mardi 28 juin 2016

Contrôle des femmes, impensé de la violence masculine

Malgré les tueries de masse à répétition dont sont affligés les USA, le contrôle des armes et des gens qui les possèdent est apparemment impossible. Il me paraît intéressant de partager cet écran récupéré sur les réseaux sociaux lors de la tuerie d'Orlando par un terroriste islamiste. Evidemment, il décrit en pastichant ce par quoi passent les femmes qui veulent une IVG dans certains états US, mais il rappelle aussi la fragilité des lois concernant les femmes partout et nous appelle à la vigilance sur nos droits. Des obscurantistes ragaillardis par le retour du religieux se verraient bien nous le retirer. Ils font du lobbying en ce sens : reprendre le contrôle du ventre des femmes les démange.



"Et si nous traitions chaque homme qui veut acheter une arme comme chaque femme qui veut une IVG : période obligatoire d'attente de 48 H, permission parentale, un certificat d'un médecin prouvant qu'il comprend ce qu'il va faire, visionnage d'une vidéo montrant les effets de la violence des armes, et un bâton à ultrasons enfoncé dans l'anus (juste comme ça). Fermons tous les magasins vendant des armes dans tous les états sauf un, faisons-le voyager des milliers de miles en prenant sur ses congés payés, et séjourner une nuit dans une ville inconnue pour acheter son fusil. Faisons le traverser une ribambelle de gens montrant des photos de leur proches tués par armes à feu, des gens qui le proclament meurtrier et le supplient de ne pas acheter cette arme. 
Ce serait plus sensé de faire tout cela avec les jeunes gens qui veulent une arme plutôt qu'avec des jeunes femmes qui veulent un avortement..."

" Les utérus des femmes, plus contrôlés que les armes ! "


Contrôler les femmes, c'est leur grande affaire depuis la nuit des temps. En revanche, contrôler la violence masculine, c'est mission impossible : risque d'émasculation. Cette violence, mélange de rage, de frustration et de sentiment de perte, n'est même pas désignée comme telle, ni comme nuisible à la société. Et comme on ne peut pas lutter contre un impensé, contre un innommé, nous allons subir la violence machiste encore et encore.

Lien pour éviter les faussaires qui mésinforment sur le sujet : Mon corps, mon droit, le site gouvernemental pour tout savoir sur l'IVG.

jeudi 23 juin 2016

Avant comme après le 26 juin : NDDL, c'est toujours NON !

Actualisation 26 juin : les habitants de Loire-Atlantique ont dit oui au transfert ! Back to the sixties.


Le 26 juin, les habitants de Loire-Atlantique sont appelés à voter pour ou contre le transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique existant Sud Loire à Nantes, vers le site de Notre-Dame des Landes (NDDL). De projet inter-régional, d'intérêt national, le vieux projet d'aéroport à NDDL datant du siècle dernier (des années 60, pour accueillir le Concorde) se voit donc rétrogradé en projet départemental, ce nouveau contour convenant mieux au pouvoir qui le soutient. Les sondages leur indiquent en effet que les habitants de Loire-Atlantique seraient favorables au transfert. Piteux.



Comme ce blog a suivi et soutenu le combat des zadistes lors des différentes tentatives d'évacuation dès octobre 2012, combat, je le rappelle, soutenu au début par les seul.es blogosphère et réseaux sociaux, les médias nationaux n'en soufflant mot, je soutiens le NON, alors que je pense que ce référendum est une parodie de démocratie. Au nom des pourtant timides décisions signées lors de la COP 21 à Paris en 2015, au nom de la biodiversité et des espèces endémiques (végétales et animales) qui habitent là, au nom du climat, contre la terraformation que l'espèce humaine inflige à la planète, au nom de la nature que l'hybris patriarcale épuise irresponsablement et sans frein, et plus immédiatement, en tirant les leçons de l'expérience des inondations provoquées par la vitrification des terres, puisque nous transformons depuis des siècles des zones humides et des marais éponges en toiles cirées propices au ruissellement :

Le 26 juin, il faut voter contre ce projet mortifère. 
NON au transfert de l'aéroport de Nantes à Notre-Dame des Landes.



Photo aimablement transmise par @cloudin_bluesky

Si vous ne résidez pas en Loire-Atlantique mais estimez votre avis légitime pour cette consultation, vous pouvez participer jusqu'au 25 juin à la votation citoyenne organisée par Agir pour l'Environnement.

vendredi 17 juin 2016

Harambe : spécisme, racisme et sexisme

Fin mai, au zoo de Cincinnati, un enfant de 4 ans échappe à la surveillance de sa mère et se glisse dans l'enclos du gorille Harambe : les témoins et le public autour se mettent à hurler et gesticuler de frayeur, alors que, dans un premier temps, le singe entoure de son bras les épaules de l'enfant ; de frayeur on imagine, voyant tous ces humains s'agiter, il prend peur et entraîne le petit garçon avec lui à l'écart après lui avoir rajusté son t-shirt et son pantalon. Puis, une balle lui a éclaté la tête. Harambe était un gorille des plaines d'Afrique Centrale et son peuple ne compte plus que 765 individus/personnes animales, dont quelques-unes dans des zoos comme celui de Cincinnati où Harambe, sexe mâle, est né en 1999. Son espérance de vie dans la nature était de 35 ans.


Le réflexe des dirigeant du zoos a été de tirer sur le gorille pour le tuer et délivrer l'enfant. Pas d'essayer de le distraire, de l'éloigner avec une lance à eau, ou des fruits qui pour lui sont des friandises, Harambe, gorille captif depuis 17 ans (âge de sa mort) a été traité comme King Kong, au délit de faciès, alors même qu'il est habitué aux humains depuis tout bébé, et qu'il a sûrement compris à quoi sert sa présence dans cette cage où du public vient le voir et lui lancer des cacahuètes en lui faisant des grimaces. Et notre espèce serait supérieure à la sienne ? D'ailleurs Jane Goodall, primatologue-éthologue planétairement reconnue, rappelant un incident de 1996 où une gorille avait mis en sécurité un enfant humain tombé dans son enclos, a écrit au directeur du zoo pour donner son sentiment : pour elle, Harambe protégeait l'enfant, sans doute possible. Ces primates sont des observateurs subtils, ils ne crient pas, et ne sont pas agressifs, même envers leurs congénères, selon ce passionnant article en anglais. Je précise aussi, que le gorille malgré ses canines et sa carrure  impressionnantes est un pacifique végétarien : tout cela lui sert à impressionner (favorablement) les femelles, les concurrents, pas à mordre ni à déchirer, ni à cogner. Et le personnel du zoo qui développe forcément avec le temps des relations affectives et sociales avec ces singes devrait être préparé à faire face, dans la non violence, à ce genre de situations !

Mais le rôle (problématique) des zoos est de "conserver" une espèce, au besoin sous forme de paillettes de sperme : en effet, Harambe est mort, mais son précieux sperme a été prélevé. La vie selon les zoos !
Le sort des individus au sein d'une espèce ne les intéresse pas. Ils font de la reproduction, en biologistes, en prélevant du sperme, en inséminant à la main des femelles non consentantes, (c'est que des bêtes, n'est-ce pas ?) pas ou peu réceptives, voire réticentes, comme on l'a vu avec les zoos à pandas chinois où ces animaux se reproduisent peu ou pas du tout. Car les animaux veulent choisir : l'insémination est une violence faite à chaque individu. L'élevage, même d'animaux sauvages, les patriarcaux au fond, ne rêvent que de ça : produire de la vie en éprouvettes, éliminer les aléas de la rencontre, du choix. Faire confiance à un animal libre, et à la nature, ils n'en veulent pas, ils préfèrent des banques de sperme et d'ovocytes. D'ailleurs la colonisatrice et invasive espèce humaine n'a pas l'intention de leur laisser de place : les espèces animales disparaissent d'abord de la destruction de leur habitat par l'espèce humaine, et ensuite du braconnage, puis pour le plaisir (chasse), pour la viande et enfin, pour... les zoos.

Après le spécisme, le racisme et le sexisme

Cette tragique histoire ne s'arrête pas là : les réseaux sociaux s'enflamment à propos de la mort d'Harambe, et, comme pour le meurtre de Cecil le lion dont j'ai parlé dans ce billet, mettent en accusation la mère du garçon qui a indirectement provoqué la mort du gorille. Les nom, photo et facebook de cette femme sont dévoilés et le bashing commence. Je crois qu'on peut même parler de lynchage social ! Sauf qu'il y a des différences entre le dentiste chasseur de lions (dont je n'approuve pas non plus le lynchage social) et la mère du petit garçon : l'un est un chasseur blanc capable de débourser 50 000 dollars pour une chasse au trophée dans le monde Tiers, et la mère de famille, femme noire, est elle, juste capable de débourser le prix d'entrée du zoo de sa ville pour elle et son enfant. Et elle ne tenait pas le fusil qui a tué Harambe ! Quand elle a déposé plainte contre le zoo, elle a été traînée dans la boue : en gros, elle fait des enfants, mais est incapable de les surveiller. Nulle évocation du père (?) et de son éventuelle responsabilité, il faut être deux pour faire un enfant, mais comme toujours en patriarcat, il y a aux femmes injonctions paradoxales : prière de donner la vie, mais ensuite on s'empresse de leur tomber dessus quand les choses ne vont pas comme ils veulent ! On ne reproche jamais rien aux pères. Racisme et sexisme. Après le spécisme dont a été victime Harambe.

J'ai eu honte pour les défenseurs des animaux, quand j'ai vu déferler la haine contre cette femme. Soyons claires, la cause des animaux, sujet éminemment juste, noble et politique, ne sera pas crédible tant que ses défenseurs (pro-animaux et véganes) se laisseront aller à de telles exactions, teintées de racisme et de sexisme. On ne peut pas défendre l'antispécisme (et Harambe a été victime des préjugés de notre espèce envers la sienne, donc de racisme spéciste, à ce titre le zoo ne lui a laissé aucune chance, c'est évident, son droit à la vie a été bafoué, comme avant son droit de vivre libre) en s'autorisant le sexisme et le racisme. Ou alors, c'est montrer qu'on n'a pas compris que l'un précède et  procède des deux autres. Et dans ce cas, notre combat devient illisible. Et la cause des animaux que nous défendons en pâtit.

Je préfère me battre pour un monde débarrassé du racisme, du sexisme et du spécisme, où les animaux seraient considérés comme d'autres nations autonomes, à qui nous laisserions la place qui leur revient (ils étaient là avant nous, pour la plupart) en arrêtant d'empiéter sur leurs territoires, un monde où les femmes seraient libres de leur destin, notamment reproductif, libres d'avoir ou pas des enfants, libres de se réaliser autrement, et d'un monde où l'espèce humaine serait en paix avec elle-même et avec ses voisins de planète. Où, du coup, les zoos animaux seraient une horrible relique du passé, tout comme les zoos humains le sont devenus, il y a moins d'un siècle.

jeudi 9 juin 2016

Euro 2016 : rien a foot !

Autant vous prévenir, ce billet va pourrir l'ambiance de grande camaraderie euphorique du moment ! Après Roland Garros (Finale hommes, le must), pendant le Tour de France 100 % hommes et ses inénarrables scandales de dopage, on va se manger du foot pendant un mois. Hurlements masculins dans les pubs Carrefour et tous autres épiciers (cible : les ménagères de moins de 50 ans, mais elles sont supposées sans concertation être des soccer moms), et dans les jingles des radios et télés, jeux de ballons dans les espaces publics déjà suroccupés par les garçons, discussions masculines autour de la machine à café dans votre boîte, inévitablement phagocytées par le foot, et même pire, coups et violence masculine dans certains foyers, si l'équipe de Monsieur a perdu Madame servant d'exutoire aux frustrations de certains. A ce propos, il y a en ce moment une campagne de prévention largement passée inaperçue et qui a été peu relayée par les médias.


Dans le même temps, commentaires ad nauseam sur les déclarations débiles de footeux milliardaires aigris (ou carrément dingue à enfermer sous largactyl dans le pavillon des agités d'un HP, mais interviewé par Le Monde) qui se prennent pour des intellectuels moralisants alors qu'ils jettent de l'huile sur le feu, et puisque nous sommes en état d'urgence et que le risque d'attentats est élevé, forces de police accaparées par le tournoi, c'est autant qui ne seront pas libres pour les agressions de rues et les femmes battues. Mais place à "la fête et à l'émotion" à base de drapeaux et d'hymnes nationaux. Valeur véhiculée : la compétition, valeur virile de "modèles exclusifs de joueurs masculins surpayés" ! Alors qu'il est plus urgent de promouvoir la coopération.

Les femmes feront semblant de s'intéresser pour ne pas casser l'ambiance, et parce qu'au fond, elles sont otages des hommes de la famille. Celles qui n'y comprennent rien ou ne veulent pas en entendre parler se contenteront du vieux poste de télé pour d'autres programmes, pendant que les mecs, eux, regarderont les matches sur le home cinéma neuf acheté pour l'occasion ! Je ne plaisante pas, j'en connais. Les sports féminins (et les sportives auxquelles les femmes pourraient s'identifier) ne sont pas ou peu relayés : pas intéressants selon les hommes, discours patriarcal méprisant pour garder le pouvoir et l'argent, les ressources n'étant pas illimitées, les femmes se contentent de pauvres restes. Vous l'avez compris, le foot masculin, proue avancée du patriarcat et de ses agents, parasite de précieuses ressources.

Si choisissez de délaisser la télé et le foot, il y a plein d'autres choses à faire : tiens, au hasard, du sport par exemple ! Les femmes font du sport, pour la forme et le plaisir avant tout. Elles sont même majoritaires dans pas mal de disciplines : gymnastique, danse, équitation et marche, pour n'en citer que quelques unes. Et lire pour se muscler le cerveau (indispensable aussi) : Michalon Editeur publie le 7 juillet prochain, ce livre de Fabienne Broucaret, journaliste et blogueuse : elle y propose un tour de France du sport au féminin, la 4ème de couverture qui met l'eau à la bouche est à lire sur le site de l'éditeur.


Et puis, si le sport vous gonfle et que vous n'y voyez aucun intérêt, il y a plein de suggestions de lecture dans la sidebar de mon blog.
Bonnes lectures à toustes. Parce qu'il y a évidemment des mecs qui n'aiment pas non plus le foot et qui ne sont intéressés ni par la compétition, ni par les grandes célébrations viriles.

dimanche 5 juin 2016

Comment lancer votre groupe féministe

Pour mes plus jeunes lectrices... et même les moins jeunes !



Comment lancer vos propres groupes et réunions féministes ?
- Réservez un lieu où vous serez en sécurité et tranquilles :  le living-room de vos parents, le sous-sol de vos meilleures amies, la bibliothèque de votre école, votre bar / pâtisserie locale...
- Réunissez un groupe de filles cools (et de garçons pro-féministes*)
- Apportez des petites choses à manger (très important)
- Discutez de ce que le féminisme signifie pour vous, et pourquoi c'est important
- Discutez de choses personnelles, partagez des conseils (sur le travail / le relationnel / la politique)
- Ne bavardez pas et ne discutez pas de questions personnelles en dehors des réunion de votre groupe
- Ne vous interrompez pas les unes les autres
- Tenez-vous informées les unes les autres ; choisissez-vous un sujet : sciences, événements en cours, environnement, tenez-vous informées par toutes les sources possibles et apprenez sur les sujets que vous ne connaissez pas des autres filles (et des garçons pro-féministes*)
- Rencontrez-vous une fois par semaine pour garder votre élan et prendre des nouvelles initiatives
- Partagez et explorez des idées créatives sur les façons dont vous pouvez faire prendre conscience du féminisme, du sexisme, et tous les sujets que vous trouvez importants pour vous et votre groupe.
- Adoptez ces idées, promouvez-les et mettez-les en actes.

Je rajouterai : il vaut mieux être un petit groupe de personnes impliquées et déterminées que de vouloir accueillir tout le monde, au risque de perdre la motivation et l'identité du groupe. Si vous vous organisez en association, réfléchissez bien à vos buts et objectifs : s'ils sont trop larges, vous vous perdrez en route. N'hésitez pas non plus à demander les conseils de féministes seniors : elles ont de l'expérience, leur conseils seront précieux. Si vous êtes en non-mixité, tenez-vous à une stricte parité. Dans tous les cas, les garçons, (forcément minoritaires) n'ont pas à prendre le pouvoir ni à monopoliser la parole. Si vous décidez d'organiser une marche de nuit, elle sera obligatoirement non mixte, sinon, vous en perdrez le sens qui est de se réapproprier la rue et l'espace public, ces territoires masculins. Les garçons, si vous en accueillez, vous fabriqueront vos banderoles et contribueront à vos slogans, leur participation devra s'arrêter là, ils comprendront. Ils n'ont même pas à assurer votre service d'ordre, vous l'assurerez de façon autonome, entre femmes, c'est une question de cohérence.
* Vous pouvez aussi choisir la non-mixité pour votre groupe : ça se discute mais elle se justifie aussi très bien.


Girl-gangs
Nous sommes tout le monde, nous sommes partout.
Nous répondons collectivement au harcèlement et aux attaques, nous somme solidaires les unes des autres.


samedi 28 mai 2016

La politique sexuelle de la viande

"Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour et que vous essayez de faire vôtres, jusqu'à vous en rendre malade et à en crever, en silence encore ? " 
Audre Lorde - Citée dans La Politique sexuelle de la viande



Une théorie critique féministe végétarienne, par Carol J Adams vient de paraître en français, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Danielle Petitclerc chez L'âge d'Homme.
Préfaces d'Elise Desaulniers et de Nelly McKay
Je reproduis ici avec sa permission la préface d'Elise Desaulniers, Le sang des autres, puisque j'ai déjà écrit il y a 6 ans un précédent billet sur cet ouvrage, non traduit à l'époque.

" La première fois que j'ai vu La Politique sexuelle de la viande de Carol J Adams, je parcourais les rayons d'une librairie de livres d'occasion. La couverture mauve détonnait parmi les classiques de la question animale. Je l'ai pris pour le reposer aussitôt : n'y avait-il pas plus urgent et plus important à lire que les élucubrations d'une féministe ? Il faut dire que j'avais depuis longtemps rangé le féminisme aux côtés des théories marxistes, dans le tiroir des utopies qui avaient fait leur temps et perdu de leur pertinence en jaunissant. Quelques années plus tard, je regrettais mon geste irréfléchi. J'écrivais sur les vaches laitières inséminées de force, séparées de leurs veaux à la naissance, contraintes de donner leur lait à la trayeuse, elles sont envoyées à l'abattoir après avoir été utilisées comme de pures machines pendant quatre ou cinq ans. Je me souviens même d'avoir écrit la phrase "les vaches sont exploitées parce qu'elles sont des vaches". Le parallèle avec la situation des femmes devenait troublant. Je me suis rappelé ce livre à la couverture mauve et l'ai commandé. Neuf.

Carol J. Adams est née en 1951. Après avoir grandi dans une famille ouvertement féministe, elle a lu les grandes théories des années soixante et soixante-dix qui s’écrivaient sous ses yeux. Elle l’avoue, elle était féministe bien avant de réfléchir à la question animale. Ce n’est que durant sa maîtrise en théologie à Yale qu’elle est devenue végétarienne. Ce soir-là, elle pleurait la disparition de son cheval mort dans un accident de chasse en mangeant un hamburger. Elle eut alors une sorte de révélation: «je mange une vache morte. » Dans les semaines qui suivent, les choses se précipitent. «Je prenais conscience que mon féminisme et mon végétarisme étaient étroitement liés […] : le patriarcat qui rend possible la violence faite aux femmes perpétue aussi l’exception humaine qui rend possible l’exploitation des autres êtres 1

Adams mettra plus de quinze ans à écrire son premier essai La Politique sexuelle de la viande. Mais ce long processus aura porté ses fruits : l'ouvrage constitue un colossal travail de recherche où les références sociales et historiques se mêlent aux analyses littéraires (Mary Shelley, Brigid Brophy, Margaret Atwood, Colette...). Tant par sa rigueur que par l'originalité de son propos, La Politique sexuelle de la viande mérite amplement sa place parmi les classiques du féminisme et de l'animalisme. Depuis vingt-cinq ans, Carol J Adams a publié des dizaines de livres et d'articles, en plus de militer activement pour la justice sociale, contre la violence conjugale, le racisme et la violence faite aux animaux. Cette traduction de La Politique sexuelle de la viande comble donc une lacune éditoriale importante en la rendant accessible aux lectrices et aux lecteurs francophones. A ce jour, c'est aussi la première oeuvre de Carol J Adams à être publiée dans la langue de Simone de Beauvoir.


Lire Carol J Adams m'aura permis de confirmer mes intuitions et d'approfondir ma réflexion sur l'analogie entre la viande et l'identité masculine. Ce livre rapporte minutieusement comment le concept de masculinité s'est d'abord construit sur deux axes : la viande et le contrôle du corps des femmes. Ces deux formes de violence que sont la violence sexuelle et la consommation de viande ce retrouvent dans ce qu'Adams nomme le référent absent : pour que la viande puisse exister, les animaux doivent être absents. De la même manière, les femmes doivent disparaître pour qu'on puisse exploiter leur corps. Elle explique simplement : "La manière dont la pornographie nous renvoie un message sur l'identité des femmes correspond à la manière dont la culture de la consommation de viande parle de ce que sont les animaux -et non de qui ils sont." 2. La vie ou les préférences des animaux sacrifiés pour des merguez ou des hot dogs doivent être occultées pour ne pas se couper l'appétit. La vie et les préférences des filles qu'on regarde se faire humilier sur le web ou à qui on envoie des dick pics aussi.

FÉMINISME ET VÉGÉTARISME : UNE HISTOIRE COMMUNE

En lisant Adams, ce qui me paraissait jusqu'alors banal devenait soudainement saillant. Je voyais les signes de la politique sexuelle de la viande aux quatre coins de ma ville : dans le numéro "spécial hommes" d'un magazine de cuisine rempli de bacon et de barbecues, dans les grils où des serveuses juchées sur des talons hauts et portant micro jupes et
T-shirts moulants nous reçoivent, dans la bouche des humoristes qui aiment bien rappeler que la salade, c'est pour les madames. J'ai aussi été frappée du point auquel le rôle des femmes dans le mouvement animaliste avait été oublié, voire occulté. Tout au long de La Politique sexuelle de la viande, Carol J Adams montre comment le refus de la viande apparaît dans les écrits des femmes avec des personnages féminins qui s'émancipent du patriarcat et gagnent leur autonomie dans une reconquête de leur corps et de leurs rapports aux animaux. Mais on ne rencontre pas seulement ces héroïnes dans les romans : depuis le 19ème siècle au moins, l'histoire du mouvement animaliste se conjugue d'abord au féminin.

En effet, pour la plupart d'entre nous, l'histoire des animaux se résume aux réflexions de quelques Grecs, d'une poignée d'Européens au 18ème siècle, puis de perspicaces étudiants d'Oxford dans les années 1970. Combien de fois ai-je lu que Peter Singer était le père de la libération animale ? Pourtant de nombreuses femmes ont écrit et milité pour mettre fin à l'exploitation animale. Des femmes qui étaient aussi souvent des militantes féministes. Comme le remarque Carol J Adams, "les grands mouvements de l'histoire féministe et les figures majeures de la littérature des femmes ont uni le féminisme et le végétarisme de manière à marquer une continuité, non une discontinuité."3


Déjà en 1907, on écrit dans le journal de la Vegetarian Society qu'"il est intéressant de voir comment le végétarisme est lié aux mouvements progressistes. Un certain nombre de leaders du mouvement des suffragettes sont végétariennes".4 Une quinzaine d'années plus tard, la féministe anarchiste d'origine polonaise Sophie Zaïkowska fonde à Paris un premier foyer végétalien. Pendant ce temps, à Londres, c'est la Suédoise Lizzy Lind af Hageby qui s'inscrit dans une école de médecine pour mieux comprendre la vivisection. Après avoir assisté à une expérimentation, elle accuse, appuyée par une collègue, le chercheur d'avoir disséqué un chien sans anesthésie. Le médecin, outré, poursuit les deux femmes pour atteinte à sa réputation et gagne sa cause. Les militantes anti-vivisection répliquent en faisant ériger une statue à l'effigie du terrier sacrifié. L'affaire qui s'ensuit divise le pays -c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la Brown Dog Affair. D'un côté, les suffragettes qui lient l'oppression des femmes à celles des animaux. De l'autre, les étudiants en médecine qui défendent leur droit à la vivisection et condamnent les animalistes pour leur sensiblerie et bien sûr... leur hystérie.

Pour Hageby, c'est De l'origine des Espèces de Darwin un demi-siècle plus tôt qui a donné son envol au mouvement pour le droit des animaux. Elle a "provoqué la désintégration de l'ancienne idée anthropocentrique de l'homme" en plus de montrer, par la parenté physique entre tous les êtres vivants, que "nous avons la responsabilité de protéger des abus de pouvoir, des mauvais traitements, de cruauté et d'abus toutes les créatures qui partagent nos nerfs, notre sang et notre chair". Elle ajoute que "le mouvement pour une plus grande liberté des femmes, pour leur affranchissement, leur accès aux études supérieures et aux professions, de même que pour l'élimination des incapacités juridiques sont l'application de cette prise de conscience de la solidarité et de la parenté entre tous les êtres vivants." 5 C'était il y a cent ans : Hageby avait tout compris.



NON, CE N'EST PAS MAL D'AVOIR DES ÉMOTIONS

Il ne fait aucun doute que le mouvement pour les droits des animaux s'est essentiellement construit grâce au militantisme de plusieurs générations de femmes qui reconnaissent leur propre sang dans celui qui coule des bêtes. Pourtant, c'est un mouvement qui trop souvent encore tourne le dos au féminisme pour chercher à valoriser des méthodes et une imagerie masculine. Combien de fois les activistes sont-elles accusées d'être trop émotives et anti-intellectuelles et invitées à utiliser des arguments "sérieux" ? Dans Women in the Animals Rights Movement d'Emily Gaarder, une femme raconte qu'elle s'est tournée vers l'utilitarisme pour donner une structure à ses propos et éviter de parler de ses émotions. Combien de fois m'a-t-on félicitée pour mes livres "argumentés de façon rationnelle et qui ne tombent pas dans le sentimentalisme" ? Dans notre société patriarcale, les émotions ne sont pas prises au sérieux. C'est bien ainsi que le système dominant fonctionne : en ridiculisant tout ce qui conteste son empire. La défense des animaux ne peut être qu'une affaire de raison.

Pourtant, nombreux sont celles et ceux qui sont devenus véganes après avoir été choqués par une vidéo d'abattoir, après avoir fait le rapprochement entre leur amour pour leur chat et la détresse des poules dans les élevages et encore, comme Carol J Adams il y a quarante ans, entre l'amour pour un cheval et la mort des vaches. Le système est maintenu en place en masquant une réalité qui ne peut qu'émouvoir. Le fond du problème, et Carol J Adams le montre bien, c'est la domination patriarcale. Parce que la viande est un symbole masculin, l'enlever de la table transforme les relations de pouvoir. Lorsqu'on refuse de servir de la viande aux hommes et qu'on en appelle à l'abolition de l'élevage, on défie les structures établies en insistant sur notre propre subjectivité et celles des autres animaux. Il ne suffit pas de promouvoir le véganisme : voilà ce que j'aurais appris en lisant Adams et ses consœurs -et je pense en particulier à ces auteures qui comme Lori Gruen, Breeze Harper, Marti Kheel ou Pattrice Jones, réfléchissent à l'intersectionnalité des oppressions. Les militantes et militants pour les droits des animaux ont besoin du féminisme pour mettre à plat les structures qui déterminent l'oppression des animaux.

Depuis toujours, les systèmes d'oppression tentent de nous faire taire. En nous reléguant aux fourneaux, en nous refusant le droit de vote, en nous mutilant, en nous enfermant, en remettant en cause notre parole lorsqu'on dénonce une agression ou en inondant le Web et nos boîtes de courriels de commentaires sexistes. Militer, que ce soit sur la place publique ou dans une cuisine, c'est refuser le silence qui nous est depuis toujours imposé. Le mouvement animaliste a été et doit continuer à être féministe. Plus que jamais, il a besoin du féminisme pour prendre sa place et s'épanouir. On en peut que remercier Carol J Adams de nous le montrer avec tant de rigueur et de compassion. "
Elise Desaulniers,
Montréal et Vancouver, avril 2016

1.Which came first, https://vimeo.com/152899198



Les images illustrant l'article sont toutes issues de compagnies ou de campagnes françaises de publicité : Poulets de Loué, CNIEL, Petit Basque, et deux publicités régionales de 2015 : un restaurant à Rennes et un 4X3 en région parisienne. Elles peuvent être agrandies en cliquant dessus. 

vendredi 20 mai 2016

Borsalino ou Fedora ? Une histoire de chapeau

En surfant sur des sites internet féministes je suis tombée sur une campagne "Fedora" sur le site Vegan Feminist Network et ça m'a donné envie de creuser. L'article renvoie vers le wiki d'un site de geek féminism où l'histoire est racontée en anglais. Je n'ai plus eu qu'à chercher. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à trouver des images, vu l'état d'oubli où notre herstoire est reléguée.


Le feutre mou, chapeau feutre, donc, avec gros grain contrasté en bas de coiffe, bord large, pourvu de trois creux, un sur le dessus et deux sur l'avant (*), appelé aussi Borsalino, marque déposée du fabricant italien dont le nom a phagocité le produit, est à l'origine appelé Fedora : j'ai visité une boutique de chapelier pour ma documentation, celui-ci m'a tout à fait confirmé ce nom générique. Mais il faut être un professionnel du chapeau pour le savoir. Voici l'histoire du Fedora : comment un chapeau d'homme peut-il porter un prénom de femme ? C'est encore une histoire d'effacement des femmes.

Pour tout le monde le feutre est l'emblème de la coiffure masculine : selon les montages photos ci-dessous le feutre (classy as fuck, hyper-classe) se porte impérativement avec le costume, comme le font Sinatra, James Stewart, Cary Grant et Humphrey Bogart, ces icônes par excellence de l'élégance masculine ! A moins que vous ne soyez Indiana Jones, puisque qu'on sait désormais que toute règle a ses exceptions ! Il garde aussi sa superbe porté par l'aventurier suant en débardeur et jean. Faites gaffe quand même à la faute de goût, tout le monde n'est pas gaulé, ni photographié et cadré, comme Harrison Ford !






Mais puisque je vous sent bouillir d'impatience, voici son origine, version HERstory, la bonne version :
En 1882, Victorien Sardou auteur de pièces de Théâtre propose une pièce de star à Sarah Bernhardt. Une pièce de star est comme un film de star (La Reine Christine pour Greta Garbo, typiquement) : une pièce écrite exprès, rien que pour la talentueuse Sarah Bernhardt ! La pièce, espèce de drame policier, s'appellera Fedora, elle sera même adaptée en 1898 en un opéra en trois actes. Pour le rôle, la très prescriptrice Sarah Bernhardt se coiffe d'un feutre mou qui fera fureur, et lui sera piqué par les élégantes de l'époque qui toutes veulent leur "Fédora"! L'histoire aurait pu s'arrêter là, et le chapeau disparaître comme plein d'accessoires de mode ont disparu, sauf que les suffragistes, ces féministes qui revendiquent l'égalité des droits civiques avec les hommes, vont adopter le fédora comme signe de ralliement. Toutes les féministes en fédoras !


Après, on a un blanc radio et image : ce qui a dû se passer à mon avis, c'est qu'un mec, Oscar Wilde (écrivain irlandais au moins aussi prescripteur que Sarah Bernhardt) qui me paraît être le principal suspect dans cette sombre affaire, a dû adopter le chapeau. Figurez-vous qu'on ne trouve plus sur Google une seule image de Sarah Bernhardt coiffée de son feutre fédora, en revanche Google vous ramène Oscar Wilde qu'on confondrait presque avec elle, tellement tous deux avaient un physique d'ange androgyne.

Ce chapeau ne garde plus de son origine que son nom, "fédora", pour prouver qu'il est un chapeau de femme, il n'y a d'ailleurs plus que les chapeliers pour s'en souvenir. Eh oui, les mauvais garçons en Borsalino, vous portez un chapeau de gonzesses ! Le génie primaire des hommes, c'est celui-ci : usurper les inventions des femmes. Je pense sérieusement que les femmes ont inventé tout ce qui est utile à l'humanité : la médecine et la pharmacie, les rites funéraires, les mathématiques et les statistiques, la sédentarisation donc les villes, l'agriculture (hors  élevage, cette domestication / exploitation des animaux par des bédouins nomades), les variétés cultivées de blé et des autres céréales, et le pain. Les hommes, trouvant que c'était bien, se sont emparés de ces découvertes, les ont industrialisées puis, au fil du temps, se les sont attribuées, effaçant les femmes à l'origine de l'invention. L'effacement des femmes de l'HIStoire, cette plaie affectant l'humanité, illustré par le fédora, le sujet n'est pas anodin, d'autant qu'il était devenu un symbole féministe. Peut-être leur fallait-il spolier de ce chapeau en l'adoptant pour eux, les féministes honnies ? Opération réussie, en tous cas.

Je n'ai pas encore trouvé mon fédora mais je vais le chercher. Il sera gris ou marron ou de couleur plus vive, il sera en laine bouillie (feutre) sans poils de lapins pour l'imperméabiliser (!). Dans tous les cas, on ne le porte pas sous une pluie battante ! Selon le chapelier que j'ai consulté, il se porte droit, un centimètre au-dessus des oreilles, et ses trois creux doivent être visibles, autrement, c'est signe qu'il est trop grand. (*) Enfin, ne pas le confondre avec le Trilby, qui est au fédora ce que le chien est au loup, selon les puristes.

vendredi 13 mai 2016

Harcèlement sexuel : Baupin et consorts


Revoici une "affaire" de harcèlement sexuel en milieu politique, et tout le monde tombe des nues ! Mais pourquoi ne parlent-elles pas ? Refrain habituel. Omerta, loi du silence, réellement ? Quand on fouille un peu dans les témoignages, on s'aperçoit que les victimes parlent : elles se font des confidences les unes aux autres, elles alertent la hiérarchie, une témoigne avoir balancé une baffe à l'agresseur, l'autre s'entend répondre "ah, il a recommencé !", des propositions de commissions pour examiner le sujet "au sein du parti" ont été faites... sans suite. Delphine Batho explique tranquillement sur un plateau télé que "Baupin n'étant plus dans le parti vert, ses soutiens le lâchent", donc si loi du silence il y a, c'est du côté des complaisants et des complices qu'elle est.
On est en fait dans une inertie de la société face à ce fléau : pays de la gaudriole, des blagues gauloises, où on met les rieurs de son côté en tournant en dérision celles qui n'ont jamais été harcelées, et qui auraient bien aimé l'être (Martine Aubry ou Angela Merkel, par exemple, cibles de Nicolas Canteloup sur Europe1, femmes repoussoirs masculinisées parce que fortes et puissantes), le paternalisme condescendant fait des ravages.

D'ailleurs les dinosaures patriarcaux arrivent à la rescousse de la forteresse assiégée : Pierre Lellouche UMP/LesRépublicains déclare à un journaliste de RTL dans les couloirs de l'assemblée :
"Je commente l'international, les choses sérieuses, pas les histoires de bonnes femmes" !
Inversion de la charge : c'est en réalité une affaire de bonshommes et de leurs soi-disant "pulsions sexuelles" en folie, selon la légende qui marche du feu de dieu et qui leur fournit leurs alibis pourris depuis toujours.
Bernard Pivot sur son compte Twitter (il a retiré le tweet depuis devant les réactions choquées de ses abonnés, et a présenté des excuses) y va de sa remarque voulue spirituelle dont on peut voir ici une capture d'écran (impitoyable Internet !), et enfin, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, réagit à la remarque de Cécile Duflot : "Des Denis Baupin, il y en a pas mal à l'Assemblée" :
article à lire sur le site du Lab Europe1.

Jouer les innocents aux mains blanches injustement accusés par de supposées harpies revanchardes est supposé marcher bien sur l'opinion, même si Cécile Duflot a été secrétaire nationale des Verts et qu'il est difficile de croire qu'elle n'était au courant de rien.

Déposer des plaintes et des signalements n'est en général pas suivi d'effet : je l'ai fait moi-même une fois (hors les signalements aux DDTE -inspections du travail- de discriminations sexistes jamais suivis non plus) à la DASS de la Mayenne au sujet d'un directeur harceleur d'un de leurs établissements que j'ai quitté au bout de 7 jours et où je m'étais fourvoyée ; je n'ai rien à faire dans un établissement médico-social sauf à y gâcher mes talents commerciaux, mais quand on est au 36ème dessous on se signale ainsi aux prédateurs qui n'attaquent que les femmes réputées sans défense, ce que je ne suis pas, mauvaise pioche. Je n'ai même jamais reçu d'accusé de réception à mon signalement ! Pierre Lellouche est bien le porte-parole de toutes les administrations où on n'en a que faire des "histoires de bonnes femmes" ! Circulez, on a tant de dossiers autrement plus sérieux qui accaparent notre temps de travail ! Tout est normal, ce sont des jeux de séduction toutes ces mains au cul, ces plaquages au mur, ces pincements de seins, les insultes dans la rue, les claquements d'élastiques de slips : c'est juste parce que vous êtes belles et désirables ! Pensez à toutes celles qui n'ont jamais reçu ce genre "d'hommages" !

Trève de boniments et de justifications foireuses. La réalité est la
suivante : on n'est en aucun cas dans des jeux de séduction ni des jeux sexuels, ce sont des affirmations de la terreur machiste que les hommes imposent aux femmes, des jeux de pouvoir excluants qui réaffirment la suprématie masculine dans les lieux où ils estiment que les femmes ne sont pas légitimes, si elles veulent y être tolérées, elles doivent en accepter les "traditions" et "bizutages" mâle-traitants qu'ils croient être en droit de s'infliger et d'infliger aux autres. Je laisse la conclusion à Laurence Rossignol devant l'Assemblée ce mercredi 11 mai 2016, exprimant les ravages de leur comportement irresponsable :


Laurence Rossignol : "Le harcèlement pourrit la... par publicsenat
(Si la vidéo ne marche pas -merci Dailymotion et/ou PublicSénat-, cliquer sur le lien au-dessous pour la visionner)
Pétition à signer : Violences sexuelles en politique : Levons l'omerta !
Un rappel de l'affaire Jean-Michel Baylet, le troisième sur l'image en tête d'article.
Mise à jour 13/5/16 13H50
Décidément, ils ne comprennent rien !
"Se prendre une "Baupin" la nouvelle blague en vogue à l'Assemblée Nationale" 

samedi 7 mai 2016

Bitch Planet : les femmes NC -non conformes- en exil



Mais elles vont se rebeller. Je viens de lire cette BD que m'a envoyé l'éditeur *. Dans ce manga dystopique non situé dans le temps, un pouvoir dictatorial masculin règne sans partage sur la Terre. Les femmes jugées non conformes -NC- par les hommes sont parquées dans un bagne en orbite autour de la planète, en vue d'y être "rééduquées". Une société d'apartheid, en somme, qu'on trouve déjà, faut-il le préciser, dans pas mal de sociétés masculines ici et maintenant sur terre. La seule femme "conforme" est un hologramme rose qui assène aux prisonnières les éléments de leur rééducation. Société du spectacle oblige, des tournois meurtriers sont organisés et retransmis à la télévision. Mais une femme va se rebeller contre la dictature masculine et entraîner ses compagnes.




Il s'agit d'un manga, au magnifique graphisme et un scénario authentiquement féministe universel. Bien que je ne sois pas régulièrement lectrice de BD ni de mangas, je reconnais que celle-ci m'a bien plu. On y trouve ce genre de réplique féministe :



La scénariste est une femme Sue Deconnick et le dessin est d'un homme, Valentine De Landro. Une idée du graphisme de l'album avec cette planche :




Une bonne histoire dont l'héroïne est une femme noire (et la BD, c'est généralement des héros masculins blancs) dont on attend avec impatience la suite dans un ou plusieurs futurs albums, des bonus sous forme de fausses pubs hilarantes, une longue interview des deux auteurs, une liste de femmes non conformes, issues de l'HIStoire qui auraient été exilées à coup sûr sur Bitch Planet (la "salope" Simone de Beauvoir, l'"impudente" Olympe de Gouges, la "païenne" Hypatie, la "folle" Camille Claudel... avec leurs courtes notices biographiques), plus une histoire des héroïnes de la culture pop issues de la BD, des séries télé et du cinéma, et des "témoignages de meufs" en fin d'album, un vrai régal ! C'est un bel album empowering et qui fait du bien à la tête.











Quelques liens vers des critiques :
Le blog de France TV info
Le Point Pop
Interview de Sue Deconnick chez ComicsBlog
Le Facebook de Glénat Comics
En portugais, des femmes avec des tatouages NC empowering
Bitch Planet Vol 2 (à paraître en anglais)

* Il semble qu'en effet, mon blog me fasse percevoir comme influente, puisque l'éditeur Glénat m'a proposé spontanément l'envoi de sa BD en faisant, sans doute, des recherches sur Internet. L'album m'est donc parvenu gratuitement, mais je ne suis bien sûr pas payée pour en faire la critique. Je ne suis d'ailleurs pas critique littéraire, mais blogueuse. Je partage donc volontiers puisque ce manga m'a vraiment plu et qu'il est dans mon sujet. Je ne gagne pas d'argent avec mon blog -il n'y a pas de pub dessus- il me coûte généralement plutôt en achat de livres, c'est mieux de préciser. D'ailleurs, vu que mon sexismomètre est réglé sur zéro, je suis nettement NC, et en partance pour Bitch Planet, si une dictature patriarcale arrivait. Mais n'est-elle pas déjà advenue ?
Un clic sur les images pour mieux les voir ou les lire.

samedi 30 avril 2016

Nina et les fils de

Cette semaine, je volontiers donne un petit coup de pouce à un jeune groupe de rock qui vient de naître et qui prépare un premier album "Maintenant qu'on en parle". Illes m'ont envoyé leur première chanson éponyme. Je la publie d'autant plus volontiers que le thème de cette première chanson est féministe. Nina chante en tenue de Rosie the Riveter et brandit un clé à molette (une sorte de nouveau gang de la clé à molette ? :))

Voici ce que m'écrit Nina dans sa présentation :
" Parole contre colère, c'est ce qui m'a le plus motivée dans l'écriture. Il fallait que je transforme cette colère qui m'a toujours habitée. J'ai été élevée dans un famille de femmes, dans une histoire familiale empreinte de combats ...on a traversé tellement de luttes en trois générations ! La seconde guerre mondiale, la colonisation, la guerre d'Algérie, la lutte pour les droits des homosexuels, la société de consommation... "



Moi aussi, j'aimerais bien montrer mon cul comme les plombiers "
Longue vie à Nina et les fils de !


PS qui n'est pas totalement hors-sujet - Il n'y avait pas que l'icône Rosie la Riveteuse, parmi ces milliers de femmes qui contribuèrent à l'effort de guerre américain pendant la seconde guerre mondiale, et qui ont été renvoyées à leur foyers à la fin en 1945,  j'ai trouvé cette semaine "Winnie, the Welder" (Winnie, la soudeuse), photographiée ici en 1943. Poke aux Chantiers STX de Saint-Nazaire et à la DCN de Cherbourg, bastions mâles s'il en est : la soudure est un travail de haute précision. On se demande pourquoi il est à ce point entre les mains des mecs !