vendredi 18 juin 2021

Malaise dans l'éducation des garçons

Il y a une quinzaine, j'ai vu Les Héritières, un bon téléfilm sur ARTE porté par d'excellentes actrices dont Tracy Gotoas dans le rôle principal. Douée en classe, Sanou, 15 ans, qui a grandi dans le 93, est sélectionnée pour faire une prépa avant d'intégrer le prestigieux lycée Henri IV à Paris. Le principal problème de Sanou, c'est sa famille et ce que celle-ci attend d'elle. Elle est enfermée dans un conflit de loyauté entre son milieu social d'origine, sa mère, son redoutable père et le service dû obligatoirement, puisqu'elle est une fille, à ses petits frères. C'est proprement infernal, on souffre tout du long pour elle. Sa mère, elle-même en conflit de loyauté avec son mari peine à défendre sa fille. Devoir travailler sans lieu à soi, sans bureau au calme dans une famille nombreuse, être "autorisée" à aller à Paris en train à condition toutefois de revenir chercher ponctuellement un petit frère à l'école quand sa mère travaille, tout cela pèse sur les efforts à accomplir et sur les résultats. Imagine-t-on une seconde une telle charge peser sur un garçon dans la même situation ? Au contraire, ses sœurs, mère... ne seraient-elles pas convoquées en soutien pour le porter vers le succès ? Pourquoi les parents qui mettent au monde des enfants -rappelons que depuis plus de 50 ans la contraception est libre dans ce pays- veulent ensuite que LEURS FILLES les aident dans leurs missions d'élevage, sauf à vouloir les brimer et les limiter ? 

Il ne s'agit pas bien entendu de décourager la serviabilité et la solidarité dans les liens familiaux, mais il faut tout de même reconnaître que ce sont les femmes et filles qui y sont le plus souvent, voire toujours mises à contribution. 

Dans le même ordre d'idée, puisque décidément les séries décrivent bien les assignations à rôles sociaux dans nos sociétés, la minisérie sur l'affaire Skripal (The Salisbury poisonings sur la BBC) survenue en 2018, raconte en 4 épisodes, et en mode quasi documentaire, avec les vrais héros du quotidien interprétés par des acteurs, toute l'affaire, son déroulé et sa fin. L'héroïne de la série est Tracy Daszciewicz, cheffe de la santé publique du comté de Salisbury, en charge de dizaines de milliers d'habitants. La personne réelle qu'est Tracy va le vivre comme une épreuve personnelle ; elle est mobilisée 24/7 pendant plusieurs semaines, le poison neurologique utilisé étant un puissant toxique neurologique qui a été disséminé sans savoir où et il provoque la mort. Devinez ce qu'il advient ? Son fils de 12 ans (environ) va lui faire une guerre sans merci parce qu'elle n'est plus à la maison pour lui servir son petit déjeuner, ni le soir pour surveiller ses devoirs. Trahison suprême. Si c'avait été le père (qui dans la vie est un psychologue !) on lui aurait expliqué que c'était un héros et qu'il sauvait la vie de milliers de gens. Mais c'est la mère, alors pas question. Elle a plus que du mal à remettre son fils unique en place, et à lui expliquer ce qu'elle fait, le garçon est d'une mauvaise foi totale, le père absent fait la gueule aussi, il y a même une scène où elle s'excuse en pleurant de travailler au bien public ! J'en aurais lacéré l'écran. Les hommes font carrière sans se poser de questions, la soupe est prête, les gosses ont fait leurs devoirs, sont lavés, couchés, mais les femmes sont prises dans d'inextricables conflits de loyauté avec toute la Famillllllia, surtout avec les hommes (maris, fils, pères..) d'ailleurs ! Et c'est le bruit de fond émis en permanence par la société. On leur doit des services. Eux, en contrepartie, ne nous doivent que des sévices. 

On reproche sans arrêt aux mères de ne pas avoir d'autorité, d'élever des enfants sans père, mais j'ai bien peur qu'elles n'y peuvent pas grand chose. Leurs garçons leur échappent plusieurs heures par jour : à la maternelle ou chez la nounou, puis à l'école, au collège, lycée, clubs de sports, tous ces endroits où on s'entend à les dresser contre les femmes, contre les "fiottes", à en faire de vrais durs, où on les acculture au manque d'empathie, où on flatte leurs mauvaises actions et incivilités, leur cossardise, la société adorant définitivement les bad boys. Toute la culture populaire en témoigne. 

La féminité c'est l'impuissance, la maternité aussi. Les mères sont alternativement portées au pinacle, puis bafouées en permanence : accusées de tous les maux, de défaillances, tenues incapables de nommer le problème puisque accusées d'avoir failli ; ce sont des "enfants qui tuent nos filles" entend-on. Comment dans ces conditions avoir la moindre autorité puisque l'image qu'elles renvoient c'est celle de la personne corvéable et diffamable en toutes circonstances, mais dignes. Digne dans ce cas voulant dire ne disant pas un mot plus haut que l'autre contre le système patriarcal ! Le piège est parfait. Comment s'y retrouver en étant malmenées ainsi ? Comment acquérir une assertivité, se défendre ? Pour acquérir une culture politique, il faut du temps à soi, l'immense majorité des femmes et mères n'a ni l'une ni l'autre. D'autant que c'est épuisant en plus. Et ça fait système. Epuisées, elles se débarrassent de leurs jeunes gars infernaux dans les espaces publics où ils tapent dans des ballons tandis qu'elles et leur filles préparent le repas. C'est plus simple que de négocier chaque service demandé. Pendant ce temps-là ils leur fichent la paix. Et il vaut mieux ne pas avoir besoin de traverser ! Il y a une semaine, sans réfléchir, j'ai dû aller d'un point A à un point B, le plus court chemin étant la place où ils jouent, j'ai traversé ; mal m'en a pris. Un garçon, 10 ans à tout casser, est venu faire des roues arrière sur son vélo de minus autour de moi. Je lui ai dit "pas terrible, ça" sans m'arrêter : j'ai été traitée de raciste par un môme de 10 ans totalement hors sujet ! Il m'a suivie en proférant des phrases auxquelles je n'ai rien compris, mais le sous-texte était bien clair : "ce n'est pas ici ta place". La place est à nous les garçons, et la tienne est à la cuisine. 

Une autre expérience qui m'est arrivée antérieurement : des mecs arrogants plus âgés occupent une rue à plusieurs avec jeux de ballons à chaque extrémité, je le leur fais remarquer. N'ayant pas de conflits de loyauté avec les hommes, ni d'intérêts dans La Firme d'ailleurs, je l'ouvre haut et fort, autant en profiter, c'est un avantage. Je leur rappelle donc que c'est un espace public où tout le monde passe, donc qu'ils n'ont pas à le privatiser. Réponse du Philistin (et ça prétend avoir un niveau en plus) : "puisque c'est à tout le monde, on a LE DROIT d'y jouer au ballon !" Bitocentré, tous les droits, de droit divin. Incurables. Notez qu'il n'y a pas grand monde pour les arrêter eux et leur morgue de saigneurs de la Terre : ce ne serait pas difficile d'interdire les jeux de ballons durs en plantant un panneau sur le lieu, et d'être ferme sur les principes. Mais quand on vit dans une ville où les investissements se font à perte sur les garcons (ce n'est pas une faute d'orthographe, c'est voulu, GARCONS) en skate parcs, terrains de foot, pistes bitumées où ils peuvent faire des rodéos et des roues arrière tout leur saoul -mais là c'est un acte manqué de la Maire tellement elle ne voit plus leurs privilèges indus auxquels elles abonde même-, pissotières où ils peuvent la sortir en public ce qui est interdit par la loi (mais what the fuck, franchement ?) tandis que les femmes peuvent faire des cystites, les incivilités masculines incontestablement majoritaires sont niées. Des mecs se tuent-ils entre eux (bon débarras !) à Villejean, à Maurepas, à Cleunay pour des places au marché de la drogue, réponse, devinez ? L'adjointe à la sécurité (j'ai bien regardé les articles de presse, au début je pensais naïvement que ça s'était fait à la demande des parents, mais non, l'initiative vient de la Mairie), l'adjointe à la sécurité donc a fait poser des voiles BRISE-VUE autour de la maternelle qui jouxte le point de deal et les éventuels canardages entre dealers. Alléluia. J'espère qu'elle est bien payée pour avoir des idées pareilles. Là, ce n'est même plus du consensus mou, c'est du coma dépassé, une tartufferie sans nom : cachez cette violence masculine que je ne veux pas voir. Un indice tout de même, les brise-vue n'arrêtent pas les balles de Kalachnikov. 




Les photos sont les miennes. Les expériences racontées aussi. 

Les parents et la société toute entière réussissent à nous persuader que nous aurions une dette envers eux, celle de la vie, alors que c'est eux qui nous ayant mis au monde en contractent une : ils doivent à leurs enfants assistance, sécurité, toit, nourriture et temps éducatif. Avec tous les moyens anti-conceptionnels offerts aujourd'hui, on peut faire des choix, c'est la nouvelle donne anthropologique, et c'est une bonne nouvelle. S'ils ne peuvent pas assumer toutes ces obligations, qu'ils s'abstiennent ou au moins se limitent. Ce n'est pas à la société de payer pour leurs mauvais choix ou pour leur production mal calculée. On ne devrait mettre au monde que les enfants qu'on peut élever sans forcer, sans s'épuiser. Les femmes et filles ne sont pas au service des garçons ni des hommes. Il faudrait que ça rentre. 

2 commentaires:

  1. Il y a un groupe de musique -4 mecs- qui s'appelle La Rue Kétanou. ils ont osé!

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  2. Merci pour l'information, je ne suis pas trop en pointe sur la chansonnette et le rap :) Effectivement, c'est explicite ;(

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