samedi 18 septembre 2010

Les quatre sorcières

 
Actualisation 23/9/10 : Le blog des Économistes atterrés propose une alternative à la finance régissant le monde. On peut déplorer comme moi qu'il n'y ait pas une femme à l'horizon chez eux non plus :-((((  !

Entendu hier soir au détour d'un coup de zapette sur LCI : "Aujourd'hui c'est le jour des Quatre sorcières !" Qu'est-ce que c'est ?

Les quatre sorcières (quadruple witching day en anglais) est un phénomène boursier craint les 3èmes vendredis de mars, juin, septembre et décembre à 16 Heures. Les investisseurs débouclent ces jours-là leurs positions sur les marchés à terme (futures en anglais) : le contrat à terme comme son nom l'indique est un contrat de vente ferme qui doit intervenir à la date (terme) et au prix convenus, c'est le "débouclage". On attend donc des volumes de transactions importants (4 à 5 milliards d'euros échangés en une journée selon le Figaro !).
Comme les traders débouclent (ou choisissent de reporter) leurs transactions au tout dernier moment, il s'ensuit une très grande volatilité du marché et une totale imprévisibilité. Haussier, baissier ? Plutôt baissier en général, vu le volume de transactions, c'est logique que ça baisse

Irrationalité, imprévisibilité, danger, ça ne vous rappelle pas quelqu'une dans la mythologie masculine ? Mais la méchante sorcière, voyons ! Et bien entendu, dans ces milieux tellement rationnels et masculins que sont les bureaux de trading, le vendredi est un jour noir : jour de la mort du Christ après un dîner où, malheur de malheur, ils étaient treize à table, (treize mecs, mais ça n'est pas versé au dossier !), bref, le vendredi est un jour funeste ! Rationnels, on vous dit. L'irrationnalité des marchés ces jours-là est due précisément à la compétition qu'ils se livrent : c'est le premier qui perd ses nerfs et se déclare vendeur qui plonge.

Quand on pense qu'ils sortent de X Palaiseau où on leur a enseigné les maths financières et les statistiques, disciplines réputées rationnelles où les hommes excelleraient et où les femmes n'y entendraient rien, ces marques gratuites de misogynie les disqualifient ! Ils nous ont précipités, ces parasites irrationnels, dans la tourmente financière puis la récession depuis deux ans, ils se sont refait une santé sur la bête et grâce aux puissances publiques et leurs contribuables, les seules capables de boucher les trous abyssaux engendrés par leurs activités, avec pour résultat le triplement des déficits des états, et tout continue comme avant sans que personne bouge, et surtout sans qu'on exige une quelconque parité dans ces endroits où se joue le devenir de la planète et de ses habitant-e-s.

Et je vais boycotter les journées du patrimoine et ses granzomes : les granzomes, les vieilles barbes et leurs endroits poussiéreux m'embêtent. Je réviserai éventuellement ma position le jour où on les appellera Journées du Matrimoine. Les occasions d'éternuer et d'attraper une poussière dans l'œil sont innombrables, inutile donc d'en rajouter !

mardi 14 septembre 2010

Agriculture Urbaine : des balcons aux terrains vagues, une tendance lourde

Cela ressemble à un oxymore. Pourtant devant les effets sévères de la récession, des citadins se mettent à faire pousser leurs légumes dans leur jardin, dans leurs arrières cours et même sur des friches urbaines et des terrains vagues.

Le mot ne s'y prête pas : jardin, garden (en anglais), gardenia, le mot vient de gardé, enclos : pas touche à mes épinards, autrement dit !

Un Arte reportage du 11 septembre démontre le contraire. DETROIT, la ville qui a inventé le travail en miettes, la Mecque de l'automobile jusqu'à la faillite de GM (General Motors) et de Chrysler, la capitale de l'automobile triomphante : GM, Ford, Chrysler, 2 millions d'habitants réduits à 700 000, avec 100 km carrés de friches industrielles, urbaines, commerciales, Détroit devenue capitale de la "rust belt", la ceinture rouillée américaine, se lance dans la production agricole sur ses terrains vagues.

Les populations restantes (15 000 habitants quittent la ville chaque année), prolétaires au chômage (30 % de chômage officiel) ou retraités pauvres de l'industrie automobile en faillite, squatters, presque tous issus de la communauté afro-américaine, vivent en autarcie dans un "food desert" (désert alimentaire) : ils n'ont plus que les épiceries de quartiers ou les stations services pour faire leurs courses alimentaires, et on n'y vend aucun produits frais, légumes ou fruits. Ceci dit, il n'y a pas que Détroit qui est touché : dans des villes comme Chicago, Los Angeles, Birmingham, on trouve des déserts alimentaires, où les seuls produits "frais" qu'on trouve sont soit fanés, soit à date de fraîcheur expirée !

Revenons à Détroit : le revenu moyen par habitant y est 10 000 dollars par an ! Certains vivent au milieu de maisons délabrées et inhabitées, d'écoles vides, de terrains vagues, anciens emplacements d'hypermarchés, à tel point que les animaux sauvages (renards, ratons-laveurs, daims...) réinvestissent la ville. Voici un quartier de Détroit la nuit : ça surprend dans le continent le plus éclairé qu'on voit des stations orbitales ! Les deux habitants de la tour à droite doivent se sentir bien seuls.


Des habitants ont commencé par faire pousser des fleurs puis des légumes sur leur bout de pelouse, puis sur le passage que la municipalité n'arrive plus à entretenir derrière la maison, ensuite d'autres, nécessité faisant loi, se sont carrément mis à squatter les terrains vagues dont la municipalité est propriétaire, et en ont fait des jardins potagers. Ils investissent les terrains et y font de la culture en bacs à cause d'une éventuelle pollution des sols ; en effet, selon une habitude historique, les industriels s'implantent, polluent les sols, l'atmosphère et les cours d'eau et... délocalisent en laissant leurs saletés derrière eux sans un regard pour ceux qui restent ! Personne ne les oblige à dépolluer. C'est d'autant plus vrai en cas de faillite.

Les projets consistent à produire en bio intensif (petites surfaces, bacs...) pour subvenir à leurs besoins, des légumes frais, des animaux (poules), des conserves et du miel. Il s'agit bien d'une agriculture de subsistance comme on en trouve dans le tiers-monde. Ils compostent, cultivent selon les saisons, éduquent les enfants des écoles qui reviennent ainsi à la compréhension de la terre et de la nature, et militent pour la cause noire et pour que les gens reprennent le contrôle de leur propre vie. Et cela marche tellement bien, qu'ils fournissent désormais 15 % des légumes de la ville, inclus les restaurants, et qu'ils travaillent à l'instauration d'un label "Cultivé à Détroit" !





Tant et si bien que des capitalistes opportunistes veulent se lancer dans ce type d'investissement en lorgnant sur les 100 km2 inoccupés
de Détroit : produire une agriculture intensive à super rendements, avec des machines, des pesticides et des herbicides, tout en bénéficiant de terres peu chères et surtout d'une main-d'oeuvre à bas coût, quasiment de tiers-monde, en "bénéficiant" du taux de chômage élevé.

Dans le monde, 700 millions de gens vivent de l'agriculture urbaine ou périurbaine -définitions-, selon la FAO : petites parcelles, toits de maisons, microjardins. Cela permet aux pauvres dont la majorité sont des femmes, il faut le répéter, d'accéder à l'autosuffisance alimentaire, voire de se faire 2 ou 3 dollars par jour en revendant leurs surplus. En Europe, elle se fait sur des fermes maraîchères aux alentours de villes, fermes qu'il est très important de maintenir et conserver. En attendant, vous pouvez toujours semer des cosmos, des bleuets ou des coquelicots sur la friche ou le terrain inoccupé, même tout petit, en face ou à côté de chez vous : cela fera revenir les pollinisateurs. Pour les plus hardies, trois plans de tomate, des fraises, ou des haricots à rame égaieront le paysage ! Et si aucun gros engin ne vient tout fiche en l'air un petit matin sans prévenir (c'est le jeu !), vous aurez le plaisir de cueillir vos légumes et de les déguster avec vos voisins !

J'ai remarqué cet été en me promenant chez moi en ville des cueilleurs de cerises (il y a plein de cerisiers partout), un cueilleur de mûres dans un magnifique roncier au bord de la rivière, un cueilleur de noisettes, et avec ma voisine, nous avons ramassé sous un prunier "communal" au bout d'une allée sans pollution automobile, de quoi faire 4 pots et demi de confiture qui ont bien agrémenté mes tartines du petit déjeuner. Je surveille en ce moment le noyer voisin du prunier, dont la récolte de noix paraît prometteuse.


Crédit photo : PhotoBucket pour les photos de Détroit, Vandalia Gardens et Saveurs de saison.

jeudi 9 septembre 2010

Monique Wittig : Guérillère

Pour ceux et celles qui ne trouvent pas matière à redire quand on nomme "homme" l'espèce entière ; quand féminiser un mot ou une fonction sont impossibles (voir le billet d'Euterpe ici) sauf pour minorer, trivialiser, péjorer ou insulter ; puisque la langue de plomb qu'on nous impose nous écorche la bouche à quelques-unes, voici trois extraits des Guérillères de Monique Wittig (Editions de Minuit 1969) :

"Elles disent, ils t'ont tenue à distance, ils t'ont maintenue, ils t'ont érigée, constituée dans une différence essentielle. Elles disent, ils t'ont telle quelle, adorée à l'égal d'une déesse, ou bien brûlée sur leurs bûchers, ou bien ils t'ont reléguée à leur service dans leurs arrière-cours. Elles disent, ce faisant, ils t'ont toujours dans leurs discours traînée dans la boue. Elles disent, ils t'ont dans leurs discours possédée violée prise soumise humiliée tout leur saoul. Elles disent que, chose étrange, ce qu'ils ont dans leurs discours érigé comme une différence essentielle, ce sont des variantes biologiques. Elles disent, ils t'ont décrite comme ils ont décrit les races qu'ils ont appelées inférieures. Elles disent, oui ce sont les mêmes oppresseurs dominateurs, les mêmes maîtres qui ont dit que les nègres et les femelles n'ont pas le coeur la rate le foie à la même place qu'eux, que la différence de sexe, la différence de couleur signifient l'infériorité, droit pour eux à la domination et à l'appropriation. Elles disent, oui, ce sont les mêmes oppresseurs dominateurs qui ont écrit des nègres et des femelles qu'ils sont universellement fourbes hypocrites rusés menteurs superficiels gourmands pusillanimes, que leur pensée est intuitive et sans logique, que chez eux la nature est ce qui parle le plus fort et caetera..."
Page 146

"Elles disent, malheureuse, ils t'ont chassée du monde des signes, et cependant ils t'ont donné des noms, ils t'ont appelée esclave. Comme des maîtres ils ont exercé leur droit de maître. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut considérer l'origine du langage comme un acte d'autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu'ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent ce faisant, ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lèvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu'ils se sont approprié. Ce sur quoi ils n'ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'apparaît pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les maîtres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuité de leur discours, dans le zéro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre."
Page 164

"Il faut, disent-elles, faire abstraction de tous les récits concernant celles qui parmi elles ont été vendues battues prises séduites enlevées violées et échangées comme marchandises viles et précieuses. Elles disent qu'il faut faire abstraction des discours qu'on leur a fait tenir contre leur pensée et qui ont obéi aux codes et aux conventions des cultures qui les ont domestiquées. Elles disent qu'il faut brûler tous les livres et ne garder de chacun d'eux que ce qui peut les présenter à leur avantage dans un âge futur. Elles disent qu'il n'y a pas de réalité avant que les mots les règles les règlements lui aient donné forme. Elles disent qu'en ce qui les concerne tout est fait à partir d'éléments embryonnaires. Elles disent qu'en premier lieu le vocabulaire de toutes les langues est à examiner, à modifier, à bouleverser de fond en comble, que chaque mot doit être passé au crible".
Page 192

Ce texte écrit sur le mode épique "cite" des auteurs comme Homère, Clausewitz, Confucius, Mao Tsé Toung, Nietzsche... et le livre par excellence, la Bible... mais ici au contraire des précédents, ce sont les femmes qui parlent et décrivent le monde. J'ai bien sûr respecté la ponctuation de Monique Wittig. Seuls les caractères en gras sont de mon fait.

Ce magnifique texte de 207 pages est évidemment disponible dans les librairies et les bonnes bibliothèques. J'espère que ces trois paragraphes vous donneront envie de le lire, si ce n'est déjà fait.


samedi 4 septembre 2010

Cinq sujets dans l'actualité brûlante...

Les retraites des femmes : rappel de quelques chiffres.
Avec 20 % de différentiel de salaire en moins au détriment des femmes (à qualification et responsabilité égales, diplômes supérieurs) par rapport aux hommes, avec 90 % des mi-temps et temps partiels non choisis occupés par les femmes, avec des carrières en morceau pour cause d'arrêt pour raisons familiales et à trous pour cause de plus grande précarité, les femmes touchent des pensions en moyenne 48 % INFERIEURES à celles des hommes. Les femmes sont sur-représentées chez les récipiendaires du minimum vieillesse. La réforme des retraites prévue par l'actuel gouvernement, malgré quelques aménagements cosmétiques, va aggraver la situation en allongeant notamment leur durée de cotisation.

Le laboratoire de l'Egalité  propose une pétition à signer ICI
(Source : Les nouvelles News)

La cité du mâle déprogrammée sur ARTE : raisons du revirement d'Arte sur le site de Télérama. Espérons que la chaîne nous permettra de voir ce film (à condition bien sûr que les témoins soient floutés et protégés), et qu'il ne passe pas définitivement à la trappe !
On peut en voir des extraits sur le site Rue 89.
Les débats sont ouverts sur les blogs : Mademoiselle ICI et Le merle moqueur LA. Ce qui est insupportable et indéfendable juste après le sujet des violences aux femmes, c'est le relativisme culturel.

4 000 milliards de dollars de transactions financières s'effectuent par JOUR en volume dans le monde selon le Figaro ; en comparaison, le PIB de la France (total des richesses produites) est d'environ 2 600 milliards de dollars par AN. Et les pauvres du tiers-monde majoritaires sur la planète vivent avec moins de 2 euros par jour. C'est obscène. Depuis le krach financier d'il y a deux ans, le trading financier reprend de plus belle et les traders retrouvent leur joie de vivre et leurs bonus. Leurs activités criminelles n'ont aucune utilité sociale à part remplir les fouilles d'un petit nombre d'acteurs du trading bancaire et des marchés à terme. Depuis la crise des liquidités de 2008 qui nous a tous précipités dans la récession et après que les gouvernements et leurs contribuables aient soutenu les financiers, personne n'a rien appris et rien retenu ! 

Les traders du Chicago Board of Trade ou, depuis 2007, date de son rachat, le Chicago Mercantile Exchange (bourse des matières premières), spéculent à tout va à la hausse des céréales depuis que Poutine a annoncé un moratoire de 6 mois sur ses exportations de blés et de céréales à la suite des incendies de cet été qui ont détruit des récoltes. Leurs traders se font des couilles en platine avec notre nourriture. Je pense bien fort au milliard d'habitant-e-s de la planète (dont 7 femmes et filles sur 10) n'atteignent pas la ration alimentaire quotidienne et donc souffrent de la faim.

Copinage : Le samedi 11 septembre prochain à 14 H devant la gare de Nîmes RV à tous les opposants à la corrida, cette extension du domaine de la barbarie. Si vous détestez le lycra moulant rose à poutre apparente et ne supportez pas les souffrances infligées aux animaux, et que vous ayez l'occasion d'un covoiturage ou soyez dans la région, vous êtes cordialement invité-e-s ; code couleur : noir, blanc et rouge avec de préférence un tee-shirt noir sans inscription ou alors anticorrida. Plus d'info sur le site de l'Alliance Anticorrida. La marche est internationale et inter-associative.

mardi 31 août 2010

Au coeur de l'Industrie

Humeur.
Lundi matin dans une société de service. Réunion. Examen des dossiers en cours : commercial, production et facturation. Le patron est là, trois consultant-e-s (dont moi) et l'assistante.

La génération de new business se fait par piges presse, sourcing sur Internet en plus de la prospection classique, chasse de nouveaux clients et entretien de la clientèle existante.
La culture de l'entreprise : en gros, anti-commerciale, les commerciaux étant vécus comme des êtres au bas mot incontrôlables et impossible à manager. La quadrature du cercle : s'ils ne sont pas là, il y a toujours un doute sur ce qu'ils/elles glandent, et s'ils sont là, on se demande ce qu'ils fichent à ETRE LA précisément, alors qu'ils devraient être dehors chez les clients !

Justement, une grosse entreprise régionale (appelons-là DUPIED DUBRAS), je l'ai lu dans l'actualité économique, risque d'avoir besoin des services que nous produisons et commercialisons.D'ailleurs, ce qui prouve l'importance stratégique de la nouvelle, c'est que le patron ouvre la réunion par ce dossier.

A tous seigneurs, tout honneur, il s'adresse d'abord aux hommes de l'assistance, à un en particulier :

- Didier, tu as vu dans la presse que DUPIED DUBRAS a un plan social en cours, il faudrait identifier le DRH* et prendre contact avec lui pour voir ce qu'on peut lui proposer.
Je lève la main pour intervenir, j'ai une communication à faire sur le dossier et le moment me paraît approprié.
- Oui, Hypathie, vous parlerez quand je vous donnerai la parole, si vous permettez je finis d'abord, dit le patron en chef. Bon sang, c'est vrai que selon une tradition datant des hordes pré-humaines et du tigre à dents de sabre, les bonnes femmes ne parlent qu'après le Chef, j'avais oublié ! D'ailleurs vu ce que j'ai en  face de moi, l'Evolution n'est pas patente.

- Donc, je disais avant d'être interrompu Didier, tes anciens collègues de SupDeCo peuvent peut-être te tuyauter sur le nom du gars ?
Mais oui, la Mafia masculine cooptée, il n'y a que ça de vrai ! Les anciens copains d'école, le ciment de l'amitié virile et tout ça.
- Je vais voir ce que je peux faire, répond Didier, sans se compromettre et très emmerdé que ça tombe sur lui, pour qui le prend-on, le téléphone c'est juste bien bon pour unE standardistE ! Je veux bien passer quelques coups de fil ; peut être que mon copain Machin de dernière année connaît la filleule du concierge de la grand-mère du DRH de DUPIED-DUBRAS...

... On pourrait aussi peut-être demander à la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur -ex RG et DST) me pensé-je en attendant ; quand ils ne sont pas occupés à traquer la deuxième menace terroriste mondiale, en substance et sans rire, les défenseurs des animaux, peut être qu'ils s'intéressent aux patrons et aux DRH voyous qui délocalisent dans des pays à bas coût ? Non, ça ne me paraît pas plausible, un patron voyou, oxymore indécent... Ou alors le FSB russe : ils doivent bien avoir des bases de données sur les boîtes occidentales, histoire de faire de l'espionnage industriel ? Oui, mais ils vont parler anglais, ce qui est déjà répréhensible en soi, mais avec l'accent russe en plus, carrément rédhibitoire : ça ne va pas coller ! Le MOSSAD, les services de renseignement israéliens ! Voilà ce qu'il nous faut : multilingues, français inclus, les israéliens issus de la Diaspora parlant toutes les langues, ce serait bien le diable si ces professionnels de l'intelligence n'auraient pas le nom de notre DRH, le professionnalisme en fichiers consistant à collecter toutes sortes d'informations en se disant qu'elles vont forcément servir un jour !

Vingt minutes de brain-storming effréné pour eux (et de semi-perte de conscience pour moi) après :
-... oui, c'est ça, tu t'y mets rapidement, Didier, il faut absolument qu'on fasse une proposition à ce type.

- Hypathie, c'est à votre tour, vous vouliez dire quelque chose ? On vous écoute.
- Euh, non finalement, je crois que je ne suis plus dans le sujet...
- Mais si, j'insiste, vous vouliez dire quelque chose au sujet de DUPIED DUBRAS, on vous écoute !
- Bon, bin, voilà : le DRH de DUPIED DUBRAS s'appelle Mr ORTEIL. J'ai appelé l'entreprise, j'ai eu le standard, j'ai demandé son nom, on me l'a donné.  Et j'ai aussi tenté ma chance en demandant qu'on me le passe, ça tombait bien il était là, il a pris ma communication.
Je lui ai expliqué les services qu'on peut lui rendre, lui ai proposé une documentation électronique, documentation qu'il a acceptée en me disant qu'il avait eu des tas de coups de fil de la concurrence (un ou deux tout au plus, dont le mien, le business n'étant pas caractérisé par l'agressivité commerciale, à d'autres !) et que de toutes façons, on était trop tôt, que tout n'est pas finalisé, il n'a besoin de rien à l'horizon de 6 mois, où il veut bien être rappelé. Je me suis fait une alerte sur mon organizer pour dans trois mois. Voilà.

-.....

- O?O

- ಠ_ಠ    (._.)   (,_,)

- ..... B(

Inutile de vous expliquer que je n'ai pas marqué de points ce jour-là ! L'efficacité est mal vue, surtout chez les inopérants, le principe de Peter sévissant dans toutes les entreprises, Et puis, ça m'apprendra à ramener ma fraise ! Allez, courage à celles qui cherchent un emploi et vont faire leur entrée dans le monde du travail !






























* DRH : Directeur des Ressources Humaines

jeudi 26 août 2010

Publicité Reebok EasyTone : des corps de femmes en morceaux

Voici trois des films (de 32' ) de la dernière campagne de publicité Reebok Easy Tone, la chaussure technologique qui vous muscle le derrière en marchant, en courant, en promenant le chien ou en passant l'aspirateur ! Pas de tête, rien que des morceaux de corps. Have your pick ! (Choisissez votre morceau).




Dans ce film, les seins (boobs) qui parlent (!) sont jaloux des fesses (butt) de la dame. D'ailleurs le film s'appelle "Dialogue".

 

La campagne internationale de Reebok est sur tous les écrans en ce moment. Ce deuxième film (en langue allemande ici pour la voix off, je ne le trouve pas en français) est bel et bien sur les écrans de télévision en France. Les images parlent d'elles-mêmes.

Et en noir et blanc, version "érotique" ou "porno-chic" diront à raison certaines : en voyant vos formes rebondies et musclées, les hommes en resteront sans voix et les femmes seront vertes de jalousie,
évidemment !




A comparer avec l'utilisation du corps des hommes dans la campagne nationale d'affichage Poulets de Loué (élevés sur de l'herbe, les poulets hors-sol étant réputés gonflés aux facteurs de croissance, et réellement entassés dans des bâtiments sans lumière), corps d'hommes présentés en entier eux, à voir sur le site Pourquoitufaisca et bien sûr, celle des policiers (faites deux petits scroll down !) : tous ont un visage !

Morceaux d'anatomie de femmes, utilisation de corps d'hommes pour vendre du poulet, marchandisation des corps dans tous les cas. Et traitements différents. Je ne me rappelle pas de publicités morcelant le corps des hommes alors que pour les femmes, c'est usuel.

PS Bon anniversaire le Mouvement de Libération des Femmes ! 40 ans, le bel âge, avec tellement encore de batailles à mener et à gagner.
Keep up the good job !

samedi 21 août 2010

Masterchef : graisses animales et testostérone



Crédit photo : Mon boucher en ligne.com

TF1 lance son concours de chefs cuisiniers comme M6 l'a fait avant elle.
Un jury : trois hommes (remarquez si c'est pour en remplacer un par Ghislaine Arabian, non merci, ce n'est pas la peine !), dont deux cuisiniers (ultra classiques) et un critique gastronomique looké, légèrement déjanté et bondissant, pour faire le spectacle.

Des candidats et des candidates qui veulent "changer de vie", rien que ça, et qui comptent sur la cuisine et la télévision pour ce faire. Émotion et pleurs garantis.

Émission ultra-scénarisée, au casting échantillonné : régionaux priés de cuisiner "terroir", blacks pour faire diversité et mélange des classes sociales. Le montage est serré, plans réguliers sur l'oeil sans concession voire méprisant des jurés, pleurs et mimiques d'appréhension des candidat-e-s, fanfaronnades ponctuées de "Chef, oui, Chef" pour faire amende honorable, embrassades émues et sanglots des familiers des victimes qui viennent soit de gagner, soit de se faire humilier. Car on se fait humilier publiquement : plats non goûtés (non, je ne goûte pas ça !) ou alors cuillère posée d'un air dégoûté par un des jurés, regard de mépris devant le plat, debrief demandant d'un air ahuri "mais pourquoi vous êtes là ?" et conseil de faire tout sauf de la cuisine. Heureusement, il y a Carole Rousseau qui materne et console dans la coulisse devant les cameras. Partage des tâches.

Une végétarienne convaincue (et convaincante) fait essayer son plat bien présenté et apparemment goûteux aux jurés et se fait retoquer par le plus prospère d'entre eux : "moi, si je ne mange pas ma côte de boeuf, je n'ai pas fait de repas" ! Avale ça, la végétarienne. Mais, miracle, on n'est pas des brutes bornées, elle récolte les deux "oui" qui l'envoient dans le top cent des finalistes. Après avoir été sondée, évaluée sur ses motivations à "travailler du veau, écailler et découper un poisson, ébouillanter un homard, trancher dans du boeuf" et promis de déchirer de la chair animale avec les dents ! Toutes convictions ravalées, créativité rentrée sous le boisseau et allégeance à la virilité ponctuée d'un "Chef, oui, Chef". Non mais !

Car la "grande cuisine" française c'est quand même avant tout une école para-militaire du larbinat ; uniforme obligatoire, soumission au chef, travail en brigades, garde à vous devant les ordres du chef, étalage de virilité comme dans les centres de redressement (on n'est pas des mauviettes tout de même), on ne répond pas, on baisse les yeux et on épluche ses 5 kilos d'oignons sans broncher. C'est comme cela que le métier rentre, petit. Entre ce style d'éducation, les brimades et la maltraitance, il n'y a que l'épaisseur d'une pelure d'oignon. Pas étonnant que les femmes ne soient pas tentées.

Plats : au centre de l'assiette, un gros morceau de viande ou de poisson entouré de trois carottes naines mais épluchées au scalpel -tout est dans l'épluchage- ou d'un dé à coudre de purée de céleri, voire de trois feuilles de salade (une de pissenlit, une de roquette et une de pourpier pour les omégas trois) en déco, d'ailleurs, ils appellent ça une "garniture". Nous, les végétariens, on ne mange que des garnitures selon les omnivores ! Conservatisme et tradition, valeurs viriles : s'il y a un métier où la recherche et le développement devraient fonctionner à plein parce qu'ils en ont bien besoin (les chefs étoilés renoncent à leurs étoiles : trop de pression et plus assez de clients, cuisine hypercarnée démodée), ce serait vraiment la cuisine ! Faire passer les légumes au centre de l'assiette, travailler les protéines végétales et les légumineuses pour les faire accéder au statut de grande cuisine, voilà un défi !

Mais il ne faut pas se fâcher avec les labos qui fabriquent des médicaments anti-obésité ou des crèmes qui gomment la culotte de cheval. Et je ne parle même pas des laiteries industrielles et de leurs alicaments, ni des produits allégés qui ne font pas maigrir ni mincir mais qui coûtent très cher ! Il faut bien vendre des écrans publicitaires.

Petites perles relevées au cours de l'émission : une poissonnière qui se gèle tous les matins à Rungis souhaite changer de métier car "poissonnier, c'est un métier d'homme" ! A quoi lui rétorque le Chef, que "cuisinier AUSSI, c'est carrément un métier d'hommes". Ah bon ? Et toutes ces femmes qui cuisinent pour leur famille ? Ah oui, mince, c'est des CUISINIERES, j'oubliais ! Ne pas confondre. Et puis c'est étonnant quand on y songe, lorsque les hommes partent s'entretuer dans les boucheries mondiales (14-18, 39-45) avec obligatoirement les femmes qui travaillent en usine à l'effort de guerre à fabriquer des avions, des chars de combat, des munitions, qui remplacent les hommes partout même aux postes de commandement puisqu'il n'y a plus de mecs nulle part, celles aussi qui ramassent les mourants sur les champs de bataille, personne ne se pose la question à ces moments-là de savoir si les métiers ont un genre ? Tant que le boulot est fait...
C'est prouvé : ils n'en ont pas, la preuve, c'est que les femmes font tout (bien) quand les mâles sont indisponibles.

J'ai jeté l'éponge au moment où l'épluchage des oignons commençait. Allée me coucher épuisée. Pris deux Alka Seltzer pour digérer l'émission.

Carole Adams dit en citant la poétesse Francine Winant :
"Mangez du riz, faites confiance aux femmes".*

*"Slowly we begin
   Giving back what was taken away
   Our right to the control of our bodies
   Knowledge of how to fight and build
   Food that nourishes
   Medicine that heals
   Eat rice, have faith in women"

samedi 14 août 2010

Les "crises" auraient-elles du bon pour les avancées des femmes en politique ?

Actualisation 24/8/10 : Madame Gillard n'est pas élue ; elle (Labor) et son concurrent Tony Abbot (Libéraux) arrivent ex aequo avec 73 sièges, alors que la majorité est de 76 sièges au parlement (le Premier Ministre Australien sort des urnes lors de l'élection des représentants comme en Angleterre) ; aussi a-t-elle cité William Clinton : "Le peuple a parlé, il va juste nous falloir quelques temps pour savoir exactement ce qu'il a voulu nous dire !". Elle va devoir s'allier avec les Indépendants et les Verts pour former une éventuelle coalition. L'Australie est un des pays les plus grands pollueurs de la planète.

Première femme élue au suffrage universel dans un pays africain, Ellen Johnson-sirleaf est à la tête du Libéria depuis 2006 ; elle concourait contre un joueur de foot ! (Pas de doute : ça fait sérieux !) Elle hérite d'une situation désastreuse derrière Charles Taylor, élu en 1997 grâce à des élections probablement truquées, et qui a provoqué une guerre civile. Un article en Anglais de The Liberian Dialogue du 31 mai dernier montre que les libériens plombés par des décennies de corruption et de violence attendent beaucoup de l'honnêteté et de l'intégrité de l'administration Johnson-Sirleaf.

L'Islande en 2009 après l'éclatement de la crise de liquidités où son économie est emportée par la récession et le "défaut" (cessation de paiement pour un pays) nomme sa première Première Ministre Johanna Sirgurdardottir ; elle était la seule capable de relever le défi selon le Figaro électronique du 5 février 2009 qui titre "Sainte Johanna" (franchement Le Figaro, on n'en demande pas tant) ; précédemment, les deux patrons des deux principales banques avaient été "démissionnés" et remplacés eux aussi par des femmes ! Ce qui avait fait dire à Axel de Tarlé, très remonté un matin sur Europe 1 que "au final, ce sont toujours les femmes qui font le ménage derrière les bordels laissés par les mecs!" dans un brutal et inhabituel accès de lucidité ! Il se trouve qu'en plus Madame Sigurdardottir a épousé en justes noces sa compagne le 27 juin dernier, après que le mariage homosexuel ait été légalisé dans son pays.

Le 3 juillet dernier, à la suite d'un soulèvement populaire et d'affrontements inter-ethniques faisant des dizaines de morts au Kirghizstan, Rosa Otounbaïeva, leader de l'opposition au Président déchu Bakiev et ancienne ambassadrice de son pays, se proclame chef de l'état et promet à son peuple une nouvelle constitution et des élections présidentielles conformes aux règles démocratiques ; elle a surtout obtenu le soutien de la Russie et de l'armée Kirghize. Elle ménage la secrétaire d'état Hilary Clinton. Le referendum constitutionnel du 27 juin dernier s'est bien passé malgré une faible participation et l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et son organe des droits humains ont reconnu les résultats.

Dans ces trois premiers cas, on peut dire que les femmes sont arrivées au pouvoir par défaut des hommes ; ou en tous cas parce qu'il n'y en avait plus de vraiment convenables à présenter ! On peut dire aussi qu'elles héritent d'une situation catastrophique.

La première Première Ministre australienne Julia Gillard a elle aussi prêté serment par défaut de son prédécesseur masculin, Kevin Rudd, obligé de renoncer avant la fin de son mandat par un "putsch" orchestré au sein du parti travailliste revenu au pouvoir en 2007. Elle a prêté serment avant l'organisation d'élections anticipées qui vont avoir lieu le 21 août prochain et qui l'opposent à son concurrent libéral Tony Abbot ; les pronostics sont serrés. Elle aurait fait des déclarations impopulaires en matière de réchauffement climatique et d'immigration.

La Somalie est un pays africain d'environ 10 millions d'habitants, ravagé par les conflits ethniques et par la guerre civile dont ce sont surtout les femmes et les enfants qui font les frais. Elle est dirigée par un gouvernement fédéral de transition dont le mandat arrive à terme en 2011. L'écrivain somalien exilé Nuruddin Farah demande qu'on laisse les femmes diriger la Somalie dans une interview récente à Jeune Afrique, selon une brève trouvée sur les Nouvelles News. Je laisse parler Nuruddin Farah : c'est lui qui dit que les hommes sont "destructeurs" et que les femmes "peuvent représenter une alternative pacifique à
l'autodestruction" ! Pas moi. Et il explique pourquoi, selon lui.

Tous sont des "petits" pays : moins de 4 millions d'habitants au Libéria, environ 300 000 en Islande, et 5 millions cinq cent mille au Kirghizstan, environ 10 millions en Somalie. L'Australie elle, compte 22 millions d'habitants. A part l'Islande et l'Australie, les trois autres sont des pays en voie de développement.

Sources : Jeune Afrique, RiaNovosti, Le Figaro, Tribune de Genève, La Croix et Les Nouvelles News.
Chiffres-clés trouvés sur le site de la CIA/Wold Factbook.

PS : je viens de recevoir un mail de Prochoix parce que j'avais demandé qu'on ajoute mon nom à la lettre qu'elles envoyaient à Sonya Gandhi pour soutenir la demande de Taslima Nasreen : le visa Indien valable jusqu'au 17 août prochain de Taslima Nasreen (bangladeshi) vient d'être renouvelé par le gouvernement Indien. Grâce à la mobilisation des citoyen-nes, des féministes et de toutes les personnes qui ont écrit aux ambassades et interpellé les autorités indiennes.

dimanche 8 août 2010

Arundhati Roy : la défense du bien commun contre les grands barrages
















Le Barrage des Trois-Gorges sur le fleuve Yangtsé en Chine, mis en service en 2006 et opérationnel en 2008 est le plus grand barrage de la planète.
Vieux projet conçu dans les années 70 (cette technologie des barrages est définitivement datée des années 50 à 70), puis abandonné pendant 20 ans, la crue de 1998 du Yangtsé (3000 morts - 1 million de personnes déplacées) a sans doute relancé le projet.
27 à 35 milliards de dollars d'investissements financés par la Banque Mondiale (les Français ALSTOM, BNP Paribas et la COFACE sont partenaires du projet), 2310 mètres de long, 185 m de haut et  27 millions de m3 de béton, 660 km de long pour le bassin de retenue, 26 turbines de 25 mètres de diamètre et de 3300 tonnes chacune, et 1 million 200 000 personnes déplacées. Les chiffres donnent le tournis : un projet pharaonique destiné à fournir de l'électricité au centre de la Chine.

Les environnementalistes détracteurs du barrage invoquent, outre les dommages causés aux personnes déplacées sans consultation sur de moins bonnes terres, des rejets massifs de gaz à effets de serre, des destructions importantes de biodiversité, l'inondation de sites archéologiques peu ou pas explorés et de terres arables alors que la Chine en manque cruellement. Les oiseaux migrateurs et les poissons qui se remontent les fleuves pour frayer seront les deuxièmes victimes après les paysans chinois. Sans parler de l'endettement de trois ou quatre générations à venir : il faut rembourser le prêt de la Banque Mondiale.

Le deuxième plus grand barrage de la planète est celui d'Itaipù au Brésil : Construit en 1979 sur le fleuve Parada, il est binational et fournit en électricité le Brésil et le Paraguay. Coût final : 20 milliards de dollars. Le coût final de ces barrages excède généralement de plus de 40 % le devis initial, disent les détracteurs.




Enfin, c'est à venir : le troisième plus grand barrage du monde, Bello Monte, toujours au Brésil sur le fleuve Xingu, affluent de l'Amazone, vieux projet des années 70 lui aussi, toujours reporté à cause des protestations des indiens indigènes et des environnementalistes, il vient d'être approuvé par le Président Lula en avril dernier. 10 milliards de dollars de budget, 200 000 ouvriers sur le site, la production de 11 000 GW d'électricité commencerait en 2015. Les Peuples Indiens et la Commission Inter-américaine des Droits humains sont opposés au projet. 9 millions d'ha de forêt seront affectés par inondation, la majeure partie des déplacés seront des indiens et on s'attend à un impact majeur sur la forêt amazonienne et les stocks de poissons. Plus même : il ouvre la porte à la construction de 100 autres barrages qui transformeront le fleuve Amazone en une série de réservoirs sans vie, de béton et d'acier !
Mais que pèsent ces forêts, ces poissons, les oiseaux et les peuples Premiers face aux énormes besoins en électricité du géant brésilien ?

Nos sociétés technicistes mettent toujours en œuvre les projets et les plans sur lesquels elles ont travaillé et qui sont opérationnels. Pour tester grandeur nature et pour ne pas se renier. Nous vivons sous l'ombre de l'holocauste nucléaire.

Voici ce que dit Arundhati Roy, écrivaine indienne (Inde), environnementaliste et pacifiste militante pour le désarmement nucléaire (déjà citée dans le billet du 21/7) à ce propos dans The Greater Common Good (en anglais) :

 "Les grands barrages sont au développement d'une nation ce que sont des bombes nucléaires à son arsenal militaire. Ils sont tous les deux des armes de destruction massive. Ils sont tous deux des armes que les gouvernements utilisent pour contrôler leurs propres peuples. Tous deux des emblèmes du XXème siècle qui marquent un point du temps où l'intelligence humaine a dépassé son propre instinct de survie. Ils sont tous deux des indications malignes d'une civilisation qui s'est retournée contre elle-même. Ils représentent la coupure du lien -pas seulement le lien- la compréhension- entre les êtres humains et la planète sur laquelle ils vivent. Ils brouillent l'intelligence qui relie les oeufs aux poules, le lait aux vaches, la nourriture aux forêts, l'eau aux rivières, l'air à la vie, et la terre à l'existence humaine."

Arundhati Roy milite en Inde pour la démocratie, l'environnement et contre le projet Sardar Sarovar Dam qui prévoit des barrages hydro-électriques sur la rivière Narmada dans le Gujerat.

Liens : The Greater Common Good Arundhati Roy (en Anglais) et  Les Amis de la Terre. Le blog d'Arundhati Roy non tenu par elle mais où on trouve ses articles et ses interviews (en anglais).

lundi 2 août 2010

Verbatim 4

On a tué le loup avec des mots avant de le massacrer et de l'éradiquer de nos forêts européennes.

Le vocabulaire stigmatise les animaux pour mieux les rejeter dans une altérité radicale : loup (féroce, prédateur), âne (ignorant, bête comme un âne), linotte (petite tête à petit contenant), pie (bavarde), truie (sale, comportement sexuel répréhensible) chienne (insatiable sexuellement), cochon (dégoûtant, avide), ours (infréquentable), thon (moche), requin (forcément dans la finance), taupe (espion russe), pigeon (gogo), bourrin (peu raffiné) ou boeuf (lourdaud) : prononcez beu que vous l'employiez au féminin ou a masculin, au singulier ou au pluriel. "Il m'a vraiment prise pour un boeuf !". Peut être avantageusement remplacé par bouseux ou crotteux en cas de nécessité absolue.

Les élevages intensifs hors-sol emploient un vocabulaire de manufacture et d'usinage : "Dans la fabrication de mon cochon..." ai-je entendu un jour un éleveur dire. Il ne s'agit plus d'élevage, lequel implique une relation entre l'éleveur et ses animaux, mais de fabrication, de manufacturing d'un produit comme un autre, destiné à la consommation courante : animal machine.
Merci Descartes, sans toi, on n'aurait jamais pu descendre à de telles extrémités dans la négation de l'autre. Un de ces jours derniers sur France Info, une éleveuse de vaches sollicitée sur la sécheresse et donc le manque d'herbe et de fourrage, parlait d'être obligée de décapitaliser ! En d'autres termes de vendre son bétail : elle ne précisait toutefois pas où elle allait le décapitaliser, chez un autre éleveur -peu probable, ils sont tous touchés par le manque de nourriture- ou directement dans un abattoir où son capital lui sera remis sous forme de liquide ou encore mieux, de cash !

Négation de l'être vivant, sensible, social, interagissant avec les autres et son milieu, voire être politique, retors, querelleur, joueur... qu'est l'animal. Pour celles et ceux qui en doutent, suivre le lien chez Angèle dont la voisine entretient sa pelouse avec deux moutons.

Dans la pêche industrielle, on ne parle même pas d'unités mais de stock, de ressource, de tonnage : on peut dire combien on abat d'animaux par milliers, dizaine de milliers ou dizaines de millions dans une journée, un mois ou une année sur la terre ferme, mais les poissons tués ou abattus (on dira pêchés ou pris et on parlera de prise sur le milieu) sont comptabilisés en tonnes, jamais en individus. L'indifférenciation absolue.

De même le vocabulaire des abattoirs est dégraissé de toute tournure agressive : on va parler d'une vache, truie ou poule de réforme pour signifier qu'elle est en fin de vie (qu'elle est arrivée à la fin de son cycle de citron pressé et qu'il n'y a plus rien à en tirer pour être tout à fait précise) et que l'heure de sa mort industrielle -et prématurée, on ne fait pas de vieux os dans une usine à viande- a sonné.

Mais dans ce processus de déshumanisation et de négation de l'être sensible qu'est l'animal, tout le monde est touché, y compris les salariés qui travaillent dans l'élevage : ne sont-ils pas appelés UTH en technolecte productiviste courant : Unités de Temps Humain ! "Sur l'exploitation, nous employons deux UTH" : la première fois que je l'ai entendu, il m'a fallu un décodeur. Et si les animaux vivent dans un milieu pauvre, pestilentiel, saturé d'ammoniac, sans voir la lumière du jour ou l'herbe, il va de soi que l'UTH ou technicien porcher ou volailler aussi, puisque c'est là qu'il travaille. Que si l'animal est contenu, parqué dans une cage, sommé de grossir en faisant des gains de productivité pris sur son bien-être, le salarié posté dans ce genre d'usine le paie de troubles respiratoires et musculo-squelettiques, et de la détérioration de ses conditions de travail, donc clairement de son bien-être à lui aussi. Techniciens ou ingénieurs agronomes, incollables sur le taux butyreux (gras) du lait de vaches, chèvres, brebis... mais ignares en éthologie (comportement) parce qu'elle n'est pas incluse dans le programme !

Et je ne parle même pas des conditions de travail dans un abattoir ! Il est à noter d'ailleurs que la population ouvrière des abattoirs est ancrée dans un territoire, qu'elle n'est pas ou peu mobile géographiquement, qu'elle est peu diplômée, et qu'elle doit donc se contenter du travail qui se propose au pied de chez elle. Et qui dit pas de mobilité géographique dit pas de mobilité sociale, peu de pouvoir de négociation, et donc bas salaires et conditions de travail à l'avenant. Ce sont en majorité des femmes qui travaillent dans les abattoirs, contrairement à une idée reçue !

Alors il est peut être enfin temps de revoir notre vision de l'animal, être vivant comme nous et de modifier nos comportements vis à vis de lui vers plus d'éthique. "Frère Loup" disait François d'Assise*.

* Je ne renie pas mes principes agnostiques : le sort de ce pauvre François d'Assise a longtemps balancé entre la "sainteté" accordée par la hiérarchie mâle catholique et les culs de basse fosse de l'hérésie ; pensez donc, un homme accordant une place à nos voisins de planète et prêchant la pauvreté, la simplicité, la frugalité à une hiérarchie catholique bitocentrée phallocentrée et autiste, calée sur le trône d'or de Pierre et arbitrant les élégances entre hommes (le Top model de la Création ironise Jean Michel Truong, quelle prétention !), femmes (bas morceau de la Création écrit Michel Onfray citant la bible et se reférant à la côte d'Adam) et le reste. Pauvre François, il l'a échappé belle !