mercredi 29 mars 2017

Nommer le problème : la violence masculine

Lycée Tocqueville à Grasse le 16 mars 2017 : un jeune homme de 16 ans rentre dans son lycée armé d'un fusil et de deux revolvers fauchés à ses père et grand-père et déclenche une fusillade, blessant son proviseur et 7 autres personnes. Le garçon est une sorte de fils d'archevêque, normalement bien intégré socialement, rien à voir avec un "jeune de banlieue" (expression consacrée) pouvant susciter la compassion des tenants de la thèse des damnés de la terre ex-colonisés : son père est conseiller municipal passé du Front National à Les Républicains. La Ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem se fend d'un communiqué où elle excuse le geste en désignant "un jeune homme fragile", "fasciné par les armes à feu", complète Christian Estrosi. Le garçon est surtout fasciné par les meurtriers de masse style Columbine High School (USA) ou deux garçons sèmeront la mort en 1999 en tuant 12 élèves et un professeur, mais passons. Moi, je veux bien aussi être "fragile" à la tête d'un arsenal.
#Grasse - "Je m'attendais à voir un fauve en cage, je suis tombé sur un gamin avec une gueule d'ange" dira l'avocat du tireur. Bon, bref, un enfant de chœur. S'en suivent caméras et micro trottoirs des voisins tombant des nues, et cellule psychologique. Le truc habituel. On a évité la énième marche blanche sans pancarte ni insignes, c'est déjà ça !

Deux jours plus tard, 18 mars, un type en cavale depuis le soir précédent tente de dérober son arme à une femme de la force Sentinelle à l'aéroport d'Orly et est abattu par les collègues de la militaire. On apprendra au fil du déroulé de l'enquête, qu'après s'être copieusement alcoolisé dans un bar et avoir pris des stupéfiants, cet habitant du Val d'Oise, français de 40 ans issu l'immigration, délinquant de droit commun condamné plusieurs fois, vient faire une fin à Orly en se réclamant opportunément d'Allah : suicide by cops, disent les anglo-saxons. Suicide par policiers interposés. Le billet sans retour vers l'au-delà quand l'avenir est borné. Je sais, mon analyse n'est pas en phase avec les vendeurs de guerre et de l'"état de guerre" qui font les beaux jours du Front National et de l'Etat d'urgence.
Ce qui était intéressant, c'était d'aller sur Twitter lire les hashtags #Grasse et #Orly ou #OrlyAttack (en anglais ça sonne mieux !) voir les twittos/twittas des deux bords, extrême-droite et extrême-gauche se tirer la bourre à coups de gif animés et de ricanements, spéculations et procès d'intention, avant qu'on sache quoique ce soit sur l'origine des terroristes ni de leurs motivations, en fonction de leurs opinions politiques. Par acquis de conscience, j'ai descendu la timeline histoire de trouver un tweet intelligent, réellement informatif et dépassionnant le débat : en pure perte. Pas un journaliste objectif en vue, ces jours-là. Mais encore plus remarquable, le fait massif qui crevait le yeux et s'imposait à la raison, -en tous cas à la mienne- c'était que pas un.e seul.e des débatteurs (si on peut dire) ne faisait la remarque que dans tous les cas, le fauteur de trouble était de sexe mâle !

Motus, omertà, loi du silence. Bœuf sur la langue", comme écrivait la regrettée Christiane Rochefort.
Aveuglement volontaire ? Consensus mou ? Oubli du fait qu'à chaque Noël on offre aux gars des armes en plastique bien imitées, histoire de leur instiller qu'ils sont les saigneurs de la Terre ? Valorisation des comportements irresponsables des garçons mais diffamation des femmes et filles. Et que ça finit par nous revenir en boomerang dans la tronche, à force ?

Ebahissement des gens de la rue : le tueur est toujours un bon voisin, plutôt taciturne toutefois, voire sanglier solitaire qui n'aime pas qu'on lui casse les burnes, mais sans plus. Les spécistes suprémacistes humains qui ont toujours un autre agenda à nous refiler, -les tirs de loups, espèce protégée par les traités supra-nationaux que la France signe puis viole dans les jours d'après- passent à "loup solitaire" quand ça vire vraiment vinaigre et qu'il faut déclasser le criminel d'espèce humaine à espèce animale réputée féroce, le crime étant par trop insupportable ! Coup double, l'expression s'impose. "Gueule d'ange", beauté du diable dans un cas, petit délinquant de droit commun dans l'autre (oui, à 16 ans on est plus frais qu'à 40, surtout quand on a passé quelques années à l'ombre d'une geôle !). L'(a fausse, c'est pas possible autrement) ingénuité de l'espèce humaine laisse pantoise : mais quoi, quoi, quoi, les délinquants ne sortent pas du ventre de leur mère avec "violeur, terroriste,..." tatoué sur le front ? Comme le monde est mal fait, mon pauvre Monsieur !

Eh bien non, les enfants qui naissent, garçons ou filles, ne sont pas prédestinés à devenir violeurs ou tueurs de masse, ni même petits délinquants ou terroristes fous : c'est la société qui les y conduit, par l'abandon sociétal, les mauvaises rencontres, un père de famille incestueux ou violeur, une mère impuissante, épuisée et abandonnée, que sais-je, mais il faut tout de même constater aussi que tous les enfants victimes d'inceste, de mauvaises rencontres, ou d'un père violeur ne deviennent pas non plus tous des délinquants, que leur libre-arbitre continue à fonctionner. Rappelons aussi que la vie est plus difficile pour les filles et femmes, l'éducation plus restrictive et répressive, qu'elles sont plus souvent victimes d'injustices sociales et de prédateurs sexuels, MAIS qu'elles fournissent moins d'inadaptées sociales, que tout en ayant à surmonter plus d'obstacles, elles s'intègrent, qu'elles sont plus vertueuses et méritantes, ces gros mot méprisants ! La "vertu"*, vous pensez, quel ennui, dans une société qui valorise au plus haut point la violence, l'inconduite et les bad boys.

96, 2 % de la population carcérale sont des hommes. Qui finissent par coûter cher à la société : en skate parks, en terrains de foot, en cours du soir préventifs (en tous cas, à en croire les pubs Acadomia ne ciblant que les garçons), et autres "investissements" en pure perte, puisque les garçons restent largement en tête des statistiques de la délinquance, puis, ensuite, en frais de justice et places de prisons. Sans compter les victimes abîmées à vie de leur violence - routière incluse. Alors ? Il est temps de cesser ce silence, ces omissions, ce déni, il est temps de soulever le couvercle patriarcal et regarder en dessous : il est temps de nommer la violence masculine et de dénoncer les torts qu'elle cause à la société. Il est impossible de porter remède à ce qu'on refuse de voir et de nommer. Il faut aussi valoriser les filles et leurs comportements positifs, leur courage et leur combativité dans une société qui ne valorise que leur abnégation et ne voit qu'en négatif leurs indéniables qualités.



Un lien qui confirme l'effacement de la violence masculine dans Mondes sociaux  -Radicalisation et injonction à l'individualisation- qui emploie ad nauseam l'adjectif substantivé "jeune.s" et qui noie bien le poisson. Les filles ne sont jamais jeunes, elles, certainement.

* Je sais que vertu est connoté religieux, mais je ne trouve pas de synonyme satisfaisant. Pas faute d'avoir cherché pourtant.

lundi 20 mars 2017

Les animaux ne sont pas comestibles

C'est l'itinéraire d'un omnivore, devenu végétarien, puis végétalien, puis végane (définitions ci-dessous), au hasard des épreuves infligées par la vie : un chien et un mouton offerts dans l'enfance déclenchent une première prise de conscience non suivie d'effet, normal quand on est un enfant impuissant face à l'injustice, car ce sont les adultes qui imposent leur loi. Le chien su(rv)ivra, mais le mouton finira en conserves lors d'une migration de la famille de l'auteur vers la ville, la pauvreté servant d'argument pour le meurtre du copain animal mouton, pas celui du chien. Il faut du temps et de l'indépendance d'esprit pour se forger une conscience dans une société qui pratique à telles doses les incohérences spécistes et l'annihilation de toute empathie depuis la plus tendre enfance pour faire passer ses messages et traditions carnistes. Les épreuves personnelles (deuil, chômage, maladie,...) peuvent faire évoluer vers une alimentation non-violente. C'est le cas de pas mal de végétariens et végétaliens que je connais. Les traitements hospitaliers inhumains infligés en fin de vie au père de Martin Page contribueront aussi à cette conscientisation. De végétarien se nourrissant d'œufs et amateur de fromages, il glisse vers le végétalisme strict, en donnant un blouson de cuir, adoré pendant des années, parce qu'il ne supporte plus de le porter. Puis vient l'étape de l'engagement politique en véganisme, mouvement pacifique de libération des animaux, êtres sentients et nés libres comme nous, non destinés à finir à la boucherie pour les animaux dits d'élevage ou de rapport, non destinés à être torturés dans les laboratoires des sous-sols des hôpitaux parisiens ou d'ailleurs, et non destinés à être enfermés et dressés pour le caprice des humains dans des delphinariums et dans des cirques.


LES DÉFINITIONS DE MARTIN PAGE

Végétarisme : "Pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale (petit rappel : les poissons sont des animaux, si on mange du poisson on est donc un omnivore)."

Végétalisme : "Régime alimentaire qui exclut les produits animaux et issus des animaux. C'est la version alimentaire et dépolitisée du véganisme."

Véganisme : "Mouvement politique en faveur des animaux et opposé à la suprématie humaine. Il consiste à ne consommer aucun produit ou service issus des animaux ou de leur exploitation, et à militer publiquement pour que les animaux soient considérés comme des individus."

Spécisme : "Considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, et le traitement discriminatoire qui en découle, notamment à l'encontre des animaux d'élevage, destinés à l'expérimentation ou considérés comme nuisibles." Par extension, il  renvoie aussi à une considération morale discriminant les espèces : les animaux de compagnie et les animaux en voie de disparition voient leur intérêt davantage pris en compte.

Vademecum de la / du parfait.e militant.e, à potasser et à avoir sur soi, ce livre est aussi une somme de ressources : mon choix forcément partial.

Conseils en alimentation, très pragmatiques, où trouver ses protéines (partout), son calcium, toutes les vitamines et nutriments nécessaires à une bonne alimentation et une bonne santé sans exploitation des animaux, comment lire les étiquettes. C'est là où serait ma critique : on tombe un peu dans la technique technologique, ce défaut typiquement masculin. Mais ses recettes et celles de sa femme artiste valent certainement le détour. Les différents sites Internet et réseaux sociaux de Martin Page sont à la fin du livre. C'est très didactique et passionnant.

Politique : le végétalisme, et donc le véganisme, sont souvent  présentés comme élitistes, ou comme une nourriture de bobos. Alors qu'il est au contraire tout à fait économique : un kilo de lentilles (même bio) est moins cher qu'un kilo de poisson ou de viande. En revanche, le capitalisme carniste fait que les les plus pauvres vivent dans des déserts alimentaires, des quartiers "défavorisés" où il n'y que Mc Do et la chaîne de supermarché à rayon fruits et légumes étiques, importés et fanés pour aller faire des courses, ou aller manger. Les centres-villes ont des marchés approvisionnés en produits frais, de saison, et locaux qui devraient être accessibles à toustes. Il est plus simple pour pas mal de gens modestes d'aller vers de la viande de mauvaise qualité , parce que tout (l'industrie, la pub, la désinformation nutritionnelle) pousse les pauvres en direction d'une alimentation médiocre ".

Argumentatif : comment répondre (ou ne pas répondre !) aux "cris de la carotte" et autre "Hitler était végétarien" (faux, bien sûr), ces diversions (il y en a d'autres) des carnistes sans arguments : le massacre animal est massif, donc la réalité est douloureuse, faisons diversion, prenons la tangente. Staline, Pol Pot, Napoléon étaient omnivores, il ne viendrait à l'idée de personne de l'utiliser comme argument contre l'omnivorisme parce que le carnisme est l'idéologie dominante et incontestée. Les féministes luttant contre l'idéologie patriarcale sont aussi confrontées aux diversions (reconnaître qu'on subit une oppression massive est douloureux), accusées de ne pas aimer les hommes, alors qu'elles combattent un système. "Tu n'aimes pas les hommes, tu n'aimes pas la viande". Euh, non, les hommes je m'en fous un peu, c'est l'inéquité qui me fout la gerbe, et la viande, j'ai juste dit que je n'en mange pas, et que " ne pas manger les animaux est une libération."

Féminisme et Convergence des luttes : C'est [la philosophe] Margaret Cavendish qui fut une des premières à répliquer à la théorie des animaux-machines de Descartes... On peut aussi citer, plus tard, Frances Power Cobbe et nombre de suffragettes, ainsi que Louise Michel, Rosa Luxembourg, Sophie Zaïkowska, Angela Davis. Evidemment, comme dans tout mouvement, les hommes sont arrivés et ont pris beaucoup de place. Ils ont minoré l'apport des femmes. Qui sait qu'avant Peter Singer, il y a eu Brigid Brophy (The rights of animals) et Ruth Harrison (Animal machines) ? ".  Je rajouterais Mary Shelley pour le végétarisme et son héros compassionnel et végétarien le Monstre de Frankenstein.

Il est aussi regrettable d'entendre sans cesse parler de Singer comme du père de la cause animale. Un combat politique n'a pas besoin de père (toujours cette même vision patriarcale). C'est oublier que l'essentiel des textes et des actions ont été produits précédemment par des femmes dont on a minoré l'importance ".

" Les opprimés ont un privilège épistémologique "- Nancy Hartsock, féministe matérialiste, auteure de The féminist standpoint.

Faites gaffe les hommes et animalistes qui maîtrisez mal certaines notions, et qui faites des rapprochements dangereux, comme j'en vois de temps en temps passer. C'est délicat. Voici ce qu'écrit Martin Page à ce sujet : " si je parle clairement de la guerre faite aux animaux par l'espèce humaine, j'évite de comparer l'oppression des animaux à celles subies par les esclaves, par les femmes, par les Juifs et les Tziganes. [...] Quand Isaac  Bashevis Singer compare le génocide animal à celui des Juifs, et quand il écrit "ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l'homme le faisait à l'animal" et "pour les animaux, c'est un éternel Treblinka", il est légitime car il a perdu une partie de sa famille dans les camps de la mort. Ça lui appartient, c'est lié à son histoire ". 

" Je trouve problématique d'entendre des hommes blancs peu engagés contre le racisme comparer l'esclavage des animaux à celui des Africains. Je trouve problématique quand des hommes utilisent l'image du viol pour parler de la manière dont les vaches sont inséminées. Mais quand la militante végane Dallas Rising le fait, je l'écoute. Elle a été victime d'un viol. "

Et à propos de végéphobie : attention aussi à l'emploi à tort et à travers du suffixe phobie : " les véganes ne sont pas opprimés : ce sont les animaux qui le sont ".



Voilà mon résumé, partiel et partial forcément, j'y ai mis ce qui m'a le plus touchée, selon mes préoccupations et convictions. Mais ce livre n'est pas que de la philosophie, il est un vademecum pour les omnis qui veulent évoluer, pour les végétariens et les végétaliens non encore sortis du placard, comme pour les plus avertis des militants. Un investissement utile, un livre à garder et à consulter quand on en a besoin.

Tu ne mangeras plus jamais mes lasagnes, alors ? Demande la mère de l'auteur dont les lasagnes au bœuf avec une louchée de crème, couvertes d'une couche de gruyère fondu, constituaient les repas des dimanches en famille. Mais bien sûr que si qu'on va continuer la tradition familiale, d'ailleurs on a complètement transposé ta recette, elle est devenue végétalienne et elle est tout aussi délicieuse, répond Martin Page. Comme Jonathan Safran Foer qui décide dans Faut-il manger les animaux que désormais on continuera à fêter traditionnellement Thanksgiving avec du tofu, du seitan, et des légumes, mais qu'il n'y aura plus jamais de dinde sur la table.

Les citations du livre de Martin Page sont en caractères gras et rouges.
Les illustrations sont de Laurence Chéné.
Désolée pour les liens en anglais, mais les notices Wikipedia en français des philosophes anglaises sont soit quasi vides, soit ne mentionnent pas le véganisme d'Angela Davis, ni les féministes "for animal rights" américaines.

lundi 13 mars 2017

Rôles-modèles 2 : femmes pionnières de l'informatique et des mathématiques

Je complète mon billet sur les pionnières du codage informatique avec ces trois femmes ingénieure spatiale, responsable du projet informatique IBM, et mathématicienne de la NASA qui a calculé à la main et à la craie la trajectoire de mise en orbite de John Glenn pour le projet Mercury, Friendship 7 en 1962, ainsi que le lieu exact de son retour sur terre. Katherine Johnson étant une pure mathématicienne, je préfère leur dédier un billet spécial à l'occasion de la sortie de Hidden figures (Les figures de l'ombre) en 2017, film-hommage de Theodore Melfi.


Katherine Johnson - 1918- Mathématicienne de la NASA affectée au Projet Mercury qui envoie le premier américain en orbite terrestre en 1962, après que les Soviétiques eurent mis en orbite leur premier vol habité en 1961 avec Youri Gagarine, coiffant les USA au poteau. Katherine Johnson, "génie des maths" calcule à la main la trajectoire de vol du Colonel Glenn, et retour. Obligation : ramener l'astronaute vivant. Contraintes : qu'il ne rentre pas trop vite dans l'atmosphère ce qui le transformerait en steak grillé, et sans dévier, ce qui le renverrait en orbite, où il aurait le temps de mourir gelé, en attente de secours improbable. John Glenn fera d'ailleurs les manipulations de retour à la main, le dispositif automatique étant tombé en panne. Katherine Johnson collabore également au projet Apollo 11 de conquête de la lune en 1969. Elle a fait toute sa carrière à la NASA.


Dorothy Vaughan - 1910-2008 - Mathématicienne du groupe de calcul de la NASA, puis responsable du programme informatique de la mission Mercury Friendship 7. Elle dirige le groupe des 30 mathématiciennes programmeuses en Fortran, (eh oui, rien que des femmes !) langage machine pour l'ordinateur IBM de la Nasa qui produit les calculs intermédiaires du premier vol spatial Mercury en 1962.


Mary Jackson - 1921-2005 - Mathématicienne et Ingénieure spatiale pour la NASA où elle fait toute sa carrière ; elle travaille d'abord dans le groupe de calculatrices spatiales de Dorothy Vaughan, avant de devenir ingénieure spatiale : analyse de flux d'air, poussée, compressibilité.

Toutes trois font partie du groupe d'afro-américaines qui travaillaient à part, à Langley, pour la recherche spatiale, dans un état où sévissait encore la ségrégation raciale, la Virginie.

Que dire du film ? Que Theodore Melfi est un honnête metteur en scène, que filmer des équations mathématiques (Katherine Johnson en jupe, juchée sur une échelle, écrivant des équations à la craie sur un tableau noir, devant des mecs blancs dubitatifs puis envieux de ses fulgurances, qui regardent !) et de la programmation en Fortran, ce n'est pas cinématographique du tout, mais qu'il s'en tire tout de même bien, avec tous les défauts du cinéma
hollywoodien : sentimentalité envahissante, mères courage, et glamour. C'est harassant de voir ces femmes se battre contre le racisme-machisme, les préjugés des hommes blancs, la passivité des femmes blanches, et le sexisme paternaliste des hommes noirs de leur entourage. Elles valent bien un article à elles seules. Allez voir le film, il est empowering et ces trois femmes sont magnifiques, courageuses et charismatiques. Je suis sûre et certaine qu'il va déclencher des vocations chez les filles. Math is for grrrlz.



mercredi 8 mars 2017

#8mars Journée Internationale des Droits des Femmes

International Women's Day



C'est notre 8 mai 1945 à nous, notre journée d'armistice, sans traité de paix, comme il se doit, contre les femmes la guerre reprend dès le lendemain ! Discriminations, doubles-standards, plafonds de verre, double bind, contrainte à la sexualité et à la reproduction, harcèlement, insultes dans la rue, terrorisme machiste histoire de nous rappeler qui détient le pouvoir et n'a pas l'intention de le lâcher, surtout sur les sujets qui nous concernent au premier chef. Bien entendu les patriarcaux et leurs agent.es s'arrangent pour en mal prononcer l'intitulé et les intentions : attendez vous à des "journée de la fame" prononcés par des journalistes et présentateurs atteints de psittacisme, et qu'en plus, elle va tourner à l'avantage des confiseurs, des fleuristes, et des fabricants de soutifs. Donc, préparez bien vos oreilles et buvez des verveines histoire de calmer votre rythme cardiaque.

Le 8 mars est une journée de militantisme quoique, pour ce qui me concerne, le militantisme dure toute l'année. En attendant, voici le programme de la journée, les actions partout en France : cliquez sur les liens vers le site d'Osez le Féminisme



Si vous bossez et n'arrivez pas à vous libérer, vous pouvez peut-être mettre à profit cette journée pour obtenir un rendez-vous de votre patron pour lui demander une promotion ou une augmentation de salaire en lui mettant sous le nez des graphiques, tableaux et arguments montrant que vous faites tous les jours progresser -selon votre poste : la gestion, le chiffre d'affaires, la qualité de l'accueil ou industrielle, la propreté, des recrutements de qualité, la communication, la productivité,... de son entreprise. Qui sait ? L'effet 8 mars peut jouer en votre faveur. Si vous n'obtenez rien, promettez-vous de revenir à la charge. La cooptation masculine est la source inépuisable de l'incompétence au pouvoir dans les entreprises ! Vous ne pouvez définitivement pas laisser faire.

 Devenez le PDG que vous parents ont toujours voulu vous voir épouser ! Source Twitter

Imaginez la "Journée du Noir " dans le même style que la Journée de la 
fâme ?

J'ai trouvé sur Twitter cette capture d'écran d'un compte Facebook -introuvable- puisque je ne suis décidément pas dans les papiers de Zuckerberg, qui par ailleurs se garde l'exclusivité des publications de ses abonné.es.  


Vous pouvez aussi y aller de vos pochoirs, tags, bandeaux adhésifs contre le harcèlement de rues ou le sexisme des affiches publicitaires.

Bon #8 mars militant :))

Actualisation 8 mars 14H30 
Ne ratez pas dans Charlie Hebdo de ce mercredi n° 1285 la double page centrale : Féministes, immigrées et laïques : la triple peine.
Betty Lachgar : marocaine, psychologue, fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles MALI.
Diaryatou Bah : Franco-guinéenne, animatrice au Centre social de Montreuil.
Fatima Benomar : Fondatrice des efFRONTTées, groupe féministe progressiste, laïque, antiraciste, antilibéral. Ex-militante d'Osez le féminisme qu'elle a trouvé "sans culture de la désobéissance civile et de l'éducation populaire".
Soudeh Rad, iranienne en France, éditorialiste de sites internet en persan. Assistante administrative en entreprise.

Actualisation 8 mars 18H30




PS : Mon billet est optimisé sur Chrome (espacements, centrages images et texte). Je m'aperçois qu'il n'a pas le même aspect en fonction du navigateur -Mozilla notamment, qui est en berne chez moi, depuis hier soir.

vendredi 3 mars 2017

Revue d'actualité

Ressac - Backlash

Le Texas, qu'on ne présente plus, -il avait déjà tenté d'imposer en 2016 une inhumation pour tous les fœtus avortés-, récidive avec une proposition de loi autorisant le médecin (article en anglais) à se réserver le choix de révéler à la femme enceinte qui le consulte, l'état de santé du foetus qu'elle porte. La future mère serait ainsi incapable de faire le choix informé de mener ou non sa grossesse à terme. Le médecin pourrait être autorisé à trahir son serment, à mentir au moins par omission, à tromper sa patiente, de quoi entamer sérieusement la confiance en son praticien. Ne parlons pas de l'éternel état de mineure, irresponsable, où ces législateurs pensent pouvoir tenir les femmes. A moins qu'il n'y ait des arrières-pensées : les contraindre à procréer, les éloigner durablement du marché de l'emploi où elles sont perçues comme des concurrentes des hommes, et bien sûr, les maintenir dans la faiblesse économique, ce qui alimente un pool de désespérées qui n'auront que la prostitution comme dernier expédient de survie. Ces méthodes d'arraisonnement des femmes sont ancestrales comme le patriarcat.

Trump, les libéraux et l'inutilité économique des femmes

Dans la droite ligne de ce qui se passe au Texas, la virilité toxique ayant repris le pouvoir en la personne de Trump aux USA, des décrets contre les pauvres, donc les femmes, sont signés en rafale : désengagement financier aux agences d'aides nationales et internationales dont les femmes sont principales récipiendaires à cause de leur pauvreté endémique, suppressions d'emplois dans la fonction publique, relances de chantiers liés directement ou indirectement à l'extractivisme, constructions de pipe-lines..., à forte concentration d'emplois masculins : généralement sur ces chantiers, comme lors d'événements à majorité masculine, sessions parlementaires, tournois sportifs.., on observe un afflux de prostituées. L'article, excellent, est à lire en français en suivant ce lien.

Les conjointes d'artisans, toujours pas de couverture sociale.

J'avais rendez-vous cette semaine avec mon assureure pour un point matrimoine. Après avoir évacué le sujet, nous avons parlé boutique commerciale : elle rencontre dans ses activités des artisans-commerçants et donc les conjointes (généralement, ce sont des femmes à 98 %) pour leur vendre des assurances. Elle m'a raconté comment elle marne pour tenter de faire comprendre à Monsieur, et même à Madame, qu'il vaut mieux mettre à l'abri sa conjointe avec une couverture sociale et une assurance en cas d'accident de la vie : divorce, décès, accident, Robert qui part avec la caisse (c'était ma contribution, j'ai vu faire), etc... Toutes les joyeusetés du mariage et de la séparation en somme. Et bien, figurez-vous qu'elle trouve encore des femmes sans couverture sociale en propre alors qu'elles travaillent avec leur mari : secrétariat, comptabilité, tenue d'agenda, travail réel, non fictif mais NON REMUNERE et non déclaré. Elles sont toujours ayant droit du mari. J'ai, moi, déjà rencontré des cas où Robert fait croire à sa femme qu'il la déclare, alors que non. Mais impossible de parler de divorce ou séparation selon mon assureure, c'est la meilleure façon de perdre un client et de faire fuir un prospect. Beau savoir qu'un couple sur deux divorce, rien n'y fait. L'hystérie de l'amourrrrr toujourrrrrs continue ses ravages. Je vais faire œuvre de salubrité publique : Mesdames, si vous passez par ici, exigez un salaire et une couverture sociale, un contrat de séparation de biens, une assurance décès ou invalidité : ils ne tuent pas l'amour, c'est même une preuve d'amour. Faire un testament ne fait pas mourir, là c'est pareil. S'il refuse, barrez-vous ! Vite. Loin. Avant qu'il ne soit trop tard. A la loterie, vous avez tiré un gros sagouin.

Vous avez combien de parts ? 

Me demande une de mes caisses qui vient se servir sur mon compte parce qu'elle a les clés du coffre. Comme le technolecte fiscal ne m'est pas familier, je demande un décodeur : une part, c'est quand vous êtes nokids (nullipare, en obstétrical), célibataire sans personne à charge, me déchiffre-t-on. J'ai effectivement une part, ça me suffit, je ne mange pas la laine sur le dos de la planète moi, je ne balance pas de jouets cassés ni d'électro-ménager dans les rivières, moi ! J'essaie d'être le plus décarbonée possible, si vous préférez. Et bien voilà, me répond mon interlocuteur, vous avez plus d'impôts et de CSG à payer ! Quel monde étrange : on est 7 milliards 300 millions vivant sur la bête, très mal pour plus de la moitié du monde ; ici, pas de place en crèche, ni en maternelle, pas de place dans les universités, chômage incompressible avec plus 140 000 primo-demandeurs arrivant sur le "marché" de l'emploi tous les ans à cause de la natalité française "dynamique" SIC, pas de place en maison de retraite, plus de place dans les cimetières, mais la fiscalité incite à la natalité ? On est vraiment mal barrées.