lundi 19 février 2018

Comment l'amour empoisonne les femmes


" Le problème avec certaines femmes, c'est qu'elles s'excitent à propos de rien - et qu'elles l'épousent " - Cher, artiste chanteuse.

Cette semaine je propose un billet tentant une critique politique de l'amour qui risque de ne pas trop aller dans le sens des féministes pop, celles qui " reprennent, sans avoir les armes pour le critiquer, le discours des magazines de mode qui détourne depuis longtemps le vocabulaire féministe à son profit "*, selon une citation de Christine Bard, historienne du féminisme, professeure à l'Université d'Angers. Ni dans celui des féministes réformistes libérales qui ont l'air de tout vouloir : le beurre, l'argent du beurre et le crémier. Se marier dans une perspective égalitaire, avoir des enfants, réussir une carrière professionnelle en "conciliant", restent un fort désir des femmes. L'injonction patriarcale et sociétale est puissante : on doit rencontrer l'amour, garder l'amoureux, et pour réussir sa "vie de femme", procréer et donner au moins deux ou trois beaux enfants au Prince Charmant. La politique nataliste française y pousse d'ailleurs fortement. Le problème c'est que la vie nous apprend que nous devons faire des choix et que choisir c'est élire une chose, et dire non aux autres possibilités. Le choix est discriminant. Et frustrant.

Mon fil d'abonnements Twitter est rempli de nouvelles et liens d'agressions sexuelles, de batailles homériques entre époux lors des divorces (demandés à 85 % par les femmes ainsi que la "garde" des enfants -alors qu'on devrait plutôt dire "la charge" (Delphy), mais le choix du vocabulaire fait aussi partie des conventions aliénantes ; il est truffé de recensement des meurtres maritaux relatés en formules euphémisantes comme il se doit par les journalistes complices de la société patriarcale tentant de noyer le poisson eux aussi, dans les pages Faits Divers de la Presse Quotidienne Régionale. Il faut préserver l'institution pour ses principaux bénéficiaires : les hommes. Bravo à ces militantes pour ce travail fastidieux et débilitant, car la fréquence des meurtres, tous les trois jours environ, ne faiblit pas. L'amour blesse et tue, déchire les parents et les enfants, quand il y en a, lors des divorces, mais aucune critique n'est émise sur ce singulier sentiment à l'évidence pathologique qu'est l'amour. Chacune travaille en profondeur son petit segment dénonçant sans relâche la violence masculine endémique, voire épidémique, puisque pour les cas extrêmes, des générations de femmes, de grand-mère, en mère, puis fille reproduisent la malédiction, en tombant comme par hasard systématiquement sur un violent, cogneur, violeur et incestueux. Lire par exemple Laetitia ou la fin des hommes par Yvan Jablonka, ou allez voir le film Jusqu'à la garde de Xavier Legrand où l'on voit clairement la fille tomber dans le même piège que sa mère pour fuir la violence familiale.

Mais ceci posé et documenté, que fait-on ? Quand il y a réponse, elle est toujours la même, partielle selon moi, éduquer les garçons, leur dire de ne pas cogner ni violer, de ne pas agresser les filles. Évidemment je suis 100 % d'accord avec ça, c'est bien la première chose à faire, quoiqu'on ne voit pas la société s'empresser réellement, il y a toujours d'autres sujets tellement brûlants à traiter avant ! Et puis ne rien préconiser pour les filles et femmes, n'est-ce pas répondre seulement à moitié au problème ? Les garçons et la désastreuse façon dont ils sont élevés sont un problème, les filles ne pourraient-elles pas être la solution ? Ne peut-on pas en tous cas travailler sur cette hypothèse ?

C'est quoi l'amour ? Une affaire d'ocytocine, de progestérone ? Une construction sociale ? Un comportement, dévoyé en sentiment pathologique et toxique ?


Selon Peggy Sastre, Docteure ne philosophie des sciences, spécialiste de Darwin, tout est affaire de biologie, de sélection naturelle : l'addictive ocytocine, hormone provoquant bien-être et apaisement secrétée lors de l'orgasme, et la progestérone qui régit les réactions du corps de la femme enceinte et bloque son système immunitaire tentant d'expulser la moitié "non-soi" du fœtus puisqu'une moitié vient du père, voilà les ennemies. " L'amour, même lorsqu'il n'est pas pathologique au sens strict, partage avec la dépendance une foule de structures cognitives, de schémas comportementaux et de processus neurochimiques". On ne présente plus Peggy Sastre : rien à voir avec la construction sociale, tout à voir avec la biologie. Si la préférence des femmes, même des féministes, dont une grande proportion sont des lesbiennes (si seulement, mais c'est faux !) "va à des partenaires physiquement et socialement dominants, des bad boys, des "babouins de compète", c'est parce que ces derniers sont capables de les protéger des prédateurs internes et externes de l'espèce". L'antispéciste que je suis s'insurge : comparer les babouins aux mecs de l'espèce humaine est diffamatoire pour les babouins, franchement :( C'est l'hypothèse du garde du corps. Elle a façonné notre psychologie de femelles. De même, notre aversion pour le sale et les charognes, c'est parce que nos organes génitaux sont plus sensibles, nous avons plus de chance de contracter des infections car nos muqueuses génitales sont plus importantes que celles des hommes ; du coup, nous faisons le ménage pour restaurer le propre, alors que nos mâles font le ménage pour contenir le sale ! Nuance. Ce dégoût qui toucherait plus facilement les femmes fait aussi que les végétariens sont aussi en immense majorité des végétariennes. Bref, Mesdames, libérez-vous de vos hormones. D'ailleurs, Peggy Sastre donne une explication originale : le féminisme se serait imposé à cause de la "pasteurisation de la société". L'hygiène, les vaccins, permettant une plus grande sécurité sanitaire pour les femmes, diminuant les pathogènes et les risques pour la santé auxquels ils exposent, auraient permis l'avènement du féminisme, et une plus grande promiscuité. Bien que truffé de notations scientifiques sur les hormones, le livre est drôle et enlevé, et par moments j'ai beaucoup ri.

Toutefois dans cette perspective du tout hormonal et de l'inscription dans les gènes, on se demande pourquoi la société perdrait un temps infini à nous pourrir la tête, à nous les filles, dès le berceau, avec des poupons et des dînettes en plastique, des contes à dormir debout sur le Prince Charmant -qui a la fâcheuse tendance à transformer la princesse charmante d'un jour en bonniche toujours-, et qu'en plus nous serions désireuses de leur passer la bague au doigt, pendant que les mecs eux, nettement moins investis dans l'aaamourrr -fait indéniable-, cette affaire de femmes dépendantes, seraient tout occupés à retarder le moment fatidique. Évidemment, c'est une grossière inversion patriarcale : eux seuls ont besoin du mariage pour savoir que leurs enfants sont les leurs ; ils détestent les femmes indépendantes, et toute tentative de prise de pouvoir de notre part, même lorsqu'il s'agit juste de maîtriser notre propre destin et notre corps, est vécu comme une tentative castratrice de grande ampleur. Gare aux effrontées.

Selon Peggy Sastre, pour les femmes, "Le mariage est un cercueil dont les enfants sont les clous". Même si nos explications diffèrent, au moins, nous arrivons à tomber d'accord sur le résultat. L'investissement dans l'amour est affaire de femmes et cet investissement est dissymétrique : elles investissent sur leur "féminité" qu'elles pensent puissante, encouragées par la presse féminine et toute la culture pop qui le leur serine à rythme hebdomadaire. Elles font tous les efforts et s'investissent, les hommes se laissent porter, font carrière, se mettent les pieds sous la table, et... perçoivent au final tous les gains économiques. Sauf que.

"La féminité, c'est ce qui est non masculin, ce qui est dépourvu de pouvoir" - Christine Bard.
Non, nous ne sommes pas toute puissantes : le système n'est pas fait pour nous. Cessez de chercher le "mari idéal", il n'existe pas ; et si vous rabattez vos prétentions, cessez de penser que vous "allez le changer" ! Il n'y a pas intérêt. Il passe confortablement de la charge de sa mère à la vôtre : vous nettoierez sa chambre, laverez son linge, élèverez ses enfants, comme a fait sa mère, le système est fait par eux, pour leur plus grand bénéfice. Il y aura un moment où vous mettrez votre carrière entre parenthèse pour vous occuper des enfants. Non, vous pouvez juste limiter la voilure et les dommages pour vous. En attendant que les lois s'appliquent réellement, parce que les lois sont là.

L'amour est d'abord un comportement basé sur l'échange et la réciprocité, mis au point et affiné par l'évolution pour permettre aux êtres animaux d'élever leurs petits, dépendants de leurs parents pour leur sécurité et leur nourriture, les parents dépendants de leurs petits pour se perpétuer. Quand les petits sont grands, ils doivent quitter leurs parents, et soit le couple se défait, soit les deux restent fidèles l'un à l'autre. On trouve ce cas chez certains oiseaux. Que les humains aient fait de ce comportement mutualiste un sentiment pouvant aller jusqu'à la névrose (dans le sens de vouloir à tout prix se conformer à une injonction sociale), et même jusqu'à la pathologie pouvant blesser, tuer et détruire, c'est une construction sociale toxique qui pervertit la notion même d'amour. Même si cette construction sociale peut être aggravée par des pics hormonaux, j'en conviens. Hello, Peggy Sastre.

Que disent les féministes de l'amour ? Le Dictionnaire des féministes a une entrée "Amour" sur trois pages. En substance, "dans l'imaginaire patriarcal, la révolte des femmes constitue une menace pour l'amour". Tiens donc. Le positionnement féministe sur le sujet est que l'amour est "un échange inégal, une duperie, une réduction de l'être, un esclavage. Le féminisme déconstruit une culture de l'amour profondément sexuée et sexiste, condamnant les filles à l'attente du Prince Charmant et les condamnant à une déception programmée ". Le féminisme apporte des proposition neuves, adossées à d'autres courants de pensée politique : libertaire, communiste, queer... Et puis l'amour (lesbien) entre féministes est l'objet de valorisation, de Monique Wittig à Catherine Corsini, à Marie-Jo Bonnet, dont les œuvres "s'intéressent à cet amour qui donne la force de résister et de créer".

Nous ne sommes pas toutes lesbiennes, bien sûr. Mais je crois qu'on peut résister à la propagande et à la pollution patriarcales, choisir en connaissance de cause, bien évaluer ce qu'on veut vraiment dans l'existence, ne pas forcément suivre aveuglément le troupeau et les bons conseils de gens dont les choix ont été clairement non couronnés de succès, et faire des arbitrages qui de toutes façons seront discriminants. Non, on ne peut pas tout avoir dans la vie. C'est une idée dangereuse propagée par des gens qui veulent du mal au femmes. L'amour qui ne propose que la dépendance est infantilisant. L'amour entre adultes doit être un partage contractuel -tacite ou écrit. Il peut ne pas durer toute la vie, cette fiction culpabilisante : élevez vos enfants le mieux possible si vous en avez, quand ils seront partis, vivez vos passions et le temps qui vous reste : à deux, seule, ou avec un-e autre partenaire. Il n'y a pas de mal à cela. Et je rappelle que la maternité est un choix, pas un destin. Un choix qui impacte davantage les vie des femmes que celle des hommes.

" Le problème est la violence qu'entretient la domination masculine et ce que nous faisons (ou ne faisons pas) pour la prévenir, la réprimer d'une manière appropriée et donner à celles et ceux qui en sont victimes, ou risquent de l'être, les moyens de se défendre psychologiquement et physiquement ". Christine Bard.

*Les citations en typographie rouge de Christine Bard, historienne du féminisme et professeure à l'Université d'Angers, sont extraites de son ouvrage Ce que soulève la jupe - Identités, transgressions, résistances. paru en 2010 aux Editions Autrement.
Celles en bleu sont de Peggy Sastre : Comment l'amour empoisonne les femmes - Du surinvestissement sentimental et des moyens d'y remédier, aux Éditions Anne Carrière.

On peut aussi lire l'article de Ti Grace Atkinson, féministe radicale, consacré à l'amour et à l'institution du mariage publié il y a quelques temps sur mon blog : De l'amour, du mariage et du servage. C'est un texte radical.

samedi 10 février 2018

Changer les mots pour changer le monde


Le ROI des CONS ? Non, le ROI des COUILLONS !

Que celles qui ne se "trouvent pas genrées quand elles écrivent", et donc refusent le titre d'écrivaine ; celles qui ne voient jamais le mâle quand le masculin l'emporte conventionnellement car les règles de grammaire sont des conventions, rien de plus ; celles qui trouvent bien d'être englobées dans les droits de l'homme universel désignant l'espèce entière, passez votre chemin. Que vous le vouliez ou non, le langage humain est performatif, c'est à dire qu'il fabrique du réel. Selon le Bible, Le Verbe crée le monde en parlant.
De plus, les différentes turpitudes auxquelles se livre régulièrement l'espèce humaine (notamment sa moitié mâle vis à vis des femmes -on pourrait d'ailleurs faire le même exercice vis à vis des animaux-) sont souvent édulcorées afin de minimiser le tort infligé. On nous embrouille gravement. Quelques exemples.

Employer se "faire" violer impliquant la participation active de la victime du viol,
aller "voir" des prostituées : tiens donc, rien que voir ?
tomber enceinte (juste après être "tombée" amoureuse d'ailleurs, doublement de la chute),
pédophile au lieu de pédocriminel,
parler de bébé (né) quand il ne s'agit que d'un embryon, comme font les antichoix qui se nomment d'ailleurs pro-vie, appellation contestable : tout cela n'est pas innocent. Il s'agit de minimiser l'acte, et de culpabiliser la victime.

Il n'y a qu'une entrée qui me laisse dubitative car elle ne changera pas la réalité en changeant de mot : Florence Montreynaud propose d'abandonner concilier pour le remplacer par articuler (vie de famille et emploi). Ce dernier serait moins psychologique et aurait un sens plus politique. Si la réalité, qui est que les femmes mariées et mère de famille prennent en charge tout le quotidien pendant que les hommes se mettent les pieds sous la table, ce n'est pas en changeant de mot que la vie des femmes mères changera. Ou les mecs s'y collent, ou dans le cas contraire on ne concilie ni n'articule rien. Le mariage et la maternité ne sont pas des destins mais des choix. Si c'est infaisable, ce n'est pas prudent de le faire et, tout bien considéré, personne ne vous y oblige. Ou bien prévoyez dans votre contrat de mariage : partage strict des tâches familiales et ménagères, et chacun son tour d'avoir une promotion de carrière ou une mutation.

Ce petit livre de Florence Montreynaud est de façon bienvenue édité par Le Robert, éditeur de dictionnaires, dans une nouvelle collection Temps de Parole. Une double page par entrée (mot ou expression), sa définition, ses racines étymologiques, ses histoire et origine, et, enfin, par quelle expression plus exacte et moins sexiste le remplacer avec l'argumentation qui va bien.
C'est très convaincant. Les mots façonnent le monde et la réalité ; employons des mots précis, déconstruisons les mythologies sexistes et misogynes. On y gagnera en clarté, il est temps d'appeler les choses par leur nom, sans stratégies d'évitement. 

Ce petit livre de 160 pages paraît le 15 février : à offrir et à s'offrir pour 12,90 €, à transporter partout avec soi, à avoir au bureau et dans son sac, et à consulter sans modération.

Changeons les mots pour changer le monde

Florence Montreynaud est historienne, linguiste et féministe.

mercredi 31 janvier 2018

Béguines, béguinages

Il y a eu des moments dans l'histoire où les femmes s'organisaient entre elles, loin de la tutelle des hommes. Les plus connues sont les amazones, sociétés de femmes rapportées par la littérature épique et plus récemment, par des explorateurs/colonisateurs, puis les moniales, ces femmes religieuses encloses dans les couvents. Le troisième cas est moins connu, car leur statut est moins clair : il s'agit des Béguines, ces communautés de femmes veuves ou célibataires de la région de Gand et de Liège, qui essaimeront en Europe, vivant seules ou en compagnie d'autres femmes dans des maisons individuelles regroupées et encloses dans un béguinage.

Femmes pieuses ne prononçant pas de vœux, elles sont des sortes de religieuses laïques. Leur statut peut être transitoire, elles peuvent se (re)marier, retourner dans leur famille ; elles viennent de toutes les classes sociales, aristocrates, bourgeoises ou simples marchandes, artisanes, ouvrières. Elles enseignent, traduisent des patois régionaux en latin, copient des livres, tiennent des hospices, sont sages-femmes, médeciennes ou transforment les herbes en potions. Elles sont aussi tisserandes, fileuses, soyeuses. Elles sont  protégées par le roi (à Paris, par Louis IX et ses successeurs) et mal aimées par les papes de Rome en conflit permanent avec le pouvoir royal. Mais ce sont réellement des sociétés de femmes, sans tutelle masculine dans leurs béguinages, qu'elles administrent et gèrent elles-mêmes, vivant de leur travail, de dons et legs, de leurs pensions de veuves, ou d'héritages dont elles mettent une partie en commun. Une vraie exception à cette époque où les femmes sont des mineures placées sous la tutelle d'un père, d'un frère, d'un mari. Elles ne vont pas tarder à sentir un retour de bâton, un ressac, un backlash comme on ne disait pas à l'époque même si le phénomène est le même. Des femmes qui font la loi chez elles, ce n'est pas supportable par le pouvoir masculin qui se veut sans partage.


Le roman d'Aline Kiner, historienne spécialiste du Moyen-Age, commence au début du 14ème siècle lorsque les Templiers sont condamnés pour hérésie, et que s'allument les bûchers de l'Inquisition. Dans ce Paris des années 1300, les femmes subissent comme aujourd'hui la terreur machiste et les crimes spécifiques contre les femmes : viols de hasard, viols maritaux, mariages précoces, meurtres et profanations lors de mauvaises rencontres, maternités contraintes après un viol. En juin 1310, une illustre Béguine, Marguerite Porete, mystique chrétienne, considérée aujourd'hui comme une auteure majeure de cette époque, est brûlée vive en Place de Grève à Paris, pour hérésie, alors que son livre Le miroir des âmes simples circule et commence à être traduit en latin.

Pendant tout le roman d'Aline Kiner plane la menace d'une reprise en main par le clergé et les monastères, malgré la protection de Philippe le Bel qui ne faiblit pas. Autour de personnages attachants de femmes, l'intrigue avance montrant leur résistance : elles tiennent à leur autonomie, leur indépendance, leur communauté d'entraide pacifique et bienfaisante. En bonnes politiques, elles entretiennent leur réseau de sympathisants. C'est compter sans l'acharnement du Pape et des moines dominicains pour lesquels c'est trop d'indépendance : pas de maris, pas de vœux, ni de statut les attachant à la vie séculière ni à la vie monastique. De plus, elles travaillent, donc, elles seront accusées de prendre le travail des hommes ! Ça vous rappelle quelque chose ? C'est vraiment une vieille, très vieille histoire avec toujours les mêmes accusations resservant sous tous les prétextes. A la fin du roman, tout est en place pour que commence le féminicide des sorcières. Les bûchers flamberont pendant trois siècles : 80 % des victimes de la chasse aux sorcières seront des femmes.

Liens pour aller plus loin : les appeler féministes est sans doute exagéré, ni le mot ni la notion n'existaient, et elles ne contestent pas l'autorité masculine en général, ni celle de l’Église en particulier, mais elles tiennent à leur indépendance pour la gestion quotidienne de leurs affaires et de leurs maisons. Rien que cela, pour l'époque, c'est révolutionnaire.

Les Béguines, des "féministes" avant l'heure
L'enclave de paix et de tranquillité d'Amsterdam (anglais, photo)
Les "visionnaires" béguines : les femmes mystiques contre l'Eglise
Marguerite Porete, écrivaine subversive.

mardi 23 janvier 2018

Nouvelle offensive contre l'IVG et les droits des femmes


Niki de Saint Phalle - ABORTION - Freedom of choice - 2001 - Lithographie, autocollants.

Les ennemis de la liberté de choix des femmes sont de nouveau en train d'attaquer nos droits. Au Parlement polonais, dominé par une majorité ultra-conservatrice, on discute de  nouvelles restrictions du droit à l'IVG, les anti-choix manifestent en France le même jour que la Women's March 2018.

En 2001, il y a 17 ans, l'artiste Niki de Saint Phalle posait via l’œuvre ci-dessus la question de la surpopulation, montrait que les prétendus pro-life tuent des obstétriciens pratiquant des interruptions de grossesse tout en prétendant défendre la vie, et qu'une partie du monde ne mange pas à sa faim. Les prolife acceptent aussi parfaitement la guerre, et la mort ou les atteintes à la santé des femmes quand elles sont obligées d'avoir recours à l'avortement clandestin. Cela ne leur pose aucun problème déontologique.
Tout cela n'a rien à voir avec la défense de la vie, mais tout à voir avec la contrainte faite aux femmes d'être à la disposition des hommes pour reproduire leurs gamètes, les laisser faire carrière sans la concurrence des femmes, et au final, fournir une abondante chair à canon pour leurs guerres incessantes. Piètre défense de la vie, adhésion sans faille aux vieilles antiennes patriarcales.
Donc, rappelons à ces éleveurs du Néolithique, préférant la quantité industrielle à la qualité, que la loi autorisant l'IVG n'empêche personne de faire des portées de 12 s'illes souhaitent encombrer la planète de leurs descendants -certainement parce qu'illes se trouvent intéressants et beaux. Pas plus qu'une loi sur la fin de vie n'empêche les "pro-vie" de boire le calice jusqu'à la lie en profitant de leur cancer jusqu'au bout ! La liberté individuelle et le droit des femmes à disposer de leur corps et de faire leurs choix sans passer par l'autorisation d'un curé, d'un père, d'un psy, même pour les mineures, est inscrit dans la loi. Ils nous emmerdent avec leur acharnement.

Nous sommes 7,6 milliards sur la planète, l'humanité n'est pas en voie de disparition. On est davantage à la merci d'une "bonne guerre" pour éliminer le trop plein, vu les enragés agités du bocal incompétents, limite psychopathes, que les électeurs portent au pouvoir. Il y a plein de gens qui fuient leurs pays en guerre, et qui cherchent refuge en Europe, je n'ai jamais entendu des "pro-vie" défendre leur droit à un accueil décent.

Tant que j'y suis, je ne supporte plus non plus l'amalgame qui est fait entre ces obsédés de la natalité et nous, féministes, au sujet de la GPA (gestation pour autrui). Je perds mes abonnés gays sur Twitter quand je twitte mon opposition à cette technique d'élevage et d'exploitation / marchandisation du corps des femmes qui me révulse. Faut-il rappeler aux gays que les féministes les ont toujours soutenus lors des combats qu'ils ont menés pour la reconnaissance de leurs droits, y compris le mariage (cette institution patriarcale dont je n'ai pas voulu pour moi) et la PMA pour les lesbiennes (PMA dont je n'aurais pas voulu non plus) parce que dans ce cas, il s'agit d'égalité. Pourquoi accorder la PMA uniquement aux hétérosexuelles en couple, et pas aux lesbiennes dans la même situation ? Ceci précisé, la stérilité n'est pas une tare. Il n'y a pas de droit à l'enfant, ce n'est pas un droit humain. C'est parfaitement déplaisant cette sensation d'être assimilée aux pires curés obscurantistes tellement haineux des femmes qu'ils les veulent asservies à la reproduction, ce soupçon d'être passée côté sabre et goupillon. Mais je ne me fais aucune illusion, la GPA est parfaitement compatible avec le néolibéralisme, comme la prostitution. Elle rentre dans l'économie informelle qui fait des êtres humains des entrepreneurs d'eux mêmes, quitte à vendre leur corps en cas de mauvaise passe économique, le fait que les mauvaises passes économiques ce sont les femmes qui les prennent plein pot ne sera pas évoqué. Choix sur catalogue, stimulation ovarienne, prise d'hormones, implantation d'embryon, étroite surveillance pendant 9 mois et même plus, aucune liberté de mouvement, abandon par contrat de l'enfant que vous avez porté, je pose la question en les regardant bien dans les yeux, QUEL HOMME FERAIT CELA POUR UNE FEMME ?

 Les gays qui n'aiment pas charnellement les femmes, trouveraient quand même normal d'accéder à leur ventre en payant 9 mois de grossesse étroitement surveillée entravant la liberté de mouvement et de circuler d'une femme, pour se procurer une descendance ? La technique est disponible et appliquée avec succès dans d'autres pays, je suis pessimiste, elle sera légalisée. Elle rentrera par la porte dérobée de la nationalité, par la mise devant le fait accompli : comment refuser à un enfant né à l'étranger de l'achat d'un ventre, la nationalité française ? Vous conviendrez avec moi que faire payer à un enfant l'irresponsabilité de ses parents est injuste.

L'adoption semble la solution pour les couples stériles, ce que sont les couples d'hommes gays. Seulement, il n'y a plus d'enfants à adopter en Europe : on ne peut pas le regretter, c'est un progrès humain que les femmes ne soient plus obligées d'abandonner leurs enfants dans des orphelinats. Il y a des enfants adoptables dans le monde tiers, toutefois, prudence aussi de ne pas tomber dans le piège du riche néocolonial, décrit par le Storify à suivre sur ce lien. Un enfant, un être humain, ne sont pas des marchandises aliénables par contrat commercial.

Le changement climatique est un défi sans précédent que nous allons devoir affronter avec les désordres et les conflits qu'il préfigure, d'ailleurs il est déjà là ; la biodiversité disparaît, la terre et ses ressources sont menacées par la surpopulation humaine, MAIS le sujet c'est les techniques de procréation au service des mecs. On en reste sidérée. Depuis les éleveurs nomades du Néolithique, ils n'ont pas progressé d'un centimètre : leurs "besoins", leurs gamètes, les femmes à leur service. Au final leur irresponsabilité auront raison de nous en tant qu'espèce après qu'ils auront fait le vide autour de nous. Comptez sur moi pour garder l’œil sec. On dirait bien que les hommes sont des trous noirs au sens astro-physique du terme : ils absorbent tout mais ne rendent RIEN. Il est temps de prendre le pouvoir.


Niki de Saint Phalle - Artiste, plasticienne, sculptrice, féministe française - 1930-2002
Ici, très chamanique, avec un de ses serpents "arbres de vie" en acrylique. On peut en voir un monumental dans la cour du musée des Beaux-Arts d'Angers.Je vous le conseille, il est bourré de bonnes vibrations :)

mardi 16 janvier 2018

Quelques définitions du Wickedary de Mary Daly


Wickedaire : dictionnaire de sorcières dont les définitions remettent les choses en place, entreprise salutaire connaissant les habitudes patriarcales de fausser le langage et les définitions.

Verbicide n : Forme de biocide. Le meurtre systématique des mots ; la réduction de mots vivants à la condition de simples bruits se faisant écho à travers le monde creux des hommes creux.

Logocide n : Le meurtre sytématique du Logos (la Raison) en Patriarcat, l'Etat de la Mort dormante.

État de Peur : Etat créé, maintenu et légitimé par un incessant terrorisme phallocratique.
Commentaire bitocratique : "Comme l'amour sied à l'homme, la peur sied à la femme. Comme à l'esclave. Non seulement la peur lui sied, mais aussi le tremblement." Saint Jérôme.

Verbigération n : Répétition continuelle de phrases stéréotypées ; une forme de verbicide ; l'incessant, déprimant babillement de la médiasphère.

La société des miroirs : 1- Le Patriarcat, la maison des miroirs, le monde des renversements ;
2 - société dans laquelle les femmes servent de miroirs grossissants, réfléchissant les hommes deux fois leur taille normale ;
3 - société manufacturée par les phallocrates qui projettent leurs propres déficiences sur tous les Autres, dans une tentative de les faire réfléchir leur propre soi inadéquat.

Utilisation, phallique : la caractéristique phallique pratique de maltraiter les autres -les femmes, les mots, et toute la nature ; l'incessant abus des femmes et des animaux "utilisés" pour un tel abus/excès d'usage.
Commentaire phallocratique : " Nous enverrons des femmes dans l'espace, et nous en userons de la même manière que nous en usons sur terre -pour les mêmes objectifs." James Lovell, astronaute US

Vampirisme : composante essentielle du Mystère de l'Homme.
a - L'épuisement de l'énergie des femmes par les maris, les pères, les figures paternelles, sous le déguisement de l'amour.
b - L'épuisement des ressources de la Terre par les technocrates tels les magnats du pétrole, de l'exploitation minière, de la capture d'animaux...

Onctueux fossoyeurs : Les huileux entrepreneurs de la société nécropolitaine. Exemple : les pétromonarchies, les hiérarchies religieuses.

Gaspilleurs : ceux qui sèment ruines et dévastation. Destructeurs, dévastateurs. Les célèbres et célébrés conquérants, missionnaires et héros de la civilisation.
Par exemple Jules César qui se vantait : "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu".
Commentaire féministe : "Le mâle... a fait du monde un tas de merde". Valerie Solanas.

"Nous ne voulons personne de ces "pays de merde" - Donald Trump

Yahvé & Fils : Mythique paradigme pour n'importe quelle corporation phallocratique ; pour n'importe quelle entreprise familiale paternaliste à organigramme entièrement masculin.

Pierre, Paul, Jacques : des gens pris au hasard, le commun de l'humanité : TOUT LE MONDE, CHACUN ; les trois personnes de la Trinité papocratique ; le commun populaire ; RIEN, PERSONNE.

Mary Daly 1928-2010, est une féministe radicale américaine, théologienne, philosophe et professeure d'université. Auteure de Gyn/Ecology, son œuvre majeure.Définitions que je trouve -et traduis, elles sont basées sur des jeux de mots en anglais, donc certaines sont carrément intraduisibles !- dans l'Intergalactic Wickedary of the English Language, paru en 1987 aux Etats-Unis.

samedi 6 janvier 2018

3096 jours - Le refus de la victimisation

Quand Natascha Kampusch est sortie en 2006 de la cave de 5 m2 où elle était détenue depuis 8 ans et demi, plus personne ne la cherchait, on ne l'a pas crue quand elle a décliné son identité, pour la police Natascha Kampusch, disparue depuis 1998 était morte et on n'avait pas retrouvé son cadavre. Il a fallu les résultats d'un test ADN pour qu'on la croie. Elle n'était évidemment pas reconnaissable, elle pesait à peine 45 kg.


Née en 1988 en Autriche, habitant avec sa mère et son père dans une banlieue de Vienne, Natascha Kampusch, 10 ans, petite boulotte dépressive selon sa propre description, est enlevée en 1998 sur le chemin de l'école, la première fois qu'elle faisait le trajet seule. Son ravisseur Wolfgang Priklopil est un type effacé, discret, vivant dans un pavillon enclos, volets fermés et ne recevant pas de visites, un ancien électricien de chez Siemens qui vit de travaux de maçonnerie et de plomberie, de travaux de réhabilitation de pavillons, sans doute non déclarés. Priklopil, homme discret, était un vrai méchant : paranoïaque, anorexique, en tous cas ayant des troubles alimentaires, manipulateur sadique et sans doute impuissant. Natascha Kampusch réfute dans son récit qu'il l'ait violée, bien qu'il la faisait parfois dormir étroitement attachée à lui dans son lit par peur qu'elle s'enfuie. Il la battait, l'affamait, la faisait travailler comme une esclave, la torturait psychologiquement, mais il n'était pas un agresseur sexuel.

"Le combat a duré 8 années et demi, j'en ai perdu chaque bataille, mais pas la guerre". Natascha Kampusch pourrait faire sienne cette phrase de Christiane Rochefort dans La porte du fond. Natascha a traversé l'enfer, elle en est ressortie en acier trempé. C'est du moins ce que laisse entendre son récit publié en 2010 et traduit immédiatement en plusieurs langues, succès de librairie, tant l'affaire est hors-norme, écrit en collaboration avec deux journalistes. Elle y livre sa vérité de victime pour contrer les fantasmes et approximations, voire les mensonges que provoquent ce type d'affaire de tortionnaire de femmes et d'enfants. Elle dit comment elle a survécu dans 5 m2, comment elle a négocié une radio, une télé, des crayons, du papier, elle décrit les affres de la faim, la douleur des coups répétés et la dissociation pour tenir, la peur effroyable d'être enfermée dans le noir pendant les week-ends derrière un bloc de béton où on ne l'aurait pas entendue crier, face à un pervers maltraitant et paranoïaque qui prenait ses week-ends, et vers qui deux témoignages convergents et un chien policier conduisaient dès les premiers jours de l'enquête, mais que la police autrichienne n'a pas creusés. Natascha Kampusch refuse d'être "rangée dans le tiroir syndrome de Stockholm", elle refuse de nommer "monstre" son kidnappeur, elle le classe clairement dans l'espèce humaine, et nomme le mal :
 " ... j'ai compris que j'avais un peu trop idéalisé cette société . Nous vivons dans un monde où les femmes sont battues et ne peuvent fuir les hommes qui les maltraitent, bien que la porte leur soit théoriquement grande ouverte. Une femme sur quatre est victime de graves violences, une sur deux fait l'expérience au cours de sa vie d'une agression sexuelle. Ces crimes sont partout, ils peuvent se produire derrière chaque porte, chaque jour, et ils ne provoquent que chez quelques personnes des regrets superficiels et un haussement d'épaules. 
Cette société a besoin de criminels comme Wolfgang Priklopil, pour donner un visage au Mal qui l'habite et le tenir à distance. Elle a besoin de ces images de caves transformées en cachots, pour ne pas avoir à regarder dans toutes ces maisons où la violence montre son visage lisse et bourgeois. Elle a besoin de victimes, de cas spectaculaires comme le mien pour se décharger de la responsabilité des crimes quotidiens commis sur des victimes anonymes que l'on n'aide pas -même si elles réclament de l'aide. 
En se fondant sur des crimes comme celui que j'ai subi, la société construit en noir et blanc, les catégories du Bien et du Mal qui lui permettent de tenir debout. Il faut que le bourreau soit une brute pour pouvoir rester soi-même du bon côté. Il faut agrémenter ses méfaits de fantasmes sado-masochistes et d'orgies débridées jusqu'à ce qu'ils n'aient plus rien à voir avec sa propre vie.
Et la victime doit être brisée et le rester, afin que l'externalisation du mal puisse fonctionner. Une victime qui n'endosse pas ce rôle personnifie la contradiction dans la société. On ne veut pas voir cela, car il faudrait alors se poser des questions. "

A rapprocher du refus de la victimisation par Christiane Rochefort :
" Je ne sais pas pourquoi mais je n'y arrive pas. Sale mentalité, hein. Il paraît que je ne marche pas dans la combine. La combine profitable qui est : on est prié de continuer à s'opprimer soi-même quand il n'y a plus personne pour le faire. 
Sinon c'est l'anarchie quoi. "

Natascha Kampusch a réclamé à titre de dédommagement aux victimes dû par l'état auchichien la maison de Priklopil (suicidé sous un train quelques jours après sa fuite) : en en devenant propriétaire, elle évitait les touristes et les visites malsaines de curieux sur les lieux de sa détention ; elle a publié ce livre et un deuxième en 2016, Dix ans de liberté, livres qui lui ont permis de faire ses études ; elle a accordé en exclusivité une interview à la Télévision autrichienne, interview gratuite mais dont les droits de diffusion à l'étranger ont été reversés à des associations d'éducation de filles. Natascha Kampusch a été beaucoup critiquée pour son attitude volontariste de maîtrise de son destin, et son refus du statut de victime. Ce qui ne veut absolument pas dire qu'elle ne reste pas fragile. On lui souhaite le meilleur.

Deux ans après le retour à la société de Natascha Kampusch, une autre "disparue" autrichienne Elizabeth Fritzl échappe à une séquestration de 24 ans - de 1984 à 2008- dans la cave sous la maison de son père incestueux kidnappeur, et de sa mère qui "ne savait rien". Sept enfants conçus et mis au monde dans la cave, quatre vivants, son histoire est racontée par Régis Jauffret dans Claustria. Contrairement à Natascha Kampusch qui vit dans la lumière et publie, Elizabeth Frizl et ses quatre enfants ont été "exfiltrés", tels des repentis djihadistes ou mafiosi, ou des lanceurs d'alerte très exposés. Après indemnisation du préjudice, plus paiement de 24 années de retard d'allocations familiales pour les enfants quelle a mis au monde et élevés pendant sa séquestration, elle a disparu sous une nouvelle identité, de nouveaux papiers, fournis par l'administration autrichienne dont les carences, dans cette affaire aussi, sont patentes. Le père Fritzl purge une peine de prison à vie. Ces hommes, agresseurs et pères abusifs peuvent vraiment dormir sur leurs deux oreilles, tant la société et sa police sont négligentes et tolérantes aux crimes commis envers les filles, les femmes et leurs enfants. Et il n'y a pas de bon moyen d'être une victime, ce statut vous vaudra le scandale, le voyeurisme, et bien sûr, les injonctions de la société qui sait toujours mieux que les femmes, même quand elle a failli à les protéger, ce qui leur convient. Double peine.

Les citations tirées du livre de Natascha Kampusch sont en caractères gras et rouge. 

lundi 1 janvier 2018

Bonne année 2018 !

2017 a indubitablement été parsemée d'événements féministes. De la Women's March on Washington qui a été un événement mondial, aux femmes qui, dans le sillage de l'affaire Weinstein, n'arrêtent plus de témoigner partout dans le monde du harcèlement et des agressions sexuelles subies. On a l'impression que cela ne s'arrêtera plus. A tel point que le site du fameux dictionnaire en ligne Merriam-Webster, qui fait des statistiques sur les recherches de définitions qui arrivent sur son site, déclare le mot féminisme #WordOfTheYear pour cause d'élévation soutenue des recherches et de pics liés aux événements ! Le mot de l'année. Réjouissons-nous.

C'est tout de même étonnant que les gens cherchent à ce point le sens du mot "féminisme", on pourrait penser que son sens a pénétré la société, mais prenons les choses positivement.

Espérons qu'en 2018, les femmes continueront à descendre dans la rue, à trouver la force de dénoncer leurs agresseurs, même s'il y a prescription, car parler c'est redevenir sujet après avoir été traitée en objet. Parler, c'est reprendre possession de soi et de son destin. Je nous/vous souhaite une année 2018 féministe.

Le Twitter des activistes radicales @UntamableShrews propose ci-dessous une liste inspirante d'actions (hacktions) pour 2018, en vue de miner le patriarcat et faire la révolution.

Pour les non anglophones, en voici la traduction : 
Street art à base de stickers, de stencils, de craie, de collages/marouflages, de graffiti...
Écrivez des lettres, faxez, téléphonez, twittez, aux annonceurs sexistes, aux politiciens, et boycottez les entreprises qui exploitent sexuellement les femmes ;
Favorisez la prise de conscience par des tracts dans les boîtes aux lettres, sur les pare-brise de voitures ;
Engagez-vous sur le long terme dans les associations de femmes, et faites des dons. Le changement est lent ;
Écrivez, téléphonez, faxez, tweetez aux organismes de droits humains à propos de l'esclavage sexuel des femmes et filles engagées dans le business de la pornographie et de la prostitution ;
Faites campagne pour le modèle nordique (pénalisation des clients) et organisez des manifestations et des flash mobs.
Cette liste n'est pas limitative, laissez libre cours à votre créativité. Il est très utile de s'abonner aux sites internet, collectifs, groupes Facebook, comptes Twitter qui proposent tous ces types d'actions. On est ainsi informées en temps réel des actions qui se préparent !




En 2018, la terreur change de camp ?