mercredi 9 janvier 2019

De la maternité, et des Baruyas*

Si vous êtes une femme sans enfant ayant choisi ce destin hors de l'injonction sociétale patriarcale, que n'avez-vous entendu sur vos choix ?
Péremptoire :"Tu vas le regretter" ;
Terrorisant : "Tu finiras ta vie seule"
Enjôleur : "Les enfants, c'est que du bonheur"
Incrédule : "Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?"
Intrusif et atterré (en entretien de recrutement plusieurs fois, une femme non encombrée étant décidément la menace ultime, une sorte de bombe H, pour ces sociétés miniatures que sont les entreprises : "Pourquoi vous n'avez pas eu d'enfants ?" Evidemment, en entretien de recrutement, vous pouvez vous lever, partir sans répondre, je vous le conseille, même, mais ici je vais répondre, on n'est pas en séance de recrutement.
Et puis comme on me l'a posée maintes fois, je retourne la question : Mais pourquoi vous, vous avez eu des enfants ?
L'injonction sociale à la maternité pour les femmes, ces êtres biologiques, est un tel impensé, qu'à part quelques borborygmes hésitants, des bouts de phrases commençant par "Bin, parce que.. aboutissant à une absence d'arguments rationnels, conviant les croyances et phrases passe-partout qu'on a entendues mille fois "j'ai toujours voulu des enfants" (oui ? mais encore ?), "c'est merveilleux de donner la vie" (???), pour finir par un excédé
" tu ne peux pas comprendre, tu n'en as pas !" Comme ils / elles sont dans la croyance en une fonction "naturelle", impossible de formuler qu'ils sont mus par une pure construction sociale. C'est une injonction biblique patriarcale révélée il y a 6 000 ans, non critiquable, inamendable, puisque c'est Dieu le Père Lui-Même qui l'énonce. Les croyances sont irréfutables par définition.

La reproduction humaine est un impensé. C'est comme ça : j'ai un utérus, donc c'est qu'il DOIT servir à faire des bébés, "anatomie est destin" (Freud), je continue le mouvement général -le moins questionné de l'espèce-, on est sur terre pour avoir des enfants, si on n'en a pas, l'espèce humaine va s'éteindre ! A 7,7 milliards, 8 milliards en 2030 ou même avant, je doute carrément, mais ça ne se questionne pas, ça ne se justifie pas, c'est l'ordre "naturel" des choses ! Pour une espèce qui s'est délibérément placée au-dessus des autres, ce n'est vraiment pas fort.

" Les civilisations ont toujours eu un schéma pyramidal. La civilisation, c'est le petit nombre qui fait la loi sur le grand nombre. Être civilisé, c'est vivre au dessus de ses moyens. L'astuce, c'est d'obtenir de gré ou de force, des prêts de la nature ou du voisin "

Les voisins les plus évidents des mecs étant les femmes, évidemment !

En réalité, pendant des millénaires, les femmes ont été domestiquées ; elles ont subi la violence sociale et patriarcale de se faire mettre enceintes de force : par des enlèvements de fiancées, par des viols collectifs, comme dans certaines tribus premières en Afrique et ailleurs, par le viol conjugal, ou celui d'un ancêtre de la famille "expérimenté", par le mariage forcé, les femmes étant conduites chez l'époux imposé les yeux bandés après les avoir fait tourner plusieurs fois sur elles-mêmes afin qu'elles ne puissent pas retrouver le chemin de la maison de leur mère, -tous exemples qu'on trouve dans La construction sociale de l'inégalité des sexes de Paola Tabet- et évidemment, cela pèse sur la psyché des femmes. Une série de traumatismes aussi violents à travers des siècles ne peuvent que laisser des traces ravageuses dans la mémoire des gènes, des corps, de la psyché. Rajoutez que les femmes ont eu de tous temps interdiction de se servir d'armes, réservées aux hommes pour mieux contrôler les femmes et les contraindre. Double bénéfice : pas moyen de se défendre et pas accès aux gains de productivité. Les outils découlant des armes, ils seront réservés aux hommes, les femmes resteront attelées aux corvées manuelles domestiques. Les gains de productivité permettent de dégager du temps de loisirs pour faire de la politique, par exemple. Ce qu'ils font pour le grand bénéfice de leurs intérêts de caste, les femmes empiétant sur leur pré carré se voyant demander "qui va garder les enfants ?". Voir sur ce lien un résumé de l'ouvrage de Paola Tabet, anthropologue. Rappelons tout de même que bien que nettement en récession, ces pratiques primitives continuent leurs ravages partout sur la planète, y compris dans l'hémisphère nord.

Puis vinrent les luttes féministes -elles remontent à loin. Des quantités de femmes inconnues ou connues (artistes, femmes politiques, littératrices,...) ont contesté cet asservissement, dans des termes autrement virulents qu'aujourd'hui. Un relatif progrès aidant, on est passées de l'enfant-malheur (nos mères et grands-mères), à l'enfant "si je veux, quand je veux" (hélas, j'y reviendrais) des féministes des années 70, à l'enfant roi (voire caractériel sous ritaline) parce que choisi, puis à la fin, à l'enfant à tout prix (congélation d'embryons encouragée par leurs boîtes pour les femmes qui font carrière, PMA médicale et autres techniques d'élevage, "maternité de substitution", ou "pour autrui" introduisant un faux altruisme qui ne va toujours que dans le même sens. Les hommes, même les gays avec cette technique, revendiquent désormais, eux aussi, un accès au corps des femmes. Progrès, vous avez dit ?

Remettre en question le dogme de la reproduction humaine ? Vous n'y pensez pas voyons ! On a besoin de soldats chair à canon pour faire la guerre, et plus sûrement, dans nos sociétés moins guerrières, d'ouvriers chair à usines -de moins en moins dans l'hémisphère nord où la production industrielle est transférée dans des pays à bas coûts de main d’œuvre avant l'avènement des robots déjà en cours d'apparition partout. Le Japon vieillissant (1,5 naissance par femme) et refusant l'immigration est en pointe sur la robotique d'assistance. Nos richesses collectives sont mesurées par des PIB (Produits Intérieurs Bruts), basés sur une croissance infinie, et sur... le modèle du vélo qui tombe s'il s'arrête ! S'ensuit une accumulation de "ferraille humaine" (Françoise d'Eaubonne) : c'est tout bon, ça fait baisser les salaires, maintient des salariés bien dociles à qui on peut dire dès qu'un bronche dans les rangs "vous n'êtes pas contents ? Il y a 25 chômeurs qui attendent à la porte !". 140 000 primo-demandeurs viennent s'ajouter chaque année en France au stock de 5 millions de chômeurs et précaires. Et puis, si vraiment ça déborde, une bonne guerre y pourvoira.
La quantité, jamais la qualité. S'occuper de ceux qui sont ici et maintenant (réfugiés par exemple) avant d'en mettre d'autres en route, pas question. On préfère le veau local, élevé au maïs en grains.

Alors voilà mes arguments, mes raisons à moi, quand on me pose la question : "Pourquoi vous n'avez pas eu d'enfant ?"
Parce que je préfère avoir des semelles de vent plutôt que des semelles de plomb ;
Je m'amuse bien en faisant carrière, et je suis créative ailleurs ;
Le monde n'est pas accueillant, je n'ai pas envie de perpétuer le malheur ;
Vous allez leur léguer quoi à vos enfants ? Des tas d'ordures, nucléaires en plus, plus aucun animaux sauvages ni oiseaux, des océans morts, une terre désolée bétonnée à mort, une vie dans des clapiers empilés ? Le chômage la plupart du temps, de l'emploi de temps en temps ?
La population humaine en cours de multiplication est en train de détruire la beauté du monde ;
La biodiversité recule devant la destruction de ses habitats par l'humanité ;
La croissance pour la croissance est la stratégie de la cellule cancéreuse. 

A peine né-es et capables de se redresser, on leur fait déjà faire la queue (la pénurie réelle ou décrétée des ressources se gère par la file d'attente, c'est vieux comme le monde) : à la crèche, à l'école primaire (réservez votre petite école dès que vous avez un "projet d'enfant" SIC), dans les bons lycées, faites les prendre des cours supplémentaires, les Legendre et Acadomia leur donneront plus de chance d'accéder aux chères, très chères grandes écoles et finalement au graal de l'emploi ; à la faculté, puis à Pole Emploi et à l'ASSEDIC -voir plus haut- car le premier emploi stable est de plus en plus tardif ; aux urgences si vous êtes malade, puis dans les maisons de retraite et, à la fin, au cimetière. Car il n'y a plus de place dans les cimetières non plus ! Mais super, avec le "progrès teknik", bientôt c'est un robot qui vous accueillera à un guichet, qui répond déjà au téléphone chez Orange, et la consultation d'un médecin en ligne par Skype va désenclaver les territoires sans médecins ni services publics ! Génial.
Les patriarcaux détestent l'humanité : c'est pour cela qu'ils la multiplient, ça justifie à posteriori la façon dont ils la traitent.

J'en entends déjà qui me traitent de "petite personne égoïste", l'argument massue ou qui se veut tel ; je nierais mes instincts : je conteste absolument. Et j'affronte la réprobation générale. Désolée mais au-dessus de mes ovaires, il y a ma tête, c'est elle qui décide. Je n'aime pas les sentiers battus et rebattus, je préfère les minorités aux majorités, je n'ai pas d'instincts là où tout indique la construction sociale injonctive et péremptoire, depuis la Bible et sa malédiction d'Eve "tu enfanteras dans la douleur", jusqu'à tous les leurres "la maternité, c'est que du bonheur". La maternité n'a longtemps été que du malheur, elle l'est encore dans pas mal d'endroits et pas mal de fois dans nos sociétés. La maternité est un choix, pas un destin. La non-maternité sera donc mon choix.

Je vieillirais seule (tu finiras seule, ma pauvre fille ! est la formule exacte en réalité) : mais vous allez tous vieillir seul-es, mes ami-es ! Inutile d'emmerder et culpabiliser vos enfants : le village est devenu planétaire, vos enfants iront bosser ailleurs que dans votre ville et même votre pays, minimum dans une capitale, parce qu'il n'y a pas de boulot ailleurs. Les ancêtres avec toutes les générations entourant leur lit de mort, c'est fini. Les enfants et petits-enfants vivant dans le même village comme dans les années 50, c'est fini. Ils viendront vous voir deux, trois fois l'an, aux fêtes, comme vous avez fait avec vos vieux parents. Alors autant s'habituer jeune à être vieille, seule et autonome.

Où sont les féministes ?
Elles défendent les mères, et il y a du travail quand on voit le tribut que paient les femmes à la "maternité bonheur". Dans les années 70, elles inventèrent le slogan "un enfant si je veux, quand je veux", que Christine Delphy analyse de la façon suivante dans l'ouvrage collectif La maternité occidentale contemporaine :
 " La radicalité du "si je veux" était mitigée par le "quand je veux". La campagne a toujours mis l'accent sur le contrôle du moment et du nombre de naissances, jamais sur leur principe. En clair, jamais le mouvement féministe n'a osé exprimer l'idée qu'une femme pouvait ne pas vouloir d'enfant du tout ".

Refuser d'enfanter, c'est se dérober à une norme sociale : peu font ce choix. 4,3 % des femmes déclarent ne pas vouloir d'enfant du tout, -6,3 % pour les hommes ; environ 14 % n'en ont pas du tout, inclus celles qui n'ont pas pu en avoir pour des raisons d'infertilité. Même si la France ne fait plus que 1,9 enfant par femme, nous restons un pays nataliste comparé à nos voisins italiens (1,34 enfant par femme) et allemands (1,5) ; la moyenne européenne est de 1,7 enfant par femme.
Le mot même de "maternité" attribuant la fonction de reproduction aux seules femmes (voir lien ci-dessous) fait que celles-ci supportent toute la charge de la mise au monde et de l'élevage des enfants ; elles y sacrifient leur carrière, leurs potentialités, leur sécurité économique ; elles s'y appauvrissent, surtout quand survient le divorce (un mariage sur deux finit par un divorce) lequel est la continuation du mariage par d'autres moyens selon Christine Delphy. La charge des enfants, commodément renommée, euphémisée en "garde" (toujours Delphy) leur est généralement attribuée parce qu'elles la demandent dans plus de 80 % des cas, pénalisant leurs revenus, la poursuite de leur carrière, le pire étant selon moi la résidence alternée, sorte de mariage à laisse plus longue, elles prennent des emplois à temps partiel pour faire face à la charge de travail domestique ; précisons enfin qu'un nombre important de pensions alimentaires restent impayées et / ou non recouvrées. Tout cela continue à peser quand elles vieillissent : non seulement elles touchent des pensions inférieures (le piège est infernal : mi-temps = demi-salaire = demi-chômage = demi-retraite, le seul travail marchand posté modèle masculin comptant pour l'accumulation de points), mais elles restent arrimées à leur carrière maternelle et maternante, n'ayant pas réellement pris conscience ni cultivé d'autres potentialités, ni champs d'expérience ; celles qui sont encore mariées devront traîner vaille que vaille un mariage branlant sans pouvoir s'émanciper pendant leur vieillesse qui, rappelons-le, pourrait être le moment de vivre enfin pleinement, et de faire tout ce qu'on n'a pas pu faire plus jeune. Quel gâchis au final.

Celles qui n'ont pas eu d'enfants seront nettement mieux loties, même si leurs pensions seront inférieures pour cause de discriminations à l'emploi, mais elles sauvent les meubles ; à condition toutefois qu'on ne vienne pas leur seriner qu'elles ont fait carrière pour "combler un manque" ; les femmes ne sont pas condamnées au maternage, ni réel, ni symbolique ; toutes les productions créatives des femmes ne sont pas par extension leurs "bébés" de substitution, ni une carrière, ni un livre, aucune production artistique..., ne sont des substitutions à la maternité ; il ne viendrait à l'idée de personne ne prétendre cela d'un homme. Madame Bovary n'est pas le "bébé" de Gustave Flaubert, ni Les Tournesols celui de Van Gogh. Les femmes qui font carrière ne le font pas pour combler un manque : elles s'engagent dans une autre forme de créativité, elles y trouvent le même accomplissement, voire un accomplissement supérieur sans être enchaînées aux nécessités biologiques et sociales de la maternité. Elles sont des refusantes, réfractaires au rouleau compresseur social qui enjoint aux femmes le service aux hommes de leur donner une descendance. C'est la norme la moins contestée de nos sociétés dites avancées.

Je voudrais pour finir dire un mot pour les femmes à un enfant qui entendent le rester : j'ai eu une copine d'activisme qui, quand je râlais sur mon sort, me répondait que pour elle, mère accidentelle d'un enfant et entendant arrêter les frais, s'entendait sans arrêt demander "alors, le deuxième, c'est pour quand, vous allez bien lui faire un petit frère ou une petite sœur ?" avec force démonstrations qu'enfant unique, c'est l'enfer ! Elles aussi refusent la sacro-sainte production, faillissent au renouvellement de générations superfétatoires. Voilà. J'espère que ce billet est subversif en diable. Allumez les bûchers. Vivent les femmes autonomes, émancipées, libres. Quel que soit leur choix : elles font ce qu'elles veulent. Moi aussi.

" Combien de politiciens étaient prêts à dire au monde que 4 milliards d'individus, ou 6 milliards, ou 10, ne pourraient jamais bénéficier du rêve californien ? S'ils l'avaient été, combien de ces individus auraient voté pour eux ? Je sais une chose en tous cas : lorsque le monde a accepté de voir l'iceberg, il était bien trop tard pour que Léviathan change de cap. Mais le beau navire a-t-il jamais eu de gouvernail ? "

Ces deux citations en grand caractères sont tirées du beau roman Chroniques des jours à venir de Ronald Wright, un auteur canadien, paru chez Actes Sud en 2007.

Lien :
Réfléchir sur la "production d'enfants" et non sur la maternité : un défi pour l'analyse féministe

* Je n'ai rien contre la tribu des Baruyas bien entendu. C'est une des tribus observées par Paola Tabet, c'est tout. L'humanité est une et indivisible, nous sommes tous des Baruyas, les soi-disant "modernes" de nos sociétés occidentales devraient s'en souvenir.

mercredi 2 janvier 2019

Bonne année 2019, malgré tout !

Ça commence fort encore ce matin :) Je sens que 2019 va ressembler furieusement à 2018 ! Chicayas à propos de quelques tweets incompris, procès d'intention, mise au point unilatérale, et mansplaining pour finir. Pas touche aux vaches sacrées patriarcales : Sainte Famille, Mariage et Maternité ! Pas touche au Père Tout-Puissant. Sinon, on vous coupe la tête. Et accessoirement, on se désabonne. O_o Pourtant une journaliste vous demande une interview de "childfree" ! Pour voir la bête curieuse ? Pour servir de repoussoir ? Je me méfie du réformisme à un point incroyable : on fait mine de mettre en valeur des comportements différents pour mieux faire revenir les gens dans le confort du troupeau. Mais trêve de plaintes.

Quoiqu'il en soit ailleurs, ici on continuera à contester les PIB (comptabilités nationales) masculins et les "lois économiques" qui ravagent la nature et les animaux, ne tiennent pas compte des contribution des femmes et n'incluent jamais les externalités négatives ; on continuera à parler de choses qui fâchent, à montrer l'oppression en grand, du haut, en (très) large, et en technicolor : femmes, enfants, nature et animaux, par toujours le même "ennemi principal", le patriarcat et ses agents. On continuera à proposer (maladroitement certainement, mais c'est l'intention qui compte) des solutions et des idées pour lutter contre, éviter les pièges tendus. A mettre en valeur, pourquoi pas, les femmes qui ont pris des chemins différents, des femmes qui créent, des femmes valeureuses qui s'engagent pour des causes auxquelles elles croient, causes pas forcément populaires ni consensuelles.

Des femmes autonomes, émancipées, libres. 
Voilà.  
Bonne année 2019. 

J'utilise comme carte de vœux celle que m'a envoyée Robin des Bois, une respectable association qui répertorie et nettoie les saloperies que l'innombrable espèce humaine dissémine et laisse derrière elle, en pleine insouciance consommatrice obligatoire, sans égard pour les autres habitants de la planète, de leurs habitats et des océans, puisque nous sommes une espèce suprémaciste et sans états d'âme : cette année, les baleines feront les frais du nationalisme japonais. Aux animaux : la guerre.

mercredi 19 décembre 2018

Technically wrong : applications sexistes, algorithmes biaisés et autres menaces des technologies toxiques

J'ai lu Technically wrong de Sara Wachter-Boettcher, consultante web basée en Californie, publié il y a quelques mois en anglais, non traduit en français. Dommage, la lecture en est édifiante et passionnante. Si vous êtes ingénieur-e en informatique ou développeur-euse, lisez-le, l'anglais est à votre portée. Pour les autres,étant donné l'enjeu, je vous en propose un (noir) résumé.

Application sexistes, algorithmes biaisés et autres menaces des technologies toxiques

L'auteur, elle-même consultante en conception de sites internet depuis l'époque où on faisait encore des recherches sur AltaVista, décrit avec brio les travers et aberrations de technologies dominées par les hommes. Deux exemples : Google prend Sara Wachter-Boettcher (SWB) pour un homme parce qu'elle y fait des recherches sur les technologies de l'information ; au printemps 2015, Louise Selby, pédiatre de profession à Cambridge décide de s'inscrire dans un club de gym mais l'accès au vestiaire des femmes lui est refusé par sa carte de membre. Enquête faite auprès de la direction, on se rend compte que toutes les cartes électroniques du réseau sont codées par le sous-traitant informatique en paire "docteur = mâle". La culture et le mode de fonctionnement des entreprises de technologies sont basés non sur des besoins, mais sur des stéréotypes, témoigne une cheffe de projet -dont les siens étaient recalés car elle était dans une boîte de Mad Men qui, de façon routinière, excluent tout ce qui n'est pas jeune, blanc et mâle. Plus les femmes sont identifiées, codées de façon incorrecte, plus se renforce l'idée que ce sont les hommes qui dominent le secteur, plus le système corrèle l'usage des technologies avec les pratiques masculines, par l'effet, entre autres, du machine learning. " Voici une industrie qui recrute une bande de jeunes hommes blancs qui travaillent ensemble dans la journée, se bourrent la gueule ensemble le soir, et pensent "parfait, c'est à cela que ressemble un lieu de travail sain " ; quand par ailleurs, ces jeunes hommes utilisent le vocabulaire post-adolescent de la culture heroic fantasy des video-games les valorisant eux seuls : "licornes, ninja et rock stars", pour glorifier ses concepteurs, les femmes ne peuvent pas s'y reconnaître, déplore SWB.

Profilage, stéréotypage et finalement "pattern recognition". Comme les machines apprennent à reconnaître les faciès, les start up apprennent à reconnaître et coopter les gens qui leur ressemblent : aptitudes techniques constituées en méritocratie, avec le prédicat qu'elles seraient les plus difficiles à acquérir, que leurs industries n'ont pas besoin des apports de l'extérieur puisque les gens les plus intelligents sont déjà dans la salle, dévaluant systématiquement ceux qui apportent d'autres compétences pour renforcer les produits et les services commercialement et éthiquement ; des gens ayant fait leurs humanités (comme on ne dit plus hélas), des gens avec des compétences sociales, formés à tenir compte de contextes historiques et culturels, à identifier les biais inconscients (les femmes sont des ménagères, les noirs des criminels), à être plus empathiques avec les besoins des utilisateurs.

Produits eux aussi de la culture insulaire, mâle, blanche décrite ci-dessus, tous sortant des mêmes écoles de prêt-à-penser, les trois réseaux sociaux Twitter, Facebook, Reddit, et le moteur de recherche Google présentent toutes les défauts génétiques et les obsessions de leurs fondateurs.

En résumé :
Twitter, site d'updates et de listes non réciproques par défaut (les abonnements se font sans autorisation) : c'est son talon d'Achille car ils permettent le harcèlement et les conduites abusives. Mises en copies de la moitié de la planète, par le biais des partages vos notifications peuvent vite devenir ingérables et incontrôlables, truffées d'insultes voire de menaces. Plusieurs féministes ont dû fermer leur compte. Twitter est de plus truffé de faux comptes et de robots ; un grand ménage vient d'être fait ces dernières semaines à la demande de leurs annonceurs publicitaires (!) via des algorithmes, et je vous promets que c'est très étrange ! Ces algorithmes réagissent à des mots-clés, et finissent par évincer des comptes tout à fait décents, en les suspendant ou les restreignant. Des comptes féministes notamment, en ont fait les frais.

Facebook, 1 Hacker Way (si, ça ne s'invente pas !), Menlo Park California, site des "amis", "machine driven", ce sont les trending topics produits par des algorithmes qui recensent les sujets favoris de vos amis et en compilent des "sujets tendances", excellente méthode de production de fake news, fausses nouvelles, théories du complot.., couplés avec la culture de hacker du fondateur, partagée par les ingénieurs maison, la "méritocratie" évoquée plus haut, qui ne parlent pas aux sous-êtres de modérateurs humains hébergés eux dans les sous-sols du siège de la Firme (écrit SWB). Vraiment il vaut mieux vérifier tout ce que vous y partagez ! Et bien garder la tête froide. Cette recommandation vaut pour tous les medias sociaux : si vous sentez que vous commencez à chauffer, débranchez tout et allez faire un tour pendant deux heures. Vraiment.

Reddit, site d'agrégation de contenu : la culture "free speach", liberté d'expression de la maison, élevée au rang d'idéologie, couplée avec des modérateurs bénévoles (non rémunérés), font de la pratique du doxing (révélations d'informations sur des personnes privées) une des plaies de ce réseau.

Le moteur de recherche de Google n'est pas exempt de pataquès dont il n'est pas immédiatement responsable, mais qui révèlent le racisme qui sous-tend nos sociétés : un ingénieur noir fait des recherches d'images à base des mots-clés "visages sombres" pour son site Internet ; arrive un panel d'images de personnes noires au milieu desquelles il trouve une image de gorille ! "Je sais faire la part des choses parmi les erreurs d'algorithmes d'autant que je suis du métier, témoigne l'ingénieur, mais c'est tellement un argument raciste rebattu, que c'est insupportable". Il a finalement déposé plainte contre Google.

Dernier exemple décrit aussi par SWB : Uber que tout le monde croit être une compagnie de taxis, quelle erreur ! En fait Uber est une entreprise de technologies de pointe qui fait de la géolocalisation, et une entreprise de design d'applications animées montrant une petite auto qui s'approche d'un petit bonhomme, signalant ainsi l'approche du taxi que vous avez commandé sur votre téléphone. C'est très ludique. Mais au bout du rigolo, ils travaillent surtout sur la voiture sans chauffeur, le remplacement des humains par La Machine Terminale, le conducteur de la voiture étant décidément trop cher et résistant à la mise en esclavage, fût-il, l'esclavage, paré des habits neufs de l'auto-entrepreneuriat où l'on s'esclavagise soi-même, dernière trouvaille de génie de l'économie informelle très prisée dans ces milieux.

Construit comme un polar, avec progression angoissante, -l'avenir promis n'est pas radieux-, d'abord l'état des lieux, puis les développements des algorithmes de data mining (extraction de toutes sortes d'informations dans des métadonnées, Facebook par exemple, qui ne pense qu'à utiliser vos données pour vous proposer de la pub ou les revendre, ainsi que des prévisions de comportements à des cabinets de conseil en marketing, ce qui lui vaut des tas de scandales qui pourraient à terme coûter sa place de Président à Zuckerberg), enfin de machine learning (des robots qui apprennent et adaptent leurs réponses au contact des clients, le service client de La Poste fonctionne ainsi, c'est pour l'instant assez pathétique, mais il fait des progrès tous les jours, c'est en tous cas la promesse de la technique), tant et si bien que déjà des algorithmes traquent les fraudeurs/euses de la Caisse d'Allocations Familiales, de L'ASSEDIC, trient vos CV avant de les soumettre à des services de ressources inhumaines, et fabriquent vos journaux télévisés sans plus aucune intervention humaine. Je vous laisse imaginer les dégâts qu'ils pourront faire s'ils sont truffés de biais cognitifs sexistes et racistes ! Souvenez-vous des "chômeurs fainéants", profiteurs, femmes seules forcément mères élevant des tripotées d'enfants avec de l'aide sociale, surtout si elles sont noires. Bienvenue dans un futur masculin, blanc, moins de 35 ans, geek déconnecté du réel, biberonné à l'heroic fantasy dont ils se  croient les héros !
Une vraie fête de la saucisse. Un CAUCHEMAR ! Mesdames, il est temps d'empoigner le sujet ; si les mecs y arrivent, franchement, le succès est à votre portée.


Quelques liens pour vous prouver que je n'ai pas fumé la moquette :
Sexisme, racisme, les algorithmes face aux préjugés.
Qui sélectionne votre CV lors d'une candidature en ligne ? Un algorithme ! Et c'est pervers pour les candidatures de femmes.
Les algorithmes et intelligences artificielles finissent par reproduire les schémas de nos sociétés.
Quand l'algorithme d'Uber pénalise les femmes.
Machine learning : comment les algorithmes deviennent sexistes en apprenant de nos biais de genres.
A la CAF de Touraine un algorithme signale les dossiers les plus susceptibles de faire l'objet de fraudes.

Ça fait froid dans le dos, non ?
Dernière recommandation : désactivez les "par défauts" sur tous vos terminaux et mettez les à vos préférences : sachez que s'ils sont installés par défaut, ce n'est pas fortuit mais dans leur intérêt bien compris ; en tablant sur votre passivité vis à vis des "par défaut", ils collectent tous des données sur vous, et rappelez-vous que si c'est gratuit (ils sont TOUS gratuits), c'est VOUS le produit ! Et comme j'ai entendu un jour Michel-Edouard Leclerc dire à un journaliste -et ça m'avait bien fait rigoler-, dépassez la page 4 de Google.

vendredi 7 décembre 2018

L'incivilité, ce serait morphologique !

En allant dans l'une de mes bibliothèques un jour dernier, j'échange quelques phrases avec la dame de l'entrée et prends des nouvelles de sa santé et de son moral (ça m'apprendra à être courtoise, tiens !) : ça ne va pas bien du tout, vivement les vacances ;(( elle en a marre du quartier, quand elles arrivent le matin "elles trouvent des crachats et des marres de pisse tout autour de l'immeuble, leur lieu de travail ", raconte-t-elle. Il faut dire que le quartier est bétonné à mort, clapiers modernes éclusant la surpopulation urbaine, alignés, relativement neufs de cité dortoir, autour d'une avenue commerçante piétonne, point chaud réverbérant la chaleur, vite insupportable en cas de canicule, mais accessible aux voitures, où les soirs d'été les garçons tapent dans le ballon pendant que les ménagères rasent les murs avec leurs paniers à provisions et leurs poussettes ; ça aussi, ça me vrille les nerfs.

D'ailleurs c'est dans ce même endroit où il y a deux ans, quand je sortais d'un parking souterrain par un ascenseur débouchant dans une allée, des garçons (14 /19 ans) adossés aux murs, et squattant les abords (des espèces de débords et de marches poussant au crime), mangeant gras et buvant sucré en laissant leurs déchets derrière eux, me traitaient de " grosse pute " histoire, je suppose, de me souhaiter la bienvenue. Plusieurs fois de suite, bien fort, pour que nulle n'en ignore. Une lettre adressée à la mairie, restée sans réponse, a tout de même fait effet : des trucs très moches bloquant les abords ont été installés, du coup personne ne peut plus s'installer dessus, les gars sont allés insulter ailleurs, inconvénient déplacé, non résolu. Répression plutôt qu'éducation, et bien sûr, mutisme, non réponse aux plaintes. Je hais ces élus et leur petit personnel arrogant et méprisant, mâles et femelles.

Donc, premier réflexe, je dis à la bibliothécaire que "c'est des mecs" qui crachent et pissent partout comme d'habitude. Je la vois aussitôt rentrer dans sa coquille : pas touche aux couilles des mecs, pas politically correct, j'en ai à la maison, j'en fais même l'élevage, sous-texte. Avant de passer au prochain client et de se débarrasser de moi et de ma franchise décidément sans filtre, elle rajoute toutefois que "c'est morphologique", de pisser contre les murs, sinon de cracher partout. Argument décisif, passons à autre chose.

C'est morphologique de se sortir la nouille et de pisser contre les murs et contre les bâtiments publics ? Sans rigoler ? Finissons-en avec les légendes patriarcales auto-justifiantes, cache-misère : ma mère pissait debout, ma grand-mère pissait debout, et il m'arrive de pisser debout. Les mâles n'ont pas le monopole. Les paysannes ont toujours pissé debout à la campagne, pisser assise c'est un truc de citadines timorées, on dirait, assez récent en plus. A mes deux parentes, il leur suffisait d'un peu soulever leurs jupes et d'écarter leur culotte, le tour était joué, ça éclabousse un peu les pompes, mais pas plus que celles des mecs qui font pareil ; pour moi, qui suis en pantalon, c'est un peu plus compliqué mais franchement, j'y arrive avec ou sans pisse-debout et à peu près partout, discrètement. Et ce n'est pas plus déshonorant ni visible que de se sortir la teub : au moins chez nous, pas d'organe en vue. Pas d'exhibition donc.

La morphologie n'a rien à voir, l'éducation tout. D'un côté de la classe sociale, c'est admis, de l'autre, NON. L'incivisme, la mauvaise conduite, le mépris des règles sociales les plus élémentaires, ce besoin de salir, d'avilir les lieux publics, lieux où tout le monde passe, il n'y a qu'eux qui fassent cela. Le non dit, le déni, les pudeurs de mères de famille qui pignent tout en refusant de nommer le problème, les pouvoirs publics qui font pareil, mais viennent en catimini poser du matériel urbain pour empêcher ces enragés d'accéder et de nuire, après leur avoir payé avec l'argent de toutes les contribuables des skate parks, des terrains de foot, en pure perte, mais en réaffirmant que leurs besoins de parasites priment avant ceux des filles et des femmes, tout cela ne me convient plus. Les stratégies d'évitement, le politiquement correct mal appliqué, juste parce que la société s'arrange bien au fond de ces comportements de délinquants et que les femmes sont en conflit de loyauté, qu'elles sont affectivement et émotionnellement impliquées avec eux, pire, qu'elles produisent de l'ennemi de classe par 70 kg, personnellement j'en ai assez.

Même si moi je n'ai pas peur d'eux et que je ne pratique pas de stratégies d'évitement, que je passe là où je dois passer sans faire de détours, que je pense que je n'ai pas à céder la place à la mâlerie (comme écrivait Léo Thiers Vidal), par là l'avalisant sans jamais rien affronter, même si je l'ouvre en annulant une éventuelle popularité (je me fous bien de ma popularité), il y en a vraiment marre de ces pudeurs d'asservies qui refusent de nommer le problème. On dirait que la conscience de classe est un luxe, réservé à quelques-unes, et qu'au nom de plein de timorées, les premières n'ont plus qu'à la boucler et filer doux comme elles. Vous n'êtes pas toutes seules, Mesdames, je considère n'avoir pas à avaler les couleuvres que vous avalez jour après jour. Pensez aux autres, un peu de solidarité de classe ne nuirait à personne, elle ne marche pas que dans un sens. Et elle permettrait de faire reculer l'impunité. A moins que vous ne vous trouviez bien comme ça après tout ? On peut se poser la question.

Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour, et que vous essayez de faire vôtres, jusqu'à vous en rendre malade et à en crever, en silence encore ?  " Audre Lorde - Féministe, écoféministe radicale.
Je rajoute : et à en faire crever les autres ? 

vendredi 30 novembre 2018

Vous vous appeliez Maria Schneider, Jean Seberg, Romy Schneider, Marie-France Pisier...

Elles sont toutes victimes de l'industrie vampire du cinéma, dévoreuse insatiable de chair fraîche.
Préparées au sacrifice sur l'autel du cinéma par une enfance malheureuse avec des parents maltraitants (Maria Schneider, Romy Schneider -juste une homonymie, elles ne sont pas parentes...), recrutées par défaut, elles ne sont généralement pas un premier choix du metteur en scène, elles sont recrutées quelque fois sur un malentendu, parce que l'actrice pressentie à refusé, et comme elles cherchent une porte d'entrée, qu'elles ont le pied mis à l'étrier par un parent insistant (dans le cas de Maria Schneider, c'est son père Daniel Gélin qui fait office), elles sont contentes d'être "choisies" et de fait, sont toutes prédisposées à faire chair à canon, d'autant plus si elles sont très jeunes quand elles rentrent dans la carrière (19 ans pour Maria Schneider quand elle tourne "Tango", film sexe, sans réels dialogues, énorme succès en salle en 1973).  Autant dire qu'elles sont désarmées devant les Bertolucci ou Antonioni, déjà metteurs en scène reconnus et recuits.

La reconversion est quasi impossible : une fois qu'elles ont dilapidé l'argent de leur premier et pharamineux cachet, goûté à toutes les fêtes, s'être détérioré la santé dans toutes sortes d'addictions (à l'héroïne pour Maria Schneider), au sexe, à l'alcool, après une ou plusieurs tentatives de suicide (Seberg, Romy Schneider : réussies, Bardot...) ou qu'elles prennent un peu d'âge, soit elles disparaissent des écrans, ou n'apparaissent plus qu'épisodiquement, remplacées par de plus jeunes et plus tendres, soit elles quittent l'industrie en claquant la porte : Brigitte Bardot, qui est bien la seule à avoir réussi, et avec brio en plus, son repositionnement dans un métier totalement différent. Bardot qui sera une des seules, hors la famille, à donner des coups de mains à Maria Schneider quand elle n'a plus un rond, même pour se payer un toit ; c'est Bardot qui lui paie son loyer. Sororité, solidarité, empathie entre anciennes ayant subi la férule masculine. Je sais que Bardot ne validerait pas mes propos : elle n'est "pas féministe, car elle aime trop les hommes" étant une des ses maximes, totalement hors sujet. Autant son obstination et son combat envers les animaux sont nobles et forcent le respect, autant elle dit des stupidités et tient des propos discutables quand elle sort de son sujet de prédilection où on aimerait qu'elle se cantonne. On ne peut pas être compétent en tout. Je pense toutefois que son (sale) caractère et son impétuosité sont les armes qui lui ont permis de réussir sa sortie et son rebond.

Tu t'appelais Maria Schneider, récit écrit par sa cousine germaine journaliste, Vanessa Schneider, à la deuxième personne du singulier "tu", raconte aussi l'histoire d'une famille d'après la "libération sexuelle" de 1968, -libération qui a surtout profité aux hommes- les addictions à l'héroïne, et au sexe, le maoïsme du père de Vanessa Schneider, les rêves et expériences, parfois délétères, d'autres plus joyeuses, tentées par les enfants de 68, ainsi que leurs désillusions.

" Maria ne prononce pas le mot de misogynie. Maria ne fait pas de politique. Maria constate : "Pour les hommes c'est plus facile, ils sont considérés comme des saltimbanques, des marginaux. Quand tu vois des destins comme celui de Romy ou d'autres, tu te poses des questions." Pause, deuxième cigarette : "Des rôles, j'en refuse beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de rôles de femmes dignes. On fait toujours exister une femme par rapport à un homme, par rapport à un couple." Elle ajoute, fataliste : Comme partout, ce sont les hommes qui ont le pouvoir au cinéma." [...] Les producteurs sont des hommes, les techniciens sont des hommes, les metteurs en scène pour la plupart sont des hommes, la presse, ce sont des hommes, les agents ce sont des hommes qui te donnent les scripts, qui t'orientent, qui te conseillent. Ils ont tous des sujets pour les 
hommes. ".



Maria Schneider est morte en 2011 à 58 ans ; sa filmographie compte tout de même 50 films.

Bernardo Bertolucci vient de décéder à 77 ans le 26 novembre 2018, couvert d'honneurs et de prix. Sur le plateau de Tango, il n'adressait jamais la parole à Maria Schneider, il réglait les scènes du film en concertation avec Marlon Brando qui se piquait aussi de mise en scène. Le tournage du Dernier tango à Paris relance la carrière de Brando considéré en 1973 comme acteur sur le déclin. Il avait 48 ans, Maria Schneider 19.
Trauma Tango : la crique du livre par Libération.

Personnellement, hormis la mise en scène hors décors de studio, je n'aime pas A bout de souffle (Godard - 1960) à cause des répliques cavalières, machistes et violentes de Belmondo à Jean Seberg, et de l'éternelle ode aux mauvais garçons qu'est ce film. Il fera toutefois de Jean Seberg une "égérie" de la Nouvelle Vague. Jean Seberg est morte à 41 ans en 1979, retrouvée inanimée dans le coffre d'une voiture, la police conclura à un suicide.

Il serait temps aussi que l'industrie du cinéma qui prétend employer des artistes (et alors, les artistes seraient au-dessus des lois et du Code de Travail ?) adopte la rationalisation des méthodes de recrutement dont tous les services de ressources humaines se sont dotés ; il est totalement archaïque et inadmissible de recevoir une actrice ou un acteur en robe de chambre dans une chambre d'hôtel, fût-elle une suite ! Il est inadmissible de la faire se déshabiller en entretien d'embauche. Une actrice joue la comédie, qu'elle a en général apprise dans une école de théâtre, c'est un métier, et à ce titre, les compétences des actrices devraient être appréciées et évaluées comme celles de n'importe quel autre salarié.

jeudi 22 novembre 2018

La terreur change de camp - #25novembre

Quelques trucs pour se tirer d'affaires, et surtout cultiver son répondant.
Mon billet ne va pas être validé par les féministes libérales, ni par les féministes pop. J'assume.
Évidemment, ce sont les garçons qu'il faut éduquer à ne pas agresser, à ne pas violer, à ne pas se comporter en affreux toujours en train d'exhiber leur virilité toxique et ses différentes manifestations, surtout quand ils sont en groupe, et bien entendu, vis à vis des réputés plus faibles et vulnérables : femmes, gays, lesbiennes, roux, ... La société doit aussi ne plus tolérer le perpétuel incivisme des mâles au motif que boys are boys, boys will be boys, en français, les garçons sont comme ça, on n'y peut rien, maxime de ménagère accablée, sans conscience de classe, que j'ai entendue des milliers de fois. Mais les femmes doivent aussi apprendre à s'aider individuellement elles-mêmes, à se défendre et exercer leur assertivité. La terreur peut changer de camp. D'abord, parce que l'assertivité aussi trouble l'ordre social, elle dérange les rôles attribués aux genres. Une femme qui résiste et riposte est révolutionnaire. 


Selon l'excellente Docteure Muriel Salmona, la sidération de la victime, cette anesthésie incompréhensible par ceux qui pensent ne jamais avoir été agressé-es, s'explique par la rupture brutale du contrat social en un lieu où en principe ça n'arrive pas : dans la rue, quelqu'un -un homme dans 100 % de cas- hurle "SALOPE" en passant près de vous, ou se sort la nouille pour pisser contre un mur alors que vous allez passer. Dans un ascenseur ou une salle de réunion, le mec qui vous croyiez inoffensif vous agrippe le sein ou vous met la main entre les cuisses ; dans une chambre à coucher, le gentil garçon qui vous embrasse vous saisit par le cou et vous bloque, empêchant toute fuite, bien décidé à vous imposer ce à quoi vous ne consentirez pas ; toutes ces circonstances font que pendant plusieurs secondes, voire minutes, voire heures, en fonction de la gravité, de l'éloignement ou de l'intimité du geste, le temps que la victime accommode, réalise ce qu'il se passe, son premier réflexe étant de se figer dans l'incompréhension, l'agresseur va mettre à profit cette période pour pousser son avantage et imposer, ou s'en aller en triomphant.

Dans la rue, ça m'arrive régulièrement : dans le cas du mec qui s'aère paulo contre un mur, je tiens mon spray au poivre et je dis bien fort en passant auprès "alors, on s'aère la nouille ? les chiottes, c'est pour les pisseuses par pour les pisseurs ?", ou autres aménités, à l'inspiration du moment. Le mec ayant parié que les femmes n'ont aucun répondant va se pisser dessus. De toutes façons, il ne va pas vous courir après le zob sorti. Donc, allez-y, c'est un entraînement. Pareil pour les insultes à un mètre ou 10 mètres, moi je réponds, haut et fort. J'ai même couru derrière un, une ou deux fois. J'ai un stock d'insultes humiliantes -traduites de l'anglais, l'anglais est meilleur, plus explicite. Y a pas de raisons. Pour l'exhibo, généralement un lâche planqué dans une haie, qui sort sa bite molle et vous la montre, montrez-lui votre spray au poivre, en disant que vous aussi vous en avez une petite. Gazeuse la vôtre, mais justement, elle pique les yeux. N'attendez aucun secours, les mecs éventuellement témoins se cassent le plus loin possible, les femmes courbent l'échine et se barrent aussi, se pensant, mais quelle grossière, celle-là ! C'est ma faute évidemment : comme dit une de mes sœurs "mais où tu vas comme ça pour qu'il t'arrive des trucs pareils ?". "Mais dans les mêmes endroits en ville, rues, places, chemins de halages... où passent ces misérables, je paie les mêmes impôts qu'eux, bordel".

Dans la rue, les femmes sont généralement encombrées : de poussettes, de téléphones portables, de sacs à provisions, d'enfants, de kilomètres de tissus et de voiles... et elles n'ont toujours pas de poches. Le foulard a toutefois un avantage, bien serré et emboîtant, il permet de coincer un téléphone contre son oreille et de garder les mains libres ! Super, il double la productivité du travail domestique gratuit. De plus, les filles se parent des attributs de la féminité, vous savez ce truc qu'on perd comme un trousseau de clés. Talons aiguilles de 15 cm, jupes entravées... Oubliez la désinformation permanente sur la féminité, celle des féministes pop et des magazines féminins : non la féminité n'est pas puissante, elle est impuissance inculquée, rentrée dans la tête des filles à coups de tatanes, EXPRÈS encore ! Elle ne peut pas vous servir de paravent, ni de bouclier, pas plus que votre portable en disant que vous êtes en train d'appeler votre fiancé, ou qu'un enfant dans une poussette, un foulard signalant votre pudeur, ou un panier à provisions. Ces mecs veulent vous terroriser pour affirmer la suprématie mâle partout, en tous lieux, en toutes circonstances. Ils l'ont petite et sujette à pannes, ils veulent vous le faire payer, même, surtout, si vous êtes une passagère de hasard. Ne comptez pas non plus trop sur la Cavalerie : elle est surtout occupée à défendre les abattoirs des intrusions des, je cite, "extrémistes radicaux véganes", "djihadistes verts qui veulent nous interdire la viande", parole d'activiste pro-animaux. Je dois avoir une fiche S à la DGSI, depuis le temps qu'ils relèvent mon identité ! Traitement à comparer avec celui qu'ils me réservent dans les commissariats : mes plaintes sont rarement recevables, dommages pas assez sérieux, ils ont tant mauvais comportements masculins autrement graves à traiter.


On peut avoir suffisamment d'aplomb personnel pour prendre le RER B ou le métro un vendredi soir de match de footeux ventres à bière, en robe du soir et talons aiguilles, petite pochette à sequins, mais moi, je brouillerais le message : j'y ajouterais un élément discordant, une grosse clé à molette apparente, un pied de biche, ou mieux, un gros gourdin à clous. Le temps que ces andouilles qui perdent des pièces tentent de comprendre si c'est du lard ou du cochon, votre train est arrivé à destination, il se grattent encore l'occiput, ou quoi que ce soit d'autre.

Dans un ascenseur : bon, d'abord, évitez de le prendre avec cet autre ennemi de classe Maître Dupond-Moretti, parce que c'est vrai que ça fout la trouille ! 
Pour le reste, quand arrive une charrette avec 15 mecs dedans (je vous assure, ça m'est arrivé dans des centres d'affaires !) dites que vous allez attendre le prochain métro, vous n'êtes pas pressée à ce point-là. Le temps que les portes se referment, parlez-vous à vous-même et dites distinctement "mais c'est pas possible, c'est une attaque de clones ou quoi, il y a un nid dans le coin ?" Vous allez les entendre gémir, c'est bon à prendre. Les choses se corsent quand vous êtes seule avec un inconnu, ou même un collègue de travail dans un ascenseur. Moi je suis prête à tout (c'est un entraînement, les mecs ne sont pas, n'ont jamais été, ne seront jamais mes amis, je n'ai pas le cœur ni la confiance sur la main en ce qui les concerne) j'ai toujours un spray dans ma poche à portée de main. Paraître une femme castratrice a ses avantages. Ah oui, j'oubliais, très important : FAITES LA GUEULE partout, tout le temps, dans la rue, dans le métro, dans les couloirs de vos bureaux. Les mecs font la gueule, personne ne le leur reproche, faites pareil. Les femmes n'ont pas à sourire tout le temps, être bonnes filles ni bonnes camarades, les femmes ne sont pas les serpillières au service de tout le monde. Les femmes ont des contrariétés, des motifs de faire la gueule, bien plus que les mâles, donc les femmes font LA GUEULE, point. Et par pitié, ne rasez pas les murs, imposez-vous dans l'espace commun, urbain. Raser les murs signale la peureuse, celle que le prédateur remarque. C'est la jungle ? Alors, c'est struggle for life ! Mais écoutez vous aussi : votre instinct vous conseille le demi-tour ? Ecoutez votre instinct.

Évidemment, je ne suis pas en train de vous conseiller la grossièreté (quoique si on est grossier avec vous, vous avez le droit), ni le manque de solidarité : si on attaque quelqu'un-e devant vous, et que vous sentez que vous pouvez y aller, allez-y, volez à son secours, mêlez-vous du sujet, d'autant plus si ça ne vous regarde pas, la société crève de gens qui ne s'intéressent pas à leurs voisins et voisines. Le sujet de ce billet n'est pas la politesse mais l'assertivité.


Au travail :
A l'ombre de l'affaire Tron qui, selon les attendus du jugement qui l'acquitte (le Parquet vient de faire appel du jugement) il régnait à la mairie de Draveil une atmosphère sexuelle, sexiste permanente. Ça nous est arrivé à toutes : allusions graveleuses, sous-entendus, gestes déplacés, pervers manipulateurs qui tentent des trucs. Il n'y a rien de pire que le pervers, quand on en rencontre un, on a du mal à l'identifier. Pourtant il est identifiable : il change de ton brutalement, il fait des ruptures, il teste, il pratique la douche écossaise. Ça glace et fait perdre pied, c'est voulu. Comme en général, c'est un supérieur hiérarchique, l'atmosphère autour de lui est délétère, tout le monde file doux, tout le monde ferme sa gueule, tout le monde à peur, surtout les femmes, les mecs, eux, comme d'habitude, pratiquent l'évitement, la diversion : tu es sûre ? Je n'ai rien remarqué.
Si vous en détectez un, virez-le (si c'est votre petit ami) ou cassez-vous de la boîte -au besoin en signalant ses pratiques à l'Inspection du Travail ! Ils sont incurables, toxiques, ils vont tenter l'emprise et vous rendre malheureuse comme les pierres. Aucun compromis n'est possible.
En entretien de recrutement, exercice parfaitement codifié, on ne peut vous demander que votre CV, votre parcours, vos motivations, et vos prétentions. Rien de plus. Refusez tous les tests projectifs (portrait chinois s'appliquant à vous, rorschach, ...) : ce sont des tests utilisé en psychiatrie et psychanalyse, ils peuvent être déstructurants et débouchent souvent sur des analyses sexuelles hors contexte, ils n'ont rien à faire en RH. Si on vous demande combien est payé votre mari, si vous voulez avoir des enfants, pourquoi vous n'en avez pas eu, toute question personnelle ou d'ordre familial, rangez vos affaires, prenez congé, ou ne donnez pas suite. Ils ne s'amenderont pas, la boîte est sexiste, sans doute raciste et discrimante. Vous cherchez un boulot, pas une situation d'esclave. Utilisez votre période d'essai (elle n'est pas faite que pour les employeurs, tout le monde se teste) pour bien comprendre où vous avez mis les pieds. Pas mal d'entreprises sont cyniques et engagent des femmes parce qu'elles sont réputées moins chères et plus dociles parce que plus vulnérables. Résistez. L'assertivité paie, on vous reconnaîtra comme une femme de tête.


Voilà. Billet pas consensuel du tout. Le consensus, c'est la femme éternellement victime, pire : qui doit retourner au charbon même quand tout démontre que la mine c'est l'enfer. Évidemment, ces conseils sont inspirés de situations qui me sont arrivées, y compris celle du dirigeant pervers qui terrorisait les femmes, surtout celles réputées vulnérables. Je suis partie en tonitruant dans les couloirs, que mauvaise pioche, "je ne suis pas une femme qu'on moleste". Il a été traîné devant un tribunal quelques mois plus tard. Je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que j'ai sans doute déclenché quelque chose, montré qu'il n'était pas intouchable. Les femmes ont le droit de se défendre. Quand les mecs seront devenus polis, on envisagera de faire la même chose. En attendant, si vous aimez les raouts attrape-tout (les enfants bienvenus, les hommes bienvenus, ... ;(( dissolvant toute idée révolutionnaire, vous pouvez aller manifester avec #NousToutes samedi 24. Site Internet pour trouver toutes les infos, compte Twitter pour les actualisations. Et  rappelez-vous :

Les femmes, c'est comme les pavés, à force de marcher dessus, on les prend sur la gueule !  
Slogan féministe révolutionnaire des années 70.

Les mecs morts ne sifflent plus les filles dans la rue !

Lien : Un précédent billet sur le harcèlement de rue et comment réagir
La première illustration provient du film Misery (1990), joué par Kathy Bates dans le rôle de l'héroïne, lui-même issu du roman éponyme de Stephen King (1987).

samedi 10 novembre 2018

Illimitisme patriarcal et surpopulation

2, 3 milliards d'humains en 1950 et 8 milliards d'humains en 2025, en l'espace d'une vie, certain-es auront vu quadrupler la population humaine sur une planète aux ressources forcément limitées. D'autant que les besoins humains sont exponentiels : toujours plus d'espaces occupés, d'animaux à viande élevés sur la destruction des forêts, et de terres rares pour nos terminaux et nos batteries !

La surpopulation, c'est toujours les "autres". Emmanuel Macron rappelait récemment dans un discours que l'éducation des femmes africaines était la clé du contrôle démographique sur ce continent. C'est évidemment exact, mais c'est un peu vite dit. Un enfant qui naît dans l'hémisphère sud n'utilisera pas les ressources de trois planètes pour couvrir ses besoins, (s'il dépasse 5 ans, dans certains pays en développement ce n'est pas garanti), ce qui est le cas d'un enfant de l'hémisphère nord, même né de façon "naturelle". Je vous laisse compter le poids en carbone, en comptant tous les déplacements et toutes les transactions, d'un enfant né par GPA, acheté aux Etats-Unis, et ramené en France.
L'espèce humaine si l'on en croit les anthropologues n'est pas si prolifique que ça. Aussi, pour qu'elle atteigne un tel succès en matière démographique, il a fallu contraindre les femmes à la reproduction par différents moyens : viols, viols de guerre, viol conjugal, mariages forcés et précoces, patrilocation éloignant la mariée de sa famille maternelle d'origine pour qu'elle n'ait pas de possibilité de retour en cas de mauvais traitements par exemple, poigne de fer des religions patriarcales prescrivant le mariage et la maternité comme seul destin pour les femmes, et bien sûr prohibition de tout moyen de contrôle des naissances et de l'avortement. Voici ce qu'écrivait Françoise d'Eaubonne sur le sujet en 1978 dans Ecologie et Féminisme :

Aperçu de la politique française 

" On ne peut guère mettre en parallèle le fait qu'en 1850 l'humanité atteignait son premier milliard et qu'en 1846, à peine cinq ans plus tôt, notre pays voyait se fonder l'Alliance nationale qui proposait de développer l'aide sociale "afin d'accroître la population", le problème démographique pour les rares théoriciens qui le posaient, se limitait à la reproduction des classes pauvres, à la fois "dangereuses" et nécessaires ; l'avare de Dickens, Ebenezer Scrooge, parle de la mort d'un enfant ouvrier comme "diminuant l'excédent de population"*. Le problème est donc un problème de classes ; les riches oscillent entre le besoin qu'ils ont de main d'oeuvre pour servir des intérêts du patronat et les idéaux patriotiques, et la crainte de voir les prolétaires se multiplier de façon menaçante ; attitude reconduite aujourd'hui par les pays d'économie développée face au tiers-monde. Nulle part n'apparaît le problème du rapport des forces entre sexes, et même l'explosion du féminisme de 1848 n'en fait aucune mention. Ici encore, comme nous le verrons si souvent, la lutte de classes occulte et gauchit la lutte des femmes pour leur libération. C'est dire qu'à plus forte raison personne ne se doute encore que les problèmes de population à l'échelon des pays s'inscrit dans une perspective autrement vaste, et qui ne va pas tarder à devenir planétaire, démasquant brutalement l'oppression de sexe et la surfécondation millénaire, universelle, internationale, due au régime de patriarcat qui va suffoquer l'espèce humaine à tous les niveaux par son ultime avatar, le capitalisme. 

Parmi les causes les moins examinées de la persistance des conflits armés et de leur relation avec le régime capitaliste, on peut signaler non seulement la compulsion agressive, superstructure née avec la dominance mâle et les premières fortifications de Jéricho (contemporaines de l'appropriation agricole), mais encore le frein contraceptif exigé par l'accroissement exponentiel. Joseph de Maistre, de la façon la plus déplaisante, mais non sans véracité, a décrit ce caractère, pour lui, "divin" du perpétuel déluge de sang -comparable dans ce système de surfécondation et d'accroissement illimité, aux bienfaisantes menstrues de l'organisme féminin. Là où l'homme ne considère en la femme que la "matrice" au sens mécanique du terme qui désigne les machines fabriquant des machines semblables, la mise à la ferraille de cette surproduction ne peut être que le conflit armé. 
C'est pourquoi la guerre n'est pas uniquement le résultat des rapports de force entre les propriétaires privés des différentes sources de production ; si elles s'accomplissent -de plus en plus paradoxalement, puisque le dévoilement des motifs économiques s'effectue très tôt- avec la complicité des victimes, c'est d'une part grâce au besoin de rompre avec l'intolérable quotidien de l'ennui qu'organise le pouvoir de profit, et de l'autre par la nécessité collectivement et obscurément ressentie de réprimer une démographie anarchique, absurde, dont le contrôle a échappé aux femmes et dont les hommes ne connaissent pas la maîtrise puisqu'ils en ignorent le problème

La Première Guerre mondiale ouvre une brèche dans la population française : un million et demi de morts. Entre cette guerre et la suivante, les naissances n'équilibreront pas les décès annuels. La fameuse loi de 1920 votée par la Chambre bleu horizon contre l'avortement et la contraception porte, jusque dans son excès nataliste, la marque de l'idéologie patriarcale ; la seule contraception totalement interdite est féminine. Les préservatifs masculins restent en vente libre, sous la restriction hypocrite de publicité défendue, ce qui était aisément tourné par la métaphore d'"article d'hygiène". Malgré la loi, comme on sait, l'avortement clandestin multiplia en France ses ravages, entraînant par dizaines de milliers maladies, accidents, cas de stérilisation,  morts. Il n'est pas indifférent de savoir que le taux des naissances après s'être relevé à la Libération, où les femmes, comme tout le pays, crurent à un véritable renouveau politique, tomba à nouveau pour se retrouver en 1968, année des barricades, au même chiffre exactement qu'en 1920. 

En 1945, le Général de Gaulle avait émis le vœu de voir la population française s'augmenter de 12 millions de naissances. Le Parti communiste, loin de protester, devait dix ans plus tard renchérir sur ce natalisme imbécile en s'opposant violemment à une législation de la contraception, et en foudroyant le malheureux Derogy, auteur de ce libre impie, Des enfants malgré nous. Entre temps, avait été publiée en 1946 la liste des produits abortifs interdits pas décret, et en 1953 la loi Bleu horizon avait été incorporée dans le Code de la santé publique, avec l'appui enthousiaste du très pétainiste Ordre des Médecins (dont beaucoup refusaient d'anesthésier l'avortée, même involontaire, en cours de curetage à vif.)
En 1962, le Général de Gaulle revenu au pouvoir revint également à la charge : cette fois-ci il souhaitait que la population française atteigne 100 millions. 
[...]
L'année suivante, c'est Michel Debré qui invoquait la compétition démographique en reprochant au pays ses pauvres petits 48 millions d'habitants à côté des 50,5 de l'Italie et des 55,5 de l'Allemagne de l'Ouest. A la même époque, dans le seul hôpital de Grenoble, nous révèle Elizabeth Draper (Conscience et contrôle des naissances) qu'il était établi que 61 % de 1197 femmes enceintes l'étaient contre leur volonté


En février 1969, au moment où un congrès de savants réunis au Musée de l'Homme déclarait que le monde entrait dans une période irréversible de destruction écologique (ce que confirmait U Thant, [homme politique birman, 3ème secrétaire général des Nations Unies de 1961 à 1971] et tandis que l'affolement commençait à se manifester avec les travaux du Club de Rome, le gouvernement français relève les allocations familiales et abaisse le prix des transports familiaux ; mesures sociales heureusement trop futiles pour combattre le décroissance de la natalité. Après le combat soutenu de façon virulente par les mouvements de libération, parallèlement à des projets réformistes comme celui de la loi Neuwirth, l'avortement devient légal le 14 novembre 1974, après diverses mesures assouplissant la législation de la contraception. [La presse patriarcale parle alors de "berceaux vides", "700 000 français de moins en 1974", et la "diminution non moins affolante des mariages des jeunes" nous menaçant d'une "catastrophe économique et sociale sans précédent".] la société capitaliste et industrielle, dernier stade du patriarcat, se sent menacée au cœur par la diminution de la natalité sur ses territoires d'origine même si la démographie mondiale lui est problème ; la révolte collective des femmes en ce qui concerne leur destin individuel a projeté brutalement sur la scène politique le conflit cru privé ; en se réemparant du "produit de son travail" en domaine biologique, à savoir la procréation, le sexe féminin, en dehors de toute lutte de type féministe-passéiste pour l'insertion d'une société faite sans les femmes, prouve que le véritable pouvoir se trouve entre ses mains ; et que pour citer Spengler, si l'homme fait l'histoire, la femme est l'histoire. 
[...]
la destruction des sols et l'épuisement des ressources signalées par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallèle à la surfécondation de l'espèce humaine. Cette surexploitation basée sur la structure mentale typique d'illimisme et de soif d'absolu (qu'il s'agisse de profit matérialiste ou d'idéologie religieuse ou politique) qui est un des piliers culturels du système mâle, s'est d'autant plus facilement et librement exercée en l'absence de la cogestion féminine, toujours considérée comme un frein et un alourdissement à cause de ses aspects conservateurs, anti aventuristes, anticompétitifs, et antiviolents (jusqu'à l'apparition d'une contre violence féminine comme l'écoguerilla antinucléaire). 

L'appropriation patriarcale de la fertilité terrestre a donc bien abouti, directement, à la destruction des ressources par surexploitation, comme l'appropriation patriarcale de la fécondité à la surpopulation mondiale ; ces deux motifs fondamentaux du patriarcat auront persisté à travers tous les régimes économiques pour déboucher sur le capitalisme industriel meurtrier et sur-polluant, en maintenant à chaque époque l'oppression des femmes et la hiérarchie sexiste. 
Le profit est le dernier visage du pouvoir, et le capitalisme le dernier stade du patriarcat."
Françoise d'Eaubonne - 1978 - Ecologie et Féminisme - Réédité en en 2018

Le sujet de la surpopulation ayant été traité jusqu'à maintenant par des gens peu recommandables, il est indispensable de préciser que la seule façon de lutter contre la surpopulation est l'empouvoirement des femmes**, leur émancipation et autonomisation via l'école, le collège, le lycée et l'université pour toutes celles qui en ont le désir et s'en sentent les capacités, un libre choix de leur destin, le mariage et la maternité n'étant plus considérées comme leur assurance-vie, mais au contraire en faisant une carrière dans le domaine souhaité, secteur marchand ou non marchand, procurant la capacité de vivre dignement de ses activités en y trouvant la créativité, l'accomplissement et l'épanouissement personnel. Evidemment, tous les moyens de contraception doivent être mis à leur disposition, et l'avortement dépénalisé partout, est en accès libre et gratuit dans les meilleurs conditions médicales. Et ce sur l'ensemble de la planète, sans restrictions. Ces outils sont très puissants, la preuve c'est que les résistances à l'autonomie des femmes sont nombreuses et omniprésentes. Les femmes doivent choisir d'avoir ou non des enfants, le nombre d'enfants qu'elles veulent, sans que personne ne leur dicte quoi que ce soit. Le pouvoir procréateur remis sans restriction  aux femmes, c'est notre seule chance de survivre en tant qu'espèce. Que les hommes se taisent enfin. Ils ont fait assez de dégâts.

Les caractères gras sont de mon fait, les caractères agrandis sont les soulignés de Françoise d'Eaubonne. 

Liens : Au croisement du féminisme et de l'écologie, l'écoféminisme
**L'empouvoirement c'est prendre le pouvoir sur sa vie 
Faites des parents (kins, proches), pas des bébés ; tous les terriens, animaux inclus sont parents proches" - Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène, faire des parents - Par Donna Haraway 

* On peut se poser la question de savoir si la natalité en France -1,9 enfant par femme- qui rajoute 140 000 primo demandeurs chaque année au solde incompressible de chômeurs et précaires- n'est pas voulu pour maintenir des salaires bas, une population de salariés précarisés mais dociles, et des propositions néo-libérales de rogner sur les cotisations sociales, renommées fort à propos "charges sociales".

samedi 27 octobre 2018

L'histoire violente du hamburger

Colonialisme, sexisme, défaunation, holocauste d'animaux d'élevage : l'HIStoire du burger, l'insoutenable solution moderniste à notre fourniture en protéines.

Cet article est inspiré du chapitre 3 (Cow burger) de l'ouvrage de Carol J Adams "Burger" paru chez Bloomsbury dans leur collection Object Lessons qui raconte l'histoire d'objet usuels du quotidien. Édition non traduite en français.

Colonialisme

Tout commence en 1492 avec l'arrivée de Christophe Colomb dans le "nouveau monde", immédiatement suivi par les colons espagnols qui arrivent sur l’Île d'Hispaniola (l'actuelle République Dominicaine) avec leurs vaches Long Horn.
Au commencement était l'auroch, ancêtres de toutes les vaches actuellement connues, dont les derniers spécimens disparaissent définitivement aux alentours de 1500. Il est à noter que le "Nouveau Monde" est invariablement présenté comme " une terre vierge à conquérir " ce qui est évidemment une métaphore sexiste : la virginité, caractéristique des femmes -selon la rhétorique patriarcale- qui n'ont pas été dégradées par des rapports sexuels, comme écrira plus tard Andrea Dworkin dans Intercourse. Femmes et nature, ces deux "terres à conquérir" pour tout valeureux mâle digne de ce nom.

Y a-t-il des gens sur ces "terres vierges" avant l'arrivée de Colomb et Cortès ? Oui, il y a des indiens, ainsi nommés par Colomb car il se croyait aux Indes. Des autochtones, des gens du cru. Mais ce sont des "sauvages", ils seront commodément animalisés et féminisés dans le processus de colonisation et surtout, ils devront céder la place. Donc, voici les vaches Long horn débarquant des galions espagnols, pour la fourniture de lait et de travail de somme essentiellement, accompagnées des maladies qui vont avec les troupeaux : la tuberculose, la variole et la rougeole. Toutes les épidémies humaines viennent d'épizooties, de virus mutagènes dus au contact entre espèces et de la densité de populations animales et humaines. Comme on n'est pas des sauvages, on va "civiliser" les natifs "indiens" en les poussant à acquérir des vaches contre 8 loups présentés tués : tout bénef, on éradique le prédateur des troupeaux, et les indiens passent aussi d'une société de chasseurs à celle d'éleveurs-agriculteurs sédentaires, le modèle "civilisateur" occidental.
Le problème ou bénéfice (cela dépend du point de vue où on se place) avec des vaches, c'est qu'il faut les faire pâturer dans des champs clôturés de façon qu'elles ne se fassent pas la belle, ce qui tend à prouver que les animaux d'élevages sont détenus contre leur gré; en effet, dès qu'il y a une brèche dans une clôture, elles se carapatent ! Sauf que pour les clôtures à piquets de bois, il faut du bois, qui vient à manquer quand on a déforesté pour faire des pâtures. Comme il y a un dieu bienveillant pour les patriarcaux et qu'ils sont ingénieux en diable, en 1873 un certain Joseph F Glidden, fermier de l'Illinois, dépose un brevet pour le fil de fer barbelé qu'il vient d'inventer : un grand bond pour l'humanité éleveuse. Surnommé la "corde du diable" par les ranchers texans, le barbelé fonctionne sur la violence, contrairement à toute autre type de clôture, le barbelé utilise de corps du détenu contre lui-même : l'acte de forcer le barbelé cause des blessures au corps du fugitif ", écrit Carol J Adams.

Deux autres inventions techniques vont faire la fortune du hamburger : l'abattoir -annonciateur de l'ère industrielle, puisque le système précurseur de désassemblage des abattoirs de Chicago "la grande cité du bœuf de boucherie", sera copié à l'envers par le fordisme et ses usines d'assemblage d'automobiles, à Detroit. Ensuite la congélation et le système de vente au détail de pièces de viande : jusqu'à cette époque, la viande de porc était privilégiée pour la consommation humaine, à cause des modes de conservation dans la saumure, ou par séchage, mais qui ne permettent pas de manger de la viande fraîche tout le temps. L'essor du train quadrillant les grandes plaines des indiens décimés désormais parqués dans des réserves, permet de transporter rapidement des pièces de bœuf vers les lieux de détail, les boucheries, dans les villes. L'industrialisation de l'élevage -les grandes plaines du Far West rapidement transformées en pâtures clôturées, puis en "feedlots" parcs à bovins, on garde les clôtures mais ils sont sur de la terre battue, non plus nourris par de l'herbe mais par du maïs, tout cela fait que l'animal produit plus rapidement du muscle, une viande "persillée" (infiltrée de graisse), et qu'il est abattu "à maturité" plus jeune, d'où des gains de productivité, malgré le fait que 40 à 50 % de l'animal est non consommé (peaux, onglons, abats, cornes...).

Des voix s'élèvent-elles dès la fin du XIXème siècle en disant que la déforestation, la transformation des Prairies en pâtures, puis l'élevage intensif, épuisent les sols et, comme on ne disait pas alors, la biodiversité ? Extermination des loups et des bisons, la colonisation des terres par les fermiers et leurs bovins sonneront le glas des "native americans" les indiens, les quelques restants seront bientôt parqués dans des réserves, minés par la perte d'identité, la perte de leur histoire, de leur culture, et par l'alcoolisme qui va avec : biocide, zoocide, génocide se suivent, qu'à cela ne tienne, la faim humaine de viande aura raison de toute prudence. Burger pour tous. Les colons anglais mangeurs de bœuf ont définitivement gagné la partie.

L'infographie ci-dessous montre le poids des mammifères terrestres sur la planète aujourd'hui. Un petit carré équivaut à un million de tonnes. Les humains et leurs animaux de boucherie surclassent toutes les autres espèces de mammifères, représentés eux par les petites briques vertes.



Néo-colonialisme 

Les hindous et les irlandais, tous deux peuples stigmatisés, l'un comme mangeur de riz et l'autre comme mangeur de patates, tous deux victimes de la colonisation britannique, étaient vus comme des sous-développés et tenus en sujétion par les anglais qui se considéraient mieux nourris de viande de bœuf, et du coup apporteurs de civilisation. Les irlandais paieront le prix fort de la Grande Famine provoquée entre 1845 et 1852 par le colonisateur anglais, famine qui les contraindra à émigrer massivement vers cette autre colonie britannique, les Etats-Unis.

Dans les abattoirs industriels aujourd'hui, travaille en majorité une main d’œuvre immigrée, provenant, pour les États-Unis, du Mexique ou d'autres pays d'Amérique du Sud, les "dos mouillés" qui trouvent à s'employer dans les travaux, dont même les petits blancs pauvres ne veulent plus. En Europe, ce sont les maliens, roumains et portugais... qui fournissent les bataillons de l'abattage des millions de vaches pour votre hamburger McDonald's ou Burger King ! C'est le prix à payer pour une viande bon marché dont un seul steak haché peut compter jusqu'à un millier d'ADN différents !

Sexisme

The Thick Burger
The Whopper
The Big Mac
Big Boy
Chubby Boy
Beefy Boy
Super Boy

Pour nommer leurs steaks hachés, les McDonald's et Burger King rivalisent de "double entendre" disent les anglais, d'allusions à des fonctions érectiles : il y est question d'organes masculins rivalisant de longueur, largeur et puissance, même si le français peine à les traduire et que les termes employés passent au-dessus de la tête des consommateurs non US, puisque leurs noms viennent du parler populaire de là-bas, nous colonisant à notre tour. Comptez toutefois sur les visuels publicitaires pour expliciter la chose. Ils sont forgés pour convaincre les hommes qui les consomment de leur virilité, et les femmes, de se les rentrer dans la bouche !


Ainsi, en deux centaines d'années, le burger conquit le monde ! 

Il a suffit de convaincre les sous-développés mangeurs de riz (les sauvages mangent du riz et autres graines ou céréales, et les bonnes femmes mangent des salades, selon la rhétorique des mâles éleveurs mangeurs de viande) de se mettre au bœuf haché.
Pour le suprême malheur des animaux dits "de boucherie", élevés dans des conditions indignes, promis à une mort précoce et industrielle, un holocauste de vaches, porcs, poulets, et poissons ;
Pour le malheur des animaux sauvages victimes depuis 150 ans de réduction, puis destruction de leur habitat, et de disparition inéluctable, dite défaunation ;
Pour le grand malheur de la terre appauvrie sous les sabots des vaches en corrals, et sous les cultures intensives de maïs, à base d'intrants, désherbants, insecticides et pesticides ;
Pour le malheur de la forêt amazonienne (entre autres) décimée au profit des cultures de soja fournissant les protéagineux nécessaires aux vaches dites "à viande et lait" ;
Pour le malheur des paysages et des communautés humaines forcés de suivre le mouvement du steak haché pour toutes les bourses, une sorte de dévoiement de la démocratie tout en prétendant faire le bonheur des classes moyennes ;
Et enfin, pour le grand malheur de l'humanité, frappée en premier lieu d'une pandémie d'obésité, de résistance aux antibiotiques qui pourrait réellement mal tourner, surtout si un superbug ultra résistant franchit la barrière des espèces ; de perte de ressources en biodiversité, humanité bientôt seule dans un monde désolé, uniformisé, dépourvu de toute beauté.
Ne comptez pas sur moi pour pleurer sur son sort.

Comment tuer une vache

" D'un côté de la salle, court une étroite galerie, à quelques pieds de l'atelier, vers lequel le bétail est conduit par des hommes qui leur donnent des chocs électriques. Une fois assemblés là, les créatures sont emprisonnées, séparées, chacune dans son enclos, par des portes qui se ferment, ne leur laissant aucune place pour se retourner ; et pendant qu'elles se tiennent meuglant et ruant, au-dessus de l'enclos, se penche un des "tueurs" armé d'une masse, cherchant un angle de frappe. La pièce est remplie des échos d'une succession de bruits sourds, du martèlement des sabots et des ruades des taurillons. " La Jungle d'Upton Sinclair, selon ma traduction.

Aujourd'hui, les tueurs sont armés de pistolets à tige perforante tirés dans la tête, sensés rendre les bovins inconscients (quand le pistolet ne s'enraie pas) avant d'être dépecés, membres découpés à la scie électrique, le tout en moins de cinq minutes. Certains sont dépecés non étourdis. Le convoyeur avance à 15 km par heure.

mardi 16 octobre 2018

Qui est le plus carboné ? Les écologistes sont-ils sexistes ?

Le dernier rapport du Giec publié le 8 octobre 2018 lance un nouveau cri d'alarme : "Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves, à eux de voir ". Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, qu'on l'appelle anthropocène, ou capitalocène, peu importe, nos activités modifient durablement et peut-être irréversiblement le climat terrestre. Une journaliste, un poil stressante, a même envoyé un tweet "Voilà, c'est fini !" accompagné du lien vers le rapport en question. Le vieux monde politique ne s'en est ému que 24 H, puis business as usual, Valérie Pécresse a lancé ses bulldozers à l'assault de la Corniche des Forts à Romainville, le microcosme journalistique politique ne bruissait que de remaniement ministériel, bref, la malédiction climatique, on verra dans 10 ans, ces indendiaires ont le nez sur le guidon.

Des sites spécialisés se sont toutefois emparés du sujet sous un angle féminin, à défaut d'être féministe : Zéro déchet, quand la transition écologique freine l'émancipation des femmes publié par Novéthic, certainement dans un bon esprit, mais qui au final, fait porter aux seules femmes, et sur leurs seules activités, le poids de la transition écologique : il ne parle que de déchets ménagers, de couches-culottes, et des femmes de chambre des hôtels pénalisées par les procédures "vertes" ! Super ! Sans compter que déjà, on ne voit plus dans la rue arriver les agresseurs pour cause d'extinction des lampadaires pour faire des économies d'énergie, ce sont encore et toujours les femmes qui doivent endosser toutes les responsabilités ? Non, parce que si on fait le total, ce n'est pas sûr que ce soient les femmes les plus carbonées dans l'affaire, alors qu'elles sont, hélas pour elles, en charge du quotidien UTILE.

En guise de contribution au sursaut préconisé par le GIEC, je vais vous en trouver moi, des activités masculines INUTILES à ERADIQUER pour faire des économies de rejets de carbone :

AU PLAN INDIVIDUEL : 
Terminé les tours à scooter, sur deux roues, mais aussi sur la roue arrière en mettant au maximum les gaz, pendant que maman et les filles se rendent utiles à la cuisine ;
Terminé les gros engins tels squads (signe de petite bite, sans conteste), grosses cylindrées, que les hommes s'achètent alors que les femmes, qui font plus de déplacements, prennent le bus ou se contentent de la vieille petite voiture familiale d'avant la grosse cylindrée de papa ; d'ailleurs, fini les grosses cylindrées, si on était une espèce responsable. Mais non, chez moi on élargit les routes pour que deux grosses caisses (elles sont de plus en plus hautes et larges, vous avez remarqué ?) puissent se croiser.

Finis les visionnages de vidéos pornographiques sur Internet, dont la consommation dévore de l'énergie et fait chauffer les serveurs et routeurs, dont ils sont les quasi exclusifs consom--mateurs, pendant que Madame a le dos tourné ;
Stop aux gros engins m'as-tu-vu inefficaces, dont ils se servent en exclusivité là aussi : pollution sonore et olfactive, consommant des carburants non renouvelables. Souffleurs, taille-haies, machines municipales à balais brosses qui ramassent quatre feuilles mais laissent leurs canettes de bière dans les massifs et sur les pelouses ; terminé les tondeuses qui déchiquètent les ordures ou les enfouissent. Qu'on leur donne des balais, et le silence, des températures raisonnables, l'air pur reviendront.
Un conseil aux transporteurs routiers et aux autocaristes : embauchez des femmes, vous ferez des économies de garagiste, de carburant et d'émissions de carbone, notre conduite est plus souple et on a beaucoup moins d'accidents ! J'ai bien dû oublier quelques items, je vous laisse les rajouter, dans les commentaires, si vous avez des idées.

AU PLAN COLLECTIF :
Finis les raouts planétaires et interplanétaires où ils sont les seuls à participer, consommer (éventuellement de la chair fraîche, l'afflux de proxénètes et de prostituées suit de près leurs réunions d'entresoi, c'est prouvé !) et faire les intéressants en y allant en avion ou en construisant au besoin des infrastructures pour célébrer la fête.

Fini, les salons professionnels comme
Le Space à Rennes, Salon International de l'Elevage industriel et des "productions animales" : 85 % de mecs visiteurs d'après mes observations, les femmes, même ingénieures agro ou vétérinaires servent les cafés et les petits fours ; c'est vrai que c'est le salon de toutes les vaches à traire -j'y suis allée une dizaine de fois au titre d'activiste de la cause animale, vous pouvez me croire, c'est caricatural ; ce salon à plus de 100 000 visiteurs en 4 jours se solde par des émissions de GES émises par d'énormes embouteillages sur les rocades de la ville, tout le monde est pénalisé à cause d'une petite corporation concernée, et encore, tous les agriculteurs ne sont pas conviés et surtout n'y viennent pas, même si l'audience est internationale !

Fini les sommets type World Economic Forum à Davos, ces clubs de riches dirigeants, où le ticket d'entrée est d'au moins 45 000 dollars, pour aller reconstituer son carnet d'adresses rempli de mâles blancs, milliardaires et politiques influents, de plus de 60 ans !

Fini les Coupes du monde de foot, Euro de foot et Jeux Olympiques vérolés pas la corruption, la bétonnisation d'espaces pour construire des stades, des piscines, des terrains de foot qui pourriront sur pied dès la fête finie, fête qui dure un mois : tels Sotchi, Buenos Aires et sa coupe du monde 2014 qui a, au final, eu la peau de Dilma Roussef, une fois les lampions de la fête éteints et la déconvenue installée, les pauvres relégués dans des bidonvilles lointains, les installations en voie de pourrissement ; on constate le même phénomène sur les différentes installations des villes russes pour accueillir la Coupe du Monde de la FIFA 2018, qui ont de très faibles taux de remplissage et sont devenues non rentables quatre mois après.

Il faut aussi arrêter la surenchère lors des mises en concurrence des villes par ces instances organisatrices telles la FIFA ou encore le CIO -à budgets digne des PIB de petits pays, dont on ne peut prouver qu'elles ne sont pas gangrenées par la corruption, pour accueillir ces événements : les femmes maires, je pense à Anne Hidalgo à Paris, seraient bien inspirées de renoncer à la candidature, à l'instar de villes comme Berlin ou Los Angeles qui ont le courage politique de renoncer à la compétition et gardent leur budget pour d'autres équipements moins dévoreurs de place, de financement, moins carbonés, à seule destination des mâles.

Finies les réunions où ils vont faire les intéressants en transports avion polluants : j'ai dû prendre trois ou quatre fois des avions d'affaires, j'étais soit la seule femme, soit je voyageais avec une autre (une pharmacienne de Glaxo Smithkline, une fois) on en profitait pour se tenir chaud et se raconter nos histoires professionnelles ; qu'ils travaillent en audio-conférence, pour ce qu'ils ont à dire de toutes façons...
Il est plus que temps, peut-être même trop tard, pour mettre fin à leurs comportements de parasites des ressources et de toutes les prétendues ancillaires et vaches à traire qui passent ! Faire porter aux femmes le poids de la transition énergétique et prétendre qu'elles sont les seules à émettre du carbone parce qu'elles élèvent les enfants, comme le fait l'article cité plus haut, est un mensonge et une diversion. Les plus carbonés de la planète sont les plus riches, les plus riches sont les hommes, surtout dans l'hémisphère Nord. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas limiter les couches-culottes (peut-être en ayant moins d'enfants d'ailleurs ?), je dis juste qu'à un moment il faut arrêter l'omerta sur les comportements masculins carbonés et dévoreurs de ressources.

La position idéologique conservatrice des hommes ce serait plutôt celle-ci :


Traduction - A un sommet sur le climat : "Et si tout ceci n'était qu'un gros canular, et qu'on créait un monde meilleur pour rien ?" Oui, en effet, vu comme ça !

On dirait que la rue s'en mêle !