samedi 7 février 2026

Egos (masculins) boursouflés

 César      Tsar                Fürher       Jefe         

                   El Commandante / Lider Maximo 

                   Pol Pot    (Potential Political) 

Guide Suprême    Frère Guide    

                 Lumière Des Croyants    

    Souverain Pontife            Père de la Nation

Gloire des Carpathes      Grand Timonier      

   Duce   

              Conducator / Danube de la Pensée

      El Caudillo        Celui Qui Eclaire (Ho Chi Minh) 

Homme d'Acier (Staline) ou 

                   Petit Père Des Peuples 

Devant le festival d'égos boursouflés auquel nous assistons en ce moment, inversement proportionnel à leur légendaire incompétence, j'ai eu l'idée de ce billet, entièrement écrit sans l'aide de l'IA !

Vous avez reconnu quelques-uns des titres que s'octroient les hommes (il n'y a que des hommes !) 'révolutionnaires' qui atteignent les sommets du pouvoir. Conquis au bout du fusil, avec pas mal de mensonges, et qui s'y maintiennent à la schlague. Ils ne se prennent pas pour de la petite bière, notez, vu les titres dont ils s'affublent. Généralement ces noms sont accompagnés d'un 'dress code' : treillis militaire, robe à broderies et autres colifichets, grolles de marque ou au contraire improbables, veste d'ouvrier à col, et bien sûr, d'une coiffure qui, croient-ils, les pose. Béret révolutionnaire, casquette militaire kaki, voire base-ball cap rouge disruptif ; la mitre, le turban noir ou blanc, indiquent la qualité de religieux plénipotentiaire, ainsi que la barbe virile, en version broussailles (avec les restes du dîner dedans ?), ou au contraire, taillée impeccablement façon mâle urbain chic et tendance. 

Un bel exemple de transition de barbe et de dress code nous a été donné l'année dernière par Abou Mohammad Al Jolani, ex-terroriste à barbe et cheveux à la sauvage sous turban, sandales laissant voir les doigts de pied, devenu après la mue, Ahmed Al Charaa, dirigeant de ce qu'il reste de Syrie. Après une courte période vestimentaire kaki nettement révolutionnaire castriste, il apparaît désormais en costume occidental, cheveux peignés et barbe taillée, ce qui semble lui donner, en tous cas pour les occidentaux bêtas type Macron qui lui a serré la pogne à l'Elysée, une onction respectable de social-démocrate. Ce mec a un passé de terroriste, violeur, tueur, égorgeur, assassin à la kalachnikov, esclavagiste de femmes, mais hop, à la faveur d'un tour chez le coiffeur, d'un bon barbier, et d'un tailleur acceptable, les épisodes Al Qaïda / Al Nosra / Daech sont oubliés. Au motif qu'il a renversé le sanglant Bachar El Assad, l'amnésie est garantie. Plus niais, c'est le coma dépassé. Chez les hommes, l'habit fait le moine. 

Leurs coupes de cheveux sont à l'avenant : un naufrage industriel. J'en avais fait un billet à lire ici.

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Il n'y a pas de jour où on n'est pas réveillée par la radio avec les contre-exploits masculins : guerres, massacres de masse guerriers ou civils, 'forcenés' pères de famille, occupant 95 % de l'activité des gendarmes du GIGN ou les policiers du RAID, tueries sérielles, de masse, scolaires au couteau, viols, braquages retentissants, cambriolages, refus d'obtempérer mortels, guerres des points de deal, barbecues dans des coffres de voiture, et tutti quanti. La liste est interminable. Le tout accompagné d'un silence assourdissant à propos des protagonistes qu'il n'est jamais possible de nommer. Attention, je ne dis pas que les femmes ne peuvent pas être aussi nuisibles et viles que les hommes, je dis juste que statistiquement elles sont minoritaires, dans le bas du classement de la délinquance, qu'elles ont sans doute un triple surmoi qui les bride, quand les hommes n'en ont aucun, ou qu'elles n'osent pas, ou sont trop occupées à faire face au quotidien, et qu'elles sont bien trop polies et trop vertueuses. Quand on voit comment la société les récompense de leur calme et de leur vertu, franchement, c'est à vous dégoûter à jamais d'être vertueuse.

Aussi, étant donné que je fais un four à chaque fois que j'évoque le sujet, une bonne nouvelle tout de même pour les tenantes de l'universalisme de la criminalité humaine, il y a un pays où le nombre de femmes en prison a augmenté de 435 % en cinq ans. Si. C'est l'Emirat d'Afghanistan ! A tel point que dans un pays où les femmes sont interdites de métiers et de carrière, pour mieux se consacrer à la reproduction, les barbus ont dû réviser leur position : ils recrutent (bien obligés) des femmes gardiennes de prison vu que chez les émirs on ne mélange pas les hommes et les femmes, car, selon eux, cela donne des idées de fornication ! Usiner des garçons d'accord, mais à condition d'avoir un propriétaire qui vous ligote serrée dans les liens sacrés du mariage !

" Les femmes, des usines à hommes " 

(un des articles de la Charte du Hamas) 

Prise d'un espoir insensé en lisant l'information dans un hebdomadaire, je me suis dit : enfin ! Elles attaquent sûrement les Jean-Michel locaux qu'elles ont à la maison à coups de poêle à frire, de rouleau à pâtisserie, où d'huile bouillante, voire en leur servant un bouillon de onze heures, et les envoient ad patres ? Non ! Même pas. Pourtant elles auraient des tas de raisons et d'excuses, sans doute. En fait, le pouvoir mâle à Kaboul, sous le nom de Ministère du Vice et de la Vertu (le ridicule ne tue pas) toujours en train, comme tous les curés, de regarder sous les jupes des filles, mais moins dans les slips des mecs, les envoie en tôle pour mendicité, prostitution, relations extra-conjugales ou fuite du domicile conjugal, tous crimes qui ont l'avantage d'exonérer les époux, et de criminaliser les femmes honnies. J'en passe certainement. 

Libéraux babas qui trouvez que les islamistes -rigoristes- d'ici, qui tentent toutes les failles de nos démocraties douces pour infiltrer nos écoles, universités, clubs de sport, franc-maçonnerie, en instrumentalisant des femmes et fillettes voilées comme chevaux de Troie sous le nom de soft power (qui se méfierait des femmes ? voir plus haut) sont inoffensifs, vous ne viendrez pas nous dire, en cas de malheur vite arrivé, qu'on ne vous a pas prévenus que ce mouvement est totalitaire. Les Iraniennes qui vivent sous sa poigne d'acier, et meurent tous les jours de défier le régime sanglant des Mollahs, peuvent en témoigner. Comme les Afghanes, persécutées, elles, en tant que femmes. 

A propos de ce qu'il se passe dans les slips des hommes, il semble que prenne de l'épaisseur, selon le Premier Ministre polonais, la thèse que je soutiens depuis quelques mois sur mes réseaux sociaux, à savoir que Donald Trump, toujours en train de faire son gentil face au cannibale Poutine, a sur le dos un kompromat dudit cannibale, ex espion du KGB puis FSB, qui fichait tout le monde, le montrant en pleins ébats sexuels au milieu d'oligarques à Moscou dans les années 90, qu'il l'a fait savoir au Président MAGA, et qu'il se les repasse les soirs où il n'y a rien à la télé russe. Mais ce sont des affaires d'hommes entre eux, je ne vais pas m'en mêler ! D'autant que les experts par ici poussent des cris indignés à cette seule évocation. La Firme, toujours solidaire de ses membres. 

dimanche 11 janvier 2026

L'écriture sur les corps des femmes assassinées de Ciudad Juarez

Sous-titre : Territoire, souveraineté et crimes de second état.

Mexique, années 1993 - 2013 : un scandale relatant des faits de cadavres de femmes retrouvés abandonnés, manifestement assassinées, au Mexique, dans le désert de Sonora à la frontière nord du Mexique et sud des Etats-Unis, commence à émerger et à prendre une ampleur internationale. Des livres de journalistes sont écrits et des pétitions circulent. Ciudad Juarez est labellisée 'la ville qui tue les femmes'. En 2003, à la demande d'une association, je signe une pétition demandant à la justice mexicaine de diligenter de vraies enquêtes sur ces meurtres dont elle ne retrouve pas les coupables, meurtres sans doute traités à la légère par les policiers, tout en me documentant par des lectures sur le sujet. Des mois après, je reçois un recommandé de la Poste, avis déposé en absence dans ma boîte aux lettres d'aller le chercher. A la Poste, je profite que l'employée fouille dans ses tiroirs pour dire ce que je pense des lettres recommandées en général, service exclusif de la Poste, sans concurrence donc, et de la façon dont la Poste me traite en me chargeant de venir la chercher, puis elle revient en brandissant une grosse enveloppe qui  'vient du Mexique' ! En la décachetant chez moi, je m'aperçois que c'est la Présidence du Mexique et sa Cour Suprême qui m'écrivent pour me détailler tout ce qu'ils font pour résoudre ces assassinats, avec CD Rom joint. Force est de constater que faire du potin internationalement sur un scandale porte des fruits. 

Aussi quand j'ai trouvé, des années plus tard, la référence de cet ouvrage de 2021 ci-dessus représenté, épuisé chez l'éditeur, par une autrice que je ne connais pas, j'ai mis une alerte style bouteille à la mer chez le distributeur de livres d'occasion Recyclivre. Et ils me l'ont trouvé. 

L'autrice argentino-brésilienne Rita Laura Segato (RLS) enseignante en anthropologie, fait dans ce passionnant petit ouvrage une proposition théorique à propos des 1441 meurtres précédés de tortures, viols, corps dispersés dans le désert, plus 600 disparues entre 1993-2013, de 7 à 10 ans donc, à la 'grande frontière' du Nord du Mexique et du sud des Etats-Unis, 'frontière la plus patrouillée du monde', à Ciudad Juarez au bord du désert de Sonora, ville truffée de zones industrielles où se sont installées les usines des sous-traitants de la désindustrialisation / mondialisation de l'Europe et des USA des années 90-2000. 

" Voici les propos interprétatifs que je souhaite exposer ici. [...] Il s'agit, précisément de la relation entre les morts, produits illicites du néolibéralisme féroce qui s'est globalisé le long de la "grande frontière" après la signature de l'ALENA, et de la dérégulation de l'accumulation de capital qui s'est concentré entre les mains de quelques familles de Ciudad Juarez. "

En effet, les autorités mexicaines, leur police et leur justice pour expliquer ces crimes (une suite interminable d'ossements blanchis retrouvé dans le désert tandis que des familles abandonnées par les autorités, signalent et recherchent une disparue, sœur, mère, fiancée...) invoqueront successivement les narco-trafiquants, les cartels, la misère, le traffic des corps pour la prostitution, les crimes sexuels sériels, et les assassinats de femmes, compagnes, épouses, par l'agresseur intime, (très courants) ou par un familier proche. 

Mais RLS entrevoit une autre explication. Les crimes de Ciudad Juarez ont débuté à la mise en application de l'accord de l'ALENA en 1994 : Accord de Libre-Echange Nord-Américain (NAFTA en anglais, TLCAN en espagnol). Au bord du désert, poussent de gigantesques zones industrielles à usines (maquiladoras) sous-traitantes des industriels US, européens... qui emploient des femmes pauvres, typées, métisses, brunes, mexicaines autochtones, mais émancipées économiquement par un salaire, une aubaine de la mondialisation pour elles, ce qui peut en effet rendre pas mal d'hommes jaloux, car elles leur échappent en gagnant leur autonomie économique ! Aussi, les autorités mexicaines ont voulu y voir des féminicides intimes, des hommes venant jeter dans le désert les corps de leurs compagnes après les avoir assassinées. 

" Il faut maîtriser le sujet ". Pensez, des femmes brunes, issues d'ethnies colonisées, habituellement exploitées dans le mariage et la maternité par les hommes de leur propre groupe, qui profitent de la mondialisation pour devenir ouvrières, même exploitées par des industriels arrogants et tout-puissants, et qui peuvent ainsi échapper à la tutelle des hommes, c'est carrément insupportable à certains hommes. Mais il y a pire.

Un mandat de masculinité 

L'apport théorique de Segato (RLS), c'est qu'elle élargit la définition de féminicide en y voyant une 'violence expressive', une écriture, un message sur le corps des femmes, message émis par des hommes, violant, torturant et tuant des femmes selon un 'mandat de masculinité' dont ils se prévaudraient, une organisation mafieuse d'hommes, supposant un but, des lieux de viol et tortures, une organisation logistique pour disperser les corps mutilés dans le désert, bref un 'second état' patriarcal, capitaliste, s'appuyant sur l'inaction du premier état Mexicain.

En résumé, la théorie de Segato est la suivante : "le mandat de masculinité se présente comme un mandat, plus encore qu'une injonction, car il contraint l'homme à se diplômer "masculin" par la mise en spectacle et l'exhibition de ses puissances." " Le viol est un acte de communication entre des interlocuteurs privilégiés. Le viol est une pédagogie de la cruauté.

Avec cette définition élargie de crime contre le genre, le message-écriture sur le corps des femmes assassinées de Ciudad Juarez s'applique aussi bien à ces femmes victimes de disparitions, tuées, assassinées, dont les cas n'ont jamais été élucidés. Un exemple parmi tant que cite RLS, les femmes -autochtones en majorité-, disparues, cas jamais résolus par les autorités canadiennes sur la 'Highway of tears', ce tronçon d'autoroute de 720 kilomètres, truffé de poids lourds, en Colombie Britannique sur lequel les femmes ethniques de cet état canadien ont disparu, tuées certainement alors qu'elles faisaient du stop pour rentrer dans leurs communautés, en territoires autochtones. Selon RLS, il s'agit bien de la signature du "mandat de masculinité." Les femmes sont tuées par les hommes parce qu'elles sont des femmes. Des femmes brunes, typées, socialement défavorisées, car ethnicisées. 

RLS associe dans son analyse, ces autres cadavres de femmes ou filles, qu'on trouve aussi chez nous sur les parkings ou bords d'autoroutes, femmes en itinérance ou migrantes, employées ou femmes de ménage, étudiantes, et dont on ne retrouve jamais les auteurs, ou alors des dizaines d'années après, confondus par hasard par leur ADN collecté pour un autre délit. Des meurtres d'opportunité : un homme de passage tue une femme qui passe 'au mauvais endroit au mauvais moment' ainsi que le présentent les medias toujours en veine de minimisation des torts faits aux femmes, dont ils font ensuite des feuilletons lucratifs. 

Segato en profite pour exposer sa thèse décoloniale que je trouve bien plus convaincante que celle développée en France par les 'décoloniales' françaises, thèse que j'estime essentialiste, donc risquant de déboucher sur le racisme. Les femmes de toutes couleurs et ethnies sont tuées parce que femmes, par l'ennemi intime aussi bien que par un 'prédateur' de passage qui affirme ainsi sa prévalence et son mandat de virilité.

Il est tout à fait sûr que l'universalisme, théorie de pensée qu'on peut et doit soumettre à l'épistémologie féministe, est critiquable en plein de points, notamment parce qu'elle invisibilise toutes les femmes, donc certainement les plus déshéritées d'entre elles, les descendantes de l'esclavage et de la colonisation.

J'ai trouvé cet ouvrage très stimulant intellectuellement. Malheureusement, il est épuisé dans sa version papier. On ne le trouve plus qu'en version numérique. Ou avec de la chance, chez les bouquinistes. Cet ouvrage de fond, digne de toute bonne bibliothèque féministe, est indispensable à lire. Je le recommande aux policiers, gendarmes, magistrates et auxiliaires de justice, ainsi qu'aux journalistes, jamais à court d'inepties sur les violences systémiques contre les femmes. Le texte de RLS est court, mais il est enrichi d'une longue préface, d'une postface, et du recueil d'une conversation avec l'autrice. 

CITATIONS : (en caractères gras et rouge)

" Je pense que nous, les femmes, sommes mieux à même de faire face à l'incertitude. Les hommes, eux, ont besoin d'avoir le monde en main, c'est-à-dire de contrôler les corps et la vie. La masculinité se définit par le pouvoir, et le pouvoir c'est la capacité de domination et de contrôle. Néanmoins, nous sommes dans une situation où le contrôle nous échappe en continu. Cette situation de frustration peut être violentogène [...] chez tout le monde, mais plus encore chez les hommes qui sont moins capables de faire face à ce qui les contredit et leur impose une limite en fonction de leur structure narcissique. Comme de nombreuses autrices l'ont déjà dit par le passé, la structure de la personnalité masculine est narcissique, elle ne reconnaît pas le manque, elle ne reconnaît pas ce dont elle a besoin. "

" Le modus operandi d'un agresseur n'est ni plus ni moins que la marque d'un style dans diverses allocutions. Identifier le style d'un acte violent tel que s'identifie le style d'un texte nous mènerait au criminel dans son rôle d'auteur. En ce sens, la signature n'est guère le résultat de la méditation, de la volonté, mais bien de l'automatisme même de l'énonciation : l'empreinte reconnaissable d'un sujet, de sa position et de ses intérêts, dans ce qu'il dit, dans ce qu'il exprime en paroles ou en actes. "

Si le viol est un énoncé, il s'adresse à plusieurs interlocuteurs : sur l'axe vertical, il parle à la victime de punition, de morale sociale, car dans son imaginaire partagé par la société, " le destin de la femme est d'être maîtrisée, disciplinée, censurée, réduite par le geste violent de celui qui réincarne la fonction souveraine.
Mais il y a un deuxième axe de communication, horizontal celui-là : " là, l'agresseur s'adresse à ses pairs : il leur demande de l'accepter dans leur société [la femme violée est la victime sacrificielle dans un rite initiatique] ; " Il rivalise avec eux en montrant qu'il mérite, de par son agressivité et pouvoir de mort, d'occuper un lieu dans la fraternité virile jusqu'à atteindre un statut important dans une fratrie qui ne reconnaît qu'un langage hiérarchique et une organisation pyramidale. "

Etonnez-vous après cela que les hommes ne sont que rarement solidaires d'une femme violée ou tuée selon ces modalités et signatures. La solidarité virile de classe les fait resserrer les rangs ; se solidariser avec la victime serait interprété comme une trahison de leur statut et de leurs pairs. Aussi, c'est toujours la 'faute à pas de chance', un viol 'qui a mal tourné' (quel est l'aspect d'un viol qui tourne bien ?), la "mauvaise rencontre", la faute rejetée sur la victime, et même l'indifférence.