vendredi 22 mai 2015

Mad Max Fury Road : Féminisme cavernicole


Puisque tout le monde y va de sa critique dithyrambique sur Mad Max Fury Road, allons-y, j'apporte moi aussi ma contribution, discordante, je vous préviens.
L'humanité s'est crashée en 1979, aviez-vous appris en regardant le premier Mad Max, avec la fin du pétrole ? Bon débarras, vous étiez-vous dit, par devers vous, histoire de ne pas vous brouiller avec votre prochain et en n'allant surtout pas voir la fin pénible des derniers australiens parcourant le désert sur des grosses caisses à la recherche des dernières gouttes de pétrole. Je n'avais pour ma part, jamais tenu plus de 10 minutes montre en main devant les exploits de Mel Gibson et de sa milice de motards, lors des diffusions télé. La poésie dystopique de ce premier "opus", comme des deux autres, m'est toujours passée largement au-dessus de la tête. C'est donc la toute première fois que je vois un Mad Max en entier. Et comme j'ai le goût du risque, c'était aussi ma première expérience en 3D ! Tentée par les critiques qui nous annoncent un film "féministe" où des femmes luttent pour leurs droits reproductifs, et végétarien défenseur des animaux, j'ai payé ma place, plus un euro cinquante pour la 3D, et un euro de lunettes.

Le scénario tient sur un confetti. Ce pauvre Mad Max, joué par Thomas Hardy, passe au second plan : la tête engoncée dans une calandre de voiture, il sert de pare-choc aux autos-tamponneuses d'une horde de dégénérés qui rationnent l'eau d'un peuple des cavernes desséché. Sort terrible pour un héros viril, finir en pare-choc au quatrième opus ! Une femme nommée Furiosa, vraie héros du film, jouée par Charlize Theron, sorte d'Amazone au bras coupé (normalement, c'était le sein ?) convoie à travers le désert un groupe de femmes surtout jeunes, belles et très déshabillées, dont l'une est très enceinte. Comment "tombe-t-on enceinte" (enfer et damnation de la langue française qui associe enceinte avec chute) dans le désert alors qu'on vit entre femmes, ne me demandez pas, je n'ai pas l'info. Pour être tout à fait honnête, il y a parmi elles quelques vieilles sages qui transportent, en y veillant comme à la prunelle de leurs yeux, un sac de graines, message végétarien subliminal.



Tout ça est prétexte à un fracas de batailles entre autos augmentées, roadsters, gros camions à moteurs boostés -97 % du film. Je suis sortie sourde de la salle. Les trois seules phrases énoncées clairement sont dites par les femmes : "Nous ne sommes pas des choses", en est une. Féminisme très basique. En revanche, les mecs ne s'expriment que par des hon hon, grouarff et autres borborygmes attestant qu'effectivement, leurs trois neurones ont définitivement migré en dessous de la ceinture. D'autant qu'ils sont tous difformes, augmentés d'accessoires pathétiques, en un mot dégénérés. Ils se contentent de cogner sans même discuter après. Ce qui est mauvais signe. Dans les anciens westerns, ils défouraillaient d'abord et éventuellement négociaient après, s'il restait des survivants. En plan à la grue, ça donne ça :


On reconnaît aisément l'hybris masculine. Contrecarrée quand même par un geste énigmatique d'une des femmes


que je vous laisse interpréter à votre fantaisie.

Le pensum dure deux longues heures. La 3D est une catastrophe, de mon point de vue. Un truc pour vous faire raquer des euros supplémentaires. Mais d'après les information de quelqu'un de mon entourage, je n'avais pas les bonnes lunettes à piles intégrées donc chères, et du coup, c'est comme si je n'avais vu le film que d'un œil avec mes lunettes polarisées à un euro, selon l'explication technique ici entre lunettes passives et actives (SIC). Bon. Moi en fait, j'ai vu les très gros plans à 10 centimètres de mon visage, et au deuxième plan, des nabots genre figurines Kinder chocolat, pour la taille. J'en ai eu froid dans le dos en rétrospective pour Interstellar que j'avais bien aimé, proposé à l'époque au choix dans la même salle : j'avais prudemment vu la 2D. Tout ça confirme que les techniciens, au cinéma aussi, ont pris le pouvoir sur les metteurs en scène qui sont des artistes.


D'après ce que je lis ici ou là, Georges Miller, metteur en scène australien de la franchise Mad Max, serait végétarien. Plausible, car il est aussi le producteur-scénariste des Babe, Le cochon devenu berger 1, Dans la ville 2, et de Happy feet. Mais, croyez-moi, il est certainement atteint du syndrome Peta (qui célèbre sur son site l'amitié entre Thomas Hardy et son chien Woodstock), le végétalien tablettes de chocolat, qui surcompense son végétalisme par une hypervirilité, la nourriture des végétariens étant habituellement décriée par les hommes, "les vrais", comme "nourriture de femmelette". Ce qui contrarie le message soit disant féministe du film.

Liens vers les critiques déchaînés : Télérama (un pour et un contre les vrombissements), Les Inrocks, un mépris souverain des dialogues dans Le Monde, et Charlize Theron, une Mad Maxette polytraumatisée. Même Charlie n° 1191 y va de sa critique positive, en lui trouvant des allures de road movie, misère ! Mad Max est féministe dans un système cinématographique accro au principe de la "schtroumpfette" chez L'Actualité. Il ne passe pas le test de Bechdel.
Mad Max accusé de "propagande féministe" par un blogueur masculiniste au cerveau cramé qui, en plus, confond l'Amérique (USA) avec l'Australie.

Le film de Georges Miller a été tourné dans les dunes de sable de Namibie en Afrique australe, les australiens ont aussi un désert mais sans dunes. Le film aurait ravagé la flore et la faune dans des zones protégées, pendant le tournage et ensuite pendant la "remise du site en état ", selon cet article de Maxisciences. Le cinéma est une industrie comme les autres : en matière environnementale, après nous le déluge.

vendredi 15 mai 2015

Margot Wallström applique le féminisme


Photo : Kristian Pohl - Gouvernement de Suède

Margot Wallström est l'actuelle ministre des affaires étrangères du gouvernement social démocrate de Suède. Après avoir été Commissaire européenne deux fois, notamment à l'environnement de 1999 à 2004 (Commission Prodi), et vice-présidente de la Commission Barroso, puis de 2010 à 2014, la première représentante spéciale auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, reportant sur la violence sexuelle dans les conflits. Lors de la formation en 2014 de la coalition gouvernementale au pouvoir en Suède, Margot Wallström promettait une "politique étrangère féministe". Elle a tenu parole : critiquant les manquements aux droits des femmes en Arabie Saoudite, théocratie monarchiste, (où rappelons-le, elles ne peuvent sortir que sous la surveillance d'un gardien mâle, n'ont pas le droit de conduire, entre autres droits humains bafoués...), Margot Wallström vient de révoquer un contrat d'exportation d'armes à destination de l'Arabie Saoudite, pour ces motifs. Du coup les saoudiens ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Suède, les businessmen suédois ne décolèrent pas, leurs visas ont été révoqués, et pour faire bonne mesure, les saoudiens ont annulé le discours de Wallström devant la Ligue Arabe, et même un échange de quatre singes amazoniens du Zoo de Suède avec le leur. Bref, ils ne sont pas contents du tout. Les "hommes d'affaires" suédois non plus. Quoi, annuler de juteux contrats d'armement pour des histoires de bonnes femmes ?

Ce n'est pas François Hollande qui ferait pareil : au nom de la "realpolitik" et de l'emploi, il signe des contrats avec l'Inde, le Qatar et l'Egypte qui "se goinfrent des avions de papy Dassault, et préparent leurs petites guerres dans leur coin", comme écrit Charlie Hebdo dans son N° 1190. Et qui bafouent eux aussi allègrement les droits humains, et bien sûr, les droits des femmes. Après nous le déluge, le business avant tout, l'argent n'a pas d'odeur, les hommes n'ont aucune vista, ou ils estiment ne pas avoir les moyens d'en avoir une. Je penche pour la première proposition.

Margot Wallström a été, rappelez-vous, observatrice de la situation des femmes dans les conflits auprès des Nations Unies, et elle a constaté que la situation des femmes et des filles est largement ignorée dans la résolution de ces conflits, que les aides étrangères ne prennent jamais en compte leur besoins parce que les femmes participent rarement aux négociations de paix. Dix ans après la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui parlait de la nécessité d'inclure les femmes dans les processus de paix, 97 % des peacekeepers sont toujours des hommes. Avec des conséquences dramatiques, comme le rappelait l'excellent documentaire de France 3 rediffusé par LCPan "Putains de guerre" : les bordels à soldats du temps de guerre sont remplacés par des bordels pour Casques Bleus, que l'ONU tolère pour des raisons de différentialisme culturel (les casques bleus viennent de tous les pays adhérents aux Nations Unies), ce racisme mou qui ne dit pas son nom. La situation et la sécurité des femmes sont rarement appréhendées comme issues-clés de sécurité globale, or une approche genrée de la résolution des conflits, et plus généralement de la situation des femmes et des filles, sont considérées comme pragmatiques et le fameux "clash des civilisations" n'est pas basé sur des différences politiques et ethniques, mais plutôt sur les croyances et pratiques en matière de genre. Les intérêts et droits humains des femmes doivent primer sur les intérêts de caste étroits des hommes, en d'autres termes, "les femmes doivent arracher le pouvoir aux hommes pour le rendre à l'humanité entière", c'est ainsi que s'exprimait François d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort. L'exemple de Margot Wallström est donc un exemple à suivre par les hommes et femmes politiques de tous les bords et de tous les gouvernements : le féminisme est surplombant, toutes les instances exécutives doivent fonctionner sous son étroite supervision. Dans tous les domaines : économie, environnement, gouvernance, éducation, résolution des conflits et maintien de la paix. Margot Wallström, issue d'une nouvelle classe de politiciennes, de femmes exécutives au pouvoir, affermies dans leurs convictions, ringardise la politique appliquée par les hommes depuis toujours et montre le chemin à suivre. Merci Madame la Ministre.

Mon billet a été inspiré par cet article du New-Yorker : Who's afraid of a feminist foreign policy ?
Le compte Twitter de Margot Wallström : @margotwallstrom 
Mali : pour une approche holistique de la paix, les femmes marchent : Pas de paix sans les femmes !

jeudi 7 mai 2015

Le sexe des villes

Il y a 16 mois, ma vaillante 205, 450 000 km au compteur, 20 ans de bons et loyaux services, me lâche dans un (gigantesque) rond-point, de retour de mon club de lectrices : en rétrogradant, le levier de vitesse me reste quasiment dans la main ! Je suis rentrée en 3ème, redémarrages aux feux rouges inclus. Brave voiture : même subclaquante, elle a mis son point d'honneur à me ramener chez moi ! Les signes de fatigue étaient de fraîche date : jamais en panne, sauf quand Peugeot s'arrangeait pour me la rendre cassée après une révision, c'est arrivé deux fois. Je ne vous dis pas comme ça avait bardé !

Bref, je me retrouve piétonne, moi, l'embagnolée, mais ayant de solides excuses professionnelles. Après une heure d'affolement, j'ai décidé de le prendre avec philosophie. To-morrow is another day. Donc je l'ai laissée dans mon garage. Quatre mois exactement. Je trouvais que le garagiste m'avait assez vue, et surtout que moi je l'avais assez vu, lui aussi, avec sa tête de corporation que je déteste. Je suis allée, à pied, voir les loueurs de voiture, histoire de me faire peur avec leurs tarifs, au cas où je déciderai de louer au lieu d'acheter. Ou d'avoir à faire face à un déplacement intempestif. Et puis, j'ai sorti mon trolley pour aller faire les courses une fois par semaine.


 Et là, j'ai compris : le malheur d'être mère de famille ou nounou à poussette, handicapée en fauteuil roulant, et ménagère de plus de 80 ans survivant dans un monde masculin hostile. Travaux, barrages, fondrières, panneaux (comme dans tomber dans le panneau), chausse-trappes, gros engins partout ! Emprise sur les trottoirs, les rues, vous passez sous des lests de grues, des tracto-pelles, des échafaudages (échafauds) branlants, des nacelles élévatrices avec un mec qui stimule le joystick sans vous regarder, d'ailleurs, ils vous ignorent, ils vous méprisent, poussez vos culs les dindes, nous on travaille. Les femmes, c'est connu, ne travaillent pas, elle se contentent de tenir la boutique bénévolement pendant que les mecs défoncent le plancher des vaches, violent la Terre, et construisent des grosses merdes de plus en plus hautes. Ou enterrent des métros de plus en plus profond. Avec un gros tunnelier, plus c'est gros, meilleur c'est, proverbe virilo-patriarcal. La moindre "dent creuse" est vidée de ses occupants : un vieux ou une vieille généralement, dans un pavillon avec jardin, pommier et cerisier, des merles, un hérisson, un chat ou un chien. La cage à lapins prolifère sur la biodiversité, on est une région d'élevage industriel en cages, l'urbanisme moderne empile les cages : collèges, boîtes à bac, boîtes de-technicIENS-une-seule-tête-un-seul-T-shirt, centres d'affaires (?), palais des congrès, maisons de retraites sur des parcs arborés qu'on abat pour entasser des vieux ensemble, maternités industrielles privées et publiques à 300 lits, j'espère qu'ils y mettent les mêmes barrières et parkings payants que dans les hôpitaux de façon à prévenir que la place est limitée et qu'il faudrait enfin le comprendre !
Là je vous parle de l'occupation corporatiste, dans les boîtes de BTP et "Génie" civil, où on ne voit jamais une femme, ce qui valide la sur-occupation masculine et la fait paraitre légitime. Mais comme dit ma voisine, en soupirant à déraciner un chêne "il faut bien que ça se fasse" ! Sans jamais questionner ni discuter les modalité du "comment" ça se fait et du "comment" on traite les riverain-es. Vous l'aurez compris, ma voisine et moi, nous n'avons pas le même positionnement face aux emmerdements auxquels les patriarcaux nous soumettent. Elle soupire, et rase les murs avec son panier à provisions, moi je m'énerve et je représaille.



L'occupation individuelle. Dans mon quartier, dans un rayon de 800 mètres, trois streetparks gratuits, avec rien que des mecs dessus. Si vous ne me croyez pas, je peux faire des photos. Quand il pleut, comme eux et leurs planches sont en sucre, ils se réfugient sous les auvents et les passages de tout le monde ; malgré des terrains de foot avec pelouse en plastique (ça salit moins les maillots) partout pour tenter de calmer la frustration masculine, en pure perte d'ailleurs, ils jouent brutalement au ballon dans les squares, jardins publics, allées et trottoirs. Ou au volley, ou aux boules. Ils occupent les débords dont les architectes parent leur monuments : une de mes bibliothèques a dû rajouter des obstacles pentus et pointus pour éviter que les abonnées, dont je suis, soient traitée de "putes" dans le passage où stationnent les mâles, étalant leur vacuité existentielle en soutenant les murs et en jouant, là aussi, au ballon. Quand ils partent (ouf), les canettes et bouteilles de coca, les papiers gras jonchent le passage, voilà ce que c'est que de les habituer à nettoyer bénévolement derrière eux.

Clairement, les municipalités, truffées d'élus prostatiques chauves (ou de femmes soucieuses de donner des gages pour chauffer, gagner et garder la place), bâtisseurs désireux de laisser une trace en béton dans l'HIStoire, trouvent que la place des femmes est à l'intérieur, mieux, à la cuisine. La soupe est prête quand ils rentrent, plus qu'à se mettre les pieds sous la table. Au contraire, moi quand je souhaite avoir accès aux bibliothèques de quartier pour trouver un livre que je veux lire, je dois payer une SURTAXE aux Champs Libres ! Deux poids, deux mesures, normal, moi je ne fais pas de boucan, mon travail est intellectuel et GRATUIT !  
80 % des subventions vont aux garçons : même les maisons de quartiers sont sur-fréquentées par les garçons. Leurs loisirs coûtent plus cher que ceux des filles, et on leur en propose plus. Quand je vais marcher histoire de m'aérer les neurones et les poumons, au bout de 10 kilomètres, j'aimerais me trouver un banc pour m'asseoir, mais ceinture. Circulez, tout stationnement est suspect, sauf quand il s'agit des mecs. Une femme inoccupée dans la rue, faisant les cent pas, appuyée à un mur, c'est une prostituée, une péripatéticienne, les hommes sont fondés à lui demander "C'est combien ?". Les femmes, c'est OCCUPE, dans tous les sens du terme : busy, abeille ouvrière, pas une minute à soi, elles circulent de l'école au travail, du bureau au médecin, il n'y que des mecs pour glander dans les espaces publics ou les bars, en faisant le même boucan qu'au travail.


Des géographes ou des sociologues éminents abordent régulièrement le sujet, car on en parle à défaut d'agir. Mais les femmes se prennent en main. Des marches non mixtes s'organisent régulièrement pour "reprendre la rue", des campagnes contre le harcèlement voient le jour et sont relayées par les médias, et puis des femmes investissent les bars comme ce collectif de militantes féministes d'Aubervilliers "Place aux femmes" qui investit les bars une fois par quinze jours, et les labellisent après évaluation. Quand aux encombrants travaux conjoints de la corporation du BTP et des municipalités bâtisseuses qui auront bétonné toutes les terres cultivables qui les ceinturent, et au-delà, elles pourront toujours manger les briques et les parpaings des centres commerciaux et des palais de congrès qu'elles ont construit, il ne restera rien d'autre. Némésis aura son heure : l'hybris humaine provoque la colère des déesses et des éléments. L'orgueil et la démesure sont suicidaires sur une planète limitée où la mythique croissance reste l'alpha et l'oméga de la pensée économique.


Pendant tout le temps d'écriture de cet article, une nacelle élévatrice rouge, louée chez Loxam access, "l'érection en toute confiance", loueur d'engins phalliques, a émis un boucan insupportable de moteur, notamment pendant l'érection par action sur le joystick.

Les 2 premières illustrations sont des photos des dessins de Coco illustrant, dans Charlie Hebdo N° 1186 du 15 avril 2015, l'article "Le sexe des villes a deux boules".

vendredi 1 mai 2015

1er Mai : le retour des sorcières !

Après la Walpugisnacht (Nuit de Walpurgis) fêtée le 30 avril en Allemagne, les pays anglo-saxons et celtes (Beltaine),


on dirait que les sorcières sont de retour aussi en France. En tous cas, la chasse aux sorcières, elle, est de retour. Les Femen délogées d'une chambre d'hôtel à Paris par le service d'ordre du Front National, copieusement insultées par les nervis de ce parti, et mises en garde à vue pour "exhibition sexuelle", le fait émeut la twittosphère. Si les seins nus des Femen sont de l'exhibition sexuelle, que penser alors des hommes qui se baladent torse nu et les pâturons à l'air en ville ? Ou de celui qui se fout à loilpé devant la Ministre de la culture qui ne porte pas plainte ? Deux poids, deux mesures ? Double standard ?
Je trouve parfaitement choquant que le Front National fasse tous les ans un hold up sur Jeanne d'Arc, dont on pense ce qu'on veut par ailleurs. Moi je l'ai toujours vue comme une héroïne proto-féministe. Le fait est qu'elle a été brûlée comme sorcière par les curés catholiques avec la complicité des curés anglicans. Non à la récupération, et du Front National, et des curés qui l'ont canonisée, mais 500 ans plus tard, tellement ils n'aiment pas les femmes combattantes.
Alors, vivent les sorcières ! 


Deux liens : Féministes, écologistes, anticapitalistes, les sorcières renaissent de leurs cendres
6 raisons pour lesquelles la nudité des femmes peut être puissante.

vendredi 24 avril 2015

Un monde flamboyant

"Je suis Ulysse.
Mais je m'en suis aperçue trop tard"


" Toutes les entreprises intellectuelles et artistiques, plaisanteries, ironies et parodies comprises , reçoivent un meilleur accueil dans l'esprit de la foule lorsque la foule sait qu'elle peut, derrière l’œuvre ou le canular grandioses, distinguer quelque part une queue et une paire de couilles. "

Je viens de lire "Un monde flamboyant" de Siri Hustvedt. Roman biographie d'une artiste fictive disparue, Harriet "Harry" Burden, qui n'a pas trouvé de son vivant la reconnaissance qu'elle croyait mériter. Harry se marie à un marchand d'art richissime et fait deux enfants. Mais cela ne suffit pas à Harry qui est une artiste puissante, et comme elle n'est pas reconnue en tant que telle, elle va essayer des masques, d'hommes, puisque l'artiste indiscuté et indiscutable est toujours un homme. Mais ce faisant, elle va se perdre : des usurpateurs vont s'attribuer son travail. Le roman est éclaté en différents témoignages de ses proches, puzzle assez difficile à pénétrer avec de nombreux renvois de l'auteure en bas de page, j'ai failli laisser tomber avant le tiers du livre. Puis j'ai persévéré, et j'ai bien fait. Ce roman féministe se mérite : réflexion sur la puissance créatrice des femmes -hors maternité- leur effacement de l'HIStoire, hommage à des artistes brillantes dont les œuvres ont été attribuées à des hommes, ou ont été vampirisées par des artistes mâles, ou simplement "oubliées" pendant des siècles, pour ressortir au jour, exhumées par des historiens, des metteurs de scène de cinéma ou par des féministes. Siri Hustvedt doit savoir de quoi elle parle : dans la vraie vie, elle a épousé Paul Auster, le grand écrivain new-yorkais de Brooklyn. Siri Hustvedt est aussi une grande écrivaine, elle mérite notre attention.

Citations : toutes les citations du livre sont en caractères rouges.
"Artemisia Gentileschi, traitée avec mépris par la postérité, son œuvre majeure attribuée à son père. Judith Leyster, admirée en son temps et puis effacée. Son œuvre passée à Frans Hals. La réputation de Camille Claudel engloutie par celle de Rodin. L'erreur suprême de Dora Maar : coucher avec Picasso, erreur qui oblitéré ses splendides photographies surréalistes. Pères, maîtres et amants suffoquent les réputations des femmes. Ces quatre là sont celles dont je me souviens. Harry en détenait une réserve inépuisable. Avec les femmes, disait-elle, c'est toujours personnel, amour et saloperies, qui elles baisent. Et, thème de prédilection de Harry, femmes traitées comme des enfants par des critiques paternalistes, qui les appellent par leurs prénoms : Artémisia, Judith, Camille, Dora."

 Artemisia Gentileschi - 1593-1653 - Auto-portrait, allégorie de la peinture - Œuvre attribuée à son père, peintre, avec lequel elle travaillait.

"Judith Leyster (1609-1660) peintre baroque hollandaise, membre de la guilde de Saint-Luc, à Haarlem, célèbre en son temps mais oubliée après sa mort. Parce que son œuvre ressemblait à celle de Frans Hals, beaucoup de ses tableaux furent attribués à celui-ci. En 1893, le Louvre acheta ce que l'on prenait pour un Frans Hals, mais il s'avéra que c'était un Leyster. Cette découverte a contribué à restaurer le réputation artistique de Leyster."

Camille Claudel - 1864-1943 - Sculptrice, internée, abandonnée par sa famille dans un asile, morte de faim et de solitude en 1943. Son œuvre attribuée à Rodin. Le film éponyme de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani en 1988 contribue largement à la sortir de l'ombre.Désormais, on lui dédie des expositions.

Dora Maar - Self-portrait - 1907-1997 - Photographe surréaliste littéralement vampirisée par sa liaison avec Picasso, alors qu'elle ne quitta jamais son atelier. Depuis 1999, des expositions font redécouvrir son œuvre.
"Picasso a peint Maar comme La femme qui pleure, comme l'Espagne en deuil, mais le bouc aimait à faire pleurer les femmes. Dès que les larmes déboulaient, le pénis du bouc se raidissait. Quel petit misogyne énergique et ardent il était, Picasso !"

Margaret Cavendish, Duchesse de Newcastle -1623-1673


Son ouvrage majeur : Le Monde Flamboyant ( ou Le monde Glorieux), premier roman d'anticipation répertorié de l'Histoire.
Siri Hustvedt exhume cette écrivaine du 17ème siècle, qui a une ressemblance avec son héroïne Harry :
"Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle, cette monstruosité du XVIIè siècle : une femme intellectuelle. Auteur de pièces de théâtre, de romans, de poèmes, de lettres, d'essais de philosophie naturelle et d'une fiction utopiste, The Blazing World : Le Monde Flamboyant. J'intitulerai ma femme Le Monde Flamboyant en mémoire de la Duchesse. [...] Mad Madge, Margot la Folle, était embarrassante, pustule enflammée sur le visage de la nature. [...] On laisse mourir ses mots ou ses images. On détourne la tête. Les siècles passent. L'année où la première femme fut admise à la Royal Society ? 1945. "

" Margot la Folle n'avait pas d'enfants à elle, pas de bébés à élever pour en faire des adultes. Elle avait ses "corps de papier", ses œuvres vivantes, et elle les chérissait."


"Ainsi ne me suis-pas persuadée que ma philosophie, étant neuve et récemment mise au monde, s'avèrera dès l'abord en maître de compréhension, mais il se peut, s'il plaît à Dieu, qu'elle y parvienne, non en cet âge-ci, mais en un temps à venir. Et si elle est aujourd'hui ignorée et enfouie dans le silence, peut être se dressera-t-elle alors plus glorieuse ; car étant fondée en bon sens et raison, elle peut connaître un âge où elle sera mieux considérée que dans celui-ci."
Margaret Cavendish, Observations upon Experimental Philosophy (1668) - Cambridge University Press. 

Quelques citations visionnaires par Harriet / Siri :
"  Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une 
représentation. "

"La "Singularité", c'est à la fois une échappatoire et une vision fantasmée de la naissance. Je lui ai dit : Un rêve jupitérien qui évite complètement le corps biologique. Des créatures flambant neuves surgissent de la tête des hommes. Presto ! Disparition de la mère et de son diabolique vagin."

"Nous sommes entrés dans une ère de biorobots hybrides, un âge où les scientifiques édifient les modèles informatiques de structures métareprésentatives de la conscience elle-même. Nombreux sont ceux qui évaluent l'affaire de deux, peut-être trois décennies, le délai dans lequel les corrélats neuronaux seront découverts et artificiellement reproduits. Un mystère considéré de longue date comme impénétrable sera résolu. Il en sera du problème ardu de la conscience comme de la double hélice."

Voilà. J'en recommande chaudement la lecture, dans n'importe quel sens, même en sautant les cahiers de Harriet ! Réflexion sur la société du spectacle, sur la disneylandisation et la marchandisation de l'art, sur le cynisme des artistes actuels qui ressemblent à des banquiers et de leurs marchands, ce roman est foisonnant et comme dans toutes les grandes œuvres, il y a plusieurs niveaux de lectures, il est une inépuisable réflexion sur l'art et la création.

Autres points de vue : Le journal de François ; Les méconnus ; La critique de Télérama ; La critique de France Culture.

Il y a une floppée de femmes effacées de l'histoire des arts et de la
culture : je ne cite que celles dont parle Siri Hustvedt dans son roman. On pourrait ajouter Sappho, la poétesse lyrique de l'Antiquité dont la légende nous est parvenue mais pas ses poèmes, détruits ou attribués à d'autres ; même remarque pour Hypatie d'Alexandrie, dont les travaux n'ont sans doute pas disparu, mais auraient été attribués à des mathématiciens hommes. A l'injustice, on rajoute la tromperie intellectuelle.

vendredi 17 avril 2015

Humains, animaux : Ethique et élevage - 2

Conférence aux Champs libres dans le cadre des débats sur l'humain et l'animal - Partie 2
Résumé de la conférence de Jocelyne Porcher : Réinventer l'élevage, une utopie pour le XXIème siècle ? Jocelyne Porcher est ancienne éleveuse de brebis, puis technicienne agricole, période pendant laquelle elle découvre en Bretagne la production de porcs hors-sol. Devenue ingénieure, elle réalise que les éleveurs industriels ne connaissent pas les animaux, que le lien qu'elle établissait avec ses brebis est rompu dans l'élevage industriel ; elle constate même qu'on n'a jamais cherché ni écrit une définition de l'élevage. Le titre de sa thèse de doctorat sera "Eleveurs et animaux : réinventer le lien". Elle travaille actuellement comme Directrice de recherches à l'INRA sur les problématiques de bien-être animal.


La thèse de J. Porcher est la suivante : L'élevage, qui suppose un lien avec les animaux, est mort vers 1850, pour céder la place à la zootechnie dans un premier temps, pour ensuite déboucher sur l'exploitation des machines animales (Descartes : animal machine -cité dans la partie 1). L'élevage est retiré aux paysans (qu'on a envoyés à la mort massivement en 1914 -80 % de la France était rurale à l'époque), qu'on a dépossédés de leurs animaux pour les confier aux scientifiques qui "produisent des matières animales" ; la FNSEA, principal syndicat agricole, a depuis montré qu'elle met tout en œuvre pour réduire le nombre de ses adhérents : moins 25 % tous les 10 ans, il reste à peine 1 million de paysans en France. Il y a, comme dans toute industrie, un émiettement des process et de la pensée. L'élevage a construit nos liens avec les animaux, travailler n'est pas que produire, c'est aussi du relationnel. Éleveur, c'est une relation au monde, alors que les productions animales, c'est de l'économie et c'est l'instrumentalisation des animaux : une seule race, dans des bâtiments identiques rationalisés, les mêmes aliments : on n'y voit qu'une seule tête.
Jocelyne Porcher différencie la vie du vivant. La vie c'est affectif et relationnel ; le "vivant", ce sont des productions machiniques et robotisées dans un process industriel déshumanisé où la machine fait interface entre techniciens et animaux, productions qui déboucheront automatiquement dans un futur proche sur de la matière viande in vitro. D'ailleurs, souligne Jocelyne Porcher, les géants de l'informatique et des biotechnologies (Google, Microsoft, Cargill, ...) investissent des paquets d'argent dans des start ups qui font de la R&D (recherche et développement) sur ces projets, soutenus par des activistes pro-animaux, Peta notamment, pour ne citer que cette ONG, très puissante aux USA.
Cependant, dit Jocelyne Pocher, souffrance animale et souffrance humaine sont liées : elle constate que dans les élevages, il y a de la souffrance au travail, souffrance éthique et physique, car les souffrances morales ont des conséquences physiques. Et il y a contagion entre les gens et les
animaux : les techniciens d'élevage somatisent comme leurs bêtes et selon ses constatations, ils présentent les mêmes troubles que leurs animaux. J. Porcher cite le cas de cet éleveur, 15, 20 ans de carrière qui rentre un matin dans son élevage de poules en cages, et tout à coup se demande "mais qu'est-ce que je fais là ?". Quelques semaines plus tard, il avait tout arrêté. Même souffrance dans les abattoirs industriels, où les gestes sont répétitifs et abrutissants : elle cite cet ouvrier qui tronçonne en deux des carcasses de cochons depuis des années, et qui lui fait cette réflexion, révélant un trouble de la cognition : "Mais où est-ce qu'ils vont tous ces cochons ?".


Le cas de abattoirs 
Dans le cadre des production animales où on a avec l'animal un rapport alimentaire, dit J. Porcher, on a du mal à penser l'enjeu moral de la mort des animaux. La relation de l'éleveur avec l'animal s'arrête avec la montée dans le camion dans la cour de l'exploitation. Les éleveurs perdent la maîtrise de la façon dont sont traités leurs animaux : les abattoirs, situés à plus de 100 km généralement, sont inaccessibles et ils n'ont pas le droit d'y rentrer (personne n'a le droit de rentrer dans un abattoir, je confirme, ils sont étroitement surveillés, et ce n'est pas pour des raisons d'espionnage industriel !). Les abattoirs qui étaient autrefois situés dans les centres-villes (Vaugirard et les Halles à Paris, par exemple) sont désormais excentrés et invisibilisés. Ils ne portent d'ailleurs plus la mention abattoir, ils portent des noms de sociétés : Cooperl, Socopa, Bigard, Tilly Sabco, Doux... pour n'en citer que quelques-uns. Certains salariés ne savent même pas qu'ils travaillent dans des abattoirs, selon J. Porcher, qui cite le cas de ce comptable qui a mis huit jours avant de se rendre compte qu'à l'autre bout de l'entrée par où il arrivait au travail, il y avait un énorme atelier où les animaux étaient abattus. Ces établissements utilisent d'ailleurs une novlangue qui brouille des notions que nous n'admettrions pas autrement. Le personnel des abattoirs est méprisé par la société, aussi certains ne disent pas où ils travaillent ni ce qu'ils font, même à leur entourage proche. Au bout d'un certain temps dans ces entreprises, les salariés manifestent des troubles de la cognition lorsqu'ils n'arrivent plus à mobiliser le détachement nécessaire, ni à se justifier par la nécessité de "nourrir les gens". Quand ils n'arrivent plus à tenir, si le blindage se fissure, soit ils tombent malades, soit ils s'en vont.

J. Porcher qui a lu et étudié le sociologue Marcel Mauss et sa Théorie du don, pense qu'on peut tuer et manger les animaux, mais sans excès, et après une longue proximité : je te donne la vie, des soins, ma protection, et en échange tu me le rends sous forme du don de ta vie, tu meurs pour moi. J. Porcher milite donc pour une mort digne des animaux, pour des abattoirs de proximité mis à la disposition d'associations d'éleveurs, ou de camions-abattoirs, qui permettent de les tuer à la ferme ; mais comme beaucoup d'éleveurs sont incapables de tuer leurs animaux, elle milite également pour la mise en place de rituels (laïques, je vous rassure, il n'est pas question de rituels religieux dans sa pensée) qui donneraient un sens à ce qu'il faut bien appeler un sacrifice.


Comme on peut le voir, tuer des animaux, même pour se nourrir, ne va pas de soi ! D'autant, reconnaît-elle que sans l'évidente intelligence animale, on ne pourrait rien faire en élevage, les animaux comprennent, ils anticipent, ils s'adaptent. Même en invoquant Marcel Mauss, même pour les tenants de l'élevage qui pensent à l'instar de Jocelyne Porcher que celui-ci est fait de notre relation aux animaux, tissée depuis des milliers d'années. D'ailleurs, si elle dénonce les excès du système, dit-elle, c'est aussi parce qu'il donne prise aux "défenseurs de animaux", aux végétariens, à leurs "excès", aux welfaristes, venus pour en découdre avec les éleveurs, de Grande-Bretagne. Nous y voilà.

Va donc, sale welfariste !
Welfare en anglais : avantages, bien-être. Les welfaristes sont détestés d'abord par les éleveurs, puis la FNSEA, l'ITP,... tous les représentants de l'industrie agro-alimentaire. Nous sommes (je m'inclus dans ce sinistre lot) des emmerdeurs, des empêcheurs d'élever (de maltraiter donc) en rond. Les pires des pires : les anglais, comme j'ai entendu dire à une conférence au SPACE la patronne de l'ITP (Institut technique du Porc), puis ensuite le vétérinaire responsable des abattages rituels à ma préfecture (DDPP). Le Ciwf (dont ils n'arrivent pas à retenir le nom : l'épellation est anglaise et il y a un W dedans !), l'ONG britannique welfariste leur met une vraie trouille bleue. Les welfaristes, donc, se battent, en attendant la fin du système, (mais chut), pour quelques centimètres de plus pour les poules en cage, des grattoirs, des "nids" sous des lamelles plastiques car les poules aiment s'isoler pour pondre, bref, ils se battraient pour des clopinettes qui ne valent même pas d'être mentionnées. Pire, ils vont emmerder les honnêtes travailleurs dans les couloirs de la mort des abattoirs pour y veiller là aussi au bien-être animal. Puisqu'on n'arrive pas à les faire arrêter de tuer, autant aller voir et exiger qu'ils le fassent proprement et sans douleur, si possible. C'est là que le bât blesse pour la partie adverse, certains partisans de la libération animale. Comment, tu défends le bien-être animal dans le couloir de la mort ? Formule nettement oxymorique. Mais comment peux-tu approcher d'un abattoir à moins de 500 mètres, je n'arrive même pas à l'imaginer. Moi, tu comprends, je n'en mange pas. Ok, tout le temps tort. Donc, ça ne pouvait pas manquer : "Il faut bien manger" dit Jocelyne Porcher (euh, je mange deux à trois fois par jour, moi aussi), "l'élevage, c'est une entreprise de pacification, contrairement à la chasse qui est une poursuite et une guerre", "libérer les animaux est une aporie éthique (impasse, contradiction en philosophie), les rendre à l'état sauvage, il n'y a pas de place, où est-ce qu'ils iraient ? " demande Jocelyne Porcher. Et puis, "ces végétariens et leurs injonctions morales surplombantes, d'où parlent-ils ?". Là, ça m'a bien rappelé le tweet fulminant d'un anti-abolition de la prostitution qui m'a traitée la même semaine de "féministe caviar" moralisante qui ne sait pas de quoi elle parle.


Les welfaristes, qu'il faut défendre, obtiennent tout de même des lois et des directives européennes : ils ont désincarcéré les truies gestantes en 2013 pour ne citer que ce cas. Je vais déplaire à certain-es, mais je ne suis pas pour la libération animale. C'est un anthropomorphisme qui ne signifie rien pour les animaux. Et juste ici, je vais être d'accord avec
J. Porcher : les animaux domestiques, c'est de la culture comme les humains, pas de la nature, contrairement aux animaux sauvages. Capturer un animal sauvage ou tuer ses parents devant un bébé animal est un crime (qui laisse les mêmes traces post-traumatiques que chez les humains), et libérer un animal domestique, ça s'appelle un abandon, et c'est aussi un crime. On ne "libère" pas un chien sur le bord d'une autoroute, on ne "libère" pas un poisson rouge dans un étang, et on ne "LIBERE" pas une Holstein : on la trait, jusqu'à la fin de sa lactation, sans cela c'est la mort, et dans d'atroces souffrances en plus ! Et après, on lui fiche la paix, sans la relâcher dans la nature.

Selon J. Porcher, les végétariens ne seraient pas à la hauteur des animaux, ils ne les aiment pas (ce n'est pas impossible dans certains cas, selon mes observations), ils renoncent donc à les élever et à les tuer. Elle reconnaît et donne des exemples de reconnaissance : des éleveurs mettent certains de leurs animaux "à la retraite". Ils ne les envoient pas à l'abattoir, ils gardent avec eux leurs préférées, celles (ce sont essentiellement des femelles animales) qui leur ont rendu le plus de service. Même si ce n'est qu'un phénomène confidentiel.

Jocelyne Porcher conjecture qu'à terme, l'élevage industriel, qu'elle appelle "productions animales" et qui a mis 200 ans à pourrir nos relations de
10 000 ans avec les animaux, et qui devrait déboucher à terme vers la viande sans animaux, est non viable : les coûts environnementaux ne sont pas intégrés aux coûts de production. Et il y a des résistances (luddisme) à l'industrialisation qui est vécue comme une dépossession. Il disparaîtra, l'entropie est au cœur du système.


Pour conclure
Contrairement à Jocelyne Porcher, je ne crois pas que l'élevage traditionnel soit une affaire de pacification, fausse image biblique, je pense que c'est une histoire violente de soumission et d'exploitation. Histoire où les paysans étaient mal considérés, comme leurs bêtes. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'arrêter : il y a déjà des fermes conservatoires et des fermes sanctuaires. Les sanctuaires accueillent des animaux rescapés des "productions animales" et de l'abattoir, ils ne font pas de reproduction. Au contraire des conservatoires qui eux, perpétuent, en plein champ, des races locales et régionales en voie de disparition. Elles sont financées par la puissance publique, les collectivités locales. Même si elles ne sont pas toujours irréprochables dans leurs pratiques, inséminations artificielles pratiquées sur les vaches et les truies, mais pas sur l'ânesse, spécisme patent, elles sont évidemment une piste améliorable. Il y a aussi les fermes pédagogiques comme la Ferme de Vincennes de la Ville de Paris. Il y en a un peu partout. Accueillir des animaux en ville, en prenant des précautions est aussi une piste : tonte des pelouses, transports scolaires, ramassage des poubelles, sans faire les animaux travailler comme des forçats, l'exemple de New-York et ses transports en calèche dans la circulation des voitures est à proscrire.
Pour le reste, je suis végétarienne, j'aime les animaux : je ne veux pas qu'on les tue, et je ne veux pas non plus ne plus en voir. Nous savons désormais que notre mode d'alimentation carnée à l'excès est une impasse : pour notre santé, et pour les terres cultivables et l'environnement. On ne pourra pas nourrir 10 milliards de gens comme nous nous nourrissons actuellement dans les pays riches. Pour ce qui concerne les animaux sauvages, il est temps que l'humanité comprenne que les activités "traditionnelles" de chasse, corrida, combats et traques d'animaux sont des pratiques viriles d'un autre âge. Qu'on leur fiche la paix, enfin. Et arrêtons d'aller voir des ours sur la banquise, des baleines et des dauphins, de surfer sur les plages à requins : que penserions-nous si le voisin venait envahir notre jardin parce qu'il nous trouve pittoresque, et qu'il voulait nous passer la main dans le dos ? Franchement.
Je souhaite bon courage à Elizabeth de Fontenay pour réfléchir à des droits séparés espèce par espèce : elle va avoir du travail. Une loi cadre pour prévenir toutes sortes d'abus contre les animaux, qu'ils soient d'élevage ou sauvages, me parait en tous cas la priorité.
" Les animaux existent pour des raisons qui leur sont propres, il n'appartiennent pas plus aux humains que les femmes n'appartiennent aux hommes, ou que les noirs n'appartiennent aux blancs ".
Alice Walker.

Jument Brabant et son poulain, ci dessus. Les autres photos représentent des races locales ou rustiques.

Liens supplémentaires :
La conférence de J Porcher sur le Souncloud des Champs Libres
Les travaux de Jocelyne Porcher à l'INRA
Jocelyne Porcher, une manipulatrice engagée, par l'Association Sentience
Le publications de Jocelyne Porcher - Cairn Info
Un de mes articles sur le pamphlet contre la dictature technologique par Armand Farrachi : Les poules préfèrent les cages.

samedi 11 avril 2015

Humains, animaux, repenser l'éthique - 1

Actuellement aux Champs Libres à Rennes, rencontres, échanges et débats sur la question hautement politique de l'éthique humains et animaux, baptisée comme il se doit L'Homme et l'animal, (d'ailleurs l'animal-chien de l'affiche est habillé en homme !) selon l'habituelle expression gratte-nerfs, représentative de la grandiosité pétrifiée dans le marbre et de l'infatuation masculines, l'homme universel, perpétrant le traditionnel hold up sur la totalité de l'espèce, -"l'espèce humaine, c'est eux", écrit quelque part Christine Delphy. De plus, l'Animal est conceptualisé comme entité globale, incluant des animaux aussi divers que les moules, les huîtres, les poules, tous les oiseaux, les chiens, les vaches... pour faire court !


Évidemment, rien de révolutionnaire, ne surtout pas se fâcher avec la FNSEA et le lobby de l'élevage omniprésents dans la région, les animaux restent au service exclusif de l'homme, cet éleveur du néolithique "sous les choix duquel nous vivons toujours", déplore E de Fontenay. J'ai assisté à deux conférences, données par deux femmes, la première par la philosophe Elizabeth de Fontenay, et la seconde par Jocelyne Porcher, Docteure en éthique animale, chercheuse à l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) au parcours atypique et très intéressant, à consulter sur cet article d'Agrobiosciences. Évidemment, je ne suis pas d'accord avec toutes les positions de ces deux penseuses chercheuses, mais je vais tenter un résumé de ces conférences, qui ont au moins le mérite de dénoncer les violences que nous faisons subir à ces "autres nations" que sont nos voisins de planète. Mes réfutations de certains de leurs arguments figureront dans ma conclusion.

Elizabeth de Fontenay - Animal : bien ou lien ? 
Après avoir rappelé les noms des philosophes qui ont écrit avec bienveillance sur la question animale, Empédocle, Plutarque, Porphyre, Pythagore, les philosophes de l'antiquité, tous végétariens, Raimond Sebon, philosophe catalan de la Théologie naturelle au XVème siècle dont Montaigne a fait l'apologie, le philosophe empiriste Hume, et plus près de nous, les philosophes contemporains : Theodor Adorno, Max Horkheimer et Jacques Derrida, E de Fontenay précise qu'il y a actuellement une forte résistance métaphysique aux animaux. Due pour une grande part sans doute aux deux grands philosophes "anti-animaux", Emmanuel Kant et surtout René Descartes, théoricien de l'animal-machine à qui les éleveurs industriels doivent tant ! Les animaux et les humains partagent un même statut de vulnérabilité, selon E de Fontenay : enfants, vieux, handicapés, persécutés, tous sont des êtres vulnérables. L'animal, par définition ne peut s'opposer : on peut tout lui faire. Et quand il résiste, parce qu'il résiste (les animaux dans les élevages industriels sont confinés en bâtiments, maintenus attachés ou en cages, autrement ils s’enfuiraient) ; de temps en temps une vache ou un cochon s'échappent des camions qui les emmènent à l'abattoir, traités de "furieux", ils sont quand même abattus par la police ou la gendarmerie. Nous soumettons ces animaux dits "de rapport" à l'injustice et à la démiurgie humaines : le clonage de brebis, l'élevage industriel, industrie de production par excellence, sont la négation du lien humain-animal. Tous les grands écrivains post-Shoah (Charles Patterson, "Un éternel Treblinka", Isaac Bashevis Singer, Elias Canetti...) ont fait le rapprochement entre les camps d'extermination, l'élevage hors-sol et la mort industrielle de milliards d'animaux dans des abattoirs. Patterson rappelle que Henri Ford a inventé la chaîne de montage en visitant les abattoirs de Chicago (usine de désassemblage) en transposant à l'envers ce qu'il y avait vu dans ses usines, et que ce même Henri Ford avait des sympathies nazies : vous trouverez le développement de l'argument de Patterson sur ce lien vers les cahiers antispécistes.


E de Fontenay rappelle qu'il n'y a pas de "propre de l'homme" : tous les "propres de l'homme" que nous nous sommes trouvé n'ont pas résisté aux progrès de la connaissance des animaux et à l'expérience. Ils ont tous fait flop. Le rire, qui n'a pas toujours eu bonne presse chez les humains, notamment aux yeux des pères des religions révélées (rire sardonique, rire diabolique, rire bestial, et puis écrit Armelle Le Bras-Chopard dans Le Zoo des Philosophes, n'ont-ils pas trouvé que les femmes rient  
bêtement ?) : nous savons aujourd'hui que les animaux se marrent à leur manière. La culture ? Il  y a des cultures animales, même chez les oiseaux, les chants d'une même espèce varient entre "communautés" et quartiers observés. L'utilisation d'outils : nous savons grâce à l'observation et à l'expérimentation que les animaux utilisent des outils et même des méta-outils (expérience faites sur des corbeaux), les doigts opposables de la préhension humaine, même la conscience de soi et le tabou de l'inceste sont parfaitement observés chez certains animaux. Alors, que nous reste-t-il ? Peut-être les religions nihilistes bellicistes et mortifères, et la mise sous le joug de la moitié de notre espèce, les femmes ? Pas vraiment flatteur, pour une espèce suprémaciste et tellement supérieure aux autres..., je n'insiste pas.

Mais il faut tout de même reconnaître une différence entre humains et animaux : nous sommes l'espèce qui s'est nommée genre humain dit E De Fontenay, nous avons donc une spécificité, nous sommes capables de prendre des responsabilités vis à vis des bêtes. Et nous pouvons contracter : les animaux, non. Même si nous leur imposons nos termes de contrats, celui de l'élevage par exemple : je te donne le gîte et le couvert, je te donne des soins vétérinaires, et au terme, je te tue et je te mange. L'amendement Glavany sort maintenant l'animal du statut de bien meuble (notion de mobilité avant celui de chose, rappelle-t-elle) vers celui d'être sentient, sensible, dans le droit européen depuis 1997, mais il ne "protège" que les animaux domestiques et les animaux des zoos et des cirques, pas les animaux sauvages. Le droit fondamental est le droit à la vie. Le droit dérive de l'éthique humaine. E de Fontenay est pour un droit des chimpanzés, pas pour étendre les droits humains aux chimpanzés. Elle travaille également à un droit séparé pour chaque espèce animale, en ce sens, elle se reconnaît spéciste, discrimination fondée sur le critère de l'espèce. Elle se déclare aussi "bouffeuse de viande" alors même qu'elle reconnaît que "le végétarisme est une utopie active, l'honneur de l'Humanité".


E de Fontenay rappelle la phrase de John Stuart Mill sur les utopies qui deviennent réalité : il y a trois grands moments dans l'histoire des idées
1 - Le ridicule ; 2 - Le débat et enfin, 3 - L'adoption de lois.

Quelques écrivains et artistes qui ont plaidé pour les animaux : Victor Hugo, Jules Michelet, Rosa Luxembourg, Rosa Bonheur, Louise Michel, Schopenhauer... Rappelons également que l'espèce humaine a subi au cours de son histoire une succession de rabaissements narcissiques, vécus comme autant de gifles : avec Galilée, perte de la centralité de la terre dans l'univers, avec Darwin (à qui nous le faisons toujours payer en désinformant sur son œuvre) : perte du sommet de la pyramide, nous sommes les produits d'une longue évolution buissonnante, et avec Freud qui nous démontre que nous sommes dominés par notre inconscient. La quatrième blessure narcissique pourrait bien nous être infligée par les animaux, à condition qu'il en reste pour nous accompagner dans l'aventure humaine sur la Terre ! Mais peut-être que nous nous en doutons et que ceci explique les guerres implacables que nous leur menons.

Évidemment, j'ai pris un malin plaisir à illustrer mon billet avec un iconographie insupportablement anthropomorphique ;))
A suivre : Jocelyne Porcher.

Lien : La conférence d'Elizabeth de Fontenay aux Champs Libres sur Soundcloud
Elizabeth de Fontenay, la voix des sans voix, sur la vulnérabilité : interview dans le Monde
Bibliographie d'Elizabeth de Fontenay -sans rémunération publicitaire, on la trouve dans toutes les bonnes librairies.

samedi 4 avril 2015

Les "territoires masculins" selon les masculinistes

Je retranscris ci-dessous un texte d'Andrea Dworkin, féministe radicale américaine, tiré de Pouvoir et violence sexiste (Editions Sisyphe) : il est assez illustratif de mon billet précédent.

" Les différentes avancées du féminisme -pour lesquelles, soit dit en passant, on ne nous remercie pas souvent (ce pourquoi nous sommes si promptes à revendiquer tout ce que nous pouvons)- ont toujours été réalisées sinon avec la plus grande politesse, du moins avec une patience et une retenue extraordinaires, en ce sens que nous n'avons pas utilisé d'armes à feu. Nous avons utilisé des mots. Et nous nous voyons punies d'atteindre le peu que nous atteignons ; punies pour chaque phrase que nous disons ; punies pour chaque geste d'éventuelle autodétermination. Toute assertion de dignité de notre part est punie, soit au plan social par ces grands médias qui nous entourent -quand ils choisissent de tenir compte de notre existence, c'est habituellement par la dérision ou le mépris-, soit par les hommes qui nous entourent, soldats de cette guerre très réelle où la violence est presque exclusivement dans le même camp. Le message de la punition est très clair, qu'il s'agisse d'un acte sexuel imposé, ou de coups, ou de mots d'insulte ou de harcèlement dans la rue ou de harcèlement sexuel au travail : "Rentre à la maison. Ferme ta gueule. Fais ce que je te dis." Ce qui se résume d'habitude à "Nettoie la maison et écarte les jambes." Beaucoup d'entre nous avons dit non. Nous le disons de différentes façons. Nous le disons à des différents moments. Mais nous disons non, et nous l'avons dit suffisamment fort et de façon suffisamment collective pour que ce non ait commencé à résonner dans la sphère publique. Non, nous n'allons pas le faire. Non.
Il y a une réponse à notre non. Un fusil semi-automatique est une réponse. Il y a aussi des poignards. Ce que nous vivons n'est pas une conversation plaisante.
[...]
On nous dit fréquemment que chaque meurtrier vivait un stress terrible, que ses affaires allaient mal, que c'est vraiment pathétique et dommage -pour lui. On nous dit aussi que sa femme a provoqué son geste. Et lorsque des prostituées sont violées ou tuées, la police a longtemps eu pour politique, aux Etats-Unis*, de ne pas commencer à prendre ces meurtres au sérieux avant que les cadavres ne se chiffrent par dizaines. C'était la politique officielle.
[...]
Marc Lépine [auteur de la Tuerie de l'Ecole polytechnique de Montréal en 1989] a réagi de la même façon que les blancs du sud amérikain ont réagi quand ont commencé à tomber les panneaux "Réservé aux Blancs" -il a réagi par la violence. Et ce sont les féministes qui ont imposé ce changement. Nous sommes les gens responsables d'avoir pollué son environnement. Nous avons fait cela -en faisant entrer les femmes dans les professions, dans des emplois de classe ouvrière dont les femmes étaient exclues, en faisant entrer des femmes dans l'histoire. J'espère que vous avez lu la lettre de Marc Lépine **, qui vient juste d'être rendue publique. Il y disait que la guerre est un territoire masculin, un élément de l'héroïsme masculin, de l'identité masculine, et que la suggestion même que des femmes aient fait preuve d'héroïsme en temps de guerre était pour lui une grave insulte politique. Voilà une masculinité basée sur l'effacement des femmes, au sens métaphorique et littéral... "
Andrea Dworkin - 1990 - Traduit de l'anglais américain par Martin Dufresne

* C'est vrai partout, pas qu'aux Etats-Unis. Un exemple tiré de l'actualité récente au Canada : les disparitions et assassinats de femmes autochtones que le gouvernement Harper minimise et traite comme des "faits divers" regrettables, mais sans plus. 
** La lettre de Marc Lépine, meurtrier de 14 jeunes femmes élèves ingénieures à Polytechnique Montréal, en guise d'explication à son geste.


Illustration : affiche d'une lecture à Brest, en janvier 2013, des textes de Dworkin par la comédienne Morgane Le Rest.

samedi 28 mars 2015

Tueurs de masse et droits acquis lésés

Depuis le crash de l'A320 dans les Alpes mardi 24 mars, les chaînes tout info ont d'abord fait défiler des experts en aviation se battant les flancs devant le mystère de la descente en pilote automatique programmée pendant 10 minutes, puis ensuite les experts psychologues et psychanalystes sommés d'expliquer le comportement d'un suicidaire souffrant de troubles mentaux, en réalité tueur de masse ayant prémédité et planifié son acte. L'homme en question fait partie de la caste dominante, il ne défend pas d'idéologie religieuse, et il semble en tous points appartenir à la classe moyenne supérieure, il a fait un bon cursus scolaire, il exerce un métier prestigieux payé 63 000 euros par an dans une belle boîte internationale, ce qui ne le classe pas d'emblée dans les prolétaires "aigris". Il n'est pas non plus le physiquement défavorisé par la nature qu'on pourrait plaindre en se disant que la drague ne doit pas marcher, pauvre garçon. Mais alors, QUID ? Devinez :


La petite amie, bon sang, mais c'est bien sûr. Ça tombe sous le sens, cherchez la femme. Bon, ok, pour être honnête, j'ai entendu un psy de bon sens dire que si tous ceux qui ont des ennuis sentimentaux se comportaient de la sorte, il n'y aurait plus personne sur terre. Le cas est rare, mais quand même, on vient de grimper d'un cran dans la tuerie industrielle : 149 passagers et membres d'équipage emmenés à la mort pour se venger prétendument d'une déception amoureuse ! On en était restées aux lycéens qui se commandent de super guns bien phalliques sur internet, qui se livrent à un "killing spree " comme disent les américains, dans leur lycée ou dans la rue, dégommant tout ce qui bouge avant de se faire suicider par les policiers (suicide by cops) ; avec Lubitz, on a un "suicide by A320 ", un gros avion commercial de ligne lancé à 700 km/h, si on veut trouver plus phallique, il reste le lanceur de satellites orbitaux ! Plus haut , plus gros, plus fort.

Après avoir accusé les femmes, au lieu de chercher ce qui ne va pas chez eux, certains préfèrent accuser le féminisme : la preuve, trouvée par une twittas vigilante, un article de blog dont je ne vais pas mettre le rétro-lien, je ne tiens pas à le faire monter dans l'algorithme de Google en faisant cliquer dessus, sachez juste qu'il s'agit d'un masculiniste auto-proclamé "Alpha" qui écrit en anglais, et qui se propose de "briser les chaînes, gagner la partie et sauver la Civilisation Occidentale", rien de moins et avec des majuscules, s'il vous plaît !

Résumé : Ce pauvre Lubitz, 28 ans (la vie devant lui, co-pilote d'une filiale de la Lufthansa) "était un mâle Omega (notez l'Alpha hiérarchique qui considère l'Omega avec condescendance ou tout au moins en opposition avec lui) profondément amer et en colère qui effrayait les femmes à raison, car ils sont capables d'actes terribles et sans pitié d'auto-destruction ". Il le décrit d'après la photo le montrant assis, souriant près d'un pont, comme "un petit homme à calvitie naissante, un peu en surpoids (???), son métier montre qu'il est un peu plus intelligent que la norme MAIS son sourire incertain indique un rang socio-sexuel inférieur ". Le pauvre mâle Omega donc, qui ne s'accouple avec les femelles qu'en contrebande quand les alphas tournent le dos. On se pince devant une vision aussi réductrice des hommes entre eux. Toutefois, rajoute-t-il, "Lubitz est le seul à blâmer, même s'il est effrayant de penser à toutes ces vies qui pourraient être sauvées chaque année si les putes (SIC) de la planète étaient un peu moins sélectives et plus équitables dans leur distributions de pipes ", auxquelles les hommes ONT DROIT de DROIT DIVIN naturellement. Et de conclure son post du siècle : "A 28 ans, dans une société plus traditionnellement structurée (la tradition immuable, le temps cyclique, il n'y a que ça de vrai !) il aurait sans doute été marié. Il n'est donc pas impossible que les morts de la Germanwings représentent plus que les coûts indirects du féminisme ". Merci mec pour l'injonction faite aux femmes de faire infirmières soignantes palliatives de la rage et de la frustration masculines. On fait ce qu'on veut, d'abord. L'idéologie du mâle suprémaciste telle qu'on la lit ici n'est évidemment pas la plus largement répandue, mais tout de même, elle incite à rester sur ses gardes, les attaques au féminisme sont courantes et de plus en plus décomplexées.

Il est permis de penser que ce dont souffrait Lubitz, c'était d'un sentiment de "droit acquis lésé" (aggrieved entitlement), -voir article en lien ici - ce sentiment du masculin hégémonique qui fait d'eux des ayants-droit des considérations spéciales de la société, et quand ce droit est lésé (être dans les meilleures écoles, ne pas souffrir de la concurrence des femmes, noirs..., ne pas perdre le pouvoir, et sans doute dans ce cas précis, droit de devenir rapidement commandant de bord à la Lufthansa, plutôt que co-pilote dans une filiale low cost), ils passent à l'acte violent, estimant devoir se venger de la société qui ne tient pas compte de leur statut ; les symptômes de leur sociopathie ne sont détectables qu'après coup, car la société en général, les femmes de leur entourage aussi, sont indulgentes envers les divers comportements violents ou annonciateurs de violence chez les hommes, notamment les hommes blancs. Tout cela a un but : garder le pouvoir en faisant régner la terreur machiste.

Liens supplémentaires :  
Pourquoi ne parlerions-nous pas de violence et de masculinité par Soraya Chemaly
Désespéré ou tueur de masse ? Une interview de criminologue chez Atlantico
La capacité de terroriser par Andrea Dworkin sur mon blog
Le déclin de la virilité, ce modèle archaïque immémorial, résumé d'une conférence de Georges Vigarello.

vendredi 20 mars 2015

Revue de web : Chalon sur Saône, PIB masculins, Femen...

Lundi, le maire UMP de Chalon sur Saône a annoncé qu'il supprimait le menu de substitution (voir le lien vers le journal Le Monde) proposé aux élèves dans ses cantines municipales. Depuis 10 ans, la municipalité offrait aux  élèves de manger végétarien : pas de viande du tout au menu, tous les jours, pour celleux qui le souhaitaient. Ce qui incluait les élèves de confession juive, de confession musulmane, et les végétariens. La disposition était intelligente : elle permettait de sortir de la binarité porc/pas de porc, pour passer en mode ternaire : pas de viande du tout, mais un menu végétarien équilibré. Le végétarisme n'est pas un tabou alimentaire religieux : c'est un mouvement pacifiste et non-violent. Une "utopie active, l'honneur de l'Humanité " ai-je entendu dire Elizabeth de Fontenay, qui n'est pas végétarienne, à un cycle de conférences aux Champs Libres.  
Le végétarisme est donc parfaitement laïque et républicain. Tous les végétarien-nes que je connais sont minimum agnostiques, voire athées. Illes sont végétarien-nes d'abord pour les animaux, même s'illes se trouvent ensuite d'autres raisons supplémentaires de rester végétarien-nes ; ils ne croient pas au paradis ni à l'enfer, mais si vous leur demandez ce qui leur semblerait l'image la plus plausible de l'enfer des croyants de toutes obédiences religieuses, illes vous répondraient à coup sûr que c'est, pour eux, un abattoir -ou un couvoir de l'ovo-industrie pris sur le fait, en caméra cachée, comme le montre la vidéo très dure ici. Le maire UMP -parti notoire de chasseurs et de viandards- de Chalon sur Saône est un opportuniste qui se cherche des électeurs à l'extrême-droite. Cela explique sa décision lamentable de mettre la zone dans un système qui satisfaisait tout le monde.

Poussins mâles sexés, destinés à la poubelle, car ils ne pondent pas

Liens : Pourquoi je suis féministe et végétarienne.
Une conférence de Patrick Llored 

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La demande insatiable de viande est préjudiciable aux éco-systèmes, aux paysages et à l'environnement, mais des projets de fermes-usines hors-sol poussent partout, le dernier en Vendée, à Poiroux au sud de La Roche sur Yon, sur le modèle de la maternité porcine de Trébrivan, inaugurée en 2011, et illégale en fonction des jugements rendus par les tribunaux, mais tout de même en activité. J'en avais parlé sur mon blog ici.
Le 4 avril prochain, le collectif de Vigilance Environnementale appelle à mobilisation aux Sables d'Olonne à 14H30. Toutes informations complémentaires sur ce lien et on peut signer leur pétition ICI.

Lien supplémentaire : Environnement, le vrai poids de la viande, vidéo sur le site du Monde.

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Caliban et la sorcière, un article où Caroline Laplante aborde la naissance du capitalisme à la Renaissance : les hommes et leur conception mécaniciste de la vie et de la matière s'approprient le corps des femmes, leur capacité de production et de reproduction, sans contrepartie économique, créant ainsi l'ordre mondial capitaliste, en dressant des bûchers de sorcières où des milliers de femmes trouveront la mort. La gratuité du travail ménager, ainsi que la reproduction et l'élevage des enfants ne sont pas reconnus comme travail produisant de la richesse, au même titre que tous autres services rendus par la nature. Ainsi ne sont comptés dans les PIB nationaux que les activités marchandes, extractivistes ou préparatrices de la guerre, les réparations des dommages de guerre, toutes activités fondées sur le modèle du "travail" masculin. "Ce qui n'est pas salarié n'a ni valeur ni pouvoir " : aussi les femmes sont de plus en plus pauvres, et les abeilles et les forêts meurent, les terres cultivables, nos plages de sable disparaissent sous leurs excavateurs et leur faim minière inextinguible.
Sorcières, à vos balais !

Liens : Une perspective féministe du capitalisme
Sexe, mensonge et mondialisation - Marilyn Waring, un de mes précédents billets

Le Manifeste des FEMEN

Après l'action, le manifeste : les Femen proclament leur haine assumée du Patriarcat dans un livre à paraître aux éditions Utopia, mais dont on peut trouver des extraits dans cet article de Libération.