mardi 27 octobre 2015

Inversions patriarcales

"C'est l'oppresseur qui écrit les définitions "
Ty Grace Atkinson - Féministe radicale.
Comme si cela ne suffisait pas, en plus, il les vitriole. Pour les faire s'ajuster à ses besoins de suprémaciste.

Le système patriarcal est un trompe-l’œil, un village Potemkine, une Matrice illusoire, qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, la culture pour la nature, la guerre de tous contre toustes pour la paix, la haine nihiliste pour de l'amour. Le patriarcat pratique l'inversion de ce que notre bon sens nous permet d'appréhender empiriquement, c'est un système politique marchand d'illusions. Il est là depuis si longtemps que, comme dans The Matrix, nous ne le voyons plus : il n'est plus perceptible par notre raison et nos sens anesthésiés par la propagande, l'assommoir culturel multiquotidien : cinéma, théâtre, littérature et la sous-culture de la publicité et des jeux vidéo. Ne le voient que quelques clairvoyant.es qui travaillent à son analyse et à la déconstruction de ses mythes.

De quelques escroqueries patriarcales

Engendrement
Dans la Bible, la "Sainte Trinité" est une procession de mâles : le Fils procède du Père, et le Saint-Esprit procède du Fils. Ils s'engendrent sans passer par les femmes. Ils n'ont pas inauguré le système qui date des dieux antiques : Zeus tire ses enfants de sa tête ou de sa cuisse, pas de son ventre. Il n'y a que les femmes qui font des enfants en les portant dans leur ventre. Les dieux de l'Olympe se reproduisaient ainsi sans passer par les femmes, qui ne produisent, elles, que de simples mortels. D'où l'expression passée dans le langage "sortir de la cuisse de Jupiter" : c'est mieux que de sortir banalement d'un ventre de femme !

Les hommes se reproduisent entre eux, à l'identique, par cooptation. Ils font du clonage, comme le montre ce film publicitaire pour les rasoirs Wilkinson : de l'identique de cauchemar, la négation de la diversité.



Celui qui est recruté, c'est celui qui ressemble le plus au patron. Je l'ai vécu quand je recrutais pour de grosses entreprises : des garçons, tranche d'âge 26-29 ans, sortant tous des mêmes boîtes de prêt-à-penser que le dirigeant de l'entreprise ou que le manager du service, en plus jeune. Jusqu'à la caricature. Conséquence : incapacité à penser, incapacité à prendre des décisions, c'était monstrueux. Le pire, c'est qu'ils se piquent de faire de l'innovation ! L'innovation, c'est interdisciplinaire et métissé : toutes les tranches d'âges, les deux sexes et de la biodiversité. Sinon, ça met sur le marché des produits mort-nés.

Amour (à mort)
"L'amourrrr est enfant de bohème,...
Si je t'aime, prends garde à toi !"
Carmen, Opéra de Bizet, l'opéra le plus joué au monde, le plus populaire, un vrai assommoir culturel.
L'amour est une corrida, ce trésor du patrimoine selon les aficionados qui aiment la mort. A la fin de l'histoire, Don Jose tue celle qu'il aime, la libre Carmen, car elle le quitte. Ça arrive tous les jours en notre 21ème siècle, comme dans les autres avant : ça s'appelle un "drame familial", tellement c'est courant, BANAL et toujours dans le même sens.

Je laisse la parole à Ty Grace Atkinson :
Et l'amour ? Puisque nous parlons de vaches sacrées, finissons-en. Qu'est-ce que l'amour, sinon la rançon du consentement à 
l'oppression ? Qu'est-ce que l'amour sinon du besoin ? Qu'est ce que l'amour sinon de la peur ? ".
La femme essaie instinctivement de se dédommager de ses pertes politiques et de celles qu'entraînent sa définition en fusionnant avec l'ennemi ".
J'opère une distinction entre "amitié" et "amour". L'"amitié" est un rapport rationnel qui demande la participation de deux personnes pour la satisfaction mutuelle des deux. L'"amour" peut n'être ressenti que par une personne ; il est unilatéral par nature, ce qui, avec son caractère relationnel, le rend contradictoire et irrationnel ".
Evidemment, Ty Grace Atkinson parle de l'amour patriarcal, cet " état psycho-pathologique spécialement fantasmatique qui apparie l'Oppresseur et l'Opprimée ", cette "rencontre entre deux névroses" disait Freud (pas spécialement féministe à poil dur), pas de l'amour-comportement/sentiment qui unit dans la majorité des cas les couples de parents mammifères à leurs petits (il y a aussi les oiseaux et les poissons qui ont choisi cette stratégie de l'évolution) pour les faire grandir. L'amour, c'est celui-là, pas la psycho-pathologie passionnelle imposée par le patriarcat. Dans cette dernière définition, on ne peut plus "tuer par amour" !

Religions d'amour
Guerres fratricides, bûchers de juifs et bûchers de la "Sainte Inquisition" -SIC- où ils brûlent des milliers de femmes pendant plusieurs siècles dans toute l'Europe, conversions au fil de l'épée lors d'épopées coloniales meurtrières, razzias, mise en esclavage, transformation des femmes en butin de guerre, pillage des "sauvages" et destruction de leurs trésors archéologiques, coupage de mains (Léopold 1er, roi très chrétien de Belgique dans l'ex Congo Belge), annihilation entière de tribus et d'ethnies, suivie de paupérisation et clochardisation, qui fabriqueront ce qu'on appelle aujourd'hui le Tiers-Monde. Je n'ai jamais entendu un seul prêtre ou imam se repentir des malheurs occasionnés par leurs "religions d'amour".

Ville sainte
Jérusalem, "Ville Sainte" des trois religions révélées. Où elles se font la guerre : multiples "incidents" mortels sur l'Esplanade des Mosquées ou Mont du Temple, destruction permanente par l'état d'Israël de sites archéologiques de l'Islam, gestion à trois et à couteaux tirés des "lieux saints" tels Bethléem ! J'ai entendu un jour un évêque chrétien dire qu'il n'y avait rien de moins chrétien que ces villes d'où les trois religions du Livre tirent leur origine.

Liberté
Surtout celle de s'aliéner ou d'aliéner les autres. Trouvé cet article du journal La Croix sur la conférence des Évêques de France qui critiquent la dernière campagne du Ministère de la Santé dont j'ai parlé dans ce précédent billet. Le slogan de la photo m'a choquée : "libre d'être contre" : contre la liberté de choisir. Tordu comme slogan. Soyons claires : avec une loi sur l'IVG, les femmes qui veulent avoir douze enfants sont LIBRES de les avoir, les autres, elles, ont le choix, lors d'un accident de contraception par exemple, d'interrompre leur grossesse dans le délai imparti par la loi. Même remarque pour les tenant.es du commerce sexuel qui me trollent sur Twitter : la loi sur l'abolition ne leur interdira RIEN. Elles pourront continuer à exercer leur "métier", puisque pour elles c'est un métier comme un autre, leur liberté n'est pas entamée, elles gagnent juste la protection de la loi en cas de coups, violences ou viol, ou même non paiement de leur prestation par le client. La prostitution n'est pas un délit, c'est l'achat de prestations sexuelles qui en devient un. Le mot liberté en patriarcat a toujours été retourné contre celles qui le revendiquent.

Les hommes travaillent, les femmes ne font rien, elles restent à la maison
Combien de fois l'avez-vous entendue celle-là ? Maman ne travaille pas, elle s'occupe de nous, papa est ingénieur à la base militaire de l'Ile Longue (base des sous-marins nucléaires de guerre français, au large de Brest). Maman ne fait rien mais papa prépare la guerre ! 80 % des corvées UTILES de la planète sont accomplies par les femmes : entretien du foyer et de la maison, élevage et éducation des enfants. Mais les femmes ne travailleraient pas ? La réalité, c'est que ce n'est pas du travail marchand, le seul reconnu comme travail : il n'est donc pas comptabilisé dans les PIB mondiaux, il n'est pas rémunéré, il ne fait l'objet d'aucune cotisation. Résultat ? Il est invisible, et au moment de passer à la caisse (de retraite), elles font ceinture. D'où les pensions misérables des femmes. Double peine : elles font très souvent "double journée pour un demi-salaire" (Christine Delphy) : en effet pour "concilier" vie de famille et vie professionnelle, elles assurent la flexibilité de l'économie (qui en a besoin, un comble !) en acceptant des mi-temps généralement dans les basses zones de l'économie et les postes mal payés où les hommes ne vont jamais.
Donc, il n'y a que les hommes qui travaillent ! D'ailleurs pour bien que ça se sache, ils mettent des panneaux sur les lieux pour signaler la chose, ils suroccupent l'endroit, et ils font du boucan. C'est mieux, car on peut douter de l'utilité de ce qu'ils font.


Prince Charmant
Le Prince Charmant, selon les contes pour enfants, aurait pour fonction de tirer la jeune demoiselle de son affreuse condition de souillon (Cendrillon), de la convoitise de son père (Peau d’Âne) ou autres situations toutes plus affreuses les unes que les autres, mais qui peuvent évidemment se produire. Inversion patriarcale ici aussi : aussitôt qu'il l'a élue et épousée, la pauvre Princesse se transforme en ménagère à balai, faisant la vaisselle, la lessive et le repassage pour pas un rond ! Voir définition précédente. Le crapaud qui parle peut être largement aussi plaisant ! Et c'est moins convenu.


Billet librement inspiré des travaux de Mary Daly, notamment de Gyn/Ecology une métaéthique du féminisme radical, de Trois Guinées de Virginia Woolf, de Odyssée d'une amazone par Ti Grace Atkinson, et de l'économiste Marilyn Waring, If women counted.

mercredi 21 octobre 2015

Vous mariez pas les filles, élevez des chats !

Le 19 octobre 2015, France 3 nous a gratifiées d'un excellent documentaire, La santé en France : enquête sur les inégalités, actuellement en replay. Emission sur l'inégalité des citoyen.nes français.es face à la santé : entre hommes et femmes, entre salariés des sous-traitants et salariés des donneurs d'ordres, entre Paris intra et extra périphérique, entre les villes et les campagnes. Puis, cette statistique, au moment où une femme seule, atteinte d'un cancer du sein, abandonnée par le père des enfants, devait faire des arbitrages entre se nourrir elle et ses enfants, ou continuer une chimiothérapie lourde : 

Femmes atteintes d'un cancer  : UNE SUR CINQ est quittée par son mec 
Hommes atteints d'un cancer : UN SUR TRENTE est quitté par sa femme !

Bien énervée par une telle dissymétrie, en plus de toutes les autres dans le mariage, j'ai googlisé les mots-clés "mariez-vous les filles", pour voir, puis après quelques secondes d'ajustement, je suis tombée sur cette chanson de Boris Vian, "Bison Ravi", très drôle et tellement juste, magnifiquement interprétée par Michèle Arnaud, une belle chanteuse anarchiste à voix, qui ar-ti-cu-le, ce qui se fait de moins en moins, et qui n'a fait aucune carrière de chanteuse, vu ce qu'elle balance :


Surtout, vous mariez pas les filles ! 

jeudi 15 octobre 2015

Obsolescence humaine

Une femme-machine démembrée comme publicité pour l'Obs "Supplément féminin" paraît-il, tenue par des courroies bondage, des techniciens autistes partout qu'on peut croiser sur des chantiers en bas de chez soi, ne croisant jamais le regard de personne, téléphone portable extension de leur oreille, machines en libre service partout et pour tout, caisse automatiques dans les supermarchés -les misanthropes peuvent passer une semaine entière sans interagir avec quiconque tout en couvrant leurs besoins vitaux- substitution du travail par le capital, donc des machines, aggravant le chômage de masse : notre environnement se transforme graduellement et sûrement en machine. Le nihilisme -sous couvert d'innovation et de performance- porté par les patriarcaux et leurs agents est en marche.


Cela m'a fait penser au magnifique texte de Gunther Anders, philosophe allemand, un des maris de Hannah Arendt moins connu et moins traduit qu'elle (pour une fois que c'est dans ce sens-là !), que j'ai découvert une première fois dans un roman de Dantec (Cosmos Incorporated) qui le citait. Puis j'ai lu "Nous, fils d'Eichmann " d'où il est tiré : deux lettres ouvertes de Günther Anders "au fils d'Adolf Eichmann, sur la condition humaine d'aujourd'hui, considérée sous l'angle de la catastrophe à répétition, qui entraîne l'obsolescence toujours croissante de l'humain lui-même", selon la quatrième de couverture. Lisez-le.

Citation tirée du chapitre Le rêve des machines : "notre monde actuel, dans son ensemble, se transforme en machine, [.] il est en passe de devenir machine.
Comme la raison d'être des machines réside dans la performance, et même dans la performance maximale, elles ont besoin, toutes autant qu'elles sont, d'environnements qui garantissent ce maximum. Et ce dont elles ont besoin, elles le conquièrent. Toute machine est expansionniste, pour ne pas dire "impérialiste" chacune crée son propre empire colonial de services (composé de transporteurs, d'équipes de fonctionnement, de consommateurs, etc.). Et de ces "empires coloniaux", elles exigent qu'ils se transforment à leur image (celle des machines) ; qu'ils "fassent leur jeu" en travaillant avec la même perfection et la même solidité qu'elles ; bref, qu'ils deviennent, bien que localisés à l'extérieur de la "terre maternelle" -notez ce terme, il deviendra pour nous un concept-clé- co-machiniques. La machine originelle s'élargit donc , elle devient "mégamachine" ; et cela non pas seulement par accident ni seulement de temps en temps ; inversement, si elle faiblissait à cet égard, elle cesserait de compter encore au royaume des machines. A cela vient s'ajouter le fait qu'aucune ne saurait se rassasier définitivement en s'incorporant un domaine de services, nécessairement toujours limité, si grand soit-il. S'applique bien plutôt à la "mégamachine" ce qui s'était appliqué à la machine initiale : elle aussi nécessite un monde extérieur, un "empire colonial" qui se soumet à elle et "fait son jeu" de manière optimale, avec une précision égale à celle avec laquelle elle-même fait son 
travail ; elle se crée cet "empire colonial" et se l'assimile si bien que celui-ci à son tour devient machine -bref : aucune limite ne s'impose à l'auto-expansion ; la soif d'accumulation des machines est inextinguible. [...]
"Le monde devient machine"
Et cela : le monde en tant que machine, c'est vraiment l'Etat techno-totalitaire vers lequel nous nous dirigeons. "

La poétesse féministe américaine Adrienne Rich l'a, elle, exprimé poétiquement dans ces quelques vers :

" A man's world. But finished.
They themselves have sold it to the machines."

in Walking in the dark - Diving into the wreck - Cité par Mary Daly dans
Gyn / Ecology

Pour une analyse féministe de la couv' de l'Obs, allez lire le billet de Patric Jean : La femme sex toy, une bouche, un sexe. Une femme machine -avec tous les stéréotypes aliénants du patriarcat triomphant à propos des femmes.

jeudi 8 octobre 2015

Revue de web : IVG, Auchan, Court-Métrange

Le Ministère de la Santé lance une nouvelle campagne d'information sur l'IVG avec cette affiche : IVG, c'est mon droit !

On peut discuter du visuel, cette épaule de femme tatouée ou marquée, mais on peut aussi trouver qu'elle porte les couleurs des droits des femmes. Il est important de cliquer sur le site IVG.GOUV.FR d'abord pour s'informer, puis pour le relayer auprès des femmes qui peuvent avoir besoin d'informations sur le sujet ; ensuite parce que les anti-choix sont omniprésents sur Internet et que les résultats au mot-clé IVG tapé sur Google affichent en tête les sites de ces ennemis de l'égalité et de la liberté de choix des femmes. Plus vous cliquez et faites cliquer sur le site du Ministère, plus il montera en puissance dans l'algorithme de Google. Un rappel salutaire. Les positions des "pro-vie" et celles des défenseurs de l' IVG ne sont pas symétriques : avec une solide loi sur l'IVG et une bonne application, vous avez le droit d'avoir autant d'enfants que vous voulez, ou de ne pas en avoir ; sans loi, le projet des anti-choix, vous êtes contrainte à la maternité de toutes façons, en bonne santé (physique, mentale, économique..) ou pas. La liberté d'une part, la contrainte, l'assignation à la reproduction de l'autre.

Politique sexuelle de la viande : 

Auchan qui a besoin de promouvoir son rayon boucherie et de vendre sa barbaque s'est fendu du petit film publicitaire ci-dessous :



"De bons produits" (ça reste à démontrer) pour de "bons moments", sauf pour Madame, forcément en cuisine. C'est ça Auchan : le parti-pris pour la goujaterie de l'enfumeur, grilleur de saucisses en plein air, et de ses invités, contre la femme qui cuisine des mets délicats pour ses amis, qu'on invisibilise et ridiculise. D'ailleurs toutes les femmes sont ridiculisées dans ce film. Le faux chasseur qui grille sur les braises impose, sous couvert de mettre les rieurs se son côté, ses saucisses grillées hors de la cuisine, contre les verrines de sa compagne. L'assommoir culturel patriarcal carniste : c'est ça Auchan ! Le (faux) chasseur contre la cuisinière. L'évolution n'a pas de prise sur certains, décidément.


Le festival Court-Métrange a lieu, comme tous les ans à Rennes depuis 12 ans. Je n'y suis jamais allée, donc je ne juge pas la programmation ni le contenu mais le problème ce sont ses affiches sur les sucettes en ville. 2015 : une noyée nue sans tête, couverte de grenouilles

Les années précédentes : une bouche ouverte dans laquelle on entre quelque chose
 











Et quand il n'y a pas de corps de femme, il y a un accessoire évoquant une femme : un escarpin rempli de vers de terre. Je ne suis pas phobique, je n'ai pas de dégoût particulier des animaux mêmes rampants, ni des batraciens, mais ce qui me dérange, c'est que c'est toujours les mêmes codes qui sont utilisés (exploités jusqu'au trognon) : le corps des femmes en morceaux et celui d'animaux pour signifier le dégoût, l'insolite ou l'étrangeté.


Qu'on nous lâche enfin !


vendredi 2 octobre 2015

Enième tuerie aux Etats-Unis

Énième tuerie de masse aux USA dans une petite université de l'Oregon : au moins 10 morts, et plus de 20 blessés. La routine, a déploré Obama. Évidemment, les réseaux sociaux se déchaînent à côté de la plaque comme d'habitude, pour savoir si le tueur aurait dit avant de tirer "Levez-vous les bons chrétiens" : stratégie d'évitement. On se fout de ce qu'il à dit : ces mecs ont toujours une bonne raison, selon eux, de tuer. Ils tuent parce qu'ils sont frustrés et enragés, et que la société trouve que c'est bien comme ça. Pas touche aux couilles des mecs, autrement Causeur et Cie, soutenus par les "Big mamas" du SCUM de Valerie Solanas, -Elizabeth Lévy en est un parfait exemple, elle n'est pas la seule- vont trouver qu'on les dévirilise. Crime contre le saigneur de la terre et de la guerre. Donc, dans les rues quand on se promène, on tombe partout sur ça ou le même genre :












... histoire de montrer qu'il faut les craindre, qu'ils sont de vrais prédateurs qui font régner la terreur. Ce serait l'ordre "naturel" des choses. Elles a bon dos la nature quand on baigne en permanence dans leurs "exploits" multi-quotidiens de délinquance violente, économique, guerrière, sportive, routière... on n'en finirait pas de les recenser. En ce moment, en France, c'est ouverture de la chasse : le seul endroit où ils peuvent en toute impunité se promener avec des fusils au milieu d'enfants et de promeneurs du dimanche. Ouverture de la chasse (notre second amendement à nous !) : fermeture de la nature. Chasseurs : 98 % de mâles, les chasseurs tuent des animaux (en polluant la nature avec du plomb),  pas de quoi fouetter un chat pour autant, les animaux on peut tout leur faire, sans que la société moufte. Ils tuent aussi des promeneurs, des enfants, des gens dans leurs jardin, c'est la faute à pas de chance, et ils se tuent entre eux, bon débarras dans ce dernier cas.
Ce n'est pas la faute des cordes s'il y a des pendus ; évidemment, la limitation de circulation des armes est une solution, mais arrêter d'entretenir et de flatter leurs penchants à la violence me paraît être une sacrée bonne solution aussi. Après tout, le fait que l'accès aux armes soit limité chez nous ne les empêche pas de tuer les femmes : compagnes, épouses, fiancées, enfants, quand elles veulent les quitter. Avec des couteaux ou leurs mains s'ils n'ont pas autre chose. Halte à l'exaltation de leur pseudo-virilité. Halte à la violence masculine qui détruit la société.

J'en entends dans le fond qui chuchotent que les femmes ce ne serait pas mieux, que tout ça "c'est humain", et qu'on n'y peut rien. Des défaitistes conservateurs. C'est beau l'universalisme : tout le monde égal.e dans la saloperie. Il a juste l'inconvénient de poser que l'étalon or, le modèle absolu, c'est l'homme.mâle, et que pour des raisons d'égalité, il faudrait tendre vers ce modèle étalon. Avec des principes pareils, les femmes doivent se mettre à la tauromachie, vraiment, il n'y a pas de raisons. Il est temps que les femmes trouvent leur voie et l'imposent, ou alors c'est la fin de l'aventure humaine sur cette planète !


(Affiche de troupe de théâtre genevoise, où des comédiennes, en 2011, mettaient en scène l'ultra-virilité des cow boys !)

vendredi 25 septembre 2015

Au coeur de l'industrie : salaire spécial femme

Le sujet "Que répondre à un employeur lors d'une négociation de salaire, s'il vous pose la question sexiste Combien gagne votre mari ?" étant apparemment encore dans l'air (je me pince, genre double pinçon retourné pour vérifier que je ne cauchemarde pas !), je vais aborder le sujet de façon moins polie que tous les autres conseilleur.es. La question est pour le moins illégale parce que double standard, l'égalité des salaires est acquise dans le Code du travail, et inepte parce qu'elle est hors-sujet. Double standard : si un homme parmi mes lectrices a déjà été confronté à cette situation (Combien gagne votre femme ? en négociation de salaire d'embauche) surtout qu'il se manifeste dans les commentaires et qu'il raconte son expérience, je suis preneuse.
Inepte : vous êtes la dernière, vous avez remporté la victoire en short-list, très short-list, vous avez convaincu, vendu vos compétences, vous les intéressez pour un poste sans doute d'encadrement, et ils vous demandent COMBIEN GAGNE VOTRE MARI lors de l'ultime négociation de salaire ? Ce n'est pas professionnel.

En préparant cet entretien, parce que vous vous êtes professionnelle, vous avez évidemment vérifié si l'entreprise en question dépend d'une Convention Collective telle celle de la Métallurgie (c'est un exemple) qui calcule selon le diplôme, l'âge, l'antériorité dans le poste ; si ce n'est pas le cas, vous savez en gros combien votre compétence vaut sur le marché dans votre secteur d'activité. La négociation doit démarrer sur des données objectives.
L'argument du test (on testerait votre réaction à une question déstabilisante) ne tient pas selon moi : on n'est pas là pour des enfantillages, on est dans une négociation de salaire en fin de parcours de recrutement, normalement, vous devez aboutir. C'est carré. Vous devez en fin d'entretien savoir :
- Votre salaire d'embauche,
- La progression prévue à l'ancienneté,
- Vos objectifs et primes d'objectifs, et éventuelles sanctions pour non réalisation,
- Vos accessoires de salaire (négociables aussi en cas de concession que vous seriez amenée à faire sur le salaire, attention, vous ne cotisez pas dessus pour votre retraite, donc manque à gagner !)
Et s'il y a lieu :
- Vos frais de vie et de déplacement,
- Le véhicule de société ou de fonction (pas la même chose) et le mode de prise en charge des frais -avance ou remboursement fin de mois et sous combien de jours, c'est de l'argent que vous avancez !
- Pour parer à toute éventualité, en fin d'entretien, pensez à demander aussi à voir le bureau qu'ils vous destinent. C'est prudent.  

On conseille sans arrêt aux femmes d'être polies, d'accepter toutes sortes d'humiliations, que les hommes eux n'accepteraient pas, d'ailleurs on se garde bien de les provoquer, du coup les femmes sont polies, trop polies. J'ai posé la question à l'Apec sur Twitter pour voir : voici leur réponse, évidemment très consensuelle :

Si par faiblesse (ce sur quoi ils ont parié en vous posant la question) vous répondiez, il n'y aura plus aucun frein à leur sexisme. Ils ont montré leur face de racistes/sexistes, vous êtes dans une boîte qui considère les femmes comme des salariées de seconde zone, vous êtes assurée que le double standard sera de mise durant tout votre passage chez eux, qu'ils n'ont peut être pas trouvé de mec à votre hauteur et que ça leur reste en travers, vous êtes un pis-aller, ils vont vous le faire payer.  
Je parle d'expérience, ça m'est arrivé.
A ce moment de la discussion vous avez deux possibilités :
1 - Vous choisissez de vous lever et partir. Calmement, en réfléchissant à ce que vous allez dire (un silence glacial est une bonne répartie et un bon prélude à votre sortie) : vous commencez à replier vos affaires, et vous rangez calmement -j'ai fait ça pas mal de fois dans des entretiens commerciaux devant une proposition de prix indécente ; a) ils peuvent essayer de vous retenir, ils sont en train de perdre la face. Dans ce cas, si vous consentez et écoutez leur proposition jusqu'au bout, demandez un délai de réflexion supplémentaire, en disant que vous n'aviez vraiment pas prévu le cas. S'ils vous veulent, ils diront oui à vos conditions. b) Vous allez partir, vous le sentiez venir, des détails des précédents entretiens vous reviennent, vous cessez toute négociation. Mais vous aller sortir avec les honneurs de la guerre : exprimez votre mécontentement argumenté, et négociez le paiement des frais de transport de tous vos rendez-vous avec eux, s'ils n'ont pas été pris en charge (au barème fiscal selon la puissance de votre voiture, pas la note de vos pleins : pas assez cher) en leur faisant bien comprendre de façon subliminale ou expresse qu'il vaut mieux payer, l'affaire pourrait s'ébruiter, vous êtes excellente en relations publiques. Vous leur promettez la facture justificative pour le lendemain, et vous en relancerez le paiement sous 48 heures, autrement vos grandes trompettes de la renommée vont se mettre en branle. J'ai obtenu des remboursements conséquents de cette manière. Évidemment, vous tenez parole.
Les jours suivants, vous faites un signalement en bonne et due forme à l'Inspection du Travail : date, noms, lieux, et circonstances. Bien que peuplée de femmes (horaires : 8H30 - 16H30 qui permettent de concilier) peu solidaires des femmes (je parle là aussi d'une douzaine d'expériences, elles trouvent plus urgent d'enquêter sur les chantiers des gars du bâtiment) vous n'aurez pas ou peu de réponse à vos problèmes "de bonnes femmes". Mais n'hésitez pas à les relancer : il faut être teigneuse. Si c'est un cabinet de recrutement qui vous a fait le coup, signalez-le à son organisme syndical, qui peut être le Syntec.

2 - La pire solution, mais il faut l'envisager : vous êtes au 36ème dessous, vos indemnités de licenciement arrivent à terme, vous devez reconstituer votre épargne et vos droits à l'ASSEDIC, et vous avez des traites à payer. Vous décidez de répondre à toute question infamante : à cyniques, cynique et demie. Vous voulez le poste pour 3 mois, 6 mois, 1 an, le temps de vous remettre en forme et qu'ils vous licencient, parce qu'ils vous licencieront, c'est certain. Il veulent jouer ? Vous y allez : vous savez à quoi vous attendre, ils vont en avoir pour leur argent. Et tenez parole : ne leur en donnez QUE pour leur argent. L'époque est cynique : ni vous ni  moi n'y sommes pour quelque chose. La conséquence du chômage de masse (certain.es y voient un but) c'est que certaines entreprises malhonnêtes croient pouvoir s'affranchir des règles éthiques et de la loi, puisque des quantités de chômeurs sont prêts à toutes les humiliations pour obtenir le poste. Les femmes sont les victimes toutes désignées du système : les dirigeants sont majoritairement des hommes.

L'Apec trouverait mes conseils "radicaux". Moi j'ai toujours trouvé les leurs consensuels mous. Nous sommes quittes. Encaisser les humiliations est malheureusement le quotidien des demandeurs d'emploi, les accepter toutes est le meilleur moyen de perdre confiance en soi et de se déliter, vous n'avez pas besoin de ça. Les conseils "spéciaux femmes", c'est toujours de subir l'humiliation et se taire. C'est toujours la politesse et l'écrasement quels que soient les malhonnêtes tricheurs qu'il y a en face. Je ne pense pas comme ça. Je pense que si les femmes montraient du répondant, le patriarcat et ses ayant-droit seraient moins fringants. Et puis, j'adore les négociations, c'est comme jouer à la marchande, le rapport de forces ne m'a jamais fait peur.

"Si tu t'écrases, ils t'écraseront ".
 

vendredi 18 septembre 2015

L'anatomie est politique

" Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées ".
Citation de Claude Lévi-Strauss - Anthropologue et ethnologue français - 1908-2009
Cette vision androcentrée du monde, où littéralement, les femmes (et les enfants) sont invisibles/invisibilisés, les anthropologues féministes matérialistes, dont Nicole-Claude Mathieu,  la dénoncent en produisant leurs propres études et observations. Je viens de terminer L'anatomie politique. Critique des sciences humaines, anthropologie, ethnologie... au prisme du féminisme matérialiste, cet ouvrage est indispensable pour connaître les constructions sociales qui ont asservi les femmes, les ont contraintes à la reproduction, ont imposé l'hétérosexualité comme norme. L'anatomie politique, catégorisations et idéologies du sexe, ouvrage d'épistémologie (critique) des sciences sociales et notamment de l'anthropologie, publié en 1991, est une sélection de textes de 1970 à 1989. Il n'y a pas d'être humain à l'état naturel, l'asymétrie entre les genres masculin et  féminin est une construction sociale, l'asservissement des femmes est imposé PARTOUT comme norme sociale.


 " Elles disent [...] que chaque mot devra être passé au crible "
Monique Wittig - Les Guérillères

Citation tirée du chapitre "Homme-culture et femme-nature", constatant l'absence des femmes des peuples primitifs étudiés, du radar des anthrologues hommes :
"L'étude des femmes est à peu près au niveau de celle des canards ou des volatiles qu'elles possèdent : elles donnent bien de la voix, mais de façon inexplicable." Leur travail ( reproduction, nourrissage, portage -généralement dans le dos- et élevage des enfants, préparation des repas), n'est jamais vu comme tel : autant on compte précisément en kilomètres les déplacements (chasse, cueillette) des hommes, autant les déplacements des femmes, plus restreints dans l'espace mais pas moindres, ne sont pas exhaustivement mesurés : il s'ensuit que "les rares études anthropologiques mettant en évidence la sous-alimentation (en qualité et/ou en quantité) relative des femmes par rapport aux hommes a surtout été faite par des femmes" !
Il est impossible de résumer ce livre sans le réduire, aussi voici les citations que j'avais partagées sur mon compte Twitter :

- " L'organisation sociale du sexe repose sur le genre, l'hétérosexualité obligatoire et la contrainte à la sexualité des femmes ".

- " Lévi-Strauss est dangereusement près de dire que l'hétérosexualité est un processus institué ".

- " Le sous-équipement technologique constant des femmes par rapport aux hommes révèle que les tâches sont dévolues aux femmes en fonction des outils, et non l'inverse. Les instruments de production-clés sont tenus par les hommes ". (D'où machinisme agricole détenu par les hommes, chez nous, et bien sûr, l'inévitable geek qui est forcément un mec :((
- " La division sexuelle du travail (cuisine, élevage des enfants par les femmes...) doit donc être conceptualisée comme une construction sociale ".

- Rien n'est moins naturel que l'association cuisine et soins aux 
enfants : il y a des dangers graves dans une cuisine, feu, eau bouillante, couteaux...
- Contestant "culture" masculine et "nature" féminine, NC Mathieu cite : 
"hommes + sauvage = mort, destruction 
/ femmes + sauvage = agriculture, fertilité ".

La maternité imposée et la surcharge par les enfants a des conséquences désastreuses : épuisement psychologique (burn out comme on dit aujourd'hui), abêtissement, limitation "A force de parler aux enfants, je me sens devenir bête" ; fil à la patte : "le poids de la liberté est plus lourd pour les femmes". Selon Frederick Douglass (ex-esclave, militant des civils rights) dans les plantations d'esclaves en Amérique, ce sont les hommes qui se sont enfuis en premier, tout comme aujourd'hui, les réfugiés qui fuient la guerre en Syrie sont en majorité des hommes : les femmes restent sous les bombes d'Assad avec leurs enfants. Mathieu parle même "du handicap physique et mental que représente pour les femmes la responsabilité des enfants" ! A notre époque, dans nos pays évolués, on dénie aux mères l'accès à une carrière, les promotions, les augmentations de salaire équivalentes aux hommes. "Qui va garder les enfants ?" selon l'inoubliable formule de Laurent Fabius à propos de la candidature de Ségolène Royal à la Présidentielle. Vous faites et élevez les enfants, bénévolement, et les hommes gardent les postes de commandement où s'exerce le pouvoir, payés bien sûr, ils "travaillent" eux,  "les femmes ont autre chose, elles, la maternité, c'est que du bonheur" m'a dit textuellement un mec un jour, lors d'un entretien de recrutement !

Condamnée à se marier à l'extérieur, à quitter sa famille pour rejoindre celle de son conjoint (patrilocalité), à devenir une étrangère sans pouvoir, elle est sommée de produire des enfants garçons, pour continuer la lignée patriarcale. Dans certaines tribus, cela peut les conduire au suicide. " Les femmes dans ces types de sociétés patriarcales ne sont pas autonomes, elles sont auto-mobiles, dans le sens où une automobile est gouvernée et pas autonome ".

Sur la défaite historique des femmes, quand céder n'est pas consentir :
" La violence principale de la domination consiste à limiter les possibilités, le rayon d'action et la pensée de l'opprimé.e : limiter la liberté du corps, limiter l'accès aux moyens autonomes et sophistiqués de production et de défense, "aux outils et aux armes" (Paola Tabet), aux connaissances, aux valeurs, aux représentations... L'oppresseur est dans sa conscience un dominant, il respire sur les hauteurs ; l'opprimé.e (l'oppressé) étouffe dans l'abaissement, et la bassesse de l'oppression ".
A lire absolument. Même si certains passages peuvent paraître un peu filandreux -l'anthropologie est une science humaine ardue- il passe au Karcher nos idées reçues sur le sexe, et défie nos représentations.

Pour finir, j'ajoute un passage trouvé sur le site d'un libraire en ligne à propos de Nicole-Claude Mathieu : comment fabrique-t-on une féministe ? Pourquoi chez certaines, la prise de conscience est quasi immédiate et chez d'autres, elle ne se produit jamais ? Peut-être une piste : Sa vie

"Née fin 1937 d'une fille de métayers vendéens devenue institutrice et d'un fils d'ouvriers champenois devenu ingénieur, Nicole-Claude Mathieu n'a pas vécu dans une famille hétéro-normale. Elle fut placée en divers lieux et milieux sociaux en raison des aléas de la guerre et de l'éloignement de sa mère malade, puis élevée par sa grand'mère paternelle, issue de la petite paysannerie sous-prolétarisée au tournant du siècle, dont elle écouta longuement le récit de ses conditions de vie. Familière des visites aux cimetières militaires et hauts lieux de batailles de la guerre de 14 dont réchappa son grand-père, elle fut aussi témoin des grèves ouvrières dans l'usine paradoxalement dirigée par son père.
Initiée par lui très tôt aux grandes découvertes scientifiques (sans compter la pêche au brochet et la chasse au sanglier), munie d'une sœur aînée et opportunément dépourvue de frère, éduquée dans un collège laïque de filles par des professeurs femmes, entourée d'amitiés féminines sans complications hétérosexuelles, elle grandit donc en être humain.
Tout cela lui insuffla sans doute une intuition sociologique, une soif de connaissance et un sens critique précoces qu'elle affina lors des études supérieures et confirma dans son parcours professionnel. Anthropologue féministe dernièrement maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales (Paris), elle y a tenu un séminaire sur «Anthropologie et sociologie des sexes». L'ethnologie est sa discipline d'élection, car seule apte à révéler la diversité mais aussi l'unité (et la perversité) de l'esprit humain, et son terrain de recherche l'observation hallucinée de l'amplitude de l'oppression des femmes.
"

Les citations tirées du livre de NC Mathieu sont en caractères gras et rouge et entre guillemets.

vendredi 11 septembre 2015

Les religions contre les femmes : une petite synthèse

En ces temps de retour de l'obscurantisme, de backlash sur les droits des femmes, de "théologie du viol" à propos de Daech, ce qui en dit long sur l'ADN de ces systèmes de "pensée" que sont les religions, je publie cette semaine, avec leur accord, un billet de Osez le Féminisme 63 sur les positions canoniques des religions sur les femmes, à base de citations, écrit par un militant pro-féministe.


" En écho aux multiples fatwas aussi ridicules que barbares, comme celle de l'imam de Brest qui nous rappelle en hurlant de colère, face à la "négligence" des conjoints envers leurs femmes, que ce sont les hommes qui ont autorité sur les femmes par la volonté divine ou encore celle d'un imam saoudien qui a carrément décrété qu'un mari pouvait manger sa femme en cas de nécessité extrême, on peut constater que le fait religieux est encore et toujours majeur et récurrent dans l'oppression des femmes... Dernièrement, nous avons eu aussi droit à une conférence au Polydôme de l'antisémite misogyne et homophobe, du mouvement des frères musulmans, Hani Ramadan, le 28 mars dernier.  Sans oublier les atrocités des mouvements intégristes du DAESH en Syrie et de Boko Haram au Nigéria, il y a de quoi faire pour parler de ce sujet !
Il est donc essentiel de montrer en quoi les religions, sans exception, fondent et servent le patriarcat en lui donnant une légitimité millénaire qui empreint nos consciences jusqu'à maintenant. C'est donc l'objet de ce "pamphlet".
Chers lecteur-trice-s, le "feu sacré" n'habite pas vraiment le cœur des militant-e-s féministes. Tant il est vrai que tous les monothéistes polygames ou les polythéistes monogames affichent une profonde aversion pour les femmes, réduites à leur seule "fonction" respectable par tous les prédicateurs de toute obédiences : la procréation !
De tout temps, aucune religion n'a accepté que les femmes occupent un rang égal à celui du mâle... ou du "bien" d'ailleurs... On est en droit de se demander qui interprète et sélectionne les textes consacrés à ces sujets !
Comme le sujet est vaste, une petite synthèse s'imposait. J'ai souhaité, ainsi, mettre en perspective les principaux points communs et les différences qui existent sur la place qui est donnée aux femmes dans les dogmes religieux les plus influents. Nous aborderons donc ces points pour les 3 religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam) ainsi que l'Hindouisme et le Bouddhisme.

Puisqu'ils sont les plus nombreux et les plus importants, passons aux points communs :

1 ) Le premier point qui m'a sauté aux yeux : c'est le total et profond mépris des femmes que toutes les religions partagent sauf pour leur rôle procréatif.
Deux exemples pour illustrer mon propos :
- le mépris qui s'exprime pleinement et de manière limpide dans l'ordre hiérarchique :
Dans le Nouveau Testament : "Dieu est le chef du Christ, le Christ est le chef des hommes et l'homme est le chef de la femme".
Dans le Coran : "les maris sont supérieurs à leurs femmes parce que les hommes emploient leurs biens à les doter. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises".
Dans la Torah : "Sois béni notre seigneur, qui ne m'a pas fait femme", une des prières que tout bon juif doit prononcer chaque matin. Autre citation emblématique : "Tu te sentiras attirée par ton mari mais il dominera sur toi".
Dans l'Hindouisme, une femme ne vaut pas grand chose, les infanticides féminins sont encore pléthoriques, et une veuve encore moins. En effet, la tradition barbare et cruelle du "Sati" est encore présente pour "régler" leur sort... C'est le bûcher qui attend ces femmes suite au décès de leur mari. Ce qui signifie clairement l'inutilité de l'épouse aux yeux de cette religion...Cette pratique a fait l'objet de "faits divers" en 1987 et encore en 2002 à Bhopal en Inde...
Dans le Bouddhisme, le corps des hommes est sain et vigoureux là où celui des femmes n'est que : "la cité abjecte du corps, avec ses trous excrémant les éléments, qui est appelée par les stupides, un objet de désir". Ces propos ont été repris par le Dalaï Lama dans ses écrits. Désolé pour ceux et celles qui voyaient dans cette religion "exotique", une certaine ouverture d'esprit sur l'émancipation des femmes, il n'en est rien. A noter que l'on peut y comprendre que les hommes émettent des flatulences ou des étrons avec des confettis bleus ou roses au choix...

- Ce mépris porte également sur les facultés intellectuelles notamment dans le Nouveau testament et le Coran :
Dans le Nouveau Testament : "que les femmes se taisent pendant les assemblées comme le veut la loi. Si elles veulent une explication sur les décisions prises, qu'elles demandent à leurs maris chez elle car il n'est pas concevable à une femme de parler en assemblée".
Dans le Coran : "Dieu a donné des qualités à ceux là (comprenez les hommes), au dessus de celles-ci" (comprenez les femmes). Autre fait marquant, la règle qui veut, lorsqu’a lieu un litige, que l'avis d'un homme compte pour celui de deux femmes lors de la recherche de témoins.

2) Le deuxième point qui m'a interpellé, c'est qu'il est clairement dit, dans les textes, que les femmes sont les "possessions" des hommes dont ils disposent à leur guise, elles sont au mieux des servantes, rien d'autre ! Là encore, le Christianisme et le Coran se rejoignent.
Dans le Nouveau Testament : "Femmes, soyez entièrement dévouées pour vos maris comme il convient à des personnes unies au 
seigneur ".
Dans le Coran: "les femmes sont votre champs, cultivez le de la manière que vous l'entendez, ayant fait auparavant quelque acte de piété". La métaphore "agricole" n'est qu'une allégorie de l'objectification des femmes et du contrôle de leur fécondité (parallèle avec la fertilité des sols agricoles) pour asseoir la domination masculine.

3 ) Le troisième point que je souhaite aborder, c'est la sempiternelle démarche de culpabilisation des femmes dans le but d'asseoir, là encore, la domination masculine en déresponsabilisant les hommes. Ce fait permet de légitimer de nombreuses violences et des crimes à l'encontre des femmes.
Les trois religions monothéistes se distinguent nettement sur ce point.
Dans le Nouveau Testament, c'est le fameux péché originel qui va mettre la vie des femmes sous le joug d'une culpabilité permanente : "Ce n'est pas Adam qui se laissa séduire mais la femme qui, séduite (en croquant la pomme tendue par le serpent), a désobéi".
Dans le Coran : "Si vos femmes commettent l'action infâme (comprenez l'adultère), appelez quatre témoins. Si les témoignages se rejoignent, enfermez les dans les maisons en attendant que la mort les visite ou que Dieu leur trouve un moyen de salut ". On voit là clairement une justification des "crimes d'honneur" perpétré contre les femmes soupçonnées (à tort ou à raison) d'avoir pratiqué l'adultère avec une barbarie infâme (lapidations, pendaisons en public...) et toujours d'actualité au 21ème siècle !
Dans la Torah : ayant fauté par le péché originel (bien pratique 
celui là !), le seigneur dit ensuite à la femme: "je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants".
La seule planche de salut pour vous, Mesdames, consiste à tomber enceinte. Miraculeusement, vous serez absoutes de tous vos péchés comme il est énoncé dans la Bible: "Néanmoins, elle sera sauvée par la maternité".
A noter, les femmes sont mentionnées d'autant plus longtemps, notamment dans la Torah, qu'elles se montrent fertiles surtout en enfantant des mâles...

4) Le quatrième point que j'ai pu noter au cours de mes lectures : c'est la peur (et les représailles !) qu'inspire le comportement, forcément pervers, des femmes en dehors de leur capacité procréative (quoique !). Là encore, on notera que les textes permettent des interprétations légitimant de nombreuses violences faites aux femmes.
Dans le Nouveau Testament, la pudeur vestimentaire est de 
mise :"Votre parure ne sera pas extérieure : ondulations des cheveux, bijoux d'or, élégance des toilettes ; elle sera toute intérieure : une âme douce et paisible en son secret. Voila ce qui est précieux au regard de Dieu." Ainsi que des injonctions corporelles : "toute femme qui prie, sous l'inspiration de Dieu, sans voile, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée". Comme quoi, la religion chrétienne n'a rien à envier à l'Islam pour se "voiler" la face. 
Dans le Coran justement, la machisme musulman s'exprime davantage par la violence physique :"vous réprimanderez celles dont vous avez à craindre l'inobéissance ; vous les reléguerez dans les lits à part, vous les battrez; mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez plus querelle. Dieu est élevé et grand est son pardon". On voit là une légitimisation des violences conjugales très clairement.
Dans le Bouddhisme, cette misogynie à l'égard du comportement des femmes, en dehors de tout maternage, est plus qu'explicite : " Il faut se méfier des femmes, leur recommande-t-il (comprenez Bouddha). Pour une qui est sage, il en est plus de mille qui sont folles et méchantes. La femme est plus secrète que le chemin où, dans l'eau, passe le poisson. Elle est féroce comme le brigand et rusée comme lui. Il est rare qu'elle dise la vérité : pour elle, la vérité est pareille au mensonge, le mensonge pareil à la vérité. Souvent j'ai conseillé aux disciples d'éviter les femmes."
Dans la Torah, les femmes qui se permettent de sortir de leur rôle maternant s'exposent à des condamnations fermes et sans détours : la séduction étant vue comme "perfide et compagne du mensonge". D'ailleurs, la perversité féminine éclate aussi dans la seule fonction reproductrice que lui reconnaît la Genèse, preuve que la nocivité intrinsèque de la femme s'insinue même dans ce qui devrait la 
grandir :"Loth, neveu d'Abraham, a deux filles célibataires. Soucieuses de procréer, elles enivrent leur père et, par l'inceste, parviennent à leurs fins".

5) Le cinquième et dernier point que j'ai relevé, c'est tout simplement l'absence totale de réciprocité en ce qui concerne le comportement des hommes à l'égard des femmes dans tous les dogmes, comme c'est bizarre !!?? L'exemple le plus fort est sans doute la possibilité pour les hommes de pratiquer librement et sans représailles divine la polygamie dans certains dogmes (Judaïsme, Islam, Hindouisme,...) et l'adultère dans toutes les religions où il sera, au pire, "omis".
En effet, nulle part, il est mentionné un interdit net et sans détour, une contrainte sociale inévitable, une injonction corporelle obligatoire ou vestimentaire pour les hommes concernant leur rapport aux femmes. Certain-e-s me diront qu'il y en a pourtant ? Par exemple, les papillotes pour les juifs (mèches de cheveux qui tombent au niveau des tempes) ou la barbe pour les musulmans. Effectivement, de nombreux hommes s'en parent mais ce n'est en rien une obligation selon les interprétations en vigueur des textes (faites par... des hommes bizarrement) à l'heure actuelle et ne concernent nullement leur relations avec les femmes. Après tout, l'homme a été crée à l'image de Dieu... ou ne serait ce pas l'inverse...

Après avoir examiné les points communs, voyons les différences qui s'expriment, à l'endroit des femmes, dans les textes religieux.

En fait, ces différences n'existent que dans les degrés d'aliénation, de violence voire de barbarie, que les hommes peuvent perpétrer sur les femmes en totale et "divine" impunité. Aucun dogme n'est favorable aux femmes !

Dans le Nouveau Testament, la femme "idéale" n'est qu'une servante de l'homme, dévouée corps et âme à son mari, pudique, discrète, si possible au couvent, chaste et ne servant qu'à procréer en étant voilée et préalablement mariée bien entendu ! Bref, le paradis sur terre !

Dans le Coran, la femme "idéale" n'est qu'une spectatrice et domestique de l'homme. Elle peut être échangée ou rejetée à tout moment comme un simple objet de consommation courante... L'homme dispose de son corps comme il l'entend, y compris par la contrainte, au moyen des violences les plus infâmes, sans aucune condamnation divine à craindre, ni autre forme de procès. Le "voile islamique" (et ses déclinaisons telle que la Burka) est une injonction qui constitue, finalement, plus une protection des hommes contre leur propre barbarie ainsi qu'une assignation au silence pour la moitié féminine de la population le portant qu'autre chose... Ne pouvant se contrôler, les hommes passent pour des bêtes affamées de sexe et de pouvoir sur elles...
Belle virilité patriarcale, n'est il pas ?

Dans la Torah, la femme "idéale" n'existe pas. Elle est responsable de tous les péchés de part sa nature intrinsèquement perverse. Seule une maternité vécue dans la douleur, et encore, peut lui amener une planche de salut en enfantant surtout des mâles. Bonté divine, quand tu nous tiens !

Dans l'Hindouisme, la femme n'existe que pour la survie de l'espèce, bien menacée en Inde, faut il le rappeler avec une population dépassant 1,3 milliard d'habitant-e-s. Sa survie dépend entièrement de l'existence de son mari auquel elle doit apporter une assistance de tous les instants toute sa vie durant. Le décès de son conjoint signe ensuite son arrêt de mort, et par là même, son inutilité.
Quelle spiritualité !

Dans le Bouddhisme, la femme n'a rien d'idéale puisqu'elle est foncièrement impure (d'on ne sait où ni pourquoi ?), méchante, folle, malhonnête et féroce ! Rien que ça ! Elle est donc à éviter comme la peste. L'état de femme est à ce prix là pour Bouddha ! Quel exotisme pour nous autres occidentaux !

En conclusion, on peut observer que l'ensemble des dogmes religieux sont, tous, intrinsèquement misogynes, de manière coercitive, et légitimisent à des degrés divers des violences voire de la barbarie inqualifiables à l'encontre des femmes en déresponsabilisant complètement les hommes. L'état de maternité est le seul qui est valorisé, dans certaines conditions, pour elles. Ce fait n'est pas anodin et nous rappelle qu'un des principaux moteurs du patriarcat réside dans le fait de ne pas perdre le contrôle de la fécondité des femmes par les hommes. C'est donc la peur de perdre le contrôle de ce "pouvoir féminin" de porter un enfant, et par la même la descendance des hommes, qui motive avant tout l'interprétation des textes "sacrés" par les autorités religieuses presqu'exclusivement masculines en place encore à l'heure actuelle.

A noter que l'impact de ces dogmes, dans nos vies quotidiennes, est encore prégnant malgré la laïcité et la séparation de l'Eglise et de l'Etat, depuis plus d'un siècle, en France. Il se manifeste, comme un héritage, dans nos consciences collectives et individuelles. "

Paul, OLF63
Osez le féminisme 63
Illustration de Luz, dessin paru dans Charlie Hebdo. 

vendredi 4 septembre 2015

Féminisme et question animale

Être féministe, c'est déjà jeter un pavé dans la grande mare consensuelle du paternalisme condescendant de la société patriarcale dont une majorité de femmes se contentent, voire trouvent accommodant pour les quelques "avantages" qu'il procure, masquant l'ampleur effrayante de la discrimination, de la pauvreté, des injonctions (sur)plombantes -au mariage, à la reproduction-, et de l'assommoir culturel qui nous matraque à longueur de journée que nous ne sommes au fond que des mineures, des irresponsables devant être cadrées (les religions sur le divorce et l'IVG, notre tenue, entre autres) des méchantes (les femmes, c'est pire, entend-on souvent), et des incapables au sens juridique et professionnel du terme.

Alors en plus, être végétarienne/végane et prétendre que l'oppression des mâles suprémacistes sévit aussi dans la façon dont la société (mâle)traite les animaux, nos "frères inférieurs" (la hiérarchie est consubstantielle au système), notamment les femelles animales dont le corps est exploité jusqu'au trognon par les éleveurs, les animaux mâles considérés pour la plupart inutiles, ou même des surnuméraires dont on doit se débarrasser au plus vite : là on va vous dire que vous poussez le bouchon. Mauvaise convive, aigrie qui voit le mal partout, mal baisée, mange ce qu'on met dans ton assiette, sers nous le café et fais la vaisselle après. Les rituels de table chez les humains se veulent consensuels et festifs, ils ne laissent pas de place aux opinions / options discordantes de celles qui ont des états d'âmes vis à vis du morceau de cadavre qu'on prétend leur faire manger, et qui pinaillent sur la façon dont l'animal a été élevé, transporté, puis tué. "C'est que des bêtes, après tout, et il y a tellement de malheur chez les humains, charité bien ordonnée, bla, bla, bla..", vous connaissez, on vous a tellement cassé les ovaires avec. Sans compter que vos opinions peuvent donner des idées et déteindre sur les enfants présents à la même table, où le dressage patriarcal contre l'empathie s'exerce là aussi, férocement. Feminist killjoy, va.


Et bien, bonne nouvelle, sachez que vous n'êtes pas seules. L'UQAM (Université du Québec à Montréal) tenait la semaine dernière son 7ème Congrès International en Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) dont une journée était consacrée aux Approches féministes en éthique animale et environnementale. Y participaient plusieurs écoféministes de renom dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Il fallait donc être à Montréal mercredi 26 août ! La notion d'écoféminisme a été inventée en France, mais elle s'est exportée, les françaises n'en ont rien fait ;(( Pour celles qui comme moi n'étaient pas à Montréal, à défaut d'avoir assisté à la conférence d'Elise Desaulniers, par exemple, j'ai sélectionné ses slides à propos de la parole des femmes sur la question animale. Il suffit de cliquer sur la flèche jaune à droite pour les faire défiler ; c'est mieux aussi en fonction plein écran, à droite, dans la marge du bas. Elle y dit que dans les associations de protection animale, comme partout, dès que des femmes pionnières ont inventé, imposé l'idée et défriché le chemin, les hommes arrivent, industrialisent et... prennent le pouvoir. Que la parole des femmes, frappées du syndrome de Cassandre, ne porte pas ; que nous serions trop émotives et que l'émotion n'est légitime que quand ce sont des hommes qui l'expriment... et que la colère est nettement mieux portée par eux, les femmes, elles, sont hystériques...Bref, là comme ailleurs, l'affreux patriarcat sévit à plein.



Ressources
En complément d'information on peut aller sur quelques sites de philosophes et écoféministes :
Penser avant d'ouvrir la bouche, le site d'Elise Desaulniers
La page académique de Marie-Anne Casselot, philosophe féministe québécoise, son Twitter
Le site de Christiane Bailey
Le site de Frédéric Côté-Boudreau
Mon article tiré de Growl de Kim Stallwood : Les hommes et la violence
et en anglais : 
Human Animals studies 
Le blog de Carol Adams.
 

vendredi 28 août 2015

Voix de femmes

On m'a offert ce beau livre paru en 2012 aux Éditions Turquoise : il s'agit d'une anthologie de poèmes de femmes illustrée par des photographes femmes. On a tellement l'habitude de voir des anthologies où ne figurent guère que des hommes, puisque la totalité de l'art, c'est encore et toujours eux, que l'initiative est à saluer. Lecture pour soi, ou idée de cadeau pour les autres, la sélection (et la traduction) de poèmes et de photographies de femmes des cinq continents est une splendeur.

Je vous en ai sélectionné trois, selon ma sensibilité et mon arbitraire. De Taslima Nasreen, poétesse bangladeshie, ce poème écrit en 1962, traduit du bengali :

Un mariage de bon augure 
Ma vie,
Un homme hideux s'en est emparé
Comme on s'empare d'une île dans l'estuaire.

Mon corps, il l'a voulu tout à lui.
Si l'envie le prend, il peut me pincer les fesses,
Me cracher au visage, me mettre une gifle,
Si l'envie le prend, il peut déchirer mes vêtements,
Pétrir ma beauté nue.
Si l'envie le prend, il peut m'arracher les yeux.
Si l'envie le prend, il peut m'enchaîner.
Si l'envie le prend, il peut user du fouet.
Si l'envie le prend, il peut me couper les doigts, les mains,
Si l'envie le prend, il peut jeter du sel sur mes plaies
Et de la poudre de piment rouge sous mes paupières.
Si l'envie le prend, il peut me fendre les cuisses à la machette.
Et si l'envie le prend,
Pourquoi ne me pendrait-il pas à la plus haute poutre ?

Il voulait que mon cœur lui soit absolument soumis.
Que je l'aime
Et que la nuit dans la chambre désertée, seule,
Inquiète, sans sommeil,
Je pleure contre la poignée de la fenêtre.
Que je cuise le pain avec mes larmes.
Que j'avale comme nectar tous les jus de mon corps.
Que le désir me fasse fondre comme bougie.
Que je ne lève jamais les yeux sur un autre homme.
Que toute ma vie je lui donne des gages de fidélité.
Et que, pleine d'amour pour lui,
Par une nuit de clair de lune,
Une folle passion me pousse au suicide.
Taslima Nasreen


Un poème de Sappho - Grèce antique, 7è, 6è siècle avant notre ère, traduit du grec ancien par Marguerite Yourcenar. Les poèmes de Sappho ont été détruits et on n'en possède plus que des fragments. Habituel effacement des femmes et de leurs œuvres de l'HIStoire.

Et je ne te reverrai jamais
"... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys,
Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait "Je pars. Partir est chose dure".
Je lui dis : "Sois heureuse, et va, car rien ne dure,
Mais souviens-toi toujours combien je t'ai aimée,
Nous tenant par la main dans la nuit parfumée,
Nous allions à ta source et rôdions dans les landes.
J'ai tressé pour ton cou d'entêtantes guirlandes ;
La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Près de moi, reposant tendrement
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les mille objets que l'art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d'Ionie...
Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !
L'éperdu rossignol charmait les bois épais,
Et la vie était douce et notre cœur en paix..."
Sappho

Les photographies montrent des femmes dans toutes les occasions de leur vie : qu'elles soient aux champs, dans leurs maisons entourées d'enfants, au travail en usine, ou combattantes armées, en Israël par exemple. Celle ci-dessous me paraît bien illustrer la "polyvalence" des femmes, leur qualité de bêtes de somme rendant les "services" basiques et gratuits du maintien du confort de leurs familles, les seuls qui comptent finalement ; la femme et la bête surchargées sont métaphoriques des situations de surexploitation qu'elles subissent. (Un simple clic dessus pour agrandir les images).



Il n'y a pas que des poèmes engagés de femmes dénonçant l'oppression, on trouve aussi Thérèse d'Avila, la mystique chrétienne espagnole, et Hildegarde de Bingen, religieuse, femme de lettre allemande du 12ème siècle, abesse agréée par l'Eglise vu la multiplicité de ses talents. Elles sont 343, des antiques et des contemporaines, des connues et des moins connues, de tous les continents.



"Epuisée la Terre
Epuisés les humains les plantes l'eau les créatures
Epuisées les maisons de tant de destruction
Epuisées les rues du bruit des balles
Epuisés les hommes des hommes
Epuisés les gens de se terrer dans les caves
Épuisés de la solitude du sang
de l'intensité des clameurs
Il est temps que la paix féminine se lève dans les coeurs
Il est temps qu'ils mettent en ordre leur chaos
Il est temps qu'ils préservent la terre de leur spoliation accablante !
Ils sont épuisés et nous aussi
et vous demeurez inconscientes dans vos chuchotis
derrière les bracelets et les voiles épais
Vous êtes pourtant l'univers, la Terre, l'hier
le rêve et l'espoir !
[...]
Levez-vous... Levez-vous
les flots de l'obscurité ont atteint
les cîmes !

Bénie soit la Terre
lorsque les femmes se lèveront !"
Hamda Khamis - Poétesse barheïnie, traduite de l'arabe par Rania Samara.

Critiques de l'ouvrage chez L'autre Livre, Paris-Match.