mardi 29 janvier 2013

Jessica Chastain - Kathryn Bigelow : Bechdel compatibles


Les protagonistes en présence (je parle du making du film) : donc, nous avons Hollywood, puissante première industrie à l'export des Etats-Unis, et la CIA, premier service de renseignements de la planète, toutes deux institutions "sévèrement burnées". En face, deux femmes : Kathryn Bigelow, rare metteuse en scène de la première, et Maya / Jessica Chastain, cheffe de département de la CIA, en charge de la traque de l'ennemi public numéro un : Ben Laden. Deux femmes dans des mondes radicalement masculins. Maya est le personnage réel qui a mené à bien la traque de Ben Laden pendant 10 ans, et qui identifiera son cadavre à la fin. Bigelow qui a tourné en 2008 le remarquable Démineurs (The hurt locker) filme la guerre comme aucun metteur en scène homme ne le fait : non comme un jeu vidéo survolté et stroboscopique, mais au raz des angoisses et des blessures, des shoots d'adrénaline qui rendent le retour à la vie civile quasi impossible. Elle n'a pas son pareil pour filmer des mecs mal rasés à gros muscles, avec des zip, des poches et des gadgets partout, nourris à la viande américaine, engraissée au soja transgénique !

Maya, recrutée à 15 ans dans son collège pour une raison qu'elle refusera de donner au Directeur de la CIA quand il lui posera la question, se persuade tout au long de sa traque que, contrairement à ce que pense sa hiérarchie, Ben Laden ne se cache pas dans une grotte en Afghanistan, mais qu'il ne peut transmettre ses ordres à ses partisans qu'en vivant caché dans l'anonymat d'une ville au milieu de la population. Il faut dire aussi que le souvenir des "preuves d'armes de destruction massive" trafiquées pour prétexte à la guerre d'Irak ont laissé des traces douloureuses dans les services. Maya doit user de tout son pouvoir de conviction envers ces chats échaudés pour infiltrer en territoire pakistanais le présumé compound fortifié de Ben Laden (évaluation à 60 % de chances que ce soit lui) avec hélicoptères furtifs prototypes et troupes d'élites.

Quelques pisse-vinaigre de critiques trouvent que Maya est décidément bien seule (film sex free, pas de mari, pas le moindre fiancé, donc pas de roulages de pelles, et quelle horreur, pas de têtes blondes à assister dans leurs devoirs à la maison !) et que sa mission tourne fortement à la fixette. Le film concentre en 2 H 30, 10 ans de recherches obstinées, depuis le 11 septembre 2001 jusqu'au 2 mai 2011, recherche avec ses doutes et ses errances, notamment des interrogatoires sous la torture (ou la "contrainte" comme disent pudiquement les officiers) pendant la première demi-heure du film, pour finalement opter pour les moyens conventionnels du renseignement : recrutement d'agents du cru, réveil des dormants, écoutes, filatures, etc.. qui au final portent leurs fruits. Le film et son résultat démontrent que la torture ne marche pas.

Ce beau film d'auteur-e sans effets jeux vidéo, sans l’esbroufe des films de guerre des metteurs en scène hommes, film purement factuel et clinique, avec un final hypnotique est, de plus, totalement Bechdel compatible, test de Bechdel dont je rappelle les trois conditions (Maya a des collègues femmes dans son service) :

1) Y a-t-il une ou plusieurs femmes ? Ont-elles des noms ? 
2) Se parlent-elles entre elles ?
3) Parlent-elles d'autres choses que d'hommes ?

Le film est d'autre part produit par une femme (Megan Ellison), distribué par une femme (Amy Pascal, co-présidente de Sony Pictures) et, selon Michael Moore dans le lien ci-dessous en anglais, "c'est un film qui dit que dans les sociétés d'hommes, il est difficile de faire entendre une voix de femme, même dans une époque éclairée comme la nôtre !".

Je n'aime pas les films de guerre, à l'exception de deux chefs-d'oeuvre : Les sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick (Paths of glory -1957, sorti en France en 1975) et La Ligne rouge (The thin red line - 1998) de Terrence Malik, contant la bataille de Guadalcanal en 1942 dans le Pacifique, chef d’œuvre panthéiste, comme toute l’œuvre remarquable de ce metteur en scène. Et, des deux derniers films de Kathryn Bigelow.


Zero Dark Thirty - Bande-Annonce / Trailer #2... par Lyricis

Un lien où Michael Moore défend le film et s'oppose à la torture (en anglais) : In defense of Zero Dark Thirty

vendredi 25 janvier 2013

One billion rising - Un Milliard debout !

Deux dates à noter sur vos agendas :
# 14 février 2013 -tous les liens sont cliquables. Vous pouvez participer et aussi devenir activiste pour les femmes en organisant  votre propre évènement Vday dans votre ville, puisque c'est mondial.


 Ce tweet fait référence au massacre de Nimes, traité euphémistiquement (la "piste du drame familial") par la presse et les médias, c'est décidément une sale habitude.
# En région Bretagne - Pays de Loire une marche contre l'excision est organisée par l'Association Marche en corps de Quimperlé à Angers, entre les 8 mars et le 7 avril 2013. Vous pouvez faire un bout de route (ou toute la route) avec elles ; le programme et l'itinéraire ici, le déroulement et la logistique ICI. La deuxième marche aura lieu au Mali dès que la situation le permettra.
Liens :
One Billion rising (Un milliard debout)
Vday - Présentation en français
Marche en corps

lundi 21 janvier 2013

Mariage civil pour tous - Deux auditions : Héritier et Badinter

Devant la commission sénatoriale, Françoise Héritier expose son opinion et les raisons pour lesquelles elle est en faveur du mariage pour tous en évoquant l'histoire d'une norme parmi d'autres qui s'est imposée depuis le Paléolithique. Je n'ai pas trouvé de vidéo avec sa seule intervention, mais comme elle est la première intervenante, et que son intervention dure 30 minutes 31 secondes, c'est un moindre inconvénient, il n'y a pas à chercher, c'est la première demi-heure de cette vidéo. Héritier est anthropologue et ethnologue : elle parle donc comme telle. "Il n'y a pas d'évidences  simples qui seraient fondées sur une nature humaine commune" dit-elle ; elle analyse différentes sociétés, leurs interdits, (af)filiations, mariages, en précisant que rien n'est naturel, la réalité est évolutive et historique. Tout vient du Paléolithique qui a pensé le monde, que nous avons juste fait un peu évoluer ; plusieurs options possibles n'ont pas été pensées, mais un possible est devenu pensable puis formulable. D'où vient la primauté du mariage hétérosexué ? De l'exogamie, de l'interdiction de l'inceste, de la circulation des femmes échangées par les hommes et NON l'inverse pour apaiser les conflits. J'ai trouvé que proposer la vidéo de cette intervention concluait bien mes deux derniers billets, notamment celui sur Les femmes avant le patriarcat. C'est clairement argumenté.

Françoise Héritier est pour la PMA (procréation médicalement assistée) tout en précisant qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, mais comme les techniques le permettent, ça la rend possible. En revanche, elle se revendique totalement opposée à la GPA (Gestation pour autrui) car pour elle, cette technique est non altruiste, elle est un tort causé à autrui (domination maritale et économique des femmes). Le droit des femmes à l'égalité n'a pas à être bafoué par des couples homosexuels hommes, affirme-t-elle. Je suis évidemment totalement d'accord avec sa position.



Elizabeth Badinter - Video de 6 minutes - Elle a exposé avant pourquoi elle est pour le mariage pour tous, mais ces 6 minutes concernent la GPA qu'elle défend, et ses justifications sont pour moi étonnantes, car elle exprime, en plus de sa position libérale qu'on connait désormais bien sur la "libre disposition de leur corps par les femmes", et la marchandisation (terme qu'elle n'admet pas) qui devrait en découler, une étonnante vision mécaniste / techniciste des fonctions du corps en séparant le "portage" de l'enfant, de son élevage.
Le Fordisme appliqué à la reproduction humaine, le travail en miettes de Taylor ? Vous n'avez jamais rêvé d'être enceinte, mais vous auriez aimé élever, les deux fonctions seraient "à options" grâce à la GPA, évidemment, selon E. Badinter, strictement encadrée par des lois, et en sachant qu'il y a des filous qui s'en affranchissent, bref, le corps des femmes et ses fonctions biologiques en prêt bénévole (qui y croit ?) à la découpe, une continuation transactionnelle issue du Paléolithique avec son échange des femmes entre groupes humains pour apaiser les conflits -ici intimes- des choix individuels. D'autant que les techniques d'élevage se sont, depuis lors, vraiment améliorées, donc pourquoi ne pas en profiter. Mais peut-être que pour Elizabeth Badinter, élever ses enfants sans les porter eut été le rêve ?



Pour trouver comment épeler les barbarismes techniques de FIV, IAD, IAC, ICSI, c'est ici dans la têtière de cette revue scientifique.
La définition de Larousse de la néoténie

Liens critiques et subversifs : 
Christine le Doaré : Vite la loi ! 
Christine Pédotti : Mariage pour tous, les femmes vont se réveiller avec une sacrée gueule de bois ! 
Marie-Jo Bonnet à Europe1 -de la minute 12 à la minute 19 : le mariage gay n'est pas un projet porté par les lesbiennes.  
La page de Marie-Jo Bonnet
Homosexuels et subversifs : Il y a 40 ans naissait le FHAR 
Les Gouines Rouges

lundi 14 janvier 2013

Isis, l'Eternelle

J'ai lu, sur prescription d'Euterpe dans un de ses précédents billets, l'ouvrage de Florence Quentin paru chez Albin Michel Isis l'Eternelle - Biographie d'un mythe féminin. J'ai énormément aimé : il se dévore, il est tonifiant et empowering. Je le conseille à mon tour.


Etat-civil : Déesse égyptienne Asèt, devenue Isis à Alexandrie, fille de Rê ou Ra, dieu du soleil, sœur jumelle d'Osiris, tué par Seth l'autre frère, (Caïn et Abel avant la bible), fait renaître en le ressuscitant son frère adoré et en fait son époux dont elle a un fils : Horus. Horus, dieu solaire comme sa mère, est le prototype de toutes les divinités solaires, aboutissant à Jésus Christ. Persistance des mythes.

ISIS est une belle synthèse du divin mythologique : solaire comme les dieux mâles (alors que les femmes seront plus tard associées à la Lune et à la nuit), chtonienne, elle est associée au serpent terrestre, un cobra femelle symbole de fécondité apanage de toutes les divinités féminines, serpent que les chrétiens transformeront en démon condamné à ramper sur terre, incarnation de tous les maux, car associé à la connaissance et aux femmes, ces démones qui ont précipité Adam dans la chute ! Nature ET culture : d'Isis qui "a enseigné aux Egyptiens l'agriculture et les lois", Boccace tient qu'elle a inventé l'écriture et l'a transmise aux humains ! Grande Mère, déesse du Nil, elle préside aux récoltes, aux crues du Nil, les femmes l'implorent pour être fécondes, les hommes l'invoquent comme puissance de la nature. Partie d'Egypte, elle voyage en suivant les voies commerciales et maritimes, elle conquiert Alexandrie, Rome, où déesse agraire des moissons elle devient Déméter, puis l'Europe et l'Afrique du Nord.

Ses attributs symboles : le petit trône qu'elle porte sur la tête, ou aussi un disque d'or entre deux cornes, un ciste et une croix ansée.

« Je suis tout ce qui a été, qui est et qui sera, et mon voile, aucun mortel ne l'a encore soulevé ». Citation d'Emmanuel Kant. Évidemment, ce voile d'Isis n'est en rien le lourd symbole d'appartenance des femmes qu'on soumet, mais le symbole des mystères de la Nature que les humains veulent percer. Comme dans cette sculpture du XIXème siècle "La nature se dévoile" au Musée d'Orsay : Isis révélant ses secrets à la science.


Métamorphoses d'Isis : Vierge-mère céleste, elle réapparaît en Marie. Les pères de l'Eglise qui ne voulaient "pas de déesses chez nous !" se sont fait doubler par Isis/Marie avec son serpent sous les pieds ; les vierges noires romanes de l'art médiéval sont les héritières des Grandes déesses-mères de l'antiquité nous affirme Florence Quentin. D'ailleurs dans les campagnes, avant Vatican II, on sortait, lors des Rogations, diverses statues de la Vierge qu'on promenait dans les chemins pour avoir de belles récoltes. Malgré leur appropriation des anciens rites, et surtout des grandes déesses, pour installer leurs franchises-business en leur piquant des idées, les religions à dieu mâle n'ont jamais eu raison d'Isis. Et attendez un peu : elle revient !

Au XVIème siècle, ce portrait d'Elizabeth 1ère en Isis anglaise, parée comme une déesse, en porte tous les attributs : voile, entrelac de cobra sur la manche de robe, roses et ciste.


Au XVIIIème siècle, Isis devient déesse des Lumières : en 1793, la Convention organise un projet d'anniversaire de la chute de la royauté. Les conventionnels imaginent de faire boire une eau issue d'une fontaine régénératrice -symbole isiaque- à tous les dignitaires républicains, qui se dirigeront ensuite vers le Champ de Mars avec "un bouquet d'épis de blé et de différents fruits" comme signe unitaire. Hommage à Isis / Déméter. Les francs-maçons, société occulte pratiquant par ailleurs un féroce apartheid des sexes, se proclament "fils de la Veuve", la veuve (d'Osiris) étant bien sûr Isis. Sarastro, dans le dernier opéra de Mozart, La Flûte Enchantée lance une supplique à Isis et osiris. Mozart et Schikaneder, son librettiste, sont tous deux maçons.

Au XIXème siècle, les romantiques allemands, suivis des symbolistes français, en réaction au catholicisme étouffant tombent tous amoureux de la belle Isis : Gérard de Nerval va enquêter en Egypte,  Michelet et Villiers de l'Isle-Adam (auteur de L'Eve future) veulent "se tourner vers les anciens cultes polythéistes : ...inventons une autre forme de sacré. Remontons à la sources des croyances !" écrivent-ils.

Isis aujourd'hui - Dans la pop culture : La série Mighty Isis 1976 - 1977
-8 numéros- est devenue une série télé.
La Wicca society, mouvement religieux néopaganiste et non sectaire, propose un syncrétisme, synthèse des vieilles croyances ; elle a été diffusée par les féministes américaines dans le contexte de la contre culture des années 70. Elle a désormais acquis une dimension écologique.


"Tsunamis et cyclones engloutissent l'arrogance, la supériorité et le mépris des hommes pour les puissances de la nature, eux qui se croyaient forts d'une technique sans faille. Le rappel à l'ordre est alors brutal, la nature reprend ses droits -mais les crues peuvent aussi trouver leur place dans le cycle de la fertilité. Nimbée de vent, Isis nous a montré qu'on ne soulève pas impunément son voile et qu'elle peut aussi bien nourrir que détruire. N'oublions pas cette leçon. ...La déesse rappelle que le féminin (comme genre et non comme sexe) peut être un rempart contre les pires dérives."

"Dans sa robe constellée d'étoiles gonflée par les vents, l'Isis maîtresse des flots tient toujours la barre du monde entre ses mains."
Florence Quentin


"One touch of nature makes the whole world kin
William Shakespeare - La citation est tirée de Troilus et Cressida  - (Une touche de nature rend le monde fraternel). Si c'est Shakespeare qui le dit, c'est indiscutable.

Voilà. Si ce résumé succinct ne vous donne pas envie de lire le livre, c'est dommage, vous allez passer à coté du bonheur.

lundi 7 janvier 2013

Les femmes avant le patriarcat

Publié chez Payot en 1976

Appuyée sur une documentation abondante : Tacite, Mircéa Eliade, Dr W Lederer, Lévi-Strauss, Simone de Beauvoir, Jean Markale, Maurice Bardèche, Léo Abensour, Marx, Jung, etc... Françoise d'Eaubonne raconte l'histoire des femmes avant le patriarcat, puis comment, après ce qu'elle appelle le Grand Renversement, les choses vont sérieusement se détériorer, les hommes s'appropriant les femmes et leur fécondité sans rien leur devoir "le fruit du pommier appartenant au propriétaire du pommier" comme dit cyniquement Napoléon dans le Code Civil.

Evidemment, personne n'étant revenu vivant du Paléolithique, ou en assez bon état pour témoigner, il faut tout mettre au conditionnel ! Il nous reste toutefois les pierres taillées et outils, les poteries, les dessins sur les parois des grottes, les statues et objets de culte, ainsi que les mythes et légendes qui ne sortent pas de nulle part, mais qui sont les résultats de traditions orales préexistant à l'écriture. Le matriarcat, figure inversée du patriarcat oppresseur n'aurait jamais existé. Ne pas le confondre avec la matrilinéarité, les sociétés matrilinéaires pouvant être redoutablement misogynes. En revanche, ce qui aurait existé, c'est une terreur ou un émerveillement devant le privilège exorbitant des femmes à porter la vie, donc à avoir accès à l'éternité quasiment tous les printemps : culte des Grandes Mères, des grandes déesses. Évidemment, je vous parle d'un temps où les mecs n'avaient aucune idée qu'ils étaient pour quelque chose dans le processus. Ils vont d'ailleurs mettre un temps fou à le découvrir (Malraux prétendait que c'est un miracle qu'ils s'en soient rendu compte, puisque pratiquement  à chaque fois qu'un homme couche avec une femme, il ne se produit RIEN du tout niveau procréation !).

Ils vont tout de même commencer à se douter de quelque chose en observant les animaux, la chasse seule ne permettant pas cette observation. Il faut pour cela inventer le pastoralisme et l'élevage, après la chasse qui divise déjà les sociétés en deux, chasseurs et cueilleurs. Les chasseurs vont devenir pasteurs nomades (les sociétés nomades encore de nos jours, sont extrêmement misogynes) ; les femmes, non exclues de la chasse, mais obligées sans doute de se sédentariser quand elles sont enceintes sous peine d'accidents pour le groupe entier vont, elles, inventer l'agriculture. Elles sèment le blé, qui pourrit dans la terre et.... renaît en donnant une récolte chaque année. Elles seraient donc inventrices des rites funéraires : on met le mort en terre, en espérant une renaissance... ("Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" - Saint Jean l'aurait piqué aux Grandes Mères ?). Elles seraient également à l'origine des villes, des cultes de plein air, alors que les cultes masculins seront rendus plus tard dans des temples. Le principe féminin est toujours associés aux eaux : sources, marais, fleuves, crues du Nil fécondant les terres dans l'ancienne Egypte.

L'appropriation de l'agriculture par les hommes avec l'invention de la charrue aurait scellé les destin des femmes, Grandes Mères et déesses ; l'appropriation de la fécondité des femmes suivra, ainsi que celle de la Nature. Dépossédées de leur caractère sacré, elles seront échangées et circuleront comme des marchandises ou du bétail, puisque c'est ainsi que ce seraient constituées les sociétés humaines selon Claude Lévi-Strauss.

Au Grand Renversement, elles auraient résisté, ne voulant pas être réduites. Françoise d'Eaubonne consacre un chapitre entier au mythe des Amazones qui irrigue pratiquement toutes les régions du monde et ses différentes cultures, avec des résurgences contemporaines. Des femmes se seraient constituées en sociétés non mixtes, sauf à certaines périodes de l'année. Comme elles sont obligées de se défendre, elles apprennent à combattre. Il y a abondance et persistance de légendes d'Iles de femmes dans pas mal de cultures.

La résistance à ce renversement se signalerait aussi par l'opposition entre cromlechs de pierres levées (menhirs), et les sites mégalithiques de tables d'autels (dolmens), les uns étant solaires et phalliques, les autres étant féminins, au vu de la forme des tunnels de pierres couvertes qui  évoqueraient le sexe des femmes. Françoise d'Eaubonne remarque d'ailleurs que (presque -les exceptions sont rares) tous les dolmens portent des noms de femmes : la Grotte de la Dame, les pierres des fées,... et à 35 km de chez moi, le site de la Roche aux Fées. Cette période transitoire de semi-patriarcat aurait duré extrêmement longtemps, et les femmes ne seraient pas forcément seules dans cette résistance. C'est pas mal quand on rentre de la chasse (les cadavres se corrompent très vite) de trouver à manger de la farine et du pain, produits de graines qui se conservent longtemps sans s'altérer en poisons. De bons procédés et des cadeaux doivent s'échanger. Des civilisations philogynes, comme celle de la Crète, des Celtes résistant au Droit Romain patriarcal (avec entre autres la résistance de Boadicée, Vercingérorix au féminin, moins connue que lui, mais tout aussi valeureuse) et l'Egypte célébrant le culte d'Isis, déesse solaire, agraire et chtonnienne, constitueront des îlots résiduels de paix et de relatif pouvoir pour les femmes et les grandes déesses, avant que le patriarcat n'établisse définitivement son empire sur tous les continents et toutes les cultures. Les trois religions à dieu mâle n'auront plus qu'à renforcer et parachever son emprise.
Selon Françoise d'Eaubonne, inventrice de l'éco-féminisme, son agressivité, son expansionnisme sans frein, nous font vivre à crédit dans un univers fini et limité, la surpopulation concomitante à la destruction de la nature et la raréfaction des ressources font peser un danger mortel sur notre espèce (sans parler des autres) et sur notre survie sur la planète.

Après le patriarcat : UN BON SAUVAGE

"Les femmes ? disait un Chef Chippeway, une seule peut tirer ou porter autant que deux hommes. Elles dressent nos tentes, fabriquent nos vêtements, nous les raccommodent et nous tiennent chaud la nuit. Nous ne pouvons absolument pas nous déplacer sans elles. Elles font tout et ne nous coûtent pas grand chose à nourrir. Comme elles font constamment la cuisine, il leur suffit, en temps de disette, de se lécher les doigts".

Cité dans Les femmes avant le patriarcat par Françoise d'Eaubonne, citant elle-même Will Durant, historien et philosophe américain.






Cet article n'est qu'un résumé succinct de la riche et érudite monographie de Françoise d'Eaubonne :  il faut évidemment lire le livre. Il est épuisé chez l'éditeur, mais se chine très bien chez les bouquinistes et sur Internet, ses sites de vente en ligne, à prix modéré.

Je rajoute un lien qui va bien avec mon article : une étude interculturelle sur l'inclinaison ou non au viol dans les sociétés humaines, chez Antisexisme.

mardi 1 janvier 2013

Bonne année 2013 !

Cette vidéo est composée de photos de la Terre prises de nuit via le satellite Polar Orbiting Partnership de la NASA, capable d'observer la terre de nuit. On y voit les implantations humaines : villes, concentrations de bateaux sur le Nil, ou encore les pays en voie de développement plongés dans l'obscurité (Corée du Nord).
Pour voir ces images plus en détail, c'est sur le site de la NASA.



J'ai capturé cette vidéo sur le site Gizmodo que je cite :
"On peut aussi regarder cette image en laissant place à nos émotions. Même s’il nous arrive de dormir, la Terre, elle, ne dort jamais. Même sous le voile de la nuit, notre présence sur Terre est bien visible, même depuis l’espace. Nous utilisons son énergie, nous exploitons ses ressources, et c’est bien de notre « maison » dont nous parlons. Cette petite bille noire, avec ses points lumineux jaunes, c’est tout ce que nous avons. Et puisque nous ne sommes pas seul-e-s, nous devons la partager avec ses autres habitants, les animaux, terriens eux aussi.

BONNE ANNEE 2013 à tou-t-e-s les Terrien-nes !

Et toujours, Pourquoi ne parlerions-nous pas de violence et de masculinité ? Par Soraya Chemaly
Deux liens supplémentaires (suggérés par Héloïse) :
Tueries de masse au masculin et victimes au féminin 
Les meurtres en série et de masse : dynamique sociale et politique.

jeudi 27 décembre 2012

Pourquoi ne parlerions nous pas de violence et de masculinité ?


"Considérez que votre carte de virilité est renouvelée"
Affiche publicitaire pour le fusil automatique utilisé par Adam Lanza dans la tuerie de Sandy Hook, Newtown, Connecticut, décembre 2012.

« La culture des armes aux États-Unis est on ne peut plus étroitement liée à la masculinité, mais cela demeure non dit »
« Qu’est-ce qu’un sociopathe ? C’est une personne qui manque d’empathie »
« La sociopathie est la manifestation extrême de la façon dont notre société socialise les garçons".
Jackson Katz Sociologue
Citations extraites de "Et les hommes, eux ? Propos sur la masculinité et les tueries de masse" de Megan Murphy

Vous avez vu et entendu, rapportés jusqu'à la nausée, dans vos medias habituels les reportages sur la tuerie de l'école maternelle Sandy Hook de Newtown, Connecticut, ce mois de décembre. Vous avez peut être été frappée comme moi devant l'abondance des commentaires, alors que pas un seul n'évoque le sexe du tueur, comme d'habitude, comme toujours. Et pourtant ! Selon cet article documenté, sur 62 mass shootings aux USA pendant les 30 dernières années, un seul est commis par une femme. Je crois donc qu'il faut aborder le sujet, comme l'a fait Soraya Chemaly, dans cet article paru le 17 décembre sur MS Magazine : Why won't we talk about violence and masculinity in America ? La traduction est de Martin Dufresne.

"Alors que j’écoutais avec le reste du monde se déployer l’horreur de ce qui est arrivé à l’école primaire Sandy Hook, j’ai été frappée par l’absence persistante de commentaires et d’analyses sur le fait que les tueurs de masse sont presque tous des hommes et des blancs en colère. Que faudra-t-il pour que nous amorcions enfin un dialogue généralisé, ouvert et public à propos du genre et de la violence dans notre pays? À propos de la masculinité et de l’identité? Ces sujets font partie des «questions difficiles» que nous avons tendance à ignorer. Au lieu de cela, à la radio et à la télévision, j’ai entendu des commentateurs expliquer encore et encore à quel point un tel scénario était rare, comment Newtown n’avait pas de «problème de criminalité», quel était le profil psychologique des tueurs de masse, et comment les policiers étaient encore à la recherche d’un motif. En somme, les gens se demandaient encore : 
«Pourquoi cette tragédie-là ?»

Ce n’est pas la bonne question. Les meurtriers de masse sont un symptôme extrême d’un problème courant, quotidien. Oui, le risque d’être terrorisé-e par un meurtrier de masse isolé est mince, c’est vrai. Mais des personnes ordinaires vivent dans la peur et la terreur à domicile. Il n’y a malheureusement rien d’exceptionnel à ce que des hommes armés tuent des gens tous les jours dans notre pays. Dans le cas des meurtres de masse, le symptôme extrême de cette catastrophe, la question devient : «Pourquoi est-ce qu’un nouveau jeune homme blanc en colère a agi de cette façon et tué ces personnes ?»

Cette tragédie est arrivée et continuera à se produire parce que trop d’armes sont facilement disponibles dans une culture optimisée pour leur utilisation tragique, le plus souvent par des garçons instables, élevés à se définir comme des hommes par le biais de la violence, et à qui on enseigne dès leur naissance à être en contrôle. Des hommes à qui la culture confère des droits acquis et des attentes de pouvoir et de privilèges. Des attentes qui, faute d’être satisfaites, et lorsqu'elles sont vécues en même temps qu’une maladie, une perte, une dépression ou plus, explosent quotidiennement en des tragédies innombrables. Déstigmatiser la maladie mentale et réglementer la possession d’armes à feu sera d’une certaine aide, bien sûr, mais cela restera insuffisant sans l’inclusion de cette dimension du problème. Dans le cas d’Adam Lanza, oui, il avait un problème de santé mentale et il y a eu accès à des armes. Mais, à l'inverse d'autres ayant cette maladie et cet accès, il a vécu le contexte culturel d'une manière qui l'a fait passer à l’acte violent.

Les pistolets de la mère de Lanza, tous dûment autorisés, faisaient partie des 270 millions d’armes à feu qu'on trouve aux États-Unis aujourd’hui. Lanza s’était vu refuser une arme à feu dans un magasin local d’armes plus tôt dans la semaine parce qu’il refusait d’attendre les deux semaines réglementaires. Notre pays si exceptionnel se classe au premier rang mondial en termes de nombre d’armes à feu par habitant, avec un ratio de 88 armes/100 personnes, loin avant le deuxième sur la liste, la Serbie, dont le ratio est 58,2/100. Il existe des pays armés de façon similaire, mais pas aussi violents. Comme Ezra Klein l’a fait remarquer dans le Washington Post vendredi, «La Suisse et Israël ont des taux d’homicides relativement faibles, en dépit de taux de possession d’arme à feu à domicile comparables à ceux des États-Unis". Sur les 25 pires meurtres de masse des 50 dernières années, 15 ont eu lieu aux Etats-Unis. C’est mentir que d’affirmer que ces événements sont rares.

Vendredi dernier, après avoir tué sa mère (ce qui est, après tout, de la violence familiale), le tireur est entré dans ce lieu sûr qu’est une école, et il a abattu 20 garçons et filles et six femmes. Pas besoin d’un doctorat en psychologie pour s’interroger sur la signification des gestes d’un homme qui tue sa mère, puis entre dans une école, où les femmes dominent les fonctions de contrôle et de care, et tue des petits enfants avant qu’ils et elles ne grandissent. C’est un acte incommensurable. Je ne veux pas manquer de respect ou de sympathie en rappelant qu’au cours des prochaines 24 heures, au moins trois femmes aux États-Unis vont mourir aux mains d’hommes violents. Selon le Children’s Defense Fund, au cours des mêmes 24 heures, huit enfants mourront chez nous des suites de blessures par balle. Le journaliste Bill Weird du réseau ABC News commente : «Dans les 23 pays les plus riches au monde, 80 pour cent de tous les décès par armes à feu se produisent aux États-Unis et 87 pour cent de tous les enfants tués par armes à feu sont des enfants américains.» Ce taux est 42,7 fois plus élevé que celui de tous les autres pays réunis.

Lanza était un homme parmi d’autres. Même si davantage d’hommes meurent par balle que les femmes, les décès par armes à feu sont en très grande majorité des crimes perpétrés par des hommes, que les victimes soient de sexe masculin ou féminin. Et je sais que, même si cette année marque le 23e anniversaire du massacre de l’École polytechnique de Montréal et le sixième anniversaire de celui perpétré contre les fillettes d’une école de la communauté Amish, la plupart des tueurs de masse n'ont pas le projet de tuer en fonction du sexe. Mais, comme pour les homicides simples, la possession d’armes à feu et les meurtres qu’ils commettent ont un caractère sexué. Un sondage Gallup mené en 2011 a révélé que 46 pour cent des hommes américains possédaient une ou des armes à feu (en regard de 23 pour cent des femmes). Et, comme nous l’avons appris le mois dernier quand Kassandra Perkins a été abattue par Jovan Belcher, 91 pour cent des meurtres familiaux sont commis par des hommes et 88 pour cent de ces meurtres impliquent des armes à feu. En moins de 10 jours, le nombre de femmes et d’enfants ainsi tués dépassera le nombre de personnes – les enfants, les femmes et Lanza lui-même – sacrifiés vendredi dernier. La culture qui crée un si grand nombre de meurtres non planifiés, familiaux, facilités par la possession d'armes à feu – partie des 15 000 homicides par an qui ne font qu’une victime – est celle qui produit des tueurs de masse comme Lanza.

La revue Mother Jones a dû mettre à jour son article «Guide to Mass Shootings in America », qui avait documenté, plus tôt cette année, les 62 cas de fusillades impliquant des armes à feu aux États-Unis depuis 1982. Onze de ces attentats se sont produits dans des écoles. Des jeunes hommes blancs sont très majoritairement les auteurs de ces fusillades. Parmi les principaux meurtriers de masse du siècle dernier, pas un des tireurs n’était une femme. Les garçons et les hommes blancs n’ont aucune prédisposition biologique ou génétique à devenir meurtriers de masse ou conjoints agresseurs, mais la violence fait partie de la façon dont est définie la masculinité aux États-Unis. Et les armes font partie de cette violence.

La publicité du fusil dont s’est servi le tireur de l’école Sandy Hook utilise comme slogan la phrase « Considérez votre carte d’identité masculine comme renouvelée. » Les jeunes hommes blancs possèdent des droits acquis et des privilèges qui, combinés à la déception, la maladie, la perte, et une glorification de la violence aussi courante que décapante pour l’âme, peuvent conduire à une telle tragédie. Le seul endroit où j’ai entendu cette connexion abordée dans les médias le week-end dernier était à l’émission du réseau MSNBC «Up with Chris Hayes», quand David Sirota, du site Web Salon, a fait remarquer que les hommes blancs sont vraiment le seul groupe en Amérique du Nord pour qui «il n’est pas permis de faire de profilage ethnique». Comme les mâles de race blanche sont représentés de façon disproportionnée dans les médias et parmi nos responsables politiques, il faut que plus d’hommes blancs comme Sirota et Hayes prennent la parole et parlent de cela : de la façon dont une peau blanche et la masculinité sont non seulement nos normes incontestées, mais sont aussi imbues d’innocence et d’autorité implicites qui les rendent presque impossible à critiquer face à un pattern (modèle) d’événements aussi horribles que celui de Sandy Hook.

En 2010, dans un article intitulé «Suicide by Mass Murder», Rachel Kalish et Michael Kimmel ont donné un nom à ce phénomène: l’«aggrieved entitlement» (droit acquis lésé). Dans leur article, ils décrivent une «culture de masculinité hégémonique aux États-Unis», qui crée un «sentiment de droit acquis lésé, propice à la violence ». Pour les jeunes hommes, et surtout les hommes blancs, la colère et la violence sont des privilèges auxquels les autres personnes ne peuvent prétendre, et dont l’exercice hors de cette caste, est clairement puni. Quant à notre système carcéral industrialisé, il déborde d’un nombre disproportionné de jeunes hommes noirs. Alors que les hommes qui tuent une partenaire intime écopent en moyenne de peines de deux à six ans, les femmes qui tuent leur conjoint sont condamnées, en moyenne, à 15 ans de prison. Le privilège de se mettre en colère et d’user de violence n’est pas également distribué. Pas plus que le fait d’admettre que les hommes souffrent de maladie mentale, un domaine que nous dépeignons comme presque exclusivement réservé aux filles et aux femmes.

Ce n’est pas raciste ou sexiste de suggérer que les hommes blancs sont aux prises avec une perte de pouvoir dans notre pays. Je ne diabolise aucunement les hommes blancs ; beaucoup, sinon la plupart d’entre eux n’ont probablement pas le sentiment d’être puissant et en contrôle. Mais le fait est que, dans notre pays, les hommes blancs ont longtemps dominé la sphère publique et la sphère privée. Ils continuent de dominer le gouvernement et les médias alors même que la nature de la famille et de la vie privée a évolué. Personne n’aime perdre du pouvoir; c’est un processus incommodant, pénible, effrayant et déroutant.

Mais il est important de distribuer le pouvoir de façon équitable. C’est un changement que nous pouvons chercher à comprendre, à discuter ouvertement et à faciliter. Ou, nous pouvons fermer les yeux et exacerber les préjudices liés à l’inégalité.

Cette violence constitue une crise de santé publique. D’autres pays saisissent l’importance vitale pour la société de comprendre les constructions de genre, mais le nôtre y résiste d’une façon mortifère pour l’esprit. Pourtant nous avons vraiment, vraiment besoin de le faire si nous voulons comprendre comment enrayer cette hémorragie de vies humaines. Prétendre que les pressions culturelles et les droits acquis hyper-genrés qui contribuent à faire des garçons de «vrais hommes» ne jouent pas un rôle crucial dans ces tueries de masse, et dans les meurtres commis quotidiennement chez nous, constitue notre véritable crime national." Soraya Chemaly "Why won't we talk about violence and masculinity in America ?"

Les armes ne sont pas aussi répandues en France qu'aux USA, et pour l'instant, il ne peut pas y avoir de tueries de masse d'une telle ampleur. Mais en France aussi, ce sont des hommes qui détiennent les armes à feu et ce sont surtout les femmes qui succombent sous la violence de leur conjoint, souvent abattues par ces armes ; il y a aussi de fréquents accidents dans ce club très masculin qu'est la chasse ! La virilité, chez nous aussi, fait des victimes. 

vendredi 21 décembre 2012

Homme de guerre : pléonasme ?

En marchant dans les rues de ma ville, il m'arrive de lever le nez sur les plaques de rues, histoire de voir quelles célébrités on y trouve. Comme je suis dans une ville où ça bétonne à mort (logements sociaux, immeubles de standing, hôtels de luxe, immeubles administratifs...), mais où un début de prise de conscience sur l'étalage urbain commence à se faire jour, on remplit les "dents creuses", ces trous urbains entre les maisons ; les pavillons de l'après-guerre avec jardin, dont les habitants partent en maison de retraite ou décèdent, sont démolis et remplacés par des immeubles de quelques étages, à parking bétonné derrière, ce qui fait que le jardin disparaît et la biodiversité qui va avec : hérissons, herbe, fleurs, insectes, escargots, fourmilières...
Les friches industrielles sont dépolluées et on les re-bétonne, ce qui donne de nouveaux quartiers flambants neufs (pas pour longtemps, ça vieillit mal) ! Il faut donc trouver des noms aux nouvelles rues, allées, places. Pas question de tomber dans la facilité comme dans les bourgades des siècles passés : Place du marché, de la Mairie ou encore de la Poste qui étaient et sont les occurrences les plus nombreuses, ne sont plus de mise. Pas plus que les rues des Mésanges, Peupliers, Platanes..., qui sentent à plein nez leur urbanisation ratée et pathogène des années 60 et 70 du siècle dernier ! Enfin, on en a tous soupé des généraux d'empire, des illustres zomes politiques de la 4ème République et des scientifiques, tous mâles, du XIXème siècle. Il faut donc se creuser la nénette, trouver du héros local, secouer les archives et les archivistes, soulever la poussière des armoires et racler les fonds de tiroirs. Eurêka : on trouve Geoffroy de Pontblanc. HOMME DE GUERRE de son état, statut pour la postérité.
 


De cet obscur du 14ème siècle, on n'a trouvé que la date de sa mort et un exploit : il a tué plusieurs anglais dans une rue étroite. Il faut bien cela pour l'édification des générations futures : un chevalier qui tue des anglais avant d'être mis en pièces à son tour. Le promotion du pacifisme ne passe pas par les mecs. Au fait, une FEMME DE PAIX, c'est introuvable dans l'histoire régionale ? Dans le bruit et la fureur de l'histoire et des exploits guerriers masculins, que valent les Jeanne de Lalaing, Jeanne de Laval et Comtesse de Penthièvre, l'une sauvant un mari de la prison, la seconde, femme de goût promouvant les artistes, ou la troisième sauvant son duché des convoitises françaises ! Ah oui, mais ce sont des femmes, et selon une tradition délétère, elles sont effacées de l'Histoire avec de grosses gommes viriles. Pas question de montrer aux fillettes des modèles valorisants : des femmes de tête, de cœur et de pouvoir ! Le destin des femmes est de rester à la ferme pendant que les gars guerroient, chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Et faire la guerre, dans leur mythologie, est plus valorisant que d'entretenir la ferme en bon état de marche en attendant leur retour. Donc, dans les noms de rues, on trouve des Geoffroy de Pontblanc, le couteau entre les dents !

Lors de mes recherches, je suis quand même tombée sur une ville de France dont les noms de rues sont tous des noms de femmes : il s'agit de la Ville aux Dames, près de Tours, département d'Indre et Loire. Ses habitants s'appellent des Gynépolitains et des Gynépolitaines. Vivent les Tourangeaux !  5000 habitants, 75 avenues, rues, allées, qui portent presque toutes des noms de femmes, de même que tous les édifices municipaux, depuis 1974, où ces femmes illustres ont donné leurs noms aux lieux-dit, sur décision majoritaire du Conseil Municipal. Un exemple mal connu et à suivre.

Article à lire sur Archives du Féminisme.


samedi 15 décembre 2012

Prostitution - Appel de Bruxelles

Texte issu du Colloque "10 ans de politiques sur la prostitution - Résultats des options suédoises et néerlandaises et perspectives", organisé par le Lobby Européen des Femmes avec le soutien d'Euro-députées : il a aussi le mérite de rappeler dans ses considérants que la France ratifie et signe des traités supra-nationaux qui ont force de loi sur son territoire.

Texte de l'Appel de Bruxelles

Considérant que :

La prostitution est une violence
 -   Une grande majorité des personnes prostituées a subi des violences, souvent sexuelles, avant d’entrer dans la prostitution.
 -   Une grande majorité des personnes prostituées subit des violences de toutes sortes dans le cadre de la prostitution (agressions physiques, verbales, sexuelles, psychologiques, etc.).
-    La répétition d’actes sexuels non désirés, car imposés par l’argent, les inégalités et la précarité, constitue en soi une violence sexuelle.

La prostitution est une exploitation des inégalités
-    La prostitution s’inscrit dans la longue tradition patriarcale de mise à disposition du corps des femmes au profit des hommes (droit de cuissage, viol, ‘devoir conjugal’...).
 -   La prostitution exploite toutes les formes d’inégalités : des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, du Nord sur le Sud, des groupes majoritaires sur les minorités.
 -  En majorité, les personnes prostituées au sein de l’Union européenne sont issues de pays-tiers plus pauvres. Lorsqu’elles sont issues d’Etats membres de l’UE, on constate une surreprésentation des minorités ethniques.

La prostitution est une atteinte à la dignité de la personne
 -  En plaçant le corps humain et la sexualité dans le champ du marché, la prostitution renforce l’objectification de toutes les femmes et de leur corps, et porte directement atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes prostituées.
  -  La prostitution renforce la domination des hommes sur les femmes et notamment le sentiment de disponibilité et d’accessibilité du corps des femmes que l’on retrouve dans le viol, le harcèlement sexuel et les violences conjugales.
 -   La prostitution constitue un obstacle à une sexualité libre, respectueuse et égalitaire.
 -  La prostitution alimente et perpétue la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.

La prostitution est une violation des droits humains
-   La Convention des Nations Unies du 2 décembre 1949, adoptée par son Assemblée générale et ratifiée par 17 Etats membres de l’Union européenne, affirme dès son préambule que « la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ».
-    La Convention des Nations Unies de 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes demande aux Etats parties de prendre « toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour réprimer, sous toutes leurs formes, le trafic des femmes et l’exploitation de la prostitution des femmes ».
-    La prostitution est incompatible avec les articles 3 et 5 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui affirment que « tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sûreté de sa personne » et que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Nous demandons aux états membres de l’union européenne d’adopter des politiques garantissant :

-    La suppression des mesures répressives à l’encontre des personnes prostituées ;
-    La condamnation de toutes les formes de proxénétisme ;
-    Le développement d’alternatives réelles et de programmes de sortie de la prostitution ;
-    L’interdiction de tout achat d’un acte sexuel ;
-   La mise en en place de politiques de prévention, d’éducation à l’égalité et à la sexualité ;
-    Le développement de politiques de prévention dans les pays d’origine des personnes prostituées.

L’union européenne et ses états membres doivent revoir totalement leur politique de lutte contre la traite des êtres humains qui n’a ni sens ni chance d’aboutir tant que l’impunité des proxénètes et des clients prostitueurs demeurera la règle.

"On dit que l'esclavage a disparu de la civilisation européenne. C'est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme, et il s'appelle PROSTITUTION".
Victor Hugo - 1862

Liens :  
Pour signer :  Abolition 2012
Liste des intervenant-e-s, contacts, informations pratiques :
Mouvement du Nid.
Il y a un an, le 6 décembre 2011 : texte adopté par les députés français réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution
Frédéric Taddéi, lors de son émission de mardi 11/12/12 Ce soir ou jamais a donné une tribune libre au proxénète (activité criminelle !) "Dodo la saumure" poursuivi par la justice française - Thalia Breton, porte parole d'Osez Le Féminisme lui répond.

samedi 8 décembre 2012

Escroquerie : la place des femmes dans la science

Ce petit film trouvé sur un lien électronique du journal le Monde démontre, s'il fallait encore le démontrer, que les fameuses études "in vivo", faites sur des animaux de laboratoire, comme si des animaux vivaient naturellement en laboratoire -déjà ça sonne comme une escroquerie-, études incluses obligatoirement dans les protocoles de recherche pour obtenir la fameuse AMM (autorisation de mise sur le marché), viatique de toute spécialité pharmaceutique, ces études donc, sont biaisées de tous côtés, surtout du côté des femmes ! On se demande où est la rigueur scientifique dans tout cela. Cela ressemble surtout à de la maltraitance caractérisée, aux animaux et... aux femmes ! Jugez-en :



Dans le film, on nous parle de "biais masculins inconscients" !
Tu parles ! Comme pour tout le reste, femmes effacées de l'économie (travaux domestiques des femmes non compté dans les PIB), de l'Histoire, des arts et des sciences, il s'agit d'un programme politique androcentré, de la défense des intérêts catégoriels étroits des mâles pour garder le contrôle, le pouvoir..., et la santé. Si les femmes ne prennent pas en main leurs propres intérêts en investissant tous les champs, scientifique, politique, économique, artistique aussi, nos intérêts ne seront jamais défendus. C'est aussi clair que cela. La dévolution ne marche pas. Aussi, refusons-la et défendons nous mêmes nos intérêts, qui valent largement les leurs ! Il est temps de dénoncer un faux universalisme achetant illusoirement la paix, alors que la guerre continue.

NB - Les études sur rats, souris, beagles, singes rhésus, etc... sont parfaitement remplaçables par des essais sur cultures de cellules in vitro, et par des modèles mathématiques, solutions logicielles pour ces recherches. Les gens (hommes ET femmes) ne sont pas 70 KG de rats ! N'en déplaise aux mecs qui en sont quand même à s'identifier à des rats mâles !