vendredi 19 mai 2017

Bâton contre fusil : la construction sociale de l'inégalité des sexes

J'ai trouvé cette photo mise en scène, "ritualisée", datant selon les apparences de mai 2016, quoiqu'il faille toujours se méfier sur Twitter, on ne sait jamais d'où ça vient. Et je n'adhère pas au commentaire spéciste d'Emmanuel Foulon, traiter le chasseur de cochon n'est pas pertinent, mais ce n'est pas le sujet. D'abord, je me suis dit une de plus, et puis en y regardant à deux fois, elle est intéressante cette photo, très intéressante même. En la regardant, nous regardons le passé, celui de l'espèce humaine, 10 000 à 30 000 ans en arrière, c'est fascinant. En 2017, du fond du Néolithique, 30 000 ans de proto-histoire vous contemplent.
En premier plan un lion, devenu trophée de chasse, mort, assassiné ; posant fièrement avec son fusil, le chasseur qui a commis le forfait. Et derrière, la femme du chasseur avec... un bâton ! Sans arme, autrement dit. Voici ce qu'écrit Paola Tabet dans La construction sociale de l'inégalité des sexes :

" Chez les Aetas des Philippines, les femmes participent à la battue (de chasse) surtout si les chiens sont peu nombreux. Pendant la battue, [elles] courent ça et là dans la brousse en aboyant : elles n'ont jamais d'armes, lesquelles sont réservées aux hommes. " (citant Reed - 1904)

Elle continue : " Dans tous les cas... le rôle des femmes est indispensable et fait partie intégrante des opérations de chasse. Mais leur participation se fait à main nue : elles servent seulement de moyen sonore pour effrayer l'animal, elles sont une sorte d'épouvantail sans pouvoir offensif et en même temps sans protection ni moyen de défense personnel. Leur position reste subordonnée, elles ne capturent jamais directement l'animal. " [...]

" La chasse typiquement féminine se fait donc sans armes ou avec des armes improvisées : cailloux, bâtons..." Toujours Tabet.
Et
" Ce n'est pas la chasse qui est interdite aux femmes, ce sont bien les armes ; c'est bien l'accès aux armes, en tant que telles et en tant que concrétisation d'un développement technologique, qui leur est refusé "

Et comme les armes sont les premiers outils, voilà pourquoi les femmes n'ont pas accès aux outils non plus. 10 000 ans plus tard, les hommes conduisent l'auto le dimanche, le tracteur et la moissonneuse à la ferme, pissent du code dans les sociétés de services informatiques puisqu'on en a moins besoin au hardware qui était leur domaine réservé au début des calculateurs, font pilotes de chasse et longs courriers, et ont le quasi monopole du pilotage des camions, grues et des nacelles élévatrices sur les chantiers du bâtiment. La prohibition des outils nous interdit les gains de productivité, nous condamnant de fait aux tâches harassantes, répétitives et chronophages, pendant que les hommes qui ont, eux, des loisirs monopolisent ainsi le jeu et l'organisation de la Cité, la politique.

Le tabou des armes a aussi pour conséquence l'interdiction faite aux femmes de se défendre : sans accès aux armes on est à la merci des prédateurs, animaux comme humains. C'est plus facile de nous contraindre au servage, à la reproduction forcée et à la violence patriarcale. J'ai du mal à m'ôter de la tête que si Jacqueline Sauvage a été lourdement condamnée à deux reprises par deux instances à 10 ans ferme pour s'être défendue en tuant son bourreau de mari, c'est parce qu'elle l'a fait avec un fusil de chasse ! Meilleure coup de fusil que lui, la justice patriarcale française ne pouvait pas laisser passer. Ça ne la rend pas sympathique, je n'aime pas plus les chasseuses* que les chasseurs, ça donne juste l'envie de la défendre devant une telle adhésion aux constructions sociales héritées du Néolithique.

Pour en finir avec ces sociopathes - 
Tuer un rhinocéros en payant (cher) pour sauver les rhinocéros oui, ça existe, c'est encore une manifestation du parasitisme patriarcal



Cet article du Scottish Sun rapporte une partie de chasse entre milliardaires au luxueux resort écossais de Donald Trump en Ecosse mi-mai : massacre de 600 faisans et perdrix pendant un séjour de 6 jours dans l'hôtel 5 étoiles de Turnberry, Ayrshire, juste pour le plaisir de l'entresoi, contre enchère de 10 000 £ remportée à Dallas USA, au grand dam des défenseurs des animaux. Deux ans auparavant, le même Dallas Safari Club, avait payé 270 000 £ pour tuer un rhinocéros noir de Namibie, espèce en grand danger de disparition. Devinez le prétexte : sauver les rhinocéros ! Si. On verse près de 300 000 £ sterlings pour tuer un rhinocéros... à un fond de sauvegarde des... rhinocéros. Ces malades ne prennent même plus de précautions pour cacher leurs incohérences de sanglants suprémacistes mâles. Ce sont les incohérences du conservationnisme, qui n'est pas l'environnementalisme, puisqu'il a été inventé par des milliardaires pour préserver leurs terrains de chasse. On retrouve leur ADN dans les "ONG" de type Sierra Club et WWF. Faites attention à qui vous donnez.

Les chasseurs accumulateurs de trophées d'animaux sont des sociopathes : froids, sans empathie, ils tuent sans autre motif que la jouissance que leur procure la mort d'un être vivant, ils n'ont que peu de contrôle social sur eux-mêmes, et si vous pensez que pour l'instant il ne s'attaquent "qu'à des animaux, c'est que des bêtes après tout", ça peut changer. Il sont susceptibles de transgresser vers le haut, puisque nous sommes une espèce hiérarchique, en tuant femme et enfants. Voyez Pistorius et tant d'autres. Le meurtre animal reste encore toléré, voire accepté, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas symptomatique de cruauté et de jouissance malsaine selon leur bon plaisir. Ils sont dangereux.

A lire absolument. Paola Tabet est anthropologue.


Lien :
IFAW International Fund For Animal Welfare écrit aux chasseurs de trophées -
Chasse sportive : l'amour de la nature morte

* La chasse en France : 98 % d'hommes, 2 % de femmes. Néolithique, donc.

vendredi 12 mai 2017

Pour en finir avec "même pas foutue de te trouver un mec" !

Billet pas consensuel sur les hommes qui nous parlent mal.


"Même pas foutue de te trouver un mec !" J'ai entendu ça le week-end de Pâques, devant chez moi, dit par deux types (enfin un, et l'autre derrière le premier -le courage n'est pas leur principale caractéristique) apparemment pas non plus capables de se trouver une nana (mais tant mieux, vu les deux spécimens) ; le contexte, un différend avec une voisine gravement toxique, collabote, contente de me les fourrer dans les pieds. Grossiers, mal élevés, l'insulte à la bouche, les insultes proférées sur mon passage, c'est l'histoire de ma vie, mais maintenant, c'est devant chez moi. Le sexisme et la haine des femmes n'ont pas de fond.

Donc, il FAUDRAIT se trouver un mec ? Et je n'en serais pas capable ? On nage en pleine science-fiction. Niveau cheptel, aucune pénurie. Des mecs, il y en a absolument partout : dans les rues, dans les entreprises, dans les cinémas, au boulot, même dans le désert et au sommet de l'Everest. Des jeunes, des vieux, des beaux, des so so, des moches, des petits, des moyens, des grands, des célibataires, des mariés, des veufs, et plein de divorcés qui aimeraient vraiment se recaser. Des lunettus, des à la vue perçante. Des chauves, des chevelus et des catastrophes capillaires. Des stupides, des intelligents, des cultivés, des chiants comme la pluie, des rigolos et spirituels, des timides, des tous terrains, des peureux. Et on n'en trouverait pas ?

Qu'une dame bovin ou équin ou caprin ou suidé se demande "Où sont les hommeuh ? " je comprendrais, vu que leurs mecs sont soit castrés, soit envoyés à l'abattoir, pour cause de "nuisibilité" "agressivité" et "parasitisme" (il mangent trop et ne rapportent rien selon les éleveurs, tous mâles, et comme c'est la chasse aux gains de productivité et aux prix bas...) je comprendrais, elles seraient fondées à poser la question. Mais pas dans notre espèce, même s'ils présentent à peu de chose près les mêmes défauts dont ils accusent les précédents, alors que personne ne pense par ailleurs à le leur reprocher ! Les femmes font 80% des travaux utiles de la planète, sous forme de corvées, définition ici, faut-il le rappeler ?

Et puis, qu'est-ce qu'ils sont serviables ! A peine êtes-vous posée sur une banc, dans la rue, à n'importe quel âge, qu'en moins de deux minutes, il y en a un qui se propose aimablement pour vous arroser votre fleur, même contre paiement au besoin. Ça vous dirait de gagner 60 € ? : un mec en voiture qui s'arrête sur le bord de la route, je vous assure. Euh, c'est déclaré à l'URSSAF ? ai-je questionné en retour. Du coup, il s'est enfui. Généreux, mais au noir. Ou, a minima, ils vous proposent d'aller ensemble boire un café, alors que le café vous énerve ! Alors, franchement, celles qui n'en trouvent pas, c'est qu'elles ne cherchent pas, ou alors qu'elles se mentent à elles-mêmes et aux autres, elles FONT MINE DE CHERCHER en priant le ciel de ne pas trouver, ce n'est pas possible autrement. Il faut arrêter la comédie.

Non, tout ça, c'est encore une inversion patriarcale : comme ils ont une trouille bleue de ne pas se trouver une femme, pour remplacer leur maman à l'entretien de leur ménage et de la famille, ils flippent et tentent de nous culpabiliser. Après des millénaires de bourrage de crane hétérosexuel et de contrainte au mariage et à la reproduction, -parce que l'enfantement est le but du mariage, sinon à quoi bon ?-  par tous moyens à leur disposition, les femmes sont sensibles à l'argument, on les a persuadées que "anatomie est destin" (Freud) et que, puisqu'elles ont un utérus, il DOIT servir, alors que ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Et qu'une femme n'est pas entière seule, elle DOIT se trouver UNE MOITIE. Autrement, c'est le ratage, l'échec, la guigne. De désespoir, certaines vont même s'inscrire sur Meetic et ses cours de cuisine, ou se faire draguer au club Med, c'est dire la puissance de l'injonction.

Il y a arnaque, si vous voulez mon avis. 85 % des divorces sont demandés par les femmes, ce n'est pas eux qui partent, même s'ils ont mis des coups de canif dans le contrat. Ils n'y ont pas intérêt : ils ont tout à y perdre, et surtout les bénéfices et le confort, la respectabilité d'un foyer, les services ménagers et l'entretien y sont gratuits, et c'est plus porteur et surtout facilitateur pour leur carrière ! Pire, ils ne veulent pas qu'on les quitte. Lisez la presse : dans les cas extrêmes, tous les 3 jours environ, ils blessent, tuent leurs conjointes, enlèvent les enfants pour faire chanter la mère, s'attaquent aussi aux animaux de leurs compagnes. Titres euphémisants de la presse : "drame familial", "drame de la séparation", "crime passionnel" ! Le pire, le suicide accompagné (dit "altruiste" par les psys, gardiens du patriarcat) : ils tuent les enfants et se suicident après. Quelquefois en se ratant. Si le mariage était si désirable pour les femmes et si détestables pour les hommes, est-ce que ce ne serait pas l'inverse ? Posons la question, ça vaut le coup.

Je ne vais pas adhérer à ces injonctions pour "sauver ma peau devant l'opinion publique". Tant pis pour ma popularité auprès de (certain)s hommes, je n'ai pas le désir d'être approuvée par eux ni par la société : hommes souhaitant à tout prix conserver le statu quo, femmes n'aimant pas qu'on suggère que leurs choix sont orientés contre leurs intérêts par des injonctions, une propagande permanente, auxquelles on s'empresse d'obéir, la voie de troupeau étant toujours la plus confortable. Non, je n'ai jamais cherché à me conformer à la vision de ce "qui est correct" pour une femme en aliénant ma liberté. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas eu ou n'ai pas de compagnons et d'amis de cœur, et sans chercher*, en plus. Mais chacun dans sa chacunière, je ne suis pas une princesse transformable en ménagère à balai dès le lendemain de l'union, je fais mes choix politiques et prophylactiques, librement, en en payant le prix au besoin. Et par-dessus tout, on ne vient pas me tendre un miroir déformant en mentant sur la réalité pour me vendre un truc que je n'ai jamais voulu acheter. Ils n'aiment pas les femmes libres. Ils ne veulent pas que les femmes aient le choix. Réponse à la hauteur du mensonge et de l'affront. La terreur doit changer de camp.


"Mal baisée" : variante entendue un de ces derniers dimanches en marchant au bord de l'eau. Des mecs avec écrit "NoKill"** sur le T-shirt, mais avec un treillis bien guerrier par-dessus, sont en train de monter leurs cannes à pêche sur une écluse où s'amoncellent des déchets plastiques, bouteilles et contenants alimentaires du McDo et du Stade Rennais, gros pourvoyeurs de saloperies tout proches. Le "NoKill" me paraît superflu car évidemment, s'ils prennent un de ces poissons tentant de survivre dans cette décharge, il ne sera pas mangeable, donc se parer d'un NoKill pseudo pacifiste alors qu'on emmerde et blesse "pour le plaisir" des poissons en mauvais état de santé au milieu de la pollution créée par les humains, ont fait que je m'en suis un peu mêlée. Discussion impossible, à la fin de laquelle on m'envoie dans le dos un "mal baisée" qui n'a rien à voir, mais destiné à déconsidérer l'ensemble de mes propos en faisant une diversion bienvenue. Le point Godwin habituel, quand on n'a pas d'arguments, on attaque la personne directement. Et les femmes c'est tellement facile, il suffit de les renvoyer à la position horizontale, celle qui selon ces sexistes, nous conviendrait le mieux.

* Entendu un jour, un monsieur, dans une boutique de brocante où j'étais entrée aussi, répondre au commerçant qui lui demandait s'il cherchait quelque chose de précis, répondre "je ne cherche pas, je trouve généralement !". C'est tout à fait ça, on ne cherche pas, on trouve, et si on ne trouve pas, on n'est pas frustré parce qu'on ne cherchait pas :))

** NoKill : pêche sans tuer, avec remise à l'eau de la prise forcément blessée.

vendredi 5 mai 2017

Une galerie d'images sexistes au sein du mouvement pro-animaux

Attention : images de violence envers les femmes

"Les images qui suivent, collectées depuis des sources de nouvelles et de sites d'activistes, chronique l'exploitation systématique des femmes pour des campagnes anti-spécistes. Bien que des personnes de tous genres soient actives dans le mouvement* (et que des non humains de tous sexes sont exploités), ce sont les femmes qui sont utilisées de façon disproportionnée comme moyen de protestation contre la violence infligée aux corps des animaux non humains. Il y a deux raisons à ce cliché. D'abord, dans une société misogyne, le public est déjà habitué aux images de femmes en souffrance. Deuxièmement, le mouvement de défense des animaux a une longue histoire de sexisme institutionnel. Des preuves scientifiques montrent que cette approche n'est pas efficace. Au contraire, elles repoussent le public, nous aliènent de potentiels alliés venant d'autres mouvements pour plus de justice sociale, et aggravent les niveaux épidémiques de violence contre les femmes et filles à travers le globe."
Corey Lee Wrenn - PhD - Vegan Feminist Network

* Les femmes sont largement majoritaires dans le mouvement pour la cause animale

J'ai sélectionné 15 images : Peta -People for Ethical Treatment of Animals- qu'on ne présente plus, est largement représentée, son sexisme est légendaire.


Peta (People for Ethical Treatment of Animals) : une campagne contre le cuir


AACT Tasmanie : campagne contre les tests sur les animaux


Une campagne allemande contre la fourrure


Une campagne allemande contre le marquage (branding)



Peta : deux campagnes Go Vegan ! La seconde destinée aux hommes à pannes.


Peta : Les hommes préfèrent les blondes sans fourrure !


Campagne Ne laissez pas votre chien dans la voiture


Peta : Campagne contre les carrioles tirées en ville par des chevaux : "la vérité nue". Franchement on ne voit pas le rapport.


Peta (qui n'en loupe jamais une !) Campagne de stérilisation de chats "Trop de chattes peuvent être une mauvaise chose".


Fishlove : Une campagne contre la surpêche qui rate son coup ! Mais qui les conseille ?


Sortez la peau nue, ne portez pas de fourrure : Peta encore !


Peta Allemagne : Campagne contre le foie gras. Notez que j'en ai vu une adaptation française chez Welfarm-PMAF.


Peta : campagne anti-fourrure : les bordures de fourrure sont inélégantes. D'un goût exquis, visant les femmes, éternellement.

Pour voir la liste complète, suivre le lien vers le billet de Corey Lee Wren : Vegan Feminist Network - Gallery of sexist imagery. Publié sur mon blog avec son aimable autorisation.

oOo

Toutes ces affiches pourraient aisément être déclinées au masculin, avec même des nus au besoin, et sans en changer le message. Mais apparemment une femme c'est toujours plus porteur, même (surtout) dans des situations scabreuses. J'ai cherché des images de campagnes françaises, mais on ne tombe que sur les habituels clichés sexistes de l'élevage. A propos d'élevage, justement, il y a actuellement une campagne européenne menée par plusieurs associations contre la castration à vif des porcelets mâles dans l'Union Européenne, pratiquée sur la quasi totalité du cheptel pour des raisons de mauvais goût de la viande perçu par 10 % des consommateurs, hommes généralement. En bonus, et pour faire contrepoids, (c'était difficile de mettre une femme de toutes façons !) je vous offre une affiche allemande, photo envoyée il y a quelques années par Euterpe, et qui me sert régulièrement à interpeller Stéphane Le Fol, actuel Ministre de l'Agriculture, et Phil Hogan, commissaire européen à l'agriculture, sur la souffrance des porcelets engendrée par cette pratique barbare. Mon message est le suivant : Vous tenez à vos bijoux de familles ? Eux aussi ! Accompagné de l'affiche que je trouve parfaite.