jeudi 7 juillet 2016

Introduction au carnisme - Melanie Joy

Il y a quelques temps, le mari d'une amie enceinte annonçait la prochaine naissance à ses collègues de travail ; après l'avoir félicité,ceux-ci sachant qu'il est végétarien* lui posent la question qui leur brûle les lèvres : "Et bien sûr, ta femme et toi allez imposer à votre bébé votre mode d'alimentation végétarien ? Réponse du futur père : "Exactement, on va faire comme vous qui imposez sans questionnement à vos enfants la violence de la viande, nous on va le nourrir sans violence. Quand il/elle sera adulte, elle choisira, nous lui aurons donné tous les éléments de réflexion."


" Le carnisme est le système de croyances qui nous conditionne à manger certains animaux ".
Le carnisme est une idéologie invisible dominante et inquestionnable, une norme qui maintient la société sous son emprise par tous moyens à sa disposition : politiques, lobbying, mensonges à répétition qui font à force,comme on le sait, une vérité, un processus naturaliste, une construction sociale qui se fait passer pour naturelle. A tel point que toute personne qui la conteste est désignée comme "extrémiste irrationnelle", impliquant qu'en face on n'a que des "modérés rationnels". La logique serait de leur côté. Tout comme Aristote, grand logisticien, se référant à la biologie, "soutenait que les hommes étaient naturellement supérieurs aux femmes, et que les esclaves étaient biologiquement conçus pour servir les hommes libres", selon la norme de son temps.

" Tout ce qui est sans nom, qui n'est pas dépeint en images [...] tout ce qui est mal nommé en tant que quelque chose d'autre, est rendu difficile a appréhender, tout ce qui est enfoui dans la mémoire par l'effondrement du sens dans une langue inadéquate ou mensongère -cela deviendra non pas seulement tacite, mais indicible ".
Adrienne Rich - Poétesse et essayiste féministe

De la même façon que le féminisme s'est dressé contre l'idéologie patriarcale "idéologie dans laquelle la masculinité est plus valorisée que la féminité" et "qui existait depuis des milliers d'années avant que les féministes ne la nomment", en rendant visibles ses mécanismes oppresseurs et sa rhétorique, le mouvement social des végétariens* se dresse contre l'exploitation des animaux et son aboutissement : le carnisme.  En faisant cela, les deux mouvements rendent visibles des constructions sociales qui toutes deux se présentent benoîtement comme "naturelles" : les hommes mangent de la viande, c'est "normal, naturel et nécessaire", ils en ont besoin pour se res-taurer, les femmes sont "complémentaires" des hommes puisqu'elles font les petits, tout cela est donc "naturel", le tour est joué, circulez, il n'y a rien d'autre à voir ! Évidemment, en rendant visible l'oppression, les deux mouvements déclenchent de l'hostilité et la résistance de la forteresse assiégée !

Le carnisme, idéologie violente, invisible et antidémocratique, norme et matrice sociale, fonctionne sur des mythes

Le mythe des protéines animales, seules aptes selon la croyance carniste à reconstituer la masse musculaire est de ce fait soutenu par les hommes (mâles) qui l'associent à leur puissance musculaire alors même que l'on sait qu'il existe des champions olympiques végéta*iens. Et mythe à l'intérieur du mythe, "paradoxe à l'intérieur de toute idéologie violente : on doit continuer à tuer afin de justifier tous les meurtres déjà commis".
Mythe de la prolifération animale : si on arrête de les manger, les animaux vont "envahir" la planète ! Si, je vous jure, je le lis et l'entends ! Si on arrête de manger de la viande on arrête de faire se reproduire les MILLIARDS d'animaux d'élevage : l'envahissement vient de la production des animaux d'élevage pour la viande.
Mythe économique : si tout le monde devient végéta*ien, que vont devenir les milliers d'emplois générés par l'agro-industrie ? Figurez-vous que les végéta*iens mangent trois fois par jour eux aussi, et qu'il s'agit de réorienter l'agro-alimentaire vers d'autres productions végétales et de transformation des végétaux en substituts et plats cuisinés. Nous ouvrons un large champ de recherche à la R&D -Recherche et Développement-.
Mythe du libre-arbitre : nous naissons, vivons, mourons dans un monde carniste qui n'offre aucune alternative. "Les normes nous maintiennent dans le rang en nous montrant le chemin à suivre et en nous enseignant comment être adapté. Le chemin de la norme est celui de la moindre résistance". "En pratique et d'un point de vue social, il est bien plus facile de manger de la viande que le contraire. La viande est disponible partout, alors que les alternatives sans viande doivent être activement recherchées" et peuvent être difficiles à trouver. Le libre-arbitre est un trompe l’œil avec choix quasi inexistant.
Sauf à voir son steak comme un animal mort.


The Matrix : "Blue pill, red pill, you choose, Neo !". Comme la Matrice patriarcale, la Matrice carniste, système de pensée, construction sociale basée sur des mensonges ou une vérité dissimulée -essayez de rentrer dans un élevage hors-sol ou un abattoir pour voir-, nous maintient au sein d'un système aliénant invisible, donc inquestionnable.

Pour la mieux voir, on peut évoquer les victimes collatérales du carnisme, les premières victimes étant les animaux (pour celleux qui auraient vécu jusqu'ici dans un caisson hyperbare, allez voir le site de L214 pour savoir ce qui leur arrive vraiment dans l'industrie de la viande), l'holocauste auquel nous les soumettons : des milliards (10 milliards chaque année rien qu'aux USA sans compter les poissons jamais comptés individuellement, mais en tonnage) d'animaux élevés, maltraités puis envoyés à l'abattoir JEUNES, puisque nous ne consommons que des animaux jeunes. Puisque pour certain.es les animaux sont fait pour "être mangés, autrement, ils perdent tout intérêt" voici les autres victimes du carnisme :
- Les ouvrières et ouvriers des abattoirs : conditions de travail dangereuses et insalubres, rendements maximum exigés, sous-traitance au moins-disant social, travailleurs déplacés, violations des droits humains. Dommages psychologiques : engourdissement de l'empathie pour pouvoir continuer à tuer, avec les PTSD (syndromes post-traumatiques) non soignés qui s'ensuivent, car ils sont exposés sans arrêt à des situations de violence infligée aux animaux qui les obligent à dissocier leur personnalité.
- La planète et l'environnement : fortes émissions de GES contribuant au changement climatique, destructions de forêts primaires et dégradation des terres, destructions de paysages et déplacements de communautés autochtones, intrants polluant les cours d'eau et nappes phréatiques, la Bretagne paie ainsi un lourd tribut au carnisme en produisant des algues vertes enlevées l'été aux frais de tous les contribuables.
- La santé humaine : menace de virus provenant d'élevages concentrationnaires ayant franchi la barrière des espèces, résistance aux antibiotiques, épidémie mondiale d'obésité, cancers et autres maladies dites "de civilisation".
- La démocratie : syndicats d'éleveurs lobbies alors même que leurs effectifs baissent de 25 % tous les 10 ans, conflits d'intérêts, le lobby laitier et de la viande qui vont dans les écoles "évangéliser" les élèves et les maintenir dans la croyance carniste, syndicaliste-ministre, tel Luc Guyau, président de la FNSEA devenu ministre de l'agriculture pour ne citer que ce seul exemple. Aucun végéta*ien n'est représenté à l'Assemblée Nationale ni au Sénat.

S'ouvrir à la compassion envers tous les êtres vivants, sortir de l'engourdissement (numbing), refuser la dissociation de la personnalité, voir enfin les angles morts, devenir un témoin, PRENDRE PARTI, sortir des sentiers imposés du carnisme, sortir de la neutralité morale qui n'existe pas : "La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime" selon Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, "toutes les révolutions ont été rendues possible par un groupe de personnes qui ont choisi de se porter témoin et d'exiger que les autres se portent également témoins".

" Un jour, nos petits-enfants nous demanderont: "Où étais-tu pendant l'holocauste des animaux ? Qu'as-tu fait pendant ces crimes terrifiants ? Nous ne pourrons pas leur offrir la même excuse une seconde fois -dire que nous ne savions pas ".
 -Helmut Kaplan.

Ce billet n'est qu'un court résumé : lisez le livre de Melanie Joy !
Chapitre 1 : Aimer ou manger ?
Chapitre 2 : Le carnisme : "Ainsi va le monde"
Chapitre 3 : Les choses telles qu'elles sont vraiment
Chapitre 4 : Dommages collatéraux : les autres victimes du carnisme
Chapitre 5 : La mythologie de la viande : justifier le carnisme
Chapitre 6 : De l'autre côté du miroir : le carnisme intériorisé
Chapitre 7 : Se porter témoin : du carnisme à la compassion.

oOo

La forteresse assiégée se défend

Jeudi 30 juin, à l'appel du Collectif 269 Life, une nuit debout devant 30 abattoirs (sur 260 environ en France) a été organisée via les réseaux sociaux, et annoncée par un communiqué de presse dans la presse quotidienne régionale (PQR). En réaction immédiate le lobby de la viande, curieusement représenté par un syndicat agricole minoritaire la Coordination rurale, décide de s'inviter à cette nuit debout, pour faire bon poids face aux défenseurs des animaux avec le slogan "Touche pas à mon entrecôte". Décidément, ce slogan publicitaire né dans les années 80 aura été détourné par quelques combats d'arrière garde dont le désormais célèbre "Touche pas à ma pute" des anti-abolitionnistes de la prostitution.  Personnellement, j'ai participé à cette nuit debout devant l'abattoir SVA - Intermarché de Vitré. Aussi, arrivée dans les premières sur les lieux, je constate avec surprise que la Coordination Rurale occupe déjà en force le rond-point face à l'entrée de l'abattoir, et que les gendarmes sont également là, craignant la castagne ! C'est du moins ce qu'illes m'ont dit quand je les ai interrogé.es, après m'être garée à côté de la voiture bleue d'Europe 1 : j'apprendrai le lendemain que c'était François Coulon, correspondant pour l'Ouest, dont je n'ai pas reconnu la voix, qui était en face de nous une bonne partie de la soirée. Étaient là également Ouest-France, un représentant d'Interbev et un officier des Renseignements Généraux ! Les autres militant.es de 269 Life sont arrivé.es les dernières vers 21 H avec leurs paniers de fleurs, leurs bougies et leurs affiches représentant des animaux écorchés, des pièces d'abattoirs : de dangereuses terroristes, comme tout le monde a pu constater ! Les végéta*iens, difficiles à compter, mais dont on pense qu'illes sont entre 3 et 5 millions en France, représentés nulle part et surtout pas aux Parlement ni au Sénat, font PEUR ! C'est la conclusion qu'il faut tirer de cette expérience.

Les Coordination rurale nous ont enfumé.es avec leurs barbecues de saucisses grillées, la lecture du communiqué de 269 Life a été interrompue deux fois par des motards (à gros engins entre les jambes) qui sont venus faire rugir leurs moteurs en sur-régime et polluer le rond-point avec leurs gaz d'échappement, mais hormis ces dénis de prise de parole et de droit à respirer un air pur, il n'y a pas eu de violences. Au fond, on était plutôt flatté.es d'avoir dérangé autant de monde. Evidemment, le lendemain, Europe1 diffusait un "reportage" d'une minute et demie bien orienté carniste, et le philosophe "maison" Raphaël Enthoven nous traitait d'anthropomorphistes -SIC- en convoquant le ban et l'arrière ban du gratin de la philosophie viandarde patriarcale. Souhaitons à Raphaël Enthoven (moi je ne parie pas) une aussi longue notoriété que celle de Pythagore, philosophe - mathématicien antique ET végétarien !


Pour voir les photos incluses dans le tweet, chez moi, il faut cliquer une fois puis une autre fois pour pouvoir dérouler les images en format plus lisible.

* J'emploie le mot végétarien pour désigner l'ensemble des végétaliens et végétariens, ou je mets une * : végéta*iens.
Les citations tirées du livre sont en italique.

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