lundi 15 juin 2026

Conseils aux enfants molestés à l'école, dans la famille et tous autres lieux

Je préviens tout de suite : je n'ai pas d'enfant, donc selon la société pas vraiment de légitimité à parler de parentalité et de méthodes d'éducation. En revanche, du fait de mon statut -ô combien répréhensible de childfree volontaire qui va 'finir seule avec son chat -voir un billet précédent, en retournement du stigmate- n'ayant pas le nez sur le guidon, ou dans le trèfle (selon que vous préférez une métaphore cycliste ou éleveuse), et c'est un avantage, j'ai une vision d'ensemble, top down, panoramique, du sujet, non impliquée, favorisée par mes lectures, les témoignages que j'entends ici ou là, et par les paroles des militant-es de la cause des enfants. Un peu comme la consultante que j'ai été, qui disait à des ingénieurs métallurgistes ou télécoms comment ils devraient gouverner leurs boîtes sans clients, patrons ingénieurs qui me regardaient de haut, mais à qui il arrivait de suivre mes conseils avec profit. Militants et parents qui curieusement, ne disent pas souvent comment et par quels moyens, les enfants pourraient se sortir de situations dans lesquelles ils sont enferrés par des adultes malveillants, ou même criminels. Sans doute toujours le même syndrome : des gars, des maris, on en a à la maison, (l'immense majorité des crimes commis sur les enfants sont le fait des hommes qui fournissent les gros bataillons de la pédo-criminalité familiale aussi bien que d'opportunité ou touristique), et de ce fait, on est gênées aux entournures pour dénoncer leurs crimes et mauvaises actions. On préfère donc faire appel à la Cavalerie. Qui ne vient jamais, bis repetita. Dont acte, ne souffrant pas de syndrome de Stockholm ni de conflit le loyauté, bienheureuse que je suis :)) voici. En toute modestie quand même. J'accepte les critiques et les suggestions. 

Les enfants et adolescents, si vous passez par ici :

Non, tous les hommes (adolescents, adultes, vieux, en uniforme, en robe de magistrat ou en soutane, en tenue de policier, entraîneurs sportifs en shorts ou accoutrés de maillots de foot...), y compris les plus proches de vous (parent, éducateur...,) ne vous veulent pas forcément du bien ! C'est horrible, j'en conviens, mais c'est comme ça.

Non, tous les hommes (ce sont eux statistiquement qui représentent l'immense majorité des agresseurs, question de socialisation ratée, et en majorité les filles qui sont agressées -mais pas que) ne sont pas tous protecteurs. Comment les détecter ?

Et comment détecter une situation gênante ? Eh bien, d'abord parce qu'elle vous paraît gênante, que vous n'y êtes pas à l'aise. Vous devez donc vous écouter et la faire cesser.

Que faire quand une situation vous semble gênante ?

Faites-la cesser immédiatement. Si, dans une situation donnée, vous n'êtes pas à l'aise, dites fort STOP au besoin en tendant le bras et en mettant une main en avant. C'est un signal universel que tout le monde comprend, même les animaux. Le hurlement, en cas d'urgence, peut être dissuasif et faire cesser l'attaque. Personne n'a le droit de vous toucher, de vous imposer des gestes que vous ne voulez pas faire, ou qu'on fasse sur vous. Défendez votre intimité. Un exemple : le 'bisou' obligatoire à tous les adultes qui passent et dont le refus peut être un bon entraînement. Si vous n'avez pas envie, dites que non vous ne ferez pas le 'bisou' requis, et ne vous laissez pas non plus caresser, papouiller ou cajoler si cela ne vous plait pas. Dites NON. Au besoin, enfuyez-vous.

A partir d'un certain âge, celui où vous vous débrouillez seul-e, fermez la porte de la salle de bain pendant la douche, signalant ainsi que vous défendez votre intimité. On frappe avant d'entrer. Dans votre chambre, c'est pareil, personne ne rentre sans votre permission. C'est votre endroit à vous. Tenez-le propre, rangé, et cosy, cela évitera d'énerver vos parents qui du fait, seront moins enclins à y aller voir. La confiance règnera dans tous les sens.

Que faire face à un harceleur, une harceleuse ?

Les agresseurs de femmes et d'enfants sont des lâches.

Le harceleur à l'école ou sur le chemin, est un lâche qui vous juge comme le faible sur qui on peut taper et faire souffrir sans que vous vous rebiffiez. Il peut aussi sévir comme meneur, en groupe. Non, vous n'êtes pas moche, non, vous ne sentez pas mauvais, et non encore, vous n'êtes pas gros, vous êtes en bonne santé. Faites lui comprendre qu'il peut lui en cuire. Et si cela ne suffit pas, allez voir l'autorité de votre école, directeur ou directrice, infirmière scolaire ou surveillante. Si cela ne suffit encore pas, dites-le à vos parents à la maison. Et vous pouvez aussi aller pousser la porte du commissariat de police (en ville) ou de la Gendarmerie (à la campagne) pour y déposer plainte à propos de toutes ces situations : il faut faire des expériences, c'est important. Elles forment le caractère. Les adultes vous doivent protection et personne n'a à vous faire de mal. C'est de la perversion au pire, au minimum de la méchanceté.

Dans une société où on dresse à l'hétérosexualité (apprise rappelons-le, elle n'a rien de naturel, contrairement à ce qu'on nous serine), on va inévitablement vous poser la question (intrusive, car cela ne regarde personne) de savoir 'si vous avez un petit copain ou une petite copine à l'école' (dès la maternelle, cela s'est vu !), répondez à la façon Zazie dans le métro -11 ans, qu'à votre âge vous n'avez pas encore choisi si vous alliez être homosexuel ou hétérosexuel, voire asexuel, donc qu'on vous laisse choisir votre chemin, un bon temps de réflexion, rien ne presse. Cela devrait les calmer pour un bout de temps.

Ces conseils valent pour toutes les autres situations ou vous avez été très mal à l'aise vis à vis d'un plus grand ou d'un adulte. Voyez quelqu'un de confiance, cela peut être une voisine sympathique, une tante, ou quelqu'une de bon conseil que vous aimez bien. Faites-le jusqu'à ce qu'on vous croie et qu'on ne vous accuse pas de mentir ou de faire l'intéressant, parce que vous ne mentez pas et n'êtes pas un m'as-tu-vu.

Restez vigilant-es : sachez détecter le malaise chez les autres. Ce qui vaut pour vous, vaut pour tout le monde. Respectez l'espace des autres, leur autonomie, leurs prérogatives. Au besoin, proposez votre aide.

Ces conseils précédents ne valent que pour les enfants qui ont acquis une autonomie ; donc, aux parents, pas de fausse pudeur, apprenez à vos enfants, avec les mots appropriés à leur âge, que non, tout le monde n'est pas forcément gentil, que des gens méchants peuvent leur vouloir et leur faire du mal, qu'ils et elles doivent être particulièrement vigilants ce qui signifie ne pas faire entière confiance aux adultes, notamment aux hommes (ils sont statistiquement l'immense majorité des agresseurs) parce que non, vos filles ne seront pas automatiquement obligées de s'en trouver un et de le garder ! Si elles le font, au moins, vous aurez fait ce qu'il fallait, leur expliquer qu'il leur faudra du discernement. La formation à l'assertivité, à l'acquisition d'une colonne vertébrale, à une forte personnalité qui décide pour elle-même, les conseils de prudence, font partie du package 'éducation'. Et restez vigilants. Le bon ami, le curé, l'animateur sportif ou le scout aux gestes douteux, le grand-père ou l'oncle aux propos lestes ou libidineux peuvent disparaître de vos cartons d'invitation après avertissement ferme et sonore. Je suis toujours surprise d'entendre des femmes avoir peur d'avertir leurs filles que tous les hommes ne sont pas forcément fréquentables. Ils représentent numériquement et statistiquement la grande masse des agresseurs sexuels et des violeurs, quel que soit par ailleurs le sexe ou l'âge des victimes.

Et toujours le même conseil qu'aux femmes : inscrire vos enfants à un cours d'art martial ou de serf-défense est une excellente idée.

Votre corps vous appartient à vous, à personne d'autre, même pas à vos parents. Ils vous ont mis au monde sans vous demander votre avis, le minimum syndical c'est qu'ils n'insistent pas dans les injonctions tonitruantes. Au besoin, rappelez-le.   

S'affirmer, se défendre, fuir, Demander de l'aide.

Rester vigilant-e : détecter le malaise chez les autres, proposer une écoute.

Rappel statistique : la majorité des agressions pédo-criminelles ont lieu au sein des familles. Dans ce cas, cela s'appelle une relation incestueuse. L'inceste est épidémique et il franchit les générations. Le pater familias ainsi que ses héritiers ou cohéritiers mâles chauvinistes, propriétaire de droit divin de tout ce qui vit et bouge (c'est la racine latine du mot 'famille', hélas) peut se révéler un redoutable malfaisant. En ont témoigné des artistes et autrices aussi connues que Nikki de Saint-Phalle, Virginia Woolf, Christiane Rochefort, et tant d'autres. 

Quelques ressources : 

Le 119 allo, enfance en danger, gratuit, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 

Le Site Internet gouvernemental.

Tous les films, dessins animés, qui apprennent aux enfants et aux filles l'assertivité, qui les sortent des sentiers battus, et des injonctions d'une société toujours à la limite de la normopathie. Vos enfants ne seront pas comme vous, ne feront pas nécessairement les mêmes choix que les vôtres. 

"... papa, il commence donc à m'embrasser ce qu'était normal puisque c'était mon papa, mais voilà qu'il se met à me faire des papouilles zozées alors je dis ah non parce que je comprenais où c'est qu'il voulait en arriver le salaud, mais quand je lui ai dit ah non ça jamais, lui il saute sur la porte et il la ferme à clé et il met la clé dans sa poche et il roule les yeux tout en faisant ah ah ah comme au cinéma, c'était du tonnerre. Tu y passeras à la casserole qu'il déclamait, tu y passeras à la casserole, il bavait même un peu quand il proférait ces immondes menaces et finalement immbondit dssus. J'ai pas de mal à l'éviter. Comme il était rétamé, il se fout la gueule par terre. Isrelève. Ircommence à me courser, enfin bref, une vraie corrida. Et voilà qu'il finit par m'attraper. Et les papouilles zozées de recommencer. Mais, à ce moment, la porte s'ouvre tout doucement... La suite dans 

Zazie dans le métro roman d'apprentissage publié en 1959 par Raymond Queneau, apprentissage autant social que de français, bourré de jeux de mots et d'exercices de styles. Zazie est une fillette avertie de 11 ans, capable de se défendre, surtout par la parole, volontaire, assertive, qui surmonte les épreuves sans s'en laisser compter. Elle emploie à l'occasion un vocabulaire (d'ailleurs le roman torture aussi le vocabulaire français avec des orthographes hilarantes) populaire, voire malpoli, pour se défendre contre d'éventuelles agressions d'adultes, appelés à l'époque, les années soixante, 'satyres'. C'est donc double ou triple bénéfice : une leçon de français par une enfant assertive, une sorte d'Ulysse (elle veut absolument prendre le métro alors qu'il est en grève, et se trouver 'un bloudjinne') affrontant les épreuves, et pas du tout sage ni consensuelle. Elle est entourée de personnages non conventionnels qui vont bien entendu contribuer à son apprentissage tout en la protégeant sans jamais la brimer. 


A trouver dans la collection Gallimard Jeunesse.  A offrir à vos enfants ! Il est dans les programmes de français de l'Education Nationale dès la quatrième. 

Il y a aussi le dessin animé des studios Disney, qui date un peu, mais qui garde toute sa puissance, et que j'avais chroniqué à sa sortie : Brave, le titre en anglais. Mérida, la rebelle princesse rousse qui refuse tous les princes charmants et dont le meilleur ami est son beau cheval Angus, avec lequel elle ne rêve que chevauchées, dont elle change la paille et qu'elle bouchonne une fois tous deux rentrés à l'écurie. 

Et parce que je crois au pouvoir de la littérature et de l'écriture, par l'excellente et rebelle Christiane Rochefort, La porte du fond, son chef d'oeuvre couronné par le prix Médicis en 1988. Roman sur l'inceste et la résilience par la résistance et le féminisme. Je l'avais chroniqué sur cet article. Non, on n'est pas forcément une victime à vie quand on a affronté un incestueux dans le milieu familial. On peut s'en sortir. Mais il faut en parler. Faire cadeau d'une, ou de ces oeuvres, peut compléter une discussion sur ce sujet délicat mais indispensable. 

Evidemment, tout ceci ne peut pas éviter le danger. Restez vigilants, tout le temps. Sans être dans l'angoisse perpétuelle, ce qui est stressant pour tout le monde. Et écoutez et croyez les enfants (et les femmes) quand ils se plaignent d'actes commis qui ne sont ni de leur âge, ni de leur goût, ni tolérables ; mettez les hors d'atteinte de l'agresseur, qu'il soit le père, le frère, l'oncle, le grand-père, ou le beau-père. Quand les sacro-saints liens 'biologiques' tellement chers aux tribunaux et aux immuables psys sont trahis, le vrai parent est celui qui éduque et protège, soit-il une voisine, une tante, un oncle, un travailleur social, ou une parfaite étrangère qui a su écouter et mettre à l'abri. Tout le reste est naïveté, croyance, hypocrisie, ou incompétence. 

" Je sais que c'est une chose terrible à dire, mais à cette époque, tout éventualité de père me paraissait extrêmement risquée. Arundhati Roy, Mon refuge et mon orage.

Ce billet, qui est écrit sans aucune aide de la dévastatrice IA, n'est pas une incitation à l'insolence mais à la prudence. Vous remarquerez aussi qu'il ne comporte aucune métaphore spéciste. 'Je n'ai pas de mots' entend-on. Mais l'analogie ou métaphore spéciste servent bien : quand on est à cours de mots pour nommer les méfaits de la "Magnifica Humanitas", ou qu'on ne veut pas désigner l'agresseur, ce sont les animaux supposément 'prédateurs' qui endossent. C'est contre-performant. Pour lutter contre un fléau, il faut  d'abord le nommer.