Un abonné de mes skeets (Bluesky), sans doute agacé par mes posts sur les différents types de délinquance perpétrés par les hommes, de l'escroquerie numérique (l'avènement du numérique leur a surtout permis un saut technologique en matière de nuisance), en passant par le harcèlement, pour en finir par le viol et le meurtre, m'envoie cette photographie de panneau tenu par une militante, sans doute prise lors d'une manifestation contre les violences masculines faites aux filles et aux femmes. En me posant la question "Prévention ou répression ?"
Cette photo, très réformiste libérale, autant que la remarque de mon abonné me heurtent. Le barrement de "Protège ta fille" m'horrifie. Je ne vois pas pourquoi les deux s'excluraient mutuellement, pourquoi l'un serait opposable à l'autre ? On ne pourrait pas faire les deux en même temps : éduquer les garçons et mettre en garde les filles, leur apprendre à se défendre ? Etrange et mortifère. Sauf à vouloir conserver le statu quo. Des femmes proies et des garçons razzieurs violents, à entretenir des associations débordées par des cas de femmes agressées à mettre à l'abri en encaissant les subventions de l'état patriarcal, en déplorant le 'manque de moyens', et le délaissement de la cause par la police et la justice. Le victimaire en somme, tellement prisé par notre société.
N'étant pas totalement inconsciente, je sais bien que ce slogan veut surtout signifier que ce n'est pas aux femmes et filles que doit incomber la responsabilité totale de leur sauvegarde et que si elles n'y arrivent pas, ce serait entièrement de leur faute. Ce n'est pas la faute des femmes. Il ne s'agit pas d'exonérer les hommes de leurs mauvaises actions et de leurs crimes. Et la République doit y mettre son grain de sel, il s'agit de troubles graves à l'ordre public. Mais une fois qu'on a dit cela, on fait quoi ? On laisse faire ? Eduquer les garçons : cela fait un siècle qu'elles y sont ! Pour quel résultat ? C'est à se demander s'ils sont même éducables. D'autant qu'on expérimente en ce moment un backlash (ressac) masculiniste sans précédent. Au minimum, leur surmoi part très facilement au lavage. L'occasion fait toujours le larron, s'ils sont sûrs de ne pas être pris, ils n'hésitent pas trop longtemps, aussi 'éduqués' soient-ils.
Ce slogan barré est contre-productif, voire carrément patriarcal, tellement l'idée de femmes assurant elles-mêmes leur propre sauvegarde est tabou. Les femmes doivent impérativement confier leur sécurité à l'ennemi intime, sinon elles sont vite accusées d'être "séparatistes". Tentez une pétition demandant des voitures réservées aux femmes à la RATP, et entendez, lisez les cris d'indignation sur un supposé 'apartheid', notion qui fait un retour en force à propos de tout, même chez les plus progressistes qui agitent le chiffon rouge, oubliant vite que si 'apartheid' il y a, ce sont surtout les hommes qui le pratiquent en s'arrangeant pour exclure les femmes des espaces qu'ils considèrent comme les leurs (partis politiques, espaces publics remplis de leurs cris, nuisances et déchets, transports...). Et boucle rétroactive négative : les femmes sont condamnées au victimaire. Alors ?
Que faire ? écrivait Lénine.
Quand, la dernière fois, avez-vous demandé à une fillette de maternelle ou à la vôtre, si elle a 'un petit copain' ? C'est indiscutablement un dressage hétérosexuel patriarcal. Combien de fois l'avez-vous forcée à embrasser un homme (ou une femme), fût-il de la famille, alors qu'elle refusait ? Et combien de fois aussi avez-vous refusé de l'entendre quand elle se plaignait du comportement de garçons à son endroit, tant dans le milieu familial qu'à l'école ? Hérite-t-elle de tours de vaisselle supplémentaires ? L'obligez-vous à aider ses frères, même petits, tellement empotés -ou de mauvaise foi- dans leur entretien quotidien, que vous ne savez plus que faire ? A-t-elle le droit à sa chambre à elle, à l'abri des intrusions des hommes de la famille, et même des vôtres ? A-t-elle le droit au même temps de parole que ses frères ou cousins, si elle en a ? Peut-elle exposer son opinion, et est-elle considérée de même valeur que celle des garçons de son entourage ? Ou, au contraire, subit-elle en silence le diktat des garçons, sans discussion, leur parole à eux valorisée, la sienne dévalorisée, méprisée ? Lui permettez-vous de se défendre par simple justice, si elle est injustement agressée, ou au contraire lui enjoignez-vous de subir, les filles n'ayant pas le droit de se battre ?
Vos garçons sont-ils responsabilisés au même titre que les filles de la famille et de l'entourage, et au même âge ? Participent-ils de manière égale à leur entretien -dans la mesure de leurs moyens et de leur âge- et à celui de leur lieu de vie ? Ont-ils le droit de parler haut et fort, de couper la parole aux femmes de la famille, et de leur imposer leurs vues et opinions sur la façon de se tenir en privé et en public ? Ont-ils des droits séparés, une reconnaissance, des attentions particulières, parce que garçons ? Existe-t-il un double standard entre frères et sœurs, cousins, cousines, sur les tâches à accomplir, les devoirs et comportements de chacun et chacune ? Ou tyrannisent-ils dès le plus jeune âge tout leur entourage, avec les excuses habituelles 'c'est un garçon, il doit s'affirmer' ?
Ce ne sont que quelques pistes. Mais ce n'est pas en laissant les filles subir et ne pas défendre leurs prérogatives qui valent bien celles des garçons qu'elles y arriveront. Et Mesdames les filles, si vous passez par ici, puisque vous êtes mineures ce sont vos parents qui décident ce qui est bon pour vous, au moins jusqu'à vos 18 ans, mais vous avez le droit, en attendant, de vous forger une conscience politique, de vous insurger contre l'injustice, de faire du lobbying auprès de votre entourage, de noter tout ce que vous ne ferez plus quand vous aurez acquis votre autonomie. Il n'est jamais trop tôt pour commencer à décider par et pour soi-même, pour décider ce qui est bon pour vous, et qui peut être contraire à ce que la société du prêt-à-penser décide à votre place. Si on n'est pas contestataire et révolutionnaire à 16, 17 et 18 ans, avec toutes les outrances et exagérations du jeune âge, c'est fichu. Le grégarisme de la norme aura vaincu. Il ne vous restera qu'à vous ranger, en observant les diktats puissants dont on vous a nourries, à vous en trouver un par la porte ou par la fenêtre, et par dessus tout, à le garder ! Sinon, selon les normopathes, vous aurez 'raté votre vie' ! Il n'y a pas de vie ratée, il y a juste des gens qui font ce qu'ils peuvent, selon des circonstances qu'ils ne maîtrisent généralement pas, tout en gardant le respect d'eux-mêmes et en refusant l'injustice. Qui refusent d'être foulé-es aux pieds au nom de la norme sociale, et du sexe.
Soyez vous-même. Ne laissez pas les salauds vous faire peur. *
*Je voulais mettre cette dernière phrase en anglais, sa langue originale, puisqu'elle a été dite par Dan Rather à Christine Ockrent (citée par elle) quand elle était jeune journaliste au Etats-Unis sous sa supervision. Mais le totalitaire Google / Blogger a décidé de traduire systématiquement en français tout ce que j'écris en anglais, que son logiciel est bourré de 'par défaut' indécochables tellement son 'aide en ligne' est truffée d'expressions en serbo-croate. Je mets cela sur le compte de la malfaisance totalitaire masculine, évidemment.



