vendredi 4 novembre 2016

Je n'ai pas porté plainte

#jenaipasportéplainte

" Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier 
Aucune trace du mal que tu m'as fait... en vrai
Mais tout est brisé au fond de moi... en moi
Mais #jenaipasportéplainte
But #Ididntreport
Haber #ichhabnichangezeigt "
Tout a commencé quand j'ai lu ce poème glauque sur le Facebook d'une M@rylin aussi victime que la vraie... Et puis il y a eu cette série de tweets avec le hashtag #jenaipasportéplainte. Des femmes du monde entier qui ont expliqué en 140 caractères pourquoi elles n'ont pas porté plainte après un viol ou une agression sexuelle :
- Parce que c'est lui qu'on a cru
- Parce que j'étais saoule
- Parce qu'un psy m'a dit que ce n'était pas un viol s'il n'avait pas d'arme
- Parce que je n'ai ni crié, ni mordu, ni frappé
- Parce que c'était le mec avec lequel je vivais...
Il y a des tas de raisons pour ne pas porter plainte après un viol. Mais moi, j'ai porté plainte et j'ai perdu... Le salopard qui m'a violée a nié et je n'ai pas pu prouver sa culpabilité. Alors quand j'ai lu tous ces messages je me suis dit : "Mais putain de bordel de merde pourquoi pleurer partout qu'on n'a pas porté plainte ?!! Ça leur fait une belle jambe aux violeurs... Ça peut même les conforter dans leurs certitudes d'être intouchables ce type de message.Alors, les filles, je vais vous raconter ce que j'ai fait... "

Vous ne lâcherez pas ce polar urbain, avec des bouts de campagne de Bourgogne dedans, écrit par Marie-Hélène Branciard ; truffé de références sériephiles et musicales contemporaines, avec des personnages utilisant les réseaux sociaux, leur puissance d'action et de feu, polar avec des lesbiennes, des femmes hackeuses spécialistes de sécurité informatique, avec une journaliste et une DJ underground à identité cachée, polar avec une foule de personnages ultra-connectés, et enfin avec une commandante de police qui tente de démanteler un réseau de violeurs qui sévit depuis 20 ans et accumule les victimes.
Si vous êtes branchées blogosphère, Facebook, Twitter, vous serez en terrain connu. Si vous ne comprenez pas à quoi servent ces réseaux sociaux, vous allez en découvrir la solidarité et l'efficacité. A la vitesse fulgurante des moyens de communication instantanée d'aujourd'hui, l'histoire raconte la traque de violeurs en série par la police, puis par des moyens nettement moins conventionnels mais terriblement efficaces. Méfiez-vous, les prédateurs sexuels, la terreur peut changer de camp : quand des femmes solidaires et déterminées à se prendre en main maîtrisent parfaitement les techniques des médias sociaux et du cryptage, vous pouvez craindre un sérieux retour de bâton. Jubilatoire et très optimiste.

Liens : Le site Jenaipasportéplainte et le blog de la Souris Déglingos
Le Twitter de Marie-Hélène Branciard et de Shane_Zooey

Mercredi 2 novembre, le Jury Médicis a attribué son prix 2016 à l'ouvrage d'Yvan Jablonka, chercheur en sciences sociales : Laëtitia ou la fin des hommes, récit du "fait divers" -comme est il malheureusement habituel de désigner les féminicides en France- Laëtitia Perrais, assassinée puis démembrée par Thierry Meilhon en 2011 à la Bernerie en Retz (Loire-Atlantique). Dénonçant la prédation masculine (jamais nommée par la société), le silence et la peur qu'inspirent aux femmes l'engrenage meurtrier des violences masculines répétées, de l'inceste et du viol, le cynisme des hommes politiques instrumentalisant au profit de leur pouvoir le féminicide sans jamais le nommer ni a fortiori le dénoncer, l'inertie de la justice et de la police devant le malheur d'être femme en France encore aujourd'hui, le livre de Jablonka nomme le féminicide, le meurtre misogyne, dans une société anesthésiée et amorale qui laisse tuer des femmes et des enfants par des prédateurs récidivistes. A commander à votre bibliothèque et à lire d'urgence.

Lien vers le site de la campagne de street activisme "Ils nous tuent"

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