lundi 2 mars 2015

Despentes : Vernon Subutex


"Qu'est-ce qu'on a besoin d'éduquer des gens dont on n'a plus besoin sur le marché de l'emploi ?"

" Les jeunes meufs la dépriment souvent, avec leur look de mormones ou leur voile à la con. Quand c'est pas la religion, c'est la famille, ou comment arriver vierge au mariage... le niveau zéro du romanesque. On dirait qu'elles vont consacrer leur vie à faire des ragoûts et des tartes aux pommes".

Le dernier roman de Virginie Despentes, premier tome d'une série de trois, décrit âprement la dérive inéluctable vers la rue de Vernon, un ancien propriétaire de magasin de disques, du temps "de l'opération CD -revendre à tous les clients l'ensemble de leur discographie, sur un support qui revenait moins cher à fabriquer et se vendait le double en magasin... sans qu'aucun amateur de musique n'y trouve son compte, on n'avait jamais vu personne se plaindre du format vinyle" . Rocker à ses heures et donc bien inséré dans un réseau de musiciens grands amateurs ou professionnels, DJ à l'occasion, et incollable sur la musique d'avant les années 2000. Jusqu'au jour où on lui coupe le RSA et le vire de son appartement après une longue période de chômage à 50 ans, l'âge où on devient incasable dans une société vampire qui n'aime que la chair fraîche. S'ensuit une déambulation dans Paris au gré des canapés d'ex-amis, d'appartements prêtés contre garde du chien ou encore de loft chez un ami d'amie, trader sous cocaïne. Une galerie de personnages étonnants ou ordinaires, empathiques ou cyniques : pigiste, scénariste sans contrats, producteur de films, patron de chaîne de télé, un mec qui bat sa femme, d'anciennes hardeuses de quand le porno n'était pas encore de l'abattage (dont une ancienne "grosse" qui a subi la dévalorisation de soi par le regard des autres, fine analyse), une community manager lesbienne qui travaille en free lance, et un transgenre female to male (ce qui nous change !), bref les personnages d'une société de la précarité où il n'y a que des perdants, les gagnants payant le prix fort pour rester au sommet. C'est très très noir. Et c'est une espèce de polar, car Vernon serait seul à détenir les rushes d'une interview exclusive d'un rocker légendaire qui vient de mourir. J'ai bien aimé : toujours l'écriture coup de poing de Despentes. La citation ci-dessous va vous rappeler des situations vécues, tranches de vie saignantes :

"Il faut une certaine dose d'arrogance pour remonter de Bastille à Oberkampf à pied, seule, en talons hauts et jupe au-dessus du genou, passé onze heures du soir. Tous les connards sont de service. Les miliciens se sentent investis d'une mission : pourrir la vie aux filles seules dans les rues . Eviter tout contact visuel. Avancer vite. Se tenir droite, en imaginant avoir un sabre dans son Balenciaga, façon Beatrix Kiddo. Fermer sa gueule, tracer. Les petits bruits de bouche pour attirer son attention. Les insultes -salope, connasse, grosse pute, sac à foutre viens par là, où tu vas toi viens par là, raciste, bobo de merde on va te défoncer, on voit ton gros cul, fais attention à toi doudou, toi t'as une bouche à bien me sucer. Ne pas ralentir. Elle aime les garçons, elle les aime avec pragmatisme, avec énergie, elle les aime de toute sa peau et de l'intérieur de son ventre. Mais elle aimerait aussi pouvoir en tuer quelques-uns. Qu'il y ait une license -légitime défense. Vous êtes en bande, vous me suivez en me menaçant - je sors mon sabre et je décapite. Elle a l'habitude. Il faut du caractère pour être une chaudasse. Tu n'as le soutien de personne, sur cette terre. Ni des mecs avec qui tu traînes, ni des meufs qui sont tes copines, ni des mecs que tu ne suceras pas."

Le deuxième tome sort en mars et le troisième en septembre 2015.

Liens : Le Monolecte l'a lu et en parle sur son blog : Une saison froide et rêche.
Une interview de Virginie Despentes chez les Inrocks : Dans Vernon Subutex, Virginie Despentes cartographie la société.
Toutes les citations du roman de Virginie Despentes sont en caractères rouges.

lundi 23 février 2015

Trivia, prédécesseure de la "Sainte" Trinité masculine


Je vous propose cette semaine la traduction d'un texte tiré de Gyn / Ecology sur la mystique de la Trinité masculine : Père, Fils et Saint-Esprit. Mary Daly, l'auteure (1928-2010), est une féministe radicale américaine, docteure en théologie, philosophe et professeure d'université. Les dieux mâles mentent, les dieux des mâles racontent l'HIStoire d'une revanche sur les femmes.

"J'ai déjà discuté de la Trinité chrétienne comme étant le paradigme des processions, représentant le système clos de la communion auto-congratulatoire, yeux dans les yeux, entre les pères et les fils. C'est la fusion modèle, le comité central, le conglomérat suprême. Quelques théologiens ont généreusement alloué aux femmes une vague identification avec la troisième personne, si nous acceptons l'implication fausse que la féminité du Saint Esprit a quelque chose à voir avec les femmes. [...] La Triple Déesse pré-héllénique est parfois identifiée comme Hera-Demeter-Korê, et dans le mythe irlandais, il y a une triple déesse Eire, Fodhla et Banbha... Le modèle basique selon certains est Fille, Nymphe et vieille femme, et selon d'autres, Fille, Mère et Lune. Ces trois volets ne sont en aucune façon un modèle familial. Ils sont signification temporelle, spatiale, cosmique. [...]

Le fait est que le monde ancien ne connaissait pas de dieux. La paternité n'était pas honorée. Quand le patriarcat devint la structure sociale dominante, un moyen commun de légitimation de cette transition d'une société gynocentrique fut le mariage forcé de la Triple Déesse, dans ses différentes formes, à une trinité de dieux. Ainsi Hera fut remplacée par Zeus, Demeter par Poséidon, et Korê par Hadès.

Quand nous regardons la Triple Déesse dans le panorama des différentes trinités de dieux qui ont précédé la Trinité chrétienne, d'autres symboles chrétiens se présentent comme de pâles dérivés : ainsi le mythe Pélagien de la Création, Eurynome, la Déesse de toutes choses, est représentée sous la forme d'une colombe et elle pond l'Oeuf universel. Son nom sumérien était Iahu, signifiant "noble colombe". Ce titre passera plus tard à Yahvé (il y a similarité phonétique, y compris avec Jupiter), Créateur. Quand nous voyons le symbole du Saint Esprit représenté sous la forme d'une colombe dans ce contexte, son absurdité devient évidente. On est tenté de se demander comment il pourrait pondre un oeuf ! [...]

Statue "Hecate Chiaramonti", sculpture romaine 

Mais il y a plus à considérer concernant la triplicité de la Déesse. Kerényi fait allusion au fait étonnant qu'un des noms de la Déesse était Trivia -nom utilisé de façon équivalente à ceux d'Hécate, Artémis et Diane. La figure classique d'Hécate, Déesse des sorcières, était construite sous forme de triangle, les trois faces regardant trois directions différentes (remplacées plus tard par trois jeunes filles dansant). Les statues d'Hécate étaient installées aux croisements de trois routes : d'où le nom Trivia (Trois voies, en latin). L'idée du croisement de trois routes était naturellement cosmique, car ces croisement pointent la division possible du monde en trois parties -ce que faisaient les anciens. Ainsi Hésiode dans la Théogonie acclame la Déesse comme la maîtresse de trois royaumes -terre, ciel et mer- une suzeraineté qui a été sienne bien avant l'ordre de Zeus. Même au Moyen Age, les croisements*, spécialement les endroits où trois routes convergeaient, étaient vus comme des lieux de prédiction et d'avènements surnaturels. En Suède, par exemple, les sacrifices aux elfes étaient faits à la "rencontre de trois routes". Dans les Highlands d'Ecosse, la divination devenait possible si on s’asseyait sur un tabouret à trois pieds** à la rencontre de trois routes quand l'horloge sonnait 12 coups de minuit à Halloween (le sabbat des sorcières). De telles croyances n'ont évidemment pas totalement disparu.

Les Trois Grâces 

A la lumière de la signification cosmique du terme trivia, croisement de trois routes et Déesse qui porte ce nom, la signification contemporaine du terme en anglais (en français aussi) doit être réexaminée. Le terme anglais (français aussi) est selon le dictionnaire Merriam Webster, dérivé du latin Trivium (croisement, carrefour, littéralement, trois voies), défini comme "choses sans importance", "triffles" (des nèfles ou tripette en français populaire). L'adjectif trivial est défini comme "commun, ordinaire, sans distinction"..., de peu de valeur ou d'importance : insignifiant, faible, mineur, léger". Naturellement, selon les valeurs patriarcales, ce qui est "commun' est "de peu de valeur", car dans une société hiérarchique basée sur la compétition, la rareté est intrinsèquement associée à la "valeur". Donc, l'or est plus important que l'air frais, et par conséquent, nous sommes forcé-es de vivre dans un monde où l'or est plus facile à trouver que l'air pur !

L'étrangeté de cet état d'esprit / mythologie devient évidente quand nous réalisons que la Trinité chrétienne est dogmatiquement déclarée "omniprésente". Cette omniprésence n'est jamais équivalente à la trivialité, inutile de préciser. Cependant, il y a une apparente contradiction dans le fait que l'androcratie, qui fait de la rareté un prérequis inhérent à la grande valeur, trouve convenable de nommer son prétendu infini, parfait et suprême dieu "omniprésent". L'apparente contradiction disparaît quand nous réalisons l'implication du fait que le Patriarcat est la Religion des Retournements. Le dieu "omniprésent" n'est pas "un lieu commun" parce qu'il n'a pas de lieu. Correctement nommée, son "omniprésence" est une "omni-absence". Son absence de partout est nommée "présence" partout, et la "présence" consiste précisément en nommer-faux. L'ubiquité du nommer-faux masque la menaçante Absence, qui est l'essence du dieu patriarcal. Elle lui confère une valeur infinie dans le royaume raréfié du système de valeurs de la Religion des Renversements. L'infinie absence de la divinité du dieu patriarcal est l'ultime rareté - raréfiée jusqu'au Point Zéro. Il y a un sens caché dans l'appellation "Omega" qui, décodée, signifie Rien Ultime.

Le nom de la Déesse, Trivia, devrait alors fonctionner comme un rappel constant de cette réduction du réel par la religion patriarcale, multidimensionnelle présence du Rien, créé par les pères à leur image et à leur ressemblance. Quand les femmes entendent les termes trivia, trivial, trivialiser, ils devraient leur rappeler l'omniprésence du Retournement, dont l'ultime signification est le re-tournement de l'énergie de l'engendrement de la vie, symbolisé par la Déesse, en un nécrophilique Amour du Rien. Dans la terre des pères, les femmes sont triviales, concernées par la trivialité, méritant d'être trivialisées. Dans le Temps Préhistorique des femmes, l'espace-temps de Trivia, les femmes sont libres de trouver la trivialité cosmique de leur propre génie créatif. "
MARY DALY - GYN / ECOLOGY

Mes propres commentaires sont en italique.
*En Bretagne, les calvaires sont toujours placés aux croisements de routes ou chemins, ils sont évidemment postérieurs et remplaçants de rites plus anciens que l'Eglise chrétienne n'a pas réussi à éradiquer
** Dans un passage des Guérillères, Monique Wittig parle d'un fourneau à trois pieds "Je reste aussi ferme que le fourneau à trois pieds", écrit-elle. Je n'hésite pas à faire le lien. Elle fait sans doute allusion à cette triplicité de la Déesse.

lundi 16 février 2015

Guerilla girrrrrls !


Il n'y a pas que dans les sphères industrielles et dans les nouvelles technologies que l'entre-soi masculin fait des ravages : les musées ne sont pas en reste. Savez-vous qu'il y a moins de 5 % de femmes artistes dans les sections d'art moderne des musées ? Est-ce que les femmes doivent être nues pour être dans les musées, se demandent les Guerilla Girls, un groupe de féministes anonymes (et masquées de têtes de gorilles) qui dénoncent le tout masculin dans les musées et les expositions d'art. Quelques-unes de leurs nombreuses productions peuvent être vues en suivant ce lien : 

LES AVANTAGES A ETRE UNE FEMME ARTISTE 
(Au deuxième degré) 


- Travailler sans la pression du succès
- Ne pas figurer dans des expositions avec des hommes
- Pouvoir s'échapper du monde de l'art en ayant 4 jobs en free-lance
- Avoir l'assurance que, quelle que soit la matière où vous excellez, elle sera labellisée "féminine"
- Ne pas être coincée dans des boulots contractuels d'enseignement
- Voir vos idées vivre dans les travail des autres
- Avoir l'opportunité de choisir entre carrière et maternité
- Ne pas devoir s'étouffer avec de gros cigares, ni peindre en costume italien
- Avoir plus de temps pour travailler après que votre compagnon vous a laissée tomber pour une plus jeune
- Etre incluse dans des versions révisées de l'HIStoire de l'art
- Ne pas connaître l'embarras d'être appelée "génie"
- Avoir votre photo dans les magazines d'art, portant un costume de gorille.

Deux oeuvres de Man Ray : artiste photographe surréaliste, il représentait ainsi Vénus dans ses wrappings (emballages) : 1936 "Vénus restaurée", un buste, sans bras, ni jambes et sans tête, ligotée par des cordes !


et Vénus 2, une tête de femme emmaillotée dans un filet ! On peut interroger, au-delà de la prestation artistique, ce qui passe par la tête de ces hommes quand ils représentent ainsi les femmes ! La peur, la détestation, les deux ?


lundi 9 février 2015

Rôles-modèles : les femmes pionnières du codage informatique

Pour compléter le billet précédent sur l'entre-soi masculin en informatique software, tant dans les écoles que dans l'industrie, et montrer aux filles qu'en codage informatique les garçons ne sont pas plus légitimes que nous, voici quelques modèles de pionnières scientifiques mathématiciennes et cryptologistes qui ont tracé le chemin. Sans elles, l'informatique et l'électronique, telles que nous les connaissons, ne seraient pas ce qu'elles sont.


Adélaïde (Ada) Lovelace - 1815-1852 - Premier programmeur de tous les temps, elle invente le premier algorithme (une suite d'instructions à plusieurs paramètres qui toutes exécutées dans le bon ordre permet d'obtenir un résultat), trouvé dans ses notes, et destiné à être exécuté par une machine. Au début, personne ne sachant qui elle était, on la présumait fiancée ou maîtresse de l'ingénieur Charles Babbage dont elle contribuait aux travaux, jusqu'à ce qu'on trouve sa formule mathématique ! Le diminutif de son prénom est donné au langage de programmation ADA, conçu pour le Ministère de la Défense américain entre 1977 et 1983, par CII Honeywell Bull.


Grace Hopper - 1906-1992 - Dite la Sauterelle (grasshopper en anglais), surnom donné par ses camarades. Scientifique mathématicienne et amirale de la US Navy. Conceptrice du premier compilateur en 1951, et du langage COBOL (langage de programmation indépendant pour les machines) en 1959. Elle popularise les termes "bug" et "débuguer", et laisse son nom à un super ordinateur Cray.


Ann Caracristi -1921- Scientifique spécialiste de la cryptanalyse : elle travaille sur les messages de l'armée japonaise en 1942, et sur des applications de crypto-analyse pour ordinateurs. Elle est nommée Directrice adjointe de la NSA, l'agence nationale américaine de sécurité, entre 1980 et 1982.

Hedy Lamarr - 1914-2000 - Actrice, productrice et SCIENTIFIQUE mathématicienne américaine - Conçoit un code de brouillage de fusées sur 88 différentes fréquences, code encore utilisé aujourd'hui sur les systèmes GPS et Wi-Fi Bluetooth.




Les Women Code breakers de Bletchley Park, (code breaker : aujourd'hui on dit hacker) Milton Keynes, Buckinghamshire (sud UK) pendant la 2ème guerre mondiale. Elles étaient 9000 (80 % des 12000 personnes qui travaillaient dans ce service de renseignements), ces premières codeuses qui travaillaient à casser le code d'Enigma, la machine qui cryptait les messages radio du IIIème Reich et de l'armée allemande (149 milliards de milliards de probabilités changées toutes les 24 H) : à ce titre, elles ont participé à la Victoire des Alliés en 1945. Priées de rentrer chez elles en gardant le secret défense sur leurs activités pour le MI6 de l'Intelligence Service britannique, elles ont littéralement été effacées de l'histoire pendant 70 ans. Parmi celles qui travaillaient dans l'équipe d'Alan Turing :

Joan Clarke - 1917-1996 - Mathématicienne, cryptologue, elle travaillait à Bletchley Park sur la machine Enigma, qui codait les messages radio stratégiques de l'armée allemande. Son rôle auprès de Turing dans le film Imitation Game est tenu par Keira Knightley : sortie janvier 2015.
Et
Mavis Batey - 1921-2013 - Crypto-analyste - Code breaker  
Margaret Rock - 1903-1983 Crypto-analyste - Code breaker

Elles ont inspiré la minisérie britannique Enquêtes codées, où, démobilisées, tenues au secret (officiellement, elles étaient secrétaires !) même vis à vis de leur famille, elles tentent de mener une vie de ménagères soumises quand des meurtres se produisent, elles se remettent au travail pour tenter de trouver des "patterns", sortes de séquences répétées dans les comportements humains des meurtriers. Excellente série de 2 saisons pour l'instant.






Les programmeuses américaines de l'ENIAC, premier ordinateur entièrement électronique (leurs ancêtres étaient électro-mécaniques) "Turing complet", programmable pour résoudre tous problèmes calculatoires. Le codage était considéré comme subalterne, donc confié à des femmes, les hommes préférant le hardware : résistances, tubes à vide, condensateurs, câblage et soudures de la machine. Comme quoi, tout est relatif, en fonction des époques et du prestige accordé au poste de travail ! Quand un poste de travail s'anoblit, les hommes l'investissent et l'industrialisent, renvoyant à l'oubli les premières à avoir fait le travail de défrichage. C'est même une sale habitude.
Betty Jean Bartik (à gauche sur la photo) - 1924-2011 en est une des premières programmeuses. Elles sont bien oubliées aujourd'hui, effacées de l'HIStoire, alors qu'elles ont inventé les technologies modernes de l'information.

Irène Greif  - Première femme à obtenir un doctorat en informatique au MIT. Rencontre en 1964 son premier ordinateur qui ne parle qu'en langage machine à base de 0 et de 1. Son domaine de recherche sera l'interface homme-machine. Autrement dit, c'est grâce à elle si nos ordinateurs d'aujourd'hui sont accessibles à tout le monde.

Evidemment, cette petite liste n'est pas exhaustive : il en manque. J'accepte toutes suggestions. Les hommes ne sont pas plus destinés ni légitimes que nous à la programmation software et il est important que les femmes y investissent leur génie et leur sensibilité, c'est une question de démocratie. Laisser toute la place aux hommes dans des technologies qui engagent notre avenir est une faute.  Je termine par une citation du Feminist Cyborg Manifesto de Donna Haraway : The INFORMATICS of DOMINATION : nous sommes engagés dans la mutation transition d'une société organique et industrielle vers une société d'information polymorphe travail/jeu qui peut s'avérer mortelle si nous n'y prenons garde. Dans une tentative épistémologique et politique, le graphique ci-dessous (en anglais) donne un aperçu du changement de domination en train de s'accomplir sous nos yeux :

Representation       Simulation
Bourgeois novel, realism        Science fiction, postmodernism
Organism       Biotic Component
Depth, integrity     Surface, boundary
Heat      Noise
Biology as clinical practice        Biology as inscription
Physiology        Communications engineering
Small group       Subsystem
Perfection       Optimization
Eugenics       Population Control
Decadence, Magic Mountain        Obsolescence, Future Shock
Hygiene      Stress Management
Microbiology, tuberculosis         Immunology, AIDS
Organic division of labour     Ergonomics/cybernetics of labour
Functional specialization      Modular construction
Reproduction        Replication
Organic sex role specialization       Optimal genetic strategies
Biogical determinism        Evolutionary inertia, constraints
Community ecology        Ecosystem
Racial chain of being      Neo-imperialism, United Nations humanism
Scientific management in home/factory       Global factory/Electronic cottage
Family/Market/Factory        Women in the Integrated Circuit
Family wage       Comparable worth
Public/Private      Cyborg citizenship
Nature/Culture       Fields of difference
Co-operation    Communications enhancement
Freud        Lacan
Sex         Genetic engineering
labour      Robotics
Mind        Artificial Intelligence
Second World War        Star Wars
White Capitalist Patriarchy       Informatics of Domination
The mode is the message - The code is the collective

lundi 2 février 2015

Entre-soi masculin et exclusion des filles

Ce blog et mes deux autres comptes sur les réseaux sociaux me servent, entre autres choses, à dénoncer l'entre-soi masculin : celui du Festival du Film de Cannes et ses sélections masculines, les plateaux de C dans l'air, les Conseils d'administrations exclusivement masculins des entreprises, la hiérarchie vaticane, la non mixité de l'Assemblée Nationale et du Sénat, et les écoles de techniciens et d'ingénieurs qui excluent les filles et les femmes ainsi que les technopoles qui les emploient. "Madame, chez nous, c'est très technique et très spécifique", ai-je entendu pendant toute ma carrière, que je sois candidate à un poste dans l'industrie ou l'électronique/informatique, ou que je sois commerciale/consultante dans ces mêmes disciplines. Sous-texte : les bonnes femmes, ça ne comprend RIEN à la technique.

Quand je suis sur Twitter, généralement, je n'ai pas de réponse ni d'objections des boîtes citées, sauf de certains masculinistes et des teigneux qui ne supportent pas une telle pierre dans leur jardin. Ils trollent. Soit sollicités par l'entreprise ou école dont ils sortent, soit en ouvrant un compte pour faire poids aux féministes honnies qui, forcément, disent des bêtises avec de mauvaises intentions, celles de mettre l'accent sur leurs injustices, qu'ils nient farouchement. Ces trolls me renvoient, croient-ils, le super argument qui tue, genre "mé dans les écoles d'esthéticiennes, y a pas de mecs, ouh, les vilaines qui discriminent les hommes, tiens prends ça !", assorti pour les plus branchés d'un #facepalm qui se veut désobligeant (synonymes : #fail, #stupid, #epicfail, #failure #retarded) vengeur. Le pas fini qui ferait bien de s'acheter un cerveau et de s'en servir pour lire des livres. Féministes, par exemple.

Aussi ce billet (argumenter sur Twitter en 140 signes, surtout avec des ignorants de mauvaise foi relève de l'impossible) pourra me servir lors d'un prochain échange où j'aurai juste à leur envoyer le lien. Ces ignares posent A PRIORI que toutes choses sont égales par ailleurs, que les relations entre les hommes et les femmes sont SYMETRIQUES, ce qui bien sûr est faux, il n'y a qu'un technicien de mauvaise foi, qui prend Pearl Harbour pour une actrice américaine qui ne le sait pas. Un gros philistin, en d'autres termes.

Les esthéticiennes, les coiffeuses, les infirmières ne mettent pas en place de stratégies d'évitement pour ne pas avoir de mecs chez elles ; je pense même que pas mal d'entre elles seraient contentes d'en accueillir. Mais les mecs, eux, ne veulent pas faire de "boulots de gonzesses", peu ou mal payés. Voire pénibles et mal payés, comme dans le cas des infirmières ou des aide-soignantes.
Alors qu'informaticien, développeur informatique, électronicien ou mécanicien..., c'est bien payé, et selon la légende urbaine des patriarcaux, on en manquerait cruellement, ou alors ON VA EN MANQUER, c'est imminent. D'où l'intérêt d'ouvrir des écoles partout et de les mettre en concurrence. La compétition il n'y a que cela de vrai, mais entre eux, des fois que les filles seraient meilleures ! Des infirmières, on n'en manque et on n'en manquera pas, et ça se trouve sous le sabot d'un cheval,
bien sûr ?

Voyons quelles stratégies ils mettent en place pour que les filles ne viennent pas, de la plus bénigne à la plus criminelle, de l'exclusion institutionnelle, à l'exclusion purement individuelle sexiste.

L'exclusion institutionnelle :

- Entendu en permanence dans l'industrie : "chez nous, ya pas de chiottes et de vestiaires séparés, on ne peut pas avoir de femmes". Locaux insalubres, sales, moches, INHOSPITALIERS, graisseux, sont les marques des industries masculines. Ça peut sentir le renfermé aussi, voilà ce que c'est que de ne jamais ouvrir une fenêtre, au propre et au figuré. Quand ils n'ont pas de raison formelle pour que ça renifle, ils s'arrangent pour vous mettre trois gros sacs poubelles devant les lavabos où vous voulez aller vous laver les mains quand vous êtes en visite et que vous avez fait 500 bornes pour venir les voir, ces misérables ;
- L'uniforme de travail : les flics et CRS notamment (mais pas qu'eux), sont habillés de combinaisons d'un seul tenant : quand ils vont pisser, ils se dézippent la braguette et ça le fait ; quand ils recrutent des filles (si les filles veulent venir, elles doivent accepter toutes les règles de l'institution, serinent-ils), les filles doivent se désapper pour aller pisser. Il y a eu amélioration -grâce aux filles, maintenant, c'est chemise pantalon en deux pièces. Si c'est la seule braguette-zip qui fait la/le CRS, je refuse de payer la TVA et mes impôts, bordel.
- L'occupation de l'espace et du temps : entassements en open space merdique de grande camaraderie masculine où s'isoler est impossible, sans parler des envahissements de l'espace des femmes qu'ils se permettent sans arrêt, ces saigneurs seigneurs de la terre. Tout leur est dû, le bureau, l'ordinateur de maman, l'espace public avec leurs encombrants et brutaux jeux de ballons et leurs planches de skate, etc...  Occupation du temps : ils "travaillent" de 9 H à 21 H, ils réunionnent après 19 H, réunions où il ne se dit rien mais qui durent des plombes, puisque le service est assuré par des femmes de ménage et des domestiques, des cuisinières, "mamans" chez qui aller épancher ses bobos à l'âme, bref, le repas est prêt. Plus qu'à se mettre les pieds sous la table ! On appelle ça la division sexuée du travail.

Certaines écoles de techniciens et d'ingénieurs dont le cas Epitech documenté par un mémoire de @sweetyclem à lire absolument, mais également, l'école 42 fondée par Xavier Niel, le patron de Free, sont à ce titre parfaitement éloquents : ces écoles de techniciens sont nées de la peur du chômage qui désormais menace tout le monde : même ceux qui ont un beau diplôme peuvent rester sur le carreau, ils garantissent donc un taux d'emploi de plus de 95 % à la sortie. Mais avec prix fort à payer : scolarité chère dans un cas (les parents se saignent ou s'endettent, et les élèves aussi) et surtout dans tous les cas, omniprésence dans l'école : pas d'horaires, pas de vacances, école ouverte tous les jours, samedis, dimanches, fériés, NUIT et JOUR. Car la menace du chômage sert aussi à formater des futurs salariés bien dociles et suiveurs, elle entretient la peur. Le présentéisme, cette plaie, est valorisé : vous faites de l'informatique, vous développez du code, vous mangez dans l'école, vous y vivez, vous ne la quittez plus. Cela crée des liens, renforce, croient-ils, la sacro-sainte cohérence des équipes, le ciment de l'amitié masculine, tant pis pour ceux (CELLES) qui ne sentent pas l'intérêt d'un tel investissement stérilisant. Car évidemment, c'est stérilisant : pas de métissage, et tout ce qui n'est pas enseigné à l'école/entreprise, ne sert pas les buts de l'école est banni, c'est le contraire d'un enseignement généraliste qui append à PENSER, qui développe l'esprit critique, ce que doit faire tout enseignement. Mais au fait qui assure l'INTENDANCE dans ces endroits ? Des femmes, éternelles pourvoyeuses de "services" bénévoles ou mal payés : repas, ménage, nettoyage du linge, secrétariat,... car il faut bien que quelqu'un le fasse. Avec un tel partage des tâches, je ne vois pas comment les femmes pourraient y aller. Donc, l'argument "mais que les femmes viennent, nous on ne demande pas mieux" est faux-cul et foutage de tronche. Indiscutablement, ces pratiques sont des méthodes d'exclusion des femmes pour les deux raisons évoquées.

- Les pratiques rituelles d'intégration : les bizutages où il est difficile de distinguer ce qui relève de la fête bon enfant et ce qui relève du sévice, au besoin sexuel : les premières victimes sont des garçons bouc émissaires, les plus faibles, les différents..., victimes de la mâle-traitance corporelle et psychologique, voire d'agressions sexuelles. Si les filles ne veulent pas y participer, elles seront taxées de faire cavalière-seule, de ne pas vouloir "s'intégrer".

Les stratégies individuelles d'exclusion : 

- Remarques sexistes, blagues lourdes, sous-entendus d'incompétence, refus de travailler avec les femmes, "climat général hostile aux filles", zéro pointé parce qu'une a protesté qu'elle a réparé (corrigé un bug) le programme d'un mec et que le mec se l'est attribué, ne supportant pas qu'une fille soit plus compétente que lui.
Ces stratégies peuvent devenir violentes : harcèlement, pratiques perverses et humiliantes, le viol même est une pratique qui fait régner la terreur (deux affaires récentes de viols dans l'armée et les CRS ont conduit à interpeller les ministres), le terrorisme machiste fait que des comportements d'évitement se mettent place. Les femmes, tout en niant les discriminations, soit n'y vont pas, soit se tiennent à carreau quand elles ou une camarade est agressée, et ne sont pas solidaires entre elles de peur d'être exclues de ces milieux machistes. Evidemment, l'agression sexuelle est paroxystique, mais elle a l'avantage de faire régner préventivement la terreur, et d'être dissuasive. Le "tu l'as bien cherché" est dans l'air. Fréquenter des lieux masculins pour une femme est forcément transgressif, la société nous le rappelle tous les jours.

J'ai personnellement expérimenté plusieurs de ces situations (outre les plafonds de verre, salaire spécial femme...) : pas de toilettes pour les femmes généralement, soupçons de ne "pas s'intégrer dans l'équipe" de joyeux drilles, poussant à l'alcoolisation voire à la délinquance routière dans deux cas, et aussi un pervers harceleur que j'ai supporté 4 jours : j'ai rompu ma période d'essai en lui disant son fait et suis partie avec mes affaires sous le bras en tonitruant dans le couloir. Six mois après, le type était traîné devant un tribunal et mis en retraite anticipée : j'ai la faiblesse de penser que j'ai peut-être ouvert une brèche, sans avoir de certitude, mais la situation pourrissait la boîte depuis longtemps.

Qui peut témoigner de comportements sexistes symétriques dans des établissements à majorité de femmes ? Dans des proportions telles et d'une telle gravité ? Personnellement, je n'en ai pas connaissance ; les principaux reproches sont que les femmes sont mesquines et pestes entre elles, accusations qui relèvent davantage de la misogynie ambiante, et de la haine de soi que développent tous-tes les colonisé-es qui doivent survivre dans un monde qui n'a pas été fait pour eux. Tout cela est parfaitement documenté, et même si personnellement je n'en ai ai pas vécu, je me suis toujours trouvée plus à l'aise dans des milieux féminins. L'argument que les deux camps sont à égalité dans la discrimination à caractère sexiste, est donc parfaitement spécieux et orienté, donc irrecevable.
Les chercheures et scientifiques femmes qui ont permis l'informatique telle que nous la connaissons aujourd'hui - "Les pionnières qui ont rendu l'informatique possible, mais les filles ne devraient pas faire des trucs de garçons, naturellement".

Liens supplémentaires : Open source, closed minds (en anglais) sur le milieu sexiste des développeurs open source.
Sexiste, l'informatique ? aborde l'absence de modèles féminin et/ou l'effacement HIStorique de ces modèles.

lundi 26 janvier 2015

Waleed Al-Husseini, libre-penseur, athée et... persécuté

Par solidarité de blogueuse, puisqu'à l'évidence on peut être embastillé pour avoir exposé ses idées sur la blogosphère, j'ai acheté et lu le récit de mémoires de Waleed Al-Husseini publié chez Grasset. Âgé aujourd'hui de seulement 26 ans, Waleed Al-Husseini est réfugié politique en France depuis 2 ans.


Les prisons d'Allah est sa biographie et le récit de son parcours de libre-penseur en Cisjordanie où il est né et où réside sa famille de commerçants-artisans issus de la classe moyenne. Athée depuis l'âge de 14 ans, et blogueur affichant son athéisme depuis l'âge de 17 ans, Walid Al-Husseini est arrêté, torturé et détenu pendant 10 mois dans les geôles de l'Autorité Palestinienne, libéré sous caution puis en fuite en Jordanie qui a des accords d'extradition avec la Palestine, et ensuite en France (son arrivée à Paris avec un double sentiment d'effroi et d'émerveillement) qui n'était pas son premier choix car il ne parlait pas français. Il voulait aller au Canada anglophone, mais c'est la France qui lui a accordé l'asile la première. Bien que la laïcité soit inscrite dans sa Constitution, sans doute pour complaire à l'Europe, sa principale financeuse, en réalité, l'Etat Palestinien est confessionnel et ne tolère pas les contestataires de l'Islam. Ce livre, dont je recommande chaleureusement la lecture, bien écrit et bien traduit, est enthousiasmant et frais, comme les idées exprimées par ce libre-penseur qui ne veut que la Raison pour inspirer sa vie. C'est un défenseur de la laïcité et des idées des Lumières. Il parle aussi très bien de la situation des femmes dans son pays et, plus généralement, en terre d'Islam, femmes sous tutelle, qui ne peuvent pas non plus choisir leur destin. Ils aborde notamment les cas de mariages forcés précoces.

J'avais écrit ici même un billet sur le hors-série Charlie Hebdo La laïcité, c'est par où ? Cette laïcité, concept tellement français, notre invention républicaine que les autres ont du mal à comprendre, est menacée par le retour du religieux et le relativisme culturel, ce racisme doucereux qui ne dit pas son nom.

La laïcité est la garantie par la République, qui ne reconnaît elle-même aucun culte, qu'on peut pratiquer sa religion ou croyance dans la sphère intime ; en contrepartie, la République refuse tout affichage dans l'espace public, ou au moins dans ses administrations publiques. Citation de Cynthia Fleury sur le plateau de C dans l'air, récemment. Aucun état avec loi religieuse inscrite dans sa constitution ne vous garantit une telle
liberté : les religions sont par définition toutes clivantes, convaincues de détenir la vérité absolue, elles considèrent que les autres religions concurrentes sont blasphématoires envers elles.


Le blasphème n'est pas mentionné dans la loi en France, il n'est donc pas un délit. Vous pouvez remplacer le bicorne de Napoléon par un canotier, ou faire des moustaches à la Joconde, écrire dessous L H O O Q (déjà fait, donc net manque d'originalité), vous pouvez enlever le pagne du Christ en croix et le remplacer par un kilt, et mettre un chapeau haut de forme à Allah, ce n'est pas illégal. Ce qui est un délit en revanche, et relevant du Code Pénal, c'est attaquer une personne sur sa croyance ou ses origines supposées religieuses ou ethniques. Ceux et celles qui ne font pas le distinguo entre les idées et les personnes, entre la satire et le racisme-incitation à la haine, entre des personnes humaines vivantes et les personnages historiques ou fantasmatiques ont juste besoin de cours d'instruction civique : ce n'est pas du tout la même chose. "La laïcité c'est la fraternité/sororité anonyme. Le retour du religieux est un échec de fraternité".

Autres liens liberté d'expression :
Une tribune de Roberto Saviano dans Libé : Saviano, auteur de Gomorra, est menacé de mort par la Mafia, il vit sous la protection de la police italienne en changeant sans arrêt d'adresse.
La voie de la Raison, le blog de Waleed Al-Husseini
Le Facebook du Conseil des ex-musulmans de France, créé avec d'autres par Waleed Al-Husseini
Une critique des Prisons d'Allah chez La règle du Jeu
Felina, journaliste et twitteuse, assassinée par les cartels mexicains de la drogue.

jeudi 22 janvier 2015

Les violeurs sont parmi nous

Le Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV) sort sa dernière campagne contre le viol. Le spot a été présenté à la presse le 20 janvier. Je relaie la campagne.



Pour connaître la loi et savoir à qui s'adresser (y compris quand les faits sont anciens) suivre le lien SOS viols femmes information. Et il faut bien sûr, pour être complètement informée, explorer le site en cliquant sur toutes les pages.

Des violeurs continuent leur vie, impunis, comme si de rien n'était, et il faut en plus subir des incitations au viol. La loi Santé préparée par Madame Touraine, Ministre de la Santé, a provoqué une grève corporatiste des médecins pendant les fêtes. Les grévistes du CHU de Clermont-Ferrand ont dessiné une fresque contestataire où des "super-héros" violent une super héroïne, avec commentaire du même niveau, et l'ont postée sur Facebook, ce qui rajoute la publicité à la mauvaise action.


Il s'agit de la représentation d'un viol collectif, ni plus ni moins. Ils appellent ça une plaisanterie de salle de garde. Hilarant, l'humour carabin. On peut toutefois se poser deux questions : si le Ministre de la Santé avait été un homme, aurait-on eu cette représentation incitant au viol ? Et comment ces futurs médecins recevront-ils avec une telle mentalité, les victimes de viol qui auront recours à leurs services aux urgences hospitalières ou dans leurs cabinets ? L'impact de telles images est dévastateur sur les victimes ou futures victimes de viol. Devant les protestation des féministes et même du groupe PS à l'Assemblée, la fresque a été retirée, mais sans sanctions apparemment. Voir le lien Cheek Magazine.

vendredi 16 janvier 2015

Tendance : l' effacement des femmes

Les trois religions du Livre n'aiment pas les femmes. J'ai eu l'occasion de l'écrire ICI, ICI, ou encore ICI. Il est intéressant de souligner trois évènements de l'actualité qui le montrent de façon non allégorique. Le quotidien israélien hassidique "Hamevasser" (les hassidim sont une tendance fondamentaliste du Judaïsme) a rapporté dans ses colonnes la marche parisienne du 14 janvier 2015 #JeSuisCharlie. Mais comme ils considèrent que la "représentation des femmes est indécente", ils ont publié la photo des officiels en effaçant à la palette graphique, outre la Première ministre Danoise Helle Thorning-Schmidt,  Madame Merkel Chancelière d'Allemagne, femme sans doute la plus puissante du monde, en tous cas d'Europe, protocolairement située à la gauche de François Hollande, Président du pays hôte, ainsi qu'Anne Hidalgo, Mairesse de Paris, ville organisatrice et coordinatrice de la Marche à laquelle participaient une trentaine de chefs d'états ou leurs ambassadeurs. La photo est reprise et commentée dans cet article du Nouvel Obs Où sont les femmes ? Montage photo : en haut avant et en bas, après (cliquez sur la photo pour agrandir). Seule solution : une majorité, de plus en plus de femmes cheffes d'état de façon à ce qu'on ne puisse plus nous effacer sauf à ne montrer que du vide !



WOMEN in BLACK
"Disparition", une oeuvre de 2009 de l'artiste photographe yéménite Bushra Almutawakel représente l'évolution de la tenue vestimentaire des femmes depuis les années 60 : un lent effacement des corps voulu par les fondamentalistes musulmans, y compris mains et yeux dans des vêtements noirs. La fin prévisible est terrible. On peut voir une vidéo où elle s'explique en anglais ICI.


Les chrétiens ne sont pas en reste : les télés publiques (payées par la redevance) nous bassinent à longueur de journaux télévisés avec les élections et les déplacements du Pape. Le Vatican : où sont les femmes ? Ah oui, elles assurent le secrétariat, la domesticité et les soins infirmiers de la Maison de retraite vaticane, seuls fonctions où elles sont habilitées à exercer leurs talents d'êtres "complémentaires" et non égales.










L'effacement métaphorique des femmes des images et assemblées masculines produit ses effets réels délétères dans les chiffres de la démographie : selon l'Atlas mondial des femmes présenté pour la première fois par l'INED (Institut National d'Etudes Démographiques) ce 12 janvier 2015, il y a désormais plus d'hommes que de femmes sur la planète. En cause les féminicides, les avortements de fœtus filles, et le meurtre des fillettes en Inde et en Chine principalement. Et la dégradation de la santé des femmes : corvées, travaux domestiques exclusivement assuré par elles, violences maritales et sexuelles, et surmédicalisation de l'accouchement (sur lequel les patriarcaux ont fait main basse, depuis le temps que ça les démangeait) selon cet article du Monde qui minimise, selon moi, le backlash et les offensives du conservatisme patriarcal pour dire le moins. Je parlerais franchement de haine des femmes.



Liens supplémentaires : Place et rôle assignés aux femmes par les textes dans les trois religions du livre sur l'excellent site Sysiphe.
Le "féminisme radical" aurait ramolli la virilité des hommes et en aurait fait des loques pédophiles qui se seraient réfugiées chez les curés, dixit un certain Burke, cardinal chrétien ultra-conservateur américain, selon cet article de Libé. Chez les curés, le ridicule ne tue JAMAIS, ils peuvent proférer les pires biteries sans broncher et surtout sans se retrouver sous largactil dans une cellule du Pavillon des agités à l'hôpital psychiatrique ! Encore un dingue en liberté. Libre de se défausser de ses responsabilités et de diffamer.

dimanche 11 janvier 2015

#JeSuisCharlie

Quand je me suis mise sur Twitter mercredi 7 janvier environ à 11H35 au moment où l'attentat contre Charlie se terminait à Paris, et que j'ai vu passer un tweet "Condoléances à Charlie Hebdo", je n'ai pas trop fait attention. Quand j'ai vu le deuxième tweet "Il y aurait au moins 10 morts dans la fusillade des locaux de Charlie Hebdo selon @Itele", j'ai mis la télé et me suis positionnée sur ma TimeLine. Incrédulité, horreur. Puis, plus tard : "Charb serait parmi les victimes". Mais vous connaissez la chronologie des faits ; j'ai pour ma part appris par une dame la mort d'Oncle Bernard (Bernard Maris) dont j'appréciais les analyses économiques, sur la place de ma mairie à 18 H ce même mercredi, où des gens se sont rendus spontanément le soir même, au premier rassemblement.
Je lis Charlie depuis ses débuts, après Hara-Kiri, La Gueule Ouverte, le journal d'écologie politique dont je me rappelle les couleurs vert pisseux en bichro, que je dévorais. Puis le Charlie hebdo de Cavanna, Cabu, Wolinski, et Reiser, Choron, Siné, Delfeil de Ton, Willem,... jusqu'à sa disparition en 1981. Avec Mitterrand au pouvoir, toute la presse de gauche à vu baisser drastiquement son audience. Je ne l'ai pas racheté dès sa reprise en 1992 avec une nouvelle équipe, mais je l'ai suivi de loin en loin pendant l'équipe Val dont j'appréciais les éditos. Et puis, plus régulièrement à l'époque des caricatures de Mahomet, où les accusations d'islamophobie pleuvaient. Au fur et à mesure que mon niveau de vie baissait, le prix du journal augmentait, sans doute pour compenser la baisse des ventes. Au moment de l'attentat, Charlie est vendu à 60 000 exemplaires, tirage non viable, ils avaient lancé une souscription "qui n'avait pas marché" selon Laurent Joffrin de Libération. Je leur ai envoyé, il y a environ un mois, un chèque à la mesure de ma bourse, me promettant de m'abonner dès que mes revenus remonteraient. Dans une époque clean, frappée par un affreux backlash, Charlie n'est pas propret, il n'est pas consensuel, et certaine de leurs unes étaient vraiment trashy. Celle-ci par exemple, mais il y a eu bien pire.


Je commence ma lecture par la dernière de couv' : Les couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine, qui me font mourir de rire.


Puis les "rumeurs de la semaine" comme : L'affaire des bébés échangés à la naissance va se dénouer : le petit Manuel Valls va être rendu à l'UMP, sa vraie famille. Ou : Madonna égérie de Versace. Pour vendre des sacs en peau, rien de mieux qu'une vieille peau.

Ils ont été accusés de tout : sexisme, racisme, islamophobie. Alors qu'ils sont juste des cartoonists, des libertaires qui se marrent à faire des petits crobarts, des impertinents, de joyeux incroyants, selon l'émouvante interview de Luz ICI chez les Inrocks ! Pas plus, mais pas moins.

Et puis Charlie, c'est aussi le seul journal français avec une colonne sur le sort fait aux animaux, contre l'abattage rituel sans étourdissement, la corrida, les horreurs de l'élevage hors-sol, le cirque et les zoos avec Luce Lapin. Qui relaie les messages des associations de protection animale. Contre l'expérimentation animale, un dessin de Charb


Depuis mercredi, les statistiques de mon blog sont tirées par les recherches Google sur Charlie Hebdo, sans que je ne fasse rien (moi quand je me cherche avec les mots-clés utilisés par mes visiteuses, je ne me trouve pas !), l'article plébiscité est celui sur les Femen qu'ils avaient invitées, ces autres blasphématrices venues de l'Est et mal vues car radicales : mon billet avait très moyennement marché à sa publication. Il s'est bien rattrapé cette semaine.


Et puis viennent les hors-série que j'avais commentés avec enthousiasme et dont je vous recommande l'achat quand ils réouvriront : celui sur la Laïcité, celui Pour en finir avec la Famille, celui encore sur L'escroquerie nucléaire.
Je vous recommande aussi la lecture de deux tomes de La vie de Mahomet, de Charb (illustrations) et Zineb (sociologue des religions), naissance, vie, mort et héritage de Mahomet, illustrées au premier degré telles que les chroniqueurs de l'époque les ont racontées. Avec renvoi aux sourates citées.


En attendant (et en espérant) que Charlie reparaisse en refaisant du vrai Charlie, et pas du consensualisme mou comme ce week-end de manif planétaire où des politiques discrédités tentent de se refaire une santé sur des cadavres de gens que nous pleurons nous qui les connaissions et appréciions tant, loin de la lumière du spectacle qui obscurcit tout, selon le slogan situationniste, je mets quelques couvertures historiques anti-cléricales et anti-calotins. A bas la calotte ! Longue vie aux mécréants et aux blasphémateurs !






Pour celleux qui les accusaient de sexisme

Familles je vous hais, par Charb


Et une couverture Charlie vintage de 1973, du regretté Reiser (pas propre sur lui non plus) : les racistes ont une petite bite. Oui, ils ont une petite bite, comme tous les frustrés qui propagent la haine !


Liens supplémentaires : Ne tuons pas Charlie une seconde fois.
La manif parisienne d'Emelire, Le féminin l'emporte, avec le supplément Charlie sur le féminisme.
Je suis féministe, Je suis Charlie chez Christine Le Doaré.
Le dimanche d'espoir de La Ligne 13.

mercredi 7 janvier 2015

Terrorisme machiste : la capacité de terroriser

Je propose cette semaine un texte de Andrea Dworkin tiré de Pouvoir et violence sexiste aux Edition Sysiphe, sur la terreur, le terrorisme, exercés par les hommes : pour ne citer que deux de leurs exploits parmi les plus récents dans l'actualité, le furieux (qui serait fou) qui a jeté sa camionnette sur le public du marché de Noël de Nantes, Place Royale, et l'infirmier libéral d'Arras qui a tué 3 personnes parce que sa femme l'avait quitté, explication minimisante et justifiante des médias. Vous aurez noté par ailleurs le traitement double standard des deux affaires : psychose nationale pour le premier, et rubrique faits divers, crime passionnel pour le second qui a fait plus de morts. J'ai illustré mon billet par des images de chasseurs/tueurs en série s'exhibant avec leurs proies (ils jouent sur du velours, la société tolère encore la violence aux animaux), typique du comportement de sociopathes collectionneurs de trophées. Rappel, le sociopathe est un individu organisé, planificateur, et froid. Il tue par plaisir et non par psychose -en entendant par exemple des voix. Enfant, il se fait la main sur les animaux. Il est très dangereux, car sa haine de la société est indétectable, il présente tous les signes de l'intégration sociale, il peut même être marié ce qui lui assure honorabilité et stabilité. Voici ce qu'écrit Andrea Dworkin (pages 51 à 54)

"... le pouvoir est la capacité de terroriser, d'utiliser le soi et la force pour inculquer la peur, la peur chez toute une classe de personnes, pour toute une classe de personnes. Les actes de la terreur s'échelonnent du viol à la violence conjugale au viol d'enfants à la guerre aux mutilations à la torture à l'esclavage à l'enlèvement à l'agression verbale à l'agression culturelle aux menaces de mort aux menaces de sévices, étayées par le pouvoir et le droit de passer aux actes*. Les symboles de la terreur sont usuels et entièrement familiers : le pistolet, le couteau, la bombe, le poing, et ainsi de suite. Plus significatif encore est le symbole caché de la
terreur : le pénis. Les actes et les symboles s'agencent de toutes les façons, de sorte que la terreur est le thème et l'effet dominants de l'histoire masculine et de la culture masculine, même si elle est noyée d'euphémismes ou nommée gloire ou égoïsme. Même ignoble, elle est immense et intimidante. La terreur émane de l'homme, illumine sa nature essentielle et son but premier. Il décide du niveau de terreur à inspirer, choisit d'en faire un passe-temps ou une obsession, de l'utiliser de façon brutale ou subtile.


Mais la terreur a d'abord une légende, que les hommes mettent un soin sublime à cultiver. Épopées, drames, tragédies, chefs d’œuvres et livres mineurs, télévision et films, histoire fondée ou fictive : partout, les hommes sont des géants  qui inondent la terre de sang. Dans la légende, les hommes ont de grandes possibilités et sont porteurs de valeurs. Dans la légende, les femmes sont du butin, au même titre que l'or et les joyaux et le territoire et les matières premières. La légende de la violence masculine est la plus célébrée des légendes humaines et c'est d'elle qu'émerge l'identité de l'homme : il est dangereux. Avec la montée du darwinisme social au XIXème siècle et celle, plus contemporaine, de la pseudo-science qu'est la sociobiologie, l'Homme-Agresseur est au faîte de la lutte évolutionnaire, roi de la terre parce qu'il est le plus agressif, le plus cruel. La biologie de la suprématie masculine, qui se répand aujourd'hui dans les sciences humaines, est de fait un élément essentiel de la légende moderne de terreur que l'homme éructe en se célébrant : autrefois guerrier de Dieu, le voici sacré biologiquement pour imposer par la terreur soumission et conformité aux femmes et à tout le reste de la création. Faute de quoi, la terreur remplira sa promesse : le mâle éliminera tout ce que la terreur ne contrôle pas.



Le troisième axiome idéologique de la suprématie masculine, dans une société laïque où la biologie a remplacé Dieu, (et sert à étayer, au besoin, une théologie anachronique), c'est que les hommes sont biologiquement agressifs, foncièrement combatifs, éternellement antagonistes, génétiquement cruels, enclins au conflit du fait de leurs hormones, irrémédiablement hostiles et belliqueux. Pour qui demeure pieux, Dieu a gratifié l'homme de ce qu'il faut bien reconnaître, selon tous les critères, comme un caractère universellement mauvais, mais qui trouve heureusement un usage dans la maîtrise des femmes. Les actes de terreur, les symboles de la terreur et la légende de la terreur, propagent tous la terreur. Cette terreur n'est pas un phénomène psychologique, au sens courant du terme : elle ne naît pas dans l'esprit de l'être qui la subit, bien qu'elle y résonne sauvagement, mais est générée par des actes de cruauté largement sanctionnés et encouragés. Elle est aussi générée par sa propre réputation de longue date, qu'elle soit exquise comme chez Homère, Genet ou Kafka, ou diabolique comme chez Hitler, Charles Manson ou le véritable comte Dracula. La viande qui pourrit pue; la violence produit de la terreur. Les hommes sont dangereux ; les hommes sont craints."




* J'ai respecté la ponctuation : l'auteure a volontairement omis les virgules dans cette phrase.

Terrorisme machiste : LIENS Triple meurtre de Sainte Catherine : pourquoi l'enquête va se poursuivre malgré la mort du tireur. Vous apprécierez particulièrement la phrase de l'avant-dernier paragraphe, je cite " Pourquoi cet infirmier de 46 ans presque sans histoire, simplement condamné une fois en 2013 pour violences conjugales, a-t-il pu faire irruption, armé d'un fusil à pompe pour commettre un tel carnage ?". Clairement, personne (surtout pas la société ni ses journalistes) ne veut voir la dangerosité du tueur, présenté comme un mari bénin n'ayant jamais fait parler de lui, au besoin en minimisant sa précédente condamnation.
La dernière campagne publicitaire de TEFAL : analyse des visuels femme et homme par Patric Jean. Honte à Publicis Conseil pour cette incitation à la violence conjugale.
Zlatan Ibrahimovic en vacances tue un élan de 500 kg (espèce protégée en Suède, mais vu Sa Grandeur, personne ne va aller lui chercher de noises). Le footeux milliardaire chasse et pêche : et plus c'est gros meilleur c'est, voir les photos de l'article.
Images de haut en bas : Un chasseur d'éléphant posant près du cadavre, le massacre des globicéphales (dérogatoire) aux Iles Féroés, un chasseur d'ours et un tueur silencieux pêcheur et son poisson inmangeable. Tuer, leur activité favorite : en nombre (Baie de Taiji Japon ou Iles Féroés), ou de gros herbivores ou alors des animaux dits féroces. Mais avec un fusil à lunette. Courageux ? Pas téméraires en tous cas.