vendredi 20 mai 2016

Borsalino ou Fedora ? Une histoire de chapeau

En surfant sur des sites internet féministes je suis tombée sur une campagne "Fedora" sur le site Vegan Feminist Network et ça m'a donné envie de creuser. L'article renvoie vers le wiki d'un site de geek féminism où l'histoire est racontée en anglais. Je n'ai plus eu qu'à chercher. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à trouver des images, vu l'état d'oubli où notre herstoire est reléguée.


Le feutre mou, chapeau feutre, donc, avec gros grain contrasté en bas de coiffe, bord large, pourvu de trois creux, un sur le dessus et deux sur l'avant (*), appelé aussi Borsalino, marque déposée du fabricant italien dont le nom a phagocité le produit, est à l'origine appelé Fedora : j'ai visité une boutique de chapelier pour ma documentation, celui-ci m'a tout à fait confirmé ce nom générique. Mais il faut être un professionnel du chapeau pour le savoir. Voici l'histoire du Fedora : comment un chapeau d'homme peut-il porter un prénom de femme ? C'est encore une histoire d'effacement des femmes.

Pour tout le monde le feutre est l'emblème de la coiffure masculine : selon les montages photos ci-dessous le feutre (classy as fuck, hyper-classe) se porte impérativement avec le costume, comme le font Sinatra, James Stewart, Cary Grant et Humphrey Bogart, ces icônes par excellence de l'élégance masculine ! A moins que vous ne soyez Indiana Jones, puisque qu'on sait désormais que toute règle a ses exceptions ! Il garde aussi sa superbe porté par l'aventurier suant en débardeur et jean. Faites gaffe quand même à la faute de goût, tout le monde n'est pas gaulé, ni photographié et cadré, comme Harrison Ford !






Mais puisque je vous sent bouillir d'impatience, voici son origine, version HERstory, la bonne version :
En 1882, Victorien Sardou auteur de pièces de Théâtre propose une pièce de star à Sarah Bernhardt. Une pièce de star est comme un film de star (La Reine Christine pour Greta Garbo, typiquement) : une pièce écrite exprès, rien que pour la talentueuse Sarah Bernhardt ! La pièce, espèce de drame policier, s'appellera Fedora, elle sera même adaptée en 1898 en un opéra en trois actes. Pour le rôle, la très prescriptrice Sarah Bernhardt se coiffe d'un feutre mou qui fera fureur, et lui sera piqué par les élégantes de l'époque qui toutes veulent leur "Fédora"! L'histoire aurait pu s'arrêter là, et le chapeau disparaître comme plein d'accessoires de mode ont disparu, sauf que les suffragistes, ces féministes qui revendiquent l'égalité des droits civiques avec les hommes, vont adopter le fédora comme signe de ralliement. Toutes les féministes en fédoras !


Après, on a un blanc radio et image : ce qui a dû se passer à mon avis, c'est qu'un mec, Oscar Wilde (écrivain irlandais au moins aussi prescripteur que Sarah Bernhardt) qui me paraît être le principal suspect dans cette sombre affaire, a dû adopter le chapeau. Figurez-vous qu'on ne trouve plus sur Google une seule image de Sarah Bernhardt coiffée de son feutre fédora, en revanche Google vous ramène Oscar Wilde qu'on confondrait presque avec elle, tellement tous deux avaient un physique d'ange androgyne.

Ce chapeau ne garde plus de son origine que son nom, "fédora", pour prouver qu'il est un chapeau de femme, il n'y a d'ailleurs plus que les chapeliers pour s'en souvenir. Eh oui, les mauvais garçons en Borsalino, vous portez un chapeau de gonzesses ! Le génie primaire des hommes, c'est celui-ci : usurper les inventions des femmes. Je pense sérieusement que les femmes ont inventé tout ce qui est utile à l'humanité : la médecine et la pharmacie, les rites funéraires, les mathématiques et les statistiques, la sédentarisation donc les villes, l'agriculture (hors  élevage, cette domestication / exploitation des animaux par des bédouins nomades), les variétés cultivées de blé et des autres céréales, et le pain. Les hommes, trouvant que c'était bien, se sont emparés de ces découvertes, les ont industrialisées puis, au fil du temps, se les sont attribuées, effaçant les femmes à l'origine de l'invention. L'effacement des femmes de l'HIStoire, cette plaie affectant l'humanité, illustré par le fédora, le sujet n'est pas anodin, d'autant qu'il était devenu un symbole féministe. Peut-être leur fallait-il spolier de ce chapeau en l'adoptant pour eux, les féministes honnies ? Opération réussie, en tous cas.

Je n'ai pas encore trouvé mon fédora mais je vais le chercher. Il sera gris ou marron ou de couleur plus vive, il sera en laine bouillie (feutre) sans poils de lapins pour l'imperméabiliser (!). Dans tous les cas, on ne le porte pas sous une pluie battante ! Selon le chapelier que j'ai consulté, il se porte droit, un centimètre au-dessus des oreilles, et ses trois creux doivent être visibles, autrement, c'est signe qu'il est trop grand. (*) Enfin, ne pas le confondre avec le Trilby, qui est au fédora ce que le chien est au loup, selon les puristes.

vendredi 13 mai 2016

Harcèlement sexuel : Baupin et consorts


Revoici une "affaire" de harcèlement sexuel en milieu politique, et tout le monde tombe des nues ! Mais pourquoi ne parlent-elles pas ? Refrain habituel. Omerta, loi du silence, réellement ? Quand on fouille un peu dans les témoignages, on s'aperçoit que les victimes parlent : elles se font des confidences les unes aux autres, elles alertent la hiérarchie, une témoigne avoir balancé une baffe à l'agresseur, l'autre s'entend répondre "ah, il a recommencé !", des propositions de commissions pour examiner le sujet "au sein du parti" ont été faites... sans suite. Delphine Batho explique tranquillement sur un plateau télé que "Baupin n'étant plus dans le parti vert, ses soutiens le lâchent", donc si loi du silence il y a, c'est du côté des complaisants et des complices qu'elle est.
On est en fait dans une inertie de la société face à ce fléau : pays de la gaudriole, des blagues gauloises, où on met les rieurs de son côté en tournant en dérision celles qui n'ont jamais été harcelées, et qui auraient bien aimé l'être (Martine Aubry ou Angela Merkel, par exemple, cibles de Nicolas Canteloup sur Europe1, femmes repoussoirs masculinisées parce que fortes et puissantes), le paternalisme condescendant fait des ravages.

D'ailleurs les dinosaures patriarcaux arrivent à la rescousse de la forteresse assiégée : Pierre Lellouche UMP/LesRépublicains déclare à un journaliste de RTL dans les couloirs de l'assemblée :
"Je commente l'international, les choses sérieuses, pas les histoires de bonnes femmes" !
Inversion de la charge : c'est en réalité une affaire de bonshommes et de leurs soi-disant "pulsions sexuelles" en folie, selon la légende qui marche du feu de dieu et qui leur fournit leurs alibis pourris depuis toujours.
Bernard Pivot sur son compte Twitter (il a retiré le tweet depuis devant les réactions choquées de ses abonnés, et a présenté des excuses) y va de sa remarque voulue spirituelle dont on peut voir ici une capture d'écran (impitoyable Internet !), et enfin, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, réagit à la remarque de Cécile Duflot : "Des Denis Baupin, il y en a pas mal à l'Assemblée" :
article à lire sur le site du Lab Europe1.

Jouer les innocents aux mains blanches injustement accusés par de supposées harpies revanchardes est supposé marcher bien sur l'opinion, même si Cécile Duflot a été secrétaire nationale des Verts et qu'il est difficile de croire qu'elle n'était au courant de rien.

Déposer des plaintes et des signalements n'est en général pas suivi d'effet : je l'ai fait moi-même une fois (hors les signalements aux DDTE -inspections du travail- de discriminations sexistes jamais suivis non plus) à la DASS de la Mayenne au sujet d'un directeur harceleur d'un de leurs établissements que j'ai quitté au bout de 7 jours et où je m'étais fourvoyée ; je n'ai rien à faire dans un établissement médico-social sauf à y gâcher mes talents commerciaux, mais quand on est au 36ème dessous on se signale ainsi aux prédateurs qui n'attaquent que les femmes réputées sans défense, ce que je ne suis pas, mauvaise pioche. Je n'ai même jamais reçu d'accusé de réception à mon signalement ! Pierre Lellouche est bien le porte-parole de toutes les administrations où on n'en a que faire des "histoires de bonnes femmes" ! Circulez, on a tant de dossiers autrement plus sérieux qui accaparent notre temps de travail ! Tout est normal, ce sont des jeux de séduction toutes ces mains au cul, ces plaquages au mur, ces pincements de seins, les insultes dans la rue, les claquements d'élastiques de slips : c'est juste parce que vous êtes belles et désirables ! Pensez à toutes celles qui n'ont jamais reçu ce genre "d'hommages" !

Trève de boniments et de justifications foireuses. La réalité est la
suivante : on n'est en aucun cas dans des jeux de séduction ni des jeux sexuels, ce sont des affirmations de la terreur machiste que les hommes imposent aux femmes, des jeux de pouvoir excluants qui réaffirment la suprématie masculine dans les lieux où ils estiment que les femmes ne sont pas légitimes, si elles veulent y être tolérées, elles doivent en accepter les "traditions" et "bizutages" mâle-traitants qu'ils croient être en droit de s'infliger et d'infliger aux autres. Je laisse la conclusion à Laurence Rossignol devant l'Assemblée ce mercredi 11 mai 2016, exprimant les ravages de leur comportement irresponsable :


Laurence Rossignol : "Le harcèlement pourrit la... par publicsenat
(Si la vidéo ne marche pas -merci Dailymotion et/ou PublicSénat-, cliquer sur le lien au-dessous pour la visionner)
Pétition à signer : Violences sexuelles en politique : Levons l'omerta !
Un rappel de l'affaire Jean-Michel Baylet, le troisième sur l'image en tête d'article.
Mise à jour 13/5/16 13H50
Décidément, ils ne comprennent rien !
"Se prendre une "Baupin" la nouvelle blague en vogue à l'Assemblée Nationale" 

samedi 7 mai 2016

Bitch Planet : les femmes NC -non conformes- en exil



Mais elles vont se rebeller. Je viens de lire cette BD que m'a envoyé l'éditeur *. Dans ce manga dystopique non situé dans le temps, un pouvoir dictatorial masculin règne sans partage sur la Terre. Les femmes jugées non conformes -NC- par les hommes sont parquées dans un bagne en orbite autour de la planète, en vue d'y être "rééduquées". Une société d'apartheid, en somme, qu'on trouve déjà, faut-il le préciser, dans pas mal de sociétés masculines ici et maintenant sur terre. La seule femme "conforme" est un hologramme rose qui assène aux prisonnières les éléments de leur rééducation. Société du spectacle oblige, des tournois meurtriers sont organisés et retransmis à la télévision. Mais une femme va se rebeller contre la dictature masculine et entraîner ses compagnes.




Il s'agit d'un manga, au magnifique graphisme et un scénario authentiquement féministe universel. Bien que je ne sois pas régulièrement lectrice de BD ni de mangas, je reconnais que celle-ci m'a bien plu. On y trouve ce genre de réplique féministe :



La scénariste est une femme Sue Deconnick et le dessin est d'un homme, Valentine De Landro. Une idée du graphisme de l'album avec cette planche :




Une bonne histoire dont l'héroïne est une femme noire (et la BD, c'est généralement des héros masculins blancs) dont on attend avec impatience la suite dans un ou plusieurs futurs albums, des bonus sous forme de fausses pubs hilarantes, une longue interview des deux auteurs, une liste de femmes non conformes, issues de l'HIStoire qui auraient été exilées à coup sûr sur Bitch Planet (la "salope" Simone de Beauvoir, l'"impudente" Olympe de Gouges, la "païenne" Hypatie, la "folle" Camille Claudel... avec leurs courtes notices biographiques), plus une histoire des héroïnes de la culture pop issues de la BD, des séries télé et du cinéma, et des "témoignages de meufs" en fin d'album, un vrai régal ! C'est un bel album empowering et qui fait du bien à la tête.











Quelques liens vers des critiques :
Le blog de France TV info
Le Point Pop
Interview de Sue Deconnick chez ComicsBlog
Le Facebook de Glénat Comics
En portugais, des femmes avec des tatouages NC empowering
Bitch Planet Vol 2 (à paraître en anglais)

* Il semble qu'en effet, mon blog me fasse percevoir comme influente, puisque l'éditeur Glénat m'a proposé spontanément l'envoi de sa BD en faisant, sans doute, des recherches sur Internet. L'album m'est donc parvenu gratuitement, mais je ne suis bien sûr pas payée pour en faire la critique. Je ne suis d'ailleurs pas critique littéraire, mais blogueuse. Je partage donc volontiers puisque ce manga m'a vraiment plu et qu'il est dans mon sujet. Je ne gagne pas d'argent avec mon blog -il n'y a pas de pub dessus- il me coûte généralement plutôt en achat de livres, c'est mieux de préciser. D'ailleurs, vu que mon sexismomètre est réglé sur zéro, je suis nettement NC, et en partance pour Bitch Planet, si une dictature patriarcale arrivait. Mais n'est-elle pas déjà advenue ?
Un clic sur les images pour mieux les voir ou les lire.

samedi 30 avril 2016

Nina et les fils de

Cette semaine, je volontiers donne un petit coup de pouce à un jeune groupe de rock qui vient de naître et qui prépare un premier album "Maintenant qu'on en parle". Illes m'ont envoyé leur première chanson éponyme. Je la publie d'autant plus volontiers que le thème de cette première chanson est féministe. Nina chante en tenue de Rosie the Riveter et brandit un clé à molette (une sorte de nouveau gang de la clé à molette ? :))

Voici ce que m'écrit Nina dans sa présentation :
" Parole contre colère, c'est ce qui m'a le plus motivée dans l'écriture. Il fallait que je transforme cette colère qui m'a toujours habitée. J'ai été élevée dans un famille de femmes, dans une histoire familiale empreinte de combats ...on a traversé tellement de luttes en trois générations ! La seconde guerre mondiale, la colonisation, la guerre d'Algérie, la lutte pour les droits des homosexuels, la société de consommation... "



Moi aussi, j'aimerais bien montrer mon cul comme les plombiers "
Longue vie à Nina et les fils de !


PS qui n'est pas totalement hors-sujet - Il n'y avait pas que l'icône Rosie la Riveteuse, parmi ces milliers de femmes qui contribuèrent à l'effort de guerre américain pendant la seconde guerre mondiale, et qui ont été renvoyées à leur foyers à la fin en 1945,  j'ai trouvé cette semaine "Winnie, the Welder" (Winnie, la soudeuse), photographiée ici en 1943. Poke aux Chantiers STX de Saint-Nazaire et à la DCN de Cherbourg, bastions mâles s'il en est : la soudure est un travail de haute précision. On se demande pourquoi il est à ce point entre les mains des mecs !


samedi 23 avril 2016

Testicules et magistère de la parole

TESTICULES
(Lat. Testes) Gonade mâle des animaux : ils appartiennent à l'appareil reproducteur masculin selon Wikipedia
Les testicules fournissent leurs racines aux mots suivants :

Test
Tester
Attester
Détester
Contester
Protester
Testament
Intestat
Témoin
Témoigner
Témoignage

et en anglais

Testimony
Testimonial
Usages & application :
Les papes catholiques romains auraient été testés pour montrer qu'ils les "avaient bien pendantes", des fois qu'une femme aurait tenté de leur prendre la place sur le trône de Pierre. Une légende médiévale insistante prétend que ce serait déjà arrivé, aussi durent-ils redoubler de prudence. Si le mâle nouvellement élu passait le test, il était pape pour le restant de ses jours. Les cardinaux examinateurs de la virilité pendante de l'impétrant attestaient qu'icelui portait bien les attributs mâles exigés pour la fonction : des couilles. Ils portaient témoignage de la virilité du Pape.

Toute personne mâle meurt en ayant au préalable rédigé un testament : autrement le notaire dit qu'il meurt intestat et là, misère, c'est flou, il va falloir chercher les bénéficiaires ; les femmes n'ayant pas accès à la propriété, ni à l'héritage de leurs pères (paires ?) ou maris, et étant donc cantonnées à la pauvreté à vie, elles n'ont pas l'utilité de faire un testament, ce qui se justifie car elles n'ont pas de testicules.

De façon générale et dans toutes les cultures, les femmes sont contestées dans l'exercice du pouvoir, ce hochet viril, voire détestées si elles réussissent par quelque stratagème (sûrement de sorcellerie) à s'en emparer. La plupart du temps, si les femmes revendiquent quelque pouvoir que ce soit, même sur leurs propres destin et vie, elles subissent les protestations formelles et solennelles des mâles qui ne supportent pas cette contestation forcément illégitime des femmes.

Les femmes ne pouvant pas organiquement attester, elles ne peuvent pas non plus être témoins -d'ailleurs il ne vous a pas échappé que le mot n'a pas en français de féminin, même quand dans les sociétés "évoluées" elles sont appelées (tolérées ?) à la barre d'un tribunal pour témoigner. Notez d'autre part que dans beaucoup de sociétés, les témoignages de femmes doivent être attestés par au moins deux ou trois mâles dûment pourvus de testicules. "Bien fol qui s'y fie" disait François 1er, qui s'exprimait à titre de possesseur de roubignolles.

Bien qu'en anglais, cette autre langue latine, témoin se dise witness (de wit, intelligence, connaissance), le verbe devient testify, (ou bear witness). Un témoignage se dit testimony ou testimonial.

Et voilà comment les patriarcaux ont silencé les femmes. Nous vivons dans des sociétés où les femmes doivent se taire, où les femmes sont condamnées au silence, où leur parole ne porte pas.

L'exactitude racinaire de tous ces mots m'a été confirmée (OUF !) après que je l'aie testée, par la linguiste distinguée qui me suit sur Twitter et qui me fait les gros yeux sous forme de tweets protestataires sur mon habitude de féminiser (de façon incorrecte selon elle) la langue française, et qui me reproche mes entorses à l'usage et mes "malformations" féminisantes. Je reconnais qu'elle voit passer des "girlcott" à la place de "Boycott", qui doivent lui tordre les boyaux ! Evidemment que je sais que Boycott est le nom d'un Irlandais qui a été ostracisé par ses fermiers et que ça n'a rien à voir avec gars, même en anglais. Mais partant du principe que je ne reconnais à aucun patriarcal le droit de me réduire au silence, que la langue (idioma en latin) appartient à la locutrice que je suis, et que tant que mes interlocuteurices me comprennent, je considère avoir tous les droits d'usage :)) Car la grammaire et la langue sont des conventions sociales qu'on peut et doit contester.

jeudi 14 avril 2016

Panama Papers et féminisme

La fuite des Panama Papers publiée par un consortium de journalistes et leurs journaux affiliés, sous forme de feuilleton, fait les gros titres de la presse mondiale. Des noms célèbres sont cités : des chefs d'entreprises, des dirigeants de clubs de foot, des artistes talentueux et... des ministres et premiers ministres, mandatés par leurs peuples pour gérer et conduire leurs pays respectifs, qui... dépouillent leurs concitoyens de l'argent de l'impôt en plaçant leurs avoirs dans des paradis fiscaux, preuve qu'ils n'hésitent pas à trahir les intérêts mêmes de celles, ceux, qui votent pour eux. Les personnes citées dans ces documents sont en immense majorité des hommes.

Deux photos "all male panel" illustrant la mainmise masculine sur le pouvoir : 


Salle de marché des matières premières : notez qui joue au casino avec le blé, le riz, le maïs, le sorgho, denrées alimentaires de première nécessité, le chocolat, le coton... 



Photo récente de François Fillon aux débats d'HEC, Hautes Etudes Commerciales Paris.  Cherchez les femmes... 

Pourquoi les Panama Papers sont-ils une question féministe ?

Les hommes ont les richesses et tiennent les leviers de pouvoir et de décision à peu près partout : entreprises, dont les banques, partis politiques, gouvernements et instances internationales. Pendant que les femmes, elles, continuent à assurer 75 à 80 des corvées de la planète sans reconnaissance, sans rémunération, ni inclusion du fruit de leur travail dans les PIB masculins marchands. Donc, les femmes sont corvéables à merci ET pauvres, tenues sciemment dans cet état : imaginez qu'elles aient autant de temps libre que les hommes pour faire de la politique, elles menaceraient directement le médiocre pouvoir masculin. Quand, en plus, elles tiennent une boutique ou une échoppe, une ferme ou un jardin produisant des surplus qu'elles peuvent vendre au marché pour payer, par exemple l'éducation de leurs enfants, elles paient des taxes sur leur chiffre d'affaires. Pour elles, pas d’échappatoire : elles n'ont pas les connaissances ni les fréquentations nécessaires, et leurs avoirs sont trop petits pour intéresser la finance mondialisée où le ticket d'entrée est élevé.

Représentant l'essentiel des pauvres de la planète, même dans les pays riches, les femmes sont les principales récipiendaires des ressources de la puissance publique financée avec les impôts de tous, dispensant les aides sociales et les subventions accordées aux associations où elles vont chercher de l'aide pour elles et leurs enfants, infime compensation des corvées qui leur sont extorquées dans la sphère domestique. L'évasion fiscale est donc un manque à gagner direct pour les femmes. Les écoles, les crèches de leurs enfants ne sont plus, ou sont moins financées, les hospices et maisons de retraite manquent de crédits, et comme elles assurent bénévolement le soin (puisque le care est décidément affaire de femmes) aux malades, handicapés et vieux, la charge leur en est d'autant plus lourde, puisque les états n'ont plus les moyens de ces financements. Tout ceci, alors même que leur travail facilite grandement les conditions de vie des plus riches, les hommes, leur permettant de garder les leviers du pouvoir, et d'amasser encore plus de richesses.

Injustement, l'évasion fiscale, les avoirs dissimulés offshore des hommes riches impactent durement la qualité de vie, la santé et le travail des femmes. C'est la raison pour laquelle nous devons nous battre et exiger une économie plus juste où l'extrême pauvreté des femmes et l'extrême richesse masculine ne seront plus consignés que dans les livres d'histoire à titre de contre-exemple, et où enfin, les femmes comme les hommes seront associées à toutes les prises de décision, à tous
niveaux : politique, économique, social et environnemental.

Nous devons donner la priorité à la justice économique et aux droits des femmes. C'est une question de survie à terme. La prédation et le parasitisme masculins ne peuvent plus durer : ils menacent directement la vie humaine sur la planète.



Pour le mouvement social écoféministe, la matrice idéologique qui permet la domination des hommes sur les femmes est la même que celle qui autorise les hommes à exploiter la nature.



Les femmes et la Terre ont énormément à supporter et tolérer (du pouvoir et de la prédation des hommes).



La planète par en couilles ! Le temps des femmes est venu. Nous n'avons plus le choix.

mercredi 6 avril 2016

Sexisme au poker : cartes sur table

Mon blog devient décidément collaboratif. Pierre Monard, joueur de poker en ligne, trouvant déplacées les remarques sexistes des autres joueurs masculins, décide d'écrire un article documenté sur le sujet et de me le soumettre pour publication sur mon blog. Comme je trouve le sujet tout à fait dans ma thématique féministe, bien que non joueuse moi-même (je ne joue à aucun jeu de cartes), je le publie volontiers et je le remercie de s'intéresser au sujet et... à mon blog. Voici donc son texte : 

" Le Poker compte moins de 10 % de joueuses en tournois. Pour un jeu de cartes ayant connu une véritable expansion depuis la fin des années 90, c'est vraiment peu. Depuis toujours sous l'influence d'une vision
"cow-boy", le Poker est sûrement un des milieux les plus machistes qui soient, et y évoluer en étant une femme n'est pas du tout chose aisée. Petit focus sur le jeu de cartes le plus pratiqué sur la planète.

Elizabeth  Shannon : championne de poker, comédienne et activiste pour la cause animale

Un des lieux primordiaux du Poker est le casino. Que ce soit pour jouer juste un soir, ou de manière plus compétitive en tournoi, le casino est le centre de la vie du Poker. C'est aussi l'un des lieux les moins favorables à la gente féminine. La plupart des joueuses témoignent d'un sexisme ambiant assez enraciné, qui découragerait la plupart des femmes qui aimeraient bien se lancer. Ainsi Jessica Welman confie dans cette interview à Unibet que l'environnement au casino peut être très désagréable, voire carrément perçu comme hostile. Cela peut prendre la forme de blagues sexistes, de tentatives de drague lourde, ou tout simplement le fait de ne pas être prises au sérieux. Les femmes seraient, selon une opinion répandue chez beaucoup de joueurs, inférieures aux hommes dans cette discipline. Et il arrive régulièrement qu'on explique les règles les plus basiques à des joueuses confirmées. Patty Beaumier explique dans cet article de 2014 de Poker Strategy qu'en général les hommes ont tendance à sous-jouer contre les femmes ! Même si cela peut être une véritable occasion de créer la surprise, ce genre d'agissement montre que les femmes sont juste tolérées dans les tournois. Etre abritée derrière un écran d'ordinateur est généralement plus confortable puisque le genre du joueur n'est pas connu.

Royal flush Ladies 
Un classique du sexisme : un homme habillé parmi des femmes dévêtues.

Jeu surtout pratiqué par les hommes, le marketing et l'image que renvoie le Poker sont eux aussi très orientés. Les événements retransmis par la télévision ont du coup, une aura assez machiste comme le montre la photo ci dessus des Royal Flush Ladies, ces top-models recrutées pour aguicher le spectateur masculin. Cette objectification se retrouve aussi dans les couvertures de journaux spécialisés comme celle-ci, du magazine Bluff, le pire étant que ces procédés abjects se répercutent aussi dans les différents articles que l'on trouve sur le même sujet sur Internet, où il est au final plus facile de trouver un top des joueuses les plus sexys, que des meilleures au poker. D'ailleurs la question des femmes dans ce milieu est régulièrement débattue un peu partout, mais très souvent de manière douteuse. Cela peut aller du machiste en puissance qui pense que les femmes n'ont pas leur place dans les tournois de Poker, au soi-disant "humaniste" qui dit que "la femme est l'égale de l'homme,MAIS...", en somme, un continuel rabaissement de la capacité des femmes à jouer au Poker.

Toutefois, il existe quelques lieux alternatifs où les femmes peuvent aller jouer, notamment sur Internet. Tout d'abord les très grandes structures en ligne qui permettent de prendre du recul sur les commentaires postés. Il existe aussi des sites proposant des salons de jeu sans chat de discussion, ce qui rend la nuisance quasi nulle. Et cela marche bien car, selon les études, on compterait jusqu'à 40 % de participation féminine sur Internet. Pour ce qui est des tournois live, il y a une démocratisation depuis une dizaine d'années des Ladies Events, des tournois réservés aux femmes. Bien loin de vouloir séparer les sexes, ces tournois serviraient surtout à se créer une expérience dans un milieu plus cordial, avant d'aller rejoindre les tournois mixtes. Malheureusement, rien n'étant jamais parfait, ces tournois souffrent d'un manque de légitimité vis à vis de la loi. En effet, il n'est pas possible d'interdire l'accès à ces tournois sur la base du sexe : en conséquence, la majorité de ces ladies events attirent des hommes venus eux aussi participer, ou même remporter le tournoi.

En conclusion, même si le Poker est un milieu assez désagréable aux femmes, avec beaucoup de personnes sans gêne, parfaits exemples de ce que peut engendrer le machisme, il y a tout de même quelques moyens de contourner tout cela. D'ailleurs, Liv Boree disait dans une interview qu'elle voyait de plus en plus de femmes en tournoi, ce qui montre qu'au moins le Poker semble aller dans le bon sens, à défaut d'être vraiment acceptable dans son attitude vis à vis des femmes pour le moment.

Trois championnes de poker qui prouvent que les femmes excellent à ce jeu


Jessica Welman : poker reporter, elle travaille depuis 2004 pour les plus grandes institutions et journaux de Poker : WSOP, World Poker Tour, Bluff, The Poker Beat... elle est reconnue dans le milieu pour la qualité de son travail.


Patty Beaumier, une française. Après des études de droit puis de journalisme, elle commence à jouer en 2010 avec la légalisation du poker en ligne. Depuis elle est parrainée par la salle PKR, elle officie à la fois en tournoi, et en qualité de journaliste spécialiste dans l'émission "Tour de Table".


Liv Boree : C'est l'une des grande championnes de Poker. Liv Boree a étudié l'astrophysique avant de commencer une carrière au poker à l'âge de 21 ans. Elle remporte en 2010 le European Poker Tour Main Event de San Remo, empochant 1, 250, 000 €, devenant ainsi la troisième femme à remporter un titre EPT. Les gains de Liv Boree à des événements en direct totalisent maintenant plus de 2 millions de dollars. "

Pierre Monard.

mardi 29 mars 2016

Mary Anning, Elizabeth Philpot et le Baron Georges Cuvier

En allant dans ma bibliothèque pour trouver quelques livres pour ce week-end pluvieux et froid de Pâques, je suis tombée par hasard sur ce roman publié en 2010, pour la traduction française. Le roman le plus connu de Tracy Chevalier est La jeune fille à la perle, publié en 1999 et adapté au cinéma en 2003. Dans Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier nous raconte sous forme d'un roman à deux voix, les vies de deux archéologues effacées de l'HIStoire du XIXème siècle : Mary Anning et Elizabeth Philpot.


Mary Anning (1799-1947) est une fille du peuple qui survit à Lyme Regis, petite ville de la côte Sud du Dorset en Angleterre en récoltant sur les plages des ammonites et des excréments de fossiles, curiosités que les touristes achètent dans sa petite boutique en ville. Elle et sa famille (son père est ébéniste mais il disparaît de tuberculose en 1810) en vivent très mal : il n'y a pas toujours de quoi acheter du charbon, ni des légumes et du pain pour faire la soupe. Au début de sa carrière, elle est analphabète, elle apprendra à lire vers 13 ans en allant au cathéchisme.
Elizabeth Philpot (1780-1857) est une sorte d'héroïne de Jane Austen : fille issue de la bourgeoisie désargentée, elle est obligée de déménager de Londres avec ses sœurs Margaret et Louise, dans le Dorset où elle désespère de se trouver un mari, vu son absence de dot et de fréquentations de salons convenables. Les deux femmes, bien que de conditions sociales et d'âges différents partagent la même passion de la collection de fossiles. Elles deviennent amies et soutien l'une de l'autre. Quand Mary Anning découvre son premier ichtyosaure enfoui dans une roche, on accourt de partout pour le voir. Mais tout le monde est bien embêté : même si la bête ressemble à un crocodile, on voit très vite que ce n'en est pas un (Charles Darwin -1809-1882- n'a encore rien entrepris) ! Et comme l'Eglise n'autorise aucune interprétation autre que celle de la Bible -le monde a été créé en 6 jours il y a 6 000 ans- que sont donc ces bêtes qui ne ressemblent à rien de connu ? Deuxième contrariété : si Dieu a fait disparaître des espèces entières, ne pourrait-il pas nous faire disparaître aussi ? L'hérésie n'est pas loin, on en tremble dans les sacristies. D'ailleurs l'anatomiste français, Georges Cuvier, prudent professeur d'anatomie comparée, que lit Elizabeth Philpot, se garde bien d'aborder le sujet.


La tête de l'ichtyosaure ci-dessus ressemble à ce que Mary Anning trouvait dans les falaises du Dorset. Et il fallait avoir l’œil pour le distinguer dans la masse. Elle mettait son point d'honneur à la retirer avec soin de la falaise, à la nettoyer et la reconstituer à l'identique dans son atelier.

Les femmes, en ce début du XIXème siècle, n'ont pas accès aux cercles savants de sciences naturelles ; quand Cuvier accusera Mary Anning "d'arranger" ses découvertes (il ne pouvait pas admettre qu'une aussi petite tête soit fixée aux bout d'un aussi long cou), c'est Elizabeth Philpot qui ira la défendre devant la Geological Society à Londres où elle se verra interdire l'accès de la salle de conférence. C'est son neveu qui poussera la porte et qu'on écoutera !


Les deux femmes ne trouveront jamais de mari : Mary Anning deviendra une collectionneuse et une commerçante avisée et célèbre ; autodidacte, elle acquerra sur la durée une rigueur scientifique sans faille. Elizabeth Philpot lui recommande dès le début d'apprendre à écrire pour noter méthodiquement les noms, dates et lieux de découverte de ses spécimens. Elizabeth Philpot écrira de temps en temps à Cuvier qui ne lui répondra jamais.

La lecture de ce roman est un délice semé de petites notations proto-féministes des deux héroïnes ; les personnages ont tous réellement existé, les faits rapportés se sont produit, y compris l'anecdote de l'onguent que Margaret met au point pour les mains de sa sœur Elizabeth qui rentre crottée avec des mains crevassées de plébéienne de ses recherches sur les plages, onguent artisanal qui sera fabriqué et vendu régionalement. Le travail de romancière de Tracy Chevalier consiste à reconstituer, dans les interstices des faits, les sentiments et les chagrins des deux femmes, leurs difficultés, leurs rivalités, leur solidarité et leurs brouilles ; elles auraient même croisé sans le savoir Jane Austen qui passait, en vacances, dans le Dorset ! Les deux découvreuses sont oubliées à la fin du XIXème siècle, bien que leur collections à toutes deux rentrent aux Museums d'Histoire naturelle de Londres et Paris. Leurs noms ont été associés à deux espèces de poissons fossiles. Mais les choses changent ces dernières décennies : on reconnaît aux découvertes de Mary Anning une influence sur l'histoire géologique de la Terre ; Google lui consacre même un de ses doodle le 21 mai 2014, pour son 215ème anniversaire.




Mary Anning - Paléonthologue - 1799-1947


Elizabeth Philpot - Paléonthologue - 1780-1857

jeudi 24 mars 2016

De quelques inversions patriarcales : Pâques

Pâques : fête chrétienne de la résurrection du Christ, fête mobile, "fixée le premier dimanche après la pleine lune suivant le 21 mars" selon Wikipedia. Il fallait, je suppose, faire pièce aux traditions païennes qui célébraient le Printemps, la renaissance de la nature. Les œufs de Pâques en chocolat en attestent. Les Pâques chrétiennes sont la transposition  chrétienne de Pessah, fête juive de la Pâque où on célébrait aussi l'agneau pascal... en le mangeant. Dans la tradition chrétienne, c'est le Christ qui s'offre en sacrifice pour la rédemption de nos péchés, selon les écritures. Il n'empêche que homme sacrificiel ou pas, les agneaux, les chevreaux, nouveau-nés animaux, remplissent les abattoirs les jours précédant cette soi-disant "fête du renouveau de la vie" et font les frais de l'affaire. Le Christ offrant sa vie ne leur évite pas le sacrifice imposé de la leur. En fait de renouveau de la vie, les petits des animaux sont abattus à quelques jours, après avoir été séparés de leurs mères, pour les plaisirs de table des humains qui n'y verraient pas malice ! Vraiment ?

Clairement, les religions du Livre n'ont pas inventé les animaux sacrificiels pour célébrer leurs fêtes, c'est une vieille histoire qu'elles n'ont fait que transmettre et pérenniser. L'humanité a dû "évoluer" des spiritualités féminines animistes de plein air, aux cultes masculins dans des temples, où se pratiquaient des sacrifices humains, puis animaux, pour se concilier les bonnes grâces de dieux devenus opportunément mâles ; avec toutes sortes de justifications à la mord-moi-le-nœud pour donner un semblant de "raison" à la chose. Et comme il faut bien couvrir les frais généraux, les temples sont devenus de prospères boucheries où on vendait la viande des animaux sacrifiés, ça paie le bedeau, les bougies, et le loyer ! Le tour était joué. On nous présente comme "naturel" ce qui n'est que de la culture et de l'HIStoire ! Pour faire bon poids, ajoutons la "tradition", car selon les patriarcaux, le monde est figé, et toute proposition de changement est vécue comme une menace pour la "forteresse assiégée", ses privilèges et ses jobardises.

Retour de la "vache folle" dans les Ardennes sur un troupeau de Salers (que fichent des Salers dans les Ardennes ? Nobody knows). En tout état de cause, habituelle inversion de la charge : c'est la vache qui est folle, pas le système qui a fait de ces doux herbivores des granivores et même des carnivores, en leur faisant ingurgiter des tonnes de tourteaux de soja, de maïs, et... des résidus d'abattoirs sous forme de "farines animales". Accuser les victimes fait partie du système patriarcal dans l'élevage aussi. Allez, cadeau : une brève de Charlie Hebdo N° 1235 dans (presque) la même thématique :)


Pour que les femmes se créent leur propres mythologies à l'endroit, Mary Daly propose des antonymes :

Païenne, Barbare -  De heathen (en anglais) -qu'effectivement le français va traduire par barbare ou païen qui le réduisent. Heath en anglais veut dire lande, terre : originellement un.e habitant.e d'une terre donnée, "un.e membre non converti.e d'un peuple ou d'une nation qui ne reconnaît pas le Dieu de la Bible : un.e païen.ne". Anglais : Pagan.

Her-éthique  adj : en harmonie avec les standards Gyn /Ecologiques de conduite morale. (L'anglais permet de jouer avec le mot hérétique recombiné avec Her, pronom possessif féminin Sa, et éthique, du grec ethos : morale).

Joyeuses Pâques, Joyeuse fête de Printemps quel qu’en soit le nom, quelle que soit l'occasion que vous fêtez. Mettez de préférence sur la table des agneaux et des lapins en chocolat.

mercredi 16 mars 2016

Salle de sport et domination masculine

BILLET INVITEE
Je vous propose un billet sur l'occupation masculine dans les espaces publics, sujet déjà traité sur ce blog, mais pas dans les salles de sports, puisque je ne les fréquente pas ! Je laisse donc le clavier à Illana de Tel Aviv, sportive qui blogue en français qui a composé cet article. Si vous souhaitez contribuer en lui envoyant vos vidéos, n"hésitez pas à aller les poster sur son billet : Salle de sport et domination masculine.
oOo
" Les discriminations genrées sont fréquentes, invariables et presque banales. Elles s'insinuent dans à peu près tous les aspects de nos vies en société. Au travail, à l'école, dans le couple, dans la façon d'éduquer nos bambins, dans le champ politique, etc... Les femmes ne sont pas « encore » les égales des hommes, n'en déplaise à certains anti-féministes (hommes et femmes) plaidant que le combat serait fini depuis belle lurette (ah ? A mêmes compétences et même poste, les femmes touchent autant que les hommes ? Les idées relatives à la culture du viol n'existent ni ne se répandent ? Cela m'avait échappé).

J'en profite pour rappeler ce que ces hystéros de féministes réclament : l'égalité sociale et économique entre les sexes. Ni plus, ni moins. Je n'ai nullement envie d'avoir une b*** entre les jambes (désolée Tonton Sigmund), ni ne nie les différences physiologiques entre les sexes (j'ai suivi les cours de SVT et joué à touche-pipi avec les petits cousins). Pour autant la part acquise, la part culturelle qui affecte les relations entre les hommes et les femmes et leur place respective dans nos sociétés est bien plus prégnante que la part « naturelle ». Depuis le bac à sable et le temps des socquettes à dentelles vissées dans les chaussures vernies, on laisse entendre de façon plus ou moins directe aux petites filles qu'elles doivent rester discrètes, sages, douces et jolies. Les petits garçons, quand à eux, sont sommés d'être tournés vers l'extérieur, la démonstration, l'exercice de leur force. Cette grille de lecture est également valable dans un endroit que je fréquente volontiers, j'ai nommé la salle de sport.

Voici un top cinq des différences de comportement des hommes et des femmes dans l'anti-chambre de la culture physique.

1. Le volume sonore  


La femme, dans l'effort physique, n'entrouvrira pas ses humbles lèvres, sa bouche restera close parce que non, elle ne souffre pas, ou du moins, elle ne le révélera pas. Intérieurement elle fulmine, elle gronde, cette satanée machine lui esquinte les cuisses et lui démantèle les articulations mais, de façade, elle aura l’air d’un mannequin de cire. C’est à peine si une goutte de sueur viendrait perler ce joli front.

L’homme, quant à lui, vagira entre deux tractions ou poussées d’altères, affichant son effort et cherchant à attirer le regard de ses congénères dans une parade d’intimidation sauvageonne, ainsi que l’attention des femmes qui, dans leur esprit, se pâment devant des mâles mugissant. Personnellement peu impressionnable par les attitudes de paon, je fais en sorte de ne surtout pas poser sur eux un regard qu’il pourraient mésinterpréter. Sinon gare à en arriver au point 2.

2. Le verbiage

L’homme déambulant avec aplomb sur son terrain sera prompt au bavardage avec la sportive occupée à feindre la totale décontraction, les cuisses et le postérieur en feu à la suite d’une série de 150 squats et 45 pompes. Il essaiera vainement de masquer sa technique de drague en balançant un conseil technique prônant la posture de la mangouste inversée qui favoriserait le gainage de la ceinture abdominale (page 45 du magazine Vital de novembre 2015), le sourire en coin et la sueur odorante se reflétant sous les néons vintage de la salle. Non, mec, je suis ici pour me défouler et me sculpter un corps du diable, mais surement pas pour essuyer les tentatives d’approches de lourdauds.


3. Les expressions faciales

Parce qu'une fille doit rester belle et lisse en toutes circonstances, vous ne la verrez pas grimacer ou panteler, malgré les 23 kilos qui lui congestionnent le cuisseau -mais ce n'est pas grave puisque ça va lui tonifier le gluteus maximus (le grand fessier, mesdames, messieurs) . A contrario , le mâle respirera de façon appuyée, de quoi manger sa douce haleine si vous avez le malheur de vous trouver sur la machine d'en face. Il vous fera toutes les grimaces du répertoire hulkien, veines saillantes, mâchoire décrochée, langue pendante. Le Quinze néo-zélandais à côté, c'est du pipi de chat.

4. L'occupation de l'espace

Comme dans de nombreux espaces publics, on retrouve des différences fondamentales entre les hommes et les femmes quant à l'appropriation du territoire. Exemple : dans les transports en commun, les hommes sont plus enclins à écarter les jambes et s'étaler. Ça a même un nom, le « manspreading », et c'est assez typique du monopole et de la confiscation de l'espace public par les hommes au détriment de la gente féminine. De leur côté, les femmes croiseront les jambes, se feront « petites », veilleront à ne pas déranger le voisin en repliant le petit bout de trench qui dépasse sur le strapontin adjacent.

Dans une salle de sport, on retrouve ce type de comportement dévoreur d’espace. Les hommes paradent entre les machines, pas lent, roulement d’épaules synchronisé, ils ne se préoccupent que peu des sportifs qui les entourent et de leurs besoins en terme de disponibilité des machines. Ils "réservent" des machines en y posant ostensiblement leur serviette imbibée de sueur et de testostérone : ”je suis en pleine session alternance ischio jambier, épaule, torso, faudra attendre”. De leur côté, les femmes sont éminemment conscientes de leur environnement et se déplacent de machine en machine en faisant le moins de grabuge possible, en ligne droite, sans se pavaner. De plus, elles céderont rapidement leur place si se pose sur elles le regard insistant d’une personne qui voudrait pratiquer une machine en particulier. Credo : ne pas faire de vague.

5. Suivez le reflet


Tels des papillons de nuit agglutinés autour d'un lampadaire, ces messieurs s'agrègent dans le coin palais des glaces. Des rangées d'hommes en ligne, army style, face aux miroirs, investissant le même effort dans le geste gymnastique que dans sa contemplation. A quoi bon faire du sport si l'on ne peut s'admirer en pleine action ? Comment ne pas se délecter de la vision de ses muscles en effervescence, le deltoïde et son premier radial enflés par l'effort ? Personnellement, cela m'évoque les miroirs aux plafonds des love hotels. La performance sublimée par sa mise en abîme.

Les filles, quand à elles, exécutent leurs exercices dans leur coin (n'excluant pas un petit selfie ou une vérification / miroir à l'abri des regards), fermées dans leur intimité, au-dedans, barricadées dans leur sanctuaire, tournées vers l'intérieur, à l'inverse des hommes à qui l'on a appris à dominer l'espace public, à afficher et à s'affirmer.

Parce que ça fait chier cette autocensure -que je pratique aussi, poids de l'éducation et normes sociales obligent, essayons de dépasser cela en nous amusant : je vous propose de m'envoyer vos vidéos « joue le bonhomme à la salle de sport », et j'en fais de même. Je veux vous voir hurler en soulevant des poids et mater les mecs sans vergogne. Puis je vous balance le montage rapidement. Cap ? "