Mary Daly publie en 1987 un Websters' First Intergalactic Wickedary of the English Language ou Premier malicieux* Dictionnaire Intergalactique de la langue anglaise.
Elles sont deux conjurées : Mary Daly, philosophe, auteure, professeure d'université, liguée avec une autre conspirationniste, Jane Caputi. En plus d'être méchant*, c'est absolument hilarant ! Évidemment, c'est truffé de jeux de mots en anglais, quelques-uns totalement intraduisibles, mais pour les définitions traduisibles, je vais me faire le plaisir (plaisir partagé, j'espère !) d'en publier quelques-unes de temps en temps. Déconseillé à celles et ceux qui n'ont pas le sens de la dérision si jamais il en passait par ici, mais j'en doute ! En voici une première livraison. A tout saigneur, tout honneur :
Patriarcat n 1 Société manufacturée et contrôlée par les mâles : terre des Pères ; société dans laquelle toute institution légitime est entièrement dans les mains des hommes et de quelques femmes acolytes soigneusement sélectionnées ; société caractérisée par l'oppression, la répression, la dépression, le narcissisme, la cruauté, le racisme, le classisme, l'âgisme, l'objectification, le sado-masochisme, la nécrophilie, société sans joie régulée par Dieu Père, Fils et Compagnie ; société fixée sur la prolifération, la propagation, la procréation et inclinée à la destruction de toute Vie. 2 : la religion prévalente sur la planète entière, dont le message essentiel est la nécrophilie.
Androlâtrie n : Culte du mâle, dogme et commandement fondamentaux de toutes les religions patriarcales. Exemple : "Cent femmes ne valent pas un seul testicule ". - Proverbe confucianiste.
Fraternité : Substitut transitoire et creux pour Amitié ; condition dépendant de l'urgence, de la violence et de l'existence de L'Ennemi ; les mâles fusionnant dans une extase commune de la perte ; liens de ceux qui malfonctionnent, mâle-fonctionnent comme les cellules dans un organisme militaire : camaraderie nécrophilique ; exemple de commentaire ridicule : "La femme est inapte à la dernière fusion. Aussi, la prochaine étape est-elle la fusion de l'homme pour l'amour de l'homme. Et c'est à l'approche de la mort, elle s'engloutit dans la mort ". D. H. Lawrence.
Paradis, patriarcal : [dérivé du Grec paradeisos, enclos... proche de l'Iranien pairi autour + daësa mur] : l'après-vie perpétuelle du Patriarcat, l'Etat de Mort-Vivant ; le parc d'a-musement dont les habitants sont perpétuellement enfermés à double tour dans les parkings du passé ; arène ; terrain de jeux des playboys, avant-scène. Exemple de commentaire intelligent : "Pouvez-vous imaginer être enfermée là-haut avec Adam pour toujours ? Je me suis enfuie tant qu'il était encore temps ! " Lillith in Never a Rib.
Maternité mâle 1 : Renversement fondamental caractéristique des mythes patriarcaux, ie, dieu le père créant le monde, Adam donnant naissance à Eve, Zeus mettant au monde Athéna. 2 : tentatives masculines de posséder les pouvoirs créatifs des femmes, résultant en de folles et destructrices simulations de maternité -exemplifiées par les activités des obstétriciens et des gynécologues. 3 : tentatives mâles de se générer eux-mêmes par des technologies reproductives nécrophiliques, qui réduisent les femmes à la condition d'incubateurs / vaisseaux, et qui sont de façon inhérente dirigées vers l'annihilation des femmes.
Boucher n : Celui qui tue de façon brutale, sanglante et sans
pitié ; un opérateur sanglant, spécialement celui dont les "succès" reçoivent reconnaissance professionnelle et prestige. Exemples a : Egaz Moniz, neurologiste portugais qui a inventé une opération chirurgicale appelée lobotomie pour laquelle il fut récompensé par un Prix Nobel de Médecine en 1949 ; b : Walter Freeman, psycho-chirurgien américain nommé le "doyen des lobotomistes" qui a popularisé l'opération. Freeman est bien connu des féministes pour avoir dit que les femmes lobotomisées font de bonnes ménagères.
Clonage n : domaine des clones : le monde de la mode, de la production de masse, de la reproduction mécanique, des tests et textes standardisés ; des chaînes de restaurants et de boutiques, et les processions incessantes et uniformes des mâle-traitants.
Lécheur de bottes : flatteur servile ; qui se prosterne devant l'Autorité ; déterminé à réussir, suivant la route habituelle du succès selon la mâle-traitance. Exemple de commentaire ridicule : "Le Pape Jean-Paul II a nommé sept évêques aujourd'hui ... Environ 10 000 personnes ont assisté à la prosternation des sept candidats sur le sol de la Basilique Saint-Pierre de Rome devant Jean-Paul II " - New-york Times - 7 janvier 1986.
Pour mes lectrices bilingues, je rajoute une courte définition en anglais pour leur donner un aperçu des jeux de mots de Mary Daly :
Bored, chairman of the : any bore-ocratically appointed bore who occupies a chair -a position which enables him to bore others all the more.
* Wicked : méchant mais aussi malicieux, à malices. Racine : mal. Les femmes sont le mal, l'Autre pour le Patriarcat. Wicked : même racine anglo-saxonne que Wit (intelligence, astuce, sagesse, bon sens...), d'où viennent witch (sorcière), Wiccen, Wicca, un mouvement animiste créé au XXème siècle.
Tous mes articles sur Mary Daly, philosophe féministe et lesbienne radicale.
(A suivre - To be continued).
Illustration de Sudie Rakusin dont les beaux dessins à l'encre de Chine illustrent le Dictionnaire.
dimanche 13 octobre 2013
mardi 8 octobre 2013
Violencia machista, violencia fascista !
Pendant que Bertrand Cantat fait la promo de son dernier album et que les medias lui réservent leur meilleur accueil, on peut écouter autre chose. Par exemple ce texte mis en musique et interprété par le groupe espagnol SKA-P qui fera moins de tapage en France. Je l'ai trouvé sur le dernier billet d'Isabel Alonso remerciant Catherine Ceylac pour sa déclaration faite à propos de Cantat dans "Thé ou café" du 5 octobre.
Il n'y a pas de fatalité : la violence machiste peut être combattue et les femmes peuvent refuser la victimisation et briser leurs chaînes ! Ça fait du bien à entendre. Je cite :
« Mientras la ley no te quiera escuchar y siga dormido ese juez Mientras el mundo no quiera cambiar, autodefensa mujer, autodefensa mujer, DEFIÉNDETE, DEFIÉNDETE… Enséñale tus dientes mujer. »
"Tant que la loi ne t’écoutera pas, Tant que le juge fermera les yeux, Tant que le monde refusera de changer, Autodéfense, Les filles, Autodéfense, Défendez-vous, Défendez-vous, Montrez leur les dents, Les filles…"
Ressources : Violences conjugales. Sans oublier, le cas échéant, le commissariat de police ou la gendarmerie les plus proches de votre domicile...
Il n'y a pas de fatalité : la violence machiste peut être combattue et les femmes peuvent refuser la victimisation et briser leurs chaînes ! Ça fait du bien à entendre. Je cite :
« Mientras la ley no te quiera escuchar y siga dormido ese juez Mientras el mundo no quiera cambiar, autodefensa mujer, autodefensa mujer, DEFIÉNDETE, DEFIÉNDETE… Enséñale tus dientes mujer. »
"Tant que la loi ne t’écoutera pas, Tant que le juge fermera les yeux, Tant que le monde refusera de changer, Autodéfense, Les filles, Autodéfense, Défendez-vous, Défendez-vous, Montrez leur les dents, Les filles…"
Ressources : Violences conjugales. Sans oublier, le cas échéant, le commissariat de police ou la gendarmerie les plus proches de votre domicile...
mercredi 2 octobre 2013
Petite revue de presse et de web : expansionnisme, prostitution, santé
"Partons crever sur Mars" dans le numéro 1109 de Charlie hebdo : interview de Carlo Rovelli, "pointure" en physique théorique. Il est candidat au projet Mars One qui récolte des fonds pour envoyer en 2023 une mission d'exploration sur Mars. Sans perspective de retour. Il nous ressert évidemment le vieux refrain de la tabula rasa, le nouveau départ sur une terre vierge, un "monde nouveau" sans marchandises, sans riches ni pauvres, sans hiérarchies, sans envie et sans haine. Il est d'autre part "pessimiste sur l'avenir de la planète : la Terre ne va pas très bien ces temps-ci", faisant la classique confusion anthropomorphique (bitocentrée) entre la Terre (qui s'en fout) et les humains qui sont dessus : "nous avons besoin d'une autre planète", s'exclame-t-il. Bref, rien que du connu, la colonisation d'autres terres inhérente à l'expansionnisme patriarcal sans frein, avec la fable d'un monde nouveau que nous promettent les vieux pères depuis toujours. Une fois qu'on a bien salopé un endroit, on va en salir un autre, en emportant avec soi ses illusions et ses mauvais penchants. Carlo Rovelli a une femme "qu'il aime et ce serait une preuve d'amour de sa part que d'accepter ses rêves". Ça marche toujours dans le même sens l'abnégation on dirait, le monde nouveau est mal barré. Bon, comme c'est un voyage one way ticket, on ne le reverra plus s'il arrive à partir, c'est déjà une vraie consolation.
Le débat sur la pénalisation des clients de prostituées, c'est parti ! Il est clivant et brouille les lignes de partage habituelles, ainsi ce tweet d'Ester Benbassa, élue sénatrice EELV qui est contre : elle partage l' article d'une philosophe "Madame Vallaud-Belkacem commence à m'excéder !" (Tous les liens du tweet sont cliquables).
A l'inverse, il y a le romantisme de la prostitution : la littérature, la poésie et le cinéma en regorgent, voir toute la filmographie de Buñuel, par exemple. Les "filles de joies" et leurs "poly-amoureux", quel lyrisme ! On ne va tout de même pas jeter toutes ces belles pages/images au panier. Les mecs sont perdus en Europe, les femmes n'y sont plus dragables ni soumises, allons chercher en Thaïlande ce plaisir de soumettre : Plateforme de Houellebecq, roman sur le tourisme sexuel. On a réussi à imposer des lois internationales pour éviter la prostitution des enfants ? Restons-en là : tout ce qui se passe entre adultes consentants est licite, disent les défenseur-e-s des clients, libéraux assumés.
Ces féministes réformistes libérales qui défendent le client, protégées par "leurs huit années après le bac" (c'est dans l'article) n'ont, elles, pas à faire de choix entre passer au chaud des poulets congelés à la caisse d'un supermarché, ou tailler trois pipes dans le froid, derrière le même supermarché, mais c'est plus vite fait et ça rapporterait plus gros ! En plus, tu es libérale et tu peux "concilier" vie de famille et travail, leur bataille emblématique ! Tu parles d'un choix ! On voit bien qu'elles n'ont jamais senti passer ce courant d'air froid du bout du rouleau quand on arrive à la fin de son allocation chômage et qu'à bout de ressources, on sent qu'il suffirait d'un rien pour basculer dans la rue et les expédients de survie qui vont avec ! On sait que les femmes sont pauvres partout, pauvreté voulue, organisée, maintenue, mais l'auteure de l'article ne se pose même pas la question des raisons de ce choix politique historique universel de la pauvreté des femmes. Être pauvre, il me semble, ça limite tout de même la liberté ! Alors oui, cent fois oui, il est temps de parler du client et de le responsabiliser.
L'infarctus moins bien détecté chez les femmes selon cet article du Devoir : les symptômes des femmes sont moins francs et moins douloureux que ceux des hommes. Du coup le diagnostic d'infarctus chez les femmes n'est pas posé. Or il est important d'intervenir rapidement pour éviter la nécrose du muscle cardiaque. Bien que la cause scientifique de cette différence ne soit pas établie, un article de Djezebel (en anglais) donne un début de réponse "Les femmes meurent parce que les docteurs pensent qu'elles ont l'air en bonne santé" ! Vous avez bien lu. En fonction de votre apparence, les médecins vous jugent : et de donner l'exemple de sa sœur maigrichonne qui se nourrit exclusivement de nuggets industriels vegan (elles sont toutes deux véganes) surchargés en graisse et le sien, celui d'une femme un peu en chair, donc réputée "grosse", quoique se nourrissant de façon plus variée, aspect qui provoque des batteries d'examens pour cause d'obésité ! Toujours ce jugement moral sur l'apparence des femmes ! Un conseil : si vous allez chez le médecin, évitez de vous pomponner, allez-y un peu comme les mecs, en geignant et sans vous être brossé les dents, hâve, dépenaillée, et d'apparence mal entretenue, vous aurez plus de chance qu'on s'intéresse à votre état de santé ! C'est un peu comme chez le percepteur : il vaut mieux y aller sapée en sacs à patates pour demander un délai pour le paiement de vos impôts, question de crédibilité. Et si vous trouvez qu'on ne vous prend décidément pas au sérieux alors que vous êtes vraiment inquiète, prétendez être végétarienne ou encore mieux végane (c'est mieux de l'être vraiment quand même !) : normalement vous mettrez le branle-bas de combat dans le cabinet par votre refus de la nécrophagie imposée par la société, provoquant des batteries d'examens complémentaires. Je parle d'expérience !
Le débat sur la pénalisation des clients de prostituées, c'est parti ! Il est clivant et brouille les lignes de partage habituelles, ainsi ce tweet d'Ester Benbassa, élue sénatrice EELV qui est contre : elle partage l' article d'une philosophe "Madame Vallaud-Belkacem commence à m'excéder !" (Tous les liens du tweet sont cliquables).
Article intéressant de @lmgaveriaux : "@najatvb veut pénaliser les clients de prostituées" #prostitution >http://t.co/kE8EYFW0mC @leplus_obsAh, le client, cet éternel absent, cet invisible, cet irresponsable, ce trou noir de l'industrie de la prostitution ! Les prostituées, elles, ont en parle : elles sont le mal, mais le tout à l'égout nécessaire à la bonne santé d'une société, le système de vidange impératif au bon fonctionnement social, selon Augustin, père (paire) de l'Eglise, mais celui qui va y vidanger ses trop-pleins n'est pas mentionné. Les prostituées sont l'Autre, cet ennemi nécessaire au Patriarcat pour garder le contrôle de leurs "honnêtes" femmes en stigmatisant le mal utile, celles qui doivent se sacrifier pour qu'il puisse garder les "honnêtes" femmes sous sa coupe. D'ailleurs, lors de ces micro-trottoirs dont la télé raffole, où on demande à Monsieur/ Madame Tout le monde, qui n'ont pas le plus petit élément de connaissance du dossier, les prostituées éviteraient par leur commerce aux honnêtes femmes d'avoir à subir des viols ! Idée fausse, mais très répandue.
— Esther Benbassa (@EstherBenbassa) September 24, 2013
A l'inverse, il y a le romantisme de la prostitution : la littérature, la poésie et le cinéma en regorgent, voir toute la filmographie de Buñuel, par exemple. Les "filles de joies" et leurs "poly-amoureux", quel lyrisme ! On ne va tout de même pas jeter toutes ces belles pages/images au panier. Les mecs sont perdus en Europe, les femmes n'y sont plus dragables ni soumises, allons chercher en Thaïlande ce plaisir de soumettre : Plateforme de Houellebecq, roman sur le tourisme sexuel. On a réussi à imposer des lois internationales pour éviter la prostitution des enfants ? Restons-en là : tout ce qui se passe entre adultes consentants est licite, disent les défenseur-e-s des clients, libéraux assumés.
Ces féministes réformistes libérales qui défendent le client, protégées par "leurs huit années après le bac" (c'est dans l'article) n'ont, elles, pas à faire de choix entre passer au chaud des poulets congelés à la caisse d'un supermarché, ou tailler trois pipes dans le froid, derrière le même supermarché, mais c'est plus vite fait et ça rapporterait plus gros ! En plus, tu es libérale et tu peux "concilier" vie de famille et travail, leur bataille emblématique ! Tu parles d'un choix ! On voit bien qu'elles n'ont jamais senti passer ce courant d'air froid du bout du rouleau quand on arrive à la fin de son allocation chômage et qu'à bout de ressources, on sent qu'il suffirait d'un rien pour basculer dans la rue et les expédients de survie qui vont avec ! On sait que les femmes sont pauvres partout, pauvreté voulue, organisée, maintenue, mais l'auteure de l'article ne se pose même pas la question des raisons de ce choix politique historique universel de la pauvreté des femmes. Être pauvre, il me semble, ça limite tout de même la liberté ! Alors oui, cent fois oui, il est temps de parler du client et de le responsabiliser.
L'infarctus moins bien détecté chez les femmes selon cet article du Devoir : les symptômes des femmes sont moins francs et moins douloureux que ceux des hommes. Du coup le diagnostic d'infarctus chez les femmes n'est pas posé. Or il est important d'intervenir rapidement pour éviter la nécrose du muscle cardiaque. Bien que la cause scientifique de cette différence ne soit pas établie, un article de Djezebel (en anglais) donne un début de réponse "Les femmes meurent parce que les docteurs pensent qu'elles ont l'air en bonne santé" ! Vous avez bien lu. En fonction de votre apparence, les médecins vous jugent : et de donner l'exemple de sa sœur maigrichonne qui se nourrit exclusivement de nuggets industriels vegan (elles sont toutes deux véganes) surchargés en graisse et le sien, celui d'une femme un peu en chair, donc réputée "grosse", quoique se nourrissant de façon plus variée, aspect qui provoque des batteries d'examens pour cause d'obésité ! Toujours ce jugement moral sur l'apparence des femmes ! Un conseil : si vous allez chez le médecin, évitez de vous pomponner, allez-y un peu comme les mecs, en geignant et sans vous être brossé les dents, hâve, dépenaillée, et d'apparence mal entretenue, vous aurez plus de chance qu'on s'intéresse à votre état de santé ! C'est un peu comme chez le percepteur : il vaut mieux y aller sapée en sacs à patates pour demander un délai pour le paiement de vos impôts, question de crédibilité. Et si vous trouvez qu'on ne vous prend décidément pas au sérieux alors que vous êtes vraiment inquiète, prétendez être végétarienne ou encore mieux végane (c'est mieux de l'être vraiment quand même !) : normalement vous mettrez le branle-bas de combat dans le cabinet par votre refus de la nécrophagie imposée par la société, provoquant des batteries d'examens complémentaires. Je parle d'expérience !
jeudi 26 septembre 2013
Vache à traire
L'entrepreneur de travaux publics-bétonneur Ramery veut diversifier ses activités : la construction de centres commerciaux, c'est marrant cinq minutes, mais comme ça sature le territoire et contribue à la France moche, il faut envisager autre chose. Une de ses diversifications, c'est le traitement de déchets via sa filiale Ramery environnement (repeinte en vert sur le site) ; la sous-filiale Carbiolane fait de la méthanisation de déchets organiques. Elle n'est pas la seule, Veolia a aussi son département de méthanisation d'effluents industriels : brasseries, abattoirs, pardon, agro-alimentaire, terminologie moins brutale. D'ailleurs, chez Veolia, la documentation s'appelle "De la pollution à l'énergie". Mais apparemment le seul traitement de déchets organiques existants, ça fait petit bras ! D'où sans doute l'idée d'en FABRIQUER, pour passer à la vitesse supérieure ?
Le dossier est sujet à controverse : même le Ministère de l'écologie n'y retrouve pas ses veaux ! Devant l'opposition de l'opinion publique au projet (une étable industrielle de 1000 vaches -plus 750 veaux- et une unité de méthanisation pour traiter le pipi et les bouses), le ministère de l'écologie préconise 3 scenarii au choix (accrochez-vous) :
- un atelier de 1000 vaches laitières sans unité de méthanisation.
- une unité de méthanisation sans atelier de vaches laitières.
- un atelier de 500 vaches laitières avec unité de méthanisation.
Ces trois scénarii sont faux-cul au possible : en effet, dans le premier, Ramery est éleveur (très éloigné de son métier d'origine et de son projet), dans le second scénario, Ramery est industriel de la méthanisation (plus dans ses cordes), dans le troisième, c'est moit-moit, le Ministère joue les Ponce Pilate, il ne s'oppose pas -dans les deux premier cas- et ne tranche jamais dans le 3ème. Mais Ramery qui a fait ses comptes, veut ses mille vaches où RIEN. Moi et les voisins du site, on serait plutôt pour RIEN. NOTHING. NADA.
Imaginez, dans un département, la Somme, où les troupeaux comptent en moyenne 80 vaches (un troupeau de 80 vaches, c'est déjà bien impressionnant !) et où le maximum c'est 200 bêtes, 1000 vaches (ou même 500), c'est le saut quantique industriel ! Imaginez 1000 vaches dans des bâtiments, nourries aux tourteaux de soja argentin ou brésilien, ne sortant JAMAIS pour aller à l'herbe, traites TROIS FOIS par jour, vêlant 7 ou 8 fois (il faut qu'elles aient un veau pour produire du lait), veau enlevé dès le lendemain de la mise bas, puis envoyées froidement à la réforme (à l'abattoir) après 8 lactations (huit vêlages, je traduis, car c'est comme ça qu'ils causent), c'est Orwell chez les vaches. Même si ça se fait déjà ailleurs à l'étranger, ça n'est pas une raison, on n'est pas obligés de suivre.
Déjà que vache laitière en pâture, ce n'est vraiment pas une sinécure, imaginez l'enfer concentrationnaire en bâtiment ! Outre l'aspect maltraitance aux animaux, cela produit des montagnes de déchets qui iraient donc alimenter un méthaniseur, lequel produirait des déchets ultimes (digestat de méthaniseur) qu'il faut épandre quelque part. C'est la loi actuelle : la surface d'épandage doit être proportionnelle à la taille du troupeau. La Baie de Somme est toute proche : site remarquable, réserve d'oiseaux, site touristique préservé : les deux sont incompatibles.
Dans ce projet, le lait devient un sous-produit du méthane : c'est pour produire du méthane qu'on fait vêler des vaches à marche forcée. Ramery projette de racheter les fermes des agriculteurs qui partent à la retraite ou cessent leur activité : Ramery prétend que le métier d'éleveur n'a d'avenir que comme sous-traitant aux ordres d'un industriel de la méthanisation. Selon Ramery, les vaches-machines sont des esclaves productrices de veaux et de lait pour enrichir un industriel du méthane et chauffer des habitations de riverains qui têteront le lait de vaches-chauffage. Il y a un moment où il faut dire les choses crûment : les représentants du Patriarcat sur terre n'auront jamais cessé d'améliorer leur concept-phare, l'exploitation des vaches à traire qui passent à portée.
Une association de riverains et d'opposants lutte contre ce projet de cauchemar : Novissen organise une manifestation samedi 28 septembre 2013 à 14 H à Drucat, près d'Abbeville (80). Ils espèrent y compter leurs sympathisants. Si vous habitez dans les parages, ou même plus loin, ce serait bien d'aller les soutenir. Vous pouvez aussi signer et faire signer leur pétition NON à la ferme-usine géante près d'Abbeville, suivre leur compte Twitter ou celui d'Agir pour l'Environnement, et poster votre soutien sur les réseaux sociaux dont vous êtes membres. Les animaux vous disent merci du fond du cœur !
Liens : Agir pour l'environnement : Libérez la vache qui pleure
Car au départ de Paris (L214, très ponctuels) Départ Gare de Lyon, ramassage Gare de l'Est
"Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il me souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes".
Louise Michel - 1830/1905 - Anarchiste, écrivaine, féministe.
Le dossier est sujet à controverse : même le Ministère de l'écologie n'y retrouve pas ses veaux ! Devant l'opposition de l'opinion publique au projet (une étable industrielle de 1000 vaches -plus 750 veaux- et une unité de méthanisation pour traiter le pipi et les bouses), le ministère de l'écologie préconise 3 scenarii au choix (accrochez-vous) :
- un atelier de 1000 vaches laitières sans unité de méthanisation.
- une unité de méthanisation sans atelier de vaches laitières.
- un atelier de 500 vaches laitières avec unité de méthanisation.
Ces trois scénarii sont faux-cul au possible : en effet, dans le premier, Ramery est éleveur (très éloigné de son métier d'origine et de son projet), dans le second scénario, Ramery est industriel de la méthanisation (plus dans ses cordes), dans le troisième, c'est moit-moit, le Ministère joue les Ponce Pilate, il ne s'oppose pas -dans les deux premier cas- et ne tranche jamais dans le 3ème. Mais Ramery qui a fait ses comptes, veut ses mille vaches où RIEN. Moi et les voisins du site, on serait plutôt pour RIEN. NOTHING. NADA.
Imaginez, dans un département, la Somme, où les troupeaux comptent en moyenne 80 vaches (un troupeau de 80 vaches, c'est déjà bien impressionnant !) et où le maximum c'est 200 bêtes, 1000 vaches (ou même 500), c'est le saut quantique industriel ! Imaginez 1000 vaches dans des bâtiments, nourries aux tourteaux de soja argentin ou brésilien, ne sortant JAMAIS pour aller à l'herbe, traites TROIS FOIS par jour, vêlant 7 ou 8 fois (il faut qu'elles aient un veau pour produire du lait), veau enlevé dès le lendemain de la mise bas, puis envoyées froidement à la réforme (à l'abattoir) après 8 lactations (huit vêlages, je traduis, car c'est comme ça qu'ils causent), c'est Orwell chez les vaches. Même si ça se fait déjà ailleurs à l'étranger, ça n'est pas une raison, on n'est pas obligés de suivre.
Déjà que vache laitière en pâture, ce n'est vraiment pas une sinécure, imaginez l'enfer concentrationnaire en bâtiment ! Outre l'aspect maltraitance aux animaux, cela produit des montagnes de déchets qui iraient donc alimenter un méthaniseur, lequel produirait des déchets ultimes (digestat de méthaniseur) qu'il faut épandre quelque part. C'est la loi actuelle : la surface d'épandage doit être proportionnelle à la taille du troupeau. La Baie de Somme est toute proche : site remarquable, réserve d'oiseaux, site touristique préservé : les deux sont incompatibles.
Dans ce projet, le lait devient un sous-produit du méthane : c'est pour produire du méthane qu'on fait vêler des vaches à marche forcée. Ramery projette de racheter les fermes des agriculteurs qui partent à la retraite ou cessent leur activité : Ramery prétend que le métier d'éleveur n'a d'avenir que comme sous-traitant aux ordres d'un industriel de la méthanisation. Selon Ramery, les vaches-machines sont des esclaves productrices de veaux et de lait pour enrichir un industriel du méthane et chauffer des habitations de riverains qui têteront le lait de vaches-chauffage. Il y a un moment où il faut dire les choses crûment : les représentants du Patriarcat sur terre n'auront jamais cessé d'améliorer leur concept-phare, l'exploitation des vaches à traire qui passent à portée.
Une association de riverains et d'opposants lutte contre ce projet de cauchemar : Novissen organise une manifestation samedi 28 septembre 2013 à 14 H à Drucat, près d'Abbeville (80). Ils espèrent y compter leurs sympathisants. Si vous habitez dans les parages, ou même plus loin, ce serait bien d'aller les soutenir. Vous pouvez aussi signer et faire signer leur pétition NON à la ferme-usine géante près d'Abbeville, suivre leur compte Twitter ou celui d'Agir pour l'Environnement, et poster votre soutien sur les réseaux sociaux dont vous êtes membres. Les animaux vous disent merci du fond du cœur !
Liens : Agir pour l'environnement : Libérez la vache qui pleure
Car au départ de Paris (L214, très ponctuels) Départ Gare de Lyon, ramassage Gare de l'Est
"Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu'il me souvienne l'horreur des tortures infligées aux bêtes".
Louise Michel - 1830/1905 - Anarchiste, écrivaine, féministe.
samedi 21 septembre 2013
Vouivre
Vouivre, Guivre, Gesvre, Sèvre, Vaisvre, Vivre, Vobera (celtique), Vipera (latin), Vuipre, Wiwer (alsacien) Nwyvre (breton), Wyvern (anglais), : femme-serpent, femme-dragon. Mélusine. Lorelei.
Créature, divinité des eaux, des fontaines, des lacs, des grottes souterraines, femme associée au monde souterrain et à la terre nourricière, serpent terrestre que l'église chrétienne a associé au mal, à l'instar des femmes qu'elle a associées au péché :
Femme aux cheveux flottants, vieille, chatelaine, Mère Lusine, ondine, Dame Verte, fée des eaux, escarboucle du dragon et des connaissances secrètes.
Force tellurique, puissance de germination de la Terre.
Difficile de ne pas penser qu'elle a inspiré l'artiste qui a créé la sculpture, en voyant cette déesse endormie (sleeping goddess) du Lost Garden of Heligan en Cornouailles (Cornwall) :
Le repère mythologique de la Vouivre, ce sont les grandes déesses primordiales, celles d'avant le dieu unique, mâle et barbu des hommes, la déesse solaire qui a été contrainte de laisser sa place en se réfugiant dans la nuit et dans les grottes souterraines. Elle est de tous les époques et de toutes les géographies : Tiamat, la babylonienne, Isis l'égyptienne, Echidna la Scythe, Médée la Caucasienne, Eurynommé et Delphyné les Pélasges, Lamia la Lybienne, les Gorgones grecques, Epona la Gauloise, Niou-Koua la Chinoise, Jörmungandr la Scandinave et Coatlicue l'Aztèque : toutes terrestres et serpentines, défendant leurs trésors au fond des océans, des grottes et des sources. Et attendant des jours meilleurs ? Qui sait...
Avertissement sans frais : sa colère et sa revanche ne sont peut-être plus si éloignées.
"De source en fontaine, de lac en rivière; de brume en puits d'enfer, la Vouivre vole, nage, tourbillonne. Certains pensent qu'elle est une personnification des eaux souterraines ou apparentes ; d'autres disent que la Loue ou l'Areuse, rivières capricieuses, sont la Vouivre en personne qui inonde villes et villages, et change à son gré le cours de son lit. Dans certaines légendes, elle menace de provoquer un déluge qui inondera un jour la terre, si les hommes attisent sa colère.
On la rencontre dans les étangs dont les eaux glauques lui assurent un refuge. Elle hante les prairies inondables, ces lieux appelés la vaivre, la vesvre, la vavre. Elle habite les sources intermittentes, ces endroits appelés combe, fontaine ou parfois trou de la Vouivre. Elle affectionne les résurgences comme dans le récit du Pot Bleu. Sa mort entraîne l'assèchement des lacs et la disparition de l'eau."
In "L'oeil de la Vouivre" récits mythologiques par Edith Montelle - Editions de l'Est.
Je suis tentée de mettre en conclusion de ce billet, ce court texte, extrait du récit épique de Monique Wittig, Les Guérillères, texte qui propose une contre-mythologie, féministe celle-ci.
"Elles disent qu'elles ont la force du lion la haine du tigre la ruse du renard la patience du chat la persévérance du cheval la ténacité du chacal. Elles disent, je serai la vengeance universelle. Elles disent, je serai l'Attila de ces féroces despotes, causes de nos pleurs et de nos souffrances. Elles disent, et quand par bonheur toutes voudront se rallier à moi, chacune sera Néron également et mettra le feu dans Rome. Elles disent, guerre, à moi. Elles disent, guerre, en avant. Elles disent qu'une fois qu'elles auront les armes à la main elles ne les abandonneront pas. Elles disent qu'elles secoueront le monde comme la foudre et le tonnerre." Les Guérillères. Monique Wittig.
Créature, divinité des eaux, des fontaines, des lacs, des grottes souterraines, femme associée au monde souterrain et à la terre nourricière, serpent terrestre que l'église chrétienne a associé au mal, à l'instar des femmes qu'elle a associées au péché :
Femme aux cheveux flottants, vieille, chatelaine, Mère Lusine, ondine, Dame Verte, fée des eaux, escarboucle du dragon et des connaissances secrètes.
Force tellurique, puissance de germination de la Terre.
Difficile de ne pas penser qu'elle a inspiré l'artiste qui a créé la sculpture, en voyant cette déesse endormie (sleeping goddess) du Lost Garden of Heligan en Cornouailles (Cornwall) :
Le repère mythologique de la Vouivre, ce sont les grandes déesses primordiales, celles d'avant le dieu unique, mâle et barbu des hommes, la déesse solaire qui a été contrainte de laisser sa place en se réfugiant dans la nuit et dans les grottes souterraines. Elle est de tous les époques et de toutes les géographies : Tiamat, la babylonienne, Isis l'égyptienne, Echidna la Scythe, Médée la Caucasienne, Eurynommé et Delphyné les Pélasges, Lamia la Lybienne, les Gorgones grecques, Epona la Gauloise, Niou-Koua la Chinoise, Jörmungandr la Scandinave et Coatlicue l'Aztèque : toutes terrestres et serpentines, défendant leurs trésors au fond des océans, des grottes et des sources. Et attendant des jours meilleurs ? Qui sait...
Avertissement sans frais : sa colère et sa revanche ne sont peut-être plus si éloignées.
"De source en fontaine, de lac en rivière; de brume en puits d'enfer, la Vouivre vole, nage, tourbillonne. Certains pensent qu'elle est une personnification des eaux souterraines ou apparentes ; d'autres disent que la Loue ou l'Areuse, rivières capricieuses, sont la Vouivre en personne qui inonde villes et villages, et change à son gré le cours de son lit. Dans certaines légendes, elle menace de provoquer un déluge qui inondera un jour la terre, si les hommes attisent sa colère.
On la rencontre dans les étangs dont les eaux glauques lui assurent un refuge. Elle hante les prairies inondables, ces lieux appelés la vaivre, la vesvre, la vavre. Elle habite les sources intermittentes, ces endroits appelés combe, fontaine ou parfois trou de la Vouivre. Elle affectionne les résurgences comme dans le récit du Pot Bleu. Sa mort entraîne l'assèchement des lacs et la disparition de l'eau."
In "L'oeil de la Vouivre" récits mythologiques par Edith Montelle - Editions de l'Est.
Je suis tentée de mettre en conclusion de ce billet, ce court texte, extrait du récit épique de Monique Wittig, Les Guérillères, texte qui propose une contre-mythologie, féministe celle-ci.
"Elles disent qu'elles ont la force du lion la haine du tigre la ruse du renard la patience du chat la persévérance du cheval la ténacité du chacal. Elles disent, je serai la vengeance universelle. Elles disent, je serai l'Attila de ces féroces despotes, causes de nos pleurs et de nos souffrances. Elles disent, et quand par bonheur toutes voudront se rallier à moi, chacune sera Néron également et mettra le feu dans Rome. Elles disent, guerre, à moi. Elles disent, guerre, en avant. Elles disent qu'une fois qu'elles auront les armes à la main elles ne les abandonneront pas. Elles disent qu'elles secoueront le monde comme la foudre et le tonnerre." Les Guérillères. Monique Wittig.
samedi 14 septembre 2013
Laïcité
En Italie, où l'état entretient un rapport particulier avec le Vatican,
7 gynécologues sur 10 se déclarent "objecteurs de conscience" vis à vis de l'IVG. En Russie, Poutine qui a bien compris que son pouvoir séculier était mieux garanti par l'obscurantisme religieux qui promet le bonheur dans un hypothétique au-delà en échange de l'acceptation de votre sort ici et maintenant, s'allie au Patriarcat de Moscou pour justifier sa politique étrangère et imposer ses lois les plus répressives vis à vis des homosexuels. En Arabie Saoudite, état religieux, vous ne pouvez pas célébrer les fêtes chrétiennes puisque les religions sont clivantes : chacune détient "LA" vérité, vous vous soumettez ou vous mourez, ou minimum vous rasez les murs, encore bien heureux qu'on vous laisse vivre.
La laïcité, ou la sororité/fraternité anonyme :
le retour du religieux est un échec de la fraternité.
Quel système vous garantit le droit de pratiquer votre culte sans se recommander d'aucun ? La laïcité. Dans l'intimité, vous pratiquez votre religion, dans l'espace public vous vivez en bonne entente avec les autres citoyens qui n'ont pas plus que vous l'obligation de justifier ou non d'appartenir à une communauté religieuse. Savoir, croyance et opinion sont clairement scindés et renvoyés chacun à leur espace. La laïcité vous garantit que "la loi est la même pour tous, que le fait d'être croyant ne vous ouvre pas des droits à des statuts particuliers, ou des dérogations à la loi " (ni d'ailleurs ne vous prive de vos droits parce qu’embrassant une religion ou adhérant à une croyance), dit Caroline Fourest dans une éclairante interview où elle rappelle que le danger vient de l'intégrisme catholique et que l'extrême-droite détourne la laïcité pour faire avancer ses idées. Dans l'agora de délibération qu'est le Parlement, pour fabriquer une loi, un représentant qui a des convictions religieuses doit passer par un argumentaire rationnel qui invoque l'intérêt général, sans référence à un argument d'autorité d'inspiration religieuse.
L'excellente Dounia Bouzar, anthropologue, spécialiste du fait religieux, qu'on voit régulièrement à C dans l'air sur France 5, propose ses solutions de bons sens pour l'application du Code du travail dans le cas de revendications religieuses.
Et puis, Carine Delahaie, porte-parole de Femmes Solidaires, parle de féminisme et de laïcité : "Le féminisme, c'est un mode de pensée et de vie fondé sur l'égalité. Aucune religion ne prône ce discours". Elle rappelle que "le relativisme culturel n'est rien d'autre que du racisme dans ce qu'il représente de pire". C'est dire "qu'une femme qui n'est pas de la même culture que vous, peut ne pas avoir les mêmes droits que vous...", ou encore que "les femmes qui sont d'un autre pays que le nôtre n'ont pas le cerveau assez bien formé pour comprendre ce que nous sommes capables de comprendre" ! Difficile, en effet, de faire plus raciste qu'en défendant le différentialisme culturel.
Voilà, je crois que ce hors-série de Charlie Hebdo est très complet sur une notion de plus en plus attaquée, alors qu'on croyait le combat définitivement terminé. Il fait un état des lieux, en France comme à l'étranger. Il souligne les entorses historiques à la laïcité en France, tel le statut concordataire d'Alsace-Moselle et l'exception de l'enseignement privé. Il rappelle que les Printemps arabes se sont faits contre des autocrates, mais aussi contre des sociétés étouffantes où les coutumes et l'arbitraire religieux dictent le quotidien. Je n'ai fait qu'un très court résumé de ce dense numéro que je vous recommande.
Quatrième de couv ' :
"A quoi bon défendre la laïcité ? Ça fait belle lurette que la République a gagné le combat contre ces curetons qui rêvaient d'imposer leurs vues au pays ! 1905 ! Depuis, 1905, le match est fini. Que peuvent encore quelques fous de Dieu contre l'invincible et éternelle laïcité ? Laissons-les revendiquer ce qu'ils veulent, ils se fatigueront tout seuls... Un bâtiment qu'on n'entretient pas tombe en ruine, un muscle dont on ne se sert plus s'atrophie, une idée dont on ne se rappelle pas le sens sera oubliée. La laïcité, c'était hier encore le boulevard neutre sur lequel un croyant pouvait croiser un athée sans lui taper dessus. Et inversement. C'est devenu un chemin envahi de ronces sur lequel on ne rencontre plus grand monde, à part les taupes du Front National. Elles minent le terrain. Comment expliquer que la laïcité, qui nous paraît si vieille, est en réalité une idée nouvelle en France et dans le monde ? En demandant simplement à ses défenseurs : la laïcité, c'est par où ?"
7 gynécologues sur 10 se déclarent "objecteurs de conscience" vis à vis de l'IVG. En Russie, Poutine qui a bien compris que son pouvoir séculier était mieux garanti par l'obscurantisme religieux qui promet le bonheur dans un hypothétique au-delà en échange de l'acceptation de votre sort ici et maintenant, s'allie au Patriarcat de Moscou pour justifier sa politique étrangère et imposer ses lois les plus répressives vis à vis des homosexuels. En Arabie Saoudite, état religieux, vous ne pouvez pas célébrer les fêtes chrétiennes puisque les religions sont clivantes : chacune détient "LA" vérité, vous vous soumettez ou vous mourez, ou minimum vous rasez les murs, encore bien heureux qu'on vous laisse vivre.
La laïcité, ou la sororité/fraternité anonyme :
le retour du religieux est un échec de la fraternité.
Quel système vous garantit le droit de pratiquer votre culte sans se recommander d'aucun ? La laïcité. Dans l'intimité, vous pratiquez votre religion, dans l'espace public vous vivez en bonne entente avec les autres citoyens qui n'ont pas plus que vous l'obligation de justifier ou non d'appartenir à une communauté religieuse. Savoir, croyance et opinion sont clairement scindés et renvoyés chacun à leur espace. La laïcité vous garantit que "la loi est la même pour tous, que le fait d'être croyant ne vous ouvre pas des droits à des statuts particuliers, ou des dérogations à la loi " (ni d'ailleurs ne vous prive de vos droits parce qu’embrassant une religion ou adhérant à une croyance), dit Caroline Fourest dans une éclairante interview où elle rappelle que le danger vient de l'intégrisme catholique et que l'extrême-droite détourne la laïcité pour faire avancer ses idées. Dans l'agora de délibération qu'est le Parlement, pour fabriquer une loi, un représentant qui a des convictions religieuses doit passer par un argumentaire rationnel qui invoque l'intérêt général, sans référence à un argument d'autorité d'inspiration religieuse.
L'excellente Dounia Bouzar, anthropologue, spécialiste du fait religieux, qu'on voit régulièrement à C dans l'air sur France 5, propose ses solutions de bons sens pour l'application du Code du travail dans le cas de revendications religieuses.
Et puis, Carine Delahaie, porte-parole de Femmes Solidaires, parle de féminisme et de laïcité : "Le féminisme, c'est un mode de pensée et de vie fondé sur l'égalité. Aucune religion ne prône ce discours". Elle rappelle que "le relativisme culturel n'est rien d'autre que du racisme dans ce qu'il représente de pire". C'est dire "qu'une femme qui n'est pas de la même culture que vous, peut ne pas avoir les mêmes droits que vous...", ou encore que "les femmes qui sont d'un autre pays que le nôtre n'ont pas le cerveau assez bien formé pour comprendre ce que nous sommes capables de comprendre" ! Difficile, en effet, de faire plus raciste qu'en défendant le différentialisme culturel.
Voilà, je crois que ce hors-série de Charlie Hebdo est très complet sur une notion de plus en plus attaquée, alors qu'on croyait le combat définitivement terminé. Il fait un état des lieux, en France comme à l'étranger. Il souligne les entorses historiques à la laïcité en France, tel le statut concordataire d'Alsace-Moselle et l'exception de l'enseignement privé. Il rappelle que les Printemps arabes se sont faits contre des autocrates, mais aussi contre des sociétés étouffantes où les coutumes et l'arbitraire religieux dictent le quotidien. Je n'ai fait qu'un très court résumé de ce dense numéro que je vous recommande.
Quatrième de couv ' :
"A quoi bon défendre la laïcité ? Ça fait belle lurette que la République a gagné le combat contre ces curetons qui rêvaient d'imposer leurs vues au pays ! 1905 ! Depuis, 1905, le match est fini. Que peuvent encore quelques fous de Dieu contre l'invincible et éternelle laïcité ? Laissons-les revendiquer ce qu'ils veulent, ils se fatigueront tout seuls... Un bâtiment qu'on n'entretient pas tombe en ruine, un muscle dont on ne se sert plus s'atrophie, une idée dont on ne se rappelle pas le sens sera oubliée. La laïcité, c'était hier encore le boulevard neutre sur lequel un croyant pouvait croiser un athée sans lui taper dessus. Et inversement. C'est devenu un chemin envahi de ronces sur lequel on ne rencontre plus grand monde, à part les taupes du Front National. Elles minent le terrain. Comment expliquer que la laïcité, qui nous paraît si vieille, est en réalité une idée nouvelle en France et dans le monde ? En demandant simplement à ses défenseurs : la laïcité, c'est par où ?"
mardi 10 septembre 2013
Diane, Chasseresse de violeurs
État de Chihuahua, Mexique : Ciudad Juarez, 2 millions d'habitants. Depuis la fin des années 90, début des années 2000, la ville de Juarez a la douteuse réputation de capitale mondiale du crime contre les femmes. Les chiffres sont incertains : entre 400 et 4 000 pour la période de 93 à 2003. Ce qui est certain en revanche, c'est que des corps de femmes sont régulièrement trouvés dans les sables du désert, et que des dizaines de femmes ont disparu sur le chemin de leur travail, sans qu'aucun signalement aboutisse à les retrouver. Ville frontalière entre Nord du Mexique et sud des Etats-Unis, Juarez est représentative de la mondialisation économique : des maquiladores (manufactures) à la recherche de main d’œuvre meilleur marché qu'en Europe ou qu'aux USA, attirent des jeunes femmes en quête d'émancipation économique, de liberté, hors du sacro-saint mariage et du foyer où les maris cognent, dans un pays où la violence machiste maritale est considérée comme "habituelle". Ces maquiladores sont dans des zones industrielles éloignées du centre ville, mal desservies par des bus, et les ouvrières doivent faire des kilomètres pour aller travailler -et retour- dans des zones mal éclairées en bordure du désert. Vous rajoutez la frustration masculine de voir "Bobonne" échapper à son destin de ménagère mal mariée, assommée d'enfants, gagnant à la force du poignet son pouvoir de dire NON au tellement désirable mariage-horizon ménager indépassable pour les femmes, ou de se barrer à la première (ou la cinquantième) gifle !
Pour compléter le tableau, le pays est affligé des pires cartels mafieux du crime, la police est totalement corrompue, donc inefficace, le gouvernement fédéral (le Mexique est une fédération d'états comme sa puissante voisine, les USA, et sa constitution est quasi copiée/collée de l'américaine) est impuissant dans son exercice de police dans l'Etat de Chihuahua, qui a son gouverneur et ses propres services. Quelques indices laissent aussi à penser qu'un ou plusieurs tueurs en série venant de la ville américaine voisine, El Paso, Texas, auraient sévi à la charnière des années 90/2000. Maris cogneurs au sud du Rio Grande, sociopathes au nord ! On a aussi parlé de meurtres "récréatifs" des barons des puissants cartels du crime. Bref, quand la société se désintéresse du sujet et que la police ne fait pas son travail, TOUS les criminels opportunistes peuvent venir déposer des cadavres de femmes, y compris des victimes de violence conjugale, sur les collines et dans le désert où on les retrouve après des mois, inidentifiables. Si le sujet vous intéresse, deux enquêtes très documentées sont disponibles sous les titres suivants (dont j'ai tiré les informations ci-dessus) : La ville qui tue les femmes - Enquête à Ciudad Juarez de Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal ou encore Des os dans le désert de Sergio Gonzalez Rodriguez, tous trois journalistes enquêteurs. Gonzales Rodriguez devient d'ailleurs un des personnages du dernier roman de Roberto Bolaño, 2666, chef d’œuvre absolu racontant un siècle criminel, le 20ème siècle, qui vient mourir dans le désert de Sonora, avec ses multiples cadavres de femmes à l'aube du 21ème. J'ai lu les trois et je les recommande : ils sont dans toutes les bonnes bibliothèques !
Mais où veux-je en venir avec ma Diane Vengeresse ?
Il se trouve que la police du Mexique et celle de l'Etat de Chihuahua qui n'avaient guère remué leurs gros derrières (gros comme le Mexique) à propos de ces crimes, viennent d'enregistrer deux meurtres commis par une femme de Juarez sur deux conducteurs de bus. Une balle dans la tête à chacun, au motif que ce seraient des violeurs impunis. Elle revendique s'appeler "Diana", et des mails sont parvenus aux médias, provenant de "Diane la Chasseuse de chauffeurs de bus", sans qu'on puisse prouver qu'il ne s'agisse pas d'un hoax (canular) opportuniste ! "Moi, et d'autres femmes, avons souffert en silence, mais nous ne pouvons plus rester tranquilles désormais", disent ces mails. "Nous avons été victimes des chauffeurs des équipes de nuit sur la route des maquilas. Je suis l'instrument de la vengeance pour de nombreuses femmes" ajoute-t-elle.
Bon, le meurtre et l'assassinat sont punis par la loi. Nulle ne peut se faire justice, on est d'accord. Mais quand l'état, dépositaire régalien des fonctions de police et de justice, chargé de la sécurité de TOUSTES ses citoyen-nes regarde ailleurs après de tels crimes, il est forcé que cela arrive. Et des chauffeurs violeurs terrorisés, des femmes soulagées, et la police corrompue bien emmerdée, c'est quand même bon à prendre. C'est vrai que pour une telle série de meurtres perpétrés dans l'apathie générale, il y avait de quoi vraiment s'énerver ! Voilà où on arrive quand les élémentaires service de police et de justice ne fonctionnent plus !
Diana chasseuse de chauffeurs de bus, instille la peur et le respect à Ciudad Juarez - Guardian -en anglais
I am Diana the Hunter and I take revenge for sexual assaults by bus drivers on female passengers - Daily mail -en anglais.
"Diana la chasseresse" venge les victimes de viol - News Republic -en français.
12 cas de viols examinés par la police pour tenter de trouver la suspecte parmi les victimes - La Presse Canada -en français. On examine les cas de viol juste pour trouver la coupable présumée de meurtres de violeurs. Bravo, la police mexicaine !
Une cavalière surgie de la nuit : Zorra !
jeudi 5 septembre 2013
Appel citoyen contre l'incitation au viol sur Internet
Incitation au viol sur un site de
coaching en séduction
Signalement publié sur internet
par une dizaine de blogs le 05/09/2013
Nous, militantes féministes et
citoyennes, avons récemment dénoncé un site de
coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site
d'apprentissage des techniques de « pick up artist », à
savoir « artiste de la drague ». Il s'agit de techniques
de
« drague » et de conseils en matière de
sexualité. Le site est géré par la société
SBK Coaching, et génère du profit grâce à
la vente de livres numériques (« e-books »).
L'indignation s'est focalisée
sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé
« Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE »,
il nous apparait en réalité comme une incitation au
viol, particulièrement toxique en raison de l'aspect éducatif
du site.
Nous estimons que les propos sont
explicites : pour bien « baiser », l’important est de
ne pas tenir compte du consentement de sa
« partenaire ».
Une capture d'écran est conservée ici. Les extraits les
plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au
Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké.
Cet article a été écrit
par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneuret écrivain. Le directeur de publication du site se fait
appeler Kamal. Il ne s’agit pas d’un petit blog
isolé. D'après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jour, le chiffre d’affaire de la société
« SBK Coaching » est de l’ordre de 10 000 euros par mois. Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France, et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues. Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l'heure où nous écrivons cette lettre.
« SBK Coaching » est de l’ordre de 10 000 euros par mois. Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France, et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues. Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l'heure où nous écrivons cette lettre.
Depuis 2012, cet article a également
été signalé en vain au Ministère de l'Intérieur. Pourquoi la
loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème
managérial (manque de moyens pour traiter tous les
signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et
sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie
en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette
tribune une plainte au Procureur de la République concernant
le délit d'incitation au viol en ligne sur la page signalée. Appel aux autorités et aux
acteurs du web : stopper la misogynie en ligne
Ceci dit, notre objectif n’est pas de
nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge,
mais sur l'ensemble de la misogynie globalement répandue sur
l'espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs
complices se sentent autorisés, en toute impunité, à
exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression,
non-assistance à personne en danger, recel de médias à
caractère pédo-criminel...). Leurs victimes sont
réduites au silence ou humiliées à l'échelle
planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de
leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils
encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité
envers les victimes ? Certainement à cause d'un amalgame
toxique entre sexualité et violence érotisée
(culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation
du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.
Or le sexisme en ligne n'a rien de
virtuel : le harcèlement subi par des personnalités
connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le
rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou
les proxénètes, l'omniprésence des images de
femmes hypersexualisées et objectivées, dans les
contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux –
clichés parfois pris à l'insu du sujet, l'humour
sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les
discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants
à l'égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone
notamment, des voix se sont élevées pour exposer
l'ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions
concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a
permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but
d'améliorer les systèmes d'identification et de modération des discours de haine misogyne.
Côté français,
l'incitation à haine, à la discrimination ou à
la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24. Nous exigeons que l’alinéa 7 soit
appliqué, à savoir que l’incitation à la
violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du
handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une
modification de l’alinéa 6 de cette même loi
(concernant l'incitation à la discrimination et à la
haine) pour qu'il soit étendu au sexisme. Actuellement, seules
sont concernées les discriminations et la haine motivées
par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs
publics à mettre en place une plateforme dédiée
au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des
acteurs du web sur le sujet, et à l'accompagnement des
victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur
Internet.
Nous appelons également les
entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre
en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme
sur Internet, en coopération avec la société
civile.
Collectif féministe et citoyen
Plainte au Procureur
Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la
présente à vous signaler les faits délictueux
visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la
Presse qui punit de "cinq ans d’emprisonnement et de 45 000
euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué,
dans le cas où cette provocation n’aurait pas été
suivie d’effet, à commettre l’une des infractions
suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes
volontaires à l’intégrité de la personne et
les agressions sexuelles définies par le livre II du code
pénal".
Sur le site Seduction By Kamal, cette
page (URL : www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser - capturesd’écran ci-joint) intitulée "Comment Bien Baiser
: les 3 Secrets du Hard SEXE" constitue une apologie du viol et
une incitation à la violence contre les femmes. Quelques
extraits explicites :
• "Montrez-lui qu’elle n’a
pas vraiment le choix"
• "Attaquez sa poitrine"
• "créer rapidement une
image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il
veut".
• "vous décidez [...]
tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire)"
• "perdre tout contrôle de
la situation est un "turn on" majeur pour les femmes".
• "appliquez-vous à aller
en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le
décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un
phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais
une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à
vous et vous demandera de la défoncer [...] c’est ça
en fait la véritable notion du fameux "BIEN BAISER".
• "Imposez votre puissance".
• "Donnez des ordres et soyez
inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement,
vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche…
La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre
vers votre sexe afin d’affirmer votre posture."
• "Si seulement vous saviez
combien de femmes rêvent de se faire démonter par un
inconnu au chibre géant".
• "Cette méthode est
relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène
chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce
qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup."
• "Ne lui demandez pas si vous
pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le
!"
• "il vous suffit [...] de
laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle
du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par
des coups de boutoir infligés."
• "ne vous refusez rien".
Nous avons signalé ce lien à
internet-signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce
que de droit.
Copie à
Monsieur Manuel Valls, Ministre de
l'Intérieur
Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des
Droits des femmes,
Madame Christiane Taubira, Garde des
Sceaux, Ministre de la Justice
Haut Conseil à l'Egalité
entre les Femmes et les Hommes
Observatoire des Inégalités
Le Monde
Le Figaro
Médiapart
Rue 89
Libération
Les Nouvelles News
Slate
Fédération Nationale
Solidarité Femmes
jeudi 29 août 2013
Féministe et végétarienne
Pourquoi suis-je végétarienne (ou vegan) et féministe ? Pourquoi le féminisme et le végétarisme me paraissent-ils aller de pair ?
Le sexisme et le spécisme sont à l'origine de deux sortes d'objectivations et d'exploitations, ils sont tous deux des racismes, sans doute les premiers, puisque ce sont les deux différences qu'on a sous les yeux sans être jamais sorti de chez soi. Les féministes s'opposent à la misogynie et aux hiérarchies patriarcales : nous réclamons l'égalité plutôt que le contrôle. Les antispécistes végétariens rejettent ces mêmes objectivations et subjugations pour les animaux. Ils en dénoncent l'exploitation, au motif qu'ils ne nous appartiennent pas et que leur exploitation pose une question de morale.
Les femmes, sans doute affamées durant la proto-histoire, puis servant les hommes, se tenant debout pendant qu'ils mangent et qui, ensuite, prennent leur repas avec les restes quand ces derniers ont quitté la table : cela se passait ainsi dans les campagnes françaises au début du siècle dernier. Aux hommes la part du lion, aux femmes les restes, quand les hommes sont nourris et repus.
Stéréotypes sexistes autour de la nourriture : les femmes cuisent au four, les hommes grillent, occasionnellement, car de tous temps, la cuisine est la place dévolue aux femmes. Et, bien entendu, nous préfèrerions les salades et les pâtisseries au chocolat, pendant qu'eux auraient BESOIN de nourritures plus viriles, plus corsées et pimentées : sexisme de la nourriture.
Corps des femmes soumis aux diktats des structures patriarcales : diktat de la minceur, voire de la maigreur, anathème sur les "grosses", soupçonnées de non-contrôle et d'intempérance, de mauvaise santé. Les hommes peuvent s'empiffrer, les femmes doivent "garder la ligne" sous peine de jugements moraux humiliants. Le corps des femmes (leur champ de bataille à table aussi : il n'y a pas que le contrôle sexuel) est entièrement livré aux structures patriarcales : presse féminine, publicité, médecine, cinéma..., toutes les productions culturelles véhiculent ce message. Trop ceci, trop cela, jamais bien. Femmes réduites à une apparence, avec les troubles alimentaires que cela provoque : anorexies, boulimies, modes idiotes comme en ce moment le thigh gap, recours à la chirurgie esthétique pour ressembler à des standards inaccessibles, car générés par une imagerie faite de retouches informatiques, l'arnaque absolue.
Corps de femmes objectivés et déréalisés -comme celui des animaux dans la viande. Corps réduits à la marchandise, fractionnés en morceaux dans l'industrie du sexe : pornographie et prostitution. Corps de femmes sans tête de la publicité.
"Nous n'allons plus pendre les femmes comme des pièces de viande"- Larry Flint
Dernier numéro tout viande de Hustler Magazine Juin 1978
Viande érotisée : femmes se léchant les lèvres ou les doigts de façon lascive dans toutes les publicités alimentaires, à moins qu'un rappel péremptoire ne leur ordonne de nourrir correctement (avec des steaks Charal) leurs garçons "qui font du sport et se dépensent, eux" !
L'élevage est l'exploitation exclusive du corps des femelles animales, les mâles étant considérés comme inutiles, voire parasites et gênants, ils sont massivement mis à mort dès leur naissance, quand on ne peut les utiliser (jeunes) pour leur viande. Femelles animales entassées dans des espaces concentrationnaires : poules pondeuses et truies en cage, vaches en bâtiments, assignées à la reproduction , violées, inséminées par un technicien, coincées dans une stalle, puis impitoyablement envoyées à l'abattoir (leur seul voyage où elle verront une seule et unique fois le soleil) quand elles seront bien épuisées par les gestations et les mise-bas, leur corps fatigués déclassés en plats cuisinés, bouillons et ingrédients culinaires. Les vaches, très maternelles, sont privées de leur veau dès la naissance pour que l'éleveur puisse bénéficier du lait.
Les veaux sont envoyés à l'abattoir, maltraités par des hommes insensibles, déshumanisés, sans empathie, qui les frappent, comme dans la vidéo ci-dessous prise par une caméra australienne : elle est en anglais mais les images parlent d'elles-mêmes !
Alors oui, il existe bien une superposition d'oppressions : sexisme, spécisme, renvoi à l'altérité par la création de l'Autre (cf billet prédédent), négation de sa qualité d'être sensible, souffrant, (humain pour les femmes), l'exploitation infernale de la force de travail des femmes et du corps des femelles animales forment consensus. Ils ne valent rien : une fois épuisés au travail, on les jette pour les remplacer par de plus jeunes et de plus alertes. D'ailleurs, on organise des concours de beauté et des foirails où l'on montre les plus beaux spécimens, avec distribution de prix et d'écharpes ! Et le cycle infernal peut recommencer.
Oui, la question de comment nourrir l'humanité à 9 milliards, alors que 70 à 80 % des femmes de la planète sont des productrices agricoles, sans accès à la propriété, aux financements ni aux machines qui permettent une meilleure productivité, oui, cette question est une question féministe. Est-ce raisonnable de nourrir des milliards d'animaux avec des céréales et des légumineuses que nous pouvons manger nous-mêmes, accaparant les meilleures terres, détruisant des paysages et polluant l'environnement comme le fait l'agriculture industrielle productiviste dominée par les hommes ? Est-ce raisonnable de faire couler le sang de milliards d'animaux juste pour manger sa côte de bœuf ou de porc, égoïstement, tous les jours, au titre d'ayant droit de la classe moyenne ? Les animaux, la terre et l'environnement peuvent-ils supporter un tel fardeau ?
La réponse est évidemment non. Tant pis pour la virilité mal pendue des hommes qui auraient besoin de se nourrir de chair animale pour se rassurer ! Tant pis pour les chasseurs qu'ils pensent être, ce qui reste à prouver, bien entendu, et qui est parfaitement douteux*. Je suis féministe depuis plus longtemps que je ne suis végétarienne : je ne suis pas née végétarienne, car mes parents ne se posaient pas la question. Il faut du temps pour apercevoir la big picture, la vision panoramique de l'oppression. Mais aujourd'hui, les deux, féminisme et végétarisme chez moi se superposent exactement : je suis végétarienne pour les animaux, mais sûrement AUSSI parce que je suis féministe.
* Le chasseur carnivore tue sa proie et la dévore sur place. Le charognard se nourrit de proies tuées pas d'autres : manger de la viande d'animaux abattus par d'autres correspond donc à la définition du charognard. Désolée pour la blessure narcissique !
Billet inspiré par les travaux de Carol J Adams, liens ci-dessous, et de The Opinioness of the world.
LIENS :
Viande info
Association végétarienne de France
Le blog de Carol J Adams
Politique sexuelle de la viande
Un élevage industriel : Hypathie à la ferme
Léviathan , l'horreur de la pêche intensive, au cinéma en ce moment.
jeudi 22 août 2013
Du bûcher des sorcières à la lobotomie - Mary Daly
Détruire la victime : du bûcher des sorcières à la lobotomie
Beyond God the Father - Mary Daly (suite)
"Les femmes en tant que caste, donc, sont "Eve", soumises par un ensemble de lois, coutumes et arrangements sociaux, qui imposent un insidieux double standard. Toutefois, étant donné l'identification ambiguë des hommes avec "leurs" femmes en état d'impuissance, le mythe du mal féminin ne peut être poussé jusqu'à sa conclusion logique qui serait la destruction totale. La société telle que nous la connaissons, craint et essaie de détruire "l'Autre". Dans le cas de l'Allemagne nazie, cette dynamique était poussée jusqu'à la "solution finale", dans un effort d'extermination complète. Dans le cas des femmes, alors que toutes sont outrageusement mutilées, le "privilège" de la destruction complète est réservé à un segment de la population des femmes à qui est imposée la pire part d'une logique entièrement consistante. Cela a notamment été le cas pour les pauvres et ignorantes femmes qui, sous le système létal prévalent, entraînées par leur condition de femmes incapables de mener une grossesse à terme, pour toutes sortes de raisons, sont mortes d'avortements clandestins barbares, en mettant les enfants au monde, ou de fragilités relatives à la grossesse.
L'exemple le plus frappant d'une destruction totale sélective d'un grand nombre de femmes, fut la torture puis la condamnation au bûcher comme sorcières par l'Eglise. Le plus important livre médiéval sur le sujet, le Malleus Maleficarum, écrit par deux prêtres dominicains (Sprenger et Krämer) au 15ème siècle proclame que ce sont "les femmes les principales à souffrir d'addiction au mal". Il n'y a rien d'autre à en attendre, car "toute sorcellerie vient du désir charnel, lequel est chez les femmes insatiable". Selon les auteurs, les hommes sont protégés de cet horrible crime, car Jésus était un homme. Au contraire de la mythique Eve, les sorcières étaient des personnes réelles condamnées par la hiérarchie de l'Eglise, menacée par leurs pouvoirs. "Pouvoir" est le mot-clé pour comprendre pourquoi certaines et pas les autres étaient sélectionnées pour cet horrible destin. Les auteurs du Malleus Maleficarum affirmaient que parmi les femmes, les sage-femmes surpassaient les autres en malignité. Comme Michelet le souligne, il y avait une raison de croire que les sage-femmes qui guérissaient étaient grandement craintes par l'Eglise, car leur pouvoir menaçait la suprématie du Clergé.
Des universitaires comme Margaret A. Murray, en examinant les archives des sorcières, remarquent que nous sommes en face des vestiges d'une religion païenne que les chrétiens étaient déterminés à éradiquer. Les universitaires estiment que le nombre des sorcières victimes des bûchers varient énormément : de 30 000 à plusieurs millions. Etant donné l'inexactitude des archives, il est impossible d'exiger la précision. Malgré les déclarations de Spranger et Krämer, il est certain qu'il y avait aussi des sorciers mâles, adhérents eux aussi à la vieille religion païenne. Il est cependant clair que les femmes étaient les cibles spéciales de la haine de l'Eglise. La frénésie du combat contre la sorcellerie commence à gagner en intensité au 16ème siècle et elle s'épuise au tout début du 18ème siècle. Nous savons également que la méthodologie de la chasse aux sorcières avait un principe de base (quoique jamais admis en ces termes) : l'accusée ne pouvait pas gagner. Un test consistait à jeter dans l'eau l'accusée ligotée, car une sorcière ayant renié son baptême serait repoussée par l'eau, elle flotterait et ne coulerait pas. Si elle était innocente, elle coulerait. A l'évidence, le "test" était arrangé d'une manière ou d'une autre.
[...] Le rôle de sorcières était attribué à des déviants sociaux dont le pouvoir était craint. Toutes les femmes sont des déviantes de la norme mâle de l'humanité (un point souligné par la théorie de "l'homme illégitime" d'Aristote et Thomas d'Aquin, le dogme de "l'envie du pénis" des freudiens, et d'autres théories psychologiques telles que "l'espace intérieur" d'Erikson et "l'anima" de Jung). Cependant, celles désignées comme sorcières étaient fréquemment caractérisées par le fait qu'elles avaient ou étaient suspectées d'avoir un pouvoir provenant d'une sorte de savoir particulier, comme dans le cas des "sages' femmes qui connaissaient le pouvoir curatif des herbes, et auprès de qui les gens venaient chercher conseils et aide. Définies comme le mal, elles devinrent les boucs émissaires de la société, et ce faisant, la morale dominante en fut renforcée. L'Inquisiteur fonctionnait comme le protecteur de la société contre la déviance -contre les comportements déviants menaçants, car puissants.
Dans les temps modernes, l'idéologie psychiatrique a largement remplacé la théologie comme gardienne des valeurs de la société. Clairement, la sémantique du "bien" et du "mal" a été remplacée partiellement par "santé" et "maladie mentale". Aujourd'hui, une femme définie comme malade, car elle veut du pouvoir sur sa propre vie, ne peut pas gagner selon les règles du jeu de l'institution psychiatrique. Comme Szasz l'a démontré, les tortures sont plus subtiles mais le modèle est le même. Son analyse montre une analogie entre l'institution psychiatrique et l'Inquisition, analyse faite préalablement par Elizabeth Packard, une femme emprisonnée à l'asile psychiatrique au 19ème siècle pour "folie" par son mari, lequel n'était pas d'accord avec ses idées théologiques. Les femmes particulièrement, bien que pas exclusivement, sont les victimes de la barbarie psychiatrique, et spécialement de la neurochirurgie, laquelle est, de façon intéressante, contemporaine de la deuxième vague du féminisme. Cela inclut les opérations dans lesquelles les tissus cérébraux sains sont mutilés pour changer la conduite et les émotions d'une personne. La vague actuelle de neurochirurgie (texte écrit en 1971) s'adresse non seulement aux patients des hôpitaux d'état, mais à des "névrosées" fonctionnant relativement bien, particulièrement des femmes. Le 24 février 1972, l'article "Le retour de la lobotomie et de la neurochirurgie" du Docteur Breggin fut lu au Congressional Record. Discutant la large proportion de femmes lobotomisées, le Docteur Breggin explique que c'est plus socialement acceptable de lobotomiser les femmes, car la créativité, que l'opération détruit totalement est, pour la société, "une qualité sacrifiable chez les femmes". Un célèbre neurochirurgien (Freeman, "le doyen des lobotomiseurs) est cité disant que les femmes lobotomisées font de bonnes ménagères. Sur le phénomène, la Docteure Barbara Roberts, une féministe, observe que le conditionnement psycho-social n'est plus aussi efficace qu'il l'était à supprimer l'angoisse féminine : Mais toujours pleine de ressources, la société patriarcale de classes est en train de développer ce qui pourrait être la "solution finale" au "problème de la femme" (et aux problèmes causés par tous les autres groupes opprimés). Cette arme est la neurochirurgie.
Les armes que les technologies modernes développent pour le contrôle des déviants, particulièrement les femmes, sont plus subtiles que les bûchers. Elles détruisent l'esprit, la capacité de créativité, l'imagination et la rébellion, en laissant les mains et les utérus intacts pour produire les services du travail manuel et ceux de la reproduction."
Mary Daly - Beyond God the Father - 1971
Suite de Le syndrome du Bouc Emissaire et de Le pouvoir de nommer : le nommer-faux.
LIENS
Charcot et ses expériences sur l'hystérie transposées dans une fiction qui rétablit la vérité sur les "hystéries".
Frances Farmer, comédienne, lobotomisée.
Frances, la vraie histoire, film de 1982 avec Jessica Lange.
Frances, rebelle (Dieu est mort !), dans Libération
Essai : Camille Claudel, une mise au tombeau.
Plus besoin de lobotomie, cette chirurgie barbare, la pharmacopée prend le relais :
Consommateurs de psychotropes, les femmes en majorité.
Psychotropes, anxiolytiques : une étude de l'Assurance Maladie.
Illustration trouvée chez Lisa Congdon.
Beyond God the Father - Mary Daly (suite)
"Les femmes en tant que caste, donc, sont "Eve", soumises par un ensemble de lois, coutumes et arrangements sociaux, qui imposent un insidieux double standard. Toutefois, étant donné l'identification ambiguë des hommes avec "leurs" femmes en état d'impuissance, le mythe du mal féminin ne peut être poussé jusqu'à sa conclusion logique qui serait la destruction totale. La société telle que nous la connaissons, craint et essaie de détruire "l'Autre". Dans le cas de l'Allemagne nazie, cette dynamique était poussée jusqu'à la "solution finale", dans un effort d'extermination complète. Dans le cas des femmes, alors que toutes sont outrageusement mutilées, le "privilège" de la destruction complète est réservé à un segment de la population des femmes à qui est imposée la pire part d'une logique entièrement consistante. Cela a notamment été le cas pour les pauvres et ignorantes femmes qui, sous le système létal prévalent, entraînées par leur condition de femmes incapables de mener une grossesse à terme, pour toutes sortes de raisons, sont mortes d'avortements clandestins barbares, en mettant les enfants au monde, ou de fragilités relatives à la grossesse.
L'exemple le plus frappant d'une destruction totale sélective d'un grand nombre de femmes, fut la torture puis la condamnation au bûcher comme sorcières par l'Eglise. Le plus important livre médiéval sur le sujet, le Malleus Maleficarum, écrit par deux prêtres dominicains (Sprenger et Krämer) au 15ème siècle proclame que ce sont "les femmes les principales à souffrir d'addiction au mal". Il n'y a rien d'autre à en attendre, car "toute sorcellerie vient du désir charnel, lequel est chez les femmes insatiable". Selon les auteurs, les hommes sont protégés de cet horrible crime, car Jésus était un homme. Au contraire de la mythique Eve, les sorcières étaient des personnes réelles condamnées par la hiérarchie de l'Eglise, menacée par leurs pouvoirs. "Pouvoir" est le mot-clé pour comprendre pourquoi certaines et pas les autres étaient sélectionnées pour cet horrible destin. Les auteurs du Malleus Maleficarum affirmaient que parmi les femmes, les sage-femmes surpassaient les autres en malignité. Comme Michelet le souligne, il y avait une raison de croire que les sage-femmes qui guérissaient étaient grandement craintes par l'Eglise, car leur pouvoir menaçait la suprématie du Clergé.
Des universitaires comme Margaret A. Murray, en examinant les archives des sorcières, remarquent que nous sommes en face des vestiges d'une religion païenne que les chrétiens étaient déterminés à éradiquer. Les universitaires estiment que le nombre des sorcières victimes des bûchers varient énormément : de 30 000 à plusieurs millions. Etant donné l'inexactitude des archives, il est impossible d'exiger la précision. Malgré les déclarations de Spranger et Krämer, il est certain qu'il y avait aussi des sorciers mâles, adhérents eux aussi à la vieille religion païenne. Il est cependant clair que les femmes étaient les cibles spéciales de la haine de l'Eglise. La frénésie du combat contre la sorcellerie commence à gagner en intensité au 16ème siècle et elle s'épuise au tout début du 18ème siècle. Nous savons également que la méthodologie de la chasse aux sorcières avait un principe de base (quoique jamais admis en ces termes) : l'accusée ne pouvait pas gagner. Un test consistait à jeter dans l'eau l'accusée ligotée, car une sorcière ayant renié son baptême serait repoussée par l'eau, elle flotterait et ne coulerait pas. Si elle était innocente, elle coulerait. A l'évidence, le "test" était arrangé d'une manière ou d'une autre.
[...] Le rôle de sorcières était attribué à des déviants sociaux dont le pouvoir était craint. Toutes les femmes sont des déviantes de la norme mâle de l'humanité (un point souligné par la théorie de "l'homme illégitime" d'Aristote et Thomas d'Aquin, le dogme de "l'envie du pénis" des freudiens, et d'autres théories psychologiques telles que "l'espace intérieur" d'Erikson et "l'anima" de Jung). Cependant, celles désignées comme sorcières étaient fréquemment caractérisées par le fait qu'elles avaient ou étaient suspectées d'avoir un pouvoir provenant d'une sorte de savoir particulier, comme dans le cas des "sages' femmes qui connaissaient le pouvoir curatif des herbes, et auprès de qui les gens venaient chercher conseils et aide. Définies comme le mal, elles devinrent les boucs émissaires de la société, et ce faisant, la morale dominante en fut renforcée. L'Inquisiteur fonctionnait comme le protecteur de la société contre la déviance -contre les comportements déviants menaçants, car puissants.
(Photo de Frances Farmer - 1913-1970 - Comédienne américaine détruite par des traitements psychiatriques)
Les armes que les technologies modernes développent pour le contrôle des déviants, particulièrement les femmes, sont plus subtiles que les bûchers. Elles détruisent l'esprit, la capacité de créativité, l'imagination et la rébellion, en laissant les mains et les utérus intacts pour produire les services du travail manuel et ceux de la reproduction."
Mary Daly - Beyond God the Father - 1971
Suite de Le syndrome du Bouc Emissaire et de Le pouvoir de nommer : le nommer-faux.
LIENS
Charcot et ses expériences sur l'hystérie transposées dans une fiction qui rétablit la vérité sur les "hystéries".
Frances Farmer, comédienne, lobotomisée.
Frances, la vraie histoire, film de 1982 avec Jessica Lange.
Frances, rebelle (Dieu est mort !), dans Libération
Essai : Camille Claudel, une mise au tombeau.
Plus besoin de lobotomie, cette chirurgie barbare, la pharmacopée prend le relais :
Consommateurs de psychotropes, les femmes en majorité.
Psychotropes, anxiolytiques : une étude de l'Assurance Maladie.
Illustration trouvée chez Lisa Congdon.
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