vendredi 23 avril 2010

Verbatim

Oie blanche pour désigner une niaise, pintade, poule, poulette, "tu viens avec ta poule ?", "on se croirait dans une volière", pour désigner un lieu où des femmes parlent entre elles, elle a une cervelle de moineau, une vraie tête de linotte, elle est bavarde comme une pie !

Dinde
, comme dans "Pousse ton cul, grosse dinde", l'ineffable style de conduite du délicat mâle automobiliste français. Ici, je parle d'expérience : non que je conduise comme une gourde, il y a longtemps que je me suis adaptée à l'inhumanité de la route et de l'autoroute, où soit dit en passant, les jours et les heures ouvrées, les mecs règnent sans partage, mais c'est s'adapter c'est survivre, donc je m'adapte !  
Struggle for life !


Les insultes consistent en noms d'oiseaux : l'usage en fait foi.


Thon, mérou désignent communément une femme prétendument laide, truie, vache, baleine, dénoncent la méchanceté ou la grosse taille, voire la saleté. Vipère stigmatise à coup sûr la perversité et la méchanceté.


Je n'oublie certainement pas chienne, ni cochonne, à connotation sexuelle !

Animalisation des femmes, spécisme envers les animaux : rejet des deux dans une altérité radicale pour régner sans partage et dominer le monde en niant les droits des autres.

Evidemment, il y a aussi lionne et louve, plus connotées positives : "elle défend ses petits comme une vraie lionne". Nettement plus minoritaire.

Et plus universel : l'homme est un loup pour l'homme : ou comment tuer avec des mots pour justifier a priori l'acte de tuer, lome désignant ici l'espèce entière, travers du français qui ne sait pas s'adapter à la modernité comme l'Anglais ; l'anglais mankind a heureusement été supplanté depuis en gros les années 50 du siècle dernier (!!) par humankind, d'où human rights, vive l'Anglais. Humain sonnerait mieux de toutes façons, et foutons la paix aux loups par pitié !

Pas de doute, les expression spécistes et sexistes se superposent absolument.

Une remarque : les animaux occupent tellement notre imaginaire, notre culture et notre langage qu'on se demande ce qu'il adviendra de nous quand ils auront disparu et qu'il ne nous restera qu'à nous regarder nous-mêmes, en face, parce qu'il n'y aura plus rien d'autre à voir...

Spécisme : le spécisme (ou espécisme en français mais ce sont les anglais qui ont inventé le mot donc...) est à l'espèce ce que le racisme est à la race, et ce que le sexisme est au sexe : une discrimination basée sur l'espèce, presque toujours en faveur des membres de l'espèce humaine (Homo sapiens).

Photos CIWF et Humane Society

5 commentaires:

  1. Merci pour ce post :-)
    "Pas de doute, les expression spécistes et sexistes se superposent absolument."
    En effet, tant qu'on ramènera les femmes à leur 'nature' cad qu'on essentialisera leurs comportements (pourtant appris) il en sera ainsi.

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  2. Il y a aussi "morue", très courant par chez moi et très péjoratif ...

    J'aime beaucoup ce billet, il illustre bien le pouvoir de nommer dont parlait Dworkin.

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  3. Oui, j'ai pensé aussi à morue, c'est même arrivé spontanément, mais la morue est du cabillaud transformé, et je voulais me servir de noms d'animaux réels ; mais si quelqu'une ou quelqu'un sait pourquoi morue est une insulte et pas cabillaud, je suis preneuse de l'info.

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  4. bravo ! tu viens de gagner le droit d'être étudiée en classe de seconde ! je cherchais un texte pour une séquence sur "les mots de l'autre" ; et, à côté de l'histoire du mot nègre, du texte d'eribon "au commencement il y a l'injure, il y a sale pédé", d'un extrait de cohen dans o vous frères humains, je crois que voilà un billet qui tiendra sa place. Merci.

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  5. Il y a aussi "bécasse" qui possède le même sens pojératif en Allemagne ("Schnepfe").

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