3 jours après comme si un ne suffisait pas, celui de Nagasaki, le 9 août 1945, sous les noms de code respectifs de "Little Boy" et "Fatman". Ça ne s'invente pas. La perversité de la pensée patriarcale est telle que ces bombes sont non seulement la progéniture des scientifiques qui les ont produites, mais emphatiquement elles sont une progéniture mâle, écrit Marylin French dans The war against women. En 1952, après que la première explosion de la bombe à hydrogène prénommée "Mike" fut testée avec succès sur l'atoll d'Eniwetok aux Iles Marshall, Edward Teller "père" de la bombe à hydrogène, télégraphie à Los Alamos : "It's a boy" -c'est un garçon- comme s'il annonçait une naissance ! Tout se passe comme si toute l'histoire de la bombe est pénétrée par une imagerie qui confond l'écrasant pouvoir technologique de l'homme (dans son sens sexué) à détruire la nature, avec le pouvoir de créer, écrit Carol Cohn, spécialiste du genre dans les conflits armés et la sécurité.

Même si de nos jours la menace nucléaire n'est pas éloignée de nous, d'autres fléaux se précisent -accomplissements du doomsday -jour du Jugement- promis par la doctrine patriarcale chrétienne. Prophétie auto-réalisatrice et jusqu'auboutiste pour avoir raison ? La menace climatique se fait plus proche tous les jours, dans l'apathie générale, comme le démontre la vidéo "CO : 2 - Humains : 0" ci-dessous :

Dans cette vidéo, on peut identifier une trinité à l'oeuvre : l'ONU, les industriels regroupés au sein du GCC, Global Climate Coalition, et leurs lobbyistes. Tous dirigés par des hommes cooptés. Le GIECC peut toujours s’époumoner, l'immobilisme (stalemate en anglais) prévaut. Les trinités patriacales, fermées à tout ce qui n'est pas eux, sont enfermées, immobiles, dans leur fusion éternelle. La Trinité masculine clonée et donc stérile se regarde dans les yeux pendant que la Terre meurt.

* La notion de "procession" a été formulée pour la première fois par Virginia Woolf dans Trois Guinées, pamphlet dénonçant le fascisme patriarcal qui annonce tous les autres : " La voici, défilant devant nous, cette procession des fils d'hommes cultivés, accédant à ces chaires, gravissant ces marches, entrant et sortant par ces portes, prêchant, enseignant, faisant la justice, pratiquant la médecine, gagnant de l'argent".

jeudi 15 mai 2014

#BringBackOurGirls - Le destin des filles : mariage ou prostitution selon Boko Haram



Pendant que le mouvement #BringBackOurGirls initié sur Twitter par Obi Ezekwesili, ex-vice-présidente de la Banque Mondiale-section Africa, est enfin relayé par les médias traditionnels et qu'il ne faiblit pas, il est opportun de rappeler que la prostitution, ses milliards générés par le trafic de femmes, financent aussi les groupuscules terroristes armés. Les lycéennes nigérianes promises aux marchés aux esclaves et aux bordels nous rappellent que des dizaines de milliers de femmes nigérianes sont exploitées ici, en Europe, par une prostitution contrainte, comme dans l'immense majorité des cas, n'en déplaise aux adeptes d'un prétendu "libre-choix". La plupart arrivent par l'Italie via des réseaux mafieux, et doivent rembourser la dette de leur traversée à des mafias très organisées, en travaillant sur les trottoirs français et européens, pour des clients de chez nous.

Entre les cyniques mafieux et les religieux ou prétendus tels, il n'y a que deux voies pour les femmes : le mariage ou la prostitution. Dans leur système de pensée (?), ils traitent les femmes en vaches à traire, comme de la marchandise, ils les échangent selon leurs besoins de célibataires frustrés, d'hommes mariés souhaitant plusieurs épouses, ou les caprices des clients à "besoins irrépressibles" chez nous comme partout. Il n'y a pas d'autres cases à cocher dans leurs plans pour les femmes : ni le célibat, ni le désir de faire carrière et rien d'autre, ni  rester nullipare -sans enfant. C'est l'accumulation de crétins dans le moins grave des cas, ou l'accumulation de sanguinaires dans le pire, sur une planète à bout de souffle, où la crise climatique exacerbe les conflits régionaux. Croissez et multipliez : injonctions obsolètes d'un dieu mâle. Esclavage domestique au service d'un ou plusieurs époux et ses enfants, esclavage reproductif dans les pires conditions, ou esclavage sexuel. Ces frustrés à grosses pognes patriarcales pas du tout rabotées (comme elles peuvent l'être -un peu- chez nous) majoritaires dans le monde, ont inventé l'élevage, le maquignonnage et le parasitisme.

Le chef allumé de Boko Haram qui n'est pas à jour de ses archives, puisqu'il inclut dans son ultimatum Margaret Thatcher, décédée depuis un an, veut aussi attirer des djhadistes pauvres et célibataires en leur promettant des épouses : les lycéennes sont des appâts pour recruter de nouveaux adeptes, selon ce spécialiste interviewé par Europe1 le 13 mai. La vidéo* ci-dessous explique leur stratégie :


"Boko Haram a une vrai base sociale" par Europe1fr

Il n'est donc pas aussi allumé ni aussi sous acide qu'il en a l'air, bien que Charlie Hebdo de cette semaine en ait fait une planche dont voici une photo :


Cet affreux évènement remet en lumière l'achat et la vente de femmes aux fins de prostitution. Il a d'ailleurs relancé le mouvement Real Men Don't Buy Girls, dont on a vu plusieurs affiches arriver dans le hashtag #BringBackOurGirls, comme celle ci-dessous.




"Les vrais hommes n'achètent pas de filles" : real men, ou vrais hommes en français, est quand même embêtant : il sous-entendrait qu'il y en a de faux ou pas réels. Je préférerais : les hommes réguliers (qui se conforment aux règles) n'achètent pas de femmes, point. Regular guys don't buy women. En anglais aussi, c'est plus juste. Les femmes ne sont pas achetables dans une société qui s'entend sur des règles communes, basées sur l'égalité des sexes.
"La prostitution continue à fleurir pour une raison : la DEMANDE. Il y a trois lettres-clé dans DEMANDE - MAN ! Il est temps que les clients remontent leur braguette. "  
Abolition.  
#BringBackOurGirls !
* L'option suppression de la pub n'est pas proposée. Mais vous pouvez couper le son tant qu'elle dure ! 

jeudi 8 mai 2014

De l'importance de l'éducation des filles

Les femmes constituent les deux tiers des illettrés sur la planète.
Actuellement dans l'actualité portée par les médias sociaux, notamment Twitter, les medias traditionnels ne s'en sont fait l'écho qu'avec retard et uniquement parce que la pression sur Twitter ne retombe pas, il y a l'enlèvement de 234 lycéennes nigérianes par la secte islamiste fondamentaliste Boko Haram dirigée par un fanatique haineux des femmes : Abubakar Shekau. Les fanatiques des religions obscurantistes ne s'y trompent pas : l'éducation des filles est clé. Clé du développement, clé de l'émancipation, clé de l'empowerment des femmes, et ils n'en veulent à aucun prix. Il veulent l'asservissement des femmes exclusivement à leur service : sexuel, reproductif, entièrement dédiées à leur domesticité sans possibilité d'évasion ou d'une quelconque émancipation qui leur ôterait leurs privilèges de mâles, servis dans leurs foyers par une ou plusieurs épouses/domestiques. Pieds et poings liés par la dépendance économique et par la charge harassante d'innombrables enfants. Car des filles éduquées font des femmes qui reprennent le pouvoir sur leurs vies.


Femmes vendues comme esclaves ou bétail contre sommes dérisoires, violées, donc "démonétisées" puis mariées de force : le catéchisme des religions obscurantistes.

31 millions de filles en âge scolaire ne vont pas à l'école, ou en sont retirées précocement. Les raisons : les mariages précoces (le chef de la secte Boko Haram a menacé d'épouser deux jeunes filles enlevées âgées de 9 et 12 ans), les frais de scolarité (on préfère investir sur les garçons, bourde économique très répandue qui n'arrête pas de tirer l'humanité vers le bas), la violence sexuelle (Boko Haram encore : viols et mariages forcés attendent les jeunes filles en leur pouvoir), et enfin, manque d'installations sanitaires adaptées. Évidemment, ce manque de sanitaires pour filles est voulu, par fortuit. Tout est bon pour les décourager.


Or les bénéfices d'une solide éducation pour les femmes sont les
suivants : fin des mariages précoces, elles sont plus susceptibles de se marier 4 ans plus tard, elles meurent moins des conséquences de la grossesse et de l'accouchement, elles ont moins d'enfants, et ceux-ci ont de meilleures possibilités, notamment en matière d'espérance de vie et de santé, et enfin, leurs enfants vont, comme leurs mères, à l'école. Oui, investir dans la scolarisation des filles produit du progrès humain, n'en déplaise aux patriarcaux qui nous préfèrent à leur service exclusif, quel que soit par ailleurs le prix à payer. Leurs privilèges de classe/caste surpassent même l'avenir de l'humanité sur cette planète. Plus les filles et femmes s'émancipent, plus leur guerre contre les femmes fait rage. Aller à l'école dans certains endroits de la planète, c'est pour une fille, un héroïsme quotidien.

Si chez nous, ce n'est plus le cas, et que les filles reçoivent la même éducation que les garçons, la discrimination se fait plus tard, lors de la sélection à l'entrée dans certaines formations et filières. Ou, si elles insistent, dans la promotion de leur carrière, où tout est bon pour les décourager, notamment dans les entreprises à entre-soi masculin, à réunions plombantes interminables et occupation in extenso du temps dans la journée. J'en ai une dans mon voisinage : ils travaillent jour et nuit, samedis, dimanches et fériés, occupent le temps et l'espace, sont certainement peu productifs -ce qui arrive quand on n'a pas d'horaires- et bien entendu, les filles sont rares. Comme par hasard, c'est une boîte d'informatique.

C'est d'autant plus injuste que les filles sont meilleures partout, comme le rapporte cet article de Slate. Depuis 100 ans, et dans toutes les
matières : c'est ce que révèle une méta-analyse publiée aux États-Unis. De plus, ce fait est stable depuis 100 ans. Il n'y a donc pas de "crise" des garçons, comme le prétendent des masculinistes revanchards. Les filles sont et ont toujours été meilleures, aussi bien en mathématiques et sciences, avec un fort avantage sur la lecture et les langues. La guerre aux filles est donc loin d'être terminée, que ce soit dans leur entrée aux postes les plus valorisants et les mieux rémunérés chez nous, et ailleurs, comme au Nigéria, où l'éducation les sort de l'esclavage domestique auquel elle sont promises, avant qu'elles n'investissent les universités et les postes de pouvoir.

Lien vers la campagne de Change pour y ajouter votre signature.

Actualisation 9 mai 2014 : Manifestation à Paris 13 mai à 18 H Place du Trocadéro - Manifestation également le 12 mai 18 H 30 place de Jaude à Clermont-Ferrand. Et peut-être dans votre ville : renseignez-vous.


#BringBackOurGirls !
#RendezNousNosFilles ! 

vendredi 2 mai 2014

La dévolution du monde aux machines a commencé

Les abeilles disparaissent sous les effets conjugués de leur surexploitation, de l'appauvrissement de la biodiversité agricole (monoculture), et bien sûr, des phytosanitaires (pesticides) destinés à préserver nos récoltes de divers parasites. Mais la technologie a la réponse à la disparition de ces indispensables pollinisatrices : des abeilles robots (Robot Bees) sont en développement dans les labos d'électronique. Capteurs d'énergie solaire pour les faire voler, et puces électronique pour les faire mimer le comportement des vraies abeilles, il ne reste plus qu'à les lâcher dans les champs ! Le tour est joué et la pollinisation reprend. Produites à échelle industrielle, elles peuvent même coûter moins cher que les soins aux vraies abeilles. Les robot Bees sont indestructibles, au moins jusqu'à l'usure de leurs matériaux -qui pollueront ensuite les sols.



Autre avantage : les Robot-Bees ne succomberont plus à cause du déversement de produits phytosanitaires destinés à protéger les récoltes des différentes "pestes" qui les affligent. Les Abeilles-robots sont définitivement les alliées des industriels de la chimie et des semenciers qui déposent des brevets sur le vivant. Les machines résoudront tous nos problèmes : il suffit d'accélérer la recherche et le développement et d'investir dans la matière grise. Et toutes sortes d'applications sont envisageables. Les machines se sont substituées aux humains dans nombre d'ateliers industriels (tissage, automobile, téléphonie, la liste est infinie...), leur avènement est inexorable : comme animaux utiles (robots-bees) ou de compagnie, comme aidantes auprès des personnes âgées. Les japonais sont en pointe dans la science robotique. Real humans, c'est pour demain.

Définition du mot "Dévolution" selon le Larousse : Transfert, transmission d'un bien, d'un droit qui se fait d'une personne à une autre. (Se dit particulièrement en parlant de la transmission successorale).

Il faut préciser que je suis lectrice de Maurice Dantec auteur de polars cyberpunks (ses premiers romans surtout, les derniers étant devenus par trop verbeux, délirants et pénibles) et de Jean-Michel Truong, (Totalement inhumaine m'avait fait un effet bœuf !) : ces deux auteurs prédisent que la conscience va changer de cheval (de l'humain, elle passerait aux machines plus parfaites et plus indestructibles), les humains ayant la charge de préparer l'avènement/avenir des machines, nos Successeures sur la planète -certaines assez rudimentaires, mais témoignant de notre présence, sont déjà parties à la conquête de l'Univers. J'ai aussi vu plusieurs fois la franchise cinématographique des Terminator, assez réussie, il faut reconnaître.

La poétesse Adrienne Rich confirme, dans les années 70 :

"A man's world . But finished.
They themselves have sold it to the machines".

(Un monde d'hommes. Mais fini. Ils l'ont vendu eux-mêmes aux machines). Adrienne Rich, féministe et opposante politique à la guerre au Vietnam, accuse le patriarcat qui "aime la guerre" d'être en guerre contre les femmes et donc, contre la société humaine tout entière. Un nihilisme forcené.

Enfin, sur le sujet, il faut aussi lire les lettres ouvertes de Gunther Anders, philosophe, un des maris de Hannah Arendt mais nettement moins connu et traduit qu'elle, au fils d'Adolf Eichmann : Nous, fils d'Eichmann, dans lesquelles il prédit l'obsolescence, la désuétude humaine, à la relecture des procédures bureaucratiques et industrielles des petits exécuteurs "sans capacité de représentation" de la Shoah. Abondamment cité par Dantec dans ses romans, à qui je dois de l'avoir lu. Rien que pour ça, ça valait le coup. "Nous sommes tous des fils du monde d'Eichmann".- "Notre monde actuel dans son ensemble, se transforme en machine, il est en passe de devenir machine". "L'automation généralisée rend le travailleur lui-même superflu". Et "C'est la technique désormais qui s'érige en sujet de l'histoire, et les choses sont telles que "Plus s'accroit la puissance technique à disposition, plus décroissent les inhibitions devant son usage. A la fin, il s'agit de produire la nature elle-même, d'accélérer le temps et l'histoire jusqu'à leur abolition". Une lecture indispensable.


Quelques-un-es résistent par le lien et le tissage : l'artiste Sofie Vinet propose une installation de Land art à Notre Dame des landes, La Pelote Rouge. Elle fait appel à contributions pour réunir assez de morceaux de tissu rouge pour réaliser l'oeuvre qui y sera exposée tout l'été 2014. Pour contribuer, suivre le lien vers La Pelote Rouge.

"Spinsters spin the world. Spinsters spin and weave, mending and creating unity of conciousness. We knit, knot, interlace, entwine, whirl and twirl". Mary Daly. (La traduction serait dans l'esprit ce que dit Sofie Vinet sur la page d'accueil de son site Internet).

(Si nous mourons, nous vous emportons avec nous).
PS La vidéo est normalement sous-titrée en français sur mon blog, mais si elle ne l'était pas, sachez que le sous-titrage est disponible, il suffit de l'activer.

jeudi 24 avril 2014

Stop à l'occupation masculine dans les espaces publics

On a toutes été confrontées à ce genre de situation, en train, tramway, bus, métro, sans doute en la trouvant très banale :


Les mecs cuisses écartées, pendant que les femmes casent leurs jambes comme elles peuvent, dans l'espace qui leur est laissé par la sur-occupation masculine dans les transports publics. Personnellement quand je réserve un billet de train, je négocie (je paie, donc j'achète, c'est une sorte de déformation professionnelle) avec l'employé SNCF pour ne pas me trouver dans le milieu de rame où les passagers qui voyagent à l'envers se retrouvent face aux passagers qui voyagent à l'endroit avec les genoux qui s'entrechoquent ! Je négocie également de ne pas me retrouver à côté de leurs portes coulissantes, mais c'est pour garder la main et pousser mon avantage. Si le train est bondé quand je réserve (tout n'est pas toujours possible), je négocie directement dans le train avec le passager si c'est un homme (c'est toujours un homme, je voyage pendant les horaires affaires), en lui expliquant que MOI AUSSI j'ai des longues jambes et qu'il va falloir trouver UN BON COMPROMIS entre les siennes et les miennes. Ça a le mérite de mettre tout de suite les pendules à l'heure. Je paie plein pot, on n'a pas à réduire l'espace qui m'est alloué. Je comprends bien qu'il faut qu'ils aient le service trois-pièces bien aligné, avec de préférence l'air qui circule autour, ça rafraîchit, mais, bon, c'est comme ça !



Un Tumblr "Men taking up too much place on the train" a vu le jour : il fait appel à contributions, vous pouvez donc prendre vos propres photos et les poster sur le site. C'est plus intelligent et de salubrité publique que le site de photos volées sur les femmes qui mangent dans le métro évoqué dans mon précédent billet. Même si dans son article "Les cuisses de la discorde" le site Konbini parle de guerre des sexes et trouve que cette sur-occupation c'est juste de l'incivilité masculine, qu'ils opposent à l'incivilité des femmes ! Cet article d'un blogueur du Monde donne deux autres versions : les "connectés" prendraient plus de place, et les hommes sont plus connectés que les femmes, ou encore, quand un mec s’assoit jambes l'une contre l'autre, il passerait pour gay ! Décidément, toutes les excuses sont bonnes. Les hommes nous ont appris que l'espace public leur appartient de diverses façons, celle-ci n'en est qu'une de plus, même si elle est plus bénigne que le terrorisme machiste du harcèlement de rues.
Ce que décrit Myroie ci-dessus, c'est une agression caractérisée. Cela m'arrive aussi : ce sont plutôt des insultes quand je passe, et divers cris prétendument d'animaux pour attirer mon attention. Dans huit jours, ce sera le premier anniversaire des deux interminables ponts des 1er et 8 mai de l'année dernière. Les garçons de mon quartier ont traîné leur désœuvrement parasitaire pendant 10 longs jours : foot dans les parties communes, pétarades diverses, et en ce qui me concerne, insultes un soir à 22 H 30 alors que je descendais au bac à compost. Et comme j'ai répondu : menaces et ré-insultes à chaque fois que je me trouvais dehors en même temps qu'eux. Histoire de me rappeler que je suis "chez eux", en tous cas pas chez moi, je suppose. Dès le 9 mai, excédée, je suis allée déposer une main courante au commissariat de police, où une jeune femme policière m'a reçue avec compréhension. Aussitôt rentrée chez moi, j'ai faxé la copie à mon propriétaire avec un courrier d'accompagnement. Depuis, j'ai à peu près la paix.
Les mains courantes ne serviraient à rien, selon les tenants de la plainte en bonne et due forme. Je ne suis pas d'accord : pendant une prise de main courante, on vous écoute, on prend votre doléance en considération et ça sert à faire des statistiques. Donc, faites des mains courantes ou déposez plainte selon la façon dont vous le sentez. On vous proposera les deux et on vous conseillera. La police est là pour ça.
Il n'y a aucune raison pour qu'ils s'en tirent comme si rien ne s'était passé. L'accumulation d'humiliations est très mauvaise pour notre estime de soi. Aller au commissariat ou à la gendarmerie, c'est restaurer sa confiance en soi et refuser l'aliénation. Les espaces publics ne leur appartiennent pas, qu'ils s'en persuadent. La terreur machiste, le terrorisme viril ne passeront pas ! Et qu'ils se le mettent aussi ça dans la tête : non à la réification et à la politique sexuelle de la femme consommable en morceaux : les femmes ne sont pas non plus des morceaux de viande.


Liens : Le Facebook de STOP au harcèlement de rues qui relaie la campagne ; STOP street harassment (en anglais) ; le blog de Myroie.
Mon billet : Harcèlement de rue, comment réagir.

Lien supplémentaire : Sur le site Encore féministes !, après le kidnapping de lycéennes nigérianes, dont 115 sont toujours retenues otages par la secte obscurantiste Boko Aram, appel au Président du Nigeria pour que tout soit fait pour que ces jeunes filles soient libérées. N'hésitez pas à relayer et partager sur vos réseaux sociaux. Free female pupils in Nigeria ! 

vendredi 18 avril 2014

Dernières nouvelles de la guerre aux autres espèces

On en rirait si ce n'était pas si triste. Le prix de l'humour (involontaire) va au Midi Libre avec sa Une du samedi 12 avril 2014 où deux titres s'entrechoquent : ne sont victimes de la barbarie humaine QUE les chats et chiens, surtout pas les taureaux de combat de l'affiche du programme de la "feria" de l'Ascension, ni, à fortiori, les animaux dits de "rapport" ou de "boucherie" ! Les habituelles falsifications de définitions du pouvoir patriarcal. Ils pratiquent ce double standard avec tout le monde, sans qu'on s'habitue. Je ne suis même pas sûre que ce soit du foutage de tronche : ils ont dû s'intoxiquer eux-même, à force !


Les canadiens reprennent comme chaque printemps leur traditionnel massacre de phoques, alors que l'Europe a voté le boycott des produits de cette chasse dans toute l'Union. Comme les Etats-Unis, le Mexique et la Russie. Qu'à cela ne tienne, le Canada tient à sa tradition obsolète, il fait appel devant l'OMC de la décision européenne. Les militants de l'ONG de protection animale HSI Canada surveillent et patrouillent pour trouver les chasseurs, comme en témoigne ici Rebecca Adworth aux commandes de son avion de reconnaissance :

Le grindatrap, rituel masculin traditionnel de massacre de globicéphales aux Iles Féroé (Danemark) est dans le collimateur de l'ONG Sea Shepherd qui documente le massacre et prouve que la "viande" de ces baleines n'est pas consommée, car elle est bourrée de mercure et de pesticides donc interdite à la consommation. Non contents d'empoisonner les animaux marins en déversant nos pollutions toxiques dans l'océan, il faut en plus maintenir au nom de la tradition des pratiques obsolètes et sans plus aucune signification. Les Danois des Féroé font désormais, comme tout le monde, leurs courses au supermarché. Plus besoin de chasser la baleine pour se nourrir !
Les japonais, eux, qui pratiquent la chasse à la baleine sous couvert fumeux d'études "scientifiques", viennent d'essuyer un revers devant La Cour Internationale de Justice sur plainte de l'Australie : il devront renoncer à leurs prises "scientifiques" dans l'Océan Antarctique. Mais il n'est pas du tout sûr que ce braconnage s'arrête pour autant, toujours selon Sea Shepherd dans cet article du Nouvel Observateur.

La France vient d'adopter à la sauvette un amendement déjà contesté par la FNSEA, changeant le statut des animaux de bien meuble (Code civil) à "être vivant et sensible", ce que reconnaissent le Traité de Rome depuis 1997 et le Code Rural. Mais rassurons les tenants de l'animal machine de Descartes, votre chien ou chat vous sera toujours remboursé au poids de bagage par Air France quand elle vous l'aura perdu ou écrasé, et la même Air France continuera à transporter du "matériel de laboratoire", en l'espèce des singes rhésus destinés à des expériences et des tests de médicaments dans son fret aérien. De même, les industriels de la viande continueront à vous vendre du bœuf coupé avec de la viande de chevaux volés aux USA. La France : toujours deux tramways de retard ! L'espagne, pays conservateur, a pourtant un parti des animaux, le Partido PACMA, qui présente sa liste aux élections européennes : ils sont allés la déposer le 16 avril, forts de 40 000 signatures et accompagnés de quelques toutous.

Lien : la définition du mot tradition par Wikipedia (Comme d'habitude, le mot humain se superpose exactement avec masculin, viril).

Enfin, des nouvelles d'une autre guerre -contre les femmes, cette fois : en Grande-Bretagne des nuisibles ont trouvé malin de monter un groupe Facebook prenant et publiant des photos volées de femmes mangeant dans le métro : Women who eat on tubes. Tollé sur la toile : les femmes, toujours sous contrôle patriarcal, n'ont aucun besoin, elles ne mangent pas, ne pissent pas...., bref, je ne vais pas vous faire toute la liste, elles n'ont, ne doivent avoir, c'est bien connu, aucune fonction biologique forcément "bestiale". Devant cette nouvelle tentative de dressage social patriarcal, la moutarde a monté au nez de féministes un peu entreprenantes : en réponse, elles ont organisé un flashmob. Résultat, 500 femmes (et quelques hommes) ont envahi le métro de Londres avec des paniers de pique nique en osier, de la nourriture, et elles ont mangé ensemble dans le Tube ! J'adore Internet et les londoniennes :-) !


vendredi 11 avril 2014

Math is for girls - Comment les menstrues ont inventé les mathématiques

Qui a inventé les mathématiques ? Quand et pourquoi ont-elles commencé ? Les ethnomathématiques peuvent nous aider à répondre. Ethnos : Contexte culturel, 25 000 ans avant notre ère, c'est l'époque des Vénus (Willendorf, Laussel...), des grandes déesses, les hommes (mâles humains) ne savent pas qu'ils sont pour quelque chose dans la procréation humaine. Mathema : comprendre et ordonner le monde de façon à faire face à la réalité, survivre, puis prospérer. Tics : techniques pour compter, ordonner, assembler, mesurer, peser, chiffrer, classer, déduire et modéliser.


On trouve, datant de cette époque, des os, des pierres, des cornes d'animaux marqués et encochés. Ci-dessus The Ishango Bone, trouvé dans l'actuel Congo : il a entre 20 000 et 25 000 ans, porte des coches et représenterait un calendrier lunaire de 6 mois. Ce sont les plus vieux calendriers connus prouvant que l'humanité pense quantitativement et qu'elle a conscience du passage du temps et des cycles de la nature. Ce sont les preuves les plus anciennes d'une activité humaine basée sur des techniques quantitatives. Les plus vieux rituels peuvent avoir honoré le cycle menstruel des femmes, leurs règles, leur sexualité et leur capacité à donner la vie, tout cela étant au centre de la vie communautaire. A cette époque on observe juste que les femmes mettent des petits au monde après avoir arrêté de saigner un certain temps. Il faut donc enregistrer le temps pour comprendre, attendre et anticiper/prévoir.

Les mathématiques servent aussi à honorer les ancêtres : pour ce faire, il faut ordonner dans le temps les génitrices et les liens familiaux des femmes. Rappelez vous : le rôle des hommes dans l'affaire est inconnu.

Troisième application : la divination. Aujourd'hui divination renvoie à des croyances irrationnelles dites "de bonnes femmes", à coup sûr une calomnie du patriarcat revanchard. La divination, pratique sacrée de l'époque, et ce sont les femmes qui font de la Divination comme toutes les pratiques sacrées, et ses différents supports (tarots, yijing, runes...,) sont en réalité des modélisations rudimentaires de probabilités statistiques. Faire des prévisions, c'est toujours regarder les données du passé (connu) pour tenter d'anticiper l'avenir (inconnu). De nos jours, la divination, que l'humanité pratique toujours sous le nom de prévisions, pour, par exemple, prédire/prévoir la météo, est basée sur des modèles statistiques complexes : calculs statistiques, probabilités, algorithmes...

Compte tenu de tout cela, les ethnomathématiciens pensent que les femmes auraient inventé les mathématiques pour ordonner le temps, les cycles de la nature, le culte de leur ancêtres, et la pratique de la divination.

Pour approfondir, il faut consulter ces deux liens, en anglais, malheureusement pour celles qui ne le parlent pas :
How menstruations created mathematics et le cours en video de 49 minutes en anglais de John Kellermeier professeur d'ethnomathématiques à l'Université de Tacoma : From menstruation to triathlons. Je vous conseille d'afficher les sous-titres en anglais, le professeur ayant une très mauvaise diction et mangeant certaines syllabes : cela facilite la compréhension en anglais. Son cours est vraiment intéressant et ses explications sont claires, même si vous pensez être fermée à triple tour aux mathématiques.
Quelques pisse-vinaigres aigris font des commentaires en dessous de la vidéo : les mathématiques appliquées (les ethnomathématiques sont en effet des maths appliquées, comme les statistiques et les probabilités) c'est beurk ! Evidemment, pour EUX, ne valent que les mathématiques pures et la recherche. Il n'empêche que sans nécessité d'application immédiate pour la survie de tous les jours, les mathématiques n'auraient jamais vu le jour. Doit également les faire brailler le fait que ce seraient les femmes qui auraient inventé un domaine où sévit de nos jours une majorité d'hommes. Dans les mathématiques appliquées à la finance, par exemple.

D'ailleurs, à ce propos, si l'humanité ne veut pas retourner dans les cavernes compter avec un boulier, il serait peut être prudent de ne pas leur laisser, là non plus, le pouvoir et la place.


Un livre fait fureur actuellement à Wall Street : Flash BOYS ! Comme l'indique le titre, la finance qui gouverne le monde est entre les mains des BOYS, des GARÇONS pour ceux qui ont besoin d'une traduction. Depuis le crash boursier de 2008, on n'a rien appris. Selon la thèse du livre, la richesse ne serait plus l'argent mais la vitesse (flash). Des ordinateurs programmés avec des algorithmes sophistiqués maîtrisés (?) par quelques polytechniciens vendent à la vitesse de l'éclair des masses d'actions de façon à faire baisser le cours puis corrigent ensuite la tendance pour racheter à meilleur prix, créant ainsi de la richesse fictive qui ne correspond à aucune réalité économique. Rappel : en 2010, un programme informatique avait provoqué un krack d'une journée en revendant en cascade des actions : ce qui avait attiré l’œil des "spécialistes" largués, c'est que c'étaient des actions de bons "pères de famille" (gniark, le patriarcat ne désarme jamais) qui étaient vendues massivement, provoquant une chute des cours alors qu'il n'y avait plus d'acheteurs ! C'étaient des logiciels ultra-rapides de vente qui agissaient automatiquement, sans ordres, sur les marchés à termes, ces fameux "futures" qui sont pure spéculation. Le parasitisme des boys financiers aura un jour raison de nos sociétés. Si on les laisse faire, ils vont nous renvoyer à l'âge de fer. Laisser le pouvoir à des techniciens parasites qui jouent avec le feu et créent une dévolution de gestion de l'économie (qui est politique) à des machines qu'ils ne maîtrisent pas ou plus, c'est vraiment tenter le diable. Alors oui, là comme ailleurs, il faut que les filles et les femmes reprennent le pouvoir et surtout, leur propre destin en mains. Les MATHS C'EST POUR LES FILLES !

Lien : Femmes et mathématiques


vendredi 4 avril 2014

Christiane Rochefort - La porte du fond

La porte du fond - Editions Grasset - Par Christiane Rochefort - Prix Médicis 1988.


C'est l'histoire d'une fille de 8 ans qui compte les jours qui restent avant sa majorité, de sa guerre contre un père incestueux. "Le combat a duré sept années. J'en ai perdu chaque bataille. Mais pas la guerre." - Impossibilité à exprimer, à appeler au secours, "mon bœuf sur la langue" : à une voisine bourrue mais amicale et de bon sens, à un oncle aimant mais lâche face à son frère aîné, à sa mère qui ne voit rien, ne comprend rien : "qu'est-ce que tu as donc de si laid à cacher que tu doives t'enfermer ?". Il n'y a rien de misérabiliste dans ce roman : l'écriture est célinienne avec quelques "merde" et "bondieu", et à deux reprises, j'ai même été prise de fou rire tant il est parsemé de remarques alertes, corrosives et, malgré tout, drôles. Tenants de la bienséance et de la famille, "cet affreux nœud de serpents des liens du sang" selon André Breton cité par Rochefort, passez votre chemin : ce roman n'est pas consensuel. Et vous allez prendre une leçon de survie. C'est dur, la survie en milieu hostile.

"La scène se passe au Palais de Justice. J'ai sept ans. On ne m'a pas indiqué ce qu'on est venus faire là. Il y a cet inconnu planté comme une pelle avec un sourire niais. On me plante devant. Elle, ma mère, dit : Embrasse ton père. Et moi : "Non". Elle me file une baffe. Ma première. On est rentrés les trois à la maison et on a été une famille."

Le père touche sa fille, mais sans laisser de traces, dit-il.

Tente-t-elle la messe pour être tranquille ? Le père abusif est cautionné par Dieu-Le-Père-Tout-Puissant : " Notre Père. Tout haut. Notre Père ! Qui êtes aux cieux ! Que votre volonté soit faite ! Merde. Sur la Terre comme au ciel, merde !". La confession de la "triste religion grand'maternelle" ? "Le truc était pas pour moi. C'est pas me confesser que je voulais c'est porter plainte. Mais ils ne sont pas outillés. Dieu aurait quand même dû prévoir ça.". La police ? "Ils sont probablement Pères de famille. D'ailleurs, il m'avait prévenue, "en cas" : ils ne te croiront pas ils voudront des preuves."..."Il détenait la force et le droit et sans doute aussi ce foutu dieu que nous avons". Le psychiatre ?* "De toutes façons chez le psychiatre on est amené par parents et on cause en présence, donc on ne peut rien lui sortir du tout au mec. On n'a pas de vie privée." Tombe-t-elle sur l'envie du pénis ? "Moi j'ai envie d'un cheval, d'une décapotable bleue, d'un trois-mâts, de patins, d'un piano, de génie, et d'un tas d'autres choses, toutes rigoureusement non symboliques, [...] non mais qu'est-ce que c'est que ces gens qui savent mieux que moi ce que je veux et pour qui ils se prennent ?".

Elle se fait des serments : "Je ne serais pas épouse-et-mère, je m'en fis le serment : j'aurais eu trop peur de donner un père à une fille". "Je serai une crapule sans foi, ni loi sauf la mienne, une brigande toutes griffes dehors, semant la pagaille sur mes pas commençant tout finissant rien et complètement folle ma pauvre fille, et poète bancale et boiteuse et emmerdant le monde. Et je ne reproduirai pas de Nature Humaine."

L'infamie est une affaire qui marche : "L'infamie fonctionne. L'infamie d'état, donnée cadeau à tout homme qui épouse et engendre, pour qu'il en use à son gré".

Ravages d'antan ? Refus de la victimisation quand l'oppresseur/prédateur n'est plus là : "Je ne sais pas pourquoi mais je n'y arrive pas. Sale mentalité, hein. Il paraît que je ne marche pas dans la combine. La combine profitable qui est : on est prié de continuer à s'opprimer soi-même quand il n'y a plus personne pour le faire. Sinon c'est l'anarchie quoi. Un de ces foutus consensus à se fabriquer des cancers. Voyez Jésus, on n'a gardé que les plaies. Quand le type était un formidable optimiste". "Comme disait ma mère : tu es capable de tout. Ouais. Faut bien.".

La porte du fond est sans doute un témoignage, mais c'est un roman, une oeuvre littéraire, d'une écriture et d'un tonus incroyables. C'est aussi un roman libérateur et féministe.
Toutes les phrases en caractères gras rouge et noir sont des citations du roman La Porte du fond.
Liens : Les oeuvres de Christiane Rochefort - Sa biographie sur Wikipedia.
Christiane Rochefort était une militante féministe convaincue. 
* Certains psychanalystes, et pas des moindres -Françoise Dolto- disent que dans l'inceste la fille est consentante parce qu'elle adore pouvoir narguer sa mère !

jeudi 27 mars 2014

Reprenons la rue et la nuit !

Let's take back the night !


Cette affiche a été sélectionnée 3ème parmi les lauréates du concours EgalitéE 2014 du Ministère des droits des femmes pour le 8 mars. C'est ma préférée parmi toutes les propositions.

Les marches de nuit existent depuis les années 70 : la première a eu lieu en 1975 à Philadelphie à la suite du meurtre d'une jeune femme marchant seule le soir dans la rue. Elles seront reprises par les féministes partout dans le monde pour affirmer le droit des femmes à être présentes dans l'espace public la nuit, au même titre que les hommes. Des marches de nuit sont organisées régulièrement dans des villes européennes, françaises, et notamment en régions. J'ai personnellement participé à deux à Rennes, la dernière fois le 8 octobre 2012. Mon reportage texte et photos est ICI. Il est important d'en organiser et d'y participer : cela renforce la solidarité entre femmes, rappelle aux hommes qu'ils n'ont pas toute la place, et c'est facteur d'empowerment pour les femmes qui marchent.

Liens pour vous tenir informées (vous pouvez aussi organiser la vôtre) :  Le collectif Marche de Nuit (arrêt de publication en 2010) - Rage de nuit.


Une autre façon de s'approprier la rue, ce sont les inscriptions au stencil sur les murs ! Le stencil ou pochoir, c'est pratique, rapide (il vaut mieux éviter de se faire prendre : il a été inventé pour pouvoir déguerpir plus vite en cas de surgissement de la maréchaussée) et votre message est tout prêt à l'emploi. Utilisez des formules en français : vous serez plus sûre d'être comprises par les gros lourdauds qui harcèlent les femmes dans la rue. Il ne faut jamais sous-estimer l'adversaire, mais il est quand même douteux qu'ils soient tous bilingues anglais. Et puis, il peut y en avoir de crispés sur la francophonie. Donc, vos formules seront en français : "Joli cul" barré comme ci-dessus, ou "non, c'est non", ou "Je souris si je veux !".
Lien pour fabriquer vos stencils, doc PDF  : NON - JOLI CUL - Hé SEXY (à superposer avec NON) - J'ai trouvé tous ces PDF sur ce site STOPStreetHarassment.

Vous pouvez aussi préparer vos affiches et vos bandeaux à coller comme dans la vidéo ci-dessous :



Plus les formules sont courtes, plus elles sont percutantes ! Utilisez les murs, les escaliers, le bitume ! Il n'y aucune raison que là encore, les hommes occupent l'espace, la plupart du temps pour des gribouillis sans signification : eux, ils ne font que salir. Vos messages à vous seront signifiants, donc il n'en seront que plus visibles.

La ville est faite pour les garçons, comme le rappelle dans le journal du CNRS, yves Raibaud, géographe du genre. L'invasion de street parks, dernière lubie à la mode pour calmer leurs frustrations et leur rage, leur violence en un mot, en témoigne. J'en ai deux dans mon quartier : un a coûté la bagatelle de 500 000 euros, et il enlaidit avec son béton omniprésent l'arrière d'un jardin public. Passant auprès plusieurs fois par semaine, je peux témoigner que bien qu'ouvert aux deux sexes, il n'y a que des garçons dessus ! Lors d'une réunion de quartier avec l'élue municipale (la femme du Ministre actuel des armées, au passage) je m'étais ouverte de ce scandale, soulignant que malgré cela les garçons du quartier jouent au foot dans les squares et les rues où les femmes passent, faisant un hold up permanent sur des espaces qui sont à tout le monde. Succès garanti : personne évidemment n'avait vu les choses de ce point de vue féministe. Je suis passée pour la pétroleuse du quartier, mais peu importe, on m'a écoutée. Mais le street park est là : et il ne les empêche pas d'aller faire rouler leurs planches ailleurs quand il pleut. Un d'eux, un jour que je râlais qu'il était dans le passage et que le street park était à 40 mètres, m'a expliqué que sa planche ne supportait pas l'eau ! Non mais, ce culot phénoménal ! Donc, quand j'ai des trucs à dire, moi aussi, je prends la rue d'assaut, le jour, la nuit. Sans masque de fantômette, mais le cœur y est. On n'a pas besoin de leur permission !

Liens :
Pour trouver de l'inspiration, du matériel militant et des pochoirs, on peut visiter mon board Féminisme sur Pinterest. Si vous êtes parisienne, Les Effrontées font une "criée dans le métro" le 28 mars.
Miss Tic, graffeuse et artiste de rue, femme de l'être.