samedi 3 décembre 2016

Justice animale et justice sociale, même combat ?

Billet inspiré et résumé de la conférence de Frédéric Côté-Boudreau, philosophe québécois, donnée le 25 novembre à l'Université de Rennes 2, à l'invitation de l'association Sentience : une association d'étudiants qui défend les animaux.

Puisque le concept de justice est universel, les luttes sociales revendiquent l'égalité concrète, non formelle, l'abolition des privilèges de classe, la libération de la loi du plus fort, la solidarité. Les mouvements sociaux prennent conscience des autres et de l'oppression qu'ils subissent. Colonisés, femmes, noirs américains ont obtenu de haute lutte leur indépendance et leurs droits civiques contre les oppresseurs, la classe sociale dominante des hommes blancs généralement, pour ce qui concerne ces trois catégories.

Définition du spécisme : Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces.

L'antispécisme dénonce l'oppression des animaux, sans nuire aux autres mouvements sociaux. Au contraire, les formes d'oppressions se soutiennent entre elles : elles sont généralement justifiées par l'appel à la tradition (on a toujours fait comme ça !), par la naturalisation de l'oppression (c'est ainsi que le monde est fait !), par la séparation ontologique par l'essence (essentialisation) des femmes, des pauvres, des animaux (par essence, ils sont ainsi faits, éternellement incapables et mineurs), par l'appel à ordre des choses, alors que tout est construction sociale dans l'espèce humaine, même l'animal, et par la prétention condescendante à la bienfaisance, (c'est mieux ainsi pour elles/eux) !

" Il est préférable pour tous les animaux domestiques d'être dirigés par des êtres humains. Parce que c'est de cette manière qu'ils sont gardés en vie. De la même manière, la relation entre le mâle et la femelle est par nature telle que le mâle est supérieur, la femelle inférieure, que le mâle dirige et que la femelle est dirigée " - Aristote, qui compare les esclaves, les femmes et les animaux domestiques dans Politique - Voir chez Tribunal animal, pour d'autres citations.

La construction sociale de l'animal : les humains ont des animaux une vision déterministe, -nous nions en permanence les choix complexes qu'ils sont capables de faire-, une vision utilitaire dont la perception change en fonction de la façon dont nous voulons les utiliser ! Le cas de la souris est éclairant : 
- "vermine" quand elle vit sa vie d'animal au seuil ou dans nos maisons ;
- "outil de travail" dans un laboratoire de faculté de médecine ou de recherche médicale ;
- ou animal de compagnie faisant partie de la famille pour de nombreux enfants.
La torture aux animaux est lourdement punie par la loi sauf si vous portez une blouse blanche et travaillez dans un laboratoire universitaire ou pharmaceutique ! Ou si vous habitez dans le sud de la France où l'on montre des spectacles de corrida. Il s'agit bien de relativisme culturel souvent appliqué de façon méprisante à des classes sociales considérées comme non éclairées.
Nous opposons aux animaux ainsi qu'à leur défenseurs notre anthropomorphisme, alors qu'ils sont des individus sentients comme nous, qu'ils ont une vie sociale complexe, qu'ils cherchent à s'épanouir, que leur vie est importante pour eux. Ils subissent la violence, la domination et l'oppression de notre espèce, bien qu'ils fassent partie de nos communautés, de nos familles et de nos voisinages. Et par dessus tout, nous partageons la même planète. Les animaux résistent de multiples façons à l'oppression, ils s'expriment : ils ruent dans les brancards, ils font grève en s'arrêtant au milieu du sillon, ils refusent d'avancer, ils sautent du troisième niveau d'un camion les emmenant à l'abattoir, et quand ils tentent d'échapper au destin que nous leur réservons, nous sommes implacables et ne leur laissons aucune chance

L'humanisme qui ne s'applique qu'aux humains (sophisme, tautologie) cache quelques zones d'ombre : il est communautaire et conservateur, il a de plus tendance à défendre les privilèges de certaines classes d'êtres humains ; il défend le capacitisme (ableism) qui est une discrimination en fonction des capacités, la personne sans handicap étant la norme 
sociale ; il utilise l'argument de la contribution, alors que certaines personnes humaines ne contribuent pas ou contribuent moins parce qu'elles ne le peuvent pas. L'argument de la contribution dévalorise le travail des opprimés (les contributions des femmes, pour ne citer que ces dernières, sont notablement dévalorisées voire invisibilisées) et survalorise celui des oppresseurs. La théorie marxiste fait des animaux des objets, non des sujets d'histoire. Il est usuel que les groupes opprimés soient comparés à des animaux : femmes, noirs, colonisés, tous rejetés dans une altérité radicale, animale en somme. 


La photo et son explication sont sur le site de Christiane Bailey, article Sexisme, racisme et spécisme, intersection des oppressions

On nous oppose à nous défenseurs des animaux le concept de "dignité humaine" et l'alibi de la priorité : "on vit dans un monde de merde, "la société n'est pas prête", ou comme j'entends sans arrêt, "des enfants meurent de faim en Afrique, vous n'avez pas mieux à faire ?", comme si ces causes se nuisaient les unes aux autres, comme si elles étaient opposables ! Il y a évidemment corrélation entre les oppressions, la même logique sous-tend l'oppression des humains et celle des animaux. 


Convergence des oppressions - Convergence des luttes

La cause animale -qui est parfaitement justifiable seule- sert aussi les humains puisqu'elle allume les projecteurs sur l'oppression que subissent les ouvrier.es d'abattoirs, ces autres référents absents de la viande après les animaux : pas plus que nous ne voulons voir nos steaks comme des animaux morts, nous ne voulons voir la violence des abattoirs auprès des gens qui y travaillent et n'ont souvent pas d'autre choix (migrants mexicains sans papiers aux USA, immigrés en situation précaire en Bretagne, tâcherons détachés Bolkenstein roumains dans les abattoirs allemands...), mal payés, dévalorisés, stigmatisés, peu formés, donc peu mobiles socialement. La cause animale inclut aussi les humains puisqu'elle met l'accent sur les dommages causés au climat par l'industrie de la viande grosse pourvoyeuse de méthane, redoutable gaz à effet de serre ; les végétariens et véganes se tuent à dénoncer l'accaparement des terres -pour nourrir des animaux- qui chasse les peuples premiers et les paysans sans titre de propriété de leurs territoires et les clochardise dans des bidonvilles. De la même façon, les défenseurs des animaux ne doivent pas prioriser leur lutte en proclamant "les animaux d'abord", ils doivent au contraire se diversifier, coopérer avec les autres mouvements sociaux, apprendre des autres communautés opprimées. Nous avons, nous défenseurs des animaux, la responsabilité de développer une éthique animale, féministe, multiculturaliste et post-coloniale

Pour aller plus loin : traduit en français,  Zoopolis de Pimlicka - Donaldson


et en anglais : Animal rights, Human rights, Entanglements of Oppression and Liberation par David Nibert


Le blog de Frédéric Côté-Boudreau : philosophie et éthique animale
Le Facebook de Sentience Rennes
Le Parti animaliste, nouvellement créé afin de porter la voix des animaux dans la campagne présidentielle. 

vendredi 25 novembre 2016

#25novembre La violence aux femmes est aussi économique


Pas de titres de propriété des terres qu'elles cultivent pour nourrir leurs familles ; pas d'accès aux prêts bancaires, donc pas de possibilité d'acheter des équipements et des machines qui augmentent la productivité ; moins scolarisées car la famille patriarcale/patrilocale investit toujours sur les garçons ; surchargées d'enfants parce que leurs droits reproductifs et à la santé sont niés (presque) partout ; maintenues volontairement dans l'insécurité économique ce qui permet aux hommes de maintenir une réserve de prostitution pour satisfaire leurs "besoins sexuels" ; corvées gratuites extorquées dans le mariage souvent aussi lieu de violences maritales et d'incestes ; maintien partout d'obscurantismes religieux hostiles aux femmes et à leur émancipation : toutes ces situations induisent une violence de fait, les possibilités de se défendre ou de fuir étant limitées à dessein par la société patriarcale et ses agents principaux bénéficiaires, les hommes.

En ce 25 novembre, je relaie l'appel de Harare de la Via Campesina " Pas une de mois, mettons fin à la violence contre les femmes "

" L’approche féministe de la souveraineté alimentaire contribue à transformer la réalité, sur la base de critères d’émancipation et de justice sociale. Elle nous permet de poser la perspective des femmes en tant que protagonistes de l’amélioration de leur situation. Elle permet aux femmes de contribuer à la transformation des relations de pouvoir aujourd'hui encore inéquitables "

" Nous demandons aussi que les églises, les médias et les états ne cherchent pas à contrôler nos corps par le fondamentalisme religieux et en essayant de limiter nos vies à la maison. Nous lançons un cri de résistance contre toute forme d’exploitation de nos corps et de nos territoires ! "


 

Ôtez vos rosaires de nos ovaires !

dimanche 20 novembre 2016

Laëtitia ou la fin des hommes

Par Ivan Jablonka, écrivain sociologue, Prix Médicis 2016, Editions du Seuil.


Laëtitia Perrais, 18 ans, a été tuée par Tony Meilhon le 18 janvier 2011 à la Bernerie en Retz (44), sans doute parce qu'après une agression sexuelle, elle s'apprêtait à aller déposer plainte à la gendarmerie. Délinquant multirécidiviste et violeur de deux compagnons de cellule, Tony Meilhon, 32 ans au moment des faits, ayant passé la moitié de sa vie en prison, a démembré le corps de sa victime et dispersé les bras, les jambes, la tête et le tronc, qui ont été retrouvés en avril dans deux étangs de Loire-Atlantique sans qu'il ait jamais dit où il les avait déposés. Tuer puis, ensuite, déshumaniser la victime. Quand vous tapez Laëtitia Perrais sur Internet, vous obtenez la page Wikipedia de Tony Meilhon : les victimes de meurtres sont toujours éclipsées/phagocitées par leurs meurtriers.

Alternant le récit chronologique de l'enquête et l'histoire personnelle et familiale des protagonistes, Ivan Jablonka a voulu aborder en "objet sociologique et historique" le meurtre de Laëtitia Perrais, dont il fait une figure de tragédie aux côtés de laquelle il se tient en permanence. Affligées d'une paire de pères défaillants (trop de pères, quand on pense que certains se plaignent de ne pas en avoir !) : Franck Perrais, cogneur, tête brûlée, alcoolique et maltraitant, et Gilles Patron, père professionnel de famille d'accueil, autoritaire, agresseur sexuel, pédophile et tripoteur (l'affaire dans l'affaire), Laëtitia et sa sœur jumelle Jessica vivent une enfance tissée de violence, dans une famille dysfonctionnelle où leur première protectrice est la chienne berger allemand qui tente de divertir la violence du père en jouant au-dessus de la petite Laëtitia.
" On peut dire a minima que Laëtitia a connu, dans sa vie trois catégories de viols : le viol intrafamilial, de son père sur sa mère ; le viol semi-incestueux de son père d'accueil sur sa sœur jumelle ; le viol extrafamilial dont elle accuse Meilhon. La griffe masculine en quelque sorte. "

Est-on victime à vie ? Porte-t-on sur soi le malheur comme un stigmate ? Se signale-t-on comme victime désignée aux prédateurs ? Peut-on avoir son "système de protection désactivé" ? En tous cas, on constate au fil du récit que, malgré une enfance marquée par la maltraitance, l'instabilité et l'insécurité, Laëtitia était résiliente : titulaire d'un CAP restaurant décroché malgré une scolarité chaotique, elle venait d'entrer dans la vie active, avait un travail, et continuait à se former professionnellement. Elle portait bien son prénom : joie, en latin. On ne peut en dire autant de son meurtrier (maltraité dans l'enfance aussi, marqué par le viol de sa mère) : chaque étape de sa vie est une chute sans rémission, ses séjours en prison le rendent plus mauvais, ses actes sont de plus en plus violents, il ne montre aucun signe de rédemption.

Le meurtre de Laëtitia, comme tous les meurtres d'enfants ou de femmes, suscitent une indignation nationale dont le Président Nicolas Sarkozy va essayer de profiter politiquement : accusant les juges de laxisme, il déclenche une grève nationale des magistrats, et les lois sur la récidive seront modifiées vers plus de sévérité. Les hommes politiques ne savent que jouer sur les peurs, faire voter des lois de circonstances, mais ils ne prononcent jamais un mot sur la violence que la société patriarcale inflige aux plus faibles, les femmes et les enfants, ni sur le féminicide (Jablonka emploie le mot) considéré comme une fatalité par la société, non reconnu en droit. Opportunisme politique, tout répressif, mais jamais moyen de nommer le prédateur : impensé de la violence masculine dont ils sont les gardiens, à voir la violence symbolique de leurs pratiques politiques, campagnes électorales incluses.

Avec ses notations sociologiques sur les différents bassins économiques du Croisic et du Pays de Retz, de la Baule, de Saint-Nazaire/Paimbeuf, sa précision sur le fonctionnement de la justice, ses beaux portraits, le livre de Jablonka mérite largement son prix Médicis avec toutefois selon moi une réserve : son côté louangeur pour les policiers, gendarmes et magistrats ; c'est vrai que l'enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais a mobilisé des dizaines de gendarmes, de personnel de justice, et même la coopération de services de police et d'investigation criminelle venant des pays voisins qui ont détaché leurs spécialistes et matériel d'investigation en Loire-Atlantique. Une enquête remarquable a permis deux procès (dont un en appel) exemplaires. Justice a été rendue à Laëtitia, à sa famille et à sa sœur, mais ça me paraît normal en démocratie ; et puis, peut-être que tous ces gendarmes et magistrats dévoués qui avaient en permanence un portrait de Laëtitia sous les yeux dans leurs bureaux, éprouvent de temps en temps de la culpabilité vis à vis de la violence que la société inflige aux femmes ? La police et la gendarmerie se surpassent quand il y a des mortes, mais que fait-on en matière de prévention pour éviter les
meurtres ? Une suggestion : la maltraitance aux animaux dont Meilhon était coutumier, devrait être repérée et prise en considération dans le tableau des symptômes annonciateurs de passages à l'acte sur les humains par tous ces psychopathes et sociopathes !

Tony Meilhon a été condamné pour meurtre, "enlèvement suivi de mort", le viol n'ayant pas pu être établi avec certitude à l'autopsie, à une peine de prison à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté qu'il purge à Vezin le Coquet près de Rennes. Gilles Patron, le père d'accueil a lui été condamné à 8 ans de prison pour viol et agressions sexuelles sur cinq victimes, dont Jessica Perrais.
" L'affaire Laëtitia révèle le spectre des masculinités dévoyées au XXIème siècle, des tyrannies mâles, des paternités difformes, le patriarcat qui n'en finit pas de mourir : le père alcoolique, le Nerveux, histrion exubérant et sentimental ; le cochon paternel, le pervers au regard franc, le Père-la-Morale qui vous tripote dans les coins ; le caïd toxico, hâbleur, possessif, Celui-qui-ne-sera-jamais-père, le grand frère qui exécute à mains nues ; le Chef, l'homme au sceptre, président, décideur, puissance invitante. Delirium tremens, vice onctueux, explosion meurtrière, criminopopulisme : quatre culture, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence ".

A l'ombre du château de l'Ogre Gilles de Retz, "Les pauvres tuent les pauvres" selon une déclaration micro-trottoir un brin condescendante d'une quidame ? Moins de trois mois plus tard, début avril 2011, un bourgeois catholique nantais exécutait les deux labradors de la famille en premier, ses quatre enfants et sa femme, ensuite. Il s'appelle Xavier Dupont de Ligonnès, et lui, il court toujours.

Lien : N'oubliez jamais Laëtitia Perrais, site administré par Stéphane et Delphine Perrais. 
Les citations du livre sont en caractères gras, rouges, et entre guillemets. 

samedi 12 novembre 2016

Masculinité toxique : de quelques monstres de foire au pouvoir

De l'élection de Trump contre toute attente (sondagière), tout a été dit : racisme grand teint, haine des femmes, choix d'un incompétent face à la très compétente Clinton, (comme si la politique était un métier et pas un mandat !), revanche des "petits blancs" du Sud (quoi qu'on en dise le vote Trump est une affaire d'hommes, même si le vote des femmes blanches a été montré du doigt, mais on connaît l'antienne, c'est toujours la faute des bonnes femmes !), revanche des classes populaires oubliées de la "crise" depuis 2007, et populisme. Tout ça est absolument exact. Mais surtout le pouvoir est toujours une affaire d'hommes, depuis l'invention des "maisons des hommes" où palabr(ai)ent les primitifs, maisons taboues pour les femmes qui elles, encombrées d'enfants et vouées au servage, assurent l'intendance : corvées de bois, d'eau, de cuisine, d'élevage, et pour nos sociétés plus "avancées" -il faut le dire vite- "conciliation" improbable de vie de famille et carrière professionnelle, exigée des seules femmes, bien entendu. Le pouvoir masculin sans partage est toxique : sempiternelles atteintes aux droits des femmes jamais garantis sur le long terme, "traditions" et "coutumes" fondatrices inamendables, obscurantismes (religions, progrès technique, mythe de la croissance infinie), destruction de la nature à un rythme infernal, guerres de basse et haute intensité, on n'en finit plus de dénoncer ses méfaits.

J'ai sélectionné cinq "populistes" élus à peu près démocratiquement ces derniers mois, tous mâles comme il se doit, ivres de leur pouvoir, ce qui semble leur permettre toutes sortes d'engagements farfelus et toutes atteintes aux droits humains, sans parler de débordements verbaux incontrôlés.

Donald Trump 45ème Président des Etat-Unis : il a déjà commencé à mettre de l'eau dans son pinard en caviardant son site de campagne dès le lendemain de son élection, sur la COP21 notamment. Les institutions américaines sont très solides, il devra composer avec le système des "check and balances" et sera fermement contrôlé par son Congrès et par la Cour Suprême, gardienne vigilante de la Constitution, je n'en doute pas. Mais le signal envoyé -aux femmes et à la Planète- est de taille. Après avoir "érigé" des tours, il va creuser la Terre ! Trump digs coal. Programme politique à chercher en dessous de la ceinture. Espérons qu'on ne le trouve pas, pantalon sur les chevilles, au garde à vous, devant une stagiaire ou une member of parliament  (ah non, ça c'est plutôt en
France !), ce grand classique des Présidents américains*.


Vladimir Poutine, le "botoxé de l'Oural" (Nicolas Canteloup, bien vu), qui modifie la constitution au gré de ses caprices de Tsar russe, pour aller des fonctions de Premier Ministre à celles de Président (et retour) en fonction des échéances électorales. Et qui bombarde la Syrie de façon indiscriminée : écoles, hôpitaux, populations civiles, au besoin avec des armes non conventionnelles. La photo ci-dessous montre que le mec a un problème de prurit avec sa virilité !













Erdogan, "would be sultan" élu des campagnes turques et des forces les plus conservatrices de la société, en passe de liquider la Constitution datant d'Atatürk, père de la Turquie moderne laïque et progressiste : chasse aux démocrates et aux journalistes depuis le putsch manqué des 15 et 16 juillet 2016, justice expéditive et arbitraire, violations des droits humains, déclarations misogynes, hostilité renforcée envers les Kurdes l'ennemi éternel, et attaques contre l'immunité parlementaire. Mais l'Europe ne moufte pas, voire continue sa comédie d'une possible intégration de la Turquie qui "accueille" des millions de réfugiés venant de Syrie.












Photo : Reuters

Rodrigo Duterte, "Digong", président de la république des Philipines, élu depuis juin 2016 sur un programme populiste et vociférant de déclarations machistes, sexistes, traitant le pape et Obama de "fils de pute". Ancien avocat accusé d'avoir participé à des escadrons de la mort dans les années 90, et après une campagne ciblant les dealers, braqueurs et trafiquants de drogue, il passe à l'acte : déjà 3700 meurtres couverts après 4 mois de présidence, selon un reportage d'Envoyé Spécial, dur réveil pour ses électeurs dont certains consomment ou se livrent à de petits trafics pour survivre.















Daniel Ortega, Président du Nicaragua, ancien révolutionnaire sandiniste participant au renversement de Somoza, puis écarté du pouvoir en 1996 avec les sandinistes, jusqu'en 2006 où il revient à la présidence avec... des idées catholiques fondamentalistes (suppression de l'avortement thérapeutique) puis réélu en 2011, et candidat à sa succession en 2016. Corrompu, népotiste, il est en passe de vendre son pays à un consortium chinois pour 41 milliards d'euros soit cinq fois le PIB du Nicaragua. Objet de la vente : la construction et l'exploitation "d'un canal transatlantique coupant le Nicaragua d'est en ouest sur 278 km, dont 105 au beau milieu du Lac Nicaragua, deuxième plus grand réservoir d'eau douce du continent sur-américain". Source : Fabrice Nicolino dans Charlie Hebdo N° 1268.
119 200 personnes vivent sur le passage ? 193 000 ha de forêt tropicale sont menacés ? Risques de marée noire et de salinisation sur le Grand Lac ? Rien à fiche : croissance illimitée et après lui le déluge ! Violations de droits humains et écocide en vue.



Il n'est pas question de dire ici que les femmes au pouvoir ce serait
mieux : on n'en sait rien puisqu'il n'a jamais été exercé que par quelques héritières ou quelques femmes sursélectionnées selon des critères virils qui, remplis, leur ont permis de passer alors que les mecs faisaient, soit défaut, soit étaient en fuite (le Brexit suivi par Theresa May en est un bon exemple) ou en faillite. Les femmes font le ménage derrière les mecs, après, ils peuvent faire leur grand retour quand tout est de nouveau nickel, propre, bien rangé. Il est question de défendre un partage du pouvoir mixte, à égalité et à parité, et de permettre aux femmes d'exprimer leurs qualités et génie propre, puisqu'on sait que deux genres n'ont pas les mêmes (pré)occupations et obligations dans l'existence. Il va donc falloir que les mecs se poussent pour aller faire autre chose (conduire les enfants à l'école et chez le dentiste, par exemple) et que les femmes aient un sursaut de classe, sinon, on est vraiment tous (planète incluse) très mal barré.es !

"A toutes les femmes qui ont mis leur foi en cette campagne et en moi, rien ne m'a rendue plus fière que d'être votre championne" - Hillary

"A toutes les petites filles à l'écoute... ne doutez jamais que vous êtes valables et puissantes et méritant toutes les chances et opportunités du monde" - Hillary Clinton

* Les Kennedy, John, Robert et Edward, et leurs "besoins sexuels" ; le populaire William Clinton et ses ennuis de stagiaire ; et plus inattendu, Lyndon Johnson qui parlait abondamment de sa bite à son chauffeur, ses gardes du corps et les journalistes qui le suivaient dans ses déplacements quand il lui prenait une envie pressante d'uriner, information entendue sur la très sérieuse Franceinfo radio un matin de cette semaine précédant l'élection de Trump.

vendredi 4 novembre 2016

Je n'ai pas porté plainte

#jenaipasportéplainte

" Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier 
Aucune trace du mal que tu m'as fait... en vrai
Mais tout est brisé au fond de moi... en moi
Mais #jenaipasportéplainte
But #Ididntreport
Haber #ichhabnichangezeigt "
Tout a commencé quand j'ai lu ce poème glauque sur le Facebook d'une M@rylin aussi victime que la vraie... Et puis il y a eu cette série de tweets avec le hashtag #jenaipasportéplainte. Des femmes du monde entier qui ont expliqué en 140 caractères pourquoi elles n'ont pas porté plainte après un viol ou une agression sexuelle :
- Parce que c'est lui qu'on a cru
- Parce que j'étais saoule
- Parce qu'un psy m'a dit que ce n'était pas un viol s'il n'avait pas d'arme
- Parce que je n'ai ni crié, ni mordu, ni frappé
- Parce que c'était le mec avec lequel je vivais...
Il y a des tas de raisons pour ne pas porter plainte après un viol. Mais moi, j'ai porté plainte et j'ai perdu... Le salopard qui m'a violée a nié et je n'ai pas pu prouver sa culpabilité. Alors quand j'ai lu tous ces messages je me suis dit : "Mais putain de bordel de merde pourquoi pleurer partout qu'on n'a pas porté plainte ?!! Ça leur fait une belle jambe aux violeurs... Ça peut même les conforter dans leurs certitudes d'être intouchables ce type de message.Alors, les filles, je vais vous raconter ce que j'ai fait... "

Vous ne lâcherez pas ce polar urbain, avec des bouts de campagne de Bourgogne dedans, écrit par Marie-Hélène Branciard ; truffé de références sériephiles et musicales contemporaines, avec des personnages utilisant les réseaux sociaux, leur puissance d'action et de feu, polar avec des lesbiennes, des femmes hackeuses spécialistes de sécurité informatique, avec une journaliste et une DJ underground à identité cachée, polar avec une foule de personnages ultra-connectés, et enfin avec une commandante de police qui tente de démanteler un réseau de violeurs qui sévit depuis 20 ans et accumule les victimes.
Si vous êtes branchées blogosphère, Facebook, Twitter, vous serez en terrain connu. Si vous ne comprenez pas à quoi servent ces réseaux sociaux, vous allez en découvrir la solidarité et l'efficacité. A la vitesse fulgurante des moyens de communication instantanée d'aujourd'hui, l'histoire raconte la traque de violeurs en série par la police, puis par des moyens nettement moins conventionnels mais terriblement efficaces. Méfiez-vous, les prédateurs sexuels, la terreur peut changer de camp : quand des femmes solidaires et déterminées à se prendre en main maîtrisent parfaitement les techniques des médias sociaux et du cryptage, vous pouvez craindre un sérieux retour de bâton. Jubilatoire et très optimiste.

Liens : Le site Jenaipasportéplainte et le blog de la Souris Déglingos
Le Twitter de Marie-Hélène Branciard et de Shane_Zooey

Mercredi 2 novembre, le Jury Médicis a attribué son prix 2016 à l'ouvrage d'Yvan Jablonka, chercheur en sciences sociales : Laëtitia ou la fin des hommes, récit du "fait divers" -comme est il malheureusement habituel de désigner les féminicides en France- Laëtitia Perrais, assassinée puis démembrée par Thierry Meilhon en 2011 à la Bernerie en Retz (Loire-Atlantique). Dénonçant la prédation masculine (jamais nommée par la société), le silence et la peur qu'inspirent aux femmes l'engrenage meurtrier des violences masculines répétées, de l'inceste et du viol, le cynisme des hommes politiques instrumentalisant au profit de leur pouvoir le féminicide sans jamais le nommer ni a fortiori le dénoncer, l'inertie de la justice et de la police devant le malheur d'être femme en France encore aujourd'hui, le livre de Jablonka nomme le féminicide, le meurtre misogyne, dans une société anesthésiée et amorale qui laisse tuer des femmes et des enfants par des prédateurs récidivistes. A commander à votre bibliothèque et à lire d'urgence.

Lien vers le site de la campagne de street activisme "Ils nous tuent"

mercredi 26 octobre 2016

(éco)Terroristes ? Lettre ouverte à Eric Denécé

Un article du Paysan Breton paru le 6 octobre à l'occasion de l'Assemblée générale de l'Ameb (association pour le maintien de l'élevage en Bretagne) petit lobby d'industriels de l'élevage -voir les adhérents sur le lien cité-, rapporte l'intervention d'Eric Denécé, Directeur du centre de français (privé) de recherche sur le renseignement, caressant les éleveurs dans le sens du poil, et traitant les "animalistes" que moi j'appelle défenseur.es des animaux, d'(éco)terroristes à la Daech ou Al-Qaïda ! Rien de moins. En stigmatisant les chômeur-euses, puisque c'est désormais le sport préféré des élus et ministres de ce pays !

Réponse d'une ex-chômeuse à la forteresse assiégée et masculine de l'élevage :
-Billet écrit au féminin neutre

" Les membres de ces micro-groupes sont des personnes avec beaucoup de temps libre qui sont soit en retraite ou au chômage "
"Tout ayant été essayé contre le chômage", ou plutôt personne ne voulant s'occuper du problème qui dure depuis 40 ans, diffamer les chômeuses* est devenue une stratégie : fainéantes, mal sapées, alcooliques, et n'arrivant pas à se lever le matin selon les Sarkozy, et tous ministres du travail de droite comme de gauche ! Denécé double la stigmatisation par une contradiction : si les chômeuses ne sont pas des fainéantes inadaptées et incompétentes "éloignées de l'emploi", lorsqu'elles s'impliquent dans un travail bénévole, elles choisissent bien mal leurs causes. Retrouver l'estime de soi en s'engageant pour les animaux et l'environnement, ce n'est pas bien non plus, on a toujours tort. Denécé, qui n'a jamais cherché de travail va vous expliquer là où il faut aller bosser (gratos) pour se rendre utile : se dévouer à un mari et à ses enfants sans aller encombrer les statistiques du chômage, c'est encore ce qui convient le mieux à une femme**. Supplétive, salaire d'appoint, bénévole, dévouée, mais sans salaire et, du coup, sans points de retraite.

Les causes animale et environnementale, il se trouve que c'est le choix que j'ai fait quand le chômage s'est éternisé, et que les portes des entreprises me claquaient au nez . Les non réponses aux annonces et à mes relances : "mais Madame, vous avez combien on a reçu de 
réponses ? Évidemment que vous avez reçu des tas de réponses à vos tas d'annonces mal rédigées et multidiffusées, c'est le contraire qui serait étonnant ! ", et même comme résultat de mes déplacements à mes frais pour des RV dont je sais maintenant que ces incompétents de mecs me faisaient venir par CURIOSITE parce que j'étais la seule femme à répondre*** ! Ils n'ont jamais eu l'intention de me recruter, j'en suis sûre maintenant.

En me rendant à ces RV (en allant visiter mes clients ensuite), j'ai suivi nombre de camions de dindes, poules, vaches, cochons..., allant à l'abattoir, vers la Bretagne Nord, la Bretagne Sud, vers Laval, Le Mans, Nantes, vers la Basse-Normandie : je suis environnée d'abattoirs dans toutes les directions (72 rien que sur les quatre départements bretons, sur les 183 que compte le territoire français).
Mais c'est moi la fainéante et la terroriste ?

Une grosse douzaine de fois, allant du bénin au carrément grave et menaçant, j'ai été arrêtée sur les RN12, 24, 67, 137, 175..., par des syndicalistes de la FNSEA ou d'autres syndicats ayant des griefs a faire valoir, alors que j'allais signer mon premier contrat commercial et que j'étais en période d'essai, soit en allant travailler en CDD, levée à 5 H du matin pour prendre mon poste au Mans à 8H30 (1H30 de route) à l'aise, et où une fois, j'ai mis 7H30 pour rejoindre la ZI Sud du Mans, où je suis arrivée à 13H30, juste parce que le syndicat des producteurs de bétail avait bloqué la barrière de péage de La Gravelle (Vitré) pour faire valoir ses revendications de pleureurs**** corporatistes mâle-traitants -il n'y a que les chômeuses et précaires qui ne chialent pas dans ce pays !
Et c'est moi la terroriste et la fainéante ?

C'est ce jour-là que je suis devenue végétarienne, et que je m'y suis tenue, merci le syndicat des producteurs de bétail. Trois ans après, au chômage non indemnisé (je m'auto-subventionnais à l'inverse des startup que je visitais, startup maintenues en vie grâce aux perfusions à fonds perdus venant des grandes poches de cette bonne fille qu'est la Bretagne vis à vis des mecs : quand on est subventionné on n'a pas besoin de commerciaux, l'argent tombe du ciel !), je rentrais comme bénévole dans une petite association de protection d'animaux dits "de rapport" où j'ai milité 13 ans, acquérant ainsi des connaissances en agriculture élevage. A la même époque -j'avais plein de temps libre- j'ai milité 4 ans durant dans une association féministe locale : doublement terroriste, j'aggrave mon cas. Et, horreur, les deux fondatrices (chômeuses aussi) ainsi que les militantes engagées étaient végétariennes !

Savez-vous, Eric Denécé, que ce sont les environnementalistes qui meurent ? Tués, soit par la police (Rémi Fraisse en France à Sivens), soit par des barbouzes françaises (Fernando Pereira, photographe de Greenpeace lors du sabordage du Rainbow Warrior par les services secrets français en 1985), soit par des braconniers (les gardes des parcs nationaux africains, Dian Fossey au Rwanda en 1985 aussi...), soit par des miliciens, comme Berta Cacerès au Honduras cette année en mars, et les militants des Peuples Premiers qui luttent partout pour conserver leurs terres contre la prédation de l'hémisphère nord riche ? On décompte 185 meurtres d'environnementalistes en 2015 dans le monde selon Global Witness, l'Amérique centrale et du sud étant très meurtrières.
Et c'est encore nous les terroristes ?

" De l'autre côté, les filières, entreprises et organismes ciblés ont peu de temps à consacrer pour se défendre parce qu'ils ont autre chose à gérer "
Désinformation pure : les associations de protection animales ne sont ni au parlement ni au sénat, les chasseurs, éleveurs et céréaliers, oui. Xavier Beulin, Président de la FNSEA, industriel céréalier qui touche des subventions est un homme influent auprès des politiques, pour commencer ; rappelons que ce syndicat qui voit disparaître 25 % de ses effectifs tous les 10 ans a déjà donné un ministre de l'agriculture, Luc Guyau ! Ils ont d'autres moyens que nos happenings, tables d'information, marches, expositions, ateliers, visites d'élevages, et nos essais de conviction auprès d'élus locaux ou régionaux. Nous n'avons jamais rien sali ni détruit, nous les environnementalistes et défenseures des
animaux : nous laissons généralement les endroits où nous manifestons, les lieux de nos tables d'information, plus propres que nous les avons trouvés ! Pas de casseuses voyoues dans nos rangs, pas de destruction, on aimerait en dire autant du côté de la FNSEA dont les adhérents collectionnent les procès pour destruction de biens et " troubles à l'ordre public ", comme vous dites en nous les attribuant.

" Phase du prophète, phase des disciples, phase de prosélytisme et propagande "
Utilisation à dessein de vocabulaire emprunté aux religions obscurantistes basées sur des croyances et pas sur la Raison pour discréditer notre mouvement, une tactique patriarcale d'inversion de la charge. Nous sommes un mouvement social de libération au même titre que le socialisme pour la classe ouvrière, le féminisme et le mouvement des Civils Rights pour les femmes et les noirs, ou encore l'écoféminisme qui se dresse contre la honteuse exploitation sans frein de la nature et des femmes, sans comptabilisation de leurs ressources et contributions dans les PIB marchands masculins.

Nous sommes des pacifistes et des non violentes, des empathiques, des personnes concernées et nous sommes des femmes en majorité. Vos accusations sont haineuses et stigmatisantes, classistes, sexistes, spécistes, car bien sûr vous marchez aux côtés des petits lobbies dont l'influence toxique est inversement proportionnelle à la taille : FNSEA, CNIEL, INRA, Producteurs de viande..., tous ceux qui ont imposé une agriculture élevage industrielle, sans débat, et ont contribué à détruire depuis 60 ans, les paysages, les communautés paysannes, les espèces animales et végétales sauvages et la biodiversité, que vous rêvez  tous de voir derrière des murs électrifiés (loups, ours, lynx...) pour faire occuper les espaces naturels sauvages par vos animaux domestiques. Une vraie inversion patriarcale là encore. Vous n'aimez que les alignements, une seule tête un seul T-shirt, des reproductions à l'identique ; des animaux d'élevage qui nous ont accompagné depuis le Néolithique, vous n'avez gardé que les plus productifs à vos industries "agro-alimentaires" pour parler votre novlangue. Et pour compléter le tableau, le racisme : " rien ne garantit que des activistes de l'étranger ne les aident à préparer des actions violentes ", l'étranger violent, voilà l'ennemi finalement.

Alors pensez, des gens qui se dressent entre vous et les animaux, entre vous et la diversité menacée par la marchandisation des semences, des corps et du monde, entre vous et la cruauté, entre vous et vos antagonismes ontologiques, c'est la remise en cause de vos dogmes, de vos croyances obsolètes et obscurantistes, de vos pratiques "traditionnelles", "ancestrales" inamendables, incritiquables, sans atteindre à votre crispation identitaire. Vous représentez le passé : il n'y a aucun moyen qu'une humanité à 10 milliards mange de la viande 2 ou 3 fois par jour, sauf à déclarer que seuls 3 milliards auront accès à ce privilège, et que les autres peuvent crever. Votre réaction outrancière prouve que nous tapons juste et au bon endroit. Il est plus que temps que nous nous levions contre la prédation patriarcale envers la Terre, les femmes et les animaux, c'est une question de survie de notre espèce, de toutes les espèces.


* A partir de ce moment, article écrit au féminin neutre  
** 85 % des bénévoles de toutes les associations sont des femmes.
*** Offres d'ingénieure commerciale, directrice commerciale ou d'agences.
**** Là c'est bien un masculin référant au particulier : je n'ai été arrêtée que par des mecs sur les routes où je passais.

samedi 22 octobre 2016

Prospective

J'ai eu affaire, il y a quelques temps, à ce twittos, venu me chercher des crosses sur Twitter : allez voir son header (têtière), il vaut le coup d’œil ! Je lui avais concocté 10 tweets qui lui avaient bien plu. Les voici réunis en texte pour cet article :

" Le couillosaure a été déclaré éteint circa 2125-2175 (date incertaine). Autre nom (auto)attribué au couillosaure : homo sapiens sapiens. S'esclaffer est de bon aloi. Rigolons.


Deux raisons principales à son extinction :
1 - ses génitoires qu'il confondait avec son cerveau, et
2 - la dispersion par lui dans l'environnement de molécules chimiques se bâfrant de ses spermatozoïdes.

Quelques femmes, fines mouches, ont décidé qu'il était temps de faire sécession d'avec ce loseur ; elles tentent depuis de reconstituer une société, à défaut d'une "civilisation", et de vivre en paix avec les autres espèces dont les populations se reconstituent, la gâchette du couillosaure étant désormais éradiquée.

Feminina sapiens sapiens sapiens se reproduit grâce à de nouvelles techniques de génie génétique, avec parcimonie et raisonnablement.

Le buddleïa (buddleia davidii), arbuste des ruines et des rocailles, "dont les racines sont plus fortes qu'un marteau-piqueur" effrite lentement mais sûrement les érections et tours que le couillosaure construisait sans frein, pour certifier son passage, sa grandiosité et sa suprématie."

Le coup du buddleïa (arbre à papillons) m'a été soufflé par Mike Davis dans Dead Cities, dont je recommande chaleureusement la lecture. 126 pages sur la destruction historique de villes pour terminer la guerre 39-45 : Dresde, Berlin, Tokyo, Hiroshima...) qui valent tous les romans post-apocalypse de la dernière décennie -la fin du monde a déjà eu lieu plusieurs fois- alors que Davis est historien de l'urbanisme. Vous l'avez compris je suis fane de cet auteur (néo-marxiste) dont tous les ouvrages sont à lire toutes affaires cessantes. Une révélation, à trouver dans vos bibliothèques publiques. 

oOo 
Je suis en panne de box ADSL chez Esseffère, c'est la raison pour laquelle j'ai moins publié, car je travaille de mes bibliothèques publiques. Et j'expérimente l'autisme, le mutisme, la phobie sociale, l'incompétence masculines encadrées de "process industriels" imbéciles et inhumains appliqués aux services, dans la jungle des sociétés de télécoms ! J'espère pouvoir reprendre mon rythme habituel très bientôt avec quelques billets en réserve, de fond, et dans l'actualité comme d'habitude.

dimanche 2 octobre 2016

Deux événements artistiques féministes

Cette semaine, je mets en avant (bénévolement) deux événements féministes enthousiasmants, arrivés opportunément dans mon courrier et dans mes liens Twitter : à noter absolument sur vos agendas. 

Women in Arts


Le mouvement artistique des Guerilla / Gorilla Girls est un mouvement de sept femmes artistes féministes, né au printemps 1985 à l'occasion de l'inauguration par le MoMA de New York d'une exposition sur les artistes contemporains peintres et sculpteurs. Sur les 169 artistes exposés, il n'y avait que 13 femmes, ce qui mit le feu aux poudres. Les femmes figurent généralement nues, comme sujets de tableaux ou dans la statuaire des musées et expositions, mais les femmes artistes sont, (comme ailleurs), effacées de l'histoire, dénoncaient-elles. Le mouvement consiste toujours en l'édition de tracts et d'affiches, en happenings publics où elles apparaissent avec des masques de gorilles pour garder l'anonymat ; sur un de leurs tracts ci-dessous, un tableau comparatif, on voit que la (faible) progression entre 1985 et 2014 est de 10 % en moyenne, il peut ne pas y en avoir du tout (none at all) !


Heureuses parisiennes : du 9 septembre au 12 novembre 2016, elles exposent leurs affiches avec l'Association La Barbe, à la Galerie Michèle Didier. Allez voir ça si vous êtes sur place ou si vous passez à Paris !


Lien supplémentaire : un article anniversaire du Guardian, en anglais, mais avec des belles photos et illustrations : The Guerilla Girls : 30 years of punking art world sexism.

Women in math

A noter sur vos agendas pour début février 2017, la sortie du film de Theodore Melfi : Hidden figures (Les Figures de l'ombre -selon la traduction française approximative), l'épopée des 4 femmes, dont trois astro-physiciennes afro-américaines qui calculèrent les trajectoires de vol du Projet Mercury et du vol Apollo 11 de 1969, qui mit en orbite et ramena sur terre l'astronaute John Glenn. Leurs noms, Dorothy Vaughan, mathématicienne, Katherine Johnson, physicienne et ingénieure spatiale, Mary Jackson, ingénieure, et Christine Darden, mathématicienne, ont été jusqu'ici effacés de l'histoire car elles étaient femmes, et noires, avec la circonstance aggravante que la ségrégation raciale faisait rage. Évidemment, le film est très hollywoodien spectaculaire, truffé de bons sentiments a posteriori, comme le montre bien la BA ci-dessous :



La vidéo peut être visionnée sur un écran plus grand sur le site de Challenges.
Moi, je ne bouderai pas mon plaisir, j'irai le voir à sa sortie en salles.
Pour en savoir plus sur ces géniales scientifiques, suivre le lien : Nasa : des mathématiciennes noires au cœur de la conquête spatiale américaine.

Math is for grrrrls !


samedi 24 septembre 2016

Le divorce : continuité du mariage

Puisque le collectif SOS Papa, petit lobby agissant auprès des politiques, refait parler de lui en proposant de modifier le code civil pour favoriser la garde alternée des enfants, (super fil à la patte destiné au final, entre autres, à empêcher la mobilité professionnelle des femmes) et en présentant les pères comme des victimes de juges inéquitables et insensibles à "l'intérêt de l'enfant", je vous propose des extraits d'un texte de Christine Delphy à propos du divorce parus dans L'ennemi principal, économie politique du patriarcat, Editions Syllepse, Chapitre Mariage et divorce. Il éclaire parfaitement la situation et démontre que le divorce est la parfaite continuité du mariage, et que l'inégalité est toujours en défaveur des femmes, ce qui arrange bien les hommes divorcés, et alimente l'institution du mariage.


LE MARIAGE

" En effet, si un divorce est la fin d'un mariage au sens d'une union particulière, il n'est nullement la fin du mariage en tant qu'institution. Il n'a pas été créé pour détruire le mariage puisqu'il ne serait pas nécessaire si le mariage n'existait pas. En ce sens comme bien des auteurs l'ont montré, même la fréquence des divorces peut être interprétée non comme un signe que l'institution du mariage est malade, mais au contraire comme un signe qu'elle est florissante. 
[...]
le mariage est l'institution par laquelle un travail gratuit est extorqué à une catégorie de la population, les femmes-épouses. Ce travail est gratuit car il ne donne pas lieu à un salaire mais seulement à l'entretien. 
[...]
les services domestiques peuvent être achetés sur le marché -ont une valeur- quand ils ne sont pas produits dans le cadre du mariage par des femmes-épouses. La gratuité du travail ménager  -ce rapport de production particulier- ne dépend pas de sa nature puisque lorsque les femmes fournissent ce travail hors de la famille, il est rémunéré. Le même travail prend donc de la valeur  -est rétribué- dès lors que la femme le fournit à des individus avec qui elle n'est pas mariée.
On doit donc en conclure que la non-valeur de ce travail est induite institutionnellement par le contrat de mariage et que le contrat de mariage est un contrat de travail. Plus précisément, c'est un contrat par lequel le chef de famille -le mari- s'approprie tout le travail effectué dans la famille puisqu'il peut le vendre sur le marché comme le sien propre, comme dans le cas de l'artisan ou de l'agriculteur. Inversement, le travail de la femme (épouse) est sans valeur parce qu'il ne peut pas être porté sur le marché, et il ne peut l'être en raison du contrat par lequel sa force de travail est appropriée par son mari.
Quand les femmes-épouses travaillent à l'extérieur, elles sont néanmoins tenues d'effectuer le travail ménager. Apparemment toute leur force de travail n'est pas appropriée puisqu'elles en divertissent une partie pour leur travail salarié. 
[les femmes travaillant en salariat en dehors de la cellule familiale le font en consentant d'énormes sacrifices : "conciliation" vie de famille et carrière, moindre disponibilité donc moindre ascension de carrière, promotions plus rares, salaires inférieurs à leurs collègues masculins, épuisement..., tant et si bien que à diplômes égaux ou supérieurs, responsabilités égales]
le mariage amène une mobilité descendante de la femme et au contraire une mobilité ascendante de l'homme qui se conjuguent  pour creuser un écart considérable entre les possibilités économiques des deux. 

LE DIVORCE

... l'exercice d'un métier permettant à certaines d'envisager le divorce quand d'autres dans la même situation mais sans métier, font "aller" leur mariage, on peut penser que nombre de femmes divorcées ou en instance de l'être, abordent le marché du travail en catastrophe (comme les veuves d 'ailleurs) : sans qualification, sans expérience de travail, sans ancienneté, elles se trouvent reléguées dans les emplois les moins bien payés. Cette situation contraste souvent avec le niveau honorable de leurs études, les carrières qu'elles envisageaient ou pouvaient envisager avant le mariage, la position sociale de leurs parents, et non seulement la position sociale originelle de leur mari mais surtout celle qu'il a atteinte cinq, dix, vingt ans après le mariage, au moment du divorce. De surcroît, sur leur salaire, elles ont en général des enfants à entretenir, non seulement matériellement comme avant le divorce mais aussi financièrement, ce qui est nouveau. 
[...] le niveau de vie des divorcés un an après le divorce, tombe de 40 % pour les femmes et s'élève de 70 % pour les hommes. 
La charge des enfants est l'aspect de l'état de divorce qui éclaire le plus le mariage et en même temps confirme la continuation du mariage après le divorce. Cette charge assumée par la femme, confirme l'hypothèse de l'appropriation du travail de la femme par le mari, mais de plus elle fait entrevoir ce qui est moins évident : que cette appropriation, caractéristique du mariage, persiste après que celui-ci est rompu. Ce qui nous permet d'avancer que le divorce n'est pas le contraire du mariage, ni sa fin, mais un avatar, une transformation du mariage. 

[au nom officiel de "l'intérêt de l'enfant"]

Officieusement (action négative) la garde des enfants est considérée comme un privilège et même une compensation pour les femmes, mal loties par ailleurs. Toute une mise en scène a pour but de dresser les conjoints l'un contre l'autre, de faire peser des incertitudes quand à l'issue du combat, et d'ériger la garde des enfants en enjeu de ce combat, mise en scène au terme de laquelle, celle (celui) qui obtient la garde des enfants considère avoir remporté une victoire. Bien entendu, il n'est jamais question de leur entretien -de leur charge- mais seulement de leur "garde" -notion juridique qui dénote officiellement la responsabilité civile, et officieusement le droit d'en jouir comme d'une propriété. Officiellement encore la charge est répartie entre les deux parents. Dans les faits les femmes ont toujours la garde des enfants jeunes. Leur revenu après le divorce est toujours très inférieur à celui de leur mari. Les pensions fixées par le tribunal sont toujours dérisoires. La contribution financière de la femme est nécessairement supérieure en valeur absolue à celle du mari, ce qui, compte tenu de son revenu inférieur, représente une valeur et un sacrifice relatif  beaucoup plus grand pour elle. De toutes façons, les pensions ne sont jamais versées. Mais même en restant dans le cadre officiel -dans l'hypothèse où elles sont versées- les pensions ne prennent jamais en compte l'entretien matériel : le temps et le travail de la femme. 

Ainsi, à la fois par des actions positives : l'attribution de la garde à la mère, la fixation d'une pension dérisoire, et par des actions négatives : l'omission de veiller à ce que les pensions soient versées, le tribunal consacre la responsabilité exclusive des femmes. Que ses guides officiels ne soient que des prétextes pour parvenir à ces résultats est prouvé par le fait que l'intérêt de l'enfant ne commande impérativement que celui-ci soit confié à sa mère, qu'elle soit pauvre, "immorale", ou malade, que tant qu'il nécessite un travail d'entretien important : tant qu'il y a des couches à laver, des biberons à donner, des courses à faire pour lui, etc. Dès que l'enfant a atteint quinze ans la Cour regarde généralement son père avec plus de faveur que la mère : elle ne saurait lui donner autant d'avantages que le père, plus riche (et pour cause). Un enfant confié à sa mère jusqu'à cet âge peut alors être redonné au père, toujours en considération de son intérêt ; mais cet aspect de l'intérêt de l'enfant -la richesse du parent- n'a curieusement pas joué quand l'enfant était plus jeune, son intérêt étant alors d'être langé par sa mère (et non par son père ou une personne payée par lui). Objectivement, "l'intérêt de l'enfant" a contribué à appauvrir sa mère, à enrichir son père, et à créer ainsi les conditions dans lesquelles son intérêt ultérieur est de revenir à son père.
[...] 
L'association mère-enfant ne constitue donc pas une famille ou un type de famille mais, dans sa virtualité, une condition, et dans sa réalité, une des modalités, de la seule famille : la famille patriarcale patrifocale. La misère qui accable les paires concrètes mère-enfant n'est pas un accident remédiable ou une injustice réparable. Elle est nécessaire, organisée, inévitable et constitutive du système. L'existence de ces paires est inséparable de leur condition misérable. De même qu'elles doivent exister, virtuellement et réellement, pour permettre l'exploitation dans le mariage, elles doivent être misérables pour alimenter celui-ci. " Christine Delphy

Christine Delphy est sociologue, chercheuse au CNRS, spécialiste des études féministes.
J'ai respecté scrupuleusement la ponctuation et les caractères. Mais les caractères en gras sont de mon fait. 

vendredi 16 septembre 2016

La fracture numérique femmes/hommes - Qui est responsable ?

Résumé et inspiré d'une conférence donnée par Josiane Jouët, sociologue, enseignante-chercheuse, organisée à Nantes, le 7 septembre 2016, par l'Espace Simone de Beauvoir. Ce sont les femmes qui ne veulent pas aller dans le numérique et les technologies de l'information ? Vraiment ? Ou bien c'est un milieu excluant, les hommes ne voulant pas de nous ? Explications.

Rappelons d'abord le contexte : il n'y a que les hommes qui travaillent. Travail posté, hors de la maison, salarié, comptabilisé dans les PIB nationaux, créant de la croissance en détruisant les ressources naturelles. Les femmes, elles se dévouent à leur famille, assurent la reproduction et l'intendance -pour des prunes. Ça permet aux hommes de gagner du pognon, d'avoir du temps pour faire de la politique en palabrant sous le séquoïa, ou à la Chambre des députés, ou dans une quelconque maison des hommes, c'est du pareil au même. L'humanité est une et indivisible, notamment dans l'inéquité : Bochimans, européens, étatsuniens, même combat. Évidemment, comme ils ont le pouvoir partout, ils décident des affectations prioritaires de l'argent et à quoi il va servir, surtout à leur besoins futiles, mais je m'éloigne du sujet. Et bien entendu, ils se sont arrogé la possession des outils et des armes (les deux étant grosso merdo, comme disait un de mes élégants anciens patrons, la même chose).
Donc au début, vers le milieu du XIXème siècle, ils inventent la machine à écrire. Et deviennent donc les premières dactylos ! Toute machine (ou arme) étant destinée à augmenter la productivité, et leurs industries créant des besoins et de la croissance, on a rapidement besoin de personnel supplémentaire. Supplétif, en fait, d'appoint : les femmes feront l'affaire même si les outils sont par essence à usage masculin (voir plus haut). Du coup, ils deviennent les CHEFS. Ils supervisent des pools de dactylos femmes. Moins payées qu'eux précédemment, faut quand même pas pousser.


Comme "la représentation symbolique des machines est très liée à qui les utilise" précise Josiane Jouët, très vite la machine à écrire devient un truc de bonnes femmes ! Mais quelques machines à écrire resteront plus longtemps masculines : exemple, le linotype des imprimeurs. Quand les patrons imprimeurs, avec le développement de la presse, auront besoin de personnel supplémentaire, de main-d’œuvre d'appoint, ils recruteront des femmes, moins payées, of course ! D'où le ressentiment de la CGT / Syndicat du Livre, qui voit d'un mauvais œil l'arrivée des femmes : 1) dans un milieu exclusivement masculin, et 2) payées moins cher, ce qui leur fait concurrence. Car ne nous laissons pas aveugler, le salaire inférieur au motif que les femmes ont moins de force, donc des rendements moindres (justifiant selon eux leurs salaires inférieurs) ne tient pas du tout la route. Les femmes bossent et bossent bien. Mais on a doublement tort : celui d'être là, et celui d'être aussi professionnelles qu'eux. Figurez-vous que la CGT exigea que les femmes linotypistes soient séparées de mecs linotypistes par UN RIDEAU ! Si. Ça vous rappelle l'Arabie Saoudite actuelle ? Bravo, belle et intelligente observation.

Mais nous arrivons aux années 80 : l'avènement de l'ordinateur de bureau ou PC (personal computer, pas Parti Communiste !). L'ordinateur c'est une méga-machine au départ : des câbles, des circuits intégrés, bref du gros hardware, plus quelques couches de software développé par eux, mais pas que. Le chiffrement au départ est plutôt une affaire de femmes. Dans les années 80, le PC se démocratise, devient plus petit malgré son écran à tube cathodique, et ressemble à une machine à écrire qu'on pose sur un bureau. Il fait du calcul, du dessin (industriel souvent) et du traitement de texte. Ce sont les hommes ingénieurs informaticiens qui s'en servent les premiers, puis les secrétaires. Comme ces machines font plus de choses qu'une machine à écrire, et malgré les interfaces inexistantes ou imparfaites (ah, Word sous DOS et les commandes clavier que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), les secrétaires vont se former et gagner en compétence. Du coup, dans les années 90 dans ma SSII, on rigolait sur les managers qui refusaient de s'y mettre au motif que pour eux, un PC c'était bien bon pour un ingénieur informaticien ou une secrétaire ! Et que pour eux, ça voulait toujours dire Parti Communiste, ah ah.

Malheur, le symbole phallique PC de bureau se dilue dans l'usage, et devient un truc de bonnes femmes. Juste bon pour des secrétaires. Plus du tout valorisé comme sont les métiers de l'informatique qui restent l'apanage des mâles. Josiane Jouët qui travaille à cette époque à France Télécom, témoigne que les hommes de FT délaisseront les programmes pour PC de bureau et s'orienteront vers les gros systèmes sous Unix. Quand les femmes investissent un secteur, les mecs se carapatent ailleurs. Si une profession se féminise, elle se dévalorise irrémédiablement.

Profil du "geek", en forme de légende urbaine :
Mâle, jeune (24 ans grand maximum), no life, asocial, bouffant mal, "en compétition avec sa machine". Sorte de petit génie incompris qui a fait une scolarité déplorable avec des mauvaises notes. Retenez ça, deux écoles privées vont s'en resservir pour attirer la clientèle et faire la fortune et la réputation de leurs fondateurs. Évidemment, tout est faux : la Silicon Valley est bourrée de diplômés de Harvard ou du MIT ! Et tous les informaticiens avec lesquels j'ai travaillé (des Supélec, SupTélécoms, INPG,...) étaient plutôt ternes, pour citer mon expérience personnelle.

"My computer, myself" : les garçons s'identifient à la machine.

"Problématique de la réticence" : les filles ne veulent pas être comme des garçons, les filles ne se voient pas du tout comme cela, les "valeurs" viriles ne les attirent pas, la compétition avec la machine non plus. Et puis, elles sont bonnes à l'école, elles ont de bonnes notes et elles sont sociables, elles. Elles prennent aussi des douches, et changent de fringues régulièrement. Un autre monde. Selon Josiane Jouët, il y a chez elles une "crainte de l'outil : elles utilisent l'informatique, mais elles ne font pas de l'informatique". Il y a un usage commun de l'informatique par les deux sexes, mais il y a exclusion des femmes de la conception. En 2015 il n'y a que 11 % de femmes dans les écoles d'ingénieurs, "malgré de gros efforts pour les attirer" selon Josiane Jouët ! C'est là que nos avis divergent : les femmes sont admises A CONDITION qu'elles adoptent une culture de mecs. L'Ecole 42, moins de 5% de filles, fondée par Nicolas Sadirac (ex d'Epitech, réseau d'écoles privées recrutant avec le bac et fonctionnant avec exactement les mêmes méthodes) avec l'argent du milliardaire Xavier Niel (autodidacte, c'est vrai, ayant fait fortune dans la pornographie et le minitel rose dans les années 80) recrute des jeunes "en déroute scolaire" et se propose de leur donner un diplôme d'informaticien après une scolarité intensive de type militaire et de "sélection naturelle" en "piscines" où le manque de sommeil et le présentéisme sont valorisés. Nage ou crève, en gros. Outre que les filles ne sont pas en déroute scolaire, c'est un mode de fonctionnement qui ne convient pas aux femmes : pendant que les mecs s'investissent 24/7/365 qui assure l'intendance, hein ? Les femmes ont d'autres désirs que vivre un affrontement monomaniaque et autiste avec une machine.

D'ailleurs, elles investissent massivement le secteur du multimedia : la communication numérique se féminise avec 3/4 de filles et 1/4 de garçons. Elles sont autant, voire plus présentes que les garçons, sur les médias sociaux Facebook, Twitter, les blogs... où elles produisent des contenus éditoriaux, créent de l'opinion et font de l'activisme ; les femmes sont parfaitement à l'aise avec les techniques numériques : elles échangent entre elles vidéos, images, textes et... humour. On ne présente plus non plus les blogueuses mode et les youtubeuses influentes invitées dans les défilés de mode ou pour promouvoir les produits des grandes marques. Les femmes sur les médias sociaux sont clairement devenues des influenceuses. Les féministes y ont retrouvé une nouvelle façon de réseauter et de faire avancer leurs idées.

A tel point que la riposte des hommes ne s'est pas fait attendre. Ressac : attaques en lignes, sites hackés, cyber-harcèlement et cyber-violence, menaces de viol et de mort pour certaines d'entre elles qui doivent renoncer et fermer leur compte. A telle enseigne que la loi numérique en cours de préparation prévoit un plan de mobilisation contre "le cybersexisme, cette réaction et ce repli identitaire des hommes conservateurs crispés sur le genre."

Alors, me direz-vous pourquoi ne pas laisser un dernier petit pré carré aux garçons -puisque décidément ils ne veulent pas travailler avec nous- le développement et la conception de logiciels et d'algorithmes ? Mais parce qu'un algorithme n'est pas un contenu mathématique neutre, un langage universel. Les algorithmes (formules statistiques à plusieurs entrées) sont truffés de biais produits par les besoins et préjugés sexistes et racistes des gens qui les conçoivent, en l'occurrence ici, les hommes. Les logiciels d'analyse des métadonnées ou données brutes (big data) qui vont régir nos vies, nous informer, informer nos fournisseurs d'assurances, par ex... doivent être conçus aussi par les femmes et par des gens qui ne sont pas que des techniciens. Sans cela on se prépare une fois de plus un monde clivé où les besoins plus universels des femmes seront occultés et passés sous silence au profit des besoins étroits et égoïstes des patriarcaux et de leurs agents. Et c'est urgent quand on voit cet article des Echos !

* Les formules en caractères gras et rouge entre guillemets sont de Josiane Jouët.