vendredi 27 mars 2020

Le regret d'être mère



Etre mère
La Maternité, construction sociale issue de la division des tâches entre femmes et hommes consacrée au XIXème siècle, qui nous gouverne toujours, pousse les femmes à engendrer, à la production d'enfants et à leur élevage à l'intérieur du foyer : le vocable maternité, loin d'être innocent, s'assure que ce sont les seules femmes qui en auront la charge. Les hommes, eux, travaillent au dehors du foyer, rapportant l'argent à la maison, en produisant autre chose : des objets marchandises, inutiles la plupart du temps, voire toxiques, comme des chars d'assaut ou des sous-marins nucléaires. Le fait que les femmes désormais dans les pays de l'hémisphère nord travaillent à l'extérieur du foyer n'a rien changé au fait que ce sont toujours les femmes qui s'y collent, pire même, elles sont souvent seules à élever leurs enfants, c'est la rançon de leur nouvelle indépendance économique. Impensé de la société, la maternité est considérée comme un déterminisme biologique, "naturel" et a-historique. Vous avez un utérus, c'est pour être mère. Ainsi endoctrinées socialement, l'imagination des femmes est colonisée. C'est leur seul scénario envisageable, il est si intériorisé dans la conscience des femmes, qu'elles n'envisagent même plus d'autre possibilités. Voire elles se trouvent des sensations, des appels de la nature et autres billevesées, y compris invoquant leurs hormones ! Les hormones peuvent être en effet tyranniques, poussant au désir sexuel, mais comme dans l'espèce humaine, les femmes n'ont pas d’œstrus, contrairement à la plupart des autres espèces animales, les deux, désir sexuel et reproduction y sont parfaitement découplés. On peut obéir à ses hormones en se trouvant un-e partenaire de jeux sexuels sans pour autant produire des enfants. Il est plus que temps de se décoloniser le cerveau des bobards de la propagande nataliste, cela nous éviterait bien des malheurs comme on va le voir.

Le regret
Regretter ses actions est généralement vu par la société comme un acte vain et négatif : l'origine en serait la femme de Loth quittant Babylone, à qui les anges interdisent de se retourner, de regarder en arrière, sous peine d'être transformée en statue de sel, ce qui lui arrive bien entendu, les femmes sont tellement sottes aussi. Le regret, c'est tenter de défaire l'irréversible. Aux refusantes de la maternité, la société promet l'enfer du regret : tu vas le regretter, car tu finiras vieille, seule et dans le dénuement affectif voire pire, matériel, les enfants étant abusivement utilisables comme bâtons de vieillesse. Dans ce cas, le regret est le chien de garde de l'hégémonie, un mécanisme de normalisation destiné à nous ramener dans le giron de la société. Tout autre est prohibé, surtout celui d'avoir eu des enfants. Tout au plus peut-on avouer regretter d'avoir bu comme un trou, ou fumé comme une cheminée pendant 20 ans, à l’extrême limite une mère peut regretter d'avoir mis au monde un fils, en prison pour avoir tué un convoyeur de fonds et une directrice de banque, parce que là, quand même, elle aura été une "mauvaise mère", mais on le voit, ce sont des regrets qui renforcent la norme sociale régnante : se conduire bien, être mère et une "bonne" mère. Pas de pardon si vous ratez votre coup, vous serez jugée et vouée sans pitié à la réprobation sociale.

L'étude sociologique d'Orna Donath, sociologue chercheuse, elle même femme sans enfant par choix (généralement les livres sur les no kids sont écrits par des femmes ayant obéi scrupuleusement aux normes sociales en pondant à la chaîne trois enfants minimum) porte donc sur le regret d'être mère, tabou majeur. Son échantillon est de 23 femmes, recrutées par annonces dans la presse ou par bouche à oreille, plusieurs candidates possibles ayant renoncé au moment des propositions de rendez-vous, la norme jouant à plein son rôle de gendarme. Elle est basée sur des entretiens en vue de recueillir un verbatim, c'est ce qu'on appelle une étude qualitative par opposition aux études quantitatives. La plupart de ses interviewées ont entre un, deux ou même quatre enfants, sont grand-mères, certaines sont enceintes de leur 2ème ou 3ème enfant, redoutant par avance la dépression post-partum, qui pour certaines se transformera en dépression pour de longues années. Certains entretiens sont déchirants, prouvant qu'il est difficile voire impossible de refuser de vouer un culte à cette vache sacrée, la maternité. Court échantillon  : 

Trois journées en une : " la troisième journée, le travail titanesque sur les émotions pour tenter de réparer les dégâts causés par la collision entre les exigences de la première journée et celles de la deuxième. "
" La maternité à fermé mes espaces, mes horizons, mon développement, j'affirme qu'une femme une fois qu'elle a un enfant renonce à beaucoup de choses auxquelles un homme n'a pas à renoncer ".
Et aussi : " mes deux grossesses je les ai eues avec des traitements contre l'infertilité. Juste parce que je ne pouvais pas être enceinte. Parce qu'en fait je ne voulais pas ! C'est aussi simple que ça. Et c'est incroyable. En fait, je ne voulais pas." Clash entre la prescription/pression sociale intériorisée et le cerveau, notre premier organe sexuel, qui ne veut pas. Ecoutez votre cerveau mesdames, il vous parle, il refuse.
Parce que les injonctions sont contradictoires et paradoxales : être mère, c'est aussi vivre dans une inconfortable schizoïdie. Madone asexuelle, pure, sacrée ET depuis les années 80, objet sexuel érotique, MILF (mother i'd like to fuck), hot mamas, yummy moms, mères baisables. " Je suis une salope, je suis une amoureuse, je suis une enfant, je suis une mère, je suis une pécheresse, je suis une sainte, voilà comment Meredith Brooks fait tenir ensemble l'incompatible." En effet, ça marche par paires inversées, noir et blanc ensemble, de quoi devenir folle à lier. On comprend le malaise, la souffrance. Mais taisez-vous surtout, fermez-là, ce que vous avez à dire nous ne voulons pas l'entendre, la maternité est sacrée, alpha et omega de tout épanouissement féminin, de toute vie de femme réussie. Sinon vous êtes une ratée, une inutile, une merde, indigne d'attention et d'écoute, indigne de compassion.

Où sont les féministes dans tout cela ?
Voilà, la question que je me suis bien posée toutes ces années de blogueuse, lisant les blogs des autres, de twitta recevant tous les jours dans mon fil Twitter les plaintes et dénonciations allant du plus bénin au plus lourd, notamment lors des divorces où elles mènent une bataille forcenée pour ne pas partager la charge -dénommée fort à propos la "garde"- des enfants, souvent c'est vrai aussi avec un père maltraitant, alors que jamais elles n'ont un mot dénonçant le mariage, elles comptent les mortes et dénoncent les manœuvres des pères promouvant le "syndrome d'aliénation parentale" inventé par les masculinistes ; vie des mères seules vouée à la pauvreté, la misère, la détresse économique, exercice de la profession entravé, univers borné par les enfants, jamais je ne lis un mot de prévention contre ces deux boulets que sont apparemment la conjugalité et la maternité / reproduction ! Eh bien, la réponse claire est dans cet ouvrage : ainsi qu'écrit Orna Donath " il semble que même dans les théorisations féministes sur la question, la possibilité de voir a posteriori les choses autrement, sans même parler de les regretter ne soit pas envisagée ". De plus, " le langage postféministe, capitaliste et néo-libéral énonce que les femmes ayant plus de choix aujourd'hui, si les femmes sont si nombreuses à devenir mères, cela signifie qu'elles ont toutes choisi de l'être". Exit les analyses féministes sur le conditionnement social et culturel.

L'intérêt des féministes pour la maternité écrit Bell Hooks, repose sur des stéréotypes sexistes, elles ont une vision romantique de la maternité ; mais surtout, comme elles se battent pour l'amélioration du statut des femmes en tendant vers l'égalité avec les hommes (féminisme réformiste), elles sont persuadées que c'est une question de conditions : si les conditions économiques et sociales des mères s'améliorent, deviennent optimales, alors le problème est réglé. De fait, elles adhèrent à l'idéologie capitaliste et néo-libérale qui vénère la réussite, la culture du progrès qui nous pousse à nous développer en permanence, elles sacralisent l'enfantement et l'éducation des enfants, en objectivant les femmes dans un rôle, celui mère.

Or les femmes sont des sujets, pas des personnages jouant un rôle, elles font des choix indépendamment de leur classe sociale. Riches ou pauvres, faisant carrière ou pas, elles peuvent ne pas vouloir des contraintes de la maternité. Tout bien considéré, elles peuvent préférer rester non mères quelles que soient les conditions. Qu'elles n'aient pas d'enfant du tout, ou que en ayant, et tout en les aimant, elles regrettent et disent que si c'était à refaire, elles ne le referaient pas. Pour rien au monde. Nous devons les écouter et les entendre alors même que ce faisant, elles constatent l'écart entre la réalité fantasmée, souhaitée, et la réalité telle qu'elle est. Surtout, et la société n'aime pas ça, elles défient les tabous, elles ébranlent l'ordre du monde. 
Un grand livre féministe car questionnant les injonctions et servitudes qui pèsent sur les femmes, au final, un livre libérateur.

Lien : Le regret d'être mère chez Odile Jacob éditeur 

Je dédicace ce billet à ma mère qui, mariée, mère de quatre enfants, à l'usage n'a pas du tout aimé ça non plus. Mais elle n'avait pas les possibilités ni les opportunités, ni l'agentivité des femmes d'aujourd'hui. Mariée parce que c'était la seule carrière qui s'offrait à elle, mettant au monde quatre enfants sans les avoir réellement voulus car sans moyens de contraception, enfants qu'elle a élevés (bien, très bien même, nous n'avons jamais manqué de rien, ni souffert d'aucune violence ou traumatismes) en se plaignant que si elle avait su, eu le choix, elle non plus ne l'aurait pas fait. Elle n'a pas eu elle, contrairement à moi, accès à ce privilège de pouvoir ébranler l'ordre du monde.

Les citations du livre sont en caractère gras et rouge.

dimanche 15 mars 2020

La revanche du pangolin

Mon titre pourrait aussi bien être la revanche de la chauve-souris, mais le pangolin est plus emblématique et plus populaire, donc va pour le pangolin, représentant dans cette crise de tous les animaux sauvages qui finissent dans les charniers de l'humanité. Le pangolin est un petit mammifère africain braconné jusqu'à l'extinction par croyance obscurantiste, et pour le caprice humain. Il est représentatif du sort que nous faisons aux animaux et des malheurs à répétition qui en découlent. Sa viande et ses écailles étaient vendues parmi celles d'autres animaux sauvages sur le wet market de Wuhan, épicentre de l'épidémie de coronavirus qui balaie actuellement la planète.
Les coups de semonce se succèdent et l'humanité n'entend pas. Le sort et la santé de l'humanité et des animaux sauvages comme d'élevage sont liés, comme le spécifie ci-dessous l'affiche de l'OiE dont le nom s'épelait en français, mais qui est devenue l'Organisation Mondiale de la Santé Animale  -dans l'optique de l'élevage, naturellement. C'est, comme aurait dit De Gaulle "un machin" international rigoureusement inconnu du grand public, abondé par nos impôts sans doute.


Il y a 21 ans, soit une éternité, il y eut la crise de la vache dite "folle" : c'était la vache qui était devenue folle, pas l'industrie de l'élevage qui a fait de bovins herbivores des granivores (maïs, soja, toutes graines légumineuses hyper protéinées), puis graduellement, des carnivores, par le nourrissement par des farines animales, résidus d'abattoirs dont les abatteurs ne savaient trop que faire, mais du coup bourrées de protéines animales, le top du top en matière de protéines, nous serine-t-on encore. Sauf que rendues cannibales, les vaches développèrent un prion qui détruit le cerveau. Ou comment se défausser de sa propre folie sur l'animal le plus exploité, le plus maltraité, le plus asservi par l'humanité pour ses besoins, pour ses caprices, depuis le Néolithique. Mesure prophylactique, pendant des mois, des élevages d'animaux sains (j'insiste, l'immense majorité étaient sains) voyaient arriver un escadron de gendarmerie en costume de cosmonaute, généralement survolé par un hélicoptère, installant un cordon sanitaire autour de la ferme ou même du village, qui chargeaient des camions de troupeaux de 80 à 120 vaches, ou moins, et les emmenaient vers l'abattoir réquisitionné et dédié, ou dans des centres d'équarrissages où elles étaient abattues puis jetées, brûlées sur des bûchers ! Rigoureusement SIC. Je me souviens un soir d'un journal télévisé de France 2 filmant un éleveur, un mec dans les 40 ans, qui venait de voir partir ses 80 montbéliardes saines, dont la voix s'est étranglée et qui s'est mis à sangloter à l'entrée de son champ. Impossible de ne pas sangloter avec lui : je suis restée trois semaines sans regarder les JT, tellement c'était terrible. Premier coup de semonce pour moi. Il faut dire qu'à l'époque j'allais travailler en CDD dans la zone industrielle Nord du Mans, en suivant sur l'autoroute A11 des cochons qui allaient faire des rillettes chez SOCOPA, à Connéré, entre le Mans et La Ferté Bernard. Il n'était pas rare d'ailleurs de voir des remorques garées sur la bande d'arrêt d'urgence, chargées de porcs, appuyées sur le bec d'attelage, chargement en pente à 45° de dénivellement entre le haut et le bas ; j'ai même appelé la gendarmerie plusieurs fois en arrivant au bureau, doublant par un autre appel au transporteur ou à l'industriel, quand je réussissais à lire leur nom sur la remorque, en les menaçant d'un signalement à une grosse méchante association de protection animale, généralement la FBB, L214 n'existant pas à l'époque ! Grosse avoinée au standard, suivie par la connection avec le directeur himself, à qui je faisais comprendre que ça pouvait vraiment barder pour son matricule. Puis un matin, levée à 5H, partie à 6H30, arrivée à 7H15 devant la barrière de péage de la Gravelle, barrage de camions/traquenard organisé par Interbev, il a fallu faire demi tour, je vous la fait courte, j'ai mis (on a tous mis) 7H pour faire un trajet de normalement 1H30 : c'est ce jour-là que je suis devenue végétarienne. Ces gens maltraitent tout le monde : animaux et humains. Aucun égard pour personne. Si leurs intérêts corporatistes de viandards sont menacés, ils usent de violence.

Il y eut l'épidémie de SRAS en 2003 qui paralysa toute l'Asie et l'Amérique du Nord, avions cloués au sol, virus provenant vraisemblablement d'une chauve-souris : environ 400 morts et l'économie paralysée pendant 8 mois pour un coût de 30 milliards de dollars. Il faudrait aussi parler du SIDA dont le virus a fait des millions de morts dans les années 80 et 90, qui provient sans doute d'un singe africain qui a été en contact avec un braconnier de viande de brousse.
Ces infections arrivent d'animaux pour deux raisons : par le braconnage pour la consommation généralement illégale de viande d'animaux sauvages (c'était le cas à Wuhan pour le COVID_19), et la prolifération humaine, envahissant les territoires des animaux sauvages qui sont porteurs de leurs propres maladies et virus. Il faut rappeler que l'élevage a permis l'avènement des épizooties par ses concentrations d'animaux pour exploiter leur lait et leur viande, puis des épidémies, les virus et bactéries trouvant à leur goût les rapprochements entre espèces, ce qui leur permet de s'adapter et de muter.

Nous leur offrons littéralement un boulevard par nos comportements : invasion / COLONISATION sans frein des espaces des autres, consommation avide de viande, puis transports aériens, routiers, marchés couverts ou de plein air, ces animaux étant revendus partout.
L'anagramme de PETA Coronavirus / carnivorous est tout à fait pertinent même s'il permet juste un jeu de mots en anglais, contrairement à ce qu'ont prétendu les carnistes invétérés, disant qu'il s'agissait d'une théorie complotiste. Diversion, déni.

Depuis la vache dite folle, hormis l'épisode du SRAS en 2003, et celui du H1N1 en 2009, ce sont surtout les animaux qui ont payé le prix fort de notre inconséquence : notamment lors de la peste aviaire de 2016-2017, où des millions de canards et d'oies élevés pour leur foie, ont été abattus en Europe pour éviter la contamination des élevages sains ( la psychose était telle qu'au Conservatoire de la Bintinais à Rennes, ils avaient grillagé les parcs à poules et oies sur le dessus, pour éviter que les oiseaux sauvages s'y posent !) ; là encore, ce n'était pas notre faute, les oiseaux sauvages migrateurs furent accusés d'être vecteurs de la maladie Bird flu, eux dont les espaces de repos et de nourrissage sont bétonnés par l'invasive espèce humaine, les fragilisant lors de leurs longs voyages entre deux continents. Puis, récemment, fin 2019, l'épizootie de peste porcine africaine (African Swine Flu), provenant elle de sangliers sauvages infectés, qui rôde toujours en Europe, a provoqué l'abattage de millions de porcs dans des conditions souvent sordides en Asie (Chine et Vietnam notamment) provoquant une crise du porc, viande prisée des chinois de la classe moyenne, durant les fêtes de commémoration des 70 ans de la Révolution communiste. Du coup, les éleveurs bretons, toujours entre deux baisses des cours, reprennent des couleurs, le malheur des uns (surtout des animaux) fait le bonheur des autres. En route pour la prochaine crise de surproduction. Qui sera réglée par une autre épizootie : car bien entendu, personne ne le dira, mais toutes ces épizooties induisant des abattages massifs d'animaux sains sous prétexte d'enrayer la maladie servent un propos économique : assainir le marché, tuer les petits éleveurs, les petits producteurs qui ne se plient pas aux règles de l'élevage industriel hors-sol, ses investissements, ses bâtiments, son univers concentrationnaire, son air irrespirable, ses entassement d'animaux avec des bonshommes au milieu. C'est ce qu'ils veulent, des animaux incarcérés, élevés loin des regards des consommateurs (malheur aux lanceurs d'alerte qui sont criminalisés dans le même temps en inventant un néologisme "l'agribashing", et la cellule de gendarmerie dédiée : DEMETER), rationalisés à mort, à hyper productivité en éliminant toustes celles et ceux qui veulent faire de l'artisanat. Hors de l'industrie, point de salut, c'est le mantra de la FNSEA, vraie ministre de l'agriculture de notre pays depuis 60 ans.

Pendant que j'écris ce billet, la France (l'Europe même !) est confinée, à l'arrêt : plus d'écoles, plus de bars, plus de restaurants ouverts, les élections municipales 2020 se déroulent dans la psychose, les salariés sont priés de télétravailler, sans aucune préparation, alors même que ce mode de travail devrait depuis longtemps être la norme pour toustes celles/ceux à qui c'est possible, rien que pour éviter la pollution des voitures entassées sur les routes, les rocades et les périphériques. L'économie va le payer très cher, mais c'est le prix pour que notre système de santé résiste et fasse face à un éventuel afflux de malades en détresse, et pour continuer à soigner les autres pathologies. Les sectateurs du libéralisme du toujours trop cher quand il s'agit de services publics sont déjà en train de tourner casaque et à demander le soutien de l'état. La santé est une richesse ai-je entendu un médecin dire hier, elle induit la productivité, la créativité, une économie florissante, au contraire de la maladie qui coûte cher, en soins d'abord, puis en pertes économiques qui chiffrent en milliards. Cette crise due au COVID_19 va nous coûter très cher, d'autant plus cher que rien n'a été anticipé, que les économies drastiques des dernières années font que les lits et les fournitures manquent : masques, gel hydro-alcoolique, même les matières premières pour les fabriquer. Rappelons que les pharmaciens sont AUSSI des préparateurs de médicaments, ils se sont laissés réduire au statut de distributeurs tributaires des industriels et des grossistes.

Tirons-en les conséquences : il va nous falloir changer nos rapports aux animaux ; il est temps d'arrêter les massacres, les charniers de bêtes dans un premier temps, de remettre en ordre nos façons de nous nourrir, en deuxième lieu ; car voir des gens qui se nourrissent principalement de charcuterie, de hamburgers de bœuf, de viande à tous les repas, se ruer sur les pâtes premier prix et le riz anticipant une pénurie, c'est quand même énorme quand on est végétarienne depuis plus de 20 ans ! Que cela leur serve de leçon, qu'ils s'y tiennent quand la crise sera passée. Cette alerte planétaire est une avertissement sans frais, après d'autres, moins sévères. Nous devons arrêter ces charniers, il faut stopper l'holocauste d'animaux d'élevages, il faut stopper l'envahissement des espaces sauvages et leur braconnage, leur chasse même, par l'espèce humaine. Nous sommes tous interdépendants, humains, animaux, nous foulons tous la même Terre, la même planète, certains depuis plus longtemps que nous, elle ne nous appartient pas plus à nous qu'aux autres. Les territoires des animaux sauvages doivent être déclarés inviolables, tels des états souverains. Nous devons végétaliser notre alimentation. L'élevage doit être progressivement abandonné, mais en conservant ces merveilleuses espèces qui nous ont accompagnés depuis le Néolithique, nous le leur devons pour services rendus, par pure gratitude. Sinon la prochaine pandémie nous pend au nez, plus grave encore peut-être. A 8 milliards, certains penseront que de toutes façons on est peinards, qu'on ne peut pas disparaître d'un coup, mais c'est une pensée de comptables, c'est faire l'impasse sur le malheur individuel. Je ne pense pas comme ça. Il est temps de tout changer.

Et même si le sujet de ce billet ce sont les animaux, à qui il est dédié, le changement passe aussi par :
Relocaliser notre production, y compris les matières premières, par ne pas faire que de l'assemblage ;
Arrêter la gestion à l'économie des services publics et de la santé ; indemniser le chômage dont les salariés ne sont pas responsables ;
Arrêter d'entasser les gens dans des villes en vidant les campagnes alentour ; développer le télétravail ;
Arrêter l'économie casino, adopter une autre façon de compter les PIB en y intégrant les externalités positives et négatives ;
Ralentir et stopper toutes les activités toxiques et destructrices de l'environnement, dont fait partie l'élevage industriel.

Actualisation 16/3/20
Lien : Robin des Bois 
Suivez le pangolin, vous comprendrez le monde !
Reuters - Wuhan Outbreak : genetics of the new virus
Maladie infectieuses, des animaux aux humains : communiqué de presse du Parti animaliste.

vendredi 6 mars 2020

Kate Millett, Catharine MacKinnon, Angela Davis :Trois classiques féministes en poche

Les Editions des Femmes ont la bonne idée de publier en poche, trois classiques de la littérature féministe sous couverture ROUGE révolutionnaire. Excellente idée, l'occasion de les lire ou relire, de constituer, ou refaire son fond de bibliothèque.



Sexual politics, la thèse de Kate Millett dont j'ai publié sur ce blog plusieurs extraits, est une analyse de la politique du mâle (son titre initial en français) à travers les grands textes de la littérature anglo-saxonne : Henri Miller, DH Lawrence, Norman Mailer, Charlotte Brontë) et française (Jean Genet). C'est un livre à la thématique socio-politique incontournable. C'est aussi grâce à elle que j'ai lu Villette, roman moins connu que Jane Eyre mais plus autobiographique, un chef d'oeuvre en fait, et Jean Genêt, Miracle de la rose et Notre-Dame des fleurs.

Catharine MacKinnon est une juriste féministe américaine qui a travaillé sur le harcèlement, la pornographie et la prostitution, toutes manifestations du pouvoir masculin sur les femmes. Le féminisme irréductible est un recueil de conférences prononcées dans les années 80, axées sur le juridique, on peut dire qu'il sert de soubassement, involontaire mais annonciateur, puisqu'il lui est antérieur, du Mouvement #MeToo actuel.

Angela Davis

Femmes, race, et classe par Angela Davis, militante marxiste des droits des noirs américains, historienne féministe : son ouvrage fonde ce qu'on appelle aujourd'hui le mouvement intersectionnel, croisant les oppressions de race, classe sociale, et sexe, sur fond historique de l'Amérique du Nord : traite des africains aux fins de mise en esclavage, travail et reproduction forcés, révolte d'une partie de la population noire fuyant les plantations via l'underground railroad ; guerre civile entre le Nord et le Sud (que les français appelle guerre de Sécession), suivie par la politique ségrégationniste et les lynchages dans le Sud, par le cynisme du Nord ; le combat pour la sortie de l'esclavage est suivi par celui pour les droits civiques des afro-américains, lequel est concomitant avec le suffragisme des femmes étatsuniennes qui, de fait, se disent qu'elles non plus n'ont aucun droit citoyen. Les deux mouvements vont s'inspirer l'un de l'autre, alternativement être solidaires souvent, puis de temps en temps concurrents.


Les intérêts des unes et des autres vont sans arrêt respectivement s'inspirer, s'accompagner (lors du vote pour les 14ème, 15ème amendements, droit à la citoyenneté et au vote des anciens esclaves, 19ème amendement : droit de vote des femmes, puis devenir concurrents pour des causes d'agenda, et de real politique (fracture entre le Nord et le Sud), notamment au moment de l'arrêt Roe Vs Wade (avortement 1973) vécu douloureusement par les femmes noires pour des raisons historiques. Le féminisme est bien entendu au début propulsé par des femmes blanches de la classe moyenne éduquée : Angela Davis rend hommage aux quakeresses qui apprendront à lire aux noir-es, les quakers croient en effet à l'égalité et à l'éducation, puis ces dernières, éduquées, excellentes, rejoindront le mouvement, et toutes s'accompagneront solidairement en d'autres circonstances. Les femmes de chambre et domestiques noires (postes toujours massivement tenus par les femmes noires aux USA, c'est un reliquat de l'esclavage) sont d'ailleurs plus proches du combat de la classe des femmes blanches ouvrières travaillant en usine, que des féministes de la classe moyenne haute. On voit bien que toutes les femmes blanches ne sont pas non plus logées à même enseigne.

L'outil d'analyse socio-politique intersectionnel est surtout valable aux USA : la France qui a connu la colonisation n'a jamais été un pays esclavagiste, et si la constitution américaine est une déclaration des droits, le Bill of rights, ses 10 premier amendements, écrits, d'après mes calculs, quelques mois avant la Déclaration universelle des droits de l'homme de la Révolution de 1789, inspirée des philosophes français des Lumières et d'Alexis de Tocqueville, la comparaison s'arrête là. Il me paraît hasardeux de l'appliquer politiquement chez nous, sans adaptation. Il n'y a jamais eu chez nous de racisme d'état. On peut même dire que la Première Guerre mondiale a permis une prise de conscience des noirs américains venus se battre en Europe dans la Somme, qui demandaient en arrivant à leurs alliés, soldats belges et français étonnés "où sont les toilettes pour noirs ?", à quoi ceux-ci répondaient on imagine devant l'étrangeté de la question, que franchement tout le monde va dans les mêmes chiottes, c'est quoi ce truc ? Ils ont ainsi pris conscience que le ségrégationnisme ne faisait système que chez eux, qu'il n'était ni universel, ni donc inéluctable.
L'analyse intersectionnelle est certainement utile sociologiquement, mais politiquement c'est plus douteux. Elle est facteure de divisions et de concurrence des causes. Angela Davis est une féministe matérialiste universaliste, dont le combat est solidaire de toutes les femmes, quelles soient noires, blanches, ouvrières, femmes de ménage ou de classe sociale plus aisée.

Trois ouvrages à lire ou relire pour mettre en perspective historique les mouvements d'aujourd'hui. C'est pas mal de savoir que le féminisme n'a pas commencé en 2010 :)


vendredi 21 février 2020

Comment tweeter sans devenir folle


Le réseau social Twitter rend fou, c'est prouvé ! On a quelques cas cliniques sous les yeux en permanence : Donald Trump et ses tweets compulsifs, la monarchie saoudienne, ses marées de robots trolls à zéro abonnés pour contrer les opposants, et pas mal d'hommes et femmes politiques qui tweetent d'abord, réfléchissent après, effacent, présentent des excuses quand on leur présente des captures d'écrans indestructibles, enfin des journalistes en mal d'inspiration dont le réseau social qui, rappelons-le est un site d'updates (mises à jours) permanent et intarissable, est leur principale source d'information, tout en dégueulant bien entendu sur son instantanéité, son pseudo anonymat (rien n'est anonyme sur Internet), et sa péremption quasi instantanée, un tweet chasse l'autre. Durée de vie d'un message montre en main : 18 minutes !

Je vais fêter mon neuvième tweet-anniversaire le 11 mars prochain, j'ai donc un peu de bouteille et d'expérience sur ce réseau que, par ailleurs, j'adore malgré sa chronophagie boulimique ; j'avoue aussi que je consulte peu les commentaires et les messages en dessous des tweets des autres, ça aide à garder une bonne santé mentale et à ne pas trop désespérer de l'humanité. De plus, je n'ai pas d'iphone ni de smartphone, je tweete depuis un ordinateur portable qui a un fil à la patte, ce qui me permet, si la pression et la fièvre montent, de me déconnecter et d'aller me dégonfler le ciboulot sans avoir la tentation de consulter mes notifications toutes les 30 secondes. En un mot comme en cent, je marche dans la rue en regardant devant moi, je conduis ma voiture avec un œil sur les feux tricolores, ce qui est gage d'une conduite homogène, décarbonée au maximum.

Je  vais donc me permettre quelques conseils aux twittas (et twittos pourquoi pas ?) qui passeraient par ici. Twitter est un réseau social -c'est à dire une micro-société- d'informations et de mises à jour ultra rapide et performant qui renseigne en quasi temps réel de ce qu'il se passe sur la planète, c'est pour cette raison que les journalistes l'adooooorent ! Il est aussi plus techno et "happy few", élitiste que Facebook qui, disons-le tout net est le réseau de tout le monde, y compris de votre arrière grand-père :) Twitter est excellent, comme tous les réseaux sociaux, pour faire de l'activisme, du militantisme. C'est même pour cela que j'y suis.

Il a toutefois les défauts de ses qualités, en fait plus de défauts que de qualités. Pour connaître ses principaux défauts, il faut remonter à sa conception en 2006 : twitter est un site de listes non réciproques par défaut, retenez, c'est essentiel, les abonnements s'y font sans autorisation préalable, c'est son talon d'Achille qui permet tous les dérapages. Mise en copie de la moitié de la planète, duplication par le biais des partages, vos notifications deviennent vite ingérables, vos opposants peuvent s'y déchaîner en meute, Twitter est un parfait outil de harcèlement. Twitter est de plus truffé de faux comptes et de robots (bots) qui démultiplient l'effet partage. Deux cas récents illustrent mon propos : Mila, l'instagrameuse, croyant parler à une trentaine de personnes sélectionnées remet fermement en place un lourdaud qui la tanne, l'échange est aussitôt transporté sur et amplifié par Twitter, Mila reçoit des menaces de mort, doit fermer son compte Instagram, la classe politique s'en mêle, Mila change d'école ! Deuxième cas : Griveaux, candidat à la mairie de Paris, retire sa candidature après qu'un sexto volé sur une boîte électronique où il dormait depuis 2018 (une BALE, ça se pirate, effacez vos messages) trouve une audience malveillante via Twitter provoquant la chute du candidat. Aussi prudence. Et ne faites pas aux autres ce que vous n'aimeriez pas qu'on vous fasse.

Il ne faut pas se cacher derrière son doigt ni faire violette sous la mousse, on est sur les réseaux sociaux pour être lu-e, pour créer de l'influence. Le nombre d'abonnement est le moyen le plus évident de mesurer votre audience, même s'il y en d'autres, et que les faux abonnements pullulent, les achats d'abonnements frauduleux aussi. Quand on voit certain-es avec des 17 000 abonné-es vu ce qu'elles racontent, on peut être perplexe. Et relativiser, ne pas se prendre au sérieux, ne pas se faire d'illusions sur ses abonnées et ce qu'elles, ils lisent de ce que vous publiez.


Quelques conseil pour intéresser et augmenter votre audience :

- Soyez assidue. Twitter, le plus chronophage des réseaux sociaux, exige du travail, de la présence, du temps, et même de la préparation, quel que soit votre sujet.
- Ayez une identité : avatar, profil descriptif, et ne retweetez pas sans arrêt par le bouton RT proposé par Twitter, on ne verra que l'avatar des autres, vous allez vous perdre dans l'océan des twittos.
- Ayez une ligne éditoriale claire ; vous pouvez toutefois y déroger en twittant des chatons ou des animaux rigolos, ou toutes autres plaisanteries qui détendent l'atmosphère, montrent que vous n'êtes pas une bonne sœur dévouée exclusivement à une cause. Rien de plus fastidieux que ces comptes militants mono-tâche, dédiés à un mono-sujet, généralement dramatique, qui deviennent vite lancinants, y compris pour l'émettrice qui, en plus de fatiguer son audience, finit inexorablement par se fatiguer elle-même.
- Restez polie et courtoise en toutes circonstances, même si un bon fight de temps en temps est payant, car n'oubliez jamais qu'"Internet est CONTRE", il n'est jamais pour. C'est contradictoire mais c'est ainsi, les réseaux sociaux, comme la vie, ne sont pas simples.
- Be yourself, défendez vos idées, même si elles ne sont pas main stream, consensuelles ; défendez les portées par d'autres, mais en restant sur les idées, proscrivez les attaques ad hominem.
Ne vous immiscez pas dans les conversations des autres, grossièrement, ou en parlant d'autre chose que du sujet de départ, c'est extrêmement déplaisant.
- Ne retweetez pas sans vérifier l'information : Twitter est un piège, il est bourré de fake news, de tweets anciens présentés comme nouveaux, certaines images sont piégées. Débunkez, faites des requêtes sur un moteur de recherche avant qu'on ne vous débunke. Les twittas-os sont cruelles. Avec le temps, l'expérience vient, mais restez en alerte tout le temps.
- Respectez la Netiquette : ne polluez pas, ne spammez pas, ne trollez pas, vous ferez la différence. Dites merci sans obséquiosité ; partagez celles et ceux qui vous partagent s'ils sont intéressants (notez qu'il y a des twittas-os qui ne font que de l'observation, qui s'abonnent juste pour lire les autres, qui émettent peu, illes ne cherchent pas la notoriété) ; ne mettez pas non plus les autres en copie du moindre de vos articles alors que vous ne partagez personne. Si vous promouvez un sujet, vos idées, ne prétendez pas faire violette sous la mousse, personne n'est dupe. En cas de tweet multi-adressé, vous pouvez répondre au seul envoyeur ou à une sélection : Twitter a une fonction décocher que personne n'utilise, c'est quand même un monde !
- Allez fouiller ailleurs que dans les tweets proposés par Twitter : la monoculture est dans l'algorithme "ce que vous avez manqué, "ceci pourrait aussi vous intéresser" ! C'est l'enfermement à coup sûr ; allez lire les comptes des gens qui vous partagent, lisez vos abonnements, la majorité d'entre eux est absolument passionnante et compétente, Twitter est une source de savoir, partagez en retour. Vive la biodiversité.

Enfin, par-dessus tout, si vous sentez que la fièvre monte, que le transport au cerveau n'est pas loin (ça vous arrivera régulièrement), débranchez tout, déconnectez-vous, éteignez votre ordinateur ou votre téléphone, laissez les sur votre bureau, sortez, allez marcher trois heures le temps de dégonfler, rencontrez des gens IRL, c'est la seule façon d'éviter l’hôpital psychiatrique ou la prison. Ou même pire, la privation de votre réseau social favori : Twitter suspend. Twitter restreint. Twitter ferme des comptes. Twitter a ses bannis. Et devinez qui fait les chiens de garde ? Des ALGORITHMES truffés de mots-clés. Ils sont bêtes comme pas permis. Alors prudence. 

A bientôt sur la twittosphère ! 

Lien complémentaire : Mon article sur Technically Wrong, applications sexistes, algorithmes biaisés, et autres menaces des technologies toxiques, par Sara Watcher-Boettcher, qui explique entre autres les travers de trois réseaux sociaux.

mardi 11 février 2020

Défense et éloge des blasphématrices


Photo prise au Maroc, envoyée par Betty Lachgar @IbtissameBetty
13 pays punissent le blasphème de la peine de mort : Afghanistan, Iran, Malaisie, Maldives, Mauritanie, Nigeria, Pakistan, Qatar, Arabie Saoudite, Somalie, Soudan, EAU, Yemen).

La confusion et le bal des faux-culs sont à leur comble dans ce qu'il est convenu d'appeler désormais l'affaire Mila : confusion entre insulte, blasphème, les croyants et leurs représentants choqués, le mot "respect", "blessure", ces lèpres du langage, employés jusqu'à la nausée, les prétendus propos vulgaires : ah mon dieu, c'est une fille qui pretend faire un toucher rectal à Dieu, bordel, les mémères femmes politiques s'insurgent ! Ségolène Royal en tête. Le secrétaire National du Parti Communiste Fabien Roussel, pour qui la "religion est l'opium du peuple", mais à condition d'un minimum de "respect" (minute 18, Marx doit s'en retourner dans sa tombe), l'extrême-gauche, et une partie du PS, reniant leur principes laïques et républicains, qui pensent faire recette aux élections avec des concessions sur les exigences religieuses, tous sont travaillés par les idées des activistes de l'Islam politique...

Le reproche de jeunesse, âgisme inversé, on a tellement l'habitude de la stigmatisation des séniors en "vieux cons" que ça fait tout drôle : Mila a 16 ans, François de la Barre en avait 19 quand il refusa d'enlever son chapeau devant le passage d'une procession ; il était turbulent, il a bien dû grommeler quelque chose, l'histoire ne l'a pas retenu ; il n'insultait ni ne blessait personne, il opposait un refus individuel de libre-penseur face à un système qu'il estimait obscurantiste et contre la raison. La valeur n'attend pas le nombre des années : Etienne de la Boétie a écrit Discours de la servitude volontaire à 18 ans, Jeanne d'Arc menait des armées à 17 ans, et Greta Thunberg, (je la rajoute, elle défie le pouvoir planétaire masculin majoritaire ignorant les avertissements du GIEC) comme pas mal d'autres militantes pour le climat, ont toutes moins de 20 ans. Et alors ? Tou-tes étaient / sont concerné-es par l'avenir qu'on leur bâtit au moment où elles étaient / sont jeunes, toustes étaient / sont concerné-es par nos renoncements.

Il faut arrêter aussi avec toutes ces "blessures" : la chouinerie est désormais élevée à un point paroxystique. On guérit de blessures narcissiques, elle nous rappellent que le monde ne tourne pas autour de notre nombril et de notre petite sensibilité. Les vraies blessures ont une autre allure. Devoir abjurer la foi de ses parents sauf à risquer de perdre la vie, être mutilée sexuellement par diktat patriarcal, être enlevée, volée comme du bétail, et engrossée par des fanatiques comme les filles de Chibok, devoir quitter un pays en guerre pour sauver sa vie, en voilà de vraies blessures dont on peut ne pas se relever, dont on portera les cicatrices la vie entière.

Mila n'a insulté personne, c'est elle qui a été insultée. Échangeant en petit groupe sur ses goûts en matière de femmes, elle a été grossièrement remballée par un Jacky haineux des lesbiennes (genre être lesbienne, c'est pas naturel, je vais te montrer ce que je fais avec ma bite tu vas voir...), bref le connard qui pense qu'il peut "convertir" une lesbienne en hétéro, parce qu'elle n'aurait pas trouvé le "bon coup", encore une croyance de l'hétéro de base, bas de plafond. Partage de l'échange (limité au départ à un groupe Instagram) sur Twitter, le media parfait pour l'envoi en multicopie et donc instrument de harcèlement, les tenants de dieu et d'un Islam intégriste se sont déchaînés (on va t'égorger sale chienne, sale pute, sale gouine... j'en passe), les menaces de mort et l'adresse de son lycée ont été échangées massivement par une meute de haineux. Tant et si bien qu'elle a dû être déscolarisée et fermer ses réseaux sociaux. La voilà, la vraie violence. Les humains sont plus importants que leurs dieux et prophètes fantasmatiques, leur liberté et leur sécurité sont plus importantes que les figures historiques réelles ou supposées telles. La démocratie ne reconnaît pas le sacré. Les démocraties lui opposent le droit. Du coup, on ne blasphème pas, on exprime son opinion. Le racisme assignant à résidence une personne ou un groupe de personnes n'est pas une opinion, c'est un délit. Qu'est-ce que certain-es ne comprennent pas là-dedans ? 

Illustration de la différence entre insulte raciste et blasphème (non existant, donc non réprimé en France) par deux cas de droit jugés par les tribunaux en France : Brigitte Bardot écrivant "les musulmans sont des barbares" tombe sous le coup de la loi Pleven de 1972 relative à la lutte contre le racisme, les musulmans sont un groupe de personnes, elle est logiquement condamnée à une amende et aux dépens pour propos racistes.
Michel Houellebecq écrit dans un de ses romans "l'Islam est la religion la plus con" : les plaignants sont déboutés, Houellebecq a le droit d'émettre une opinion en exerçant sa liberté d'expression. L'Islam, ce ne sont pas des personnes ni un groupe de personnes, c'est une idéologie comme le christianisme, le libéralisme, le capitalisme ou le communisme... on peut donc dire que ce sont des systèmes de pensée très cons, ils sont absolument, éminemment criticables.

Rappelons-nous aussi que ces systèmes de croyance, ces récits édifiants, ont tous été forgés contre les femmes, que le Père-Tout-Puissant est le garant du système patriarcal oppresseur, et que les bûchers ne sont jamais loin des femmes libres de leur parole, donc perçues comme insolentes. Jeanne d'Arc en a pâti pour avoir transgressé son rôle de femme assignée à la reproduction, en ralliant et conduisant une armée, François-Jean Lefebvre de la Barre a été supplicié puis conduit au gibet pour avoir "blasphémé", donc transgressé l'ordre religieux des mâles, Greta Thunberg est renvoyée à ses études (il se trouve que le système suédois permet une année sabbatique pour se frotter à d'autres connaissances) par de vieux machistes, et priée de laisser le gouvernement du monde à la Maison des hommes, la politique. Sous-texte : les bonnes femmes aux fourneaux, les vaches seront bien gardées. Vu le déplorable état du monde, il est temps d'essayer autre chose, sérieusement. Les femmes au pouvoir n'a jamais été essayé, du moins pas sur de larges échantillons. Aussi cultivons l'insolence, la libre-pensée et notre liberté d'expression ; elles ne s'usent que si on ne s'en sert pas. Et franchement, on a été bien polies jusqu'à maintenant, vu ce que ça nous a rapporté, il est temps d'essayer autre chose. 

Quelques insolentes blasphématrices contemporaines :







FEMEN, groupe de féministes performeuses venues d'Ukraine, menacées de mort par les autorités de leur pays, enlevées avec simulacre de mise en mort dans une forêt ukrainienne, elles ont fui pour sauver leur vie. Les trois photos, respectivement : "Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n'avez pas réussi à brûler", évacuées d'une crèche en Italie, tronçonnant une croix en soutien aux Pussy Riot.


PUSSY RIOT : groupe punk-rock féministe russe, embastillées par Vladimir Poutine en camp de travail en Sibérie après une performance dans une église orthodoxe russe, performance jugée blasphématoire en 2012, elles feront deux ans de camp "pour vandalisme et incitation à la haine religieuse".

MILA récemment : je ne mets pas de photo, elle a besoin de retrouver l'anonymat, vu que des fanatiques veulent lui faire un sort aka, la violer et l'égorger.
Espérons que la série s'arrête là, mais j'ai des doutes.

Lien Sur la "politesse" et les "blessures" à ménager : La liberté d'expression est-elle réductible à la politesse, éditorial par Valérie Toranian Rédactrice en Chef de La Revue des Deux mondes

vendredi 31 janvier 2020

Lettres de prison, réflexions sur l'art - Nous aurons aussi de beaux jours

Nous aurons aussi de beaux jours - Ecrits de prison par Zehra Dogan.
Juillet 2017 - Janvier 2019.
Zehra Dogan est une journaliste, écrivaine, artiste kurde de nationalité turque ; elle a été embastillée par la Turquie, son pays, pendant 2 ans, 9 mois et 22 jours pour avoir peint des drapeaux turcs sur des bâtiments détruits. Le livre publié aux Editions Des Femmes est un recueil de sa correspondance de prison. Ses lettres à une amie chère, Naz, sont prétexte à des réflexions politiques sur l'art, l'Histoire, notamment celle des femmes... Un livre à picorer. Je vous en propose trois extraits :

Lettre du 8 novembre 2017 : réflexions sur l'art et la création 

" Je suis passée provisoirement à un lit près de la fenêtre. Il n'est pas possible d'y rester sans être enveloppée d'une couverture. Comme le quartier est très étouffant, les fenêtres ne sont jamais fermées. L'endroit le plus froid de ce quartier, qui est déjà glacial, est naturellement à coté des fenêtres. Nous sommes comme des personnes sans maison qui dorment dans la rue. Dans la prison, on comprend encore mieux leur situation. Quand tu dors, il ne faut pas qu'une seule partie de ton corps reste découverte. Je plonge alors toute entière sous la couverture, même la tête pour éviter d'avoir le nez gelé. Moi qui aime la chaleur, comme les chats, ce froid n'arrange pas mon affaire. En plus, les détenues arrivent les unes après les autres et notre nombre augmente chaque jour.
Certaines des amies qui sont prisonnières ici depuis des mois ne savent même pas pourquoi elles sont en prison car leur réquisitoire n'a pas encore été prononcé. Les gens sont anesthésiés par la société de classes qui règne depuis des millénaires et ne veulent même pas en prendre conscience. Ainsi, il n'est pas possible de dire "Assez !" de façon collective. Bien sûr, l'humanité continue de progresser contre toutes ces pratiques de destruction... oui, mais malheureusement, elle n'arrive pas à dépasser un seuil significatif. Là encore, selon moi, l'art et la science jouent un grand rôle. Peut-être que s'ils étaient libérés du pouvoir pour se réapproprier leur vraie mission, le monde ne serait pas aujourd'hui dans cet état. Une conception de l'art et de la science prend racine chez les dominants et se développe avec eux. En vérité, les dominants et le capitalisme arrivent à se maintenir avec l'extraordinaire appui de l'art et de la science. Parce qu'ils s'en nourrissent aussi. Et ce, depuis le début, depuis l'époque des états des prêtres sumériens. Ils ont réussi à dériver le fleuve de l'art et de la science, qui doit couler vers les peuples, et à se les approprier  en le canalisant à leur profit. A mon avis, on devrait considérer que l'art véritable ne peut être qu'un art indépendant du pouvoir. L'art qui mange dans la main du pouvoir est déjà en état de putréfaction. Ainsi, chaque état ou pouvoir prend particulièrement l'art sous sa science et sa 'coupe'. Parce qu'il en a très peur. Il fait alors semblant de nourrir ce qui l'effraie, il l'anesthésie avec des fonds et des subventions, et ensuite lui rend l'existence impossible sans l'aide de ses ressources, le rendant dépendant, tel un drogué. Il vide ainsi de sens l'art et la science, qu'il a transformés en serviteurs en les condamnant à produire selon ses orientations. De cette manière, l'art et la science produisent des résultats encore plus superficiels et qui se répètent, au service direct ou indirect du capitalisme. Il ne s'agit plus de créations et d'inventions nouvelles, mais de reproductions, répétitions, stéréotypes, ou simples aménagements de ce qui existait avant. Parce que des cerveaux anesthésiés ne peuvent pas créer, inventer ; ils s'autocensurent en se forçant à agir dans le sens attendu par le pouvoir. *
En regardant l'Histoire, nous voyons que les inventions, découvertes et créations réalisées dans une période où il n'existait aucune structure hiérarchique, 6000-4000 av J.-C., s'arrêtent avec l'instauration des États des prêtres sumériens. Chez les Sumer, il est question seulement d'améliorer ce qui a déjà été inventé et créé. Les innovations, même si elles ne sont pas inexistantes, sont extrêmement rares. Une nouvelle période de création arrive vers 1600-1900, mais ensuite, c'est de nouveau un cycle stérile. C'est à dire que même si par moments, dans l'Histoire, il y a eu de fortes percées de liberté, celles-ci furent soit étouffées, soit asservies par la stratégie sournoise du pouvoir.
Aujourd'hui, à force de nous débattre dans les marécages de la guerre, happé.e.s une fois encore par la spirale stérile, nous n'arrivons plus à créer. Notre principal souci est de survivre. Paradoxalement, les percées les plus fortes naissent pourtant dans les temps les plus difficiles. *
Où en suis-je arrivée ? Je suis partie de la froideur du lit, et mes propos ont dérivé vers un tout autre sujet. J'avais pas mal réfléchi à tout cela il n'y a pas longtemps. C'est sans doute la raison. J'aime te parler de ces choses. Ma tête en est pleine. Même si tu risques de trouver mes paroles étranges ou insensées, moi, j'aime t'en parler. "

 * Notez que ce qu'écrit Zehra Dogan sur l'art institutionnel adoubé, subventionné par les pouvoirs en place, décrit aussi bien le féminisme institutionnel !






Quand une artiste travaille en prison, elle utilise tout ce qui lui tombe sous la main : papier journal, tissus comme support, et pour faire des couleurs : restes de repas, cendres de cigarettes, sang, y compris de ses règles, marc de café, jus de chou noir, eau de javel... dans la tradition des peintres qui ont toujours fait des recherches sur leurs pigments.

" Un jour de lessive, Hacer a enlevé la doublure intérieure de son oreiller et me l'a donnée en disant : "Tiens, si tu veux, utilise ça pour dessiner."
J'ai étalé cette doublure bleue sur le sol de la promenade et mis dessus de l'eau de javel à l'aide d'une éponge. Pendant un moment, j'ai suivi l'insistance du bleu pour exister et le combat de la javel pour l'anéantir. Avec le temps, la guerre s'est terminée et des conquêtes nuageuses ont commencé à se montrer. Par endroits, le mélange des deux couleurs a fait ressurgir des roses et des rayons jaunes sont apparus d'un coup. "Oui, ce ciel, ça le fait", avons-nous dit.
Un ciel de hasard. Nous l'avons observé longuement. Nous avons savouré ce ciel, certes artificiel, mais réalisé par nous. Nous y avons trouvé la sérénité, pendant un long moment. Peut-être que pour une personne de l'extérieur, ce travail bricolé sur un tissu n'aurait aucun sens, mais pour une personne privée de tout, même de ciel, il a un sens extraordinaire. " 12 septembre 2018


Lettre du 28 août 2018 : 

"
Après une journée de pause, bonjour à nouveau...
Depuis un long moment, peut-être par paresse, je ne fais plus que lire. Je ne travaille pas beaucoup, absorbée par la lecture. [Zehra Dogan lit Caliban et la sorcière de Silvia Federici].
Je suis surprise d'apprendre que Martin Luther King et d'autres, et même la quasi totalité des intellectuels protestants, auraient approuvé cette chasse aux sorcières.
Une seule accusation a suffi pour condamner une femme comme sorcière et des milliers de femmes ont ainsi été brûlées vives. Lorsqu'une femme était déclarée sorcière, elle était épilée sous les bras et sur le pubis, et inspectée pour voir si Satan ne s'y cachait pas. Pour qu'elle ne meure pas vierge, elle était violée. Ensuite, elle était lacérée et assise sur un siège en fer posé sur un feu ardent. Si la femme était mariée et qu'elle avait une fille, sa fille était fouettée pendant que sa mère brûlait. C'est ce que décrit ce livre. Quelle horreur.

C'est ainsi que la femme a été éloignée de son propre corps et a commencé à en avoir honte. Elle a été conditionnée pour produire en tant qu'ouvrière et machine à procréer.
Grâce à ce livre, mes pensées se clarifient un peu. L'autrice dit : " La sorcière typique européenne avait pour homologue, non les magiciens de la Renaissance, mais les amérindiens et les esclaves africains qui, dans les plantations du 'Nouveau Monde', partageaient une destinée similaire à celle des femmes en Europe, fournissant au capital l'apport apparemment illimité en travail nécessaire à l'accumulation. Les destinées des femmes en Europe et celles des amérindiens et des africains dans les colonies étaient tellement liées que leurs influences furent réciproques.

J'y pense tout à coup : l'art divinatoire, la connaissance de la carte des étoiles et des signes astrologiques sont considéré.e.s aujourd'hui comme gentillet.te.s alors qu'au Moyen-Age, s'intéresser à ces choses équivalait souvent à la mort. Les savoirs ancestraux ont perdu leur mystère parce que le capitalisme est entré en nous jusqu'à la moelle. Nous sommes désormais sous son joug, que nous le voulions ou pas. 
Vois-tu, il n'y a pas dans l'Histoire une seule belle période . Partout où règnent les États patriarcaux, il y a mépris, violences, massacres, guerres. Partout dans le monde, les femmes sont mises à terre ou frappées d'inexistence et cela continue encore aujourd'hui. Nous avons du pain sur la planche. Et beaucoup de luttes à mener.
Nous en sommes rendues au point de nous haïr nous-mêmes. Nous avons honte de nos corps. Nous avons honte de tout. C'est étrange mais c'est plus vrai encore chez les femmes qui se disent intellectuelles. Leur statut envié de bourgeoises, leur façon de parler, leur jargon superficiel et avec cela leur désir profond d'être acceptées des hommes. Je pense que nous avons encore un long chemin à parcourir. 
Sais-tu que l’Eglise a beaucoup œuvré pour que cesse l'amitié entre les femmes ? Moi, je viens de l'apprendre. L'Eglise et L’État ont imposé l'idée que les femmes ne devaient pas être amies et que les hommes étaient là pour les 'protéger'. Le mot gossip qui voulait dire 'ami-e', signifie aujourd'hui 'cancan', 'rumeur'. N'est-ce pas très révélateur ? Les bonshommes ont joué avec tout ce qui nous appartient. Les hommes sont des créatures très rusées. Fais attention à Daniel ! Il peut à tout moment te dénoncer comme sorcière ! En plus, votre maison date du XVIè, XVIIè. Qui sait quel genre de sorcière y vivait à cette époque ? Ou peut-être était-ce une bourgeoise obéissante ? Non, en fait, je voudrais que ce soit une sorcière ! Peut-être votre porte a-t-elle été frappée un jour par l'Inquisition et que l'ancienne propriétaire a été brûlée vive ? 
Avec toute mon affection à la sorcière aux cheveux rouges, qui vit dans cette maison du XVIIè. "

Zehra.

Une performance à Brescia, Museo Santa Julia, Italie, novembre 2019


Zehra Dogan a été exposée en mars 2019 à l'Opéra de Rennes ; affiche et article à retrouver sur le site Kedistan webmagazine libertaire sur l'actu du Moyen-Orient.


Lien : Double marge, Respect Zehra Dogan.

mardi 21 janvier 2020

Processions masculines

En ces temps de Forum de Davos, il est pertinent de montrer en images lesquels tiennent toujours fermement la barre du monde, les "processions masculines", ces défilés en rangs, tous dans le même uniforme, décrites par Virginia Woolf dans Trois Guinées. Pour celles et ceux qui douteraient ou seraient tentés par le déni, Davos 2020, World Economic Forum :
Un jour avant Davos 2020, "Versailles, Choose France" organisé par le Président Macron, le club d'industriels qui planchent sur l'énergie du futur, l'hydrogène :
La war room de la Maison Blanche lors du tir sur la position du général iranien Soleimani en Irak début janvier :
Les twittos, comme à chaque fois s'en sont donné à cœur joie sur l'interprétation de l'amas de câbles branchés sur rien au milieu de la table, un suggérant même que la Wifi ça se piratait facilement !


Pas mieux du côté iranien lors de la prise de décision de riposte aboutissant à un tir raté : un avion de ligne commerciale abattu, 176 morts.  Notez bien que cela n'a pas provoqué grande indignation (civils passés par profits et pertes dans le grand concours de teubs des démonstrations de muscles des états mâles) ni dans l'opinion mondiale, ni chez les étatsuniens, un peu plus chez les iraniens qui ont manifesté dans la rue, la popularité du régime étant au plus bas.

Côté turc, superbe culte de la personnalité, le sultan salue les représentants du peuple : pas mieux.


En France, les éleveurs de l'Ariège sont vent debout contre la réintroduction de l'ours. Contrairement aux loups qui reviennent tout seuls d'Italie en traversant les cols alpins, l'ours est réintroduit dans les Pyrénées, importé de Slovénie, ours sur lesquels les éleveurs de brebis ariégeois rêvent de faire un carton. Comme on est au bord de la guerre civile, Macron-Make-Our-Planet-Great-Again s'est courageusement précipité en ce début d'année 2020 pour leur dire que basta, c'est terminé les réintroductions (promesse orale qui n'engage que ceux qui l'écoutent !), le lobby antibiodiversité gagne temporairement. Du coup, re-fête de la saucisse ! Bon, ok, il y a Emmanuelle Wargon, comme elle est tout de même ministre, ils n'ont pas osé la fiche dehors. Sur le Facebook de la Chambre d'Agriculture de l'Ariège cette semaine :


Et pour que nul n'ignore qu'il faut les craindre, que la terreur fonctionne bien, qu'ils ne vont pas lâcher les manettes comme ça, la traditionnelle photo posée des serial killers qui hantent toutes les campagnes avec leurs victimes trophées alignées à leurs pieds. La photo émane de Grande-Bretagne publiée apparemment sur le Facebook du Parlement Britannique. A leurs pieds des tétras dont les populations sont globalement en chute.
Et puis, cette apologie de la tuerie de masse !


" Regardons cette procession. Nous y traînons loin à la queue. La voici, défilant devant nous, cette procession des fils d'hommes cultivés, accédant à ces chaires, gravissant ces marches, entrant et sortant par ces portes, prêchant, enseignant, faisant la justice, pratiquant la médecine, gagnant de l'argent. " Virginia Woolf - Trois guinées. 

On pourrait rajouter, faisant la guerre, toutes les guerres, y compris contre les autres espèces.

L'alliance du sabre et du goupillon, en tenue d'apparat, avec la victime mise en scène au milieu :


Virginia Woolf, encore :


"Rarement un être humain au cours de l'histoire est tombé sous les balles d'une femme ; la grande majorité des oiseaux et des bêtes a été tuée par vous, pas par nous. A l'évidence, il y a pour vous une gloire, une nécessité, une satisfaction à combattre que nous n'avons jamais ressentie ni appréciée."
Virginia Woolf (selon ma traduction).
Un poil essentialiste, trouveront certaines ? Factuel surtout, et résultat d'un apprentissage et d'un exercice de la terreur qu'ils infligent à tous les vivants.

mardi 7 janvier 2020

Quand la forêt brûle : les megafires, une menace pour l'humanité ?

Comme les incendies qui durent depuis des mois en Australie vont s'éteindre en février PARCE QU'IL PLEUT, -ce fut le cas lors du Camp fire en Californie en 2018 qui n'a cessé que grâce à la pluie-, après les mois d'efforts des pompiers soldats du feu, de leurs engins sophistiqués et de leur volonté combattante, je viens de terminer de lire cet ouvrage écrit par la philosophe Joëlle Zask.


Malgré l'évocation par plusieurs victimes de la "volonté de Dieu" : "Comment Dieu peut-il emporter une ville qui s'appelle Paradis" (Paradise, Californie, brûlée intégralement, ses 5000 habitants dispersés dans des pavillons dans les bois à l'automne 2018, chassés par des megafires), s'interroge une témoin, le feu est un être social écrit Joëlle Zask (JZ). Sans le feu, l'humanité ne serait pas ce qu'elle est. Depuis qu'elle a appris à le transporter, puis à l'allumer et l'éteindre, elle fait tout avec : cuire ses aliments (ce qui libère l'énergie de la digestion pour que notre cerveau s'occupe à autre chose) puis défricher et cultiver la terre (cultures ancestrales sur brûlis pratiquées par les Primitifs encore aujourd'hui), pour faire la guerre. Le feu est indissociable de l'humanité.

Pourtant notre lutte contre les feux provoqués par le réchauffement climatique (pour JZ il n'y a aucun doute) convoque un complexe (militaro)-industriel de "soldats du feu", hélicoptères, retardants, extincteurs, canadairs, réserves d'eau..., tout un arsenal guerrier pour un coût abyssal (3 milliards et demi de dollars pour la seule Californie en 2018) ; malgré cela, la lutte semble perdue. Les mégafeux ont leur propre comportement, provoquent des tornades, sautent des dizaines de mètres, reviennent en arrière, sidèrent les populations humaines et animales, sont proprement invincibles, car seule la pluie les arrête. Normalement cela devrait soigner l'hybris de l'espèce humaine qui est entrée non dans l'anthropocène mais dans le pyrocène, l'ère des megafires, nous dit JZ. Ils sont tellement inquiétants que la NASA en surveille les occurrences avec ses réseaux de satellites, prenant la menace qu'ils posent à l'espèce humaine très au sérieux.

Savez-vous que plus de 80 % des incendies sont pourtant d'origine humaine ? Mis de côté le réchauffement climatique anthropique qui les favorise en desséchant la végétation, ils sont provoqués pour un tiers d'imprudences (mégots de cigarettes, barbecues mal éteints...,) et tout le reste par des actes de malveillance, y compris les incendies criminels industriels tels que ceux de la forêt indonésienne pour planter des palmiers à huile, et ceux de la forêt amazonienne à l'été 2019, pour y implanter des bovins d'élevage. Plus les pyromanes (pervers) et les incendiaires crapuleux qui incendient par vengeance ou par cupidité (escroquerie aux assurances) et même des actes terroristes (pyro-terrorisme : la guerre des ballons de la terreur menée en 2018 par le Hamas contre Israël qui résulta en incendie d'une réserve d'animaux), son chapitre le plus inquiétant.

Joëlle Zask plaide pour une troisième voie opposée au binarisme actuel : d'un côté les aménageurs brutaux en lutte perpétuelle et mortelle contre la nature qui exploitent les forêts en plantant en rang d'oignons une seule essence (sapins de Douglas, pinèdes inflammables), déforestant pour de la viande, de la pâte aux noisettes chocolatée..., ou pour le tourisme de masse ; de l'autre, les écologistes dogmatiques et raides qui veulent qu'on foute la paix à la nature en créant des sanctuaires où on la laisserait se débrouiller seule, alors que ce que nous appelons "la nature" résulte en réalité de millénaires de transformation par les humains. JZ plaide pour que nous cultivions, entretenions en gens responsables les espaces dits naturels pour nos besoins, à condition que ceux-ci n'excèdent pas ce qu'elle peut produire. Elle propose aussi une belle réflexion sur les paysages qui nous façonnent, sur les traumatismes induits pour de longues années chez les gens et les animaux victimes des feux, qui ne reconnaissent plus rien après l'"abomination".

" L'homme n'est pas le souverain de la nature, mais son accompagnateur et son assistant. Il partage avec elle un même futur. "

Un petit livre de 180 pages, absolument passionnant et assez terrifiant ! 17 euros chez Premier Parallèle Editeur. A lire. Mon billet n'est qu'un court résumé.

Lien : Atlas des feux de la Nasa " qui envisage très sérieusement l'hypothèse d'un incendie à l'échelle mondiale, insistant sur la proximité grandissante des foyers et l'augmentation constante des risques de mégafeux en raison de la faible humidité de l'air, de vents plus forts, et de températures estivales extrêmes. "

Les citations de l'auteure sont en typographie rouge.

mardi 31 décembre 2019

Ragondins, "nuisibles" et incohérences

Bouteilles plastique PET glissant doucement dans la Vilaine et ses canaux, canettes de bière, bouteilles de vodka, toutes sortes de déchets d'emballages alimentaires certains contenant encore de la nourriture, sacs plastique, mégots de cigarettes en bas de logements où les gens fument à la fenêtre pour ne pas enfumer l'entourage, ou sous les porches des entrées pour ceux qui descendent : que je marche à pied dans n'importe quel quartier, ou que je me gare sur les parkings des zones industrielles ou artisanales que je fréquente, sur les parkings de mes cinémas aussi, sur les bords des routes, je ne vois que des traces dégoûtantes de l'espèce humaine qui décidément mange et boit dehors, à n'importe quelle heure, même l'hiver. J'ai nettoyé pas mal de parkings cet été ; il y a même une zone industrielle qui a été nettoyée par moi seule apparemment, deux étés de suite, mes sacs restant aux endroits où je les avais mis des semaines d'affilée ! La semaine dernière, dans les fossés remplis d'eau, les bouteilles, les canettes flottaient dans l'eau, car nous avons eu des inondations. Un crève-cœur. Personnellement, je ne supporte plus. C'est à un point où si je trouvais un texte de loi permettant d'attaquer la municipalité en justice, je tenterais ma chance. De quel droit mes contemporains m'infligent-ils de me déplacer dans leurs saloperies ?
Je suppose que si j'habitais Tours, Nantes ou Paris, je serais fondée à faire les mêmes remarques ; à Paris, c'est certain puisque, aux parisiens râlant que Paris est sale, Anne Hidalgo répond que ce n'est pas Paris qui est sale, ce sont les parisiens. Je plussoie, ce sont les administrés des villes qui sont sales et irresponsables. Le pire, c'est qu'eux ont des descendants, alors que moi qui ne jette rien, je n'en ai pas, malgré cela je me trouve plus responsable vis à vis des générations futures, s'il y en a.

Pendant ce temps, des battues de chasse, des campagnes de dératisation, de lutte contre les pigeons des villes, contre les sangliers qui ravageraient les récoltes des agriculteurs, voire les plates-bandes en ville, sont organisées par les préfectures et les municipalités pour lutter contre les animaux liminaires. Les animaux liminaires sont les animaux sauvages qui vivent parmi nous : rats, souris, ragondins, pigeons, goélands, pies, corneilles, hérissons, renards et même sangliers..., dans nos villes. Or, nous les nourrissons ces animaux, par nos tas d'ordures, nos emballages de nourriture à moitié pleins, disséminés partout ; ensuite ils sont déclarés illicites, car considérés "sales", vecteurs de parasites, ou de maladies, alors que ce sont des sortes de réfugiés opportunistes qui viennent en ville parce qu'ils y trouvent des ressources alimentaires, et qu'on devrait les considérer comme des résidents temporaires ou permanents. Ils ont mauvaise réputation, d'autant que les élus leur taillent régulièrement des costards pour mieux déclencher contre eux des campagnes d'éradication. Pour éviter qu'ils "prolifèrent" (il n'y a jamais qu'eux pour proliférer bien entendu !) il suffirait de ne pas les nourrir, d'arrêter de jeter des reliefs alimentaires partout, de manger au restaurant ou chez soi, d'éviter de sortir et d'abandonner de la nourriture dehors, et d'arrêter la production de matériel à usage unique.

Le radicalisme suprémaciste humain et l'irresponsabilité citadines sont tels que des pièges à "dératisation" ont été disséminés sur les chemins de halage devant certains immeubles bordant la Vilaine. Je suis allée les retourner avec d'autant moins de remord que ces imbéciles n'ont même pas pris le soin de nettoyer les endroits où ils sont disposés, des détritus que l'espèce humaine y a laissés. Qui est le sale dégoûtant dans l'affaire ? La vertu ne paie pas, Mesdames ; à moi, on ne construit pas de skate parks ni de stades de foot pour calmer mes éventuelles frustrations. Je n'arrive pas à la cheville de certains en matière d'incivilités. Donc, que mes contemporains citadins commencent eux à devenir vertueux.

Un aperçu du malaise : des pièges disséminés au milieu des déchets des humains :


Un sac plastique qui sera à la Roche-Bernard, estuaire de la Vilaine, c'est à dire dans l'Océan Atlantique, dans trois semaines ou trois mois !
De même que les déchets de toute sorte bloqués par les écluses :


Des rubans de sacs plastique accrochés aux racines et aux branches flottant dans la rivière :


Et au milieu de tout ça, plusieurs pièges à rats ou ragondins de deux types différents dont celui-ci :


J'ai choisi mon camp : je ne supporte plus ces exactions. Ces pièges contiennent du poison, ils sont indiscriminants, c'est à dire que des chats, des chiens, de pigeons, des canards, des poules d'eau..., peuvent s'y fourrer et s'y empoisonner.

Outre la nécessité de sévir pour stopper les jets ou dépôts d'ordures dans les espaces publics et de nature (on ne trouve plus de crottes de chiens en ville, c'est donc que c'est possible !), il est temps de donner un statut juridique aux animaux, c'est la seule façon de contrer les exactions arbitraires et incohérentes des humains à leur encontre, de préserver ce qui est encore vivant de l'invasion humaine, de la destruction de leurs habitats en artificialisant, et après, en leur faisant la guerre en déclarant qu'ils y sont indésirables, alors qu'ils en étaient souvent les premiers occupants. Je propose le schéma des auteurs de Zoopolis, Sue Donaldson et Will Kymlicka, philosophes :

Animaux sauvages : nations souveraines (cela les mettrait à l'abri de nos intrusions insupportables)
Animaux liminaires : résidents 
Animaux domestiques : citoyens. 

Je ne vois pas d'autre façon d'arrêter le biocide en cours sous nos yeux. Il est temps d'arrêter cette guerre, temps de leur faire une place en réduisant la nôtre. A moins que nous ne voulions d'une planète où il n'y aurait plus que nous ?
Je souhaite aux amis des animaux, à leurs défenseurs, aux activistes de tous poils, aux autres bienveillants et de bonne volonté, une heureuse année 2020.

VIDEO capturée sur Twitter :)
Vivement 2077, qu'on utilise enfin de vrais moyens industriels définitifs pour nous débarrasser de toutes ces "sales bêtes" qui nous environnent !