mardi 3 décembre 2019
ADA ou la beauté des nombres - Biographie par Catherine Dufour
Biographie de la Comtesse Lovelace, mathématicienne du XIXème siècle : 1815-1852, publiée chez Fayard Editeur. La couverture est moche, mais la biographie est vraiment très bien.
" En ce 2 janvier 1815, le très célèbre Lord Byron, poète débauché et ruiné, épouse à Seaham Hall, dans le nord de l'Angleterre, la très sage Annabella Milbanke. Il la surnomme la "princesse des parallélogrammes", à cause de son goût pour les mathématiques, assez rare chez les riches ladies. Un an plus tard, dans le bel appartement londonien des Byron-Milbanke, une petite fille vient au monde : Ada. Dans la pièce à côté, Lord Byron, ivre d'opium et de brandy, tire au pistolet sur le peu de mobilier que les huissiers lui ont laissé. Annabella prend son bébé et va se réfugier chez ses parents. Les deux époux ne se reverront jamais.
Vingt-cinq ans plus tard, Ada Byron, épouse King et comtesse Lovelace, déjà mère de trois enfants, se lance dans l'étude des mathématiques. Elle se hisse en trois ans à un niveau suffisant pour apprécier le travail d'un inventeur génial : Charles Babbage. Celui-ci vient de mettre au point un énorme calculateur automatique. Ada se penche sur ces rouages complexes lorsqu'une intuition lui vient : et si, au lieu de ne manier que des chiffres, cet engin traitait aussi des symboles ? Elle met son intuition au propre : ce sera la fameuse "Note G", le premier programme informatique au monde.
Ni Ada ni Babbage ne sauront jamais à quel point ils ont été géniaux. Ada meurt jeune, aussi droguée et endettée que son père. Babbage s'enfonce lentement dans la solitude et l'amertume. C'est son fils Henri qui, conscient du génie de son père, fabrique certaines parties de son calculateur. Hélas, ces prototypes ne convainquent personne. Ils finissent au grenier.
En 1937, un physicien américain Howard Haiken va faire un tour dans le grenier de Harvard. Il découvre un des prototypes laissés à l'abandon. Il propose à IBM de fabriquer une machine à partir de ces engrenages : Mark I. Celui-ci aura une nombreuse descendance : les ordinateurs. Tous nos ordinateurs.
En 1950, un mathématicien anglais nommé Alan Turing, celui qui a conceptualisé l'informatique et craqué le code des nazis, s'inspire des travaux d'Ada et baptise un de ses arguments scientifiques L'objection de Lady Lovelace.
Grace Hopper, une collègue d'Aiken, dit au sujet d'Ada : "C'est elle qui a écrit la première boucle. Je ne l'oublierai jamais. Aucun de nous ne l'oubliera jamais." En 1978, le nouveau langage informatique du département de la Défense américain est nommé Ada. C'est le début de la reconnaissance. Ada Lovelace cesse, enfin, de n'être qu'une note de bas de page dans les biographies de son père.
Rien ne prédisposait Ada à devenir informaticienne. Issue de deux très nobles familles, c'est une vraie lady anglaise perdue dans les brumes du romantisme. Pâle, perpétuellement malade, serrée dans des robes de cour aussi coûteuses qu'inconfortables, elle vit coincée entre une mère intraitable et un mari maltraitant. Elle aurait pu dépenser sa brève existence dans des occupations compatibles avec son statut social et son époque : boire du thé, broder des nappes ou mourir des fièvres en Inde. Seul un formidable effort de transcendance l'a poussée à mettre au point sa "Note G". Elle a imaginé l'informatique, elle l'a tirée du néant en un temps où il n'y avait pas encore la moindre trace de modernité. Toute seule avec sa plume d'oie, devant son écritoire râpé. Ada a réussi à marquer notre civilisation autant que Pasteur, Einstein ou Fleming. Elle a bricolé une lampe qui s'est levée comme un soleil sur la seconde moitié du XXème siècle et qui illumine le troisième millénaire, modifiant la forme et le devenir de toute activité humaine. "
Introduction de Catherine Dufour à cette biographie d'Augusta Ada Lovelace, AAL, initiales dont elle signait ses articles, traductions, commentaires et notes, avec la permission de son mari, puisque son nom (et son argent) ne lui appartenaient pas ! Nous sommes dans l'épouvantable XIXème siècle, mâletraitant aux femmes et aux enfants, dont on nie le statut d'êtres humains, qu'on soigne en les empoisonnant, et qu'on éduque au knout.
Étoile brillante, mais surtout filante de la Galaxie Byron, courte vie, 1815 - 1852, carrière idem mais dense, moins de dix années de publications traductions et annotations, Lady Lovelace, bien que sa famille côtoie la Reine Victoria, n'a pas accès aux bibliothèques scientifiques, en tous cas pas à celle de la Royal Society ; Ada Augusta King, Comtesse Lovelace meurt à 36 ans d'un cancer de l'utérus métastasé, mal diagnostiqué et mal soigné, après une longue et douloureuse agonie. Fille d'une mathématicienne qui lui fait donner des cours de mathématiques par Mary Somerville, traductrice et commentatrice des travaux de Laplace, (laquelle est atteinte du syndrome de l'imposteur selon Catherine Dufour qui balance à tout va) et du légendaire poète romantique Byron auprès duquel il est très difficile d'exister, elle fréquente aussi le chimiste et physicien Michael Faraday, ami de l'ingénieur Charles Babbage qui tente de fabriquer un calculateur dit "machine à différences" qui lui donnera bien du fil à retordre avant qu'il lâche l'affaire, mais qui inspirera à Lady Lovelace sa fameuse note G premier programme informatique jamais écrit, basé sur les nombres de Bernoulli. Fin de l'histoire.
La seconde vie d'Ada Lovelace commence en 1937 quand un ingénieur d'IBM, Howard Aiken, retrouve dans le grenier de Harvard la machine de Babbage prenant la poussière. On décide de reprendre les travaux en construisant un computer (calculateur) Mark I ; en relisant les plans et notes de Babbage on retrouve la fameuse "table et diagramme de la note G, le premier programme jamais écrit dans l'article paru en 1843 " Sketch of the analytical engine Invented by Charles Babbage, Esq, by L.F. Menabrea, of Turin, Officer of the Military Engineers, With notes upon the Memoir by the translator AAL ", ses initiales. Augusta Ada Lovelace a littéralement été tirée de l'oubli par des ingénieur-es informaticien-nes (les premières programmeuses sont des femmes) se félicite Catherine Dufour ; l'ordinateur Mark I programmé par Grace Hopper qui invente le compilateur (votre PC, sur lequel vous lisez peut-être ce billet, est un compilateur) dit d'Ada Lovelace : " Elle a écrit la première boucle, je ne l'oublierai jamais ". En 1978, c'est le début de la reconnaissance : le Département de la Défense des États-Unis décide de se doter d'un langage standard ; il lance un concours international remporté par la société française CII, le standard militaire est nommé MIL-STD-1815, d'après la date de naissance d'Ada Lovelace. Puis, avec l'accord du dernier héritier Lovelace, le prénom Ada est donné à ce nouveau langage. Aujourd'hui encore " le langage Ada est toujours utilisé par l'armée américaine, ainsi que dans les systèmes embarqués pour l'automobile, les transports ferroviaires, l'aéronautique et le spatial." Le langage C++ inventé en 1980, langage informatique le plus utilisé de nos jours, est inspiré de ses deux boucles récursives, de sa liste numérotée d'instructions d'encodage, et de ses registres de destination ! La formalisation imaginée par Ada Lovelace irrigue toujours nos serveurs.
Depuis, les hommages et les biographies se succèdent, une plaque est apposée sur sa maison et sa sépulture, qui se visitent désormais.
Tenue de geek en 1836 : " taille serrée dans une ceinture large, à boucle, épaules basses, manches gigot, jupe d'ampleur raisonnable, et décolleté vertigineux d'une robe de satin blanc à tirer les larmes à un glacier " écrit Catherine Dufour. (Portrait par Margaret Carpenter) :
Ou encore coiffure de Princesse Leia, gros papillon dans les cheveux (portrait par Edward Chalon 1838) :
Et bien sûr, AAL inaugure les mêmes mauvaises habitudes alimentaires et de boissons que maintenant, mais de l'époque : cuites au laudanum et à l'opium ! Ça calme, hein, les buveurs de sodas trop sucrés qui n'avez rien inventé ?
A lire, pour la verve de la prose de Catherine Dufour, son parti-pris de parler d'Ada Lovelace avec notre vocabulaire alerte d'aujourd'hui qui convient si bien à cette pionnière infatigable qui refusait la malédiction des femmes, parti-pris aussi de balancer sur les torts faits aux femmes à toutes les époques, le mystère résidant tout de même dans leur capacité à inventer et à montrer du génie alors que tout, absolument tout se ligue contre elles. Pour son optimisme aussi : à mettre entre toutes les mains.
Les citations de l'autrice sont typographiées en bleu et rouge.
Liens :
La première boucle
Depuis 2009 : Le Ada Lovelace Day
How Ada Lovelace's notes on the analytical engine created the first computer program
La fiche Wikipedia de la Comtesse Lovelace
vendredi 29 novembre 2019
Sortir les couteaux
En passant dans un rond-point cette semaine, un drap blanc immanquable était accroché sur des plots au niveau des voitures avec une inscription parfaitement visible en lettres à la peinture de couleurs
vives :
Phrase lapidaire, slogan en apparence généreux, attrape-tout, consensuel. A priori, intellectuellement satisfaisant. Qui souhaiterait le contraire, plus de flics moins d'instits ? Sauf qu'il ne résiste pas à l'examen quand on a un tant soit peu l'esprit critique. Derrière l'apparence de générosité et de bon sens : des angles morts, des constructions sociales, des non dits, un lourd impensé. Qui occupe "les flics", comme dit le slogan ? Lesquelles ne sont pas entendues lorsqu'elles s'adressent aux flics ? Les hommes cognent sur leurs femmes, les tuent, violent, harcèlent, braquent les banques, cassent, volent... Le travail de police est accaparé par la mauvaise conduite des hommes. En marchant en ville, on tombe sur des mausolées fraîchement fleuris, entretenus par des mères de famille déplorant la perte d'un fils poignardé en sortie de boîte de nuit à la fin de soirées très arrosées, certain poursuivi longuement dans les rues pour mourir plusieurs centaines de mètres plus loin ; des femmes sont violées sur les sentiers des canaux de la Vilaine en pleine ville, ce dernier "fait divers" s'est passé la semaine dernière. La police recherche toujours le violeur. Je ne parle même pas des feux de poubelles soit-disant accidentels, même lorsqu'ils dégénèrent en incendies des bâtiments autour ! Motus. Ne pas affoler les populations.
Mais que peut un-e instit devant l'aveuglement d'une société entière, femmes et hommes compris, sur la rage et la frustration masculines ? Ce n'est pourtant pas faute de dépenser l'argent des contribuables pour leur offrir des équipements qu'ils sont les seuls à utiliser, même si ces derniers ne leurs sont pas formellement dédiés. Les filles n'y vont pas, c'est un fait incontournable, ce sont donc des équipements (stades, skate parks, pissotières spéciales soulards incontinents..) qui leur sont offerts à eux ! Beaucoup d'efforts sont consentis pour tenter de les occuper, les calmer, pendant que les filles cèdent la place, rasent les murs, se font raccompagner (quand elles osent sortir) ou agresser à 3 H du matin, et qu'on refuse aux femmes battues des prises de plaintes. Sous-texte : les effectifs de police (et de justice) débordés par les mauvaises actions masculines ont d'autres chats fouetter que de s'occuper de quelques bleus, épaules luxées ou cheveux arrachés ? Sans parler des violeurs en embuscade, attendant une passante ?
Le type de goche généreuse, croissantiste illimitiste -il ne lui vient pas à l'idée de proposer de limiter la production- mais quand même très tolérante, et objectivement solidaire du terrorisme masculin, de la terreur virile, qui a écrit ce slogan trouvera probablement normal que la police l'accueille lorsqu'il aura été cambriolé, ou que sa voiture sera partie en fumée dans quelque quartier, même pas mal famé, puisque j'en ai vu de calcinées dans des quartiers réputés calmes. Oui, un jour, il va falloir que la peur change de camp. L'aveuglement et le déni accompagnés de slogans lénifiants pour donner le change ne font pas une politique. Halte à la mithridatisation.
Je propose ci-dessous (il figurera ainsi sur mon blog, je n'aurai pas à aller le chercher ailleurs), ce court texte indispensable de Christiane Rochefort : la définition de l'Opprimé-e. Christiane Rochefort (1917-1998) est une journaliste et écrivaine française, autrice de plusieurs romans, militante anticoloniale et féministe universaliste ne mâchant pas ses mots. Elle reçoit le Prix Médicis en 1988 pour La porte du fond.
" Il y a un moment où il faut sortir les couteaux.
C'est juste un fait. Purement technique.
Il est hors de question que l'oppresseur aille comprendre de lui-même qu'il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous à sa place.
Ce n'est pas son chemin.
Le lui expliquer est sans utilité.
L'oppresseur n'entend pas ce que dit son opprimé comme un langage mais comme un bruit. C'est dans la définition de l'oppression.
En particulier les "plaintes" de l'opprimé sont sans effet, car naturelles. Pour l'oppresseur il n'y a pas d'oppression, forcément, mais un fait de nature.
Aussi est-il vain de se poser comme victime : on ne fait par là qu'entériner un fait de nature, que s'inscrire dans le décor planté par l'oppresseur.
L'oppresseur qui fait le louable effort d'écouter (libéral intellectuel) n'entend pas mieux.
Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement différentes. C'est ainsi que de nombreux mots ont pour l'oppresseur une connotation-jouissance, et pour l'opprimé une connotation-souffrance. Ou : divertissement-corvée. Ou : loisir-travail. Etc. Allez donc causer sur ces bases.
C'est ainsi que la générale réaction de l'oppresseur qui a "écouté" son opprimé est en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça, c'est épatant.
Au niveau de l'explication, c'est tout à fait sans espoir. Quand l'opprimé se rend compte de ça, il sort les couteaux. Là on comprend qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Pas avant.
Le couteau est la seule façon de se définir comme opprimé. La seule communication audible.
Peu importent le caractère, la personnalité, les mobiles actuels de l'opprimé.
C'est le premier pas réel hors du cercle.
C'est nécessaire. "
Christiane Rochefort
Inscription, banderole et photo prise par une anonyme sur la Place de la République à Paris, le 23 novembre 2019 lors de la Marche contre les violences faites aux femmes Nous Toutes, photo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Évidemment, la PATRI sans E n'est pas une faute, c'est intentionnel. La Patrie est de toute façon vampire : elle boit le sang de ses enfants, son genre grammatical féminin ne fait que donner le change, la Patrie c'est la Maison des Pères tout puissants. Elle est aussi implacable qu'eux. C'est une parâtre, masculinisation de marâtre, par mes soins. Il vient un moment où il faut appeler les choses par leur nom.
Personne ne l'a relevé, mais les casseurs (il y a eu plusieurs marches en régions, pas qu'à Paris) sont restés tranquillement au chaud chez eux : défilés dans le calme partout. Bien sûr, Mesdames, cela ne vous sera pas crédité. L'hélicoptère de gendarmerie était en position stationnaire à l'aplomb des centres commerciaux où se déroulait une autre manifestation. Nous ne les inquiétons pas du tout ! Dommage.
MOINS DE FLICS, PLUS d' INSTITS !
Phrase lapidaire, slogan en apparence généreux, attrape-tout, consensuel. A priori, intellectuellement satisfaisant. Qui souhaiterait le contraire, plus de flics moins d'instits ? Sauf qu'il ne résiste pas à l'examen quand on a un tant soit peu l'esprit critique. Derrière l'apparence de générosité et de bon sens : des angles morts, des constructions sociales, des non dits, un lourd impensé. Qui occupe "les flics", comme dit le slogan ? Lesquelles ne sont pas entendues lorsqu'elles s'adressent aux flics ? Les hommes cognent sur leurs femmes, les tuent, violent, harcèlent, braquent les banques, cassent, volent... Le travail de police est accaparé par la mauvaise conduite des hommes. En marchant en ville, on tombe sur des mausolées fraîchement fleuris, entretenus par des mères de famille déplorant la perte d'un fils poignardé en sortie de boîte de nuit à la fin de soirées très arrosées, certain poursuivi longuement dans les rues pour mourir plusieurs centaines de mètres plus loin ; des femmes sont violées sur les sentiers des canaux de la Vilaine en pleine ville, ce dernier "fait divers" s'est passé la semaine dernière. La police recherche toujours le violeur. Je ne parle même pas des feux de poubelles soit-disant accidentels, même lorsqu'ils dégénèrent en incendies des bâtiments autour ! Motus. Ne pas affoler les populations.
Mais que peut un-e instit devant l'aveuglement d'une société entière, femmes et hommes compris, sur la rage et la frustration masculines ? Ce n'est pourtant pas faute de dépenser l'argent des contribuables pour leur offrir des équipements qu'ils sont les seuls à utiliser, même si ces derniers ne leurs sont pas formellement dédiés. Les filles n'y vont pas, c'est un fait incontournable, ce sont donc des équipements (stades, skate parks, pissotières spéciales soulards incontinents..) qui leur sont offerts à eux ! Beaucoup d'efforts sont consentis pour tenter de les occuper, les calmer, pendant que les filles cèdent la place, rasent les murs, se font raccompagner (quand elles osent sortir) ou agresser à 3 H du matin, et qu'on refuse aux femmes battues des prises de plaintes. Sous-texte : les effectifs de police (et de justice) débordés par les mauvaises actions masculines ont d'autres chats fouetter que de s'occuper de quelques bleus, épaules luxées ou cheveux arrachés ? Sans parler des violeurs en embuscade, attendant une passante ?
Le type de goche généreuse, croissantiste illimitiste -il ne lui vient pas à l'idée de proposer de limiter la production- mais quand même très tolérante, et objectivement solidaire du terrorisme masculin, de la terreur virile, qui a écrit ce slogan trouvera probablement normal que la police l'accueille lorsqu'il aura été cambriolé, ou que sa voiture sera partie en fumée dans quelque quartier, même pas mal famé, puisque j'en ai vu de calcinées dans des quartiers réputés calmes. Oui, un jour, il va falloir que la peur change de camp. L'aveuglement et le déni accompagnés de slogans lénifiants pour donner le change ne font pas une politique. Halte à la mithridatisation.
Je propose ci-dessous (il figurera ainsi sur mon blog, je n'aurai pas à aller le chercher ailleurs), ce court texte indispensable de Christiane Rochefort : la définition de l'Opprimé-e. Christiane Rochefort (1917-1998) est une journaliste et écrivaine française, autrice de plusieurs romans, militante anticoloniale et féministe universaliste ne mâchant pas ses mots. Elle reçoit le Prix Médicis en 1988 pour La porte du fond.
C'est juste un fait. Purement technique.
Il est hors de question que l'oppresseur aille comprendre de lui-même qu'il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous à sa place.
Ce n'est pas son chemin.
Le lui expliquer est sans utilité.
L'oppresseur n'entend pas ce que dit son opprimé comme un langage mais comme un bruit. C'est dans la définition de l'oppression.
En particulier les "plaintes" de l'opprimé sont sans effet, car naturelles. Pour l'oppresseur il n'y a pas d'oppression, forcément, mais un fait de nature.
Aussi est-il vain de se poser comme victime : on ne fait par là qu'entériner un fait de nature, que s'inscrire dans le décor planté par l'oppresseur.
L'oppresseur qui fait le louable effort d'écouter (libéral intellectuel) n'entend pas mieux.
Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement différentes. C'est ainsi que de nombreux mots ont pour l'oppresseur une connotation-jouissance, et pour l'opprimé une connotation-souffrance. Ou : divertissement-corvée. Ou : loisir-travail. Etc. Allez donc causer sur ces bases.
C'est ainsi que la générale réaction de l'oppresseur qui a "écouté" son opprimé est en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça, c'est épatant.
Au niveau de l'explication, c'est tout à fait sans espoir. Quand l'opprimé se rend compte de ça, il sort les couteaux. Là on comprend qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Pas avant.
Le couteau est la seule façon de se définir comme opprimé. La seule communication audible.
Peu importent le caractère, la personnalité, les mobiles actuels de l'opprimé.
C'est le premier pas réel hors du cercle.
C'est nécessaire. "
Christiane Rochefort
Inscription, banderole et photo prise par une anonyme sur la Place de la République à Paris, le 23 novembre 2019 lors de la Marche contre les violences faites aux femmes Nous Toutes, photo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Évidemment, la PATRI sans E n'est pas une faute, c'est intentionnel. La Patrie est de toute façon vampire : elle boit le sang de ses enfants, son genre grammatical féminin ne fait que donner le change, la Patrie c'est la Maison des Pères tout puissants. Elle est aussi implacable qu'eux. C'est une parâtre, masculinisation de marâtre, par mes soins. Il vient un moment où il faut appeler les choses par leur nom.
Personne ne l'a relevé, mais les casseurs (il y a eu plusieurs marches en régions, pas qu'à Paris) sont restés tranquillement au chaud chez eux : défilés dans le calme partout. Bien sûr, Mesdames, cela ne vous sera pas crédité. L'hélicoptère de gendarmerie était en position stationnaire à l'aplomb des centres commerciaux où se déroulait une autre manifestation. Nous ne les inquiétons pas du tout ! Dommage.
jeudi 14 novembre 2019
Ecce Homo
Verita Monselles
Galerie
Ecce homo - 1976 - Séquence photographique (4 éléments)
Carla Lonzi (1931-1982) est une féministe italienne, critique d'art, puis créatrice d'un collectif féministe Rivolta femminile. Dans son texte Crachons sur Hegel, elle critique la dialectique maître-esclave de Hegel, et sa suite le marxisme, qui ne font que mettre en sourdine l'oppression encore plus radicale qui réside dans le rapport homme/femmes et qui se cache dans 'les ténèbres des origines'. C'est la culture patriarcale qui est dialectique. Elle reproche, comme toutes les féministes, dans son cas à Hegel, de ne pas voir les femmes, de les décrire comme a-historiques, dans l'immanence, l'homme humaniste dans la transcendance, en opposition à la nature. De ce fait, selon Carla Lonzi, il est abstraction et néglige la vie.
" Toute la structure de la civilisation , comme une seul grande battue de chasse, pousse la proie vers les lieux où elle sera capturée : le mariage est le moment où s'accomplit sa captivité. Pendant que les états accordent le divorce et que l'Eglise catholique s'évertue à le nier, la femme révèle sa maturité en étant la première à dénoncer l'absurde organisation des rapports entre les sexes. La crise de l'homme se manifeste dans son attachement aux formules : on confie à ces dernières la tâche de garantir sa supériorité.
La femme est, toute sa vie, économiquement dépendante : d'abord de la famille du père, ensuite de celle du mari. Pourtant la libération ne consiste pas à accéder à l'indépendance économique, mais à démolir l'institution qui a rendu la femme plus esclave que les esclaves et pour plus longtemps qu'eux.
Chaque penseur qui a embrassé du regard la situation humaine a réaffirmé depuis son point de vue l'infériorité de la femme. Même Freud a avancé la thèse d'une malédiction féminine ayant pour cause le désir d'une complétude qui se confondrait avec l'envie d'avoir un pénis. Nous affirmons notre incrédulité à l'égard du dogme psychanalytique qui prétend que la femme serait prise, dès son plus jeune âge, par un sentiment de partir perdante, par une angoisse métaphysique liée à sa différence.
Dans toutes les familles, le pénis de l'enfant est une sorte de fils dans le fils, auquel on fait allusion avec complaisance et sans inhibition. Le sexe de la petite fille est ignoré : il n'a pas de nom, pas de diminutif, pas de caractère, pas de littérature. On profite de sa discrétion physiologique pour en taire l'existence : le rapport entre hommes et femmes n'est donc pas un rapport entre les deux sexes, mais entre un sexe et son absence.
On lit dans la correspondance de Freud à sa fiancée : "Cher trésor, pendant que tu te dédies avec bonheur à tes activités domestiques, je suis tout au plaisir de résoudre l'énigme de la structure du cerveau humain. "
Examinons la vie privée des grands hommes : la proximité d'un être humain tranquillement considéré comme inférieur a fait de leurs gestes les plus communs une aberration qui n'épargne personne. "
Les hommes font l'Histoire.
" La différence de la femme a été façonnée par des années d'absence de l'histoire ". Un homme peut dire "mais enfin qu'est-ce que tu as fait toi pour moi ? Moi, je t'ai entretenue et toi, à la maison, à ne rien faire ou à faire ces corvées que toute femme accomplit sans faire des histoires. Les hommes font l'Histoire, les femmes font des histoires, "l'immédiat présent qui disparaît".
[Aparté] Je pense moi que si les femmes arrêtaient de leur préparer et servir les repas, de nettoyer leurs maisons, de produire et d'élever leurs enfants, d'assurer l'intendance leur permettant ainsi de produire intellectuellement, délivrés de toutes les contingences de la vie quotidienne, on les verrait retourner dans leurs cavernes originelles où ils n'arriveraient pas même à dessiner, car ils ne sauraient pas où se trouvent les craies. Mais bon, apparemment, c'est infaisable.
Carla Lonzi ne croit pas à l'émancipation des femmes : elle pense que les lois sur l'avortement ou la contraception, les quelques concessions qui nous sont faites, ne sont que des subterfuges du patriarcat qui se rénove pour se survivre. Aujourd'hui, elle rajouterait le mariage gay, la PMA et la GPA là où elle est légale, toutes institutions ou techniques qui permettent un aggiornamento réformiste du patriarcat, mais ne mettent absolument pas en cause son idéologie, le mariage, la maternité dans le mariage et la mise à disposition du corps des femmes aux hommes, même gays, afin qu'ils puissent engendrer. Rien de révolutionnaire. Son féminisme s'exprime au présent et refuse toute démarche téléologique. Voici la transformation qu'elle appelle :
" Depuis les premiers pas du féminisme jusqu'à aujourd'hui, les femmes ont vu défiler sous leurs yeux les faits et gestes des derniers patriarches. Nous n'en verrons pas naître d'autres. Telle est la nouvelle réalité dans laquelle nous nous mouvons tous. C'est d'elle que renaissent les premières flammes, les bouillonnements et les affirmations d'une humanité féminine jusque-là mise de côté.
La femme est à elle seule un individu complet : la transformation ne doit pas advenir sur elle, mais sur les manières dont elle se perçoit à l'intérieur de l'univers, et dont les autres la perçoivent.
Nous avons perdu le sens des dichotomies de pensée : nous n'entendons pas nous exprimer dans le cadre des contraintes, mais progressivement, pas à pas, afin de rassembler toutes nos observations et d'en faire notre inventaire. Nous considérons comme délétère la consommation de toute idée, aussi proche de nous soit-elle, qui a été rendue comestible pas sa dialectisation immédiate.
Osons toutes les opérations subjectives qui ouvrent l'espace autour de nous. Par-là, nous ne faisons pas allusion à l'identification : celle-ci a un caractère compulsif masculin, qui entrave la florescence d'une existence et la tient sous l'impératif d'une rationalité qui détermine dramatiquement, jour après jour, le sens de l'échec et de la réussite.
L'homme est replié sur lui-même, ses finalités et sa culture. La réalité est pour lui épuisée -les voyages spatiaux en sont la preuve. Mais la femme affirme que sa vie sur cette planète n'a encore jamais commencé. Elle voit là où l'homme ne voit plus.
L'esprit masculin est entré définitivement en crise quand il a enclenché le mécanisme qui menace la survie de l'humanité. La femme sort de sa tutelle en identifiant la structure caractérielle du patriarche et sa culture comme source de péril.
Il n'y a pas de ligne d'arrivée, il n'existe que le présent, nous sommes le passé obscur du monde, nous réalisons le présent."
Carla Lonzi - Crachons sur Hegel - Eté 1970
* Ecce homo : voici l'homme.
Lien : Un aperçu de la philosophie de Hegel
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Ecce homo - 1976 - Séquence photographique (4 éléments)
Carla Lonzi (1931-1982) est une féministe italienne, critique d'art, puis créatrice d'un collectif féministe Rivolta femminile. Dans son texte Crachons sur Hegel, elle critique la dialectique maître-esclave de Hegel, et sa suite le marxisme, qui ne font que mettre en sourdine l'oppression encore plus radicale qui réside dans le rapport homme/femmes et qui se cache dans 'les ténèbres des origines'. C'est la culture patriarcale qui est dialectique. Elle reproche, comme toutes les féministes, dans son cas à Hegel, de ne pas voir les femmes, de les décrire comme a-historiques, dans l'immanence, l'homme humaniste dans la transcendance, en opposition à la nature. De ce fait, selon Carla Lonzi, il est abstraction et néglige la vie.
" Toute la structure de la civilisation , comme une seul grande battue de chasse, pousse la proie vers les lieux où elle sera capturée : le mariage est le moment où s'accomplit sa captivité. Pendant que les états accordent le divorce et que l'Eglise catholique s'évertue à le nier, la femme révèle sa maturité en étant la première à dénoncer l'absurde organisation des rapports entre les sexes. La crise de l'homme se manifeste dans son attachement aux formules : on confie à ces dernières la tâche de garantir sa supériorité.
La femme est, toute sa vie, économiquement dépendante : d'abord de la famille du père, ensuite de celle du mari. Pourtant la libération ne consiste pas à accéder à l'indépendance économique, mais à démolir l'institution qui a rendu la femme plus esclave que les esclaves et pour plus longtemps qu'eux.
Chaque penseur qui a embrassé du regard la situation humaine a réaffirmé depuis son point de vue l'infériorité de la femme. Même Freud a avancé la thèse d'une malédiction féminine ayant pour cause le désir d'une complétude qui se confondrait avec l'envie d'avoir un pénis. Nous affirmons notre incrédulité à l'égard du dogme psychanalytique qui prétend que la femme serait prise, dès son plus jeune âge, par un sentiment de partir perdante, par une angoisse métaphysique liée à sa différence.
Dans toutes les familles, le pénis de l'enfant est une sorte de fils dans le fils, auquel on fait allusion avec complaisance et sans inhibition. Le sexe de la petite fille est ignoré : il n'a pas de nom, pas de diminutif, pas de caractère, pas de littérature. On profite de sa discrétion physiologique pour en taire l'existence : le rapport entre hommes et femmes n'est donc pas un rapport entre les deux sexes, mais entre un sexe et son absence.
On lit dans la correspondance de Freud à sa fiancée : "Cher trésor, pendant que tu te dédies avec bonheur à tes activités domestiques, je suis tout au plaisir de résoudre l'énigme de la structure du cerveau humain. "
Examinons la vie privée des grands hommes : la proximité d'un être humain tranquillement considéré comme inférieur a fait de leurs gestes les plus communs une aberration qui n'épargne personne. "
Les hommes font l'Histoire.
" La différence de la femme a été façonnée par des années d'absence de l'histoire ". Un homme peut dire "mais enfin qu'est-ce que tu as fait toi pour moi ? Moi, je t'ai entretenue et toi, à la maison, à ne rien faire ou à faire ces corvées que toute femme accomplit sans faire des histoires. Les hommes font l'Histoire, les femmes font des histoires, "l'immédiat présent qui disparaît".
[Aparté] Je pense moi que si les femmes arrêtaient de leur préparer et servir les repas, de nettoyer leurs maisons, de produire et d'élever leurs enfants, d'assurer l'intendance leur permettant ainsi de produire intellectuellement, délivrés de toutes les contingences de la vie quotidienne, on les verrait retourner dans leurs cavernes originelles où ils n'arriveraient pas même à dessiner, car ils ne sauraient pas où se trouvent les craies. Mais bon, apparemment, c'est infaisable.
Carla Lonzi ne croit pas à l'émancipation des femmes : elle pense que les lois sur l'avortement ou la contraception, les quelques concessions qui nous sont faites, ne sont que des subterfuges du patriarcat qui se rénove pour se survivre. Aujourd'hui, elle rajouterait le mariage gay, la PMA et la GPA là où elle est légale, toutes institutions ou techniques qui permettent un aggiornamento réformiste du patriarcat, mais ne mettent absolument pas en cause son idéologie, le mariage, la maternité dans le mariage et la mise à disposition du corps des femmes aux hommes, même gays, afin qu'ils puissent engendrer. Rien de révolutionnaire. Son féminisme s'exprime au présent et refuse toute démarche téléologique. Voici la transformation qu'elle appelle :
" Depuis les premiers pas du féminisme jusqu'à aujourd'hui, les femmes ont vu défiler sous leurs yeux les faits et gestes des derniers patriarches. Nous n'en verrons pas naître d'autres. Telle est la nouvelle réalité dans laquelle nous nous mouvons tous. C'est d'elle que renaissent les premières flammes, les bouillonnements et les affirmations d'une humanité féminine jusque-là mise de côté.
La femme est à elle seule un individu complet : la transformation ne doit pas advenir sur elle, mais sur les manières dont elle se perçoit à l'intérieur de l'univers, et dont les autres la perçoivent.
Nous avons perdu le sens des dichotomies de pensée : nous n'entendons pas nous exprimer dans le cadre des contraintes, mais progressivement, pas à pas, afin de rassembler toutes nos observations et d'en faire notre inventaire. Nous considérons comme délétère la consommation de toute idée, aussi proche de nous soit-elle, qui a été rendue comestible pas sa dialectisation immédiate.
Osons toutes les opérations subjectives qui ouvrent l'espace autour de nous. Par-là, nous ne faisons pas allusion à l'identification : celle-ci a un caractère compulsif masculin, qui entrave la florescence d'une existence et la tient sous l'impératif d'une rationalité qui détermine dramatiquement, jour après jour, le sens de l'échec et de la réussite.
L'homme est replié sur lui-même, ses finalités et sa culture. La réalité est pour lui épuisée -les voyages spatiaux en sont la preuve. Mais la femme affirme que sa vie sur cette planète n'a encore jamais commencé. Elle voit là où l'homme ne voit plus.
L'esprit masculin est entré définitivement en crise quand il a enclenché le mécanisme qui menace la survie de l'humanité. La femme sort de sa tutelle en identifiant la structure caractérielle du patriarche et sa culture comme source de péril.
Il n'y a pas de ligne d'arrivée, il n'existe que le présent, nous sommes le passé obscur du monde, nous réalisons le présent."
Carla Lonzi - Crachons sur Hegel - Eté 1970
* Ecce homo : voici l'homme.
Lien : Un aperçu de la philosophie de Hegel
vendredi 1 novembre 2019
Déni : Un mémoire sur la terreur
Récit par Jessica Stern aux Editions Des Femmes.
" Mon but en écrivant ce livre est d'aider non seulement les millions de femmes et d'hommes victimes de viol ou de torture mais aussi les soldats qui risquent leur vie et qui reviennent avec des blessures psychiques trop insoutenables pour que nous puissions, eux et nous, en admettre l'existence. "
ESPT (PTSD en anglais) : Etat de Syndrome Post-Traumatique. Trouble anxieux, réponse psychologique de personnes ayant été soumises à un violent traumatisme qui modifie durablement leur comportement ; état commun aux personnes violées, ou ayant vécu des situations de guerre au combat, ou victimes/témoins d'actes terroristes, voire ayant subi des maltraitances durant l'enfance.
L'auteure, Jessica Stern, spécialiste de la terreur et du terrorisme a été violée à 15 ans chez elle par un intrus violeur en série, en présence de sa sœur ; elle souffre à vie de ce syndrome dont elle décrit les manifestations. Tirant le fil de son histoire familiale, depuis la Shoah dont elle est la troisième génération, victime d'un grand-père incestueux, d'un père autoritaire et très dur, puis d'un viol, son enquête sur "son" violeur lui fait découvrir la cascade de maltraitances qu'ont subie tous les protagonistes, bourreaux comme victimes ! Son violeur a été lui victime des prêtres pédophiles du fameux diocèse de Boston, ce qui ne lui donne aucune excuse, bien entendu, tous les enfants abusés dans l'enfance ne devenant pas des pédophiles. Il n'y a pas de "cycle de l'abus" ; la majorité des victimes (les deux tiers) sont en effet les filles alors que la majorité des agresseurs sexuels sont des garçons. Ce qui se traduit dans les comportements respectifs des deux sexes par le fait que les garçons retournent la violence subie vers l'extérieur, les filles, elles, sont plus susceptibles de se blesser elles-mêmes ou d'être agressées à nouveau, tout un ensemble de comportements les signalant aux agresseurs potentiels. Ce que fait Jessica Stern d'ailleurs, dans son travail de rencontre et d'interview de terroristes et pas des moindres : elle se trouvera en effet à peu près au même endroit (Karachi) et au même moment que Daniel Pearl lors de son enlèvement et de sa mise à mort par des terroristes d'Al-Qaeda en 2002.
Même si la lecture du livre peut être accablante, (franchement vu les faits massifs, l'ampleur des violences infligées, notamment aux filles dans l'enfance, on se demande comment on a pu être épargnée soi-même), -récit que je trouve très dans la tradition des auteurs américains de romans Jonathan Franzen ou Philip Roth-, ce qui doit nous faire redoubler de vigilance auprès des enfants que l'on côtoie tous les jours, j'en recommande la lecture à toutes les personnes qui ont subi ce genre de violences et à tous les soignants et accompagnateurs/trices des victimes. Ces horreurs très répandues ne prolifèrent que sur le DÉNI :
- déni des victimes qui se réfugient dans l'ignorance et la négation des violences subies ;
- déni de la société qui refuse de voir le Pater Familias et ses autres représentations sociales pour ce qu'ils sont dans trop de cas, des tout-puissants qui ont nettement tendance à abuser de leur toute-puissance dans l'omerta et l'apathie générale ;
- déni des services de police et de justice qui représentent la société.
- déni des familles désireuses de maintenir l'ordre établi de la terreur patriarcale.
Déni des victimes : " J'attends, apaisée par le rôle familier, la certitude que mon puissant père va tout arranger. Les enfants et les chiens obéissent à ses ordres, qui sont en général proférés d'une voix apaisante de baryton. S'ils ne lui obéissent pas du premier coup, ils apprennent vite à le faire. Le monde matériel devient mieux ordonné entre les mains compétentes de mon père."
Déni de la société : " Elle a grandi à Milbridge, Massachussets, où les ivrognes et les pédophiles étaient nombreux et exposés à la vue de tous, où les filles apprenaient à admettre la violence sexuelle et à s'y préparer. J'ai grandi à Concord, où les ivrognes et les pédophiles sont discrets et de bonne famille, où les filles bien apprennent l'art subtil du déni. ".
Or le déni permet la perpétuation de ces violences et la perpétuité du malheur pour les victimes.
A quoi servent finalement toutes ces agressions, sinon à induire, instiller la perte d'estime de soi, notamment des filles et femmes, contre lesquelles s'est construite la virilité, cette fabrication masculine ? Voici ce qu'écrit Jessica Stern, spécialiste reconnue du terrorisme :
" Pendant des années, je n'ai pas compris comment quiconque pouvait me prendre au sérieux. Je ne comprenais pas comment j'avais réussi à entrer au MIT ou à Harvard, comment il avait pu venir à l'idée de quiconque après mon doctorat, de me proposer une bourse de recherche ou un poste. Je ne comprenais pas pourquoi les gens me sollicitaient au lendemain du 11 septembre. [...] Mon identité est restée coincée là pendant des années. "
Le récit de Jessica Stern aboutit à une réflexion philosophique sur le mal.
" Qu'en est-il du mal que représente le terrorisme ? Le mal de la guerre ? Livrées à elles-mêmes, des victimes de torture, de terreur ou de guerre peuvent élever des enfants traumatisé.e.s qui seront à leur tour plus susceptibles de causer du tort à leurs propres enfants. Les enfants de sexe masculin élevés dans une culture de violence seront plus susceptibles que d'autres de devenir délinquants ou criminels ".
A lire donc, pour tenter de faire de cette affreuse épreuve quelque chose, malgré tout. On peut, non pas en sortir, mais prévaloir, en portant les mêmes cicatrices que ces hommes qui reviennent de la guerre, dont la société nie tout autant les graves dommages psychiques qu'ils ont subis. Et de temps en temps, faire confiance aux autres :
" J'ai été violée une fois, il y a très longtemps. Voilà ce que je dis à l'un de mes contacts, appelons-là Mary Jane. J'ai choisi de divulguer mon secret à une femme. Une femme qui porte, dissimulée sur elle, une arme. Elle y a fait allusion un jour et, pour une raison quelconque, l'image de cette arme m'est restée. Mary Jane est une personne forte et pragmatique, le genre de personne qu'on est contente d'avoir dans son équipe quand on doit affronter une mission dangereuse ; pas le genre à vous regarder dans les yeux en débitant les platitudes réconfortantes qu'on adresse aux victimes et qui n'ont pour effet que d'aggraver leur état. ".
Déni : mémoire sur la terreur. - Jessica Stern - Des Femmes Antoinette Fouque Editeur. Traduction de l'anglais US par Anna Gibson.
Les textes en gras et rouge sont des citations du livre.
Liens : Puisque " le terrorisme a tout à voir avec l'humiliation " écrit Jessica Stern qui interviewe des terroristes : un phénomène jamais évoqué par la presse occidentale alors qu'il fait les titres de la presse pakistanaise et bangladeshi, la pédophilie dans le monde musulman, dans les madrasas, les viols du jeudi car le vendredi, jour de prière, toutes les fautes sont pardonnées. En anglais :
Islamic schools in Pakistan plagued by child sex abuse, investigation finds, Independant - Novembre 2017 ;
Bangladeshis speak up about "rampant" rapes in Islamic Schools Pakistan Today - Août 2019.
" Mon but en écrivant ce livre est d'aider non seulement les millions de femmes et d'hommes victimes de viol ou de torture mais aussi les soldats qui risquent leur vie et qui reviennent avec des blessures psychiques trop insoutenables pour que nous puissions, eux et nous, en admettre l'existence. "
ESPT (PTSD en anglais) : Etat de Syndrome Post-Traumatique. Trouble anxieux, réponse psychologique de personnes ayant été soumises à un violent traumatisme qui modifie durablement leur comportement ; état commun aux personnes violées, ou ayant vécu des situations de guerre au combat, ou victimes/témoins d'actes terroristes, voire ayant subi des maltraitances durant l'enfance.
L'auteure, Jessica Stern, spécialiste de la terreur et du terrorisme a été violée à 15 ans chez elle par un intrus violeur en série, en présence de sa sœur ; elle souffre à vie de ce syndrome dont elle décrit les manifestations. Tirant le fil de son histoire familiale, depuis la Shoah dont elle est la troisième génération, victime d'un grand-père incestueux, d'un père autoritaire et très dur, puis d'un viol, son enquête sur "son" violeur lui fait découvrir la cascade de maltraitances qu'ont subie tous les protagonistes, bourreaux comme victimes ! Son violeur a été lui victime des prêtres pédophiles du fameux diocèse de Boston, ce qui ne lui donne aucune excuse, bien entendu, tous les enfants abusés dans l'enfance ne devenant pas des pédophiles. Il n'y a pas de "cycle de l'abus" ; la majorité des victimes (les deux tiers) sont en effet les filles alors que la majorité des agresseurs sexuels sont des garçons. Ce qui se traduit dans les comportements respectifs des deux sexes par le fait que les garçons retournent la violence subie vers l'extérieur, les filles, elles, sont plus susceptibles de se blesser elles-mêmes ou d'être agressées à nouveau, tout un ensemble de comportements les signalant aux agresseurs potentiels. Ce que fait Jessica Stern d'ailleurs, dans son travail de rencontre et d'interview de terroristes et pas des moindres : elle se trouvera en effet à peu près au même endroit (Karachi) et au même moment que Daniel Pearl lors de son enlèvement et de sa mise à mort par des terroristes d'Al-Qaeda en 2002.
Même si la lecture du livre peut être accablante, (franchement vu les faits massifs, l'ampleur des violences infligées, notamment aux filles dans l'enfance, on se demande comment on a pu être épargnée soi-même), -récit que je trouve très dans la tradition des auteurs américains de romans Jonathan Franzen ou Philip Roth-, ce qui doit nous faire redoubler de vigilance auprès des enfants que l'on côtoie tous les jours, j'en recommande la lecture à toutes les personnes qui ont subi ce genre de violences et à tous les soignants et accompagnateurs/trices des victimes. Ces horreurs très répandues ne prolifèrent que sur le DÉNI :
- déni des victimes qui se réfugient dans l'ignorance et la négation des violences subies ;
- déni de la société qui refuse de voir le Pater Familias et ses autres représentations sociales pour ce qu'ils sont dans trop de cas, des tout-puissants qui ont nettement tendance à abuser de leur toute-puissance dans l'omerta et l'apathie générale ;
- déni des services de police et de justice qui représentent la société.
- déni des familles désireuses de maintenir l'ordre établi de la terreur patriarcale.
Déni des victimes : " J'attends, apaisée par le rôle familier, la certitude que mon puissant père va tout arranger. Les enfants et les chiens obéissent à ses ordres, qui sont en général proférés d'une voix apaisante de baryton. S'ils ne lui obéissent pas du premier coup, ils apprennent vite à le faire. Le monde matériel devient mieux ordonné entre les mains compétentes de mon père."
Déni de la société : " Elle a grandi à Milbridge, Massachussets, où les ivrognes et les pédophiles étaient nombreux et exposés à la vue de tous, où les filles apprenaient à admettre la violence sexuelle et à s'y préparer. J'ai grandi à Concord, où les ivrognes et les pédophiles sont discrets et de bonne famille, où les filles bien apprennent l'art subtil du déni. ".
Or le déni permet la perpétuation de ces violences et la perpétuité du malheur pour les victimes.
A quoi servent finalement toutes ces agressions, sinon à induire, instiller la perte d'estime de soi, notamment des filles et femmes, contre lesquelles s'est construite la virilité, cette fabrication masculine ? Voici ce qu'écrit Jessica Stern, spécialiste reconnue du terrorisme :
" Pendant des années, je n'ai pas compris comment quiconque pouvait me prendre au sérieux. Je ne comprenais pas comment j'avais réussi à entrer au MIT ou à Harvard, comment il avait pu venir à l'idée de quiconque après mon doctorat, de me proposer une bourse de recherche ou un poste. Je ne comprenais pas pourquoi les gens me sollicitaient au lendemain du 11 septembre. [...] Mon identité est restée coincée là pendant des années. "
Le récit de Jessica Stern aboutit à une réflexion philosophique sur le mal.
" Qu'en est-il du mal que représente le terrorisme ? Le mal de la guerre ? Livrées à elles-mêmes, des victimes de torture, de terreur ou de guerre peuvent élever des enfants traumatisé.e.s qui seront à leur tour plus susceptibles de causer du tort à leurs propres enfants. Les enfants de sexe masculin élevés dans une culture de violence seront plus susceptibles que d'autres de devenir délinquants ou criminels ".
A lire donc, pour tenter de faire de cette affreuse épreuve quelque chose, malgré tout. On peut, non pas en sortir, mais prévaloir, en portant les mêmes cicatrices que ces hommes qui reviennent de la guerre, dont la société nie tout autant les graves dommages psychiques qu'ils ont subis. Et de temps en temps, faire confiance aux autres :
" J'ai été violée une fois, il y a très longtemps. Voilà ce que je dis à l'un de mes contacts, appelons-là Mary Jane. J'ai choisi de divulguer mon secret à une femme. Une femme qui porte, dissimulée sur elle, une arme. Elle y a fait allusion un jour et, pour une raison quelconque, l'image de cette arme m'est restée. Mary Jane est une personne forte et pragmatique, le genre de personne qu'on est contente d'avoir dans son équipe quand on doit affronter une mission dangereuse ; pas le genre à vous regarder dans les yeux en débitant les platitudes réconfortantes qu'on adresse aux victimes et qui n'ont pour effet que d'aggraver leur état. ".
Déni : mémoire sur la terreur. - Jessica Stern - Des Femmes Antoinette Fouque Editeur. Traduction de l'anglais US par Anna Gibson.
Les textes en gras et rouge sont des citations du livre.
Liens : Puisque " le terrorisme a tout à voir avec l'humiliation " écrit Jessica Stern qui interviewe des terroristes : un phénomène jamais évoqué par la presse occidentale alors qu'il fait les titres de la presse pakistanaise et bangladeshi, la pédophilie dans le monde musulman, dans les madrasas, les viols du jeudi car le vendredi, jour de prière, toutes les fautes sont pardonnées. En anglais :
Islamic schools in Pakistan plagued by child sex abuse, investigation finds, Independant - Novembre 2017 ;
Bangladeshis speak up about "rampant" rapes in Islamic Schools Pakistan Today - Août 2019.
mercredi 23 octobre 2019
Quelle quinzaine !
D'abord, elle a commencé avec la réception dans ma boîte mail d'une livraison des Glorieuses Newsletter avec le titre " Les femmes blanches sont complices du système patriarcal et il faut que ça cesse " (évidemment, je ne mets pas le rétrolien, ça me ferait mal) ; abonnée, sans doute dans un moment d'égarement, quand elles ont lancé leur newsletter, soit je lisais en fonction du titre, soit c'était direct corbeille à papier, plus souvent cette dernière option, les sujets libéraux rebattus bien qu'invitant à "la révolution féministe" me donnant des envies de bailler. Comme j'ai réellement lu, moi, quelques féministes révolutionnaires (Eaubonne, Wittig, Delphy, dans sa première période, Rochefort, MJ Bonnet..., les historiques matérialistes avec une solide formation marxiste), vous pensez si j'adore les nouvelles féministes qui n'ont rien lu, ou qui réinventent les concepts que d'autres ont admirablement décrits, mais en les édulcorant et en les rendant moins offensifs pour les gars qu'elles ont à la maison. C'est moi la complice ? Un exemple, un seul : "charge mentale" ! Qu'est-ce ? Si j'ai bien compris, les femmes mariées et mères doivent toujours s'occuper de tout, le père se foutant, comme il y a 60 ans, les pieds sous la table, en rentrant après avoir dit la fameuse et indestructible phrase de leur père "Qu'est-ce qu'on mange ?" Delphy dans L'ennemi Principal écrit, en ricanant à peine, "double journée pour un demi-salaire". Je rajoute (parce que j'ai mauvais fond) "et une demi-retraite". C'est autrement plus parlant, non ? Sauf que, trop frontal, ça froisse : balancez ça dans une conversation le dimanche devant la famille (hétérosexuelle forcément) attablée, et on vous regarde noir. Pareil avec les copines de boulot. Ca ne rend pas populaire du tout. La première qui dit la vérité sera ostracisée.
Mais je m'égare : donc, je suis une "féministe bourgeoise blanche" (désolée pour ma couleur de peau mais je n'ai pas choisi, ceci dit, je ne remercie pas ma mère et mon père de m'avoir fait naître dans un monde pareil franchement), forcément collabo du patriarcat, parce que blanche ! Comme j'ai twitté mon indignation, avec des arguments : je n'ai pas besoin de nounou noire ou arabe, (elles sont forcément noires ou arabes dans le monde des féministes réformistes), puisque je suis nullipare -mais ça peut aussi m'être reproché, motif, "sale égoïste", par exemple, je l'ai eu dans mes notifications ; je n'ai pas de femme de ménage, je nettoie moi-même, en évitant de salir tellement ça m'insupporte. En pure perte : ça m'est revenu en boomerang. Je suis une bourge blanche, accessoirement féministe, ce qui est aggravant. C'est l'extrême gauche qui le dit, donc ça doit être vrai. Je me suis désabonnée immédiatement des Glorieuses, de leurs courriers, de leur compte Twitter et de celui de leur rédactrice, Rebecca Amsellem.
Dix jours plus tard, je commence à voir apparaître sur Twitter des posts indignés sur une réunion du Conseil régional de Bourgogne-Franche Comté ; je décide d'ignorer. Marre de ces tweets inflammatoires très petite classe de cancres bloqués auprès du radiateur. Sauf que, malheur, la vieille télé attrape l'inflammation très contagieuse apparemment, huit jours plus tard. Une "maman voilée" (oui, c'est l'appellation contemporaine dédiée ; moi, j'ai dit mon père et ma mère depuis l'âge de 5 ans, mais aujourd'hui on a un papa, une maman, un tonton jusqu'à la tombe, c'est à dire environ 90 balais, que voulez-vous l'époque est régressive). Comme ça commence à monter en puissance, les rédactions prennent feu (franchement les incendies de la forêt amazonienne ont fait moins couler de salive), mes abonnées, mes abonnements, tout le monde s'y met. Genre bêlant quand même. Résumé : une femme, accompagnatrice scolaire, en tenue salafiste, est apostrophée par un conseiller du RN qui tente de faire croire qu'il mène le combat féministe et laïque en dénonçant une tenue contraire à l'esprit du lieu. Ou comment instrumentaliser le féminisme côté RN, et servir objectivement le jeu de l'extrême-droite côté "maman". Je décide de soutenir quelques blogueuses et influent-es qui défendent les principes de la loi de 1905 et qui produisent de bonnes analyses politiques : Christine Le Doaré, Françoise Laborde, Céline Pina, Mohamed Sifaoui, Waleed Al Husseini, dont j'ai chroniqué ici le premier livre. Je me contente de partager des liens. Devinez ? Je perds des abonné-es à chaque salve de trois ou quatre posts, et pire, un twittos qui a 11k abonné-es, dont moi, et 11k abonnements, ce qui, je vous promets ne permet plus de voir quoi que ce soit, commence à m'envoyer des réfutations, prouvant ainsi que ces gens scrutent ce qui se publie sur le sujet et plutôt deux fois qu'une. Des végéta*iennes réformistes aussi se désabonnent : le sujet du voile, comme celui des abattages rituels, sont pour elles tétanisants, inabordables, parce qu'il seraient néocolonialistes, vu ce que "ces gens" ont subi, sujets tabou, trop clivants pour les différentialistes culturel-les. Qu'illes soient nés en France depuis deux ou trois générations, inutile de le leur rappeler, la faute coloniale ne s'efface pas, on dirait. Ce qui prouve qu'il y a bien un enjeu politique. L'extrême-gauche qui a oublié que la religion est l'opium du peuple, s'est fourvoyée dans la défense de l'obscurantisme, et tente de mélanger les notions de musulmans et d'islam politique à dessein. Illes sont prêts à vendre nos frêles acquis féministes collectifs au nom de choix individuels de servitude volontaire : mon choix, mon droit, mon voile. Nos lois imprécises et truffées de mesures dérogatoires ne pourront pas résister longtemps à l'activisme politique de ces extrémistes de droite : en effet, le rassemblement national et les tenants d'un Islam rigoriste sont à ranger dans le même camp, ils veulent que les femmes retournent aux lieux qui leur sont destinés selon eux de toute éternité : la cuisine et le gynécée. La défense des "Mamans voilées" ne laisse aucun doute : la vocation des femmes c'est de faire maman, dans les chemins balisés par l'hétérosexualité, il ne peut pas y avoir d'alternative. Il n'y a pas de "papa à kippa" à l'école hors les murs, les "papas" font carrière, eux, et se mettent les pieds sous la table en rentrant. Super. Back to the sixties !
N'en déplaise à toutes les réformistes, les libérales, les décoloniales, les intersectionnelles, les #HeForShe, celles qui n'y arriveront pas sans les mecs, celles qui revendiquent une forme d'asservissement et veulent l'imposer en tant que choix individuel sans en assumer les conséquences, celles qui veulent tout tout tout, les féministes universalistes qui ont mené le combat à partir de 1968 contestaient l'hétérosexualité imposée, la sacro-sainte maternité, elles défilaient avec les gays et les lesbiennes, elles contestaient l'ordre patriarcal, elles étaient révolutionnaires. Nous assistons à un ressac d'ampleur, ressac qui utilise en les détournant les slogans féministes, c'est grave. Celles et ceux qui refusent de le voir au nom de je ne sais quelle générosité et solidarité avec les "gueux" se comportent en idiots utiles de cette idéologie patriarcale liberticide.
Le différentialisme culturel, qu'il concerne le voile ou toutes les mesures dérogatoires aux lois de la République (la corrida et les abattages rituels en font partie), est une imposture, un mensonge et un racisme. Il postule que tout les humains ne seraient pas arrivés au même moment de l'histoire, il est donc condescendant ; les gens qui revendiquent des croyances ou des "traditions" médiévales ou préhistoriques utilisent tous des voitures, des avions, des tablettes, des ordinateurs ou des téléphones portables, et bien sûr, les medias sociaux dont ils savent user pour promouvoir leurs idées. Ce sont des activistes politiques, c'est leur faire injure que les prendre pour des arriérés.
Liens :
Pour lire une bonne analyse des arrière-pensées des prétendues féministes qui défendent les "mamans voilées" et le différentialisme culturel, c'est chez Révolution féministe : Féminismes adjectivés, touche pas à mon patriarcat, très complet.
Secularism is a women's issue : agrégateur d'articles sur la laïcité (sécularisme en anglais) et les droits des femmes.
L'offensive Islamiste par Céline Pina.
Mais je m'égare : donc, je suis une "féministe bourgeoise blanche" (désolée pour ma couleur de peau mais je n'ai pas choisi, ceci dit, je ne remercie pas ma mère et mon père de m'avoir fait naître dans un monde pareil franchement), forcément collabo du patriarcat, parce que blanche ! Comme j'ai twitté mon indignation, avec des arguments : je n'ai pas besoin de nounou noire ou arabe, (elles sont forcément noires ou arabes dans le monde des féministes réformistes), puisque je suis nullipare -mais ça peut aussi m'être reproché, motif, "sale égoïste", par exemple, je l'ai eu dans mes notifications ; je n'ai pas de femme de ménage, je nettoie moi-même, en évitant de salir tellement ça m'insupporte. En pure perte : ça m'est revenu en boomerang. Je suis une bourge blanche, accessoirement féministe, ce qui est aggravant. C'est l'extrême gauche qui le dit, donc ça doit être vrai. Je me suis désabonnée immédiatement des Glorieuses, de leurs courriers, de leur compte Twitter et de celui de leur rédactrice, Rebecca Amsellem.
Dix jours plus tard, je commence à voir apparaître sur Twitter des posts indignés sur une réunion du Conseil régional de Bourgogne-Franche Comté ; je décide d'ignorer. Marre de ces tweets inflammatoires très petite classe de cancres bloqués auprès du radiateur. Sauf que, malheur, la vieille télé attrape l'inflammation très contagieuse apparemment, huit jours plus tard. Une "maman voilée" (oui, c'est l'appellation contemporaine dédiée ; moi, j'ai dit mon père et ma mère depuis l'âge de 5 ans, mais aujourd'hui on a un papa, une maman, un tonton jusqu'à la tombe, c'est à dire environ 90 balais, que voulez-vous l'époque est régressive). Comme ça commence à monter en puissance, les rédactions prennent feu (franchement les incendies de la forêt amazonienne ont fait moins couler de salive), mes abonnées, mes abonnements, tout le monde s'y met. Genre bêlant quand même. Résumé : une femme, accompagnatrice scolaire, en tenue salafiste, est apostrophée par un conseiller du RN qui tente de faire croire qu'il mène le combat féministe et laïque en dénonçant une tenue contraire à l'esprit du lieu. Ou comment instrumentaliser le féminisme côté RN, et servir objectivement le jeu de l'extrême-droite côté "maman". Je décide de soutenir quelques blogueuses et influent-es qui défendent les principes de la loi de 1905 et qui produisent de bonnes analyses politiques : Christine Le Doaré, Françoise Laborde, Céline Pina, Mohamed Sifaoui, Waleed Al Husseini, dont j'ai chroniqué ici le premier livre. Je me contente de partager des liens. Devinez ? Je perds des abonné-es à chaque salve de trois ou quatre posts, et pire, un twittos qui a 11k abonné-es, dont moi, et 11k abonnements, ce qui, je vous promets ne permet plus de voir quoi que ce soit, commence à m'envoyer des réfutations, prouvant ainsi que ces gens scrutent ce qui se publie sur le sujet et plutôt deux fois qu'une. Des végéta*iennes réformistes aussi se désabonnent : le sujet du voile, comme celui des abattages rituels, sont pour elles tétanisants, inabordables, parce qu'il seraient néocolonialistes, vu ce que "ces gens" ont subi, sujets tabou, trop clivants pour les différentialistes culturel-les. Qu'illes soient nés en France depuis deux ou trois générations, inutile de le leur rappeler, la faute coloniale ne s'efface pas, on dirait. Ce qui prouve qu'il y a bien un enjeu politique. L'extrême-gauche qui a oublié que la religion est l'opium du peuple, s'est fourvoyée dans la défense de l'obscurantisme, et tente de mélanger les notions de musulmans et d'islam politique à dessein. Illes sont prêts à vendre nos frêles acquis féministes collectifs au nom de choix individuels de servitude volontaire : mon choix, mon droit, mon voile. Nos lois imprécises et truffées de mesures dérogatoires ne pourront pas résister longtemps à l'activisme politique de ces extrémistes de droite : en effet, le rassemblement national et les tenants d'un Islam rigoriste sont à ranger dans le même camp, ils veulent que les femmes retournent aux lieux qui leur sont destinés selon eux de toute éternité : la cuisine et le gynécée. La défense des "Mamans voilées" ne laisse aucun doute : la vocation des femmes c'est de faire maman, dans les chemins balisés par l'hétérosexualité, il ne peut pas y avoir d'alternative. Il n'y a pas de "papa à kippa" à l'école hors les murs, les "papas" font carrière, eux, et se mettent les pieds sous la table en rentrant. Super. Back to the sixties !
N'en déplaise à toutes les réformistes, les libérales, les décoloniales, les intersectionnelles, les #HeForShe, celles qui n'y arriveront pas sans les mecs, celles qui revendiquent une forme d'asservissement et veulent l'imposer en tant que choix individuel sans en assumer les conséquences, celles qui veulent tout tout tout, les féministes universalistes qui ont mené le combat à partir de 1968 contestaient l'hétérosexualité imposée, la sacro-sainte maternité, elles défilaient avec les gays et les lesbiennes, elles contestaient l'ordre patriarcal, elles étaient révolutionnaires. Nous assistons à un ressac d'ampleur, ressac qui utilise en les détournant les slogans féministes, c'est grave. Celles et ceux qui refusent de le voir au nom de je ne sais quelle générosité et solidarité avec les "gueux" se comportent en idiots utiles de cette idéologie patriarcale liberticide.
Le différentialisme culturel, qu'il concerne le voile ou toutes les mesures dérogatoires aux lois de la République (la corrida et les abattages rituels en font partie), est une imposture, un mensonge et un racisme. Il postule que tout les humains ne seraient pas arrivés au même moment de l'histoire, il est donc condescendant ; les gens qui revendiquent des croyances ou des "traditions" médiévales ou préhistoriques utilisent tous des voitures, des avions, des tablettes, des ordinateurs ou des téléphones portables, et bien sûr, les medias sociaux dont ils savent user pour promouvoir leurs idées. Ce sont des activistes politiques, c'est leur faire injure que les prendre pour des arriérés.
Liens :
Pour lire une bonne analyse des arrière-pensées des prétendues féministes qui défendent les "mamans voilées" et le différentialisme culturel, c'est chez Révolution féministe : Féminismes adjectivés, touche pas à mon patriarcat, très complet.
Secularism is a women's issue : agrégateur d'articles sur la laïcité (sécularisme en anglais) et les droits des femmes.
L'offensive Islamiste par Céline Pina.
mardi 8 octobre 2019
Les sociétés matriarcales
Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde.
Par Heide Goettner-Abendroth, philosophe des sciences, épistémologiste. Cet ouvrage vient de paraître aux Editions de Femmes.
Il faut tout d'abord définir le patriarcat qui s'est imposé comme norme universelle partout sur la planète. " La supposition infondée selon laquelle le patriarcat existe de toute éternité est acceptée comme allant de soi, étant donné la supériorité "innée" de l'homme ". Sa grille de lecture suppose fragmentation, marginalisation, relégation de tout ce qui échappe à sa norme, et renvoi au primitivisme.
" Dans les sociétés patriarcalisées, les sociétés secrètes d'hommes ont un fondement guerrier, elles ont pour objectif d'accroître le pouvoir des hommes dans la culture. Ce sont des entités du processus de patriarcalisation. Elles sont fixées de façon parasite à leur culture dans son ensemble et dépendent économiquement des ressources des sociétés ; elles instaurent des hiérarchies secrètes et forment des corps exécutifs avec quiconque détient la plus haute autorité. Eu égard à la culture, elles élèvent la patrilinéarité, réelle ou imaginaire, au rang d'innovation culturelle. Les jeunes hommes accèdent à la "renaissance" par leur association avec les autres hommes. " Vous reconnaissez la reproduction à l'identique, l'auto-engendrement souvent évoqué ici : Dieu, Fils et Saint-Esprit, rien que des hommes, qu'on retrouve dans tous les corps masculins, armée, police, écoles d'informatique et d'ingénieurs, Saint-Cyr, franc-maçonnerie, partis politiques, clubs de chasse...
Toutefois, contrairement à la lecture d'anthropologues patriarcaux qui nient leur primauté historique, puisqu'ils sont géniteurs de tout, "les sociétés matriarcales ne doivent absolument pas être considérées comme l'image inversée des sociétés patriarcales -où les femmes détiendraient le pouvoir à la place des hommes, comme dans le patriarcat- puisqu'elles n'ont jamais eu besoin des structures hiérarchiques de la domination patriarcale, où une minorité issue des guerres de conquête régente l'ensemble de la culture, asseoit son pouvoir sur les structures de coercition, la propriété privée, le joug colonial et la conversion religieuse. Ces structures patriarcales ont un développement historique récent : " elles n'apparaissent que vers 4 000-3 000 avant notre ère, voire plus tard, et se renforcent au fur et à mesure que le patriarcat se propage. "
Pour faire simple et concis, dans les sociétés matriarcales, les femmes sont à l'origine de tout : elles engendrent les enfants grâce à l'esprit des ancêtres qui se réincarnent ainsi dans leur descendance, le rôle des hommes est d'ambassade, diplomates, même quand ils sont rois, époux de la matriarche. Les femmes gèrent la cité, président aux cérémonies funéraires et spirituelles, aux récoltes, sont gardiennes et distributrices des réserves de nourriture et des biens de la tribu, elles gardent leurs filles mariées chez elles, le mari entrant dans la tribu de sa femme, le divorce est totalement permis puisque la filiation est matriarcale, les oncles et les frères de la matriarche sont les garants de la continuité de la tribu. Matrilinéarité, matrilocalité. Quand la matriarche décède, c'est en général sa plus jeune fille qui lui succède (ultimagéniture).
Le couple originel sacré n'est pas le mari et sa femme imposé par le patriarcat, mais bien la sœur et le frère, garants de la solidarité de la tribu matriarcale, de sa longévité et de sa pérennité. Les maris sont des pièces rapportées ; dans certaines tribus, ils retournent même dans leur village d'origine et ne voient leur épouse que pour des contacts sexuels furtifs la nuit.
" Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées. "
Cette phrase de Claude Lévi-strauss, père de l'anthropologie structurale est souvent citée par les féministes, car elle démontre que les hommes sont frappés de cécité quant à la simple présence des femmes, de leurs contributions aux sociétés humaines. Nous sommes leur point aveugle. " Le système patriarcal a tout intérêt a s'assurer que les découvertes relatives aux formes sociales matriarcales demeurent invisibles ", il s'assure ainsi la primauté, la primogéniture, l'aînesse en quelque sorte, en effaçant les femmes de son champ de recherches. En résultent censure, autocensure, cécité, changements de pied pour éviter l'ostracisation, les femmes sont invisibles, invisibilisées, comme le sont les spéculations des anthropologues femmes. Ainsi, le premier anthropologue "matriarcal" Bachofen, les marxistes Marx et Engels, les anthropologues Malinowski, Briffault, Lévi-Strauss, les préhistoriens, dont Marie König, qui décode les systèmes symboliques de l'ère glaciaire, Fester qui, lui, suggérera que l'utilisation la plus ancienne d'outils n'est pas le fait de l'homme en tant que chasseur, mais est due aux mères s'occupant de leurs enfants et que " ce sont les mères qui ont préparé le terrain pour toute la technologie à venir ", qu'elles sont à l'origine de la culture par l'invention du langage et la création des spiritualités. Et sans doute aussi de l'agriculture* basée sur " le droit d'usufruit : le droit d'utiliser la terre pour la cultiver, mais non le droit à la propriété privée foncière ". Malheureusement, les anthropologues patriarcaux s'en tiendront fermement à la valeur extrêmement exagérée accordée à la chasse. Même pensum du côté des historiens des religions et des mythologistes : Mircéa Eliade qui travaille sur le chamanisme, Freud qui travaille sur les religions, mais Rank-Grave qui travaille sur la triple déesse, fait de la théa-cracie la culture supérieure. " Il affirme expressément qu'elle a été détruite par une aristocratie militaire composée d'hommes et que sa nature pacifique et sacrée a disparu sous l'effet de la violence et de la domination -avec des conséquences toujours plus catastrophiques, et ce jusqu'à présent."
L'archéologie n'est pas en reste quand il s'agit d'effacer les femmes et leurs apports culturels : marginalisées les observations iconoclastes d'Evans ; les archéologues ultérieurs commencent " à rechercher un roi omnipotent dans la culture minoenne, le "Grand Homme" autour duquel la société devrait être centrée -mais dont on ne trouve pas trace." : distorsion de la réalité pour la faire coïncider avec leurs idées patriarcales. L'archéologue Marija Gimbuntas décrit-elle, en s'appuyant sur ses fouilles, des femmes au rang de prêtresses qui vénéraient une pluralité de déesses dès le Paléolithique, et caractérise-t-elle la culture de la vieille Europe par une profonde religiosité et la place centrale des femmes, culture matrilinéaire, matrifocale, égalitaire et pacifique ? Elle et ses travaux seront discrédités par la doxa patriarcale.
D'où l'insurrection, si l'on peut dire, de Heide Goettner-Habendroth, spécialiste allemande en philosophie des sciences et épistémologue. Elle décide de créer sa propre Académie sur les Recherches Matriarcales Modernes HAGIA en 1986, dans le sillage des " mouvements critiques à l'égard du Patriarcat ", " du mouvement féministe en lutte pour l'autodétermination des femmes, et du mouvement des peuples autochtones, en lutte pour l'autodétermination des peuples et des cultures." Car désormais, les peuples autochtones sont sortis de la colonisation, leurs fils et filles font eux aussi des études à l'université où ils/elles acquièrent une méthodologie scientifique, ils/elles peuvent désormais apporter leur pierre au savoir anthropologique en observant les vestiges matriarcaux de leurs propres sociétés, brutalisées, avilies par le colonialisme, cet ultime moyen de conquête et d'imposition par la force du patriarcat, et ils/elles sont en capacité produire une épistémologie (critique) des travaux anthropologiques masculins européens.
Nous sommes face au défit climatique, face à l'épuisement des ressources limitées dans un monde fini, face à la défaunation sous la pression humaine partout ; le monde peut devenir chaotique dans les quelques dizaines d'années à venir, alors que partout l'oppression des femmes et le pillage de la nature se sont organisés sous le joug patriarcal depuis 10 000 ans. " Eu égard aux profondes crises politiques, économiques et écologiques ", à l'absolue nécessité de changement de paradigme auxquels nous sommes aujourd'hui confronté-es : " l'aspect le plus important de ces recherches est qu'à partir des leçons qu'offrent les sociétés matriarcales nous puissions découvrir des solutions aux problèmes sociaux contemporains et que nous ayons en permanence le courage de prendre les dispositions politiques nécessaires pour stimuler le processus de transformation de la société patriarcale en société humaine."
L'ouvrage est consacré à la description de différentes tribus fonctionnant encore selon les vestiges de la gestion matriarcale de leurs sociétés : dont les Moso de l'Himalaya qui ont eux-mêmes sollicité l'autrice et son équipe de chercheuses pour l'étude de leurs tribus afin que leurs contributions ne soient pas occultées de l'histoire des sociétés humaines. Il y a aussi un passionnant passage sur les Amazones d'Amazonie, " un phénomène fréquemment relevé mais mal compris par les chercheurs masculins occidentaux. [...] Dans les territoires Arawak, les récits de prouesses militaires de femmes abondent ; ils attestent on ne peut plus clairement de l'édification de villes et de sociétés entièrement féminines."
A lire donc, que vous soyez chercheuse, anthropologue, philosophe, féministe, ou tout simplement concerné-e par les problématiques écologiques.
" Le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière comme universelle." Pierre Bourdieu
* Agriculture : cultures de céréales vivrières, opposées à l'élevage. Il semble que le nomadisme (régressif) des éleveurs était plutôt provoqué par les ravages infligé à un biotope, par l'épuisement des terres cultivables. Il fallait alors fuir le Paradis Terrestre, selon la narration malédiction de la Bible.
Les citations de l'ouvrage sont en caractères gras et rouges.
Par Heide Goettner-Abendroth, philosophe des sciences, épistémologiste. Cet ouvrage vient de paraître aux Editions de Femmes.
Il faut tout d'abord définir le patriarcat qui s'est imposé comme norme universelle partout sur la planète. " La supposition infondée selon laquelle le patriarcat existe de toute éternité est acceptée comme allant de soi, étant donné la supériorité "innée" de l'homme ". Sa grille de lecture suppose fragmentation, marginalisation, relégation de tout ce qui échappe à sa norme, et renvoi au primitivisme.
" Dans les sociétés patriarcalisées, les sociétés secrètes d'hommes ont un fondement guerrier, elles ont pour objectif d'accroître le pouvoir des hommes dans la culture. Ce sont des entités du processus de patriarcalisation. Elles sont fixées de façon parasite à leur culture dans son ensemble et dépendent économiquement des ressources des sociétés ; elles instaurent des hiérarchies secrètes et forment des corps exécutifs avec quiconque détient la plus haute autorité. Eu égard à la culture, elles élèvent la patrilinéarité, réelle ou imaginaire, au rang d'innovation culturelle. Les jeunes hommes accèdent à la "renaissance" par leur association avec les autres hommes. " Vous reconnaissez la reproduction à l'identique, l'auto-engendrement souvent évoqué ici : Dieu, Fils et Saint-Esprit, rien que des hommes, qu'on retrouve dans tous les corps masculins, armée, police, écoles d'informatique et d'ingénieurs, Saint-Cyr, franc-maçonnerie, partis politiques, clubs de chasse...
Toutefois, contrairement à la lecture d'anthropologues patriarcaux qui nient leur primauté historique, puisqu'ils sont géniteurs de tout, "les sociétés matriarcales ne doivent absolument pas être considérées comme l'image inversée des sociétés patriarcales -où les femmes détiendraient le pouvoir à la place des hommes, comme dans le patriarcat- puisqu'elles n'ont jamais eu besoin des structures hiérarchiques de la domination patriarcale, où une minorité issue des guerres de conquête régente l'ensemble de la culture, asseoit son pouvoir sur les structures de coercition, la propriété privée, le joug colonial et la conversion religieuse. Ces structures patriarcales ont un développement historique récent : " elles n'apparaissent que vers 4 000-3 000 avant notre ère, voire plus tard, et se renforcent au fur et à mesure que le patriarcat se propage. "
Pour faire simple et concis, dans les sociétés matriarcales, les femmes sont à l'origine de tout : elles engendrent les enfants grâce à l'esprit des ancêtres qui se réincarnent ainsi dans leur descendance, le rôle des hommes est d'ambassade, diplomates, même quand ils sont rois, époux de la matriarche. Les femmes gèrent la cité, président aux cérémonies funéraires et spirituelles, aux récoltes, sont gardiennes et distributrices des réserves de nourriture et des biens de la tribu, elles gardent leurs filles mariées chez elles, le mari entrant dans la tribu de sa femme, le divorce est totalement permis puisque la filiation est matriarcale, les oncles et les frères de la matriarche sont les garants de la continuité de la tribu. Matrilinéarité, matrilocalité. Quand la matriarche décède, c'est en général sa plus jeune fille qui lui succède (ultimagéniture).
Le couple originel sacré n'est pas le mari et sa femme imposé par le patriarcat, mais bien la sœur et le frère, garants de la solidarité de la tribu matriarcale, de sa longévité et de sa pérennité. Les maris sont des pièces rapportées ; dans certaines tribus, ils retournent même dans leur village d'origine et ne voient leur épouse que pour des contacts sexuels furtifs la nuit.
" Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées. "
Cette phrase de Claude Lévi-strauss, père de l'anthropologie structurale est souvent citée par les féministes, car elle démontre que les hommes sont frappés de cécité quant à la simple présence des femmes, de leurs contributions aux sociétés humaines. Nous sommes leur point aveugle. " Le système patriarcal a tout intérêt a s'assurer que les découvertes relatives aux formes sociales matriarcales demeurent invisibles ", il s'assure ainsi la primauté, la primogéniture, l'aînesse en quelque sorte, en effaçant les femmes de son champ de recherches. En résultent censure, autocensure, cécité, changements de pied pour éviter l'ostracisation, les femmes sont invisibles, invisibilisées, comme le sont les spéculations des anthropologues femmes. Ainsi, le premier anthropologue "matriarcal" Bachofen, les marxistes Marx et Engels, les anthropologues Malinowski, Briffault, Lévi-Strauss, les préhistoriens, dont Marie König, qui décode les systèmes symboliques de l'ère glaciaire, Fester qui, lui, suggérera que l'utilisation la plus ancienne d'outils n'est pas le fait de l'homme en tant que chasseur, mais est due aux mères s'occupant de leurs enfants et que " ce sont les mères qui ont préparé le terrain pour toute la technologie à venir ", qu'elles sont à l'origine de la culture par l'invention du langage et la création des spiritualités. Et sans doute aussi de l'agriculture* basée sur " le droit d'usufruit : le droit d'utiliser la terre pour la cultiver, mais non le droit à la propriété privée foncière ". Malheureusement, les anthropologues patriarcaux s'en tiendront fermement à la valeur extrêmement exagérée accordée à la chasse. Même pensum du côté des historiens des religions et des mythologistes : Mircéa Eliade qui travaille sur le chamanisme, Freud qui travaille sur les religions, mais Rank-Grave qui travaille sur la triple déesse, fait de la théa-cracie la culture supérieure. " Il affirme expressément qu'elle a été détruite par une aristocratie militaire composée d'hommes et que sa nature pacifique et sacrée a disparu sous l'effet de la violence et de la domination -avec des conséquences toujours plus catastrophiques, et ce jusqu'à présent."
L'archéologie n'est pas en reste quand il s'agit d'effacer les femmes et leurs apports culturels : marginalisées les observations iconoclastes d'Evans ; les archéologues ultérieurs commencent " à rechercher un roi omnipotent dans la culture minoenne, le "Grand Homme" autour duquel la société devrait être centrée -mais dont on ne trouve pas trace." : distorsion de la réalité pour la faire coïncider avec leurs idées patriarcales. L'archéologue Marija Gimbuntas décrit-elle, en s'appuyant sur ses fouilles, des femmes au rang de prêtresses qui vénéraient une pluralité de déesses dès le Paléolithique, et caractérise-t-elle la culture de la vieille Europe par une profonde religiosité et la place centrale des femmes, culture matrilinéaire, matrifocale, égalitaire et pacifique ? Elle et ses travaux seront discrédités par la doxa patriarcale.
D'où l'insurrection, si l'on peut dire, de Heide Goettner-Habendroth, spécialiste allemande en philosophie des sciences et épistémologue. Elle décide de créer sa propre Académie sur les Recherches Matriarcales Modernes HAGIA en 1986, dans le sillage des " mouvements critiques à l'égard du Patriarcat ", " du mouvement féministe en lutte pour l'autodétermination des femmes, et du mouvement des peuples autochtones, en lutte pour l'autodétermination des peuples et des cultures." Car désormais, les peuples autochtones sont sortis de la colonisation, leurs fils et filles font eux aussi des études à l'université où ils/elles acquièrent une méthodologie scientifique, ils/elles peuvent désormais apporter leur pierre au savoir anthropologique en observant les vestiges matriarcaux de leurs propres sociétés, brutalisées, avilies par le colonialisme, cet ultime moyen de conquête et d'imposition par la force du patriarcat, et ils/elles sont en capacité produire une épistémologie (critique) des travaux anthropologiques masculins européens.
Nous sommes face au défit climatique, face à l'épuisement des ressources limitées dans un monde fini, face à la défaunation sous la pression humaine partout ; le monde peut devenir chaotique dans les quelques dizaines d'années à venir, alors que partout l'oppression des femmes et le pillage de la nature se sont organisés sous le joug patriarcal depuis 10 000 ans. " Eu égard aux profondes crises politiques, économiques et écologiques ", à l'absolue nécessité de changement de paradigme auxquels nous sommes aujourd'hui confronté-es : " l'aspect le plus important de ces recherches est qu'à partir des leçons qu'offrent les sociétés matriarcales nous puissions découvrir des solutions aux problèmes sociaux contemporains et que nous ayons en permanence le courage de prendre les dispositions politiques nécessaires pour stimuler le processus de transformation de la société patriarcale en société humaine."
L'ouvrage est consacré à la description de différentes tribus fonctionnant encore selon les vestiges de la gestion matriarcale de leurs sociétés : dont les Moso de l'Himalaya qui ont eux-mêmes sollicité l'autrice et son équipe de chercheuses pour l'étude de leurs tribus afin que leurs contributions ne soient pas occultées de l'histoire des sociétés humaines. Il y a aussi un passionnant passage sur les Amazones d'Amazonie, " un phénomène fréquemment relevé mais mal compris par les chercheurs masculins occidentaux. [...] Dans les territoires Arawak, les récits de prouesses militaires de femmes abondent ; ils attestent on ne peut plus clairement de l'édification de villes et de sociétés entièrement féminines."
A lire donc, que vous soyez chercheuse, anthropologue, philosophe, féministe, ou tout simplement concerné-e par les problématiques écologiques.
" Le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière comme universelle." Pierre Bourdieu
* Agriculture : cultures de céréales vivrières, opposées à l'élevage. Il semble que le nomadisme (régressif) des éleveurs était plutôt provoqué par les ravages infligé à un biotope, par l'épuisement des terres cultivables. Il fallait alors fuir le Paradis Terrestre, selon la narration malédiction de la Bible.
Les citations de l'ouvrage sont en caractères gras et rouges.
lundi 30 septembre 2019
Meurtres symboliques et résilience
Trois artistes peintres femmes : Artemisia Gentileschi, Elisabetta Sirani, Niki de Saint-Phalle. Trois œuvres. Trois meurtres symboliques.
Œuvre :
Judith décapitant Holopherne (1614-1620), scène biblique, ici restituée de façon particulièrement réaliste, voire crue : deux cuisinières manches retroussées pour ne pas se salir, découpent ce pauvre Holopherne comme elles trancheraient la tête d'un poulet avant de le passer à la casserole. Artemisia Gentileschi se présente toujours dans ses tableaux en autoportraits : elle est ici la femme en bleu qui tient le tranchoir, tandis que sa servante immobilise la victime.
Œuvre :
Thimoclée jetant le capitaine Thrace dans le puits.
Après l'invasion de Thèbes par Alexandre Le Grand (-336), la ville est livrée au pillage et aux exactions de la soldatesque. Les femmes, comme toujours, sont violées, torturées et razziées selon une habitude délétère. Thimoclée n'échappe pas au malheur des femmes : après avoir été violée par le soldat thrace qui en veut aussi à son or, elle prétend que ses bijoux sont cachés au fond d'un puits, où le soldat se fait conduire. Elle profite de l'avidité du voleur/violeur pour se venger et le pousser dans le puits. Admirez la position grotesque du soldat, peinte par Elisabetta Sirani : pantin désarticulé, jambes ridiculement écartées, tombant dans l'abîme, tandis que Thimoclée, le regard dans le vide, à l'air de penser à son prochain dîner. Ça sent la revanche picturale. L'HIStoire raconte que Thimoclée est arrêtée, conduite devant Alexandre, qu'elle reconnaît le crime en plaidant la vengeance après les viols subis, Alexandre ému par son courage la fait libérer. Évidemment, l'HIStoire, toujours écrite par les vainqueurs, ne retiendra que la magnanimité d'Alexandre.
Oeuvres :
Niki de Saint-Phalle : affiche représentant un tableau performance de la série des Tirs, du Mouvement Action Painting, en 1961. Elle réalise plusieurs performances où elle tire à la carabine sur des toiles représentant le Pater Familias Tout-Puissant.
Artemisia Gentileschi utilise une allégorie biblique pour perpétrer une vengeance symbolique ; Elisabetta Sirani utilise également une scène de l'HIStoire antique pour régler un compte avec les hommes qui ont entravé sa vocation l'obligeant à redoubler d'efforts, quoiqu'on puisse parfaitement imaginer qu'elle ait été, elle aussi harcelée ou violentée sans jamais l'avoir révélé ; son pantin désarticulé dans une position peu propice à la chute dans un puits dénonce le ridicule masculin quand il n'est plus en situation de menacer. Proto-féministes elles sont, la notion de féminisme n'existait pas, leurs contemporaines étant anéanties par la violence sociales qu'elles subissaient. Elles, elles utilisent leur talent et leur art pour dénoncer, accomplissant ainsi leur mission d'artistes devant la société, en avance sur le temps et l'histoire, prévoyant ce qui va advenir : elles envoient un signal, les femmes sont fondées à témoigner et demander des comptes. Elles ouvrent la voie et inspirent les artistes contemporaines, elles précèdent Niki de Saint-Phalle. Elles envoient le signe de l'évènement à venir, qu'il faudra compter avec elles, avec nous.
Artemisia Gentileschi - 1593-1656
Peintresse baroque post-caravagesque, Artemisia
fille du peintre Orazio Gentileschi, dont l'atelier était réputé,
réussit à se faire un prénom, à tel point qu'aujourd'hui elle est plus
connue que son illustre (à l'époque) père. Seule femme apprentie de
l'atelier d'Orazio Gentileschi, elle est placée sous la tutelle d'un autre
peintre Agostino Tassi, qui la viole en réunion (ils seront deux
peintres à commettre le crime). Il y aura procès, durant lequel Artemisia sera torturée par
le tribunal pour tenter de prouver qu'elle ment ou dit bien la vérité,
le violeur sera finalement condamné à l'exil. Et Artemisia trouvera la reconnaissance de ses pairs d'académie de peinture.Œuvre :
Judith décapitant Holopherne (1614-1620), scène biblique, ici restituée de façon particulièrement réaliste, voire crue : deux cuisinières manches retroussées pour ne pas se salir, découpent ce pauvre Holopherne comme elles trancheraient la tête d'un poulet avant de le passer à la casserole. Artemisia Gentileschi se présente toujours dans ses tableaux en autoportraits : elle est ici la femme en bleu qui tient le tranchoir, tandis que sa servante immobilise la victime.
Elisabetta Sirani - 1638-1665
Elisabetta Sirani devient
peintre à une époque où les femmes ne sont pas plus tolérées dans cet
univers d'hommes : elle est évidemment autodidacte, pas le choix. A
force de travail, elle s'impose par son talent dans un atelier de
peintres, ouvre sa propre école admettant uniquement des femmes. Étoile
filante de la peinture, elle meurt à 27 ans d'un ulcère à l'estomac.Œuvre :
Thimoclée jetant le capitaine Thrace dans le puits.
Après l'invasion de Thèbes par Alexandre Le Grand (-336), la ville est livrée au pillage et aux exactions de la soldatesque. Les femmes, comme toujours, sont violées, torturées et razziées selon une habitude délétère. Thimoclée n'échappe pas au malheur des femmes : après avoir été violée par le soldat thrace qui en veut aussi à son or, elle prétend que ses bijoux sont cachés au fond d'un puits, où le soldat se fait conduire. Elle profite de l'avidité du voleur/violeur pour se venger et le pousser dans le puits. Admirez la position grotesque du soldat, peinte par Elisabetta Sirani : pantin désarticulé, jambes ridiculement écartées, tombant dans l'abîme, tandis que Thimoclée, le regard dans le vide, à l'air de penser à son prochain dîner. Ça sent la revanche picturale. L'HIStoire raconte que Thimoclée est arrêtée, conduite devant Alexandre, qu'elle reconnaît le crime en plaidant la vengeance après les viols subis, Alexandre ému par son courage la fait libérer. Évidemment, l'HIStoire, toujours écrite par les vainqueurs, ne retiendra que la magnanimité d'Alexandre.
Niki de Saint-Phalle, 1930-2002
Artiste
française, peintre, sculptrice, metteuse en scène, est élevée aux USA dans
une famille catholique bourgeoise dont le père est un aristocrate banquier
abuseur et incestueux ; son frère et sa sœur se suicideront, et Niki
finira par dire que son père l'avait violée durant plusieurs années, dès
ses 11 ans. L’œuvre de Niki de Saint-Phalle, reconnue et consacrée de
son vivant est une dénonciation du Père Tout-Puissant, des méfaits du
Patriarcat, et une tentative de restauration de la confiance en soi des
femmes à travers sa série de sculptures géantes en polyester intitulées
"Nanas".Oeuvres :
Niki de Saint-Phalle : affiche représentant un tableau performance de la série des Tirs, du Mouvement Action Painting, en 1961. Elle réalise plusieurs performances où elle tire à la carabine sur des toiles représentant le Pater Familias Tout-Puissant.
Artemisia Gentileschi utilise une allégorie biblique pour perpétrer une vengeance symbolique ; Elisabetta Sirani utilise également une scène de l'HIStoire antique pour régler un compte avec les hommes qui ont entravé sa vocation l'obligeant à redoubler d'efforts, quoiqu'on puisse parfaitement imaginer qu'elle ait été, elle aussi harcelée ou violentée sans jamais l'avoir révélé ; son pantin désarticulé dans une position peu propice à la chute dans un puits dénonce le ridicule masculin quand il n'est plus en situation de menacer. Proto-féministes elles sont, la notion de féminisme n'existait pas, leurs contemporaines étant anéanties par la violence sociales qu'elles subissaient. Elles, elles utilisent leur talent et leur art pour dénoncer, accomplissant ainsi leur mission d'artistes devant la société, en avance sur le temps et l'histoire, prévoyant ce qui va advenir : elles envoient un signal, les femmes sont fondées à témoigner et demander des comptes. Elles ouvrent la voie et inspirent les artistes contemporaines, elles précèdent Niki de Saint-Phalle. Elles envoient le signe de l'évènement à venir, qu'il faudra compter avec elles, avec nous.
lundi 23 septembre 2019
Location de ventres - Réponse à Marc-Olivier Fogiel et à son livre "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?"
Avec l'accord du CoRP, je publie sur mon blog leur lettre de réponse à Marc-Olivier Fogiel, homme puissant des médias, et à son livre "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?". Marc-Olivier Fogiel et son mari ont deux filles obtenues par GPA (gestation pour autrui) aux Etats-Unis. Son livre est à la fois une opération de justification et une opération de lobbying en faveur de la location de ventres par généralement des gays, et quelques hétérosexuels stériles, pour porter leur descendance. Nous ne sommes pas trop de deux blogueuses pour contrer cette marchandisation des corps, l'achat d'enfants, et l'accès au corps des femmes par les hommes, fussent-ils gays, alors que les féministes étaient leur compagnonnes de route dans leurs combats des années 70 pour la reconnaissance de leurs droits d'éros minoritaires, ainsi que les nommait Françoise d'Eaubonne, co-fondatrice du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire).
La lettre est signée par la Docteure Nicole Athéa, gynécologue et endocrinologue, ancienne interne et chef de clinique assistante des Hôpitaux de Paris.
" Monsieur Fogiel, la lecture attentive de votre ouvrage m'a donné matière à réfléchir sur mon expérience de vie de femme, de mère et de gynécologue qui, durant une pratique de plus de 40 ans a rencontré quotidiennement des femmes enceintes et qui a assuré la prise en charge de nombreux couples stériles. Si j'ai un regard critique sur votre livre, je précise qu'il ne repose pas sur ce que vous êtes, mais sur un certain nombre de positions que vous défendez dans votre ouvrage "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?" et que je voudrais discuter ici.
1) Le tsunami en Thaïlande : Vous débutez votre livre par une référence à cette catastrophe à laquelle vous avez assisté. Au milieu de ce drame humain, ce que vous voyez, c'est que des mères en train de se noyer étaient contraintes de lâcher leur enfant et vous en concluez que "l'instinct maternel n'est pas tout puissant et qu'il n'est pas toujours aussi fort que l'instinct de survie". Et c'est immédiatement après ce commentaire que vous envisagez d'en passer par une mère porteuse pour avoir un enfant : les mères, ces femmes qui lâchent les enfants... Est-ce de ce fait qu'elles ne vont plus être nommées mères ? Car il n'y aura plus de mères dans votre livre ; il y aura des femmes avec des fonctions morcelées, pour qu'elles soient peut-être le moins mères possible. Je ne tiens pas à faire ici une apologie unilatérale des mères, qui pourrait être comprise comme le refus d'une fonction parentale concernant les homosexuels, ce qui n'est en rien mon propos et contre quoi je m'élève. Mais je ne peux manquer de répondre à un déni affirmé des mères dans votre livre. Car il y aura surtout des pères, (en dehors de quelques couples hétérosexuels qui demandent une GPA que vous évoquez) dans votre livre. Si je pense qu'un couple d'hommes peut élever un enfant aussi bien et aussi mal que tout le monde, je pense aussi que les mères ne peuvent être effacées. On ne saurait oublier que les pères ont largement démontré de tout temps que l'enfant n'était pas le centre de leurs préoccupations pour une majorité d'entre eux ; le nombre de pères abandonnant leur famille, ne payant pas de pension alimentaire, ne revoyant plus leurs enfants sont encore légions aujourd'hui et ils n'ont pas besoin d'un tsunami pour ce faire. Vous constatez tout de même que les mères thaïlandaises qui ont vécu ce drame terrible vivaient ensuite une culpabilité atroce : mais cette leçon-là, vous ne l'avez pas retenue ; dans votre conception idyllique d'une GPA, vous semblez croire qu'aucune des mères qui ont porté un enfant 9 mois et qui l'ont mis au monde ne porte une culpabilité d'avoir abandonné un enfant. Je peux penser que certaines mères porteuses se sentent coupables d'avoir vendu celui qu'elles peuvent considérer comme leur enfant, comme les mères qui accouchent sous X se sentent très souvent coupables d'avoir abandonné leur enfant, j'en ai rencontré.
2) La conception et la gestation sont séparées ; c'est aussi ce qui vous autorise à penser que la femme qui porte un enfant n'est pas la mère ; mais dans votre histoire qui est la mère ? Ce n'est pas la femme qui a donné un ovule. Ce n'est pas le père biologique : même si vous décrivez comme père maternant ; vous ne délirez pas, vous ne vous considérez pas comme une mère ; alors, qui est la mère ? Il me semble essentiel de reconnaître cette femme comme la mère : une mère peut abandonner secondairement un enfant, comme le font les mères qui accouchent sous X, mais elles sont néanmoins désignées comme mères. Il est essentiel que soit reconnu son rôle et le rôle de chacun. L'abandon de cet enfant va permettre à une autre personne de devenir parent adoptif, père ou mère. Mais cela n'empêche pas de reconnaître que la mère, que chacun s'emploie à gommer dans la GPA, n'est pas une femme porteuse mais bien une mère porteuse parce qu'elle est porteuse d'enfant. Etre dans le déni de mère ne me paraît pas compatible avec la transparence dont vous voulez nous convaincre.
3) La biologisation de la reproduction : "j'ai toujours voulu être père, donner la vie, ne pas interrompre la chaîne des générations, transmettre des valeurs, un nom, continuer à exister...". La reproduction génétique est essentielle pour Mr Fogiel ; les exigences qu'il a de la "qualité" de l'ovule féminin le démontre également ; s'il commence par exprimer quelques scrupules vis à vis du choix de la donneuse d'ovule, réalisant bien par là la nature eugénique de ce projet, il balaie vite ces interrogations, qui de façon paradoxale, deviennent alors une légitimation de son choix. Il va même en rajouter sur les exigences faites à la donneuse d'ovule : "nous voulions privilégier les traits relevant de l'intelligence, de la réussite scolaire et sociale, nous voulions être fiers du patrimoine génétique que nous allions transmettre à nos enfants". C'est dire à quel point Mr Fogiel doit être fier de lui-même, de son patrimoine biologique, que l'on espère à la hauteur de celui de la donneuse d'ovule. La nature narcissique de son projet conceptif apparaît ainsi en toute clarté. Auparavant, les exigences des parents étaient plus modestes et plus réalistes : ils souhaitaient des enfants en bonne santé ; aujourd'hui les exigences des parents deviennent exorbitantes et les enfants en porteront le poids. Quant aux qualités qu'il pense ainsi transmettre par ce choix, elles seront loin d'être celles qu'il escompte et qu'il est prêt à payer près de 10 000 dollars pour les obtenir. La formation d'un embryon comporte de nombreux remaniements qui conduisent à ce que le patrimoine génétique d'un enfant soit bien différent de celui de ses parents, et les qualités acquises ne sont pas génétiquement transmises. Une sociologue canadienne, L Vandelac, disait à ce propos "you are not a xerox and baby is not just a copy". La biologisation de la reproduction, entendue comme la volonté de transmission de son patrimoine génétique, est le facteur majeur qui conduit aux PMA comme à la GPA aujourd'hui. Lutter contre cette représentation erronée de la génétique dans la reproduction est un facteur majeur pour lutter contre ces pratiques. Et des caractères transmissibles qui ne passent pas par les chromosomes ont été démontrés entre une mère "même porteuse" et non liée génétiquement à l'enfant porté, ce qui signifie qu'on ne peut pas séparer de façon radicale la transmission qui se fait par l'ovule et celle qui se fait par la gestation : l'enfant se verra transmis des caractères des deux origines, même si ce n'est pas à parts égales, ni sur les mêmes fonctions.
4) Il existerait des GPA éthiques et des GPA non éthiques...
Continuer la lecture en cliquant sur ce rétrolien (se caler environ au niveau du logo Facebook du CoRP, side bar à droite). Arguments de MOF réfutés un à un, le tout très argumenté.
" La militance gay qui défend aujourd'hui, à travers la GPA, des valeurs familiaristes et parentales les plus étroites et les plus conservatrices a bien changé depuis les années 70, époque où les positions anti-famille et la liberté sexuelle était revendiquées ".
La lettre est signée par la Docteure Nicole Athéa, gynécologue et endocrinologue, ancienne interne et chef de clinique assistante des Hôpitaux de Paris.
" Monsieur Fogiel, la lecture attentive de votre ouvrage m'a donné matière à réfléchir sur mon expérience de vie de femme, de mère et de gynécologue qui, durant une pratique de plus de 40 ans a rencontré quotidiennement des femmes enceintes et qui a assuré la prise en charge de nombreux couples stériles. Si j'ai un regard critique sur votre livre, je précise qu'il ne repose pas sur ce que vous êtes, mais sur un certain nombre de positions que vous défendez dans votre ouvrage "Qu'est-ce qu'elle a ma famille ?" et que je voudrais discuter ici.
1) Le tsunami en Thaïlande : Vous débutez votre livre par une référence à cette catastrophe à laquelle vous avez assisté. Au milieu de ce drame humain, ce que vous voyez, c'est que des mères en train de se noyer étaient contraintes de lâcher leur enfant et vous en concluez que "l'instinct maternel n'est pas tout puissant et qu'il n'est pas toujours aussi fort que l'instinct de survie". Et c'est immédiatement après ce commentaire que vous envisagez d'en passer par une mère porteuse pour avoir un enfant : les mères, ces femmes qui lâchent les enfants... Est-ce de ce fait qu'elles ne vont plus être nommées mères ? Car il n'y aura plus de mères dans votre livre ; il y aura des femmes avec des fonctions morcelées, pour qu'elles soient peut-être le moins mères possible. Je ne tiens pas à faire ici une apologie unilatérale des mères, qui pourrait être comprise comme le refus d'une fonction parentale concernant les homosexuels, ce qui n'est en rien mon propos et contre quoi je m'élève. Mais je ne peux manquer de répondre à un déni affirmé des mères dans votre livre. Car il y aura surtout des pères, (en dehors de quelques couples hétérosexuels qui demandent une GPA que vous évoquez) dans votre livre. Si je pense qu'un couple d'hommes peut élever un enfant aussi bien et aussi mal que tout le monde, je pense aussi que les mères ne peuvent être effacées. On ne saurait oublier que les pères ont largement démontré de tout temps que l'enfant n'était pas le centre de leurs préoccupations pour une majorité d'entre eux ; le nombre de pères abandonnant leur famille, ne payant pas de pension alimentaire, ne revoyant plus leurs enfants sont encore légions aujourd'hui et ils n'ont pas besoin d'un tsunami pour ce faire. Vous constatez tout de même que les mères thaïlandaises qui ont vécu ce drame terrible vivaient ensuite une culpabilité atroce : mais cette leçon-là, vous ne l'avez pas retenue ; dans votre conception idyllique d'une GPA, vous semblez croire qu'aucune des mères qui ont porté un enfant 9 mois et qui l'ont mis au monde ne porte une culpabilité d'avoir abandonné un enfant. Je peux penser que certaines mères porteuses se sentent coupables d'avoir vendu celui qu'elles peuvent considérer comme leur enfant, comme les mères qui accouchent sous X se sentent très souvent coupables d'avoir abandonné leur enfant, j'en ai rencontré.
2) La conception et la gestation sont séparées ; c'est aussi ce qui vous autorise à penser que la femme qui porte un enfant n'est pas la mère ; mais dans votre histoire qui est la mère ? Ce n'est pas la femme qui a donné un ovule. Ce n'est pas le père biologique : même si vous décrivez comme père maternant ; vous ne délirez pas, vous ne vous considérez pas comme une mère ; alors, qui est la mère ? Il me semble essentiel de reconnaître cette femme comme la mère : une mère peut abandonner secondairement un enfant, comme le font les mères qui accouchent sous X, mais elles sont néanmoins désignées comme mères. Il est essentiel que soit reconnu son rôle et le rôle de chacun. L'abandon de cet enfant va permettre à une autre personne de devenir parent adoptif, père ou mère. Mais cela n'empêche pas de reconnaître que la mère, que chacun s'emploie à gommer dans la GPA, n'est pas une femme porteuse mais bien une mère porteuse parce qu'elle est porteuse d'enfant. Etre dans le déni de mère ne me paraît pas compatible avec la transparence dont vous voulez nous convaincre.
3) La biologisation de la reproduction : "j'ai toujours voulu être père, donner la vie, ne pas interrompre la chaîne des générations, transmettre des valeurs, un nom, continuer à exister...". La reproduction génétique est essentielle pour Mr Fogiel ; les exigences qu'il a de la "qualité" de l'ovule féminin le démontre également ; s'il commence par exprimer quelques scrupules vis à vis du choix de la donneuse d'ovule, réalisant bien par là la nature eugénique de ce projet, il balaie vite ces interrogations, qui de façon paradoxale, deviennent alors une légitimation de son choix. Il va même en rajouter sur les exigences faites à la donneuse d'ovule : "nous voulions privilégier les traits relevant de l'intelligence, de la réussite scolaire et sociale, nous voulions être fiers du patrimoine génétique que nous allions transmettre à nos enfants". C'est dire à quel point Mr Fogiel doit être fier de lui-même, de son patrimoine biologique, que l'on espère à la hauteur de celui de la donneuse d'ovule. La nature narcissique de son projet conceptif apparaît ainsi en toute clarté. Auparavant, les exigences des parents étaient plus modestes et plus réalistes : ils souhaitaient des enfants en bonne santé ; aujourd'hui les exigences des parents deviennent exorbitantes et les enfants en porteront le poids. Quant aux qualités qu'il pense ainsi transmettre par ce choix, elles seront loin d'être celles qu'il escompte et qu'il est prêt à payer près de 10 000 dollars pour les obtenir. La formation d'un embryon comporte de nombreux remaniements qui conduisent à ce que le patrimoine génétique d'un enfant soit bien différent de celui de ses parents, et les qualités acquises ne sont pas génétiquement transmises. Une sociologue canadienne, L Vandelac, disait à ce propos "you are not a xerox and baby is not just a copy". La biologisation de la reproduction, entendue comme la volonté de transmission de son patrimoine génétique, est le facteur majeur qui conduit aux PMA comme à la GPA aujourd'hui. Lutter contre cette représentation erronée de la génétique dans la reproduction est un facteur majeur pour lutter contre ces pratiques. Et des caractères transmissibles qui ne passent pas par les chromosomes ont été démontrés entre une mère "même porteuse" et non liée génétiquement à l'enfant porté, ce qui signifie qu'on ne peut pas séparer de façon radicale la transmission qui se fait par l'ovule et celle qui se fait par la gestation : l'enfant se verra transmis des caractères des deux origines, même si ce n'est pas à parts égales, ni sur les mêmes fonctions.
4) Il existerait des GPA éthiques et des GPA non éthiques...
Continuer la lecture en cliquant sur ce rétrolien (se caler environ au niveau du logo Facebook du CoRP, side bar à droite). Arguments de MOF réfutés un à un, le tout très argumenté.
" La militance gay qui défend aujourd'hui, à travers la GPA, des valeurs familiaristes et parentales les plus étroites et les plus conservatrices a bien changé depuis les années 70, époque où les positions anti-famille et la liberté sexuelle était revendiquées ".
La lettre interrompue - Johannes Wermeer - Vers 1665.
mercredi 11 septembre 2019
La malédiction d'être fille - Dominique Sigaud
Edité par Albin Michel, l'ouvrage est sorti la semaine dernière dans toutes les bonnes librairies.
Journaliste, écrivaine, grand reporter, Dominique Sigaud s'attaque ici, après avoir enquêté sur la planète entière, dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les pays riches de l'hémisphère Nord, sur le sort que l'espèce humaine réserve à ses filles à naître ou nées. " Les violences faites aux filles sont des désastres individuels et collectifs. Pour que nous y mettions fin, encore devons-nous les désigner."
Foeticide
Filiacide
Inceste
Mutilation sexuelle
Mariage d'enfants
Viol
Traite
Esclavage domestique
Esclavage sexuel
Prostitution
Meurtre dit "d'honneur"
c'est à quoi on expose une fille en la mettant au monde. En tous cas, celles qui échappent au foeticide. Mères obligées de tuer les filles qu'on leur colle dans le ventre (les patriarcaux ne se salissent jamais les mains) quand elles n'ont pas les moyens de faire l'échographie qui les délivrera par IVG du fardeau des filles qui ne valent rien (Inde, Chine), mais qui coûtent une dot lorsqu'elles se marient. Par quelle aberration historique l'humanité a-t-elle décidé que les filles valaient moins que les gars ? Elles servent de bonniches à leurs pères et frères, sont vendues dans le mariage à des adultes qui les exploiteront jusqu'au trognon, les asserviront dans des conditions parfois proches de l'esclavage à leur domesticité, dans les maternités multiples, les achèteront pour leur plaisir de pédophiles (tourisme sexuel, mariages saisonniers ou "de plaisir" des pays du Golfe, l'Islam le permet dans certaines théocraties / nécrocraties salafistes), les vendront à vil prix pour rembourser une dette, créer des alliances, ou solder un différend. C'est " un ordre symbolique dans lequel la femme n'est rien, l'homme est tout, la fille n'est rien, le garçon est tout ". Déjà, dans la Rome antique on constate la disparition forcée des cadettes, " le pater familias qui a droit de vie et de mort sur ses enfants, ne conserve en général que la fille aînée. La mention de deux filles dans une maison romaine est exceptionnelle ", écrit Dominique Sigaud.
L'autrice détaille, dans son livre, chiffres et statistiques à l'appui, tous les malheurs listés ci-dessus, et les régions du monde -aucune n'est épargnée- où ils se produisent en réduisant quasi à néant les potentialités des filles, asservies qu'elles sont au service de la reproduction masculine et de leurs "besoins" sexuels, leur vie dans une perpétuelle insécurité en cas de manquement à leurs lois de fer, au gré des crises économiques ou des guerres qu'ils se livrent perpétuellement, utilisées comme butin, putains, dans des bordels à soldats pour remotiver les troupes (souvenons nous des lycéennes de Chibok, mais elles ne sont pas les seules, elles ont juste été plus médiatisées), éventuellement même par les peace keepers qui arrivent ensuite pour réparer les dommages des conflits, sans jamais que les filles et femmes soient, d'ailleurs, associées aux processus de paix. Elles peuvent rentrer chez elles meurtries, avec le fruit des viols qu'elles ont subis, sans soins ou suivis psychologiques ni médicaux la plupart du temps. Il en résulte un problème de santé planétaire pour elles et leurs enfants. La crise climatique déjà là dans les pays pauvres, mais qui gagnera chez nous aussi n'en doutons pas, impacte déjà les filles, toujours de corvée d'eau, de bois et de nourriture, elles sont, seront en première ligne.
" Attaquer les filles est un invariant des communautés humaines "
Dans ses quatre derniers chapitres, Dominique Sigaud esquisse une géographie des violences : les cas de la France (où l'inceste est invisible, invisibilisé même, puisqu'il n'a pas d'existence dans notre droit, le pater familias y ressemble trop à son pendant romain, sans doute) pays d'agressions sexuelles en nombre non détectées -2 enfants par classe en moyenne seraient violenté-es ou incesté-es dans notre pays ; les Etats-Unis, pays occidental violent, ont le douteux privilège d'être classés à côté des pays ultra-violents Inde et Afghanistan pour les violences faites aux filles ; l'Inde, qu'on ne présente plus, est avec la Chine le pays du foeticide, il leur manque pour la dernière génération 18 millions de filles ! Ce seront encore elles qui trinqueront quand les hommes les attaqueront pour assouvir leurs "pulsions" sexuelles. Enfin, l'Egypte, avec ses 95 % de femmes excisées, même si elle est le berceau de l'excision (une femme de pharaon trouvée coupée dans une tombe en fournit une preuve historique), il faut bien dire que c'est une honte. Les filles et femmes qui se sont aventurées Place Tahrir au Caire lors du mouvement anti Moubarak payaient en attouchements, ou même viols collectifs, leur "effronterie". L'espace public appartient aux mâles absolument partout, les femmes qui s'y aventurent sont forcément des putes.
L'ouvrage, bien que passionnant et indispensable, écrit crûment, est douloureux à lire. Dominique Sigaud dénonce (à raison) et déplore le foeticide. Au vu du malheur de naître fille décrit tout du long du livre, je me demande si finalement ce n'est pas le moindre de leurs malheurs. Evidemment, les agents patriarcaux ne pensent pas ainsi, ils font dans l'utilitaire, ils se "désencombrent" d'un fardeau puisqu'ils l'appréhendent ainsi, mais après tout, si notre espèce est assez stupide pour privilégier les garçons et donc pour se suicider, qu'elle le fasse. Je n'y vois aucun inconvénient pour ma part. Je ne partage pas ce travers de l'espèce humaine, produit d'une incessante propagande, qui, tout en constatant que la cuisine est mauvaise, consiste à convier quand même, à marche forcée pour les femmes, de plus en plus d'invités à ses banquets empoisonnés. Je ne comprends pas plus l'absence des féministes sur ces questions de prévention et de mise en garde contre cet asservissement, mais passons.
Cet acharnement à vider les filles, dès le plus jeune âge, de leurs potentialités, de leur avenir, de leurs talents, de leur sécurité, pour mieux les remplir de bites et d'enfants, sans qu'elles aient voix au chapitre, au contraire en les silençant, afin de produire de façon industrielle des mâles qui n'auront de cesse, quand ils quittent leurs mères, que de se trouver une autre domestique à parasiter, est évidemment mortel. Laisser le pouvoir aux mâles, rien de pire ne pouvait arriver à notre espèce proliférante sans prédateurs, hormis ceux qui nous produisons ; même les animaux ne sont pas aussi stupides. Quand il n'y a plus assez de ressources, de nourriture, ils ne se reproduisent certainement pas, eux. Au contraire, quand il y a de la nourriture en abondance, ils en profitent pour faire deux nichées, ils ont ce discernement qui nous manque terriblement.
Il ne manque pourtant pas de couteaux, de chaudrons bouillants, de tisons brûlants, dans les cuisines où elles sont cantonnées, les filles et les femmes. Il faut vraiment avoir été annihilée dans toute l'histoire, pour ne pas même avoir le réflexe de sa propre sauvegarde, de sa propre sécurité, pour ne pas se révolter. Pourtant, une telle castration des filles, de leurs potentialités, dit assez la terreur que nous leur inspirons : meilleures à l'école, dans les entreprises, moins violentes et casse-cou, plus pacifiques et aptes au compromis, solidaires, aidantes, créatives et talentueuses, malgré les différentes déclarations des molosses du patriarcat, les psychanalystes, qui tiennent que la "pulsion de mort" est également partagée entre mâles et femelles dans l'espèce humaine, car ils tiennent à leur fond de commerce, une telle castration / négation du potentiel filles donc, ne peut que nous amener à reconnaître que les hommes ne veulent aucun progrès pour l'espèce. Leur pouvoir absolu, délétère, toxique, maintenu par leurs lois d'airain, par la contrainte et la force brute, sur les corps d'abord puis sur les esprits, nous conduit à une impasse mortelle. La Nature qu'ils ont tant violée et haïe elle aussi, où ils ont d'ailleurs commodément renvoyé les femmes, ces êtres de nature, sans l'usage de la Raison prétendent-ils, va leur rendre la monnaie de leur pièce et soigner leur hybris. Ils auront réussi cet exploit à force de contraintes sur les corps et la Nature : rendre la Terre inhabitable. 10 milliards d'humains à l'horizon 2050, plus le chaos climatique sans doute, mais leur priorité demeure : marions les filles dès 9 ans si possible (même des françaises, envoyées passer des vacances dans le pays d'origine, livrées par des parents naïfs à une grand-mère ou une tante exciseuse, ou mariées de force, soyons vigilantes), c'est effectivement leur priorité. Quelle stupidité abyssale.
La lecture de ce livre est indispensable à tous les personnels d'éducation, de police, de justice, aux ONG humanitaires, aux politiques qui prétendent vouloir changer les choses et les lois et remédier aux injustices, aux avocat-es, aux services académiques, aux professeurs d'éducation sexuelle, à toutes celles et ceux qui font les lois, rendent la justice ou militent pour qu'elle soit rendue. Et au grand public concerné par ce sujet. Restons vigilantes : défendons les filles.
Les citations du livre sont en caractères gras et rouge.
Journaliste, écrivaine, grand reporter, Dominique Sigaud s'attaque ici, après avoir enquêté sur la planète entière, dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les pays riches de l'hémisphère Nord, sur le sort que l'espèce humaine réserve à ses filles à naître ou nées. " Les violences faites aux filles sont des désastres individuels et collectifs. Pour que nous y mettions fin, encore devons-nous les désigner."
Foeticide
Filiacide
Inceste
Mutilation sexuelle
Mariage d'enfants
Viol
Traite
Esclavage domestique
Esclavage sexuel
Prostitution
Meurtre dit "d'honneur"
c'est à quoi on expose une fille en la mettant au monde. En tous cas, celles qui échappent au foeticide. Mères obligées de tuer les filles qu'on leur colle dans le ventre (les patriarcaux ne se salissent jamais les mains) quand elles n'ont pas les moyens de faire l'échographie qui les délivrera par IVG du fardeau des filles qui ne valent rien (Inde, Chine), mais qui coûtent une dot lorsqu'elles se marient. Par quelle aberration historique l'humanité a-t-elle décidé que les filles valaient moins que les gars ? Elles servent de bonniches à leurs pères et frères, sont vendues dans le mariage à des adultes qui les exploiteront jusqu'au trognon, les asserviront dans des conditions parfois proches de l'esclavage à leur domesticité, dans les maternités multiples, les achèteront pour leur plaisir de pédophiles (tourisme sexuel, mariages saisonniers ou "de plaisir" des pays du Golfe, l'Islam le permet dans certaines théocraties / nécrocraties salafistes), les vendront à vil prix pour rembourser une dette, créer des alliances, ou solder un différend. C'est " un ordre symbolique dans lequel la femme n'est rien, l'homme est tout, la fille n'est rien, le garçon est tout ". Déjà, dans la Rome antique on constate la disparition forcée des cadettes, " le pater familias qui a droit de vie et de mort sur ses enfants, ne conserve en général que la fille aînée. La mention de deux filles dans une maison romaine est exceptionnelle ", écrit Dominique Sigaud.
L'autrice détaille, dans son livre, chiffres et statistiques à l'appui, tous les malheurs listés ci-dessus, et les régions du monde -aucune n'est épargnée- où ils se produisent en réduisant quasi à néant les potentialités des filles, asservies qu'elles sont au service de la reproduction masculine et de leurs "besoins" sexuels, leur vie dans une perpétuelle insécurité en cas de manquement à leurs lois de fer, au gré des crises économiques ou des guerres qu'ils se livrent perpétuellement, utilisées comme butin, putains, dans des bordels à soldats pour remotiver les troupes (souvenons nous des lycéennes de Chibok, mais elles ne sont pas les seules, elles ont juste été plus médiatisées), éventuellement même par les peace keepers qui arrivent ensuite pour réparer les dommages des conflits, sans jamais que les filles et femmes soient, d'ailleurs, associées aux processus de paix. Elles peuvent rentrer chez elles meurtries, avec le fruit des viols qu'elles ont subis, sans soins ou suivis psychologiques ni médicaux la plupart du temps. Il en résulte un problème de santé planétaire pour elles et leurs enfants. La crise climatique déjà là dans les pays pauvres, mais qui gagnera chez nous aussi n'en doutons pas, impacte déjà les filles, toujours de corvée d'eau, de bois et de nourriture, elles sont, seront en première ligne.
" Attaquer les filles est un invariant des communautés humaines "
Dans ses quatre derniers chapitres, Dominique Sigaud esquisse une géographie des violences : les cas de la France (où l'inceste est invisible, invisibilisé même, puisqu'il n'a pas d'existence dans notre droit, le pater familias y ressemble trop à son pendant romain, sans doute) pays d'agressions sexuelles en nombre non détectées -2 enfants par classe en moyenne seraient violenté-es ou incesté-es dans notre pays ; les Etats-Unis, pays occidental violent, ont le douteux privilège d'être classés à côté des pays ultra-violents Inde et Afghanistan pour les violences faites aux filles ; l'Inde, qu'on ne présente plus, est avec la Chine le pays du foeticide, il leur manque pour la dernière génération 18 millions de filles ! Ce seront encore elles qui trinqueront quand les hommes les attaqueront pour assouvir leurs "pulsions" sexuelles. Enfin, l'Egypte, avec ses 95 % de femmes excisées, même si elle est le berceau de l'excision (une femme de pharaon trouvée coupée dans une tombe en fournit une preuve historique), il faut bien dire que c'est une honte. Les filles et femmes qui se sont aventurées Place Tahrir au Caire lors du mouvement anti Moubarak payaient en attouchements, ou même viols collectifs, leur "effronterie". L'espace public appartient aux mâles absolument partout, les femmes qui s'y aventurent sont forcément des putes.
L'ouvrage, bien que passionnant et indispensable, écrit crûment, est douloureux à lire. Dominique Sigaud dénonce (à raison) et déplore le foeticide. Au vu du malheur de naître fille décrit tout du long du livre, je me demande si finalement ce n'est pas le moindre de leurs malheurs. Evidemment, les agents patriarcaux ne pensent pas ainsi, ils font dans l'utilitaire, ils se "désencombrent" d'un fardeau puisqu'ils l'appréhendent ainsi, mais après tout, si notre espèce est assez stupide pour privilégier les garçons et donc pour se suicider, qu'elle le fasse. Je n'y vois aucun inconvénient pour ma part. Je ne partage pas ce travers de l'espèce humaine, produit d'une incessante propagande, qui, tout en constatant que la cuisine est mauvaise, consiste à convier quand même, à marche forcée pour les femmes, de plus en plus d'invités à ses banquets empoisonnés. Je ne comprends pas plus l'absence des féministes sur ces questions de prévention et de mise en garde contre cet asservissement, mais passons.
Cet acharnement à vider les filles, dès le plus jeune âge, de leurs potentialités, de leur avenir, de leurs talents, de leur sécurité, pour mieux les remplir de bites et d'enfants, sans qu'elles aient voix au chapitre, au contraire en les silençant, afin de produire de façon industrielle des mâles qui n'auront de cesse, quand ils quittent leurs mères, que de se trouver une autre domestique à parasiter, est évidemment mortel. Laisser le pouvoir aux mâles, rien de pire ne pouvait arriver à notre espèce proliférante sans prédateurs, hormis ceux qui nous produisons ; même les animaux ne sont pas aussi stupides. Quand il n'y a plus assez de ressources, de nourriture, ils ne se reproduisent certainement pas, eux. Au contraire, quand il y a de la nourriture en abondance, ils en profitent pour faire deux nichées, ils ont ce discernement qui nous manque terriblement.
Il ne manque pourtant pas de couteaux, de chaudrons bouillants, de tisons brûlants, dans les cuisines où elles sont cantonnées, les filles et les femmes. Il faut vraiment avoir été annihilée dans toute l'histoire, pour ne pas même avoir le réflexe de sa propre sauvegarde, de sa propre sécurité, pour ne pas se révolter. Pourtant, une telle castration des filles, de leurs potentialités, dit assez la terreur que nous leur inspirons : meilleures à l'école, dans les entreprises, moins violentes et casse-cou, plus pacifiques et aptes au compromis, solidaires, aidantes, créatives et talentueuses, malgré les différentes déclarations des molosses du patriarcat, les psychanalystes, qui tiennent que la "pulsion de mort" est également partagée entre mâles et femelles dans l'espèce humaine, car ils tiennent à leur fond de commerce, une telle castration / négation du potentiel filles donc, ne peut que nous amener à reconnaître que les hommes ne veulent aucun progrès pour l'espèce. Leur pouvoir absolu, délétère, toxique, maintenu par leurs lois d'airain, par la contrainte et la force brute, sur les corps d'abord puis sur les esprits, nous conduit à une impasse mortelle. La Nature qu'ils ont tant violée et haïe elle aussi, où ils ont d'ailleurs commodément renvoyé les femmes, ces êtres de nature, sans l'usage de la Raison prétendent-ils, va leur rendre la monnaie de leur pièce et soigner leur hybris. Ils auront réussi cet exploit à force de contraintes sur les corps et la Nature : rendre la Terre inhabitable. 10 milliards d'humains à l'horizon 2050, plus le chaos climatique sans doute, mais leur priorité demeure : marions les filles dès 9 ans si possible (même des françaises, envoyées passer des vacances dans le pays d'origine, livrées par des parents naïfs à une grand-mère ou une tante exciseuse, ou mariées de force, soyons vigilantes), c'est effectivement leur priorité. Quelle stupidité abyssale.
La lecture de ce livre est indispensable à tous les personnels d'éducation, de police, de justice, aux ONG humanitaires, aux politiques qui prétendent vouloir changer les choses et les lois et remédier aux injustices, aux avocat-es, aux services académiques, aux professeurs d'éducation sexuelle, à toutes celles et ceux qui font les lois, rendent la justice ou militent pour qu'elle soit rendue. Et au grand public concerné par ce sujet. Restons vigilantes : défendons les filles.
Les citations du livre sont en caractères gras et rouge.
samedi 31 août 2019
L'aamourr, l'aaamourrr...
L'amour est enfant de Bohème, il n'a jamais connu de loi, chante-t-on dans l'opéra de Bizet, opéra le plus représenté au monde, qui relate l'histoire d'une femme tuée par son amant, "fou d'amour", sur fond de corrida, donc de combats à mort, les seuls à mourir étant évidemment les toros, et une femme dans le scénario de l'opéra, livret Mérimée, Meilhac, Halévy.
Sur fond de Grenelle des violences conjugales comme énoncé pudiquement (qui tue qui ?) on apprend ce matin que Patrice Alègre, froid sociopathe violeur, tueur en série de 5 femmes, 6 viols et une tentative de meurtre, des non-lieu pour 4 autres dossiers, condamné à une détention de 22 ans incompressibles, demande sa libération anticipée. Selon France Info, deux femmes seraient "tombées" amoureuses de lui en prison, des visiteuses, dont une psychiatre canadienne qui a même déménagé en France pour pouvoir le visiter plus confortablement. On se pince un peu tout de même. Le bonhomme aurait "une aura" particulière !
Tomber amoureuse d'un violeur tueur de femmes, il faut avoir un sérieux fond de masochisme, me semble-t-il. Fabrication sociale, voulue, entretenue. Référons-nous à l'anthropologie qui a décrit le sort réservé aux filles et femmes dans les sociétés humaines premières : viols initiatiques y compris en réunion par les hommes du village ou un grand-père "expérimenté", razzias, enlèvements, mutilations génitales, échangées comme du bétail, utilisées comme crédit ou monnaie pour garantir une dette, gagées comme prostituées ou servantes selon les besoins du prêteur, récupérées quand la dette est remboursée ou revendues pour en garantir une autre, domestiquées pour produire des enfants, de préférence des mâles, renvoyées dans leur famille quand elles n'y arrivent pas, assassinées pour manquement au contrat puisque ruinant la réputation de ladite famille, tous ces mauvais traitements durant des millénaires ont laissé une trace indélébile dans notre mémoire génétique et psychique : nous ne pouvons envisager l'amour que comme un sentiment masochiste, une chose qui fait forcément mal, un comportement destructeur, tout en y prenant du plaisir. Femmes détruites psychiquement et métaphysiquement à dessein dans toutes les sociétés humaines, le masochisme est profondément incrusté dans la psyché des femmes, conditionnées que nous sommes à tolérer les pires mauvais traitements, dépouillées de notre propre instinct de sauvegarde, conditionnées à déléguer notre sécurité à l'agresseur intime ; le masochisme rime avec l'amour, la passion, synonymes de souffrance, avec l'idée ancrée que nous serions nées pour trinquer. Je ne vois pas d'autre explication à ce comportement : tomber amoureuse d'un tueur en série, violeur, étrangleur, aboutissement ultime d'un conditionnement social ! Il peut s'agir d'un sentiment de toute puissance aussi, mais ce sentiment est lié à l'exaltation de la féminité, improprement déclarée puissante par les magazines féminins et les féministes pop ; évidemment que non la féminité n'est pas puissante, puisqu'elle est une impuissance fabriquée socialement. Même si le patriarcat, ce système d'inversion, prétend le contraire, ainsi que ses agentes, précédemment citées. Et puis, qui aime se déclarer, se reconnaître impuissante ?
Femmes masochistes et hommes intouchables : maltraitance partout. Le couple dans les sociétés humaines.
Cette même semaine, j'apprend que dans l'apathie générale, un maire PCF du Pas de Calais décide de vider un tour d'habitation gérée par un bailleur social, et de reloger, disperser les habitant-es. En cause, la délinquance, trois incendies provoquent la terreur, la prochaine fois, il va y avoir des morts en est la justification. Les mecs délinquent, personne ne veut ou ne peut les arrêter, on déplace les vieilles ! Parce que qui croit que ce ne sont pas des délinquants mâles qui terrorisent ce quartier pour justement le vider de ses habitantes et l'utiliser à leurs fins, commerce de drogue, incivilités et crimes en tous genres ? Mais motus, après avoir versé aux familles des allocations familiales à guichet ouvert, laissé pourrir la situation du quartier puisque ce sont des pauvres qui l'habitent, et puis, ces garçons subissent tellement la discrimination au nom, au quartier, à la religion supposée aussi sans doute, le relativisme culturel et social jouent leur rôle dans cette indulgence indécente. L'injustice aussi, puisque les filles sont autant sinon plus discriminées et qu'elles se conduisent bien, elles. La police et l'office de HLM qui doivent bien avoir leur idée sur qui sont les criminels n'aboutissent à rien. Et puis avec des vieilles, ces élus et le bailleur jouent sur du velours : masochistes, annihilées, résignées par des années de servage, elles ne protesteront pas, jamais un mot plus haut que l'autre, bien contente qu'on les sorte de là, oubliant que c'est elles qui s'en vont, les plus gênées déménagent, les gêneurs restent. Je ne les prends pas pour des imbéciles, elles savent qu'elles sont sacrifiées sur l'autel de la masculinité, bien sûr. Mais innommé, impensé de la violence masculine : ne surtout pas dire qui sont les fauteurs de trouble, on en a à la maison, on a peur d'eux, de ces monstres qu'on a produit, plutôt raser les murs et fermer sa gueule. Le masochisme et la culpabilité, ces deux éternels business féminins. Ce n'est pas avec des mesures pareilles qu'on va reconsolider la confiance en soi des femmes, ces éternelles perdantes. Mais c'est fait exprès, bien sûr, impossible le lutter contre le fléau de la criminalité masculine, il faudrait arrêter la production de ces imbéciles, mais comme c'est inenvisageable, on déplace les vieilles, et le problème demeure.
Puisque selon les associations et militantes des violences faites aux femmes par leur partenaire intime, il est inutile de dire aux femmes battues de partir, car c'est au moment où elles partent, demandent la séparation ou le divorce, que se commettent les crimes, et puisque rester c'est s'exposer à être battue comme plâtre, que donc il n'y a pas de porte de sortie, je propose l'alternative suivante qui sera ma contribution au Grenelle des violences maritales, volet Prévention, si jamais Marlène Schiappa et des associations tierces passent par ici : arrêter la délétère propagande pro mariage et pro maternité, les femmes ne ratent pas leur vie en ne se mariant pas, en ne mettant pas au monde (monde en perdition) des enfants ; la maternité n'est pas l'alpha et l'omega d'une vie de femme ; on peut "réussir" sa vie, expression consacrée par les magazines féminins, chiens de garde du patriarcat, comme les psys de toutes obédiences, en faisant autre chose, une ou plusieurs belles carrières professionnelles ou militantes, en créant, en étant artiste, ou même juste un boulot alimentaire si on trouve à s'épanouir ailleurs. L'imagination au pouvoir que diable, ça changera pour une fois. Je sais qu'on va me reprocher de ne pas être dans la doxa, mais au fond, la propagande sociétale, les injonctions aux femmes ne font que mettre une domestique non rémunérée, une péone, une serve, à la disposition des hommes. Les serfs étaient des hommes et des femmes libres, au contraire des esclaves considérés comme des biens disposables, mais ils étaient attachés à un domaine où ils devaient des corvées contre protection -souvent illusoire- du Seigneur, et surtout en remboursement d'une dette inextinguible. Ca vous rappelle quelqu'une ? On se demande quelle dette paient les femmes, envers qui, et quand elles l'ont contractée ? Il me semble que la dette inextinguible de l'humanité, des hommes, c'est envers les femmes qu'ils en ont une. Il est temps de rembourser. Ou alors nous n'avons aucun avenir sur cette planète ni ailleurs. Nous allons disparaître dans les culs de basse fosse de l'HIStoire (mâle, ce sont les vainqueurs qui racontent l'HIStoire, les femmes sont les perdantes) et PERSONNE ne se souviendra de nous.
PS - Puisque j'ai déjà été tancée pour un tweet en ce sens, précision : ne suis pas bien entendu en train de déconseiller l'union entre hommes et femmes, je dis seulement que cela doit se faire avec prudence et que si on n'y arrive pas, c'est sans doute qu'on suit une pente individuelle, surtout, que ce n'est pas grave. Il n'y a aucune raison de paniquer, culpabiliser ni d'obéir aux normopathes mauvais conseilleurs, jamais payeurs.
Sur fond de Grenelle des violences conjugales comme énoncé pudiquement (qui tue qui ?) on apprend ce matin que Patrice Alègre, froid sociopathe violeur, tueur en série de 5 femmes, 6 viols et une tentative de meurtre, des non-lieu pour 4 autres dossiers, condamné à une détention de 22 ans incompressibles, demande sa libération anticipée. Selon France Info, deux femmes seraient "tombées" amoureuses de lui en prison, des visiteuses, dont une psychiatre canadienne qui a même déménagé en France pour pouvoir le visiter plus confortablement. On se pince un peu tout de même. Le bonhomme aurait "une aura" particulière !
Tomber amoureuse d'un violeur tueur de femmes, il faut avoir un sérieux fond de masochisme, me semble-t-il. Fabrication sociale, voulue, entretenue. Référons-nous à l'anthropologie qui a décrit le sort réservé aux filles et femmes dans les sociétés humaines premières : viols initiatiques y compris en réunion par les hommes du village ou un grand-père "expérimenté", razzias, enlèvements, mutilations génitales, échangées comme du bétail, utilisées comme crédit ou monnaie pour garantir une dette, gagées comme prostituées ou servantes selon les besoins du prêteur, récupérées quand la dette est remboursée ou revendues pour en garantir une autre, domestiquées pour produire des enfants, de préférence des mâles, renvoyées dans leur famille quand elles n'y arrivent pas, assassinées pour manquement au contrat puisque ruinant la réputation de ladite famille, tous ces mauvais traitements durant des millénaires ont laissé une trace indélébile dans notre mémoire génétique et psychique : nous ne pouvons envisager l'amour que comme un sentiment masochiste, une chose qui fait forcément mal, un comportement destructeur, tout en y prenant du plaisir. Femmes détruites psychiquement et métaphysiquement à dessein dans toutes les sociétés humaines, le masochisme est profondément incrusté dans la psyché des femmes, conditionnées que nous sommes à tolérer les pires mauvais traitements, dépouillées de notre propre instinct de sauvegarde, conditionnées à déléguer notre sécurité à l'agresseur intime ; le masochisme rime avec l'amour, la passion, synonymes de souffrance, avec l'idée ancrée que nous serions nées pour trinquer. Je ne vois pas d'autre explication à ce comportement : tomber amoureuse d'un tueur en série, violeur, étrangleur, aboutissement ultime d'un conditionnement social ! Il peut s'agir d'un sentiment de toute puissance aussi, mais ce sentiment est lié à l'exaltation de la féminité, improprement déclarée puissante par les magazines féminins et les féministes pop ; évidemment que non la féminité n'est pas puissante, puisqu'elle est une impuissance fabriquée socialement. Même si le patriarcat, ce système d'inversion, prétend le contraire, ainsi que ses agentes, précédemment citées. Et puis, qui aime se déclarer, se reconnaître impuissante ?
Femmes masochistes et hommes intouchables : maltraitance partout. Le couple dans les sociétés humaines.
Cette même semaine, j'apprend que dans l'apathie générale, un maire PCF du Pas de Calais décide de vider un tour d'habitation gérée par un bailleur social, et de reloger, disperser les habitant-es. En cause, la délinquance, trois incendies provoquent la terreur, la prochaine fois, il va y avoir des morts en est la justification. Les mecs délinquent, personne ne veut ou ne peut les arrêter, on déplace les vieilles ! Parce que qui croit que ce ne sont pas des délinquants mâles qui terrorisent ce quartier pour justement le vider de ses habitantes et l'utiliser à leurs fins, commerce de drogue, incivilités et crimes en tous genres ? Mais motus, après avoir versé aux familles des allocations familiales à guichet ouvert, laissé pourrir la situation du quartier puisque ce sont des pauvres qui l'habitent, et puis, ces garçons subissent tellement la discrimination au nom, au quartier, à la religion supposée aussi sans doute, le relativisme culturel et social jouent leur rôle dans cette indulgence indécente. L'injustice aussi, puisque les filles sont autant sinon plus discriminées et qu'elles se conduisent bien, elles. La police et l'office de HLM qui doivent bien avoir leur idée sur qui sont les criminels n'aboutissent à rien. Et puis avec des vieilles, ces élus et le bailleur jouent sur du velours : masochistes, annihilées, résignées par des années de servage, elles ne protesteront pas, jamais un mot plus haut que l'autre, bien contente qu'on les sorte de là, oubliant que c'est elles qui s'en vont, les plus gênées déménagent, les gêneurs restent. Je ne les prends pas pour des imbéciles, elles savent qu'elles sont sacrifiées sur l'autel de la masculinité, bien sûr. Mais innommé, impensé de la violence masculine : ne surtout pas dire qui sont les fauteurs de trouble, on en a à la maison, on a peur d'eux, de ces monstres qu'on a produit, plutôt raser les murs et fermer sa gueule. Le masochisme et la culpabilité, ces deux éternels business féminins. Ce n'est pas avec des mesures pareilles qu'on va reconsolider la confiance en soi des femmes, ces éternelles perdantes. Mais c'est fait exprès, bien sûr, impossible le lutter contre le fléau de la criminalité masculine, il faudrait arrêter la production de ces imbéciles, mais comme c'est inenvisageable, on déplace les vieilles, et le problème demeure.
Puisque selon les associations et militantes des violences faites aux femmes par leur partenaire intime, il est inutile de dire aux femmes battues de partir, car c'est au moment où elles partent, demandent la séparation ou le divorce, que se commettent les crimes, et puisque rester c'est s'exposer à être battue comme plâtre, que donc il n'y a pas de porte de sortie, je propose l'alternative suivante qui sera ma contribution au Grenelle des violences maritales, volet Prévention, si jamais Marlène Schiappa et des associations tierces passent par ici : arrêter la délétère propagande pro mariage et pro maternité, les femmes ne ratent pas leur vie en ne se mariant pas, en ne mettant pas au monde (monde en perdition) des enfants ; la maternité n'est pas l'alpha et l'omega d'une vie de femme ; on peut "réussir" sa vie, expression consacrée par les magazines féminins, chiens de garde du patriarcat, comme les psys de toutes obédiences, en faisant autre chose, une ou plusieurs belles carrières professionnelles ou militantes, en créant, en étant artiste, ou même juste un boulot alimentaire si on trouve à s'épanouir ailleurs. L'imagination au pouvoir que diable, ça changera pour une fois. Je sais qu'on va me reprocher de ne pas être dans la doxa, mais au fond, la propagande sociétale, les injonctions aux femmes ne font que mettre une domestique non rémunérée, une péone, une serve, à la disposition des hommes. Les serfs étaient des hommes et des femmes libres, au contraire des esclaves considérés comme des biens disposables, mais ils étaient attachés à un domaine où ils devaient des corvées contre protection -souvent illusoire- du Seigneur, et surtout en remboursement d'une dette inextinguible. Ca vous rappelle quelqu'une ? On se demande quelle dette paient les femmes, envers qui, et quand elles l'ont contractée ? Il me semble que la dette inextinguible de l'humanité, des hommes, c'est envers les femmes qu'ils en ont une. Il est temps de rembourser. Ou alors nous n'avons aucun avenir sur cette planète ni ailleurs. Nous allons disparaître dans les culs de basse fosse de l'HIStoire (mâle, ce sont les vainqueurs qui racontent l'HIStoire, les femmes sont les perdantes) et PERSONNE ne se souviendra de nous.
PS - Puisque j'ai déjà été tancée pour un tweet en ce sens, précision : ne suis pas bien entendu en train de déconseiller l'union entre hommes et femmes, je dis seulement que cela doit se faire avec prudence et que si on n'y arrive pas, c'est sans doute qu'on suit une pente individuelle, surtout, que ce n'est pas grave. Il n'y a aucune raison de paniquer, culpabiliser ni d'obéir aux normopathes mauvais conseilleurs, jamais payeurs.
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