vendredi 19 mai 2017

Bâton contre fusil : la construction sociale de l'inégalité des sexes

J'ai trouvé cette photo mise en scène, "ritualisée", datant selon les apparences de mai 2016, quoiqu'il faille toujours se méfier sur Twitter, on ne sait jamais d'où ça vient. Et je n'adhère pas au commentaire spéciste d'Emmanuel Foulon, traiter le chasseur de cochon n'est pas pertinent, mais ce n'est pas le sujet. D'abord, je me suis dit une de plus, et puis en y regardant à deux fois, elle est intéressante cette photo, très intéressante même. En la regardant, nous regardons le passé, celui de l'espèce humaine, 10 000 à 30 000 ans en arrière, c'est fascinant. En 2017, du fond du Néolithique, 30 000 ans de proto-histoire vous contemplent.
En premier plan un lion, devenu trophée de chasse, mort, assassiné ; posant fièrement avec son fusil, le chasseur qui a commis le forfait. Et derrière, la femme du chasseur avec... un bâton ! Sans arme, autrement dit. Voici ce qu'écrit Paola Tabet dans La construction sociale de l'inégalité des sexes :

" Chez les Aetas des Philippines, les femmes participent à la battue (de chasse) surtout si les chiens sont peu nombreux. Pendant la battue, [elles] courent ça et là dans la brousse en aboyant : elles n'ont jamais d'armes, lesquelles sont réservées aux hommes. " (citant Reed - 1904)

Elle continue : " Dans tous les cas... le rôle des femmes est indispensable et fait partie intégrante des opérations de chasse. Mais leur participation se fait à main nue : elles servent seulement de moyen sonore pour effrayer l'animal, elles sont une sorte d'épouvantail sans pouvoir offensif et en même temps sans protection ni moyen de défense personnel. Leur position reste subordonnée, elles ne capturent jamais directement l'animal. " [...]

" La chasse typiquement féminine se fait donc sans armes ou avec des armes improvisées : cailloux, bâtons..." Toujours Tabet.
Et
" Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique, qui leur est refusé "

Et comme les armes sont les premiers outils, voilà pourquoi les femmes n'ont pas accès aux outils non plus. 10 000 ans plus tard, les hommes conduisent l'auto le dimanche, le tracteur et la moissonneuse à la ferme, pissent du code dans les sociétés de services informatiques puisqu'on en a moins besoin au hardware qui était leur domaine réservé au début des calculateurs, font pilotes de chasse et longs courriers, et ont le quasi monopole du pilotage des camions, grues et des nacelles élévatrices sur les chantiers du bâtiment. La prohibition des outils nous interdit les gains de productivité, nous condamnant de fait aux tâches harassantes, répétitives et chronophages, pendant que les hommes qui ont, eux, des loisirs monopolisent ainsi le jeu et l'organisation de la Cité, la politique.

Le tabou des armes a aussi pour conséquence l'interdiction faite aux femmes de se défendre : sans accès aux armes on est à la merci des prédateurs, animaux comme humains. C'est plus facile de nous contraindre au servage, à la reproduction forcée et à la violence patriarcale. J'ai du mal à m'ôter de la tête que si Jacqueline Sauvage a été lourdement condamnée à deux reprises par deux instances à 10 ans ferme pour s'être défendue en tuant son bourreau de mari, c'est parce qu'elle l'a fait avec un fusil de chasse ! Meilleure coup de fusil que lui, la justice patriarcale française ne pouvait pas laisser passer. Ça ne la rend pas sympathique, je n'aime pas plus les chasseuses* que les chasseurs, ça donne juste l'envie de la défendre devant une telle adhésion aux constructions sociales héritées du Néolithique.

Pour en finir avec ces sociopathes - 
Tuer un rhinocéros en payant (cher) pour sauver les rhinocéros oui, ça existe, c'est encore une manifestation du parasitisme patriarcal



Cet article du Scottish Sun rapporte une partie de chasse entre milliardaires au luxueux resort écossais de Donald Trump en Ecosse mi-mai : massacre de 600 faisans et perdrix pendant un séjour de 6 jours dans l'hôtel 5 étoiles de Turnberry, Ayrshire, juste pour le plaisir de l'entresoi, contre enchère de 10 000 £ remportée à Dallas USA, au grand dam des défenseurs des animaux. Deux ans auparavant, le même Dallas Safari Club, avait payé 270 000 £ pour tuer un rhinocéros noir de Namibie, espèce en grand danger de disparition. Devinez le prétexte : sauver les rhinocéros ! Si. On verse près de 300 000 £ sterlings pour tuer un rhinocéros... à un fond de sauvegarde des... rhinocéros. Ces malades ne prennent même plus de précautions pour cacher leurs incohérences de sanglants suprémacistes mâles. Ce sont les incohérences du conservationnisme, qui n'est pas l'environnementalisme, puisqu'il a été inventé par des milliardaires pour préserver leurs terrains de chasse. On retrouve leur ADN dans les "ONG" de type Sierra Club et WWF. Faites attention à qui vous donnez.

Les chasseurs accumulateurs de trophées d'animaux sont des sociopathes : froids, sans empathie, ils tuent sans autre motif que la jouissance que leur procure la mort d'un être vivant, ils n'ont que peu de contrôle social sur eux-mêmes, et si vous pensez que pour l'instant il ne s'attaquent "qu'à des animaux, c'est que des bêtes après tout", ça peut changer. Il sont susceptibles de transgresser vers le haut, puisque nous sommes une espèce hiérarchique, en tuant femme et enfants. Voyez Pistorius et tant d'autres. Le meurtre animal reste encore toléré, voire accepté, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas symptomatique de cruauté et de jouissance malsaine selon leur bon plaisir. Ils sont dangereux.

A lire absolument. Paola Tabet est anthropologue.


Lien :
IFAW International Fund For Animal Welfare écrit aux chasseurs de trophées -
Chasse sportive : l'amour de la nature morte

* La chasse en France : 98 % d'hommes, 2 % de femmes. Néolithique, donc.

vendredi 12 mai 2017

Pour en finir avec "même pas foutue de te trouver un mec" !

Billet pas consensuel sur les hommes qui nous parlent mal.


"Même pas foutue de te trouver un mec !" J'ai entendu ça le week-end de Pâques, devant chez moi, dit par deux types (enfin un, et l'autre derrière le premier -le courage n'est pas leur principale caractéristique) apparemment pas non plus capables de se trouver une nana (mais tant mieux, vu les deux spécimens) ; le contexte, un différend avec une voisine gravement toxique, collabote, contente de me les fourrer dans les pieds. Grossiers, mal élevés, l'insulte à la bouche, les insultes proférées sur mon passage, c'est l'histoire de ma vie, mais maintenant, c'est devant chez moi. Le sexisme et la haine des femmes n'ont pas de fond.

Donc, il FAUDRAIT se trouver un mec ? Et je n'en serais pas capable ? On nage en pleine science-fiction. Niveau cheptel, aucune pénurie. Des mecs, il y en a absolument partout : dans les rues, dans les entreprises, dans les cinémas, au boulot, même dans le désert et au sommet de l'Everest. Des jeunes, des vieux, des beaux, des so so, des moches, des petits, des moyens, des grands, des célibataires, des mariés, des veufs, et plein de divorcés qui aimeraient vraiment se recaser. Des lunettus, des à la vue perçante. Des chauves, des chevelus et des catastrophes capillaires. Des stupides, des intelligents, des cultivés, des chiants comme la pluie, des rigolos et spirituels, des timides, des tous terrains, des peureux. Et on n'en trouverait pas ?

Qu'une dame bovin ou équin ou caprin ou suidé se demande "Où sont les hommeuh ? " je comprendrais, vu que leurs mecs sont soit castrés, soit envoyés à l'abattoir, pour cause de "nuisibilité" "agressivité" et "parasitisme" (il mangent trop et ne rapportent rien selon les éleveurs, tous mâles, et comme c'est la chasse aux gains de productivité et aux prix bas...) je comprendrais, elles seraient fondées à poser la question. Mais pas dans notre espèce, même s'ils présentent à peu de chose près les mêmes défauts dont ils accusent les précédents, alors que personne ne pense par ailleurs à le leur reprocher ! Les femmes font 80% des travaux utiles de la planète, sous forme de corvées, définition ici, faut-il le rappeler ?

Et puis, qu'est-ce qu'ils sont serviables ! A peine êtes-vous posée sur une banc, dans la rue, à n'importe quel âge, qu'en moins de deux minutes, il y en a un qui se propose aimablement pour vous arroser votre fleur, même contre paiement au besoin. Ça vous dirait de gagner 60 € ? : un mec en voiture qui s'arrête sur le bord de la route, je vous assure. Euh, c'est déclaré à l'URSSAF ? ai-je questionné en retour. Du coup, il s'est enfui. Généreux, mais au noir. Ou, a minima, ils vous proposent d'aller ensemble boire un café, alors que le café vous énerve ! Alors, franchement, celles qui n'en trouvent pas, c'est qu'elles ne cherchent pas, ou alors qu'elles se mentent à elles-mêmes et aux autres, elles FONT MINE DE CHERCHER en priant le ciel de ne pas trouver, ce n'est pas possible autrement. Il faut arrêter la comédie.

Non, tout ça, c'est encore une inversion patriarcale : comme ils ont une trouille bleue de ne pas se trouver une femme, pour remplacer leur maman à l'entretien de leur ménage et de la famille, ils flippent et tentent de nous culpabiliser. Après des millénaires de bourrage de crane hétérosexuel et de contrainte au mariage et à la reproduction, -parce que l'enfantement est le but du mariage, sinon à quoi bon ?-  par tous moyens à leur disposition, les femmes sont sensibles à l'argument, on les a persuadées que "anatomie est destin" (Freud) et que, puisqu'elles ont un utérus, il DOIT servir, alors que ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Et qu'une femme n'est pas entière seule, elle DOIT se trouver UNE MOITIE. Autrement, c'est le ratage, l'échec, la guigne. De désespoir, certaines vont même s'inscrire sur Meetic et ses cours de cuisine, ou se faire draguer au club Med, c'est dire la puissance de l'injonction.

Il y a arnaque, si vous voulez mon avis. 85 % des divorces sont demandés par les femmes, ce n'est pas eux qui partent, même s'ils ont mis des coups de canif dans le contrat. Ils n'y ont pas intérêt : ils ont tout à y perdre, et surtout les bénéfices et le confort, la respectabilité d'un foyer, les services ménagers et l'entretien y sont gratuits, et c'est plus porteur et surtout facilitateur pour leur carrière ! Pire, ils ne veulent pas qu'on les quitte. Lisez la presse : dans les cas extrêmes, tous les 3 jours environ, ils blessent, tuent leurs conjointes, enlèvent les enfants pour faire chanter la mère, s'attaquent aussi aux animaux de leurs compagnes. Titres euphémisants de la presse : "drame familial", "drame de la séparation", "crime passionnel" ! Le pire, le suicide accompagné (dit "altruiste" par les psys, gardiens du patriarcat) : ils tuent les enfants et se suicident après. Quelquefois en se ratant. Si le mariage était si désirable pour les femmes et si détestables pour les hommes, est-ce que ce ne serait pas l'inverse ? Posons la question, ça vaut le coup.

Je ne vais pas adhérer à ces injonctions pour "sauver ma peau devant l'opinion publique". Tant pis pour ma popularité auprès de (certain)s hommes, je n'ai pas le désir d'être approuvée par eux ni par la société : hommes souhaitant à tout prix conserver le statu quo, femmes n'aimant pas qu'on suggère que leurs choix sont orientés contre leurs intérêts par des injonctions, une propagande permanente, auxquelles on s'empresse d'obéir, la voie de troupeau étant toujours la plus confortable. Non, je n'ai jamais cherché à me conformer à la vision de ce "qui est correct" pour une femme en aliénant ma liberté. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas eu ou n'ai pas de compagnons et d'amis de cœur, et sans chercher*, en plus. Mais chacun dans sa chacunière, je ne suis pas une princesse transformable en ménagère à balai dès le lendemain de l'union, je fais mes choix politiques et prophylactiques, librement, en en payant le prix au besoin. Et par-dessus tout, on ne vient pas me tendre un miroir déformant en mentant sur la réalité pour me vendre un truc que je n'ai jamais voulu acheter. Ils n'aiment pas les femmes libres. Ils ne veulent pas que les femmes aient le choix. Réponse à la hauteur du mensonge et de l'affront. La terreur doit changer de camp.


"Mal baisée" : variante entendue un de ces derniers dimanches en marchant au bord de l'eau. Des mecs avec écrit "NoKill"** sur le T-shirt, mais avec un treillis bien guerrier par-dessus, sont en train de monter leurs cannes à pêche sur une écluse où s'amoncellent des déchets plastiques, bouteilles et contenants alimentaires du McDo et du Stade Rennais, gros pourvoyeurs de saloperies tout proches. Le "NoKill" me paraît superflu car évidemment, s'ils prennent un de ces poissons tentant de survivre dans cette décharge, il ne sera pas mangeable, donc se parer d'un NoKill pseudo pacifiste alors qu'on emmerde et blesse "pour le plaisir" des poissons en mauvais état de santé au milieu de la pollution créée par les humains, ont fait que je m'en suis un peu mêlée. Discussion impossible, à la fin de laquelle on m'envoie dans le dos un "mal baisée" qui n'a rien à voir, mais destiné à déconsidérer l'ensemble de mes propos en faisant une diversion bienvenue. Le point Godwin habituel, quand on n'a pas d'arguments, on attaque la personne directement. Et les femmes c'est tellement facile, il suffit de les renvoyer à la position horizontale, celle qui selon ces sexistes, nous conviendrait le mieux.

* Entendu un jour, un monsieur, dans une boutique de brocante où j'étais entrée aussi, répondre au commerçant qui lui demandait s'il cherchait quelque chose de précis, répondre "je ne cherche pas, je trouve généralement !". C'est tout à fait ça, on ne cherche pas, on trouve, et si on ne trouve pas, on n'est pas frustré parce qu'on ne cherchait pas :))

** NoKill : pêche sans tuer, avec remise à l'eau de la prise forcément blessée.

vendredi 5 mai 2017

Une galerie d'images sexistes au sein du mouvement pro-animaux

Attention : images de violence envers les femmes

"Les images qui suivent, collectées depuis des sources de nouvelles et de sites d'activistes, chronique l'exploitation systématique des femmes pour des campagnes anti-spécistes. Bien que des personnes de tous genres soient actives dans le mouvement* (et que des non humains de tous sexes sont exploités), ce sont les femmes qui sont utilisées de façon disproportionnée comme moyen de protestation contre la violence infligée aux corps des animaux non humains. Il y a deux raisons à ce cliché. D'abord, dans une société misogyne, le public est déjà habitué aux images de femmes en souffrance. Deuxièmement, le mouvement de défense des animaux a une longue histoire de sexisme institutionnel. Des preuves scientifiques montrent que cette approche n'est pas efficace. Au contraire, elles repoussent le public, nous aliènent de potentiels alliés venant d'autres mouvements pour plus de justice sociale, et aggravent les niveaux épidémiques de violence contre les femmes et filles à travers le globe."
Corey Lee Wrenn - PhD - Vegan Feminist Network

* Les femmes sont largement majoritaires dans le mouvement pour la cause animale

J'ai sélectionné 15 images : Peta -People for Ethical Treatment of Animals- qu'on ne présente plus, est largement représentée, son sexisme est légendaire.


Peta (People for Ethical Treatment of Animals) : une campagne contre le cuir


AACT Tasmanie : campagne contre les tests sur les animaux


Une campagne allemande contre la fourrure


Une campagne allemande contre le marquage (branding)



Peta : deux campagnes Go Vegan ! La seconde destinée aux hommes à pannes.


Peta : Les hommes préfèrent les blondes sans fourrure !


Campagne Ne laissez pas votre chien dans la voiture


Peta : Campagne contre les carrioles tirées en ville par des chevaux : "la vérité nue". Franchement on ne voit pas le rapport.


Peta (qui n'en loupe jamais une !) Campagne de stérilisation de chats "Trop de chattes peuvent être une mauvaise chose".


Fishlove : Une campagne contre la surpêche qui rate son coup ! Mais qui les conseille ?


Sortez la peau nue, ne portez pas de fourrure : Peta encore !


Peta Allemagne : Campagne contre le foie gras. Notez que j'en ai vu une adaptation française chez Welfarm-PMAF.


Peta : campagne anti-fourrure : les bordures de fourrure sont inélégantes. D'un goût exquis, visant les femmes, éternellement.

Pour voir la liste complète, suivre le lien vers le billet de Corey Lee Wren : Vegan Feminist Network - Gallery of sexist imagery. Publié sur mon blog avec son aimable autorisation.

oOo

Toutes ces affiches pourraient aisément être déclinées au masculin, avec même des nus au besoin, et sans en changer le message. Mais apparemment une femme c'est toujours plus porteur, même (surtout) dans des situations scabreuses. J'ai cherché des images de campagnes françaises, mais on ne tombe que sur les habituels clichés sexistes de l'élevage. A propos d'élevage, justement, il y a actuellement une campagne européenne menée par plusieurs associations contre la castration à vif des porcelets mâles dans l'Union Européenne, pratiquée sur la quasi totalité du cheptel pour des raisons de mauvais goût de la viande perçu par 10 % des consommateurs, hommes généralement. En bonus, et pour faire contrepoids, (c'était difficile de mettre une femme de toutes façons !) je vous offre une affiche allemande, photo envoyée il y a quelques années par Euterpe, et qui me sert régulièrement à interpeller Stéphane Le Fol, actuel Ministre de l'Agriculture, et Phil Hogan, commissaire européen à l'agriculture, sur la souffrance des porcelets engendrée par cette pratique barbare. Mon message est le suivant : Vous tenez à vos bijoux de familles ? Eux aussi ! Accompagné de l'affiche que je trouve parfaite.


mercredi 26 avril 2017

L'ONU ou la Maison des hommes

Des nouvelles fraîches du Club masculin de la Lose
La "maison des hommes" est taboue aux femmes : en gros, c'est un endroit chez les primitifs (plusieurs cas répertoriés chez les Aborigènes d'Australie, mais il y en a ailleurs) où les mecs palabrent politique pendant que les femmes assurent l'intendance : cueillette (courses), cuisine, endroit dédié où on trouve du feu, des pots d'eau bouillante, des tranchoirs et des couteaux, etc, et bien sûr les enfants, puisque ce sont les femmes qui en sont accablées. Certaines anthropologistes femmes font remarquer que le pire endroit pour mettre des enfants c'est bien une cuisine, et que si on était une espèce responsable, ce serait soit les femmes à la cuisine et les mecs s'occupent des enfants, soit l'inverse. En pure perte. Ils parasitent, c'est leur justification sur cette terre. Evidemment, la "maison des hommes" n'a pas disparu et on ne la trouve pas que chez les Primitifs : elle perdure dans les clubs de chasse, écoles d'ingénieurs, Assemblée Nationale, Sénat, clubs de foot, exécutifs des entreprises du CAC 40, etc... tous les endroits à entresoi masculin en sont. L'ONU en est une : elle vient d'élire pour quatre ans l'Arabie Saoudite état membre de sa Commission des Droits de Femmes. Vous avez bien lu : l'Arabie Saoudite va peser sur les décisions prises par l'ONU sur les droits des femmes, un pays où les femmes sont des mineures, où elles doivent sortir accompagnées d'un mentor, où elles sont accompagnées chez le gynécologue par un homme de la  famille, où elles sont interdites de conduire une voiture dans ce pays où il n'y a aucun transport en commun ! L'Arabie saoudite où prévaut la Charia, ce droit coutumier dérivé ds préceptes religieux obscurantistes haineux des femmes.

L' ONU, ce "machin" disait de Gaulle, est une organisation diplomatique internationale où prévaut le consensus. Tractations, phrases calibrées à la virgule près, résolutions boiteuses..., où règne le compromis réduisant à l'impuissance : tu me fais une concession économique ou politique et je te donne un siège à la Commission des Droits des Femmes que tu aimerais bien obtenir, par exemple. Les droits des femmes sont LA commode variable d'ajustement sur laquelle tous les clubs mafieux mâles s'entendent pour faire leurs sales coups. Ils jouent sur du velours, plus c'est gros, plus ça passe, elles ne moufteront pas, elles n'en ont pas les moyens. C'est leur pari.

Lesquels ont fait le coup ? se demande un twittos qui liste et pose la question aux votants, parmi lesquels douze pays européens dont forcément 5 membres ont donné leur vote à ce forfait ?


Un irlandais s'énerve et pose carrément la question aux politiques irlandais via leur compte Twitter : pourquoi avez-vous voté pour cela, Irlande ?
Du coup, inspirée, je décide de poser la même question aux diplomates français à l'ONU : je présume que je vais attendre longtemps la réponse, mais c'est histoire de marquer le coup, bordel :

Le vote est-il secret ? J'ai trouvé un lien vers la charte des Nations Unies : l'Assemblée Générale ; sur les procédures de vote, article 18, je ne vois aucune mention de secret. Pourquoi le vote serait-il secret, qui vote pour qui demande l'activiste féministe Rita Banerji ?
L'ONG UN Watch donne l'explication (qui complète la mienne plus haut) dans cette video en anglais (hélas) où après avoir rappelé le statut de mineure des femmes saoudiennes en donnant des exemples, la journaliste de MSNBC Greta Van Susteren donne à la toute fin l'explication de cette mauvaise action : les Etats-Unis sont des alliés et partenaires de l'Arabie Saoudite, comme larrons en foire, ils s'entendent sur le dos des femmes ! 
Ainsi fonctionne la Maison des hommes. Le féminisme réformiste libéral montre là ses limites : on nous prend juste pour des imbéciles dans les plus hautes instances internationales qui se prétendent défenseuses des droits de l'homme, et donnent des leçons de morale au monde entier, par ailleurs. Droits de l'homme bien nommés, et entièrement assumés, sens littéral. Les femmes repasseront ! Ils tiennent solidement les commandes, ces fous dangereux.


3 couvertures éloquentes du magazine The Economist

Actualisation 3 mai 2017

Dans le Canard Enchaîné de ce mercredi, selon une conseillère du Ministère des Affaires Etrangères, la France a voté non à un siège en 2018 pour l'Arabie Saoudite ; la Suède refuse de divulguer sa position ; la Belgique a admis avoir voté oui, le Premier Ministre, Charles Michel, reconnaissant une faute, "rejetée sur un diplomate", mais le Ministre des Affaires Etrangères a affirmé ne "pas être au courant", tandis que l'opposition réclame sa démission. Il n'empêche que "47 états ont voté oui, à bulletins secrets, sur les 54 qui siègent au Conseil Economique et Social de l'ONU."
A lire en page 5 du Canard N° 5036.

Actualisation 4 mai 2017

Pétition @change au Secrétaire Général des Nations Unies : Non, l'Arabie Saoudite ne peut pas défendre les droits des femmes à l'ONU

vendredi 21 avril 2017

Les programmes des candidats à la présidentielle au prisme de l'écoféminisme

Pour éclairer votre choix pour l'élection présidentielle, voici quelques liens vers les sites qui ont travaillé à examiner les programmes des candidat.es, selon les sujets qui les intéressent chacun.es au premier chef. C'est un vrai travail, et à ce titre, je trouve bien d'en faire la promotion.

Féminisme - Droits de femmes et genre

Connaissances de causes

Les élections présidentielles au prisme du genre, des sexualités et du féminisme 
Les programmes des différent.es candidat.es par ordre alphabétique
Synthèse

Environnement :

Nucléaire
Les candidats les plus et les moins radio-actifs chez Sortir du nucléaire
Déroulez, faites défiler et passez-les au compteur Geiger

Agriculture - Agir pour l'environnement
Présidentielle : qui soutient une agriculture bio, locale et citoyenne ? 
Déroulez !

Santé des océans - Bloom Association
Qui se jette à l'eau pour nos océans et leur habitants ? 

Animaux 
Politique et animaux
Présidentielle 2017 : que feront-ils pour les animaux ?
30 millions d'amis 
Animaux : Que pense chaque candidat ? 
Alliance anticorrida
Les prises de position des différents candidats sur la corrida 

Voilà ! Bravo à toutes ces associations, et blogueuses/chercheuses pour leur travail et leur militantisme infatigable.

L'écoféminisme est un mouvement social et politique qui combine les problématiques écologistes et féministes en regardant les deux comme les résultantes de la domination des hommes sur la société.

vendredi 14 avril 2017

Pâques fête catholique, et de quelques autres inversions patriarcales

"Je suis la résurrection et la vie" - Jean 11, 25

A entendre les scies publicitaires de Carrefour et de Casino à la radio, les gigots d'agneaux de Pâques sont arrivés dans leurs boucheries ! Les abattoirs fonctionnent au maximum de leurs capacités un mois avant la fête : noria de camions sur les routes transportant des bébés animaux aux abattoirs, heures supplémentaires pour le personnel abatteur. On prépare Pâques chez les catholiques. Chaque fête religieuse a son animal ou ses animaux dédiés, ça varie les plaisirs de table : massacre de chapons, oies, dindes à Noël, d'agneaux de quelques semaines à Pâques ; le Cifog essaie même de vous vendre du foie gras, histoire de se sortir du créneau étroit des fêtes de fin d'année et d'élargir la période de consommation d'un produit qui n'est même plus dans la "distinction sociale" (Bourdieu), ni dans le luxe, puisqu'on le trouve chez les hard discounters. Pour le plus grand malheur des canards. L'Aïd el kebir (fête du mouton !) se solde par une hécatombe de moutons chez les musulmans. Pour les juifs je ne sais pas, leur dieu n'étant, au moins, pas un dieu d'amour. Mais la Torah est un catalogue d'interdits alimentaires et de prescriptions sur la façon d'abattre et consommer les animaux et leurs sous-produits. Se nourrir chez les humains : cette construction sociale réglée par Dieu himself !


Une couverture de Beef Magazine, édition US, l'affirme : "Les plus belles œuvres de Dieu ont toujours été faites avec des côtes", allusion fine à la version biblique de la création d’Ève, tirée de la côte d'Adam, comme si les êtres humains ne sortaient pas tous du ventre d'une femme. Encore une inversion patriarcale, ce sont les hommes mâles qui donneraient la vie, selon la Bible ! Vie qui ressemble diantrement à la mort en patriarcat.

Dans Le Royaume, Emmanuel Carrère écrit que les cultes anciens aux déesses primordiales étaient des cultes de plein air (il ne dit pas qu'on n'y faisait pas de sacrifices !), puis quand les dieux mâles ont remplacé les déesses, leur culte s'est déplacé dans des temples où on sacrifiait des animaux pour calmer leur colère. Oui, parce que les dieux mâles sont coléreux : Freud fait l'hypothèse que les déesses mères bienveillantes ont été destituées pour cause de faillite à protéger leurs enfants humains après quelques tremblements de terres, raz de marées, éruptions volcaniques qui tuaient pas mal de monde, il faut bien dire. Du coup, elles furent licenciées pour faute grave et remplacées par des mecs beaucoup plus compétents, mais de sale poil, qui veulent nous faire expier nos fautes. Jupiter représenté avec la foudre à la main et les sourcils froncés fait perpétuellement les gros yeux, un vrai père fouettard, et comme c'est lui le modèle étalon pour toute la suite... Mais revenons aux temples masculins d'Emmanuel Carrère : pour ne pas gâcher, et aussi pour payer les frais généraux, les grands prêtres vendaient ensuite la viande des animaux sacrifiés aux fidèles, ce qui fait que les temples aux dieux masculins étaient en fait de prospères boucheries. Et selon une contribution de Françoise d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort, le malheur des animaux vient aussi de Caïn, le doux agriculteur, et d'Abel l'éleveur. Abel, ce fayot, faisait des offrandes d'animaux sacrifiés à Dieu pour rester dans ses petits papiers, ce qui énervait Caïn qui le jalousait parce que, du coup, Dieu le préférait.  Résultat de cette rivalité de gamins jaloux : Caïn tue Abel et jette l'opprobre sur toute sa descendance d'agriculteurs. Abel victimisé, les éleveurs sacrificateurs avaient gagné : malheur aux animaux. C'est écrit dans la Bible, on ne peut pas lutter.

Du coup, CHARAL a le monopole du cœur. Pour l'éternité.


Voilà comment sont nées les boucheries patriarcales.

Joyeuses Pâques quand même, sans violence, si possible.

jeudi 6 avril 2017

Pause pipi, mais uniquement pour les garçons



Dans la continuité de la ville au masculin, conçue et faite pour les hommes avec l'argent de toustes les contribuables, j'ai trouvé cette invention qui prouve tout de même qu'on est en plein désespoir : les édiles s'arrachent les cheveux qui leur restent. C'est quoi ? C'est un uritrottoir ! Je serais tombée dessus un premier avril, j'aurais cru à un poisson. Mais non, c'est LA solution qu'auraient trouvée Rennes (Le Mensuel de Rennes en kiosques), Nantes, la Gare de Lyon (deux à 9 000 euros pièce installés) pour éviter les "pipis sauvages". A Rennes, à partir des jeudis soirs  durant tout le week-end, les riverains des rues à fêtards du centre historique (à touristes donc, ce qui la fiche mal) se plaignent tellement des odeurs d'urine, que la Mairie planche sur le sujet. Alors, les filles, on pisse contre les murs en sortant de bars ou de boîtes ? Ah mais non, zut, encore un truc pour les mecs, ces incontrôlables asociaux, mais c'est passé sous silence une fois de plus. Donc, là où ils se dézippaient la braguette contre leurs murs favoris, on va mettre des pots de fleurs où ils pourront se soulager : ils pourront donc sortir leur appareil uro-génital en plein jour ou nuit et surtout, en pleine rue. Encore une prime au délinquant, on dirait bien. Vous, Mesdames, pourrez attendre qu'ils aient fini, ou contourner le spectacle (ou vous rincer l’œil éventuellement en faisant des commentaires) et surtout en serrant les fesses pour stopper une envie pressante. Car RIEN n'a été prévu pour vous. C'est vrai que vous, vous feriez plutôt une dilatation de la vessie ou une cystite, et sans vous plaindre en plus : pas de pipi rooms dans les parages ou alors tellement sales que vous préférez généralement attendre d'être à la maison pour vous soulager. Et c'est nous qu'on traite de pisseuses ?

Il est impossible de les contraindre à uriner dans des toilettes publiques ou d'attendre d'être à la maison s'ils ne veulent pas y aller, comme font les femmes ? Ou de les verbaliser lourdement s'ils sont pris sur le fait, sachant qu'il faut envoyer la maréchaussée dans les endroits qu'ils salissent et aux moments où ils sont susceptibles de commettre le délit ? Imaginez de trouver une fille en train de pisser dans une rue où il y a du populo -même la nuit ? Que croyez-vous qu'il arriverait ? Toujours le même double standard : aux hommes les budgets pour recourir aux expédients -même désespérés-, aux femmes de se débrouiller avec la pénurie ou la saleté des "commodités" ! De toutes façons, vous voulez que je fasse une prophétie ? Ils vont pisser à côté, c'est inévitable. Juste pour emmerder le monde.

Et une fois de plus, on se trompe de prioritaire : ce sont les femmes et filles qu'il faut favoriser. Nous ne sommes pas leurs égales, là non plus. A l'école, dans nos pays, des enfants, surtout les filles, se retiennent d'aller aux toilettes pendant la journée pour des raisons de propreté, de non surveillance et de portes qui ne ferment pas, préférant attendre de rentrer à la maison pour se soulager !
Dans les pays du Monde Tiers où le manque de toilettes est criant, les femmes sont les plus pénalisées : les filles quittent l'école lors de la survenue de leurs règles, car elles n'ont pas de lieux où se changer -sans parler du fait qu'elles n'ont pas accès aux protections périodiques ; dans les mégapoles bidonvilles, elles doivent attendre la nuit et sortir se soulager en groupe, et rien n'empêche qu'elles soient attaquées par les hommes rôdeurs, cherchant une occasion de mauvaise action. L'intimité et la dignité élémentaires leur sont refusées.

Et, spéciale dédicace aux boîtes de mecs que j'ai fréquentées en qualité de commerciale consultante et qui n'avaient pas de toilettes séparées pour les femmes, et dont les standardiste, comptable et secrétaire attendaient de rentrer  chez elles les midis et soirs pour n'avoir pas à affronter les rangées d'hommes cramponnés à leur appareil uro-génital, la crasse aussi, pour se soulager : vous êtes en infraction avec le Code du travail. Je soupçonne même certaines de ces entreprises de décourager ainsi sournoisement les candidatures de femmes à un poste chez elles.

Ce n'est donc pas aux hommes qu'il faut réserver des budgets pour améliorer le confort aux toilettes, c'est une fois de plus les femmes qu'il faut favoriser. Ce sont toujours les femmes qui sont oubliées et finalement pénalisées. Les investissements sur les garçons se révèlent au bout du compte être à fonds perdus ; investir sur les filles, leur confort, leur santé est toujours bénéfique pour la société entière. Qu'est-ce qu'on attend ?

mercredi 29 mars 2017

Nommer le problème : la violence masculine

Lycée Tocqueville à Grasse le 16 mars 2017 : un jeune homme de 16 ans rentre dans son lycée armé d'un fusil et de deux revolvers fauchés à ses père et grand-père et déclenche une fusillade, blessant son proviseur et 7 autres personnes. Le garçon est une sorte de fils d'archevêque, normalement bien intégré socialement, rien à voir avec un "jeune de banlieue" (expression consacrée) pouvant susciter la compassion des tenants de la thèse des damnés de la terre ex-colonisés : son père est conseiller municipal passé du Front National à Les Républicains. La Ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem se fend d'un communiqué où elle excuse le geste en désignant "un jeune homme fragile", "fasciné par les armes à feu", complète Christian Estrosi. Le garçon est surtout fasciné par les meurtriers de masse style Columbine High School (USA) ou deux garçons sèmeront la mort en 1999 en tuant 12 élèves et un professeur, mais passons. Moi, je veux bien aussi être "fragile" à la tête d'un arsenal.
#Grasse - "Je m'attendais à voir un fauve en cage, je suis tombé sur un gamin avec une gueule d'ange" dira l'avocat du tireur. Bon, bref, un enfant de chœur. S'en suivent caméras et micro trottoirs des voisins tombant des nues, et cellule psychologique. Le truc habituel. On a évité la énième marche blanche sans pancarte ni insignes, c'est déjà ça !

Deux jours plus tard, 18 mars, un type en cavale depuis le soir précédent tente de dérober son arme à une femme de la force Sentinelle à l'aéroport d'Orly et est abattu par les collègues de la militaire. On apprendra au fil du déroulé de l'enquête, qu'après s'être copieusement alcoolisé dans un bar et avoir pris des stupéfiants, cet habitant du Val d'Oise, français de 40 ans issu l'immigration, délinquant de droit commun condamné plusieurs fois, vient faire une fin à Orly en se réclamant opportunément d'Allah : suicide by cops, disent les anglo-saxons. Suicide par policiers interposés. Le billet sans retour vers l'au-delà quand l'avenir est borné. Je sais, mon analyse n'est pas en phase avec les vendeurs de guerre et de l'"état de guerre" qui font les beaux jours du Front National et de l'Etat d'urgence.
Ce qui était intéressant, c'était d'aller sur Twitter lire les hashtags #Grasse et #Orly ou #OrlyAttack (en anglais ça sonne mieux !) voir les twittos/twittas des deux bords, extrême-droite et extrême-gauche se tirer la bourre à coups de gif animés et de ricanements, spéculations et procès d'intention, avant qu'on sache quoique ce soit sur l'origine des terroristes ni de leurs motivations, en fonction de leurs opinions politiques. Par acquis de conscience, j'ai descendu la timeline histoire de trouver un tweet intelligent, réellement informatif et dépassionnant le débat : en pure perte. Pas un journaliste objectif en vue, ces jours-là. Mais encore plus remarquable, le fait massif qui crevait le yeux et s'imposait à la raison, -en tous cas à la mienne- c'était que pas un.e seul.e des débatteurs (si on peut dire) ne faisait la remarque que dans tous les cas, le fauteur de trouble était de sexe mâle !

Motus, omertà, loi du silence. Bœuf sur la langue", comme écrivait la regrettée Christiane Rochefort.
Aveuglement volontaire ? Consensus mou ? Oubli du fait qu'à chaque Noël on offre aux gars des armes en plastique bien imitées, histoire de leur instiller qu'ils sont les saigneurs de la Terre ? Valorisation des comportements irresponsables des garçons mais diffamation des femmes et filles. Et que ça finit par nous revenir en boomerang dans la tronche, à force ?

Ebahissement des gens de la rue : le tueur est toujours un bon voisin, plutôt taciturne toutefois, voire sanglier solitaire qui n'aime pas qu'on lui casse les burnes, mais sans plus. Les spécistes suprémacistes humains qui ont toujours un autre agenda à nous refiler, -les tirs de loups, espèce protégée par les traités supra-nationaux que la France signe puis viole dans les jours d'après- passent à "loup solitaire" quand ça vire vraiment vinaigre et qu'il faut déclasser le criminel d'espèce humaine à espèce animale réputée féroce, le crime étant par trop insupportable ! Coup double, l'expression s'impose. "Gueule d'ange", beauté du diable dans un cas, petit délinquant de droit commun dans l'autre (oui, à 16 ans on est plus frais qu'à 40, surtout quand on a passé quelques années à l'ombre d'une geôle !). L'(a fausse, c'est pas possible autrement) ingénuité de l'espèce humaine laisse pantoise : mais quoi, quoi, quoi, les délinquants ne sortent pas du ventre de leur mère avec "violeur, terroriste,..." tatoué sur le front ? Comme le monde est mal fait, mon pauvre Monsieur !

Eh bien non, les enfants qui naissent, garçons ou filles, ne sont pas prédestinés à devenir violeurs ou tueurs de masse, ni même petits délinquants ou terroristes fous : c'est la société qui les y conduit, par l'abandon sociétal, les mauvaises rencontres, un père de famille incestueux ou violeur, une mère impuissante, épuisée et abandonnée, que sais-je, mais il faut tout de même constater aussi que tous les enfants victimes d'inceste, de mauvaises rencontres, ou d'un père violeur ne deviennent pas non plus tous des délinquants, que leur libre-arbitre continue à fonctionner. Rappelons aussi que la vie est plus difficile pour les filles et femmes, l'éducation plus restrictive et répressive, qu'elles sont plus souvent victimes d'injustices sociales et de prédateurs sexuels, MAIS qu'elles fournissent moins d'inadaptées sociales, que tout en ayant à surmonter plus d'obstacles, elles s'intègrent, qu'elles sont plus vertueuses et méritantes, ces gros mot méprisants ! La "vertu"*, vous pensez, quel ennui, dans une société qui valorise au plus haut point la violence, l'inconduite et les bad boys.

96, 2 % de la population carcérale sont des hommes. Qui finissent par coûter cher à la société : en skate parks, en terrains de foot, en cours du soir préventifs (en tous cas, à en croire les pubs Acadomia ne ciblant que les garçons), et autres "investissements" en pure perte, puisque les garçons restent largement en tête des statistiques de la délinquance, puis, ensuite, en frais de justice et places de prisons. Sans compter les victimes abîmées à vie de leur violence - routière incluse. Alors ? Il est temps de cesser ce silence, ces omissions, ce déni, il est temps de soulever le couvercle patriarcal et regarder en dessous : il est temps de nommer la violence masculine et de dénoncer les torts qu'elle cause à la société. Il est impossible de porter remède à ce qu'on refuse de voir et de nommer. Il faut aussi valoriser les filles et leurs comportements positifs, leur courage et leur combativité dans une société qui ne valorise que leur abnégation et ne voit qu'en négatif leurs indéniables qualités.



Un lien qui confirme l'effacement de la violence masculine dans Mondes sociaux  -Radicalisation et injonction à l'individualisation- qui emploie ad nauseam l'adjectif substantivé "jeune.s" et qui noie bien le poisson. Les filles ne sont jamais jeunes, elles, certainement.

* Je sais que vertu est connoté religieux, mais je ne trouve pas de synonyme satisfaisant. Pas faute d'avoir cherché pourtant.

lundi 20 mars 2017

Les animaux ne sont pas comestibles

C'est l'itinéraire d'un omnivore, devenu végétarien, puis végétalien, puis végane (définitions ci-dessous), au hasard des épreuves infligées par la vie : un chien et un mouton offerts dans l'enfance déclenchent une première prise de conscience non suivie d'effet, normal quand on est un enfant impuissant face à l'injustice, car ce sont les adultes qui imposent leur loi. Le chien su(rv)ivra, mais le mouton finira en conserves lors d'une migration de la famille de l'auteur vers la ville, la pauvreté servant d'argument pour le meurtre du copain animal mouton, pas celui du chien. Il faut du temps et de l'indépendance d'esprit pour se forger une conscience dans une société qui pratique à telles doses les incohérences spécistes et l'annihilation de toute empathie depuis la plus tendre enfance pour faire passer ses messages et traditions carnistes. Les épreuves personnelles (deuil, chômage, maladie,...) peuvent faire évoluer vers une alimentation non-violente. C'est le cas de pas mal de végétariens et végétaliens que je connais. Les traitements hospitaliers inhumains infligés en fin de vie au père de Martin Page contribueront aussi à cette conscientisation. De végétarien se nourrissant d'œufs et amateur de fromages, il glisse vers le végétalisme strict, en donnant un blouson de cuir, adoré pendant des années, parce qu'il ne supporte plus de le porter. Puis vient l'étape de l'engagement politique en véganisme, mouvement pacifique de libération des animaux, êtres sentients et nés libres comme nous, non destinés à finir à la boucherie pour les animaux dits d'élevage ou de rapport, non destinés à être torturés dans les laboratoires des sous-sols des hôpitaux parisiens ou d'ailleurs, et non destinés à être enfermés et dressés pour le caprice des humains dans des delphinariums et dans des cirques.


LES DÉFINITIONS DE MARTIN PAGE

Végétarisme : "Pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale (petit rappel : les poissons sont des animaux, si on mange du poisson on est donc un omnivore)."

Végétalisme : "Régime alimentaire qui exclut les produits animaux et issus des animaux. C'est la version alimentaire et dépolitisée du véganisme."

Véganisme : "Mouvement politique en faveur des animaux et opposé à la suprématie humaine. Il consiste à ne consommer aucun produit ou service issus des animaux ou de leur exploitation, et à militer publiquement pour que les animaux soient considérés comme des individus."

Spécisme : "Considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, et le traitement discriminatoire qui en découle, notamment à l'encontre des animaux d'élevage, destinés à l'expérimentation ou considérés comme nuisibles." Par extension, il  renvoie aussi à une considération morale discriminant les espèces : les animaux de compagnie et les animaux en voie de disparition voient leur intérêt davantage pris en compte.

Vademecum de la / du parfait.e militant.e, à potasser et à avoir sur soi, ce livre est aussi une somme de ressources : mon choix forcément partial.

Conseils en alimentation, très pragmatiques, où trouver ses protéines (partout), son calcium, toutes les vitamines et nutriments nécessaires à une bonne alimentation et une bonne santé sans exploitation des animaux, comment lire les étiquettes. C'est là où serait ma critique : on tombe un peu dans la technique technologique, ce défaut typiquement masculin. Mais ses recettes et celles de sa femme artiste valent certainement le détour. Les différents sites Internet et réseaux sociaux de Martin Page sont à la fin du livre. C'est très didactique et passionnant.

Politique : le végétalisme, et donc le véganisme, sont souvent  présentés comme élitistes, ou comme une nourriture de bobos. Alors qu'il est au contraire tout à fait économique : un kilo de lentilles (même bio) est moins cher qu'un kilo de poisson ou de viande. En revanche, le capitalisme carniste fait que les les plus pauvres vivent dans des déserts alimentaires, des quartiers "défavorisés" où il n'y que Mc Do et la chaîne de supermarché à rayon fruits et légumes étiques, importés et fanés pour aller faire des courses, ou aller manger. Les centres-villes ont des marchés approvisionnés en produits frais, de saison, et locaux qui devraient être accessibles à toustes. Il est plus simple pour pas mal de gens modestes d'aller vers de la viande de mauvaise qualité , parce que tout (l'industrie, la pub, la désinformation nutritionnelle) pousse les pauvres en direction d'une alimentation médiocre ".

Argumentatif : comment répondre (ou ne pas répondre !) aux "cris de la carotte" et autre "Hitler était végétarien" (faux, bien sûr), ces diversions (il y en a d'autres) des carnistes sans arguments : le massacre animal est massif, donc la réalité est douloureuse, faisons diversion, prenons la tangente. Staline, Pol Pot, Napoléon étaient omnivores, il ne viendrait à l'idée de personne de l'utiliser comme argument contre l'omnivorisme parce que le carnisme est l'idéologie dominante et incontestée. Les féministes luttant contre l'idéologie patriarcale sont aussi confrontées aux diversions (reconnaître qu'on subit une oppression massive est douloureux), accusées de ne pas aimer les hommes, alors qu'elles combattent un système. "Tu n'aimes pas les hommes, tu n'aimes pas la viande". Euh, non, les hommes je m'en fous un peu, c'est l'inéquité qui me fout la gerbe, et la viande, j'ai juste dit que je n'en mange pas, et que " ne pas manger les animaux est une libération."

Féminisme et Convergence des luttes : C'est [la philosophe] Margaret Cavendish qui fut une des premières à répliquer à la théorie des animaux-machines de Descartes... On peut aussi citer, plus tard, Frances Power Cobbe et nombre de suffragettes, ainsi que Louise Michel, Rosa Luxembourg, Sophie Zaïkowska, Angela Davis. Evidemment, comme dans tout mouvement, les hommes sont arrivés et ont pris beaucoup de place. Ils ont minoré l'apport des femmes. Qui sait qu'avant Peter Singer, il y a eu Brigid Brophy (The rights of animals) et Ruth Harrison (Animal machines) ? ".  Je rajouterais Mary Shelley pour le végétarisme et son héros compassionnel et végétarien le Monstre de Frankenstein.

Il est aussi regrettable d'entendre sans cesse parler de Singer comme du père de la cause animale. Un combat politique n'a pas besoin de père (toujours cette même vision patriarcale). C'est oublier que l'essentiel des textes et des actions ont été produits précédemment par des femmes dont on a minoré l'importance ".

" Les opprimés ont un privilège épistémologique "- Nancy Hartsock, féministe matérialiste, auteure de The féminist standpoint.

Faites gaffe les hommes et animalistes qui maîtrisez mal certaines notions, et qui faites des rapprochements dangereux, comme j'en vois de temps en temps passer. C'est délicat. Voici ce qu'écrit Martin Page à ce sujet : " si je parle clairement de la guerre faite aux animaux par l'espèce humaine, j'évite de comparer l'oppression des animaux à celles subies par les esclaves, par les femmes, par les Juifs et les Tziganes. [...] Quand Isaac  Bashevis Singer compare le génocide animal à celui des Juifs, et quand il écrit "ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l'homme le faisait à l'animal" et "pour les animaux, c'est un éternel Treblinka", il est légitime car il a perdu une partie de sa famille dans les camps de la mort. Ça lui appartient, c'est lié à son histoire ". 

" Je trouve problématique d'entendre des hommes blancs peu engagés contre le racisme comparer l'esclavage des animaux à celui des Africains. Je trouve problématique quand des hommes utilisent l'image du viol pour parler de la manière dont les vaches sont inséminées. Mais quand la militante végane Dallas Rising le fait, je l'écoute. Elle a été victime d'un viol. "

Et à propos de végéphobie : attention aussi à l'emploi à tort et à travers du suffixe phobie : " les véganes ne sont pas opprimés : ce sont les animaux qui le sont ".



Voilà mon résumé, partiel et partial forcément, j'y ai mis ce qui m'a le plus touchée, selon mes préoccupations et convictions. Mais ce livre n'est pas que de la philosophie, il est un vademecum pour les omnis qui veulent évoluer, pour les végétariens et les végétaliens non encore sortis du placard, comme pour les plus avertis des militants. Un investissement utile, un livre à garder et à consulter quand on en a besoin.

Tu ne mangeras plus jamais mes lasagnes, alors ? Demande la mère de l'auteur dont les lasagnes au bœuf avec une louchée de crème, couvertes d'une couche de gruyère fondu, constituaient les repas des dimanches en famille. Mais bien sûr que si qu'on va continuer la tradition familiale, d'ailleurs on a complètement transposé ta recette, elle est devenue végétalienne et elle est tout aussi délicieuse, répond Martin Page. Comme Jonathan Safran Foer qui décide dans Faut-il manger les animaux que désormais on continuera à fêter traditionnellement Thanksgiving avec du tofu, du seitan, et des légumes, mais qu'il n'y aura plus jamais de dinde sur la table.

Les citations du livre de Martin Page sont en caractères gras et rouges.
Les illustrations sont de Laurence Chéné.
Désolée pour les liens en anglais, mais les notices Wikipedia en français des philosophes anglaises sont soit quasi vides, soit ne mentionnent pas le véganisme d'Angela Davis, ni les féministes "for animal rights" américaines.

lundi 13 mars 2017

Rôles-modèles 2 : femmes pionnières de l'informatique et des mathématiques

Je complète mon billet sur les pionnières du codage informatique avec ces trois femmes ingénieure spatiale, responsable du projet informatique IBM, et mathématicienne de la NASA qui a calculé à la main et à la craie la trajectoire de mise en orbite de John Glenn pour le projet Mercury, Friendship 7 en 1962, ainsi que le lieu exact de son retour sur terre. Katherine Johnson étant une pure mathématicienne, je préfère leur dédier un billet spécial à l'occasion de la sortie de Hidden figures (Les figures de l'ombre) en 2017, film-hommage de Theodore Melfi.


Katherine Johnson - 1918- Mathématicienne de la NASA affectée au Projet Mercury qui envoie le premier américain en orbite terrestre en 1962, après que les Soviétiques eurent mis en orbite leur premier vol habité en 1961 avec Youri Gagarine, coiffant les USA au poteau. Katherine Johnson, "génie des maths" calcule à la main la trajectoire de vol du Colonel Glenn, et retour. Obligation : ramener l'astronaute vivant. Contraintes : qu'il ne rentre pas trop vite dans l'atmosphère ce qui le transformerait en steak grillé, et sans dévier, ce qui le renverrait en orbite, où il aurait le temps de mourir gelé, en attente de secours improbable. John Glenn fera d'ailleurs les manipulations de retour à la main, le dispositif automatique étant tombé en panne. Katherine Johnson collabore également au projet Apollo 11 de conquête de la lune en 1969. Elle a fait toute sa carrière à la NASA.


Dorothy Vaughan - 1910-2008 - Mathématicienne du groupe de calcul de la NASA, puis responsable du programme informatique de la mission Mercury Friendship 7. Elle dirige le groupe des 30 mathématiciennes programmeuses en Fortran, (eh oui, rien que des femmes !) langage machine pour l'ordinateur IBM de la Nasa qui produit les calculs intermédiaires du premier vol spatial Mercury en 1962.


Mary Jackson - 1921-2005 - Mathématicienne et Ingénieure spatiale pour la NASA où elle fait toute sa carrière ; elle travaille d'abord dans le groupe de calculatrices spatiales de Dorothy Vaughan, avant de devenir ingénieure spatiale : analyse de flux d'air, poussée, compressibilité.

Toutes trois font partie du groupe d'afro-américaines qui travaillaient à part, à Langley, pour la recherche spatiale, dans un état où sévissait encore la ségrégation raciale, la Virginie.

Que dire du film ? Que Theodore Melfi est un honnête metteur en scène, que filmer des équations mathématiques (Katherine Johnson en jupe, juchée sur une échelle, écrivant des équations à la craie sur un tableau noir, devant des mecs blancs dubitatifs puis envieux de ses fulgurances, qui regardent !) et de la programmation en Fortran, ce n'est pas cinématographique du tout, mais qu'il s'en tire tout de même bien, avec tous les défauts du cinéma
hollywoodien : sentimentalité envahissante, mères courage, et glamour. C'est harassant de voir ces femmes se battre contre le racisme-machisme, les préjugés des hommes blancs, la passivité des femmes blanches, et le sexisme paternaliste des hommes noirs de leur entourage. Elles valent bien un article à elles seules. Allez voir le film, il est empowering et ces trois femmes sont magnifiques, courageuses et charismatiques. Je suis sûre et certaine qu'il va déclencher des vocations chez les filles. Math is for grrrlz.