mardi 11 septembre 2018

Sofia de Meryem BenM'Barek : le malheur de naître fille

Enfin un bon film à se mettre sous la dent !



Sofia, fille de famille boudeuse au service des adultes (elle sert le thé quand on lui demande) accouche quasiment (elle y perd les eaux) dans la cuisine familiale ; déni de grossesse, elle n'a rien vu venir. On est à Casablanca en 2018 : quand une femme se présente pour accoucher dans un hôpital public ou une clinique privée, il lui faut présenter le numéro d'identité du mari-père, c'est la première chose qu'on lui demande, avant même de s'enquérir de comment elle va. Sinon elle risque d'un mois à un an de prison. Le patriarcat ne rigole pas avec la "vertu" des filles au Maroc.

Il va donc falloir en 24 heures trouver qui est le père, et le faire épouser. Je ne vais pas dévoiler l'intrigue et ses coups de théâtre, Meryem BenM'Barek tire parti d'un excellent scénario, primé à Cannes. Sachez juste que c'est de l'anthropologie clinique et grinçante : la grande affaire de l'espèce humaine, c'est la reproduction, à condition d'y mettre les formes : pas de truc dans le machin, ni de machin dans le truc, trop animal, les formes, les convenances, et rien d'autre. Tant pis si c'est étouffant, tant que les apparences sont sauves. Evidemment les femmes paient plein pot les turpitudes des mâles ; les mecs aussi d'ailleurs, mais on s'en fout. Les mâles alpha eux, tirent magistralement leur épingle du jeu. Les matrones, même les plus "francisées", qui ont bu le calice jusqu'à la lie, ne voient vraiment pas pourquoi leurs filles se tireraient du piège -genre rat coincé dans un tuyau- où on fait expier les femmes : le mariage-échange de chèvres entre éleveurs, pour faire société, lors d'une cérémonie vulgaire où la mariée est parée comme une idole et maquillée comme une voiture volée ; mais on se venge entre ancillaires rigolardes dans la cuisine en se racontant les fiascos des mâles qui "tirent le feu d'artifice avant la fête", et la sous-caste sociale a le regard filtrant et haineux des faux-jetons qui flairent la bonne affaire : caser un de ses rejetons mâles, surnuméraire et incapable, -elle ne se fait aucune illusion- dans une classe sociale supérieure.

Malgré toute cette noirceur, le miracle c'est que ce sont encore les jeunes femmes qui s'en tirent le mieux : l'une, empathique, effarée, et au bord des larmes pendant tout le film, devant le destin qui l'attend si elle ne se tire pas très vite dans une carrière de médecin, et la victime qui, contre vents et marées, réussit à imposer sa volonté dans les interstices minuscules que lui laisse cette société patriarcale étouffante. Meryem BenM'Barek filme d'ailleurs en plans serrés les visages et les corps, dans des intérieurs lourdement meublés, il n'y a aucune de lignes de fuite, on étouffe, à part dans une scène au bord de la mer.

Durant tout le film, les dialogues passent agréablement de l'arabe au français dans la même phrase, c'est très contemporain. Allez le voir, vous ne regretterez pas ; il est encore en salle. Et suivez la carrière de Meryem BenM'Barek : ce film est son premier long métrage, il est très prometteur.

jeudi 30 août 2018

Point zero : Propagation de la révolution par Silvia Federici

Accumulation primitive et exploitation des femmes : 
l'angle mort des analyses de Marx.

Après le succès mondial de Caliban et la sorcière, paru en 2004, dont la traduction française en est à sa deuxième édition, les Éditions iXe ont eu l'excellente idée de traduire cette compilation de textes publiés entre 1974 et 2012 par Silvia Federici, universitaire féministe marxiste. La pensée de l'auteure évolue avec les développements de la mondialisation en partant du mouvement Wages for housework des années 70 aux États-Unis. Le mouvement est déclenché par les coupes budgétaires faites dans les aides sociales aux USA, aides sociales dont les femmes sont toujours les principales récipiendaires.


" Mon engagement dans le mouvement des femmes m'a amenée à prendre conscience que la reproduction des êtres humains est au fondement de tout système économique et politique, et que si le monde continue de tourner, c'est grâce à l'immense quantité de tâches ménagères, payées et non payées, effectuées par les femmes. " écrit-elle dans la préface. Tout en reconnaissant qu'au départ, en bonne beauvoirienne, le statut de femme mariée et de mère n'était certainement pas sa tasse de thé à elle. L'accumulation primitive de capital qui permet d'investir dans la révolution industrielle s'est faite sur le travail de reproduction sociale non payé des femmes -et non inclus dans les PIB qui ne comptabilisent que l'emploi salarié et posté des hommes, emploi qu'il faut distinguer du travail non payé, comme le travail ménager ou le bénévolat, pour ne parler que de ces deux exemples : c'est la thèse de Sivia Federici. Qui plaide du coup pour un salaire ménager : Wages for housework.

" Comme d'autres féministes avant nous, nous découvrions que la cuisine tenait lieu pour nous de bateau négrier, de plantation, [et que nous étions] traitées en grandes dames coolies ". Mise en parallèle avec l'accumulation primitive selon Marx : le pillage brutal des colonies.

Le travail non payé, donc invisible, des femmes toutefois, est compensé par différentes aides : allocations familiales, pensions de réversion des veuves, et même RSA ; le problème, c'est qu'elles ne sont pas universelles, qu'elles sont souvent instrumentalisées pour stigmatiser les récipiendaires comme "parasites" de la société, un comble ! Et qu'en cas de "crise" ou "récession", elles peuvent servir de variables d'ajustement budgétaire. L'accès des femmes à l'emploi de type masculin -pas toujours gratifiant ni libérateur, reproche Federici- va se faire massivement dans les années 50, 60 et suivantes, aujourd'hui ce sont les femmes sans emploi à l'extérieur qui sont minoritaires ("maman ne travaille pas, elle s'occupe de nous", selon la légendaire formule) ; de fait, le capitalisme a fait son beurre du travail non payé que les femmes n'ont plus le temps de faire puisqu'elles ont un emploi à l'extérieur, en l'externalisant dans le secteur marchand sous forme de services payants : restauration hors domicile, tous les emplois du care, et même les papouillages maternels sous forme de soins bien-être, remise en forme et autres clubs de gym où on prend soin de son corps soi-même puisque plus personne d'autre ne le fait. Le capitalisme fait feu de tous bois, décidément. Ce qui est gratuit au sein du foyer et compte pour rien dans les PIB marchands, devient tout d'un coup production de richesses faisant du PIB quand il est externalisé, produit à l'extérieur de la sphère familiale. Mais ce sont toujours les femmes qui s'y collent à la cuisine, au care, et aux papouilles : ce sont les 12 ou 13 métiers exercés par les femmes en emplois marchands postés.

" Progressivement, le féminisme en est ainsi venu à se confondre avec la promotion de l'égalité des chances sur le marché du travail -de l'usine au conseil d'administration-, avec la promotion de l'égalité hommes-femmes, avec un processus de transformation de nos vies et de nos personnalités visant à les adapter à nos nouvelles tâches productives. " En propageant l'idée que l'emploi à l'extérieur est libérateur, et surtout que le combat, c'est le partage égalitaire des tâches ménagères, pire "la conciliation" des tâches ménagères avec une carrière professionnelle. Évidemment, les hommes, pas fous, et surtout habitués à être servis par les femmes de la famille, ne se précipitent pas pour contribuer. Eux, ne concilient rien du tout. Échec sur toute la ligne. D'ailleurs, toujours contre la ligne réformiste du féminisme, Silvia Federici, cohérente, est contre l'intégration des femmes dans les armées.

Je ne suis pas pour un salaire maternel ou ménager : les femmes sont suffisamment enfermées dans le conjugo et la maternité pour qu'on en rajoute. Pour moi, ce qui n'est pas payé n'a pas à être réalisé. Personnellement, je ne travaille plus pour la peau (dans mon cas, il s'agit de bénévolat puisque je me suis tenue pour des raisons politiques hors de l'exploitation domestique). L'exploitation des femmes est, et a toujours été la grande affaire du patriarcat. En théorie, la proposition de Federici, de rémunérer le travail domestique des femmes tient sur le papier, elle est même séduisante. L'histoire nous enseigne toutefois que les théories idéologiques sont dangereuses et/ou vouées à l'échec. Il y a certainement des règles comptables différentes à trouver pour calculer les PIB (Produits Intérieurs Bruts), de façon que les richesses produites retombent plus universellement et équitablement sur les femmes. Cet instrument de mesure de la richesse est de toutes façons dépassé : ils additionne des richesses produites par la destruction de ressources non, ou lentement renouvelables, sans proposer de compensation, il ne mesure plus qu'une fuite en avant mortelle, dont les femmes et la nature en ont toujours été les victimes. Une croissance effrénée et sans limites dans un monde fini est vouée à l'effondrement.

Qu'est-ce qu'un bien commun ? La terre, l'eau, l'air, sont des biens communs, mais aussi les espaces numériques et les services sociaux, les bibliothèques, le produit collectif des cultures passées, la biodiversité. Ils sont notre patri/matrimoine commun, ils n'ont pas à être marchandisés.

La mondialisation : une guerre économique contre les femmes 

De 1974 à 2012, la pensée de Silvia Federici évolue vers la critique de la mondialisation engagée dans les années 80. Le FMI et la Banque Mondiale promeuvent un capitalisme sans frein continuant, c'est son mouvement naturel, la destruction et l'expropriation des communs, en l'occurrence des terres, -75 % des agriculteurs de la planète sont, de fait, des agricultrices de subsistance- au nom d'une industrialisation agressive et productiviste basée sur l'exportation de la guerre, le néocolonialisme, et une notion obsolète du développement. L'aide alimentaire des pays du Nord qui suit généralement les guerres et les catastrophes dites "naturelles", pays du Nord qui y écoulent leur produits agricoles subventionnés, achèvent de ruiner les agricultures vivrières des pays aidés en les rendant dépendants des importations. Silvia Federici dit clairement que les ONG qui distribuent l'aide alimentaire sont désormais un rouage essentiel de la machine de guerre néocoloniale. Après les avoir chassées de leur lopins de terre, le premier commun, pour créer une nouvelle classe de prolétaires, le travail reproductif des femmes du Tiers-monde est cette fois détourné au service de l'hémisphère nord, dont les femmes n'assurent plus le travail de reproduction sociale. Petites bonnes, nounous s'occupant de nos vieux, ou pour l'emploi marchand, ouvrières à bas coûts des maquiladores mexicaines, ou des industries textiles du Bangladesh (maquilisation de l'emploi posté selon Federici), on voit ainsi naître une nouvelle classe de prolétaires à la limite de l'esclavage, pour nous fabriquer des T-shirts à 5 euros.

Mais les femmes résistent formidablement depuis toujours à l'expropriation des communs, à la commercialisation de l'agriculture et à la marchandisation du monde. " Partout dans le monde, les femmes sont en première ligne pour sauver et replanter les forêts et dénoncer leur surexploitation... les femmes sont prêtes à tout pour arrêter les bûcherons." Elles sont aussi à l'origine des mouvements tels Green Guerilla aux USA, ou celui des femmes ghanéennes qui font pousser en ville, où elles ont été chassées, toutes sortes de légumes, sur le moindre trottoir ou plate-bande de la capitale. " La terre est le substrat matériel des activités de subsistance assurées par les femmes, dont dépend la sécurité alimentaire de millions de gens sur tous les continents. " Il va toutefois falloir passer à la vitesse supérieure : l'épuisement concomitant des femmes et des ressources de la nature, car invisibilisées, menace ce que les hommes ont appelé une "civilisation" humaine. Pour pouvoir continuer à faire société, donc "civilisation", il va falloir prendre en compte le socle sur lequel elles ont prospéré jusqu'à maintenant, la reproduction sociale assurée par les femmes et les richesses fournies jusqu'ici "gratuitement" par la nature.

" La privatisation complète de la reproduction date de l'avènement du capitalisme et elle a maintenant atteint un seuil destructeur. Il faut absolument inverser la situation pour que nos vies cessent enfin d'être dévalorisées, émiettées. "

Silvia Federici ( 1942), universitaire, est marxiste autonome. Elle propose donc une lecture marxiste et matérialiste du féminisme (lutte des classes, la classe sociale hommes exploitant la classe sociale femmes). Ce recueil de textes, très abordables, est indispensable pour se faire une culture politique et une conscience de classe. Le livre est publié chez iXe. Critique : j'ai dû faire ma propre photo du livre tellement la couverture noire avec flash blanc au milieu rendait illisible le sous-titre, sur tout ce que j'ai trouvé sur Internet : avis aux éditeurs, travaillez le graphisme de vos couvertures.

Les phrases en caractère gras et rouge sont des citations de l'auteure.

vendredi 17 août 2018

Billet crade - En guests : les mecs et leurs comportements dans l'espace public

Il y a manifestement une loi canonique qui interdit aux hommes de nettoyer derrière eux. C'est en dessous de leur statut de saigneurs de la Terre. Les "lieux festifs" des villes (Rennes et Nantes, les endroits où je passe, mais ailleurs certainement), c'est ainsi qu'elles nomment les endroits où elles mettent un banc, une chaise Bouroullec à Rennes, une table de pique-nique..., sont jonchés de leurs canettes 33 cl ou bouteilles de bière, emballages alimentaires, verres PET cristal, serviettes en papier, mégots et capsules métalliques qui jonchent leur passage. Ils ratent les poubelles ! Sur les bords de rivière notamment, où ces déchets filent directement dans l'océan. Ils posent, d'après mes observations, leurs contenants à l'endroit exact où ils cessent de consommer. Vu qu'on est une espèce proliférante, alors qu'on reproche aux autres de l'être, nos ordures prolifèrent avec nous.
Les mères de familles abandonnent leurs pailles et boites de compote à tétines en plastique destinées à leur marmaille à peu près aux mêmes endroits. A un moment, il va falloir choisir entre pondre et disséminer ainsi nos saloperies partout, même dans l'espace. Je ne sais même pas pourquoi j'emploie le nous, puisque je ne suis pas concernée, hormis par les nuisances !

Mettez des mecs ensemble, au travail ou en fête, l'endroit devient immédiatement inhospitalier. C'est une sorte de génie qu'ils ont en propre, qui n'appartient qu'à eux. Les édiles municipales, des femmes en l'occurrence, puisqu'on a des femmes maires, malheureusement de première génération, héritières, qui donnent des gages à leurs mentors, elles bétonnent autant qu'eux, les femmes maires donc s'arrachent les cheveux : le problème actuel, c'est COMMENT LES EMPÊCHER DE PISSER CONTRE LES MURS, ces incontinents buveurs de bière ? Solution trouvée par Rennes, Paris (il n'y a qu'eux qui mettent le dispositif sur leur site) et Nantes : ceci, très classieux.




N'importe quelle autre espèce qui se comporterait de la sorte serait immédiatement vouée aux gémonies, elle perdrait son statut ; les mecs eux peuvent se comporter n'importe comment, incivilement partout, la question c'est comment "accompagner", leur étoile brille, inaltérable, au firmament patriarcal. Rien ne les atteint, c'est proverbial.

L'uritrottoir, c'est son nom, la solution proposée est désespérée, le remède est pire que le mâle. Vous ne savez plus comment lutter contre leur incivilité ? Vous l'accompagnez ! Personne n'a le droit d'uriner dans la rue, sauf les mecs. Eux ont le droit canonique de se sortir la nouille dans l'espace public, à la vue de toutes. Je préfère prévenir, n'ayant pas moi, d'intérêts dans la Firme, j'en vois un faire ça, je fous la zone. J'ai de l'imagination, et je peux mettre plusieurs fers au feu en même temps, comptez sur moi. Quand j'ai une envie, je rentre à la maison, ou je bois un café ou un verre en terrasse pour profiter des toilettes. Pas eux. Les bars ne leur servent qu'à se charger la vessie, pas à la décharger. C'est une loi d'airain, faite spécialement par eux, pour eux.

S'il leur arrive de nettoyer, c'est uniquement avec des gros engins. L'invention masculine majeure, c'est le process industriel. Chapitre A, B, C, D. Sous-chapitre Aa, Bb, Cc, Dd. Alinéas Aa1, Aa2, Aa3 ; Bb1, Bb2, Bb3, je vous laisse compléter en éparpillant. Vous pouvez descendre très bas dans la fragmentation patriarcale, jusqu'à la perte de vue de l'objet ou objectif final, il n'y a pas de mal, plus c'est fragmenté, meilleur c'est. Ils passent du monisme totalisant à la fragmentation comme vous vous faites la vaisselle, sans difficulté. Si vous avez travaillé dans ou avec un "service qualité" SIC (le patriarcat et ses démarches, c'est foutage de gueule et trivialisation, voire annulation du vocabulaire et du sens des mots), vous comprenez instantanément et exactement ce que je veux dire. Le process, rien que le process, tout le process. Dieu est process.

Donc, ils sortent leurs grosses machines qui ont coûté très cher ; du coup, il faut les amortir : balayeuses, souffleurs, tondeuses à gazon (qui déchiquettent les saloperies plastique sur leur passage, et enterrent les bouteilles de verres, empirant le ravage), élagueuses, camions poubelles, à peu près tout ce qui a une allure phallique, même de loin, et qui fait un potin d'enfer. L'idée, c'est la puissance et la fureur. La grosse machine est le prolongement de leur phallus. Agressions permanentes contre la nature, tontes rases, élagages en topiaires alors qu'on a besoin d'ombre avec la montée des températures, ils flinguent et violent tout ce qui passe à portée : le silence, la nature, les arbres, le chant des oiseaux, votre tranquillité ; ça fait de la poussière, ils sont d'ailleurs les premiers à se la prendre dans les naseaux, mais ça fait partie du PROCESS. Et c'est un état d'esprit.

C'est fait grossièrement ? Ca débarrasse les feuilles biodégradables mais pas les mégots et capsules incrustées dans l'herbe ? C'est pas nous, "c'est les jardins". Oui, parce que les tâches sont parcellisées aussi entre différents employés : ne mélangeons pas les torchons (à balais et cannes préhensiles) et les serviettes pétaradantes ! Toujours la fragmentation.

Normalement avec des baltringues pareils, on ne devrait plus encombrer trop longtemps les autres espèces ni la planète. On est mâle barrées.

L'idée qu'ils sont inaptes (et par extension tout le monde) à nettoyer est tellement ancrée, figurez-vous que le Puy du Fou, ce parc de loisirs de chouans vendéens exploiteur d'animaux, a eu l'idée du siècle : dresser des corbeaux à ramasser les mégots. Je vous jure. Ca semble plus facile dans ce sens-là : le corbeau est plus intelligent que le mâle de l'espèce humaine : on peut lui apprendre à faire des trucs. Et il les fait ! C'est désormais démontré, le propre de l'homme, c'est son inaptitude cognitive, il est en dessous des oiseaux.

Le premier mâle de l'espèce humaine qui vient m'expliquer qu'il a un gros cerveau, que c'est parce qu'il mange de la viande, ou qui se pousse du col au-dessus des autres espèces, je lui conseille de numéroter ses abattis, s'il veut les retrouver au paradis des différents dieux qu'il a créé à son image, tellement il se trouve beau et intelligent. Escroc.

Il semble qu'un petit mouvement se dessine de joggeurs et promeneur-euses, munis de sacs poubelles et de bâtons préhensiles, qui ramassent les déchets sur leur passage. Des associations aussi ; moi je vois surtout des femmes, main droite gantée d'un sac plastique, ramassant les bouteilles pour les mettre dans la poubelle la plus proche, quand elle n'est pas éventrée, répandue par des imbéciles alcoolisés et parasites. La recommandation de mes parents "on doit laisser l'endroit aussi propre en sortant qu'on l'a trouvé en entrant" n'a même plus cours, puisque tous les espaces de nature sont sales et vandalisés par la proliférante et irresponsable espèce humaine, qui pourtant étrangement, ne se pose jamais la question de l'avenir de sa descendance à qui elle laissera, si les comportements ne changent pas, un dépotoir en guise de ressources où puiser. 

mardi 7 août 2018

Appel des femmes du mouvement écologie - féminisme révolutionnaire

En ces temps de Jour du dépassement, Earth Over shoot day, de période de canicule européenne sans précédent, je vous propose ce texte de 1974, déposé en août à la Conférence mondiale sur la population de Bucarest, texte publié dans la foulée par Charlie Hebdo, que j'ai trouvé dans les appendices d' Ecologie et féminisme de Françoise d'Eaubonne, réédité cette année et publié lui aussi en 1974. Il y a 44 ans. A quelques détails près, il pourrait être écrit aujourd'hui.


Appel des femmes du mouvement écologie-féminisme révolutionnaire 

ATTENDU que le plus grand péril qui menace aujourd'hui dans un avenir très proche notre planète et l'humanité présente ce double aspect : surpopulation globale et destruction des ressources tant agricoles que minières ;
ATTENDU que si le péril de destruction des ressources affecte davantage les pays d'économie développée, ceux en voie de développement ne s'en acheminent pas moins vers le même abîme dans la course au développement industriel ;
ATTENDU que les pays d'économie développée ressentent plus profondément le mal de la concentration urbaine et les autres ceux de la surpopulation, mais que tous sont, à titre divers, sous le coup de la même catastrophe finale dont la menace est encore occultée par la répartition inégale et inique des dernières richesses ;
ATTENDU que le camp capitaliste (de monopole ou d'état) s'apprête à succomber à la pléthore et à l'asphyxie et que l'autre qui végète dans la carence n'envisage pas d'autres routes que celle qui a fait du premier ce moribond ;
ATTENDU que ces diverses observations révèlent une société malade et démentielle qui, même dans ses efforts révolutionnaires, changent DE système, mais jamais LE système, et ne remet jamais en question les structures culturelles profondes : morale du travail, appropriation, expansion, compétition meurtrière, le tout basé sur une HIERACHIE DES SEXES et division de leurs intérêts, fondant le schéma patriarcal universel et la cellule familiale ;
ATTENDU que la Chine qui a tenté d'aller plus loin dans un effort sincèrement contestataire ne l'a fait qu'au prix d'un absolu mépris des réalités sexuelles et individuelles aboutissant à castrer l'être humain, mâle ou femelle, et emprunte la même route industrielle qui reconduit l'erreur universelle de la société ;
ATTENDU que le monde du capital a dévoilé son hypocrisie en proclamant la campagne antinataliste..., au tiers-monde tout en nous contestant, rognant, légalisant et manipulant notre droit le plus essentiel : à la procréation et à son refus ;
ATTENDU que la naissance d'un seul enfant en pays d'économie développée équivaut à un déséquilibre écologique (surpollution et destruction des ressources) 20 à 25 fois supérieur à celui d'un enfant du Chili ou du Bangladesh, et que l'informatique nous prédit, si rien ne change, LA MORT PAR FAMINE DE 500 MILLIONS D'ENFANTS DE 0 à 13 ANS D'ICI L'AN 2010 (donc non encore nés), et que cette menace écologique et démographique est l'aboutissement DIRECT de ce qui, dans l'antiquité, fonda le patriarcat par ces deux appropriations :
      La fertilité (agriculture devenue propriété mâle)
      La fécondité (découverte de la paternité)
      Entraînant donc le système mâle, dont le capitalisme n'est que le dernier stade, à surexploiter et surpeupler la terre sans considération de la terre ni des femmes ;

NOUS, FEMMES DU MOUVEMENT ECOLOGIE-FEMINISME REVOLUTIONNAIRE, nous déclarons : 

a) Notre résolution de prendre en main, avec le contrôle de notre destin, celui de la démographie, en solidarité avec nos sœurs du tiers-monde, et notre volonté de traquer et combattre à tous les niveaux le système patriarcal universel qui cimente par notre oppression TOUTES LES AUTRES ;
b) Notre résolution particulière de combattre par tous les moyens l'instauration insensée de l'industrie nucléaire de fission destinée non à remplacer certaines sources d'énergie, mais à alimenter la guerre et le profit et exigeant un société policière ;
c) Notre DECISION (à titre de premier avertissement) de proclamer et organiser une grève de la maternité d'UN AN MINIMUM dans les pays d'économie développée, pour la grande majorité de nos signataires qui sont en possibilité de procréer et d'encourager les femmes des autres pays à nous imiter afin de manifester leur pouvoir, indispensable pour la continuation de l'espèce et de l'Histoire, qu'aucune loi ne peut leur retirer. 

NOUS EXIGEONS :
L'arrêt du pillage des biens de la VIE dont nous sommes les détentrices, le stoppage de l'inflation démographique qui recoupe si bien le mépris de notre condition, de notre volonté, de notre dignité ; la limitation du "travail" producteur d'inutilités et de pollution ; le reboisement maximal effectué grâce aux masses de travail ainsi dégagées ; la destruction ou l'arrêt des criminelles centrales nucléaires remplacées par les "énergies douces" qui décentraliseront les sources de production et donc le pouvoir ; la fin définitive de toute industrie de guerre, et surtout l'ABOLITION TOTALE ET IRREVERSIBLE DU SEXISME ET DU PATRIARCAT.

Mouvement Ecologie-Féminisme Révolutionnaire
(Cet appel déposé au congrès de Bucarest en août 1974, a déjà reçu un millier de signatures)
(Publié par Charlie-Hebdo)

mardi 31 juillet 2018

Oksana Chatchko : de peintresse d'icônes pieuses à iconoclaste

Oksana Chatchko, l'une des trois fondatrices historiques de Femen en Ukraine, vient de se suicider à 31 ans dans son petit appartement de la région parisienne. Réfugiée politique en France, car sa vie était menacée par le pouvoir politique ukrainien, elle était en rupture avec le groupe qu'elle avait fondé, après l'OPA faite par Inna Shevchenko -dernière activiste à rejoindre le groupe des trois d'origine, selon la biographie que lui avait consacré Caroline Fourest en 2014, mais qui prend le leadership du mouvement en le faisant migrer à Paris en 2012. C'est l'aventure parisienne de Femen2 au Lavoir Moderne que raconte Fourest.

Oksana Chatchko est peintre d"icônes : elle a appris la technique et vit de son art en Ukraine. C'est ce qui va la faire entrer en dissidence, au vu de la corruption et de la détestation des femmes portée par l'Eglise orthodoxe. Elle se radicalise et devient anarcho-féministe : avec deux autres étudiantes, Anna Hutsol et Alexandra Chevtchenko (presque homonyme de Inna, mais orthographe différente), elle fonde FEMEN première version en 2008. En galère à Paris désormais, peinant à faire renouveler ses titres de séjour, en rupture avec le nouveau groupe FEMEN, elle a fini par jeter l'éponge. La vie est impitoyable aux femmes. No country for women. La video ci-dessous rend hommage à son travail d'artiste. Elle y conciliait une technique ancestrale de moniale, et une expression artistique révolutionnaire. Ecoutez-là.



Elle avait réussi à sortir de la rigidité technique codifiée, "canonique", pour casser littéralement les icônes et trouver son expression. De peintresse d'icônes, elle était devenue iconoclaste, en trouvant sa façon d'exprimer une vision personnelle du monde. Nous avons perdu une artiste. Nous avons perdu une alliée féministe. RIP Oksana Chatchko.

vendredi 20 juillet 2018

Craignez-les !

Du 25 au 29 juillet se dérouleront, comme tous les ans, les "fêtes" de Bayonne. Après les fêtes de San Fermin à Pampelune, en Navarre espagnole, presque à chaque fois entachées d'agressions sexuelles, voire de viols. Le jugement clément de 5 violeurs de la Meute à la San Fermin 2016 (La Manada en espagnol, ainsi qu'ils s'étaient nommés) a suscité des manifestations dans toute l'Espagne au mois d'avril dernier.
Lâchers de bouvillons et de vachettes affolées dans les rues, que les hommes défient en courant parmi elles et affrontent au besoin pour montrer qu'ils sont les plus forts : toutes ces fêtes se terminent par des "spectacles" de corridas, pour qu'on sache urbi et orbi que l'homme terrasse la bête. C'est pathétique. Pour l'instant, silence du côté des féministes, qui ne dénoncent que les affaires d'agressions sexuelles de ces rassemblements masculins, la dénonciation de la violence étant laissée aux associations anti-corrida et de protection animales actives des deux côtés des Pyrénées. On se demande bien pourquoi : ces faits sont le fait d'hommes -et de jeunes garçons qu'on dépouille de leur empathie pour leur apprendre la cruauté vis à vis de jeunes veaux, pratiques connues sous le nom de novilladas et de becerradas. Il faut que ça saigne, il faut qu'on les craigne ! Et il n'y a pas que dans le Sud de la France : déterrage de blaireaux et de renardeaux, comme ci-dessous dans une autre région française, les renards et blaireaux étant déclarés "nuisibles" par le Top Model de la Création pour justifier le massacre, pendant que la biodiversité disparaît. Pour que nul n'en ignore, ils publient leurs exploits et s'affichent avec leurs trophées comme tout serial killer qui se respecte, enfin, selon la légende dont regorge la littérature policière.
Ces fêtes où les femmes sont spectatrices plus qu'actrices, sont truffées et imprégnées d'exploits masculins (beuveries et incivilités en majorité) : elles sont évidemment des manifestations de virilité. Les femmes qui se croient bienvenues (c'est le discours officiel) sont évidemment juste tolérées dans ces espaces, où il peut à tout moment leur être signifié par une main au cul, une bite à l'air, voire plus, une agression sexuelle ou un viol, que la rue appartient aux mecs, que le bain dans le sang animal est leur occasion à eux. Lacrymogènes, incendies de voiture et agressions sexuelles, les incidents de la "fête des bleus" sur les Champs Elysées, qui ont été dévoilés plusieurs jours après, et bien à contre cœur par une presse unanime dans le consensus sur la grande fête footballistique, relèvent des mêmes pratiques : les filles, vous êtes tolérées dans un rituel masculin, ne venez pas vous plaindre après, si vous aviez une jupe trop courte, ou une jupe d'ailleurs, si vous aviez un coup dans le nez, ou même si vous traversiez la place au mauvais moment !

Je crois illusoire de vouloir revendiquer en tant que femme, une participation apaisée à ces joutes masculines. Elles sont par définition des compétitions entre hommes, compétitions entre hommes et bêtes, et dans ce dernier cas, il y a des morts, et ces morts, ce sont les bêtes. Quand je lis la revendication de fêtes de San Fermin sans violences de la part des féministes, je constate qu'il n'y a que les ONG de protection animale pour rappeler que la revendication de non violence doit aussi inclure les animaux, victimes qu'aucune autre voix ne défend !

Corps de femmes consommables dans la prostitution et le viol, corps de bêtes pièces bouchères envoyées à l'équarrissage pour les jeux masculins, violence et torture aux animaux, violence aux femmes dans la prostitution et le viol : San Fermin, fête patriarcale de la mort, banquet masculin empoisonné. Je ne vois pas comment on peut croire que ces lieux seraient des lieux de sécurité pour les femmes et tout ce qui n'est pas EUX, comme EUX. Je ne vois pas comment on peut tolérer des effusions de sang et de violence sans frein sur des bovins et demander la sécurité pour soi. Il est temps de voir le continuum de la violence masculine. Et assez de formules d'ancillaires que les femmes s'échangent en elles : "vous savez bien comment sont les garçons", "boys are boys" qui essentialisent les hommes et noient le poisson ; si nous sommes plus calmes, ils peuvent l'être aussi, c'est une question de volonté et d'éducation. Il est temps d'être et de rester ferme sur les principes.

Il est temps de sortir de la sidération et de la résignation devant les mauvaises actions des hommes ; le déni ne mène nulle part, pas plus que la revendication d'avoir une part apaisée en tant que femme  dans ces lieux où se jouent des guerres rituelles et symboliques. La torture et la mise en pièces d'un animal -y compris devant des enfants- ne sont pas des actes sociaux anodins. La mort d'un animal dans l'arène ou dans les espaces dits sauvages par des chasseurs témoignent qu'ils font régner la terreur. Et c'est bien le message envoyé. Nous sommes entre nous, nous sommes cruels et méchants : animaux, femmes, garçons doux ou garçons gays, vous n'êtes pas les bienvenus dans nos lieux d'entresoi viril, où nous confisquons par ailleurs les espaces publics et médiatiques, les espaces de nature à notre seul profit. Vous pouvez en être les victimes collatérales. Celles et ceux qui s'y aventurent prennent leurs risques. Toutes vos marches blanches sans slogans ni inscriptions, tous vos polluants lâchers de ballons n'y pourront jamais rien.

La seule réponse possible est le refus obstiné de ces méfaits virils, se mettre en travers de ces exactions contre des animaux qui ne font plus le poids, la réponse est le renvoi dans les poubelles de l'HIStoire de ces traditions viriles d'un autre âge. Les femmes y ont déjà gagné leur place. En face des chasseurs, les défenseurs des animaux sont en majorité des refusantes et des défenseuses. C'est en ces lieux-là que les femmes ont toute leur place à prendre.

" Les pratiques de la virilité sont incompatibles avec le maintien de la vie sur la planète ".
Kate Millett - La politique du mâle.

mardi 10 juillet 2018

Se défendre ou ne pas se défendre quand on est une femme ? Le tabou des armes

" Nous avons vu que dans les sociétés de chasseurs-collecteurs, le monopole de l'arme a une importance décisive dans les rapports entre hommes et femmes ; c'est en effet dans la technologie qui crée les armes et dans les armes mêmes que se produisent les progrès les plus importants, ceux qui marquent la distance entre outils masculins et féminins, puisque les armes sont en même temps des outils de production privilégiés. Mais l'aspect qui prévaut est celui du contrôle de la force ; d'où le rigoureux interdit imposé aux femmes quant à l'emploi des armes : le jeu se joue entre qui a les armes et qui ne les a pas. Le pouvoir des hommes sur les femmes est assuré par le monopole des armes-outils. "  Paola Tabet, anthropologue - La construction sociale de l'inégalité des sexes.

L'anthropologie et l'ethnographie qui étudient les tribus premières des sociétés humaines relèvent une constante et nous enseignent que les outils et les armes sont taboues pour les femmes : elles vont à la chasse avec les hommes, mais elles se contentent de taper avec des bâtons sur le sol, pour effrayer ou rabattre les animaux, elles peuvent aboyer (SIC) aussi pour les mêmes raisons, mais elles n'utilisent pas d'armes, qui restent un monopole masculin, même dans nos sociétés modernes. " Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique qui leur est refusé " insiste Paola Tabet.

Du coup, ce tabou venu du fond des temps reste ancré et vivace dans les comportements d'aujourd'hui. Exemples, crescendo :

- les filles harcelées, quand elles font un jogging se contentent généralement, comme je l'ai constaté la semaine dernière, d'un tweet ou d'un post sur les medias sociaux pour dire aux mecs qu'ils sont "relous" alors qu'elles ont eu peur, et que c'était destiné à ça, faire peur. Je me suis personnellement équipée d'un spray au poivre que je balade partout avec moi depuis qu'il y a quelques années j'étais victime d'agresseurs sexuels qui exhibaient leur bite quand je marchais sur les quais de la Vilaine : il y avait un mauvais passage à l'écluse du Moulin du Comte. J'ai décidé d'arrêter de me plaindre : "mais où tu va comme ça aussi pour voir des gens pareils ?" : une de ma famille. "Je vais où je veux puisque mes impôts sont aussi bons que ceux des mecs et qu'on ne m'a jamais refusé mon chèque au motif que c'était de l'argent de bonne femme" fut ma sèche réponse. Comme s'il y avait des quartiers réservés aux agresseurs sexuels ! Après quelques essais infructueux, j'ai aussi arrêté d'appeler la Cavalerie qui a tant d'autres chats à fouetter : braquages de banques, trucidages divers de mecs entre eux, et bien sûr, violences sur enfants et conjointes, où ils ne brillent pas non plus par leur motivation à soustraire les victimes à leurs bourreaux. Donc, mon cas étant apparemment dérisoire, je me suis équipée et je fais face, dans l'adversité. PARCE QUE C'EST MAL VU. Sur les réseaux sociaux, où quand une se plaint et que je lui suggère un spray, silence de mort. On entend très bien les silences de mort et la désapprobation sur les réseaux sociaux. Pas de partage, rien, alors que les statistiques de Twitter vous montrent que vous avez de l'audience. Et puis dans les dîners en ville, c'est mal vu aussi : un jour, dans mon restaurant d'entreprise, une consultante (de l'APEC, je balance, il y a prescription, et puis ça me fait plaisir) raconte que rentrant chez elle, en plein jour, dans une rue de Paris, un mec tousse, elle se tourne vers la caisse auprès de laquelle elle passe, et voit... un type en train de se palucher, l'engin sorti du short. Ça m'est arrivé aussi ce genre d'histoire. A Tours pour moi. Je lui demande ce qu'elle a fait ? Réponse : Bin, qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu fais ce que tu veux, mais moi, j'ai un spray au poivre toujours sur moi, je le sors prestement, et j'enfume le type par le haut de la vitre qu'il a forcément baissée pour qu'on l'entende tousser ! Je lui donne un motif de tousser, mais vraiment ! Je vous le donne en mille : c'est moi qui suis passée pour l'agressive, la sauvage, qui veut la mort du Prince Charmant, ce sale type.

Et pourtant ça marche ! Je ne m'en suis jamais servie, mais il fait reculer les agresseurs potentiels, quand ils le voient, ils reconsidèrent le (sale) coup. Et il rend assertive, sûre de soi. Je marche avec, je circule en voiture avec, et je descends ma poubelle avec. J'ai déjà été agressée plusieurs fois dans mon sous-sol par des mecs alcoolisés agressifs. Et puis ça sert aussi à "se dégager de son agresseur" comme dans cette affaire récente de viols en récidive à Brest.

- L'affaire Jacqueline Sauvage, vous vous souvenez ? Battue comme plâtre, maltraitée pendant 43 ans par le Prince Cogneur, Père abuseur, un jour elle règle son compte par trois coups de fusil dans le dos de son agresseur et celui de ses enfants, puisqu'elle est chasseuse*, bonne tireuse, et qu'il y a un fusil à la maison. Jamais je n'ai pu m'ôter de l'idée que si elle avait utilisé des médicaments ou un poison, ces armes par destination tellement féminines, ces armes des faibles, qu'elle aurait été moins lourdement condamnée : 10 ans ! Sortie de prison par la grâce présidentielle, et surtout par l'activisme féministe, Jacqueline Sauvage ne m'est pas sympathique, mais franchement, ne pas reconnaître la légitime défense à une femme battue, torturée avec ses enfants, pendant 43 ans, c'est refuser aux femmes le droit de se défendre. Plus récemment, le jugement de l'affaire Tobie, où de la même manière une femme abat d'un coup de carabine son conjoint maltraitant, retrouvé tout desséché trois ans plus tard dans l'appartement dont elle ne payait plus le loyer : 12 ans d'emprisonnement, plus que les réquisitions du Procureur, pas de reconnaissance de la légitime défense non plus. Et je parle bien de légitime défense, pas d'auto-défense, comme j'ai entendu me répondre un soi-disant pro-féministe, sur Twitter, pro-féministe, mais pas débarrassé lui non plus des injonctions patriarcales ni des tabous qui frappent les femmes.

Pour une femme, c'est bien porté d'aller à l'équarrissage. Le fusil ? Pas féminin pour deux sous (2 % de chasseuses* reconnues par les associations de chasse, on est en plein dans l'injonction aux femmes décrite par Paola Tabet ci-dessus) : pas glamour, pas plus que le spray au poivre. La féminité c'est l'impuissance : échasses sur quoi marcher, jupes étroites et courtes, gros sacs avec contenu en vrac en bandoulière, l'oreille collée à leur téléphone portable déchargé, elles préviennent les agresseurs qu'elles ont appelé leur petit ami (le preux chevalier des contes de leur enfance) qui va venir à leur secours. Bouh, ils ont peur ! Pas moyen de courir, pas question de brandir une arme. Alors vous pensez, quand une montre qu'elle a du répondant, ou en tous cas, peut en avoir, c'est forcément une virago hommasse avec du poil aux pattes. Qui veut la mort des mecs agresseurs (OUI) et qui va finir seule entourée de 15 chats mités (NON).

Pendant que la société enseigne aux filles l'impuissance, sachez quand même que tout est fait pour dépouiller les garçons de leur empathie : une juge vient de retoquer une association de protection animale niçoise qui poursuivait la ville de Tarascon pour l'autorisation d'une novillada et d'une bercerrada les 7 et 8 juillet. Novillada ? Bercerrada ? Il s'agit d'apprendre à de jeunes garçons apprentis bouchers/toreros à torturer, puis tuer à l'arme blanche, de jeunes veaux de maximum deux ans. Oui, vous avez bien lu. Il y a deux standards admis par la justice : pas touche aux couilles des mecs, et aux femmes, la férule patriarcale. Impitoyablement. Jusqu'à la mort.

Mesdames vous avez le droit de vous défendre, au moins de montrer qu'on ne peut pas vous emmerder impunément, en tous cas. Vous avez aussi le droit et le devoir de défendre les autres en cas d'attaque. Y compris un mec, si le cas se présente. L'attitude de la biche effarée dans les phares de voiture, c'est bien dans les romans à l'eau de rose, mais dans la vraie vie, c'est contre-productif. Les agresseurs sont des lâches. Dans 95 % des cas, s'ils rencontrent une résistance, ils détaleront sans demander leur reste. Evidemment, soyez prudentes : il faut impérativement avoir une possibilité de fuite. J'avais traduit un billet il y a quelques temps sur comment réagir en cas de harcèlement : il reste totalement valable. La terreur doit changer de camp. Ou au moins, il s'agit de rétablir un équilibre.

* Je n'aime pas les chasseurs, ni les chasseuses, ni la chasse. Mais ce n'est pas le sujet. On peut apprendre à se défendre sans tuer, et sans se faire la main d'abord sur des animaux. Nous ne sommes plus au Néolithique.

lundi 2 juillet 2018

Intersectionnalité ou Communauté de l'aliénation féminine ?

Françoise d'Eaubonne, féministe matérialiste, inventrice de l'écoféminisme et cofondatrice du MLF avec d'autres, fut aussi un temps une militante du PCF (Parti Communiste Français), donc nourrie des thèses de Marx et de la lutte des classes. Dans son ouvrage de 1978 qui vient d'être opportunément réédité, Ecologie et féminisme, Révolution ou mutation, elle explicite ses idées écoféministes déjà exposées dans Le féminisme ou la mort paru en 1974, à savoir la mise en parallèle de l'exploitation illimitée des ressources naturelles (la nature) et du travail reproductif des femmes qui fournissent travailleurs et soldats aux usines et aux guerres des agents mâles du patriarcat. Sa thèse est que Marx "aussi puissamment barbu que Dieu" n'a pas vu l'oppression exercée par la classe sociale hommes sur la classe sociale femme. L'ouvrage, dont je citerai sur ce blog quelques passages remarquables, est évidemment à lire de toute urgence (climatique et démographique).


En ces temps de féminisme(s !) intersectionnel dont on ne parlait pas du temps de Françoise d'Eaubonne, je vous propose cet extrait :

Communauté de l'aliénation féminine

" Quand on parle de "mentalité", de "réaction" à tel ou tel stimulus social (par exemple vis à vis du travail, problème que tout le monde sait public, ou du couple, qu'on s'obstine encore à croire privé), il faut bien se garder d'en faire une affaire de sexe : quelle est l'attitude, mettons, des hommes, ou des femmes ? On ne peut que répondre : quels hommes, quelles femmes ? Ici l'attitude générale est définie par la classe. Les marxistes le savent bien, et croient que cette vérité détermine toutes les autres. Alors qu'il s'agit, à un autre niveau, d'une autre vérité : T.W. Adorno a dit que l'inconscience d'une oppression commune ne change rien à la communauté de cette oppression. Là aussi, l'oppression n'est nullement uniforme et ne s'exerce pas de la même sorte à travers des classes différentes ; la femme du PDG participe à l'oppression des prolétaires (encore qu'il lui soit fort difficile de faire autrement, de même que pour le prolétaire occidental ou américain, de ne pas participer au pillage du tiers-monde) et la prolétaire est doublement écrasée, comme femme et comme travailleuse. C'est en vertu de cette évidence que les "pétroleuses", issues du Cercle Dimitriev, les gauchistes du MLF, au lieu de travailler à l'union des femmes à travers les classes, élargissent le fossé déterminé par l'idéologie révolutionnaire mâle en rappelant à chaque instant : "Elles ne sont pas nos sœurs, les fascistes chiliennes qui frappaient leurs casseroles contre les partisans d'Allende." (Comme si une telle lapalissade méritait d'être soutenue, et comme si l'Oncle Tom était le frère des Panthères Noires, ou le Juif  Rosenberg, encenseur d'Hitler, le frère des déportés de Dachau ?) Ce qui crée une communauté d'aliénation qui va de l'oppression à la manipulation chez les femmes en système mâle, et non pas une romantique et absurde "sororité de naissance", c'est que de la bourgeoise à l'ouvrière (et non seulement selon ces catégories), mais à travers les régimes, les pays, les cultures les plus diverses, les femmes ont en naissant une destination ; contrairement à l'homme qui, bien ou mal accueilli, aura un destin indifférencié à l'intérieur des déterminantes sociales et historiques. Son sexe ne lui sera jamais qu'une activité, heureuse ou non parmi les autres ; elle ne fondera pas son avenir, elle ne s'identifiera pas à lui-même, à son être propre, à sa vie. Ce qui déborde, largement, autant la lutte des classes que "la malchance de devoir faire seule la vaisselle". Car chez l'homme la destinée dépendra simplement de sa place économique et sociale à l'intérieur de ces contingences ; son sexe, la façon de s'en servir, sa procréation, son statut d'époux, de célibataire ou de divorcé, ses goûts amoureux et ses déboires ou ses triomphes sentimentaux resteront de purs évènements personnels qui ne modifieront en rien ou presque rien ses rapports au monde, à son monde, et le chemin qu'il se tracera dans une telle société. Pour lui, l'aspect physique peut être coloris du destin ; il n'est jamais destin ; sauf s'il appartient à une culture homosexuelle (Antinoüs, favori d'Hadrian ou Lord Buckingham).

Pour les femmes au contraire, non seulement la fonction sexuelle oriente tout le destin et toute la place dans le monde, mais ce qu'elles ont de plus intime, de plus privé, fait l'objet de la préocupation la plus officielle du pouvoir ; on fixe l'âge de leur "détournement" (les affaires de mineurs restent exceptionnelles quand il s'agit de garçons, et la plupart du temps homosexuelles), on leur accorde ou refuse le droit de procréer ou avorter, certains pays vont jusqu'à leur fixer des normes de maternité (quatre enfants minimum à Bucarest, trois enfants maximum à Tokyo) ; on exhorte la femme, on la flatte, on lui fait honte, on la manipule. Beaucoup plus générale encore, pratiquement universelle est l'obligation quasi fatale, constituée par l'attente de la société, de n'être née que pour accompagner le destin d'un autre être, autonome celui-là n'ayant pas pâti de cet "accident de naissance". C'est le point commun entre la fille du tourneur de Billancourt, du cadre de multinationale et la rejetonne des hippies ou la fillette du Bangladesh ! Exister par intermédiaire, ou à la rigueur choisir la solitude. "Je ne peux à la fois me consacrer à la sociologie et élever quatre enfants" m'écrit une roumaine sociologue obligée d'adopter le célibat, comme l'eût fait une intellectuelle française des années trente. C'est dire que le pouvoir ne se contente pas de faire pression sur la vie sexuelle féminine : il la légifère dans ce qu'elle a de plus soi-disant personnel. Bien plus : la société a inventé pour cette catégorie humaine des secteurs d'abjection et d'humiliation qui n'appartiennent qu'à ce que la condition féminine comporte d'involontaire : le viol, la prostitution n'ont pas d'équivalent dans les domaines de la dégradation mâle.

Ce que les femmes ont en commun, c'est leur sexe et le rôle qui s'y rattache avec des variantes dues à la classe (sociale) ; ce que les hommes ont en commun, c'est leur classe, avec des variantes dues à leur activité sexuelle ; le rôle en est toujours celui de sujet. Qu'un patron engrosse domestique ou secrétaire et l'abandonne, c'est classique ; que la patronne s'éprenne du chauffeur ou du prolo, c'est encore elle qui sera engrossée et abandonnée ; les conséquences en seront moins graves aujourd'hui qu'autrefois, mais elles demeureront du même sens ; il n'y a pas inversion des rôles. L'oppression de classe exercée ou subie, trouve dans la biologie sa limite. "

A vouloir se trouver des oppresseurs partout, dans différentes classes sociales, il y le risque d'oublier que l'"ennemi principal" c'est le patriarcat et ses agents, et que son oppression est universelle.

Lien supplémentaire sur le même thème :
La dialectique du sexe - Sulamith Firestone

lundi 25 juin 2018

De l'autonomie des femmes

En faisant la queue -cette façon de gérer la multitude humaine- on est contrainte de subir les conversations des autres, celles des commerçantes et de leurs clientes, par exemple. Donc, j'attends patiemment mon tour chez une commerçante en grande conversation avec sa cliente, une dame d'environ 70 ans, bien que je répugne à donner un âge aux gens, je me trompe sans arrêt- mais clairement, elle est grand-mère ; les deux se racontent leur vie en parlant fort et en s'esclaffant. Obligée d'entendre, j'apprends ainsi que la grand-mère cliente fait des provisions pour son petit-fils qui rentre d'Angleterre : il y a passé une semaine où, précise-t-elle, il ne lui a pas donné le moindre signe de vie, -même pas un petit SMS ou un selfie, disons devant Buckingham Palace, ou une carte postale apportée par la bonne vieille Poste de François 1er, RIEN ! Mais rajoute-t-elle en riant de plus belle, il lui a envoyé un mail dès son retour pour lui dire qu'il s'incruste pour le week-end, et donc du coup, elle fait des courses pour le nourrir. Les deux, cliente et commerçante, en rient à gorge déployée, le niveau sonore monte nettement. C'est apparemment très drôle. Évidemment, je suis atterrée, muette.

Rire pour faire passer l'impolitesse ?
Rire pour se persuader que les "garçons sont les garçons", c'est à dire des goujats, et qu'on n'y peut rien ?
Rire parce que vous servez encore à quelque chose, et que quelqu'un s'intéresse encore à vous qui avez passé votre vie au service des autres, et surtout des mecs, qu'il n'y a aucune raison pour que ça cesse ?
Rire parce que vous n'êtes pas totalement délaissée alors que vous avez renoncé par le mariage et la maternité à votre autonomie pour vous consacrer aux autres, à tel point que l'autonomie quand vous la retrouvez, vous ne savez qu'en faire ?
Rire parce que finalement, il faut se l'avouer, les garçons sont inélevables, ingrats, éternellement parasites des femmes ?

Des anecdotes comme celle-ci, tout le monde peut vous en raconter à la pelle. Cela arrive tous les jours, alors même que ces femmes de 70, 80 ans d'aujourd'hui, font partie de celles qui ont fait la révolution du MLF ou, au moins, en ont forcément entendu parler et devraient en avoir été transformées. Mais il semble que la conscience politique s'abolit devant la famille, qu'il n'est toujours pas possible d'envoyer chier la chair de la chair de sa chair.

Le problème, c'est que cette attitude perpétue les comportements irresponsables des hommes, leur goujaterie, leur utilisation des femmes pour leur service. Franchement, j'ai plaint la fille qui va tomber sur lui. Je l'avertis d'ailleurs, si jamais elle passe par ici, d'éviter le gars. Ce genre de comportement est destiné à rabaisser, à diminuer. Cela leur ouvre des perspectives : la maltraitance psychologique, voire physique peuvent suivre. C'est un processus, et il est toléré, excusé par la société. Et ne pensez surtout pas que vous allez le changer : les hommes ne changent pas, ils n'y ont pas intérêt, ils ont de toutes façons la caution de la société.
Comme il faut bien qu'une brise la chaîne, le continuum, la "tradition" : dites non. Ça suffit.

" Rien ne changera profondément aussi longtemps que ce sont les femmes elles-mêmes qui fourniront aux hommes leurs troupes d'appoint, aussi longtemps qu'elles seront leurs propres ennemies "

Benoîte Groult



vendredi 15 juin 2018

Hedy Lamarr - From extase to wifi

Peut-on être très belle et être en même temps très intelligente ? La réponse à Hollywood est non. Aussi, il a fallu des dizaines d'années pour qu'Hedy Lamarr émerge comme inventrice d'un code de brouillage de signaux électroniques de torpilles. Dit comme ça, ce n'est pas glamour, donc c'est in-com-pa-ti-ble avec une carrière de bombe sexuelle. Apprenant aux infos au début de la guerre qu'un navire militaire de l' US Navy avait été torpillé par sa propre arme que l'ennemi avait détournée en décodant et détournant son signal de commande, l'obstinée chercheuse patriote (née en Autriche mais reconnaissante à son pays d'adoption) va se casser la tête à imaginer un signal brouillé "à étalement de spectre", de façon à éviter ce genre d'accident. Après des journées harassantes d'apprêt, de maquillage et de tournage, Hedy Lamarr se délassait en faisant des casse-tête mathématiques !


On ne trouve aucune photo de Lamarr au naturel, il n'existe que des photos de studio très posées et retouchées.

Personnellement, je n'ai appris qu'il y a quelques années seulement, par la magie des réseaux sociaux, grâce à un mathématicien, qu'Hedy Lamarr, sex symbol des années 30 et 40 du siècle dernier, était aussi une mathématicienne qui avait inventé une formule mathématique ancêtre de technologies qui impactent nos vies d'aujourd'hui : le GPS et le wifi.

Le documentaire que lui consacre Alexandra Dean (coproduit par des femmes dont Susan Sarandon) sort littéralement le génie de Lamarr de l'oubli. Il est implacable pour les hommes de l'industrie hollywoodienne tous plus obtus et phallocentrés les uns que les autres -Louis B Mayer et Cecil B De Mille entre autres, mais pas seulement. La carrière cinématographique de Lamarr sera assez courte : quelques films, la gloire, plein de maris, des enfants dont un adopté, et bien sûr, la cinquantaine infranchissable dans une industrie vampire qui ne consomme que de la chair fraîche, les addictions qui modifient le caractère, la vieillesse recluse et l'oubli, visage détruit par la chirurgie esthétique, psyché ravagée par les amphétamines prescrites et absorbées sous le nom de vitamines. Une fin fauchée et affreuse.

L'invention sera finalement brevetée par le co-inventeur George Antheil, puis évaluée par un sous-traitant de l'armée US, laquelle ne savait pas comment l'exploiter. Si ! Je vous jure. Avant la fortune que l'on sait. Aujourd'hui encore, des hommes prétendent qu'Hedy Lamarr n'a rien inventé, qu'elle n'a fait que copier et usurper l'invention d'un autre, alors qu'elle n'a pas fait fortune avec, et même qu'elle était une espionne à la solde de l'Autriche. Non seulement ces grincheux n'ont pas de talent, mais en plus, ils n'ont de cesse de tenter d'effacer de l'histoire celles qui en ont.

Ce film sorti le 6 juin est encore en salles (notamment au TNB à Rennes !) : courez le voir. Il est tragique mais empowering. Il peut susciter des vocations. Il décrit bien ce qu'est un-e inventeur-ice : pas une ingénieure, ni une technicienne, mais quelqu'un-e qui a un esprit scientifique, de la curiosité, de l'imagination, et une sacrée dose d'obstination.
La bande annonce française :



La bande annonce US : Bombshell - The Hedy Lamarr Story



Liens :
La fiche Wikipedia d'Hedy Lamarr
Mon billet sur les pionnières du codage informatique
La fiche IMDB du film.