vendredi 28 février 2014

Guérillères 4

" Elles disent, esclave tu l'es vraiment si jamais il en fût. Ils ont fait de ce qui les différencie de toi le signe de la domination et de la possession. Elles disent, tu ne seras jamais trop nombreuse pour cracher sur le phallus, tu ne seras jamais trop déterminée pour cesser de parler leur langage, pour brûler leur monnaie d'échange leurs effigies leurs œuvres d'art leurs symboles. Elles disent, ils ont tout prévu, ta révolte ils l'ont d'avance baptisée révolte d'esclave, révolte contre nature, ils l'appellent révolte par laquelle tu veux t'approprier ce qui leur appartient, le phallus. Elles disent, je refuse désormais de parler ce langage, je refuse de marmotter après eux les mots de manque manque de pénis manque d'argent manque de signe manque de nom. Je refuse de prononcer les mots de possession et de non possession. Elles disent, si je m'approprie le monde, que ce soit pour m'en déposséder aussitôt, que ce soit pour créer des rapports nouveaux entre moi et le monde.


Elles disent, malédiction, c'est par la ruse qu'il t'a chassée du paradis de la terre, en rampant il s'est insinué auprès de toi, il t'a dérobé la passion de connaître dont il est écrit qu'elle a les ailes de l'aigle les yeux de la chouette les pieds du dragon. Il t'a faite esclave par la ruse, toi qui a été grande forte vaillante. Il t'a dérobé ton savoir, il a fermé ta mémoire à ce que tu as été, il a fait de toi celle qui n'est pas celle qui ne parle pas celle qui ne possède pas celle qui n'écrit pas, il a fait de toi une créature vile et déchue, il t'a bâillonnée abusée trompée. Usant de stratagèmes, il a fermé ton entendement, il a tissé autour de toi un long texte de défaites qu'il a baptisées nécessaires à ton bien-être, à ta nature. Il a inventé ton histoire. Mais le temps vient où tu écrases le serpent sous ton pied, le temps vient où tu peux crier, dressée, pleine d'ardeur et de courage, le paradis est à l'ombre des épées.

VINCENTE   CLOTILDE   NICOLE   SUKAINA   
XU-HOU   ANACHORA OLYMPE   DELPHINE   LUCRECE   ROLANDE   VIOLE   BERNARDA   PHUONG   PLANCINE   CLORINDE   BAO-SI   PULCHERIE   AUGUSTA

Elles disent, vile, vile créature dont la possession équivaut au bonheur, bétail sacré qui va de pair avec les richesses, le pouvoir, le loisir. En effet n'a-t-il pas écrit, le pouvoir et la possession des femmes, le loisir et la jouissance des femmes ? Il écrit que tu es monnaie d'échange, que tu es signe d'échange. Il écrit, troc, troc, possession acquisition des femmes et des marchandises. Mieux vaut pour toi compter tes tripes au soleil et râler, frappée de mort, que de vivre une vie que quiconque peut s'approprier. Qu'est-ce qui t'appartient sur cette terre ? Seule la mort. Nulle force au monde ne peut te la dérober. Et -raisonne explique-toi raconte-toi- si le bonheur c'est la possession de quelque chose, alors tends à ce bonheur souverain- mourir.

Elles disent, honte à toi. Elles disent, tu es domestiquée, gavée, comme les oies dans la cour du fermier qui les engraisse. Elles disent, tu te pavanes, tu n'as d'autre souci que de jouir des biens que te dispensent des maîtres, soucieux de ton bien-être tant qu'ils y sont intéressés. Elles disent, il n'y a pas de spectacle plus affligeant que celui des esclaves qui se complaisent dans leur état de servitude. Elles disent, tu es loin d'avoir la fierté des oiselles sauvages qui lorsqu'on les a emprisonnées refusent de couver leurs œufs. Elles disent, prends exemple sur les oiselles sauvages qui, si elles s'accouplent avec les mâles pour tromper leur ennui, refusent de se reproduire tant qu'elles ne sont pas en liberté.


Quatre paragraphes choisis dans "Guérillères" de Monique Wittig - Les Editions de Minuit - 1969.
Photo : Monique Wittig en 1979.

vendredi 21 février 2014

L'aéroport NDDL, c'est toujours NON !

Puisque le projet n'est pas abandonné et qu'il est toujours sur les rails : manifestation anti-aéroport Notre-Dame des landes à Nantes samedi 22 février 2014 à 13 H devant la Préfecture.



Après trois mois d'inondations en Bretagne, à Morlaix (29), Quimperlé (29) -à propos Kemper en breton veut dire confluent-, Guipry (35)..., pour causes de pluies incessantes, de ruissellements qui gonflent les ruisseaux et les rivières, on continuerait à artificialiser des sols, à les couvrir de béton et de bitume, à détruire des zones humides dont on sait qu'elles ont cruellement fait défaut pendant ces pluies hivernales ? Les agriculteurs industriels ont rasé depuis 40 ans des milliers de kilomètres de talus en Bretagne, planté des hectares de maïs pour nourrir des animaux, pieds distants de 15 cm, sur des terres tassées qui n'absorbent pas l'eau mais au contraire la font ruisseler sur les pentes, ils ont abattu des haies d'arbres dont les racines tenaient la terre et absorbaient l'eau, aujourd'hui on entend leur plainte devant leurs champs détrempés et leur future récolte compromise : ils sont à la fois cause et victimes de ces inondations.

A Notre Dame Des Landes, nous tenons encore ces bocages et ces zones humides dont nous avons besoin. Il est temps de prendre conscience des ravages conjugués de cet acharnement de béton et de bitume, de colonisation des milieux de biodiversité par les humains expansionnistes et imprévoyants, et par les éternels barons locaux qui veulent inscrire leur mandat politique dans le béton et dans des équipements coûteux et obsolètes qui plombent l'avenir, et dont l'utilité n'est pas prouvée. Transporter dans une zone reconstituée des salamandres et des grenouilles, plus quelques plantes (ce sont les mesures de compensation prévues) pour mieux accaparer leur ancien habitat est une comédie sans nom.


Le projet d'aéroport NDDL est un projet du XXème siècle. Nous sommes au XXIème : les circonstances ont évolué, les besoins de gens ont changé et la menace climatique se précise. La place du projet NDDL est maintenant au musée. Il est temps d'envisager de faire autre chose, en concertation avec les gens qui l'occupent et y habitent, de ce bout de territoire préservé, acheté par la puissance publique et qui donc appartient aux contribuables. Il n'y a pas qu'en Amazonie qu'on détruit la biodiversité.

Non au projet NDDL ! Vinci, dégage.



Liens : Naturalistes en lutte, ACIPA, les infos de la ZAD : Triton-nes crété-es contre béton armé, Pétition Avaaz : Sauvons les espèce menacées par le projet d'aéroport.

ACTUALISATION 22/2/14 - 13 H
Pour suivre en direct la manifestation de Nantes, cliquez sur
les fils Twitter : @BleuLoireOcean
EN DIRECT Notre Dame des Landes
@alexandreturcat journaliste AFP Nantes, ou @telenantesinfo.

ACTUALISATION 23/2/14 - 12 H


Lien - Récit et photos de la manif du 22 février à Nantes heure par heure sur le site PARIS-LUTTES INFO 
NON à la violence !
 

vendredi 14 février 2014

Virilité, rites et fantasmes de dévirilisation

Pendant que la France se déchire sur les études de genre (les éditocrates surtout, le peuple français a autre chose à faire et à penser !), que le mal nommé "Printemps Français" veut expurger les bibliothèques municipales de livres qu'il déclare unilatéralement non conformes à sa conception rance des rapports sociaux de sexe, pendant que Copé dans la foulée propulse un livre (Tous à poil, Rouergue Editeur) dans les meilleures ventes d'Amazon, des images de la virilité en action envahissent les réseaux sociaux -ceux en tous cas suivis par les militant-es de la cause animale.

Une première image émane d'un twitterstorm (un des rites de la Twittosphère : déclencher un orage de tweets pour dénoncer une pratique jugée nocive), ici à destination d'Andrew Cuomo, Gouverneur (@NYGovCuomo) :  en effet l'état de New York initie les jeunes garçons à la chasse. Ils ont le droit d'exercer leur (mal)adresse en tirant sur les écureuils, gibier présumé à leur taille.


L'exemple vient de l'aristocratie. Cette semaine, le Prince William (toute sa famille chasse, privilège d'ancien régime réservé aux aristocrates qu'en France la Révolution a malheureusement, non pas aboli, mais étendu au peuple, ce qui en fait un acquis intouchable, notre deuxième amendement à nous en quelque sorte), William donc, est pris en photo à la chasse au sanglier juste avant le lancement d'une campagne qu'il parraine, destinée à lutter contre le braconnage (SIC). Vous noterez que c'est comme d'habitude l'homme (mâle), top model auto-proclamé de la Création, qui décide de qui peut vivre et qui doit mourir : le sanglier "pullule", selon sa déclaration unilatérale, on peut donc le tuer, la biodiversité n'en souffrirait pas, en tous cas, celle non tolérée par le déclarant.

Du même ordre, grosse émotion sur Internet cette semaine à propos d'un girafon né en captivité au zoo de Copenhague (Danemark, l'autre pays de l'élevage et de la boucherie) qui a été abattu (put down) par les éleveurs du zoo au motif qu'il n'avait pas les bons gènes car il était consanguin. Il était en bonne santé, jeune, et un autre zoo avait même proposé de l'adopter : en pure perte. Le zoo en a fait un spectacle : vous noterez la présence d'enfants très jeunes au premier rang des spectateurs. On peut retrouver l'article sur CNN incluant une vidéo. Marius, le girafon est  ensuite autopsié et découpé en morceau, puis donné à manger aux lions de l'enclos voisin, toujours devant les "spectateurs", comme si la mort était un spectacle !

Le directeur du zoo explique que tout cela est fait pour montrer aux enfants les lois de la nature, la "leçon de vie" habituelle des chasseurs qui donnent la mort (voir dernier lien en bas d'article) : les lions mangent les girafes, triste loi de la jungle, n'en déplaise aux citadins niais que nous serions devenus. Oui, les lions, carnivores, mangent des girafes et d'autres animaux, après une sélection minutieuse de leur proie, après une course poursuite harassante et dangereuse (une ruade de girafe doit vous étaler, mort pour le compte), pas en attendant qu'on sacrifie au fusil ou à la seringue une pauvre bête à qui on ne laisse aucune chance. Dans la jungle, Marius aurait eu sa chance, celle de la solidarité de son troupeau, de la course, de la fuite et de sa force. A Copenhague, il n'a eu qu'à venir sans méfiance, au devant de ses soigneurs qu'il connaissait. Quand les hommes se prennent pour un deus ex machina ou la Nature, ça donne l'affaire Marius. Mais à quelque chose malheur est bon : Marius et son histoire mettent les projecteurs sur les pratiques des zoos, enclaves artificielles de conservation de vie sauvage où l'on doit mimer les lois de la nature pour ne pas se laisser déborder par les naissances : les zoos conservatoires euthanasient. C'est désormais au vu et au su du public. Boycottez et girlcottez les zoos.

Je vous épargne les nombreuses images qu'à généré le massacre, rituel masculin japonais, des dauphins de la baie de Taijiet celui des globicéphales, tradition patriarcale ancestrale des Iles Féroés, toujours au Danemark, (vous noterez, sur une photo de l'article en lien, un jeune garçon chevauchant un cadavre mutilé), puisque certaines personnes ne supportent pas les images de massacres. Je ne les blâme certainement pas : mais je rappelle que ce ne sont pas les images de massacres qui sont choquantes, ce sont les massacres. STOP aux massacres d'êtres vivants : pour le plaisir, pour la chasse de loisir, pour des rituels d'entre-soi masculins, et pour des raisons utilitaires. Les animaux ne nous appartiennent pas, ils existent pour des raisons qui leur sont propres (Alice Walker). Nous ne sommes qu'une espèce parmi les autres.

Je termine par un appel à signature et à manifester (pour celleux qui habitent dans le Nord-Pas de Calais ou qui peuvent s'y rendre) : la très virile Fédération du Chasse du 59 organise du 17 au 23 février des "Ch'tis Fox Days" (déjà, rien que le nom patois globish, c'est pathétique), une semaine de piégeage de renards, animal "nuisible" (sans rire), le chasseur, étant lui, UTILE et INDISPENSABLE, selon son oukaze vous l'aurez compris. Donc, le samedi 15 février, 14 H Place du Théâtre, les associations de protection animale vous donnent RV à Lille pour une manifestation contre cette abomination. La pétition d'Avaaz est à signer ICI. Vous pouvez aussi écrire au Préfet du Nord ICI. Il est temps de mettre fin à ces pratiques virilistes d'une autre époque.

Les tenants obscurantistes conservateurs -et intéressés- des rôles stéréotypés de genre ne craignent pas tellement les fillettes en pantalon jouant aux jeux de construction Lego : ils n'admettent surtout pas qu'on touche aux privilèges des garçons (préférence de la société, meilleurs postes et salaires, accès au corps et aux services gratuits des femmes...) en les dévirilisant, leur grande frayeur. Il n'y a qu'à entendre les tirades de Zemmour et des pères sur les grues pour s'en convaincre ! Toutes ces pratiques (novilladas, grindaprap aux Féroés, chasses, vénerie, piégeages,...) où l'on initie les jeunes garçons, servent en réalité à les désensibiliser, à engourdir leur empathie naturelle, à les rendre sans pitié, cette qualité réputée de "femme ou de femmelette". L'absence de statut des animaux non humains en droit y aide puissamment. D'où leur résistance à légiférer : voir les écrits de Luc Ferry et de Jean-Christophe Rufin sur le sujet. Exercer sa cruauté sans risque et sans avoir de comptes à rendre à la société, dans différentes formes de chasse et de meurtre des animaux, reste un de leurs derniers privilèges. Il faut que cela cesse.

Liens : Nostalgiques des "vrais hommes" ? 
De l'importance du témoignage des survivants, en récit ou en images.

ACTUALISATION 17/2/14
Plus d'un millier de personnes à la manifestation anti "Fox days" de samedi 15/2 à Lille, à lire sur  France 3 Nord
L'homme a une préférence marquée pour les objectifs "virils", la guerre et la mort  - Valerie Solanas in SCUM Manifesto

samedi 8 février 2014

Quand les carottes sont cuites...

"Les carottes sont cuites" est un idiotisme gastronomique signifiant que la situation est irrémédiablement compromise, sans espoir, selon Wiktionary. Synonyme : c'est la fin des haricots !



Le pouvoir est masculin dans son essence même. Et comme il est sans partage, il permet de faire n'importe quoi, de se conduire comme un voyou sans foi ni lois. Les femmes sont d'avance disqualifiées : trop "émotives", pas assez "barbues", ni "couillues". Et puis, disons-le tout net, en un mot comme en mille, "incompétentes" nous sommes. Cette loi d'airain tolère toutefois une exception : les femmes peuvent hériter du pouvoir quand les carottes sont cuites. Quand il ne reste qu'un tas de ruines fumantes, que le pays est dévasté par des haines raciales recuites, que la faillite économique est patente, ou qu'une institution mondiale tremble sur ses bases, que l'image en est détériorée irrémédiablement. Cinq exemples dans l'actualité récente :


1 - Jóhanna Sigurðardóttir : Avènement au poste de Première Ministre d'Islande en janvier 2009, après le crach financier de 2008 pendant lequel l'économie mondiale s'est effondrée, merci les traders mâles de la finance reine. Les trois principales banques d'Islande, dont la capitalisation boursière était de 900 à 1000 % du PIB (la métaphore de bon sens : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier fut largement méprisée par ses couillus prédécesseurs) étaient en faillite, et l'Islande, un pays, pas une entreprise, était en cessation de paiement ! Il fallait le faire, tout de même : ils l'ont fait ! Madame Sigurðardóttir, ancienne hôtesse de l'air, a dû réparer le système bancaire et remettre le pays sur les rails. Elle a été saluée par Forbes comme l'une des 100 femmes les plus puissantes du monde. Elle se serait sans doute contentée d'être reconnue comme parmi les plus compétent-es ! Plus compétente que ses homologues masculins passés et présents, sans aucun doute.


2 - Hellen Johnson-Sirleaf, économiste, actuelle Présidente du Liberia, première femme africaine cheffe d'état élue au suffrage universel, prix Nobel de la Paix. Succède à Charles Taylor, Président du Liberia de 1997 à 2003 : le temps de provoquer une guerre civile, de mettre le feu au pays, d'en faire un tas de ruines et de cendres, des dizaines de milliers de morts, et de déclencher une guerre civile chez la voisine Sierra Leone. Charles taylor a été extradé, emprisonné puis condamné par la Cour Pénale Internationale de la Haye pour meurtres, terreur d'état et viols de guerre. Un très chouette prédécesseur comme on peut voir.


3 - Catherine Samba-Panza, actuelle Présidente élue par le Parlement de transition de la République de Centre-Afrique. Seule dans un pays livré au chaos, à des bandits sanguinaires, aux affrontements religieux et ethniques, aux lynchages, déjà surnommée "Mère Courage" par le Guardian, Madame Samba-Panza fait front à une situation de chaos en succédant notamment au dictateur fou Bokassa, et à un fauteur de coup d'état provoquant une guerre civile, le Général Bozizé. Bon courage, Madame !


4 - Christine Lagarde - Actuelle Directrice du FMI (Fond Monétaire International) depuis 2011, secoué par des scandales de "mœurs" sous la très compétente présidence du super-économiste Dominique Strauss-Kahn, un temps candidat le mieux placé à la Présidence de la France (je garantis avoir entendu ou lu tous ces superlatifs !), soupçonné de multiples harcèlements, d'agressions sexuelles et de proxénétisme. Bref, un "enfant de chœur ", et ultra-compétent. Après sa "démission" forcée par les instances dirigeantes, il est à noter que le règlement intérieur du FMI a été entièrement réécrit pour éviter toutes ambiguïtés dans les relations entre collaborateurs. C'est toujours ça de gagné, on ne va pas faire la fine bouche.


5 - Christiane Lambert, syndicaliste agricole, depuis 2010 première vice-présidente de la FNSEA, puissant et premier syndicat agricole français. Même si la situation n'est pas exactement identique aux précédentes, et même si la présidence de Luc Guyot a été entachée de conflits d'intérêts, il se trouve que ces corporations exclusivement masculines ont une très mauvaise réputation dans l'opinion publique et qu'elles le savent. Contrairement à celles où il n'y a que des femmes parce que les hommes n'y vont pas : le cas des infirmières au zénith de la popularité est emblématique. Christiane Lambert peut donc être considérée comme une femme-alibi (vous voyez bien, on n'est pas des homosexuels refoulés, il y a une femme parmi nous !). D'autant que Christiane Lambert présente, en plus de l'intérêt d'être une femme, celle d'être une petite éleveuse du Maine et Loire dans une corporation qui s'industrialise à marche forcée. Madame Lambert apporte la caution "humaine", "femme", "douce" (selon leurs stéréotypes) dans une corporation brutale d'hommes, de compétiteurs à la (grande) taille critique, cultivant depuis toujours l'entre-soi masculin. Triple avantage, merci Madame !

Une femme au pouvoir est toujours vécue comme une rupture, une entorse à la norme, une innovation, donc dangereuse, comme toute innovation. Elle est placée sous observation stricte, des fois qu'elle ne s'en tirerait pas, pauvre petite. D'où la tentation de lui donner une situation bien pourrie : circonscriptions imprenables en politique, terres brûlées, entreprises sinistrées. Dans ma propre carrière professionnelle, avec le recul, je vois bien qu'on m'a accordé les postes-causes perdues, pendant que les hommes se gardaient la facilité (mieux payée naturellement !), ou que ma candidature est nettement plus acceptable dans les situations les plus challenging. Eux, pas fous, ne s'y risquent pas.

Comme on le voit, quand les carottes sont cuites, mesdames, nous comptons sur vous pour nettoyer les écuries d'Augias, pour remettre de l'ordre dans le chaos par nous créé, pour assainir la situation. Avant notre triomphant retour de pères (paires ?) de la Nation quand la place sera toute propre, grâce à vous. Et puis, quand le train-train quotidien aura fait oublier aux peuples à courte mémoire les vicissitudes passées, on s'arrangera pour vous effacer de l'HIStoire ! Le succès nous sera attribué, les lauriers et les enterrements aux Panthéons nous reviendront de droit. Ainsi va l'HIStoire des Vieux Pères. Je vais conjecturer une hypothèse qui se vérifiera, j'en ai peur : patience Mesdames, vu l'état de la planète, de son climat et de ses terres cultivables, de ses foyers de guerre larvées ou de conflits incandescents, de ses bulles immobilières et financières en devenir, notre gestion se profile à l'horizon. L'humanité dirigée par eux ne fera sans doute pas l'économie d'une catastrophe planétaire.

jeudi 30 janvier 2014

6 raisons pour lesquelles la nudité des femmes peut être puissante

Traduction de l'article de Soraya Chemaly paru sur le site Salon.com : 
6 reasons female nudity can be powerful. Soraya Chemaly est activiste féministe et contribue à différents médias américains. 
[ A partir du buzz et de la fascination qu'a créée la série américaine Girls de Lena Dunham où le personnage féminin apparaît dans une nudité casuelle, de l'interdiction par Facebook de monter des tétons -alors que des vidéos de décapitation y sont visibles-, et de l'appel à crowdfunding d'un documentaire « Free the nipple »], de nombreuses personnes semblent étonnées par l'expression de la nudité non sexuelle des femmes -car l'excitation sexuelle en serait la seule utilité. La vraie question n'est pas de savoir si la seule raison de monter des seins de femmes est l'excitation ; la vraie question est qui a le droit de dire à quoi cela sert, où et quand ils peuvent être montrés et par qui. C'est une question de pouvoir. C'est un sujet qui affecte toutes les femmes. [...]

Pourquoi exposer au monde la nudité non-sexuelle des femmes est important.
1 – Trop souvent, le corps des femmes est siège de pouvoir, d'honneur et de honte pour les hommes. Ce n'est pas bon pour nous. Nos corps, et ceux des gens qui ne se conforment pas à la binarité des genres, sont sujets à des jugements moraux, alors que ceux des hommes ne le sont pas, notamment dans l'espace public et dans celui de la contestation. Certaines d'entre nous expérimentent leur corps, en particulier dans la nudité, comme objet de répression, d'oppression et d'impuissance. Aussi, le représenter, non pas comme appartenant à quelqu'un, mais comme nôtre, à l'encontre des représentations dominantes, est important. 
- La nudité des femmes est habituellement traitée comme une offense morale, une cause de préoccupation et de discussion, on lui permet rarement d'être source de pouvoir non-sexuel. La nudité mâle est chose entièrement différente. Quand un homme (hétéro) moyen est nu ou demi-nu, c'est considéré comme humoristique, comme dans les clubs d'hommes pariant de se mettre à poil. Ou c'est un signe de virilité ou d'athlétisme. Exception : les images de torture d'irakiens à Abu Ghraib, hommes vulnérables, humiliés et en souffrance, qui sont féminisés dans leur nudité. 

3 – La nudité des femmes n'est pas juste une question de sexualisation, c'est aussi une question de hiérarchies sociales, comme celles de classe et de race. Les corps de femmes non idéalisés, utilisés de façon autonome, minent un continuum narratif sur le corps-pour-le-sexe et les différences raciales. Quand notre production culturelle est sur des représentations hyper-genrées, racialisées et sexualisées de la nudité, c'est plus facile de maintenir des idées racistes et sexistes : des corps de femmes échappant à l'approbation sociale et aux contextes sexualisés sont un défi.  La régulation culturelle de la nudité des femmes et les représentations de la sexualité sont également signes de pouvoir en ceci que les corps des femmes sont utilisés pour nous opposer les unes aux autres et renforcer les hiérarchies masculines. Les corps noirs, notamment ceux des femmes, ont toujours été objets de consommation publique : vente, viol, élevage, expérimentations médicales... et le pouvoir persistant de mythologies racistes et sexistes à propos des femmes blanches et des hommes noirs, du viol et du sexe, sont perceptibles chaque jour. Quand les femmes prennent en main les circonstances de leur propre nudité, elles défient les tentatives des autres de les placer au sein de ces hiérarchies. [...]


4 – La nudité des femmes comme protestation sociale n'est pas nouvelle : elle est parole critique, expressive et censurée. Lady Godiva n'est pas la seule femme à utiliser sa nudité à des fins politiques. Les excellents récits de Barbara Sutton racontant son expérience de manifestations dévêtues sont pleins de discernement, d'analyses historiques et politiques.  Les femmes ont régulièrement utilisé leur nudité pour protester contre la corruption et l'exploitation qui vont avec le colonialisme. C'est une des raisons pour lesquelles la narration néocoloniale des (topless) Femen est offensive. Avant elles, il y a eu la protestation, topless également, de la tunisienne Amina Sboui (qui fut arrêtée, soumise à un test de virginité et obligée de fuir), et de l'activiste égyptienne Aalia Magda (elle aussi en exil) postant des images d'elle nue pour protester contre la charia et la censure. En janvier dernier des centaines de femmes du Delta du Niger marchaient à moitié nues en protestation contre les pratiques de Shell envers leur communauté, répétition de protestations similaires antérieures. Elles étaient pacifiques, au contraire de celles d'Argentine le mois dernier, où quelques 7000 femmes envahissent une cathédrale défendue par 1500 hommes catholiques récitant le rosaire. Elles crachèrent, hurlèrent, peignirent au spray les hommes, et furent accusées sans la moindre trace d'ironie, d'user de violence de genre contre les hommes catholiques. La plupart de ces femmes étaient seins nus.
La nudité exprime aussi de façon permanente et essentielle la critique sociale de femmes artistes. Les travaux de Lorna Simpson, Judy Chicago, Ana Medieta, Carolee Schneemann, Yoko Ono, Marina Abramovic, Hanna Wilke, et de tant d'autres, parlent d'identité, de race, de sexe et de classe, utilisant la nudité des femmes pour le faire. Quand les journaux, le cinéma, les actualités télé, les médias sociaux et en ligne refusent de montrer la nudité des femmes comme faisant partie de la protestation politique des femmes, ou comme déclaration artistique, ils nient leur égalité de droit à l'expression. Et quand ils font ça pendant que prolifèrent des alternatives grossièrement réifiantes, ils condamnent doublement les femmes au silence. 


5 – Ce n'est pas que les femmes n'ont pas le droit d'être des objets sexuels, mais nous avons aussi le droit de démanteler un canon discriminatoire. Dans son essai de 1977 « What Wrong With Images of Women ? », l'historienne d'art Griselda Pollock décrivait une culture visuelle patriarcale globale et commerciale, qui use symboliquement du corps des femmes et rend impossible pour nous d'utiliser nos propres corps pour défier efficacement cette culture. C'est le symptôme de la position des femmes dans le monde, que l'efficacité de l'utilisation de notre nudité pour protester est ténue. De nouveau, prenez Femen. Hormis leurs façons de faire, leur bizarre provenance et leur concentration sur deux choses : a) l'utilisation de leur corps nu pour exprimer l'agression et la rage, et, b) le fait qu'elle apparaissent en phase avec les requêtes de l'idéal de beauté de la culture Occidentale globalisée: elles sont minces, jeunes, grandes, topless et presque toutes blanches. Dans les termes de Louise Pennington, elles passent avec succès le test de baisabilité patriarcale. Et quelques medias gobent tout. Les mêmes médias qui chaque jour font des choix à propos de quoi ne pas montrer : des mannequins protestant contre le racisme de leur métier, des foules de femmes en colère, de féministes anti-catholiques, et de pacifiques et déterminées vieilles femmes nigérianes. Ce n'est pas la faute des Femen. Ce n'est certainement pas elles qui prennent les décisions à propos de ce qui fait l'actualité. Utilisent-elles le biais ? Les femmes devraient-elles le faire ? Femen est exactement ce de quoi doutent de nombreuses féministes : que la nudité peut être un outil d'activisme efficace. Cependant, chaque controverse nous permet de penser que nos propres corps et « leur place » sont utilisés pour saper nos intentions et nos souhaits. 


6 – La nudité non sexuelle des femmes est un défi pour le capitalisme et son utilisation des femmes comme produits, supports, actifs, et ressources distribuables. Rien sur Terre n'est utilisé à ce point pour tirer les ventes et les profits, montrer la richesse et le statut des hommes, que les corps de femmes nues ou demi-vêtues. Si vous pensez que les femmes font ce choix et sont complices, et bien, sûr, certaines les sont, vous êtes dans la définition même de la misogynie. Tant que nous n'aurons pas un égal accès aux ressources et que nous serons sujettes à une constante prédation, la question ne se pose même pas. En attendant, quand des femmes utilisent leur corps de façon non sexuelle pour défier les puissants intérêts qui profitent de cette sexualisation, les mots que nous devons utiliser ne sont pas « indécent » ou « obscène », mais bien « menaçant » et « déstabilisant ». Les femmes qui utilisent publiquement leur nudité pour faire du commentaire social, de l'art, ou pour protester, détruisent les mythes : elles sont actives, pas passives, fortes et non vulnérables, ensemble et non pas isolées, leur action est publique, située hors du domaine privé, généralement elles sont en colère et non pas charmantes ! 
Aux Etats-Unis, [...] les politiques des médias sociaux, comme de tous autres statuts et ordonnances publiques reflètent les normes courantes qui privilégient l'hétérosexualité, combinent corps des femmes, indécence et sexe (une mauvaise chose), et insistent pour que ces corps (et le sexe) soient tenus en réserve, distribués et consommés selon les règles patriarcales. Ces règles, et les obsessions puritaines qui les gouvernent, sont les raisons pour lesquelles nous avons des industries milliardaires en dollars de « good girls gone wild » et un Internet nourri de gonzo pornograghie, soigneusement labellisées pseudo-transgressions, qui ont peu à voir avec l'autonomie des femmes et rien pour miner un status quo bien enraciné.
Nous savons toutes que la prohibition des tétons des femmes n'a rien à voir avec les tétons des femmes, mais tout à voir avec le contrôle. La menace que posent les femmes topless et la nudité non-sexuelle est définie culturellement, elle peut donc être redéfinie. Aussi, en tant que société, nous pourrions repenser cet outil Photoshop déformant.

Soraya Chemaly
Iconographie : dans l'ordre Free the nipple, Femen Québec, Femen Free Amina, Femmes du Delta du Niger contre compagnies pétrolières.

Liens : La série "Girls" est diffusée en France sur la chaîne OCS City
Une interview de Lena Dunham dans Télérama.

samedi 25 janvier 2014

Empowerment, empoderamiento, et en français ?

Les anglaises ont les mots empower, empowerment, empowering, les espagnoles ont forgé empoderamiento : investir de pouvoir. Les françaises n'ont pour l'instant rien pour exprimer cette notion de pouvoir sur soi-même, pouvoir pour soi-même, notion d'autorité officielle, d'assertivité, que les filles et femmes doivent gagner et affirmer.

Puissance, force, autorité, non pas sur les autres, mais sur soi, sur la confiance en soi : capaciter (enable), empuissancer ? Empouvoir ? Assertiver ? De "assertif" que les dictionnaires présentent comme un anglicisme, le français ne disant que assertion : affirmation, confiance, assurance.  Après tout, le français à bien digéré et fait sien paquebot (de packet boat ) et redingote (de riding coat ). Alors pourquoi pas empowerment ?
Cette affiche destinée à l'empowerment des filles africaines est un modèle d'affirmation, d'autorité, et de confiance en soi :


Je ne suis pas venue au monde pour être invisible. Je ne suis pas née pour être reniée. Je n'ai pas reçu la vie uniquement pour appartenir à quelqu'un d'autre. Je m'appartiens. J'ai une voix et je la ferai entendre. J'ai des rêves inoubliables. J'ai un nom et ce nom n'est pas "anonyme", "insignifiante", "indigne de confiance", ou "celle qui attend toujours qu'on l'appelle". Un jour on dira que c'est à cet instant précis que le monde a enfin découvert mon potentiel. CE MOMENT OU ON M'A PERMIS D'ETRE extraordinaire. C'est maintenant le moment où mon ASCENSION ne vous fait plus peur. C'est maintenant le moment où être une fille devient ma force mon refuge non pas ma douleur. C'est maintenant le moment où le monde voit que chaque problème m'empêche d'avancer et que je fais partie de la solution. C'est maintenant le moment où une fille et une fille et une fille et 250 millions d'autres filles disent à haute voix que ce moment est à nous. Ce moment est à moi.

samedi 18 janvier 2014

Body parts

Bon, pendant que la France balance entre deux premières dames, (quelle opulence, par ces temps de disette, on en a deux pour le même prix, merci Président), et que les hebdocrates comme dit Arrêt sur images en sont tout émoustillés, Time Magazine nous sort sa couverture de cette semaine avec le titre Can anyone stop Hillary ?*


En montrant une jambe de pantalon, pied chaussé d'escarpin (je mets tout au singulier, bien embêtée que je suis par cet unijambisme !), qui piétine ou embroche (?) un homoncule accroché à son talon-aiguille ! Le sexisme, c'est des deux côtés de l'Atlantique. Evidemment, pour le cas bien excusable où vous ne l'auriez pas reconnue à son stiletto, il s'agit de Hillary Clinton, future candidate (non déclarée, grumble grumble !) à l'investiture Démocrate pour la course à la Maison Blanche en 2016. Mais qui a de bonnes chances d'être la prochaine Présidente des Etats-Unis. D'où l'intérêt de la réduire à une piétineuse d'hommes, encore une façon de démoniser les femmes de pouvoir : arracheuses de couilles, arrivistes sans foi ni loi. Avec les patriarcaux, aucune femme n'est jamais présentée positivement, vous aurez tort quoi qu'il arrive : femme bafouée dans le mariage ou le compagnonnage de ce côté-ci de l'Atlantique, ou arriviste à bretelles, mangeuse de couilles, sorcière assoiffée de pouvoir de l'autre côté.

C'est l'aile ou la cuisse, notez bien, pas les deux. Et puis, comme chez les bouchers, on ne présente jamais la tête : ça fait peur aux clients, pardon, aux électeurs. C'est une sale habitude : des femmes-jambes, la pub en est pleine ! Ci-dessous, la pub de promotion du blanc, cette année au BHV Marais.


Redoutable politique sexuelle de la viande, on peut même en manger après salage -toujours d'après les pubeux : vous remarquerez le plat de cuisses de poulet en-dessous.


Si vous voulez vous documenter sur le sujet du regard masculin fractionneur/découpeur, je vous recommande ces liens :
La femme démembrée sur le blog Nous et les autres,
L'objectivation sexuelle des femmes, un puissant outil du patriarcat : le regard masculin ou male gaze chez Antisexisme.
En anglais, sur le blog de Caroline Heldman :
Sexual objectification : What is it ? 
D'autres exemples de réification/animalisation des femmes sur mon tableau Pinterest Politique sexuelle de la viande.

Vous, je ne sais pas, mais perso, laisser le pouvoir à des gens incapables de voir la big picture, d'avoir une vision globalisante, ça me fiche les jetons. On a besoin de politiques capables de comprendre le monde dans la globalité, pas de gens juste capables de le voir par ses détails. Pas tout le temps, en tous cas. Le pouvoir masculin est affligé de myopie, il fractionne le monde en petits morceaux, il le voit par le petit bout de la lorgnette ! Celui de ses intérêts étroits de caste au pouvoir, objectivement. Vivement que ça change.

* Peut-on arrêter Hillary ?

lundi 13 janvier 2014

Matrimonio

En France, on n'a pas de travail pour les chômeurs, mais on a des idées pour faire diversion. Cette semaine, ce sont les prétendues frasques du Président. Vous n'en voudrez plus qu'on vous les resservira tout de même, les "déboires" de la "Première Dame". Pour commencer, il n'y a pas plus en France de Première Dame que de beurre en broche : c'est un vrai concept étatsunien, pour le coup ! La France ou comment faire de l'anti-américanisme son business quotidien, refuser de parler anglais, mais leur piquer des concepts inadaptables chez nous. Mais la formule en jette : First Lady !

Tu parles ! Première ménagère gratuite, surtout. Pour commencer : pas un kopeck pour bosser et faire potiche trois mètres derrière son grantome, la "Première Dame" ! Mariée ? Pas mariée ? Aucune différence. Sauf que sans le précieux parchemin, un député, en l'espèce Jean-Christophe Lagarde UDI, peut se poser la question du "statut" de Madame Trierweiler !  Avec le parchemin, elle pourrait rester : femme mariée (bafouée), c'est un statut, ça ! Ne comptez pas sur les patriarcaux pour dézinguer leur plus belle invention.

Mais, Jean-Christophe Lagarde, un rapide coup d'oeil à la Constitution de la Vème République -et des quatre autres avant- vous aurait permis d'éviter ce contresens : la femme du Président de la République n'a AUCUN STATUT. Elle n'est nulle part mentionnée dans la Constitution. Femme de Président en France, c'est expérimenter le NEANT statutaire et juridique, un enterrement de première classe ! Mais alors ? Imaginer un Président sans madame ? Impossible ! La preuve, l'affolement de Sarkozy (et des commentateurs, donc) quand Cécilia Ciganer s'est tirée, à peine Nicolas élu ! Un Président célibataire ou un Président divorcé : oh my God, on se demandait ce qui était pire. Comme ils doivent se déplacer par paire, Christine Lagarde et Rachida Dati durent en leur temps, à tour de rôle, assumer la place trois pas derrière, et faire office de Dadame, tellement le néant décoratif du rôle est indispensable à table. Aujourd'hui, les médias mauvaises langues parlent de la "concubine" du Président : quelle élégance pour un pays qui se targue de représenter le meilleur goût dans le monde entier. Hollande n'épouse pas : personnellement, ça ne me dérange pas.

Ce qui me dérange en revanche, c'est une fois de plus, la négation des femmes et de leur place, au pays des droits de l'homme bien nommé. On chipote sur ce que coûte à la France la femme du Président : je ne dis pas qu'on ne doive pas surveiller ce qu'on demande d'efforts au contribuable (1 milliard de plus pour la catastrophe industrielle nommée Rafale, mais c'est sérieux Rafale, c'est un avion de guerre, et pareil pour le désastreux EPR de Flamanville qui explose tous ses plafonds prévisionnels !), quoique Mitterrand a quand même pu, sans en rendre compte à personne, loger une deuxième famille à l'Elysée aux frais des contribuables qui ignoraient ce que tout Paris savait, pays monarchique de la gaudriole oblige.

Qu'on donne à la femme du Président un statut, un bureau, un secrétaire, un budget de fonctionnement, contrôlés par la représentation nationale ! Et ce, qu'elle soit mariée, amie de coeur, mâle, hétéro, homo, on s'en fiche ! Ou alors qu'elle reste chez elle, qu'on ne sache pas son nom, qu'elle vive sa vie d'être humain entier et pas de "femme de". Au moins, ça aurait le mérite de clarifier et de nous sortir de la schizophrénie !

Franchement, serrer la pogne des Rois Mohamed VI ou Abdallah Saoud, grands amis des femmes, couverte d'un voile, se geler les miches en décolleté pendant un grand dîner de 500 convives à Buckingham Palace, ou faire la bise à Poutine, grand démocrate devant l'Eternelle, je ne vois pas ce que ça a de si passionnant ni d'attirant. Sans compter les jet lags et la bouffe immonde. Vivement qu'on ait une PrésidentE de la République : avec un peu de chance, elle ne nous embêtera pas avec ses histoires de Q comme dit Euterpe qui souligne que la Chancelière allemande n'embête pas ses concitoyen-nes avec les histoires de slip consubstantielles du pouvoir masculin.

mardi 7 janvier 2014

¡ Nunca más ! Jamais plus !

Fin décembre le gouvernement espagnol a décidé de soumettre au parlement espagnol un projet de loi proposant de restreindre drastiquement le droit à l'avortement pour les femmes espagnoles. Si ce projet est adopté, et le PP (Partido Popular) libéral de Centre-droit est majoritaire en voix aux Parlement espagnol, il devrait en bonne logique l'être, cela équivaut à un insupportable retour en arrière pour les femmes espagnoles. Et cela constitue un précédent dangereux en Europe.


L'Espagne affronte une terrible récession économique depuis 2008 : en Espagne, c'est une bulle immobilière qui a eu raison de l'économie. Héritage du Franquisme, qui avait basé l'économie sur le tourisme et le bétonnage de ses côtes, l'immobilier était le moteur économique espagnol. Il s'est effondré entre 2007 et 2008, année où le nombre de constructions à chuté de 25 %. Des infrastructures aéroportuaires telles Ciudad Real et Valdeluz, une ville au Sud de Madrid, sont carrément des infrastructures fantômes, inutilisées et vides. En 2011, le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) au pouvoir est considéré comme responsable, et il est sanctionné par les électeurs mécontents. Dans un système binaire, c'est donc le PP qui est élu avec Mariano Rajoy à sa tête, avec dans son programme, clairement exprimée, la remise en cause de la loi sur l'IVG. Rajoy met également fin à la parité dans son gouvernement : 4 femmes sur une équipe de 13 ministres, même si deux occupent des postes clés, dont une la vice-présidence. Un plan drastique d'économies est mis en place. Aujourd'hui, un quart de la population active est au chômage, la dette a doublé (même si elle n'a rien à voir avec celle de la France), l'inflation est à zéro, et l'Euro est à son plus haut. (Chiffre BFM TV Economie du 6/1/14).

Mais ainsi va le pouvoir masculin : quand la chose économique lui échappe, pour donner l'illusion du mouvement, il lui suffit de s'attaquer aux droits chèrement acquis des femmes. D'autant plus facile dans un pays où l'Opus Dei et l'église espagnole gardent une influence (délétère) importante. Il va de soi que cette loi, si elle est adoptée, ne modifiera en rien la situation des chômeurs espagnols ; on peut même ironiser comme l'a fait Charlie Hebdo cette semaine sur le fait d'obliger les femmes à avoir des "futurs chômeurs" ! Si ce projet de loi passe, il met en péril la santé des femmes : l'IVG et son remboursement coûtent moins cher à un état que les complications d'avortements clandestins : blessures, stérilités, infirmités, voire la mort au bout du parcours, qui génèrent des coûts importants, et il vaut toujours mieux prévenir que guérir, c'est un principe fondamental de santé publique.

86 % des avortements se produisent dans les pays en développement dont la majorité ont des lois hautement restrictives sur l'IVG. Infographie en espagnol en suivant ce lien.

Qui sont les femmes qui avortent ? L'immense majorité des IVG est due à des accidents de contraception. Il ne s'agit donc pas de caprice de la part des femmes !



L'Espagne est notre proche voisine : elle créerait un précédent, et les conservateurs attendent leur heure pour frapper partout. La Suisse organise d'ailleurs un référendum en février prochain, sur le déremboursement de l'IVG au motif que ce serait une affaire privée, que la solidarité nationale n'a donc pas à s'en mêler, et qu'il faut faire des économies ! Les IVG ne coûtent que 0,03 % des dépenses de santé du système suisse, ce qui est bien moins cher qu'un recours aux avortements clandestins avec le cortège de risques de complications de santé qu'ils entraînent. C'est donc encore un mauvais coup aux droits des femmes : grégarisme imbécile.
La pétition suisse pour le maintien du remboursement est à signer en suivant ce lien.
Il est important d'être solidaires : Osez le féminisme mobilise pour une campagne de solidarité avec les espagnoles : vous pouvez participer en vous photographiant avec un cintre ou des aiguilles à tricoter portant la mention "plus jamais ça" ou "nunca mas", et vous envoyez la photo à leur adresse mail. Toutes les précisions utiles sont sur le site d'Osez le féminisme et sur leur Facebook pour voir les photos.

Enfin, des manifestations sont prévues dans plusieurs villes de France : Dates et lieux à trouver sur le lien Politis : la riposte contre le projet de loi espagnol s'organise. il y en a peut-être une près chez vous !



SOLIDARITE AVEC LES FEMMES ESPAGNOLES !

mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014 !







Je me bats comme une fille qui refuse d'être victime, je me bats comme une fille fatiguée d'être ignorée, moquée, battue, violée. Je me bats comme un fille qui en a assez de ne pas être prise au sérieux, qui a été poussée trop loin. Je combats comme une fille qui offre et demande le respect. Je combats comme une fille qui a une vie de refoulement de colère + force + fierté dans son corps de fille, je combats comme une fille qui sait que ce corps et cet esprit sont miens, je me bats comme un fille qui sait que vous avez seulement le pouvoir que je vous accorde, je me bats comme une fille qui ne vous permettra jamais de prendre plus que je n'ai à offrir. Je me bats comme une fille qui répond à l'agression. Aussi, la prochaine fois que vous pensez pouvoir vous en tirer à bon compte en maltraitant une fille, faites gaffe ! Il se peut que cette fille ce soit moi and I fight like a girl ! Sur ces bonnes résolutions :

Excellente année 2014 !