mercredi 30 mai 2012

Cannes, clap de fin


J'ai toujours considéré le cinéma de Cronenberg comme l'un des meilleurs. Lors de mes crises de cinéphilie aiguë, je pourrais même me relever la nuit pour en manger, tellement j'aime ! Les éprouvantes transformations corporelles de Jeff Goldblum dans La Mouche, les images biologiques d'eXistenZ et son plat de bidules gluants (et vomitifs) dans le restaurant chinois, les inquiétants jumeaux gynécologues de Faux-semblants, et surtout, plus proches, ses deux dernier films Eastern promises et A history of violence montraient une maîtrise parfaite de la mise en scène et leurs histoires d'anti-héros (mâles tout de même) faisaient froid dans le dos. Je suis donc allée, sans lire aucune critique, les yeux fermés, voir Cosmopolis, adapté du roman de Don DeLillo. Mais puisque les critiques, subjugués par le Maître et ne voulant pas se déjuger, n'ont pas osé dire que son dernier  film est une bouse, ça n'aurait rien changé.

Donc, Robert Pattinson, avait besoin de se sortir de 4 films de vampires pour minettes, par un emploi dans un vrai film d'auteur : il est servi. Il joue le rôle d'un spéculateur (sur le Yuan) de 28 ans, milliardaire, obsédé par la symétrie des équations mathématiques et accessoirement par l’asymétrie de sa prostate ! Nous vivons avec lui sa dernière journée dans sa limousine de 7 mètres de long, sorte de chambre anéchoïque bourrée de liège et blindée, qui lui épargne les bruits des émeutes venant de l'extérieur (le bas peuple se révolte) et sa rencontre avec différentes personnes (son associé -22 ans déjà, donc vieux, qui s'occupe de sa sécurité), sa gouroue économique, et deux autres femmes -dont Juliette Binoche qu'on ne voit jamais, dans sa courte prestation, ni assise ni debout mais toujours allongée- qui lui rendent des services sexuels (interminables les rapports) en essayant de lui vendre quelque chose. Il a enfin un troisième rapport sexuel, je le trouve filmé comme tel car pendant toute la longuissime scène il gémit : son médecin qui lui fait un toucher rectal et lui trouve une prostate asymétrique. Les dialogues du roman de DeLillo sont restitués à l'identique, ce qui donne un film verbeux et
statique ; pendant les trois premiers quarts d'heures, je me suis demandé si Cronenberg n'avait pas versé dans le cinéma bavard français, style Rohmer ou Honoré, où les héros font l'exégèse de leur vie, mais sans leur talent tant c'est factice. Je vous fais grâce des écrans tactiles qui saturent le cinéma actuel, de la laideur du cinéma numérique, et des restes de crème fouettée pendant les trois derniers quarts d'heure sur la joue de Pattinson qui s'est fait entarter lors d'une tentative de sortie hors de sa limousine !

OK, les hommes sont des héros décadents et déshumanisés, ils ont ruiné la planète avec leur appétits de gloutons insatiables et surpuissants, ils vampirisent et parasitent l'humanité, les femmes leur servent au mieux de défouloirs pour leur besoins sexuels, et donc les pauvres, ils sont très malheureux ! Je les plains. Mais franchement, est-ce que ça valait une sélection à Cannes ? Est-ce que ça leur donne le droit de nous emmerder avec leur vide existentiel et les productions "artistiques" que cela leur inspire ?

La presse pourtant pas suspecte de féminisme énervé a administré une volée de bois vert à ce festival et ses sélectionneurs : dans le Figaro ICI "Vieux festival cherche grands films"et Le Nouvel Obs ICI : un terne palmarès pour une édition sinistre !
Ce cinéma d'auteurs mâles est bel et bien à bout de souffle. Les dernières technologies mises au service du cinéma n'y changent rien. Et quelque chose me dit que l'année prochaine, les choses pourraient changer. C'est en tous cas ce que je souhaite au Festival de Cannes. Et même si le cinéma n'a pas de sexe (hormis le sexe masculin qui n'est pas un sexe, mais représente l'universel, pardon, l'Universel comme il se doit) le cinéma des femmes peut présenter une alternative à ce cinéma funéraire, comme l'explique Noémie Lvovsky dans la vidéo ci-dessous (la pub peut être arrêtée au bout de 4 secondes) :


Noémie Lvovsky répond à l'absence de femmes dans... par lesinrocks

Cosmopolis est un roman de Don DeLillo, excellent écrivain américain que j'aime énormément et dont je recommande la lecture. Dans Chien galeux (Running dog), il a écrit ceci :

"J'ai été mariée au même homme pendant onze ans de ma vie. J'étais à ses ordres. Sans bien m'en rendre compte. Ses ordres muets. D'une manière ou d'une autre mystérieusement, sans que ce soit jamais évoqué. C'est dans l'air entre nous. Cela passe par des ondes hertziennes, de galaxie à galaxie."

"Le génie absolu des hommes. Veux-tu savoir ce que c'est ? Les hommes veulent. Les femmes se contentent de traîner dans le coin. Les femmes croient qu'elles font une carrière de tonnerre de Dieu, tut, tuut. Rien, elles ne vont nulle part, je peux te le dire. Les hommes veulent. Bang, Crac, Boum. L'impact, nom de Dieu. Les hommes veulent tellement. Cela nous étourdit un peu, nous fait perdre les pédales. Que sommes-nous devant cet énorme désir, ce besoin éternel et buveur de sang qui les tient ainsi ?"

"Ils sont fous, c'est leur génie secondaire. Ils sont totalement fous. Fous furieux. Réfléchis. Pense un peu. Ils sont dingues. Et nous sommes leurs femmes. Nous vivons avec eux."
Running Dog - 1978

jeudi 24 mai 2012

La Belle (à la cuisine) et les brutes

Billet spécial week-end de Pentecôte, fête religieuse patriarcale obscurantiste, qui doit être célébrée comme les autres dans la violence aux animaux. A Noël, ce sont les dindes, oies, canards et saumons qui dérouillent ; à Pâques les agneaux trinquent pour fêter la Résurrection de l'Agneau de Dieu, curieux télescopage ! Bizarrement la Pentecôte "période traditionnellement calme" (anormalement calme ?) était libre, le lobby de la viande a tranché, c'est désormais établi, les veaux morfleront à la Pentecôte !

Du coup, ils se sont offert ce petit film publicitaire sur vos écrans en ce moment : une ménagère (cible traditionnelle de la pub) dans sa cuisine que des brutes pratiquant le foot américain  et sortant de nulle part envahissent ! Je ne sais si mes billets sur la politique sexuelle/sexiste de la viande influencent les marketeurs (j'ai le droit de rêver), mais ce n'est plus aussi explicite que les femmes doivent cuisiner de la viande pour les mecs assis à table, fourchette en l'air, attendant que ça leur tombe tout cuit dans l'assiette ! La virilité se manifeste d'autre manière, en saccageant le cabat de la ménagère. Elle sauve trois tomates cerises et un brin d'herbes aromatiques : le veau, c'est bon avec trois fois rien ! Les tenants de "5 fruits et légumes par jour" soutenus par le Ministère de la Santé apprécieront.

Comme elle se déclenche automatiquement, j'ai du enlever la vidéo qu'on peut voir ICI sur les site Bravo le veau.

Un festival de stéréotypes lourdement assaisonnés à la testostérone.
Bravo les mecs !

mercredi 16 mai 2012

Cannes, festival de stéréotypes !


Le 65ème festival de Cannes s'ouvre sur une sélection uniquement masculine, je ne vais pas y revenir, d'autres ont déjà traité le sujet. Je vais juste rappeler que le cinéma, comme tout autre production culturelle est une fabrique de normes sexuées et sociales. Les normes sociales sont non naturelles, elles fonctionnent par imprégnation, et modèlent les rôles masculins et féminins.

Le cinéma français, y inclus le cinéma d'auteur, est extrêmement misogyne sans que cela gène quiconque. Pour l'essentiel de la production des films dirigés par des metteurs en scène hommes, il est habituel de voir un vieil acteur de 58 ans en tête d'affiche avec une jeunette de 25, filant tous deux le parfait amour. Différence d'âge : 29  ans couramment. Tout le monde a l'air de trouver cela normal, alors que ce ne l'est pas dans la vie courante. Ces rôles au cinéma permettent aux hommes de conforter leur statut de mâles dominants sans s'embêter avec la concurrence de femmes mûres, plus challenging, à personnalité et caractère formés, réputées par la misogynie ambiante être des emmerdeuses et surtout des concurrentes, et ils n'aiment pas la concurrence ! Après 40 ans, la carrière d'une actrice stagne : on ne lui propose plus de rôles, car de jeunes actrices à la chair fraîche arrivent : le cinéma est une industrie anthropophage et carnassière qui mange de la chair fraîche, comme les vampires elle a besoin de sang neuf pour se renouveler, ceci dans une perspective masculine évidemment. Une des dernières arrivées est Léa Seydoux, fille et petite-fille-de, puisque décidément, il n'y a plus que cette façon d'y arriver désormais.

En revanche les mâles, eux se bonifient avec le temps comme le vin en fût de chêne : les vieux acteurs sont tous des Châteaux Margaux, plus ils vieillissent en cave, meilleurs ils sont. Qui emploie Chantal Lauby, Zabou Breitman, Anémone, Josiane Balasko, Muriel Robin, Nathalie Baye, Charlotte Rampling, Nicole Garcia, etc... sinon elles-mêmes, car elles sont obligées de se mettre en scène dans leurs propres films pour continuer à travailler ? En revanche, les Gérard Depardieu (64 ans), André Dussolier (66 ans), Daniel Auteuil (62 ans), Jean-Pierre Bacri (61 ans), Pierre Arditi (68 ans), Christian Clavier (60 ans), continuent leur carrière, pour certains d'entre eux, une carrière de séducteurs malgré la soixantaine bien tassée. Je rappelle qu'Alain Resnais, dans la sélection officielle 2012 a, lui, 90 ans cette année. Vivement qu'on voie une femme de 90 ans, après une vie de mise en scène dans le cinéma, à l'affiche d'une sélection à Cannes !

En attendant, nous avons Bérénice Béjo qui présente la cérémonie d'ouverture du 16 mai avec "une robe de princesse" et qui ne comprend rien "à la polémique" sur la sélection, comme le démontre le fichier sonore ci-dessous :

  Bérénice Béjo by franceinter

Des progrès restent à faire, et comme vous l'avez entendu, on n'en a pas fini avec les greluches. Aussi, vous pouvez aller signer la tribune de La Barbe demandant la parité dans le cinéma en suivant ce lien.

L'affiche de ce festival avec Marilyn Monroe est parfaitement choisie : Marilyn, un des destins maudits de Hollywood (avec Frances Farmer, Judy Garland et d'autres), a payé le prix fort pour atteindre l'immortalité figée dans une éternelle jeunesse. Incapable de faire face à l'âge dans une industrie qui consomme la beauté et la jeunesse des femmes, malgré les trois heures de préparation qu'il lui fallait pour devenir Marilyn, se donner la mort lui a paru préférable à vieillir.

Actualisation : j'ai trouvé de la documentation pour celleux intéressé-e-s par le sujet, notamment les travaux de Geneviève Sellier qui travaille sur le genre dans les films populaires et les séries télé : La nouvelle vague - Un cinéma au masculin et La drôle de guerre des sexes du cinéma français, ouvrage collaboratif. Et pour les spécialistes qui voudraient approfondir le sujet, une vidéo-conférence de Geneviève Sellier du 13 novembre 2012. Elle est venue donner à Rennes une conférence à laquelle j'ai assisté le 26 avril 2012.

Pop culture : et un lien vers le blog Chantier politique : une critique féministe de la série Buffy et du film The avengers.

jeudi 10 mai 2012

Chirikova et Brockovich

Dans le sillage de l'élection présidentielle, les journalistes français nous embêtent avec la biographie de la "Première Dame de France", trois pas derrière son époux ou compagnon, la place ancestrale des femmes. Dans le même temps, une femme russe Evguenia Chirikova obtient l'équivalent du Prix Nobel pour la Défense de l'environnement, le Goldman Environmental Prize dans la quasi indifférence des médias français.


Crédit image : Goldman Environmental Prize

Chirikova, c'est l'histoire d'une mère de famille qui décide de quitter Moscou pour s'installer dans un village du "poumon vert de Moscou", la forêt protégée de Khimki, et dont la vie tranquille va être contrariée par le projet de construction d'une autoroute reliant Moscou à Pétersbourg. Evguenia s'insurge, s'implique, mène l'enquête, obtient le soutien de Greenpeace, et finit par trouver que décidément les relations entre le pouvoir russe et le constructeur Vinci sont bien opaques. La Erin Brockovich russe, en somme. Le Nouvel-Obs en a parlé ici et Ecolo info donne ici un excellent article sur la bataille pour la préservation de la "ceinture verte" de Moscou. Justement, Vinci, entreprise multinationale de travaux publics, c'est la constructrice de l'aéroport Notre Dame des Landes, entre Rennes et Nantes, le gros aéroport que veulent les élus bretons, contre une partie de leur opinion publique. Evguenia Chirikova est venue soutenir les opposants à l'aéroport Notre Dame des Landes en juillet 2011 comme en témoigne cet article de Ouest-France dont la vidéo montre les liens consanguins entre Vinci et le pouvoir russe au plus haut niveau. Evguenia Chirikova n'a pour l'instant pas réussi à ébranler le projet d'autoroute ni le pouvoir de Poutine, mais elle y travaille en créant le premier parti écologiste de Russie. En revanche, l'activisme a marché pour les opposants à l'aéroport Notre Dame des landes, puisque les expulsions de paysans sont stoppées jusqu'à ce que tous les recours judiciaires soient épuisés.

Clean up your mess !
Clean the shit up !

Souvenez-vous de l'histoire de Erin Brockovich à travers un film mis en scène par Soderbergh en 2000. Mère de famille obligée de travailler pour élever ses enfants, Erin, qui n'a aucune formation en droit, prend un travail dans un cabinet d'avocats. En croisant des informations de demandes de soins médicaux et des indemnisations immobilières, elle fait le lien avec une pollution des eaux potables, instruit le dossier des victimes et leur obtient des millions de dollars d'indemnisation après un combat acharné. Elle est désormais à la tête de son cabinet de consulting où elle poursuit son travail d'instruction de dossiers de dommages à l'environnement. Elle refait parler d'elle et n'a pas perdu son pouvoir de conviction dans l'article qui suit et sa vidéo (en anglais) où elle explique continuer son combat contre la pollution des nappes phréatiques. L'accès à l'eau potable n'est pas qu'une préoccupation du monde en développement, comme elle le dit très bien en insistant sur la pollution au plomb ; mon intertitre vient de l'interview-vidéo (à environ 1'35"), les industriels ayant la détestable habitude de laisser derrière eux des friches et des sites gravement pollués pendant que le gouvernement et les magistrats regardent ailleurs. Son appel : "Nettoyez vos saletés" comme elle le rappelle sans cesse à ses enfants : "Nettoyez votre chambre" !


jeudi 3 mai 2012

PIB masculins : parasitisme et inhumanité

Les PIB masculins (Produits Intérieurs Bruts : chiffres d'affaires ou accumulation des richesses d'un pays donné en une année) sont basés sur la destruction et le pillage des ressources naturelles, sur le parasitage des espèces animales par l'élevage, la chasse, la pêche, les cirques, delphinariums, fourrure et cuir, l'expérimentation animale pour nos industries pharmaceutiques, parasitage exercé sans aucune espèce d'états d'âme, ni de questions sur l'éthique ou sur la responsabilité de notre espèce. Un des résultats le plus visiblement immédiat de cette irresponsabilité est la disparition des pollinisateurs dont les services sont tellement "naturels" qu'on les a fait disparaître en les bombardant de produits chimiques indiscriminants après avoir déclarés certains d'entre eux "nuisibles". Une folie, une inconscience caricaturales de notre espèce arrogante. Sur ce socle d'exploitation proto-historique, puis historique, et donc inquestionnable puisque considéré comme "naturel" (les constructions sociales et culturelles ont une facilité déconcertante à se faire passer pour naturelles), l'absence dans les comptabilités nationales du travail non-marchand des femmes est considéré comme "normale".
Il est donc gratuit et bénévole : soins à la domesticité, aux enfants, aux vieux,...etc. Il en résulte qu'après des vies de labeur incessant, les femmes doivent se contenter de demi-retraites (moins 40 % par rapport aux hommes en France) et elles fournissent les  gros bataillons du minimum vieillesse, ce prix du mépris du patriarcat pour leurs loyaux services gratuits. Ce qui reste pour moi un mystère insondable, c'est l'aveuglement et le déni des femmes devant un tel acharnement à les pressurer et les exploiter dans le mariage et dans tous les travaux dus bénévolement. Le manque d'empathie des mâles pour les êtres qu'ils considèrent être immémorialement à leur service est glaçant.

A propos de glaçant, voici une vidéo montrée récemment sur une télé néerlandaise, l'objectif (bien nommé ?) nous montre froidement un manque d'empathie peu commun, des techniciens à l’œuvre, efficaces mais inhumains :



Oui, les animaux (vaches, poulets, dindes, cochons, chevaux,...) ont des accidents de la route en allant en l'engraissement ou à l'abattoir, leur dernier voyage. Des camions versent dans des fossés, se couchent sur les autoroutes, sombrent dans des ravins, leur "cargaison" tuée ou gravement blessée, dispersée dans les alentours, souffrant et agonisant de graves blessures. C'est l'activiste d'une ONG humanitaire pour les animaux qui tient la caméra ; on peut donc imaginer que quelque chose a été fait après qu'on ait secouru les humains, et que des gendarmes, quoique hors champ, sont forcément sur place. En attendant, ça laisse une solide impression de désolation, d'abandon à leur triste sort d'animaux dit de "rapport" ou de "boucherie", maltraités dans les transports après avoir été maltraités dans un élevage hors-sol, par une société inhumaine.

"L'arrogance de l'humanité qui croit que le royaume animal est là pour son dîner ! Les animaux sont des miracles vivants, pleins d'espoir et de rêves, comme nous."
Citation anonyme

"Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister. 
Que sont les humains sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, les humains mourraient dans une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt aux humains. Toutes choses se tiennent.
Citation prise dans la réponse de Chef Seatle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d'abandonner sa terre aux blancs et promettait une "réserve" pour le peuple indien, à lire en entier sur le lien: 
La fin de la vie et le début de la survivance
La sage réflexion du colonisé opprimé, rejeté dans la sauvagerie et parqué dans une "réserve" par le colon blanc "civilisé" qui s'arroge tous les droits.

Rappel : l'empathie, c'est la capacité à écouter et entendre les autres, tous les autres.

Le Top-Model autoproclamé de la Création trouve normal d'exercer sans vergogne et sans pitié son parasitisme et sa prédation sur toutes les créatures qu'il a rejetées à dessein dans l'altérité : les primitifs "sauvages", les femmes, la nature qu'il a opportunément genrée au féminin ICI (et ICI aussi) alors qu'elle est évidemment neutre et non soluble dans notre romantisme, et les animaux, tous taillables et corvéables, exploitables à merci, pour ses intérêts étroits de caste dominante -voir mon billet précédent traduit de Mary Daly.

vendredi 27 avril 2012

Je suis toujours là !

See
That no matter what you have done
I am still here.
And it has made me dangerous, and wise.
And brother,
You cannot whore, perfume, and suppress
me anymore.
I have my own business in this skin
And on this planet.

Tu vois
Peu importe ce que tu as fait
Je suis toujours là.
Et ça m'a rendue dangereuse, et sage.
Et, frère,
Tu ne peux plus désormais me traiter de putain, me couvrir de parfums,
ni me supprimer.
J'ai mes propres choses à faire dans cette peau
Et sur cette planète.

Gail MURRAY (1970)

En écho au Dieu du carnage, le billet d'Euterpe.

Après avoir fait des recherches sur Gail Murray, je n'ai rien pu trouver sur elle, hormis des homonymes sur les réseaux sociaux. Ces vers sont cités en tête d'un chapitre de l'essai de Mary Daly "Beyond God the Father". Si quelqu'un-e à des informations sur cette auteure, ce serait sympathique de les partager dans les commentaires par exemple.

Actualisation : Finalement, Elihah que je remercie, a retrouvé Gail Murray, professeure d'histoire à Rhodes College, Memphis, Tennessee ; elle enseigne, entre autres choses, l'histoire des femmes du Sud des Etats Unis. Elle a publié une collection d'essais sur les femmes blanches du Sud des USA dans le Mouvement des Droits Civiques. Elle a participé de 1968 à 1973 à un journal féministe radical : No more fun and games - A Journal of Female Liberation. Liens en anglais dans les commentaires.

Autre lien : 2008, le krach financier, vous vous souvenez, l'Islande en cessation de paiement au point, pour un islandais en voyage, de ne pas pouvoir retirer un billet dans une banque à l'étranger ? Devant "cette faillite de la gouvernance masculine", l'Islande s'est dotée de femmes au pouvoir, à commencer par sa Première Ministre.
L'Islande tout feu tout femmes -Libération

jeudi 19 avril 2012

Le syndrome du bouc émissaire - Mary Daly

"La société telle que nous la connaissons a un besoin pervers de créer « l'Autre » comme objet de condamnation, ainsi ceux qui condamnent peuvent selon leur jugement se trouver bons. [...] Eve en est une production. Elle représente la catégorie dans laquelle la tradition chrétienne a placé toutes les femmes qui n'ont pas réussi à imiter l'étonnant modèle de la vierge qui est aussi mère.
On trouve un aperçu du comment la création du statut de « bouc émissaire » a servi une société sexiste dans les proclamations théologiques sur le sujet de la prostitution. Augustin écrit :

Qu'est-ce qui peut être plus sordide, plus exempt de modestie, plus honteux que les prostituées, les bordels et toutes ces sortes de maux ? Cependant, retirez les prostituées des affaires humaines et vous allez tout polluer avec la luxure ; mettez-les au milieu d'honnêtes matrones, et la turpitude et la disgrâce vont déshonorer toutes choses.

Pour embellir ce morceau de sagesse mâle, Thomas d'Aquin remarque :

... la prostitution dans le monde [est] comme la saleté dans la mer ou le tout à l'égout dans un palais. Enlevez le tout à l'égout et vous allez remplir le palais de pollution ; même chose avec la saleté dans la mer. Enlevez les prostituées du monde et vous allez le remplir de sodomie... d'où Augustin excipe ... que les cités de la terre ont fait de l'utilisation des putains une immoralité légale.

Le fait est que les prostituées - "les plus grandes gardiennes de la vertu" pour réutiliser la phrase de Lecky, historien de la morale- se sont vu accorder le privilège de valves de sécurité pour les hommes. Ce qui soulève d'intéressantes questions : la luxure de QUI polluerait toutes choses sans eux ? Et la vertu de QUI est ainsi conservée ? Sûrement pas la vertu des prostituées ni celle des hommes qui les utilisent. Donc, il semble que ce soit la « vertu » des honnêtes matrones qui n'ont pas de tels exutoires pour leurs désirs sexuels et dont la « vertu » consisterait moins à être destinées à la fonction de tout à l'égout pour les hommes qui ne sont pas leurs époux et qui, conséquemment, ne porteront pas d'enfants illégitimes. Ce qui fait qu'elles restent la propriété non souillée et privée de leurs époux (ou de leurs pères dans le cas des filles vierges). La société ainsi structurée requiert donc cette caste déchue. L'existence de femmes « honnêtes » selon les standards mâles de la propriété inviolée requiert l'existence de « mauvaises » femmes qui deviennent les boucs émissaires de la culpabilité sexuelle mâle.

Même de nos jours, les lois montrent ce travers. Aux Etats-Unis, dans la plupart des états, les hommes ne sont pas punis directement pour leur commerce avec des prostituées. Même dans les états où ce crime est reconnu, des interprétations restrictives conduisent souvent à l'exonération des clients mâles de prostituées. Dans les temps modernes, les définitions mêmes de la prostitution continuent de révéler un double standard. Il a été défini par exemple « comme la pratique d'une femme offrant son corps pour tout type de rapports avec un homme contre argent ou équivalent » ; comme « tout type de rapport sexuel avec un homme contre compensation » ; et comme « lascivité commune d'une femme contre un gain ». Cette vision partisane et unilatérale du problème contenue dans ces définitions montre l'acte de la femme comme criminel, tout en ignorant la responsabilité du deuxième partenaire mâle.


Il semble dans le même temps que le rejet primordial des femmes dans le rôle de « l'Autre » ait produit une seconde dichotomie entre vertueuses et mauvaises femmes. Cela paraît étonnant du fait que les autres groupes opprimés ne sont pas « dichotomisés » de façon aussi drastique. Aux Etats-Unis les noirs considérés comme « Oncles Toms »* sont appréciés et bien traités, mais pas placés sur un piédestal. Cette dichotomie frappante entre femmes, si on y réfléchit, peut être comprise par le fait qu'elles sont le seul groupe opprimé dispersé parmi le groupe de rang supérieur et intimement attachées au « maître » par des liens biologiques, émotionnels, sociaux, et économiques. A cause de l'identification des hommes avec « leurs » femmes en tant qu'autre, il serait contre-productif de proclamer toutes les femmes mauvaises.

Dans le même temps, le rejet des femmes dans une altérité de caste supplante l'identification que les hommes ressentent pour quelques femmes en tant que possessions proclamant leurs accomplissements et servant leurs intérêts. Avec pour conséquence que la « vertu » attribuée à quelques-unes n'est pas l'excellence d'une personne accomplie, mais celle d'une créature impuissante, manquant de connaissances et d'expérience. [....] Dans le cas de l'idéal de vertu imposé aux femmes, il y a une aura spéciale de glorification d'un idéal symbolisé par Marie. Cet idéal impossible à une fonction punitive, parce que bien sûr aucune femme ne peut l'atteindre (Considérez l'impossibilité d'être à la fois vierge et mère). Il rejette et renvoie donc toutes les femmes au statut d'Eve et renforce essentiellement le statut universel des femmes en tant que basse caste".

Traduit de Mary Daly in Beyond God the father.
* Ce texte a été publié en 1973. « Uncle Tom » aux Etats-Unis est aujourd'hui une insulte grave contre un noir, en tous cas d'après ce qu'un de mes professeurs d'anglais américain nous avait bien fait comprendre.

Lien : De DSK à L'Apollonide, la marchandisation du corps des femmes

vendredi 13 avril 2012

Mes mots-clés

Voici une petite compilation des mots-clés tapés sur Google qui conduisent à mon blog, selon mon petit logiciel de statistiques.  D'abord, soyons optimiste, il y a celleux qui me cherchent pour les bonnes raisons (enfin, je crois) :
Hypatie
Hypathie, blog féministe
Blog féministe
Lutte pour le féminisme
Femmes niées

Puis ceux qui me trouvent parce qu'il s'intéressent aux femmes pour des raisons différentes de celles de ce blog :
cannibale et femme nue 
filles nues dans la boue
sein hamburger
belle femme danse à poil en vidéos
vos zones erronées
(je pense qu'on cherchait dans un but documentaire plutôt ce qui suit)
les points sensibles femme sexe zone érogène
girls e fusils
pub femme nue soumise
anti Monique Wittig  (enfin un intellectuel !)

Ceux qui arrivent chez moi parce que j'ai traité aussi de ces sujets, par exemple quelques billets relatant mes actions militantes type "2ème menace terroriste mondiale" (merci de ne pas rire, vous indisposeriez Jean Christophe Rufin !) de protection des animaux d'élevage et de l'environnement :
poule gauloise dorée
plus beau coq race de toutes les couleurs
manifestation anti-viande
concour de meilleur boucher
poule barrique (??)
photo de côte de bœuf 
(je l'avoue, il y en a sur mon blog, et aussi des photos d'andouillettes de Troyes et de saucisses de Morteau)
Manif anti-aéroport.

Et puis :
Fusil - Fusil d'assaut - Fusil du futur
(ça m'apprendra à faire des billets illustrés de guns phalliques sur les ventes d'armes, tiens ! Mais ça ne rassure pas sur leur agressivité morbide)
machine qui coupe arbre 
(Je réfléchirai à deux fois avant de refaire un billet énervé sur les mecs qui font du potin en ville avec des machines phalliques en iconographie !)
le Cri de Munch
(Il y a en effet une des versions du Cri sur un de mes billets avec un chat à côté qui fait pareil !)
Alien de profil
(cherchez bien, elle se cache dans mon blog, cette crevette intergalactique de cauchemar, boouuuuhhhh)

J'en profite pour remercier mes lectrices-teurs féministes, ainsi que celleux qui me twittent, mettent des rétroliens vers mon blog sur leur Facebook et sur leurs forums favoris -des diététiciennes et des végéta*iens notamment qui apprécient mes billets pour autre chose que la diététique -qu'on n'y trouve pas.
L'orthographe des mots-clés rapportés a été respectée.

vendredi 6 avril 2012

Revue de web - Sélection de liens

La question polémique de la semaine : les femmes sont-elles moins fortes que les hommes ?
L'article en doute et expose ses arguments.
Nature contre culture, autrement dit la "faible femme" ne serait-elle juste qu'un pur produit de l'assommoir culturel souvent évoqué ici ? Je ne vais pas prendre parti mais j'ai ma petite idée sur le sujet. Juste une anecdote à propos d'un petit film sépia que j'ai vu dans cet éco-musée de l'agriculture : cette archive montre une scène champêtre (non disponible, autrement vous pensez bien que je l'aurais insérée, vu le mauvais fond qui me caractérise) où l'on voit trois individus (deux humain-e-s et un cheval) en train de travailler dans un champ. Ça se passe au début du siècle dernier, il y a à peine 100 ans, une paille. Deux bêtes de somme : la jument et la dame -lourdement enjuponnée. La jument de trait bretonne tire la charrue, la femme guide la charrue à l'arrière et, arrivée au bout du sillon, la soulève et la retourne ! Que fait le monsieur dans l'histoire ? Et bien, il tient la jument par la bride et la guide le long du sillon : pas épuisant comme boulot, enfin beaucoup moins que celui des deux autres. Tout commentaire, vous en conviendrez, serait superfétatoire.

Dans un monde fini, étréci, où les grandes idéologies ont failli et où nous n'aurons bientôt plus qu'à nous regarder nous-mêmes, les autres (animaux) ayant été obligés de céder la place devant notre impérialisme, la beauté des femmes (au moins l'idée que nous nous en faisons) et la correction du corps humain deviennent l'ultime aventure / conquête à lire sur l'excellent site TERRIENNES de TV5 Monde, avec une interview de Mona Chollet. Rappel : l'industrie de la chirurgie esthétique n'a aucun recul. Les femmes qui y ont recours sont donc volontaires pour en expérimenter les conséquences à long terme, conséquences dont nous ne savons rien.

La campagne présidentielle américaine et ses primaires nous montrent une affligeante surenchère de bigoterie, une montée des différentes sous-succursales des  religions obscurantistes (le candidat à l'investiture républicaine Mitt Romney est Mormon) et des anti-choix qui se rebaptisent "pro-life" : la guerre aux femmes (war on women) et à leurs droits chèrement acquis est déclarée comme jamais. Remise en cause du financement des plannings familiaux sous prétexte de restrictions budgétaires, une femme est traitée de "salope" et de "prostituée", de "féminazi" par un animateur TV soutien de la droite conservatrice parce qu'elle vient témoigner de l'intérêt du remboursement de la contraception par les assurances américaines, sans parler des 83 décrets votés en 2011 à travers les USA pour restreindre le droit à l'avortement. « Nous assistons à la crispation d’un parti autour des sentiments de frustration et de peur d’hommes blancs voyant leurs privilèges diminuer : leurs privilèges de race et leurs privilèges de sexe", explique une historienne du féminisme.

Aussi le tonique billet d'Isabel Alonso "RELIGIEUSES" tombe-t-il à point en reprenant un des slogans de féministes mexicaines venues manifester contre la visite du Pape au Mexique "Fuera sus rosarios de nuestros ovarios !"  En français :  
"Virez vos rosaires de nos ovaires !"
Et occupez-vous de vos prostates !


vendredi 30 mars 2012

Le féminisme est un humanisme

Cet article en anglais est paru dans le Hindustan Times sous la plume de Taslima Nasreen le 9 mars dernier. C'est un texte puissant, avec zéro relativisme culturel dedans. C'est pour ces raisons que je vous en propose la traduction.

"Sans parler de « Féminisme Occidental », je n'ai pas la moindre idée de ce qu'est le « Féminisme Oriental ». N'ayant aucune familiarité avec ces concepts, j'ai depuis l'enfance remis en cause un grand nombre de diktats conseils et proscriptions venant de la famille et de la société dans son ensemble. Quand, contrairement à mes frères, je n'étais pas autorisée à jouer dehors, quand j'étais appelée « impure » durant mes règles, ou quand on me disait que j'avais grandi et que je devais me couvrir complètement avec une burka noire si je voulais sortir, j'interrogeais, je n'ai jamais cédé facilement. 

Quand d'étranges garçons me hurlaient des insultes, tiraient mon voile ou pinçaient mes seins en passant, je protestais. Je ne pouvais ravaler ma colère quand je voyais des maris battre leur femme, des jeunes mères gémissant d'anxiété et de peur d'avoir une fille. En observant le visage des femmes violées, je sentais leur souffrance de façon aigüe, je perdais mon contrôle en apprenant les trafics de femmes de ville à ville, d'un pays à l'autre pour les livrer de force à la prostitution. Aucune logique intellectuelle ne pouvait me faire accepter la torture des femmes par les hommes, la société, l'état. Mais personne n'était témoin de ma souffrance, de mes pleurs et de mon refus d'accepter, l'incapacité à exprimer, à tolérer les cris, la logique, la raison, jusqu'à ce que je commence à écrire. 

La société dans laquelle j'ai grandi a généré des questions chez beaucoup de gens. Ils étaient forcés d'accepter les réponses données par les leaders du patriarcat. Je n'ai jamais cédé à cette coercition. Personne ne m'a appris à désobéir. Je n'ai pas appris la défiance dans les livres. Il n'est pas nécessaire de lire d'épais et lourds livres pour devenir consciente, nous avons juste besoin d'yeux pour voir. Aucun livre non plus n'aide à devenir courageuse. Pour exiger des droits pour les femmes, on n'a pas besoin de digérer Betty Friedan ou Robin Morgan, notre propre conscience est suffisante. 

Si j'ai faim, je dois manger, si je subis le fouet, je dois combattre et rejeter le fouet ; si je suis opprimée, je dois me lever – ces sentiments sont universels. La Féminisme n'est pas la propriété de l'Occident. Il est le combat ardent de toutes les femmes abusées, opprimées, torturées, livrées à l'irrespect, ignorées, qui se rassemblent et mettent leur vies en jeu pour la défense de leurs droits.

J'ai appris que les femmes occidentales aussi ont eu leur part d'épreuves. Abusées et ensanglantées, elles ont eu le dos au mur. Elles ont crié ; à travers les siècles, elles ont été victimes du patriarcat, de la religion, des traditions misogynes..., comme leurs sœurs d'Orient. Des fanatiques religieux les ont brûlées vives, des traditions misogynes leur ont imposé des cages métalliques sur le corps au nom de la chasteté, elles ont été transformées en esclaves sexuelles. Orient ou Occident, Nord ou Sud, les femmes souffrent toujours de la même façon du « crime » d'être des femmes.

Les droits humains sont universels. Ceux qui parlent de droits séparés pour les Orientaux et cherchent à se mettre à distance des droits humains universels, prétendant que cette stance représente une victoire sur l'oppression imposée par les Occidentaux, aboutissent en réalité à blesser l'Est plus que l'Ouest. 

Une question souvent soulevée prétend que j'ai heurté des sensibilités religieuses. Le féminisme s'est de tous temps opposé à la religion ; quiconque a la plus simple connaissance des droits des femmes sait cela. La religion est patriarcale d'un bout à l'autre. Je devrais suivre une religion et je devrais reconnaître les droits des femmes – ce slogan équivaut à dire que je devrais boire du poison avec du miel. A chaque fois qu'une attaque des femmes est motivée par une prescription religieuse, immédiatement le slogan « les sensibilités religieuses ne doivent pas être heurtées » est prononcé par ceux qui sont anti-démocratiques, contre la liberté de parole, et opposés à l'indépendance des femmes. En aucune façon, je n'assimile une barbarie à la culture.

Alléguant que j'ai heurté les sensibilités religieuses musulmanes, une poignée de conservateurs insulaires ignorants prononcent le verdict que mes positions sont des positions occidentales, considérant les orientaux avec des yeux d'occidentale. Cette proposition insensée et illogique de fondamentalistes islamiques est souvent soutenue par des Indiens prétendument séculiers au nom de la tolérance.

J'ai critiqué le Christianisme, le Judaïsme et d'autres religions misogynes. Habituellement, personne ne relève le fait. Personne ne prend une fatwa pour m'assassiner pour avoir blessé les sentiments des non-musulmans. Mais il ne manque pas de gens qui sans problème acceptent l'intolérance et respectent les « sensibilités religieuses » de ceux qui prennent une fatwa ; ces gens m'étiquettent comme « intolérante » sans le moindre doute. Il doivent me considérer musulmane, et voir mes actes comme l'expression d'un orgueil démesuré destiné à heurter les sentiments religieux musulmans.

La vérité est que si l'on croit aux droits des femmes, on doit d'abord rejeter sa propre identité religieuse. Je m'en suis libérée depuis mon adolescence. J'étais à peine une enfant que j'ai été injustement accablée du fardeau d'une identité religieuse de la même manière que tous les enfants. Nous ne marquons pas un bébé ou un enfant de l'idéologie politique de ses parents ; nous ne nommons pas « communiste » un enfant de parents communiste. Mais nous trouvons normal d'étiqueter un enfant de deux ans Hindou, Musulman ou Chrétien. Quand l'enfant grandit, il peut choisir la religion de ses parents ou une autre, ou n'en choisir aucune. C'est ainsi que cela devrait être. J'ai adopté avec succès ce principe dans ma vie. J'ai choisi la foi en l'Humanisme. On ne doit pas me prendre pour une « réformiste musulmane ». Je ne suis pas plus une réformiste que je n'appartiens à une quelconque communauté religieuse. Ma communauté est celle des humanistes agnostiques, libres de toute religion."
Taslima Nasreen