vendredi 12 mai 2017

Pour en finir avec "même pas foutue de te trouver un mec" !

Billet pas consensuel sur les hommes qui nous parlent mal.


"Même pas foutue de te trouver un mec !" J'ai entendu ça le week-end de Pâques, devant chez moi, dit par deux types (enfin un, et l'autre derrière le premier -le courage n'est pas leur principale caractéristique) apparemment pas non plus capables de se trouver une nana (mais tant mieux, vu les deux spécimens) ; le contexte, un différend avec une voisine gravement toxique, collabote, contente de me les fourrer dans les pieds. Grossiers, mal élevés, l'insulte à la bouche, les insultes proférées sur mon passage, c'est l'histoire de ma vie, mais maintenant, c'est devant chez moi. Le sexisme et la haine des femmes n'ont pas de fond.

Donc, il FAUDRAIT se trouver un mec ? Et je n'en serais pas capable ? On nage en pleine science-fiction. Niveau cheptel, aucune pénurie. Des mecs, il y en a absolument partout : dans les rues, dans les entreprises, dans les cinémas, au boulot, même dans le désert et au sommet de l'Everest. Des jeunes, des vieux, des beaux, des so so, des moches, des petits, des moyens, des grands, des célibataires, des mariés, des veufs, et plein de divorcés qui aimeraient vraiment se recaser. Des lunettus, des à la vue perçante. Des chauves, des chevelus et des catastrophes capillaires. Des stupides, des intelligents, des cultivés, des chiants comme la pluie, des rigolos et spirituels, des timides, des tous terrains, des peureux. Et on n'en trouverait pas ?

Qu'une dame bovin ou équin ou caprin ou suidé se demande "Où sont les hommeuh ? " je comprendrais, vu que leurs mecs sont soit castrés, soit envoyés à l'abattoir, pour cause de "nuisibilité" "agressivité" et "parasitisme" (il mangent trop et ne rapportent rien selon les éleveurs, tous mâles, et comme c'est la chasse aux gains de productivité et aux prix bas...) je comprendrais, elles seraient fondées à poser la question. Mais pas dans notre espèce, même s'ils présentent à peu de chose près les mêmes défauts dont ils accusent les précédents, alors que personne ne pense par ailleurs à le leur reprocher ! Les femmes font 80% des travaux utiles de la planète, sous forme de corvées, définition ici, faut-il le rappeler ?

Et puis, qu'est-ce qu'ils sont serviables ! A peine êtes-vous posée sur une banc, dans la rue, à n'importe quel âge, qu'en moins de deux minutes, il y en a un qui se propose aimablement pour vous arroser votre fleur, même contre paiement au besoin. Ça vous dirait de gagner 60 € ? : un mec en voiture qui s'arrête sur le bord de la route, je vous assure. Euh, c'est déclaré à l'URSSAF ? ai-je questionné en retour. Du coup, il s'est enfui. Généreux, mais au noir. Ou, a minima, ils vous proposent d'aller ensemble boire un café, alors que le café vous énerve ! Alors, franchement, celles qui n'en trouvent pas, c'est qu'elles ne cherchent pas, ou alors qu'elles se mentent à elles-mêmes et aux autres, elles FONT MINE DE CHERCHER en priant le ciel de ne pas trouver, ce n'est pas possible autrement. Il faut arrêter la comédie.

Non, tout ça, c'est encore une inversion patriarcale : comme ils ont une trouille bleue de ne pas se trouver une femme, pour remplacer leur maman à l'entretien de leur ménage et de la famille, ils flippent et tentent de nous culpabiliser. Après des millénaires de bourrage de crane hétérosexuel et de contrainte au mariage et à la reproduction, -parce que l'enfantement est le but du mariage, sinon à quoi bon ?-  par tous moyens à leur disposition, les femmes sont sensibles à l'argument, on les a persuadées que "anatomie est destin" (Freud) et que, puisqu'elles ont un utérus, il DOIT servir, alors que ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Et qu'une femme n'est pas entière seule, elle DOIT se trouver UNE MOITIE. Autrement, c'est le ratage, l'échec, la guigne. De désespoir, certaines vont même s'inscrire sur Meetic et ses cours de cuisine, ou se faire draguer au club Med, c'est dire la puissance de l'injonction.

Il y a arnaque, si vous voulez mon avis. 85 % des divorces sont demandés par les femmes, ce n'est pas eux qui partent, même s'ils ont mis des coups de canif dans le contrat. Ils n'y ont pas intérêt : ils ont tout à y perdre, et surtout les bénéfices et le confort, la respectabilité d'un foyer, les services ménagers et l'entretien y sont gratuits, et c'est plus porteur et surtout facilitateur pour leur carrière ! Pire, ils ne veulent pas qu'on les quitte. Lisez la presse : dans les cas extrêmes, tous les 3 jours environ, ils blessent, tuent leurs conjointes, enlèvent les enfants pour faire chanter la mère, s'attaquent aussi aux animaux de leurs compagnes. Titres euphémisants de la presse : "drame familial", "drame de la séparation", "crime passionnel" ! Le pire, le suicide accompagné (dit "altruiste" par les psys, gardiens du patriarcat) : ils tuent les enfants et se suicident après. Quelquefois en se ratant. Si le mariage était si désirable pour les femmes et si détestables pour les hommes, est-ce que ce ne serait pas l'inverse ? Posons la question, ça vaut le coup.

Je ne vais pas adhérer à ces injonctions pour "sauver ma peau devant l'opinion publique". Tant pis pour ma popularité auprès de (certain)s hommes, je n'ai pas le désir d'être approuvée par eux ni par la société : hommes souhaitant à tout prix conserver le statu quo, femmes n'aimant pas qu'on suggère que leurs choix sont orientés contre leurs intérêts par des injonctions, une propagande permanente, auxquelles on s'empresse d'obéir, la voie de troupeau étant toujours la plus confortable. Non, je n'ai jamais cherché à me conformer à la vision de ce "qui est correct" pour une femme en aliénant ma liberté. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas eu ou n'ai pas de compagnons et d'amis de cœur, et sans chercher*, en plus. Mais chacun dans sa chacunière, je ne suis pas une princesse transformable en ménagère à balai dès le lendemain de l'union, je fais mes choix politiques et prophylactiques, librement, en en payant le prix au besoin. Et par-dessus tout, on ne vient pas me tendre un miroir déformant en mentant sur la réalité pour me vendre un truc que je n'ai jamais voulu acheter. Ils n'aiment pas les femmes libres. Ils ne veulent pas que les femmes aient le choix. Réponse à la hauteur du mensonge et de l'affront. La terreur doit changer de camp.


"Mal baisée" : variante entendue un de ces derniers dimanches en marchant au bord de l'eau. Des mecs avec écrit "NoKill"** sur le T-shirt, mais avec un treillis bien guerrier par-dessus, sont en train de monter leurs cannes à pêche sur une écluse où s'amoncellent des déchets plastiques, bouteilles et contenants alimentaires du McDo et du Stade Rennais, gros pourvoyeurs de saloperies tout proches. Le "NoKill" me paraît superflu car évidemment, s'ils prennent un de ces poissons tentant de survivre dans cette décharge, il ne sera pas mangeable, donc se parer d'un NoKill pseudo pacifiste alors qu'on emmerde et blesse "pour le plaisir" des poissons en mauvais état de santé au milieu de la pollution créée par les humains, ont fait que je m'en suis un peu mêlée. Discussion impossible, à la fin de laquelle on m'envoie dans le dos un "mal baisée" qui n'a rien à voir, mais destiné à déconsidérer l'ensemble de mes propos en faisant une diversion bienvenue. Le point Godwin habituel, quand on n'a pas d'arguments, on attaque la personne directement. Et les femmes c'est tellement facile, il suffit de les renvoyer à la position horizontale, celle qui selon ces sexistes, nous conviendrait le mieux.

* Entendu un jour, un monsieur, dans une boutique de brocante où j'étais entrée aussi, répondre au commerçant qui lui demandait s'il cherchait quelque chose de précis, répondre "je ne cherche pas, je trouve généralement !". C'est tout à fait ça, on ne cherche pas, on trouve, et si on ne trouve pas, on n'est pas frustré parce qu'on ne cherchait pas :))

** NoKill : pêche sans tuer, avec remise à l'eau de la prise forcément blessée.

2 commentaires:

  1. Dans la série, j'aime aussi le subtil "même pas capable de garder un mec", qui renvoie les relations les plus intimes à une guerre des sexes, et plus largement à une compétition avec le reste des femmes de la planète. Tout à coup, le couple, ce lieu d'abandon, de confiance et de volupté, se révèle n'être que machinations, calculs et stratégies. Et il revient à la nana, et à elle seule donc, de travailler dur pour le garder, son mec chèrement gagné.
    Ce moment vertigineux du "même pas capable de garder un mec". Tout à coup s'ouvre sous vos pieds l'abîme. Et la vieille porte qu'on avait naïvement cru fermée à tout jamais, aveuglée par les années d'école mixte, de discussions entre copains de fac, de discours progressistes et de lois sur la parité, la vieille porte grince et on a mille ans.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas expérimenté mais effectivement, ça me paraît bien vu. Ce n'est pas le crapaud qui se change en Prince (assertion par ailleurs spéciste, moi j'adore les crapauds, ces mal aimés pour délit de façiès), mais la princesse qui se change en ménagère à balayette et gants Mapa. Et oui, bien sûr, tout ça sert à mettre les femmes en compétition les unes avec les autres, alors que c'est l'inverse chez nos voisins de planète, plus sages que nous, je veux parler des animaux non humains. C'est une histoire de mise en captivité. D'ailleurs, il faut tellement le garder son prince que c'est aussi jusqu'à la mort : battues comme plâtre, en danger dans leur propre foyer, elles ne partent pas, partir impliquant qu'on a raté son histoire d'amour à la face de la société.

      Supprimer